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Full text of "Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 23"

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NOUVEAU  DICTIONNAIRE 

DE  MÉDECINE  ET  DE  CHIRURGIE 

PRATIQUES 


XXIII 


NOUVEAU  DICTIONNAIRE 


DE  MÉDECINE  ET  DE  CHIRURGIE 

PRATIQUES 

ILLUSTRÉ  DE  FIGURES  INTERCALÉES  DANS  LE  TEXTE 


rédig:^  far 

Benj.  ANGER,  a.  M.  BARRALLIBR,  BERNüTZ,  P.  SERT,  BŒCKEL,  }.  CHAUVEL, 

CDSCO,  DENÜCÉ,  DESNOS.  DBSORMEADX,  A.  DESPRÉS.  DEVILLIERS.  D’HEILLY.  DIEDLAFOY. 
Mathias  DCVAL.  FERNET.  Alf.  FOURNIER.  A.  FOVILLE.  T.  GALLARD.  GAUCHET. 

H.  GINTRAG.  GOSSELIN.  Alph.  GUÉRIN.  A.  HARDY.  HÉRAUD.  HEURTAUX.  HIRTZ.  JAGCOUD. 

JAGQUEMET.  JEANNBL.  KŒBERLÉ.  LANNELONGUE.  LEDENTU.  R.  LEPINE.  LUNIER. 
LUTON.  L.  MARTINEAU.  Gh.  MAÜRIAG.  A.  OLLIVIER.  ORÉ,  PANAS.  F.  PONGET.  PRUNIER. 
M.  RAYNAUD.  RIGHET.  Ph.  RIGORD.  RIGAL.  Jules  ROGHARD.  Z.  ROUSSIN. 
SAINT-GERMAIN.  Gh.  SAR.AZIN.  Germain  SÉE.  Jules  SIMON.  SIREDEY.  STOLTZ.  Is.  STRAUS. 
A.  TARDIEU.  S.  TARNIER.  AüG.  VOISIN. 

Directeur  de  la  rédaction  :  le  docteur  JACCOUD. 


TOME  VINGT-TROISIÈME 

MOL  —  KÉV 


PARIS 

LIBRAIRIE  J.-B.  BAILLIÈRE  et  FILS 


Rue  Hautefeuille.  19. 

BilLLIÈBE.  F.  ILN-DALL 


le  ÈouIeTard  Samt-Germa 


1877 

droits  réservés. 


NOUVEAU  DICTIONNAIRE 


MÉDECINE  ET  DE  CHIRURGIE 

PRATIQUES 


MOLE  {Voy.  Utérds). 

MOEITO  (Pyrénées-Orientales),  50  kilomètres  de  Perpignan. —  La  ligne 
de  Perpignan  à  Prades  a  déjà  abrégé  le  trajet;  de  Prades,  7  kilomètres. 

Carrère  et  Anglada  ont  fait  connaître  ces  bains.  Au  milieu  du  XVIIP  siècle, 
il  n’y  avait  qu’un  petit  bassin  où  les  gens  du  pays  se  baignaient  en  com¬ 
mun,  et,  pendant  longtemps,  les  baigneurs  devaient  demeurer  au  village. 
Aujourd’hui,  les  établissements  nouveaux,  propriété  du  docteur  de  Massia, 
peuvent  recevoir  220  malades  à  la  fols  ;  il  en  vient  6  à  700,  l’été. 

Molitg  est  sous  le  42®  degré  de  latitude,  à  moins  de  500  mètres  d’altitude, 
dans  une  gorge  sauvage,  débouchant  sur  la  vallée  de  la  Tet,  —  climat  doux 
par  suite  de  l’abri,  —  saison  de  mai  à  septembre. 

Les  sources  sortent  du  granit;  car  un  pointement  granitique  entoure  la 
vallée  d’alluvion  qui  se  dirige  vers  Perpignan. 

Elles  sont  sulfurées  sodiques,  thermales.  Les  principales  ont  de  36  à 
38  degrés  centigrades,  température  favorable  aux  hains  et  à  l’intégrité  du 
principe  sulfureux  ;  Carrère,  Anglada,  Bonis  insistent  sur  la  fixité  de  cet 
agent;  ce  ne  sont  donc  point  des  eaux  dégénérées,  comme  le  disent 
plusieurs  de  nos  auteurs  d’hydrologie. 

Anglada  a  signalé  l’abondance  des  bulles  azotées  ;  on  sait  que  l’azote  se 
rencontre  généralement  dans  les  eaux  pyrénéennes.  —  L’onctuosité  parti¬ 
culière  de  ses  eaux  a  valu  à  Molitg  le  nom  de  bain  de  délices. 

La  source  Llupia  numéro  1  a  fait  la  réputation  de  Molitg.  L’analyse  de 
cette  eau,  due  à  Anglada,  revue  par  Bouis  au  moyen  du  sulfhydromètre, 
montre,  comme  le  disait  Roux,  que  le  sulfure  de  sodium  n’atteint  pas 
0,02  centigrammes  par  litre;  les  carbonates  alcalins  dominent.  En  somme, 
minéralisation  faible,  0,20  centigrammes. 

Les  eaux  se  donnent  surtout  en  bains,  puis  en  boisson,  douches,  etc.  — 
Elles  augmentent  l’appétit,  provoquent  la  diurèse,  stimulent  modérément 
la  peau  et  les  systèmes  vasculaire  et  nerveux. 


xxm.  —  1 


MOLLUSCUM. 


lodicütions».  —  Analogie  avec  Saint-Sauveur  et  La  Preste.  —  Spécia¬ 
lité  contre  les  dermatoses,  fondée  sur  la  tradition.  Des  75  observations  du 
docteur  Picon,  70  ont  trait  aux  affections  de  la  peau:  eczémas,  pityriasis, 
psoriasis,  acné,  lupus.  —  Autres  indications  communes  aux  eaux  sulfu¬ 
reuses  chaudes  :  bronchites  chroniques,  phthisies,  suivant  M.  Picon  qui  a 
exagéré  l’immunité  phthisique  de  la  contrée;  rhumatismes  chroniques; 
syphilis  ancienne,  en  y  associant  le  traitement  spécifique.  —  Indications 
accessoires  :  catarrhes  des  voies  urinaires  (La  Preste  est  plus  renommée  que 
Molitg)  ;  catarrhes  utérins  avec  névroses  ,  ce  qui  est  la  spécialité  de  Saint- 
Sauveur  ;  ulcères,  engorgements  articulaires  ou  ganglionnaires  ;  dans  ces 
derniers  cas  on  emploie  les  boues  et  les  glaires.  ^ 

Carrère,  Eaux  minérales  du  Roussillon,  1756. 

Anglada,  Eaux  minérales  des  Pyrénées-Orientales,  1832. 

Boris,  Analyse  des  eaux  minérales  des  Pyrénées-Orientales,  18il. 

Massot,  Notice  médicale,  1861. 

Picon,  Notice  et  observations  cliniques,  1868. 

A.  Labat. 

MOLI.USCUM.  —  Depuis  Bateman,  on  donne  le  nom  de  molluscum  à 
une  affection  de  la  peau  caractérisée  par  la  présence  d’éminences  plus  ou 
moins  volumineuses,  arrondies,  de  consistance  molle,  indolentes,  non  sus¬ 
ceptibles  d’ulcération,  développées  et  disséminées,  ordinairement  en  assez 
grand  nombre,  sur  la  surface  du  corps. 

Ce  mot  de  molluscum  paraît  avoir  été  employé  pour  la  première  fois  par 
Plenck,  lequel,  l’appliquant  à  des  saillies  tuberculeuses,  molles,  sessiles, 
rouges  ou  incolores,  quelquefois  hérissées  de  poils,  a  évidemment  con¬ 
fondu  sous  la  même  dénomination  les  verrues,  les  nævi  et  les  véritables 
tumeurs  moliuscoïdes.  Bateman  en  a  donné  pour  la  première  fois  une  des¬ 
cription  courte,  mais  exacte,  en  s’appuyant  sur  un  fait  signalé  en  1793  par 
le  professeur  Tilesius,  de  Muhiberg,  et  sur  deux  observations  personnelles. 
Il  a  défini  le  molluscum  :  une  tumeur  molle,  peu  sensible,  d’une  consis¬ 
tance  souvent  élastique.  La  description  de  Bateman  a  été  reproduite  par 
Biett,  par  Carswell  et  Thompson,  par  Cazenave  et  Schedel  et  par  la  plupart 
des  auteurs  classiques  ;  le  molluscum  y  est  étudié  d’après  ses  caractères 
objectifs,  mais  sans  qu’il  soit  fait  mention  de  son  siège  anatomique  et  de  sa 
nature.  Aucune  indication  d’espèces  ou  de  variétés  n’avait  également  été 
donnée;  Bateman,  seulement,  en  citant  l’observation  d’une  femme  atteinte 
de  molluscum,  avait  signalé  la  contagion  comme  cause  probable  de  la  ma¬ 
ladie,  la  femme  dont  il  s’agissait  ayant  été  en  contact  avec  un  enfant  atteint 
de  la  même  affection  ;  et  à  partir  de  ce  moment  on  avait  été  tenté  d’ad¬ 
mettre  comme  variété  spéciale  le  molluscum  contagieux.  Des  travaux  ulté¬ 
rieurs  se  rapportant  à  l’étude  anatomique  des  tumeurs  moliuscoïdes 
eurent  pour  résultat  de  faire  reconnaître  qu’on  avait  confondu  sous  le  nom 
de  molluscum  deux  maladies  très-différentes  et  qui  doivent  être  distin¬ 
guées  :  l’une,  siégeant  dans  les  glandes  sébacées  et  consistant  dans  la  réten¬ 
tion  du  sébum,  avec  persistance  du  conduit  excréteur  et  avec  possibilité  de 
faire  sortir  l’humeur  par  la  pression,  c’est  Vacné  varioliforme,  si  bien  décrite 


MOLLÜSCÜM.  —  SYMPTÔMES. 


par  Bazin  ;  l’autre,  constituée  pardes  tumeurs  solides,  sans  contenu  liquide, 
sans  orifice,  qui  ont  été  étudiées  dans  leur  composition  anatomique  par 
Dick,  médecin  anglais  (1837),  par  Vanzetti  (1867),  par  Virchow,  par  Ver- 
neuil,  par  Rindfleisch,  par  Hébra,  par  Michel.  Celte  dernière  variété,  com¬ 
prenant  des  tumeurs  fibreuses,  doit  conserver  seule  le  nom  de  Molluscum  ; 
la  première  se  rapporte  à  l’acné,  et  je  l’ai  décrite  à  l’article  consacré  à 
l’histoire  de  cette  dernière  maladie  {Voy.  Acné,  t.  1,  p.  355).  Dans  un 
article  inséré  dans  le  Dictionnaire  encyclopédique  des  sciences  médicales 
Michel  a  proposé  de  rattacher  au  molluscum  le  mycosis  fongoïde  ;  je  ne 
pense  pas  qu’on  doive  adopter  cette  manière  de  voir  :  le  mycosis,  encore 
mal  connu  dans  sa  nature  et  dans  son  siège  anatomique,  me  paraît  différer 
totalement  du  molluscum.  Je  ne  vais  donc  m’occuper  ici  que  du  mollus¬ 
cum  fibreux,  que  je  crois  devoir  placer  nosologiquement  parmi  les  diffor¬ 
mités  acquises  de  la  peau. 

Symptômes.  —  Le  molluscum  fibreux  se  présente  sous  la  forme  de 
tumeurs  arrondies,  tantôt  sessiles,  tantôt  pédiculées,  d’une  consistance  va¬ 
riable,  ordinairement  molle,  mais  quelquefois  assez  résistante  ;  elles  sonl 
recouvertes  d’une  peau  normale,  quelquefois  amincie  et  parsemée  de  vais¬ 
seaux,  principalement  sur  les  tubérosités  d’un  gros  volume.  Leur  volume 
varie  depuis  celui  d’un  pois  jusqu’à  celui  d’une  noix  ou  même  d’une  orange; 
on  a  cité  des  exemples  de  tumeurs  molluscoïdes  ayant  atteint  la  grosseur 
du  poing  et  même  de  la  tête  d’un  enfant;  Virchow  rapporte  le  cas  d"un 
molluscum  pesant  32  livres  et  demie  ;  ces  faits  sont  exceptionnels  r  le  plus 
ordinaii’ement  les  tumeurs  les  plus  volumineuses  ne  dépassent  pas  la 
grosseur  d’une  noix.  Quant  à  leur  forme,  elle  est  arrondie  ;  mais  les  unes 
sont  pédiculées  et  prennent  la  foime  d’une  poire,  les  autres  sont  sessiles  et 
forment  une  tumeur  ronde  à  base  large,  régulière  ;  quelques  autres  ne  font 
qu’une  très-légère  saillie  au-dessus  du  niveau  de  la  surface  cutanée,  il  faut 
pincer  la  peau  pour  reconnaître  exactement  leur  existence  et  leur  volume. 

La  consistance  des  tumeurs  est  ordinairement  assez  molle  :  en  les  pressant, 
on  a  la  sensation  d’un  tissu  mollasse  mélangé  à  des  parties  plus  résis¬ 
tantes.  Quelques-unes  présentent  une  induration  assez  marquée  ;  quelques 
autres  sont  presque  complètement  vides  et  paraissent  n’être  constituées  que 
par  les  parois  de  la  tumeur;  cependant,  par  la  pression  entre  les  doigts,  on 
sent  à  l’intérieur  comme  une  couche  de  tissu  plus  consistant.  Ces  tumeurs 
vides  se  présentent  sous  la  forme  de  petits  sacs  plus  ou  moins  allongés, 
ayant  un  pédicule  étroit,  adhérent  au  reste  de  la  peau  et  ressemblant 
à  un  grain  de  raisin  dont  on  aurait  vidé  le  contenu  ;  cette  variété  a  été 
indiquée  par  les  auteurs  sous  le  nom  de  molluscum  pendulum. 

A  la  périphérie  de  ces  tumeurs  on  ne  voit  ordinairement  aucun  orifice;  la 
pression  ne  fait  sortir  aucun  liquide  ;  elles  ne  sont  le  siège  d’aucune  sécré¬ 
tion  anormale.  Les  tumeurs  molluscoïdes  sont  complètement  solides; 
cependant  il  est  quelquefois  possible  de  voir,  à  l’extérieur  d’une  tumeur, 
l'orifice  d’un  conduit  sébacé  entr’ouvert  et  duquel  on  peut  faire  sortir  par  la 
pression  un  peu  d’humeur  sébacée  ;  mais  il  est  facile  de  se  convaincre  que 
cette  glande  sébacée  n’est  qu’annexée  à  la  tumeur  et  qu’elle  n.’en.  est  qu’um; 


4  MOLLUSCUM.  —  anatomie  pathologique. 

partie  bien  accessoire.  Lorsque  le  molluscum  siège  sur  des  parties  pileuses,  il 
est  ordinaire  de  constater  l’absence  des  poils  sur  la  tumeur.  La  peau  est 
d’ailleurs  d’un  aspect  normal  ;  sur  les  tumeurs  assez  volumineuses,  elle  est 
souvent  amincie  et  elle  prend  quelquefois  une  coloration  violacée  par  le 
fait  du  développement  plus  considérable  des  vaisseaux  cutanés. 

Le  nombre  des  tumeurs  est  très-variable  ;  quelquefois  on  n’en  trouve 
qu’une  ou  trois  ou  quatre  ;  le  plus  ordinairement  elles  sont  nombreuses,  et 
elles  peuvent  s’élever  au  delà  de  cent;  leur  volume  présente  alors  une 
grande  variété. 

J’ajouterai  qu’on  rencontre  ordinairement,  au  milieu  des  tumeurs  que 
nous  venons  de  décrire,  un  certain  nombre  de  boutons  d’acné  varioliforme, 
qui  se  distinguent  du  molluscum  fibreux  par  leur  volume  moins  considé¬ 
rable  et  surtout  par  un  point  noir  médian  ou  latéral  qui  correspond  à  l’ou¬ 
verture  du  conduit  excréteur  de  la  glande  sébacée  ;  de  cette  ouverture  on 
peut  faire  sortir,  par  la  pression,  la  matière  sébacée  sous  la  forme  d’un 
filament  blanchâtre  vermi forme. 

Le  molluscum  se  développe  sur  toutes  les  régions  du  corps,  mais  il 
affecte  de  préférence  les  parties  supérieures  et  particulièrement  le  dos.  On 
a  cité  quelques  exemples  de  tumeurs  molluscoïdes  siégeant  simultanément 
à  l’extérieur  et  dans  la  bouche,  au  palais  et  à  la  face  interne  des  joues. 

Le  molluscum  est  uniquement  constitué  par  les  tumeurs  que  je  viens  de 
décrire  ;  il  n’existe  dans  cette  maladie  ni  douleurs,  ni  démangeaisons,  ni 
aucun  phénomène  subjectif.  Par  leur  volume  ou  par  leur  siège,  ces  tumeurs 
peuvent  seulement  entraîner  une  certaine  gêne  dans  les  mouvements  ou 
dans  quelques  positions  prises  par  les  personnes  qui  les  portent. 

Mapctae  et  déTeloppement.  —  Le  développement  des  tumeurs  mol- 
lüscoïdes  est  lent  et  progressif;  elles  commencent  quelquefois  dès  l’en¬ 
fance  et  croissent  en  nombre  et  en  volume.  Arrivées  à  un  certain  degré, 
elles  restent  ordinairement  stationnaires.  On  n’a  jamais  observé  sur  elles 
de  travail  régressif.  Elles  ne  sont  susceptibles  ni  de  suppurer  ni  de  s’ul¬ 
cérer  spontanément  ;  elles  sont  quelquefois  cependant  le  siège  d’ulcéra¬ 
tions  par  suite  de  chocs  ou  de  pression,  mais  c’est  alors  un  accident 
extérieur.  Par  une  pression  exercée  sur  le  pédicule,  par  suite  d’un  tiraille¬ 
ment  dépendant  du  poids  de  la  tumeur,  la  circulation  peut  être  inter¬ 
rompue,  et  une  gangrène  partielle  ou  totale  peut  se  développer.  J’ai 
vu  quelques  exemples  de  cet  accident,  entraînant  la  chute  et  la  disparition 
complète  de  certaines  tumeurs.  Mais  le  plus  ordinairement  la  maladie  per¬ 
siste  indéfiniment,  en  constituant  une  difformité  permanente  de  l’enveloppe 
cutanée. 

Aoatomîc  pathologique.  —  Les  connaissances  anatomiques  que 
nous  possédons  aujourd’hui  sur  la  structure  des  tumeurs  du  mollus¬ 
cum  sont  dues  principalement  à  Rokitansky,  à  Virchow,  à  Billroth,  à  Neu¬ 
mann,  à  Verneuil  et  àFagge.  Ces  tumeurs  sont  évidemment  formées  par 
le  développement  d’un  tissu  conjonctif  fibreux,  se  détachant  des  parties 
profondes  du  derme  et  s’étendant  en  s’allongeant  de  manière  à  constituer 
des  saillies  plus  ou  moins  volumineuses.  En  divisant  par  le  milieu  une  de 


MOLLUSGUM.  —  diagnostic. 


ces  masses  molluscoïdes,  on  voit  que  la  tumeur  offre  l’aspect  d’un  tissu 
fibreux,  homogène,  blanc  ou  jaunâtre,  plus  dur  près  du  pédicule,  plus  mou 
à  la  périphérie,  et  qui  semble  former  une  substance  aréolaire,  un  peu  sem¬ 
blable  à  la  glande  mammaire.  Ce  tissu  est  brillant;  la  pression  en  fait  sortir 
un  liquide  un  peu  épais  et  de  couleur  blanchâtre.  La  tumeur  est  très-adhé¬ 
rente  au  derme  ;  il  est  difficile  de  l’en  détacher  et  de  l’énucléer. 

Au  microscope  et  à  un  faible  grossissement,  cette  disposition  fibreuse  et 
aréolaire  devient  plus  évidente  ;  on  constate,  en  effet,  la  présence  de  fais¬ 
ceaux  fibreux  tantôt  épais,  tantôt  minces,  et  l’existence  de  cellules  pour¬ 
vues  d’un  gros  noyau  fortement  réfringent  et  qui  s’imprégne  facilement 
de  carmin.  Les  vaisseaux  sont  en  assez  grand  nombre  et  d’un  volume 
assez  considérable  ;  leur  calibre  est  plus  large  à  la  base  de  la  tumeur  que 
dans  sa  partie  périphérique.  Dans  quelques  tumeurs,  on  trouve  anne.xéesdes 
glandes  sudoripares  ou  sébacées  et  des  follicules  pileux;  dans  les  tumeurs 
anciennes,  ces  éléments  glandulaires  sont  souvent  atrophiés,  les  follicules 
pileux  surtout  sont  vides,  et  la  peau  qui  recouvre  les  tumeurs  volumineuses 
est,  comme  nous  l’avons  dit,  amincie  et  privée  de  poils. 

D’après  Rokitansky,  le  point  de  départ  de  la  tumeur  molluscoïde  serait  le 
tissu  conjonctif  du  derme  :  la  structure  fibreuse^  la  profondeur,  l’adhérence 
bien  intime  de  la  tumeur  avec  le  derme  et  la  difficulté  de  son  énucléation 
sont  en  faveur  de  cette  opinion.  Néanmoins  Fagge  et  Hovrse  ont  cherché  à 
établir  que  le  molluscum  se  développe  aux  dépens  du  tissu  conjonctif  qui 
entoure  le  follicule  pileux  ou  les  glandes  sébacées.  L’association  fréquente 
du  molluscum  et  de  l’acné  varioliforme  me  porterait  à  penser  qu’en  effet, 
dans  certains  cas,  le  point  de  départ  de  la  maladie  doit  se  trouver  dans  une 
glande  sébacée,  dont  la  sécrétion  est  d’abord  augmentée  et  dont  les  parois 
conjonctives  se  trouvent  plus  tard  hypertrophiées  et  finissent  par  étouffer  la 
partie  glandulaire. 

Diagnostic.  —  Le  diagnostic  du  molluscum  est  ordinairement  facile  ; 
le  nombre  assez  considérable  des  tumeurs,  leur  consistance  molle,  leur  in¬ 
dolence  à  la  pression,  l’aspect  uni  de  la  peau  qui  les  recouvre  et  qui  ne 
présente  aucune  ouverture,  la  disposition  pédiculée  de  quelques-unes, 
l’absence  de  tout  symptôme  subjectif,  la  longue  durée  de  la  maladie,  sont 
autant  de  caractères  qui  permettent  de  reconnaître  cette  affection  et  de 
la  distinguer  de  quelques  autres  tumeurs  cutanées. 

C’est  principalement  avec  l’acné  varioliforme,  avec  les  verrues,  avec  les 
loupes  et  avec  les  tumeurs  cancéreuses  de  la  peau  qu’on  doit  établir  le  dia¬ 
gnostic  différentiel  du  molluscum. 

L’acné  varioliforme  se  distingue  du  molluscum  par  le  peu  de  volume  des 
saillies,  par  leur  transparence,  et  principalement  par  l’orifice  du  follicule 
sébacé  apparent  sous  la  forme  d’un  point  noir,  et  par  la  sortie  du  sébum  à 
travers  cet  orifice,  au  moyen  d’une  pression  exercée  à  la  base  de  la  tumeur. 
Les  verrues  se  caractérisent  suffisamment  par  leur  aspect  inégal,  chagriné, 
par  leur  coloration  brune  ou  jaune,  par  leur  petit  nombre  et  au  moins  par 
leur  développement  dans  une  région  circonscrite,  pour  que  nous  ne 
croyions  pas  nécessaire  d’insister  sur  ce  point  de  diagnostic. 


6  MONÉSIÂ. 

li  est  plus  difficile  de  distinguer  le  molluscum  des  loupes  ou  lipomes, 
lorsque  ces  diverses  tumeurs  sont  en  certain  nombre.  Toutefois,  on  se  rap¬ 
pellera  que  les  tumeurs  molluscoïdes  sont  ordinairement  plus  nombreuses, 
plus  disséminées,  plus  souvent  pédiculées  que  les  tumeurs  lipomateuses, 
et  qu’elles  sont  souvent  mélangées  avec  des  tumeurs  d’acné  varioli- 
forme. 

Quant  aux  tumeurs  cancéreuses,  leur  diagnostic  est  facile:  elles  sont- 
d’un  rouge  violacé,  elles  sont  très-dures,  souvent  douloureuses ,  et  leur 
terminaison  par  ulcération  les  caractérise  spécialement. 

Pronostic.  — Je  n’ai  pas  à  insister  sur  le  pronostic  du  molluscum,  c’est 
une  maladie  bénigne  qui  n’entraîne  aucun  danger  et  qui  constitue  seule¬ 
ment  pour  la  personne  qui  en  est  atteinte  une  déformation  de  la  peau 
incurable,  et  souvent  très-désagréable  lorsque  les  tumeurs  siègent  sur  les 
parties  découvertes. 

Étiologie.  —  L’étiologie  du  molluscum  est  complètement  ignorée.  Cette 
maladie  paraît  avoir  été  observée  dans  tous  les  climats,  sur  les  nègres  et  sur 
les  blancs  ;  elle  débute  quelquefois  dès  Tenfance.  Hebra,prétend  l’avoir 
rencontrée  principalement  chez  des  individus  faibles  de  corps  et  d’es¬ 
prit;  mon  observation  personnelle  est  en  désaccord  avec  cette  opinion. 

Traitement.  —  Le  molluscum  résiste  à  toute  médication  intei-ne  et 
externe  ;  il  est  donc  sage  de  n’employer  contre  cette  maladie  ni  médica¬ 
ments  internes,  ni  lotions,  ni  bains,  ni  pommades.  Les  tumeurs  mollus¬ 
coïdes  ne  peuvent  guérir  que  par  le  secours  de  la  chirurgie  :  on  doit  avoir 
recours  à  leur  excision  lorsqu’elles  sont  trop  volumineuses,  lorsqu’elles 
siègent  dans  des  parties  découvertes,  lorsqu’elles  constituent  une  diffor¬ 
mité  trop  apparente,  ou  lorsqu’elles  déterminent,  par  leur  position,  une 
gêne  trop  considérable.  Lorsqu’elles  sont  pédiculées,  la  ligature  en  est  facile 
et  amène  une  guérison  certaine.  J’ai  essayé  sans  succès  la  cautérisation 
avec  la  poudre  caustique  de  Vienne,  qui  donne  de  si  bons  résultats  dans  le 
traitement  des  lipomes. 

Alfred  Einny. 

MOKÉSIA  (Écorce  de).  —  Histoire  naturelle.  —  On  désigne  sous 
ce  nom  une  écorce  produite  par  le  Chrysophylle  buranhem  [Chrysophylluni 
glycyphlæum  Casaretti,  Ch.  Buranhem  Riedel)  de  la  famille  des  S.4POt.4.cées. 
Le  chi'ysophylle  buranhem  croît  au  Brésil  :  c’est  un  arbre  à  écorce  épaisse 
dont  les  feuilles  sont  alternes,  pétiolées,  oblongues,  vertes  et  brillantes  en 
dessus,  ternes  en  dessous.  Les  fleurs  sont  petites,  hermaphrodites  ;  le  calice 
présente  cinq  divisions  ;  la  corolle  est  rotacée  ;  les  étamines,  au  nombre  de 
cinq,  sont  opposées  aux  lobes  de  la  corolle  et  insérées  sur  le  tube;  l’ovaire 
«St  à  dix  loges  uniovulées  ;  le  fruit  ellipsoïde  et  glabre  est  alimentaire. 

Pharmacologie.  —  L’écorce  {écorce  de  Buranhem  ou  de  Guaranhem, 
écorce  du  Brésil,  Mohica  du  Brésil)  est  en  fragments  plats,  épais  de  3  à5  mil¬ 
limètres,  pouvant  atteindre  lalargeur  de  la  main,  presque  entièrement  formés 
deliber,  denses,  durs,  cassants,  d’un  brun  fauve,  inodores,  d’une  saveur  as¬ 
tringente,  amère  et  sucrée  à  la  fois.  Elle  renferme  les  substances  suivantes  : 


MONÉSIA.  7 

laniiin,  niotiésine,  glycyrrhizine,  matière  colorante  rouge  analogue  au  rouge 
cinchonique,  gomme,  acide  pectique,  matière  grasse  cristalline  (stéarine), 
chlorophylle,  cire,  sels  à  base  de  potasse,  de  chaux,  de  manganèse,  de  fer. 
La  monésine  est  analogue  à  la  saponine  ;  elle  se  présente  sous  forme  de 
lamelles  transparentes,  très-friables,  de  saveur  amère  s’accompagnant  d’un 
sentiment  d’âcreté  dans  l’arrière-bouche,  peu  solubles  dans  l’éther,  très-solu¬ 
bles  dans  l’alcool  et  l’eau,  et  communiquant  à  ce  dernier  liquide  la  propriété 
de  mousser.  Les  formes  pharmaceutiques  que  revêt  l’écorce  de  monésia  sont: 
1°  Vextrait,  dose  50  centigrammes  à  4  grammes,  c’est  la  forme  la  plus  ha¬ 
bituelle  ;  2°  la  teinture  préparée  avec  l’extrait,  4  à  8  grammes,  en  potions  ; 
on  l’administre  aussi  à  l’extérieur  en  lotions,  injections,  lavements;  3"  le 
sirop,  dose  20  à  60  grammes,  il  contient  50  centigrammes  d’extrait  par 
20  grammes;  4°  la  pommade  avec:  extrait  1,  eau  1,  huile  d’amandes  douces  4, 
cire  blanche  2.  La  monésine  a  été  administrée,  à  l’intérieur,  à  la  dose  de  1 
à  3  centigrammes.  On  trouve  dans  le  commerce  un  extrait  aqueux  fabriqué 
au  Brésil  ;  il  est  noir,  sec,  en  masses  plates,  renfermées  entre  deux  lames 
de  papier  ;  sa  saveur,  d’abord  sucrée,  devient  ensuite  amère,  astringente, 
âcre  et  persistante  ;  il  a  d’ailleurs  toutes  les  propriétés  de  l’extrait  officinal. 

On  substitue  quelquefois  à  l’extrait  de  monésia  celui  de  campêche  qui 
est  facile  à  reconnaître  à  sa  saveur  sucrée,  à  la  coloration  violette  qu’il 
communique  à  la  salive  et  surtout  à  sa  propriété  de  ne  pas  mousser  dans  la 
bouche. 

Ttaérapentîqae. —  L’écorce  de  monésia  est  un  astringent  énergique, 
dont  l’action  astrictive  paraît  moindre  que  celle  des  autres  astringents,  à  cause 
de  la  moindre  proportion  de  tannin  et  de  la  présence  de  la  glycyrrhizine,  de 
la  cire,  du  mucilage,  de  la  matière  grasse.  Aussi  le  monésia  est-il  inférieur 
au  ratanhia  comme  astringent  sous  le  rapport  des  effets  locaux  (Trousseau  et 
Pidoux),  tandis  qu’il  lui  paraît  supérieur  lorsqu’il  importe  de  faire  pénétrer 
le  tannin  dans  l’organisme  sans  irriter  les  premières  voies. 

Voyons  de  quelle  manière  on  essaye  d’utiliser  ces  propriétés,  et  d’abord 
disons  tout  de  suite,  avec  Forget  et  Guibert,  que  si  le  monésia  est  un  utile 
succédané  des  toniques  astringents,  c’est  en  vain  qu’on  rechercherait  en 
lui  une  action  spéciale.  Néanmoins,  il  a  été  employé  avec  quelque  succès 
contre  les  hémorrhagies  utérines,  l’hémoptysie,  dans  la  diarrhée  séreuse  et 
atonique,  la  diarrhée  chronique  des  enfants  (Trousseau),  la  cholérine 
(Adrien).  D’après  Aug.  Bérard,  il  a  rendu  quelques  bons  services  dans  la 
bronchite  chronique  et  la  phthisie  ;  sous  son  influence  l’expectoration  de¬ 
viendrait  moindre  et  plus'facile,  la  respiration  serait  plus  libre,  les  fonctions 
digestives  seraient  plus  actives.  Les  tentatives  faites  pour  modifier  la  chlo¬ 
rose  à  l’aide  de  ce  médicament  (Boureau,  Riffault,  Maher)  n’ont  donné 
aucun  résultat  bien  marqué.  11  aurait  au  contraire  réussi,  sous  forme  de 
gargarismes  dans  les  angines  pharyngées  et  laryngiennes,  sous  forme  de 
collutoires  et  de  potions  dans  le  traitement  de  la  diphthérite  et  du  muguet 
(Halbout),  dans  la  stomatite  mercurielle  (Adrien).  A  l’extérieur,  le  monésia 
a  reçu  des  applications  analogues  à  celles  dont  le  ratanhia  est  l’objet;  c’est 
ainsi  qu’on  l’a  conseillé  dans  le  traitement  de  la  blennorrhée  et  de  la  leu- 


8  MONSTRUOSITÉS.  —  définition. 

corrhée,  des  hémorrhoïdes,  des  engelures  ulcérées,  de  la  fissure  à  l’anus 
(Payen  et  Manec)  ;  il  serait  même  supérieur  au  ratanhia  dans  le  traitement 
des  excoriations  et  des  fissures  du  mamelon.  La  poudre  d’écorce  a  été  em¬ 
ployée  pour  saupoudrer  les  plaies,  comme  désinfectant  et  siccatif.  Martin 
Saint-Ange  a  conseillé  les  applications  de  monésine  soit  à  l’état  pulvéru¬ 
lent,  soit  à  l’état  de  pommade  sur  les  ulcères  indolents.  Malgré  les  services 
que  le  monésia  paraissait  appelé  à  rendre  lors  de  son  introduction  dans  la 
matière  médicale  (1839),  et  la  réputation  dont  il  a  joui  pendant  plusieurs 
années,  il  est  de  plus  en  plus  délaissé  et  tend  à  tomber  dans  l’oubli. 

Forget,  Recherches  chimiques  et  cliniques  sur  le  monésia  (Bull.  gén.  de  thérap.,  t.  XVI, 

Derosne,  Henry  et  Payen,  Examen  chimique  du  monésia.  Paris,  1851,  in-8°. 

Adrien,  Du  monésia  contre  les  flux  intestinaux  et  contre  la  stomatite  mercurielle  (Bull.  gén. 

de  thérap.,  t.  XXIII,  1842). 

Bodread,  Emploi  du  monésia  dans  la  chlorose  (Bull.  gén.  de  thérap.,  t.  XXVI,  1844). 
lîiFEADLT,  De  l’emploi  du  monésia  dans  la  chlorose  (Journ.  des  conn.  méd.  chir.,  1844). 
Halbodt,  Sur  les  effets  thérapeutiques  du  monésia  [Bull.  gén.  de  thérap.,  t.  XXIX,  1845). 

A.  HÉRAUD. 

MONHOMAKIK  (  Voy.  Folie). 

MONSTRÎJOSIÏ’ÉS.  —  Définition.  —  Division  des  anoma¬ 
lies.  —  Depuis  les  temps  les  plus  reculés,  la  monstruosité  a  attiré  l’atten¬ 
tion  des  observateurs,  et  pourtant,  on  peut  le  dire,  la  tératologie  est  une 
science  toute  récente.  C’est  que  les  monstres,  simples  objets  de  curiosité, 
n’étaient,  d’après  les  croyances  anciennes,  soumis  à  aucune  loi.  Voilà 
pourquoi  Aristote  les  appelle  des  erreurs,  et  Pline  des  jeux  de  la  nature. 

Ces  idées  régnèrent  jusqu’au  commencement  du  xviiU  siècle.  Ambroise 
Paré,  par  exemple,  définissait  ainsi  les  êtres  qui  nous  occupent  :  «  Mons¬ 
tres  sont  choses  qui  apparoissent  outre  le  cours  de  nature  (et  sont  le  plus 
souvent  signes  de  quelque  malheur  à  advenir).  » 

Pendant  tout  le  moyen  âge,  les  anomalies,  quelles  qu’elles  fussent, 
étaient  confondues  dans  une  même  catégorie.  Haller,  le  premier,  chercha  à 
faire  cesser  cette  confusion  et  à  séparer  les  anomalies  proprement  dites  des 
monstruosités.  Cette  dernière  dénomination,  il  la  réserva  pour  les  cas  où 
la  déviation  spécifique  était  assez  apparente  pour  sauter  aux  yeux  de  tout 
le  monde  ;  «  aberrationem  adeo  evidentem  ut  etiam  igharorum  oculos 
feriat.  »  {De  monstris,  §  1.) 

Mais  bientôt  la  confusion  se  rétablit,  et  ce  n’est  qu’au  commencement  de 
ce  siècle  qu’on  chercha  de  nouveau  à  créer  des  divisions  parmi  les  ano¬ 
malies.  La  définition  d’I.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  généralement  admise 
aujourd’hui,  est  celle  que  j’adopterai,  quoique  récemment  Lancereaux 
ait  proposé  une  définition  nouvelle. 

Ce  dernier  regarde  la  monstruosité  comme  «  une  déviation  du  type  spé¬ 
cifique,  constituée  par  l’union  plus  ou  moins  intime  de  produits  jumeaux 
sortis  d’un  ovule  vicieusement  conformé.  »  Les  monstres  composés  ren¬ 
treraient  donc  seuls  dans  cette  classification,  et  cependant  l’auteur  y  range 
les  monstres  omphalosites.  S’il  est  vrai  que  «  ces  monstres  se  rencontrent 


MONSTRUOSITÉS.  —  causes.  9 

uniquement  dans  les  cas  de  grossesse  gémellaire  »,  il  n’est  pas  moins  vrai 
qu’ils  ne  sont  point  constitués  par  V union  plus  ou  moins  intime  de  produits 
jumeaux. 

I.  Geoffroy  divise  les  anomalies  en  quatre  embranchements.  Les  ano¬ 
malies  simples,  légères  (variétés),  et  celles  qu’on  désigne  habituellement 
sous  le  nom  de  vices  de  conformation,  constituent  l’embranchement  des 
HÉMiTÉRiES.  Les  anomalies  complexes,  mais  non  apparentes  à  l’extérieur 
(inversion  splanchnique),  forment  le  deuxième  embranchement,  celui  des 
HÉTÉROTAXiES.  Le  troisième  comprend  les  hermaphrodismes,  et  enfin  le 
quatrième,  les  monstruosités. 

«  Les  monstruosités  sont  des  déviations  du  type  spécifique,  complexes, 
très-graves,  vicieuses,  apparentes  à  l’extérieur  et  congéniales.  »  {1.  Geof¬ 
froy  Saint-Hilaire.) 

C’est  là  la  définition  que  nous  adopterons,  car  elle  circonscrit  la  mons¬ 
truosité  dans  des  limites  parfaitement  exactes  et  la  différencie  nettement 
des  anomalies  proprement  dites. 

Comme  toutes  les  anomalies,  la  monstruosité  est  une  déviation  du  type 
spécifique,  mais  une  déviation  complexe  et  grave,  et  ces  deux  caractères 
suffisent  pour  la  distinguer  des  hémitéries  et  des  hermaphrodismes. 

Les  hétérotaxies  sont  bien  aussi  des  déviations  complexes,  mais  elles  sont 
loin  de  présenter  le  degré  de  gravité  des  monstruosités  et  elles  ne  sont  pas 
apparentes  à  l’extérieur. 

Théoriquement,  il  existe  donc  une  ligne  de  démarcation  bien  tranchée 
entre  les  divers  embranchements  des  anomalies  ;  mais  ce  serait  une  grave 
erreur  de  croire  qu’il  en  est  de  même  dans  la  nature.  C’est  ce  qu’avait  par¬ 
faitement  vu  I.  Geoffroy  Saint-Hilaire  ;  aussi  a-t-il  pris  soin  de  faire  remar¬ 
quer  que  la  première  tribu  du  quatrième  embranchement  forme  la 
transition  naturelle  entre  les  simples  vices  de  conformation  et  les  mons¬ 
truosités. 

La  division  n’en  était  pas  moins  nécessaire  pour  mettre  un  peu  d’ordre 
dans  les  faits  connus,  et  si  Ton  doit  admettre  que  certains  cas  sont  diffi¬ 
ciles  à  classer,  il  est  vrai  aussi  que  le  plus  souvent  la  distinction  est 
facile.  Pourrait-on,  par  exemple,  ranger  parmi  les  monstres  un  individu 
portant  un  doigt  surnuméraire  ou  présentant  une  inversion  de  tous  les 
viscères  ? 

Causes.  —  L’origine  de  la  monstruosité  a  donné  lieu  à  de  vives  discus¬ 
sions,  et  c’est  un  point  sur  lequel  on  n’est  pas  encore  complètement  d’ac¬ 
cord.  Je  vais  rapidement  exposer  les  diverses  théories  émises  sur  ce 
sujet. 

Suivant  une  hypothèse  fort  ancienne,  les  causes  de  la  monstruosité  rési¬ 
deraient  dans  le  sperme  lui-même,  trop  ou  trop  peu  abondant,  ou  bien 
doué  de  propriétés  spéciales.  Cette  hypothèse,  embrassée  par  Empédocle, 
Démocrite,  Aristote,  etc.,  nous  la  retrouvons  au  moyen  âge.  Mais,  à  celte 
époque,  on  invoque  de  plus  quelques  autres  causes,  la  conformation  des 
parents,  par  exemple,  et  surtout  l’état  de  la  matrice.  Je  ne  parlerai  pas  des 
accouplements  entre  animaux  d’espèces  différentes,  ni  de  ces  théories,  en- 


10  MONSTRUOSITÉS.  —  causes. 

fantées  par  la  superstition,  qui  attribuaient  à  Dieu  ou  au  diable  la  produc¬ 
tion  des  monstres. 

Dans  son  traité,  Licetus  admet  deux  ordres  de  causes  qui  sont  devenus 
le  germe  de  deux  grandes  théories.  Les  causes  du  premier  ordre  agiraient 
uu  moment  même  de  la  conception  ;  les  autres,  au  contraire,  n’agiraient  que 
plus  tard,  et  feraient  sentir  leur  action  soit  sur  le  fœtus  lui-même,  soit  sur 
la  mère. 

A  la  fin  du  xviU  siècle,  Sylvain  Régis  imagina  une  hypothèse  dont  Wins- 
low  allait  se  faire  le  défenseur  :  c’est  la  préexistence  de  germes  mons¬ 
trueux. 

Lémery  rejeta  absolument  cette  théorie  et  engagea  avec  Winslow  cette 
célèbre  discussion  qui  dura  près  de  vingt  ans.  Pour  Lémery,  tous  les  mons¬ 
tres,  simples  ou  composés,  étaient  le  résultat  de  causes  accidentelles.  Les 
monstres  doubles,  dont  il  s’occupa  spécialement,  résulteraient  de  la  fusion 
de  deux  embryons  primitivement  distincts  et  développés  dans  deux  œufs 
différents.  La  cause  de  la  fusion  serait  une  pression  mécanique,  résul¬ 
tant  des  contractions  de  l’utérus.  Winslow  lui  objectait  qu’une  pression 
mécanique  ne  pouvait  expliquer  la  régularité  si  grande  des  monstres 
doubles. 

Mais  jusqu’à  cette  époque  les  théories  ne  reposaient  que  sur  des  hypo¬ 
thèses  et  cela  devait  durer  jusqu’à  E.  Geoffroy  Saint-Hilaire.  Pour  arriver  à 
une  solution  scientifique,  celui-ci  commença  une  série  d’expériences  qui 
furent  continuées  par  son  fils  et  reprises  bien  des  fois  depuis  cette  époque. 

Les  recherches  de  ces  deux  hommes  éminents  ont  été  bornées  à  la  téra¬ 
togénie  des  oiseaux;  elles  ont  cependant  une  portée  bien  plus  grande. 
En  effet,  comme  le  dit  justement  C.  Dareste,  «  par  suite  de  l’identité  des 
types  tératologiques  chez  tous  les  vertébrés,  elles  donnent  en  réalité  la  té¬ 
ratogénie  à  peu  près  complète  de  tous  les  animaux  de  cet  embranche¬ 
ment.  » 

Dans  ses  expériences,  E.  Geoffroy  Saint-Hilaire  troublait  l’incubation  de 
diverses  manières,  mais  toujours  lorsque  le  développement  embryonnaire 
avait  commencé.  Il  obtint  ainsi  un  nombre  assez  considérable  de  monstres 
simples,  tandis  que  les  monstres  doubles  furent  en  très-petite  quantité. 
Ses  conclusions  doivent  donc  s’appliquer  aux  premiers  exclusivement,  puis¬ 
qu’il  est  douteux  que  les  moyens  mis  en  œuvre  aient  eu  quelque  influence 
sur  la  production  des  monstres  doubles. 

De  ses  expériences,  il  conclut  que  la  monstruosité  est  le  résultat  de 
causes  physiques,  agissant  après  le  début  de  l’incubation.  Elle  est  due  à 
un  arrêt  de  développement:  «  un  ou  plusieurs  organes,  dit-il,  n’ont  point 
participé  aux  transformations  successives  qui  font  le  caractère  de  l’organi¬ 
sation.  »  Cette  opinion  avait  déjà  été  émise  par  Béclard. 

1.  Geoffroy  Saint-Hilaire  fit,  comme  il  le  dit,  la  contre-partie  «  des  expé¬ 
riences  de  son  père.  »  Troublant  la  structure  de  l’œuf  avant  de  le  soumettre 
à  l’incubation  artificielle,  il  n’obtint  aucune  monstruosité;  l’embryon  ne  se 
développait  pas.  D’où  il  conclut,  comme  son  père,  que  les  causes  physi¬ 
ques  capables  de  produire  la  monstruosité  ne  sont  pas  primitives,  qu’elles 


MONSTRUOSITÉS.  —  causes.  i  1 

surviennent  pendant  le  cours  du  développement;  il  admet  cependant  cer¬ 
taines  exceptions. 

Parmi  les  causes  accidentelles,  E.  Geoffroy  Saint-Hilaire  faisait  jouer  un 
grand  rôle  aux  brides  placentaires  dans  la  production  de  certaines  mons¬ 
truosités,  comme  d’autres,  Haller,  Morgagni,  Meckel,  Béclai’d,  Dugès,  par 
exemple,  avaient  voulu  expliquer  les  monstruosités  de  l’encéphale  par  une 
hydropisie  du  cerveau. 

f.  Geoffroy  admet  l’influence  des  brides  placentaires,  mais  dans  quelques 
cas  fort  resti’eints.  H  divise  les  causes  physiques  en  prochaines  et  en  effi¬ 
cientes,  les  premières  agissant  sur  le  fœtus  lui-même,  les  autres  sur  la 
mère.  Parmi  ces  dernières,  les  violences  sur  l’abdomen  seraient  une  cause 
très-efficace  de  certaines  monstruosités  ;  la  tJilipsencéphalie,  par  exemple, 
serait  presque  toujours  le  résultat  de  violences  pratiquées  pendant  le  troi¬ 
sième  mois  de  la  gestation  ;  la  nosencéphalie  serait  produite  par  des  ma¬ 
nœuvres  semblables,  exercées  pendant  le  quatrième  mois. 

Je  ne  dirai  qu’un  mot  de  la  théorie  de  Serres,  qui  explique  par  une  ano¬ 
malie  primitive  du  système  vasculaire  toutes  les  anomalies  de  l’organisation . 
Gette  hypothèse  recule,  en  effet,  la  difficulté  sans  la  résoudre,  car  il  faudrait 
alors  rechercher  la  cause  de  l’anomalie  vasculaire. 

Il  est  bien  évident,  aujourd’hui,  que  les  monstres  unitaires  sont  le  résultat 
de  causes  physiques  accidentelles.  C’est  ce  qui  ressort  des  expériences  que 
je  viens  de  rappeler,  ainsi  que  de  celles  qui  ont  été  faites  depuis  par 
A.  Thomson,  Panum,  Lereboullet,  C.  Dareste,  etc.  Dans  toutes  ces  expé¬ 
riences,  les  causes  physiques,  mises  en  œuvre  par  les  expérimentateurs,  ont 
produit  un  nombre  considérable  de  monstruosités  simples.  Il  ne  s’est  agi, 
il  est  vrai,  que  de  poissons  ou  d’oiseaiix  ;  mais  on  doit  admettre,  par  ana¬ 
logie,  les  mêmes  causes  dans  l’espèce  humaine. 

Dans  un  cas  que  M.  Hamy  a  bien  voulu  me  communiquer,  le  cordon 
•ombilical,  exerçant  une  forte  constriction  autour  du  cou  du  fœtus,  sem¬ 
blait  devoir  amener  fatalement  une  anomalie  de  l’extrémité  céphalique,  si  le 
produit  n’avait  été  expulsé  prématurément. 

Toutes  ces  causes  rentrent  dans  la  catégorie  des  causes  prochaines  de 
I.  Geoffroy  Saint-Hilaire.  Elles  sont,  selon  toute  apparence,  fort  nombreuses  ; 
mais  elles  passent  certainement  souvent  inaperçues,  ce  que  Ton  conçoit 
sans  peine,  ces  causes  agissant  sur  le  fœtus  lui-même. 

Doit-on  admettre  également  les  causes  efficientes  de  l’auteur  du  Traité 
de  Tératologie  9  Oui,  sans  aucun  doute.  On  a  des  exemples  bien  authentiques 
d’anomalies  graves,  transmises  par  hérédité,  et,  dans  ces  cas,  il  n’est  pas 
■douteux  que  la  cause  réside  dans  les  parents  eux-mêmes. 

D’un  autre  côté,  il  n’est  pas  illogique  d’admettre  que  les  maladies  de  la 
mère,  par  exemple,  puissent  retentir  sur  le  produit.  Certains  faits  viennent 
d’ailleurs  confirmer  cette  manière  de  voir.  D’après  I.  Geoffroy  Saint-Hilaire, 
les  monstres  seraient  plus  fréquents  dans  les  classes  pauvres,  et  chez  les 
femmes  non  mariées.  Dans  ces  cas,  assurément,  les  causes  extérieures 
agissent  d’abord  sur  la  mère. 

Quant  aux  monstres  composés,  on  est  loin  d’être  d’accord  sur  leur  mode 


12  MONSTRUOSITÉS.  —  causes. 

de  production.  Tout  le  monde  admet  bien  aujourd’hui  que  les  sujets  com¬ 
posants,  chez  les  monstres  autositaires  au  moins,  sont  unis  par  des  parties 
similaires.  Mais  la  constatation  de  ce  fait,  auquel  E.  Geoffroy  Saint-Hilaire  a 
appliqué  le  nom  à' affinité  du  soi  pour  soi,  n’apprend  rien  sur  la  cause  elle- 
même. 

A  notre  époque,  deux  grandes-  hypothèses  sont  en  présence  :  pour  les 
uns,  les  monstres  composés  résultent  de  la  fusion  de  plusieurs  embryons 
primitivement  distincts  ;  pour  les  autres,  au  contraire,  de  la  division  d’un 
embryon  primitivement  simple. 

I.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  tout  en  déclarant  ignorer  la  cause  intime  de  la 
monstruosité  composée,  embrasse  la  première  de  ces  théories,  due,  comme 
nous  l’avons  vu,  à  Lémery.  Mais  ce  dernier  pensait  que  les  embryons  se 
développaient  dans  des  œufs  différents,  tandis  que  I.  Geoffroy  n’admet  cette 
'  hypothèse  que  pour  les  oiseaux  (dans  cette  classe  les  monstres  doubles  se 
produiraient  dans  un  œuf  à  deux  jaunes). 

Pour  qu’il  y  ait  production  d’un  monstre  double  chez  les  mammifères,  il 
faut,  d’après  l’auteur  moderne,  que  deux  embryons  se  produisent  dans  un 
même  œuf,  s’enveloppent  d’un  même  amnios,  et  se  correspondent  par  des 
parties  similaires. 

G.  Dareste,  dans  une  intéressante  discussion  qui  s’est  produite  récemment 
dans  le  sein  de  laSociété  d’Anthropologie  de  Paris  (1873-1874),  étendit  aux 
oiseaux  et  aux  poissons,  comme  l’avait  fait  Gos  te,  la  théorie  que  I.  Geoffroy 
Saint-Hilaire  appliquait  aux  mammifères  seuls.  G’est  que,  dans  toutes  ses 
expériences,  il  avait  vu,  ainsi  que  l’avait  observé  de  son  côté  Broca,  les 
œufs  à  deux  jaunes  donner  naissance  à  des  jumeaux  isolés  et  non  à  des 
monstres  doubles.  Il  ne  nie  pas  cependant  la  possibilité  d’observer,  dans 
quelques  cas,  la  fusion  d’embryons  développés  dans  des  jaunes  différents, 
lorsque  ces  jaunes  affectent  certaines  dispositions  spéciales,  comme  on  le 
voit  sur  quelques-unes  des  figures  de  l’ouvrage  de  Panum.  (Voy.  Untersu- 
chungen  über  die  Entstehung  des  Missbildungen  zunachst  in  die  Eiern  der 
VOgel).  Il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  presque  toujours,  sinon  dans  tous  les 
cas,  les  œufs  à  deux  jaunes  produisent  deux  jumeaux  séparés. 

D’un  autre  côté,  Dareste  a  vu,  comme  d’autres  observateurs,  sur  une  ci- 
catricule  unique,  deux  embryons  encore  distincts,  mais  tellement  rappro¬ 
chés  qu’ils  se  seraient  fatalement  soudés  par  suite  des  progrès  du  dévelop¬ 
pement. 

Pour  que  la  fusion  ait  lieu,  il  faut  que  la  rencontre  des  deux  embryons 
ait  lieu  de  très-bonne  heure.  Les  sujets  «  naissent  soudés,  si  l’on  peut  s’ex¬ 
primer  ainsi,  dans  des  blastèmes  qui  se  sont  unis  pendant  leur  formation.  » 

Gette  théorie,  fondée  sur  les  expériences  de  Allen  Thomson,  Valentin, 
Lereboullet,  Panum,  etc.,  et  de  Dareste  lui-même,  diffère  donc  de  celles  de 
Lémery  et  de  1.  Geoifroy  Saint-Hilaire  par  les  points  suivants  :  1°  produc¬ 
tion  des  deux  sujets  composants  sur  une  même  cicatricule;  2“  soudure  des 
deux  sujets  s’accomplissant  pendant  leur  formation,  et  antérieurement  à 
l’apparition  des  éléments  histologiques  définitifs. 

Les  causes  accidentelles  semblent  jouer  ici  un  rôle  bien  moins  impor- 


■  MONSTRUOSITÉS.  —  causes.  13 

tant  que  dans  la  production  des  monstruosités  simples.  Lé  nombre  des 
monstres  composés  obtenus  en  soumettant  les  œufs  à  l’incubation  dans 
des  conditions  anormales  diffère  peu,  en  effet,  de  celui  qu’on  observe  lors¬ 
que  les  œufs  se  développent  dans  des  conditions  normales.  La  cause  paraît 
donc  antérieure  à  l’incubation.  Elle  réside,  d'après  Dareste,  dans  un  état 
particulier  de  la  cicatricule,  qui  jouirait,  dans  ces  cas,  de  la  propriété  de 
donner  naissance  à  deux  embryons. 

Broca  ne  partage  nullement  les  idées  de. Dareste;  pour  lui,  les  monstres 
doubles  sont  le  résultat  de  causes,  parfois  accidentelles,  produisant  la 
bifurcation  d’un  germe  primitivement  simple.  11  s’appuie  sur  quelques 
expériences  dont  je  rapporterai  tout  à  l’heure  une  des  plus  remarquables 
due  à  Valentin. 

Mais  en  dehors  des  faits  d’expérience,  l’hypothèse  de  la  fusion  des  germes, 
dit  Broca,  peut-elle  expliquer  la  polydactylie  ou  ces  kystes  hétérotopiques 
dans  lesquels  on  a  rencontré  plus  de  trois  cents  dents  ?  Pour  ces  derniers, 
en  particulier,  l’hypothèse  de  la  bifurcation  d’un  germe  unique  donne-t-elle 
une  explication  plus  satisfaisante?  Ces  faits,  différents  des  cas  de  mons¬ 
truosité  proprement  dits,  sont  probablement  dus  à  des  causes  différentes 
elles-mêmes. 

A  quelle  théorie  nous  rattacherons-nous?  D’un  côté  nous  avons  les 
observations  de  'Wolf, Baer,  Allen  Thomson,  Panum,  etc., qui  ont  certaine¬ 
ment  vu  deux  embryons  naître  si  rapprochés  sur  une  même  cicatricule, 
qu’ils  semblaient  destinés  à  se  souder  fatalement  plus  tard.  Nous  avons 
aussi  une  observation  de  de  Quatrefages,  bien  plus  concluante  encore. 
Deux  jeunes  truites,  qui  s’étaient  développées  dans  un  seul  œuf,  se  sont 
rapprochées  de  plus  en  plus  par  suite  de  l’absorption  du  vitellus  commun, 
et  ont  fini  par  se  souder  l’une  à  l’autre  par  une  partie  des  lèvres  de  l’ou¬ 
verture  vitelline.  (Voy.  Comptes  rendus  de  V Académie  des  Sciences,  1855.) 

Voici,  d’un  autre  côté,  l’expérience  de  Valentin  à  laquelle  je  faisais  allu¬ 
sion  plus  haut  ;  après  avoir  divisé  directement  un  embryon  de  poulet,  le 
développement  ayant  continué  quand  même,  il  vit  se  produire  un  monstre 
double.  Cette  expérience  a  été  vainement  tentée  depuis.  Je  ne  parle  pas  des 
cyprins  de  la  Chine,  qui  présenteraient  une  queue  bifurquée  (obtenue,  il 
est  vrai,  au  moyen  d’une  division  mécanique),  mais  non  point  une  queue 
double. 

En  présence  des  faits  que  je  viens  de  rappeler,  je  dirai,  avec  de  Quatre¬ 
fages,  que  la  monstruosité  composée  est  le  résultat  de  causes  multiples  et 
diverses.  Chacune  des  deux  théories  s’applique  à  un  certain  nombre  de 
cas,  mais  ne  saurait  les  embrasser  tous.  C’est  une  opinion  qui  est  partagée 
par  différents  physiologistes,  au  nombre  desquels  je  citerai  notamment 
P.  Sert. 

Au  fond,  la  théorie  défendue  par  Dareste  diffère-t-elle  beaucoup  de  celle 
de  Broca  ?  Je  ne  le  crois  pas,  et  c’est  ce  que  je  vais  essayer  de  démontrer. 
Rappelons  d'abord  les  changements  qui  se  passent  dans  l’œuf  après  la 
fécondation. 

«  Chez  les  mammifères,  cette  évolution  se  réduit  à  un  assez  petit  nom- 


•14  MONSTRUOSITÉS.  —  causes. 

bre  de  termes^  savoir:  1“  la  segmentation  du  vitellus,  qui  se  transforme  en 
un  amas  de  cellules  ;  2»  la  formation  du  blastoderme,  qui  résulte  du  refoule¬ 
ment  des  cellules  vers  la  périphérie,  et  de  leur  agencement  en  une  mem¬ 
brane  continue,  située  immédiatement  au-dessous  de  la  membrane  vitel¬ 
line  ;  3°  V épaississement  du  blastoderme  en  un  point  particulier,  qui  est  le 
véritable  germe,  et  qui  prend  le  nom  de  taehe  embryonnaire  ou  A’aire  ger¬ 
minative;  4“  la  division  de  cette  tache  en  deux  parties,  l’une  périphérique- 
et  obscure  {area  lucida),  l’autre  centrale  et  transparente  qui,  d’abord  ronde,, 
prend  bientôt  la  forme  d’une  ellipse  [area  lucida)  ;  et  enfin  5°  l’apparition 
dans  l’axe  de  cette  ellipse  d’une  ligne  longitudinale,  droite,  très-fine,  qu’on 
appelle  la  ligne  primitive  ou  la  ligne  embryonnaire.  »  (P.  Broca.) 

Le  même  phénomène  de  segmentation  se  produit  chez  les  oiseaux,  les. 
reptiles  écailleux,  les  poissons  cartilagineux  (Goste)  et  même  chez  les  mol¬ 
lusques  céphalopodes  (Kôlliker).  Mais  il  y  a  cette  différence  avec  les  mam¬ 
mifères  que,  chez  les  autres  animaux,  la  segmentation,  au  lieu  d’atteindre 
l’œuf  en  entier,  porte  seulement  sur  une  partie  de  l’œuf  nommée  la  cica- 
tricule. 

Ce  phénomène  de  segmentation  et  de  groupement  des  matériaux  de  l’œuf 
est  donc  un  fait  très-général.  Or  la  monstruosité  (la  monstruosité  composée 
surtout)  résulte  essentiellement  d’un  groupement  insolite  des  matériaux  de- 
l’œuf.  C’est  ce  qu’admettent  également  les  partisans  des  deux  théories,  qui 
sont  d’accord  sur  ce  point  que  primitivement  l’œuf  est  simple.  C’est  donc 
uniquement  sur  l’époque  à  laquelle  se  produit  l’agencement  anormal  que 
leurs  opinions  diffèrent. 

Il  semble  que,  pour  Dareste,  le  groupement  insolite  des  matériaux  doive- 
se  faire  pendant  la  période  de  segmentation  du  vitellus  ou,  au  plus  tard, 
lorsque  se  produit  l’agencement  des  sphérules  qui  résultent  de  cette  segmen¬ 
tation,  c’est-à-dire  pendant  la  formation  du  blastoderme  ou  de  la  tache- 
embryonnaire.  Les  cellules  se  grouperaient  de  façon  à  produire  une  aire 
germinative  pouvant  donner  naissance  à  deux  lignes  embryonnaires  pri¬ 
mitives,  c’est-à-dire  une  aire  germinative  double.  Pour  Broca,  le  groupe¬ 
ment  se  fait  d’abord  comme  s’il  devait  produire  un  embryon  unique.  Mais, 
un  peu  plus  tard,  lorsque  dans  le  bourrelet  embryonnaire  (qui  correspond 
chez  les  poissons  à  l’aire  germinative  des  mammifères)  apparaît  la  ligne 
embryonnaire,  les  cellules  embryoplastiques,  qui  jusque-là  s’étaient  grou¬ 
pées  normalement,  s’agencent  alors  d’une  manière  insolite.  Au  lieu  dé¬ 
former  une  ligne  unique,  elles  divergent  à  une  des  extrémités  de  façon  à 
former  une  ligne  bifurquée. 

11  est  évidemment  foi’t  difficile  de  résoudre  la  question.  La  figure  44  de 
la  planche  III  du  mémoire  de  Lereboullet  sur  les  monstruosités  du  brochet, 
figure  que  M.  Broca  reproduit  à  l’appui  de  sa  théorie,  n’est  pas,  il  me 
semble,  parfaitement  probante.  Dès  le  début  (cinquante-trois  heures  après 
la  fécondation),  on  constate  deux  tubercules  embryonnaires  qui  «  se  déga¬ 
gent  d’une  base  commune  où  ils  se  confondent.  »  La  simple  inspection  de 
cette  figure  prouve,  d’après  M.  Broca,  «  qu’il  s’agit  d’un  tubercule  qui  se 
dédouble  et  non  de  deux  tubercules  qui  se  fusionnent.  » 


MONSTRUOSITÉS.  —  classification.  15. 

Mais  puisque,  cinquante-trois  heures  après  la  fécondation,  nous  avons, 
sous  les  yeux  deux  tubercules  embryonnaires,  n’est-il  pas  aussi  plausible 
d’admettre  que,  dès  le  début,  il  y  a  eu  deux  tubercules  ? 

Cet  examen  des  phénomènes  qui  se  produisent  dès  le  moment  de  la 
fécondation  nous  amène  à  la  conclusion  que  j’énonçais  tout  à  l’heure. 
Chaque  théorie  doit  s’appliquer  à  un  certain  nombre  de  cas,  mais  ne  sau¬ 
rait,  selon  toute  apparence,  les  embrasser  tous.  Si  le  groupement  des 
cellules  peut  se  faire  d'une  manière  insolite  au  moment  de  la  formation  de 
la  tache  embryonnaire,  ne  peut-il  pas  également  devenir  anormal  au 
moment  de  l’apparition  de  la  ligne  primitive  ou  même  un  peu  plus  tard  et 
vice  versa  ?  Si  l’on  peut  voir  se  former  deux  lignes  primitives  parallèles  et 
isolées  d’abord  dans  toute  leur  étendue,  n’est- il  pas  possible  de  rencontrer 
une  ligne  embryonnaire  simple  à  une  de  ses  extrémités  et  terminée,  à 
l’autre,  par  deux  lignes  partant  d’un  point  commun  et  divergeant  de  plus 
en  plus  ? 

Que  l’on  adopte  l’une  ou  l’autre  de  ces  hypothèses,  on  s’explique  parfai¬ 
tement  le  fait  signalé  par  Lereboullet  ;  toutes  les  fois  que  ce  savant, 
physiologiste  a  observé  des  monstres  doubles  pendant  plusieurs  jours,  il  a 
constaté  que,  chez  ces  monstres,  l’union  allait  toujours  en  augmentant.  Dans, 
les  deux  cas,  dis-je,  le  fait  s’explique  facilement.  En  effet,  que  nous  ayons 
primitivement  deux  lignes  embryonnaires  parallèles,  ou  une  ligne  bifurquée 
à  une  extrémité,  les  progrès  du  développement  amènent  le  même  résultat  : 
l’espace  compris  entre  les  lignes  parallèles  ou  entre  les  branches  de  la, 
bifurcation  va  en  diminuant.  Dans  le  premier  cas,  il  arrive  un  moment  où 
les  lignes  se  touchent  ;  dans  le  second,  l’espace  compris  entre  les  deux  obli¬ 
ques  se  remplit  d’abord  près  du  sommet  de  l’angle,  c’est-à-dire  que  la  fusion 
gagne  du  terrain. 

Classification.  —  Quelle  que  soit  la  théorie  que  l’on  adopte  au  suje 
de  la  diplogénèse  monstrueuse,  de  quelque  façon  que  l’on  conçoive  la  Térato¬ 
génie  des  monstres  en  général,  la  nécessité  de  séparer  les  monstruosités 
des  anomalies  proprement  dites  se  fait  sentir,  nous  l’avons  vu,  jusque  dans 
l’étude  des  causes. 

J’ai,  dès  le  début,  indiqué  la  division  établie  par  I.  Geoffroy  Saint-Hilaire 
parmi  les  anomalies.  Il  ne  me  reste  à  parler  que  de  la  classification  des. 
monstruosités. 

Dans  leurs  nomenclatures  purement  fantaisistes,  les  auteurs  anciens  ne- 
manquent  pas  d’introduire  les  monstres  multiformes,  composés  d’êtres  en. 
partie  hommes,  en  partie  animaux  ;  c’est  ce  qu’ont  fait,  entre  autres,  Licetus . 
et  Huber. 

Malacarne  adopta  une  division  beaucoup  plus  rationnelle  que  celles  des 
deux  auteurs  précédents.  Cette  classification  sur  laquelle  Voigtel,  au  com¬ 
mencement  de  ce  siècle,  semble  s’être  guidé,  est  pourtant  vicieuse  à 
plusieurs  égards  ;  elle  comprend  encore,  par  exemple,  une  classe  d’hommes 
à  membres  de  brutes  {Andralogomélie)  et  une  classe  de  brutes  à  membres 
d’hommes  [Alogandromélie). 

Buffon  divisa  les  monstres  en  trois  classes  seulement  :  1°  monstres  par- 


MONSTRUOSITÉS.  —  classific.4Tion. 


excès;  2°  monstrespar  défaut;  3°  monstres  par  renversement  ou  fausse  position 
des  organes.  De  cette  classification  qui  n’embrasse  pas  tous  les  cas  connus, 
et  dont  les  deux  premières  classes  sont  inadmissibles,  on  peut  rapprocher 
celles  deBlumenbach  et  de  Ch.  Bonnet. 

Au  commencement  de  ce  siècle,  Meckel,  Treviranus,  Wiese,  Cruveilhier, 
ont  aussi  proposé  diverses  classifications  qui  ne  sont  que  la  reproduction 
des  anciennes,  avec  quelques  modifications. 

Il  n’en  est  pas  de  même  de  celle  de  Breschet.  Ainsi  que  Malacarne, 
il  a  donné  à  chaque  sorte  d’anomalie  un  nom  tiré  du  grec,  mais  il  a 
voulu  que  ce  mot  renfermât  tous  les  caractères  essentiels  de  l’anomalie 
qu’il  désigne.  Aussi  les  noms  sont-ils  souvent  insuffisants  ou  bien 
d’une  longueur  telle  qu’il  est  à  peu  près  impossible  de  les  retenir; 
tels  sont,  par  exemple,  les  mots  diastematostaphylie,  hypodiastemato- 
caulie,  etc. 

Breschet  a,  en  outre,  réuni  dans  un  même  ordre  des  monstruosités  qui 
n’ont  pas  de  rapports  entre  elles.  Son  ordre  I  comprend  en  même  temps 
V agénésie  (absence  des  organes  ou  défaut  dans  leur  développement),  la  dico- 
stématie  (déviations  avec  fissure  sur  la  ligne  médiane),  V atrésie  (imperfora¬ 
tions)  et  enfin  l&symphysie  (réunion  ou  fusion),  qui,  sous  tous  les  rapports, 
doit  être  considérée  comme  étant  précisément  l’inverse  de  la  diastématie 
(I.  Geoffroy). 

Pour  ne  pas  sortir  de  cadre  de  cet  article,  je  ne  ferai  que  citer  la  classifi¬ 
cation  proposée  par  Charvet  et  celle  de  Otto.  Plusieurs  groupes  de  la  pre¬ 
mière  sont  mal  limités  ou  bien  l’enferment  des  anomalies  très-différentes. 
Je  passerai  également  sous  silence  les  classifications  de  Bouvier  et  de  Gerdy, 
le  premier  confondant  les  anomalies  et  les  monstruosités,  le  second  se  con¬ 
tentant  d’ajouter  à  la  classification  de  Buffon  une  quatrième  classe  tout  à 
fait  inadmissible  ;  je  veux  parler  des  monstres  par  maladies.  (Yoy.  Thèses 
de  concours,  1831.) 

La  classification  généralement  adoptée  aujourd’hui  est  celle  d’I.  Geoffroy 
Saint-Hilaire.  Il  a  introduit  en  tératologie  la  méthode  employée  en  zoologie 
ou  en  botanique,  c’est-à-dire  la  méthode  naturelle.  «  Au  milieu  du  fatras  des 
faits  monstrueux,  il  est  venu  apporter  l’ordre  ;  il  a  créé  des  catégories,  des 
groupes,  il  leur  a  donné  des  noms,  et  il  a  bien  fait  :  on  n’aurait  pu  s’y  re¬ 
connaître  sans  cela.  »  (P.  Bert.) 

Les  fondements  de  cette  classification  avaient  été  posés  par  E.  Geoffroy 
Saint-Hilaire.  Elle  embrasse  à  peu  près  tous  les  faits  connus  jusqu’à  cejour, 
et  quoiqu’on  dût  peut-être  augmenter  le  nombre  des  geni’es  de  quelques 
familles  {exencéphaliens.  par  exemple),  je  l’exposerai  intégralement. 

Tout  récemment  Davaine  a  proposé  une  nouvelle  classification,  dans 
laquelle  il  réunit  toutes  les  anomalies.  H  reproche  à  la  classification 
d’I.  Geoffroy  Saint-Hilaire  de  comprendre  une  tribu  mal  limitée  formant 
la  transition  entre  les  anomalies  et  les  monstruosités.  Mais  ce  reproche, 
on  peut  l’adresser  à  toutes  les  classifications,  et  cela  tient  à  ce  que,  dans  la 
nature,  la  transition  est  insensible. 

Il  n’est  pourtant  pas  possible,  comme  je  l’ai  dit  et  comme  le  reconnaît 


MONSTRUOSITÉS.  —  classification.  17 

M.  Davaine  lui -même,  de  qualifier  de  monstres  certains  individus  porteurs 
d’anomalies  aimples. 

Voici  la  classification  d’I.  Geoffroy  : 


PREMIERE  CLASSE.  —  MONSTRES  UNITAIRES 


ORDRE  II  ^ 

MONSTRES  OMPHALOSITES  / 

\  ïribi 


f  Aspalasome. 
l  Agénosome. 

I  Famille  unique  Célosomiens . \  Cyllosome. 

1  Schistosome, 
f  Pleurosome. 

'  Célosome. 

(Notencéphale. 
Proencéphale. 
Podencéphale. 
i  Hyperencéphale. 
r  Iniencéphale. 

I  \  Exencéphale. 

1  (  Nosencéphale. 

I  Famille  II  . . .  Pseudencéphaliens  !  Thlipsencéphale. 

(  Pseudencéphale, 

1/  Ethmocéphale. 

1  Cébocéphale. 

I  Famille  I _  Cyclocéphaliens . . .  <  Rhinocéphale. 

j  Cyclocéphale. 

V  Stomocéphale. 

/  Sphénocéphale. 
t  Otocéphale. 

Famille  II -  Otoeéphaliens - <  Edocéphale.  “ 

I  Opocéphale. 

\  Triocéphale. 

Paracéphale. 

Famille  I -  Paracéphaliens - !  Omacéphale. 

(  Hémiacéphalc. 
t  Acéphale. 

Famille  II  ...  Acéphaliens . j  Péracéphale. 

(  Mylacéphale. 


.  .1  Famille  unique  Zoomyliens . 


XXIII.  — 


18 


MONSTRUOSITES.  —  cl.\ssification. 


MONSTRES  AÜIOSITAIRES 


DEUXIEME  CLASSE.  -  MONSTRES  COMPOSES 
I.  —  MONSTRES  DOUBLES 


1/  Pygopage. 

Famille  I .  Eusomphaliens  ...  ;  Métopage. 

(  Céphalopage. 
/  Ischiopage, 
l  Xiphopage. 

\  Famille  II -  Monomphaliens...!  Slernopage. 

I  Ectopage. 

\  Hémipage. 

C  Janiceps. 

[  Famille  I .  Sycéphaliens . J  Iniope. 

..  Il  I  ■  ■  '■ 

(/  Déradelphe. 

Famille  II ... .  Monocéphaliens. . .  !  ^adelphe’’*' 
V  Synadelphe. 
é  Psodyme. 

Sysomiens . ,!  Xiphodyme. 

(  Dérodyme. 

I  Atlodyme. 

Monosomiens . (  Iniodyme. 

(  Opodyme. 


ORDRE  II 

MONSTRES  PARASITAIRES 


!  Famille  I . 

I  Famille  II.... 


Famille  I .  Hétérotypiens _ l  Hétérodyme. 

I  Hétérotype. 
Hétéromorphe. 

Famille  II _  Hétéraliens  _ _ _ |  Epicome. 


,  Hétéropage. 


:  Famille  I .  Polygnathiens.  . 


f  Epignathe. 

)  Hypognathe. 
i  Paragnathe. 


('  Pygomèle. 
k  Gastromèle. 

Polyméliens . l  Notomèle. 

f  Céphalomèle. 
Mé’lomèle. 


Tribu  III I  Famille  unique  Endocymiens . (  Endoc  me 


IL  —  MONSTRES  TRIPLES 

Les  quelques  genres  connus  subdivisés  en  deux  ordres,  analogues  aux  deux  ordres 
de  la  sous-classe  des  monstres  doubles. 


La  première  classe,,  celle  des  Monstres  unitaires,  renferme  «tous  les  mons¬ 
tres  chez  lesquels  on  ne  trouve  les  éléments,  soit  complets,  soit  incomplets, 
que  d’un  seul  individu.  »  La  classe  des  Monstres  composés  comprend  «  tous 
les  monstres  chez  lesquels  on  trouve  réunis  les  éléments,  soit  complets, 
soit  incomplets,  de  deux  ou  plusieurs  individus.  » 

La  première  classe  est  divisée  en  trois  ordres  :  1“  les  Monstres  Autosites, 
a.  capables  de  vivre  et  de  se  nourrir  par  le  jeu  de  leurs  propres  organes  »  ; 


MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  unitaires. 


2°  les  Monstres  Omphalosites,  dont  la  vie  cesse  dès  que  la  rupture  du  cordon 
ombilical  interrompt  la  communication  avec  la  mère  ;  3“  les  Monstres  Pa¬ 
rasites,  masses  inertes,  «  vivant  d’une  vie  obscure,  végétative  et  toute  para¬ 
sitique  »  ;  ces  masses  inertes  manquent  de  cordon  ombilical. 

Les  Monstres  composés  sont  partagés  en  deux  sous-classes,  les  Monstres 
doubles  et  les  Monstres  triples,  divisées  chacune,  à  leur  tour,  en  deux 
ordres.  Le  premier  renferme  les  monstres  «  composés  de  deux  individus 
offrant  le  même  degré  de  développement  » ,  chacun  contribuant  à  la  vie 
commune  et  étant  analogue  à  un  autosite.  Le  deuxième  ordre  comprend 
les  êtres  composés  de  deux  Individus  très-dissemblables,  l’un  presque 
complet,  analogue  à  un  autosite,  l’autre  rudimentaire,  analogue  à  un  om- 
plialosite  ou  même  à  un  parasite.  Ce  dernier  ordre  correspond  donc  aux 
ordres  II  et  III  des  monstres  unitaires. 

Voici  la  description  aussi  succincte  que  possible  des  tribus,  des  familles 
et  des  genres  qui  forment  les  deux  classes  de  monstres  dont  je  viens  de 
parler. 

Première  classe.  —  Monstres  unitaires.  —  I.  Aütosites.  — 
A.  La  tribu  I  de  l’ordre  I  forme  la  transition  entre  les  vices  de  conformation 
et  les  monstruosités.  Elle  renferme  tous  les  individus  dont  les  membres 
sont  modifiés  d’une  manière  grave,  le  tronc  ne  présentant  que  des  anoma¬ 
lies  légères  subordonnées  à  celles  des  membres.  La  première  famille  est 
caractérisée  par  l’avortement  des  membres  (Ectroméliens),  la  deuxième  par 
la  fusion  des  membres  (Syméliens). 

1“  La  famille  des  Ectroméliens  se  compose  de  trois  genres.  Le  premier 
de  ces  genres,  la  Pliocomélie  (fig.  1),  est  cette  difformité  dans  laquelle  on 
voit  «  des  mains  ou  des  pieds  de  grandeur  ordinaire,  et  le  plus  souvent 
même  complètement  normaux  qui,  supportés  par  des  membres  excessive¬ 
ment  courts,  semblent,  dans  la  plupart  des  cas,  sortir  immédiatement  des 
épaules  ou  des  hanches.  » 

Dans  VHémimélie  les  membres  anomaux  sont  «  formés  exclusivement 
par  les  bi-as  et  les  cuisses  à  l’extrémité  desquels  on  voit  un  vestige  peu 
considérable  des  segments  inférieurs  avortés.  »  (Holmes,  traduct.  Lar¬ 
cher.) 

L’Ectromélie  (fig.  2)  est  caractérisée  par  l’avortement  complet  ou  presque 
complet  d’un  ou  plusieurs  membres. 

2°  Le  premier  genre  (Symèle)  de  la  famille  des  Syméliens  est  constitué 
par  la  réunion  de  deux  membres  abdominaux  presque  complets,  terminés 
par  un  pied  double,  dont  la  plante  est  tournée  en  avant. 

Dans  le  deuxième  genre  (Uromèle),  les  deux  membres  abdominaux  sont 
très-incomplets,  terminés  par  un  pied  unique,  souvent  imparfait,  dont  la 
plante  est  tournée  en  avant. 

Enfin  dans  le  troisième  [Sirénomèle) ,  les  membres  abdominaux,  extrê¬ 
mement  incomplets,  sont  terminés  par  un  moignon,  sans  pied. 

B.  La  tribu  II  comprend  des  individus  dont  le  corps  présente  des  dévia¬ 
tions  graves  et  complexes,  les  membres  pouvant  être  normaux.  Tous  les 
,genres  de  l’unique  famille  qu’elle  forme  (Célosomiens)  sont  caractérisés  par 


20  MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  unitaires. 

une  éventration  donnant  issue  à  un  grand  nombre  de  viscères.  Dans  le  genre 
Aspalasome  l’éventration  siège  à  la  partie  inférieure  de  l’abdomen  ;  le  rec¬ 
tum,  les  appareils  urinaires  et  génitaux  sont  distincts.  Les  genres  Agénosome 
et  Cyllosome  présentent  une  éventration  de  la  même  région ,  mais  dans  le 
premier  les  organes  génitaux  et  urinaires  sont  nuis  ou  rudimentaires,  et 
dans  le  second  le  membre  pelvien  du  côté  de  l’éventration  est  avorté.  Les 


méliens ,  d’après  le  squelette  du 
nommé  Cazotte  (dit  Pépin).  Musée 
Dupuytren,  n”  30. 


Fig.  2.  —  Ectromèle.  Fam.  Ectromé- 
liens  {Medical  Times  and  Gazette, 
10  décembre  1853,  et  Holmes, 
Mal.  chir.  des  enfants). 


Schistosomes  offrent  un  avortement  des  membres  pelviens  en  même  temps 
qu’une  éventration  de  l’abdomen  dans  toute  sa  longueur. 

Dans  ces  quatre  genres  l’ouverture  des  parois  ne  s’étend  pas  jusqu’à  la 
région  thoracique.  Les  Pleurosomes  (fig.  3)  présentent  une  éventration 
siégeant  à  la  partie  supérieure  de  l’abdomen  et  s’étendant  même  à  la  paroi 
thoracique.  Le  membre  supérieur  correspondant  est  atrophié. 

La  fissure,  l’atrophie  ou  l’ahsence  complète  du  sternum,  avec  hernie  du 
cœur,  constitue  la  Célosomie. 

C.  Les  tribus  précédentes  renferment  les  monstruosités  des  membres  et 
du  tronc  ;  les  deux  dernières  comprennent  les  anomalies  de  la  tête.  La  troi- 


MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  unitaires.  21 

sième  tribu  comprend  les  anomalies  graves  siégeant  spécialement  sur  le 
crâne;  la  quatrième,  celles  qui  portent  surtout  sur  la  face. 

1°  Exencéphaliens.  La  famille  I  de  la  tribu  II!  «  est  caractérisée  par  un 
cerveau  mal  conformé,  plus  ou  moins  incomplet  et  placé,  au  moins  en  par¬ 
tie,  hors  de  la  cavité  crânienne ,  elle-même  très-imparfaite.  »  Lorsqu’il 
n’existe  point  de  fissure  spinale  et  que  l’encéphale  est  en  très-grande  partie 
hors  de  la  boîte  cérébrale,  l’ouverture  crânienne  siége-t-elle  à  la  région 


(Geoffroy  Saiat-Hilaire,  Philosophie 
anatomique,  pl.XV). 


occipitale,  le  monstre  est  un  Notencéphale  ;  siége-Lelle,  au  contraire,  à  la 
région  frontale,  nous  avons  un  Proencéphale.  Si  l’encéphale  est  au  des¬ 
sus  du  crâne  et  que  la  voûte  soit  seulement  incomplète,  le  monstre  est 
Podencéphale;  c’est  un  Hyper mcéphale,  si  la  voûte  manque  presque  complè¬ 
tement. 

Cette  famille  forme  encore  deux  genres  offrant  une  fissure  spinale  en 
même  temps  qu’une  hernie  de  l’encéphale.  L’un  d’eux,  le  genre  Iniencé- 
phale,  présente  une  hernie  d’une  portion  de  l’encéphale,  en  arrière  et  un  peu 
au-dessous  du  crâne,  ouvert  dans  la  région  occipitale.  Dans  le  genre  Exen¬ 
céphale  (fig.  h),  la  portion  de  l’encéphale  qui  fait  hernie  derrièi’e  le  crâne 


Fig.  i.  —  Exencéphale.  Fam.  Exencéphaliens  (HUdreth,  reproduit  in  Geoffroy 
Saint-Hilaire,  4?iomaZîes  de  l’organisation,  pl.  X,  fig.  2). 

spinale  ;  crâne  ouvert  dans  les  régions  frontale,  pariétale  et  occipitale  ;  pas 
de  trou  occipital  distinct.  G.  Pseudencéphale.  Fissure  spinale;  crâne  et 
canal  vertébral  lai’gement  ouverts  ;  pas  de  moelle  épinière. 

3°  Anencéphaliens.  La  dernière  famille  de  la  tribu  III  ne  comprend  que 
deux  genres  qui  présentent  une  absence  complète  de  l’encéphale.  Les  Déren- 
céphales  manquent  en  même  temps  de  moelle  cervicale  ;  le  crâne  et  la  par¬ 
tie  supérieure  du  canal  rachidien  sont  largement  ouverts.  Les  Anencéphales 
n’ont  point  de  moelle  épinière  et  le  canal  rachidien  est,  comme  le  crâne, 
largement  ouvert,  dans  toute  son  étendue. 

D.  1°  La  famille  I  de  la  iv'  tribu  des  Autosites  (Cyclocéphaliens)  présente 
une  atrophie  de  l’appareil  nasal  et  par  suite  un  rapprochement  des  deux 
yeux  qui  peuvent  même  se  réunir.  Lorsqu’il  existe  encore  deux  fosses  or- 


22  MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  unitaires. 


est  bien  plus  considérable,  et,  en  même  temps,  la  voûte  manque  en. 
grande  partie. 

2“  Les  PsEODENCÉPH.ALiENS  offrent,  à  la  place  du  cerveau,  une  tumeur  d’un 
rouge  foncé,  formée  d’un  lacis  de  petits  vaisseaux,  dans  laquelle  on  ne  ren¬ 
contre  que  quelques  parcelles  de  substance  nerveuse.  Voici  les  caractères 
différentiels  des  trois  genres  de  cette  famille:  G.  Nosencéphale.  Pas  de  fissure 
spinale;  crâne  largement  ouvert  en  dessus,  dans  les  régions  frontale  et 
pariétale  seules  ;  trou  occipital  distinct.  G.  Thlipsencéphale.  Pas  de  fissure 


MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  cnitaires.  23 

bitaires,  le  monstre  est  un  Ethmocéphale  ou  un  Cébocéphale.  Le  premier 
présente,  au  dessus  des  orbites,  une  trompe  formée  par  les  rudiments  de 
l’appareil  nasal  atrophié,  le  second  ne  porte  point  de  trompe. 

Lorsque  les  deux  orbites  se  sont  confondus  sur  la  ligne  médiane,  si  le 
sujet  poi’te  une  trompe,  il  est  Rliinocêphale;  s’il  n’en  porte  point,  il  est  Cy- 
-  clocéphale.  Si  le  monstre  présente,  en  même  temps  que  la  trompe,  des  m⬠
choires  rudimentaires,  une  bouche  très-imparfaité,  c’est  un  Stomocéphale. 

.2°  Chez  les  Otocéphaliens,  les  deux  oreilles  sont  rapprochées  ou  réunies 
sous  la  tête.  La  partie  supérieure  de  la  face  peut  être  à  peu  près  normale, 
les  yeux  bien  séparés  et  la  mâchoire  et  la  bouche  distinctes,  comme  chez 
les  Sphénocéphales.  Les  deux  orbites  peuvent  être  l’éunis  et,  dans  ce  cas,  ou 
bien  les  mâchoires  et  la  bouche  sont  distinctes,  sans  trompe  nasale  {Otocé- 
phales),  ou  bien  les  mâchoires  sont  atrophiées,  la  bouche  n’existe  point,  et 
r.œil  est  surmonté  d’une  trompe  [Edocéphales) ,  ou  bien  enfin  les  mâchoires 
sont  atrophiées  et  il  n’existe  ni  bouche  ni  trompe  (Opocéphale).  Un  dernier 
cas  peut  se  présenter  :  on  ne  trouve  point  d’yeux,  point  de  bouche  ni  de 
trompe  ;  le  monstre  est  un  Triocéphak. 

IL  Omphalosites.  —  A.  La  premièü’e  tribu  comprend  des  êtres  «  dont  le 
corps,  gravement  anormal  dans  toutes  ses  régions  et  de  forme  très-irrégu¬ 
lière,  montre  cependant  encore  une  tendance  manifeste  vers  la  symétrie 
et  renferme  intérieurement  des  viscères.  » 

1"  Les  Paracéphalieks  offrent  encore  des  rudiments  de  face  et  surtout  de 
crâne,  mais  le  cœur  manque  ou  est  trop  imparfait  pour  donner  au  .sang 
son  impulsion  ;  les  membres  sont  toujours  anormaux.  La  tête,  quoique  mal 
conformée,  peut  être  encore  volumineuse  avec  une  face  distincte  et  des  or¬ 
ganes  sensitifs  rudimentaires  ;  les  membres  thoraciques  existent  [Paracé- 
phales)  ou  font  défaut  (Omacéphales).  Les  Hémiacéphales,  tout  en  ayant  des 
membres  thoraciques,  ont  une  tête  représentée  par  une  tumeur  infonne 
avec  quelques  replis  cutanés  en  avant. 

2“  Les  Acéphaliens,  outre  la  conformation  toujours  vicieuse  de  leurs 
membres  et  de  leur  tronc,  et  l’imperfection  de  leurs  viscères  thoraci¬ 
ques  et  abdominaux,  souvent  complètement  nuis,  présentent  une  atrophie 
complète  de  la  tê^.  «  Ils  se  trouvent  réduits,  soit  à  la  région  cervicale,  tou¬ 
jours  non  distincte,  à  la  région  thoracique  et  à  l’abdominale,  soit  aux  deux 
dernières  seulement,  soit  même  à  l’abdomen.  »  Des  trois  genres  qu’ils  for¬ 
ment,  le  premier  {Acéphale)  est  caractérisé  par  un  corps  mal  symétrique, 
irrégulier,  mais  ayant  ses  diverses  régions  bien  distinctes;  le  thorax  existe 
à  peu  près  complètement  et  porte  au  moins  un  membre  thoracique.  Les 
Péracéphales  sont  dépourvus  de  membres  thoraciques  ;  les  Mylacéphales 
ont  un  corps  informe,  sans  régions  distinctes  ;  les  membres  sont  très-im¬ 
parfaits  ou  nuis. 

B.  La  deuxième  tribu  ne  comprend  que  des  êtres  dont  le  corps  est  réduit 
à  une  bourse  cutanée,  ne  contenant  ni  viscères  ni  canal  intestinal  (âni- 
DiENs).  Quelques  troncs  vasculaires  et  le  cordon  ombilical  font  seuls  recon¬ 
naître  leur  véritable  nature. 

III.  Parasites.  —  Ce  dernier  ordre  renferme  des  monstres  (Zoomyliens) 


24  MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  unitaires. 


encore  plus  imparfaits  que  les  Anidiens  ;  ils  ne  présentent  aucune  trace  du 
cordon  ombilical.  Il  faut,  je  crois,  séparer  de  ces  monstres  les  productions 
diverses  qu’on  trouve  dans  certains  kystes,  et  ne  comprendre  dans  cet 
ordre  que  les  «  produits  de  conception  restés  singulièrement  imparfaits,  » 
qu’on  peut  rencontrer  dans  l’utérus  et  dans  les  ovaires.  En  d’autres  termes, 
il  ne  faut  appeler  monstres  parasites  que  les  productions  organiques  qu’on 
est  autorisé  à  regarder  comme  des  êtres  nouveaux  dont  la  formation  a  été 
fortement  entravée. 

Denxièiiie  classe.  —  Monstees  composés.  —  I.  Monstres 


DOUBLES  .AOTOsiTAiREs.  —  A.  La  première  tribu  de  cet  ordre  comprend  des 
individus  réunis  dans  une  seule  région,  et  chez  lesquels,  dans  cette  région 
même,  on  retrouve  les  éléments  complets  ou  presque  complets  des  deux 
sujets.  Les  uns  possèdent  même  chacun  leur  ombilic  (Eüsomphaliens)  ;  les 
autres  ont  un  ombilic  commun  (Monomphaliens). 

i°  Eüso.mphaliens.  —  Les  monstres  de  la  première  famille  se  divisent  en 
trois  genres  :  les  uns  ne  sont  réunis  que  dans  la  région  fessière  {Py go- 
pages)  ;  les  autres  ne  se  tiennent  que  par  la  région  frontale  [Métopages, 
V.  fig.  5)  ;  enfin  les  derniers  ont  leurs  têtes  réunies  par  les  sommets,  en  sens 
inverses  {Céphalopages). 


MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  ünitaires.  25 

2*  Les  monstres  Monomphaliens  comprennent  un  plus  grand  nombre  de 
genres.  Les  individus  de  cette  famille  qui  sont  réunis  dans  la  région  hypo¬ 
gastrique  constituent  le  genre  Ischiopage;  ceux  qui  sont  l’éunis  depuis  l’ex¬ 
trémité  inférieure  du  sternum  jusqu’à  l’ombilic  commun  forment  le  genre 
Xiphopage.  Dans  le  genre  Sternopage  (fig.  6),  les  sujets  composants  sont 
unis  face  à  face  sur  toute  l’étendue  du  thorax.  Les  Ectopages  sont  réunis 
par  toute  la  partie  latérale  du  thorax  ;  les  Hémipages  présentent  les  carac¬ 
tères  des  ectopages,  mais  de  plus  les  sujets  sont  fusionnés  par  le  cou  et 
même  par  les  mâchoires. 

B.  La  tribu  II  comprend  les  monstres  doubles  formés  de  deux  individus 
distincts  par  leur  extrémité  pelvienne,  réunis  par  leur  extrémité  cépha¬ 
lique  ;  la  fusion  peut  descendre  jusqu’à  l’omhilic. 

1“  Les  Sycéphaliens,  qui  constituent  la  première  des  deux  familles  de 
cette  tribu,  sont  composés  de  deux  corps  bien  distincts  au-dessous  de  l’om¬ 
bilic,  «  surmontés  d’une  double  tête  plus  ou  moins  complète,  en  d’autres 
termes,  de  deux  têtes  Intimement  réunies  et  plus  ou  moins  atrophiées.  »  Les 
Janiceps  ont  une  double  tête,  à  faces  diamétralement  opposées  ;  les  Iniopes 
ont  une  tête  incomplètement  double,  présentant  d’un  côté,  une  face,  et  de 
l’autre,  un  œil  imparfait  et  une  ou  deux  oreilles.  Les  Synotes  présentent 
la  même  disposition  que  les  iniopes,  avec  celte  différence  que,  du  côté  op¬ 
posé  à  la  face,  ils  n’ont  qu’une  ou  deux  oreilles,  mais  point  d’œil. 

2®  Les  Monocéphahens  possèdent  une  tête  unique  et  simple,  dans  laquelle 
on  ne  peut  qu’avec  beaucoup  de  peine  retrouver  des  traces  de  duplicité. 
Parmi  les  monstres  de  cette  famille,  il  en  es*t  qui  ont  leurs  troncs  séparés 
dans  la  région  pelvienne  et  réunis  seulement  au-dessus  de  l’ombilic.  Dans 
cette  catégorie  se  trouvent  les  Deradelphes  (lig.  7),  qui  présentent  quatre 
membres  thoraciques  ;  les  Thoradelphes,  qui  n’ont  que  deux  membres  tho¬ 
raciques  et  dont  le  tronc  est  en  apparence  simple  supérieurement;  et  enfin 
les  lléadelphes,  dont  le  double  corps  est  en  apparence  simple  dans  toute 
la  partie  supérieure,  mais  se  bifurque  dans  la  région  pelvienne  et  se  ter¬ 
mine  par  deux  arrière-trains. 

Une  autre  catégorie  de  monstres  de  cette  famille  ont  leurs  troncs  réunis 
dans  toute  leur  étendue.  Le  tronc,  unique  en  apparence,  est  double  dans 
toutes  ses  régions.  Sur  les  huit  membres,  quatre  paraissent  être  dorsaux 
et  dirigés  supérieurement.  Cette  dernière  catégorie  ne  renferme  que  le 
genre  Synadelphe. 

G.  La  tribu  III  présente  des  modifications  inverses  de  la  tribu  IL  C’est  la 
région  sous-ombilicale  qui  «  offre  une  tendance  manifeste  à  l’unité  ». 

Parmi  ces  monstres  il  en  est  dont  les  deux  corps  sont  réunis  en  un  tronc 
manifestement  double  ;  ils  forment  la  famille  des  Sysomiens.  Chez  les  au¬ 
tres,  la  fusion  est  bien  plus  intime  et  le  tronc  semble  simple.  (Monoso- 

MIENS.j 

^“Les  monstres  qui  rentrent  dans  la  famille  des  Sysomie.ns  sont  :  les. 
Psodymes  qui  possèdent  deux  corps  distincts  dès  la  région  lombaire,  deux 
thorax  complets  et  séparés,  deux  membres  pelviens  et  quelquefois  les 
rudiments  d’un  troisième  ;  les  Xiphodymes  (fig.  8) ,  dont  les  deux  thorax. 


26  MONSTRUOSITÉS.  —  monstres  unitaires. 

confondus  inférieurement,  sont  séparés  en  haut;  ils  n’ont  que  deux  mem¬ 
bres  pelviens,  et,  quelquefois,  les  rudiments  d’un  troisième;  les  Déro- 
dymes,  dont  le  corps  unique  possède  une  seule  poitrine  ;  le  sternum  est 
opposé  à  deux  colonnes  vertébrales.  Ces  monstres  ont  deux  cous,  deux 
membres  thoraciques,  deux  membres  pelviens,  et  quelquefois  les  rudiments 
d’un  troisième. 


2°  Les  Monosomiens  forment  les  trois  genres  Atlodyme,  Iniodyme,  Opo- 
dyme.  Les  monstres  du  premier  genre  ont  deux  têtes  séparées,  mais  conti¬ 
guës,  portées  sur  un  cou  unique.  Ceux  du  second  genre  ont  deux  têtes 


Fig.  7.  —  Déradelphe.  Fam.  Monocé-  Fig.  8.  —  Xiphoityme.  Fam.  Syso- 

phaliens  (Ambroise  Paré,  p.  9).  miens  (Ambroise  Paré,  t.  lit,  p.  5). 


réunies  en  arrière  par  le  côté  ;  enfin,  ceux  du  troisième  présentent  une 
tête  unique  en  arrière,  mais  se  séparant  en  deux  faces  distinctes  à  partir 
de  la  région  oculaire. 

IL  Monstres  doubles  parasitaires.  —  Cet  ordre  se  divise  en  trois 
tribus. 

A.  La  tribu  I  se  rapproche  des  monstres  autositaires.  Dans  le  parasite,  si 
incomplet  qu’il  soit,  on  trouve  une  organisation  encore  assez  complexe, 
montrant  les  rudiments  d’un  individu  distinct. 

1°  Dans  l’une  des  familles  de  cette  tribu  (Hétérotypiens),  les  deux  sujets 
sont  dans  la  même  position  que  les  sujets  composants  d’un  monstre  auto- 


MONSTRUOSITÉS.  —  monstre»  unitaires.  27 

sitaire.  Le  parasite  est  généralement  attaché  à  la  face  antérieure  du  corps 
du  sujet  principal,  près  de  l’ombilic. 

Le  sujet  accessoire,  tout  en  étant  très-petit,  très-imparfait,  est-il  encore 
pourvu  d’une  tête  distincte  et  de  membres  pelviens  au  moins  rudimen¬ 
taires,  c’est  un  Hétéropage  ;  est-il  privé  de  tête  et  même  de  thorax,  c’est  un 
Hétéradelphe  (fig.  9).  Le  parasite  peut  être  réduit  à  une  tête  imparfaite  avec  un 
cou  et  un  tbora.x  très-rudimentaires,  le  monstre  s’appelle  alors  Hétérodyme^ 

Dans  les  deux  derniers  genres 
des  Hétérotypiens,  les  sujets  sont 
«  unis  bout  à  bout  par  les  bassins, 
comme  daJis  l’ischiopagie  »,  mais  l’un 
des  deux  sujets  est  un  véritable  para¬ 
site.  Lorsque  le  parasite  est  analogue 
à  un  paracéphalien,  le  monstre  est  un 
Hétérotype.  Il  peut  être  plus  imparfait 
encore  et  représenter  non  plus  un  pa¬ 
racéphalien,  mais  un  acéphalien  ;  nous 
aurons  alors  le  dernier  genre  de  cette 
famille,  le  genre  Hétéromorphe. 

2°  La  deuxième  famille,  celle  des 
Hétér.allens,  qui  ne  comprend  que  le 
genre  Epicome,  est  caractérisée  par 
un  parasite  fort  incomplet,  réduit  à 
une  seule  région,  une  tête  sans  corps, 
par  exemple  ;  le  sujet  accessoire  s’in¬ 
sère  loin  de  l’ombilic  du  sujet  prin¬ 
cipal.  Chez  l’épicome  de  E.  Home,  que 
le  baron  D.-J.  Larrey  a  figuré  dans  les 
Mémoires  de  l’Académie  de  médecine 
(t.  L,  1828),  la  tête  accessoire  était 
réunie  par  le  sommet  au  sommet  de 
l’autre  tête,  à  la  façon  des  céphalo¬ 
pages.  Cette  monstruosité  est  parfaite-  „  .  . .  , 

ment  compatible  avec  la  vie,  puisque  piens  (Ambroise  Paré,  t.  lit,  p.  7). 
le  sujet  qui  en  était  affecté  mourut 

des  suites  d’une  morsure  de  vipère  au  commencement  de  sa  cinquième- 
année. 

B.  La  deuxième  tribu  comprend  les  monstres  parasitaires  chez  qui  le  su¬ 
jet  accessoire  est  tellement  imparfait  «  qu’il  est  difficile  au  premier  aspect 
de  ne  pas  prendre  celui-ci  (l’individu  principal)  pour  un  être  unitaire  por¬ 
tant  quelques  parties  surnuméraires.  » 

1“  Cette  tribu  forme  deux  familles  dont  la  première  (Polygnathiens). 
comprend  des  êtres  portant  aux  mâchoires,  et  spécialement  à  la  mâchoire- 
inférieure,  un  parasite  réduit  aux  mâchoires  et  à  quelques  autres  parties 
céphaliques.  Trois  genres  sont  connus  dans  cette  famille  :  le  genre  Epi- 
gnathe,  caractérisé  par  une  tête  accessoire,  très-incomplète  et  très-mal 


28  MONSTRUOSITÉS.  —  classification. 

conformée,  attachée  au  palais  de  la  têle  principale;  le  genre  Hypognathe, 
dans  lequel  la  tête  accessoire  est  attachée  à  la  mâchoire  inférieure  de 
l’autre  tête  ;  le  genre  Augnathe,  dans  lequel  le  parasite  est  réduit  à  une 
mâchoire  inférieure  réunie  à  la  mâchoire  inférieure  de  l’autre  sujet.  Les 
monstres  du  genre  Paragnathe  sont  fort  rares  ;  la  mâchoire  inférieure  sur¬ 
numéraire  est  placée  «  tout  à  fait  latéralement,  et  insérée  côté  à  côté  sur 
celle  du  sujet  principal  » . 

2“  La  deuxième  famille  (Polyméliens)  nous  présente  un  plus  grand  nom¬ 
bre  de  genres  connus.  Tous  les  sujets  de  cette  famille  sont  composés  d’un 
sujet  principal  portant  un  ou  plusieui’s  membres  accessoires,  accompagnés 
parfois  de  rudiments  de  quelques  autres  parties.  Le  monstre  est  dit  Pygo- 
mèle  lorsqu’il  porte,  dans  la  l'égion  hypogastrique,  derrière  ou  entre  les 
membres  normaux,  un  ou  deux  membres  accessoires  ;  le  ou  les  membres 
surnuméraires  sont-ils  insérés  sur  l’abdomen,  entre  les  membres  pelviens 
et  les  membres  thoraciques  de  l’autre  sujet,  le  monstre  est  un  Gastromèle. 
Les  membres  accessoires  peuvent  être  dans  le  dos  (Notonièle) ,  sur  la  tête 
{Céphalomélej,  ou  sur  les  membres  eux-mêmes  {Mélomèle)  de  l’individu 
complet. 

C.  La  troisième  et  dernière  tribu  des  monstres  doubles  parasitaires 
comprend  ceux  chez  qui  le  sujet  accessoire,  d’une  imperfection  extrême, 
est  inclus,  caché  en  partie  dans  le  sujet  principal.  La  famille  unique  for¬ 
mée  par  cette  tribu  (  Endocymiens  )  se  divise  en  deux  genres  :  le  genre 
Dermocyme  ou  inclusion  fœtale  sous-cutanée  ;  le  genre  Endocyme  ou  in¬ 
clusion  fœtale  abdominale.  Je  dirai  un  peu  plus  loin  quels  sont  les  cas 
qu’on  peut  ranger  dans  cette  famille. 

Monstres  triples.  —  L’extrême  rareté  des  monstres  triples  a  à  peine  per¬ 
mis  d’en  observer  quelques  genres.  Il  faudra,  selon  toute  apparence ,  éta¬ 
blir  pour  ces  monstres  des  divisions  analogues  à  celles  qui  ont  été  créées 
parmi  les  monstres  doubles. 

Telle  est,  en  résumé,  la  classification  d’I.  Geoffroy  Saint-Hilaire.  Pour 
les  genres,  j’ai  dit,  avant  de  l’exposer,  qu’il  faudrait  probablement  en  aug¬ 
menter  le  nombre,  comme  l’avait  prévu  l’auteur  lui-même;  je  dois  ajouter 
que  jusqu’à  ce  jour  la  nécessité  s’en  fait  peu  sentir.  Le  nombre  des  nou¬ 
veaux  genres  proposés  est  fort  restreint;  je  citerai  dans  la  famille  des 
Exencépbaliens  le  genre  Métencéphale  (N.  Joly),  et  dans  celle  des  Polymé¬ 
liens  le  genre  Déromèle  (du  même).  C’est  que  I.  Geoffroy  Saint-Hilaire  avait 
admirablement  saisi  les  lois  auxquelles  sont  soumises  les  Monstruosités, 
lois  aussi  peu  variables  que  celles  qui  régissent  les  êtres  normaux. 

Cette  découverte  des  lois  tératologiques  lui  avait  non-seulement  permis 
de  classer  tous  les  faits  qu’il  avait  pu  recueillir,  mais  encore  de  créer  des 
genres  dont  l’existence,  «  rendue  très-vraisemblable  par  l’analogie  et  par 
les  inductions  de  la  théorie,  avait  encore  besoin  d’être  établie  par  les  faits.» 
{Loc  cit.,  t.  III,  p.  Iâ8,  note.)  C’est  le  cas  du  genre  Iléadelphe  dont  il 
n’avait  pas  eu  d’exemple  positif  et  qu’un  fait  tout  récent  est  venu  mettre 
hors  de  doute  (N.  Joly). 

Circonstances  qui  précèdent  on  qui  suivent  la  naissanee 


MONSTRUOSITÉS.  —  gestation.  —  viabilité.  29 

des  monstres.  —  .A  Gestation.  —  Parmi  les  genres  si  nombreu.K  et  si 
différents  que  nous  venons  de  passer  en  revue,  il  n’en  est  aucun  qui  s’an¬ 
nonce  à  l’avance  par  des  signes  capables  de  le  faire  pronostiquer.  Souvent, 
peut-être  même  dans  le  plus  grand  nombre  de  cas,  les  grossesses  qui  ont  donné 
lieu  à  des  êtres  .monstrueux  avaient  eu  un  cours  parfaitement  régulier. 

11  peut  arriver  toutefois  qu’on  ait  des  doutes  sur  l’issue  de  la  grossesse, 
sans  pouvoir  cependant  se  convaincre  de  l’existence  d’un  fœtus-  anomal 
dans  le  sein  de  la  mère.  Avant  de  parler  des  indices  qui  peuvent  soulever 
ces  doutes,  je  ferai  remarquer,  avec  I.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  «  qu’en  fai¬ 
sant  abstraction  de  la  famille  à  tant  d’égards  exceptionnelle  des  pseuden- 
céphaliens,  il  reste  à  peine  à  citer  quelques  exemples  de  monstres  nés  d’une 
femme  primipare  .»  (Loc.  cit.,  t.  111,  p.  359.) 

Cette  réserve  faite,  je  citerai  d’abord  l’hérédité,  ou  plutôt  (car  les  monstres 
proprement  dits  ne  se  reproduisent  guère)  une  sorte  de  prédisposition 
qu’ont  certains  individus,  même  normaux,  à  créer  des  êtres  inonstrueux. 
C’est  un  fait  dont  je  connais  un  exemple  bien  frappant  :  une  dame  bien 
constituée,  ainsi  que  son  mari,  mit  au  monde  sept  enfants  qui,  en  dépit  de 
toutes  les  précautions  prises  pendant  la  gestation,  ont  tous  présenté  des 
anomalies  complexes,  incompatibles  avec  la  vie. 

Quoique  souvent  le  cours  de  la  grossesse  soit  normal,  il  est  cependant 
quelques  cas  où  la  gestation  est  troublée  par  différentes  causes  :  maladies, 
coups,  chutes,  etc. ,  en  un  mot,  par  tout  ce  que  nous  avons  désigné,  avec 
l’auteur  du  Traité  de  Tératologie,  sous  le  nom  de  causes  efficientes.  Mais  il 
s’en  faut  de  beaucoup  que  ces  causes  donnent  toujours  naissance  à  des 
monstres. 

Les  grossesses  qui  doivent  aboutir  à  la  production  d’un  être  monstrueux 
se  terminent  fréquemment  avant  le  terme  ordinaire.  Les  monstres  doubles 
autositaires  des  premiers  genres  naissent  souvent  vers  huit  mois  ou  même 
plus  tôt;  c’est  ce  qui  a  lieu  d’ailleurs  pour  les  grossesses  gémellaires  nor¬ 
males.  Ce  fait  nous  explique,  jusqu’à  un  certain  point,  la  facilité  avec 
laquelle  se  fait  parfois  l’accouchement,  qui,  dans  quelques  cas  de  duplicité 
monstrueuse,  se  termine  par  les  seuls  efforts  de  la  nature. 

Parmi  les  monstres  unitaires,  ceux  des  premières  familles,  c’est-à-dire 
ceux  chez  qui  les  anomalies  sont  relativement  peu  complexes,  naissent  ha¬ 
bituellement  à  terme.  Les  dernières  familles  des  autosites  et  tous  les  om- 
phalosites  viennent  généralement  au  jour  vers  la  fin  du  huitième  mois. 

Il  est  quelques  cas  dans  lesquels  le  terme  de  l’accouchement  est  reculé. 
Les  pseudencéphaliens,  par  exemple,  rentrent  assez  souvent  dans  ce  cas  ; 
les  monstres  unitaires  parasites  prolongent  presque  indéfiniment  leur  vie 
au  sein  de  leur  mère. 

B.  Viabilité.  —  Non-seulement  les  parasites  ne  sont  pas  viables,  mais  ils 
ne  viennent  même  jamais  au  jour.  Les  omphalosites  meurent  au  moment 
de  la  naissance.  Tous  les  autosites  peuvent  vivre  depuis  quelques  minutes, 
comme  les  otocéphaliens  et  les  cyclocéphaliens,  jusqu’à  la  vie  ordinaire, 
comme  les  ectroméliens.  Les  anencéphaliens  peuvent  vivre  quelques 
heures  ;  les  exencéphaliens  et  les  pseudencéphaliens,  plusieurs  jours. 


30  MONSTRUOSITÉS.  —  accouchement. 

La  majorité  des  monstres  doubles  sont  viables,  quoiqu’ils  vivent  excep¬ 
tionnellement.  Leur  mort  hâtive  est  due,  au  moins  en  partie,  à  leur 
naissance  prématurée,  et  aux  dangers  auxquels  ils  sont  exposés  par  suite 
des  difficultés  de  l’accouchement.  Les  monocéphaliens  et  les  sycéphaliens 
sont  les  seuls  chez  lesquels  on  ait  toujours  vu  la  vie  s’éteindre  très-promp- 
tement. 

Dans  les  premiers  genres  des  monstres  doubles,  chaque  sujet  vit  de  sa 
vie  propre  ;  les  individus  sont  plutôt  accolés  que  confondus.  Les  genres  qui 
suivent  renferment  des  monstres  dont  la  vie  est  commune  aux  deux  indi¬ 
vidus  composants.  Enfin,  chez  les  derniers  autositaires  et  chez  les  parasi¬ 
taires,  un  seul  individu,  pour  ainsi  dire,  vit  ;  l’autre  peut  être  considéré 
comme  une  masse  inerte. 

G.  Accouchement.  —  Quelle  que  soit  l’époque  à  laquelle  ait  lieu  la  nais¬ 
sance,  que  le  monstre  simple  ou  composé  soit  viable  ou  non,  l’accouche¬ 
ment  peut  se  terminer  par  les  seuls  efforts  de  la  nature  ou,  au  contraire,  pré¬ 
senter  des  difficultés  presque  insurmontables.  On  peut  à  ce  point  de  vue 
diviser  les  monstruosités  en  trois  catégories  :  les  unes  ne  modifiant  en  rien 
l’accouchement  ;  les  autres  le  facilitant  ;  les  dernières,  enfin,  tendant  à  le 
compliquer  de  difficultés  inaccoutumées. 

La  première  catégorie  renferme  tous  les  monstres  dont  le  volume  et  la 
forme  sont  peu  modifiés  et  qui  naissent  habituellement  à  terme.  Ces  cas  ne 
présentent  évidemment  aucune  indication  spéciale. 

La  majorité  des  monstres  unitaires  rentrent  dans  la  seconde  catégorie.  11 
va  de  soi,  par  exemple,  que  les  individus  affectés  d’atrophie  et,  a  fortiori, 
4’avortement  complet  de  quelque  organe  doivent  être  expulsés  avec  plus 
de  facilité  qu’un  foetus  bien  constitué.  D’un  autre  côté,  un  bon  nombre  de 
monstruosités,  nous  venons  de  le  voir,  sont  une  cause  d’accouchement 
prématuré  ;  le  produit  n’ayant  pas  atteint  tout  son  développement,  la  par- 
turition  doit-être  notablement  simplifiée. 

11  est  cependant  un  certain  nombre  dé  monstres  simples  qui  font  excep¬ 
tion  à  cette  règle  :  ce  sont  ceux  qui  présentent  des  encéphalocèles  {Exencé- 
phaliens),  ou  des  éventrations  [Çélosomiens) .  Le  professeur  N.  Joly  (de 
Toulouse)  rapporte  que,  dans  un  cas  d’exencéphalie,  l’accouchement  fut 
rendu  long  et  laborieux,  non  pas  par  la  tumeur  elle-même,  mais  par  les 
reins,  qui  présentaient  un  volume  anormal.  Il  n’en  est  pas  moins  vrai  que, 
dans  les  cas  dont  nous  parlons,  la  difficulté  provient  presque  toujours  des 
organes  herniés.  Le  diagnostic  de  ces  cas  est  fort  difficile;  si,  pourtant,  on 
•était  arrivé  à  reconnaître  une  tumeur  exencéphalique,  peut-être  serait-il 
bon  d’avoir  recours  à  la  version. 

Parmi  les  cas  tératologiques  qui  peuvent  compliquer  l’accouchement  de 
difficultés  insolites,  on  doit  encore  ranger  toutes  les  monstruosités  com¬ 
posées.  Il  n’est  guère  possible  de  reconnaître  ces  cas  à  l’avance  ;  le  seul 
moyen  de  diagnostic  consiste  à  porter  la  main  dans  la  matrice  après  la  rup¬ 
ture  de  la  poche  des  eaux  (Dugès).  Cependant  si  l’écoulement  des  eaux 
s’était  effectué  en  deux  temps  bien  distincts,  il  serait  fort  probable,  sinon 
•certain,  qu’on  aurait  affaire  à  des  jumeaux. 


MONSTRUOSITÉS.  —  thkiupeutique.  3) 

L’adhérence  des  fœtus  étant  reconnue,  l’accoucheur  est-il  autorisé  par 
cela  même  à  sacrifier  le  produit  de  la  conception  ?  Cette  question  doit  être 
évidemment  résolue  par  la  négative.  On  doit  bien  avoir  présent  à  l’esprit 
que  beaucoup  de  monstres  doubles  sont  parfaitement  viables,  témoins 
Ritta-Christina,  les  sœurs  Hongroises,  les  frères  Siamois,  Millie-Christine  et 
plusieurs  autres  ;  que,  d’un  autre  côté,  à  part  les  monstruosités  triples,  il 
n’en  est  aucune  «  qui  exclue  absolument  la  possibilité  de  l’accouchement  » 
{I.  Geoffroy  Saint-Hilaire).  Quelquefois  même,  cette  fonction  s’accomplit 
■d’une  façon  étonnamment  heureuse.  Dans  le  cas  de  pygopagie  que  je  rap¬ 
pelais  tout  à  l’heure  (Millie-Christine),  l’accouchement,  d’après  le  docteur 
Townsend,  fut  rapide  et  facile. 

En  1829,  naissait  à  Paris  un  monstre  double,  composé  de  deux  sujets 
accolés  «  en  sens  inverse  parle  sommet  de  la  tête  »  {céphalopage),  qui  «  fut 
expulsé  sans  beaucoup  d’efforts  »  (A.  C.  L.  Villeneuve), 
r  Dugès  dit  avoir  vu  naître  «  fort  promptement  »  à  la  Maternité  de  Paris 
«  un  enfant  du  terme  de  huit  mois,  à  deux  têtes  portées  sur  un  seul  cou  » 
(atlodymej,  privées,  il  est  vrai,  de  crâne  et  de  cerveau,  en  un  mot,  toutes 
deux  anencéphales.  On  a  également  cité  des  naissances  très-promptes 
d’hétéradelphes,  et  je  pourrais  multiplier  ces  exemples. 

Ce  qui  ressort  de  là,  c’est  que,  dans  des  cas  fort  différents  de  monstruo¬ 
sités  doubles,  qu’il  se  soit  agi  de  monstres  autositaires  ou  de  monstres  pa¬ 
rasitaires,  l’accouchement  s’est  terminé  assez  souvent  d’une  façon  heu¬ 
reuse  et  sans  présenter  beaucoup  de  difficultés. 

Ce  point  établi,  quelle  est  la  conduite  à  tenir  lorsque  la  main,  portée  direc¬ 
tement  dans  la  matrice,  a  fait  reconnaître  qu’on  est  en  présence  de  duplicité 
monstrueuse  du  fœtus  ?  Dans  tous  les  cas,  d’après  Dugès,  on  doitavoir  recours 
à  la  version.  C’est  certainement  le  procédé  le  plus  sûr,  lorsque  la  duplicité 
porte  sur  les  régions  supérieures.  Pen,  Evrat  ont  employé  avec  succès  cette 
méthode  pour  des  monstres  «  dicépbales  »  ;  Asdrubali,  Waller,  Brez,  Regnoli, 
dans  différents  cas  de  monstruosités  doubles.  Le  docteur  Molas  (d’Auch)  mit 
en  usage  le  même  procédé  dans  un  cas  où  les  jumeaux  étaient  fusionnés  par 
le  thorax  et  le  haut  de  l’abdomen,  et  l’accouchement  se  termina  assez  faci- 
lement  ;  les  têtes  surtout  opposèrent  de  la  résistance. 

En  présence  des  bons  résultats  obtenus  par  cette  méthode,  il  convient 
toujours  d’y  avoir  recours.  Ce  n’est  que  lorsque  tous  les  moyens  auront 
échoué,  qu’on  se  décidera  à  séparer  les  deux  fœtus,  ou  même  à  pratiquer 
l’embryotomie.  S’il  est  possible  d’arriver  sur  le  point  d’union  des  sujets,  il 
faut  d’abord  tenter  la  première  opération,  car  on  a  des  chances,  bien  mi¬ 
nimes, il  est  vrai,  de  conserver  la  vie  auxdeuxsujets  ouàl’un  d’eux,  comme 
dans  les  quelques  cas  où  cette  séparation  fut  pratiquée  après  la  nais¬ 
sance. 

Thérapeiitiqne.  —  Il  est  de  toute  nécessité,  lorsqu’un  sujet  mons^ 
trueuxa  échappé  à  toutes  les  chances  de  mort  qui  entourent  sa  naissance, 
•de  remédier  dans  la  mesure  du  possible  à  la  monstruosité. 

Chez  les  Ectroméliens,  les  appareils  prothétiques  rendent  de  bien  grands 
rservices  les  attelles,  les  bandages,  les  appareils  en  caoutchouc,  etc. ,  rem- 


32  MONSTRUOSITÉS.  —  thérapeutique. 

placent,  autant  que  faire  se  peut,  les  partiés  absentes.  Chez  les  Syméliens, 

il  n’y  a  pas  à  songer  à  rendre  chaque  membre  indépendant. 

Jamais,  que  je  sache,  on  n’a  tenté  aucune  opération  sur  les  autres  mons¬ 
tres  unitaires.  Cependant,  après  avoir  déerit  un  monstre  célosome  qui 
présentait  une  issue  du  cœur  à  travers  le  sternum  et  dont  les  gros  vaisseaux 
se  trouvaient  comprimés  par  suite  du  jeu  des  muscles  inspirateurs  et  expi¬ 
rateurs,  Serres  ajoute  :  «  Ne  pourrait-on  pas  dans  ce  cas,  heureusement 
très^rare,  débrider  largement  la  fissure  sternale,  opérer  le  taxis  du  cœur  et 
sauver  le  nouveau-né?»  C’est  là  une  idée  qu’on  pourrait  mettre  à  exécution 
le  cas  échéant,  le  fœtus  étant  voué  à  une  mort  certaine,  si  l’on  n’intervient 
pas. 

S’il  est  fort  rare  de  rencontrer  un  monstre  unitaire  sur  lequel  on  puisse 
tenter  une  opération ,  il  n’en  est  pas  tout  à  fait  de  même  des  monstres 
doubles. 

Dans  les  Ëphémérides  des  curieux  de  la  nature  pour  1690,  Kœnig  raconte 
l’histoire  de  deux  jeunes  filles,  unies  de  l’appendice  xiphoïde  à  l’ombilic, 
qu’on  aurait  séparées  l’une  de  l’autre;  l’opération  (ligature  d’abord,  puis 
instrument  tranchant)  aurait  réussi  à  merveille. 

Le  succès  n’a  pas  toujours  couronné  ces  tentatives.  Èn  1700,  naissaient, 
en  Carniole,  deux  filles  unies  par  la  région  coccygienne  [Pygopage)  ;  le  coccyx 
était  unique,  de  même  que  l’anus.  La  séparation,  opérée  au  moyen  de  la 
cautérisation,  aboutit  à  la  mort  des  deux  sujets  (Treyling). 

On  a  eité  quelques  autres  essais  semblables,  faits  sur  des  monstres  dou¬ 
bles  autositaires  ;  mais  le  nombre  de  ces  tentatives  a  été  fort  restreint.  Il  y 
a  quelques  années,  il  fut  question  de  séparer  les  frères  Siamois. 

Quant  aux  monstres  doubles  parasitaires,  F.  Régnault  (Écarts  de  la  Nature) 
cite  un  cas  d’Hétéradelphie,  dans  lequel  on  enleva  les  parties  surabondantes, 
au  moyen  de  la  ligature.  Lisfranc  eut  l’idée  d’opérer  l’Hétéradelphe  de 
Bénais,  et,  si  la  mort  n’était  venue  enlever  subitement  le  sujet,  cette  idée 
eût  probablement  été  mise  à  exécution. 

Âcton  recommandait  fortement  d’enlever  à  un  enfant  un  membre  infé¬ 
rieur  accessoire,  composé  de  deux  membres  soudés  ensemble  et  d’un  bassin 
rudimentaire.  Mais  un  autre  médecin,  qui  vit  le  monstre  quelques  années 
plus  tard,  le  docteur  Handyside,  crut  à  l’existence  d’une  communication 
entre  la  partie  surnuméraire  et  le  canal  vertébral.  L’opération  ne  fut  point 
tentée. 

«  Un  autre  cas  de  fœtus  parasite,  eas  très-intéressant  et  moins  connu, 
dans  lequel  le  point  d’attache  avait  sou  siège  à  la  région  faciale,  a  été 
observé  par  le  docteur  Pancoast  (de  Philadelphie),  qui  a  pratiqué  avec  succès 
l’ablation  du  parasite . En  le  disséquant,  on  pouvait  y  retrouver  distinc¬ 

tement  plusieurs  parties  du  corps  normal,  et  pai’ticulièrement  le  tube  gastro- 
intestinal.  L’ablation  fut  faite,  dans  l’enfance,  à  l’aide  de  l’écraseur.  Aucune 
conséquence  fâcheuse  n’en  résulta,  si  ce  n’est  la  formation  d’une  fistule 
s’ouvrant  dans  la  bouche ,  ce  qui  dépendit  apparemment  de  ce  que  lemuscle 
buccinateur,  se  prolongeant  dans  l’enveloppe  du  fœtus,  avait  été  intéressé 
dans  l’opération.  »  (Holmes). 


MONSTRUOSITÉS.  —  thérapeutique.  33 

Il  est  une  famille  de  monstres  parasitaires  pour  laquelle  le  chirurgien 
peut  intervenir  :  je  veux  parler  des  monstres  Endocymiens  ou  par  inclusion. 
Que  sont  ces  inclusions  sous-cutanées  ou  abdominales  ?  Sont-elles  le  résultat 
d’une  superfétation,  ou  bien  l’embryon  inclus  peut-il  être  considéré  comme 
le  frère  du  sujet  normalement  développé,  conçu  dans  le  même  acte  géné¬ 
rateur?  D’après  Holmes,  «  dans  tous  les  exemples  de  ce  genre,  il  est  évi¬ 
dent  qu’une  partie  d’un  œuf  jumeau  doit  avoir  été  enfermée  dans  le  corps 
de  l’individu  vivant  pendant  la  durée  de  sa  formation  dans  l’utérus,  et  que, 
comme  l’individu  parasite  a  grandi,  il  a  fait  son  chemin  à  travers  ou  sous 
la  peau  de  la  personne  vivante,  précisément  comme  le  ferait  une  tumeur 
bénigne  dont  le  développement  serait  rapide.  »  [Loc.,  cü.,  p.  9.) 

Quoi  qu’il  en  soit  de  la  genèse  de  ces  productions ,  il  faut  toujours , 
d’après  le  docteur  Braune,  en  tenter  l’extirpation,  et  les  résultats  qu’il  publie 
sont,  sans  aucun  doute,  fort  encourageants. 

En  résumé,  qu’il  s’agisse  de  monstres  doubles  autositaires  ou  de  monstres 
doubles  parasitaires,  il  est  des  cas  dans  lesquels  la  chirurgie  peut  utilement 
intervenir.  Mais  avant  de  se  décider  à  agir,  il  faut  avoir  résolu  la  question 
des  connexions  anatomiques.  Les  frères  Siamois,  par  exemple,  auraient  pu 
probablement  être  séparés,  tandis  qu’il  serait  impossible  de  tenter  une 
opération  semblable  sur  Millie-Christine.  Chez  ce  dernier  monstre,  en  effet, 
la  sensibilité  des  membres  inférieurs  est  commune,  comme  l’a  constaté 
Paul  Bert  ;  les  deux  moelles  doivent  par  conséquent  former  un  véritable 
chiasma  au  niveau  du  point  d’union. 

«  Il  résulte  du  peu  que  nous  savons  aujourd’hui  touchant  la  question 
des  jumeaux  accolés  (monstres  doubles  autositaires),  que,  quand  le  lien 
d’union  est  formé  par  la  fusion  des  cordons  ombilicaux  plutôt  que  par 
celle  de  quelques  parties  différentes  des  corps  fœtaux,  on  peut  tenter  la 
séparation  des  deux  êtres  avec  espoir  de  succès.  Mais  quand  les  régions 
sacrées  sont  réunies  l’une  à  l’autre,  il  y  a  de  grandes  probabilités  pour  que 
les  cordons  spinaux  ou  quelques  autres  parties  vitales  aient  contracté  une 
union  réciproque,  et  dans  cette  région,  ainsi  que  dans  toutes  les  autres, 
c’est  seulement  avec  une  grande  hésitation  et  beaucoup  de  circonspection 
que  quelque  essai  d’intervention  doit  être  encouragé.  »  (Holmes,  Loc.  cit., 
p.  13.) 

Il  est  un  point  sur  lequel  tous  les  auteurs  sont  d’accord  :  si  l'on  se  trou¬ 
vait  en  présence  d’un  monstre  double,  dont  l’un  des  sujets  composants 
viendrait  de  mourir,  il  n’y  aurait  pas  à  hésiter  un  instant.  H  faudrait  im¬ 
médiatement  «  tenter  la  division  des  deux  êtres,  à  la  condition  de  prendre 
soin  de  faire  porter  la  section  des  parties  sur  un  point  plus  rapproché  du 
sujet  mort  que  du  survivant.  »  (Eve.)  Dans  tous  les  cas  jusqu’ici  connus, 
la  sépai-ation  n’ayant  jamais  été  tentée,  le  survivant  n’a  pas  tardé  à  partager 
le  sort  de  l’autre  sujet. 

Pour  les  monstres  doubles  parasitaires,  les  cas  où  l’intervention  chirur  - 
gicale  peut  être  utile  sont  analogues.  Cependant  les  succès  ont  été  assez 
fréquents,  même  dans  les  cas  où  les  connexions  anatomiques  étaient  assez 
étendues,  dans  le  cas  de  «  tripodisme  humain  »  par  exemple.  Le  docteur 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  3 


3i  MONSTRUOSITÉS.  —  bibliographie. 

Holmes  en  a  recueilli  un  certain  nombre  d’observations  fort  intéressantes. 
Peut-être,  comme  le  pense  Acton,  la  tendance  qu’ont  les  parties  surnu¬ 
méraires  à  se  gangrener,  ce  qui  est  une  preuve  de  la  faible  vitalité  des 
parasites,  est-elle  en  même  temps  une  indication  suffisante  à  l’opération. 
Cette  tendance  à  la  gangrène  a  été  notée  dans  plusieurs  observations  et 
spécialement  dans  celle  de  Rambur,  à  propos  de  l’Hétéradelphe  de  Bénais. 

«  Lorsqu’il  s’agit  de  membres  surnuméraires,  il  ne  parait  pas  nécessaire 
de  les  détruire  entièrement  jusqu’à  la  racine,  puisqu’il  n’est  pas  douteux 
que  l’ablation  de  la  partie  qui  fait  visiblement  saillie  ne  doive  être  suffi¬ 
sante.  »  (Holmes.) 

En  terminant,  je  ne  saurais  trop  faire  remarquer  qu’il  n’est  point  de  règles 
générales  applicables  à  telle  ou  telle  monstruosité.  Dans  chaque  genre,  les 
différences  individuelles  peuvent  êti’e  considérables;  ce  qui  a  fait  dire  à 
Paul  Bert  :  «  Christine  et  Millie,  toutes  pygopages  qu’elles  sont,  ne  sont 
point  identiques  à  Hélène  et  Judith,  tant  s’en  faut  ;  celles-ci  n’avaient  point 
la  sensibilité  commune.  En  fait  de  monstres,  il  n’y  a  point  de  genres  ni 
d’espèces  :  il  n’y  a  que  des  individus.  » 

Il  ne  faudrait  cependant  pas,  en  s’appuyant  sur  cette  citation,  rejeter  les 
classifications,  dont  l’auteur  à  qui  j’emprunte  la  phrase  ci-dessus  est  le 
premier  à  reconnaître  la  nécessité. 

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relatives  à  un  nouveau  genre  de  monstruosité,  nommé  Hypognathe.  {Mém.  Muséum, 
t.  XIII,  1825.)  —  Mémoire  sur  de  nouveaux  anencéphales  humains.  (Mém.  Muséum, 
t.  XIII,  1825.)  —  Sur  des  déviations  organiques  provoquées  et  observées  dans  un  établisse¬ 
ment  d’incubations  artificielles,  1826.  —  Sur  un  fœtus  né  à  terme,  blessé  dans  le  troisième 
mois  de  son  âge.  (Mém.  Soc.  d’émul.,  t.  IX,  1826.)  —  Art.  Monstre,  in  Dict.  classique 
d’Hisi.  nat.,  t.  XI.  Paris,  1827.  —  Mémoire  sur  un- enfant  monstrueux  né  dans  le  dépar¬ 
tement  d’Indre-et-Loire,  classé  et  déterminé  sous  le  nom  d’Hétéradelphe  de  Bénais 
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Voy.  en  outre  les  Éphémérides  des  curieux  de  la  nature,  les  Mém.  de  l’ancienne  Acad, 
des  sciences,  les  Mém.  du  Muséum,  les  Mém.  de  l’Acad.  de  médecine,  Muller  s,  Archiv., 
Philosophical  Transactions,  les  Bulletins  de  différentes  Sociétés  savantes  (Soc.  de  Biolo¬ 
gie,  d’Ânatomie,  d’ Anthropologie,  etc.). 


R.  Vbrnead. 


MONT-DORE.  — r  eadx  thermales. 


MOIMT-iDORE  (poy-de-dôme).  Chemin  de  fer  de  Paris  à  Clermont;  de 
là,  quatre  ou  cinq  heures  de  voiture  par  la  nouvelle  route.  On  comprend  les 
avantages  de  sa  situation  au  centre  de  la  France. 

Le  Mont-Dore  occupe  une  des  premières  places  dans  notre  groupe  si  riche 
des  eaux  d’Auvergne.  Déjà  il  avait  sa  tradition  de  haute  antiquité,  lorsque 
les  fouilles  entreprises  pour  la  reconstruction  de  l’établissement  mirent  au 
jour  les  restes  des  bains  romains.  Les  recherches  de  Bertrand  donneraient  à 
penser  qu’il  y  eut  des  thermes  gaulois.  Quoi  qu’il  en  soit,  ils  paraissent 
avoir  été  désignés  sous  le  nom  de  Calmtes  haiæ  par  Sidoine  Apollinaire. 

Du  commencement  de  ce  siècle  et  de  Bertrand  date  la  prospérité  du  Mont- 
Dore.  De  Brieude  nous  apprend  qu’à  la  fin  du  siècle  dernier,  les  routes 
étaient  mauvaises  et  que  les  pulmoniques  arrivaient  brisés  par  les  cahots; 
qu’il  fallait  apporter  son  linge  et  son  coucher,  tant  les  maisons  étaient  mal¬ 
propres.  Onnepeut,  disait-il,  vaincre  l’indolence  des  habitants.  Ce  reproche 
est  encore  applicable  aux  stations  secondaires  d’Auvergne. 

Le  mode  de  balnéation  n’était  pas  moins  primitif  ;  on  se  baignait  dans  la 
grotte  de  César  où  l’on  risquait  d’être  asphyxié  par  le  gaz  carbonique  ;  de 
Brieude  nous  parle  de  syncopes  dangereuses.  Aujourd’hui,  tout  est  changé 
et  l’établissement  thermal  peut  être  compté  comme  un  des  mieux  installés 
et  des  plus  complets  en  France. 

Commencé  en  1817,  sous  l’administration  de  M.  deRigny,  il  se  compose 
des  bains  du  Pavillon,  à  la  température  native,  des  bains  de  la  grande  salle 
ou  bains  tempérés,  des  piscines  et  baignoires  du  rez-de-chaussée  pour  les 
indigents.  On  a  ajouté  plus  tard  les  galeries  du  Nord  et  du  Midi  qui  ont 
porté  le  nombre  total  des  cabinets  à  59.  Au  rez-de-chaussée  du  bâtiment 
d’administration  se  trouve  la  buvette  de  la  Madeleine. 

Le  bâtiment  annexe,  séparé  de  l’autre,  contient,  au  premier  étage,  deux 
belles  salles  d’inhalation,  au  rez-de-chaussée  deux  salles  de  pulvérisation, 
et  de  chaque  côté  huit  cabinets  de  douches  dé  vapeur,  le  sous-sol  étant 
affecté  aux  indigents. 

Nous  ne  saurions  insister  sur  la  partie  descriptive,  inutile  pour  ceux  qui 
ont  vu,  fastidieuse  pour  ceux  qui  ne  connaissent  pas  la  localité. 

Le  climat  et  le  sol.  — Le  village  du  Mont-Dore  est  situé  entre  le  45®  et 
le 46*  degré  de  latitude,  région  tempérée  si  ce  n’était  l’influencedes  monta¬ 
gnes.  —  Altitude  1040  m.,  à  peu  près  la  même  qu’à  Wildbad-Gastein.  — 
Pression  barométrique  moyenne,  676.  —  Moyenne  thermométrique  des  deux 
mois  les  plus  chauds  (juillet,  août),  17 “,  chiffre  inférieur  à  celui  des 
plaines  voisines. 

Il  n’y  a  donc  pas  lieu  de  s’étonner  que  le  climat  de  cette  partie  monta¬ 
gneuse  de  l’Auvergne  offre  des  analogies  avec  les  régions  alpestres,  par 
exemple,  Gastein,  Pfeffers,  et  avec  les  Pyrénées,  Cauterets,  Eaux-Bonnes, 
etc.  Les  pluies  y  sont  assez  fréquentes  pendant  l’été,  et  les  orages  entraînent 
des  changements  brusques  de  température,  accompagnés  de  neige  sur  les 
sommets  élevés,  changements  d’autant  plus  sensibles  que  les  rayons  du 
soleil  se  font  vivement  sentir  dans  la  vallée.  Tout  cela  est  d’accord  avec  les 
lois  qui  régissent  les  climats  de  montagne,  dits  alpestres,  et  l’on  a  beaucoup 


MONT-DORE. 


37 


exagéré  en  prétendant  que  la  saison  d’été  n’était  possible  qu’en  juillet  et 
août.  Bertrand  a  contribué  à  entretenir  ces  idées  en  n’y  passant  lui-même' 
que  ces  deux  mois,  et  les  auteurs  du  Dictionnaire  d’hydrologie  n’ont  point 
cherché  à  contrôler  ses  assertions.  Il  y  a  là  une  erreur  ou  plutôt  une  exagé¬ 
ration  que  M.  Richelot  a  combattue  dans  ses  études  sur  les  conditions  météo¬ 
rologiques  de  la  saison  d’été.  On  y  verra  que,  du  15  juin  au  15  septembre, 
il  y  a  uii  grand  nombre  de  jours  beaux  ou  du  moins  favorables  au  traite¬ 
ment  et  que  le  nombre  des  jours  mauvais  est  assez  restreint. 

Les  jours  pluvieux  sont  plus  fréquents  à  Cauterets,  et  presque  deux  fols 
plus  à  Gastein,  ce  qui  n’empêche  pas  les  saisons  thermales  d’y  durer  au 
moins  trois  mois.  Nous  discuterons  plus  loin  la  question  de  climat  au  point 
de  vue  des  maladies  de  poitrine. 

La  vallée  du  Mont-Dore,  sensiblement  dirigée  du  S.  au  N.,  commence  au 
pied  du  pic  de  Sancy,  le  plus  élevé  de  l’Auvergne  (1886  m.).  C’est  une  vallée 
de  fracture  dont  la  formation  est  probablement  contemporaine  de  celle  des 
sources  et  due  aux  mêmes  catastrophes.  Les  géologues  placent  dans  la  pé¬ 
riode  tertiaire  les  éruptions  de  trachyte,  de  phonolithe  et  de  basalte  dont  la 
contrée  offre  partout  les  traces.  Ces  masses  volcaniques,  qui  reposent  sur 
une  assise  granitique,  atteignent  presque  1000  m.  de  puissance.  Les  sources 
thermales  sortent,,  à  la  hase  du  plateau  de  l’Angle,  du  trachyte  prismé,  et 
sont  placées  par  étages  sur  la  rive  droite  de  la  Dordogne. 

Nous  ne  discuterons  point  ici  la  question  du  rapport  entre  la  constitution 
de  ces  eaux  et  les  roches  encaissantes,  question  plus  opportune  dans  une 
étude  générale  sur  les  eaux  du  plateau  eentral.  Nous  nous  contenterons  de 
leur  assigner  comme  origine  probable  la  région  infra-granitique,  ce  qui  les 
soustrait  à  l’obligation  d’emprunter  tous  leurs  éléments  aux  terrains  tra¬ 
versés. 

Les  sonpces  et  leurs  proprîctcs.—  L’histoire  séparée  des  sources 
n’offrirait  qu’un  intérêt  médiocre,  puisqu’elles  paraissent  venir  d’un  réser¬ 
voir  commun  et  qu’elles  possèdent  des  propriétés  communes.  M.  Lefort,  dans 
son  étude  chimique,  réduit  à  5  les  7  sources  de  Bertrand  :  1°  La  source  César 
unie  à  la  source  Caroline;  2"  celle  du  Grand  Bain  ou  du  Pavillon  ;  3“  Rigny; 
4°  Ramond;  5°  La  Madeleine,  aujourd’hui  nommée  source  Bertrand;  elle 
comprend  la  source  Boyer  pour  l’exportation.  La  source  de  Sainte-Margue¬ 
rite  sert  à  refroidir  les  bains. 

Les  auteurs  du  Dictionnaire  des  eaux  et  J.  Lefort  classent  les  eaux  qui 
nous  occupent  parmi  les  bicarbonatées  mixtes  ferrugineuses,  type  le  plus 
répandu  dans  la  région  de  l’Auvergne.  On  peut  les  désigner  sous  le  nom 
d’ alcalines-ferrugineuses ;  mais,  comme  elles  sont  peu  ferrugineuses  et  fai¬ 
blement  minéralisées,  on  pourrait  les  ranger  parmi  les  eaux  thermales  sim¬ 
ples,  en  y  ajoutant  la  qualification  d' arsenicales.  La  thermalité  et  l’arsenic 
paraissent  en  effet  les  caractériser. 

Le  débit  des  sources  réunies  dépasse  400  mètres  cubes  par  jour,  quantité 
qui,  sans  être  considérable,  permettrait  de  recevoir  au  moins  un  nombre 
double  de  baigneurs.  Le  Mont-Dore,  comme  Plombières,  est  loin  d’être  fré¬ 
quenté  en  raison  de  sa  valeur. 


MONT-DORE. 


La  température  est  comprise  entre  kl  et  45  degrés,  limite  extrême  des 
bains  chauds.  On  a  signalé  son  invariabilité.  Cependant  de  Brieude  avait 
trouvé,  pour  César,  36,5  degrés  Réaumur  =  45,6  degrés  centigrades  ; 
Bertrand,  45  degrés;  M.  Jules  Lefort  indique  43,1  ;  il  attribue  ces  varia¬ 
tions  à  la  différence  des  thermomètres.  Mais  alors  comment  a-t-il  trouvé 
42°, 4  pour  la  source  Ramond,  chiffre  supérieur  à  celui  de  Bertrand,  42“? 
J’admets  volontiers  la  différence  des  thermomètres,  non  l’écart  dans  des 
sens  opposés.  Du  reste,  les  sources  therfliales  varient  beaucoup  plus  qu’on 
ne  l’a  dit,  peut-être  dans  la  crainte  de  leur  porter  préjudice. 

Le  gaz  se  dégage  plus  vivement  à  l’approche  des  orages  ;  Bertrand  et 
Lecoq  ont  rapporté  ce  phénomène  à  des  actions  électriques,  pure  hypothèse 
substituée  à  la  pression  atmosphérique  qui  varie,  comme  on  le  sait,  dans 
ces  circonstances.  Les  expériences  de  Bertrand  avec  l’électromètre  et  celles 
de  Scoutetten  laissent  à  désirer. 

Le  gaz  de  ces  eaux  est  presque  exclusivement  de  l’acide  carbonique  ;  elles 
sont  limpides  et  peu  chargées  de  matière  organique,  se  conservent  dans 
des  vaisseaux  bien  bouchés,  tandis  qu’elles  se  troublent  à  l’air  par  l’oxyda¬ 
tion  du  bicarbonate  de  fer.  Leur  densité  dépasse  1001. 

Voici  les  chiffres  appi’oximatifs  qui  représentent  leurs  principaux  élé¬ 
ments.  Pour  1  litre  ;  Acide  carbonique  libre,  1/4  de  volume;  bicarbonates 
alcalins,  1  gramme;  chlorure  de  sodium,  0!''',30  à  03'',40;  bicarbonate  de 
fer,  05L02  à  03'-,03;  silice,  09^15  à  Oîi',16;  arséniate  de  soude,  1  milli¬ 
gramme.  En  tout  19°, 50  de  parties  fixes. 

L’arséniate  de  soude  paraît  être  ici  le  principe  actif  ;  la  dose  de  1  milli¬ 
gramme  est  thérapeutique,  si  l’on  considère  que  les  sels  métalliques,  sans 
doute  plus  finement  divisés  dans  les  eaux  minérales,  agissent  à  dose  infé¬ 
rieure.  La  présence  de  l’arsenic  fut  ici  reconnue  en  1848  par  Chevallier  et 
Gobley,  qui  obtinrent  des  taches.  En  1853,  Thénard  dosait  l’arsenic  corres¬ 
pondant  à  plus  de  1  milligramme  d’arséniate  de  soude.  J.  Lefort,  dosant 
l’arsenic  à  l’état  de  sulfure,  a  trouvé  un  peu  moins  de  1  milligramme  d’ar¬ 
séniate  sodique.  En  1856,  Gonod,  pharmacien  de  Clermont,  reconnaissait 
la  présence  de  l’iode.  L’arsenic  reste  l’élément  intéressant  de  ces  eaux.  Il 
est  bon  de  noter  la  quantité  considérable  de  silice,  09'’,15  à  ;  Berthier 
avait  trouvé  09‘',21  ;  il  estimait  que  la  source  de  César  fournit  12  kilo¬ 
grammes  de  silice  par  jour  ;  à  ce  compte  les  sources  réunies  donneraient 
près  de  80  kilogrammes.  Malheureusement  nous  sommes  peu  renseignés 
sur  les  propriétés  médicales  de  l’acide  silicique. 

On  a  examiné  également  les  dépôts  de  l’eau  minérale;  Berzélius  avait 
déjà  établi  un  rapprochement  entre  ces  dépôts  et  ceux  de  Carlsbad.  Rien 
de  plus  frappant,  du  reste,  que  l’analogie  des  eaux  de  la  Bohême  avec 
■celles  d’Auvergne.  N’oublions  pas  de  dire  que  les  vapeurs  forcées  de  la 
salle  d’inhalation  sont  arsenicales  ,  vérification  faite  par  Thénard  et  J.  Le¬ 
fort.  Enfin  Truchot  a  cru  pouvoir  évaluer  à  8  milligrammes  la  quantité  de 
chlorure  de  lithium  par  le  spectroscope. 

Mode  d’emploi - Au  temps  de  de  Brieude,  on  se  préparait  aux  eaux 

par  la  saignée  et  la  purgation  ;  ceci  est  oublié,  mais  tous  les  hydrologues 


MONT-DORE. 


39 


ont  présente  à  la  mémoire  la  pratique  de  Bertrand  pendant  son  long  ins¬ 
pectorat  (1805-1857).  Il  y  eut  dans  nos  eaux  françaises  peu  de  personnalités 
médicales  aussi  tranchées.  Bertrand  nous  dit  clairement  que  les  bains  à 
haute  température  sont  la  véritable  médication  du  Mont-Dore,  lequel  per¬ 
drait  sa  réputation  si  jamais  les  bains  tempérés  venaient  à  leur  être  sub¬ 
stitués.  Ces  bains  à  la  température  initiale  des  sources,  42  et  43  de¬ 
grés,  se  donnent  toujours  au  Pavillon,  mais  ils  ne  sont  plus  le  fond  du 
traitement.  Aujourd’hui  les  bains  tempérés  sont  devenus  la  règle,  les 
autres  l’exception.  La  proportion  de  ces  derniers  n’excède  pas  5  0/0  dans 
la  pratique  de  M.  Richelot.  Ce  n’est  pas  à  dire  qu’il  faut  abandonner  la 
méthode  célèbre  qui  a  donné  tant  de  guérisons:  seulement  il  est  nécessaire 
d’en  modérer  l’usage.  Les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  le  Mont-Dore  fi’ont  pas 
tenu  un  compte  suffisant  de  ces  modifications. 

Il  est  aisé  de  comprendre  que  des  bains  à  42  degrés  soient  courts;  ils 
n’excèdent  pas  15  minutes.  Les  malades  sont  rapportés  dans  leur  lit,  en 
chaise  à  porteur,  enveloppés  de  couvertures.  Point  de  remarque  spéciale 
sur  les  bains  tempérés,  35  à  36  degrés.  Les  douches  et  même  les  bains  de 
pied  jouent  un  rôle  assez  important.  Les  inhalations  dans  des  salles  rem¬ 
plies  de  vapeurs  arsenicales,  à  une  température  de  28  à  45  degrés,  entrent 
comme  élément  capital  dans  le  traitement. 

On  boit  l’eau  chaude  de  la  Madeleine,  45  degrés,  le  matin  à  jeun,  quel¬ 
quefois  pendant  et  après  le  bain,  pour  favoriser  la  transpiration.  De  Brieude 
et  Bertrand  la  faisaient  couper  avec  du  lait  et  des  mucilages.  Pour  ceux  qui 
admettent  l’action  thérapeutique  de  l’arsenic,  à  la  dose  indiquée,  la  Made¬ 
leine  est  autre  chose  que  de  l’eau  chaude  ;  elle  peut  agir,  transportée. 

Quels  que  soient  les  tempéraments  apportés  à  l’ancienne  méthode,  la 
cure  du  Mont-Dore  n’en  est  pas  moins  active  et  ne  saurait  se  prolonger 
sans  fatigue.  Elle  était  courte  du  temps  de  de  Brieude  et  de  Bertrand  ;  ac¬ 
tuellement  elle  n’atteint  pas  toujours  le  terme  consacré  des  21  joui’s.  La  sa¬ 
turation  est  prompte  à  se  manifester,  surtout  après  les  cures  répétées. 

L’étude  des  propriétés  de  l’eau  du  Mont-Dore  et  de  son  mode  d’emploi 
nous  permet  d’aborder  la  question  plus  directement  médicale  de  ses  effets 
sur  l’organisme. 

Action  pli;$'«iiologi4ue.  —  L’eau,  prise  en  boisson,  porte  un  peu  à  la 
.  tête  et  provoque  parfois  de  la  somnolence  après  le  repas.  L’appétit  est  plutôt 
augmenté  et  les  digestions  favorisées.  Il  est  généralement  admis  qu’il  y  a 
tendance  à  la  constipation.  M.  Richelot  attribue  l’effet  constipant  au  régime 
animal  que  l’on  suit  en  cette  contrée,  et  il  a  vu  plus  souvent  se  produire 
de  la  diarrhée.  La  diaphorèse  devient  plus  facile,  les  menstrues  sont  accé¬ 
lérées.  En  résumé,  action  sur  les  muqueuses  des  divers  appareils  et  stimu¬ 
lation  des  fonctions.  Cette  action  est  complexe,  puisque  l’eau  est  à  la  fois 
chaude,  gazeuse  et  arsenicale. 

Le  grand  bain  n’est  pas  supporté  par  tout  le  monde  ;  les  vieillards  et  les 
personnes  peu  excitables  le  tolèrent  mieux.  L’accélération  du  pouls  peut 
dépasser  cent  pulsations  ;  la  respiration  est  anxieuse,  la  face  se  colore  et  la 
peau  est  turgescente  au  sortir  de  cette  épreuve.  Tout  cela  aboutit  à  une  su- 


40 


MONT-DORE. 


dation  forcée  qui  se  continue  au  lit  avec  apaisement  des  autres  symptômes. 
Déjà  de  Brieude  trouvait  qu’on  faisait  abus  de  ces  bains  chauds  et  il  eh 
redoutait  les  conséquences  pour  les  sujets  pléthoriques.  Quand  ils  réussis¬ 
sent,  il  est  évident  qu’il  y  a  là  un  puissant  appel  vers  la  surface  cutanée. 
Leur  répétition  entretient  cette  exagération  de  fonction  et  stimule  en  même 
temps  la  circulation  et  l’innervation  d’une  façon  presque  continue.  C’est 
donc  un  moyen  énergique,  indépendamment  de  toute  idée  d’absorption 
soit  du  liquide  aqueux,  soit  du  principe  arsenical. 

Il  n’en  est  pas  de  même  dans  les  salles  d’inhalation,  qui  ne  sont  point  de 
simples  étuves  comme  le  disent  les  auteurs  du  Dictionnaire.  Ici,  la  vapeur 
stimule  la  peau  à  la  manière  d’un  bain  chaud,  tandis  qu’elle  pénètre,  par 
absorption,  à  travers  la  muqueuse  respiratoire. 

Il  y  a  peu  de  chose  à  dire  des  pédiluves,  des  douches  et  des  bains  tem¬ 
pérés,  dont  l’action  physiologique  rentre  dans  les  règles  communes.  Pour 
Bertrand,  les  bains  tempérés  n’étaient  qu’une  préparation  aux  grands 
bains  chez  les  sujets  bilieux  et  mélancoliques,  qu’il  faut,  en  effet,  se  garder 
d’attaquer  avec  brusquerie. 

La  poussée  se  manifeste  par  diverses  éruptions  cutanées,  des  furoncles. 
Ces  derniers  font  partie  des  phénomènes  que  certains  auteurs  appellent 
critiques. 

S’il  est  permis  de  reconnaître  aux  eaux  du  BIont-Dore  une  spécialité, 
elle  s'adresse  incontestablement  aux  maladies  des  voles  respiratoires  ;  leur 
réputation  contre  la  phthisie  est  plus  ancienne  que  celle  des  Eaux-Bonnes. 
On  sait  avec  quelle  réserve  il  faut  admettre  les  guérisons  des  phthisiques  ; 
on  sait  aussi  que  l’école  anatomique  s’était  montrée  trop  absolue  et  que 
les  Cliniciens  en  ont  parfois  appelé  de  son  verdict  implacable. 

Indications  tbérapentiqnes.  —  Essayons  de  tracer  les  indications 
assez  délicates  de  la  cure  des  phthisiques  au  Mont-Dore.  La  question  de  cli¬ 
mat  se  présente  en  premier  lieu  :  Bertrand  avait  déjà  vu  que  l’altitude  ne  pro¬ 
voque  pas  l’hémoptysie  et  que  l’air  vif  et  pur  des  montagnes  de  l’Auvergne 
ne  nuit  point  à  ces  malades.  Pâtissier  fait  la  même  remarque  dans  son  mé¬ 
moire  [Annales  d’Hydrologie,  tome  IV),  et  il  insiste  sur  les  émanations  bien¬ 
faisantes  des  bois  de  sapin.  M.  Durand-Fardel  s’en  tient  à  l’idée  ancienne  sur 
l’altitude  et,  exagérant  un  peu  l’âpreté  du  climat,  le  croit  préjudiciable.  Les 
observations  récentes  faites  en  Silésie  et  en  Suisse  ont  modifié  cette  ma¬ 
nière  de  voir,  puisqu’on  traite  les  phthisiques  par  l’altitude.  Ainsi,  le  Mont- 
Dore,  à  1,000  mètres,  se  trouverait  encore  dans  la  zone  indifférente  ou  au 
commencement  de  la  zone  favorable.  (Consulter  à  ce  sujet  le  travail  du 
docteur  Joal.)  ' 

11  est  entendu  qu’il  s’agit  ici  des  deux  premières  périodes  de  la  maladie  ; 
«  il  faut  laisser  s’éteindre  dans  leurs  familles  les  malheureux  arrivés  au 
î  troisième  degré.  »  (De  Brieude.)  Au  début,  la  période  congestive  demande 
quelques  tâtonnements  ;  les  grands  bains  et  l’excès  de  boisson  pourraient 
l’aggraver.  En  général,  le  traitement  paraît  favorable  à  l’hémoptysie,  qu’il 
modère  en  tonifiant  le  tissu  pulmonaire  et  en  le  décongestionnant,  action 
qui  va  J usqu’à  déterminer  la  résolution  des  infai’ctus.  Ici  la  médication 


MONT-DORE. 


semble  agir  tout  autrement  que  les  sulfureux.  On  s’est  beaucoup  effrayé  de 
la  diarrhée  provoquée  ou  augmentée  par  l’ingestion  de  l’eau,  simple  ques¬ 
tion  de  modération  et  de  surveillance.  En  face  d’un  véritable  flux  colli- 
quatif,  peu  d’eaux  sont  applicables.  —  L’état  anémique  trop  prononcé,  la 
diathèse  scrofuleuse  bien  caractérisée  sont  des  contre-indications. 

Dansles  catarrhes  chroniques,  l’expectoration  est  d’abord  augmentée,  puis 
diminuée,  et  la  respiration  devient  plus  facile  chez  les  asthmatiques.  Les 
résultats  obtenus  en  faisant  boire  l’eau  transportée  (Bertrand  recommande 
de  l’embouteiller  dans  de  petits  vaisseaux  et  de  la  réchauffer  au  bain- 
marie),  semblent  indiquer  une  action  modificatrice  due  à  l’eau  elle-même 
et  non  plus  au  mode  d’emploi  ;  mêmes  remarques  à  propos  des  catarrhes 
laryngés.  En  général,  on  obtient  d’excellents  résultats  quand  les  affections 
des  voies  respiratoires  proviennent  d’une  rétrocession  du  rhumatisme,  de 
la  goutte,  de  la  dartre. 

Les  rhumatismes  de  cette  espèce  seraient  la  véritable  spécialité  du  Mont- 
Dore,  selon  les  auteurs  du  Dictionnaire.  Une  eau  fortement  thermale,  une 
application  rigoureuse  de  la  chaleur,  des  douches  et  des  bains  de  vapeur  ne 
sauraient  manquer  de  succès  dans  cette  maladie.  Bertrand  considérait 
comme  de  bon  augure  la  recrudescence  des  douleurs,  remarque  faite  dans 
beaucoup  d’autres  eaux  thermales.  On  obtient  la  cessation  des  douleurs  et 
aussi  la  résolution  des  engorgements  articulaires.  Tœplitz  et  Wildbad  valent 
mieux  dans  le  rhumatisme  goutteux,  Bourbon-l’ Archambault  dans  les  pa¬ 
ralysies  rhumatismales. 

L’herpétisme  se  traiterait  au  Mont-Dore  ;  on  y  envoie  peu  de  malades 
de  ce  genre,  l’attention  des  médecins  s’étant  surtont  portée  sur  d’autres 
points. 

L’altitude  paraît  favorable  aux  névroses  ;  les  hystériques  et  les  hypochon- 
driaques  se  trouvent  mienx  et  s’accommodent  des  bains  tempérés.  MM.  Ri- 
chelot  et  Boudant  s’accordent  à  reconnaître  cette  influence  de  l’altitude  sur 
les  névroses  des  voies  respiratoires. 

Il  y  aurait  encore  à  signaler  des  applications  communes  aux  eau.x  ther¬ 
males,  telles  que  :  affections  chroniques  des  voies  digestives,  catai-rhes 
utérins,  paralysies  hystériques,  engorgements  articulaires  de  nature 
diverse.  La  sphère  de  ces  applications  de  second  ordre  est  toujours  assez 
étendue,  quand  il  s’agit  d’eaux  thermales.  Il  ne  faut  pas  tomberdansle  défaut 
des  auteurs  qui  veulent  accaparer  toutes  les  maladies  chroniques  au  profit  de 
leur  station. 

Bien  que  ces  eaux  réussissent  contre  les  congestions  hémopto'iques,  elles 
n’en  sont  pas  moins  contre-indiquées  par  l’état  congestif  des  grands  organes. 
Les  maladies  de  cœur  n’ont  pas  toujours  arrêté  G.  Richelot  qui  cependant, 
en  pareil  cas,  recommande  beaucoup  de  réserve. 

Ces  divers  aperçus  présentés,  quelle  idée  médicale  devons-nous  concevoir 
du  Mont-Dore?  Pays  de  montagnes,  lieu  élevé,  eaux  thermales  d’origine 
profonde,  faiblement  alcalines,  un  peu,  ferrugineuses,  arsenicales  ;  traite¬ 
ment  énergique  et  varié,  effets  marqués  sur  les  grandes  fonctions,  en  parti¬ 
culier  sur  les  surfaces  cutanée  et  respiratoire  ;  guérison  de  maladies  de 


42 


MONTECATINI. 


poitrine  graves  et  de  rhumatismes  chroniques  ;  tels  sont  les  traits  princi¬ 
paux  qui  doivent  rester  en  mémoire. 

Pendant  qu’on  appliquait  l’ancienne  méthode  dans  toute  sa  rigueur,  on  n’a 
vu  que  le  réveil  des  fonctions  cutanées.  La  sagacité  de  Bertrand  ne  pouvait 
laisser  inaperçue  l’influence  de  l’altitude.  Pour  Durand-Fardel  tout  est 
dans  l’application  habile  et  hardie  d’une  haute  thermalité  intus  et  extra;  le 
fer  et  l’arsenic  ne  sauraient  y  figurer  comme  caractères  et  l’eau  transportée 
n’aurait  pas  de  valeur.  G.  Richelot  qui  use  presque  uniquement  du  bain 
tempéré,  voit  dans  l’eau  qu’il  administre  le  type  d’une  eau  arsenicale,  l’ac¬ 
tion  de  l’arsenic  n’étant  point  contrariée  par  une  forte  minéralisation.  De 
même  qu’il  avait  comparé  les  effets  physiologiques  de  l’arsenic  de  la  phar¬ 
macie  à  ceux  de  l’arsenic  du  Mont-Dore,  il  établit  un  parallèle  thérapeu¬ 
tique  correspondant. 

Voici  deux  doctrines  très-opposées  ;  la  théorie  peut  avoir  ici  des  consé¬ 
quences  graves  puisqu’elle  conduit  à  abandonner  en  partie  l’ancienne 
méthode,  gage  de  la  prospérité  du  Mont-Dore  suivant  Bertrand.  Des  deux 
parts,  je  vois  un  peu  d’exagération.  Je  crois  que,  pour  se  faire  une  idée 
juste  d’un  traitement  thermal,  il  faut  ne  pas  prendre  un  seul  côté  de  ce  trai¬ 
tement,  mais  bien  le  considérer  comme  une  résultante. 

Le  climat  du  Mont-Dore  a  sa  valeur  comme  il  a  ses  inconvénients.  La 
température  des  eaux  thermales  simples  possède  une  puissance  que  la 
physique  n’explique  pas.  Les  25  milligrammes  de  fer  ne  sont  pas  tout  à 
fait  indifférents  et  il  est  impossible  de  négliger  1  milligramme  d’arsenic. 
D’autre  part,  l’assimilation  complète  faite  entre  les  deux  médications  phar¬ 
maceutique  et  minérale  me  paraît  un.  peu  forcée.  Il  est  donc  plus  sage  de 
ne  pas  laisser  de  côté  la  pratique  si  heureuse  de  Bertrand  :  qu’on  se  contente 
•de  modérer  ce  traitement  parfois  un  peu  brutal. 

On  ne  tranche  pas  les  questions  thérapeutiques  d’eaux  minérales  par 
une  théorie  tout  d’une  pièce,  mais  on  arrive  à  une  appréciation  raisonnable 
par  une  série  de  probabilités. 

Banc  (Jean),  Bains  en  Auvergne,  1605. 

De  Brieüde,  Observations  sur  les  eaux  thermales  du  Mont-Dore,  1788. 

Bertrand  (M.),  Recherche  sur  les  propriétés  des  eaux  du  Mont-Dore,  1823. 

Richelot,  Série  de  mémoires  dans  l’Union  médicale. 

■JoAL,  Essais  médicaux  sur  les  eaux  du  Mont-Dore,  1875. 

Lecoq,  Les  eaux  minérales  du  massif  central,  1865. 

Lefort,  Étude  chimique  des  eaux  du  Mont-Dore  {Annales  et  hydrologie,  1862). 

A.  Labat. 

MOIVTECATIIVI.  —  Station  italienne  de  premier  ordre,  en  Toscane, 
sur  le  chemin  de  fer  de  Florence  à  Dise;  —  installation  très-complète, 
buvettes  remarquables,  3  à  4000  visiteurs  par  année;  —  saison  du  15  mai 
au  15  septembre.  Médecins  inspecteurs  nommés  par  le  gouvernement. 

Climat  et  sol.  —  Montecatini-les-Bains  est  situé  aux  pieds  de  la  chaîne 
.  apennine,  dans  la  fertile  vallée  de  Nievole,  le  jardin  de  la  Toscane.  Cette 
vallée,  peu  élevée  au-dessus  de  la  mer,  s’ouvre  au  S.-S.-O.,  condition  qui 
augmente  la  chaleur  du  climat.  La  température  moyenne  en  juillet  et  août 


MONTECÂTLNl. 


43 


est  de  24  degrés  centigrades.  On  n’a  point  fait  d’observations  météorolo¬ 
giques  régulières  ;  durant  mon  séjour,  l’hygromètre,  consulté  trois  fois  par 
jour,  m’a  donné  une  moyenne  qui  n’atteint  pas  60  0/0  ;  il  est  vrai  que 
j’opérais  par  un  temps  très-beau  et  sec. 

La  plaine  où  coulent  les  sources  est  remplie  d’un  dépôt  de  travertin  très- 
intéressant,  qu’elles  ont  formé  durant  de  longs  siècles  en  abandonnant  leur 
carbonate  calcaire.  J’ai  vérifié  dans  cette  roche  la  présence  des  oxydes  de 
fer  et  de  manganèse,  que  j’ai  retrouvés  dans  les  roches  supérieures  des 
hauteurs  voisines.  Au-dessous  du  travertin  gît  le  diluvium  argileux  d’où 
émergent  les  filets  d’eau  minéraie  au  fond  de  puits  appelés  cratères.  On  ne 
sait  dans  quel  terrain  se  minéralisent  les  sources  ;  peut-être  serait-on  plus 
éclairé  en  creusant  des  puits  artésiens.  Du  reste,  les  eaux  chlorurées  sodi- 
ques  ne  sont  pas  rares  en  Toscane  et  en  Italie. 

Les  sources  et  leurs  propriétés. — On  en  compte  environ  25,  nais¬ 
sant  dans  un  espace  de  2  kilomètres  carrés.  Elles  ne  diffèrent  sensiblement 
que  par  le  degré  de  leur  minéralisation  :  le  Rinfresco  et  le  Tettuccio  n’ont 
que5  à6  grammes;  \a  Regina,  la  Speranza,  la  Soluté,  de  10  à  15;  les 
Terme  Leopoldine,  23. 

La  plupart  des  analyses  sont  du  professeur  Targioni,  quelques-unes  ré-: 
pétées  par  Dupuis,  pharmacien  major  de  l’armée  d’Italie,  à  l’époque  de 
l’occupation  française.  Le  débit  des  sources  est  considérable;  leur  tem¬ 
pérature  varie  de  18  à  30  degrés  centigrades,  d’où  la  nécessité  de  les 
chauffer  pour  les  bains.  Les  plus  gazeuses,  ne  dépassant  pas  1/4  de 
volume,  ne  méritent  pas  le  nom  de  carboniques  fortes  donné  par  Rotu- 
reau. 

Les  éléments  principaux  des  thermes  léopoldins  sont  :  chlorure  de 
sodium,  18,55;  chlorure  de  magnésium,  0,73;  sulfate  de  chaux,  2,20; 
sulfate  de  potasse,  0,37  ;  carbonate  de  chaux,  0,56.  Les  autres  éléments, 
oxydes  métalliques,  iode,  brome,  n’y  figurent  qu’en  proportions  minimes 
ou  même  impondérables. 

Comme  les  autres  sources  sont  constituées  de  même,  à  l’exception  de  la 
source  ferro-manganésienne  du  Tintorlni,  plus  intéressante  pour  le  géologue 
que  pour  le  médecin,  il  s’en  suit  qu’elles  appartiennent  à  la  classe  des  eaux 
salines  chlorurées  simples,  einfache  kochsalzwasser  des  Allemands.  Elles 
se  rapprochent  de  Cheltenham  en  Angleterre. 

Emploi  médical.  —  Les  eaux  se  donnent  en  boisson  et  en  bains  ;  les 
douches,  injections  et  boues  minérales  ne  jouent  qu’un  rôle  secondaire. 
On  boit  le  matin  à  jeun,  en  commençant  par  les  sources  fortes,  Regina, 
Tamerici,  Fortuna,  pour  terminer  par  les  plus  faibles,  Rinfresco,  Teltuc- 
■cio,  etc.  La  dose  ordinaire  est  de  7  à  8  verres  (2  litres).  —  On  se  baigne  soit 
le  matin,  soit  la  journée,  dans  l’eau  chauffée  à  33  ou  34  degrés  centigrades, 
les  bains  ayant  une  durée  moyenne  d’une  demi-heure. 

Les  établissements  de  bains  sont,  par  ordre  d’importance  :  les  Terme 
Leopoldine,  bâtiment  remarquable  de  la  fin  du  dernier  siècle,  avec  32  cabi¬ 
nets  et  des  piscines  ;  le  bagno  del  Tettuccio,  nouvelle  construction  avec 
20  cabinets,  le  bagno  délia  Torretta,  et  enfin  le  bagno  Reggio,  où  Ton  donne 


44-  MONTECATINI 

des  bains  à  2i  degrés  centigrades,  température  initiale.  Ces  maisons  sont 
en  général  bien  tenues. 

La  durée  de  la  cure  est  de  12-15  jours  suivant  les  habitudes  italiennes. 
Régime  peu  sévère,  mode  française  pour  les  repas. 

Indications.  — Elles  se  basent  sur  l’action  physiologique,  laquelle  est 
stimulante  de  l’appareil  digestif  et  de  ses  annexes,  purgative,  diurétique  et 
modificatrice  de  la  nutrition.  Elles  se  basent,  avant  tout,  sur  une  longue 
expérience  clinique.  Les  anciens  auteurs  Livi,  Malucelli,  Bicchierai  ont  trop 
élargi  le  cercle  de  ces  indications.  L’inspecteur  actuel,  le  professeur  Fedeli, 
les  a  sagement  limitées. 

Ces  eaux,  prises  en  boisson,  combattent  la  constipation,  quand  elle  n’est 
pas  trop  opiniâtre;  néanmoins  le  chlorure  de  sodium  n’opère  pas  avec  la 
même  énergie  que  les  sulfates  de  soude  et  de  magnésie.  Les  mêmes  eaux, 
à  dose  modérée,  réussissent  très-bien  contre  les  diarrhées  bilieuses  et  les 
dyssenteries  des  pays  chauds  ;  plusieurs  malades  viennent  de  l’Egypte  à  cet 
effet.  La  pléthore  abdominale  et  les  engorgements  bémorrhoïdaux  conco¬ 
mitants  se  traitent  avec  un  certain  succès,  non  comparable  à  la  cure  spéciale 
des  eaux  de  Bohême. 

■  Une  des  spécialités  les  plus  connues  de  Montecatini  consiste  dans .  la 
guérison  des  maladies  du  foie  et  des  voies  biliaires,  hypertrophies  con¬ 
gestives,  calculs,  ictères,  pourvu  qu’on  n’ait  point  affaire  à  des  hépa¬ 
tites  chroniques  profondes  comme  celles  qu’on  envoie  à  Vichy  et  à 
Carlsbad. 

Passant  rapidement  sur  quelques  affections  des  voies  urinaires  et  de 
l’utérus,  nous  arrivons  à  une  autre  spécialité  reconnue,  le  traitement  de  la 
scrofule.  11  existe  un  petit  hôpital  d’enfants  scrofuleux  :  ici  la  cure  doit  être 
plus  pi'olongée  que  dans  les  cas  précédents,  si  l’on  veut  arriver  à  la  réso¬ 
lution  des  engorgements  strumeux.  Les  bains  salés  chauds  deviennent  un 
précieux  adjuvant  de  la  médication  interne. 

L’action  modificatrice  et  reconstituante,  s’exerçant  sur  la  constitution 
lymphatique,  donne  la  raison  de  certains  résultats  obtenus  dans  les  mala¬ 
dies  de  peau,  dans  les  rhumatisnqes,  la  goutte,  les  névroses,  circonstances 
où  l’on  agissait  sur  un  fond  commun  de  lymphatisme. 

Le  traitement  de  Montecatini  ayant  un  caractère  doux  et  modéré,  il  y  a 
peu  de  chose  à  dire  des  contre-indications. 

A  la  célébrité  des  bains  de  Montecatini  se  joint  celle  de  la-  grotte  de  Mon- 
summano,  située  à  quelques  kilomètres  et  réputée  pour  ses  bains  de  vapeur 
naturels.  Cette  médication  curieuse  produit  d’excellents  effets,  particulière¬ 
ment  dans  les  rhumatismes  et  dans  les  affections  articulaires. 

Bicchierai,  Dei  bagni  di  Montecatini,  1788 
Maunoir  (de  Genève),  La  Porretta  et  Montecatini,  1848. 

PÉRIEB,  Notice  sur  les  eaux  de  Montecatini,  1860. 

Fedeli,  Storia  naturale  et  medica  delle  R.  terme  di  Montecatini,  1870. 

Labat,  Étude  sur  la  station  et  les  eaux  de  Montecatini,  Paris,  1876. 


A.  Labat. 


MORT.  —  PHYSIOLOGIE. 


të 

MORELLE  IVOIRE.  —  Histoire  naturelle.  —  La  Morelle  noire, 
Solanumnigrumh.,  Fam.  des  Solanées,  est  une  plante  annuelle  indigène, 
très-commune  dans  les  jardins,  les  lieux  humides,  les  décombres  ;  elle  se 
distingue  aux  caractères  suivants  ;  tige  haute  de  0'”,20  à  O”, 30,  rameuse, 
herbacée;  feuilles  pétiolées  ovales,  sinueuses,  dentées- anguleuses;  inflores¬ 
cence  aphylle  en  cyme  scorpioïde  figurant  une  ombelfe,  puis  une  grappe 
penchée  ;  fleurs  blanches,  baies  sphériques  noires  du  volume  d’un  noyau 
de  cerise.  L’espèce  offre  un  certain  nombre  de  variétés  qui  se  distinguent 
par  la  couleur  des  baies  noires,  jaunes,  rouges,  etc. ,  et  par  les  feuilles  glabres 
ou  velues,  les  rameaux  anguleux-d entés,  presque  épineux. 

Thérapeutique.  —  Quoique  les  baies  de  ftlorelle  noire  contiennent  de 
la  Solanine,  alcaloïde  d’une  incontestable  activité,  et  que  la  tradition  ac¬ 
corde  à  cette  plante  des  propriétés  narcotiques,  il  faut  admettre  qu’en  réalité 
-c’est  un  agent  thérapeutique  illusoire,  puisque  les  habitants  de  beaucoup 
de  pays  et  notamment  de  File  de  France  et  des  Antilles  la  consomment 
journellement  comme  alimentaire. 

Nous  pensons  qu’on  en  peut  préparer  des  décoctés  mucilagineux  ou  des 
cataplasmes  émollients  qui  agissent  surtout  par  l’eau  tiède,  et  qu’il  faut  y 
.ajouter  des  narcotiques  réels,  comme  les  préparations  d’opium  ou  de  bella¬ 
done,  si  l’on  veut  obtenir  des  effets  calmants  bien  accusés. 

La  Morelle  noire  figure  au  Codex  français  parmi  les  médicaments  qui 
doivent  se  trouver  dans  toutes  les  pharmacies.  Elle  entre  dans  la  compo¬ 
sition  du  Baume  tranquille  et  de  l’Onguent  populéum.  Il  est  à  croire  que  ces 
formules  complexes  ne  perdraient  rien  à  la  suppression  de  cette  herbe  à  peu 
près  inerte. 

J.  Jeanxel. 

mORPHEVE  {Voy.  Opium). 

.  mORT  (Physiologie).  —  Au  point  de  vue  physiologique,  la  vie  et  la 
mort  sont  connexes  et  fatalement  inséparables  :  elles  se  complètent,  elles 
se  prêtent  un  mutuel  secours,  elles  ne  peuvent  exister  l’une  sans  l’autre, 
de  sorte  que  la  connaissance  intime  de  l’une  d’elles  exige  la  connaissance 
intime  de  son  associée.  Or,  de  la  vie  que  savons-nous?  Piien  ou  peu  de  chose. 
Quelle  que  soit  la  doctrine  à  laquelle  on  se  rallie,  pour  si  loin  qu’on  remonte 
aux  causes  premières,  on  n’arrive,  dans  l’état  actuel  de  la  science,  qu’à  cons¬ 
tater  des  phénoinènes  dont  l’enchaînement  et  le  premier  moteur  nous 
échappent.  Faute  de  mieux,  on  invoque  le  mot  de  force  et  on  dit  de  la  vie 
qu’elle  est  une  force  comme  la  chaleur,  la  lumière  et  l’électricité.  Je  le 
veux  bien,  mais  tandis  qu’on  peut  à  volonté  provoquer  le  développement 
ou  la  transformation  de  certaines  forces,  en  dégageant  par  exemple  le 
mouvement,  la  chaleur  ou  l’électricité,  on  n’a  pas  encore  trouvé  le  moyen 
de  dégager  la  vie.  Ce  n’est  donc  pas  notre  science  de  la  vie  qui  peut  nous 
aider  dans  cette  étude  sur  la  mort. 

llort  de  rélémeut  et  mort  de  l’individu. — Lamort  est  l’aliment 
incessant  de  la  vie.  Une  bougie  qui  brûle,  qui  répand  autour  d’elle  la  clarté 
et  la  chaleur,  est  une  bougie  qui  se  consume.  Une  comparaison  analogue 


46 


MORT. 


PHYSIOLOGIE. 


peut  être  appliquée  à  l’être  vivant.  En  effet  nous  ne  connaissons  et  nous  ne 
percevons  la  vie  que  par  ses  manifestations,  manifestations  qui,  suivant 
l’élément  mis  en  jeu,  sont  des  phénomènes  de  sensibilité,  de  motilité,  de 
sécrétion,  etc.  Eh  bien,  tous  ces  phénomènes  sont  le  résultat  du  fonction¬ 
nement  des  éléments,  cellules  ou  épithéliums,  qui  constituent  les  tissus 
et  les  organes,  et  ce  fonctionnement  n’est  lui-même  que  l’équivalent  de 
l’usure,  de  la  destruction  des  éléments.  Dans  la  production  des  actes  vitaux, 
la  cellule  utilise  certainement  pour  une  grande  part  les  matériaux  puisés 
au  monde  extérieur,  mais  elle  entre  elle-mêm  pour  une  part  active  dans 
l’élaboration  de  l’acte  vital,  et  cette  activité  amène  sa  destruction  et  sa  mort. 

Mais  cette  destruction  incessante,  cette  mort  moléculaire,  nécessaire  aux 
manifestations  de  la  vie,  est  aussitôt  remplacée  par  des  éléments  nouveaux 
qui  à  leur  tour  servent  de  pâture  à  la  force  vitale,  sans  que  la  structure 
intime  ou  la  conformation  générale  de  l’individu  en  soit  sensiblement  mo¬ 
difiée.  En  effet,  dans  ce  tourbillon  continuel,  la  morphologie  ne  perd  pas  ses 
droits,  et  qu’il  s’agisse  d’une  glande,  d’un  organe,  ou  des  contours  extérieurs 
de  l’être  vivant,nous  voyons  que  la  forme  est  scrupuleusement  respectée. 
La  vie  est  donc  une  force  qui  pour  se  manifester  dévore  et  consume  l’être 
doué  de  vitalité,  elle  ne  peut  exister  sans  une  continuelle  destruction  inhé¬ 
rente  aux  manifestations  vitales. 

Cela  est  si  vrai  que,  si  l’on  vient  à  suspendre  l’activité  vitale  dans  un 
être  vivant,  si  l’on  réduit  la  vie  en  un  mot  à  l’état  latent,  l’individu  placé 
dans  cet  état  qui  n’est  ni  la  mort  ni  la  vie  persiste  indéfiniment,  sans  usure, 
sans  destruction,  mais  aussi  sans  indice  de  vitalité.  Nous  en  trouvons  des 
exemples  dans  le  règne  végétal  et  dans  le  règne  animal  :  dans  le  règne 
végétal,  où  des  graines  ensevelies  dans  les  tombeaux  des  Pharaons  ont  pu 
germer  après  plusieurs  milliers  d’années  de  vie  latente  ;  dans  le  règne 
animal,  où  des  tardigrades  et  des  rotifères  desséchés  à  de  fortes  températures 
conservent  indéfiniment  un  état  de  mort  apparente  et  retrouveiït  touté  leur 
activité  vitale  au  moyen  de  quelques  gouttes  d’eau. 

En  résumé  et  en  dernière  analyse,  il  faut  en  arriver  à  ce  fait,  que  la  vi& 
use  et  dévore  l’être  qui  en  est  doué,  qu’elle  ne  se  manifeste  que  par  la  des¬ 
truction  et  par  la  mort,  en  imprimant  toutefois  aux  éléments  une  faculté 
de  rénovation  qui  prolonge  pour  un  temps  l’existence  de  l’individu. 

Mais  cette  rénovation  des  éléments,  par  laquelle  la  force  vitale  donne  d’un 
côté  ce  qu’elle  prend  de  l’autre,  n’a  qu’une  durée  limitée,  et  le  jour  où  elle 
cesse,  ce  n’est  plus  seulement  la  mort  moléculaire,  c’est  la  mort  de  l’indi¬ 
vidu  ;  ce  n’est  plus  la  destruction  isolée  d’un  élément,  c’est  l’anéantissement 
de  l’être  tout  entier  qui  ne  trouve  plus  en  lui  les  conditions  de  reconstituer 
ce  que  l’activité  vitale  a  détruit. 

De  la  mort  naturelle.  Cet  état  physiologique  qui  prépare  lentement 
la  mort  naturelle  de  l’individu  est  ce  qu’on  nomme  la  vieillesse.  On  pourrait 
dire  en  toute  vérité  que  nous  passons  notre  vie  à  mourir.  Chez  le  vieillard, 
non-seulement  l’activité  vitale  ne  reconstitue  pas  tous  les  éléments  qu’elle 
a  détruits  pour  ses  besoins,  mais  ceux  qu’elle  crée  sont  d’une  qualité  infé¬ 
rieure,  on  dirait  que  la  force  vitale  commence  de  s’épuiser.  Le  tissu  muscu- 


MORT.  —  PHYSIOLOGIE. 


4T 

laire  n’a  plus  la  contractilité  qu’il  possédait  aux  périodes  antérieures  de  la, 
vie,  le  tissu  élastique  n’a  plus  la  même  élasticité,  le  tissu  nerveux  et  les. 
tissus  épithéliaux  n’ont  plus  les  mômes  propriétés.  Et  la  raison  de  cette 
déchéance  physiologique  est  que  ces  différents  tissus  sont  envahis  et. 
remplacés  par  un  tissu  parasite  d’ordre  inférieur,  qui  est  le  tissu  graisseux. 
La  gi’aisse  et  l’athérome,  cette  rouille  de  la  vie,  suivant  l’heureuse  expres¬ 
sion  de  M.  Peter,  se  substituent  dans  les  tissus  et  dans  les  organes  aux 
éléments  parenchymateux  et  interstitiels.  Le  cœur  se  contracte  moins  bien,, 
les  vaisseaux  athéromateux,  avec  des  parois  transformées  et  un  calibre’ 
modifié,  perdent  en  partie  leurs  fonctions  et  s’opposent  k  la  distribution 
régulière  du  sang  dans  l’intimité  des  organes.  Ces  troubles  cardiaques  et 
vasculaires  entraînent  tantôt  des  stases,  tantôt  des  anémies,  qui  retentissent 
directement  sur  les  organes  mal  nourris  et  sur  les  territoires  qui  reçoivent 
cette  irrigation  sanguine  vicieuse.  Toutes  les  fonctions  sont  amoindries,  les 
forces  diminuent,  les  organes  des  sens  sont  émoussés,  les  sécrétions  sont 
moins  actives,  l’appétit  est  presque  nul,  les  facultés  intellectuelles  dé¬ 
croissent,  les  bronches  sont  facilement  encombrées,  le  pouls  est  inter¬ 
mittent  et  inégal  :  ce  n’est  plus  la  vieillesse,  c’est  la  sénilité,  ce  sera  bientôt 
la  mort. 

Enfin,  après  une  lutte  ultime  qui  est  l’agonie,  et  quelquefois  sans  agonie, 
l’être  vivant  s’éteint.  Mais  à  quel  moment  s’éteint-il?  La  mort  de  l’individu 
survient-elle  avec  le  dernier  soupir  ou  avec  le  dernier  battement?  La  phy¬ 
siologie  nous  enseigne  que  le  poumon  s’arrête  le  premier,  et  le  cœur  le 
dernier;  «  cor  ultimum  moriens.  »  Mais  la  vie  cesse-t-elle  vraiment  avec  le 
dernier  battement?  La  médecine  et  la  médecine  légale  répondent  oui,  mais 
la  physiologie  répond  non.  Bien  des  heures  après  la  dernière  contraction 
cardiaque,  il  est  d’autres  organes  musculaires  qui  continuent  à  fonctionner  : 
les  artères  chassent  le  sang,  les  mouvements  du  tube  digestif  sont  réguliei’S,. 
les  canaux  excréteurs  des  glandes  rejettent  le  produit  de  la  sécrétion; 
certains  organes  glandulaires  poursuivent  leur  fonction,  et  le  foie,  comme  l’a 
démontré  notre  illustre  maître  Cl.  Bernard,  continue  k  fabriquer  du  sucre. 
L’être  ne  meurt  donc  pas  tout  d’une  pièce,  il  semble  que  la  vie  se  retira 
peu  à  peu  de  ses  organes,  et  il  serait  intéressant  d’étudier  comment  se  fait 
la  mort  dans  chacun  de  ses  tissus.  Dès  lors,  les  principes  qui  sous  l’in¬ 
fluence  de  la  force  vitale  s’étaient  associés  pour  la  formation  et  le  dévelop¬ 
pement  de  l’être,  reprennent  leur  liberté  et  revêtent  leur  foi’me  première  : 
c’est  la  putréfaction  qui  commence,  il  en  résulte  un  dégagement  de  gaz,  et. 
un  résidu  de  sels. 

De  la  moi-t  accidentelle.  —  La  mort  naturelle  que  je  viens 
de  décrire  et  qui,  k  vrai  dire,  est  le  résultat  d’une  maladie  qu’on  peut 
nommer  la  vieillesse,  est  exceptionnelle.  Dans  l’espèce  humaine,  le  terme  de 
la  vie  atteint  bien  rarement  la  centième  année,  et  les  vieillards,  même  les 
plus  âgés,  ne  s’éteignent  presque  jamais  par  les  seuls  progrès  de  la  sénilité. 
Il  survient  le  plus  souvent  une  maladie  intercurrente,  des  accidents  céré¬ 
braux,  des  troubles  respiratoires,  bronchite  ou  pneumonie,  qui  terminent 
la  scène  en  provoquant  la  mort  accidentelle.  La  mort  accidentelle,  dans. 


48 


MORT.  —  PHYSIOLOGIE. 


l’espèce  humaine,  est  donc  la  règle,  la  mort  naturelle  est  l’e-Kception.  Nous 
avons  esquissé  les  causes  et  le  mécanisme  de  la  mort  naturelle,  essayons 
de  surprendre  le  mécanisme  de  la  mort  accidentelle. 

Les  causes  susceptibles  de  provoquer  la  mort  à  une  échéance  plus  ou 
moins  éloignée  varient  à  l’infini.  L’ouverture  d’un  vaisseau  qui  provoque 
une  hémorrhagie,  une  plaie  de  poitrine  qui,  entre  autres  lésions,  détermine 
un  pneumothorax  et  suspend  la  respiration,  une  plaie  du  cœur  qui  anéantit 
le  fonctionnement  de  l’organe,  sont  autant  de  causes  dont  l’effet  est  immé¬ 
diat  et  si  nettement  indiqué  qu’on  ne  songerait  jamais  à  engager  une  discus¬ 
sion  sur  les  relations  de  la  cause  et  de  l’effet.  Mais  dans  la  grande  majorité 
des  cas,  le  mécanisme  de  la  mort  accidentelle  est  autrement  compliqué. 
Voici,  par  exemple,  un  malade  atteint  d’une  pneumonie  du  sommet;  vers  le 
huitième  ou  dixième  jour,  le  pouls  devient  petit  et  inégal,  la  température 
reste  fort  élevée,  la  dyspnée  devient  extrême,  le  malade  délire,  et  il  meurt, 
alors  que  la  sixième  partie,  à  peine  des  voies  respiratoires  était  envahie  par 
l’inflammation.  Pourquoi  et  comment  est-il  mort?  Voici  un  autre  individu 
qui,  par  une  raison  quelconque,  est  pris  d’une  péritonite  aiguë  et  meurt  en 
quelques  jours,  sans  que  le  cœur,  les  poumons  ou  le  cerveau  aient  été 
directement  lésés.  Pourquoi  et  comment  est-il  mort?  On  pourrait  multiplier 
ces  exemples  dans  lesquels  on  ne  saisit  pas,  au  premier  abord,  les  relations 
qui  existent  entre  une  cause  en  apparence  insuffisante  et  la  mort,  et  on  se 
demande  alors  par  quel  enchaînement,  par  quelle  filière  la  vie  a  été  sus¬ 
pendue.  C’est  ce  que  nous  allons  examiner. 

Mécanisme  de  la  mort  accidentelle.  —  Cette  question  est  insépa¬ 
rable  du  grand  nom  de  Bichat  qui  a  élevé  à  la  physiologie  de  la  mort  un 
monument  impérissable.  Pour  que  l’individu  meure,  il  faut  que  l’économie 
soit  attaquée  directement  ou  indirectement  dans  l’un  de  ses  organes  essen¬ 
tiels,  le  cerveau,  le  poumon  ou  le  cœur,  ce  trépied  vital  de  Bichat.  «  Ces  or¬ 
ganes  sont  les  véritables  pivots  de  la  vie,  c’est  là  que  tout  désordre  morbide 
doit  aboutir  pour  porter  des  coups  mortels.  »  (Bertin.  )  Il  s’agit  donc  de 
rechercher,  une  maladie  aiguë  ou  chronique  étant  donnée,  comment  elle 
agit  directement  ou  indirectement  sur  ces  organes  du  trépied  vital  et  com¬ 
ment  on  meurt  par  le  cœur,  par  le  poumon  ou  par  le  cerveau,  que  ces 
organes  soient  directement  intéressés,  ou  que  l’arrêt  de  leurs  fonctions  ne 
soit  que  la  conséquence  de  troubles  plus  éloignés.  Toutefois,  avant  d’aller 
plus  loin,  je  ferai  cette  remarque,  que  ces  trois  organes  ont  une  importance 
bien  inégale  dans  l’entretien  de  la  vie  et  dans  la  détermination  de  la  mort. 
En  fait,  on  ne  meurt  que  par  le  poumon  et  par  le  cœur,  c’est-à-dire  par 
asphyxie  et  par  syncope.  On  peut  priver  un  animal  de  son  cerveau,  comme 
l’a  fait  Flourens  expérimentant  sur  des  gallinacés,  ce  qui  n’a  pas  empêché 
une  poule  en  expérience,  artificiellement  nourrie,  de  vivre  et  de  se  développer 
pendant  des  semaines  et  des  mois,  tandis  que  le  même  animal  privé  des 
organes  de  la  circulation  ou  de  la  respiration  fût  mort  en  quelques  instants. 
Comme  organe  essentiel  à  la  vie,  le  cerveau  occupe  donc  dans  le  trépied 
vital  un  rang  très-inférieur  (il  n’est  pas  question  ici  du  bulbe  rachidien);  ses 
lésions  sont  souvent  mortelles,  mais  leur  gravité  est  due  moins  à  l’organe 


MORT.  —  PHYSIOLOGIE.  4.9 

lésé  qu’au  retentissement  final  qui  a  lieu  sur  les  poumons  ou  sur  le  cœur. 
On  meurt  moins  par  défaut  d’innervation  cérébrale  que  par  défaut  de  fonc¬ 
tionnement  cardiaque  ou  pulmonaire. 

Les  deux  agents  vraiment  indispensables  à  tous  les  instants  de  la  vie 
(dans  l’espèce  humaine  et  chez  les  animaux  supérieurs)  sont  le  sang  et 
l’oxygène,  l’un  lancé  par  le  cœur,  l’autre  fourni  par  les  poumons.  Encore 
faut-il  que  ce  sang  jouisse  de  ses  propriétés  physiologiques  et  ne  soit  pas 
inapte  à  la  respiration,  comme  dans  l’intoxication  par  l’oxyde  de  carbone. 
La  persistance  de  la  vie  est  incompatible  avec  l’absence  de  ces  deux  agents  ; 
leur  brusque  suppression  entraîne  la  mort  subite  ou  rapide,  leur  dispari¬ 
tion  lente  et  progressive  détermine  la  mort  lente  avec  agonie.  La  mort 
subite  est  presque  toujours  le  résultat  d’une  syncope,  la  mort  rapide  est 
le  fait  de  la  syncope  ou  de  l’asphyxie;  l’agonie  appartient  à  l’asphyxie. 

a.  De  la  mort  par  le  cœur.  — Le  cœur  détermine  la  mort  tantôt  brusque¬ 
ment,  par  syncope  tantôt  lentement  en  devenant  un  agent  d’asphyxie.  Pre¬ 
nons  des  exemples  qui  mettent  en  relief  ces  deux  modes.  Les  ruptures  de 
l’organe  après  altération  de  ses  parois,  sa  dégénérescence  musculaire  dans 
certaines  intoxications  et  fièvres  graves,  les  embolies  qui  font  brusquement 
irruption  dans  ses  cavités,  les  perturbations  qui  surviennent  dans  le  courant 
de  l’insuffisance  aortique,  les  modifications  survenues  dans  son  innervation 
pendant  les  accès  d’angine  de  poitrine,  dans  le  cours  de  la  goutte,  ou  à  la 
suite  d’émotions  violentes,  les  actions  réflexes  paralysantes  transmises  par 
les  nerfs  pneumogastriques,  sont  autant  de  causes  qui  arrêtent  brusquement 
les  contractions  cardiaques,  et  qui  déterminent  une  syncope  souvent  mor¬ 
telle.  L’autre  genre  de  mort  est  différent  :  dans  le  courant  d’une  affection 
cardiaque,  telle  qu’une  lésion  de  l’orifice  mitral  avec  dégénérescence  de  la 
fibre  musculaire,  la  distribution  du  liquide  sanguin  est  inégale  et  irrégu¬ 
lière;  des  stases  sanguines  se  font  dans  les  différents  organes  et  surtout  dans 
l’appareil  de  la  respiration;  cette  gêne  circulatoire  détermine  dans  les 
poumons  et  dans  les  bronches  un  œdème,  une  congestion  qui  ajoutent  de 
nouveaux  obstacles  à  l’hématose;  la  respiration  devient  dyspnéique,  la 
dyspnée  est  suivie  d’orthopnée,  et  finalement  l’asphyxie  détermine  la  mort 
de  l’individu,  la  lésion  initiale  ayant  eu  pour  siège  le  cœur.  Voilà  comment, 
suivant  les  circonstances,  le  cœur  produit  la  mort  rapide  de  la  syncope,  ou 
devient  l’agent  principal  de  la  mort  plus  lente  de  l’asphyxie. 

b.  De  la  mort  par  le  poumon.  —  La  mort  par  les  poumons  est  synonyme 
de  mort  par  asphyxie;  le  plus  souvent  c’est  une  mort  lente,  et  quand  elle 
est  rapide,  comme  dans  certains  cas  d’embolie  pulmonaire,  elle  n’a  pas 
toute  la  soudaineté  et  la  brusquerie  de  la  syncope.  Les  asphyxies  même 
rapides,  l’immersion,  l’arrêt  complet  de  l’entrée  de  l’air  dans  les  voies 
aériennes  par  corps  étrangers  ou  par  étouffement,  laissent  encore  un  temps 
qui  permet  de  rappeler  à  la  vie  l’individu  qui  avait  toutes  les  apparences  de 
la  mort.  Les  maladies  du  larynx,  l’œdème,  le  croup,  les  polypes,  les  ma¬ 
ladies  des  bronches,  la  bronchite  capillaire,  l’œdème  du  poumon,  les 
congestions  généralisées,  l’apoplexie,  l’hypostase,  les  sécrétions  bronchiques 
non  rejetées  au  dehors,  les  compressions  par  de  vastes  épanchements,  sont 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIE.  XXIII.  —  4 


50 


MORT.'  —  PHYSIOLOGIE. 


autant  de  causes  qui  agissent  directement  sur  les  voies  respiratoires,  entra¬ 
vent  le  libre  échange  des  gaz  du  sang,  diminuent  le  champ  de  l’hématose  et 
produisent  l’asphyxie.  Ces  différentes  causes  interviennent  d’une  façon  pure¬ 
ment  mécanique  en  s’opposant  à  l’entrée  de  l’air  ou  à  sa  libre  circulation 
jusqu’aux  lobules  pulmonaires.  C’est  encore  dans  le  même  sens  qu’agissent 
les  lésions  des  organes  actifs  dont  le  rôle  est  de  mettre  en  jeu  l’appareil 
respiratoire,  je  veux  parler  de  la  paralysie  des  muscles  de  la  glotte,  des 
muscles  intercostaux,  du  diaphragme,  et  les  lésions  des  nerfs  spinal,  pneu¬ 
mogastrique  et  phrénique,  qui  président  chacun  pour  sa  part  respective 
aux  divers  actes  de  la  respiration. 

Dans  le  même  ordre  d’idées  rentrent  les  lésions  duhulhe  rachidien  attei¬ 
gnant  l’origine  des  nerfs  pneumogastriques,  au  niveau  du  territoire  nommé, 
par  Flourens  le  nœud  vital,  lésions  aiguës  ou  chroniques,  telles  que  hémor¬ 
rhagies,  embolies,  ramollissements,  scléroses,  atrophie  parenchymateuse 
des  cellules.  Ici  encore  trouvent  place  les  lésions  cérébrales,  hémorrhagies 
et  ramollissements,  dont  le  retentissement  sur  l’appareil  respiratoire  déter¬ 
mine  des  congestions,  des  stases,  des  apoplexies  qui  entrent  pour  une 
large  part  dans  le  mécanisme  de  la  mort. 

c.  De  la  mort  par  le  cœur  et  par  le  poumon.  —  Jusqu’ici ,  à  quelques  excep¬ 
tions  près,  j’ai  envisagé  les  cas  dans  lesquels  la  mort  est  le  résultat  d’un  arrêt 
de  fonctionnement  du  cœur  ou  des  poumons  isolément.  Mais  il  s’en  faut  que 
les  faits  cliniques  soient  toujours  aussi  nettement  distincts.  On  ne  les  retrouve 
avec  cette  netteté  que  dans  les  maladies  respectives  des  deux  organes,  où  il 
est  aisé  de  faire  la  part  du  cœur  et  la  part  des  poumons.  Dans  la  grande 
majorité  des  cas,  maladies  générales,  fièvres,  cachexies,  le  problème  est 
plus  complexe,  car  chaque  organe  apporte  sa  part  plus  ou  moins  inégale 
au  terme  fatal.  Les  fibres  musculaires  cardiaques  participant  à  l’état  de 
dénutrition  et  d’affaiblissement  général,  se  contractent  moins  activement, 
pendant  qu’un  état  morbide  analogue  atteint  soit  les  muscles  respirateurs 
extrinsèques,  soit  les  éléments  musculaires  des  bronches.  Les  conséquences 
sont  faciles  à  prévoir  :  c’est  un  commencement  de  gêne  dans  la  circulation 
cardio-pulmonaire,  une  menace  d’obstruction  bronchique  par  les  sécrétions 
accumulées,  en  un  mot  une  hématose  incomplète. 

Le  sang  chargé  d’acide  carbonique  augmente  donc  pendant  que  le  sang 
oxygéné  diminue  dans  des  proportions  inverses  ;  le  premier,  plus  irritant  et 
moins  propre  à  la  nutrition,  place  l’économie  tout  entière  dans  une  situation 
fâcheuse.  La  grande  circulation  est  gênée  à  son  tour  mécaniquement  et 
chimiquement.  Qu’il  survienne  alors  dans  l’appareil  respiratoire  des  con¬ 
gestions,  des  œdèmes,  dépendant  de  la  maladie  ou  d’un  sang  pauvre  en 
albumine,  et  les  progrès  du  mal  marcheront  rapidement  :  l’asphyxie  ne 
tardera  pas  à  survenir  complète,  avec  toutes  ses  conséquences.  Tel  est 
l’exposé  des  cas  dans  lesquels  les  altérations  des  appareils  de  la  circulation 
et  de  la  respiration  semblent  former  le  cercle  vicieux  qui  aboutit  à 
l’asphyxie. 

d.  De  la  mort  par  intoxication  du  sang.  —  A  l’exemple  de  M.  Paul  Bert, 
nous  devons  distraire  de  l’asphyxie  proprement  dite  les  cas  dans  lesquels  le 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


51 


•sang  primitivement  intoxiqué  n’est  plus  apte  aux  échanges  gazeux.  Je  fais 
4illusion  aux  empoisonnements  par  l’hydrogène  arsénié,  par  le  plomb,  et 
surtout  par  l’oxyde  de  carbone.  Dans  ces  différents  exemples,  il  ne  faut  pas 
■chercher  la  lésion  initiale  dans  les  organes  dutrépied  vital,  mais  plutôt  dans 
les  altérations  du  liquide  sanguin. 

Résumé.  —  Si  nous  jetons  un  regard  d’ensemble  sur  les  discussions  que 
nous  avons  entreprises  au  sujet  de  la  physiologie  de  la  mort,  nous  voyons 
que,  sous  peine  de  torturer  les  faits  pour  les  faire  entrer  forcément  dans  une 
elassification  artificielle,  on  ne  peut  plus  admettre  dans  toute  leur  rigueur 
les  déductions  tirées  de  l’existence  du  trépied  vital.  Il  n’y  a  que  deux 
manières  de  mourir,  par  syncope  ou  par  asphyxie,  la  première  plus  rapide, 
la  seconde  plus  lente.  Ces  deux  modes  sont  quelquefois  nettement  indiqués 
•dans  les  affections  respectives  du  cœur  ou  des  poumons  ;  mais  le  plus  sou¬ 
vent  les  altérations  cardiaques,  pulmonaires ,  et  les  modifications  du  sang 
sont  connexes,  chacune  apporte  sa  part,  et  la  vie,  comme  l’avait  dit  Galien,  se 
termine  le  plus  généralement  par  l’asphyxie.  Je  n’avais  à  décrire  ici  ni  la 
syncope  ni  l’asphyxie,  ni  la  lutte  finale  qui  constitue  l’agonie,  je  n’avais 
qu’à  poser  le  problème  de  la  mort  naturelle  ou  accidentelle  en  cherchant  à 
résoudre  ces  deux  questions  :  Pourquoi  meurt-on,  et  comment? 

:RlNGHiERr,  Dîaloglii  délia  vita  e  délia  morte.  Bologna,  1508. 

Van  Gdens,  Dissert,  de  morte  corporea  et  causis  moriendi.  Levde,  1761. 

Bichat,  Recherches  physiologiques  sur  la  vie  et  la  mort.  Paris,  1800. 

JPiNOT,  Considérations  physiologiques  sur  la  mort.  Montpellier,  1802. 

Barthez,  De  la  fin  du  principe  vital  dans  la  mort  de  l’homme.  —  Des  causes  de  la  mort.  — 
Des  phénomènes  et  des  suites  de  la  mort  (in  Nouveaux  éléments  de  la  science  de  l’homme. 
Montpellier,  1806,  t.  II). 

Desiûüet,  Dissertation  sur  la  mort  (in  Thèses  de  Paris,  1819,  n<>lA0). 

Depierris,  Traité  de  physiologie  générale,  ou  Nouvelles  recherches  sur  la  vie  et  la  mort.  Pa¬ 
ris,  18i2  et  1848. 

Robin  (Édouard),  Causes  générales  de  la  vieillesse,  de  la  mort  sénile,  etc.  Paris,  1854. 
Parrot,  De  la  mort  apparente.  Thèse  d’agrégation.  Paris,  1860. 

ViGiER,  Étude  sur  la  mort  subite  (in  Thèses  de  Paris,  1867,  n»  4). 

Papillon,  La  physiologie  de  la  mort.  —  La  mort  apparente.  —  La  mort  réelle  (in  Revue  des 
Deux-Mondes.  Paris,  1"  avril  1875,  p.  669). 

Rertin,  Dictionnaire  des  sciences  médicales,  t.  IX.  Art.  Mort. 

Voyez  en  outre  les  articles  Mort  des  autres  dictionnaires,  et  les  articles  Agonie,  Asphyxie, 
Syncope,  Vie,  et  la  bibliographie  de  la  mort  apparente  et  de  la  mort  réelle  (médecine 
légale). 

Georges  Dieulafoy. 

Médecine  légale.  —  La  mort  physiologique,  précédée  ou  non  d’agonie 
{voy.  ce  mol),  vient  d’être  l’objet  de  la  première  partie  de  cet  article. 
D’autre  part,  les  lois  et  règlements  qui  régissent  l’inhumation,  les  principes 
■d’hygiène  et  d’ordre  public  suivant  lesquels  s’accomplit  le  suprême  devoir 
rendu  par  l’homme  à  ses  semblables,  ont  été  étudiés,  avec  tous  les  déve¬ 
loppements  nécessaires,  dans  l’article  Inhumation  de  ce  dictionnaire.  Il 
ne  nous  reste  donc,  pour  achever  l’étude  de  la  mort,  qu’à  examiner  les 
questions  médico-légales  qui  s’y  rattachent.  Constater  la  réalité  de  la  mort, 
Vépoqite  de  la  mort,  les  causes  de  la  mort,  tel  est  le  triple  problème  que  le 
médecin  légiste  est  tous  les  jours  appelé  à  résoudre. 


52 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


I.  Réalité  de  la  mort.  —  La  mort  est-elle  réelle?  Cette  question, 
qui  prime  toutes  les  autres,  est  cependant  d’une  importance  secondaire  dans 
la  pratique  de  la  médecine  légale.  Dans  l’immense  majorité  des  cas,  l’expert 
commis  par  la  justice  n’a  pas  à  se  prononcer  sur  la  réalité  d’une  mort 
d’origine  accidentelle  ou  criminelle  dont  l’évidence  est  manifeste,  qui  peut 
remonter  à  plusieurs  jours,  et  qui  se  trahit  par  les  signes  les  moins  dou¬ 
teux  ;  en  un  mot,  il  n’est  pas  chargé  de  vérifier  s’il  y  a  mort,  mais  bien  de 
résoudre  la  question  de  savoir,  la  mort  étant  constante,  à  quel  moment  elle 
remonte  et  quelle  en  est  l’origine  réelle.  Il  n’en  est  pas  moins  vrai  qu’en 
sa  qualité  d’expert  investi  de  la  confiance  de  la  justice,  le  médecin  légiste 
doit  être  à  même,  au  besoin,  de  savoir  reconnaître  si  un  enfant  nouveau- 
né,  un  blessé  atteint  d’hémorrhagie  grave,  un  pendu,  un  noyé  sont  morts 
ou  encore  vivants.  On  pourrait  même  supposer  le  cas  où,  en  présence 
d’une  mort  douteuse,  sans  qu’il  s’agisse  même  d’un  crime  ou  d’un  délit, 
l’expert  recevrait  de  l’autorité  judiciaire  l’unique  mission  de  déclarer  si  la 
mort  est  réelle  ou  seulement  apparente,  et  s’il  est  possible  de  procéder  à 
l’inhumation  en  toute  sécurité.  Il  est  donc  indispensable  que  nous  résu¬ 
mions,  avec  le  plus  de  précision  possible,  les  signes  de  la  mort  réelle;  mais 
il  nous  faut,  auparavant,  indiquer  ce  qu’on  doit  entendre  par  mort  appa¬ 
rente,  dans  quelles  circonstances  elle  s’observe,  et  à  quelles  causes  il  con¬ 
vient  de  la  rattacher. 

Mort  apparente.  —  Nous  ne  pouvons  que  signaler,  en  passant,  cet  état 
particulier  que  Thierry  et  Josat  décrivent  sous  le  nom  de  mort  intermédiaire, 
et  qui  a  quelquefois  pour  triste  résultat  l’abandon  des  moribonds.  La  mort 
intermédiaire  est  bien  une  mort  apparente,  mais  elle  diffère  de  la  mort  appa¬ 
rente  proprement  dite,  en  ce  sens  qu’elle  précède  fatalement  la  mort  réelle 
et  qu’elle  n’est  pas  susceptible,  comme  l’est  dans  la  plupart  des  cas  la  mort 
apparente,  d’un  retour  plus  ou  moins  complet  à  la  santé  :  on  peut  dire 
d’elle  qu’elle  constitue  la  période  ultime  de  l’agonie. 

La  mort  apparente  proprement  dite  se  définit  d’ellé-même;  c’est  Tétat 
d’un  organisme  qui  présente  l’aspect  de  la  mort  et  qui  est  cependant  sus¬ 
ceptible  d’un  retour  complet  et  durable  aux  manifestations  extérieures  de  la 
vie.  Ce  phénomène,  qui  appartient  à  Tbistoire  générale  des  êtres  vivants,  est 
d’autant  plus  fréquent  qu’il  s’agit  d’espèces  plus  inférieures. 

Les  expériences  de  Leuwenhoeck,  Fontana,  Spallanzani,  Pouchet,  Broca 
sur  les  animaux  dits  ressuscitants  sont  connues  de  tous.  Les  effets  de  la 
congélation  sur  les  chrysalides  (Réaumur) ,  sur  les  grenouilles  (Volta),  les 
expériences  de  Balbiani  sur  les  hannetons  noyés,  puis  desséchés  au  soleil 
et  ranimés  au  bout  de  cinq  jours  de  submersion,  celles  de  Vulpian  sur  les 
grenouilles  et  les  salamandres  empoisonnées  par  le  curare  et  la  nicotine 
et  restant  pendant  plusieurs  jours  en  état  de  mort  apparente,  sont  des  faits 
scientifiques  de  même  ordre  et  cependant  plus  extraordinaires  parce  qu’il 
s’agit  d’êtres  plus  parfaits.  Indépendamment  des  animaux  hibernants  (mar¬ 
motte,  loir,  ours)  dont  l’état  de  sommeil  ne  devrait  pas,  ce  nous  semble, 
être  assimilé  aux  apparences  de  la  mort,  à  cause  de  leur  température  supé¬ 
rieure  d’un  degré  à  celle  du  milieu  ambiant,  de  la  persistance  des  battements 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


du  cœur  et  des  mouvements  respiratoires  seulement  ralentis  et  facilement 
perceptibles,  les  animaux  supérieurs,  tels  que  le  cheval  et  le  chien,  ont  été 
vus  en  état  de  mort  apparente,  et  c’est  ainsi  qu’en  montant  graduellement 
l’échelle  des  organismes  nous  arrivons  à  l’espèce  humaine. 

La  croyance  à  la  mort  apparente  est  de  tous  les  temps  et  de  tous  les 
pays.  Sans  doute,  il  convient  de  tenir  compte  des  légendes,  des  exagéra¬ 
tions,  des  erreurs  de  toute  sorte,  inséparables  d’un  pareil  sujet,  mais  il  est  ' 
impossible  néanmoins  de  ne  pas  croire  à  la  réalité  de  certains  faits  rappor¬ 
tés  par  les  auteurs  anciens  (Plutarque,  Pline,  Celse)  et  confirmés  par  les 
observations  modernes  les  moins  contestables.  Avec  les  siècles,  les  obser¬ 
vations  ont  été  en  se  multipliant;  mais  c’est  surtout  à  partir  de  la  deuxième 
moitié  du  xviu®  siècle  que,  sous  l’impulsion  de  Winslow,  la  question  de  la 
mort  apparente  a  été  approfondie,  fournissant  aux  uns,  comme  à  Bruhier, 
un  fond  inépuisable  d’anecdotes  tragiques  et  de  récits  populaires,  aux 
autres,  comme  à  l’illustre  Louis,  un  sujet  de  recherches  nouvelles  destinées 
à  augmenter  la  certitude  des  signes  de  la  mort.  De  nos  jours,  ce  mouvement 
ne  s’est  pas  ralenti.  Aux  intéressants  ouvrages  de  Deschamps  et  de  Josat  il 
faut  joindre  le  remarquable  traité  de  Bouchut,  couronné  par  l’Académie  des 
sciences.  Cet  excellent  travail  qui  mettait  la  question  des  signes  de  la  mort 
au  niveau  de  la  science  moderne,  se  termine  par  une  sévère  analyse  des 
nombreuses  observations  de  mort  apparente,  recueillies  par  les  auteurs,  et 
fait  justice  des  prétendues  erreurs  de  médecins  qui  auraient  procédé  à  l’au¬ 
topsie  de  personnes  encore  en  vie  :  lés  anecdotes  fameuses  de  Vésale  et  de 
l’abbé  Prévost  sont  du  nombre  de  ces  légendes. 

Dans  ces  dernières  années  enfin,  la  question  de  la  mort  apparente,  qui 
n’a  jamais  cessé  et  ne  cessera  probablement  jamais  d’exciter  l’intérêt  et 
l’émotion  du  public,  a  été  portée  devant  le  sénat  impérial  par  de  nombreux 
pétitionnaires  et  adonné  lieu  à  quatre  discussions  importantes,  de  1863  à 
1869.  Une  des  dernières  pétitions  adressées  à  cette  assemblée  s’appuyait 
sur  un  des  faits  les  plus  extraordinaires  et  les  plus  saisissants  qui  aient  été 
observés,  celui  d’une  jeune  femme  des  environs  de  Morlaix  réellement 
inhumée  vivante  (Roger,  de  Plougastel). 

En  résumé,  la  mort  apparente  est  un  phénomène  incontesté  et  incontes¬ 
table.  Si  elle  n’a  pas  été  cause,  comme  cela  s’est  dit  et  se  dit  encore  fausse¬ 
ment,  d’autopsies  pratiquées  sur  des  vivants,  il  est  certain  qu’elle  a  donné 
lieu  à  des  méprises  nombreuses  suivies  de  mesures  prématurées  d’inhu¬ 
mation  et  commises,  dans  l’immense  majorité  des  cas,  par  des  personnes 
étrangères  à  la  médecine.  C’en  est  assez  pour  justifier  toutes  les  craintes 
et  légitimer  les  garanties  de  plus  en  plus  sévères  dont  l’administration  des 
grandes  villes  a  entouré  la  vérification  des  décès  et  qu’il  serait  si  important 
de  pouvoir  généraliser  dans  les  campagnes. 

Nous  ne  pouvons  examiner  ici  en  détail  les  différents  états  pathologiques 
suseeptibles  de  donner  lieu  à  la  mort  apparente  :  une  pareille  étude  nous 
entraînerait  bien  au  delà  des  limites  qui  nous  sont  imposées.  Il  nous  suffira 
de  les  énumérer  en  renvoyant  le  lecteur  aux  articles  spéciaux  qui  leur  sont 
consacrés  dans  ce  Dictionnaire. 


54 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


L’asphyxie  {voy.  ce  mot,  tome  III)  est,  de  toutes  les  causes  de  mort  appa¬ 
rente,  de  beaucoup  la  plus  fréquente  (Josat,  lourdes),  quel  que  soit  d’ail¬ 
leurs  l’agent  qui  l’ait  déterminée.  Quoi  de  moins  rare,  par  exemple,  que  des 
noyés  en  état  de.  mort  apparente,  sauvés  après  une  heure,  deux  heures  et 
même  six  heures  de  soins  persévérants  {voy.  Submersion)?  On  possède 
également  quelques  exemples  de  pendus,  détachés  vivants  (cas  du  pendu 
•deBIoomfield,  Journ.  Hebd.,  1831).  Quant  à  l’asphyxie  par  les  gaz  (oxyde  de 
carbone,  gaz  de  l’éclairage,  acide  carbonique),  elle  peut  produire  une 
mort  apparente  de  plusieurs  heures  de  durée,  avec  lividité  et  gonflement 
de  la  face,  occlusion  de  la  bouche,  absence  du  pouls  et  de  la  respirati  on 
(A.  Paré,  Fodéré,  Harmant  de  Nancy,  ïroja,  Tonrdés). 

La  syncope  est  peut-être  de  toutes  les  morts  apparentes  celle  qui  donne 
le  plus  exactement  l’image  de  la  mort  réelle  :  pâleur  cireuse,  affaissement 
des  traits,  refroidissement,  insensibilité  absolue,  rien  ne  manque  au  ta¬ 
bleau  ;  rien  n’y  manquait  surtout  à  l’époque,  encore  très-rapprochée  de 
nous,  où  l’on  admettait  chez  tous  les  syncopés  la  suspension  des  battements 
du  cœur.  Les  observations  et  les  expériences  de  Bouchut  ontbeaucoup  con¬ 
tribué  à  rectifier,  à  ce  point  de  vue,  l’état  de  la  science  ;  il  est  certain  qu’à, 
la  main,  le  pouls  et  le  cœur  sont  insensibles;  mais  'par  une  auscultation 
attentive,  on  constate  dans  la  plupart  des  cas  que,  si  les  pulsations  cardia¬ 
ques  sont  très-affaiblies  et  diminuées  de  nombre  au  point  de  n’ètre  plus 
qu’un  battement  simple  répété  toutes  les  deux  ou  trois  secondes  et  moins 
encore,  elles  existent  cependant  et  suffisent  à  indiquer  que  la  vie  n’est  pas 
encore  tout  à  fait  éteinte.  Pour  Bouchut  la  conclusion  est  formelle  ;  jamais 
dans  la  syncope  il  n’y  a  suspension  complète  des  mouvements  du  cœur 
le  ralentissement,  l’irrégularité  et  la  faiblesse  de  ces  battements  peuvent 
être  poussés  aussi  loin  que  possible  ;  mais  dès  qu’il  y  a  arrêt  complet,, 
c’est  la  mort  réelle.  Cette  manière  de  voir  est  trop  absolue.  Ce  qui  est 
certain,  c’est  que  la  persistance  de  la  vie,  même  en  l’absence  de  bruits 
du  cœur  perçus  par  V auscultation,  est  admise  par  lourdes,  Josat,  Depaul  ; 
ce  dernier  a  observe  des  faits  de  ce  genre  chez  des  nouveau-nés,  qui  ont 
pu  être  rappelés  à  la  vie. 

Les  causes  de  la  syncope  sont  connues  de  tous  {voy.  Syncope),  et  nous 
ne  les  rappelons  que  pour  mémoire.  Aux  hémorrhagies  internes  ou 
traumatiques,  il  faut  joindre  l’éclampsie  puerpérale ,  certaines  maladies 
graves,  variole,  typhus,  choléra,  fièvre  pernicieuse,  fièvre  typhoïde.  La 
syncope  peut  n’être  pas  isolée  ;  elle  s’ajoute  quelquefois  à  l’asphyxie,  et  la. 
difficulté  du  diagnostic  ne  s’en  trouve  qu’augmentée. 

L’hystérie,  surtout  si  elle  se  complique  de  syncope,  est  encore  une  cause 
bien  fréquente  de  mort  apparente  {voy.  Hystérie),  revenant  quelquefois- 
périodiquement,  et  se  prolongeant  au  delà  de  toutes  limites.  Déjà 
signalée  par  Zacchias ,  A.  Paré,  Sydenham,  Sylvius ,  Pomme,  la  mort 
apparente  chez  les  hystériques  a  été  étudiée  de  nos  jours  par  Des¬ 
champs,  Josat,  Bouchut,  Levasseur  de  Rouen,  et  il  est  probable  que  la 
mort  apparente,  observée  chez  les  cataleptiques  et  les  extatiques,  n’était- 
en  réalité  qu’un  fait  d’hystérie.  Quant  au  mot  de  léthargie,  si  souvent 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


55 


employé  dans  le  langage  du  monde,  il  ne  s’applique  à  aucun  état  parti¬ 
culier:  c’est  un  synonyme  de  moi’t  apparente. 

La  congestion  eiV  hémorrhagie  cérébrales,  de  même  que  le  sommeil  coma¬ 
teux  des  épileptiques,  ne  ressemblent  en  rien  à  la  mort  apparente,  à  moins 
qu’elles  ne  se  compliquent  d’asphyxie  ou  de  syncope. 

La  congélation,  qui  produit  chez  les  animaux  soumis  à  Faction  de  mé¬ 
langes  réfrigérants  (expériences  déjà  citées  de  Volta  sur  les  grenouilles)  une 
mort  apparente  prolongée,  exerce  sur  l’honame  une  action  identique 
(Bernard,  Valentin,  Pia,  Bouchut).  Des  individus  gelés  et  considérés 
comme  morts  ont  pu  être  rappelés  à  la  vie  après  vingt-quatre  heures  et 
même  deux  jours  de  mort  apparente. 

La  fulguration  (lourdes.  Boudin)  peut  déterminer  une  mort  apparente 
de  quatre  heures  de  durée. 

Vivresse,  sans  Faction  du  froid,  les  anesthésiques  (éther,  chloroforme), 
les  narcotiques  (opium,  morphine),  la  digitale,  la  nicotine,  peuvent  déter¬ 
miner  une  mort  apparente  dans  laquelle  les  mouvements  respiratoires  sont 
absolument  supprimés  et  ceux  du  cœur  rendus  à  peine  sensibles  (Vigué, 
Briand  et  Chaudé,  Josat). 

Enfin,  quand  la  mort  apparente  succède  brusquement  à  un  traumatisme, 
elle  est  en  général  le  résultat  d’une  violente  commotion  cérébrale  (voy.  En¬ 
céphale). 

Il  est  impossible  d’assigner  à  la  mort  apparente  des  limites  précises  :  la 
durée  varie  suivant  la  cause,  et  aussi  suivant  l’âge,  qui  a  une  grande 
influence.  C’est  dans  la  commotion  cérébrale  et  la  syncope  simple  qu’elle 
paraît  être  la  plus  courte  ;  c’est  dans  les  cas  de  congélation  et  de  syncope 
hystérique  qu’elle  a  son  maximum.  Sur  162  cas  authentiques.  Josat  en  a 
noté  dix-sept  de  36  à  42  heures,  vingt-deux  de  20  à  36,  quarante-sept  de 
15  à  20,  cinquante-huit  de  8  à  15,  et  trente  de  2  à  8,  ce  qui  donnerait  une 
moyenne  de  12  à  15  heures. 

Mort  simulée.  —  La  mort  peut-elle  être  simulée  ?  En  éliminant  toutes 
les  histoires  merveilleuses  qui  sont  du  domaine  de  la  légende  et  du 
roman,  il  demeure  constant  que  plusieurs  expérimentateurs  ont  trouvé 
le  moyen  d’affaiblir  et  même  d’ari’êter  momentanément  les  mouvements 
de  leur  cœur.  Le  fait  du  colonel  Townsend  (Cheyne)  est  un  témoignage 
bien  remarquable  de  la  possibilité  de  cette  mort  apparente  volontaire. 
L’explication  de  ce  phénomène  a  été  donnée  parKurschner,  Millier,  Weber, 
Donders,  Windling  :  il  suffit,  pour  le  produire,  de  soumettre  le  cœur  à  une 
haute  pression,  résultant  de  l’occlusion  de  la  glotte  et  d’une  contraction 
énergique  des  muscles  expirateurs  qui  compriment  l’air  préalablement 
introduit  dans  les  poumons  par  une  large  inspiration. 

Nous  venons  d’indiquer,  aussi  brièvement  que  nous  l’avons  pu,  les 
conditions  dans  lesquelles  se  produit  la  mort  apparente  :  il  nous  reste  à 
examiner  les  signes  de  la  mort  véritable,  c’est-à-dire  les  signes  qui  man¬ 
quent  dans  la  mort  apparente  et  qui  permettent  d’affirmer  la  mort  réelle. 
Parmi  les  signes  nombreux  qui  ont  été  fournis  par  les  auteurs,  les  uns 
ne  sont  que  des  signes  incertains,  les  autres,  au  contraire,  sont  des  signes 


56 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


de  certitude  :  nous  allons  énumérer  rapidement  les  premiers,  nous  réser¬ 
vant  d’insister  davantage  sur  quelques-uns  des  seconds.  Nous  suivrons, 
d’après  l’exemple  de  lourdes,  l’ordre  physiologique  et  nous  procéderons 
par  appareils. 

A.  Signes  incertains.  —  1°  Flexion  du  pouce  vers  le  creux  de  la  main.  — 
Ce  signe  manque  sept  fois  sur  dix  et  existe  à  peu  près  dans  la  même  pro¬ 
portion  avant  la  mort  consommée  (Josat). 

2°  Absence  de  stase  sanguine  dans  la  partie  d’un  membre  située  au-dessous 
d’une  ligature  circulaire.  —  Cet  effet  peut  se  produire  sur  le  vivant,  à  con¬ 
dition  qne  les  battements  cardiaques  extrêmement  affaiblis  n’influencent 
plus  sensiblement  la  circulation  capillaire. 

3°  Défaut  de  transparence  de  certaines  régions,  doigts,  oreilles. — Ce  signe 
peut  exister  dans  certains  cas  pathologiques  (choléra  grave,  stade  de  frisson 
des  fièvres  palustres,  agonie).  Et,  d’autre  part,  la  transparence  peut  per¬ 
sister  un  ou  deux  jours  après  la  mort  (Orfila). 

4°  Sueur  froide,  odeur  se  développant  au  moment  de  la  mort.  —  La  sueur 
froide  de  la  mort  précède  la  mort  et  se  produit  pendant  l’agonie.  Quant  à 
une  odeur  spéciale  se  produisant  au  moment  de  la  mort,  il  n’y  en  a,  en 
réalité,  aucune,  et  la  preuve  en  est  qu’on  n’en  observe  pas  dans  la  mort 
subite  (Josat).  Jusqu’au  moment  où  se  développe  la  putréfaction,  le  cadavre 
conserve  l’odeur  qui  existait  dans  les  derniers  moments  de  la  vie. 

5°Perte  de  connaissance. —  C’est  làunsymptôme  qui  appartient  àdes  états 
pathologiques  bien  différents,  et  en  particulier  à  la  mort  apparente.  11  ne 
peut  donc  suffire  à  caractériser  la  mort  réelle. 

6°  Insensibilité  tactile. —  Ce  signe  est  loin  de  pouvoir  donner  une  certitude 
absolue,  puisqu’on  l’observe  dans  l’apoplexie,  l’épilepsie,  l’asphyxie,  etc. 
Nous  en  dirons  autant  de  la  disparition  des  sensibilités  spéciales  (odorat, 
goût,  ouïe,  sensibilité  de  la  conjonctive  et  de  la  cornée). 

7“  Toile  glaireuse  de  la  cornée.  Ce  voile,  formé  de  débris  d’épithélium,  de 
matière  albumineuse  qui  transsude,  de  grains  de  poussière  ,  peut  se 
produire  pendant  la  vie  (choléra,  agonie  de  la  fièvre  typhoïde,  de  la 
méningite).  Ce  ne  peut  donc  être  un  signe  certain,  quand  il  s’agit  d’une 
maladie  chronique  :  mais  dans  les  cas  de  mort  rapide,  c’est  un  excellent 
caractère. 

8°  Absence  de  respiration.  —  Ce  n’est  pas  une  preuve  certaine  de  la  ces¬ 
sation  de  la  vie.  La  respiration  disparaît  le  plus  souvent  avant  la  circula¬ 
tion  et  manque,  comme  nous  l’avons  vu,  dans  la  mort  apparente. 

9“  Absence  du  pouls.  —  C’est  le  signe  le  plus  incertain  qu’on  puisse 
trouver.  On  l’observe  et  dans  la  mort  apparente,  et  dans  l’agonie,  alors  que 
les  battements  du  cœur  sont  perceptibles. 

10“  Non-oxydation  d’aiguilles  plongées  dans  les  tissus.  —  Ce  signe  indiqué 
par  Laborde  est  variable,  et  par  conséquent  très-incertain.  L’oxydation 
peut  ne  pas  se  produire  sur  le  vivant,  dans  la  proportion  de  quatorze  fois 
sur  quarante-trois  (Vangheel).  Le  défaut  d’oxydation  d’une  aiguille  d’acier 
enfoncée  dans  les  chairs  n’est  donc  pas  un  signe  certain  de  mort. 

11"  Disparition  du  bruissement  musculaire.  — •  Coilonges  a  publié  sur  ce 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


57 


nouveau  signe  des  recherches  fort  intéressantes.  Le  bruissement  musculaire 
d’un  corps  vivant  peut  être  perçu  de  deux  manières  :  ou  bien  en  introdui¬ 
sant  le  doigt  du  sujet  dans  l’oreille  de  l’observateur,  ou  bien  en  auscultant 
différentes  régions  du  corps.  Le  corps  en  observation  et  l’oreille  de  l’obser¬ 
vateur  peuvent  être  mis  en  communication  au  moyen  d’un  tube  très- 
court,  le  dynamoscope  (Collonges).  Ce  bruit,  qui  peut  être  comparé  à  un 
pétillement,  persisterait ,  en  s’affaiblissant  petit  à  petit,  jusqu’à  la  dixième 
ou  seizième  heure  après  la  mort.  —  Nous  pensons,  avec  lourdes,  que  ce 
signe  n’a  pas  une  évidence  suffisante  et  que  la  grande  difficulté  consiste  à 
distinguer  le  bruit  qui  se  forme  dans  l’oreille  de  l’observateur,  appliquée 
contre  le  corps,  du  bruissement  particulier  qui  se  produirait  dans  les  tissus. 

B.  Signes  certains.  —  1°  Aspect  général.  —  Nous  empruntons  à  Dujardin- 
Beaumetz  et  à  Evrard  la  description  suivante  de  la  physionomie  d’un  sup¬ 
plicié,  cinq  minutes  après  l’exécution  ;  «  Face  exsangue,  d’une  couleur 
jaune  terne  uniforme  ;  mâchoire  inférieure  abaissée,  bouche  ouverte  ;  visage 
immobile,  expression  de  la  stupeur,  non  de  la  souffrance;  yeux  bien  ouverts, 
fixes,  regardant  droit  devant  eux  ;  pupille  dilatée,  cornée  commençant  à 
perdre  sa  transparence.»  La  vue  d’ensemble  de  pareils  signes,  auxquels  il 
faut  ajouter,  quand  la  mort  date  déjà  de  plusieurs  heures,  l’excavation  des 
tempes,  la  pulvérulence  des  narines  et  des  cils,  et  en  outre  l’attitude  gé¬ 
nérale  du  corps,  le  froid  général  et  caractéristique,  ne  peut  laisser  de 
doute  à  quiconque  a  l’habitude  de  ces  tristes  spectacles.  Nous  dirons 
quelques  mots,  chemin  faisant,  de  quelques-uns  de  ces  signes  ;  nous  ne 
voulons  retenir  pour  le  moment  que  i’ abaissement  de  la  mâchoire  infé¬ 
rieure  :  c’est,  là,  avec  quelques  restrictions,  un  des  bons  signes  de  la 
mort,  soit  que  cet  abaissement  se  soit  produit  spontanément  au  moment 
de  la  mort,  soit  que,  provoqué,  il  n’ait  pas  été  suivi  de  redressement. 

2°  Lividités  cadavériques.  —  Ce  sont  des  phénomènes  d’hypostase  qui 
commencent  à  apparaître  en  général  vers  la  cinquième  heure,  pour  attein¬ 
dre  leur  maximum  au  bout  de  douze  à  quinze  heures.  Elles  consistent  en 
plaques  rouge  violacé  ou  blanchâtres  se  formant  sur  les  parties  déclives  du 
corps  :  dos,  reins,  fesses,  membres  inférieurs.  La  pression  des  objets  sur 
lesquels  repose  le  cadavre  produit  une  tache  d’un  blanc  mat,  au  milieu 
de  la  plaque  violacée.  Les  lividités  cadavériques  sont  un  signe  constant 
(Casper,  Devergie,  Molland)  qu’on  observe  dans  tous  les  cas,  qui  a  une 
valeur  presque  absolue  dans  les  décès  à  la  suite  de  maladie  de  quelque 
durée  (on  en  âui'ait  observé  pendant  la  vie  chez  quelques  cholériques),  et 
une  valeur  absolue  dans  les  morts  subites.  Il  indique  que  les  liquides  de 
l’économie  ne  sont  plus  justiciables  que  des  seules  lois  de  la  pesanteur,  et 
que  le  sérum  du  sang  se  sépare  du  caillot. 

3°  Empreinte  parcheminée .  —  On  sait  que,  sur  le  vivant,  une  surface 
excoriée  ne  se  dessèche  que  par  la  formation  d’une  croûte.  11  n’en  est  pas 
de  même  sur  un  cadavre  :  le  derme  se  parcheminé  sur  toute  l’étendue 
d’une  excoriation  en  six  heures  au  moins,  douze  heures  au  plus.  Ce  signe, 
qui  n’a  jamais  été  observé  dans  les  cas  de  mort  apparente  (lourdes),  a  une 
très-grande  valeur  et  a  été  proposé  par  la  commission  chargée  de  juger  le 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


concours  pour  le  prix  d’Ourches,  comme  pouvant  être  reconnu  par  les 
personnes  les  moins  éclairées. 

4°  Brûlures.  —  C’est  encore  là  un  excellent  signe  et  connu  depuis  fort 
longtemps.  Cette  épreuve  est  fondée  sur  la  formation  où  la  non-formation 
d’une  phlyctène  séreuse  et  d’une  aréole  inflammatoire  autour  des  tissus 
brûlés.  Pour  faire  l’expérience,  le  calorique  à  distance  est  préférable  à 
l’application  immédiate  d’un  corps  comburant.  Si  la  mort  n’est  qu’appa¬ 
rente,  à  moins  qu’il  ne  s’agisse  de  sujets  épuisés  et  amaigris  (Josat,  Bou- 
chut),  dans  une  agonie  qui  se  prolonge  (et  encore  est-il  au  moins  dou¬ 
teux  que  l’arrêt  de  la  circulation  capillaire  soit  assez  complet  pour  empê¬ 
cher  toute  réaction  vitale),  l’action  de  la  chaleur  (eau  bouillante,  cire  à 
cacheter,  flamme  d’une  bougie  approchée  à  un  demi-centimètre)  détermine 
la  formation  d’une  phlyctène  remplie  de  sérosité  et  d’une  aréole  inflamma¬ 
toire.  Après  la  mort,  au  contraire,  l’épiderme,  sous  l’influence  du  calorique, 
se  sèche  et  se  soulève,  ou  se  ramollit  et  se  dissout  (suivant  l’agent  mis  en 
usage)  et  laisse  à  nu  le  derme  qui  se  parcheminé  ;  au  bout  de  dix  minutes 
il  ne  se  forme  déjà  plus  ni  phlyctène,  ni  rougeur  inflammatoire  (Christison, 
Wright). 

5“  Application  de  ventouses  scarifiées.  —  Déjà  signalé  par  Fodéré,  étudié 
de  nouveau  par  Levasseur  (de  Rouen) ,  le  signe  fourni  par  l’application  des 
ventouses  est  un  excellent  moyen  de  reconnaître  là  persistance  ou  l’abolition 
de  la  circulation  capillaire.  Du  sang  a  été  obtenu  dans  des  cas  de  mort 
apparente  par  syncope.  S’il  y  a  mort  réelle,  l’ampoule  obtenue  incisée, 
puis  soumise  de  nouveau  à  l’action  de  la  ventouse,  reste  exsangue.  Dans 
l’ordre  de  succession  des  phénomènes  de  la  mort,  le  signe  fourni  par  les 
ventouses  ne  viendrait  qu’après  la  disparition  des  bruits  du  cœur.  C’est  à 
l’épigastre  que  l’expérience  doit  être  pratiquée. 

lourdes  a  constaté,  contrairement  à  une  opinion  reçue,  que  les  sangsues 
peuvent  ne  pas  abandonner  un  corps  sur  lequel  elles  ont  été  posées  pendant 
la  vie. 

6°  Dilatation  de  la  pupille.  —  Bouchut  insiste  avec  beaucoup  de  raison 
sur  ce  signe  excellent  de  la  mort  subite.  Contractée  pendant  l’agonie, 
l’ouverture  pupillaire  prend  immédiatement  un  diamètre  qui  peut  aller 
jusqu’à  7  millimètres  et -plus  (Haller).  Ce  qui  est  très-remarquable,  c’est 
que  ce  changement  de  forme  se  produit  instantanément  :  lourdes  l’a  cons¬ 
taté  dans  un  cas  de  mort  subite  par  anévrysme.  Cette  brusque  dilatation,  qui 
ne  persiste  que  pendant  quelques  heures,  résulte  de  ce  que  les  fibres  radiées 
dè  l’iris,  innervées  par  le  grand  sympathique,  ne  meurent  qu’après  les  fibres 
circulaires  formant  le  sphincter  irien  et  animées  par  le  moteur  oculaire 
commun. 

Dans  des  cas  relativement  très-rares  d’hydrocéphale  chronique,  d’empoi¬ 
sonnement  par  la  belladone,  de  synéchies,  la  dilatation  pupillaire  ou  bien 
existerait  avant  la  mort,  ou  bien  ne  pourrait  pas  se  produire,  mais  ces 
exceptions  n’enlèvent  rien  à  la  valeur  du  signe. 

7“  Immobilité  de  Viris.  —  L’insensibilité  de  l’iris  à  l’action  de  la  lumière 
et  du  galvanisme  ne  se  prononce  guère  que  de  une  heure  à  quatre  heures 


59- 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 
après  la  mort  (Sommer).  Il  en  est  de  même  de  l’action  de  l’atropine  et  de 
l’ésérine.  C’est  ce  qui  a  donné  à  Bouchut  l’idée  de  mettre  en  usage,  pour 
arriver  au  diagnostic  de  la  mort  réelle,  l’instillation  dans  l’œil  de  quelques 
gouttes  de  solution  d’atropine  ou  de  calabarine.  Si  le  décès  est  constant,  au 
bout  d’une  heure  la  pupille  n’aura  pas  varié  d’ouverture  et  ne  se  sera  ni  di¬ 
latée  ni  resserrée.  C’est  là  un  signe  de  valeur,  mais,  comme  le  précédent, 
il  ne  peut  être  utilisé  qu’à  condition  que  l’œil  soit  sain. 

8°  Décoloration  de  la  rétine,  à  l’examen  ophthalmoscopique  (Bouchut) . . 
Opacité  de  la  rétine  (Poncet).  —  Ces  signes  sont  très-probants,  puisqu’ils 
sont  dus  à  la  vacuité  instantanée  des  capillaires  de  la  choroïde  ;  malheu¬ 
reusement,  ils  ont  besoin  d’être  constatés  immédiatement  après  la  mort  ; 
ils  échappent  à  l’observation  au  bout  d’un  temps  souvent  très-court,  par 
suite  de  la  perte  de  transparence  des  milieux  de  l’œil. 

9“  Tache  noire  de  la  sclérotique.  —  Indiqué  par  Sommer,  décrit  d’une 
manière  très-complète  par  J.-F.  Larcher  (1862  et  1866),  ce  signe  consiste 
en  une  tache  d’abord  bleuâtre,  puis  successivement  bleu  foncé  et  noire, 
occupant  d’abord  le  côté  externe  de  l’œil,  puis,  plus  tard,  le  côté  interne. 
Attribuée  par  Larcher  à  l’imbibition  cadavérique,  elle  paraît -résulter, 
d’après  les  expériences  de  Muller,  de  la  dessiccation  de  la  sclérotique.  C’est 
un  bon  signe  de  la  mort,  apparaissant  dans  la  seconde  période,  précédé 
par  les  lividités  et  même  par  la  rigidité  (lourdes),  et  précédant  lui-même 
la  coloration  verdâtre  de  l’abdomen. 

10°  Disparition  de  l’éclat  de  l’œil  et  de  la  transparence  des  milieux.— Ce 
double  phénomène,  dû  à  l’arrêt  subit  de  la  circulation,  commence  au  mo¬ 
ment  même  de  la  mort.  La  transparence  cesse  généralement  une  douzaine 
d’heures  après  la  mort.  L’épreuve  des  trois  images  réfléchies  par  l’œil,  et 
perdant  peu  à  peu  de  leur  netteté  jusqu’à  disparaître  complètement,  les 
deux  premières  dans  les  instants  qui  suivent  la  mort  et  quelquefois  pen¬ 
dant  l’agonie ,  la  troisième  (celle  de  la  cornée)  au  bout  de  six  à  douze 
heures,  a  été  indiquée  par  Legrand  comme  un  bon  signe. 

11°  Affaissement  du  globe  de  l’œil.  —  Ce  phénomène,  qui  se  produit  au 
moment  même  de  la  mort,  est  bientôt  suivi,  par  suite  de  l’évaporation  des 
liquides  et,  en  particulier,  dej’humeur  aqueuse,  d’un  véritable  ramollisse¬ 
ment  du  globe  de  l’œil.  Louis  donne  ce  signe  comme  indiscutable. 

12“  État  du  cœur  constaté  par  l’auscultation.  —  Nous  avons,  à  propos 
de  la  mort  apparente ,  indiqué  toute  l’importance  de  l’anscultation 
comme  moyen  de  diagnostic.  Déjà  pratiqué  par  Deschamps,  ce  mode 
d’exploration  a  été  surtout  mis  en  lumière  par  Bouchut  (ouv.  cit.).  La 
commission  de  l’Institut  qui  l’a  couronné,  a  admis  «  que  l’absence  des 
bruits  du  cœur  constatée  par  l’auscultation  pendant  l’intervalle  de  cinq 
minutes  ne  pouvait  laisser  de  doute  sur  la  réalité  de  la  mort.  »  Bouchut 
avait  donné  pour  maximum  de  cessation  une  ou  deux  minutes.  Il  n’en  est 
pas  moins  vrai  que  c’est  là  une  opinion  trop  absolue.  Il  est  parfaitement 
certain  que  les  bruits  du  cœur  ont  pu  cesser,  nous  ne  disons  pas  d’exister, 
mais  bien  d’être  perçus,  ce  qui  est  tout  différent  au  point  de  vue  de  la  théorie 
physiologique,  pendant  plus  de  cinq  minutes  (Guersant,  Josat,  Depaul,, 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉG.W.E. 


Dieffenbach,  Girbal,  Duchêne,  Brachet),  sans  qu’il  y  ait  eu  mort.  Andral  et 
Tournié,  dans  deux  cas  de  mort  apparente,  n’ont  pas,  durant  six  heures, 
perçu  le  plus  petit  battement  :  c’est  la  preuve  évidente  que  le  cœur  battait 
trop  faiblement  pour  être  entendu.  Malgré  ces  cas  exceptionnels,  l’auscul¬ 
tation  pratiquée  par  une  oreille  fine  et  exercée,  renouvelée  à  plusieurs 
reprises,  pendant  une  ou  deux  minutes,  en  différents  points,  fournit  dans 
la  pratique  le  meilleur  moyen  de  diagnostic  immédiat  de  la  mort. 

‘13°  Cardiopuncture  (Middeldorpf,  Plouviez,  Bouchut).  —  Cette  opéra¬ 
tion  qui  consiste  dans  l’acupuncture  du  cœur  {voyez  Akidopeirastique) 
donne  des  résultats  encore  plus  précis  que  ceux  de  l’auscultation  ;  mais 
elle  nous  paraît,  malgré  son  innocuité  parfaite,  devoir  être  bien  difficile¬ 
ment  acceptée  parles  familles. 

14®  Artériotomie.  —  L’artériotomie  pratiquée  sur  la  temporale  (Veyne)  a 
été  proposée  comme  un  moyen  certain  de  diagnostic.  S’il  y  a  hémorrhagie, 
si  faible  que  ce  soit,  la  vie  n’est  pas  éteinte  ;  si  le  vaisseau  est  vide,  le 
décès  est  constant.  Ces  conclusions  nous  paraissent  incontestables,  mais 
c’est  encore  là  un  moyen  peu  pratique. 

15°  Abaissement  de  la  température.  Thanatométrie.  —  Les  progrès  qu’a 
faits  dans  ces  derniers  temps  l’application  de  la  thermométrie  à  la  physio¬ 
logie  et  à  la  thérapeutique  font  de  la  thanatométrie  un  des  meilleurs  signes 
de  la  mort.  Le  point  important  à  déterminer,  c’est  Y  abaissement  de  tempéra¬ 
ture  inconciliable  avec  la  vie.  Le  minimum  qui  ait  été  observé  paraît  être 
21°,8  de  température  rectale  chez  un  nouveau-né  de  trois  jours  (Parrot)  : 
mais  ce  fait  est  tout  à  fait  exceptionnel  et,  de  plus,  spécial  aux  nouveau- 
nés.  Linas  et  Bouchut  se  fondent  surplus  de  mille  observations  pour  consi¬ 
dérer  un  abaissement  progressif  jusqu’à  28°  ou  27°  (soit  dans  Faisselle,  soit 
dans  le  rectum)  comme  un  signe  certain  de  mort.  Pour  l’inhumation,  on 
pourra  aller  jusqu’à  25°  dans  le  rectum  et  23°  dans  l’aisselle  (lourdes).  On 
a  inventé  différents  thanatomètres,  tels  que  le  thermomètre  à  aiguille,  le 
nécromètre  :  mais  un  bon  thermomètre  ordinaire  rendra  tout  autant  de 
services. 

\b°  Relâchement  simultané  des  sphincters. — Ce  phénomène  général  est  un 
bon  signe  de  mort  (Bouchut),  mais  l’examem  de  l’urèthre  et  de  l’anus  est 
bien  peu  pratique  et  ne  peut  guère  être  mis  en  usage  par  les  médecins  de 
l’état  civil. 

17°  Abolition  de  la  contraction  musculaire.  —  Les  muscles  de  la  vie  orga¬ 
nique  aussi  bien  que  ceux  de  la  vie  animale  conservent  après  la  mort,  pen¬ 
dant  un  temps  variable,  leur  propriété  fondamentale,  la  contractilité  de  leurs 
fibres.  Le  minimum  de  cette  survie  musculaire  est  exceptionnellement  de 
une  heure  et  demie  (états  pathologiques  accompagnés  d’infiltration  séreuse 
du  muscle).  Le  maximum  observé  a  été  de  vingt  et  même  de  vingt-sept 
heures.  Entre  ces  deux  limites  on  a  observé  toutes  les  durées  intermé¬ 
diaires,  les  plus  longues  dans  les  cas  de  mort  par  maladie  aiguë,  les  plus 
courtes  chez  les  malades  qui  ont  succombé  à  des  affections  chroniques. 

L’exploration  de  la  contractilité  musculaire  peut  se  faire  par  le  simple  pin¬ 
cement,  ou  mieux  par  l’usage  d’une  hobine  de  Ruhmkorff.  L’absence  de  toute 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


contraction  est  un  signe  certain  de  mort  :  mais  pour  cela  il  faut  non-seule¬ 
ment  un  appareil  en  bon  état,  mais  un  opérateur  e.vpérimenté,  qui  sache  que 
si  un  courant  trop  faible  n’éveille  pas  la  contractilité,  un  courant  trop  fort 
éteint  la  propriété  contractile  du  muscle.  Cet  excellent  signe  sera  surtout  utile 
dans  les  cas  où  il  y  a  nécessité  de  constater  très-rapidement  la  mort  ;  dans  tous 
les  autres  cas  il  sera  inutile,  parce  qu’il  ne  commence  à  apparaître  qu’au 
moment  où  tous  les  autres  signes  de  certitude  se  présentent  à  l’observation. 

18"  Rigidité  cadavérique.  —  Ce  phénomène  se  définit  de  lui-même  :  les 
muscles  se  durcissent  et  le  corps  devient  assez  roide  pour  qu’on  puisse  le 
soulever  tout  d’une  pièce.  C’est  le  résultat  d’une  modification  chimique 
de  la  fibre  musculaire  :  il  est  dû  à  la  coagulation  de  la  myosine  sous 
l’influence  de  la  réaction  acide  qui  se  produit  après  la  mort  comme  à  la 
suite  d’efforts  violents.  La  rigidité  cadavérique  apparaît  au  moment  où  la 
contractilité  cesse  et  où  la  température  est  arrivée  à  son  abaissement  défi¬ 
nitif.  Elle  commence  en  général  de  six  à  douze  heures  après  la  mort,  pour 
disparaître  au  bout  de  trente-six  à  quarante-huit  heures.  D’après  les  recher¬ 
ches  les  plus  récentes,  dues  à  Niderkorn,  le  phénomène  peut  être  considéré 
comme  précoce  s’il  se  produit  avant  la  troisième  heure,  comme  normal  de  la 
troisième  à  la  septième  heure,  comme  tardif  au  delà  de  huit  à  dix  heures 
(Niderkorn  a  établi  sa  statistique  par  cent  quatorze  cas  observés  chez  les 
adultes).  Exceptionnellement,  la  rigidité  peut  commencer  avant  la  mort  et 
n’être  même  que  la  continuation  d’un  état  pathologique  ;  c’est  ce  que  lourdes 
a  eu  occasion  d’observer  chez  un  tétanique.  Quant  à  la  marche  du  phéno¬ 
mène,  elle  est  régulière  :  cependant,  les  observateurs  ne  sont  pas  absolu¬ 
ment  d’accord  sur  l’ordre  des  muscles  envahis.  Pour  les  uns  (Nysten, 
lourdes),  la  rigidité  commence  par  la  mâchoire  inférieure,  puis  gagne  la 
nuque,  la  face,  le  tronc  et  les  membres.  Pour  Larcher  et  Niderkorn,  la 
mâchoire  est  bien  envahie  la  première,  mais  les  membres  inférieurs  le  sont 
avant  les  supérieurs. 

Le  diagnostic  différentiel  de  la  rigidité  cadavérique  ne  nous  paraît  pas 
présenter  de  bien  grandes  difficultés.  On  ne  la  confondra  ni  avec  le  tétanos 
ou  l’éclampsie,  ni  avec  l’hystérie  ou  l’asphyxie,  ni  même  avec  la  congéla¬ 
tion,  état  dans  lequel  la  dureté  est  générale  et  n’appartient  pas  exclusive¬ 
ment  au  système  musculaire.  En  résumé,  elle  est  un  signe  certain  de  mort, 
dix  à  vingt  heures  après  le  décès. 

19"  Putréfaction.  —  La  décomposition  cadavérique  est  dans  l’ordre  sùc- 
cessif  des  phénomènes  post  mortem  le  dernier  en  date,  et  nous  pouvons 
ajouter  que  de  tous  les  signes  de  la  mort  c’est  celui  qui  a  toujours  été  con¬ 
sidéré  comme  le  plus  certain.  Les  caractères  de  la  putréfaction  sont  trop 
connus  pour  que  nous  en  donnions  ici  une  description  détaillée  :  il  nous 
suffira  de  rappeler  que  le  changement  de  coloration  de  la  peau,  le  ramollis¬ 
sement  des  tissus,  la  production  de  gaz  abondants  à  l’intérieur  des  cavités 
naturelles  et  dans  l’épaisseur  même  des  membres,  la  désorganisation  du 
sang,  le  développement  progressif  de  l’odeur  cadavérique,  en  sont  les  prin¬ 
cipaux  signes,  qu’on  ne  confondra  jamais  avec  ceux  d’une  gangrène  ou 
d’une  putréfaction  locales. 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


De  tous  les  signes  que  nous  Tenons  de  citer,  le  plus  important  dans  la  pra¬ 
tique  est  certainement  celui  qu’on  peut  considérer  comme  le  signe  du  début  ; 
ce  n’est  autre  chose  que  la  coloration  verdâtre  de  l’abdomen,  si  bien  étudiée 
par  Deschamps.  C’est  la  première  manifestation  extérieure  de  la  putréfac¬ 
tion.  Ce  signe,  dont  on  ne  saurait  trop  recommander  l’usage  au  point  de  Tue 
pratique,  qui  peut  être  attendu  sans  danger  et  provoqué  même  par  l’éléva¬ 
tion  de  la  température  ambiante  et  l’application  de  compresses  humides  sur 
le  cadavre,  consiste  dans  une  teinte  verdâtre,  très-pâle  au  début,  qui  appa¬ 
raît  dans  les  fosses  iliaques  de  vingt  à  soixante  heures  après  la  mort,  et  qui 
envahit  peu  à  peu  la  poitrine,  le  cou  et  les  membres.  Elle  peut  apparaître 
beaucoup  plus  tôt,  au  bout  de  quelques  heures,  chez  les  sujets  morts  de 
suppuration  ou  de  gangrène  étendue,  chez  les  femmes  mortes  en  couche 
et  dans  les  cas  d’empoisonnement.  Au  contraire,  la  congélation  apporte  un 
-obstacle  presque  indéfini  à  la  putréfaction,  et  Nysten  a  vu,  dans  un  cas 
d’asphyxie  par  le  charbon,  la  décomposition  ne  commencer  que  le  seizième 
jour. 

II.  Époqne  de  la  mort.  ■ —  A  quelle  époque  remonte  la  mort?  Cette 
question,  qui  est  d’une  importance  capitale  dans  la  pratique  journalière  de 
la  médecine  légale,  sera  la  plupart  du  temps  facilement  résolue  par  la  con¬ 
naissance  exacte  des  signes  que  nous  venons  de  passer  en  revue  :  il  suffit, 
en  effet,  d’avoir  bien  présente  à  l’esprit  l’époque  ordinaire  de  leur  apparition 
•et  de  leur  disparition  et  de  ne  pas  perdre  de  vue  les  circonstances  suscepti¬ 
bles  d’influer  sur  leur  manifestation  et  leur  durée.  Nous  allons  successive¬ 
ment  examiner  le  cas  où  la  mort  est  récente,  et  celui  dans  lequel  elle  est 
plus  ou  moins  ancienne. 

A.  La  mort  est  récente. —  Si  l’on  ne  tient  pas  compte  des  influences  diverses 
d’âge,  de  maladie,  de  milieu,  qui  peuvent  précipiter  ou  au  contraire  retar- 
•der  indéfiniment  la  décomposition  cadavérique,  on  peut  dire  que  l’apparition 
de  la  teinte  verdâtre  abdominale,  ce  premier  signe  de  la  putréfaction,  sert  de 
limite  à  ce  que  l’on  appelle  la  mort  récente  :  elle  indique  que  la  mort  peut 
déjà  remonter  en  moyenne  à  quarante  ou  soixante  heures. 

a.  -Le  refroidissement  graduel  du  corps,  des  extrémités  au  centre,  arrive, 
nous  l’avons  vu,  à  sa  limite  qui  varie  de  28  à  23  degrés  au  bout  de  quinze  à 
vingt  heures  en  moyenne.  Il  est  plus  rapide  chez  les  nouveau-nés  et  chez 
les  vieillards  débiles  et  amaigris,  et  aussi  toutes  les  fois  que  le  cadavre  est 
resté  exposé  au  froid.  Au  contraire,  la  chaleur  se  conserve  plus  longtemps 
dans  les  cas  de  maladie  aigüe  suivie  de  mort  rapide,  chez  les  individus 
morts  étranglés  ou  asphyxiés  par  le  charbon,  chez  ceux  qui  ont  succombé 
pendant  la  digestion  (Ollivier  d’Angers) ,  ou  dont  le  corps  est  resté  chaude¬ 
ment  enveloppé. 

b.  Nous  avons  vu  que  la  rigidité  cadavérique  apparaissait  de  six  à  douze 
heures  après  la  mort,  pour  disparaître  au  bout  de  trente-six  à  quarante-huit 
heures.  Mais  comment  distinguer  la  rigidité  commençante  de  celle  qui  finit? 
On  y  arrivera  facilement  en  se  rappelant  qu’au  début  de  la  rigidité  les  muscles 
sont  encore  excitables,  ce  qui  n’est  plus  vrai  au  moment  où  elle  dispa¬ 
rait.  De  plus  ajoutons  que  l’abaissement  définitif  de  la  température  et  le 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE.  63 

début  de  la  putréfaction  coïncident  le  plus  souvent  avec  la  détente  de  l’ap¬ 
pareil  musculaire. 

La  rapidité  d’apparition  de  la  rigidité  est  d’autant  plus  grande  que  l’acti¬ 
vité  musculaire  est  plus  considérable  (Brown-Séquard).  On  peut  en  outre 
poser  comme  principe  :  que  la  durée  et  l’énergie  de  la  rigidité  sont  en  raison 
directe  de  la  quantité  de  force  contractile  des  muscles  au  moment  de  la  mort. 
Cette  dernière  pouvant  être  altérée  par  des  causes  diverses,  il  suit  delà  que 
la  rigidité  musculaire  sera  moins  marquée  chez  les  enfants,  les  vieillards  et 
les  cachectiques,  chez  ceux  qui  ont  dépensé  une  grande  somme  d’énergie  au 
moment  de  la  mort,  tels  que  les  noyés.  Au  contraire,  la  rigidité  sera  à  la 
fois  plus  tardive  et  plus  marquée  dans  les  cas  de  maladie  aiguë  inflamma¬ 
toire,  d’apoplexie,  d’axphyxie  par  le  charbon.  Quant  à  la  cessation  de  la 
rigidité  et  à  la  putréfaction  concomitante,  on  les  observe  d’autant  plus 
rapidement  que  la  force  contractile,  au  moment  de  la  mort,  est  moindre,  et 
inversement. 

En  résumé,  les  phénomènes  qui  se  succèdent  dans  les  muscles  pendant 
les  quarante  ou  soixante  heures  au  delà  desquelles  la  mort  cesse  d’être 
récente,  sont  les  suivants  : 

1°  Contractilité  très-énergique  diminuant  peu  à  peu,  mais  non  distincte  de 
l’état  de  vie. 

2°  La  contractilité  disparaît,  et  la  rigidité  n’est  pas  encore  venue. 

3’  Période  de  rigidité. 

4“  Disparition  de  la  rigidité  et  début  de  la  putréfaction. 

c.  L’examen  de  l’estomac  peut  servir  à  fixer  très-approximativement 
l’époque  de  la  mort  :  suivant  que  l’estomac  sera  vide,  ou  plein,  suivant  que 
les  matières  alimentaires  auront  subi  plus  ou  moins  complètement  le 
travail  digestif,  on  sei’a  autorisé  à  conclure  que  la  mort  a  suivi  d’un  plus  ou 
moins  grand  nombre  d’heures  le  dernier  repas. 

B.  La  mort  est  plus  oü  moins  ancienne.  —  La  détermination  de  l’époque 
de  la  mort  est  en  général,  dans  ce  second  cas,  un  problème  difficile  à  résou¬ 
dre.  On  ne  peut  s’arrêter  à  des  conclusions  absolues,  parce  que  les  signes 
qu’on  a  sous  les  yeux  ne  sont  autre  chose  que  les  phases  diverses  de  la 
putréfaction,  phénomène,  comme  nous  l’avons  déjà  vu,  essentiellement 
variable  dans  la  rapidité  de  sa  marche. 

C’est  à  l’air  libre,  chargé  d’humidité,  et  à  une  température  de  18  à  20  degrés 
que  la  putréfaction,  dont  nous  avons  rappelé  plus  haut  les  principaux  effets, 
parvient  le  plus  rapidement  à  son  terme,  c’est-à-dire  à  la  transformation 
des  parties  molles  en  une  sorte  de  détritus  analogue  à  du  camhouis  et  à  la 
dessiccation  du  squelette. 

Dans  la  terre,  elle  donne  lieu  à  des  phénomènes  complexes  très-variahles, 
auxquels  Orfila  a  consacré  une  excellente  étude  et  assigné  sept  périodes 
principales. 

Première  période  (de  1  à  3  mois).  —  Ramollissement  et  coloration 
verte  ou  rouge  brun  des  téguments.  —Développement  de  gaz  ordinairement 
peu  considérable. 

Deuxième  période  (de  3  mois  à  6  mois  ou  un  an).  —  Moisissure.  — 


6-i  MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 

La  surface  du  cadavre  est  devenue  gluante  et  de  couleur  bistre.  Plus  de 
gaz. 

Troisième  période  (de  1  an  à  3  ans).  —  Saponification  des  parties  grais¬ 
seuses,  formation  du  gras  de  cadavre.  —  Ce  phénomène  s’observe  surtout 
dans  la  fosse  commune. 

Quatrième  période  (pi’olongeant  de  1  à  2  ans  la  précédente).  —  Dessicca¬ 
tion  et  amincissement  des  organes  et  des  tissus. 

Cinquième  période  (de  3  à  6  ans  et  plus).  —  Destruction  des  parties 
molles  qui  sont  transformées  en  poussière,  ou  en  une  sorte  de  cambouis 
peu  à  peu  repris  par  le  sol. 

Sixième  période.  —  Décomposition  très-lente  des  os  qui  peuvent  résister 
pendant  plusieurs  siècles  et  finissent  par  se  réduiie  en  poussière  de  phos¬ 
phate  acide  de  chaux. 

Septième  période.  —  Momification,  c’est-à-dire  dessiccation  et  conserva¬ 
tion  indéfinie  du  cadavre,  soit  artificielle  (embaumement),  soit  naturelle 
(sous  l’influence  de  la  sécheresse  du  sol,  d’une  température  élevée,  d’une 
clôture  hermétique). 

Les  différentes  parties  du  corps  opposent  à  la  putréfaction  une  résistance 
variable.  A  la  tête,  au  bout  dé  trois  à  six  mois,  les  os  du  crâne  sont  dénudés 
et  désarticulés,  le  cuir  chevelu  et  les  cheveux  réduits  à  l’état  de  magma,  le 
cerveau  transformé  en  une  bouillie  rosée.  Le  thorax  résiste  plusieurs 
mois  ainsi  que  les  poumons,  qui  finissent  par  se  rétracter,  devenir  membra¬ 
neux  et  semblables  à  du  papier  gris  mouillé.  Quant  à  l’abdomen,  il  se 
déprime,  et  ses  parois  adhèrent  à  la  colonne  vertébrale  :  leur  destruction 
s’opère  en  un  temps  qui  varie  de  neuf  mois  à  deux  ans  ;  les  viscères  (foie 
rate,  intestins,  estomac)  se  dessèchent  et  se  conservent  aussi  longtemps  que 
les  parois  elles-mêmes. 

Si  le  corps  a  été  déposé  dans  un  cercueil,  il  n’est  pas  sans  intérêt  d’exa¬ 
miner  la  durée  de  résistance  de  ces  enveloppes  artificielles.  Une  bière  en 
sapin  mince  pourrit  en  treize  ou  quatorze  mois  ;  si  le  bois  a  trois  centi¬ 
mètres  d’épaisseur,  la  destruction  ne  s’opère  qu’au  bout  de  deux  ans.  Les 
cercueils  en  chêne  ou  en  plomb  résistent  très-longtemps  :  il  n’est  pas  rare 
de  les  trouver  conservés  après  douze  ou  quinze  ans.  Les  draps  et  les  serpil¬ 
lières  qui  enveloppent  le  cadavre  s’altèrent  avec  le  temps,  mais  ne  se 
détruisent  que  lentement  en  se  combinant  avec  les  tissus. 

Les  détails  dans  lesquels  nous  venons  d’entrer  n’ont  eu  trait  qu’à  la 
marche  générale  de  la  putréfaction  dans  la  terre,  et  nous  n’avons  pas  tenu 
compte  des  conditions  qui  peuvent  venir  modifier  les  phénomènes  succes¬ 
sifs  de  décomposition.  La  putréfaction  est  plus  rapide  chez  les  jeunes  sujets, 
chez  les  sujets  gras,  chez  ceux  qui  ont  succombé  à  des  âfléctions  présentant 
un  caractère  de  putridité,  ou  qui  sont  inhumés  à  peu  de  profondeur,  ou  dans 
la  fosse  commune.  Elle  est  retardée  au  contraire  et  quelquefois  indéfini¬ 
ment,  si  le  cadavre  a  été  embaumé  ou  inhumé  à  une  grande  profondeur. 
La  nature  du  terrain  est  également  à  considérer.  La  décomposition  cadavé¬ 
rique  est  plus  lente  dans  le  sable  et  plus  prompte  au  contraire  dans  le  ter¬ 
reau.  Certaines  terres,  comme  celle  du  Campo  Santo  de  Dise,  dissolvent 


MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


65 


pour  ainsi  dire  les  cadavres  ;  d’autres,  comme  celle  du  cimetière  d’où  l’on  a 
extrait  les  corps  de  la  tour  Saint-Michel  de  Bordeaux,  ont  une  propriété 
véritablement  momifiante. 

La  putréfaction  dans  l’eau  sera  étudiée  à  l’article  Submersion  (^oy.  ce 
mot),  de  même  ijue  la  putréfaction  dans  les  fosses  d’aisances  et  le  fumier  l’a 
été  dans  l’article  Infanticide,  et  nous  terminons  par  le  résumé  général  sui¬ 
vant  emprunté  à  Orfila  : 

1°  La  putréfaction  marche  beaucoup  plus  rapidement,  toutes  choses 
égales  d’ailleurs,  dans  le  fumier  que  dans  les  autres  milieux. 

2°  De  ces  différents  milieux,  la  terre  est  celui  qui  retarde  le  plus  la  putré¬ 
faction,  si  l’inhumation  a  eu  lieu  à  1  mètre  au  moins. 

3°  Dans  la  matière  des  fosses,  la  putréfaction  fait  moins  de  progrès  que 
dans  l’eau,  quoiqu’elle  ait  lieu  plus  rapidement  que  dans  la  terre. 

h”  Après  le  fumier,  aucun  milieu  ne  favorise  autant  la  putréfaction  que 
l’eau  souvent  renouvelée. 

5°  L’air  humide  hâte  encore  plus  que  tout  autre  agent  la  décomposition 
des  matières  animales. 

G.  Survie.  —  La  question  de  la  survie  qui  se  rattache  directement,  ainsi 
qu’il  est  facile  de  s’en  rendre  compte,  à  celle  de  la  détermination  de 
l’époque  de  la  mort,  se  présente  à  nous  sous  un  double  aspect  :  ou  bien 
il  s’agit  de  décider  dans  quel  ordre  ont  succombé  plusieurs  personnes  dont 
on  retrouve  simultanément  les  cadavres  et  quelles  sont  celles  qui  doivent 
être  présumées  avoir  survécu  aux  autres  ;  ou  bien  il  faut  déterminer  la 
durée  de  la  résistance  à  une  cause  de  mort  violente,  telle  qu’un  assassinat. 
Commençons,  avant  tout,  par  rappeler  les  dispositions  de  la  loi. 

Art.  720.  —  Si  plusieurs  personnes,  respectivement  appelées  à  la  succession 
Tmie  de  l’autre,  périssent  dans  un  même  événement  sans  qu’on  puisse  reconnaître 
laquelle  est  décédée  la  première,  la  présomption  de  survie  est  déterminée  par  les 
circonstances  du  fait,  et,  à  défaut,  par  la  force  de  l’âge  et  du  sexe. 

Art.  721.  —  Si  ceux  qui  ont  péri  ensemble  avaient  moins  de  quinze  ans,  le  plus 
âgé  sera  présumé  avoir  survécu.  S’ils  étaient  tous  au-dessus  de  soixante  ans,  le 
moins  âgé  sera  présumé  avoir  survécu.  Si  les  uns  avaient  moins  de  quinze  ans  et 
les  autres  plus  de  soixante,  les  premiers  seront  présumés  avoir  survécu. 

Art.  722.  —  Si  ceux  qui  ont  péri  ensemble  avaient  quinze  ans  accomplis  et 
moins  de  soixante,  le  mâle  est  toujours  présumé  avoir  survécu,  lorsqu’il  y  a  égalité 
d’âge  ou  si  la  différence  n’excède  pas  une  année.  S’ils  étaient  du  même  sexe,  la 
présomption  de  survie  qui  donne  ouverture  à  la  succession  dans  l’ordre  de  la  na¬ 
ture  doit  être  admise  :  ainsi  le  plus  jeune  est  présumé  avoir  survécu  au  plus  âgé. 

La  simple  lecture  du  texte  qui  précède  suffît  à  démontrer  à  quel  point  la 
loi  est  arbitraire,  et  combien  il  est  regrettable  d’introduire  dans  les  codes 
certaines  données  éminemment  variables,  fournies  par  la  science.  De  nom¬ 
breux  exemples  prouvent  combien  le  sexe  et  l’âge,  et  surtout  le  sexe,  sont 
des  bases  trompeuses  d’appréciation  au  point  de  vue  de  la  survie;  et  il  est 
impossible  de  se  fier  davantage  aux  indications  relatives  au  tempérament^ 
à  la  force  corporelle.  Aussi,  sans  nous  arrêter  plus  longtemps  à  une  cri¬ 
tique  et  à  une  discussion  tout  à  fait  inutiles,  bornons-nous  à  examiner  les 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII  —  5 


66  MORT.  —  MÉDECINE  légale. 

circonstances  de  fait  que  réserve  l’article  720  et  qui  constituent,  à  vrai  dire, 
toute  la  question  médico-légale. 

Ces  faits  sont  fournis  par  l’examen  des  cadavres,  la  comparaison  des 
blessures,  la  détermination  précise  de  l’époque  et  des  causes  de  la  mort, 
l’appréciation  des  phénomènes  qui  ont  précédé  ou  accompagné  la  mort„  et 
dont  les  cadavres  portent  la  trace. 

a.  Il  est  bien  évident  que,  s’il  s’est  écoulé  entre  les  deux  morts  un  inter¬ 
valle  peu  considérable,  la  comparaison  des  signes  de  mort,  envisagés  au 
point  de  vue  de  leur  succession  chronologique,  ne  nous  fournira  aucun 
résultat  sérieux.  Si,  au  contraire,  l’intervalle  écoulé  est  d’une  certaine  lon¬ 
gueur,  cette  même  comparaison  pourra  donner  des  éléments  sérieux 
d’appréciation. 

b.  Le  degré  de  léthalité  des  blessures  peut  être  établi  d’après  l’importance 
de  l’organe  lésé  :  encore  convient-il  de  garder,  dans  bien  des  cas,  la  plus 
grande  réserve  et  de  ne  pas  oublier  qu’un  blessé  peut  survivre  exceptionnelle¬ 
ment  pendant  plusieurs  heures  à  une  blessure  viscérale,  qui  tue  la  plupart 
du  temps  en  quelques  minutes.  {Voy.  CœuR.) 

c.  Si  l’étude  comparative  de  la  rapidité  de  la  mort  dans  les  différents  genres 
de  mort  violente  ne  peut  conduire  à  aucun  résultat  certain,  nous  n’en  dirons 
pas  autant  de  l’examen  comparatif  des  altérations  anatomiques,  lequel 
est  susceptible  de  fournir  des  données  précises  sur  la  durée  de  l’agonie. 
C’est  ainsi  que,  dans  l’affaire  des  époux  Drioton,  Tardieu  et  Bayard,  ayant 
trouvé  chez  le  mari  absence  d’écume  dans  la  trachée,  fluidité  absolue  du 
sang  et  les  poumons  gorgés  de  sang,  tandis  que  chez  la  femme  il  y  avait 
de  l’écume  dans  la  trachée,  des  noyaux  d’apoplexie  pulmonaire  et  des  cail¬ 
lots  volumineux,  en  partie  décolorés,  jusque  dans  les  vaisseaux,  ont  pu 
conclure  que  cette  dernière  avait  eu  une  agonie  plus  longue  et  avait  par 
conséquent  survécu  à  son  mari.  En  résumé,  l’intervention  de  la  médecine 
légale  dans  les  cas  de  survie  pourra  être  très-utile,  à  condition  toutefois 
que  l’expert  se  borne  à  discuter  dans  chaque  cas  particulier  les  circon¬ 
stances  matérielles  du  fait. 

III.  Cause  de  la  mort.  —  Quelle  est  la  cause  de  la  mort?  Cette 
question,  qui  est  la  dernière  et  la  plus  importante  (on  peut  même  dire  d’elle 
qu’elle  est  le  véritable  champ  de  la  médecine  légale),  ne  peut  être  résolue 
que  par  l’examen  anatomique  et  l’autopsie  complète  du  corps.  L’autopsie 
elle-même,  dont  lés  règles  ont  été  posées  dans  une  autre  partie  de  ce  dic¬ 
tionnaire  (voy.  Autopsie),  peut  être  précédée  d’une  opération  préliminaire, 
l’exhumation,  laquelle  doit  toujours  avoir  lieu  avec  le  concours  et  sous  la 
surveillance  de  l’autorité  judiciaire.  Les  règles  médico-légales  et  les  précau¬ 
tions  hygiéniques  qui  lui  sont  applicables  ont  déjà  été  étudiées  de  la  façon  la 
plus  complète,  et  nous  n’avons  pas  à  y  revenir  (Voy.  Empoisonnement  et  Ex¬ 
humation). 

Les  seuls  cas  dans  lesquels  la  recherche  des  causes  de  la  mort  intéresse 
spécialement  le  médecin  légiste,  sont  les  morts  naturelles,  subites  ou  rapides, 
et  les  morts  violentes,  accidentelles,  volontaires  ou  criminelles. 

A.  Mort  naturelle  subite  ou  rapide.  —  Elle  s’observe  soit  dans  le  cours 


MORT.  —  JfÉDECINE  LÉGALE.  67 

d’une  maladie  (affections  pestilentielles,  fièvres  éruptives,  fièvre  typhoïde, 
cachexie  des  cancéreux  et  des  tuberculeux,  maladies  organiques  du  cœur, 
péricardite,  pleurésie,  perforation  intestinale,  hémorrhagie  interne,  état 
puerpéral,  etc.),  soit  en  dehors  de  toute  maladie  appréciable.  C’est  même  à  ces 
derniers  cas  qu’on  réserve  plus  volontiers  dans  le  langage  usuel  le  nom  de 
mort  subite;  et  pour  peu  qu’une  mort  de  ce  genre  ait  été  précédée  d’une 
lutte,  d’une  chute,  d’un  accident  quelconque,  ou  soit  survenue  dans  un 
milieu  où  régnent  la  mésintelligence,  les  menaces  et  les  rixes,  il  est  à 
peu  près  certain  qu’une  autopsie  sera  demandée  à  la  justice  et  souvent 
ordonnée  par  elle.  On  comprend  qu’en  pareil  cas  l’expertise  puisse  offrir  de 
grandes  difficultés.  Les  conclusions  s’imposent  d’elles-mêmes  si  l’on  trouve, 
à  l’examen  anatomique  les  lésions,  constantes  pour  la  plupart  et  caractéris¬ 
tiques,  qui  s’observent  dans  la  congestion  cérébrale,  les  apoplexies  céré¬ 
brale  et  méningée,  dans  la  méningite,  les  abcès  et  les  corps  étrangers  du 
•cerveau,  le  ramollissement  cérébral,  les  tumeurs  du  cerveau  et  de  la  dure- 
mère,  l’introduction  de  corps  étrangers  solides  ou  liquides  dans  les  voies 
respiratoires  (aliments,  rupture  d’abcès  ou  de  kystes),  l’hémoptysie,  la  con¬ 
gestion  pulmonaire  (Devergie),  l’embolie  capillaire  du  poumon  (Feltz  et 
lourdes),  l’apoplexie  pulmonaire,  l’asphyxie  bronchique  des  vieillards,  les 
polypes  du  larynx,  les  altérations  des  valvules  du  cœur  avec  dilatation  des 
■cavités,  la  rupture  du  cœur,  la  rupture  des  anévrysmes,  la  thrombose  et 
l’embolie  (Voy.  Anévrysmes,  Bronches,  CœuR,  Embolie,  Encéphale,  Larynx, 
Méninges,  Trachée).  Aces  causes  de  mort  subite,  il  faut  joindre  l’insolation, 
le  froid  excessif,  l’influence  d’une  digestion  difficile,  l’ivresse  (Voy.  Froid, 
Digestion,  Alcoolisme).  Ici  encore  peu  de  difficultés;  les  commémoratifs 
suivis  de  l’autopsie  lèveront  la  plupart  du  temps  tous  les  doutes.  La  mort 
par  syncope  primitive,  en  l’absence  de  toute  lésion  du  cœur,  est  rare  ;  elle  a 
■cependantété  observée,  eten  pareil  cas,  dit  lourdes,®  l’absence  decongestion 
du  poumon  et  du  cœur,  une  distribution  à  peu  près  égale  du  sang  dans  tous 
les  organes,  la  présence  de  ce  liquide  dans  le  système  artériel,  les  cavités 
droites  et  gauches  du  cœur  remplies  de  sang  en  proportion  à  peu  près  égale, 
et  enfin  l’absence  de  toute  autre  cause  de  mort  »  constituent  tous  les  élé¬ 
ments  d’un  diagnostic  certain.  Mais  si  la  mort  a  eu  lieu  au  milieu  d’une 
rixe,  dans  un  accident  de  voiture,  par  l’effet  de  la  colère  ou  de  la  peur, 
il  peut  être  très- délicat  d’avoir  à  se  prononcer  d’une  façon  absolue  sur  la 
manière  dont  elle  s’est  produite.  La  syncope,  que  nous  supposons  ne 
pas  pouvoir  être  rattachée  à  une  affection  organique  du  cœur,  est-elle  due 
uniquement  en  pareil  cas  à  la  colère  ou  à  l’effroi,  ou  bien  à  la  compression  de 
l’épigastre?  La  congestion  cérébrale  trouvée  à  l’autopsie  est-elle  le  résultat 
d’une  émotion  violente,  ou  bien  d’efforts  de  lutte,  de  pression  exercée  sur 
le  cou  et  n’ayant  pas  laissé  de  trace  locale  visible,  le  tout  favorisé  par  la  ré- 
plétion  de  l’estomac  à  la  suite  d’un  repas  copieux?  C’est  dans  ces  cas  qu’il 
«mvient  d’observer  la  plus  grande  réserve.  Loin  de  formuler  des  conclusions 
trop  rigoureuses,  il  faut  tenir  compte,  dans  une  juste  mesure,  des  causes 
morales  et  physiques  qui  ont  pu  contribuer,  chacune  pour  leur  part,  à 
amener  la  mort. 


68  MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE.  —  BIBLIOGRAPHIE. 

Enfin,  dans  les  cas  où  aucun  commémoratif,  aucune  lésion  organique  ne 
révèle  la  cause  réelle  de  la  mort,  l’examen  chimique  des  viscères  et  la 
recherche  du  poison  est  le  complément  indispensable  des  opérations  exé¬ 
cutées  par  l’expert  (  Voy.  l’article  Empoisonnement,  où  l’on  trouvera  l’exposé 
complet  des  signes  qui  distinguent  les  empoisonnements  des  autres  causes 
de  mort  rapide  ou  subite). 

B.  Mort  violente.  —  Elle  peut  être  le  résultat  d’un  suicide  {Voy.  ce  mot) 
et  à  ce  propos,  nous  ne  pouvons  que  renvoyer  le  lecteur  aux  différents 
articles  spéciaux  (Asphyxie,  Blessures,  Brûlures,  Pend.aison,  Suffocation, 
Submersion,  Strangul.ation),  où  il  trouvera  les  indications  propres  à  faire 
distinguer  le  suicide  de  l’homicide.  L’énumération  qui  précède  serait,  s’il 
en  était  besoin,  une  preuve  que  le  suicide  revêt  toutes  lés  formes  :  rien  de 
plus  saisissant  à  cet  égard  que  la  statistique  dressée  par  Legoyt  pour  la 
France  seule  et  pour  la  période  de  trente-trois  années  qui  s’étend  de  1827 
à  1860. 

MORTS  TOT.ADX 

Par  strangulation  et  pendaison.  14,806 

—  submersion  . . . .  11,845 

—  armes  à  feu .  4,390 

— ■  asphyxie  par  le  charbon.  3,224 

—  instruments  tranchants. . .  .1,522 

—  chutes  volontaires .  1,380 

—  poison .  756 

—  causes  diverses .  282 

38,205 

Les  morts  violentes  accidentelles  (chute,  écrasement  de  voiture,  accident 
de  chemin  de  fer,  arrachement  et  broiement  par  les  machines  industrielles) 
ont  été  du  seront  traitées  chemin  faisant  dans  les  articles  Abdomen,  Bassin, 
Blessures,  Brûlures,  Contusions,  Fr.actures,  Plaies.  Les  commémoratifs, 
la  nature  et  l’étendue  des  différentes  lésions  ne  pourront  laisser  de  doute 
sur  la  cause  de  la  mort. 

Quant  aux  morts  violentes  criminelles,  leur  étude  figure  déjà  dans  la 
partie  médico-légale  de  l’article  Blessures  :  elle  appartient  également  aux 
articles  déjà  cités  et  consacrés  à  l’avortement,  aux  brûlures,  à  l’empoison¬ 
nement,  à  l’infanticide,  à  la  strangulation  {Voy.  ces  mots);  elle  se  rattache 
enfin  à  la  pathologie  chirurgicale  des  régions  et  des  différents  organes  ou  vis¬ 
cères  (7oÿ.  Abdomen,  Artères,  Cou,  Cœur,  Cr.ane,  Encéphale,  Poumon,  Rate.) 

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HOMMES  EEMMMES 

12,152  2,654 

4,337  ’  53 

1,917  1,307 

1,272  250 

862  518 

474  282 

228  .54 

28,910  9,295 


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MORT.  —  MÉDECINE  LÉGALE. 


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n»  301,  1870.  '  ■ 

PONCET,  De  l'ophthalmoscopie  post  mortem  (Arch.  gén.  de  méd.,  avril  1870). 

Toulmouche,  Des  causes  naturelles  de  mort  qui  peuvent  donner  lieu  à  des  soupçons  de  crime 
(Ann.  d’hyg.  et  de  méd.  lég.,  2“  série,  t.  XXXIV.  Paris,  1870). 

Laborde,  Recherches  expérimentales  sur  quelques  phénomènes  physiques  de  la  vie  et  sur 
leur  application  à  la  détermination  de  la  mort  apparente  et  de  la  mort  réelle  (Bulletin 
de  l’Acad.  de  méd.,  26  juillet  1870,  et  Gaz.  hebd.,  n”  38,  39,  44,  1871.  Brochure  1872). 


IIORVE  ET  FARCIN.  —  déifinition.  —  HiSTORiauE.  '  71 

VANfiHEEL,  Signe  de  la  mort  par  l’oxydation  des  aiguilles  d’acier  plongées  dans  les  tissus 
(GflJ.  des  hôpit.,  n“  87  et  89,  1871). 

Roger  (Henri),  De  la  thermométrie  en  médecine  légale  (Recherches  cliniques  sur  les  mala¬ 
dies  de  l’enfance,  Paris,  1872). 

Niderkorn,  Contribution  à  l’étude  de  quelques-uns  des  phénomènes  de  la  rigidité  cadavé¬ 
rique  chez  l’homme.  Paris,  1872. 

Veïne,  Mort  apparente  et  mort  réelle,  constatées  par  l’artériotomie.  Communication  à  l’Aca¬ 
démie  de  médecine,  1874. 

Nécrométrie,  Concours  pour  le  prix  d’Ourches  {Bullet.  de  l’Acad.  de  méd.,  1874). 

Briand  et  Chaudé.  Manuel  complet  de  médecine  légale,  9»  édit.  Paris,  1874. 

Todrdes  (G.),  Xrt.  Mort  (médecine  légale)  (Dict.  encydop.,  2“  série,  t.  IX,  2=  partie,  1875). 
Art.  Cadavre,  même  ouvr.,  t.  XI.  —  Agonie  au  point  de  vue  médico-légal  (Gaz.  méd.  de 
Strasbourg,  n"’  18  et  19,  novembre  1870). 

Ambroise  Tardieu  et  Maurice  Laugier. 


MORTALITÉ  (  Voy.  Statistique  médicale). 

MORVE  ET  FARCIIV  (malleus,  p,àXtç;^  angl.  glanders;  ital.  niorva, 
moccio.  —  Définition.  —  La  morve  et  le  farcin  sont  deux  affections  vi¬ 
rulentes,  contagieuses,  transmises  des  Solipèdes  (cheval,  âne,  mulet)  à 
l’homme,  de  celui-ci  à  son  semblable,  identiques  eu  égard  à  la  cause  qui 
les  produit,  quoique  se  manifestant  par  des  lésions  diverses,  des  caractères 
-symptomatiques  variés.  Aussi  est-ce  avec  raison  qu’aujourd’hui  l’affection 
morvo-farcineuse  est  considérée  comme  étant  une  maladie  une,  ayant  des 
formes  variables  qui  permettent  de  donner  à  son  étude  certaines  facilités, 
mais  qui  ne  sont  pas  suffisantes  pour  établir  des  variétés  comme  on  le 
faisait  jadis. 

L’existence  de  l’affection  morvo-farcineuse  chez  les  solipèdes  et  chez 
l’homme  est  malheureusement  trop  certaine,  trop  bien  établie,  pour  qu’il 
soit  nécessaire,  dans  un  long  historique,  d’insister  sur  les  faits  qui  la 
mettent  hors  de  toute  contestation.  De  même  l’identité  de  la  morve  et  du 
farcin  est  acceptée  aujourd’hui  par  la  généralité  des  médecins  et  des  vétéri¬ 
naires;  aussi  nous  bornerons-nous,  dans  l’histoire  de  l’affection  morvo- 
farcineuse,  à  signaler  les  faits  principaux,  sans  nous  appesantir  sur  les 
longues  discussions  qui,  depuis  plus  de  cinquante  ans,  ont  agité  les  sociétés 
savantes.  Du  reste,  si  certains  points  de  l’étude  de  l’affection  morvo- 
farcineuse  paraissent  aujourd’hui  parfaitement  élucidés,  il  ne  faudrait  pas 
croire  que  cette  étude  fût  achevée.  Il  reste  encore  beaucoup  à  faire  pour 
mettre  en  lumière  certaines  particularités  de  son  anatomie  pathologique, 
de  sa  nature.  Il  faut  espérer  que  ces  questions,  objet  de  l’étude  des 
anatomo-pathologistes  et  des  expérimentateurs,  recevront  un  jour  leur 
solution.  Nous  n’en  voulons  pour  preuve  que  le  travail  si  consciencieux 
lu  cette  année-ci,  à  l’Académie  de  médecine,  par  le  professeur  d’Alfort, 
G.  Colin. 

Ristopîqne.  —  L’histoire  de  la  morve  et  du  farcin  n’offre  un  véritable 
intérêt  pour  le  pathologiste  et  le  vétérinaire  qu’à  partir  du  xix'  siècle.  C’est 
à  cette  époque  seulement  que  parurent  des  observations  indiscutables  sur 
l’identité  de  la  nature  de  la  morve  et  du  farcin  et  sur  le  fait  de  la  transmis¬ 
sion  du  cheval  à  l’homme.  Ce  n’est  pas  à  dire  pourtant  que  la  morve  n’ait 


72 


MORVE  ET  FARCIN.  —  historiûue. 


été  connue  dès  les  temps  les  plus  reculés.  On  trouve  notamment  dans  les 
écrits  des  vétérinaires  du  iv=  siècle  de  notre  ère  des  détails  sur  la  morve, 
sur  sa  propriété  contagieuse.  Pendant  le  moyen  âge,  les  documents  font  à 
peu  près  défaut.  Il  faut  arriver  jusqu’à  Solleysel  (1682)  pour  retrouver  quel¬ 
ques  notions  sur  la  morveetlefarcin,  entre  lesquels  il  reconnaît  une  étroite 
parenté  et  auxquels  il  attribue  un  pouvoir  contagieux  tel  qu’on  l’admet  au¬ 
jourd’hui.  Jusqu’en  1749  ces  idées  furent  acceptées  par  les  vétérinaires.  A 
cette  époque,  elles  trouvèrent  un  contradicteur  dans  Lafosse  père.  Cet  auteur 
ne  considère  pas  la  morve  comme  une  maladie  générale,  affectant  plusieurs 
organes,  ainsi  que  le  prétendait  Solleysel  :  il  la  regarde  comme  une  maladie 
inflammatoire  et  locale  de  la  membrane  pituitaire.  Aussi  prétend-il  qu’elle 
n’est  contagieuse  que  par  exception  et  qu’elle  est  facilement  guérissable  à 
sa  première  période.  Cette  opinion  devait  avoir  une  influence  fâcheuse  sur  les 
idées  des  vétérinaires  de  la  première  moitié  de  ce  siècle.  Tout  d’abord  elle 
trouva  des  contradicteurs  parmi  les  vétérinaires  contemporains  des  deux 
Lafosse,  car  Lafosse  fils  s’efforça  de  propager  les  idées  de  son  père.  Parmi 
ceux-ci- il  faut  citer  Garsault  (1746),  Gaspard  de  Saunier,  Bourgelat  (1753), 
Vitet  (1771).  Ces  auteurs,  à  l’exemple  des  anciens,  prétendaient  que  la 
morve  était  une  maladie  générale,  virulente,  contagieuse,  inguérissable,  et 
que  le  meilleur  moyen  d’empêcher  sa'propagation  consistait  dans  l’abattage 
des  chevaux  morveux.  Mais  dans  la  première  moitié  du  xix"  siècle,  les  idées  de 
Lafosse  prévalurent,  malgré  l’opposition  que  leur  faisait  l’école  de  Lyon 
restée  fidèle  aux  anciennes  idées  :  Ghabert  (1784),  Huzard  (1815),  Gohier, 
qui  publiait  en  1813  des  exemples  probants  de  contagion.  Godine  jeune, 
professeur  à  l’école  d’Alfort,  faisant  des  expériences  sur  la  contagion  de 
la  morve,  qui  furent  toutes  négatives,  proclama  que  la  morve  n’était  pas 
contagieuse,  et  que  l’opinion  des  deux  Lafosse  était  exacte.  Les  résultats 
de  ces  expériences  frappèrent  tellement  l’esprit  de  Chabert,  qu’il  abjura 
son  ancienne  opinion.  A  partir  de  ce  moment,  on  voit  régner  dans  les 
écrits  des  auteurs  le  parti  pris  de  rejeter  la  contagion  de  la  morve, 
pour  attribuer  aux  causes  débilitantes,  à  l’arrêt  de  la  transpiration,  etc.,  le 
développement  de  cette  affection  chez  les  animaux  qui  vivent  en  commun. 
Nous  citerons  notamment  les  travaux  de  Dupuy  (d’Alfort)  (1817),  Morel  (1823), 
Louchard  (1825),  Renault  et  Delafond.  Cette  opinion  de  la  non-contagion  de 
la  morve  chronique  devait  avoir  la  plus  funeste  influence  sur  Thygiène 
publique,  sur  la  fortune  de  l’État  et  des  particuliers.  Aussi  l’administra¬ 
tion  de  la  guerre  provoqua  des  expériences  nombreuses,  notamment  à  la 
ferme  de  Lamirault,  près  Lagny,  louée  par  un  pharmacien-chimiste,  Galy, 
qui  préconisait  Tacide  hydrochlorique  comme  un  moyen  infaillible  d’ob¬ 
tenir  la  guérison  de  la  morve.  Tout  d’abord,  la  Commission  nommée  pour 
suivre  ces  expériences,  et  composée  de  Yvart,  Dupuy  et  Magendie,  puis  de 
Renault,  ne  voulut  pas  se.  rendre  à  l’évidence  et  nia  la  contagion.  Le 
Ministre  lui  adjoignit  alors  W.  Edwards,  Boussingault,  Rayer  et  Breschet. 
La  Commission  institua  de  nouvelles  expériences  et  la  contagion  ne  put 
être  un  seul  instant  mise  en  doute  (1841). 

Toutefois,  il  est  opportun  et  juste  de  faire  remarquer  qu’un  illustre  mé- 


MORVE  ET  FARCIN.  —  historique.  73 

decin,  Rayer,  avait,  dès  l’année  1837,  publié  un  mémoire  remarquable  qui 
mettait  en  lumière  la  possibilité  de  la  transmission  de  la  morve  chronique  à 
l’espèce  humaine.  Ce  travail  aurait  dù  donner  à  réfléchir  aux  membres  de 
la  Commission  de  la  ferme  de  Lamirault  et  notamment  à  Barthélemy  et  à 
Renault  ;  mais  leur  croyance  était  telle,  qu’ils  n’avaient  pas  voulu  se  rendre 
à  l’évidence,  et  nous  les  voyons  continuer  la  lutte  jusqu’en  1841.  Cependant, 
la  discussion  qui  eut  lieu  dans  les  académies  avait  fini  par  rendre  indiscu¬ 
table  la  vérité  émise  parRayer,  et,  à  partir  de  ce  moment,  les  vétérinaires 
et  même  ses  contradicteurs  furent  convertis  à  son  opinion.  II.  Bouley 
avoue  lui-même  qu’élève  de  Renault  et  de  Delafond,  ayant  partagé  leurs 
idées,  il  dut  se  convertir  à  la  nouvelle  doctrine.  Du  reste,  dès  1839,  un  vé¬ 
térinaire,  U.  Leblanc,  avait  accepté  franchement  la  doctrine  de  la  contagion 
et  publié  un  mémoire  très-important  sur  cette  matière.  Les  travaux  qui 
parurent  les  années  suivantes,  les  discussions  qui  eurent  lieu  à  la  Société 
centrale  vétérinaire  contribuèrent  à  faire  admettre  cette  vérité  fondamentale  : 
que  la  morve  chronique  est  contagieuse.  L’École  de  Lyon,  par  l’organe  du 
professeur  Saint-Cyr,  prouva,  en  outre,  que  la  morve  chronique  peut  être 
transmise  par  inoculation. 

En  même  temps  que  ces  travaux  paraissaient  en  France,  que  les  expéri¬ 
mentateurs  se  passionnaient  pour  la  contagion  ou  la  non-contagion  de  la 
morve  chronique,  il  s’en  produisait  du  même  ordre  en  Italie,  en  Angle¬ 
terre,  en  Allemagne.  Qu’il  nous  suffise  de  citer,  en  Italie,  Lessona  et  Volpi , 
en  Angleterre,  Coleman,  White,  Youatt,  Perciwall. 

L’histoire  de  la  morve  humaine  ne  date  pour  ainsi  dire  que  du  commen¬ 
cement  du  XIX'  siècle.  En  1803,  un  vétérinaire,  Delobère  Blaine,  signale 
l'identité  de  la  nature  de  la  morve  et  du  farcin  ainsi  que  la  transmission 
du  cheval  à  l’homme.  A  partir  de  ce  moment,  il  ne  se  passe  pas,  pour  ainsi 
dire,  d’année  où  il  ne  paraisse,  tant  en  France  qu’à  l’étranger,  des  mémoires 
ou  des  observations  qui  viennent  appuyer  cette  opinion.  Qu’il  nous  suffise 
de  citer  les  noms  de  Lorin  (1812),  Coleman,  White,  Albigard  et  Viborg 
(1814),  qui  font  des  expériences  pour  démontrer  l’identité  de  la  morve  et 
du  farcin;  ceux  de  Waldinger,  Sidow  (1817)  et  Weith  (1822),  qui  prescri¬ 
vent  d’utiles  précautions  pour  l’autopsie  des  chevaux  morveux  ;  enfin  les 
observations  publiées  par  le  Journal  d’Edimbourg  (1821-1823),  de  Seidier 
(1823),  où  il  s’agit  de  la  morve  aiguë  déclarée  chez  un  jeune  homme  qui 
soignait  un  cheval  morveux.  Malgré  l’existence  de  ces  faits  incontestables 
qui  se  multipliaient  d’année  en  année,  l’étude  de  la  morve  et  du  larcin 
chez  l’homme  faisait  peu  de  progrès.  C’est  en  1833  seulement  que  ces  affec¬ 
tions  furent  réellement  connues  par  le  mémoire  d’Elliotson,  qui  parut  dans 
le  16'  volume  des  Transactions  médico-chirurgicales.  Dans  ce  travail,  on 
trouve  notamment  un  cas  où  la  maladie  fut  transmise  par  inoculation  de 
l’homme  à  un  âne.  Ce  mémoire  est  assez  complet  pour  que  Rayer  ait  pu 
dire  avec  raison  que  «  c’est  là  qu’il  acquit  les  premières  notions  de  cette 
affreuse  maladie.  »  Quoi  qu’il  en  soit,  pendant  les  quelques  années  qui  sui¬ 
vent  le  mémoire  d’Elliotson,  nous  ne  trouvons  mentionnées  çà  et  là  que 
quelques  observations,  et  encore  ont-elles  paru  à  l’étranger.  Il  passe  presque 


74  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 

inaperçu  en  France;  ce  n’est  qu’en  1837  que  Rayer,  ayant  observé,  à  l’hô¬ 
pital  de  la  Charité,  un  palefrenier  mort  des  accidents  de  morve  aiguë,  fit 
paraître  un  mémoire  où  il  étudia  l’affection  morveuse  chez  l’homme, 
étude  qui  a  servi  de  hase  à  tous  les  travaux  qui  ont  paru  depuis,  tant  en 
France  qu’à  l’étranger,  et  qui  fut  complétée  surtout  par  les  élèves  de  ce 
maître  éminent,  Vigla  et  A.  Tardieu.  Nous  ne  devons  pas  oublier  les  mé¬ 
moires  de  Lesueur,  de  Monneret,  les  observations  de  Gubler,  Tissier, 
Demarquay,  etc.;  tous  ces  travaux  eurent  le  grand  mérite,  non-seule¬ 
ment  de  faire  connaître  les  caractères  cliniques  de  la  morve  et  du  farcin, 
mais  encore  de  faire  pénétrer  dans  les  idées  le  grand  fait  de  la  conta¬ 
gion  de  l’affection  morvo-farcineuse,  que  l’hygiène  publique  sut  mettre  à 
profit. 

Si  les  travaux  modernes  n’ont  rien  ajouté  à  la  description  magistrale  des 
caractères  cliniques  de  l’affection  morvo-farcineuse  faite  par  Rayer,  ils  ont 
fait  cependant  progresser  l’anatomie  pathologique  et  ont  permis  de  décrire 
avec  plus  de  précision  les  conditions  intimes  de  sa  contagion.  A  ce  point 
de  vue,  nous  citerons  les  travaux  de  Virchow,  de  Cornil,  de  Trasbot,  de 
Chauveau,  de  Rallier,  de  Bôllinger,  etc.  Dans  le  cours  de  cette  étude,  nous 
aurons  soin  de  mettre  en  relief  les  faits  principaux  qui  les  distinguent,  de 
même  qu’à  l’article  bibliographique  nous  donnerons  le  nom  des  auteurs 
qui  ont  écrit  sur  la  morve  et  le  farcin.  Nous  compléterons  ainsi  l’abrégé 
historique  que  nous  plaçons  en  tête  de  ce  travail. 

IIORVE  ET  EARCEV  cbez  les  solipèdes.  —  Définition, 
symptômes,  mai’che.  —  Nous  ne  voulons  pas  donner  ici  une  his¬ 
toire  complète  de  la  morve  et  du  farcin  chez  les  solipèdes,  mais  seule¬ 
ment  un  aperçu  qui  permette  la  comparaison  avec  les  mêmes  maladies 
chez  l’homme.  On  trouvera  dans  les  écrits  des  vétérinaires,  notamment 
dans  l’ouvrage  de  Reynal  et  dans  l’article  de  Bouley,  des  détails  très- 
complets  sur  ce  sujet.  On  y  trouvera  surtout  une  étude  très-approfondie 
de  l’anatomie  pathologique,  à  laquelle  nous  avons  fait,  du  reste,  de  larges 
emprunts. 

Farcin  chronique.  —  Le  farcin  chronique  est  une  maladie  contagieuse, 
spécifique,  diathésique,  assez  commune  chez  les  solipèdes,  caractérisée  par 
l’engorgement  des  vaisseaux  lymphatiques  superficiels,  qui  se  présentent 
sous  forme  de  cordes,  de  tuméfactions  allongées,  rectilignes  ou  sinueuses 
[cordes  farcineuses),  par  l’engorgement  des  ganglions  lymphatiques  auxquels 
aboutissent  les  cordes  farcineuses,  et  par  une  éruption  de  boutons  hémi¬ 
sphériques,  superficiels  ou  sous-cutanés,  isolés  ou  confluents,  qui  tendent 
à  s’ulcérer,  donnent  issue  à  un  pus  jaunâtre,  huileux  {huile  de  farcin),  et 
se  recouvrent  de  croûtes  jaunâtres  ou  de  végétations  fongueuses.  A  ces 
trois  caractères  pathognomoniques  du  farcin  chronique,  Trasbot  en  ajoute 
deux  qu’il  désigne  sous  le  nom  de  contingents,  parce  qu’on  ne  les  observe 
pas  constamment,  et  qu’ils  sont  insuffisants  pour  faire  reconnaître  la 
maladie  ;  ce  sont  deux  symptômes  locaux  :  les  tumeurs  proprement  dites 
et  les  engorgements  des  membres. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes.  75- 

Les  premiers  phénomènes  qui  annoncent  l’apparition  de  la  maladie  sont 
quelquefois  des  symptômes  généraux,  tels  que  :  perte  d’appétit,  défaut 
d’activité,  lassitudes,  qui  manquent  d’ailleurs  très-souvent.  Presque  en 
même  temps,  on  voit  se  développer  une  éruption  caractéristique  de  bou¬ 
tons  hémisphériques  sous-cutanés  ou  superficiels,  isolés  ou  confluents. 
Ils  sont  parfois  si  multipliés,  que  toute  la  peau  en  est  farcie,  ce  qui  jus¬ 
tifie,  dit  Reynal,  le  nom  de  farciminium  {farcire)  donné  à  l’aflèction.  Ces 
boutons,  d’abord  durs,  se  ramollissent,  s’ulcèrent,  donnent  issue  à  un 
pus  liquide,  jaunâtre,  huileux,  d’un  aspect  tout  à  fait  caractéristique, 
désigné  par  les  vétérinaires  sous  le  nom  d’huile  de  farcin.  L’ulcération, 
assez  régulièrement  circulaire,  légèrement  déchiquetée,  excavée  en 
cupule,  d’un  diamètre  variable,  se  recouvre  de  croûtes  jaunâtres  ou  de 
végétations  fongueuses.  Autour  de  ces  boutons,  les  poils  tombent  et 
laissent  la  peau  à  nu.  En  même  temps  ou  immédiatement  après  l’appari¬ 
tion  des  boutons,  apparaissent  sous  la  peau  des  tuméfactions  allongées, 
rectilignes  ou  sinueuses,  désignées  sous  le  nom  de  cordes  farcineuses.  Ces. 
tuméfactions  résultent  de  l’engorgement  indolent  des  vaisseaux  lym¬ 
phatiques  et  de  leur  oblitération.  Elles  partent  d’un  bouton,  dont  elles  sont 
un  effet  immédiat,  pour  se  rendre  aux  ganglions  les  plus  prochains  où  elles 
se  terminent.  Les  ganglions  lymphatiques  sont  tuméfiés;  ils  peuvent 
acquérir  un  volume  considérable  :  Rayer  les  a  vus  égaler  celui  d’une  tête 
d’enfant.  Ces  engorgements  lymphatiques,  dit  Reynal,  présentent  dans 
leur  évolution  ultérieure  plusieurs  caractères  essentiels. 

Tantôt  ils  s’indurent  de  plus  en  plus  et  se  rétrécissent  insensiblement;, 
tantôt,  c’est  le  cas  le  plus  fréquent,  on  voit  des  renflements  se  former  de 
distance  en  distance  ;  ces  renflements,  d’abord  durs,  qui  donnent  au  vais¬ 
seau  lymphatique  ainsi  engorgé  l’aspect  d’un  chapelet  à  gros  grains,  se 
ramollissent,  deviennent  fluctuants  et  finissent  par  s’ulcérer,  en  donnant 
issue  au  pus  huileux  propre  à  l’affection;  alors  la  corde  du  farcin  est 
remplacée  par  une  série  linéaire  de  chancres.  En  se  multipliant  ils  finissent 
parfois  par  se  toucher,  se  fondre  les  uns  dans  les  autres  et  constituer 
ensemble  une  tranchée  ulcéreuse  profonde,  un  véritable  ruisseau  purulent. 
Les  indurations  ganglionnaires  des  glandes  sont,  généralement,  très-dou¬ 
loureuses  à  la  pression.  Elles  sont  denses  et  fermes.  A  mesure  que  l’infiltra¬ 
tion  inflammatoire  qui  s’était  formée  au  début  disparaît,  le  paquet  ganglion¬ 
naire  devient  de  plus  en  plus  dur  et  prend  tous  les  caractères  propres  à  la 
glande  de  la  morve  chronique  ;  sa  sensibilité  devient  très-obscure  et  le 
volume  s’accroît  insensiblement;  jamais  elle  ne  se  ramollit  ni  ne 
s’ulcère. 

Des  deux  symptômes  contingents,  ainsi  désignés  par  Trasbot,  l’un,  les 
tumeurs  proprement  dites,  existe  rarement;  ces  tumeurs  sont  un  épiphé¬ 
nomène  qui  probablement  demande,  pour  se  manifester,  l’intervention 
d’une  cause  accidentelle  irritante.  Elles  ne  montrent  pas  la  moindre  ten¬ 
dance  vers  l’ulcération.  D’abord  dures  et  résistantes,  elles  se  ramol¬ 
lissent  rapidement.  Arrivées  à  cette  période,  les  tumeurs  farcineuses 
conservent  indéfiniment  le  volume  et  les  qualités  physiques  qu’elles- 


76 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 


viennent  de  revêtir.  Ce  n’est  qu’à  la  longue,  et  encore  rarement,  qu’elles 
disparaissent  par  résorption  du  liquide  qu’elles  contiennent.  L’autre,  les 
engorgements  farcineux,  consiste  en  des  tuméfactions  de  nature  inflam¬ 
matoire,  qui  se  développent  sur  les  membres,  les  postérieurs  le  plus  sou¬ 
vent.  L’engorgement  farcineux,  parfois  localisé  autour  d’une  articulation, 
constitue  le. plus  ordinairement  une  vaste  infiltration  œdémateuse,  qui 
distend  la  peau  outre  mesure,  efface  plus  ou  moins  complètement  les 
creux  et  les  reliefs  des  articulations,  et  donne  au  membre  malade,  sui¬ 
vant  l’expression  d’H.  Bouley,  l’aspect  d’un  po.eau  grossièrement  façon¬ 
né.  D’abord  douloureux,  l’engorgement  devient,  après  quelques  jours, 
indolent,  dense,  ressemblant  aux  indurations  anciennes  résultant  des 
lymphangites  chroniques. 

Malgré  ces  désordres  locaux,  l’animal  peut  conserver  les  apparences  de 
la  santé,  il  ne  s’affaiblit  même  pas.  Cet  état  stationnaire  peut  durer  des 
mois  etmême  des  années.  Quelquefois  l’éruption  et  les  cordes  farcineuses 
disparaissent  spontanément  au  bout  d’un  temps  plus  ou  moins  long.  Mais 
la  récidive  est  presque  constante  et  alors  la  marche  de  la  maladie  devient 
plus  rapide.  La  terminaison  par  une  guérison  durable  est  rare.  Le  farcin 
peut  rester  stationnaire;  mais,  lorsque  des  symptômes  généraux  sur¬ 
viennent,  la  constitution  s’altère,  le  poil  est  piqué,  les  yeux  deviennent 
chassieux,  l’animal  tousse,  maigrit,  et  la  morve  ne  tarde  pas  à  se  montrer, 
habituellement  sous  la  forme  chronique,  quelquefois  d’emblée  à  l’état  aigu. 
On  laisse  rarement  le  farcin  chronique  parcourir  toutes  ses  périodes  chez 
les  chevaux,  qui  sont  abattus  lorsque  le  mal  a  fait  quelques  progrès. 

Morve  chronique.  —  La  morve  chronique  est  la  forme  la  plus  com¬ 
mune  de  la  diathèse  morveuse.  C’est  une  maladie  contagieuse  caractérisée, 
chez  les  solipèdes,  par  un  engorgement  et  une  induration  des  ganglions  de 
l’auge,  un  écoulement  nasal  et  l’ulcération  de  la  membrane  pituitaire, 
par  un  dépérissement  général  qui  se  termine  le  plus  souvent  par  la  mort 
ou  par  le  développement  de  la  morve  aiguë. 

La  morve  chronique  n’est  jamais  consécutive  à  la  morve  aiguë;  quelle 
que  soit  la  cause  qui  l’ait  produite,  elle  se  présente  avec  les  symptômes 
suivants  qui  sont,  d’après  Reynal,  les  uns  essentiels,  constants,  fon¬ 
damentaux,  les  autres  contingents,  accessoires,  accidentels.  Parmi  les 
premiers,  nous  trouvons  les  ulcérations  de  la  pituitaire,  des  muqueuses 
laryngée,  trachéale  et  bronchique,  le  jetage  ou  écoulement  nasal,  la 
glande  et  le  tubercule  pulmonaire.  Parmi  les  deuxièmes.,  nous  signa¬ 
lerons  le  sarcocèle,  les  inflammations  et  les  douleurs  synoviales,  ten¬ 
dineuses  ou  articulaires,  la  friabilité  des  os,  les  œdèmes  des  parties 
déclives,  la  toux,  le  gonflement  des  sinus  de  la  tête.  Aux  diverses  combi¬ 
naisons  des  altérations  essentielles,  fondamentales,  correspondent  les  trois 
degrés  que  l’on  a  coutume  d’établir  pour  la  morve  chronique  ;  mais,  en 
réalité,  les  chevaux  atteints  de  morve  chronique  peuvent  être  rangés  en  six 
catégories  bien  distinctes  ;  1“  chevaux  morveux  simplement  glandés  ;  2“ 
chevaux  morveux  glandés  avec  jetage  séreux  ou  muqueux  ;  3“  chevaux 
morveux  glandés  avec  jetage  muco-purulent  ;  chevaux  morveux  avec 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes  77 

glandage  et  jetage  purulent  sans  ulcérations  apparentes  ;  5°  chevaux  mor¬ 
veux  avec  glandage,  jetage  purulent  et  ulcérations  visibles  ;  6°  chevaux  mor¬ 
veux  avec  glandage  et  cicatrices  dans  les  narines.  Les  chevaux  des  trois 
premières  catégories  sont  ordinairement  désignés  sous  le  nom  de  chevaux 
suspects;  ceux  de  la  quatrième  sont  généralement  regardés  comme  morveux  ; 
enfin,  ceux  de  la  cinquième  sont  nommés  complètement  morveux  ou  mor¬ 
veux  incurables.  Quant  aux  chevaux  de  la  dernière  classe,  lorsqu’on  ne  les 
confond  pas  avec  ceux  de  la  première,  ce  qui  est  arrivé,  ils  passent,  le  plus 
souvent  à  tort,  pour  guéris. 

Nous  allons  faire  connaître  d’une  manière  plus  complète  chacun  des 
symptômes  principaux  qui  caractérisent  ces  différentes  catégories. 

Les  ulcérations  de  la  pituitaire  sont  de  deux  ordres  :  les  unes  sont  des 
chancres  véritables,  les  autres,  de  simples  destructions  de  l’épithélium  de 
cette  membrane.  Les  chancres  sont  le  plus  souvent  en  petit  nombre  et 
existent,  dit  Reynal,  dans  un  seul  naseau  ou  dans  les  deux,  sous  le  repli 
de  l’aile  interne  du  nez,  sur  l’extrémité  de  la  branche  supérieure  du  grand 
cornet  ou  parfois  sur  toute  la  muqueuse.  Ils  commencent  par  un  bouton 
induré,  développé  dans  l’épaisseur  de  la  membrane  et  désigné  par  Dupuy 
sous  le  nom  de  tubercule.  Ces  boutons  se  présentent  sous  forme  de  nodo¬ 
sités  sphériques,  grosses  comme  un  gi’ain  de  chènevis  ;  ils  sont  durs  et 
résistants.  De  coloration  jaunâtre ,  ils  offrent  un  point  culminant 
brillant.  Leur  développement  est  très-rapide;  du  jour  au  lendemain 
ils  ont  acquis  le  maximum  de  leur  volume.  Après  deux  ou  trois  jours, 
le  centre  se  ramollit,  devient  blanc  et  opaque  et,  l’épithélium  se  déta¬ 
chant,  une  gouttelette  de  pus  fait  issue  d’une  petite  cavité  creusée  en 
cupule. 

Cette  plaie,  assez  régulièrement  circulaire  et  comme  taillée  à  l’em- 
portepièce,  est  finement  déchiquetée  sur  son  contour  et  pointillée 
dans  son  fond.  Sa  coloration  est  gris  plombé  ou  blafard,  parfois  parse¬ 
mée  de  petites  stries  rouge  pâle.  Autour  d’elle  on  trouve  un  étroit  bour¬ 
relet,  dur  et  résistant,  légèrement  saillant  à  la  surface  de  la  muqueuse  et 
qui  se  continue  profondément  avec  la  base  fibroïde  sur  laquelle  repose 
le  chancre.  Le  liquide  purulent  qui  s’en  écoule  en  quantité  considé¬ 
rable  se  coagule  parfois  pour  former  une  croûte  jaunâtre  très-peu  adhé¬ 
rente.  Non- seulement  le  chancre  morveux  ne  présente  pas  la  moindre 
•tendance  à  la  cicatrisation,  mais,  de  plus,  il  s’étend  incessamment  ;  de 
sorte  qu’il  peut  atteindre  une  étendue  de  plusieurs  millimètres,  se  con¬ 
fondre  avec  les  ulcères  voisins  et  former  ainsi  de  larges  plaques  ulcé¬ 
reuses,  festonnées  dans  leur  contour  et  de  figures  variées  à  l’infini. 
Malgré  leur  étendue,  ces  ulcérations  conservent  toujours  le  caractère 
distinctif  des  ulcéi’ations  primitives,  à  savoir,  les  bords  taillés  à  pic  dans 
un  bourrelet  exubérant  et  induré  comme  le  fond.  Dans  des  circonstances 
très-rares,  les  chancres  peuvent  se  cicatriser.  Ils  se  rétrécissent,  se  com¬ 
blent  par  l’accroissement  de  bourgeons  charnus  qui  finissent  par  se  recou¬ 
vrir  d’épithélium  ;  il  en  résulte  une  plaque  fibreuse,  arrondie  ou  rayon- 
née,  dont  la  couleur  blanche  tranche  avec  celle  de  la  muqueuse.  L’un 


78  MORVE  ET  FARGIN  chez  les  solipèdes. 

de  nous  a  constaté  ce  fait  sur  les  muqueuses  laryngée,  trachéale  et  bron¬ 
chique. 

Outre  les  chancres,  on  peut  voir  encore  à  la  surface  de  la  pituitaire  des 
érosions  superficielles,  nommées  ulcérations  lardées  parce  qu’elles  sont  peu 
visibles  et  difficilement  reconnaissables.  Elles  sont  représentées  par  des 
plaques,  très-irrégulières  dans  leur  contour,  sur  lesquelles  l’épithélium  est 
détruit. 

Le  glandage,  par  lequel  la  morve  chronique  débute  le  plus  ordinairement, 
offre  ceci  de  spécial  :  les  ganglions  sont  indurés  plutôt  que  tuméfiés.  Ils  ne 
suppurent  jamais,  à  moins  qu’un  traitement  intempestif  ait  été  institué.  Ils 
acquièrent  parfois  une  dureté  excessive.  Situés  très-près  de  l’os  maxillaire, 
ils  semblent  y  adhérer,  et  y  adhèrent  en  effet  par  les  progrès  du  mal.  Cette 
lésion  est  quelquefois  le  seul  symptôme  apparent  pendant  un  ou  plusieurs 
mois,  et,  chose  remarquable,  il  survit,  dans  certains  cas,  à  tous  les 
autres  signes  de  la  morve  ;  c’est  ce  que  nous  avons  indiqué  dans  notre 
sixième  catégorie. 

Le  jetage,  qui  paraît  quelquefois  en  même  temps  que  l’engorgement  gan¬ 
glionnaire  et  quelquefois  plus  ou  moins  longtemps  après,  est  l’écoulement 
par  le  nez  d’une  humeur  morbide  qui  a  valu  à  la  maladie  le  nom  sous 
lequel  on  l’a  désignée  depuis  un  temps  immémorial.  Le  plus  ordinairement 
il  est  unilatéral,  et,  dans  ce  cas,  il  est  beaucoup  plus  fréquent  à  gauche 
qu’à  droite  ;  deux  fois  sur  trois,  c’est  de  ce  côté  seul  qu’il  existe  ou  du 
moins  qu’il  commence.  Cette  circonstance  se  retrouve  chez  l’homme,  ainsi 
que  nous  le  verrons.  D’abord  purement  séreux,  il  devient  plus  tard  plus 
consistant,  plus  visqueux  pour  se  transformer  en  un  écoulement  purulent, 
sanieux  et  parfois  fétide.  Le  plus  ordinairement  il  est  inodore  et  n’exhale 
qu’une  odeur  fade.  Il  offre  ceci  de  particulier,  c’est  qu’il  est  abondant  et 
continuel.  Visqueux,  il  s’agglutine  aux  poils  qui  bordent  les  naseaux. 
D’une  coloration  ordinairement  bleuâtre  foncée,  à  teinte  légèrement  verdâtre, 
il  est  parfois  rouillé,  strié  de  sang,  et  même  véritablement  sanglant,  comme 
dans  la  morve  aiguë.  Lassaigne  a  donné  de  ce  flux  nasal  une  analyse  dé¬ 
fectueuse,  en  ce  sens  qu’elle  ne  porte  que  sur  un  seul  des  états  sous  lesquels 
il  se  présente;  il  est  clair  cependant  que  les  caractères  physiques  et  chi¬ 
miques  doivent  varier  à  chaque  période.  Langenbeck  a  indiqué  l’existence 
de  sporules  mucédinées  dans  la  matière  du  jetage  des  chevaux  morveux.  La 
pituitaire,  qui  est  d’abord  d’un  rouge  assez  intense,  pâlit  plus  tard,  devient 
livide  et  comme  d’un  gris  de  plomb. 

En  résumé,  les  symptômes  locaux  essentiels  de  la  morve  chronique  ne 
diffèrent  en  rien  de  ceux  du  farcin  chronique.  Nous  trouvons,  dans  l’un  et 
l’autre  cas,  mêmes  ulcérations,  mêmes  altérations  des  lymphatiques  et  des 
ganglions.  Le  siège  seul  diffère.  Tandis  que  dans  le  farcin  les  lésions  occu¬ 
pent  les  membres,  dans  la  morve  elles  siègent  sur  la  muqueuse  des  voies 
respiratoires.  Ces  deux  maladies  dérivent  donc  d’un  même  état  patholo¬ 
gique  ;  elles  ne  doivent  pas  être  séparées,  ainsi  que  certains  auteurs  l’ont 
fait. 

Ces  différents  symptômes  locaux  sont  loin  d’être  toute  la  maladie,  bien 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes. 


79 


que,  pendant  un  temps  quelquefois  extrêmement  long,  ils  semblent  la 
constituer  exclusivement  et  ne  nuire  en  rien  à  la  santé  générale. 

Les  chevaux  atteints  de  morve  chronique  conservent  leurs  forces,  et 
même  souvent  tout  leur  embonpoint  ;  la  respiration  est  quelquefois  un  peu 
gênée,  et  l’on  en  a  vu  devenir  poussifs  par  suite  d’une  déformation  de  la 
trachée  ;  l’appétit  ne  cesse  pas  d’être  bon  ;  parfois,  dans  le  milieu  de  son 
cours,  la  morve  chronique  peut  présenter  des  symptômes  d’acuité  qui  per¬ 
sistent  jusqu’à  la  mort,  ou  plus  souvent  cessent,  la  maladie  reprenant  alors 
son  caractère  primitif;  mais  dans  d’autres  cas,  la  maladie,  après  être  restée 
stationnaire,  fait  de  rapides  progrès.  Un  mouvement  fébrile  intense  sur¬ 
vient,  l’animal  perd  l’appétit  et  la  gaieté  ;  la  tête  est  pendante,  tout  dans 
l’attitude  exprime  le  défaut  d’énergie,  la  lassitude  musculaire,  la  dépression 
générale.  L’amaigrissement  fait  de  rapides  progrès  ;  en  peu  de  jours,  dit 
Reynal,  les  animaux  perdent  50  pour  100  kilog.  de  leur  poids.  Le  sang  s’ap¬ 
pauvrit  de  jour  en  jour,  en  diminuant  de  quantité,  en  perdant  ses  qualités 
physiologiques.  Les  yeux  sont  chassieux  ;  la  robe  est  terne  et  semble,  sui¬ 
vant  l’expression  anglaise,  couverte  de  peluches  (pen-feathered).  Les  mu¬ 
queuses  deviennent  pâles,  légèrement  jaunâtres  et  infiltrées.  Alors,  quand 
les  chevaux  ne  sont  pas  abattus,  ce  dépérissement  général  et  graduel  se 
termine  par  la  mort  et  plus  souvent  par  la  morve  aiguë.  Des  conditions 
variées  peuvent  influer  sur  cette  dernière  terminaison.  Tels  sont  un 
surcroît  de  fatigue,  le  séjour  dans  une  écurie  infectée  et  malsaine,  etc. 
Mais  il  est  un  fait  dont  les  conséquences  ont  la  plus  haute  portée  : 
si  on  prive  un  cheval  atteint  de  morve  chronique  de  toute  nourriture 
et  de  toute  huisson,  ou  seulement  de  tout  aliment  solide,  il  ne  tarde 
pas  à  succomber,  non  pas  à  la  privation  de  nourriture,  mais  à  la  morve 
aiguë. 

Nous  devons  signaler  comme  une  terminaison  rare  de  la  morve  chro¬ 
nique  la  guérison  spontanée.  Gaullet  a  publié  plusieurs  faits  intéressants  où 
cette  terminaison  heureuse  paraît  des  plus  authentiques.  Toutefois  nous 
ajouterons  que  ces  exemples  de  guérison  spontanée  sont  loin  d’avoir,  le 
plus  souvent,  cette  signification  favorable.  Ainsi  Gérard  rapporte  qu’un 
cheval,  paraissant  bien  guéri,  ayant  été  abattu  comme  vieux  et  usé,  pré¬ 
sentait  à  l’autopsie  des  ulcères  très-profonds  des  cornets  et  de  la  cloison 
cartilagineuse.  Le  jetage  était  nul,  et  le  glandage  très-peu  considérable. 
Aussi  croyons-nous  que  si  l’on  avait  vérifié  plus  souvent  par  l’autopsie 
les  cas  de  guérison  spontanée,  on  les  eût  trouvés,  pour  la  plupart,  plutôt 
apparents  que  réels.  C’est  pour  cela  que  l’un  de  nous  a  conservé,  parmi  les 
chevaux  morveux,  dans  la  sixième  catégorie  ceux  qui,  présentant  des 
cicatrices  à  l’orifice  des  narines,  sont  encore  glandés. 

En  effet,  rien  n’est  plus  fréquent  que  de  voir,  après  ces  temps  d’arrêt 
dans  la  marche  de  la  maladie,  de  véritables  récidives  qui  montrent  que  ces 
prétendues  guérisons  n’avaient  rien  de  durable.  C’est  là  un  point  capital 
dans  l’histoire  de  la  marche  naturelle  de  la  morve  chronique,  car  on  peut 
expliquer  ainsi  presque  tous  les  cas  qui  avaient  été  interprétés  à  tort  en 
faveur  de  tel  ou  tel  mode  de  traitement.  Ce  n’est  donc  qu’avec  une  extrême 


80  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 

circonspection  que  l’on  doit  accepter  la  guérison  comme  une  des  terminai¬ 
sons  de  la  morve  chronique  chez  le  cheval. 

Farcin  aigu.  — Le  farcin,  à  l’état  aigu,  est  une  affection-  rare;  il  est, 
du  reste,  presque  constamment  associé  à  la  morve. 

Toutefois  il  se  traduit  par  des  symptômes  généraux  qui  sont  beaucoup 
plus  accusés  que  ceux  qui  annoncent  la  forme  chronique,  et  qu’il  est  inté¬ 
ressant  de  connaître  parce  qu’ils  ont  été  l’ohjet  de  quelques  études  spé¬ 
ciales  de  la  part  de  Trasbot.  Avant  les  manifestations  particulières  au 
farcin,  on  observe  un  ensemble  de  troubles  fonctionnels  qui  dénotent  une 
altération  dans  la  santé  des  animaux.  Ainsi  l’appétit  est  diminué;  il  devient 
capricieux.  Les  animaux  se  montrent  abattus  ;  ils  maigrissent  rapidement  ; 
les  poils  perdent  leur  luisant;  la  température  du  corps  est  plus  élevée. 
D’après  Trasbot,  elle  atteint  dans  le  rectum  UT,  8.  La  sécrétion  de 
l’urine  est  augmentée  d’une  manière  notable  ;  l’urine  contient  souvent  de 
l’albumine;  la  respiration  est  accélérée;  les  battements  du  cœur  sont 
forts  ;  les  muqueuses  apparentes,  notamment  la  pituitaire  et  la  conjonc¬ 
tive,  revêtent  une  teinte  jaune  safi’anée. 

Ce  mouvement  fébrile  dure  de  deux  à  cinq  jours  ;- puis  il  diminue,  l’état 
général  s’améliore  à  mesure  que  les  déterminations  locales  du  farcin  se  pro¬ 
duisent.  Mais  cette  amélioration,  qui  peut  persister  pendant  un  temps  plus 
ou  moins  long  chez  l’animal  atteint  du  farcin  chronique,  est  de  courte 
durée  chez  celui  qui  est  affecté  de  la  forme  aiguë  ;  bientôt,  en  effet,  la  fièvre 
se  rallume,  les  altérations  se  généralisent  et  arrivent  rapidement  à  leur  pé¬ 
riode  ultime. 

Les  boutons  appai’aissent  très-soudainement  en  nombre  considérable  et 
souvent  confluent  sur  une  surface  étroite.  L’évolution  de  la  maladie  fa- 
rcineuse  est  rapide  ;  les  lésions  acquièrent  vite  une  acuité  très-pro¬ 
noncée  En  même  temps  que  les  symptômes  caractéristiques  apparaissent, 
on  observe  souvent,  pendant  le  cours  du  farcin  aigu,  des  faits  contingents 
très-importants,  tels  que  des  arthrites  aiguës  avec  gonflement  énorme  et 
très-douloureux  des  articulations,  des  œdèmes  chauds  des  membres. 

Pendant  que  toutes  les  altérations  ci-dessus  opèrent  leur  évolution,  la 
fièvre,  calmée  un  moment,  se  rallume  par  intermittence  ;  des  exacerbations 
se  produisent  à  des  intervalles  plus  ou  moins  longs,  et  des  lésions  qui  ap¬ 
partiennent  à  la  morve  aiguë  se  montrent  dans  les  cavités  nasales.  Les 
animaux  maigrissent  rapidement  ;  ils  perdent  par  jour  15  à  20  kilog.  de 
leur  poids  et  meurent  dans  le  dernier  degré  d’épuisement,  si  on  ne  les  a  pas 
sacrifiés  plus  tôt. 

Morve  aigue.  —  L’apparition  de  cette  forme  est  signalée  par  une  fièvre 
intense  ;  la  respiration  est  accélérée,  on  compte  UO,  50  mouvements  res¬ 
piratoires  par  minute,  souvent  même  on  en  compte  un  plus  grand  nombre  ; 
les  mouvements  respiratoires  sont  entrecoupés  d’un  soubresaut  fortement 
accusé.  La  dyspnée  est  extrême  ;  il  y  a  même  menace  de  suffocation.  Sous 
l’influence  de  ces  troubles  généraux,  après  deux  ou  quatre  jours,  apparais¬ 
sent  les  lésions  locales  essentielles  et  accessoires,  coïncidant  avec  un  amen¬ 
dement  notable,  mais  éphémère,  du  mouvement  fébrile. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipêdes.  81 

L’éruption  des  pustules  nasales  se  fait  rapidement  ;  elles  sont  remplacées 
presque  aussitôt  par  de  larges  ulcérations  ;  le  jetage  est  purulent,  sanieux, 
et  surtout  très-abondant  ;  le  gonflement  des  ganglions  est  plus  ou  moins 
volumineux  ;  l’inflammation  de  la  pituitaire  est  extrêmement  vive,  avec 
rougeur,  gonflement  et  douleur  des  ailes  du  nez.  Les  ulcérations  nasales 
sont  profondes,  et  souvent  le  cartilage  de  la  cloison  se  nécrose,  d’où  une 
perforation  complète  et  une  communication  des  deux  cavités  nasales.  Les 
synoviales  articulaires  sont  le  siège  d’une  inflammation  très-intense.  Enlin 
l’auscultation  et  la  percussion  du  thorax  indiquent  la  présence  de  graves 
lésions  pulmonaires  et  rendent  compte  des  troubles  si  marqués  de  la  respi¬ 
ration.  La  mort  est  la  terminaison  constante  de  la  morve  aiguë  ;  elle  sur¬ 
vient  dans  l’espace  de  quelques  Jours,  soit  par  suite  de  l’épuisement  qui  a 
fait  sans  cesse  des  progrès,  soit,  et  c’est  bien  le  cas  le  plus  ordinaire,  par 
asphyxie  quand  des  pustules  développées  sur  le  larynx  l’ohstruent,.  soit 
enfin  par  le  fait  des  lésions  pulmonaires. 

Anatosuie  pathologique.  —  Un  médecin.  Rayer,  décrivit  le  pre¬ 
mier  les  lésions  nasales  et  pulmonaires  propres  à  la  morve  chronique. 
L’un  de  nous  décrivit,  d’après  ses  propres  recherches,  certaines  ulcé¬ 
rations  des  voies  aériennes  et  les  caractères  anatomiques  du  larcin  chro¬ 
nique,  qui  confirmèrent  et  complétèrent  celles  de  son  maître.  Ces  études 
étaient  si  exactes,  que  les  auteurs  et  les  obsen  ateurs  n’y  ont  rien  ajouté  pen¬ 
dant  de  longues  années  et,  encore  aujourd’hui,  elles  en  restent  le  type  fon¬ 
damental  malgré  l’application  du  microscope.  Cet  instrument  nous  fait 
connaître,  il  est  vrai,  la  nature  intime  des  lésions,  leur  siège,  mais  il  n’a 
produit  aucune  découverte,  ainsi  que  le  lecteur  pourra  en  juger.  ïrasbot  a 
fait,  dans  ces  dernières  années,  une  étude  approfondie  de  la  morve  et  du 
farcin.  Nous  aurons  souvent  recours  à  son  travail  pour  l’étude  microsco¬ 
pique  des  lésions  qui  caractérisent  ces  affections. 

1.  Farcin  chronique.  —  Les  lésions  les  plus  remarquables  du  farcin  chro¬ 
nique  sont  celles  qui  se  manifestent  à  la  peau.  Bien  décrits  par  Ilodet,  les 
boutons  farcineux  se  présentent  sous  deux  formes  distinctes  :  tantôt  sous- 
cutanés,  tantôt  faisant  saillie  au-dessus  du  derme  ;  ils  offrent  ensuite  diffé¬ 
rents  degrés  et  subissent  des  transformations  successives  que  nous  allons 
indiquer. 

A.  Caractères  macroscopiques  des  lésions.  —  Boutons  sous-cutanés.  — 
Le  derme  et  l’épiderme  sont  intacts  ;  au-dessous,  dans  l’épaisseur  du  tissu 
cellulo-fibreux  épidermique,  on  voit  de  petits  noyaux  lenticulaires  légère¬ 
ment  hémisphériques  sur  leurs  deux  faces,  dont  le  diamètre  varie  de 
quelques  millimètres  à  deux  ou  trois  centimètres.  Ils  sont  parfaitement 
isolés  au  milieu  du  tissu  environnant,  auquel  ils  adhèrent  cependant  assez 
fortement  par  de  petites  hrides  cellulo-libreuses  ;  mais  quand  on  les  a 
énucléés  complètement,  on  trouve,  d’une  part,  une  cavité  régulière,  à 
parois  tout- à  fait  identiques  au  tissu  dans  lequel  elle  est  creusée,  sans  injec¬ 
tion,  sans  épaississement,  sans  aucune  modification  ;  d’auti’e  part,  une  sorte 
de  noyau  ovoïde,  régulier,  dont  la  surface  est  lisse,  tapissée  par  une  enve¬ 
loppe  celluleuse  très-fine  et  transparente.  La  coloration  extérieure  est  mar- 

NOÜV.  DICT.  DE  MED.  ET  CHIR.  XXIII.  —  G 


82 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 


brée  de  jaune  et  de  rouge,  avec  de  petites  arborisations  et  un  pointillé  rose. 
En  incisant  le  noyau  on  trouve  que  sa  texture  est  homogène  ;  il  présente 
seulement  au  centre  un  peu  plus  de  densité  et  une  coloration  un  peu  plus 
blanchâtre.  Dans  quelques  points,  la  circonscription  de  la  tumeur  n’est  pas 
si  précise  ;  elle  se  confond  avec  les  parties  voisines  dont  la  consistance 
paraît  augmentée.  Enfin,  on  trouve  les  moins  volumineux  de  ces  noyaux 
tout  à  fait  jaunes  avec  un  peu  d’injection  et  de  ramollissement  autour. 
Au  niveau  de  ces  boutons  sms-cutanés  ou  chancres,  tantôt  les  poils  existent, 
tantôt  ils  sont  détruits. 

Boutons  superficiels.  —  Les  boutons  superficiels,  ceux  qui  font  saillie 
au-dessus  de  la  peau,  sont  isolés  ou  confluents.  Partout  où  ils  se  sont 
développés,  les  poils  sont  tombés  et  une  aréole  glabre,  plus  ou  moins  éten¬ 
due,  les  entoure.  Leur  grandeur  est  presque  uniforme  et  varie  entre  celle 
d’une  lentille  et  celle  d’une  pièce  de  20  centimes.  Lorsqu’ils  sont  confluents, 
ils  peuvent  se  réunir  en  plus  ou  moins  grand  nombre.  Quelquefois  il  n’y  en 
a  pas  moins  de  trente  ou  quarante  à  la  fois,  soit  sur  les  joues,  soit  sur  le 
col,  ou  dans  d’autres  parties.  Mais  ils  ne  sont  jamais  confondus  entière¬ 
ment  les  uns  avec  les  autres,  et,  bien  que  leur  circonférence  se  touche,  il 
est  toujours  facile  de  les  distinguer  et  de  les  compter  séparément.  Par  leur 
réunion  et  leur  forme,  ils  ont  alors  une  grande  ressemblance  avec  les  tuber¬ 
cules  plats  syphilitiques  de  la  marge  de  l’anus. 

La  disposition  anatomique  de  ces  boutons  farcineux,  suivant  les  différents 
degrés  qu’ils  présentent,  est  assez  remarquable  à  connaître  : 

1“  Les  couches  les  plus  superficielles  d’e  la  peau  sont  seules  malades  ; 
l’épiderme  est  entièrement  détruit,  mais  le  derme  n’est  entamé  qu’à  la 
surface.  11  en  résulte  une  simple  érosion  dont  les  bords  sont  circulaires, 
très-nets  et  taillés  en  biseau,  de  manière  à  se  continuer  naturellement  avec 
le  fond  du  petit  ulcère  qui  est  très-peu  déprimé  et  formé  par  un  tissu  dense, 
d’un  blanc  nacré,  tout  à  fait  analogue  aux  parties  voisines  du  derme, 
offrant  seulement  une  texture  plus  serrée  et  une  surface  plus  lisse.  Un 
suintement  séreux,  très-peu  abondant,  lubrifie  ces  petites  érosions  ;  il  ne 
s’y  forme  pas  de  croûtes. 

2”  A  côté  de  ces  érosions,  on  voit  d’autres  points  où  l’épiderme  est  épaissi 
circulairement  en  forme  de  plaques  rondes  d’un  rouge  sombre;  il  est 
comme  gorgé  par  un  liquide  poisseux,  sanguinolent,  qui  suinte  à  sa  sur¬ 
face  et  s’y  dessèche  quelquefois.  Cette  infiltration  ne  dépasse  pas  les  couches 
épidermiques.  L’épiderme  n’est  ni  soulevé  ni  détaché  du  derme. 

3°  Plus  loin,  c’est  un  véritable  tubercule  cutané,  aplati,  faisait  une 
saillie  de  quelques  millimètres,  déprimé  sur  ses  bords,  et  se  continuant 
insensiblement  avec  l’épiderme  environnant ,  d’une  couleur  jaune  rou¬ 
geâtre,  d’une  consistance  molle  et  s’affaissant  sous  le  doigt,  laissant  suinter 
une  matière  ichoreuse  dans  laquelle  on  distingue  au  microscope  quelques 
globules  sanguins  et  purulents  dont  la  plupart  sont  altérés,  et  se  recou¬ 
vrant  d’une  croûte  plus  ou  moins  épaisse.  L’épiderme  est  entièrement 
détruit.  Le  derme,  dont  les  couches  les  plus  profondes  restent  intactes,  est 
gonflé,  ramolli  également  dans  toute  l’étendue  du  bouton,  épais  de  0,005  à 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes.  83 

0,006.  A  sa  surface,  le  ramollissement  est  plus  marqué  et  il  y  a  comme 
une  couche  de  petits  vaisseaux  arborescents  qui,  jointe  à  une  infiltration  de 
matière  puriforme,  donne  la  coloration  jaune  rougeâtre  qui  paraît  à  l’ex¬ 
térieur. 

4°  On  voit  encore  s’élever  au-dessus  de  la  peau  des  végétations  en  larges 
plaques  irrégulières,  de  0,03  à  0,10  d’étendue,  mamelonnées,  fungiformes, 
molles  et  dépressibles,  débordant  les  limites  de  l’épiderme  sain  qui  les 
entoure,  et  plus  larges  au  sommet  qu’àla  base,  élevées  de  0,005  à  0,020, ne 
paraissant  pas  résulter  de  l’agglomération  d’un  certain  nombre  des  tuber¬ 
cules  précédents,  moins  consistantes  encore,  baignées  par  une  matière 
plus  abondante  et  recouvertes  par  des  croûtes  plus  épaisses  et  plus  brunes, 
mais  n’en  différant  pas  sensiblement  par  la  couleur  et  la  nature  de  l’exha¬ 
lation.  A  la  coupe,  leur  disposition  intérieure  est  des  plus  remarquables. 
On  voit  d’abord  que  la  plaque,  dans  toute  son  étendue,  est  bien  homogène 
et  résulte  d’une  lésion  commune.  Le  tissu  sous-dermique  est  notablement 
épaissi  ;  quoique  déjà  très-dense  chez  le  cheval,  il  l’est  encore  plus  qu’à 
l’ordinaire  ;  il  est  devenu  comme  lardacé  et  forme  ainsi  la  base  de  la  tumeur  ; 
celle-ci  est  plus  élevée  à  son  milieu  qu’aux  extrémités,  où  elle  s’abaisse 
doucement  vers  les  parties  voisines  et  est  constituée  par  des  couches  dis¬ 
tinctes,  de  hauteur  et  d’aspect  différents.  Le  derme  est  malade  dans  toute 
■son  épaisseur,  et  il  a  de  la  tendance  à  se  confondre  avec  le  tissu  sous-jacent  ; 
cependant  on  peut  suivre  la  ligne  de  démarcation.  11  résulte  de  cela  qu’au- 
dessus  de  la  couche  sous-dermique  on  en  voit  une  autre  à  peu  près  sem¬ 
blable,  moins  épaisse  et  moins  dense,  qui  envoie  dans  la  supérieure  des 
prolongements  en  forme  de  cônes  à  base  large  et  commune,  à  sommets 
étroits  et  isolés.  Entre  ces  cônes,  facilement  reconnaissables  à  leur  couleur 
nacrée,  à  leur  consistance  et  à  leur  direction,  se  remarquent  des  cônes 
dirigés  dans  un  sens  inverse,  le  sommet  en  bas,-  et  formant  autant  de 
mamelons,  assez  exactement  comparables  à  ceux  de  la  substance  rénale. 
Ils  sont  d’une  consistance  très-inférieure  à  celle  des  précédents,  d’un  jaune 
rougeâtre,  formés  de  stries  visibles  à  l’œil  nu,  dont  quelques-unes  sont 
d’un  rouge  très-vif,  surtout  vers  la  base,  bien  distincts  à  leur  sommet  par 
une  dépression  marquée  à  l’angle  rentrant  que  forment  les  cônes  opposés, 
et,  enfin,  s’épanouissant  tous  supérieurement  pour  former  ensemble  cette 
surface  fongueuse  irrégulière  qui  caractérise  à  l’extérieur  les  végétations. 
Ils  se  terminent  par  un  réseau  vasculaire  très-fin  et  fortement  injecté,  qui 
donne  à  la  surface  un  aspect  marbré.  L’épiderme  a  complètement  disparu. 
Ainsi,  épaississement  du  tissu  sous-dermique,  doubles  cônes  rentrants, 
s’appuyant  profondément  sur  le  derme  épaissi,  et  s’épanouissant  par 
l’élongation  des  papilles  en  une  végétation  mamelonnée  et  croûteuse,  telle 
est  la  disposition  de  ces  plaques  farcineuses. 

B.  CAR.4CTÈRES  HISTOLOGIQUES. — L’étude  histologique  du  bouton  farcineux, 
du  chancre  dufarcin,  récemment  faite  par  Trasbot,ne  révèle  que  les  carac¬ 
tères  propres  à  l'inflammation.  Il  s’agit,  dit  J.  Renaut,  d’une  inflammation 
nodulaire  fibrineuse,  et  à  tendances  . hémorrhagiques  marquées.  Le  phéno¬ 
mène  initial  est,  en  effet,  le  gonflement  des  noyaux  du  tissu  conjonctif 


8-4 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 


cutané  et  sous-cutané,  et  leur  prolifération  exagérée  se  traduisant,  dans 
le  point  central,  par  la  présence  d’éléments  embryoplastiques,  constituant 
la  plus  grande  partie  du  tissu  nouveau.  En  dehors  de  ce  point,  on  voit  une 
première  zone  où  les  éléments  gonflés  et  entourés  encore  du  blastème 
nutritif  granuleux,  coagulé  par  le  liquide  durcissant,  commencent  à  se 
diviser.  Enfin,  dans  la  couche  la  plus  excentrique,  on  voit  seulement  cette 
même  exsudation  qui  remplit  et  distend  les  aréoles  du  tissu  normal.  Les 
vaisseaux  sont  très-dilatés,  et  de  place  en  place  on  peut  voir  des  hémorrha¬ 
gies  interstitielles  ponctuées,  ou  des  points  d’exsudation  fibrineuse  dus  à 
l’oedème  inflammatoire  très-intense  qui  se' produit  alors  (J.  Renaut).  Tous 
ces  détails  histologiques  s’observent  sur  les  boutons  jaunes,  préalablement 
durcis  dans  la  solution  d’acide  chromique  à  2  millièmes  pendant  quatre  à 
cinq  jours.  On  les  traite  ensuite  par  le  carminate  d’ammoniaque,  puis  par 
l’acide  acétique. 

Plus  tard,  lorsque  les  nodules  inflammatoires  deviennent  caséeux  à 
leur  centre  et  que  le  bouton,  par  suite  du  ramollissement  de  sa  partie 
centrale,  est  près  de  s’ouvrir,  on  trouve  dans  la  cavité  qu’il  forme  un  pus 
relativement  pauvre  en  éléments  figurés,  qu’il  est  impossible,  aujourd’hui, 
de  différencier  des  leucocytes  ordinaires  produits  par  l’inflammation. 

Outre  les  globules  blancs,  le  pus  farcineux  contient  encore  quelques 
rares  globules  rouges  intacts  ou  déjà  ridés  et  en  voie  de  désagrégation,  et 
une  quantité  considérable  de  granulations  moléculaires  grises,  qui  se  dis¬ 
solvent  dans  l’acide  acétique  et  la  glycérine,  et  parfois  aussi  quelques 
granulations  graisseuses  réfringentes,  qui  résistent  à  l’action  des  mêmes 
réactifs.  Le  sérum  du  pus  farcineux  est  très-épais  et  se  coagule  immédia¬ 
tement  en  une  masse  granuleuse,  lorsqu’on  le  traite  par  un  liquide  acide 
et  surtout  par  l’acide  picrique,  qui  le  transforme  en  un  corps  solide  jau¬ 
nâtre. 

Les  parois  anfractueuses  de  la  cavité  du  bouton,  ou  chancre  farcineux, 
avant  comme  après  son  ouverture,  sont  constituées  parle  tissu  embryo- 
plastique  de  l’inflammation.  Cependant,  sur  leur  surface  libre,  dans  l’épais¬ 
seur  des  bourgeons  charnus  gris  plombés  qui  forment  la  couche  suppu¬ 
rante,  les  éléments  embryonnaires  présentent  un  caractère  qui  mérite 
d’être  noté.  Au  lieu  de  contenir  un  beau  noyau  sphérique  et  remplissant  la 
plus  grande  partie  delà  cellule,  comme  les  éléments  des  bourgeons  charnus 
de  bonne  nature,  la  plupart  de  ceux  qu’on  détache  en  raclant  légèrement 
l’ulcère  ont  leur  noyau  nécrosé.  Il  semblerait  que  le  liquide  abondant 
que  laissent  écouler  les  capillaires  est  doué  de  propriétés  toxiques  qui 
font  mourir  les  éléments  anatomiques  avant  qu’ils  soient  parvenus  à  leur 
forme  définitive. 

Une  question  intéressante  se  présente  après  cette  étude  anatomique  du 
chancre  farcineux.  Peut-on  préciser  aujourd’hui  le  siège  exact  de  cette 
lésion?  Commence-t-elle  dans  une  lacune  ou  dans  un  réseau,  origine  d’un 
vaisseau  lymphatique  ?j  Cette  question,  que  certains  auteurs  ont  tenté  de 
résoudre,  n’est  pas  encore  aujourd’hui  résolue.  Bornons-nous  donc  à  l’étude 
anatomique  sans  vouloir  aller  au  delà  du  possible. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes. 


Lesengorgements  des  ganglions  et  des  vaisseaux  lympathiques,  cordes  farci- 
neuses,  sont  un  des  caractères  anatomiques  les  plus  constants  du  farcin 
chronique.  Ils  ne  sont  pas  bornés  à  la  région  de  Vauge,  comme  dans  la  morve, 
etse  montrent  fréquemment  à  la  face,  à  la  ganache,  au  garrot  et  sur  diverses 
parties  des  membres.  Au  point  de  vue  anatomique,  la  corde  farcineuse  est 
une  lymphangite  consécutive  à  la  dermite  diffuse  qui  accompagne  la  pro¬ 
duction  du  chancre  farcineux.  Au  début,  on  constate  que  le  vaisseau  est 
dilaté  par  l’abondance  exceptionnelle  de  la  lymphe  qu’il  renferme.  De  plus, 
celle-ci  est  trouble,  opaline  ou  blanchâtre  et  notablement  plus  épaisse 
qu’à  l’état  normal.  En  dehors  du  conduit,  le  tissu  conjonctif  est  infdtré  de 
sérosité  citrine.  Plus  tard,  ces  phénomènes  morbides  grandissent  et  s’accu¬ 
sent  davantage.  La  lymphe  est  tout  à  fait  purulente  et  charrie  de  petits 
grumeaux  fi brino -albumineux.  Le  vaisseau  s’élargit  de  plus  en  plus,  ses 
parois  s’épaississent,  s’unissent,  se  fondent  avec  le  tissu  environnant  qui, 
primitivement  œdémateux,  est  alors  épaissi  et  infiltré.  La  face  interne  du 
vaisseau  est  dépourvue  de  son  endothélium  ;  elle  est  rouge,  vasculaire  et 
présente  des  bourgeons  ou  nœuds,  par  places  seulement  ou  dans  toute  sa 
longueur,  formés  de  cellules  embryonnaires.  Le  liquide  montre  des  leu¬ 
cocytes  nombreux,  granuleux  et  opaques,  des  lambeaux  d’endothélium 
détachés  de  la  séreuse  et  des  granulations  libres  en  grande  quantité.  Le 
sérum  est  fortement  coagulable. 

A  une  période  plus  avancée,  le  vaisseau  est  métamorphosé  en  un  véri¬ 
table  conduit  fistuleux  à  parois  résistantes  et  indurées.  Il  peut  être  complè¬ 
tement  clos  ou  parsemé  sur  son  trajet  d’ulcérations  nombreuses  qui  ont 
suivi  la  marche  et  présentent  tous  les  caractères  des  chancres  primitifs. 

L’examen  microscopique  de  la  corde  farcineuse,  à  ses  différents  stades 
d’évolution,  montre  qu’elle  résulte  d’un  processus  -inflammatoire  identique 
à  celui  qui  se  traduit  par  la  formation  des  chancres.  L’induration  est 
constituée  par  des  éléments  embryoplastiques  et  fibroplastiques. 

Pour  l’un  de  nous,  les  cordes  farcineuses  n’appartiennent  pas  toujours 
à  des  vaisseaux  lymphatiques  ;  on  les  voit  quelquefois  formées  par  des 
veines  superficielles  oblitérées  ;  c’est  à  cette  lésion  que  sont  liés  souvent 
les  œdèmes  que  l’on  observe  aux  membres. 

Les  ganglions  lymphatiques  auxquels  aboutissent  les  cordes  farcineuses 
sont  volumineux  et  forment  des  tumeurs  bosselées.  Lorsque  ces  tumeurs 
sont  unies  ensemble  par  un  tissu  cellulaire  épaissi,  presque  lardacé,  elles 
sont  parfois  énormes.  L’altération  morbide  de  ces  tumeurs  ganglionnaires 
du  farcin  ne  se  distingue  pas,  au  point  de  vue  anatomique,  de  celle  de  la 
glande  de  la  morve;  aussi  en  ferons-nous  la  description  anatomique  à 
propos  de  cette  dernière  affection. 

Une  autre  espèce  de  tumeurs  moins  communes  dans  le  farcin  chronique 
offre  de  l’analogie  avec  les  tumeurs  gommeuses  syphilitiques  ;  elles  sont 
placées  dans  le  tissu  cellulaire  du  tronc  et  des  membres,  et  paraissent  tenir 
quelquefois  au  développement  des  boutons  sous-cutanés.  Indolentes  et  sans 
changement  de  couleur  à  la  peau,  elles  offrent  une  fluctuation  sourde.  Lors¬ 
qu’elles  sont  profondes,  elles  sont  dures  et  fixées  sur  les  os  avec  lesquels 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipedes. 


elles  semblent  se  continuer.  Riss  a  vu  ainsi  de  véritables  kystes,  à  parois 
osseuses,  dont  la  cavité  renfermait  une  humeur  jaunâtre  très-épaisse  et 
grumeleuse. 

C’est  par  leurs  rapports  avec  de  semblables  tumeurs  que  les  os  eux- 
mêmes  finissent,  dans  quelques  cas,  par  s’altérer.  Ces  tumeurs,  comme  les 
engorgements  farcineux  des  membres,  ne  possèdent  aucun  élément  ana¬ 
tomique  caractéristique  ;  elles  ne  représentent  que  les  altérations  de  l’in¬ 
flammation  sub-aiguë.  En  terminant  cette  étude  de  l’anatomie  pathologique 
du  farcin  chronique,  nous  ajouterons  que  le  poumon  renferme  ordinaire¬ 
ment,  toujours  même  si  l’alfection  est  ancienne  et  si  elle  accompagne  la 
morve,  des  tubercules  spécifiques  à  différents  degrés  de  développement  ;  de 
même,  alors,  on  voit  la  pituitaire  parsemée  d’ulcérations,  altérations  que 
nous  allons  étudier  en  détail  à  propos  de  la  morve. 

II.  Morve  CHRONIQUE. — L’étude  anatomo-pathologique  montre,  dit  Reynal, 
avec  la  plus  grande  évidence  qu’il  ne  faut  pas  établir  de  séparation  entre  la 
forme  chronique  et  la  forme  aiguë  de  la  morve  ;  car  il  n’existe  pas  de  cas 
où  l’on  ne  trouve  sur  le  même  sujet,  à  côté  des  lésions  de  la  forme  chro¬ 
nique,  celles  de  la  forme  aiguë.  On  peut  suivre  dans  une  seule  autopsie  le 
processus  essentiel  dans  toutes  ses  mutations. 

Les  lésions  de  la  morve  chronique  ou  aiguë  sont  localisées  ordinairement 
dans  l’appareil  respiratoire  et  les  portions  du  système  lymphatique  qui  s’y 
relient.  Toutefois  on  peut  en  rencontrer  dans  un  grand  nombre  d’organes, 
mais  ce  sont  des  lésions  contingentes  qui  n’ont  pas  la  caractéristique  des 
premières.  Les  lésions  essentielles,  de  nature  spécifique  sont  les  chancres, 
les  tubercules,  les  cordes  lymphatiques  et  les  glandes.  Les  autres,  contin¬ 
gentes,  sont  d’ordre  inflammatoire  ou  anémique  ;  ce  sont  les  collections 
purulentes  des  sinus,  les  indurations  des  plèvres,  du  parenchyme  pulmo¬ 
naire  et  de  quelques  viscères  ;  enfin  quelquefois  les  altérations  générales  de 
l’anémie. 

Chancres.  —  Ulcérations  morveuses.  —  Caractères  macroscopiques  —  Les 
ulcérations  morveuses  sont  de  deux  ordres  :  les  unes  identiques  aux 
«chancres  du  farcin,  les  autres  constituées  par  de  simples  destructions  épi- 
îthéliales:  Les  chancres  proprement  dits  existent  sur  la  cloison  nasale,  les 
■cornets,  et  le  plus  souvent  d’un  seul  côté  ;  quelquefois  on  en  rencontre 
«dans  les  deux  cavités.  «  Il  est  un  point  où  ils  ne  manquent  jamais  et  qui  en 
.«  est,  dit  Reynal,  ainsi  que  l’avait  indiqué  Rayer,  comme  le  lieu  d’élection, 
««  c’est  le  repli  de  l’aile  interne  du  nez.  Tantôt  ils  sont  isolés  et  peu  nom- 
>«  ibreux  ;  tantôt,  au  contraire,  ils  sont  disposés  en  séries  linéaires  ou  groupés 
«  en  nombre  considérable  sur  une  surface  étroite.  On  les  voit  souvent  ainsi 
a  sur  les  cornets,  dont  ils  recouvrent  la  plus  grande  partie.  Ils  sont  d’abord 
«  représentés  par  une  petite  nodosité  sphérique,  grosse  comme  un  grain  de 
«  millet  ou  un  petit  pois,  logée  dans  l’épaisseur  de  la  muqueuse  ou  dans  le 
«  tissu  conjonctif  sous-jacent  :  quand  la  maladie  marche  lentement,  ces 
«  petits  boutons  indurés  sont  d’une  teinte  jaunâtre  lavée,  plus  pâle  que  la 
«  couleur  normale  de  la  muqueuse  et  sur  laquelle  elle  tranche  sensiblement.  » 
Cet  auteur  ajoute  que  dans  le  cas  où  l’état  morbide  a  pris  une  certaine 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 


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acuité,  on  peut  trouver  autour  de  chacun  une  légère  aréole  d’hyperhémie  et 
d’infiltration  œdémateuse,  d’autant  plus  accusée  que  le  processus  est  plus 
rapide.  Ce  bouton  de  morve  est  constitué  par  un  tissu  dense,  résistant,  gris 
clair,  translucide.  Plus  tard,  sur  son  point  le  plus  culminant,  il  présente 
une  coloration  blanc  jaunâtre  et  opaque,  l’épithélium  qui  le  recouvre  est 
gonflé  ou  éliminé,  et  le  point  central  est  devenu  friable,  pyoïde,  facile  à 
écraser.  Puis,  enfin,  cette  partie  ramollie  et  éliminée  sous  forme  de  pus 
laisse, à  sa  place  une  petite  cavité  entourée  d’un  fin  bourrelet  induré.  Elle 
repose  sur  une  base  résistante. 

Lorsque  les  chancres  morveux  se  touchent,  se  confondent  par  leurs 
bords,  ils  donnent  lieu  à  de  larges  plaques  ulcéreuses  dont  les  figures  et 
les  dimensions  varient  àl’infini,  mais  qui  conservent  toujours  sous  elles  et 
dans  leur  périphérie  l’induration  caractéristique. 

Outre  les  chancres  proprement  dits,  on  trouve  presque  toujours  à  la  sur¬ 
face  de  la  pituitaire,  dans  le  cas  de  morve  ancienne,  de  larges  ulcérations 
circulaires,  superficielles,  dues  à  la  destruction  de  l’épithélium.  On  les  ren¬ 
contre  principalement  à  la  surface  de  la  cloison. 

Lorsque,  pendant  la  vie,  la  morve  a  suspendu  sa  marche,  on  observe 
quelquefois,  après  la  mort,  un  certain  nombre  d’ulcérations  qui  présentent 
de  véritables  bourgeons  charnus,  et  dont  les  bords,  de  niveau  avec  le  fond, 
offrent  un  véritable  travail  de  cicatrisation  et  quelquefois  un  commence¬ 
ment  de  cicatrice. 

Les  chancres  et  les  ulcérations  affectent  une  partie  de  l’épaisseur  de  la 
pituitaire,  ou  toute  cette  membrane  qui  se  trouve  détruite  jusqu’aux  car¬ 
tilages  ou  jusqu’aux  os,  suivant  le  point  où  l’ulcération  s’est  développée. 

Nous  reproduisons,  d’après  Zundel,  une  figure  où  l’on  peut  voir  ces 
lésions  (fig.  10). 

Dans  certains  cas.  Rayer  a  vu  de  véritables  cicatrices  sur  la  muqueuse 
de  la  cloison  et  sur  celle  qui  revêt  les  cornets.  Plusieurs  fois  même,  il  a 
vu  la  membrane  muqueuse  de  la  cloison  sillonnée  en  divers  sens  par  des 
brides  saillantes  plus  blanches  que  la  muqueuse  saine,  et  s’étendant  en 
rayonnant  d’un  point  central  à  peu  près  comme  certaines  cicatrices  de  la 
peau  à  la  suite  de  brûlures.  L’humeur  que  l’on  trouve  à  la  surface  des  fosses 
nasales  est  variable  sous  le  rapport  de  sa  constitution  et  de  sa  couleur,  sui¬ 
vant  l’état  ulcéré  ou  non  de  la  muqueuse.  Tantôt  constituée  par  un  mucus 
épais,  jaunâtre  et  filant,  elle  se  rapproche  un  peu  plus  du  pus  à  la  surface 
des  ulcères.  Rayer  a  trouvé  quelquefois  dans  les  sinus  maxillaires  et  dans 
les  cornets  une  matière  d’un  blanc  laiteux,  épaissie  comme  du  lait  caillé. 

La  lame  fibreuse  delà  pituitaire,  épaissie  dans  quelques  points,  éprouve 
une  véritable  ossification  accidentelle  dans  quelques  autres.  Plusieurs  fois, 
dans  les  sinus.  Rayer  a  vu  les  lames  de  la  couche  fibro-celluleuse  de  la  pitui¬ 
taire,  infiltrées  d’une  matière  d’apparence  gélatineuse,  offrir  une  épaisseur 
de  deux  à  trois  lignes. 

Lorsque  la  morve  a  persisté  longtemps  chez  un  cheval,  les  os  des  fosses 
nasales  éprouvent  de  fortes  altérations.  Quelquefois,  leur  tissu  notablement 
épaissi,  poreux,  blanchâtre,  fort  peu  consistant,  se  laisse  écraser  facilement 


88  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 

entre  les  doigts.  D’autres  fois,  les  lames  osseuses  ont  une  épaisseur  plus 
que  quadruple  de  l’épaisseur  normale.  Elles  sont  dures,  cassantes;  leurs 
bords  sont  aigus,  leur  surface  est  rugueuse,  inégale,  et  présente  beaucoup 
de  petits  trous  qui  paraissent  destinés  aux  vaisseaux.  Enfin,  on  a  observé  la 
perforation  de  la  cloison  du  nez. 

L’étude  histologique  des  chancres  morveux  de  la  pituitaire  fait  recon- 


Fig.  10.  —  Cloison  nasale  d’un  cheval  morveux.  —  Une  bande  jaunâtre  d’infiltration  plas¬ 
tique  parcourt  la  pituitaire  ;  sur  cette  bande,  on  voit  à  gauche  des  érosions  de  différentes 
formes;  au  milieu  une  nodosité  morveuse,  une  autre  ulcérée  et  un  chancre;  à  droite  une 
nodosité  avec  aréole,  une  pseudo-cicatrice;  un  chancre  en  bas  sur  la  pituitaire  saine  ;  en 
haut,  il  y  a  à  droite  des  érosions  granuleuses  ;  vers  le  milieu  des  chancres  profonds  à  bour¬ 
relet  dur  et  saillant,  puis  une  pseudo-cicatrice;  des  érosions  de  toutes  formes,  des  nodosités 
à  points  plus  blancs ,  enfin  un  chancre  sur  une  partie  érodée.  (Zündel.  Dictionnaire  de 
médecine,  de  chirurgie  et  d’hygiène  vétérinaires,  Paris,  1875,  Article  Morve.) 


MOUVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes.  89 

naître  que  leur  tissu,  avant  et  après  Tulcération,  a  la  même  organisation 
que  celui  des  nodosités  qui  occupent  l’arbre  respiratoire  (Trasbot).  C’est 
donc  à  propos  des  tubercules  du  poumon  que  nous  ferons  connaître  en  quoi 
consiste  là  structure  de  ces  nodosités. 

Le  larynx,  la  trachée,  les  bronches  sont  le  siège  de  lésions  non  moins 
remarquables  et  non  moins  caractéristiques  que  celles  de  la  pituitaire.  Ces 
lésions,  entrevues  par  Rayer,  regardées  comme  peu  fréquentes  par  les 
vétérinaires  de  cette  époque,  ont  été  surtout  étudiées  par  l’un  de  nous. 
Sur  vingt-quatre  autopsies  de  chevaux  atteints  de  morve  chronique , 
il  a  trouvé  huit  fois  des  altérations  considérables  de  la  muqueuse  des 
voies  aériennes,  qui  ont  été  soumises  à  l’examen  des  membres  de  la 
Société  anatomique.  Dans  la  description  de  ces  lésions,  il  est  important  de 
distinguer  plusieurs  degrés,  qui  se  succèdent  et  correspondent  aux  diffé¬ 
rentes  périodes  de  la  maladie. 

1°  La  membrane  muqueuse,  sans  changement  de  coloration  ni  de  con¬ 
sistance,  est  parsemée  depuis  le  larynx  jusqu’aux  divisions  bi’onchiques 
d’un  nombre  considérable  (trois  ou  quatre  cents)  de  petites  élevures 
blanches,  analogues  au  premier  abord  aux  papilles  de  la  langue.  Abon¬ 
dantes  surtout  sur  les  parties  latérales,  elles  suivent  partout  la  direction  des 
plis  longitudinaux  très-visibles  à  la  face  interne  des  voies  aériennes.  Leur 
forme  estoblongue;  elles  sont  renflées  au  milieu,  et  leurs  deux  extrémités, 
quelquefois  très-effilées,  vont  en  s’amincissant  se  confondre  avec  les  plis 
normaux  dont  elles  semblent  un  épaississement.  On  pourrait  les, comparer 
à  des  cicati’ices  très-anciennes  de  morsures  de  sangsues.  Dans  quelques 
points,  elles  sont  plus  petites  et  consistent  en  une  simple  élevure;  mais 
dans  d’autres,  elles  se  prolongent  presque  uniformément  sur  la  largeur  du 
pli,  qui  devient  alors  beaucoup  plus  saillant  que  dans  l’état  naturel.  Elles 
n’ont  guère  plus  de  0,001  à  0,002““  au-dessus  de  la  surface  même  delà 
trachée  ;  quelques-unes  ne  font  qu’une  saillie  beaucoup  moindre,  ou  rhême 
semblent  de  simples  taches  sous-muqueuses  qui  ne  forment  pas  d  ele- 
vures  et  ne  se  sentent  pas  même  au  toucher.  Leur  couleur  est  d’un  blanc 
opalin,  qui  tranche  sur  la  teinte  légèrement  jaunâtre  de  la  muqueuse  ;  les 
plus  élevées  sont  demi-transparentes.  La  plupart  de  ces  élevures  sont 
isolées  et  parfaitement  distinctes  ;  mais  quelquefois  on  en  voit  un  certain 
nombrese  réunir  en  groupe  de  deux  à  cinq.  Si  l’on  incise  une  élevure  dans 
un  sens  ou  dans  l’autre  jusqu’au  cerceau  cartilagineux,  on  voit  sur-le- 
champ  qu’elle  dépend  exclusivement  de  la  membrane  muqueuse  et  ne 
pénètre  ni  dans  la  couche  musculeuse,  ni  dans  le  tissu  cellulaire  sous- 
jacent.  En  exerçant  sur  la  muqueuse  une  traction  un  peu  forte,  portant  lon¬ 
gitudinalement,  on  affaisse  toutes  les  élevures,  au  point  de  faire  disparaître 
complètement  les  moins  saillantes. 

2°  Les  agglomérations  d’élevures  dont  nous  avons  parlé,  lorsqu’elles 
sont  un  peu  étendues,  forment  des  espèces  d’étoiles  qu’il  ne.  faut  pas  con¬ 
fondre  avec  les  véritables  cicatrices  que  l’on  trouve  aussi  dans  les  conduits 
aériens  et  avec  lesquelles  elles  ont  quelque  ressemblance.  Ces  p'aques  sont 
formées  de  plis  radiés,  sous  lesquels  on  pénètre  et  qui  se  terminent  en  cul- 


MORVE  ET  FARCIN 


de-sac.  Ces  replis  sont  simplement  muqueux;  ils  n’ont  ni  l’aspect,  ni  la 
consistance  du  tissu  .fibreux  ;  ils  ne  dilîèrent  en  rien  de  ceux  qui  forment 
les  élevurés  les  plus  saillantes  ;  enfin  la  muqueuse  sur  laquelle  ils  se  déta¬ 
chent  n’est  pas  adhérente  aux  tissus  sous-jacents.  Il  n’y  a  que  le  point  cen-, 
tral  qui  soit  un  peu  plus  dur,  bien  que  sans  avoir  une  grande  résistance.  Si 
donc,  au  premier  aspect,  il  semble  qu’il  y  ait  là  une  cicatrice,  on  peut  n’y 
voir  qu’une  agglomération  plus  grande  et  moins  régulière  des  élevures 
voisines.  Au  niveau  de  ces  groupes,  on  trouve  dans  le  tissu  cellulaire  sous- 
muqueux  une  vascularisation  plus  grande. 

3°  Dans  un  degré  plus  avancé,  les  élevures  répandues  sur  la  muqueuse 
laryngée  et  trachéale,  aulieu  d’être  blanches  et  demi  transparentes  dans  toute 
leur  étendue,  sont  d’un  rose  vif  à  leur  sommet  ;  elles  forment  comme  une 
longue  bande,  dont  la  rougeur  contraste  avec  la  pâleur  de  la  muqueuse 
voisine.  L’injection  considérable  de  quelques-unes  d’entre  elles  les  rend 
turgescentes  et  rouges  comme  les  bourgeons  charnus  d’une  plaie  ;  elles 
présentent  aussi  une  disposition  remarquable  qui  n’existe  pas  dans  le  pre¬ 
mier  degré.  Le  sommet  est  déprimé  en  forme  de  godet,  et  au  centre  on  voit 
un  point  très-rouge.  On  pourrait  les  comparer  à  la  pustule  vaccinale  au 
cinquième  ou  sixième  jour.  Autour  de  quelques-unes,  l’épithélium  forme 
comme  une  espèce  de  circonvallation  très-peu  profonde,  mais  cependant 
visible  à  l’œil  nu,  et  d’où  l’élevure  sort  comme  le  mamelon  s’élève  des 
calices  du  rein.  La  section  montre  un  développement  très-considérable  des 
vaisseaux  sous-jacents,  dont  la  vive  injection  témoigne  d’un  degré  de  plus 
dans  le  travail  pathologique. 

4“  De  l’agglomération  et  du  ramollissement  des  élevures  résultent  de  vé¬ 
ritables  ulcérations.  Leur  nombre  est  parfois  si  considérable,  que  c’est  à 
peine  s’il  reste  un  point  où  la  muqueuse  soit  saine;  mais  il  arrive  qu’on 
n’en  rencontre  que  deux  ou  trois,  rarement  une  seule.  Leur  étendue  varie 
de  3  millimètres  à  1 2  centimètres  et  même  plus  ;  l’un  de  nous  a  vu  toute  la 
surface  interne  d’une  première  division  bronchique  entièrement  détruite. 
Leur  circonférence  est  tantôt  circulaire,  tantôt  irrégulière,  et  sa  forme  dé¬ 
pend  de  leur  grandeur.  En  effet,  les  plus  petites  sont  très-régulièrement 
rondes;  les  plus  grandes,  au  contraire,  ont  des  bords  sinueux  et  semblent 
quelquefois  formées  par  la  réunion  des  plus  petites.  Les  ulcérations  les 
moins  larges  sont  élevées  au-dessus  de  la  muqueuse  et  leur  surface  est  uni¬ 
forme  ;  seulement  elles  présentent  au  centre  une  couleur  moins  vive  et  un 
ramollissement  plus  avancé  qu’à  leur  circonférence.  A  mesure  qu’elles  aug¬ 
mentent  de  dimension,  elles  deviennent  moins  saillantes,  et  bientôt  se 
creusent  de  plus  en  plus  profondes  au-dessous  de  la  surface  des  parties 
restées  saines.  Les  plus  étendues  ont  des  bords  élevés  de  1  à  4  millimètres, 
presque  taillés  à  pic  et  d’un  rouge  très-vif.  En  approchant  du  centre,  la 
rougeur  dévient  terne  et  sale.  Le  fond,  situé  à  1  centimètre  au  -dessous  du 
niveau  des  bords,  est  grisâtre  et  formé  d’une  pulpe  ramollie  placée  entre 
les  mailles  d’un  tissu  réticulé  et  comme  gaufré,  qui  résiste  au  lavage.  La 
surface  présente  souvent  des  bourgeons  d’un  rouge  livide  ou  d’un  rose  vif, 
■et  de  véritables  fongosités  plus  ou  moins  élevées.  Dans  quelques  points  où 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 


91 


l’ulcération  a  pénétré  plus  profondément,  on  voit  les  cerceaux  cartilagi¬ 
neux  mis  à  nu.  On  voit,  au  milieu  de  quelques-unes,  des  îlots  de  tissus 
sains  qui  ont  résisté  et  sur  lesquels  s’aperçoivent  de  simples  élevures. 
Autour  des  plus  petites  plaques ,  la  membrane  muqueuse  est  plissée 
et  comme  rayonnée  ;  quant  aux  grandes  ulcérations,  elles  ont  déter¬ 
miné  autour  d’elles  une  contraction  telle  des  tissus  sous-jacents ,  et 
même  des  cartilages,  qu’elles  forment  des  enfoncements  et  de  véritables  ca¬ 
vités  creusées  sur  toute  la'  longueur  de  la  trachée  et  des  bronches.  Une  dis¬ 
position  très-remarquable  s’observe  souvent  encore  pour  ces  ulcérations, 
et  en  indique  la  marche  curieuse.  Tandis  que  le  bord  inférieur  forme  un 
bourrelet  saillant,  d’un  rouge  très-vif,  découpé  à  pic  et  très-nettement  sur 
la  muqueuse,  le  supérieur,  au  contraire,  est  irrégulier,  mal  limité,  se  con¬ 
fondant  avec  les  parties  supérieures  et  s’en  distinguant  seulement  par  la 
■couleur  et  la  consistance  particulière  du  tissu  ulcéré.  C’est  que  la  mu¬ 
queuse  est  tout  à  fait  saine  au-dessous  de  l’ulcération,  tandis  que,  au-dessus 
d’elle,  elle  porte  les  traces  encore  récentes  de  l’ulcération  qui,  comme  on 
le  voit,  se  développe  d’un  côté  à  mesure  qu’elle  se  cicatrise  de  l’autre. 

5“  Cette  disposition  explique  la  fréquence  des  cicatrices  que  Ton  ren¬ 
contre  dans  les  voies  aériennes  des  chevaux  atteints  de  morve  chronique, 
et  qui  ne  sont  le  plus  souvent  que  le  signe  trompeur  d’une  guérison  appa¬ 
rente.  Il  nous  reste  à  indiquer  sous  quelle  forme  elles  se  présentent  ;  elles 
sont  plus  ou  moins  complètes  ;  la  surface  ulcérée  est  d’abord  rugueuse , 
sillonnée  par  des  nodosités  ou  des  brides  irrégulières  ;  à  la  place  des  bour¬ 
geons  et  des  fongosités,  on  voit  une  trame  cellulo-fibreuse  réticulée.  Plus 
tard,  c’est  une  véritable  cicatrice  rayonnée,  fibreuse,  nacrée,  très-résis¬ 
tante.  Rétractée  sur  elle-même,  elle  produit  souvent  un  rétrécissement 
considérable  du  calibre  de  la  trachée  et  une  déformation  qui  est  devenue 
dans  quelques  cas  une  cause  de  cornage.  Les  cicatrices  que  Ton  observe 
dans  les  fosses  nasales  comme  dans  les  voies  aériennes  se  montrent  pres¬ 
que  toujours  à  côté  d’ulcérations  récentes. 

Les  désordres  que  Ton  trouve  dans  les  poumons  ont  dès  longtemps  fixé 
l’attention  des  vétérinaires,  et  avec  juste  raison,  car  ils  sont,  on  peut  le 
dire,  aussi  essentiels  à  la  maladie  que  les  lésions  nasales  elles-mêmes. 
Pendant  longtemps,  la  plupart  des  observateurs,  avec  Dupuy,  rapportèrent 
au  tubercule  les  altérations  pulmonaires.  Trousseau  et  Leblanc  n’hésitèrent 
pas  à  regarder  comme  tuberculeuses  les  granulations  morveuses  du  pou¬ 
mon.  Toutefois,  Trousseau  modifia  plus  tard  son  opinion,  et  il  reconnut 
qu’il  n’est  pas  légitime  d’assimiler  la  mor\'e  chronique  des  chevaux  à  la 
phthisie  tuberculeuse  de  Thomme.  Rayer  assigna  le  premier  à  ces  lésions 
leur  vrai  caractère.  Il  décrivit  :  a  Des  granulations  miliaires  propres  à  la 
morve  chronique;  b  des  masses  rougeâtres,  ou  jaunes,  ou  blanches,  plus 
ou  moins  indurées,  et  disséminées  à  la  surface  ou  à  l’intérieur  des  poumons, 
d’ailleurs  sains.  Voici,  du  reste,  en  quoi  consistent  les  lésions  macroscopi¬ 
ques  des  poumons  (fig.  11)  : 

a  Le  tissu  pulmonaire  est  criblé  d’une  quantité  innombrable  de  petits 
dépôts,  dont  le  volume  varie  depuis  celui  d’une  tête  d’épingle  jusqu’à  celui 


morve  et  FARCIN  chez  les  solipédes. 


d’un  gi’ain  de  chènevis,  formés  d’une  matière  fibrineuse  jaune,  présentant 
partout  la  même  consistance,  ne  se  laissant  pas  écraser  facilement  et  ré¬ 
sistant  à  la  pression,  partout  isolés  au  milieu  du  tissu  pulmonaire  dans  de 
petits  kystes,  desquels  on  les  fait  sor¬ 
tir  sans  peine  par  l’énucléation,  et  qui 
forment  ensuite  de  petites  vacuoles 
à  parois  d’un  blanc  grisâtre,  assez 
et  demi-transparentes,  res¬ 
semblant  au  cul-de-sac  terminal  des 
Ces  petits  kystes  sont  adhé- 
,  mais  sans  union  vasculaire,  . 
tissu  des  poumons  dont  on  ne  peut 
les  détacher  complètement.  Autour 
de  ces  granulations,  le  poumon  est 
;  nulle  part  on  ne  trouve  de  ca¬ 
vernes.  A  la  surface  du  poumon,  sous 
plèvre,  les  granulations  forment  de 
petites  taches  jaunes,  légèrement  sail¬ 
lantes  à  la  vue,  et  surtout  au  tou¬ 
cher,  isolées  et  sans  injection  ni  co¬ 
loration  du  tissu  environnant.  Dans 
'ïntérieur  du  parenchyme  pulmonaire, 
granulations  jaunes  sont  entourées 
d’un  cercle  d’un  gris  noirâtre  très- 
marqué,  mais  presque  linéaire  et  formé 
par-  les  parois  des  petits  kystes.  Ces 
granulations  sont  quelquefois  en  petit 
nombre  et  elles  sont  souvent  accom¬ 
pagnées  d’un  piqueté  d’un  rouge  ver¬ 
meil,  qui  semble  formé  par  une  infiltra¬ 
tion  sanguine  très-limitée  entre  chaque 
vésicule  pulmonaire. 

Les  poumons  présentent  encore 
noyaux  ecchymotiques,  ou  des  dé¬ 
fibrineux  dont  le  volume  peut 
d’un  œuf  de  poule.  On 
trouve  aussi  fréquemment  des  masses 
d’un  blanc  légèrement  bleuâtre,  lar- 
dacées,  tantôt  gélatini formes,  tantôt 
très-dures.  Elles  ne  sont  pas  isolées  ni 
nettement  circonscrites,  mais  elles  se 
confondent  sans  lignes  de  démarcation 
avec  les  parties  complètement  saines  qui  les  entourent,  et  semblent  infiltrées 
dans  le  tissu  pulmonaire.  Quelques  granulations  se  retrouvent  au  milieu 
de  ces  masses  indurées.  Les  parois  dégénérées  des  rameaux  bronchiques  et 
des  vaisseaux  qui  les  traversent  se  confondent  souvent  avec  elles,  et  il  n’est 


Fig.  11.  —  Coupe  du  poumon 
morveux  (grandeur  naturel! 
voit  nombre  de  tubercules  miliaires, 
tubercules  plus  grands  entourés  d’ 
zone  d’iiépatisation  pulmonaire  ;  à  F 
gle  droit  il  y  a  de  l’infiltration 
(ZüNDEL,  Dictionnaire  de  médecine,  de 
chirurgie  et  d’hygiène  vétérinaires. 
Paris,  1875,  Ar 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes.  93 

pas  rare  de  voir  des  ulcérations  sur  la  muqueuse  aux  points  qui  leur  cor¬ 
respondent. 

Caractères  microscopiques  des  nodules  ou  tubercules  morveux  :  Poumons, 
muqueuse  pituitaire,  laryngée,  trachéale  et  bronchique.  —  Dans  ces  der¬ 
nières  années,  Trasbot  a  étudié  les  tubercules  morveux  au  point  de  vue 
histologique.  Pour  lui,  les  tubercules  ou  nodules  morveux  ne  se  ren¬ 
contrent  que  dans  les  poumons  où  parfois  ils  existent  en  grande  quantité. 
Ils  sont  disséminés  dans  tout  le  parenchyme  pulmonaire  depuis  la 
superficie  jusqu’à  la  racine  des  poumons.  Ils  sont  très-appréciables  à  la 
vue  et  par  le  toucher.  On  les  trouve  à  différents  âges  de  leur  évolution. 

A  leur  première  période,  les  tubercules  morveux  sont  repi'ésentés  par  de 
petits  îlots  hyperhémiés,  assez  régulièrement  sphéroïdes,  qui  sont  d’un  rouge 
vif  d’abord,  puis  plus  sombre.  Ces  petits  foyers  sont  le  siège  d’une  infiltration 
séreuse  abondante  ;  ils  sont  assez  souples,  assez  élastiques,  et  n’ont  pas  cette 
compacité,  cette  friabilité,  qui  caractérisent  l’hépatisation.  A  une  période 
plus  avancée,  on  aperçoit  au  centre  un  point  blanc  grisâtre,  qui  acquiert  ra¬ 
pidement  un  certain  développement;  il  conserve  encore  autour  de  lui 
l’aréole  hyperhémique,  et  ne  s’isole  pas  du  tissu  qui  l’entoure  et  avec  lequel 
il  est  en  continuité  parfaite.  Plus  tard  encore,  il  se  densifie,  sa  couche  exté¬ 
rieure  s’organise  et  se  toansforme  en  une  paroi  fibreuse  résistante,  en 
même  temps  que  sa  circonférence  enflammée  se  rétrécit  graduellement  et 
finit  par  disparaître.  Alors  il  est  complètement  formé,  bien  délimité,  dense, 
résistant,  opaque  dans  son  centre  et  entouré  d’une  paroi  qui  possède  la 
ténacité  du  tissu  fibreux  ordinaire.  Contrairement  à  ce  qu’on  a  prétendu,  il 
n’est  jamais  enkysté.  Sa  coque  conserve  toujours,  d'une  part,  une  continuité 
parfaite  avec  le  tissu  conjonctif  environnant,  et,  d’autre  part,  elle  émet  des 
prolongements  fins  qui  se  perdent  et  s’entre-croisent  dans  son  intérieur  et 
l’unissent  intimement  au  contenu  qu’elle  renferme. 

Arrivé  à  l’apogée  de  son  développement,  le  tubercule  subit  la  dégénéres¬ 
cence  granulo-graisseuse  et  la  calcification. 

La  première  de  ces  modifications  est  signalée  par  l’aspect  opaque  et  ca¬ 
séeux  que  revêt  le  centre  de  la  nodosité.  Celui-ci  peut  alors  être  énucléé  de 
la  coque  qui  le  renferme  et  se  réduit  en  une  bouillie  épaisse  par  la  pression. 
A  la  suite  de  la  désagrégation  caséeuse,  ou  en  même  temps  qu’elle,  il  se 
dépose  souvent  dans  la  substance  du  tubercule  morveux  des  sels  de  chaux 
qui  en  modifient  notablement  la  consistance  dans  la  partie  centrale  ;  on  les 
trouve  sous  forme  de  petits  grains  irréguliers,  donnant,  au  toucher,  la  sen-  . 
sation  d’un  sable  très-fin  qui  se  trouverait  mélangé  à  la  matière  caséeuse. 
Dans  la  coque  fibreuse,  ils  sont  intimement  incorporés  au  tissu  et  lui 
donnent  la  consistance  osseuse.  Cette  imprégnation  minérale  ne  s’observe 
que  chez  les  animaux  vieux  qui  ont  vécu  des  années  après  les  premières 
manifestations  très-obscures  et  méconnues  de  la  maladie. 

Les  tubercules  de  la  morve  se  développent  dans  l’épaisseur  même  de  la- 
muqueuse  d’une  .très-petite  bronche  et  dans  le  tissu  conjonctif  qui  lui  est 
sous-jacent,  dans  l’angle  de  division  des  dernières  ramifications  de  l’arbre 
bronchique,  ou,  mais  plus  rarement,  autour  d’un  vaisseau.  Ils  se  rappro- 


94  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipêdes. 

chent  en  cela  des  nodules  ou  chancres  delà  peau  qui  ont  pour  siège  le  derme 
cutané  et  le  tissu  contigu,  et  des  chancres  de  la  pituitaire.  Pour  bien  appré¬ 
cier  ces  caractères  morphologiques,  il  faut  pratiquer  des  coupes  minces  dé 
tubercules  durcis  dans  l’acide  chromique.  Aucentreduplusgrandnombre,  on 
trouve  une  petite  bronche  remplie  par  une  masse  solide  ou  ramollie  qui 
l’obstrue  entièrement,  ou  bien  le  tuyau  aérien  est  refoulé  sur  l’un  des  côtés 
du  nodule,  ou  enfin  celui-ci  est  enserré  dans  l’angle  de  division.  Quand  on 
fait  une  coupe  du  tubercule  en  voie  de  formation,  on  constate  que  dans 
l’aréole  hyperhémiée  les  alvéoles  pulmonaires  sont  vides  comme  à  l’état 
normal,  et  qu’ils  sont  seulement  nn  peu  rétrécis  par  l’épaississement  de 
leurs  parois  infiltrées.  Il  n’y  a  donc  pas,  ainsi  qu’on  l’a  dit,  une  hépatisa¬ 
tion  lobulaire. 

Le  tubercule  présente  quelques  modifications  suivant  la  position  qu’il 
occupe.  Celui  qui  a  pour  base  une  petite  bronche  présente  une  masse  cen¬ 
trale  assez  molle,  composée  de  globules  purulents  et  de  filaments  de- 
mucus  qui  résistent  à  l’action  de  l’acide  acétique  et  forment  une  espèce 
de  réseau,  emprisonnant  les  globules  et  donnant  à  l’ensemble  une  consis¬ 
tance  élastique  analogue  à  celle  du  gluten.  Il  montre,  en  outre,  fréquem¬ 
ment  dans  son  intérieur  quelques  fragments  de  cellules  cylindro-coniques,. 
à  cils  vibratiles  détachés  de  la  muqueuse. 

Le  tissu  propre  du  tubercule  est  représenté,  dans  la  muqueuse,  par  un 
épaississement  qui  gagne  de  proche  en  proche  et  forme  bientôt  un  anneau 
complet  et  très-irrégulier,  qui  entoure  la  bronche.  Au  microscope,  ce  tissu 
hétéroplasique,  qui  paraît  granuleux,  présente  la  disposition  suivante  : 
des  fibres  lumineuses  et  élastiques,  qui  se  continuent  avec  le  tissu  conjonc¬ 
tif  circonvoisin,  forment  un  réseau  très-serré,  dans  chaque  maille  duquel 
on  aperçoit  trois  à  quatre  noyaux  embryoplastiques,  plus  ou  moins  avancés 
dans  leur  développement.  Plus  tard,  ils  s’entourent  d’une  couche  protoplas¬ 
mique,  ils  s’allongent  un  peu  pour  prendre  la  forme  de  cellules  fibro-plas- 
tiques.  Mais  la  plupart  de  ces  éléments  sont  arrêtés  à  ce  point  de  dévélop- 
pement,  parce  que  le  tissu  propre  du  tubercule  ne  contient  pas  de  vaisseaux 
nutritifs,  de  sorte  que  la  couche  superficielle  seulement  se  nourrissant  aux 
dépens  des  vaisseaux  voisins  achève  son  organisation  et  forme  enfin  la 
coque  résistante  extérieure,  tandis  que  dans  les  parties  profondes  les  élé¬ 
ments  anatomiques  subissent  la  nécrobiose.  Ils  se  ratatinent,  se  rident,  de¬ 
viennent  granuleux,  et  finissent  par  éprouver  la  dégénérescence  caséeuse. 

Les  tubercules  développés  en  dehors  des  tuyaux  bronchiques,  dans  le 
tissu  interlobulaire  et  sous-pleural,  le  long  des  artères,  etc.,  présentent 
d’abord  une  disposition  différente.  Le  tissu  propre,  au  lieu  de  former  un 
anneau  autour  d’une  bronche,  est  rassemblé  en  une  petite  sphère  régulière. 
Du  reste,  il  a  identiquement  le  même  caractère  histologique  et  subit  exac¬ 
tement  les  mêmes  métamorphoses.  Cette  structure  appartient  en  propre 
aux  nodosités  que  nous  avons  décrites  sur  la  muqueuse  pituitaire,  laryngée, 
trachéale  et  bronchique. 

J.  Renaut  vient  de  donner  dans  le  travail  deH.Bouley  et  Brouardel,  publié 
dans  le  Dictionnaire  encyclopédique  des  sciences  médicales,  une  description 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes. 


95. 


du  nodule  ou  tubercule  morveux  toute  différente  de  celle  que  nous  venons  r 
de  relater  suivant  les  opinions  de  Trasbot.  Ainsi  Renaut  admet,  avec  quel¬ 
ques  auteurs,  l’existence  d’une  pneumonie  lobulaire;  car  les  alvéoles  pul¬ 
monaires,  dit-il,  sont  dépouillés  de  leur  endothélium,  oblitérés  par  des 
cellules  embryonnaires,  des  globules  blancs.  C’est  à  la  réunion  de  plusieurs 
alvéoles  voisins  remplis  de  la  sorte,  que  sont  dues  les  grosses  masses  ob¬ 
servées  à  la  surface  de  la  plèvre,  dans  l’intérieur  du  parenchyme  pulmonaire, 
et  qui  sont  improprement  appelées  tubercules.  Pour  lui,  l’hépatisation  mor¬ 
veuse  serait  ainsi  constituée  :  au  centre  de  la  lésion,  on  voit,  sous  un  faible 
grossissement,  une  série  de  grains  rouges  formant  par  leur  confluence  une 
grappe  élégante  ;  chaque  grain  est  constitué  par  une  agglomération  de 
globules  blancs  colorés  par  le  carmin  el  remplissant  exactement  un  alvéole 
pulmonaire.  Plusieurs  alvéoles  voisins,  remplis  de  la  sorte,  se  confondent 
pour  former  la  grappe,  et  généralement  le  nodule  morveux  renferme  au 
centre  un  petit  lobule  pulmonaire  oblitéré  par  des  cellules  embryonnaires, 
et  dont  les  alvéoles  sont  dépouillés  de  leur  endothélium.  Cette  sorte  d’îlot 
de  pneumonie  lobulaire  est  ordinairement  opaque  à  son  centre.  A  ce  niveau 
les  globules  blancs  ont  des  contours  moins  distincts  et  ils  sont  plongés  dans, 
une  masse  granuleuse.  Leurs  noyaux,  de  forme  bizarre,  bi-  ou  multilobés, 
sont  en  voie  de  bourgeonnement. 

Tout  autour  de  la  petite  grappe  ou  nodule  s’étend  une  nappe  translucide, 
très-analogue  au  premier  abord  à  un  îlot  de  pneumonie  colloïde.  Les  alvéo¬ 
les,  dépouillés  de  leur  endothélium,  sont  remplis  à  ce  niveau  par  une  masse 
d’un  jaune  verdâtre  paraissant  homogène.  Un  certain  nombre  de  globules 
blancs  y  sont  englobés,  et  forment  sur  quelques  points  des  sortes  d’îlots. 
Cette  zone  colloïde  est  forinée  par  une  hémorrhagie  ancienne.  La  substance 
qui  oblitère  les  alvéoles  est,  en  effet,  constituée  par  de  la  fibrine  soit  granu¬ 
leuse,  soit  fibrillaire,  par  des  globules  rouges  et  enfin  par  des  globules 
blancs.  Si  l’ondissocieces  masses  hémorrhagiques,  onyrencontre,  en  outre, 
de  grosses  cellules  rondes  chargées  de  pigment  sanguin.  Ces  cellules  ne 
sont  autre  chose  que  les  cellules  endothéliales  du  poumon  qui  ont  englobé 
les  globules  rouges.  Du  reste,  on  observe  ce  fait  dans  toutes  les  hémorrha¬ 
gies  pulmonaires  quelconques.  Enfin,  à  la  périphérie  de  cette  zone  hémor¬ 
rhagique  translucide,  on  observe  une  couronne  d’hémorrhagies  toutes  récen¬ 
tes,  semées  de  place  en  place,  comme  des  points,  tout  autour  de  la  lésion. 

En  dehors  de  ces  points  hémorrhagiques,  le  poumon  redevient  perméable. 
Les  vaisseaux  veineuxsont,  parplace,  extrêmement  dilatés.  Au  pourtour  du 
nodule,  ils  sont  souvent  entourés  de  globules  blancs  sortis  par  diapédèse. 
Plusieurs,  énfin,  dans  la  zone  hémorrhagique  périnodulaire,  sont  oblitérés 
par  des  caillots. 

Ainsi  constitué,  le  nodule  morveux  évoluant  se  présente  à  la  longue  sous 
d’autres  aspects.  Le  point  caséeux  qui  est  apparu  au  centre  du  nodule 
s’agrandit  et  envahit  parfois  le  nodule  entier  ;  l’ensemble  de  la  lésion  se 
ramollit  et  se  vide  dans  une  bronchiole,  formant  ainsi  une  excavation  ana¬ 
logue  aux  cavernes  tuberculeuses.  D’autre  fois,  surtout  chez  les  chevaux 
affectés  de  morve  chronique,  on  trouve  une  évolution  différente.  Le  nodule, 


96  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 

\  morveux  se  comporte  comme  un  bourgeon  charnu,  il  se  transforme  en  tissu 
conjonctif,  parcouru  par  des  vaisseaux  embryonnaires  et  des  lympathiques  ; 
ce  tissu  se  dirige  vers  les  nodules  plus  profonds  en  formant  une  bride  cel¬ 
luleuse,  sorte  de  cicatrice  rameuse  étoilée  sur  les  bords.  Le  tissu  pulmo¬ 
naire  commence,  dès  lors,  à  se  modifier;  tout  autour  de  la  bande  cicatri¬ 
cielle,  on  voit  les  alvéoles  pulmonaires,  d’abord  remplis  de  grosses  cellules 
endothéliales  gonflées,  s’aplatir  en  même  temps  que  les  travées  interalvéo- 
lalres  s’épaississent  et  se  chargent  de  cellules  embryonnaires  ;  en  fin  de 
compte,  elles  se  transforment  en  espèce  de  tissu  conjonctif.  Un  travail  ana¬ 
logue  s’effectue  dans  tous  les  points  du  poumon  où  existaient  soit  de  petits 
nodules,  soit  des  points  hémorrhagiques,  et,  comme  ces  points  sont  très- 
nombreux,  il  en  résulte  que  le  poumon  affecté  de  morve  chronique  est,  en 
même  temps,  sclérosé  par  places,  semé  d’hémorrhagies  en  voie  de  transforma¬ 
tion  ou  récentes,  enfin  de  nodules  morveux,  naissants  ou  entièrement 
formés. 

Pour  cet  auteur,  enfin,  les  ulcérations  des  muqueuses  du  système  respi¬ 
ratoire  reconnaissent  la  même  origine  :  inflammations  disposées  par  nodules, 
s’accompagnant  d’énorme  congestion,  d’exsudation  fibrineuse  abondante  et 
d’hémorrhagies,  et  aboutissant  en  fin  de  compte  à  la  mort  lente  des  éléments 
du  nodule  morveux,  origine  des  ulcérations  morveuses. 

Nous  avons  tenu  à  signaler  ici  les  idées  de  J.  Renaut  sur  la  structure  mi¬ 
croscopique  des  lésions  de  l’affection  morvo-farcineuse,  afin  que  le  lecteur 
pût  la  comparer  avec  celles  que  nous  avons  adoptées  d’après  Trasbot. 

La  corde  morveuse  ou  mieux  les  cordes  morveuses,  puisqu’elles  ont  pour 
base  les  lymphatiques  enflammés  qui  sillonnent,  de  l’ouverture  vers  le  fond 
de  la  cavité  nasale,  la  membrane  pituitaire,  forment  un  faisceau  plus  ou 
moins  gros,  dont  les  cordons  sont  noyés  dans  le  tissu  environnant,  très-abon¬ 
dant,  de  cette  région  et  qui  est  alors  épaissi  et  induré  autour  des  vaisseaux. 
On  peut  aussi  les  retrouver  au-dessus  du  paquet  ganglionnaire  de  l’auge. 

Outre  ces  lésions,  la  morve  est  encore  caractérisée  anatomiquement  par 
l’induration  des  ganglions  lymphatiques  de  l’auge  et  des  bronches.  Dans 
l’un  et  l’autre  point,  dit  Reynal,  comme  dans  les  ganglions  de  l’entrée  de 
la  poitrine  et  de  l’aine,  dans  le  cas  de  farcin,  les  ulcérations  sont  situées 
sur  les  régions  dont  les  vaisseaux  blancs  aboutissent  à  l’un  de  ces  paquets 
ganglionnaires. 

Contrairement  à  l’habitude  de  certains  vétérinaires  de  donner  le  nom 
de  glande  seulement  à  la  tnmeur  formée  par  les  ganglions  sous-linguaux, 
Reynal  applique  cette  désignation  encore  aux  altérations  ganglionnaii'es 
du  farcin.  Pour  lui,  la  différence  de  siège  n’est  que  secondaii’e  ;  aussi  celte 
étude  de  la  glande  de  morve  s’applique  non-seulement  à  la  tumeur  de 
l’auge,  mais  en  même  temps  à  celles  des  bronches  et  des  autres  régions  du 
corps. 

hd,  glande  de  morve  présente  des  caractères  anatomiques  variables  sui¬ 
vant  le  temps  de  son  développement.  Au  début,  les  ganglions  sont  le  siège 
d’un  processus  irritatif  qui  ne  paraît  nullement  spécifique.  En  les  incisant, 
on  constate  qu’ils  sont  un  peu  hyperhémiés  et  infiltrés  abondamment  d’un 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipêdes.  97 

blastème  nutritif,  jaune  citron,  qui  s’étend  à  la  périphérie  dans  le  tissu 
conjonctif  circonvoisin.  Le  tissu  du  ganglion  n’a  pas  perdu  sa  ténacité 
normale.  Il  est  flexible,  élastique  et  résiste  à  la  dilacération.  Deux  ou  trois 
jours  après  le  début  de  cette  altération,  les  ganglions,  plus  volumineux, 
sont  denses,  résistent  à  la  pression  et  prennent  un  aspect  bossué.  Le  fais¬ 
ceau  de  vaisseaux  blancs  constitue  une  espèce  de  pédoncule  auquel  ils 
sont  appendus.  En  pratiquant  des  incisions  dans  la  tumeur,  on  constate 
qu’elle  est  creusée  d’une  multitude  de  logettes  très-étroites,  remplies  de 
pus  épais  et  visqueux.  Autour  de  ces  cavités,  le  tissu  conjonctif  intermé¬ 
diaire  est  encore  très-vasculaire  et  déjà  fortement  épaissi,  comme  le  centre 
de  la  glande  ;  le  faisceau  des  vaisseaux  afférents  laisse  écouler  par  de  nom¬ 
breux  et  fins  pertuis,  représentant  chacun  un  lymphatique  enflammé,  de 
très-petites  gouttes  de  pus  visqueux  et  jaunâtre. 

A  une  époque  plus  avancée,  chacune  des  petites  cavités  intérieures  est 
un  peu  resserrée,  entourée  d’une  substance  fibreuse  plus  compacte,  plus 
résistante  et  moins  vasculaire.  Le  pus  renfermé  dans  les  excavations  est 
plus  épais,  jaunâtre,  caséeux.  Loin  de  suivre  la  marche  habituelle  des 
abcès,  chaque  petit  foyer  se  rétrécit  sous  l’influence  de  l’induration  crois¬ 
sante  du  tissu  intermédiaire,  et  les  éléments  subissent  la  dégénérescence 
granulo-graisseuse. 

Si  les  animaux  vivent  longtemps,  la  glande  peut  subir  l’infiltration  cal¬ 
caire. 

L’examen  microscopique  des  glandes  montre  que  leur  processus  est  ana¬ 
logue  à  celui  qui  produit  les  tubercules  du  poumon  et  les  chancres  des 
membranes  tégumentaires,  peau  et  muqueuse  pituitaire.  En  même  temps 
que  les  cellules  formant  la  masse  centrale  de  chaque  follicule  ganglion¬ 
naire  se  multiplient  pour  fournir  des  globules  de  pus,  les  éléments  du 
tissu  conjonctif  intermédiaire  entrent  également  en  prolifération  plus  active, 
sous  l’influence  de  l’action  irritante  de  la  lymphe  altérée  qui  les  baigne. 
Mais,  comme  les  noyaux  embryoplastiques  qui  sont  produits  par  le  tissu 
intermédiaire  reçoivent,  des  capillaires  sanguins,  les  matériaux  nécessaires 
à  leur  nutrition,  leur  organisation  s’achève  complètement  et  ils  forment 
bientôt  autour  de  chaque  foyer  purulent  une  coque  fibreuse  analogue  à  celle 
■  des  tubercules  pulmonaires.  Quant  aux  transformations  ultérieures,  dégé¬ 
nérescence  graisseuse  et  calcification,  c’est  identiquement  comme  dans  les 
tubercules  du  poumon. 

Outre  ces  lésions  essentielles,  qui  caractérisent  la  morve,  nous  avons 
dit  que  l’on  rencontrait  parfois,  dans  différentes  régions  et  dans  certains  tis¬ 
sus,  des  lésions  qui  sont  bien  un  effetdelamaladie,  mais  qui  peuvent  manquer 
ou  se  présenter  en  dehors  d’elle;  ce  sont  les  lésions  contingentes  deTrasbot 
qu’il  nous  reste  à  passer  en  revue  avant  de  terminer  l’étude  anatomo¬ 
pathologique  de  la  morve. 

Ces  lésions,  avons-nous  dit,  sont  ;  les  collections  purulentes  des  sinus,  les 
indurations  des  plèvres,  du  parenchyme  pulmonaire  et  de  quelques  viscères; 
enfin,  quelquefois,  les  altérations  générales  de  l’anémie. 

Les  collections  purulentes  dans  les  sinus  et  la  cavité  des  cornets  font 
Norv.  DICT.  DF.  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  7 


98  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes. 

rarement  défaut.  Le  liquide  existe  en  plus  ou  moins  grande  quantité  ;  il 
remplit  souvent  ces  cavités.  Ses  qualités  physiques  le  différencient  du  pus 
franchement  inflammatoire.  Il  est  épais,  visqueux,  filant,  de  couleur  jau¬ 
nâtre,  et  généralement  inodore.  A  l’examen  microscopique,  on  trouve  dans 
ce  liquide,  dont  le  plasma  est  épais  et  très-coagulable,  une  grande  quantité 
de  cellules  épithéliales  cylindro-coniques  à  cils  vibratiles,  qui  proviennent 
de  la  muqueuse,  et  relativement  peu  de  globules  purulents  bien  formés. 
La  muqueuse  des  sinus  est  partout  épaissie,  dépourvue  par  places  de  son 
poli  normal,  comme  bourgeonneuse.  L’examen  microscopique  montre 
qu’elle  a  subi  seulement  l’épaississement  résultant  d’une  inflammation 
chronique. 

Dans  les  plèvres,  on  trouve  quelquefois,  lorsque  la  maladie  est  de  date 
ancienne,  un  peu  de  sérosité  transparente  et  presque  incolore,  et  sur  la  mem¬ 
brane  elle-même,  notamment  sur  le  feuillet  viscéral,  des  plaques  irrégu¬ 
lières  blanchâtres  et  opaques,  au  niveau  desquelles  la  séreuse  est  épaissie 
et  sclérosée  (Reynal). 

On  rencontre  encore  dans  certains  cas,  mais  plus  rarement,  dans  d’autres 
viscères  parenchymateux,  le  foie  et  la  rate,  par  exemple,  de  petites 
tumeurs  arrondies,  de  couleur  blanc  jaunâtre,  denses  et  résistantes,  avec 
ou  sans  ramollissement  au  centre,  regardées  à  tort,  par  plusieurs  auteurs, 
comme  des  tubercules.  Elles  n’en  ont,  dit  Trasbot,  ni  la  forme  exacte,  ni 
l’organisation  anatomique  ;  elles  se  rapprochent  bien  plus  des  petits  abcès 
froids. 

Lorsque  la  morve  et  le  farcin  chroniques  sont  très-anciens,  le  sang  pré¬ 
sente  tous  les  caractères  de  l’anémie  :  les  globules  rouges  sont  plus  rares, 
les  globules  blancs  relativement  plus  nombreux,  et  le  plasma  est  plus 
fluide. 

III.  Farcix  aigu.  — Les  lésions  du  farcin  ne  présentent  aucune  différence 
essentielle,  que  la  maladie  soit  aiguë  ou  chronique.  Du  reste,  il  est  très- 
rare  de  faire  l’autopsie  d’un  cheval  mort  d’un  farcin  aigu  sans  qu’il  ne  soit 
atteint  en  même  temps  de  la  morve.  Les  seules  modifications  apparentes 
résultent  d’un  état  inflammatoire  plus  élevé  dans  le  farcin  aigu.  Aussi  est-il 
inutile  de  refaire  l’histoire  des  lésions  qui  caractérisent  le  farcin  chronique  ; 
le  lecteur  n’a  qu’à  se  reporter  à  la  description  que  nous  en  avons  donnée 
plus  haut.  Nous  ajouterons  seulement  qu’en  disséquant  les  cordes  et  les 
boutons  du  farcin  aigu,  on  rencontre  à  leur  périphérie  une  vascularisation 
très-riche,  une  abondante  infiltration  de  sérosité  citrine  et  un  épaississement 
mollasse  du  tissu  conjonctif  périphérique.  Quant  aux  œdèmes  chauds, 
engorgements  des  membres,  etc.,  dit  Reynal,  ils  ne  présentent  aucun  carac¬ 
tère  spécifique,  et  ne  se  distinguent  pas  anatomiquement  des  mêmes  lésions 
développées  sous  l’influence  de  causes  accidentelles,  ayant  exercé  une 
action  purement  locale.  Ils  sont  ici,  comme  partout  ailleurs,  le  produit 
d’une  inflammation  assez  vive  du  tissu  sous-cutané,  qui  se  montre  forte¬ 
ment  vascularisé  et  distendu  à  l’excès  par  la  sérosité  épanchée  dans  ses 
aréoles. 

IV.  Morve  aigüË.  —  De  même  que  pour  le  farcin  aigu, les  lésions  ana- 


MORVE  ET  FARCIN 


LES  SOLIPÈDES. 


tomiques  de  la  morve  aiguë  sont  les  mêmes  que  celles  que  nous  avons 
décrites  pour  la  morve  chronique.  Nous  ajouterons  seulement  quelques 
mots  complémentaires  sur  les  altérations  essentielles.  Les  tubercules  des 
poumons  existent  à  la  première  ou  seulement  à  la  seconde  période  de  leur 
développement.  Il  en  est  même  un  grand  nombre,  dit  Reynal,  qui  ne  sont 
encore  représentés  que  par  de  petites  taches  rouges,  disséminées  dans  le 
parenchyme  ou  à  la  surface  de  l’organe.  Elles  ont,  à  première  vue,  l’appa¬ 
rence  d’ecchymoses  plus  ou  moins  larges.  Elles  ne  sont  jamais  constituées, 
contrairement  à  l’opinion  de  quelques  auteurs,  par  des  hémorrhagies 
interstitielles,  mais  bien,  ainsi  que  le  prouve  l’examen  microscopique,  par 
une  hyperhémie  commençante  des  capillaires  dans  de  petits  îlots  du  tissu 
pulmonaire.  Du  reste,  entre  les  plus  fines  de  ces  taches  rouges  et  les  tuber¬ 
cules,  facilement  reconnaissables,  il  y  a  tous  les  degrés  intermédiaires.  Les 
chancres  sont  plus  nombreux  sur  les  muqueuses  pituitaire,  laryngée  et 
trachéale.  Cette  éruption  est  même  confluente  en  certains  points;  d’ailleurs, 
à  part  ces  différences  superficielles  résultant  d’un  état  inflammatoire  plus 
élevé,  les  caractères  histologiques  sont  toujours  identiquement  les 
mêmes. 

Dans  les  cornets  et  les  sinus,  le  pus  est  épais,  visqueux,  rempli  de  stries 
sanguines,  résultant  d’hémorrhagies  effectuées  à  la  surface  et  au  pourtour 
des  chancres. 

Les  ganglions  de  l’auge  sont,  à  leur  pourtour,  infiltrés  de  sérosité  jau¬ 
nâtre  et  fortement  vascularisés  dans  leur  tissu  propre.  Lorsque  les  ani¬ 
maux  succombent  ou  sont  abattus  pendant  le  cours  de  la  morve  aiguë,  on 
rencontre,  avec  les  lésions  essentielles,  des  pneumonies  lobulaires  et  une 
altération  appréciable  du  sang. 

Ces  pneumonies  lobulaires,  confondues  à  tort,  dit  Reynal,  avec  les  abcès 
métastatiques  ou  avec  les  tubercules  à  leur  début,  font  rarement  défaut 
dans  la  morve  aiguë.  Elles  peuvent  même  exister  en  grand  nombre  et 
occuper  ensemble  une  assez  forte  proportion  du  parenchyme  pulmonaire. 
Chacune  d’elles  forme  une  masse  grosse  comme  une  noix,  une  pomme, 
dans  laquelle  le  tissu  est  d’abord  complètement  hépatisé,  rouge  sombre, 
compacte,  friable,  à  déchirure  granuleuse  et  plus  lourd  que  l’eau.  Quelques 
jours  plus  tard,  dans  l’épaisseur  de  ces  îlots,  on  aperçoit  de  petits  foyers 
purulents  qui  finissent  par  se  réunir  et  former  une  cavité  unique.  Le  pus 
est  épais,  couleur  lie  de  vin  et  chargé  de  grumeaux  résultant  de  la  gangrène 
du  tissu.  Parfois  on  rencontre  dans  ces  foyers  purulents  et  à  leur  périphérie 
les  restes  d’hémorrhagies  interstitielles.  • 

Si  ces  altérations  inflammatoires  sont  abondantes,  le  poumon  tout  entier 
peut  être  rempli  d’un  sang  noir,  épais,  visqueux,  comme  dans  l'asphyxie. 

Altérations  du  sang.  —  Le  sang,  dit  Reynal,  présente  des  altérations  qu’il 
est  important  de  connaître.  Ainsi,  recueilli  dans  l’hématomètre  pendant  la 
vie,  ce  liquide  se  coagule  plus  rapidement  et  le  caillot  rouge  qu’il  donne, 
est  plus  volumineux  que  l’autre.  Il  ne  faut  pas  attribuer  ces  phénomènes 
physiques  à  une  augmentation  de  globules  rouges,  ainsi  qu’on  pourrait  être 
porté  à  le  croire.  Ces  globules,  en  effet,  sont  relativement  moins  abondants 


100 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes. 


que  les  leucocytes;  ceux-ci,  au  lieu  d’être  dans  la  proportion  de  1/300 
environ  ,  sont  dans  la  proportion  de  1/100 ,  1/50  et  même  plus, 
et  forment  parfois  à  la  surface  du  caillot  rouge  une  couche  pyoïde  blanc 
jaunâtre. 

Malassez,  à  l’instigation  de  Bouley,  a  recherché,  à  l’aide  de  son  instru¬ 
ment,  quelle  était  la  relation  exacte  entre  les  globules  blancs  et  les  glo¬ 
bules  rouges  dans  l’affection  morvo-farcineuse.  Voici  quelques  résultats 
consignés  dans  le  travail  de  Bouley.  Chez  un  cheval  bien  portant,  il  a  trouvé 
1  globule  blanc  pour  1106  globules  rouges;  sur  un  cheval  n’offrant  qu’un 
seul  symptôme  de  la  morve,  le  glandage,  le  rapport  a  été  de  1  globule  blanc 
pour  491  globules  rouges  ;  enfin,  sur  un  cheval  atteint  de  morve  chronique 
confirmée,  il  a  constaté  1  globule  blanc  pour  214  globules  rouges.  Il  résulte 
de  cette  étude,  dit  H.  Bouley,  que  l’anémie,  chez  les  deux  chevaux  malades, 
était  extrême  et  la  leucocytose  manifeste.  G.  Colin,  dans  la  séance  du  4  jan¬ 
vier  1876,  à  l’Académie  de  médecine,  a  lu  un  travail  sur  cette  question. 
L’auteur  s’est  proposé  de  résoudre  les  deux  questions  suivantes  : 

1°  Y  a-t-il  une  leucocytose  dans  les  affections  morvo-farcineuses  et  quels 
en  sont  les  caractères? 

2“  Cette  leucocytose  est-elle  initiale  ou  secondaire  et  symptomatique,  et 
quel  rôle  joue-t-elle  par.  rapport  au  développement  des  lésions  anato¬ 
miques  ? 

Nous  ne  suivrons  pas  Colin  dans  l’exposé,  si  magistralement  fait,  de  ses 
opinions  sur  la  leucocytose  en  général,  sur  son  origine,  etc.  Nous  devons 
nous  borner  à  donner  les  conclusions  qui  ressortent  de  son  travail  et  qui  se 
rapportent  plus  spécialement  au  sujet  qui  nous  occupe. 

Pour  Colin,  il  est  évident  qu’il  y  a  une  leucocytose  morveuse  et  que 
cette  leucocytose  a  sa  principale  origine  dans  le  système  lymphatique, 
qu’elle  coïncide  avec  les  premières  manifestations  de  la  morve,  même  avec 
ses  prodromes  les  plus  vagues;  que,  peut-être  même,  elle  constitue  un  état 
prodromique  de  cette  maladie,  et  que,  quoi  qu’il  en  soit,  elle  ne  demeure 
pas  stationnaire,  qu’elle  continue  à  s’accentuer  à  mesure  que  les  lésions 
des  tissus  s’étendent  et  prennent  de  la  gravité.  C’est  surtout  dans  la  forme 
chronique  qu’elle  fait  le  plus  de  progrès,  et  c’est  avec  cette  forme  qu’elle 
se  lie  à  d’autres  altérations  du  sang,  notamment  à  l’anémie,  dont  les  degrés 
peuvent  être  si  aisément  constatés  à  l’aide  de  l’hématomètre. 

C’est  à  la  surcharge  du  sang  par  les  globules  blancs  et  les  épithéliums 
détachés  des  ganglions ,  c’est  par  suite  de  leurs  dimensions,  de  leur  ten¬ 
dance  à  s’agglutiner  entre  eux  et  à  adhérer  aux  parois  vasculaires,  c’est 
par  suite  des  transformations  qu’ils  peuvent  éprouver  et  de  la  longue  résis¬ 
tance  que  certains  d’entre  eux  opposent  à  la  destruction,  que  l’on  peut 
comprendre  sans  peine  que  ces  éléments  viennent  troubler  la  circulation 
capillaire  et  développer  dans  ces  vaisseaux  des  amas  emboliques  agissant 
à  la  fois  mécaniquement  et  par  une  irritation  de  forme  spéciale.  «  C’est, 
a  probablement,  à  eux  qu’il  faut  attribuer  ces  foyers  multiples  du  poumon  ; 
«  noyaux  de  pneumonie,  tubercules  ou  pseudo-tubercules,  dépôts  caséeux, 
«  abcès  métastatiques,  lesquels  m’ont  paru,  depuis  longtemps,  dit  Colin, 


iMORVE  ET  FARGIN  chez  les  solipèdes.  iOi 

«  des  lésions  de  second  âge  qui  se  développent  là  comme  les  tubercules  et 
«  les  foyers  caséeux,  quand,  par  une  inoculation  avec  effraction,  on  a  fait 
«  entrer  dans  les  vaisseaux  blessés  le  pus  ou  la  pulpe  du  tubercule.  Est-il 
«  impossible,  enfin,  que  ces  mêmes  éléments  apportés  ou  nés  sur  place 
«  dans  la  pituitaire,  le  testicule,  la  peau,  les  ganglions  tuméfiés ,  les  lym- 
«  phatiques  transformés  en  cordes  farcineuses,  est-il  impossible,  dis-je, 
«  que  ces  éléments  provoquent,  dans  les  points  où  ils  s’accumulent,  ces 
«  éruptions  de  nature  singulière,  qui  passent  si  vite  de  l’état  phlegmasique 
«  à  l’état  de  pyogénie  virulente  et  d’ulcération,  tumeurs  qui  rapprochent  la 
«  morve  des  autres  maladies  éruptives  où  il  va  d’ailleurs  également  une 
«  leucDcytose,  sans  doute  d’une  autre  variété.  » 

Après  la  mort,  le  sang  présente  les  mêmes  altérations  quand  les  sujets 
ont  été  sacrifiés.  Si,  au  contraire,  ils  ont  succombé  naturellement  aux 
suites  de  l’affection,  il  offre  ordinairement,  avec  l’augmentation  des  globules 
blancs,  les  caractères  qu’il  revêt  dans  toutes  les  asphyxies,  c’est-à-dire  qu’il 
est  noir,  boueux,  incoagulé  ou  incomplètement  coagulé. 

Telles  sont  les  lésions  anatomiques  qui  caractérisent  le  farcin  et  la  morve 
chroniques,  le  farcin  et  la  morve  aigus.  Il  nous  reste,  avant  de  passer  à 
l’étude  des  causes,  à  signaler  les  différences  qui  séparent  ces  maladies  de 
quelques  autres  que  l’on  rencontre  chez  les  animaux  et  qui,  pour  un  esprit 
léger,  pourraient  donner  lieu  à  une  méprise  grossière  et  non  sans  danger 
pour  l’hygiène. 

Diagnostic  différentiel.  —  Le  diagnostic  de  la  Morve  chronique  ne 
présente  aucune  difficulté  lorsque  la  maladie  est  confirmée,  c’est-à-dire 
lorsqu’elle  se  présente  avec  les  trois  symptômes  cardinaux  :  le  chancre, 
le  jetage  et  le  glandage.  La  glande,  surtout,  d’après  les  vétérinaires,  par 
son  indùration  particulière,  la  disposition  bosselée  de  sa  surface,  ses  adhé¬ 
rences  profondes,  a  une  valeur  diagnostique  extrême,  puisqu’ils  n’hésitent 
pas  à  affirmer  l’existence  de  la  morve  d’après  ce  seul  symptôme.  Si  Ton 
emploie  la  méthode  de  numération  des  globules  blancs,  le  diagnostic  sera 
tout  à  fait  assuré  et  le  vétérinaire  pourra  prendre  toutes  les  mesures  hygié¬ 
niques  adoptées  en  pareil  cas.  G.  Colin  et  H.  Bouley  insistent  avec  raison  sur 
la  valeur  diagnostique  d’une  telle  altération,  alors  surtout  qu’il  s’agit  de 
morve  dont  les  symptômes  sont  peu  apparents  ou  même  ontdisparu,  lorsqu’il 
s’agit  enfin  de  morve  latente. 

Le  Farcin  chronique  se  présentant  avec  le  cortège  de  lésions  et  de  sym¬ 
ptômes  que  nous  lui  avons  assigné,  ne  peut  être  méconnu.  Un  seul  chancre, 
accompagné  d’une  corde  qui  le  réunit  à  une  induration  ganglionnaire,  se 
montrant  sur  la  peau,  suffit  pour  ne  laisser  aucun  doute  sur  le  diagnostic. 
Mais  il  offre  dans  quelques-uns  de  [ses  symptômes  une  certaine  ressem¬ 
blance  avec  des  maladies  que  l’on  observe  plus  ou  moins  souvent  chez 
les  animaux  domestiques  ;  il  commence  et  se  traduit  parfois  par  un  phéno¬ 
mène  si  commun  dans  d’autres  maladies,  tel,  par  exemple,  l’engorge¬ 
ment  d’un  membre,  qu’il  est  assez  difficile  de  diagnostiquer  le  farcin  chro¬ 
nique.  Sans  doute,  si  l’engorgement,  dit  Reynal,  s’est  développé  d’une 
manière  soudaine,  s’il  est  très-douloureux  à  la  pression  et  détermine  une 


i02 


MORVE  ET  FARCiN  chez  les  solipèdes. 


claudication  intense,  si  avec  cela  l’animal  est  vieux,  épuisé,  etc.,  il  y  a  de 
très-fortes  présomptions  qu’il  annonce  le  début  du  farcin,  mais  jamais  une 
certitude  absolue.  Du  reste,  quelques  jours  après,  apparaîtront  les  sym¬ 
ptômes  essentiels  et  ainsi  se  trouvera  confirmé  le  diagnostic.  Quoi  qu’il  en 
soit,  il  peut  arriver  qu’on  prenne  pour  lui  des  maladies  de  nature  très- 
dissemblable,  qui  à  première  vue  en  ont  plus  ou  moins  complètement  les 
apparences  extérieures.  Tels  sont  :  le  horse-pox,  la  lymphangite  résultant 
de  diverses  lésions  locales,  l’engorgement  œdémateux  simple  et  le  fibrome 
éléphantiasique  des  membres. 

Le  horse-pox  ne  peut  être,  vu  son  évolution  rapide,  confondu  avec  le 
farcin  chronique.  C’est  plutôt  avec  le  type  aigu  qu’il  a  une  certaine  simi¬ 
litude  superficielle.  Du  l’este,  les  plaies  de  horse-pox  n’ont  qu’une  durée 
limitée  ;  elles  se  cicatrisent  rapidement. 

Les  lymphangites  consécutives  à  des  contusions,  des  blessures,  des 
maladies  du  pied,  etc.,  peuvent  être  prises  pour  celles  du  farcin.  Mais, 
examinées  avec  attention,  on  s’aperçoit  qu’elles  n’ont  pas  une  ulcération 
pour  point  de  départ,  et  qu’elles  partent  d’un  phlegmon  envoie  de  forma¬ 
tion  ou  d’une  plaie  quelconque.  Jamais  elles  ne  sont  noueuses  ni  indurées  ; 
si  on  les  ouvre,  le  liquide  qui  s’en  écoule  est  un  pus  épais,  blanc,  crémeux. 
En  outre,  les  ganglions  peuvent  être  gonflés,  douloureux  à  la  pression, 
finir  même  par  s’abcéder  ;  mais  jamais  ils  ne  sont  indurés. 

Les  engorgements  simples  des  membres  qui  peuvent  se  produiae  à  la 
suite  de  tiraillements  violents,  d’entorses,  de  dilacérations  musculaires,  etc., 
simulent  assez  bien  l’un  des  modes  d’expression  de  la  diathèse  farcineuse. 
Ils  peuvent  être  tendus,  chauds,  douloureux,  occasionner  une  boiterie  in¬ 
tense  ;  ils  peuvent  même  se  revêtir  de  cordes  lymphatiques  qui  viennent 
compléter  l’illusion.  L’absence  de  boutons  ou  de  chancres  à  leur  surface  est 
le  seul  caractère  différentiel  ;  et  comme  ceux-ci  peuvent  manquer  au  début, 
il  faut  suspendre  son  jugement  pendant  quelques  jours.  On  peut  essayer 
des  ponctions  exploratrices  qui  conduisent  quelquefois  dans  une  cavité  pu¬ 
rulente,  et  le  liquide,  en  s’écoulant  au  dehors,  révèle  par  ses  qualités  phy¬ 
siques  la  nature  du  mal  et  lève  toutes  les  incertitudes. 

Une  autre  tuméfaction  des  membres  que  vraisemblablement,  suivant 
Reynal,  on.  a  considéré  à  tort  comme  étant  le  farcin,  puisque  les  anciens 
l’avaient  nommée  farcin  de  rivière,  est  le  gonflement  induré  du  tissu  con¬ 
jonctif  sous-cutané,  que  Lafosse  appelle  lymphangite  chronique,  et  qu’il 
désigne  sous  le  nom  de  fibrome  éléphantiasique,  à  cause  de  la  forme  si 
étrange  qu’il  donne  à  l’extrémité  malade.  Cette  lésion  se  distingue  du  farcin 
par  sa  dureté  uniforme  et  toujours  la  même,  son  insensibilité  complète,  sa 
marche  lente  mais  continue,  et  son  augmentation  graduelle  et  incessante. 

Le  diagnostic  àxiFarcin  «ipiz  est  généralement  facile.  La  forme  des  plaies, 
leur  marche  envahissante  et  les  qualités  physiques  du  pus  laissent  bien 
rarement  des  doutes  dans  l’esprit  de  l’observateur.  Cependant  quelques 
affections,  à  leur  début,  peuvent  être  confondues  avec  lui  ;  ce  sont  :  l’ana- 
sarque  et  le  horse-pox.. 

Les  tumeurs  œdémateuses  du  début  de  l’anasarque  sont,  comme  les  en- 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes.  103 

goi’gements  du  farcinaigu,  un  peu  pâteuses  et  sensibles  à  la  pression;  mais 
la  présence  d’ecchymoses  sur  la  pituitaire,  la  conjonctive,  et  le  défaut 
d’ulcération  caractérisent  suffisamment  ces  lésions. 

Le  horse-pox  compliqué  de  lymphangites  purulentes  l’essemble  bien  plus 
au  farcin  aigu  que  l’anasarque.  En  effet,  on  peut  voir  simultanément  un 
Jetage  abondant,  des  pustules  sur  la  face  et  jusque  dans  les  naseaux,  accom¬ 
pagnés  d’un  engorgement  des  vaisseaux  et  des  ganglions  lymphatiques  de 
l’auge  ;  en  un  mot  on  trouve  les  lésions  du  farcin.  Mais  les  plaies  du  horse- 
pox,  bien  que  suppurantes,  ne  sont  jamais  ulcéreuses  et  se  cicatrisent 
spontanément  ;  le  pus  est  toujours  de  bonne  nature,  et  les  ganglions  de 
l’auge  s’abcèdent  toujours. 

De  même  que  celui  du  farcinaigu,  le  diagnostic  de  la  Morve  aiguë  est 
toujours  facile.  Cette  maladie  s’exprime  par  un  tel  cortège  de  symptômes 
graves  et  caractéristiques  que  le  doute  n’est  pas  possible.  Quelques  auteurs 
pensent  qu’on  peut  confondre  avec  elle  la  goui’me  maligne  et  parfois 
même  l’anasarque  au  début. 

La  gourme  est  parfois  accompagnée  de  complications  graves  qui  la  défi¬ 
gurent  et  peuvent  la  faire  méconnaître.  Ainsi  des  abcès  se  développent 
dans  le  poumon  et  avec  un  jetage  abondant,  des  pustules  de  horse-pox  se 
développent  autour  des  naseaux  et  dans  leur  intéi’ieur,  en  outre  des  lym¬ 
phangites  se  montrent  sur  la  face.  On  peut  donc  croire  que  l’on  a  affaire  à 
une  éruption  simultanée  de  morve  et  de  farcin.  Mais  l’examen  des  plaies  et 
du  pus  qui  s’en  écoule,  éclaire  vite  le  praticien. 

Les  anciens  vétérinaii-es  ont  confondu  avec  le  farcin  diverses  affections 
que  l’on  observe  chez  le  bœuf,  telles  que  la  scrofule  des  ruminants,  le  bu- 
snraté  de  l’Inde.  Ces  affections  sont  tellement  dissemblables  qu’avec  nos 
connaissances  actuelles,  une  pareille  méprise .  n’est  pas  possible.  Nous 
dirons  de  même  pour  la  confusion  faite  entre  le  coryza  ou  catarrhe  nasal 
chronique  du  bœuf,  le  coryza  des  bêtes  à  laine,  décrit  par  Vitet,  et  la  morve 
chronique.  H  ne  faut  pas  en  excepter  le  reniflement  des  porcs. 

Pi'onostic.  —  D’après  tout  ce  qui  précède  il  n’est  pas  nécessaire  d’in¬ 
sister  sur  la  gravité  de  la  diathèse  morvo-farcineuse.  Si  sous  la  foi’me  de 
farcin  chronique  et  peu  intense,  elle  paraît  guérir,  ce  n’est  là  qu’une 
apparence  momentanée.  Peu  de  temps  après,  dit .  Reynal,  elle  se  montre  de 
nouveau  pour  ne  plus  disparaître.  Promptement  mortelle  sous  la  forme 
de  morve  aiguë  et  de  farcin  aigu,,  elle  peut,  sous  les  formes  de  farcin  et  de 
morve  chroniques,  laisser  vivre  le  sujet  durant  des  années,  sans  pour  cela 
cesser  d’être  contagieuse  et  d’apporterdans  l’économie  domestique  de  graves 
perturbations.  Enfin  la  possibilité,  même  sous  cette  forme,  de  la  contagion 
à  l’homme,  donne  au  pronostic  une  gravité  exceptionnelle. 

Étiologie.  —  L’étude  des  causes  de  la  diathèse  morvo-farcineuse  a  été 
le  sujet  de  plus  d’une  controverse  entre  les  vétérinaires.  Aujourd’hui,  il 
n’en  esi  plus  de  même  ;  l’accoid  est  fait,  ou  s’il  existe  quelques  divergences, 
on  doit  surtout  les  attribuer  à  un  défaut  d’observation,  ou  à  des  raisonne¬ 
ments  subtils,  sans  valeur,  qui,  pour  des  esprits  prévenus  ou  paradoxaux, 
suffisent  pour  les  porter  à  dénier  ce  que  tout  le  monde  a  vu  et  croit.  Aussi, 


104  MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes. 

pour  nous,  les  causes  et  la  contagion  de  cette  diathèse  sont  tellement  pal¬ 
pables  que  nous  ne  croyons  pas  devoir  passer  en  revue  toutes  les  opi¬ 
nions  qui  ont  régné  jusqu’au  jour  où  l’École  d’Âlfort  d’un  côté ,  les 
médecins  avec  Rayer  de  l’autre,  ont  montré  :  1°  que  cette  diathèse  est 
contagieuse  non-seulement  de  l’animal  à  l’animal,  mais  de  l’animal  à 
l’homme,  de  l’homme  à  l’homme  et  de  celui-ci  à  l’animal  ;  2°  qu’elle  peut 
naître  spontanément  suivant  des  circonstances  aujourd’hui  bien  connues  et 
indiscutables. 

On  peut  distinguer,  pour  cette  raison,  la  morve  spontanée  et  la  morve 
communiquée.  Avant  d’arriver  à  l’étude  de  la  contagion ,  nous  allons 
passer  rapidement  en  revue  les  diverses  circonstances  auxquelles  on  a 
attribué  le  développement  spontané  de  la  morve. 

L’humidité,  l’aération  incomplète,  le  défaut  d’espace,  tels  sont  les  re¬ 
proches  adressés  à  la  plupart  des  écuries,  soit  privées,  soit  publiques  et 
régimentaires  où  s’est  développée  la  morve.  D’après  Youatt,  c’est  à  l’action 
directe  sur  la  pituitaire  des  vapeurs  ammoniacales  de  l’air  vicié  résultant  de 
l’encombrement  des  écuries,  de  l’entassement  des  animaux,  qu’il  faudrait 
attribuer  le  développement  de  cette  maladie.  Il  est  incontestable  que  ces  in¬ 
fluences  ont  une  grande  action  sur  le  développement  de  la  morve  dans  une 
écurie.  Les  rapports  des  vétérinaires  civils  ou  militaires  ont  mis  cette  action 
au  grand  jour;  mais  pour  H.  Bouley,  et  avec  lui  l’École  d’Alfort  actuelle, 
ces  influences  ne  sont  qu’accessoires  ;  la  principale,  celle  qui  a  une  action 
réelle,  véritable,  consiste  en  ce  que  le  développement  pathologique  carac¬ 
téristique  de  la  diathèse  morvo-farcineuse  est  la  conséquence  nécessaire  du 
travail  excessif,  c’est-à-dire  d’un  défaut  d’équilibre  entre  la  dépense  de 
force  et  la  réparation  de  la  source  où  cette  force  se  puise.  «  C’est  là,  dit 
Reynal,  un  processus  pathologique  tout  à  fait  analogue  à  celui  de  la 
phthisie,  engendrée  par  ce  que  Bouchardat  a  nommé  la  misère  physiolo¬ 
gique.  La  morve,  à  vrai  dire,  n’est-elle  pas  la  phthisie  des  équidés?  »  A  cette 
influence  du  travail  forcé  il  faut  ajouter  la  mauvaise  alimentation.  Car,  tant 
que  l’animal  est  suffisamment  alimenté,  l’organisme  fonctionne  sans 
trouble  et  se  maintient  en  santé.  Dès  que  l’alimentation  devient  insuffi¬ 
sante,  l’animal,  par  l’excès  de  travail,  use  plus  qu’il  ne  reçoit  et  le  proces¬ 
sus  morbide  commence. 

En  analysant,  en  effet,  les  travaux  des  vétérinaires,  on  y  trouve  toujours 
ce  fait  caractéristique  d’un  défaut  d’équilibre  entre  la  dépense  de  force  et 
sa  réparation.  Aussi  Reynal  conclut  en  disant  que  l’étiologie  essentielle, 
fondamentale  de  la  diathèse  morvo-farcineuse  réside,  conformément  à  l’avis 
depuis  longtemps  formulé  par  les  observateurs  les  plus  autorisés,  dans  le 
travail  excessif.  Toutes  les  autres  circonstances  qui  concourent  au  résultat 
n’interviennent  qu’en  tant  qu’elles  ont  pour  effet  de  favoriser  cette  action 
du  travail,  en  affaiblissant  l’organisme  et  en  le  mettant  dans  le  cas  de  résis¬ 
ter  moins  efficacement  ou  moins  longtemps  à  l’influence  de  la  condition 
déterminante.  C’est  au  nombre  de  ces  circonstances  secondaires  qu’il  faut 
placer  l’alimentation  insuffisante,  soit  par  quantité,  soit  par  qualité,  la  fai¬ 
blesse  de  constitution,  le  sexe,  l’âge.  Ajoutons  que  Deci’oix  dit  avoir  con- 


MORVE  ET  FARCIN 


LES  SOLTPÈDES. 


m 


staté  dans  un  régiment  de  cavalerie  qui  faisait  prendre  des  bains  de  mer  aux 
chevaux,  un  plus  grand  nombre  de  cas  de  farcin  dans  le  semestre  d’été  que 
dans  le  semestre  d’hiver,  dans  la  proportion  par  exemple  de  76  à  56  sur 
128  chevaux  traités  en  cinq  ans.  Il  cite  l’opinion  de  MM.  Bonzom  et 
Delamotte  (|ui  ont  également  signalé  l’action  de  l’eau  de  mer  comme 
étant  une  des  causes  du  farcin.  Il  est  également  d’avis ,  s’appuyant 
sur  des  faits  qu’il  a  observés,  que  les  bains  froids  sont  une  des  causes 
de  la  morve.  Enfin,  nous  ne  devons  pas  laisser  de  côté  ces  faits  cliniques 
incontestables  où  l’on  voit  la  morve  se  déclarer,  d’après  H.  Bouley,  sur 
des  chevaux  qui  ont  subi  des  opérations  douloureuses  ou  qui  sont  sous  le 
coup  de  suppurations  abondantes  et  persistantes.  Ainsi,  cet  auteur  pense 
que  la  morve  peut  se  développer  spontanément  dans  l’organisme  du  cheval 
à  la  suite  de  fièvres  traumatiques  violentes  ou  de  lésions  qui  entraînent 
après  elles  des  suppurations  persistantes.  Quant  à  l’infection  purulente 
regardée  comme  cause  de  la  morve,  on  ne  peut  nier  davantage  son  action. 
Trasbot  a  vu,  à  l’École  d’Alfort,  un  sujet  chez  lequel  la  gourme  se  transforma 
en  morve.  Or,  personne  n’ignore  que  la  gourme  chez  les  jeunes  chevaux 
est  caractérisée  pas  une  tendance  remarquable  à  la  formation  du  pus. 

Quant  à  l’hérédité,  notée  par  presque  tous  les  auteurs,  sinon  comme 
cause,  du  moins  comme  prédisposition,  elle  ne  peut  plus  être  admise.  Des 
faits  positifs  font  rejeter  cette  étiologie  de  la  diathèse  morvo-farcineuse. 
Nous  venons  de  voir  quelle  est  la  cause  principale  de  la  diathèse  mor¬ 
veuse  spontanée,  il  nous  reste,  maintenant  que  cette  diathèse  est  engendrée, 
à  montrer  comment  elle  se  propage,  comment  elle  se  transmet.  Nous  avons 
donc  à  passer  en  revue  les  conditions  de  la  contagion,  cause  qui,  du  reste, 
prime  toutes  les  autres  et  qu’il  est  si  utile  de  connaître  sous  le  rapport  de 
l’hygiène  publique. 

V.  Contagion. —  Cette  question  delà  contagion  de  la  morve  a  élé l’objet, 
pendant  de  longues  années,  de  nombreuses  controverses.  Admise  sans 
conteste  jusqu’au  xviie  siècle,  la  contagion  a  été  niée,  à  partir  de  cette 
époque,  par  certains  auteurs  qui,  évidemment,  établissaient  une  confusion 
entre  la  morve  et  certaines  affections  qui  s’en  rapprochent.  Une  étude  rétro¬ 
spective  de  cette  question  nous  paraît  oiseuse,  aujourd’hui  surtout  que  les 
travaux  de  Rayer  et  de  ses  élèves,  que  ceux  de  l’École  d’Alfort  et  de  l’École 
de  Lyon  ont  mis  hors  de  doute  cette  vérité  :  Que  la  morveetlefarciitaigus 
ou  chroniques  sont  non-seulement  contagieux  pour  les  animaux  (cheval, 
âne,  chien,  mouton,  chèvre  et  lapin) ,  mais  encore  pour  l’homme.  Aussi  allons- 
nous  nous  borner  à  signaler  les  conditions  où  la  contagion  se  développe,  afin 
qu’étant  connues,  l’hygiéniste  puisse  édicter  les  l’èglements  qui  doivent  empê¬ 
cher  lapropagation  delà  morve,  produireson  extinction  et  indiquer  à  l’homme 
les  moyens  préservatifs  qu’il  devra  employer.  Le  lecteur  qui  voudra  se  ren¬ 
seigner  sur  tous  les  travaux  qui  ont  été  publiés  à  propos  de  la  contagion 
ou  de  la  non-contagion  de  la  morve  et  du  farcin,  n’aura  qu’à  consulter 
la  bibliographie  placée  à  la  fin  de  cette  étude.  Nous  y  avons  consigné  les 
noms  des  auteurs  qui  se  sont  plus  spécialement  occupés  de  cette  question. 

La  contagion  de  la  morve  doit  être  divisée  en  médiate  et  immédiate,  sui- 


i06 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipédes. 


vant  que  cette  affection  est  communiquée  par  la  simple  cohabitation  ou  par 
l’inoculation  des  matières  morveuses.  Cette  distinction  est  très-utile  pour 
bien  appi’écier  le  degré  et  la  marche  relative  de  ces  deux  modes  de  trans¬ 
mission  qui  sont  également  propres  à  la  morve  et  au  fai’cin  aigus  et  chro¬ 
niques. 

Contagion  médiate.  —  C’est  cette  espèce  de  contagion  qui  a  surtout  été 
niée,  et  qu’il  importe  d’autant  plus  d’établir  d’une  manière  positive,  non- 
seulement  pour  cette  raison,  mais  encore  parce  qu’elle  conduit  d’elle-même 
à  la  seule  prophylactique  qu’il  convienne  d’employer  contre  le  fléau  dont  il 
■est  ici  question. 

Depuis  Hurtrel  d’Arhoval  qui  signale  plusieurs  observations  où  un 
cheval,  atteint  de  morve  chronique,  peut  donner  la  morve  aux  chevaux 
renfermés  avec  lui  dans  la  même  écurie,  jusqu’aux  propositions  édictées 
par  l’Ecole  vétérinaire  de  Lyon  et  celles  de  l’Ecole  d’Alfort  sous  la  direc¬ 
tion  de  Renault,  de  nombreuses  et  concluantes  observations  publiées  par 
Gohier,  Patron,  Gérard,  Leblanc,  Youatt,  James  White,  des  discussions  cé¬ 
lèbres  à  l’Académie  de  médecine,  ont  établi  cette  proposition,  aujourd’hui 
inattaquable,  acceptée  d’ailleurs  par  tout  le  monde,  médecins  et  vétéri¬ 
naires  :  La  morve  et  le  farcin  chroniques  et  aigus  sont  contagieux  du  che¬ 
val  au  cheval  par  la  simple  cohabitation. 

Contagion  immédiate  :  1°  Inoculation.  — Les  expériences  faites  par  Gohier 
White,  etc.,  avaient  déjà  mis  hors  de  toute  contestation  ce  mode  de  conta¬ 
gion  de  la  morve.  Elles  ont,  en  outre,  montré  la  transmission  des  solipédes  à 
d’autres  espèces,  et  réciproquement.  De  plus,  elles  ont  fait  voir  la  transfor¬ 
mation  de  l’état  aigu  en  état  chronique,  et  de  l’état  chronique  en  état  aigu. 
Enfin,  en  montrant  que  ta  morve  aiguë  de  l’homme,  inoculée  au  cheval, 
pouvait  se  transformer  en  farcin  chronique,  et  réciproquement  le  fai’cin 
chronique  du  cheval  pouvait  donner  lieu  chez  l’homme  aune  morve  aiguë, 
elles  ont  établi  ce  fait  que  la  morve  et  le  farcin  chroniques  et  aigus  sont  une 
seule  et  même  maladie.  Ces  expériences  sont  nombreuses.  Pi'atiquéespar  des 
hommes  tels  que  Gohier,  A.  Berard,  Leblanc,  Rayer,  les  professeurs  des 
écoles  de  Lyon,  d’Alfort,  elles  inspirent  toute  confiance.  Aussi  les  principes 
qui  en  découlent  sont  aujourd’hui  acceptés  par  tout  le  monde.  Lorsque 
nous  aurons  ajouté  que  l’inoculation  a  été  faite  sur  l’âne,  le  bouc,  le  che- 
vi’eau,  la  brebis  et  même  sur  le  chien,  le  chat  et  le  lapin,  avec  une  com¬ 
plète  réussite,  il  nous  paraît  inutile  d’insister  plus  longuement  sur  un 
pareil  sujet. 

2° Ingestion  de  matières  morveuses  dans-  l’estomac.—  Quelques  expérimen¬ 
tateurs  ont  cherché  à  décider  la  question  si  importante  de  la  contagion  par 
l’ingestion  de  matières  morveuses  dans  l’estomac  ;  ils  ont  cru  l’avoir  dé¬ 
montrée.  J.  White  a  émis  une  opinion  favorable,  quoique  ses  expériences  ne 
soient  pas  très-concluantes.  Rossi  dit  aussi  avoir  donné  la  morve  à  des 
chiens  par  l’ingestion  dans  les  voies  digestives  de  la  matière  nasale  ;  mais 
il  ne  donne  aucun  détail  sur  la  véritable  nature  de  la  maladie  communiquée. 
Hamont  prétend  qu’il  possède  des  exemples  de  cette  transmission  à, un  lion 
et  à  trois  chiens  de  chasse.  Mais  les  faits  bien  constatés  font  défaut.  Cette 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes.  107 

{question  de  la  transmission  des  maladies  virulentes  par  l’ingestion  des  pro¬ 
duits  de  sécrétion  reste  toujours  à  l’étude,  malgré  les  expériences  faites, 
dans  un  autre  ordre  d’idées,  par  Villemin,  qui  sembleraient  faire  admettre 
la  contagion  de  la  tuberculose  par  l’ingestion  des  crachats  ou  autres  ma¬ 
tières  purulentes  provenant  de  la  fonte  tuberculeuse  des  organes.  Si  nous 
n’acceptons  qu’avec  la  plus  grande  réserve  cette  opinion  du  savant  méde¬ 
cin  du  Val-de-Grâce,  nous  rejetons  complètement  celle  de  Chauveau 
prétendant  que  la  tuberculose  serait  transmise  par  la  viande  des  animaux 
tuberculeux.  Nous  ne  croyons  pas  qu’il  existe  dans  la  science  aucun  exem¬ 
ple  positif  d’un  pareil  mode  de  transmission  des  maladies  virulentes. 

3°  Injection  et  transfusion.  —  Ce  mode  de  transmission  ne  manque  pas 
plus  à  la  morve  que  les  autres.  Coleman  et  Diellénbach  ont  fait  des  expériences 
qui  ne  laissent  aucun  doute  à  cet  égard.  Le  premier  a  introduit  le  sang  d’un 
cheval  morveux  dans  la  jugulaire  d’un  âne  qui|,  en  peu  de  temps,  est 
devenu  complètement  morveux.  Le  deuxième  a  opéi’é  sur  un  vieux  che¬ 
val,  il  a  obtenu  le  même  résultat.  Les  expériences  de  l’École  d’Alfort  con¬ 
firment  de  point  en  point  l’observation  de  ces  deux  expérimentateurs. 

Comment  s’opère  cette  contagion,  aujourd’hui  indéniable,  de  la  morve  et 
du  farcin  ?  Quelle  en  est  la  marche  ?  Telles  sont  les  deux  propositions  qui  nous 
resteraient  à  élucider.  La  première,  il  est  vrai,  étudiée  par  Hurtrel d’Arbo- 
val  et  Youatt,  est  en  réalité  moins  importante  que  la  seconde.  Ces  auteurs 
n’ont  donné  que  des  idées  théoriques  qui  n’offrent  pas  une  grande  valeur. 
Rossi  a  décomposé  les  matières  morveuses  par  la  pile,  et  a  conclu  de  la 
présence  du  cyanogène  à  la  formation  du  virus  par  l’acide  prussique.  Ces 
expériences  ne  présentent  aucune  base  solide  et  n’offrent  rien  de  concluant. 
Quelle  que  soit  la  nature  du  virus  morveux,  J.  White  a  noté  des  faits 
curieux  qui  montrent  les  altérations  que  peuvent  lui  faire  éprouver  les 
agents  chimiques  ou  même  seulement  la  dessiccation. 

Quant  au  temps  de  l’incubation  de  la  morve  communiquée,  la  connais¬ 
sance  exacte  en  serait  beaucoup  plus  importante  ;  il  est  malheureusement 
très-difficile  de  le  fixer,  même  approximativement.  Youatt  le  signale  comme 
très-incertain.  White,  à  propos  de  l’inoculation,  dit  qu’il  peut  quelquefois 
se  passer  plusieurs  semaines  avant  que  le  nez  soit  affecté,  si  l’animal  est 
fort  et  bien  soigné.  C’est  autre  chose  encore  pour  la  cohabitation,  et  l’on 
comprend  quelle  haute  question  de  jurispi’udence  est  soulevée  par  ce  seul 
fait.  Renault  en  a  montré  toute  l’importance  en  s’élevant  contre  l’article 
proposé  par  la  Commission  de  la  Société  d’agriculture,  qui  place  la  morve 
et  le  farcin  parmi  les  vices  rédhibitoires  à  neuf  jours  de  garantie.  Un  tel 
délai  serait  en  effet  par  trop  illusoire.  Dupuy  pense  que  la  durée  latente 
de  la  morve  et  du  farcin  peut  être  de  2  à  3  ans,  et  quelquefois  davantage. 
Rodet  a  émis  la  même  opinion.  Bouley  admet  un  intervalle  de  six  mois.  En 
résumé,  l’incubation  est  de  plusieurs  mois  à  plusieurs  années,  et  c’est  là  la 
raison  qui  a  pu  faire  croire  très-souvent  à  l’absence  de  contagion.  Certain 
faits  sembleraient  laisser  croire  qu’en  passant  d’une  espèce  à  une  autre, 
l’action  du  virus  se  ralentit.  C’est  ainsi  que  Nonatet  J.  Bouley  ont  pu  dire  : 
«  La  brièveté  de  l’incubation  dans  le  cas  d’inoculation  de  cheval  à  cheval, 


108 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipedes. 


comparée  à  Ja  lenteur  de  cette  période  dans  le  cas  d’inoculation  de  l’homme 
au  cheval ,  paraîtrait  prouver  que  le  virus  morveux  s’use  en  se  transmettant 
d’une  espèce  à  l’autre.  »  Cette  proposition  est  évidemment  beaucoup  trop 
générale  et  fort  loin  d’être  établie  ;  en  effet,  d’après  les  expériences  d’Alfort, 
consignées  dans  l’ouvrage  de  Reynal,  «  le  virus  morveux  semble,  en  traver¬ 
sant  l’organisme  de  l’homme,  y  puiser  une  énergie  nouvelle  :  de  tou¬ 
tes  les  inoculations  de  morve  aiguë  qui  ont  été  faites,  aucune  n’a  produit 
de  résultats  plus  rapides  et  de  lésions  plus  profondes  que  celles  qui  ont  été 
faites  avec  des  matières  recueillies  sur  des  hommes  morveux.  » 

En  résumé,  la  morve  et  lefarcin  aigus  et  chroniques,  chez  les  solipèdes, 
peuvent  se  développer  spontanément  sous  l’influence  de  diverses  conditions 
générales,  d’ailleurs  très-restreintes;  mais  la  principale  cause  qui  leur 
donne  naissance  est  la  contagion  soit  médiate,  soit  immédiate,  s’exerçant 
avec  une  intensité  et  une  rapidité  variables. 

Traitement.  — Les  vétéi’inaires  ont,  de  tout  temps,  appliqué  et  épuisé 
leurs  efforts  à  trouver  un  remède  au  farcin  et  à  la  morve  ;  ce  que  nous 
avons  dit  des  terminaisons  de  cette  maladie  montre  assez  combien  il  faut 
peu  compter  sur  cette  guérison.  On  doit  cependant  reconnaître,  en  étudiant 
sa  marche  naturelle,  et  en  considérant  les  rémissions  qu’elle  présente,  que 
la  forme  chronique  ne  laissera  peut-être  pas  l’art  également  impuissant 
dans  tous  les  cas. 

Ce  traitement  comprend  deux  choses  :  la  guérison  de  l’individu  malade, 
et  l’extinction  de  la  maladie  dans  l’espèce.  Il  est  permis  de  penser  que  l’on 
n’arrivera  à  l’une  que  par  l’autre.  Pour  la  première,  l’art  vétérinaire  est  en¬ 
combré  de  mille  panacées  secrètes  et  de  médicaments  tirés  de  la  matière 
médicale. 

Pour  le  farcin,  on  a  préconisé  l’ablation  des  tumeurs  et  des  cordes  farci- 
neuses,  suivie  ou  non  de  cautérisation  parle  feu.  Ce  traitement,  quoi  qu’en 
ait  dit  Maurice,  ne  met  pas  plus  qu’un  autre  à  l’abri  des  récidives  et  d’une 
terminaison  fâcheuse. Nous  en  dirons  autant  de  la  cautérisation  par  l’arsenic, 
conseillée  par  Drouard  et  Leclerc,  et  des  vésicatoires  ainsi  que  des  topiques 
qui  entraient  dans  le  traitement  expérimenté  à  l’École  d’Alfort  par  Maculet. 

Parmi  les  médicaments,  le  chlore  et  ses  préparations,  préconisés  par 
Leblanc,  n’ont  produit  aucun  bon  résultat.  L’iode,  repoussé  par  Pattu, 
semblerait  compter  un  succès  dans  un  cas  rapporté  par  G.  Thomson,  qui 
aurait  guéri  un  cheval  atteint  de  morve  chronique,  en  sept  semaines,  par  la 
teinture  d’iode,  à  la  dose  de  450  à  600  gouttes  par  jour. 

Le  soufre  est  un  des  agents  thérapeutiques  sur  lesquels  on  doit  le  plus 
compter,  suivant  les  observations  de  Collaine,  Gohier  et  surtout  celles  de 
Papin.  Ce  dernier  observateur  aurait  obtenu  deux  succès  avec  les  eaux  mi¬ 
nérales  naturelles  de  Baréges.  Nous  ne  mentionnerons  que  pour  mémoire 
les  médicaments  préconisés,  tels  que  les  cantharides,  la  liqueur  de  Van 
Swieten,  le  curcuma,  etc.,  etc.  Au-dessus  de  ces  moyens  qui  sont  tous  plus 
ou  moins  insuffisants,  il  faut  placer  des  règles  d’hygiène  bien  entendues 
qui  non-seulemeni  peuvent  avoir  une  gi’ande  influence  sur  la  guérison  de 
la  morve  et  du  farcin,  mais  peuvent  seules  en  diminuer  les  ravages. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  les  solipèdes.  109 

Ces  règles,  indiquées  par  les  causes  mêmes  de  la  maladie,  consistent 
dans  l’aération,  la  ventilation  des  écuries,  l’agrandissement  de  l’espace 
laissé  aux  chevaux;  dans  un  exercice  régulier  et  non  excessif  à  l’abri  des 
variations  de  température  ;  dans  une  alimentation  choisie  et  de  bonne 
nature.  Après  ce  que  nous  avons  dit  de  la  contagion  de  la  morve  et  du 
farcin,  n’est-il  pas  juste  de  conclure  que  le  seul  traitement  qui  puisse 
prévenir  et  attaquer  le  mal  dans  sa  source,  c’est  l’isolement,  et  mieux 
encore  l’abatage  de  l’animal  contaminé. 

Police  sanitaire.  —  Nous  croyons  utile  de  terminer  cette  étude  de  la 
morve  et  du  farcin  chez  les  solipèdes  en  rappelant  quelles  sont  les  prescrip¬ 
tions  de  la  législation  relatives  à  la  diathèse  morvo-farcineuse.  Reynal  les 
a  résumées  dans  les  termes  suivants  : 

«  Les  propriétaires  de  chevaux  morveux  et  farcineux  ou  suspectés  de  ces 
maladies  doivent  en  faire  la  déclaration  à  l’autorité.  Ces  chevaux  seront  isolés 
et  séquestrés. 

Les  chevaux  morveux  et  farcineux  seront  immédiatement  abattus. 

Les  dépouilles  des  chevaux  morveux  et  farcineux  aigus  ne  devraient  pas 
être  utilisés  sans  autorisation  spéciale  ;  elle  pourrait  être  accordée  toutes 
les  fois  qu’il  s’agira  d’établissements  industriels,  dans  lesquels  les  débris 
cadavériques  subissent  des  préparations  méthodiques. 

Aucun  animal  morveux  et  farcineux  ne  devrait  être  traité  sans  une  auto¬ 
risation  semblable.  Il  devrait  être  défendu,  sous  des  peines  sévères,  d’exposer 
en  vente,  de  vendre  et  d’employer  à  un  service  quelconque,  et  surtout  de 
conduire  sur  la  voie  publique,  des  chevaux  morveux  ou  farcineux,  ou  sus¬ 
pectés  de  ces  maladies. 

Les  écuries  et  autres  lieux  dans  lesquels  auraient  séjourné  des  chevaux 
suspectés  ou  atteints  de  morve  ou  de  farcin,  devraient  être  aérés  et  désin¬ 
fectés  sous  la  surveillance  de  l’autorité.  Pour  prévenir  la  contagion  à 
l’homme,  les  palefreniers,  les  cochers  ou  toute  autre  personne  ne  devront 
jamais  coucher  dans  les  écuries  renfermant  des  chevaux  atteints  de  morve 
ou  de  farcin,  et  même  suspectés  de  ces  maladies.  Dans  les  infirmeries  la 
surveillance  s’exercera  au  moyen  d’un  châssis  vitré,  afin  d’éviter  toute  com¬ 
munication  avec  la  chambre  du  serveillant.  Aucun  objet  de  pansement 
ayant  servi  aux  animaux  malades  ne  devra  être  déposé  dans  la  chambre  du 
gardien. 

On  éloignera  du  service  des  animaux  malades  les  hommes  qui  refuse¬ 
ront  de  se  soumettre  à  ces  précautions  sanitaires,  ceux  qui  sont  faibles, 
d’une  mauvaise  constitution  ou  qui  ont  des  maladies  antérieures  incom¬ 
plètement  guéries,  enfin  ceux  qui  se  livreront  à  toutes  sortes  d’excès,  et 
surtout  à  l’ivrognerie. 

On  interdira  temporairement  le  service  de  l’infirmerie  aux  hommes  qui 
auront  des  plaies,  des  crevasses,  des  écorchures  aux  mains,  aux  bras  ou  à 
la  figure. 

Les  infirmiers  devront  toujours  avoir  les  jambes  chaussés  avec  des  bas 
ou  des  guêtres.  Ils  devront  se  laver  les  mains  et  la  figure  après  le  panse¬ 
ment.  Les  piqûres,  les  plaies,  les  écorchures  faites  en  opérant,  pansant, 


110  MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 

nettoyant,  ouvrant,  disséquant  des  chevaux  morveux  ou  farcineux,  seront 

immédiatement  cautérisées  au  fer  rouge.  » 

Le  préfet  de  police,  M.L.  Renault,  a  publié  au  mois  de  décembre  1875,  sur  l’avis 
d’une  commission  composée  de  M.M.  Bouley,  Reynal,  Alexandre,  Sanson  et  Leblanc, 
une  ordonnance  qui  complète  les  lois  de  police  sanitaire  que  nous  venons  de  faire 
connaître.  Relativement  au  sujet  qui  nous  occupe,  nous  y  trouvons  ce  qui  suit  : 

Article  1®'.  — -Conforme  à  la  loi  :  c’est-à-dire  que  les  propriétaires,  directeurs  ou 
gardiens  de  chevaux,  ânes  ou  mulets,  atteints  ou  suspects  de  morve  ou  de  farcin, 
sont  tenus  de  les  isoler  et  de  faire  sur-le-champ  leur  déclaration  à  l’autorité. 

Art.  2.  —  Immédiatement  après  cette  déclaration,  il  sera  procédé  à  la  visite  des 
animaux  par  un  vétérinaire  délégué  qui  prendra  les  mesures  urgentes. 

Art.  3.  — ■  Tout  animal  reconnu  atteint  ou  suspect  devra  être  maintenu  isolé. 

Art.  a.  —  Dans  le  cas  de  morve  ou  de  farcin,  le  vétérinaire  délégué  fera  abattre 
immédiatement  l’animal,  si  le  propriétaire  y  consent.  S’il  n’y  consent  pas,  il  devra, 
dans  le  délai  de  quarante-huit  heures,  faire  visiter  l’animal  par  un  vétérinaire  qu’il 
désignera  lui-même  et  qui  procédera  contradictoirement  avec  le  vétérinaire  délégué. 
Si  l’abatage  est  ordonné,  l’animal  sera  marqué  d’un  M.  Aussitôt  après  Tabatage,  il 
sera  fait  dans  les  veines  de  l’animal  une  injection  avec  un  liquide  infectant,  tel  que 
l’essence  de  térébenthine,  l’acide  phénique,  etc.,  etc.,  pour  que  la  viande  ne  puisse 
être  livrée  àla  consommation. 

Les  animaux  suspects  pourront  être  conservés  par  les  propriétaires  ou  conduits 
dans  une  école  pour  y  être  traités.  L’animal  sera  marqué  d’un  signe  représentant 
une  équerre;  il  ne  pourra  être  utilisé  à  un  service  public  ou  privé,  ou  même  être 
promené  sur  la  voie  publique  avant  que  le  vétérinaire  délégué  ait  reconnu  que  son 
état  sanitaire  le  permet. 

Art.  5.  —  Il  est  défendu,  sous  les  peines  édictées  par  la  loi,  de  vendre  ou  d’ex¬ 
poser  dans  les  marchés  et 'partout  ailleurs  des  chevaux,  ânes  ou  mulets  atteints  ou 
suspects  de  morve  ou  de  farcin. 

Art.  11.  — Les  écuries,  étables  et  autres  lieux  dans  lesquels  auraient  séjourné 
des  animaux  atteints  de  morve  ou  de  farcin,  seront  désinfectés  conformément  aux 
prescriptions  des  vétérinaires  délégués. 

Art.  12.  —  Les  hommes  préposés  .aux  soins  des  animaux  suspects  de  morve  ou 
de  farcin  devront  être  mis  en  garde,  par  un  avertissement  contre  les  dangers  terri¬ 
bles  de  la  contagion,  et  il  est  défendu  de  les  faire  coucher  dans  le  même  local  où 
lesdits  animaux  seront  séquestrés  ou  dans  un  local  voisin  communiquant  librement 
avec  lui. 

IHORVIi:  et  f  ARGKV  cbez  l’taomme.  —  Définition.  —  Des¬ 
cription.  —  Division. —  I.  Farcin  chronique.  —  Le  farcin  chronique 
chez  l’homme  est  un  état  morbide  résultant  de  la  transmission  de  la  morve 
ou  du  farcin  des  solipèdes  caractérisé  principalement  par  des  ahcès 
multiples  dégénérant  en  ulcères  fistuleux,  des  douleurs  articulaires  et  mus¬ 
culaires,  des  angioleucites  spécifiques,  une  altération  profonde  de  la  con¬ 
stitution,  et  se  terminant  le  plus  ordinairement  par  la  morve  aiguë. 

Le  farcin  peut  exister  seul  ou  accompagner  la  morve  chronique  ;  il  est, 
dans  tous  les  cas,  plus  fréquent  que  celle-ci  ;  on  peut  même  dire  que,  dans 
les  cas  de  contagion,  le  farcin  est  trois  fois  plus  fréquent  que  1^  morve. 

Le  mode  d’invasion  du  farcin  chronique  varie,  sans  être  toujours  déter¬ 
miné  par  la  manière  dont  la  contagion  s’est  opérée.  Cependant  des  acci¬ 
dents  locaux  suivent  le  plus  hahituellement  la  contagion  immédiate  de 


MORVE  ET  FARCIN  a 


:.’homme. 


111 

l’inoculation  de  la  matière  morveuse  ou  farcineuse  ;  la  maladie  débute  alors, 
par  les  symptômes  aigus  d’une  angioleucite  ou  d’un  phlegmon.  D’autres, 
fois,  alors  même  qu’une  inoculation  directe  a  eu  lieu,  les  désordres  locaux 
manquent,  et  les  choses  se  passent  comme  lorsque  la  contagion  a  été 
médiate. 

Après  un  petit  nombre  de  jours  sans  que  la  santé  ait  paru  troublée,  ou 
après  que  le  malade  s’est  plaint  de  lassitude,  de  douleurs  vagues,  de  malaise 
ou  d’inappétence,  après  une  fièvre  revenant  par  accès,  quelquefois  présen¬ 
tant  le  type  tierce,  un  empâtement  douloureux  se  montre  soit  au  front,  soit 
au  mollet,  soit  sur  une  autre  partie  du  corps.  Les  symptômes  généraux  d’in- 
sion  prennent  parfois,  dès  le  principe,  une  marche  très-aiguë,  et  l’appari¬ 
tion  du  premier  abcès  est  précédée  de  céphalalgie,  de  délire,  de  nausées  et 
d’une  fièvre  très-forte,  qui  cessent  au  bout  de  trois  à  quatre  jours.  Mais 
lorsque  le  malade  est  resté  pendant  longtemps  en  contact  avec  les  chevaux 
morveux,  l’invasion  du  farcin  s’annonce  souvent  de  très-loin  et  d’une  ma¬ 
nière  insidieuse.  Presque  constamment  alors,  des  douleurs  se  font  sentir 
par  intervalles  dans  les  articulations  des  membres  inférieurs  où  un  gonfle¬ 
ment  survient  quelquefois,  et  simulent  un  rhumatisme  chronique.  En  même 
temps  il  semble  que  les  forces  diminuent  sans  raison  apparente,  et  lorsque 
cet  état  a  duré  pendant  un  mois  ou  six  semaines,  des  abcès  multiples  se 
forment  rapidement  et  comme  d’emblée  ;  ainsi,  que  la  contagion  ait  été  im¬ 
médiate  ou  médiate,  les  premiers  accidents  locaux  ou  généraux,  le  début 
lent  ou  rapide,  cette  première  période  est  toujours  suivie  de  la  formation 
d’abcès  caractéristiques  du  farcin  chronique.  Des  tumeurs  apparaissent 
soit  dans  une  partie  déjà  disposée  par  une  contusion  ou  toute  autre  cause 
locale,  soit  dans  un  point  quelconque,  et  plus  fréquemment  aux  membres 
que  sur  le  tronc.  Elles  sont  indolentes  et  fluctuantes  dès  leur  apparition,  ou 
parcourent,  ce  qui  est  plus  rare,  les  phases  des  engorgements  phlegmoneux  ; 
on  ne  peut  assigner  d’oi’dre  à  leur  développement  ;  elles  se  montrent  suc¬ 
cessivement  ou  à  la  fois  sur  les  points  les  plus  éloignés.  Les  unes  s’ouvrent 
spontanément  après  un  temps  plus  ou  moins  long,  et  donnent  issue  à  du 
sang  pur,  ou  à  une  sanie  purulente,  ou  à  un  pus  visqueux  et  de  mauvaise 
nature,  rarement  à  du  pus  phlegmoneux.  D’autres  se  résorbent  peu  à  peu; 
on  en  voit  quelquefois,  même  de  considérables,  disparaître  brusquement  et 
se  transporter,  pour  ainsi  dire,  dans  un  autre  endroit  où  elles  apparaissent 
tout  à  coup.  Les  ganglions  lymphatiques  ne  se  prennent  que  secondaire¬ 
ment  et  dans  un  petit  nombre  de  cas;  les  engorgements  de  l’aisselle  ou  de 
l’aine  sont  toujours  consécutifs  à  des  angioleucites  locales  ou  à  un  abcès  des 
régions  voisines.  Ces  abcès,  plus  ou  moins  nombreux,  simultanés  ou  suc¬ 
cessifs,  sont  souvent,  pendant  un  certain  temps,  le  seul  signe  de  la  mala¬ 
die,  avec  un  peu  de  faiblesse  et  d’anorexie.  11  peut  arriver,  dans  ce  cas,  que 
les  tumeurs  ouvertes  se  cicatrisent  sans  trop  de  lenteur,  et  le  malade  se  fé¬ 
licite  d’une  guérison  à  laquelle  le  médecin  ne  doit  pas  se  fier  ;  mais  le  plus 
souvent  la  formation  des  tumeurs  s’accompagne  de  troubles  variés.  Les 
forces  diminuent  sensiblement;  les  membres  sont  le  siège  de  douleurs 
vagues  qui  sont  moins  vives  qu’au  début,  mais  sont  presque  continuelles.. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 

Les  articulations  sont  roides,  et  les  mouvements  pénibles.  Les  reins  sont 
brisés,  et  les  parois  de  la  poitrine  sont  quelquefois  le  siège  de  points  dou¬ 
loureux  fixes  ou  mobiles. 

‘  La  céphalalgie  est  très-rare  ;  l’appétit,  qui  parfois  est  augmenté,  est  le 
plus  souvent  diminué  ;  des  nausées,  parfois  des  vomissements  signalent  les 
premiers  troubles  des  fonctions  digestives.  Cependant,  de  nouvelles  tumeurs 
se  sont  formées  ;  la  plupart,  après  avoir  été  ouvertes,  continuent  à  laisser  . 
sécréter  un  pus  séreux  et  mal  lié.  Les  bords  de  l’ouverture  se  renversent, 
les  foyers  se  changent  en  ulcères  sanieux  qui  n’ont  aucune  tendance  à  la 
cicatrisation  ;  les  os  superficiels,  sur  lesquels  ils  sont  placés,  sont  mis  à  nu 
et  se  nécrosent  ;  les  articulations  se  déforment  et  perdent  bientôt  toute  mo¬ 
bilité;  le  corps,  amaigri,  a  perdu  toutes  ses  forces;  la  peau,  qui  ne  pré¬ 
sente  aucune  éruption,  est  devenue  sèche  et  terreuse  ;  les  cheveux,  rares  et 
allongés,  restent  plaqués  sur  les  tempes  ;  les  yeux  sont  ternes,  la  couleur 
du  visage  jaune  et  livide  ;  le  pouls  est  petit  et  misérable  ;  des  frissons  répé¬ 
tés  annoncent  une  fièvre  qui  revient  presque  tous  les  soirs  ;  les  nuits,  pen¬ 
dant  lesquelles  le  corps  est  baigné  de  sueurs  abondantes,  se  passent  sans 
sommeil  et  quelquefois  dans  des  rêvasseries  qui  précèdent  le  délire  ;  l’ap¬ 
pétit,  quoique  peu  prononcé,  peut  persister  encore  ;  mais  une  diarrhée  re¬ 
belle  s’est  établie  et  achève  d’affaiblir  la  constitution.  Quelquefois  une 
petite  toux  sèche  fatigue  le  malade,  sans  que  les  organes  respiratoires  pré¬ 
sentent  des  lésions  appréciables  ;  enfin,  l’intelligence  elle-même  s’affaiblit 
et  participe  aux  troubles  généraux.  C’est  ainsi  que  le  corps,  couvert  d’ul¬ 
cères,  épuisé  dans  toutes  les  sources  de  la  vie,  le  malade  tombe  dans  le  plus 
affreux  marasme. 

Le  farcin  chronique  met  un  temps  très-long  à  traverser  ses  différentes 
périodes.  Les  symptômes  d’invasion,  lorsqu’ils  sont  aigus  ne  durent  que 
quelques  jours,  au  plus  deux  ou  trois  septénaires.  Les  abcès  commencent 
à  se  développer  du  troisième  au  quinzième  jour,  et  l’état  purulent,  dont  ils 
sont  la  marque,  peut  rester  longtemps  stationnaire.  Mais  on  a  vu  qu’une 
amélioration  ou  une  guérison  apparente  s’observait  quelquefois  à  la  suite 
de  cette  seconde  période.  Cette  rémission  trompeuse,  qui  peut  se  montrer 
aune  époqueassez  rapprochée  du  début,  après  un  ou  deux  mois,  par  exem¬ 
ple,  est  ordinairement  plus  éloignée  ;  dans  tous  les  cas,  la  rechute  ne  se  fait 
guère  attendre,  et  alors  la  maladie  marche,  avec  lenteur  toujours,  mais  sans 
relâche,  vers  sa  terminaison.  Il  est  rare  que  celle-ci  soit  heureuse  ;  au 
moins  est-ce  la  seule  conclusion  que  permettent  encore  aujourd’hui  les  vé¬ 
ritables  observations  de  farcin  chronique  connues  dans  la  science.  Arrivé 
au  dernier  degré  du  marasme,  après  cette  succession  lente  mais  fatale 
d’abcès  et  d’ulcères,  le  malade  est  frappé  tout  à  coup  par  la  morve  aiguë 
qui  éclate.  Quelquefois  la  vie  s’éteint  sans  que  la  constitution  ait  passé  par 
cette  dernière  secousse,  pour  laquelle  elle  n’est  plus  assez  forte  ;  le  malade 
dépérit  et  meurt.  Enfin,  d’autres  fois,  à  une  époque  plus  ou  moins  avancée 
de  la  maladie,  surviennent  des  symptômes  nouveaux  qui  ne  lui  appar¬ 
tiennent  plus,  et  qui  caractérisent  la  morve  farcineuse  chronique,  dont  les 
terminaisons  sont  alors  communes  au  fai’cin. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


H3 

Nous  ajouterons  qu’il  se  pourrait  encore  qu’on  vît  se  développer,  à  la 
suite  d’un  larcin  chronique,  des  accidents  aigus  distincts  de  la  morve  et 
appartenant  à  une  diathèse  purulente  fébrile  non  spécifique,  ainsi  que 
l’un  de  nous  en  rapporte  un  cas  dans  son  travail. 

En  résumé,  si  nous  analysons  les  différentes  observations  publiées,  nous 
trouvons  que,  sur  vingt-deux  cas,  l’un  de  nous  a  trouvé  que  le  farcin  s’est 
terminé  par  la  morve  aiguë  deux  fois,  par  la  marche  naturelle  de  la  ma¬ 
ladie  sans  accidents  trois  fois,  par  la  guérison  six  fois.  Depuis  lors,  plu¬ 
sieurs  cas  de  guérison  de  farcin  chronique  ont  été  publiés,  notamment  par 
Ad.  Richard  et  Foucher,  par  Ludicke. 

Quelle  que  soit  l’issue  du  farcin  chronique,  sa  durée  est  toujours  très- 
longue,  elle  varie  de  quatre  mois  à  plus  de  trois  ans  ;  mais  le  plus  ordinai¬ 
rement  elle  est  de  dix  à  quinze  mois. 

Ayant  ainsi  tracé  dans  un  tableau  d’ensemble  la  description  générale  du 
farcin  chronique,  il  est  nécessaire,  pour  en  compléter  l’étude,  de  reprendre 
chacun  des  traits  principaux  qui  le  caractérisent. 

Abcès.  —  Les  abcès,  ainsi  que  nous  venons  de  le  voir,  forment  le  sym¬ 
ptôme  prédominant  du  farcin  chronique  ;  nous  avons  vu  qu’il  s’en  présen¬ 
tait  de  deux  espèces  :  les  uns  contenant  du  pus,  les  autres  ne  contenant 
que  du  sang.  Disons  de  suite  qu’aucun  signe  extérieur  ne  les  différencie 
entre  eux.  L’étude  anatomique  seule  montre  la  différence. 

Très-rarement  uniques,  les  abcès  farcineux  se  montrent  en  nombre 
variable.  Ordinairement  on  en  trouve  quatre,  cinq,  six;  mais,  si  on  les 
compte  à  mesure  qu’ils  se  développent  pendant  la  durée  du  farcin,  on 
peut  en  compter  jusqu’à  quinze  ou  seize.  Leur  nombre,  du  reste,  n’a  pas 
de  limite  et  il  est  d’ailleurs  absolument  indifférent;  car,  qu’il  soit  considé¬ 
rable  ou  non,  il  ne  peut,  dans  aucun  cas,  servir  de  signe  diagnostique  ou 
pronostique. 

Le  siège  des  abcès,  bien  que  variable,  paraît  cependant  déterminé  par 
une  sorte  d’élection  qui  n’est  pas  sans  importance,  lorsqu’on  compare  les 
tumeurs  farcineuses  à  d’autres  groupes  d’abcès  multiples.  Dans  le  plus 
grand  nombre  des  cas  ces  tumeurs  se  montrent  sur  les  membres,  plutôt 
sur  les  inférieurs  que  sur  les  supérieurs,  et  elles  sont  fréquemment  rap¬ 
prochées  des  articulations  ;  si  elles  se  développent  dans  les  masses  muscu¬ 
laires,  on  les  rencontre  plus  souvent  dans  le  sens  de  la  flexion  que  dans 
celui  de  l’extension.  Ce  n’est  pas  à  dire  qu’on  n’en  trouve  pas  dans  d’autres 
régions.  Rien  n’est  absolu  à  cet  égard.  Ainsi  le  front,  la  région  temporale, 
l’articulation  sterno-claviculaire  ont  été  plus  d’une  fois  le  siège  de  ces 
abcès  ;  mais  il  est  extrêmement  rare  qu’on  les  rencontre  sur  le  tronc.  Le 
siège  peut  être  déterminé  par  certaines  circonstances  purement  accessoires. 
Ainsi,  le  premier  abcès  paraîtra  souvent  au  niveau  d’une  contusion  plus  ou 
moins  récente.  Il  est  inutile  de  rappeler  qu’il  ne  s’agit  ici  que  des  cas  où 
les  abcès  se  développent  spontanément,  sans  inoculation  directe.  Souvent 
superficiels  dès  leur  origine,  on  les  trouve  quelquefois  d’abord  profondé¬ 
ment  situés,  surtout  quand  ils  existent  à  un  endroit  où  la  masse  muscu¬ 
laire  est  considérable. 

NOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR. 


XXIII.  —  8 


iii  MORVE  ET  FARGIN  chez  l’homme. 

Les  abcès  farcineux  n’ont  jamais  de  très-petites  dimensions  ;  leur  foyer 
peut  parfois  devenir  énorme  et  contenir  jusqu’à  500  grammes  de  matière. 
Ils  sont  presque  toujours  mal  circonscrits  et  diffus  à  la  base. 

La  formation  des  tumenrs  farcineuses  peut  se  faire  avec  ou  sans  inflam¬ 
mation,  et  cela  sur  le  même  individu,  à  la  même  période  de  la  maladie.  On 
voit  alors,  à  côté  de  véritables  abcès  phlegmoneux  qui  parcourent  successi¬ 
vement  leurs  différentes  phases,  des  tumeurs  qui  sont  fluctuantes  dès  le 
principe.  Celles-ci,  de  beaucoup  les  plus  fréquentes,  ont  une  marche  exces¬ 
sivement  lente.  La  peau  ne  change  pas  de  couleur,  ou  prend,  à  mesure 
que  la  tumeur  se  développe,  une  teinte  violacée,  purpurine  ou  bleuâtre.  Les 
abcès  farcineux  non  inflammatoires  ne  présentent  pas  tous  de  la  fluctuation 
dès  le  début;  ils  peuvent  être  précédés  par  un  empâtement  non  douloureux 
que  le  malade  accuse  pendant  quelque  temps.  La  fluctuation  est  générale¬ 
ment  pâteuse,  du  reste  elle  ne  diffère  pas  de  celle  qui  s’observe  dans  les 
abcès.  Les  abcès  de  la  première  catégorie  sont  toujours  plus  ou  moins  dou¬ 
loureux,  mais  ceux  de  la  seconde  ne  sont  pas  toujours  indolents,  ainsi  qu’on 
pourrait  le  penser  ;  sans  parler  des  cas  où  ils  éveillent  ces  douleurs  arthri¬ 
tiques  et  musculaires  si  communes  dans  le  farcin  chronique,  il  en  est  qui 
sont  souvent  extrêmement  douloureux  au  toucher  ;  c’est  surtout  lorsqu’ils 
se  développent  lentement  et  qu’ils  sont  situés  profondément.  Tandis  que 
les  abcès  farcineux  inflammatoires  s’ouvrent  spontanément  où  se  résolvent 
dans  un  temps  assez  court,  ceux  qui  se  forment  sans  inflammation  peuvent 
persister  pendant  huit  ou  dix  mois  avant  de  s’ulcérer.  Les  uns  et  les  autres 
s’arrêtent  quelquefois  dans  leur  développement  et  disparaissent,  brusque¬ 
ment  remplacés,  mais  non  toujours,  par  des  abcès  qui  paraissent  dans 
un  autre  point.  Lorsque  les  tumeurs,  phlegmoneuses  ou  non,  ont  été  ou¬ 
vertes  artificiellement  ou  se  sont  ouvertes,  ce  qui  n’influe  pas  sensiblement 
sur  leur  marche  ultérieure,  les  unes  se  cicatrisent  quelquefois  assez  rapi¬ 
dement  sans  que  leur  mode  pathogénique  semble  y  être  pour  quelque 
chose,  et  dans  le  même  temps,  d’autres,  au  contraire,  dégénèrent  en 
ulcères  très-rebelles.  Cette  terminaison  est  la  plus  générale,  et  lorsque 
la  cicatrisation  a  lieu,  ce  qui  est  l’exception,  on  sait  dans  combien  peu  de 
cas  elle  indique  la  guérison. 

La  matière  contenue  dans  les  tumeurs  farcineuses  présente  des  carac¬ 
tères  qui  ne  sont  pas  à  négliger,  et  qui  peuvent,  jusqu’à  un  certain  point, 
servir  à  les  distinguer.  Formées  presque  toutes  par  du  pus,  les  tumeurs  peu¬ 
vent  cependant  être  exclusivement  remplies  par  du  sang.  Ce  sang  est  alors 
tout  à  fait  pur  et  vermeil,  ou  livide  et  coagulé,  mais  non  mélangé  avec  du 
pus.  Ces  tumeurs  sanguines  ne  peuvent  être  distinguées  des  véritables 
abcès  lorsqu’elles  n’ont  pas  été  ouvertes  et  elles  n’en  diffèrent  pas  non  plus 
essentiellement,  les  abcès  diathésiques  étant  presque  toujours  précédés  par 
des  dépôts  ou  des  infiltrations  de  sang.  La  matière  contenue  dans  les  tu¬ 
meurs  du  farcin  chronique  est  plus  souvent  sanieuse,  mêlée  en  propor¬ 
tion  variable  de  pus  et  de  sang.  D’autres  fois,  c’est  un  pus  dont  les  carac¬ 
tères  sont  assez  tranchés  :  il  est  pâle  et  épais,  d’un  jaune  grisâtre  et  d’une 
consistance  visqueuse  ;  on  y  trouve  encore  des  stries  de  sang  ;  la  plupart 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


H5 

•du  temps  sans  odeur,  il  est  quelquefois  très-fétide  ;  les  foyers  se  vident  mal 
et  incomplètement  ;  même  lorsque  le  pus  est  moins  consistant  et  qu’il  est 
séreux  comme  «  de  l’eau  jaune,  mêlée  de  sang,  »  il  ne  ressemble  pas  à  ce 
pus  mal  lié  qui  est  si  commun  dans  les  abcès  consécutifs  aux  nécroses  ; 
■enfin,  il  est  très-rare  de  trouver  du  pus  de  nature  phlegmoneuse.  Cette  ma¬ 
tière  inoculée  donne  naissance  à  une  maladie  semblable  à  celle  qui  l’a  pro¬ 
duite. 

Les  ulcères,  qui  à  une  certaine  période  s’observent  dans  le  farcin  chro¬ 
nique  chez  l’homme,  sont  toujours  la  suite  des  abcès  ;  jamais  ils  ne  sont 
primitifs.  Lorsqu’un  abcès  s’est  ouvert,  le  plus  souvent  ses  bords  se  ren¬ 
versent,  la  peau  se  décolle,  elle  se  détruit  et  laisse  une  surface  plus  ou 
moins  étendue,  qui  ne  tend  pas  à  se  cicatriser  et  qui  continue  à  être  baignée 
par  une  sanie  purulente.  C’est  un  véritable  ulcère.  On  les  voit  surtout  se 
former  au  niveau  ou  aux  environs  des  articulations,  là  où  la  peau  est 
umincie.  Ils  sont  ordinairement  livides,  à  bordsj  irréguliers  et  violacés, 
décollés  ou  adhérents  aux  tissus  sous-jacents  ;  parfois  les  téguments  qui 
les  entourent  sont  rouge  pourpre  ou  bleus  ;  les  bords  sont  calleux  et  sail¬ 
lants.  Le  malade  éprouve  une  douleur  sourde  ;  enfin  les  bords  peuvent  être 
urides  et  lardacés.  Le  fond  de  ces  ulcères  est  imprégné  d’un  pus  tenace  et 
visqueux,  et  se  recouvre  avec  facilité  de  croûtes  épaisses,  qui  leur  donnent 
un  aspect  particulier.  Ils  ont  rarement  de  la  tendance  à  s’agrandir,  mais  ils 
■en  ont  encore  moins  à  se  cicatriser,  et  sont  toujours  très-rebelles.  Cepen¬ 
dant,  lorsqu’il  existe  de  vastes  décollements,  l’ulcère  s’étend  dans  tous  les 
sens,  jusqu’à  ce  que  la  peau  décollée  soit  complètement  détruite.  Lorsque 
les  progrès  de  la  maladie  ont  amené  cet  état  de  maigreur  et  de  marasme 
•que  nous  avons  décrit,  la  peau  prend  autour  des  ulcères  une  coloration 
noirâtre,  et  perd  toute  souplesse  et  presque  toute  porosité.  Les  abcès  farci- 
neux  ne  donnent  pas  toujours  lieu  à  de  véritables  ulcères,  même  lorsqu’ils 
ne  se  cicatrisent  pas.  Les  foyers,  surtout  lorsqu’ils  sont  peu  considérables, 
peuvent  laisser  après  eux  de  simples  fistules  à  trajets  nombreux,  et  qui  ne 
présentent  rien  de  caractéristique.  Au  fond  des  ulcères  et  des  fistules,  on 
trouve  quelquefois,  à  une  époque  avancée  de  la  maladie,  des  surfaces 
osseuses  dénudées  et  nécrosées.  Mais  cette  lésion  n’est  jamais  que  consé¬ 
cutive,  elle  peut  cependant  concourir  d’une  manière  indirecte  à  entretenir 
les  ulcères  farcineux. 

Les  douleurs  articulaires  et  musculaires  sont  un  symptôme  tellement 
constant  dans  l’affection  morvo-farcineuse ,  que  l’on  n’en  saurait  trop 
étudier  la  marche  et  les  caractères.  D’après  leur  ordre  d’apparition,  on  peut 
les  diviser  en  celles  qui  font  partie  des  symptômes  d’invasion  et  celles  qui 
surviennent  dans  le  cours  de  la  maladie.  Cette  distinction  est  fondée  prin¬ 
cipalement  sur  les  circonstances  diverses  dans  lesquelles  et  avec  lesquelles 
elles  se  produisent.  On  les  observe  au  début,  surtout  dans  le  cas  de  conta¬ 
gion  médiate  ou  d’infection.  Elles  sont  souvent  alors  générales;  c’est  un 
brisement  de  tout  le  corps  avec  des  éclairs  de  douleurs  qui  traversent  les 
muscles  du  tronc,  et  principalement  ceux  du  dos  et  des  lombes.  Les  mou¬ 
vements  des  membres  sont  roides  et  pénibles,  et  les  grandes  articulations 


116 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


sont  le  siège  de  douleurs  sourdes  et  continues,  qui  s’exaspèrent  sous  l’in¬ 
fluence  de  l’exercice,  ou  bien  enfin  c’est  une  sorte  de  crampe  qui  occupe 
les  mollets  ou  les  avant-bras,  qui  revient  par  intervalle,  et  peut  aller  jus¬ 
qu’à  rendre  la  marche  impossible.  L’un  de  nous,  dans  certains  cas,  l’a  vue 
simuler  une  sciatique.  Quel  que  soit  leur  siège,  ces  douleurs  sont  quelque¬ 
fois  extrêmement  violentes  et  peuvent  se  déplacer.  Elles  ne  sont  accom¬ 
pagnées  ni  de  gonflement  ni  de  rougeur  à  la  peau.  Il  ne  faut  pas  les  con¬ 
fondre  avec  celles  qui  annoncent  dans  un  point  limité  la  formation  d’un 
abcès  ;  les  premières  précèdent  quelquefois  d’assez  loin  le  développement 
de  l’état  purulent.  Lorsqu’elles  sont  très-aiguës,  elles  peuvent,  même  au 
début  d’un  farcin  chronique,  s’accompagner  de  fièvre  et  de  sueurs,  et  faire 
croire  à  un  rhumatisme.  Souvent  les  douleurs  qui  ont  annoncé  l’invasion  de 
la  maladie,  deviennent  moins  vives  à  une  période  plus  avancée  ;  elles  peu¬ 
vent  disparaître  tout  à  fait,  mais  le  plus  ordinairement  elles  se  font  encore 
ressentir  de  temps  à  autre.  Dans  le  cas  où  elles  ont  manqué  au  début,  elles 
se  montrent  presque  toujours  plus  tard  et  avec  une  grande  persistance. 
Les  douleurs  qui  surviennent  dans  le  cours  de  la  maladie,  douleurs  sym¬ 
ptomatiques,  sont  plus  fixes  que  les  premières,  douleurs  prodromiques.  Elles 
s’emparent  d’une  articulation,  et  plus  souvent  de  celle  du  genou,  ou  bien 
encore  occupent  les  hypochondres  ou  le  bassin,  ce  qui  est  beaucoup  moins 
ordinaire  pour  les  douleurs'  initiales.  Souvent  aussi,  dans  le  cours  du 
farcin  chronique,  les  douleurs  qui  affectent  un  membre  ou  une  articula¬ 
tion  sont  liées  à  la  présence  d’une  collection  purulente  ou  d’un  ulcère 
voisin.  Ces  altérations  peuvent  être  telles  qu’elles  déforment  les  articula¬ 
tions,  qu’elles  rendent  les  mouvements  absolument  impossibles  et  alors 
elles  déterminent  par  elles-mêmes  de  très-vives  douleurs.  Dans  aucun  cas 
il  n’a  été  possible  à  l’un  de  nous  de  rattacher  les  unes  ou  les  autres  de  ces 
douleurs  à  une  lésion  propre  des  cavités  articulaires,  et  en  particulier  à 
l’existence  du  pus  dans  leur  cavité. 

Si  le  farcin  chronique  chez  le  cheval  se  caractérise  surtout  par  des  engor¬ 
gements  considérables  des  vaisseaux  et  des  ganglions  lymphatiques,  il  n’en 
est  plus  de  même  chez  l’homme.  Ce  n’est  pas  à  dire  pourtant  que  le  système 
lymphatique  ne  présente  jamais  de  lésion  dans  la  maladie  transmise  à 
l’homme,  mais  dans  ce  cas  même  il  importe  de  distinguer.  Les  engorge¬ 
ments  ganglionnaires  ne  sont  jamais  primitifs.  Ils  se  montrent  toujours 
consécutivement,  soit  à  une  inoculation  directe,  soit  à  une  irritation  locale, 
entretenue  par  un  abcès  ou  un  ulcère  ;  encore  ceux  de  cette  dernière  espèce 
sont  relativement  fort  rares.  Ce  n’est,  à  proprement  parler,  que  comme 
symptôme  local  d’une  angioleucite  traumatique  que  l’on  observe  les  en¬ 
gorgements  des  lymphatiques  ;  c’est  là  ce  qui  en  constitue  une  véritable 
variété.  11  résulte  de  là  que  ces  engorgements  se  développent  presque  tou¬ 
jours  dans  les  ganglions  de  l’aisselle  en  même  temps  qne  sur  les  vaisseaux 
lymphatiques  du  membre  supérieur.  On  trouve  aussi,  mais  moins  fré¬ 
quemment,  les  ganglions  de  l’aine  légèrement  tuméfiés  au  voisinage  des 
abcès.  Cette  espèce  d’engorgement  n’a  donc  absolument  rien  de  particulier 
au  farcin,  et  il  ne  faut  pas  en  tirer  une  conclusion  absolue.  Il  est  bon,  cepen- 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


dl7 

dant,  de  savoir  que  les  engorgements  lymphatiques  symptomatiques  d’une 
angioleucite  par  cause  directe  peuvent,  longtemps  après  que  cette  angio- 
leucite  a  guéri,  reparaître  isolément  dans  le  cours  du  farcin  chronique,  et 
simuler  alors  des  engorgements  primitifs.  Quels  que  soient  leur  origine, 
leur  mode  de  développement  et  leur  siège,  ces  engorgements  ne  prennent 
jamais  un  grand  accroissement;  quelques-uns  sont  à  peine  douloureux. 
Ils  se  terminent  aisément  par  résolution,  et  lorsqu’ils  persistent,  ils  consti¬ 
tuent  des  noyaux  indurés,  sans  tendance  à  la  suppuration  ni  à  l’ulcération  ; 
en  résumé,  c’est  un  symptôme  secondaire  et  peu  important  chez  l’homme. 

La  fièvre,  sans  être  un  symptôme  essentiel  du  farcin  chronique,  se  montre 
pourtant  sous  plusieurs  formes  à  différentes  époques  de  sa  durée.  Elle  est 
assez  commune  au  début  :  tantôt  saisissant  brusquement  le  malade,  pour 
ainsi  dire,  au  milieu  de  la  santé,  et  annonçant  les  symptômes  aigus  dont  se 
compose  souvent  la  période  d’invasion  ;  tantôt  suivant,  comme  la  maladie 
elle-même,  une  marche  insidieuse,  ne  se  trahissant  que  par  un  frisson  irré¬ 
gulier  et  un  malaise  indéterminé  ;  tantôt  enfin  se  montrant  tout  d’abord 
sous  une  forme  franchement  intermittente,  sous  le  type  tierce,  par  exemple, 
cédant  même,  dans  ce  cas,  au  sulfate  de  quinine,  pour  reparaître  plus  tard 
sous  une  autre  forme.  En  effet,  si  la  formation  successive  des  abcès  farci- 
neux  est  le  plus  souvent  apyrétique,  il  est  rare  que  la  cachexie  qui  survient 
ne  s’accompagne  pas  d’un  mouvement  fébrile  particulier.  Ce  sont  alors  des 
frissons  qui  reviennent  souvent  le  soir,  suivis  de  sueurs  passagères,  avec 
petitesse  et  accélération  du  pouls.  A  une  époque  plus  avancée,  lorsque  la  ma¬ 
ladie  ne  marche  pas  vers  une  terminaison  heureuse,  la  fièvre  devient  con¬ 
tinue,  les  frissons  sont  plus  rares,  la  peau  sèche  pendant  le  jour,  se  couvre 
toutes  les  nuits  d’une  sueur  froide  et  visqueuse  ;  le  pouls,  durant  les  pa¬ 
roxysmes,  reprend  un  peu  plus  de  force  et  de  vitesse,  et  c’est  ainsi  que  s’an^ 
nonce,  par  une  exacerbation  graduelle  du  mouvement  fébrile,  l’explosion  de 
Ja  morve  aiguë  terminale. 

La  peau  ne  présente  aucune  éruption  dans  le  cours  du  farcin  chronique, 
fait  important  à  signaler  pour  la  comparaison  de  ce  qui  a  lieu  chez  les  soli- 
pèdes  et  surtout  dans  les  formes  aiguës  de  la  maladie  chez  l’homme.  L’en¬ 
veloppe  cutanée,  si  l’on  fait  abstraction  des  abcès  et  des  ulcères  qui  s’y 
rencontrent,  ne  se  distingue  que  par  la  facilité  et  la  rapidité  avec  laquelle 
elle  devient  sèche  et  rugueuse.  D’abord  très-pâle,  elle  devient  ensuite  d’un 
jaune  terreux.  Elle  est  d’abord  plus  sensible  au  froid,  puisqu’elle  perd  sa 
perméabilité,  et  bientôt  on  voit  l’épiderme  s’exfolier.  Les  poils  prennent  cet 
aspect  piqué  noté  chez  les  animaux  ;  ils  s’allongent  et  tombent.  Lilpop  a  si¬ 
gnalé,  une  fois,  une  tumeur  furonculeuse  de  l’aile  du  nez.  Cette  tumeur  ne 
s’est  pas  abcédée  ;  aussi  pensons-nous  qu’il  y  a  là  une  grande  analogie 
avec  les  tumeurs  qui  se  montrent  dans  le  farcin  aigu  chez  l’homme,  d’autant 
plus  que  l’un  de  nousa  vu,  chez  Rayer,  un  palefrenier  succomber  à  un  farcin 
aigu,  présentant,  sur  le  côté  gauche  du  nez,  une  tumeur  à  peu  près  régu¬ 
lièrement  arrondie,  non  fluctuante,  bien  circonsci’ite,  et  recouverte  pen¬ 
dant  la  vie  d’une  croûte  d’un  rouge  foncé;  il  n’y  avait  pas  de  lésions  mor¬ 
veuses  dans  les  fosses  nasales.  Monneret  a  vu,  dans  un  cas,  un  érysipèle  et 


118 


MORVE  ET  FARCIN 


une  éruption  miliaire  survenus  sur  un  membre  atteint  d’abcès  farcineux 
mais  ce  sont  là  de  véritables  complications,  auxquelles  pourrait  avoir  con¬ 
tribué  l’usage  prolongé  qu’avait  fait  le  malade  des  préparations  d’iode. 

La  respiration  n’est  que  très-rarement  et  très-indirectement  troublée 
dans  le  farcin  chronique.  C’est  surtout  dans  la  période  ultime,  lorsque  les 
forces  sont  très-affaiblies,  qu’il  survient  de  la  dyspnée,  de  l’accélération 
dans  les  mouvements  respiratoires  et  de  la  toux,  mais  ces  troubles  sont 
seulement  l’indice  du  dépérissement  général.  L’auscultation  ne  révèle 
alors  qu’une  faiblesse  du  murmure  respiratoire,  à  moins  qu’il  n’existe  une 
lésion  indépendante  du  farcin,  telle  que  des  tubercules.  Si  la  maladie  doit 
se  terminer  par  la  morve,  la  toux  devient  plus  fréquente,  plus  persistante. 

Les  fonctions  digestives  sont  intactes  dans  le  plus  grand  nombre  de  cas. 
L’appétit  augmente  quelquefois  ;  il  semble  que  les  malades  sentent  instinc¬ 
tivement  la  nécessité  de  soutenir  et  de  retenir  les  forces  qui  leur  échappent. 
D’autres  fois,  on  observe  une  inappétence  complète,  et,  même  en  l’absence 
de  fièvre,  une  soif  vive,  de  temps  en  temps  des  nausées,  quelquefois  des 
vomissements  ;  la  langue,  dans  ce  cas  seulement,  est  chargée  d’un  enduit 
blanchâtre.  Les  selles  peuvent  rester  naturelles  pendant  la  plus  grande 
partie  de  la  durée  du  farcin  ;  mais  presque  constamment  il  y  a,  dans  la  der¬ 
nière  période,  une  diarrhée  colliquative  qui  ajoute  encore  à  l’épuisement 
du  malade  :  ordinairement  elle  est  irrégulière  et  elle  n’apparaît  qu’à  inter¬ 
valles  inégaux;  parfois  elle  est  continue,  il  y  a  chaque  jour  cinq  à  six  éva¬ 
cuations  très-fétides  de  matières  verdâtres  et  glaireuses.  L’urine  ne 
s’éloigne  pas  de  l’état  normal.  Dans  un  cas,  elle  était  pâle,  acide,  quelque¬ 
fois  neutre  et  laissait  déposer  un  précipité  soluble  dans  l’acide  nitrique  avec 
dégagement  d’acide  carbonique,  formé  probablement  par  du  carbonate  de 
chaux. 

Le  système  nerveux  résiste  d’abord  dans  les  premiers  temps,  comme 
toutes  les  principales  fonctions.  La  céphalalgie  est  rare,  à  moins  d’un  mou¬ 
vement  fébrile  un  peu  considérable.  A  mesure  que  le  mal  fait  des  progrès, 
on  peut  voir  survenir  d’autres  accidents.  L’insomnie  est  des  plus  com¬ 
munes,  elle  tourmente  excessivement  les  malades  ;  et  cependant  c’est  peu  de 
chose  encore  auprès  de  ces  rêvasseries  cruelles  qui  font  repasser  devant 
leurs  yeux  toutes  les  horreurs  de  la  maladie  du  cheval  qui  la  leur  a  trans¬ 
mise.  A  ces  troubles  du  sommeil  succède  souvent  un  délire  vague,  moins 
pénible  sans  doute,  et  qui  atteste  le  coup  profond  dont  les  fonctions  de 
l’intelligence  sont  frappées.  Celles-ci  peuvent  même,  après  la  guérison, 
rester  pendant  un  temps  plus  ou  moins  long  sous  l’impression  qu’elles 
ont  reçue.  C’est  ainsi  que  l’on  a  noté  la  persistance  d’un  léger  dérangement 
des  facultés  cérébrales.  Lamyotilité  et  la  sensibilité  sont  affaiblies,  mais  non 
atteintes  complètement. 

A  côté  du  farcin  proprement  dit  dont  nous  venons  de  donner  la  descrip¬ 
tion,  il  existe  des  cas  qui,  bien  qu’analogues  à  quelques  égards,  sont  ce¬ 
pendant  très-distincts  et  doivent  être  signalés  à  titre  de  variétés  dans  l’his¬ 
toire  de  l’affection  farcineuse.  Nous  voulons  parler  de  V angioleucite 
farcineuse  et  des  ulcères  farcineux,  dont  nous  avons  observé  quelques  cas. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


119 


Sous  le  nom  d’ angioleucite  farcineuse,  on  désigne  une  inflammation  des 
vaisseaux  lymphatiques  et  des  ganglions  produite  par  l’inoculation  directe 
de  la  matière  farcineuse,  et  caractérisée  par  des  accidents  locaux  limités  au 
membre  inoculé,  et  par  des  symptômes  généraux  moins  graves  que  ceux  du 
farcin.  Ce  n’est  pas  sur  la  considération  d’étiologie,  sur  la  manière  dont  la 
contagion  s’est  opérée,  que  nous  nous  fondons  pour  établir  cette  variété, 
mais  bien  sur  la  différence  profonde  qu’offrent,  dans  leurs  symptômes,  leur 
marche  et  leur  terminaison,  les  faits  particuliers  que  nous  avons  présente¬ 
ment  en  vue. 

L’angioleucite  farcineuse  ne  s’observe  que  dans  le  cas  de  contagion  di¬ 
recte,  ordinairement  à  la  suite  d’une  écorchure  ou  d’une  piqûre  au  doigt  ou 
à  la  main  mis  en  contact  avec  des  matières  farcineuses  ou  morveuses.  Le 
début  des  accidents  ne  se  fait  pas  longtemps  attendre,  bien  que  la  plaie  se 
soit  souvent  cicatrisée;  on  voit,  au  bout  de  trois  ou  quatre  jours,  la  main 
et  le  bras  se  gonfler,  les  ganglions  de  l’aisselle  devenir  douloureux  et  tumé¬ 
fiés,  en  même  temps  qu’il  survient  de  la  fièvre,  de  la  céphalalgie,  des 
nausées  et  du  délire.  Le  gonflement  peut  manquer,  et  des  traînées  rouges 
se  montrer  sur  le  trajet  des  lymphatiques  du  bras.  Bientôt  des  abcès  se 
montrent  successivement  en  diflérents  points  du  membre,  et  en  nombre 
variable.  Jusque-là  il  ne  s’agit  que  d’une  angioleucite  aiguë  qui  peut,  en 
effet,  constituer  toute  la  maladie.  Mais,  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas, 
le  mouvement  fébrile  tombe  et  les  accidents  locaux  persistent  :  l’angioleu- 
cite  farcineuse  est  vraiment  chronique.  Elle  peut  l’être  également  dès  le 
début  ;  alors,  presque  sans  symptômes  généraux  d’invasion,  les  ganglions 
axillaires  commencent  à  devenir  douloureux,  puis  il  se  forme  des  abcès. 
Ceux-ci  suivent  à  peu  près  la  même  marche  que  les  abcès  du  fai’cin,  seu- 
ment  ils  se  montrent  de  préférence  sur  le  trajet  des  vaisseaux  lympha¬ 
tiques  superficiels  ou  des  veines  du  membi’e  malade,  et,  ce  qui  est  caracté¬ 
ristique,  pas  un  seul  ne  se  développe  sur  une  autre  partie  du  corps.  Ils  ont, 
du  reste,  les  mêmes  caractères,  et  surtout  la  même  persistance  de  repro¬ 
duction  et  la  même  tendance,  quand  ils  sont  ouverts,  à  rester  fistuleux  et  à 
s’ulcérer,  Enfin,  caractère  commun  très-important,  le  pus  inoculé  peut  re¬ 
produire  ou  la  morve,  ou  le  farcin,  ou  l’une  de  ses  variétés.  Les  symptômes 
généraux  qui  accompagnent  cet  état  local,  peuvent  être  presque  nuis,  et 
consistent  seulement  en  un  affaiblissement  peu  considérable  ;  mais,  plus 
ordinairemrnt,  on  observe  quelques-uns  de  ceux  qui  caractérisent  le  farcin. 
Ce  sont  surtout  l’épuisement  graduel  des  forces,  l’amaigrissement,  les 
frissons,  les  accès  de  fièvre  irréguliers  et  l’insomnie,  mais  à  un  moindre 
degré  que  dans  le  farcin,  et  avec  moins  de  gravité.  La  durée  des  accidents 
locaux  ou  généraux  est  toujours  longue.  Elle  est  rarement  de  moins  d’une 
année,  et  peut  même  se  prolonger  au  delà  de  ce  terme.  11  est  fréquent  de 
voir,  comme  dans  le  farcin,  la  maladie  suspendre  sa  marche  ;  mais  les  re¬ 
chutes  sont  également  fréquentes,  et  l’on  doit  les  craindre  non-seule¬ 
ment  tant  que  la  cicatrisation  des  abcès  et  la  résolution  des  engorgements  ne 
sont  pas  complètes,  mais  encore  tant  que  le  rétablissement  des  forces  n’est 
pas  assuré.  La  guérison  est  la  terminaison  la  plus  commune. 


120 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


Quant  aux  ulcères  farcineux,  seconde  variété  du  farcin,  voici  quels  en 
seraient  les  caractères  :  La  plaie  d’inoculation,  loin  de  se  cicatriser,  se 
changerait  en  un  ulcère  très-rebelle,  en  même  temps  que  l’on  reconnaîtrait, 
à  des  signes  généraux,  l’existence  d’une  cachexie  croissante.  Il  n’y  aurait 
ni  gonflement  du  bras,  ni  abcès  sur  le  membre  malade  ou  sur  toute  autre 
partie  du  corps,  seulement  de  la  douleur  dans  l’aisselle.  La  marche  de  la 
maladie  dans  ses  symptômes  généraux  se  rapprocherait  tout  à  fait  de  celle 
de  l’angioleucite  farcineuse  et  du  farcin.  En  effet,  on  observe  des  douleurs 
pseudo-rhumatismales,  une  faiblesse  générale,  des  sueurs,  de  la  diarrhée  et 
la  suspension  momentanée  des  accidents,  la  guérison  apparente,  puis  la 
rechute. 

IL  Morve  chronique.  — La  morve  chronique  chez  l’homme  est  une  maladie 
résultant  de  la  transmission  de  la  morve  ou  du  farcin  des  solipèdes,  carac¬ 
térisée  par  des  ulcérations  particulières  des  fosses  nasales  et-  des  voies 
aériennes,  des  douleurs  articulaires  et  musculaires  et  des  symptômes  gé¬ 
néraux  de  cachexie,  accompagnée  le  plus  souvent  de  farcin,  et  se  terminant 
par  la  morve  aiguë  ou  par  la  mort. 

La  morve  chronique,  signalée  par  Rayer,  a  été,  de  la  part  de  l’un  de  nous, 
le  sujet  d’un  travail  publié  en  18h3,  qui  a  établi  d’une  manière  exacte 
l’existence  de  cette  affection.  Depuis  lors  les  observations  parues  à  diffé¬ 
rentes  époques,  n’ont  fait  que  confirmer  les  principes  qui  y  ont  été 
posés. 

La  morve  chronique  débute  rarement  d’emblée ,  non  pas  qu’elle  succède 
jamais  à  la  morve  aiguë,  mais  parce  qu’elle  se  montre  presque  toujours  pré¬ 
cédée  du  farcin  chronique.  Lorsqu’il  n’en  est  pas  ainsi,  les  malades  expo¬ 
sés  depuis  un  temps  plus  ou  moins  long  à  la  contagion,  qui  n’est  jamais 
alors  immédiate,  après  voir  ressenti  du  malaise,  de  la  fatigue,  de  l’affaiblis¬ 
sement,  des  douleurs  vives  dans  les  membres  et  les  articulations,  et  quel¬ 
quefois  une  pleurodynie  excessivement  pénible,  mais  peu  durable,  sont 
pris  successivement  de  toux  et  de  mal  de  gorge,  puis  d’un  enchifrènement 
qui  leur  cause  beaucoup  de  gêne.  Quand,  au  contraire,  la  morve  succède 
au  farcin  à  une  époque  indéterminée  de  sa  durée,  après  2,  h,  6  ou  10  mois, 
sans  que  la  marche  du  farcin  ait.  été  notablement  modifiée,  on  voit  sur¬ 
venir  des  symptômes  du  côté  des  fosses  nasales  et  des  voies  aériennes. 
Dans  les  deux  cas,  le  mal  de  gorge  ou  la  toux  paraissent  ordinairement 
avant  la  gêne  des  fosses  nasales.  Une  douleur  se  fait  sentir  dans  la  trachée; 
il  y  a  comme  étranglement,  la  voix  s’altère  et  peut  même  s’éteindre.  Ce 
symptôme  disparaît,  du  reste,  après  un  certain  temps.  La  toux  s’accom¬ 
pagne  de  dyspnée  et  d’une  expectoration  plus  ou  moins  abondante,  qui 
manque  souvent.  Ces  troubles  des  fonctions  respiratoires  ne  sont  pas  tou¬ 
jours  bornés  ainsi  :  une  véritable  bronchite  capillaire,  une  pneumonie 
même,  peuvent  survenir  dans  le  cours  de  la  morve  chronique  et  donner 
lieu  à  des  phénomènes  réactionnels  assez  aigus.  Le  malade  se  plaint  bien¬ 
tôt  d’un  enchifrènement  qu’il  est  facile  de  reconnaître  à  ses  reniflements 
continuels.  Les  narines  semblent  bouchées  et  donnent  difficilement  passage 
à  l’air.  Cette  obstruction  est  souvent  le  seul  signe  qui  existe  ;  il  est  rare 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


qu’il  s’y  joigne  de  la  douleur  ;  pourtant  quelques  malades  indiquent  une 
douleur  sourde  et  profonde  à  la  racine  du  nez,  entre  les  deux  yeux,  et  qui 
s’étend  jusque  dans  les  sinus.  Ils  mouchent  de  temps  en  temps  du  sang 
qui  vient  par  caillots,  quelquefois  des  croûtes  qui  se  détachent  difficilement, 
ou  bien  un  mucus  puriforme  grisâtre,  dont  la  quantité  peut  aller  jusqu’à 
constituer,  dans  des  cas  très-rares,  un  véritable  jetage.  Il  se  peut  alors 
qu'en  examinant  les  fosses  nasales,  on  aperçoive  quelques  ulcérations  dont 
on  peut  suivre  le  développement,  ou  qu’en  introduisant  un  stylet,  on  sente 
des  inégalités  ou  même  une  perforation  de  la  cloison.  Dans  la  cavité  buccale, 
le  même  examen  peut  faire  reconnaître  l’existence,  soit  à  la  voûte  palatine, 
soit  au  fond  du  pharynx,  d’ulcères  que  l’examen  laryngoscopique  permettra 
de  constater  de  même  sur  le  larynx  et  la  trachée.  11  est  extrêmement  rare  que 
l’on  observe  l’engorgement  des  ganglions  sous-maxillaires.  La  peau  n’est 
le  siège  d’aucune  éruption,  mais  on  a  vu  quelquefois  des  œdèmes  survenir 
aux  pieds  et  à  la  partie  inférieure  des  jambes.  A  ce  cortège  d’accidents  spé¬ 
ciaux  vient  s’ajouter  l’ensemble  des  symptômes  généraux  qui  se  rencontrent 
également  dans  le  farcin,  les  douleurs  articulaires  et  musculaires,  la 
diarrhée,  les  nausées,  la  fièvre  avec  ses  frissons  et  ses  l’etours  irréguliers, 
les  sueurs  alternant  avec  la  sécheresse  de  la  peau,  le  teint  jaune  et  terreux, 
l’amaigrissement,  l’épuisement,  l’insomnie  et  tous  le  signes  d’une  cachexie 
profonde. 

A  ce  tableau  des  symptômes  de  la  morve  chronique,  il  convient  d’opposer 
les  cas,  peut-être  assez  nombreux,  où  elle  ne  se  manifeste  par  aucun  carac¬ 
tère  extérieur,  où  le  farcin  semble  exister  seul  pendant  toute  la  durée  de  la 
maladie,  où  aucune  gêne,  aucune  douleur,  aucun  écoulement  ne  se  mon¬ 
trent  du  côté  des  fosses  nasales,  où  c’est  à  peine  si  une  toux  légère  indique 
quelques  troubles  des  fonctions  respiratoires,  et  où  cependant  l’autopsie, 
qui  montre  les  lésions  les  plus  graves  et  les  plus  caractéristiques  sur  la  pi¬ 
tuitaire  ou  dans  la  trachée,  ne  peut  laisser  aucun  doute  sur  la  nature  de  la 
maladie.  C’est  ainsi  que  la  morve  peut  rester  absolument  latente  durant  la 
vie,  et  qu’on  ne  peut  nier  son  existence,  de  même  qu’elle  ne  peut  être 
confirmée,  qu’après  l’autopsie  des  fosses  nasales. 

Dans  cet  ordre  d’idées,  nous  pouvons  citer  un  fait  observé  en  1875  à  l’hô¬ 
pital  Necker,  par  Potain.  Il  s’agit,  en  effet,  d’un  cas  de  morve  chronique,  à 
forme  tout  à  fait  anormale,  et  qui,  sans  les  lésions  nasales  observées  à 
l’autopsie,  pourrait  laisser  dans  l’esprit  du  lecteur  la  plus  grande  incerti¬ 
tude  sur  la  nature  de  l’aftection  dont  était  atteint  le  jeune  homme  qui  fait 
le  sujet  de  cette  observation,  lue  à  la  Société  médicale  des  hôpitaux  (séance 
du  24  décembre  <875). 

Dans  ce  fait,  il  s’agit  d’un  jeune  homme  âgé  de  dix-sept  ans.  Potain  fait 
remarquer  avec  raison  :  1“  la  longue  période  prodromique  ou  d’incubation, 
durant  laquelle  tout  se  borna  à  l’altération  progressive  de  la  santé  générale, 
sans  aucune  localisation  et  sans  apparition  d’aucun  accident  farcineux  ; 
2“  le  développement  tout  à  fait  inaccoutumé  de  l’œdème  au  niveau  des 
masses  musculaires,  particulièrement  à  la  partie  supérieure  des  avant-bras 
et  au  milieu  des  cuisses  ;  3°  la  contracture  ou  plutôt  l’extensibilité  restreinte 


122 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


d’un  certain  nombre  de  muscles  et  la  difficulté  du  mouvement  qui  en  ré¬ 
sultait,  quoique  les  muscles  ne  présentassent  aucune  des  altérations  habi¬ 
tuelles  à  l’affection  morveuse  ;  4°  enfin,  l’érytbème  persistant  des  paupières 
et  du  dos  du  nez. 

La  morve  chronique  est  toujours  une  maladie  excessivement  longue, 
plus  longue  que  le  farcin.  Lorsqu’elle  lui  succède  après  plusieurs  mois,  elle 
peut  durer  encore  presque  autant.  Cependant  la  morve  chronique  farci- 
neuse  paraît  se  terminer  plus  vite  que  celle  qui  ne  s’accompagne  pas  de 
farcin.  Celle-ci,  en  effet,  a  pu  persister  durant  six  années.  Cette  marche  si 
lente  est,  comme  on  le  pense  bien,  interrompue  par  des  intervalles  de 
repos.  Il  est  néanmoins  fort  rare  que  la  santé  se  rétablisse,  même  en  appa¬ 
rence.  La  constitution,  une  fois  atteinte,  reste  constamment  sous  l’influence 
de  la  maladie,  et  si  elle  semble  se  relever,  c’est  pour  un  temps  très-court. 
Quant  aux  modes  de  terminaison  de  la  morve  chronique,  le  seul  cas  de 
guérison,  d’ailleurs  incomplète,  qui  existe,  permet-il  de  dire  qu’elle  ait 
d’autre  terminaison  que  la  mort?  Elle  passe  moins  souvent  que  le  farcin 
par  la  morve  aiguë,  et  l’on  voit  les  malades  succomber  directement  au  ma¬ 
rasme  dans  lequel  elle  les  a  plongés. 

La  morve  aiguë  terminale  survenant  soit  après  le  farcin,  soit  après  la 
morve  chronique,  ne  paraît  modifiée  que  dans  sa  durée.  En  effet,  la  morve 
aiguë,  suite  du  farcin,  marche  plus  rapidement  que  dans  les  cas  où  elle  se 
développe  primitivement.  Ainsi,  tandis  que  la  mort  arrive  en  général  du 
quinzième  au  vingtième  jour,  elle  survient  du  cinquième  au  dixième  jour 
dans  les  cas  où  la  morve  aiguë  succède  au  farcin  ou  à  une  des  formes 
de  la  morve  chronique. 

D’après  l’étude  que  nous  venons  de  faire,  on  a  pu  voir  que  les  symptômes 
propres  de  la  morve  chronique  sont  moins  caractéristiques  que  ses  lésions 
anatomiques,  puisque  celles-ci  existent  quelquefois  sans  symptômes  appré¬ 
ciables  ;  mais  pour  cette  raison  même,  il  est  bon  de  s’attacher  à  étudier  avec 
d’autant  plus  de  soin  les  moindres  caractères  extérieurs  de  la  maladie. 
C’est  ce  que  nous  allons  faire  en  reprenant  un  à  un  les  principaux  sym¬ 
ptômes  que  nous  avons  signalés. 

Le  signe  anatomique  de  la  morve  chez  l’homme  comme  chez  le  cheval,  a 
son  siège  dans  les  fosses  nasales.  Mais  il  s’en  faut  de  beaucoup  que  les 
symptômes  observés  de  ce  côté  pendant  la  vie  soient  aussi  tranchés  dans 
une  espèce  que  dans  l’autre,  et  à  l’état  chonique  que  dans  l’état  aigu. 
Même  lorsqu’elle  n’est  pas  complètement  latente,  l’altération  ne  se  révèle 
jamais,  dans  la  morve  chronique,  ni  par  du  gonflement,  ni  par  de  la  rougeur, 
ni  par  un  jetage  très-abondant  et  fétide  comme  dans  la  morve  aiguë.  Une 
gêne  d’abord  très-légère,  qui  ne  pourrait  éveiller  l’attention  que  par  sa 
persistance,  se  montre  plus  souvent  du  côté  gauche  que  du  côté  droit.  Il 
n’y  a  pas  de  douleur,  seulement  l’air  passe  difficilement  par  la  narine  obs¬ 
truée.  Si  l’on  examine  l’intérieur  de  la  cavité,  même  avec  le  rhinoscope, 
on  n’apei’çoit  absolument  rien.  Il  n’y  a  pas  d’épistaxis;  toutefois,  dans 
le  cas  de  Potain,  il  y  a  eu  plusieurs  épistaxis.  Plus  tard  une  tension 
pénible  peut  se  faire  sentir  à  la  racine  ^du  nez  ;  il  survient  même  une 


MORVE  ET  FARCIN 


l’homme. 


douleur  sourde  et  fixée  entre  les  deux  yeux,  s’étendant  jusque  dans  les 
sinus  frontaux.  Ces  deux  phénomènes  peuvent  manquer  tout  à  fait,  et 
la  gêne  seule  persiste  ou  augmente  faiblement  ;  les  malades  commen¬ 
cent  à  moucher  plus  souvent  que  de  coutume,  ils  sont  enchifrenés  et  font 
des  efforts  de  reniflement  de  plus  en  plus  répétés,  qui  amènent  l’expulsion 
de  matières  épaisses  ;  la  voix  s’altère  insensiblement  et  devient  légère¬ 
ment  nasonnée.  Mais  ce  signe,  que  les  malades  ont  quelquefois  eux- 
mêmes  de  la  peine  à  remarquer,  est  difficilement  appréciable  pour  le  mé¬ 
decin  qui  ne  peut  juger  des  changements  d’une  voix  qu’il  entend  pour  la 
première  fois.  Les  mucosités  déposées  sur  le  mouchoir  présentent  quelques, 
stries  sanguinolentes;  de  temps  en  temps  il  sort  par  les  narines  des 
croûtes  desséchées  et  noirâtres,  quelquefois  ce  sont  de  petits  caillots  de- 
sang.  Ces  matières  sont  l’indice  certain  de  l’existence  d’ulcérations  aux¬ 
quelles  elles  adhèrent  ;  il  n’y  a  pas  de  véritable  écoulement  de  mucus.  Ce 
n’est  que  par  exception  et  dans  un  cas  seulement  que  l’on  a  noté  une 
suppuration  abondante  ou  jetage  dans  la  morve  chronique  chez  l’homme; 
et  l’on  ne  peut  pas  invoquer,  pour  expliquer  l’ahsence  d’écoulement  par  les 
narines,  la  position  des  malades,  le  décubitus  dorsal  qui,  ainsi  que  nous  le 
verrons  dans  la  morve  aiguë,  fait  quelquefois  que  la  matière  du  jetage 
tombe  dans  le  pharynx.  Dans  aucun  cas^  l’haleine  nasale  n’a  paru  modifiée  ; 
aussi  le  nom  d’ozène  conviendrait  mal  à  la  lésion  des  narines  qui,  dans  la 
morve  chronique,  ne  présentent  aucune  fétidité.  Rarement,  il  est  vrai,  les 
ulcérations  sont  placées  de  manière  à  être  visibles  à  l’entrée  des  narines 
mais  lorsqu’elles  sont  placées  sur  la  cloison,  lorsque  celle-ci  est  perforée, 
l’examen  au  rhinoscope  permet  de  les  apercevoir.  L’examen  de  la  cavité 
buccale  peut  montrer  aussi  des  lésions  diverses  de  la  voûte  palatine  ou  du 
pharynx,  qui  s’accompagnent  soit  d’altération  plus  marquée  de  la  voix,, 
soit  de  douleur  en  avalant,  d’étranglement,  et  surtout  d’une  expulsion 
abondante  de  mucosités  épaisses  et  sanguinolentes.  Les  ulcérations  de  ces 
parties  ont  une  marche  très-lente,  et  se  montrent  rebelles  à  la  plupart  des 
traitements  ordinaires,  soit  généraux,  soit  locaux.  Ces  symptômes,  après 
un  temps  plus  ou  moins  long,  peuvent  disparaître,  bien  que  la  maladie  ne 
soit  pas  terminée  ;  mais  l’œil  en  retrouvera  la  trace  sur  les  cicatrices  au 
fond  du  pharynx  ou  sur  la  voûte  palatine. 

Les  troubles  des  fonctions  respiratoires  ont  une  bien  plus  haute  impor¬ 
tance  dans  la  morve  chronique  que  dans  le  farcin.  L’un  de  nous  a  le  pre¬ 
mier,  dès  1841,  appelé  l’attention  sur  les  altérations  morveuses  des  voies 
aériennes.  Ces  altérations  se  révèlent  par  la  toux  et  la  dyspnée  ;  ces  symp¬ 
tômes  précèdent  même  l’obstruction  des  fosses  nasales.  Les  malades  éprou¬ 
vent  ce  qu’ils  appellent  un  mal  de  gorge  ou  plutôt  une  sensation  de  brûlure 
qui  les  étrangle  et  qui  a  son  siège  fixe  dei’rière  la  partie  supérieure  du  ster¬ 
num.  Cette  douleur  profonde  et  persistante  augmente  à  la  pression  et  lors 
du  passage  des  matières  alimentaires.  Elle  peut  devenir  très-vive.  La  voix 
subit  des  changements  particuliers.  A  un  enrouement  d’ahord  léger  suc¬ 
cède  bientôt  une  aphonie  presque  complète.  La  toux  est  fréquente,  profonde 
et  accompagnée  le  plus  souvent  d’une  expectoration  plus  ou  moins  abon- 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


m 

dante,  formée  de  mucosités  grisâtres  et  mêlées  de  quelques  stries  de  sang. 
Il  n’y  a  jamais  d’hémoptysies.  L’examen  laryngoscopique  permet  de 
constater  les  lésions  du  larynx  et  même  de  la  trachée  qui  donnent  lieu 
à  ces  symptômes.  Ces  phénomènes  ne  sont  pas  les  seuls  que  l’on  rencontre 
du  côté  des  organes  respiratoires  ;  la  bronchite  capillaire  et  la  pneumonie 
se  sont  montrées,  mais  exceptionnellement.  Ces  deux  états  n’offrent  d’ail¬ 
leurs  rien  de  particulier,  si  ce  n’est  une  marche  subaiguë  et  une  résolu¬ 
tion  incomplète. 

Que  la  morve  chronique  succède  au  farcin,  ou  qu’elle  débute  d’emblée, 
elle  n’en  est  pas  moins  toujours  et  invariablement  accompagnée  de  douleurs 
articulaires  et  musculaires  que  nous  avons  étudiées  à  propos  du  farcin. 
Dans  les  deux  cas,  leurs  caractères  sont  identiquement  semblables  :  même 
ordre  d’apparition,  même  marche  vague  et  mobile ,  même  indépendance 
de  tout  état  local,  même  acuité  souvent,  même  siège  dans  les  grandes 
articulations  des  membres  ou  dans  les  muscles  des  lombes,  de  la  cuisse  et 
de  la  jambe.  Dans  la  morve  elles  se  montrent  peut-être  plus  fréquemment 
dans  les  parois  de  la  poitrine,  simulant  un  point  pleurétique.  De  même, 
elles  sont,  en  général,  plus; violentes,  d’une  plus  longue  durée,  et  aucun 
symptôme  n’est  plus  pénible  pour  les  malades  qui,  pendant  toute  la  durée 
de  la  morve,  se  plaignent  constamment,  soit  des  reins,  soit  du  col,  soit  des 
membres.  Dans  le  cas  observé  par  Potain,  il  existait  une  roideur  muscu¬ 
laire  qui  gênait  les  mouvements  des  membres  et  du  tronc,  tellement  que  le 
malade  ne  pouvait  s’asseoir  dans  son  lit. 

L’état  des  vaisseaux  lymphatiques  a  encore  moins  d’importance  que  dans 
le  farcin.  On  ne  peut  que  signaler  l’absence  d’engorgement  sous-maxil¬ 
laire  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas.  Il  n’existe  qu’un  fait  où  cet  en¬ 
gorgement  s’est  montré,  en  même  temps  qu’un  écoulement  par  les 
narines. 

h’ éruption  pustuleuse  que  nous  allons  constater  sur  la  peau  dans  le  cours 
de  la  morve  aiguë  ne  se  montre  jamais  dans  la  morve  chronique.  Durant 
tout  son  cours,  la  peau  ne  présente  aucune  altération,  elle  devient  seule¬ 
ment,  comme  dans  le  farcin,  promptement  sèche  et  terreuse.  Le  tissu  cel¬ 
lulaire  sous-cutané,  outre  les  abcès  dans  les  cas  où  le  farcin  accompagne 
la  morve,  a  présenté,  quoique  rarement,  une  infiltration  œdémateuse  de 
différentes  parties  du  corps,  et  principalement  de  l’extrémité  inférieure  des 
jambes. 

Quant  à  la  fièvre  et  aux  symptômes  généraux,  nous  n’avons  rien  à  ajou¬ 
ter  à  ce  que  nous  en  avons  dit  pour  le  farcin  chronique. 

Variétés.  —  On  peut  établir  deux  variétés  de  morve  chronique  :  1“  morve 
chronique  farcineuse;  2°  morve  chronique  non  farcineuse.  Nous  ne  les  avons 
pas  séparées  dans  la  description,  parce  que,  en  effet,  elles  ne  diffèrent  en 
rien  l’une  de  l’autre  dans  leurs  caractères  propres.  Ce  ne  serait  que  dans 
leur  marche  et  surtout  dans  leur  mode  d’invasion  qu’on  pourrait  trouver 
quelque  distinction  à  faire.  La  première  est  beaucoup  plus  fréquente 
que  la  seconde,  à  moins  que  celle-ci  n’ait  pas  toujours  été  reconnue 
avant  l’explosion  des  accidents  aigus,  ce  qui  ne  peut  arriver  pour 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme.  125 

l’autre  dans  laquelle  l’attention  est  éveillée  par  la  présence  des  abcès  du 
farcin. 

III.  Farcin  aigu.  —  Les  observations  de  farcin  aigu  sont  assez  rares  ;  en 
outre  elles  sont  assez  incomplètes  ;  aussi  est-il  difficile  de  tracer  cette  étude 
chez  l’homme.  Quoi  qu’il  en  soit,  le  début  paraît  être  celui  que  nous  avons 
signalé  pour  le  farcin  chronique  et  varie  suivant  que  la  contagion  est  im¬ 
médiate,  par  inoculation,  ou  médiate,  par  infection  générale.  Dans  le  premier 
cas,  la  blessure  ne  se  cicatrise  pas  ;  elle  fournit  un  pus  de  mauvaise 
qualité  ;  des  pustules  se  développent  autour  d’elle  ;  ses  bords  se  renversent 
et  bientôt  elle  se  transforme  en  un  ulcère  blafard.  Les  vaisseaux  lympha¬ 
tiques  qui  naissent  de  la  partie  lésée  deviennent  douloureux  ;  ils  forment 
des  cordons  indurés  noueux.  On  observe,  en  un  mot,  tous  les  caractères 
d’une  lymphangite.  Les  ganglions  correspondants  sont  engorgés,  doulou¬ 
reux.  Le  membre  présente  une  tuméfaction  œdémateuse  plus  ou  moins 
considérable  ayant  les  caractères  d’un  érysipèle  ou  d’un  phlegmon  diffus. 
Quelquefois,  disent  les  auteurs  du  Compendium  de  médecine,  ce  sont  les 
veines  qui  s’enflamment  isolément  ou  en  même  temps  que  les  vaisseaux 
lymphatiques.  Lorsque  la  maladie  est  le  résultat  d’une  infection,  le  début  a 
lieu  par  des  phénomènes  généraux  qui,  dans  le  premier  cas,  ne  survien¬ 
nent  souvent  que  trois  ou  quatre  jours  après  le  début  des  accidents  locaux, 
parfois  même  plus  tard.  Les  malades  perdent  l’appétit,  ont  des  nausées,  des 
vomissements,  de  la  céphalalgie,  des  douleurs  articulaires  et  musculaires. 
Ces  désordres  n’offrent  rien  de  caractéristique;  aussi  peut-on  les  rapporter 
soit  au  typhus  commençant,  à  la  fièvre  typhoïde,  au  rhumatisme  muscu¬ 
laire  ou  articulaire  aigu.  Les  malades  peuvent  même  vaquer  à  leurs  affaires, 
ils  n’éprouvent  qu’un  malaise  général  {forme  ambulatoire  de  Bollinger). 

Après  cette  période  dont  la  durée  varie  entre  trois  et  sept  jours,  appa¬ 
raissent  de  nombreux  abcès  qui  se  forment  très-vite,  en  vingt- quatre, 
quarante-huit  heures.  Ces  abcès  sont  tantôt  indolents,  la  peau  ne  présente 
aucune  altération  sous  le  rapport  de  la  couleur  ;  tantôt  ils  sont  douloureux, 
la  peau  est  rouge,  violacée.  Comme  dans  le  farcin  chronique,  ils  contien¬ 
nent  du  sang  pur,  de  la  matière  sanieuse  ou  du  pus  phlegmoneux.  Ils 
sont  souvent  le  point  de  départ  d’une  angioleucite.  Rarement  ils  se  termi¬ 
nent  par  résolution ,  presque  toujours  par  suppuration  et  souvent  la  peau 
qui  les  recouvre  se  sphacèle.  Lorsqu’un  abcès  a  été  ouvert,  la  plaie  ne  se 
cicatrise  que  rarement,  elle  reste  fistuleuse  ou  se  transforme  en  un  ulcère 
de  mauvais  caractère.  En  même  temps  qu’eux,  on  peut  observer  de  vastes 
collections  purulentes  siégeant  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Les 
symptômes  généraux  s’aggravent,  la  fièvre  devient  intense  et  le  malade 
tombe  dans  l’adynamie. 

Vers  la  fin  de  la  deuxième  semaine  ou  dans  le  courant  de  la  troisième 
et  même  de  la  quatrième,  la  peau  se  couvre  d’une  éruption  semblable  à 
celle  qui  caractérise  la  morve  aiguë.  Cette  éruption  si  caractéristique  sera 
décrite  à  propos  de  cette  dernière  maladie.  Elle  est  accompagnée  de 
sueurs  abondantes  et  parfois  de  la  gangrène  de  la  peau  des  joues  ou 
d’autres  parties.  Les  forces  sont  prostrées  et  vers  la  fin  du  troisième  ou  du 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


quatrième  septénaire,  la  maladie  se  termine  par  la  mort.  La  stupeur,  le  dé¬ 
lire,  des  sueurs  profuses  précèdent  cette  funeste  terminaison. 

Rayer  a  cité  quelques  faits  de  farcin  aigu  sans  aucune  éruption  ;  mais  le 
■diagnostic  ne  présente  pas  toute  la  certitude  désirable.  Dans  un  cas,  Tavignot 
a  vu  uneéruption  de  vésicules  miliaires  sur  tout  le  corps.  Les  fosses  nasales 
ne  présentent  aucune  altération.  La  durée  du  farcin  aigu  est  plus  longue  que 
celle  de  la  morve  aiguë  ;  elle  varie  entre  15  et  45  jours.  On  a  dit  que  le  farcin 
^ligu  pouvait  se  terminer  par  la  guérison  ;  mais  le  diagnostic,  dans  ce  cas, 
laisse  beaucoup  à  désirer.  Jusqu’à  présent,  on  est  en  droit  de  regarder  la  mort 
comme  la  terminaison  inévitable  du  farcin  aigu.  La  mort  peut  être  le  résultat 
de  la  maladie  elle-même,  ou  bien  le  fait  d’une  complication,  d’une  véritable 
infection  purulente  par  phlébite  ou  lymphangite. 

IV.  Morve  aigüÊ.  —  Nous  avons  vu  que  le  farcin  chronique,  comme  le 
farcin  aigu,  peut  se  terminer  et  se  termine  le  plus  souvent  par  la  morve 
aiguë.  On  pourrait  donc  réunir  ces  affections  dans  une  seule  description, 
la  morve  ne  formant  qu’une  période  spéciale  du  processus.  Mais  la  morve 
-aiguë  débute  assez  souvent  d’emblée,  aussi  vaut-il  mieux  lui  consacrer  une 
description  spéciale.  Dans  ce  cas,  elle  peut  être  le  résultat  d’une  inoculation 
ou  d’une  infection.  Quel  que  soit  le  mode  de  développement  de  la  morve, 
les  phénomènes  d’invasion  ne  diffèrent  pas  de  ceux  que  nous  venons  de 
décrire  à  propos  du  farcin  aigu.  Dans  le  premier  cas,  nous  retrouvons  dès 
les  premiers  jours  la  douleur,  la  chaleur,  la  tuméfaction  dans  le  point 
d’inoculation  ;  puis  tous  les  caractères  physiques  de  l’angioleucite  aiguë;  enfin 
les  symptômes  généraux  se  développent,  fièvre,  frissons,  anorexie,  vomis¬ 
sements,  etc.  Dans  quelques  cas,  les  phénomènes  locaux  sont  peu  marqués  ; 
les  malades  paraissent  toucher  à  la  guérison,  lorsque  les  symptômes  par¬ 
ticuliers  et  propres  à  la  morve  aiguë  se  déclarent. 

Ce  sont  ces  phénomènes  qui  apparaissent  les  premiers  lorsque  la  morve 
«st  le  résultat  de  l’infection.  On  voit  survenir,  outre  la  fièvre,  des  frissons, 
des  phénomènes  gastriques,  tels  que  diarrhée,  vomissements,  puis  des 
douleurs  articulaires  et  musculaires  très-aiguës,  comparables  à  celles  du 
rhumatisme  articulaire  aigu.  Les  parties  douloureuses  deviennent  ordinai¬ 
rement  le  siège  d’un  engorgement  phlegmoneux,  érysipélateux  ou  gangré¬ 
neux. 

L'érysipèle  est  un  des  phénomènes  les  plus  constants  de  la  morve  aiguë  ; 

.  il  occupe  toujours  la  face  et  donne  au  malade  un  aspect  particulier  presque 
caractéristique  ;  c’est  ainsi  qu’il  siège  spécialement  sur  le  nez  et  les  pau¬ 
pières  ;  celles-ci  sont  tuméfiées,  recouvrent  complètement  le  globe  ocu¬ 
laire;  le  nez  est  déformé,  presque  de  niveau  avec  les  joues.  L’inflammation 
érysipélateuse  occupe  souvent  les  muqueuses  nasale,  palpébrale  et  ocu¬ 
laire  ;  cette  dernière  est  brunâtre,  boursouflée  ;  elle  sécrète  un  liquide  jau¬ 
nâtre,  épais,  âcre,  matière  puriforme  qui  caraclérise  d’une  manière  frap¬ 
pante  la  morve  aiguë  ;  le  sac  lacrymal  est  tuméfié,  rouge.  L’érysipèle  peut 
envahir,  ainsi  que  l’a  vu  William,  le  cuir  chevelu. 

L’érysipèle  de  la  morve  n’est  pas  franc  ;  il  est  en  général  mal  limité,  n’a 
pas  de  bourrelet  bien  net;  il  est  diffus,  et  est  constitué,  ainsi  que  le  dit 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme.  127 

Brouardel,  par  une  rougeur  érysipélateuse  élevée  surun  œdème  dur.  Lapeau 
est  d’un  rouge  livide,  jaunâtre,  violacé.  Lorsqu’il  se  développe  sur  le's 
points  occupés  par  les  douleurs  arthritiques  ou  musculaires,  il  estphlegmo- 
neux  ou  gangréneux;  la  peau  se  recouvre  de  phlyctènes,  de  bulles  noi¬ 
râtres. 

Presqu’en  même  temps,  parfois  même  avant,  apparaissent  sur  le  corps 
les  abcès  musculaires,  qui  ordinairement  se  développent  brusquement  et 
d’une  naanière  pour  ainsi  dire  latente.  Ces  abcès  sont  analogues  à  ceux  que 
nous  avons  vus  survenir  dans  le  farcin  chronique  ou  aigu.  Comme  dans  ces 
dernières  maladies,  le  pus  possède  une  propriété  virulente  très-accusée. 

Rarement  avant  l’érysipèle,  quelquefois  en  même  temps  et  plus  souvent 
après,  paraît  vers  le  sixième  jour  l’éruption  caractéristique  de  la  morve 
aiguë.  Cette  éruption  est  caractérisée  par  des  pustules  comparées  à  celles 
de  la  variole,  de  la  vaccine,  de  l’ecthyma,  et  par  des  bulles  gangréneuses,  des 
phlyctènes. 

U éruption  pustuleuse  est  d’abord  constituée  par  une  petite  tache  rouge, 
sur  laquelle  apparaît  bientôt  une  petite  papule  acuminée,  dure,  blanchâtre, 
qui  se  transforme  rapidement  en  une  pustule  non  ombiliquée,  contenant 
du  pus.  Ces  trois  états  successifs  de  l’éruption  accomplissent  leur  évolution 
dans  les  vingt-quatre  heures.  Parmi  ces  pustules  ordinairement  entourées 
d’une  aréole  rosée,  les  unes  sont  acuminées,  pointues,  les  autres  plates; 
d’autres  enfin  sont  très-saillantes,  reposant  sur  une  base  large,  élevée, 
dure,  semblable  à  une  plaque  d’urticaire  (plaques  tuberculeuses).  Parfois 
les  pustules  sont  agglomérées  de  manièi’e  à  former  de  petites  plaques  puru¬ 
lentes  irrégulièrement  arrondies,  en  forme  de  champignon.  Au-dessous  de 
l’épiderme  soulevé  on  aperçoit  un  pus  jaunâtre,  rendu  quelquefois  noir⬠
tre  par  la  présence  d’une  petite  quantité  de  sang  épanché.  Ces  pustules  ne 
se  dessèchent  que  lentement,  ou  bien  elles  se  déchirent,  se  convertissent  en 
ulcères  qui  tendent  toujours  à  s’agrandir.  Mais  la  mort  qui  survient  ra¬ 
pidement  ne  leur  donne  pas  le  temps  de  prendre  une  grande  extension. 

Les  pustules  de  la  morve  aiguë  occupent  de  préférence  la  face  et  les  mem¬ 
bres,  cependant  on  peut  les  rencontrer  sur  toutes  les  autres  parties  du  corps. 
A  la  face,  elles  occupent  de  préférence  les  joues,  les  paupières,  le  front,  le 
nez  ;  elles  se  développent  sur  la  muqueuse  des  fosses  nasales,  des  paupières, 
des  amygdales,  du  voile  du  palais  et  même  de  la  langue.  L’éruption  est  dis¬ 
crète  ou  confluente,  et  dans  ce  cas  on  peut  en  trouver  un  nombre  consi¬ 
dérable. 

Les  huiles  sont  plus  rares  ;  elles  peuvent  succéder  aux  pustules  qui  repo¬ 
sent  sur  un  épiderme  soulevé  par  le  pus,  ou  bien  elles  surviennent  d’em¬ 
blée  ;  elles  contiennent  du  pus  ou  une  sanie  sanguinolente.  Le  derme  qu’elles 
recouvrent  est  infiltré  de  sang,  ramolli.  Leur  base  n’est  jamais  ulcérée,  et  ce 
caractère  suffirait  pour  Rayer  à  les  distinguer  de  la  pustule  maligne. 

Nonat  et  Bouley  ont  décrit  une  éruption  tuberculeuse  semblable  à  des 
nævi  ou  à  des  tubercules  deframbœsia.  «Ce  sont,  disent  ces  auteurs,  des  tu¬ 
bercules  rougeâtres,  formées  par  une  infiltration  sanguine  et  purulente  de 
quelques-unes  des  aréoles  du  derme,  mais  sans  isolement  de  l’épiderme. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


et  seulement  une  coloration  noirâtre  de  la  peau.  Les  tubercules  suppurent 
âvec  une  grande  promptitude,  mais  ne  deviennent  point  gangréneux.  » 

La  gangrène  se  montre  sous  différentes  formes  :  tantôt  on  la  rencontre, 
ainsi  que  nous  l’avons  dit,  sur  les  surfaces  érysipélateuses  ;  tantôt  elle  ap¬ 
paraît  sous  forme  de  plaques  sur  la  peau  et  sur  les  muqueuses  sans  que  ces 
parties  aient  été  atteintes  d’une  lésion  préalable;  d’autres  fois,  enfin,  une  pus¬ 
tule,  une  eschare,  une  piqûre  de  sangsue,  sont  la  cause  de  son  développe¬ 
ment.  Ces  eschares  gangréneuses  se  montrent  le  plus  ordinairement  à  la  face, 
sur  les  paupières,  le  nez,  les  oreilles,  dans  les  fosses  nasales  ;  elles  sont 
fréquentes  aussi  au  niveau  des  grandes  articulations,  sur  la  verge.  Les  ulcé¬ 
rations  que  nous  avons  signalées  à  propos  de  la  morve  chronique,  sont 
peut-être  plus  fréquentes  ou  du  moins  surviennent  plus  rapidement  dans 
la  morve  aiguë.  Rares  sur  la  peau,  où  elles  succèdent  à  la  chute  des  eschares 
ou  à  la  déchirure  des  pustules,  elles  sont  fréquentes  dans  les  fosses  nasales, 
surlevoiledu  palais,  sur  les  amygdales;  tantôt  superficielles,  tantôt  profondes, 
elles  mettent  les  os  à  nu;  elles  laissent  écouler  une  sanie  grisâtre  et  fétide. 

En  même  temps  que  tous  ces  phénomènes,  parfois  avant  l’éruption, 
apparaît  le  phénomène  capital  de  la  morve,  celui  qui  lui  a  donné  son  nom, 
le  jetage.  Celui-ci  est  plus  fréquent  que  dans  la  morve  chronique.  Comme 
dans  cette  forme  de  la  maladie,  il  est  précédé  des  troubles  signalés  du  côté 
des  fosses  nasales,  tels  que  :  sensation  d’un  obstacle,  enchifrènement,  respi¬ 
ration  difficile,  bruyante,  voix  nasonnée.  Puis  par  les  deux  narines  ou  bien 
par  l’une  d’elles,  et  dans  ce  cas  principalement  par  la  narine  gauche,  on 
voit  s’écouler  une  matière  muco-purulente ,  tachée  de  stries  sanguino¬ 
lentes,  ou  même  brunâtre,  visqueuse,  gluante,  qui  s’attache  aux  narines 
et  aux  lèvres  qu’elle  excorie.  Abondant  dans  quelques  cas,  ce  phénomène 
est  toujours  moins  important  que  chez  le  cheval.  L’examen  des  fosses  na¬ 
sales  montre  les  lésions  déjà  signalées. 

Du  côté  de  la  bouche  on  trouve  une  gingivite  caractérisée  par  de  la  rou¬ 
geur,  de  la  turgescence,  des  ulcérations  ;  aussi  la  muqueuse  est  saignante. 
L’inflammation  de  la  muqueuse  peut  gagner  le  tissu  cellulaire  sous-jacen 
et  on  a  noté  des  phlegmons  du  plancher  de  la  bouche.  Ces  altérations  ga¬ 
gnent  la  muqueuse  des  amygdales,  du  pharynx,  du  larynx  :  la  déglutition 
devient  très-difficile,  la  voix  enrouée,  il  peut  même  y  avoir  aphonie  com¬ 
plète.  La  région  parotidienne  est  gonflée,  tendue  par  l’engorgement  des  gan¬ 
glions,  D’après  Bérard,  les  glandes  parotides  et  sous-maxillaires  seraient  tu¬ 
méfiées.  Les  ganglions  peuvent  s’abcéder  à  cette  période.  La  respiration  est 
altérée  ;  d’abord  gênée,  elle  devient  rapidement  anxieuse,  pénible,  laborieuse, 
fréquente.  On  a  compté  de  36  à  50  respirations  par  minute.  Il  existe  une  petite 
toux  sèche  ou  provoquant  l’expectoration  de  crachats  mousseux ,  peu  visqueux 
ou  bien  muco-purulents  et  même  fétides.  La  percussion  et  l’auscultation  ne 
révèlent  le  plus  ordinairement  aucun  phénomène  morbide.  Quelquefois 
cependant  on  trouve  quelques  râles  muqueux  ou  bien  les  caractères  d’une 
pneumonie  lobulaire,  tels  que  crachats  rouillés,  râles  plus  nombreux,  plus 
fins,  plus  fixes. 

Souvent  les  malades  ont  des  troubles  gastro-intestinaux,  des  vomisse- 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


jnents,  delà  diarrhée,  des  selles  séreuses,  fétides,  involontaires.  Bollinger  a 
constaté  que  la  rate  était  parfois  hypertrophiée. 

La  fièvre  est  intense.  Wunderlich  et  Goldschmitt  ont  constaté  que  la 
température,  d’abord  modérément  élevée,  atteignait,  vers  le  25®  jour,  40», 
puis  dans  les  derniers  jours  41°, 3  et  41°, 6.  Parfois  on  observe,  comme 
Sommerbrodt  l’a  signalé,  des  oscillations  parfaitement  régulières  de  1°  à  2° 
entre  la  température  du  matin  et  celle  du  soir,  ainsi  que  cela  a  lieu  dans 
les  fièvres  purulentes  ;  dans  les  derniers  jours  elle  devient  plus  régulière, 
on  n’observe  plus  ces  grandes  oscillations.  Le  pouls  est  faible,  facilement 
dépressible,  onduleux;  il  varie  de  100  à  150  pulsations  par  minute  ;  vers  la 
fin,  il  devient  intermittent  et  presque  insensible. 

Les  hémorrhagies  constituent  l’un  des  caractères  symptomatiques  les 
plus  importants  de  la  morve  aiguë.  Presque  tous  les  malades  ont  eu,  soit 
dès  le  début,  soit  à  une  époque  variable,  des  épistaxis  plus  ou  moins  fré¬ 
quentes. 

Dès  le  début,  les  malades  accusent  une  céphalalgie  partielle,  qui  est  rare¬ 
ment  aussi  violente  et  aussi  persistante  que  celle  du  début  de  la  fièvre 
typho'ide,  ainsi  que  l’a  fait  remarquer  Vigla.  En  même  temps,  le  sommeil 
est  nul  ou  léger,  troublé  par  des  rêves  ;  l’intelligence  est  lente,  paresseuse  ; 
les  mouvements  sont  mal  assurés,  tremblants  ;  la  force  musculaire  est  con¬ 
sidérablement  affaiblie.  Les  malades  sont  parfois  agités  d’un  délire  violent, 
furieux  ;  ils  ont  des  secousses  convulsives,  des  crampes.  Dans  la  majorité 
des  cas,  le  délire  est  calme,  jusqu’au  moment  où  il  est  remplacé  par  un 
coma  profond. 

L’ui’ine  est  légèrement-  albumineuse,  et  quelque  temps  avant  la  mort 
elle  contient,  suivant  Bollinger,  de  la  leucine  et  de  la  tyrosine. 

La  terminaison  constante  de  la  morve  aiguë  est  la  mort.  <je{)endant 
Hertwig  rapporte  deux  cas  de  guérison,  dont  l’un  semble  indiscutable. 

Anatomie  pathologique.— -  J.  Renaut  qui  a  fait  des  études  anatomo¬ 
pathologiques  très-consciencieuses  sur  la  morve  à  propos  de  l’article 
publié  par  H.  Bouley  et  Brouardel  dans  le  Dictionnaire  encyclopédique  des 
sciences  médicales,  s’exprime  ainsi  :  «  Au  point  de  vue  anatomique,  la 
pyohémie,  la  morve,  la  tuberculose  et  la  syphilis  forment  un  groupe 
naturel  ;  toutes  ces  maladies  infectieuses  ont  pour  caractère  com¬ 
mun  la  production  d’inflammations  disposées  par  nodules  et  offrant  une 
tendance  marquée  à  la  caséification  ;  toutes  paraissent  originairement 
dériver  de  l’imprégnation  de  l’économie  par  un  agent  virulent  plus  ou  moins 
saisissable.  Cette  communauté  d’origine,  rapprochée  de  l’analogie  singulière 
des  lésions  anatomiques  qu’elles  déterminent,  n’est  pas  le  point  le  moins 
intéressant  de  leur  histoire.  »  Cornil  et  Ranvier,  Kelsch  tendaient  bien  à 
rapprocher  la  morve  humaine  de  l’infection  purulente,  mais  ces  auteurs 
semblaient  admettre  que  les  nodosités  morveuses  du  cheval  offraient  des 
caractères  anatomiques  identiques  avec  ceux  des  granulations  tuberculeuses 
de  l’homme.  En  cela,  ils  avaient  adopté  l’opinion  de  Virchow.  Suivant  cet 
auteur,  en  effet,  «  la  tumeur  type  de  la  morve,  de  même  que  celle  de  la 
syphilis,  du  lupus  et  de  la  lèpre,  se  présente  sous  forme  de  nodosité  ou 

NODV.  DICT.  DE  MÉD.  EX  CHIR.  XXIII.  —  9 


130  MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 

plus  exactement  de  nodule  (tubercule),  dont  la  grandeur  se  rapproche 
surtout  de  celle  du  tubercule  du  lupus,  tandis  que  ses  autres  caractères  la 
font  plutôt  ressembler  aux  tumeurs  syphilitiques.  Le  farcin  chronique  seul 
produit  souvent  de  plus  grandes  nodosités  (tubercules  farcineux):  ils  sont 
souvent  disposés  par  séries,  par  cordons,  ou  comme  des  vers  (cordons  far- 
cineux),  et  ressemblent  plutôt  aux  tubercules  de  la  lèpre.  Ils  se  distinguent 
pourtant  de  ces  deux  affections  en  ce  que  les  cellules  sont  souvent  assez 
grandes,  qu’elles  se  rapprochent  des  globules  du  pus,  ou  qu’elles  se  trans¬ 
forment  directement  en  pus.  Il  s’ensuit  que,  suivant  leur  évolution  régu¬ 
lière,  les  nodosités  superficielles  s’ulcèrent,  tandis  que  les  profondes  s’ab- 
cèdent.  »  Trasbot,  dont  nous  avons  adopté  les  idées  à  propos  de  l’anatomie 
pathologique  de  l’affection  morvo-farcineuse  chez  le  cheval,  ne  partage  pas 
la  même  manière  de  voir.  Il  ne  regarde  pas  surtout  cette  affection  comme 
devant  être  rangée  à  côté  de  l’infection  purulente.  Pour  lui,  les  lésions  pré¬ 
sentent  tous  les  caractères  propres  à  l’inflammation  ;  les  éléments  nouveaux 
qui  en  sont  la  conséquence,  n’offrent  rien  de  spécifique,  on  les  retrouve 
dans  tous  les  cas  de  processus  irritant  ;  seulement  il  semblerait  qu’un  grand 
fait  domine  ici,  comme  du  reste  dans  les  maladies  virulentes,  l’évolution 
de  ces  nouveaux  éléments  ;  c’est  leur  mort  rapide  (nécrobiose  des  Alle¬ 
mands)  avant  qu’ils  soient  parvenus  à  leur  forme  définitive.  Il  semble  que 
le  liquide  abondant  que  laissent  écouler  les  capillaires,  comme  dans  toute 
inflammation,  soit  doué  de  propriétés  toxiques  qui  font  mourir  ces  élé¬ 
ments,  qui  amènent  assez  rapidement  leur  transformation  en  pus,  ou 
en  matière  caséiforme.  En  quoi  consiste  cette  altération  des  liquides?  Il  est 
impossible  aujourd’hui  de  répondre  à  cette  question  d’une  manière  satis¬ 
faisante.  Laissons  à  l’avenir,  au  progrès  de  la  chimie,  le  soin  de  résoudre  ce 
problème. 

Quoi  qu’il  en  soit,  nous  adoptons,  également  pour  l’homme,  l’opinion  de 
Trasbot.  Pour  nous,  l’inflammation  domine  les  altérations  anatomo-patholo¬ 
giques  de  l’affection  morvo-farcineuse.  Elle  précède  la  formation  du  pus  et 
n’en  est  pas  la  conséquence,  ainsi  qu’on  le  prétend  lorsqu’on  considère  les 
nodules  morveux  du  poumon  comme  étant  la  conséquence  d’un  abcès 
métastatique.  En  un  mot,  l’inflammation  est  protopathique  et  non  deutéro- 
pathique.  C’est  pourquoi  nous  regardons  les  lésions  de  l’affection  morvo- 
farcineuse  comme  étant  de  nature  inflammatoire,  inflammation  sui 
generis,  spécifique,  il  est  vrai,  mais  lésions  inflammatoires  au  même  titre 
que  celles  qui  caractérisent  la  scrofule,  la  tuberculisation,  la  syphilis.  C’est 
pourquoi,  si  nous  plaçons  en  nosologie  l’affection  morvo-farcineuse  à  côté 
de  la  diathèse  purulente,  nous  avons  bien  soin  de  l’en  différencier. 

Ceci  entendu,  nous  devons  faire  encore  une  remarque.  Il  nous  paraît 
essentiel  d’étudier  séparément  les  lésions  chroniques  et  celles  qui  appar¬ 
tiennent  à  l’état  aigu.  En  effet,  si  la  terminaison  du  farcin  et  de  la  morve 
chroniques  par  la  morve  aiguë  est  fréquente,  il  n’est  pas  moins  vrai  que  la 
mort  peut  être  la  conséquence  de  l’état  chronique  seul.  Il  est  donc  impor¬ 
tant  de  connaître  en  quoi  consistent  les  lésions  chroniques,  de  les  distin¬ 
guer  de  celles  qui  surviennent  dans  l’état  aigu.  Du  reste,  la  description 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’hommè. 


131 


-distincte  que  nous  avons  faite  du  farcin  et  de  la  morve  saura  faire  discerner, 
parmi  les  altérations  que  nous  allons  passer  en  revue,  celles  qui  appar¬ 
tiennent  à  l’une  ou  à  l’autre  de  ces  affections. 

Lésions  de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire.  —  Les  ulcères  qui  existaient 
sur  la  peau  sèchent,  et  la  peau  qui  les  entoure  prend  une  couleur  noirâtre. 

Les  pustules  que  l’on  rencontre  dans  la  uiorve  aiguë,  présentent  une 
structure  qui  n’est  bien  connue  que  depuis  l’application  du  microscope  à 
cette  étude.  Elliotson,  Rayer,  Follin  avaient  montré  que  la  coupe  d’une  pus¬ 
tule  morveuse  présente,  en  allant  du  dehors  au  dedans,  l’épiderme,  un 
liquide  séro-purulent,  une  couche  concrète  jaunâtre,  tenace,  située  dans 
les  mailles  du  derme,  enfin  le  tissu  cellulaire  sous-dermique.  Pour  Virchow, 
Wyss,  Sommerbrodt,  ces  pustules  sont  constituées  par  le  dépôt  de  nom¬ 
breuses  cellules  sphériques  ayant  les  caractères  des  corpuscules  du  pus, 
siégeant  dans  la  couche  superficielle  du  chorion,  au-dessus  du  corps  papil¬ 
laire.  Aune  période  plus  avancée,  les  papilles  se  détruisent,  se  remplissent  de 
pus,  et  il  se  forme  un  petit  abcès  qui  peut  gagner  le  tissu  cellulaire.  Cornil 
les  a  comparées  aux  pustules  de  la  variole.  Au  début,  les  globules  de  pus 
naissent  aux  dépens  des  cellules  du  corps  muqueux  de  Malpighi.  On  observe 
le  même  état  vésiculeux  des  cellules  épithéliales  de  distance  en  distance, 
•dans  les  diverses  couches  d’épiderme;  le  même  réseau  d’apparence  fihril- 
laire  dû  à  la  conservation  et  à  l’aplatissement  d’un  certain  nombre  de  cel¬ 
lules  ;  de  telle  sorte  que,  quand  la  pustule  est  bien  formée,  les  globules  de 
pus  sont  compris  dans  les  mailles  de  ce  réseau  entre  les  papilles  et  l’épi- 
-derme.  Lorsque  des  abcès  se  forment,  on  trouve  une  prolifération  des  élé¬ 
ments  du  tissu  conjonctif  et  des  corpuscules  de  pus.  Le  corps  muqueux  est 
transformé  en  un  tissu  aréolaire  à  mailles  perpendiculaires  aux  papilles 
■et  contenant  des  globules  de  pus.  De  véritables  abcès  se  forment.  Les 
veines  qui  partent  de  ces  points  enflammés,  sont  parfois  oblitérées.  Pour 
Kelsch,  le  corps  muqueux  est  épaissi  et  l’épiderme  doublé  du  corps 
muqueux  est  décollé  par  un  exsudât  amorphe  interposé  entre  lui  et  le 
corps  papillaire.  Telle  serait,  pour  cet  auteur,  la  structure  de  la  pustule 
morveuse. 

Le  derme  est  constamment  malade  au  niveau  de  la  pustule,  les  cellules 
de  pus  imprègnent  toute  son  épaisseur  et  même  le  tissu  cellulo-grais- 
seux. 

Le  tissu  cellulaire  sous-cutané  présente  diverses  altérations.  Dans  les 
points  où  il  y  avait  engorgement,  œdème,  on  trouve  tantôt  de  la  sérosité 
gélatineuse,  tantôt  du  pus  infiltré;  dans  ceux  où  existaient  les  abcès,  le 
tissu  cellulaire  est  ordinairement  détruit  jusqu’à  une  assez  grande  profon¬ 
deur.  Le  foyer  est  souvent  diffus,  et  l’on  trouve  sous  la  peau  une  matière 
d’un  blanc  sale,  molle  ou  demi-concrète,  immédiatement  en  contact  avec 
les  muscles.  Il  n’y  a  pas  de  fausse  membrane  qui  limite  le  foyer.  Dans 
d’autres  cas,  l’abcès  est  circonscrit  par  une  membrane  très-distincte.  Le 
contenu  est  généralement  purulent,  jaunâtre,  quelquefois  coloré  par  du 

Le  tissu  musculaire  est  souvent  intact.  Lorsque  les  muscles  sont  situés 


132  MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 

au  milieu  du  pus,  ils  peuvent  être,  dissociés,  avoir  subi  une  dégénérescence 

graisseuse  et  cireuse. 

Lésions  DES  VOIES  AÉRIENNES. — A.  Fosses  nasales  et  sinus.  —  C’est  surtout 
pour  les  lésions  des  fosses  nasales,  caractéristiques  de  la  morve,  que  l’on  peut 
dire  qu’elles  ont  été  à  peu  prèsexclusivementdécrites  sous  leur  forme  aiguë. 
Cependant  elles  existent  non.moins  constamment  dans  la  morve  chronique  ; 
seulement  il  faut  les  rechercher  avec  soin.  Nous  devons  cependant  ajouter 
que  souvent  il  n’est  plus  possible  de  les  retrouver  après  la  mort,  alors 
même  qu’elles  ont  manifestement  existé  pendant  la  vie  longtemps  avant 
l’apparition  des  accidents  aigus.  Elles  ont  disparu  sous  les  altérations  ré¬ 
centes,  d’autant  plus  facilement  qu’elles  provoquent  et  hâtent  le  développe¬ 
ment  de  celles-ci. C’est  donc  surtout  dans  lés  cas  purement  chroniques  qu’il 
faut  étudier  les  désordres  propres  à  la  morve  chronique. 

Le  premier  phénomène  que  présente  la  membrane  pituitaire,  consiste 
dans  un  boursouflement  plus  ou  moins  considérable  qui  occupe  surtout  la 
partie  supérieure  et  postérieure  du  nez,  et  qui  peut  aller  jusqu’à  l’occlusion 
des  cavités  nasales.  La  muqueuse  est  alors  d’une  couleur  vineuse  qui  ne 
tarde  pas  à  pâlir  peu  à  peu.  Le  boursouflement  diminue  et  se  change  en 
un  épaississement  ou  plutôt  en  une  augmentation  de  densité  du  tissu  sous- 
muqueux.  Il  est  rare  que  i’on  retrouve  des  élevures  analogues  à  celles  que 
l’on  observe  chez  le  cheval.  Il  n’est  pourtant  pas  douteux  qu’elles  existent. 
On  a  vu,  dans  l’antre  d’Highmore,  la  muqueuse  sans  augmentation  de  vas¬ 
cularité,  sans  changement  de  couleur,  mais  épaissie  et  parsemée  de  petites 
élevures  d’une  coloration  blanchâtre  formées  par  le  tissu  muqueux  lui- 
même.  Ces  élevures  deviennent  plus  tard  rouges,  se  développent  en  fon¬ 
gosités  saillantes  qui  se  ramollissent  et  dans  lesquelles  se  dépose  un  peu 
de  pus.  La  muqueuse  peut  perdre  sa  consistance  dans  une  grande  étendue. 
On  y  voit  quelquefois  de  petits  points  ecchymotiques,  et  rarement  de  petits 
abcès  sous-muqueux.  Dans  un  degré  plus  avancé,  la  pituitaire,  réduite  en 
un  détritus  grisâtre,  au  milieu  duquel  on  distingue  encore  quelques  points 
d’un  rouge  vif,  est  presque  complètement  détruite.  Ces  points  et  ceux  où 
existent  les  abcès  sous-muqueux,  deviennent  bientôt  le  siège  d’ulcérations 
au  fond  desquelles  on  voit  les  surfaces  osseuses  dénudées.  Ces  ulcérations 
qui  s’étendent  assez  rapidement,  siègent  le  plus  souvent  sur  la  cloison,  et 
sont  entourées  d’un  bourrelet  fongueux  formé  de  bourgeons  saillants  et 
rouges.  Les  os  et  les  cartilages  mis  à  nu.se  nécrosent,  le  travail  d’ulcéra¬ 
tion  continue,  et  enfin  la  cloison  se  perfore.  Cette  perforation  presque 
constante,  tout  à  fait  caractéristique  de  la  morve  chronique,  a  été  regardée 
à  tort  par  Vigla  comme  une  lésion  de  la  morve  aiguë.  Il  en  est  de  même 
de  la  carie  des  os  du  nez..  Celle-ci  est  habituellement  située  au  point  de 
réunion  de  la  portion  osseuse  et  de  la  portion  cartilagineuse,  mais  elle  se 
développe  toujours  beaucoup  plus  aux  dépens  de  la  lame  du  vomer  que  du 
cartilage.  Celui-ci  présente  un  bord  mousse,  tandis  que  la  partie  de  la  cir¬ 
conférence  formée  parla  lame  osseuse  nécrosée  est  tranchante  et  irrégulière. 
Les  perforations  font  communiquer  les  deux  fosses  nasales  l’une  avec 
l’autre.  Elles  sont  entourées,  de  même  que  les  ulcérations,  d’un  bourrelet 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


133 


fongueux  plus  ou  moins  saillant.  La  surface  de  la  pituitaire  altérée  est,  en¬ 
core  après  la  mort,  recouverte  de  mucosités  épaisses  et  tenaces  d’un  gris  sale, 
légèrement  teintes  de  sang.  On  trouve  aussi  dans  les  sinus,  dont  la  mem¬ 
brane  est  épaissie,  opaque,  une  sorte  de  gelée  visqueuse.  Jusqu’à  présent  on 
n’a  pas  rencontré  de  véritables  cicatrices  sur  la  pituitaire  ;  on  peut  donc 
penser  qu’elles  sont  plus  rares  chez  l’homme  que  chez  les  solipèdes,  et 
dans  les  fosses  nasales  que  dans  les  voies  aériennes.  Au  microscope,  on 
constate  que  l’épithélium  de  la  muqueuse  tantôt  est  conservé,  tantôt  qu’il  a 
disparu.  Dans  le  premier  cas,  quelques  cellules  épithéliales  subissent  la 
transformation  vésiculeuse.  Les  couches  de  la  muqueuse  sont  infiltrées  de 
pus  ;  on  y  trouve  en  même  temps  quelques  cellules  de  tissu  conjonctif  en 
voie  de  prolifération. Les  glandes  en  grappes  sont  impliquées  dans  le  travail 
inflammatoire  qui  occupe  toute  la  muqueuse;  leur  pourtour  et  leur  canal 
excréteur  sont  en  pleine  suppuration.  Leur  pourtour  est  encombré  de  leu¬ 
cocytes.  Les  lymphatiques  et  les  vaisseaux  se  remplissent  de  coagulums.  Il  y 
a,  pour  Virchow,  périphlébite  et  périlymphite. 

B.  Cavité  buccale  et  pharynx.  —  Dans  la  description  des  symptômes, 
nous  avons  signalé  les  ulcérations  de  la  bouche.  Ajoutons  que  la  mu¬ 
queuse  et  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux  présentent  une  teinte  violacée 
ou  brunâtre.  L’épithélium  se  détache  plus  facilement  que  sur  les  parties 
saines.  La  membrane  est  infiltrée  de  sang  et  ramollie.  Dans  quelques  points, 
on  y  trouve  du  pus.  Les  ulcérations  sont  parfois  lai’ges  et  profondes  ;  elles 
sont  toutes  grisâtres  et  irrégulières,  présentant  des  bourgeons  irréguliers 
d’un  rouge  terne  et  secrétant  un  mucus  très-épais  et  très-abondant,  de  cou¬ 
leur  noirâtre.  Parfois,  à  la  naissance  du  voile  du  palais,  il  existe  une  perfora¬ 
tion  qui  fait  communiquer  la  bouche  avec  la  cavité  nasale.  L’ulcéi’ation  peut 
se  cicatriser  ;  mais  le  plus  souvent  elle  ne  se  ferme  d’un  côté,  que  pour  se 
développer  de  l’autre.  Cornil  a  constaté,  dans  un  cas,  la  présence  de  petits 
points  légèrement  saillants  et  ressemblant  exactement  à  de  petites  vésicules 
de  sudamina.  Au  microscope,  il  a  reconnu  qu’ils  résultaient  d’une  dilata¬ 
tion  des  conduits  des  glandes  acineuses  de  la  muqueuse.  Le  conduit  glan¬ 
dulaire,  arrivé  dans  la  couche  épaisse  d’épithélium  pavimenteux  stratifié, 
se  dilatait,  et  il  était  rempli,  dans  ce  point,  par  l’épithélium  vésiculeux. 

C.  Larynx  et  trachée.  —  La  membrane  muqueuse  de  la  trachée  et 
des  bronches  présente  parfois  une  rougeur  uniforme  assez  foncée,  mais 
beaucoup  plus  souvent  elle  est  pâle  et  ramollie.  Dans  le  cas  de  farcin 
chronique,  on  peut  rencontrer  des  abcès  sous-muqueux  qui  ont  dénudé  les 
cartilages,  et  s’ils  siègent  au  voisinage  de  la  glotte,  ils  peuvent  déterminer 
un  œdème  consécutif  qui  a,  dans  deux  cas,  hâté  la  mort  des  malades.  Les 
altérations  les  plus  communes  du  larynx  et  de  la  trachée  sont  les  ulcéra¬ 
tions  qui  appartiennent  surtout  a  la  morve  chronique  ;  et,  à  cet  égard,  il  y 
a  une  grande  analogie  avec  la  maladie  observée  chez  les  solipèdes.  Elles 
sont  caractéristiques  de  cette  affection.  Leur  siège  est  variable;  mais,  de 
préférence,  elles  affectent  la  partie  sous-glottique  du  larynx,  la  trachée  et 
les  bronches.  On  peut  en  trouver  sur  l’épiglotte.  Jamais  on  ne  lésa  vues  sur 
les  cordes  vocales.  L’aphonie  est  plutôt  le  résultat  d’un  œdème  de  la  glotte 


134  MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 

ou  d’une  toute  autre  circonstance,  que  le  fait  de  l’ulcération.  On  les  trouve 
même  plutôt  à  la  face  antérieure  que  sur  la  partie  membraneuse  de  la  tra¬ 
chée;  elles  siègent  indifféremment  au  niveau  des  anneaux  et  dans  les  in¬ 
tervalles  que  ceux-ci  laissent  entre  eux  ;  le  plus  souvent  elles  en  com¬ 
prennent  plusieurs  à  la  fois.  Les  ulcérations  morveuses  peuvent  acquérir 
une  étendue  considérable,  plus  même  qu’aucune  autre  espèce  d’ulcéra¬ 
tion  des  voies  aériennes.  On  les  a  vues  labourer  toute  la  surface  interne  d& 
la  trachée  et  se  prolonger  jusque  dans  les  bronches. Elles  détruisent  profon¬ 
dément  la  muqueuse  et  les  tissus  sous-jacents,  qu’elles  transforment  en  un 
détritus  grisâtre  que  l’on  a  confondu  parfois  avec  la  gangrène,  et  pénètrent 
jusqu’au  cartilage  ;  elles  ont,  enfin,  une  grande  tendance  à  se  cicatriser, 
fait  qui  les  rapproche  de  celles  observées  chez  les  sollpèdes.  Peut-être 
même  ne  prennent-elles  ainsi  une  si  grande  extension  qu’en  se  fermant 
d’un  côté  pendant  qu’elles  avancent  de  l’autre.  Il  résulte  de  là  que  l’on 
trouve  dans  les  voies  aériennes  des  cicatrices  considérables,  qui  n’ont  jus¬ 
qu’ici  été  rencontrées  que  chez  des  sujets  atteints  de  morve  chronique. 
Ces  cicatrices  sont  pathognomoniques  :  la  muqueuse  est  mince,  adhé¬ 
rente,  généralement  pâle,  presque  blanche  en  certains  points,  sèche  et 
transparente;  des  brides  fibreuses  très-résistantes,  disposées  en  lignes 
nombreuses  interceptées,  étoilées,  réunies  de  mille  manières,  constituent 
un  l'éseau  aréolaire  qui  occupe  toute  l’étendue  de  la  surface  ulcérée. La  for¬ 
mation  de  ces  brides  a  pour  effet  de  rapprocher  et  de  fixer  les  uns  aux 
autres  les  anneaux  cartilagineux  ;  de  là  résultent  le  raccourcissement  et  la 
déformation  consécutive  de  la  trachée.  Quelques  anneaux  perdent  leur 
forme  circulaire  ;  ils  sont  aplatis  ou  déviés,  et  le  calibre  du  conduit  aérien 
se  trouve  plus  ou  moins  rétréci,  quelquefois  sur  plusieurs  points,  de  ma¬ 
nière  à  présenter  des  resserrements  et  dès  renflements  successifs.  La  même 
disposition  peut  exister  dans  les  bronches.  Cornil,  qui  a  étudié  le  processus 
par  lequel  se  font  ces  lésions,  en  donne  la  description  suivante  ; 

«  Après  avoir  fait  durcir  ces  muqueuses  dans  l’alcool,  j’ai  étudié  les  gra¬ 
nulations  et  plaques  saillantes  sur  des  coupes  perpendiculaires  à  la  surface. 
Les  petites  granulations  du  larynx  étaient  recouvertes  par  des  couches 
d’épithélium  devenu  muqueux,  vésiculeux,  et  par  des  globules  de  pus 
formant  un  magma  blanchâtre,  opaque.  Au-dessous  existe  une  couche 
de  petites  cellules  prismatiques  implantées  perpendiculairement  sur  la  sur¬ 
face  du  chorion  muqueux.  Celui-ci  est  limité  par  la  couche  homogène  hya¬ 
line  normale.  Dans  les  points  malades,  le  chorion  muqueux  est  épaissi  par 
la  formation  de  nomk’euses  petites  cellules,  en  rangées  parallèles,  et  résul¬ 
tant  bien  évidemment  de  l’hyperplasie  des  cellules  du  tissu  conjonctif.  Le 
relief  des  granulations  et  îlots  saillants  du  larynx  et  de  la  trachée  était 
donc  constitué  par  la  chute  et  la  disparition  de  l’épithélium  et  par  l’hyper¬ 
plasie  des  cellules  du  tissu  conjonctif.  En  outre,  les  culs-de-sac  glandulaires 
des  glandes  acineuses  comprises  dans  la  zone  d’irritation  de  ces  néofor¬ 
mations  présentaient  leurs  culs-de-sac  agrandis,  leurs  cellules  grossies, 
devenues  sphériques  et  libres  au  milieu  du  cul-de-sac.  Il  y  avait  aussi,  dans 
les  glandes,  une  multiplication  de  leurs  cellules  d’épithélium.  Sur  les  parties 


MORVE  ET  FARGIN  chez  l’homme.  135 

ulcérées  de  la  muqueuse  des  voies  respiratoires,  l’ulcération  était  causée 
par  la  chute  complète  de  l’épithélium  et  par  la  suppuration  et  la  destruc¬ 
tion  de  la  partie  la  plus  superficielle  du  chorion  muqueux.  »  (Cornil, 
Gazette  des  hôpitaux,  25  août  1868,  p.  39/ü). 

D.  Poumons  et  plèvre.  —  Les  lésions  pulmonaires  sont  loin  d’être  aussi 
constantes  dans  la  forme  chronique  que  dans  la  forme  aiguë  du  farcin  et  de 
la  morve.  C’est  à  tort  que  quelques  auteurs  se  sont  servis  du  nom  de  tu¬ 
bercules  pour  désigner  les  produits  de  la  morve  et  du  farcin  chroniques 
dans  les  poumons.  Il  ne  s’agit  pas  du  tubercule  tel  que  nous  le  compre¬ 
nons.  On  a  pu  trouver  de  véritables  tubercules,  mais  il  s’agit  alors  d’une 
simple  coïncidence.  Cela  dit,  la  plèvre  peut  offrir  quelques  adhérences 
avec  le  poumon  dans  les  points  malades,  sans  que  le  plus  souvent  on 
ait  lieu  de  rapporter  à  cet  état  morbide  les  douleurs  thoraciques  con¬ 
statées  pendant  la  vie.  La  plèvre  est  parsemée  parfois  d’un  grand  nom¬ 
bre  de  petites  élevures  d’un  blanc  jaunâtre,  entourées  d’une  aréole 
d’un  rouge  vermeil,  dont  la  largeur  varie  depuis  celle  d’un  grain  de 
millet  jusqu’à  celle  d’une  pièce  de  25  centimes.  En  les  incisant,  on  re¬ 
connaît  qu’elles  sont  constituées  par  du  pus  liquide  ou  presque  liquide 
entouré  d’une  infiltration  sanguine  dans  le  tissu  cellulaire  sous-pleural. Les 
poumons  offrent,  à  leur  surface,  de  petites  plaques  d’un  jaune  mat,  quel¬ 
quefois  isolées,  et  le  plus  souvent  sans  aréole  rouge  qui  les  entoure,  dures 
au  toucher,  résistant  sous  le  scalpel,  et  formées  par  une  matière  concrète 
que  la  pression  aplatit  sans  l’écraser,  ayant  partout  la  même  consistance 
amorphe,  et  paraissant  avoir  tous  les  caractères  de  la  fibrine.  Ces  plaques 
ne  pénètrent  pas  dans  le  tissu  du  poumon,  et  sont  immédiatement  situées 
sous  la  plèvre.  Au  lieu  d’être  isolées,  ces  lésions  se  présentent,  dans  d’autres 
cas,  réunies  en  masse.  On  voit  alors  des  portions  de  poumon  indurées,  qui 
présentent  à  la  coupe  un  aspect  jaunâtre,  et  qui  sont  composées  de  même 
substance.  Ces  masses  perdent  quelquefois  leur  consistance  ;  on  les  trouve 
même  ramollies,  et  contenant,  au  centre,  des  cavités  pleines  de  pus.  Le  plus 
ordinairement,  le  tissu  pulmonaire  environnant  est  sain  ;  ce  n’est  que  par 
exception  qu’il  est  congestionné  ou  partiellement  hépatisé.  Enfin  on  peut,  à 
la  place  de  ces  plaques  et  de  ces  noyaux  fibrineux,  trouver  de  simples 
ecchymoses  formant  un  nombre  infini  de  taches  rouges  plus  ou  moins 
larges,  dont  quelques-unes  sont  parsemées  de  points  jaunes  purulents. 
Comme  on  le  voit,  ces  altérations  offrent  une  grande  ressemblance  avec 
celles  qni  se  rencontrent  chez  les  solipèdes  ;  elles  ne  sont  pas  trop  éloignées 
des  altérations  propres  de  l’état  aigu,  qu’elles  préparent  sans  doute  dans 
la  plupart  des  cas. 

Dans  l’état  aigu,  en  effet,  ces  lésions  pulmonaires  sont  assez  étendues  ; 
aussi  n’est-il  pas  étonnant  que  les  malades  meurent  surtout  par  le  poumon. 
On  trouve  soit  de  véritables  pneumonies,  soit  des  suppurations  partielles, 
d’autres  fois,  on  rencontre  de  la  gangrène  ou  bien  des  foyers  d’apoplexie 
pulmonaire.  On  le  voit,  les  lésions  sont  variables.  Il  s’agissait  de  savoir  si 
elles  avaient  un  lien  commun,  si  elles  avaient,  en  un  mot,  le  même  pro¬ 
cessus.  C’est  à  l’élucidation  de  cette  question  que  les  auteurs  se  sont  appli- 


136  MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 

qués  dans  les  dernières  années.  Ainsi  pour  Kühmer,  ces  lésions  consistent 
en  une  infiltration  diffuse  des  granulations  morveuses  dans  le  tissu  inter¬ 
alvéolaire  ou  dans  le  tissu  sous-muqueux.  Sommerbrodt  et  Cornil  les  con¬ 
sidèrent  comme  voisines  de  la  pneumonie  lobulaire.  «  Dans  les  cas  que  j’ai 
étudiés,  dit  Cornil,  tous  les  états  pulmonaires  gris,  jaunâtres,  durs  et  ramol¬ 
lis,  étaient  formés  uniquement  par  de  la  pneumonie  catarrhale  lobulaire. 
Cela  veut  dire  que  les  alvéoles  pulmonaires,  dans  les  points  malades,  étaient 
complètement  remplis  par  des  globules  de  pus  et  des  cellules  volumineuses, 
rondes,  contenant  plusieurs  noyaux.  Cet  aspect  des  lésions  ne  rappelait  en 
rien  celui  que  l’on  remarque  chez  le  cheval.  »  Kelsch  a  confirmé  cette  ma¬ 
nière  de  voir.  J.  Renaut  n’admet  pas  la  divergence  signalée  par  Cornil  entre 
l’homme  et  le  cheval.  Pour  lui,  chez  le  cheval  comme  chez  l’homme,  la  lé¬ 
sion  pulmonaire  consisterait  dans  une  véritable  pneumonie  lobulaire.  Les 
plèvres,  au  niveau  des  points  de  pneumonie  lobulaire,  sont  souvent  couvertes 
de  fausses  membranes,  parfois  elles  présentent  des  traces  d’inflammation 
plus  étendues,  et  même  contiennent  un  véritable  épanchement  purulent. 

E.  Cœur  et  vaisseaux.  —  Ils  n’offrent  rien  de  particulier  ;  quelquefois  on 
trouve  une  phlébite  adhésive  au  voisinage  des  ulcères  et  des  abcès  des  mem¬ 
bres.  Les  vaisseaux  lymphatiques,  vu  leur  peu  de  développement  chez 
l’homme,  ne  présentent  pas  des  lésions  aussi  appréciables  que  chez  le 
cheval.  Les  ganglions  de  l’aisselle  et  de  l’aine,  dans  le  farcin  chronique, 
sont  presque  les  seuls  que  l’on  trouve  parfois  malades.  Ils  sont  tuméfiés, 
quelquefois  ramollis  ;  ils  offrent  une  couleur  rougeâtre,  et  presque  toujours 
il  existe,  au  centre,  un  noyau  blanc,  d’un  jaune  grisâtre,  sans  dureté.  Dans 
le  cas  d’ulcérations  des  voies  aériennes,  les  ganglions  bronchiques  sont 
augmentés  de  volume,  ramollis  et  même  suppurés.Dans  un  cas,  signalé 
par  Fredet,  cette  suppuration  existait  en  dehors  de  toute  ulcération  de  la 
muqueuse  des  bronches  ou  de  la  trachée. 

F.  Système  ossewa?.— Les  altérations  des  os  existent  chez  l’homme  comme 
chez  le  cheval  ;  elles  sont  toujours  secondaires  et  consécutives  à  la  lésion 
des  parties  molles  qui  les  recouvrent.  Ces  lésions  sont  assez  caractéristiques 
pour  permettre  de  les  différencier  des  autres  lésions  qui  affectent  si  souvent 
le  système  osseux.  Au  niveau  des  collections  purulentes  ou  des  ulcères  fis- 
tuleux  du  farcin,  qui  ont  leur  siège  sur  la  partie  inférieure  des  membres, 
le  périoste  se  confond  par  sa  face  externe  avec  le  tissu  cellulaire  qui  le  re¬ 
couvre  ;  il  est  injecté,  tuméfié  et  se  laisse  détacher  avec  la  plus  grande  fa¬ 
cilité;  on  le  voit  souvent  décollé  par  une  nappe  de  pus  qui  repose  immé¬ 
diatement  sur  les  os.  Enfin,  dans  d’autres  points,  le  périoste  est  détruit, 
l’os  est  dénudé.  Dans  la  morve  chronique,  où  les  muqueuses  sont  principa¬ 
lement  le  siège  des  ulcérations,  la  destruction  de  ces  membranes  entraîne 
constamment  celle  du  tissu  fibreux  périostique  qui  les  double,  et  l’os  se  voit 
toujours  à  nu  au  fond  de  l’ulcère.  Les  surfaces  osseuses,  ainsi  dépouillées  de 
leurs  enveloppes,  sont  rugueuses  ;  elles  présentent  des  érosions  très-éten¬ 
dues.  Le  tissu  osseux  offre  une  vascularisation  exagérée  ;  il  est  comme  marbré 
par  des  ecchymoses  plus  ou  moins  étendues.  Au  microscope,  on  y  reconnaît 
tous  les  caractères  de  l’ostéite.  La  substance  spongieuse  est  ramollie,  infiltrée 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


137 


de  sang,  de  pus,  et  eSivahie  par  la  carie.  Cette  altération  très-marquée  sur 
lés  os  plats,  sur  le  palatin,  à  la  voûte  du  crâne,  peut  aller  jusqu’à  la  perfora¬ 
tion.  Virchow  admet  que  ces  lésions  peuvent  se  produire  en  dehors  de  toute 
dénudation  des  os.  Il  croit  à  l’existence  d’une  ostéo-myélite  morveuse. 
On  a  constaté  des  collections  purulentes  entre  les  os  crâniens  et  la  dure- 
mère  (pachyméningite  externe).  Dans  d’autres  cas,  on  a  rencontré  des  no¬ 
dosités  morveuses  dans  le  péricrâne,  dans  la  dure-mère,  et  même  dans  les 
plexus  choroïdes. 

G.  Les  articulations,  qui  pendant  la  vie  ontété  lesiége,  non  pas  dedouleurs 
pseudo-rhumatismales,  mais  de  gonflement,  et  qui  sont  voisines  des  abcès 
ou  des  ulcères  farcineux,  ne  présentent  que  très-rarement  des  lésions  intra- 
articulaires,  mais  offrent  souvent  à  l’extérieur  une  infiltration  gélatini- 
forme  du  tissu  cellulaire,  du  pus  même  dans  les  gaines  tendineuses  qui 
passent  sur  elles,  et  quelquefois  une  injection  et  un  épaississement  notables 
du  tissu  sous- synovial.  Les  déformations  que  déterminent  ces  différents 
désordres  peuvent  consécutivement  altérer  la  texture  des  surfaces  articu¬ 
laires  des  os.  De  là  des  difformités  secondaires,  portées  quelquefois  très-' 
loin.  Rarement  on  a  trouvé  du  pus  dans  l’article.  Elliotson,  Saussier  en 
ont  signalé  un  cas. 

H.  Organes  abdominaux. —  Les  organes  abdominaux  sontrarement  lesiége 
de  lésions  importantes.  La  plupart  restent  ordinairement  à  l’état  sain.  Le 
tube  digestif  offre  quelquefois,  seulement  dans]  le  cas  où  il  y  a  eu  diarrhée 
persistante,  une  injection  et  une  inflammation  catarrhale  de  la  dernière 
portion  de  l’intestin.  Le  foie  est  souvent  augmenté  de  volume  et  acquiert 
même  un  très-grand  développement  et  un  poids  considérable.  Tantôt  on 
le  trouve  gorgé  de  bile,  tantôt  il  est  pâle,  décoloré  ;  d’autres  fois,  il  a  subi  la 
transformation  graisseuse,  et  dans  ce  cas,  la  diarrhée  avait  été,  pendant  la 
vie,  longue  et  rebelle.  Dans  un  cas,  Sommerhrodt  a  observé  une  inflamma¬ 
tion  gangréneuse  et  ulcérative  des  conduits  biliaires.  Dans  d’autres  cas,  le 
foie  a  été  envahi  par  des  abcès  ayant  les  caractères  des  abcès  métastatiques. 
La  rate,  beaucoup  moins  fréquemment  atteinte  qu’à  l’état  aigu,  est  quelque¬ 
fois  aussi  volumineuse  ;  mais  elle  ne  présente  pas  de  dépôt  de  pus.  Sa  cou¬ 
leur  est  à  peu  près  uniformément  foncée.  Dans  quelques  cas,  l’un  de  nous  y 
a  trouvé  des  plaques  décolorées,  correspondant  à  des  masses  solides  for¬ 
mées  par  une  substance  jaune,  dense,  fibrineuse,  paraissant  résulter  de  la 
décoloration  d’épanchements  sanguins  limités.  La  pai’otide  a,  chez  certains 
malades,  été  envahie  par  la  suppuration.  Les  reins,  quelquefois  gros  et 
anémiés,  sont  ordinairement  sains.  Dans  un  cas,  Cornil  a  constaté  que  le 
rein  était  le  siège  d’une  dégénérescence  caractérisée  par  la  présence ,  dans 
un  grand  nombre  de  tubuli,  de  cellules  infiltrées  de  granulations  protéiques 
et  graisseuses.  Fisher  a  noté  deux  fois  une  néphrite  intertubulaire.  Virchow 
a  décrit  un  sarcocèle  morveux  ;  mais  cette  lésion  est  plus  fréquente  chez 
les  chevaux  que  chez  l’homme.  Contour,  dans  un  cas,  a  constaté  un  abcès 
dans  l’urèthre. 

I.  Le  système  nerveux,  jusque  dans  ces  dernières  années,  avait  été  trouvé 
intact  toutes  les  fois  qu’il  avait  été  examiné.  Eck  avait  bien  constaté,  dans  un 


438 


MORVE  ET  FARCIN 


l’homme. 


cas  de  farcin  aigu,  la  présence  d’un  petit  abcès  superficiel  dans  le  cerveau  ; 
Virchow  avait  signalé  l’existence  d’une  pachyméningite  externe;  mais 
Sidney  Coupland  a  décrit,  enl872,  une  altération  consistant  dans  une  inflam¬ 
mation  aiguë  développée  autour  delà  moelle  et  dans  un  épaississement  chro¬ 
nique  du  tissu  fibreux.  Tout  le  long  de  la  moelle,  mais  principalement  au 
milieu  de  la  région  dorsale  et  dans  l’épaisseur  des  parois  vasculaires,  le 
tissu  connectif  était  hypertrophié.  Le  canal  central  de  la  moelle  était  rem¬ 
placé  par  une  prolifération  de  cellules  en  tout  semblables  à  des  leucocytes. 
Des  recherches  ultérieures  sont  nécessaires  pour  nous  renseigner  sur  la  réa¬ 
lité  de  ces  lésions  et  nous  montrer  si  elles  sont  constantes,  ou  bien  si  elles 
n’ont  constitué,  dans  le  cas  signalé  par  l’auteur,  qu’un  épiphénomène. 

J.  Sang. — De  même  quechez  le  cheval,  les  altérations  du  sang  doivent  être 
étudiées  avec  le  plus  grand  soin.  Du  reste,  depuis  quelques  années,  les  études 
microscopiques  et  les  procédés  de  numération  des  globules  du  sang  dus  à 
Malassez  et  à  Hayem,  ont  fait  faire  un  grand  pas  à  la  connaissance  de  ces  lé¬ 
sions.  Dernièrement  encore,  Colin,  avons-nous  dit,  a  approfondi  ce  sujet. 
Dès  1868,  suivant  Brouardel,  dans  le  travail  duquel  nous  puisons  les  dé¬ 
tails  qui  suivent,  Christot  et  Kiener  auraient  démontré,  dans  les  affections 
morvo-farcineuses,  l’existence  d’une  leucocytose  concomitante  et  des  bac¬ 
téries  en  grand  nombre.  L’examen  du  sang,  pratiqué  chaque  jour,  leur  a 
montré  que  le  rapport  entre  le  nombre  des  globules  blancs  et  celui  des  glo¬ 
bules  rouges,  au  lieu  d’être  de  1  pour  400,  chiffre  normal,  allait  chaque 
jour  en  croissant,  au  point  d’atteindre  la  proportion  de  1  globule  blanc  pour 
6  globules  rouges.  En  même  temps,  ils  constatèrent  la  présence  de  bactéries 
appartenant  à  la  variété  des  granulations.  Ils  en  trouvèrent  1  par  5  à  20  hé¬ 
maties  ;  elles  étaient  innombrables  dans  le  pus  et  les  glandes  vasculaires 
sanguines.  En  1872,  Sidney  Coupland  note  dans  le  farcin  aigu  que  les  glo¬ 
bules  rouges  n’ont  pas  leur  disposition  ordinaire  ;  ils  ne  s’empilent  pas,  ils 
sont  agglomérés  en  masses  irrégulières  ;  il  ne  trouve  pas  de  bactéries,  il 
constate  que  les  globules  blancs  sont  en  plus  grande  proportion.  En  1873, 
Vincent  Brigidi  note  également  cette  augmentation  du  nombre  des  globules 
blancs  du  sang,  et  l’absence  de  bactéries.  Colin  a  confirmé  ces  remarques. 
Aujourd’hui  la  question  est  à  l’étude  et  nous  espérons  que  les  procédés  que 
nous  possédons  pour  la  numération  des  globules,  que  les  études  microsco  - 
piques  élucideront  complètement  les  lésions  du  sang  dans  les  affections 
morvo-farcineuses. 

Quelques  auteurs  ont  cherché,  dit  Brouardel,  à  déterminer  quel  était  l’é¬ 
lément  virulent  de  la  morve.  Rallier  dit  avoir  trouvé,  sur  la  muqueuse  des 
sinus  frontaux  et  du  larynx,  des  micrococcus  isolés  ou  réunis  en  amas  ;  il  a 
retrouvé  ces  mêmes  éléments  dans  le  sang;  il  les  a  même  poursuivis 
jusque  dans  les  globules  blancs  et  rouges.  11  a  cultivé  les  spores  et  a  obtenu 
un  champignon  spécial  auquel  il  a  donné  le  nom  de  Malleomgces.  Chauveau 
a  démontré  que  pour  la  morve,  comme  pour  le  vaccin  et  pour  la  variole, 
l’activité  spécifique  qui  constitue  la  virulence  réside  exclusivement  dans 
les  corpuscules  élémentaires  en  suspension  dans  ces  humeurs.  Ces  cor¬ 
puscules  peuvent  être  lavés  sans  perdre  leurs  propriétés  spécifiques  ;  leur 


MORVE-  ET  FARCIN  chez  l’homme.  139- 

séjour  prolongé  dans  l’eau  ne  communique  pas  la  virulence  à  ce  liquide. 
Pour  lui,  l’activité  spécifique  de  ces  maladies  ne  réside  pas  dans  un  parasite 
ferment,  ainsi  que  tendaient  à  le  faire  supposer  les  recherches  antérieures 
sur  le  rôle  des  parasites. 

Colin  n’admet  pas  cette  opinion.  Pour  cet  auteur,  les  conditions  de  viru¬ 
lence  de  la  morve  sont  plus  complexes  qu’on  ne  le  dit.  Dans  la  morve,  la 
virulence,  au  lieu  d’appartenir  au  seul  liquide,  le  sang,  se  retrouve  dans  le 
pus  spécifique  des  ulcérations  nasales,  des  abcès  pulmonaires,  dans  la 
lymphe.  Donc,  dit  cet  auteur,  il  faut  rechercher  non-seulement  si  c’est  à 
des  éléments  figurés  que  la  virulence  est  due,  mais  encore  si  c’est  à  des¬ 
éléments  identiques  que  tous  les  liquides  la  doivent  ou  à  des  ferments 
propres  à  chacun  d’eux.  La  tâche  devient,  dès  lors,  plus  laborieuse.  Colin 
termine  son  travail  par  cette  conclusion  ;  la  virulence  des  liquides  animaux 
est  indépendante  de  leurs  éléments  figurés,  globules  rouges,  leucocytes, 
globulins,  cellules  épithéliales,  noyaux  de  cellules  ou  granulations  solides 
quelconques  ;  elle  appartient  aux  liquides  en  masse,  à  toute  leur  substance, 
aux  sérums,  aux  plasmas  amorphes  les  plus  purs. 

Quant  à  l’augmentation  si  considérable  des  globules  blancs  qui  caracté¬ 
rise  l’affection  morvo-farcineuse.  Colin  attribue  la  présence  si  insolite  des- 
leucocytes  à  l’excitation  du  système  lymphatique  par  le  virus.  Mais  en  quoi 
consiste  le  travail  qui  donne  naissance  aux  leucocytes?  Colin  ne  le  dit  pas  ; 
il  ne  veut  pas  même  en  rechercher  l’origine  ;  il  se  borne  à  exprimer  une 
opinion  qui  est  la  négation  de  toutes  nos  idées  sur  la  genèse  des  leucocytes. 
En  outre,  il  s’appuie  sur  cet  accroissement  considérable  du  nombre  des 
leucocytes  pour  expliquer  les  différentes  lésions  de  l’affection  morvo-farci¬ 
neuse.  De  telle  sorte  que,  si  nous  poussions  à  l’extrême  les  conséquences 
de  cet  auteur,  nous  dirions  que,  pour  lui,  l’affection  morvo-farcineuse  con¬ 
siste  dans  une  leucocytose  qui,  sous  le  rapport  de  sa  nature,  n’offrirait 
aucun  cararactère  particulier  la  différenciant  des  autres  leucocyloses.  Nous 
ne  pouvons  prévoir  ce  que  l’avenir  réserve  à  cette  théorie  sur  la  nature  de 
l’affection  morvo-farcineuse.  Quant  à  nous,  nous  ne  pouvons  l’accepter  à 
priori;  les  bases  sur  lesquels  elle  repose  sont  plutôt  le  fait  d’une  -vue  de 
l’esprit  que  celui  de  l’expérimentation  ;  aussi  croyons-nous  que  la  véritable 
nature  de  l’affection  morvo-farcineuse  n’est  pas  encore  exactement  élucidée. 
Espérons  que,  la  physiologie  expérimentale  aidant,  cette  partie  de  l’histoire 
de  la  morve  ne  restera  pas  plus  longtemps  plongée  dans  l’obscurité  où  nous 
la  trouvons  depuis  que  cette  affection  est  connue. 

Étiologie. — La  seule  cause  déterminante  de  l’affection  morvo-farcineuse 
chez  l’homme,  c’est  la  contagion.  Que  ce  soit  à  l’état  chronique  ou  à  l’état 
aigu,  la  maladie  ne  peut  jamais  se  développer  sans  elle.  Elle  peut  bien  ne 
pas  s’exercer  toujours  et  quand  même  chez  tous  les  individus,  mais  lorsque 
cette  affection  se  développe,  il  faut  invoquer  la  contagion. 

Quels  sont  les  foyers  de  transmission  ?  Quelles  sont  les  formes  transmis¬ 
sibles  et  quel  rapport  y  a-t-il  entre  les  formes  transmises  ?  Enfin  de  quelle 
manière  s’opère  la  transmission  ?  Telles  sont  les  questions  que  nous  devons 
étudier,  résoudre  d’une  manière  aussi  satisfaisante  que  possible,  afin  que 


140  MORVE  ET  FARCIN  chez  LtoMME. 

nous  puissions  indiquer  les  précautions  hygiéniques  qu’il  faut  prendre  pour 

échapper  à  cette  contagion. 

Quels  sont  les  foyers  de  transmission?  La  contagion  s’exerce  ;  1°  du  cheval 
à  l’homme;  2°  de  l’homme  à  l’homme.  La  transmission  du  cheval  à  l’homme 
est  aujourd’hui  un  fait  indiscutable;  c’est  le  cas  le  plus  fréquent,  presque  le 
seul  qu’on  observe.  La  contagion  de  l’homme  à  l’homme,  dont  la  possibilité 
avait  été  niée  théoriquement,  ne  peut  malheureusement  plus  l’être.  Les 
exemples  rapportés  par  l’un  de  nous  mettent  ce  fait  hors  de  toute  contes¬ 
tation. 

Quelles  sont  les  formes  transmissibles,  et  quel  rapport  existe-t-il  entre  les 
formes  transmises?  Toutes  les  formes  cliniques  delamorveou  dufarcin  sont 
contagieuses  et  transmissibles  du  cheval  à  l’homme  et  de  l’homme  à  son 
semblable.  Quant  au  rapport  qui  existe  entre  les  formes  transmises,  on  peut 
dire  d’une  manière  générale  que  la  forme  aiguë  est  contagieuse  au  plus 
haut  degré,  qu’elle  peut,  en  se  communiquant,  revêtir  la  forme  chronique, 
et  que  celle-ci  peut  devenir  aiguë  ou  rester  chronique  après  la  transmission. 
En  outre,  il  faut  savoir  que  chacune  des  variétés  de  la  morve  ou  du  farcin 
peut  reproduire  chez  l’homme  ou  chez  les  animaux  les  autres  variétés  de 
la  maladie.  Ainsi,  presque  toujours  le  pus  du  farcin  chronique,  inoculé 
de  l’homme  au  cheval,  a  développé  la  morve  aiguë;  de  même,  c’est  une 
des  formes  aiguës  chez  le  cheval  qui  engendre  chez  l’homme  la  morve 
chronique  ou  le  farcin  chronique.  Toutefois  il  est  juste  d’ajouter  que  la 
forme  chronique  succède  plus  souvent  encore  à  la  forme  chronique.  Ainsi, 
dans  un  relevé  que  l’un  de  nous  a  fait,  nous  trouvons  que  le  farcin  chro¬ 
nique  chez  l’homme  a  été  engendré  1 2  fois  par  la  forme  chronique,  A  fois 
par  les  formes  aiguë  et  chronique  réunies,  2  fois  par  la  forme  aiguë;  que 
la  morve  chronique  a  été  engendrée  9  fois  par  la  forme  chronique. 

De  quelle  manière  s'opère  la  transmission?  La  contagion  de  la  morve  et 
du  larcin  peut  être  chez  l’homme  médiate  ou  immédiate.  Le  premier  mode 
de  transmission  est  le  plus  fréquent  pour  le  farcin  aigu  et  surtout  pour  la 
morve  chronique.  Il  était  facilité,  autrefois,  par  cette  funeste  habitude,  qui 
heureusement  devient  de  plus  en  plus  rare  de  nos  jours,  de  faire  coucher 
dans  les  écuries  les  hommes  chargés  de  panser  et  de  conduire  les  chevaux. 
Malheureusement,  il  n’est  pas  toujours  besoin  d’une  cohabitation  aussi 
complète  avec  des  chevaux  farcineux  ou  morveux  pour  permettre  à  la 
contagion  de  s’exercer.  Elle  a  lieu  dans  des  circonstances  beaucoup  moins 
défavorables,  et  il  suffit  souvent  de  rapports  très-courts  et  de  soins  passa¬ 
gers  pour  déterminer  la  transmission  de  la  maladie  à  des  individus  placés 
d’ailleurs  dans  des  conditions  hygiéniques  assez  bonnes.  Ces  faits  ne  sont 
pas  rares,  même  pour  la  forme  chronique. 

Le  deuxième  mode  de  transmission,  la  contagion  immédiate  ou  l’inocu¬ 
lation,  s’observe  dans  le  farcin,  rai’ement  dans  la  morve.  Il  est  le  seul 
qui  produise  les  variétés  de  farcin  décrites  sous  les  noms  d’angioleucite 
et  d’ulcères  farcineux.  Celles-ci  sont  toujours,  en  effet,  le  résultat  de  l’ap¬ 
plication  de  la  matière  virulente  dans  un  point  limité  de  l’économie,  et  ne 
peuvent,  dans  aucun  cas,  survenir  par  contagion  médiate.  Cette  inoculation 


MORVE  ET  FARCIN  CHEZ  L’HOMME.  U1 

est  le  plus  souvent  suivie  d’accidents  locaux  ;  cependant,  il  n’y  a  rien  d'ab¬ 
solu  à  cet  égard,  et  les  deux  modes  de  contagion  peuvent  ne  présenter 
aucune  différence  dans  leurs  résultats  directs.  Les  matières  susceptibles 
de  transmettre  la  maladie  par  inoculation  sont  :  la  matière  du  jetage  nasal, 
celle  que  laissent  suinter  les  boutons  et  les  ulcères  farcineux,  et  le  pus  des 
abcès,  que  l’on  observe  plus  rarement  chez  le  cheval,  celui  qui  couvre  les 
obj  ets  en  rapport  avec  les  animaux  malades .  H .  Landouzy  a  cité  une  observa¬ 
tion  d’inoculation  de  la  morve  à  l’homme  par  une  morsure  de  la  joue.  Dans 
ce  cas,  l’inoculation  a  dû  résulter  de  l’inoculation  du  pus  qui  recouvre  la 
lèvre  du  cheval  atteint  de  morve  et  non  de  la  salive  seule. 

Malgré  les  expériences  de  transfusion  qui  prouvent  que  le  sang  d’un 
cheval  morveux  injecté  dans  les  veines  d’un  cheval  sain  fait  naître  la 
morve  chez  ce  dernier,  nous  pensons,  jusqu’à  preuve  contraire,  que  le 
sang  des  chevaux  atteints  de  la  morve  ou  du  farcin  serait  impropre  à  trans¬ 
mettre  ces  affections  à  d’autres  espèces,  et  notamment  à  l’homme,  par 
simple  inoculation. 

La  morve  et  le  farcin  peuvent-ils  se  communiquer  à  l’homme  par  l’inges¬ 
tion  de  la  chair  des  animaux  malades  ?  Cette  question  qui,  autrefois,  pou¬ 
vait  n’avoir  qu’un  intérêt  scientifique,  acquiert  aujourd’hui  une  importance 
capitale  par  le  fait  du  grand  usage  que  l’on  fait  de  la  viande  de  cheval.  On 
sait,  en  effet,  par  les  tableaux  de  statistique  publiés  chaque  année  sur  la 
consommation  de  la  viande  en  France,  que  la  viande  de  cheval  entre  pour 
une  certaine  proportion  dans  l’alimentation.  On  sait,  notamment,  que 
pendant  le  siège  de  Paris,  1870-71,  l’alimentation  de  la  population  a  con¬ 
sisté  presque  uniquement  dans  l’usage  de  la  viande  de  cheval.  11  est  donc 
important  de  savoir,  au  point  de  vue  de  l’hygiène  publique,  si  l’affection 
morvo-farcineuse  peut  se  transmettre  à  l’homme  par  l’ingestion  de  la 
viande  des  animaux  malades.  Pour  résoudre  cette  question,  nous  possé¬ 
dons  très-peu  de  documents.  Certains  auteurs,  il  est  vrai,  affirment  l’exis¬ 
tence  de  ce  mode  de  transmission  de  l’affection  morvo-farcineuse.  Ainsi 
Hamont  raconte  qu’il  a  vu  mourir  un  chat  et  des  chiens  après  avoir  mangé 
de  la  viande  d’un  cheval  morveux,  et  qu’il  a  constaté  sur  leurs  cadavres  les 
altérations  propres  à  la  morve  ;  Mordstrôm  aurait  observé  un  cas  d’infection 
complète  sur  un  chien  alimenté  avec  de  la  chair  provenant  de  chevaux  mor¬ 
veux;  Gerlach  aurait  transmis  la  morve  à  des  chats  en  leur  faisant  ingérer 
.de  la  viande  et  des  organes  infectés  provenant  d’animaux  morveux;  enfin, 
d’après  Leisering,  le  lion  et  l’ours  seraient  susceptibles  de  contracter  la 
morve  par  ce  dernier  mode.  Ces  faits  ne  présentent  pas  assez  de  certitude 
pour  contre-balancer  ceux  qui  sont  négatifs,  et  pour  infirmer  surtout  les 
notions  de  pathologie  générale  qui,  de  tout  temps,  ont  eu  cours  dans  la 
science  à  propos  des  maladies  virulentes.  Comme  faits  négatifs,  nous 
opposerons  à  l’opinion  des  auteurs  que  nous  venons  de  citer,  les  expé¬ 
riences  de  Renault,  à  Alfort.  Ce  dernier  a  nourri,  pendant  très-longtemps, 
un  troupeau  de  cochons  avec  la  viande  provenant  de  chevaux  morveux  ; 
quelques-uns  même  mangèrent  exclusivement  les  viscères  et  les  organes 
dans  lesquels  les  lésions  morveuses  étaient  accumulées;  aucun  cas  de 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


morve  ne  se  produisit.  On  peut,  il  est  vrai,  critiquer  ces  expériences, 
puisqu’il  paraît  certain  que  le  cochon  est  réfractaire  à  l’action  du  virus 
morveux,  mais  celles  de  Decroix  ne  sauraient  être  niées.  Cet  auteur  rap¬ 
porte,  en  effet,  qu’il  a  mangé  de  la  viande  de  chevaux  tués  parce  qu’ils 
■étaient  morveux  ou  farcineux  ;  qu’il  en  a  même  mangé  alors  qu’elle  était 
■crue,  et  qu’il  n’a  jamais  éprouvé  la  moindre  incommodité.  Enfin,  ne  peut-on 
pas  invoquer  à  l’appui  de  l’opinion  qui  regarde  comme  n’étant  pas  nuisible 
l’ingestion  de  la  chair  d’animaux  malades,  la  grande  consommation  qui  se  fait 
actuellement  à  Paris,  qui  s’est  faite  surtout  pendant  le  siège  ?  Nous  ne  sachons 
pas,  en  effet,  que  des  cas  de  morve  se  soient  produits  en  plus  grande  quantité. 
Nous  pouvons  même  dire  que  la  morve  a  continué  sa  période  décroissante 
depuis  que  les  mesures  hygiéniques  ont  été  prises  pour  en  empêcher  la 
contagion,  et,  par  suite,  la  propagation.  Pour  nous,  jusqu’à  preuve  du 
■contraii’e,  nous  n’admettons  pas  que  l’ingestion  de  la  chair  des  animaux 
malades  puisse  transmettre  la  morve. 

Il  est  un  point  dans  l’histoire  de  la  contagion  de  la  morve  dont  il  faut 
tenir  grand  compte  ;  nous  voulons  parler  des  propriétés  contagieuses  que 
■conservent  les  matières  inoculables  même  après  la  mort.  Ce  caractère, 
propre  à  la  contagion  immédiate,  est  celui  qui  facilite  et  rend  le  plus  à 
-craindre  ce  mode  de  transmission.  Dans  ce  cas,  l’inoculation  s’opère  ordi¬ 
nairement  au  doigt  ou  à  la  main,  soit  par  une  écorchure  déjà  existante 
-et  dont  la  surface  est  mise  en  contact  avec  la  matière  virulente,  soit  par 
une  piqûre  faite  avec  un  instrument  chargé  de  pus  farcineux.  On  comprend 
toutes  les  circonstances  secondaires  qui  peuvent  donner  lieu  à  un  pareil  acci¬ 
dent.  Il  en  est  une  qui  se  renouvelle  fréquemment  et  qu’il  est  bon  d’indi¬ 
quer,  c’est  l’introduction  sous  l’ongle  ou  sous  l’épiderme  d’un  hrin  de 
paille  imprégnée  delà  matière  du  jetage.  L’usage,  adopté  par  les  palefreniers, 
de  bouchonner  leur  cheval  avec  de  la  paille,  dont  on  connaît  la  forme  acé¬ 
rée,  les  expose  à  ces  inoculations,  contre  lesquelles  on  ne  saurait  trop  les 
prémunir.  La  contagion  immédiate  peut  avoir  lieu  par  les  mêmes  causes 
sur  d’autres  parties  du  corps  ;  ou  bien  encore,  le  cheval,  en  s’ébrouant, 
peut  couvrir  de  jetage  la  figure  de  celui  qui  le  panse;  et  ce  contact, 
s’il  est  prolongé  ou  s’il  se  fait  dans  un  point  dénudé  ou  sur  une  sur¬ 
face  muqueuse,  peut  avoir  les  suites  les  plus  fâcheuses.  La  contagion 
immédiate  s’exerce,  avons-nous  dit,  des  solipèdes  à  l’homme  et  de 
l’homme  à  ses  semblables;  mais,  de  plus,  elle  agit  aussi  de  l’homme  au 
cheval. 

Voici  un  tableau  publié  par  l’un  de  nous,  où  se  trouve  noté  le  mode  de 
•transmission  de  l’affection  morvo-farcineuse  : 

13  contag.  médiate. 

7  contag.  immédiate. 

2  non  indiqué,  prob.  médiate. 

9  contag.  immédiate. 

6  contag.  médiate. 

3  contag.  immédiate. 
i  non  indiquée. 


Sur  22  cas  de  farcin . 

Sur  9  cas  d'angioleucite  farcineu 
Sur  iO  cas  de  morve . 


MORVE  ET  FARCIN 


l’homme. 


143 


Relativement  à  la  profession  des  malades  atteints  de  la  morve,  Bôllinger 
a  dressé  un  tableau  des  plus  instructifs,  basé  sur  106  observations.  Il  a 
trouvé  :  . 


Garçons  d’écurie .  41 

Cochers,  charretiers,  cavaliers .  11 

Propriétaires  de  chevaux,  cultivateurs .  14 

Vétérinaires,  étudiants .  10 

Équarrisseurs .  6 

Bouchers  de  chevaux .  6 

Soldats. . .  . -, .  5 

Médecins  et  chirurgiens .  4 

Jardiniers .  3 

Maquignons .  2 

Agent  de  police .  1 

Forgeron . .  1 

Garçon  d’amphithéâtre  d’anatomie .  1 

Total .  106 


Ce  tableau  nous  montre  donc  que  les  personnes  exposées  à  contracter 
J’afléction  morvo-farcineuse  sont  celles  que  leurs  occupations  journalières 
mettent  en  contact  avec  les  chevaux. 

r  La  durée  de  l’incubation,  chez  l’homme  comme  chez  le  cheval,  varie  sui¬ 
vant  le  mode  de  contagion.  Elle  est  toujours  beaucoup  plus  longue  dans  le 
cas  de  contagion  médiate,  quoique  bien  inférieure  à  celle  que  l’on  observe 
chez  les  solipèdes.  Elle  varie  de  15  jours  à  1 ,  2  ou  3  mois  pour  le  farcin  ; 
mais  elle  peut  atteindre  plusieurs  années  pour  la  morve.'  Quant  à  la  conta¬ 
gion  immédiate,  ses  effets  se  font  rarement  attendre  plus  de  3  à  4  jours.  Les 
accidents  se  développent  quelquefois  dès  le  lendemain  de  l’inoculation  ; 
4ans  aucun  cas  l’incubation  ne  dépasse  un  septénaire. 

Un  fait  important  résulte  de  la  lecture  attentive  des  observations  où  la 
contagion  a  eu  lieu,  c’est  la  relation  constante  et  nécessaire  qui  semble 
exister  entre  la  manière  dont  s’est  opérée  la  contagion  et  la  forme  qui  en  ré¬ 
sulte.  Ainsi,  plus  la  contagion  s’exerce  facilement,  plus  elle  est  accidentelle, 
moins  ses  effets  sont  graves.  Au  contraire,  plus  elle  a  de  difficultés  à  s’opé¬ 
rer,  plus  il  faut  que  l’organisme  qui  la  reçoit,  fasse  de  pas  au-devant  d’elle, 
elle  s’y  établit  d’autant  mieux  qu’elle  a  été  plus  lente  à  y  parvenir  ;  en  un 
mot,  il  ne  faut  pas  oublier  que  si  l’angioleucite  farcineuse  est  exclusive¬ 
ment  produite  par  la  contagion  immédiate,  la  morve  l’est  presque  toujours 
par  la  contagion  médiate.  Entre  ces  deux  degrés  extrêmes  se  place  le 
farcin. 

Quelque  contagieuses  que  soient  les  différentes  formes  de  la  morve  et  du 
farcin,  nous  avons  dit  que  la  contagion  était  loin  de  s’exercer  d’une  ma¬ 
nière  constante  et  absolue.  En  dehors  de  cette  cause  nécessaire,  il  faudrait 
donc  chercher  quelles  sont  les  circonstances  capables  d’en  provoquer  et 
d’en  expliquer  l’action  ?  Mais  toutes  les  conditions  appréciables  d’âge,  de 
constitution,  de  tempérament,  ne  sont  pas  de  nature  à  rendre  compte  des 
différences  qui  se  remarquent  dans  la  facilité  de  transmission  de  la  mala- 


144 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


die.  On  a  avancé  un  peu  légèrement,  et  comme  un  lien  commun  étiolo¬ 
gique,  que  la  faiblesse  de  la  constitution,  les  excès  alcooliques  ou  d’une 
autre  nature,  favorisaient  la  contagion.  Il  n’en  est  rien,  .et  l’on  voit,  au  con¬ 
traire,  que  la  plupart  des  victimes  étaient  robustes  et  jouissaient  d’une 
bonne  santé  habituelle.  Il  en  est  de  même  du  rôle  attribué  à  une  alimenta¬ 
tion  mauvaise  et  insuffisante.  Celle-ci  doit  être  invoquée  chez  les  solipèdes, 
mais  non  chez  Thomme.  Quant  à  la  profession,  nous  avons  vu,  d’après  le 
tableau  reproduit  plus  haut,  quels  étaient  les  individus  qui  étaient  le  plus 
exposés  à  contracter  l’affection  morvo-farcineuse. 

Diagnostic. — La  description,  aussi  fidèle  que  possible,  des  symptômes, 
des  caractères  anatomiques  de  l’affection  morvo-farcineuse,  que  nous  venons 
de  faire ,  les  considérations  que  nous  aVOns  présentées  sur  la  marche  et  les 
causes  de  cette  affection,  nous  permettent  de  ne  plus  revenir  sur  cette  étude, 
pour  exposer  les  bases  de  son  diagnostic.  Nous  nous  bornerons  à  poser 
nettement  les  différences  qui  séparent  la  morve  et  le  farcin  de  quelques 
autres  maladies  avec  lesquelles  elles  offrent,  sur  certains  points,  quelque 
ressemblance,  et  avec  lesquelles  surtout  on  a  affecté  si  souvent  de  les  con¬ 
fondre. 

Le  diagnostic  des  fôrmes  de  l’affection  morvo-farcineuse  ne  présente 
aucune  difficulté.  11  est,  en  effet,  à  peine  nécessaire  de  rappeler,  tant  elles 
sontnombreuses,  les  différences  qui  séparent  la  forme  chronique  de  la  forme 
aiguë.  La  nature  des  abcès,  pour  le  farcin,  et  le  gonflement  érysipélateux  de 
la  face,  l’abondance  du  jetage,  pour  la  morve  ;  pour  l’une  et  l’autre,  l’éruption, 
et,  par-dessus  tout,  la  marche  rapide  et  frappante  de  la  forme  aiguë,  rendront 
toujours  impossible  la  confusion  des  deux  maladies  à  l’état  chroni¬ 
que  et  à  l’état  aigu.  L’erreur  serait  peut-être  permise  dans  le  cas  où  le 
farcin  chronique  débute  par  des  symptômes  aigus'  ;  mais  ceux-ci  sont  le 
plus  souvent  locaux,  peu  graves  et  de  courte  durée,  tandis  que,  dans  le 
farcin  aigu,  ils  se  généralisentavec  une  intensité,  une  promptitude  extrêmes, 
et  s’accompagnent,  presque  dès  leur  apparition,  de  l’éruption  caractéris¬ 
tique.  Les  mêmes  distinctions  sont  applicables  à  l’angioleucite  farcineuse, 
qui  n’existe  peut-être  que  dans  la  forme  chronique. 

Quant  aux  maladies  qui,  par  quelques-uns  de  leurs  symptômes,  se  rap¬ 
prochent  plus  ou  moins  de  l’affection  morvo-farcineuse,  et  qui,  par  cela 
même,  peuvent  rendre  le  diagnostic  très-difficile,  surtout  lorsque  la  morve 
est  anormale,  puisque  dans  ce  cas  l’autopsie  seule  a  décelé  la  nature  des  lé¬ 
sions,  nous  allons  passer  en  revue  l’ozène,  la  syphilis,  l’affection  tubercu¬ 
leuse,  les  scrofüles,  et  les  différentes  espèces  d’abcès  multiples. 

Les  altérations  localesulcéreuses  des  fosses  nasales  indépendantes  des  causes 
générales,  telles  que  la  syphilis,  la  scrofule,  décrites  souslenom  générique 
à’ozène,  pourraient  tout  d’abord  présenter  quelques  difficultés.  Mais  l’étude 
attentive  de  la  cause,  de  la  marche  de  l’affection,  et  surtout  de  la  terminai¬ 
son,  lèveront  vite  les  doutes.  Aussi  signalons-nous  cette  cause  possible 
d’erreur  pour  tenir  en  éveil  l’esprit  du  clinicien.C’est  surtout  avec  iRsyphilis 
que  l’on  a  été  exposé  à  confondre  la  morve  chronique  et  même  le  farcin.  Van 
Helmont  avait  dit  que  la  vérole  avait  pris  son  origine  du  farcin  des  chevaux; 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme.  U5 

De  la  Harpe  disait,  de  même,  que  la  morve  et  la  syphilis  appartenaient  au 
même  genre  de  maladies.  Depuis  ces  auteurs,  Breschet  et  Rayer,  Vigla,  ont 
insisté  sur  la  nécessité  de  faire  ce  diagnostic  qui,  en  réalité,  ne  présente  au¬ 
cune  difficulté.  Les  phénomènes  appartenant  à  la  morve  ou  au  farcin  chro¬ 
niques,  et  qui  ont  pu  être  attribués  à  la  syphilis,  sont  les  altérations  des 
fosses  nasales,  de  la  bouche,  du  pharynx,  des  voies  aériennes,  de  la  peau 
et  du  système  osseux  ;  on  peut  y  joindre  l’état  cachectique.  Dans  la  syphi¬ 
lis,  les  lésions  ulcéreuses  des  fosses  nasales  siègent  assez  souvent  à  la  voûte 
du  nez;  souvent  elles  sont  la  conséquence  de  la  lésion  des  os  propres  du 
nez,  qu’elles  envahissent  toujours  prompteinent  et  qu’elles  détruisent;  d’où 
résulte  l’issue  de  portions  nécrosées  et  de  séquestres  osseux  par  les  narines, 
ainsi  que  l’affaissement  et  la  déformation  du  nez  ;  les  désordres  intérieurs 
peuvent  être  plus  étendus  encore.  La  cloison  et  les  comets  ont  disparu.  La 
fétidité  de  l’haleine  nasale  et  de  l’écoulement  est  e.xtrême.  Les  ulcérations 
syphilitiques  de  la  bouche  et  du  pharynx  ne  sont  pas  toujours  faciles  à  dis¬ 
tinguer  d’ulcères  d’une  autre  nature,  par  exemple  d’ulcères  tuberculeux  ou 
scrofuleux.  Leur  caractère  extérieur  n’offre  pas  de  base  solide  pour  établir, 
il  est  vrai,  leur  diagnostic  ;  .mais  ces  ulcères  ont  rarement  de  la  tendance 
à  se  cicatriser  spontanément,  et  cèdent  au  contraire,  avec  une  grande  faci- 
cilité,  à  l’usagedes  mercuriaux.  Ils  s’accompagnent  souvent  d’engorgements 
des  ganglions  sous-maxillaires.  Quantaux  ulcérations  des  voies  aériennes,  on 
peut  les  distinguer  facilement  entre  elles.  Ainsi,  les  ulcérations  syphilitiques 
ont,  en  général,  une  étendue  circonscrite,  et  jamais  aussi  considérable  que 
celledes  ulcérations  morveuses.  Elles sontrégulièrementarrondies,  coupées  à 
pic,  ce  qui  contraste  avec  la  surface  irrégulière  des  secondes  ;  souvent  elles 
déterminent  une  carie  et  une  destruction  complète  des  cartilages,  et  en  par¬ 
ticulier  de  l’épiglotte  ;  lorsqu’elles  sont  guéries,  les  ulcérations  syphilitiques 
présentent  une  cicatrice  presque  plane,  qu’il  est  impossible  de  confondre 
avec  celles  que  laisse  la  morve  chronique.  Mais,  ce  qui  permet,  avant  tout, 
de  différencier  ces  lésions  ulcéreuses  du  nez,  de  la  bouche,  du  pharynx  et 
du  larynx,  c’est  l’existence  d’autres  symptômes  vénériens,  c’est  la  connais¬ 
sance  des  antécédents. 

Les  nombreuses  affections  de  la  peau  qui  sont  engendrées  parla  syphilis, 
foin  de  pouvoir  favoriser  la  confusion,  sont  au  contraire  l’un  des  meilleurs 
signes  qui  les  font  distinguer  de  la  morve  ou  du  farcin  chroniques.  Ces  deux 
maladies,  en  effet,  ne  s’accompagnent  d’aucune  éruption  ;  les  seuls  phéno¬ 
mènes  qu’elles  présentent  à  la  surface  du  corps  sont  les  abcès  et  les  ulcères 
farcineux.  On  ne  confondra  jamais  les  tumeurs  gommeuses  syphilitiques 
avec  les  abcès  farcineux.  Il  est  inutile  d’insister  sur  les  différences  qui  les 
séparent. 

Les  lésions  osseuses  sjiphilitiques,  enfin,  présentent  de  si  grandes  diffé¬ 
rences  avec  celles  de  la  morve  chronique  sous  le  rapport  de  leur  évolution, 
de  leur  marche,  que  vraiment  nous  ci'oyons  superflu  de  nous  étendre 
plus  longuement  sur  ce  diagnostic  différentiel  entre  la  morve  et  la 
syphilis. 

Quant  aux  lésions  tuberculeuses  des  fosses  nasales,  des  voies  aériennes  et  des 

NOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIfi.  XXIII.  —  tO 


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MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


poumons,  nous  ne  comprendrions  pas  aujourd’hui,  alors  qu’il  est  bien 
établi  que  les  lésions  de  la  morve  chronique  ne  sont  nullement  de  nature 
tuberculeuse,  qu’une  méprise  fût  possible  entre  les  lésions  de  ces  deux  ma¬ 
ladies.  En  effet,  dans  les  ulcères  tuberculeux  du  voile  du  palais,  des  fosses 
nasales,  du  larynx,  de  la  trachée,  des  bronches,  rien  ne  rappelle  les  carac¬ 
tères  que  nous  avons  assignés  aux  ulcérations  de  la  morve.  Et  on  nous 
accordera  bien  qu’il  serait  étrange  de  comparer  les  tubercules  du  pou¬ 
mon  avec  les  lésions  pulmonaires  de  la  morve  chronique.  Nous  avions  donc 
raison  de  dire  qu’une  pareille  méprise  n’était  pas  possible. 

Scrofules.  —  Le  farcin  et  la  morve  chroniques  offrent  plusieurs  sym¬ 
ptômes  et  plusieurs  lésions  que  l’on  a  eu  plus  d’une  fois  le  tort  de  rapporter 
à  l’affection  scrofuleuse  ;  ce  sont  les  engorgements  ganglionnaires,  les  abcès, 
les  ulcères  de  la  peau,  lés  lésions  des  os  et  des  articulations,  et  enfin  les 
altérations  des  fosses  nasales.  La  réunion  de  ces  différents  symptômes 
communs  n’est  pas,  en  effet,  sans  valeur;  mais  chacun  d’eux  a  des  caractères 
distinctifs  très-suffisants,  et  de  plus,  il  y  a  dans  la  physionomie  générale 
des  deux  maladies  quelque  chose  qui  échappe  à  la  description,  mais  qui 
ne  saurait  tromper  l’œil  le  moins  clairvoyant.  - 

Les  engorgements  des  ganglions  sont  très-fréquents  et  presque  caractéris¬ 
tiques  dans  la  scrofule,  tandis  qu’ils  sont  très-rares  dans  le  farcin  et  la 
morve  chroniques  chez  l’homme.  En  outre,  les  engorgements  scrofuleux, 
toujours  primitifs,  affectent  le  plus  ordinairement  les  ganglions  cervicaux, 
superficiels  et  profonds,  les  ganglions  axillaires  et  inguinaux,  sans 
blessure  de  la  main  ou  du  pied.  Ils  forment  des  masses  dures,  bosselées, 
négales,  auxquelles  la  peau  est  souvent  adhérente.  Dans  le  farcin,  nous  ne 
trouvons  aucun  de  ces  caractères. 

Les  abcès  de  la  scrofule  sont- de  deux  espèces,  les  uns  succédant  auxtu- 
bei’cules  cutanés,  les  autres,  produits  ou  non  par  des  lésions  des  os, ne  dif¬ 
férant  pas  des  abcès  froids  ordinaires.  Les  ulcères  scrofuleux,  outreJeur 
origine,  précédés  qu’ils  sont  par  les  tubercules,  se  présentent  avec  une 
surface  arrondie,  régulière,  non  croûteuse,  et  une  coloration  violacée  de  la 
peau  qui  les  entoure.  Ces  caractères,  tirés  surtout  de  l’origine  des  abcès  et 
des  ulcères  scrofuleux,  sontsuffisants  pour  faire  différencier  ces  lésions  de 
celles  du  farcin. De  même,  on  ne  saurait  assimiler  aux  nécroses  et  aux  dé¬ 
formations  articulaires  du  farcin  chronique  les  lésions  des  os  et  des  articu¬ 
lations  de  la  scrofule. 

Les  lésions  strumeuses  des  fosses  nasales  se  présentent  avec  des  caractères 
tels  qu’ici  encore  la  méprise  est  bien  difficile.  En  effet,  vers  l’âge  de  10  ou 
11  ans,  un  enfant  ayant  des  glandes  ou  des  cicatrices  au  col,  et  sujet  aux 
ophthalmies,  est  pris  de  gêne  dans  les  fosses  nasales,  et  quelquefois  en 
même  temps  dans  les  voies  lacrymales  ;  il  renifle  habituellement  et  mouche 
souvent;  il  a  des  épistaxis  répétées  ;  la  pression  du  nez  est  douloureuse. 
Quelquefois  un  gonflement  considérable  survient  à  la  racine  du  nez  et 
donne  une  expression  toute  particulière  à  la  physionomie.  La  peau  offre 
une  teinte  uniforme  rouge,  tendant  à  se  violacer,  et  une  rénitence  qui  peut 
en  imposer  pour  de  la  fluctuation.  Si  on  incise,  il  ne  sort  rien  qu’un  peu 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


U7 


de  sang,  et  le  gonflement  né  diminue  pas.  Après  plusieurs  mois,  on  voit 
des  portions  osseuses  se  détacher  et  être  expulsées  avec  le  mucus  des  na¬ 
rines.  Les  os  propres  s’affaissent  et  le  nez  reste  aplati  et  déformé.  L’haleine 
nasale  n’est  pas  fétide  ;  souvent  la  voûte  et  le  voile  du  palais  présentent  en 
même  temps  quelques  perforations. 

Pour  compléter  le  diagnostic  différentiel  des  scrofules  et  du  farcin  et  de 
la  morve  chroniques,  il  faut  invoquer  de  part  et  d’autre  les  signes  géné¬ 
raux  et  non  communs,  étiologiques,  symptomatologiques  ou  autres,  et  se 
rappeler  que  les  individus  qui  pi'ésentent  des  abcès  ou  des  ulcères,  ou  des 
ozènes  scrofuleux,  offrent  presque  toujours  en  outre,  comme  l’a  fait  remar¬ 
quer  Rayer,  d’autres  phénomènes  morbides  de  la  constitution  strumeuse  : 
engorgement  des  ganglions  lymphatiques,  ophthalmies  et  blépharites 
chroniques,  engelures,  tumeurs  blanches,  caries  scrofuleuses. 

En  dehors  de  la  scrofule  et  de  la  syphilis,  il  peut  se  former  dans  l’écono- 
■  mie  des  abcès  multiples  qui  en  imposent  parfois  pour  des  abcès  farcineux. 
Nous  n’avons  nullement  en  vue  ici  ceux  qui  succèdent  aux  affections  graves, 
telles  que  la  variole,  la  fièvre  typhoïde,  etc.,  mais  bien  ceux  qui  paraissent 
être  un  phénomène  particulier  de  la  diathèse  purulente  soit  spontanée,  soit 
traumatique,  ou  résultant  de  l’inoculation  de  matières  septiques  autres  que 
la  morve. 

L’aspect  physique  de  ces  abcès  ne  les  différencie  en  rien,  il  est  vrai,  des 
abcès  farcineux,  mais  leur  marche  et  leur  terminaison  sont  bien  différentes. 
Ainsi,  la  marche  des  abcès  non  farcineux  est  toujours  beaucoup  plus  rapide  ; 
et  lorsqu’ils  sont  ouverts,  ils  ne  dégénèrent  pas  en  fistules  ou  en  ulcères 
rebelles.  La  terminaison  de  la  maladie  ne  peut  laisser  subsister  le  doute 
que  lorsqu’elle  ne  consiste  pas  dans  le  développemenl  de  la  morve  aiguë 
ou  chronique,  et  lorsque  la  morve  a  lieu  directement  ;  aussi  la  considéra¬ 
tion  de  la  cause  ne  doit-elle  jamais  être  négligée  dans  des  cas  pareils.  Un 
très-bon  caractère  est  encore  tiré  des  propriétés  non  virulentes  du  pus 
fourni  par  les  abcès  non  spécifiques.  En  effet,  celui  qui  provient  des  tu¬ 
meurs  farcineuses  peut  presque  toujours,  lorsqu’il  est  inoculé,  reproduire 
la  morve  ou  le  farcin.  Cependant  ce  caractère  n’est  pas  constant  ;  l’inocula¬ 
tion  du  pus  farcineux  peut  être  sans  résultat  ;  l’expérience  ne  doit  donc 
être  regardée  comme  décisive  que  pour  l’affirmative,  encore  faut-il  tenir 
compte  de  l’expérience  de  Renault  et  H.  Bouley,  qui  ont  vu  la  morve  aiguë 
suivre  l’inoculation  du  pus  non  farcineux. 

Quant  à  la  confusion  possible  entre  la  fièvre  typhoïde,  le  rhumatisme,  la 
phlébite  de  l’orbite  et  de  la  face  et  la  morve  aiguë,  nous  croyons  qu’il  suf¬ 
fira  d’une  étude  attentive  pour  l’éviter.  Aussi  nous  ne  croyons  pas  utile  de 
nous  étendre  plus  longuement  sur  ce  sujet. 

Pronostic.  —  Le  pronostic  de  l’affection  morvo-farcineuse  est,  en  gé¬ 
néral,  très-grave.  Bien  peu  de  malades  échappent  à  la  mort. 

Quelles  sont  les  bases  sur  lesquelles  peut  s’appuyer  le  clinicien  pour  éta¬ 
blir  le  pronostic  de  l’affection  qu’il  observe?  II  doit  tenir  compte  des  causes, 
des  espèces  et  des  variétés,  des  symptômes  et  de  la  marche  de  l’affection 
morvo-farcineuse. 


!48 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


Que  la  contagion  se  soit  opérée  du  cheval  à  l’homme  ou  de  l’homme  à  son 
semblable,  la  gravité  reste  la  même.  De  même,  il  est  indilFéi’ent  qu’un  ma¬ 
lade  ait  gagné  la  morve  ou  le  farcin  d’un  cheval  atteint  de  morve  aiguë  ou 
de  morve  chronique,  de  farcin  aigu  ou  chronique ,  le  pronostic  est  aussi 
grave.  Mais  le  mode  de  transmission  a  une  tout  autre  importance.  On  peut 
dire,  en  eflét,  que  les  suites  de  la  contagion  immédiate  sont  relativement 
moins  redoutables  que  celles  de  la  contagion  médiate,  bien  que  la  première 
s’exerce,  comme  on  sait,  plus  facilement  que  la  seconde;  mais  l’une  est, 
en  quelque  sorte,  plus  accidentelle  que  l’autre,  et  celle-ci  suppose  une  apti¬ 
tude  plus  prononcée,  une  force  de  prédisposition  beaucoup  plus  grande. 

La  forme  morveuse  est  plus  funeste  que  la  forme  farcineuse,  et  l’état 
aigu  expose  à  des  dangers  plus  rapprochés  que  l’état  chronique.  En  effet, 
la  morve  aiguë  est  toujours  mortelle  ;  on  peut  dire,  de  même,  que  la  morve 
chronique  est  presque  toujours  incurable.  En  outre,  nous  savons  que  la 
marche  de  la  morve  est  plus  rapide  dans  le  cas  où  cette  variété  de  l’affec-  • 
tion  morvü-farcineuse  est  venue  s’ajouter  au  farcin,  que  lorsque  la  maladie 
est  simple. 

Le  pronostic  est  également  très-fâcheux  pour  le  farcin  chronique,  qui 
ne  paraît  se  terminer  par  la  guérison  qu’exceptionnellement.  Cependant,  il 
l'est  déjà  moins  que  pour  la  morve.  Parmi  les  variétés,  l’angioleucite  farci¬ 
neuse,  surtout,  pennet,  le  plus  souvent,  d’espérer  la  guérison.  Toutefois 
c’est  une  maladie  qui  ne  doit  pas  être  traitée  légèrement,  et  qui,  par  sa  na¬ 
ture  et  la  lenteur  de  sa  marche,  doit  toujours  fixer  vivement  l’attention  du 
clinicien. 

Mais  c’est  principalement  en  se  basant  sur  les  symptômes,  sur  leur  ordre 
et  leur  époque  d’apparition,  sur  leur  siège,  leur  durée,  etc. ,  que  se  fonde  le 
pronostic  le  plus  complet,  le  plus  fécond  en  indications  thérapeutiques. 
Or,  ces  bases,  qui,  dans  la  plupart  des  maladies,  sont  si  sûres,  nous  font 
presque  complètement  défaut  dans  l’affection  morvo- farcineuse  ;  c’est 
pourquoi,  il  est  très-difficile  de  donner  les  indications  pronostiques  de  cette 
affection.  En  effet,  peut-on  tirer  des  signes  pronostiques  du  siège,  du 
nombre,  de  Tordre  d’apparition,  de  la  marche  même  des  abcès  farcineux  ? 
Evidemment  non,  et  ce  que  nous  disons  pour  les  abcès,  nous  pourrions  le 
dire  pour  les  autres  phénomènes  de  la  morve  et  du  farcin.  La  marche  gé¬ 
nérale  de  la  maladie  peut  parfois  fournir  quelques  indices  précieux.  Les 
accidents  aigus  du  début  rendent,  dans  certains  cas,  le  pronostic  moins 
grave.  Mais  lorsqu’ils  apparaissent  avec  une  Intensité  croissante  à  des 
époques  plus  ou  moins  avancées  de  la  maladie,  il  faut  les  regarder  comme 
un  signe  fâcheux.La  rémission  qui  s’observe  si  fréquemment  dans  le  cours 
du  farcin  et  de  la  morve  chroniques  peut  passer,  si  ou  l’envisage  d’une 
manière  générale,  comme  une  cicronstance  favorable,  puisque  Ton  peut 
fonder  sur  ces  apparences  de  guérison  l’espoir  d’une  guérison  certaine. 
Mais  la  rechute  qui  la  suit  toujours  est  du  plus  mauvais  augure  ;  c’est  une 
nouvelle  prise  de  possession,  après  laquelle  la  maladie  semble  encore  plus 
ancrée  dans  l’organisme,  et  marche  plus  sûrement  encore  vers  une  termi¬ 
naison  funeste. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


U9 

Quant  aux  symptômes  généraux,  il  en  est  qui,  par  leur  apparition  et 
leur  persistance,  peuvent  nous  aider  dans  nos  prévisions.  Ainsi,  lorsque  la 
fièvre  qui,  après  avoir  accompagné  les  symptômes  d’invasion,  avait  cessé 
presque  complètement,  puis  avait  reparu  de  temps  en  temps,  d’une  manière 
irrégulière,  lorsque  la  fièvre,  disons-nous,  devient  persistante,  c’est  un  mau¬ 
vais  signe,  surtout  si  l’état  cachectique  est  déjà  caractérisé,  car  la  maladie 
est  à  sa  dernière  période.  Enfin  les  accidents  nerveux  peuvent  passer, 
quand  ils  se  joignent  à  tous  ces  symptômes,  pour  l’indice  précurseur 
d’une  fin  prochaine. 

Traitement.. — Il  est  triste,  lorsqu’on  veut  poser  les  bases  d’un  traite¬ 
ment,  de  n’avoir  pour  point  de  départ  que  l’incurabilité  de  la  maladie, 
surtout  lorsqu’il  s’agit  de  la  morve  aiguë.  Aussi  doit-on  insister  principale¬ 
ment  sur  les*  moyens  prophylactiques,  afin  d’empêcher  la  contagion,  et, 
celle-ci  une  fois  produite,  indiquer  les  moyens  qu’il  faut  opposer  à  la  pro¬ 
pagation,  au  développement  de  la  maladie  qui  en  est  la  conséquence. 

Dans  l’étude  que  nous  avons  consacrée  à  l’affection  morvo-farcineuse 
chez  les  solipèdes,  nous  avons  rappelé  les  règlements  de  police  sanitaire 
édictés  par  l’autorité  pour  prévenir  le  développement  de  la  morve,  sa  pro¬ 
pagation  et  son  extension  à  l’espèce  humaine.  Il  est  inutile  de  les  rappeler 
ici  ;  nous  n’avons  qu’à  insister  sur  leur  application  rigoureuse,  car  nous 
sommes  convaincus  qu’eux  seuls  peuvent  mettre  obstacle  au  développement 
de  cette  affection.  Du  reste,  hâtons-nous  de  dire  que  la  morve  a  presque 
disparu  des  hôpitaux  de  Paris,  depuis  l’application  de  ces  règlements  sani¬ 
taires.  Cela  est  si  vrai  que  l’un  de  nous,  médecin  d’une  des  grandes  admi¬ 
nistrations  de  Paris  depuis  dix  ans,  ayant  à  donner  ses  soins  à  plus  de 
cinq  cents  cochers,  palefreniers,  n’a  jamais  eu  à  constater  un  seul  cas  de 
morve  ou  de  farcin. 

Si  la  contagion  a  eu  lieu  malgré  toutes  les  précautions  prises,  quelle  est 
la  conduite  que  doit  tenir  le  médecin  ?  Une  première  indication  ressort  de 
la  manière  dont  s’est  opérée  la  contagion  ;  elle  s’applique  à  la  morve  et  au 
farcin,  comme  à  toutes  les  maladies  contagieuses.  Lorsque  la  contagion 
est  immédiate,  la  première  chose  à  faire  est  de  s’opposer,  autant  que  pos¬ 
sible,  à  ce  que  l’action  du  virus  s’étende  au  delà  du  point  qu’il  a  touché.  La 
caùtérisation  devra  être  immédiatement  appliquée.  On  emploiera,  de  préfé¬ 
rence,  la  cautérisation  au  fer  rouge  ;  puis  l’on  fera  fréquemment  sur  la  plaie 
des  lotions  avec  l’eau  chlorurée  ou  la  liqueur  de  Labarraque,  avec  l'eau  phé- 
niquée  ou  avec  une  solution  d’acide  salycilique.  Malgré  ces  précautions,  l’af¬ 
fection  morvo-farcineuse  se  développe  :  le  médecin  doit  alors  indiquer  aux 
personnes  appelées  à  donner  leurs  soins  aux  malades  atteints  de  morve,  les 
moyens  usités  en  pareil  cas  pour  s’en  préserver.  Le  malade  sera  isolé  ;  l’air 
de  la  chambre  sera  fréquemment  renouvelé  ;  les  linges  et  les  objets  de  pan- 
ment  seront  changés  souvent  et  brûlés  immédiatement  ou  lavés  avec  l’eau 
chlorurée.  Le  médecin,  ainsique  les  élèves  et  les  infirmiers  devront  prendre 
garde  de  n’avoir  pas  de  plaies  aux  mains  lorsqu’ils  opéreront  le  pansement 
ou  l’examen  du  malade  ;  ils  ne  devront  pas  séjourner  trop  longtemps  dans 
sa  chambre. 


MORVE  ET  FARCIN  chez  l’homme. 


150 

Cela  fait,  quel  traitement  sera  institué?  Les  moyens  employés  seront  ex¬ 
ternes  ou  internes,  et  s’appliqueront  soit  à  quelque  symptôme  particulier, 
soit  à  la  maladie  elle-même.  Les  abcès  devront  être  ouverts  de  bonne  heure. 
Après  avoir  évacué  le  liquide  qui  y  était  contenu,  il  faudra  diriger  le  panse¬ 
ment  avec  un  soin  particulier.  Ainsi,  des  injections  excitantes  d’eau  chlo¬ 
rurée,  d’iode,  d’acide  phénique,  d’acide  salycilique,  de  quinquina,  soutenues 
par  une  compression  modérée,  favoriseront  la  cicatrisation,  qu’il  est  si  dif¬ 
ficile  d’obtenir;  ces  mêmes  moyens  seront  extrêmement  utiles  aussi  pour  les 
ulcères  qui  succèdent  aux  abcès  farcineux.  La  cautérisation  par  le  cautère 
actuel  rendra,  en  pareil  cas,  de  réels  services,  en  imprimant  une  modifica¬ 
tion  puissante  aux  tissus  malades  et  à  la  constitution  tout  entière. 

•  Les  lésions  des  fosses  nasales  réclament  aussi  un  traitement  topique.  On 
emploiera  les  injections  avec  les  solutions  indiquées  plus  "haut ,  avec  la 
créosote  (2  gouttes  de  créosote  par  30  grammes  d’eau).  Ces  injections  de¬ 
vront  être  répétées  plusieurs  fois  par  jour. 

Lorsque  la  contagion  est  médiate,  les  moyens  préservatifs  indiqués  plus 
haut  peuvent  seuls  être  employés. 

Les  moyens  généraux  sont  de  deux  sortes,  pharmaceutiques  et  hygié¬ 
niques.  Parmi  les  premiers,  on  a  préconisé  l’iode  et  le  soufre. 

On  a  voulu  faire  de  l’iode  une  sorte  de  spécifique  contre  la  morve  et  le 
farcin,  partant  d’un  point  de  vue  purement  théorique  «  que  l’iode  est  pres¬ 
que  le  seul  médicament  qui  puisse  lutter  avec  efficacité  contre  la  diathèse 
purulente  qui  constitue  la  morve  (De  la  Harpe).  »  Ce  médecin  donnait  l’io- 
dure  d’amidon  à  la  dose  de  5  à  20  centigrammes,  trois  fois  par  jour. 
Andral  paraît  avoir  réussi,  dans  un  cas  de  farcin,  en  administrant  l’iodure 
de  potassium.  Nous  croyons  qu’il  serait  préférable  de  donner  la  teinture 
d’iode  à  doses  croissantes  de  2  à  20  gouttes,  à  l’exemple  de  ce  qui  a  été  fait 
chez  le  cheval,  par  Thomson. 

Le  soufre  est  peut-  être  plus  utile,  quoiqu’il  ait  été  moins  souvent  em¬ 
ployé.  Il  est,  en  effet,  peu  d’agents  thérapeutiques  aussi  utiles,  et,  dans  cer¬ 
taines  cachexies,  on  pourrait  presque  le  comparer  au  fer,  tant  il  semble  agir 
comme  reconstituant.  Les  eaux  sulfureuses,  dans  le  cas  de  farcin  ou  de 
morve  chroniques,  sont  surtout  indiquées.  Elles  ont  parfaitement  réussi  à 
H.  Bouley.  Bourdon  a  employé  Tiodure  de  soufre. 

Les  autres  médicaments  à  employer  doivent  être  tous  pris  parmi  les  to¬ 
niques  et  les  excitants  névrosthéniques.  Le  quinquina  sous  toutes  ses 
formes,  les  infusions  de  plantes  amères  et  aromatiques  seront  d’un  grand 
secours.  La  médication  altérante  sera  bannie  ;  il  faudra  surtout  rejeter 
l’emploi  des  mercuriaux,  du  phosphore,  de  l’arsenic,  etc.  C’est  pourquoi 
il  faut  alimenter  les  malades  le  plus  substantiellement  possible.  . 

Cette  salutaire  influence  du  régime  sera  d’autant  plus  efficace  qu’on  la 
soutiendra  en  agissant  simultanément  sur  la  peau  par  des  lotions  chaudes, 
des  frictions  ou  des  fumigations  aromatiques.  Enfin,  l’action  d’un  air  pur, 
le  changement  d’atmosphère ,  de  climat  même ,  ne  peuvent  manquer 
d’ajouter  encore  utilement  à  celle  des  modificateurs  puissants  que  nous 
venons  d’indiquer. 


MORVE  ET  FARCIN.  —  bibliographie 


d51 


En  résumé,  on  voit  que  c’est  d’abord  dans  sa  source  qu’il  faut  combattre 
le  mal,  et  que  la  contagion  de  l’affection  morvo-farcineuse  des  solipèdes  in¬ 
dique  le  plus  sûr  et  peut-être  le  seul  remède  pour  l’homme  comme  pour  le 
cheval,  c’est-à-dire  l’isolement  et  l’abatage  des  chevaux  morveux  et  far- 
cineux. 

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Consulter  en  outre  les  Bulletins  de  la  Société  anatomique,  de  la  Société  de  biologie,  les  jour¬ 
naux  de  médecine  où  se  trouvent  consignés  de  nombreuses  observations  de  morve  et  de 
farcin  aigus  et  chroniques. 

Ambroise  T.ardied  et  L.  M.artineaü. 


niOUCHES  VOLAJVTES  {Voy.  Vision). 

niOlJSSlE  DE  CORSE  {Voy.  Anthelminthiqües). 

niOrVARDE.  —  Deux  espèces  de  Moutarde  sont  employées  en  méde¬ 
cine,  l’une  à  titre  de  laxatif  antidyspeptique,  l’autre  à  titre  de  rubéfiant  et  de 
condiment  ;  ce  sont  la  Moutarde  blanche  et  la  Moutarde  noire  Toutes  deux 
appartiennent  au  genre  Sinapis  et  à  la  famille  des  crucifères. 

Moutarde  Mancbe.  —  histoire  n.atürelle.  —  La  Moutarde  blanche 
{Sinapis  alba  L.)  offre  les  caractères  suivants  :  tige  de  0“,30  à  1  mètre, 
•  peu  rameuse,  presque  glabre  ;  feuilles  lyrées-pinnatifîdes,  grossièrement 
dentées,  rudes;  siliques  longues  de  0'”,03,  à  pédoncules  très-ouverts, 
étalés  ou  ascendants ,  hérissées  de  poils  dressés ,  surmontées  d’une 


154 


MOUTARDE.  —  m  blanche. 


longue  corne  pubescente  ensiforme,  aussi  large  qu’elles,  à  valves  obscu¬ 
rément  marquées  de  cinq  nervures.  Elle  est  annuelle,  indigène  et  se  mon¬ 
tre  dans  les  moissons  maigres,  le  long  des  chemins,  surtout  en  Flandre; 
on  la  cultive  en  Bretagne  et  en  Alsace. 

Pharmacologie.  ■ —  Les  semences  de  moutarde  blanche  sont  jaunâtres, 
rondes  ou  elliptiques,  lisses,  plus  grosses  que  celles  de  moutarde  noire. 
Lorsqu’on  les  mâche,  elles  ne  développent  pas  la  saveur  âcre  et  brûlante 
de  la  moutarde  noire;  elles  ont  pourtant  une  saveur  piquante  qui  provoque 
la  salivation. 

Composition.  —  Elles  contiennent  sous  l’épisperme  une  couche  de  muci¬ 
lage  solide  qui  se  gonfle  énormément  par  l’hydratation.  Les  cotylédons 
renferment  un  tiers  de  leur  poids  d’une  huile  fixe  douce,  analogue  à  celle 
qu’on  extrait  des  autres  semences  de  plantes  crucifères,  plus  un  peu  de 
résine  brune,  de  l’extractif,  de  la  gomme,  de  la  cellulose,  de  l’albumine,  de 
l’acide  phosphorique  libre  (John)  et  quelques  sels. 

Elles  sont  riches  en  Sinapisme,  principe  soufré  cristallisable  découvert 
par  0.  Henry  et  Garot.  Elles  contiennent  aussi  de  la,  Myrosine,  mais. point 
de  myronate  de  potasse.  Elles  doivent  leur  goût  piquant  à  la  sinapisinequi, 
sous  l’influence  de  la  myrosine  et  au  contact  de  l’eau,  se  dédouble  en  un 
principe  particulier  non  volatil  et  en  glucose.  (Voy.  plus  bas  ;  Moutarde 
noire.) 

Thérapeutique.  —  La  moutarde  blanche  produit  des  effets  multiples  et 
dissemblables  :  d’une  part,  en  raison  du.  principe  âcre  sulfuré  qu’elle 
dégage  au  contact  de  l’eau,  elle  stimule  la  muqueuse  digestive  et  se  rap¬ 
proche  des  médicaments  stomachiques  et  antiscorbutiques;  d’autre  part,  en 
raison  du  mucilage  de  son  enveloppe,  qui  se  gonfle  en  s’hydratant  dans 
l’estomac,  elle  purge  par  indigestion  comme  la  graine  de  lin  ou  la  feuille 
de  mauve. 

Cullen  et  Fouquier  la  prescrivaient  en  nature  avec  quelques  gorgées 
d’eau,  à  la  dose  d’une  ou  de  deux  cuillerées  à  bouche,  le  soir  en  se  cou¬ 
chant  ou  dans  l’intervalle  des  repas.  C’est  une  ressource  commode  contre 
la  constipation  atonique  des  géns  sédentaires  et  la  dyspepsie  qui  l’accom¬ 
pagne.  On  peut  en  conseiller  l’usage  habituel,  mais  la  surveillance  à  cet 
égard  est  nécessaire,  car  les  organes  ne  s’accommodent  pas  toujours  de  la 
stimulation  déterminée  par  ces  graines,  non  plus  que  de  la  gêne  qu’elles  op¬ 
posent  à  leurs  mouvements  en  qualité  de  corps  réfractaires  à  la  diges¬ 
tion. 

Gubler  fait  observer  avec  raison  qu’on  devrait  prescrire  la  graine  de 
moutarde  blanche  non  pas  entière,  ainsi  que  l’usage  s’en  est  établi,  mais 
concassée,  et  qu’on  en  obtiendrait  les  mêmes  effets  plus  sûrement  et  avec 
des  doses  moitié  moindres. 

La  moutarde  blanche  figure  au  Codex  au  nombre  des  médicaments  qui 
doivent  se  trouver  dans  toutes  les  pharmacies.  Certains  spéculateurs  la 
vantent  comme  une  panacée  et  la  répandent  dans  le  public  à  force  d’an¬ 
nonces.  Elle  entre  dans  la  fabrication  de  certaines  espèces  de  moutardes 
de  table,  plus  recherchées  et  d’une  saveur  moins  âcre  que  celles  qui  sont  à 


MOUTARDE.  —  m.  NOiaE.  155 

base  de  moutarde  noire,  mais  n’en  offrant  pas  les  propriétés  franchement 
stimulantes. 

moutarde  noire.  —  histoire  naturelle.  — La  moutarde  noire,  {Sina- 
pis  nigra  L.)  est  une  plante  annuelle  indigène,  très-commune  dont  les  ca¬ 
ractères  sont  les  suivants  :  tige  haute  de  0”,60  à  î“,20,  dressée,  rameuse, 
cylindrique,  chargée  de  quelques  poils  qui  la  rendent  rude  au  toucher  ; 
feuilles  inférieures  lyrées  ou  sinuées,  pinnatifides,  un  peu  épaisses,  les  su¬ 
périeures  lancéolées  entières,  celles  des  rameaux  pendantes  ;  fleurs  petites, 
jaunes,  en  grappes  terminales  ;  qui  s’allongent  beaucoup,  à  mesure  que  la 
floraison  avance;  siliques  longues  de  0”,02  à  0'",Ü3,  lisses,  glabres  obscu¬ 
rément,  tétragones,  appliquées  contre  l’axe,  terminées  par  un  style  de  0”',002 
à  0’“,003  filiforme  au  sommet;  graines  globuleuses,  unisériées,  très  petites, 
d’un  brun  foncé,  parfois  couvertes  d’une  efflorescence  blanchâtre,  à  surface 
chagrinée,  presque  inodore,  d’une  saYeuv  sui  g eneris,  piquante,  âcre,  exci¬ 
tant  le  larmoiement. 

Pharmacologie.  —  Le  commerce  connatt  de  nombreuses  variétés  de 
graines  de  moutarde,  celles  d’ .Alsace,  de  Flandre,  d’Angleterre,  de  Picardie, 
qui  offrent  quelques  différences  quant  à  leur  nuance  et  à  leur  volume,  toutes 
ont  une  saveur  âcre  et  brûlante,  tout  à  fait  caractéristique.  Nous  avons  décrit 
les  graines  en  donnant  les  caractères  botaniques  de  la  plante  ;  notons  ici 
que  la  forme  allongée  et  les  rides  longitudinales  indiquent  une  récolte  faite 
avant  la  parfaite  maturité.  Les  moutardes  d’Alsace,  de  Flandre  et  d’An¬ 
gleterre  sont  les  meilleures,  elles  fournissent  une  farine  dont  la  nuance  se 
rapproche  du  jaune  pur  ;  celles  de  Picardie,  moins  sapides,  sont  moins  re¬ 
cherchées,  les  grains  plus  petits  donnent  une  farine  grise  ou  jaune  verdâtre. 

Composition  :  huile  fixe  28  pour  100,  matière  albuminoïde  particulière 
appelée  myrosine,  acide  myronique  à  l’état  de  myronate  de  potasse,  al  bumine, 
gomme ,  sucre,  matière  colorante,  acide  sulfosinapique,  sinapisme,  etc.  ; 
5  pour  100  de  matière  minérale,  point  d’amidon. 

On  falsifie  les  semences  ou  graines  de  moutarde  en  y  mêlant  des  semences 
de  forme  et  de  couleur  analogues,  savoir  : 

Les  semences  de  Moutarde  sauvage,  Sanve  ou  Ravison  (Sinapis  arvensis 
L.),  sphériques,  plus  noires  que  celles  de  moutarde,  un  peu  plus  grosses, 
luisantes,  à  surface  très-peu  chagrinée,  et  n’offrant  qu’à  un  faible  degré  la 
saveur  âcre  sui  generis  de  ces  dernières. 

Les  semences  de  Go\m  [Br assica  campestris  L.),  noires,  ternes,  à  surface 
non  chagrinées,  goût  très-prononcé  de  navet. 

Les  semences  de  Navette  (Brassica  napus  oleifera  D.  G.),  oblongues,  lui¬ 
santes,  souvent  ridées,  saveur  âcre  et  mordicante. 

Les  semences  dePavot  ou  oeillette  (Paparer  somniferumh.),  très-petites, 
brunes  ou  noirâtres,  presque  arrondies,  réniformes,  à  surface  rugueuse 
réticulée;  saveur  douce  très-agréable  d’amandes  douces. 

Ces  mélanges  de  graines,  qui  ressemblent  plus  ou  moins  à  celles  de  mou¬ 
tarde,  ne  sont  pas  toujours  faciles  à  reconnaître,  d’autant  que  les  graines 
de  moutarde  elles-mêmes  offrent  entre  elles  de  notables  variations  quant  à 
leur  volume  et  leur  couleur,  selon  les  conditions  de  maturité,  selon  la 


156 


MOUTARDE,  —  m.  noire. 


vigueur  des  plantes,  etc.  Le  moyen  le  plus  sûr  d’arriver  à  constater  positi¬ 
vement  la  nature  et  même  la  proportion  des  mélanges  en  question,  consiste 
à  semer  une  certaine  quantité  de  graines  dans  une  large  terrine  remplie  de 
bonne  terre  tamisée,  et  dans  de  bonnes  conditions  de  température,  d’humi¬ 
dité  et  de  lumière  ;  au  bout  de  5  ou  6  jours,  les  graines  ayant  germé,  on 
voit  paraître  les  feuilles  primaires  très-nettement  caractérisées  :  celles  de 
Moutarde  noire  sont  arrondies,  échancrées  au  sommet  et  d’un  vert  sombre  ; 
celles  àxxSinapis  arvensis  et  àe%  diverses  espèces  du  genre  Brassica  sont  de 
même  forme ,  mais  plus  grandes  et  Jaunâtres.  Il  devient  donc  facile  de 
compter  les  jeunes  plantes  de  chaque  espèce  et  par  là  d’apprécier  exacte¬ 
ment  la  valeur  de  l’échantillon  examiné  (Timbal-Lagrave). 

Les  semences  de  moutarde  ne  sont  employées  qu’après  avoir  été  réduites 
en  poudre  ou  en  farine  ; 

Poudre  de  moutarde. 

Prenez  : 

Semences  de  moutarde .  Quantité  voulue. 

Passez  au  crible  pour  séparer  la  poussière  ;  triez  à  la  main  les  corps 
étrangers;  faites  sécher  à  l’étuve;  pilez  dans  un  mortier  ou  pulvérisez  à 
l’aide  d’un  moulin  à  noix  d’acier  et  à  arêtes  tranchantes;  passez  la  poudre  à 
travers  un  tamis  de  toile  métallique  (Codex). 

La  poudre  de  moutarde  offre  dans  sa  couleur  un  mélange  du  jaune  ver¬ 
dâtre  de  l’amande  avec  le  rouge  brunâtre  du  spermoderme  ;  le  jaune  prédo¬ 
mine  plus  ou  moins  selon  la  provenance.  Délayée  dans  l’eau  froide,  elle 
donne  une  émulsion  blanchâtre,  en  même  temps  que  se  forme  l’essence  de 
moutarde  par  suite  d’une  réaction  particulière  dont  nous  nous  occuperons 
plus  loin.  On  ne  doit  jamais  la  conserver  au  delà  de  quelques  semaines,  car 
elle  s’altère  assez  rapidement  au  contact  de  l’air  et  surtout  de  l’air  humide; 
aussi  le  pharmacien  doit-il  la  préparer  dans  son  officine  au  fur  et  à  mesure 
des  besoins. 

Le  tourteau  de  moutarde  pulvérisé,  ou  la  poudre  de  moutarde  privée 
d’huile  grasse  par  expression  et  surtout  la  poudre  de  moutarde  épuisée  par 
le  sulfure  de  carbone,  sont  notablement  plus  actifs  et  sont  beaucoup  moins 
altérables  que  la  farine  de  moutarde  ordinaire  ;  on  devrait  donc  les  préférer 
pour  l’usage  médical,  mais  la  moutarde  n’étant  pas  traitée  dans  les  grandes 
usines  comme  graine  oléagineuse,  le  commerce  ne  fournit  pas  le  tourteau 
ou  la  poudre  épuisée  d’huile  grasse  dans  les  conditions  de  bon  marché  d’un 
produit  secondaire.  D’ailleurs,  les  pharmaciens  n’achètent  guère  les  produits 
pulvérisés,  toujours  trop  faciles  à  falsifier,  et  ils  ne  possèdent  pas  l’outillage 
nécessaire  pour  extraire  eux-mêmes  économiquement  l’huile  grasse  ;  c’est 
ce  qui  explique  pourquoi  la  farine  de  moutarde  ordinaire,  toujours  facile  à 
préparer  en  petites  quantités  et  d’une  activité  très-suffisante,  reste  généra¬ 
lement  employée. 

La  poudre  ou  le  tourteau  de  moutarde  noire  délayés  dans  l’eau  possèdent, 
aussi  bien  que  la  poudre  ou  le  tourteau  d’amandes  amères,  la  propriété  sin¬ 
gulière  de  dissiper  certaines  odeurs  persistantes,  celles  du  musc,  de  l’asa 
fœtida,  du  poisson,  etc. 


MOUTARDE.  —  m.  noire.  157 

La  consommation  très-considérable  de  la  farine  de  moutarde  et  qui  n’est 
pas  moindre  de  10  000  kilog.  dans  les  hôpitaux  civils  de  Paris  et  de 
350  000  kilog.  dans  le  seul  département  de  la  Seine,  donne  une  grande 
importance  aux  falsifications  qui  diminuent  nécessairement  l’activité  théra¬ 
peutique,  en  même  temps  que  la  valeur  réelle  du  médicament. 

Des  peines  sévères  devraient  réprimer  les  falsifications  des  médicaments 
et  en  particulier  de  celui-ci,  qui  est  d’un  fréquent  usage  comme  révulsif 
dans  les  cas  les  plus  graves.  «  Une  révulsion  qui  devrait  être  produite  par 
»  un  sinapisme,  n’ayant  pas  lieu  par  suite  de  l’emploi  d’une  farine  allon- 
»  gée,  le  malade  peut  succomber  ;  dès  lors  le  falsificateur  devrait  être  con- 
»  sidéré  comme  coupable  d’homicide  volontaire.  »  (Chevalier  et  Er.  Bau- 
drimont).  Nous  n’allons  pas  jusqu’à  réclamer  une  répression  pénale  que 
les  tribunaux  hésiteraient  à  appliquer  eu  raison  de  son  extrême  gravité, 
mais  nous  pensons  que  l’administration  française  pourrait  accomplir  d’im¬ 
portants  progrès  par  la  rigoureuse  exécution  des  lois  protectrices  de  la 
santé  publique  et  surtout  par  leur  complément  nécessaire,  l’institution 
des  bureaux  publics  d’essai.  (Voy.  Falsifications,  t.  XIV,  p.  513.) 

Les  falsifications  de  la  farine  de  moutarde  qui  ont  été  signalées,  sont  de 
trois  sortes  :  1°  les  poudres  de  tourteaux  de  lin,  de  colza,  de  navette,  etc,  ; 
2“  les  farines  de  céréales  ou  de  légumineuses  ou  les  fécules  ;  3°  les  poudres 
minérales,  l’argile,  la  terre  à  poêle. 

Ces  mélanges  ont  pour  effet  de  diminuer  la  proportion  d’essence  qui 
prend  naissance  au  contact  de  l’eau,  et  par  conséquent  la  saveur  âcre,  le 
montant  de  la  moutarde  ;  mais  le  sens  du  goût,  qui  permet  de  soupçonner  la 
fraude,  ne  suffit  pas  pour  la  démontrer  matériellement.  Le  meilleur  moyen 
d’obtenir  des  résultats  précis  consiste  à  épuiser  la  poudre  suspecte  par 
l’éther  ou  par  le  sulfure  de  carbone  dans  le  digesteur  de  Payen;  la  farine 
de  moutarde  pure  doit  fournir  28  pour  100  d’huile  fixe  ;  tous  les  mélanges 
frauduleux  abaissent  la  proportion  de  ce  principe.  La  farine  de  moutarde 
exprimée  ou  épuisée  d’huile  grasse  serait  condamnée  par  ce  mode  d’essai  ; 
mais  il  est  à  remarquer  qu’elle  ne  sert  pas  à  falsifier  la  farine  de  moutarde 
ordinaire,  puisqu’elle  a  au  moins  autant  de  valeur,  et  que  d’ailleurs  on  la 
reconnaîtrait  à  son  excessive  âcrelé  et  à  l’odeur  extrêmement  vive  qu’elle 
dégage  au  contact  de  l’eau. 

Les  substances  amylacées  sont  aisément  reconnues  :  il  suffit  de  faire 
bouillir  quelques  instants  1  gramme  du  produit  examiné  avec  30  gram¬ 
mes  d’eau;  si  le  liquide  refroidi  est  coloré  en  bleu  par  la  teinture  d’iode, 
on  peut  affirmer  la  falsification  par  les  farines  de  céréales  ou  de  légumineu¬ 
ses  ou  par  la  fécule  de  pommes  de  terre. 

Les  matières  argileuses  sont  appréciées  au  moyen  de  l’incinération,  la 
farine  de  moutarde  ne  fournissant  jamais  plus  de  5  pour  100  de  cendres. 

Thérapedtique.  —  La  semence  de  moutarde  dont  le  principe  actif  est  l’es¬ 
sence  que  nous  étudierons  tout  à  l’heure,  est  un  stimulant  des  plus  actifs 
qui  produit,  comme  le  calorique  ou  comme  l’ammoniaque  liquide,  tous  les 
degrés  de  la  phlogose  artificielle,  depuis  l’érythème  le  plus  léger  jusqu’à 
l’eschare  selon  la  durée  de  l’application. 


158 


MOUTARDE.  —  m.  noire. 


Introduite  dans  l’estomac  à  la  dose  de  quelques  grammes,  elle  agit  comme 
irritant  et  produit  un  sentiment  de  chaleur,  de  la  douleur  et  de  la  soif  ;  à 
doses  plus  élevées,  elle  détermine  la  gastro-entérite  avec  son  cortège  de 
symptômes,  fièvre  intense,  vive  douleur  abdominale,  vomissements,  diar¬ 
rhée  sanguinolente. 

A  très-petites  doses  et  convenablement  mitigée  par  des  mélanges  qui 
se  rattachent  à  l’art  culinaire,  la  farine  de  moutarde  est  d’un  usage  général 
comme  condiment  et  passe  pour  favoriser  l’assimilation  des  viandes  indi¬ 
gestes,  des  charcuteries,  etc.  A  ce  titre,  elle  se  rapproche  de  l’ail,  de  l’oi¬ 
gnon,  du  raifort,  qui  dégagent  comme  elle  des  essences  sulfurées,  et  des 
condiments  exotiques  les  plus  chauds,  comme  les  poivres,  le  piment,  le 
gingembre. 

Comme  médicament  pour  l’usage  interne,  elle  se  range  parmi  les  cru¬ 
cifères  antiscorbutiques,  avec  le  raifort,  le  cresson,  le  cochléaria  ;  elle  n’est 
point  administrée  isolément,  mais  elle  figure  dans  quelques  composés  offi¬ 
cinaux  :  Teinture  de  raifort  composée.  Vin  antiscorbutique. 

On  l’emploie  surtout  en  poudre  ou  en  farine  délayée  dans  l’eau  sous  forme 
de  cataplasmes,  qui  portent  le  nom  de  sinapismes,  ou  en  bains  locaux  ou 
généraux. 

Tous  les  topiques  sinapisés  produisent  une  congestion  sanguine  cutanée 
plus  ou  moins  considérable  selon  la  durée  de  l’application  et  en  même 
temps  une  vive  douleur  ;  de  cette  double  action  résulte  une  dérivation  des 
liquides,  une  stimulation  et  une  substitution  nerveuse,  c’est-à-dire  la révul- 
tion  thérapeutique  dans  sa  plénitude.  Mais  la  stimulation  locale,  condition 
de  cette  révulsion,  se  généralie  aisément  ;c’est  pourquoi  les  sinapismes  ou 
les  bains  sinapisés  sont  contre-indiqués  par  les  phlegmasies  aiguës  et  en 
général  par  l’état  fébrile. 

Le  bain  entier  sinapisé  est  un  moyen  héroïque  pour  réveiller  Tactivité 
de  la  circulation  périphérique  et  combattre  la  cyanose  et  le  collapsus  as¬ 
phyxique  dans  les  cas  de  choléra  algide,  de  fièvre  pernicieuse,  de  scarlatine 
maligne,  etc.  Il  est  journellement  employé  avec  succès  dans  les  hôpitaux 
d’enfants  trouvés  pour  ranimer  les  nouveau-nés  débiles  qui  ne  peuvent 
pas  prendre  le  sein. 

On  prescrit  souvent  avec  avantage  d’introduire  dans  les  bas  une  ou  deux 
cuillerées  à  café  de  moutarde  en  poudre  tamisée,  très-fine,  pour  produire 
une  dérivation  continue,  combattre  le  froid  aux  pieds,  ou  rappeler  une 
transpiration  habituelle. 

Appliquée  sur  les  membres  inférieurs  sous  forme  de  sinapisme  ou  de 
pédiluve,  la  farine  de  moutarde  est  le  révulsif  banal  des  congestions  passives 
du  cerclq  supérieur. 

Le  manuluve  sinapisé  rend  souvent  de  grands  services  pour  combattre 
les  congestions  utérines  et  les  métrorrhagies. 

Le  sinapisme  est  le  topique  commode  et  inoffensif  qu’on  essaie  tout 
d’abord  contre  la  pleurodynie,  le  lumbago,  les  névralgies  diverses,  avant 
de  passer  à  un  traitement  plus  douloureux  ou  plus  compliqué. 

Promené  sur  toute  la  surface  des  membres  inférieurs,  il  est  indiqué  con- 


MOUTARDE.  —  m.  noire.  15& 

tre  l’apoplexie  cérébrale  et  pulmonaire.  Si  le  malade  est  dans  un  état  co¬ 
mateux  et  reste  insensible  à  l’action  du  révulsif,  celui-ci  n’en  exerce  pas 
moins  le  plus  souvent  ses  effets  locaux.  Il  peut  alors  arriver  que  des  sina¬ 
pismes,  oubliés  sur  un  malade  paralysé,  produisent  de  profondes  escbares 
qui ,  chez  le  sujet  ranimé,  deviennent  la  maladie  principale  et  même  une 
cause  de  mort.  Enfin  les  sinapismes  sont  la  dernière  prescription  du  mé¬ 
decin  impuissant  et  découragé  au  lit  des  agonisants. 

Essence  de  moutarde.  Au  contact  de  l’eau  à  une  température  inférieure  à 
75°,  le  myronate  de  potasse  se  dédouble  par  la  seule  action  de  présence 
de  la  myrosine,  matière  albuminoïde  particulière,  en  glucose,  bisulfate  de 
potasse  et  essence  de  moutarde.  La  myrosine  est  un  ferment  non  vivant, 
non  figuré,  analogue  à  la  diastase  et  à  la  synaptase.  (Robiquet  et  Boutron, 
Wœhler  et  Liebig,  Bussy  et  Frémy.) 

Une  température  supérieure  à  -j-  75°,  l’alcool,  les  acides,  les  alcalis,  le 
borate  de  soude,  le  silicate  de  potasse  mettent  obstacle  à  la  formation  de 
l’huile  essentielle  de  moutarde,  en  paralysant  l’action  de  la  myrosine  sur 
le  myronate  de  potasse. 

L’huile  essentielle  de  moutarde  ne  figure  pas  au  Codex  français.  La  phar¬ 
macopée  germanique  prescrit  de  la  préparer  par  le  procédé  suivant  : 

Essence  de  Moutarde. 

Prenez  : 

Semences  de  moutarde  noire  pulvérisées .  1 

Exprimez  fortement  pour  extraire  la  plus  grande  proportion  possible 
d’huile  fixe  ;  pulvérisez  le  tourteau  ;  ajoutez  : 

Eau  commune . ; .  i 

Laissez  macérer  pendant  12  heures  ;  distillez  ;  recueillez  l’hydrolat  tant 
qu’iliaisse  déposer  de  l’huile  essentielle  ;  séparez  celle-ci  par  décantation  ; 
filtrez-la.  Réservez  l’hydrolat  pour  une  opération  ultérieure.  Evitez  de  vous, 
servir  pour  cette  opération  d’ustensiles  de  cuivre  ou  de  plomb. 

Le  rendement  est  de  1/ùOO  (J.  Girardin). 

L’huile  essentielle  de  moutarde  est  représentée  parla  formule  C^H®,C2AzS2' 
(sulfocyanure  d’allyle. )  Elle  est  transparente,  incolore,  d’une  odeur 
sui  generis  qui  excite  vivement  le  larmoiement,  d’une  saveur  caustique 
âcre  ;  sa  densité  est  de  1,015  à  20°  ;  elle  entre  en  ébullition  à  -|-  143“ , 
sous  la  pression  ordinaire  ;  la  lumière  la  décompose  ;  elle  est  très-peu. 
soluble  dans  l’eau,  très-soluble  dans  l’alcool  et  dans  l’éther  ;  elle  est  décom¬ 
posée  par  la  potasse  caustique,  qui  la  colore  en  brun  en  formant  à  la  fois  du 
sulfure  de  potassium  et  du  carbonate  de  potasse. 

Appliquée  sur  la  peau  même  en  solution  alcoolique  étendue,  elle  produit 
la  rubéfaction  et  la  vésication  avec  une  sensation  très-douloureuse  de  brû¬ 
lure.  La  pharmacopée  germanique  prescrit  un  alcoolé  d’huile  essentielle  de- 
moutarde: 

Huile  essentielle  de  moutarde .  i 

Alcool  à  85°. 

Mêlez. 


49 


160  MOUTARDE.  —  m.  noire. 

Un  linge  ou  une  feuille  de  papier  imbibés  de  cet  alçoolé  produisent  les 
effets  d’un  sinapisme. 

Fauré  a  proposé  un  alcoolé  plus  actif  contenant  1/20  d’essence. 

Gubler  recommande  la  solution  d’essence  de  moutarde  dans  l’huile  d’a¬ 
mandes  dans  la  proportion  de  1  /5  pour  produire  en  quelques  minutes  la 
vésication,  et  dans  la  proportion  de  1/10  à  1/15  pour  produire  la  rubéfac¬ 
tion.  On  a  proposé  aussi  la  glycérine  comme  dissolvant  et  véhicule  de  l’es¬ 
sence  de  moutarde. 

Cette  espèce  de  Uniment  dont  l’effet  est  très-sûr,  doit  être  étendu  sur  la 
peau  au  moyen  d’un  pinceau  de  charpie,  et  la  partie  doit  être  immédiate- 
men  recouverte  d’une  pièce  de  taffetas  ciré  destinée  à  retarder  l’évaporation 
de  l’essence.  Lavésicationsinapique  a  l’avantage  de  ne  jamais  provoquer  de 
cystite.  Mais  l’ammoniaque  liquide  donne  à  moins  de  frais  les  mêmes  résul¬ 
tats,  soit  comme  rubéfiant,  soit  comme  vésicant.  On  doit  donc  préférer  laron- 
delle  d’agaric  imbibée  d’ammoniaque  et  couverte  d’une  pièce  de  monnaie 
ou  d’un  disque  de  verre. 

D’ailleurs  toutes  les  préparations  d’essence  sont  nécessairement  plus 
coûteuses  que  la  farine  de  moutarde,  et  surtout  elles  sont  d’un  usage  moins 
commode  que  le  Papier  sinapique,  dont  nous  nous  occuperons  plus  loin. 

Pharmacie.  — Les  préparations  de  farine  de  moutai’de,  généralement  pres¬ 
crites  sont  les  suivantes  : 

Cataplasme  rubéfiant  ou  Sinapisme. 

Farine  de  moutarde .  200  gram. 

Eau  tiède .  Quantité  suffisante. 

Délayez  la  farine  dans  l’eau  pour  obtenir  une  pâte  de  consistance  conve¬ 
nable.  Il  faut  se  garder  d’employer  de  l’eau  très-chaude,  du  vinaigre  ou  de 
l’alcool,  la  réaction  d’où  résulte  la  formation  de  l’huile  essentielle,  principe 
actif  de  la  moutarde,  n’aurait  pas  lieu.  (Codex  français.) 

Cette  formule  est  adoptée  par  le  formulaire  des  hôpitaux  de  Paris  ;  celui 
des  hôpitaux  militaires  réduit  à  100  grammes  la  dose  de  farine  de  moutarde 
pour  le  sinapisme.  En  effet  cette  dose  suffit,  car  une  grande  épaisseur  de  la 
couche  de  pâte  n’est  pas  nécessaire. 

Le  cataplasme  émollient  saupoudré  de  farine  de  moutarde,  un  linge,  un 
morceau  de  papier  mouillés,  imprégnés  de  cette  même  farine,  fournissent 
des  sinapismes  efficaces.  Il  est  bon,  dans  tous  les  cas,  d’interposer  une 
pièce  de  mousseline  mouillée,  afin  qu’aucune  parcelle  de  poudre  irritante 
.ne  reste  adhérente  à  la  peau  lorsqu’on  enlève  le  topique. 

Pédiluve  ou  Manuluve  sinapisé. 


Farine  de  moutarde .  150  gram. 

Eau  tiède .  6  litres. 


Mêlez.  (Codex  français.) 

Cette  formule  est  adoptée  par  le  formulaire  des  hôpitaux  civils  de  Paris  ; 
3a  dose  de  farine  de  moutarde  est  réduite  à  100  grammes  par  le  formulaire 


MOUTARDE.  161 

des  hôpitaux  militaires,  qui  prescrit  avec  raison  de  délayer  la  farine  et  de  la 
laisser  en  contact  pendant  un  quart  d’heure  avec  250  grammes  d’eau  froide 
avant  de  la  mêler  à  l’eau  du  ham. 

Bain  sinapisé 

Farine  de  moutarde . 

Eau  tiède . 

Pour  un  hain  entier. 

Introduisez  la  farine  dans  un  sac  de  toile  forte  que  vous  plongerez  dans 
la  baignoire  et  que  vous  malaxerez  pour  le  vider  par  expression.  La  bai¬ 
gnoire  doit  être  recouverte  d’un  drap  pour  protéger  le  visage  du  malade 
contre  les  émanations  irritantes.  (Formulaire  des  hôpitaux  civils  de  Paris.) 

Dans  les  hôpitaux  d’enfants,  le  bain  sinapisé  est  ainsi  composé  :  Farine  de 
moutarde,  20  grammes;  eau  tiède,  6  litres. 

Moutarde  en  feuilles;  papier  sinapique.  —  La  moutarde  en  feuilles 
est  de  la  poudre  de  moutarde  privée  d’huile  grasse  par  le  sulfure  de 
carbone  et  fixée  en  couche  mince  par  la  pression  d’un  rouleau  sur  du 
papier  enduit  d’une  solution  poisseuse  de  caoutchouc  dans  la  benzine  ou 
dans  le  sulfure  de  carbone  ;  cette  solution  de  caoutchouc,  en  se  dessé¬ 
chant,  retient  la  poudi’e  de  moutarde,  dont  6  grammes  suffisent  à  couvrir 
une  surface  de  1  décimètre  carré.  (Boggio,  Rigollot.) 

Il  suffit  de  tremper  dans  l’eau,  pendant  quelques  secondes,  un  morceau 
de  ce  papier  de  la  dimension  voulue  pour  en  faire  un  sinapisme  très- 
actif. 

Le  papier  sinapique,  suffisamment  abrité  du  contact  de  l’air  humide  dans 
des  étuis  de  carton  imperméable  ou  de  fer-blanc,  se  conserve  fort  bien .  Il  est 
adopté  pour  le  service  hospitalier  militaire,  où  il  offre  de  grands  avantages 
en  raison  de  l’économie  du  linge  et  de  la  facilité  du  transport  et  de  l’appli¬ 
cation.  Il  tend  à  remplacer  complètement  le  sinapisme  du  Codex  dans  la 
pratique  civile. 

La  préparation  sinapique  de  Lebaigue  est  une  élégante  application  de  la 
découverte  des  phénomènes  qui  donnent  lieu  à  la  formation  de  l’essence  de 
moutarde.  Elle  est  formée  de  deux  tissus  superposés  et  secs  dont  l’un  est 
imprégné  de  myrosine  et  l’autre  de  myronate  de  potasse.  Lorsqu’on  humecte 
les  deux  tissus,  la  myrosine  agissant  sur  le  myronate  de  potasse  en  dégage 
l’essence  de  moutarde,  d’où  l’effet  irritant  du  sinapisme. 

On  obtient  la  solution  aqueuse  de  myronate  de  potasse  en  faisant  infuser 
pendant  quelques  instants  la  poudre  de  moutarde  noire  dans  l’eau  bouil¬ 
lante,  et  en  jetant  le  mélange  sur  un  filtre  ;  la  myrosine  ou  le  ferment  ana¬ 
logue  à  la  myrosine  est  retiré  de  la  poudre  de  moutarde  blanche  par  infu¬ 
sion  dans  l’eau  à  -j-  40»  centigrades. 

Le  papier  sinapique  vulgarisé  par  Rigollot  est  plus  simple  et  doit  pré¬ 
valoir. 

Le  Sinapine  tissue  ou  le  Mustard  paper  des  Anglais  peut  être  considéré 
comme  une  falsification  du  papier  sinapique,  car  il  ne  contient  pas  les  élé¬ 
ments  actifs  de  la  moutarde,  bien  que  son  nom  tende  à  le  faire  croire.  C’est 

KOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  il 


1  kilog. 

Quantité  suffisante. 


162 


MOXA. 


du  papier  fin  imbibé  de  teinture  d’Eupborbium,  séché  et  aromatisé  avec  de 
la  teinture  de  Tolu.  Nous  avons  constaté  l’inefficacité  de  cette  préparation. 

Les  semences  de  moutarde  noire  entrent  dans  la  composition  de  la  Tein¬ 
ture  de  raifort  composée  (Codex  français),  ancienne  formule  antérieure  à  la 
découverte  de  la  composition  de  ces  semences  et  de  la  réaction  qui  donne 
lieu  au  dégagement  de  l’essence  de  moutai’de.  Cette  formule  prescrit  de 
faire  macérer  'la  poudre  de  moutarde  noire  dans  l’alcool  à  60%  c’est-à- 
dire  dans  un  liquide  qui  s’oppose  à  la  formation  de  l’essence  de  moutarde  : 
elle  est  donc  irrationnelle.  Il  faudrait  faire  macérer  la  poudre  de  moutarde 
avec  deux  fois  son  poids  d’eau  pendant  quelques  heures  avant  de  la  sou¬ 
mettre  à  l’action  de  l’alcool. 

Ces  semences  figurent  aussi  pai'mi  les  composants  du  vin  antiscorbutique 
(Codex  français)  et  du  vinaigre  rubéfiant  (Formulaire  des  hôpitaux  mili¬ 
taires).  J.  Jeannel. 

mOXA.  —  Ce  mot  sert  à  désigner  un  corps  facilement  combustible 
qu’on  fait  brûler  à  la  surface  de  la  peau  pour  y  pi'oduire  une  cautérisa¬ 
tion  lente  et  plus  ou  moins  profonde  ;  Percy  a  décrit  sous  le  nom  de  Moxi- 
bustion  ce  procédé  d’application  du  feu  en  chirurgie. 

HisÉoi'iqne.  — Bien  que  l’on  trouve  la  mention  de  quelque  chose  d’ana¬ 
logue  dans  les  écrits  hippocratiques,  on  considère  généralement  le  moxa 
comme  emprunté  aux  peuples  de  l’Asie  par  tes  Portugais  après  que,  dans 
leurs  grands  voyages  de  découvertes,  ils  eurent  abordé  dans  cette  partie  du 
monde.  Ces  peuples,  en  effet,  et  surtout  les  Chinois  et  les  Japonais,  se  ser¬ 
vent  journellement  depuis  des  temps  très-anciens  de  ce  mode  de  cautéri¬ 
sation,  non-seulement  pour  combattre  leurs  maladies  actuelles,  mais  pour 
se  préserver  des  maladies  avenir.  On  ne  connaît  pas,  du  reste,  exactement 
l’époque  où  l’usage  du  moxa  s’introduisit  en  Europe  ;  on  sait  seulement  que 
c’est  à  Ten  Rhyne  d’abord,  vers  le  milieu  du  xvii*  siècle,  puis  à  Kæmpfer, 
tous  deux  médecins  de  la  Compagnie  hollandaise  des  Indes-Orientales, 
qu’est  due  la  description  explicite  de  ce  procédé  d’ustion,  tel  qu’il  est  pra¬ 
tiqué  en  Chine  et  au  Japon.  Après  eux,  le  moxa  se  répandit  dans  la  plu¬ 
part  des  contrées  européennes  et  il  entra  dans  la  pratique  médicale  : 
Sydenham  le  compte  au  nombre  des  moyens  externes  employés  de  son 
temps  contre  les  douleurs  de  la  goutte,  et  à  son  tour  Van  Swieten,  qui  l’es¬ 
saya  sur  lui-même,  le  mentionne  dans  les  pages  qu’il  consacre  au  traite¬ 
ment  de  cette  même  maladie,  ainsi  qu’à  celui  du  rhumatisme,  de  la  para¬ 
lysie  et  de  l’épilepsie.  Notre  pays  paraît  avoir  été  le  dernier  à  connaître  le 
moxa  ,  et  ce  furent  Fouteau  et  Dujardin,  morts  l’un  et  l’autre  en  1775,  qui 
l’y  produisirent.  Dans  les  premières  années  de  ce  siècle,  D.-J.  Larrey  et 
Percy  contrihuèrent  beaucoup  à  le  faire  adopter,  et  son  emploi  chez  nous 
sembla  désormais  consacré  ;  cependant  la  faveur  dont  il  a  joui  à  la  recom¬ 
mandation  de  ces  chirurgiens  célèbres,  bien  que  justifiée  par  les  faits  de 
leur  pratique,  n’a  pas  été  durable,  et  de  notre  temps,  si  le  moxa  n’est  pas 
tout  à  fait  tombé  en  désuétude,  toujours  est-il  que  l’on  n’y  a  recours  que 
dans  des  circonstances  assez  rares. 


MOXA. 


163 


Préparation.  —  Les  corps  les  plus  divers,  pourvu  qu’ils  soient  d’une 
facile  combustibilité,  peuvent  être  mis  en  œuvre  pour  la  confection  des 
moxas.  Les  Chinois  et  les  Japonais  sè  servent  à  cet  effet  d’un  duvet  que  leur 
fournissent  les  sommités  de  certaines  espèces  d’armoise.  En  Europe,  après 
avoir  cherché  à  imiter  ces  moxas  au  moyen  de  plantes  similaires,  on  en  a 
fait  avec  beaucoup  d’autres  substances  :  le  lin ,  le  chanvre ,  le  coton , 
l’amadou,  des  bandelettes  de  toile  ou  de  papier,  etc.  Pour  rendre  ces  ma¬ 
tières  plus  combustibles,  on  a  cru  bien  faire  de  les  imbiber  avec  des  solu¬ 
tions  de  nitrate,  de  chlorate,  de  chromate  de  potasse  ou  d’acétate  de 
plomb  ;  malgré  l’importance  qu’attachaient  à  ces  pratiques  les  auteurs  qui 
les  ont  proposées ,  on  y  a  trouvé  moins  d’avantages  que  d’inconvé¬ 
nients  et  l’on  y  a  renoncé.  Percy,  après  s’être  servi  de  la  mèche  des 
canonniers,  a  préconisé  la  moelle  de  VHelianthus  annuus,  vulgairement 
appelé  grand  Soleil  ;  il  sciait  la  tige  de  cette  plante  en  tronçons  de  2  centi¬ 
mètres  environ  de  hauteur  en  y  laissant  l’écorce,  qui,  lente  à  s’échauffer, 
permettait  de  les  manier  pendant  que  la  moelle  brûlait  à  l’intérieur  ;  il 
■donnait  à  ces  moxas,  dont  l’action,  paraît-il,  est  plus  douce,  le  nom  de 
moxas  de  velours.  On  a  aussi  essayé  de  se  servir  du  camphre  et  du  phos¬ 
phore  ;  mais  la  combustion  de  ces  corps,  du  dernier  surtout,  présente 
■des  difficultés  de  maniement  et  des  dangers  réels  qui  les  ont  fait  aban¬ 
donner. 

Au  résumé,  la  matière  reconnue  préférable  à  toute  autre  et  la  plus  usitée 
pour  la  confection  des  moxas  est  le  coton  cardé.  Voici  le  procédé  indiqué 
parPouteau  et  qui  est  encore  suivi  aujourd’hui. 

On  prend  une  certaine  quantité  de  coton  cardé  que  l’on  roule  en  le  tas¬ 
sant  fortement,  de  manière  à  en  former  un  cylindre  de  1  à  3  centimètres 
de  diamètre,  autour  duquel  on  assujettit  en  la  cousant  une  enveloppe  de 
toile  souple  destinée  à  lui  conserver  sa  forme  cylindrique  ;  on  divise  ensuite 
ce  cylindre,  au  moyen  d’un  instrument  bien  acéré,  en  tranches  de  1  à 
3  centimètres  de  hauteur.  Chacune  de  ces  tranches  constitue  un  moxa, 
dont  l’intensité  d’action  dépendra  de  ses  dimensions  et  du  degré  de  tasse¬ 
ment  du  coton  ;  il  est  nécessaire  que  ce  tassement  soit  partout  aussi  uniforme 
que  possible,  pour  que  la  combustion  s’effectue  d’une  manière  égale  sur  tous 
les  points. 

Application.  —  L’application  du  moxa  consiste  à  faire  brûler  une  de 
ces  rondelles  cylindriques  sur  la  peau  au  point  indiqué  par  le  siège  de 
la  maladie,  qu’il  peut  être  bon  de  marquer  d’un  trait  d’encre  suivant 
la  recommandation  de  Larrey.  Le  procédé  comprend  les  moyens  de  fixer 
le  moxa,  de  protéger  les  parties  circonvoisines,  d’activer  et  d’uniformiser 
la  combustion. 

Pour  fixer  le  moxa,  on  a  proposé  de  le  faire  adhérer  à  la  peau  en  humec¬ 
tant  celle-ci  au  préalable  avec  de  la  salive  ou  mieux  avec  une  solution 
agglutinative,  telle  que  celle  de  gomme.  Mais  c’est  là  un  artifice  inutile, 
puisque  l’on  se  sert,  pour  maintenir  en  place  le  cylindre  de  coton,  d’un 
instrument  spécial,  dit  porte-moxa.  Le  principal  de  ces  instruments  est  le 
porte-moxa  de  Larrey,  Il  consiste  en  un  anneau  de  métal  traversé  par  deux 


164 


MOX  A. 


petites  tiges  en  forme  d’épingles  qui  assujettissent  le  moxa  en  le  pénétrant 
crucialement,  et  monté  sur  trois  petites  boules  d’ébène,  bois  mauvais  con¬ 
ducteur  du  calorique,  qui  lui  servent  comme  de  pieds  et  l’isolent  des  té¬ 
guments;  une  tige  terminée  par  un  manche  de  bois  permet  à  l’opérateur 
de  tenir  l’instrument  sans  ressentir  les  effets  de  la  chaleur  transmise 
(fig.  12).  Cet  instrument  est  certainement  commode  ;  mais  il  a  l’inconvé- 


FlG.  12.  —  Porte-moxa  de  Larrey. 


nient,  assez  peu  sérieux  d’ailleurs,  d’obliger  à  avoir  une  série  d’anneaux 
pouvant  s’adapter  aux  différents  volumes.  On  peut  s’en  passer,  en  se  servant 
soit  du  porte-moxa  à  pression  continue  de  Guérin  (fig.  13),  qui  s’adapte 


Fig.  13.  —  Porte-moxa  à  pression  continue. 


à  tous  les  moxas,  soit  simplement  d’une  pince  à  anneaux  ordinaire  que  l’on 
peut  tenir  à  l’aide  d’un  linge,  en  prenant  la  précaution,  suivant  le  conseil 
des  auteurs  du  Compendium  de  chirurgie,  de  saisir  le  cylindre  de  coton  le 
plus  près  possible  de  sa  base  inférieure  afin  de  ne  pas  être  exposé  à  le  lâcher 
avant  que  la  combustion  ne  soit  achevée. 

Dans  le  but  de  prévenir  l’action  du  calorique  rayonnant  et  la  projection 
des  étincelles  sur  les  parties  voisines,  on  recouvre  celles-ci  d’une  com¬ 
presse  mouillée  pu  d’une  pièce  de  carton  percée  d’un  trou  correspondant 
au  point  où  le  moxa  doit  être  appliqué.  L’emploi  du  carton  peut  servir  à 
deux  fins,  suivant  l’indication  de  Boyer  :  il  suffit  que  l’ouverture  pratiquée 
soit  telle  que  le  moxa  y  entre  à  frottement  ;  celui-ci  se  trouve  ainsi  main¬ 
tenu  convenablement. 

Les  diverses  dispositions  préliminaires  étant  prises,  le  moxa  est  appliqué  : 
on  peut  l’allumer  préalablement  à  la  flamme  d’une  bougie;  mais  il  vaut 
mieux  y  mettre  le  feu  sur  place  au  moyen  d’un  charbon  incandescent  qu’on 
applique  sur  sa  base  supérieure.  La  combustion  se  continue  alors  lente¬ 
ment  et  d’une  manière  plus  ou  moins  égale,  suivant  que  le  moxa  est  plus 
ou  moins  bien  confectionné.  En  général,  il  est  utile  de  l’activer  et  de  la  ré¬ 
gulariser,  ce  que  l’on  fait  soit  en  soufflant  avec  un  chalumeau  de  cuivre 
recourbé  à  l’une  de  ses  extrémités  et  muni  à  l’autre  d’une  embouchure 
d’ivoire.  Soit  à  l’aide  d’un  soufflet  ordinaire  ou  bien  d’un  morceau  de 
carton  agité  à  la  manière  d’un  éventail.  Ces  divers  moyens  sont  bons,  mais 
le  chalumeau  et  surtout  le  soufflet  sont  ordinairement  préférables,  car  ils 
permettent  de  diriger  le  courant  d’àir  plus  particulièrement  sur  les  points  où 
il  est  le  plus  nécessaire,  c’est-à-dire  sur  ceux  où  le  moxa  brûle  avecle  moins 
d’activité. 

Sous  le  nom  de  moxa  tempéré,  Régnault  a  proposé  un  mode  particulier 


MOXA.  165 

d’application  du  moxa  pour  le  traitement  de  la  méningite  ;  il  consiste  à  le 
faire  brûler  séparé  du  tégument  par  l’interposition  d’un  morceau  de  drap 
mouillé;  l’effet  est  celui  d’un  vésicatoire  à  l’eau  bouillante. 

Enfin,  Bayle  a  recommandé,  pour  certains  cas,  de  tenir  le  moxa  en  igni- 
tion  à  une  certaine  distance  de  la  peau,  et  non  à  son  contact  immé¬ 
diat,  de  manière  qu’il  n’y  ait  ni  cautérisation  ni  vésication.  Employé 
ainsi,  dit-il,  il  stimule  doucement  les -parties  malades  et  y  excite  le  travail 
de  la  résolution  sans  déterminer  de  phlogose. 

Effets.  — ■  Au  début  de  la  combustion,  le  malade  ne  ressent  qu’une 
chaleur  douce  ;  mais  cette  chaleur,  s’accroissant  par  degrés  et  d’une  ma¬ 
nière  continue,  devient  extrêmement  vive  et  finit  par  provoquer  une 
douleur  des  plus  aiguës  qui  s’étend  à  une  certaine  distance;  lorsque  le 
feu  arrive  au  contact  de  la  peau,  la  sensation  de  brûlure  est  tellement 
intense,  que  souvent  elle  arrache  des  cris  aux  hommes  les  plus  courageux; 
à  ce  moment  on  entend  parfois  comme  de  petites  explosions,  que  produit 
la  rupture  de  l’épiderme  et  des  couches  superficielles  delà  peau  dont  la 
chaleur  vaporise  les  liquides.  Le  point  où  a  eu  lieu  l’application  présente 
une  eschare  sèche,  brune  à  son  centre,  jaune  à  sa  circonférence,  un  peu 
rayonnée  et  entourée  d’une  aréole  rouge  qui  ne  tarde  pas  à  disparaître.  La 
profondeur  de  cette  eschare  dépend  de  la  hauteur  et  du  degré  de  densité  du 
moxa  ;  elle  peut  intéresser  toute  l’épaisseur  du  tégument. 

Outre  ces  effets  immédiats,  le  moxa  en  a  de  secondaires  qui,  comme  à 
la  suite  de  toute  espèce  de  cautérisation,  consistent  dans  le  travail  inflam¬ 
matoire  que  provoque  la  présence  de  l’eschare  et  qui  amène  l’élimination 
de  celle-ci,  en  s’accompagnant  d’une  suppuration  plus  ou  moins  abondante 
et  prolongée  suivant  l’étendue  et  la  profondeur  de  la  plaie.  La  chute  de 
l’eschare  demande  en  général  une  dizaine  de  jours. 

Pansement.  —  Immédiatement  après  l’application,  la  douleur,  d’abord 
très- vive,  va  diminuant  et  se  calme  d’une  manière  en  général  assez  rapide  ; 
on  peut  la  soulager  au  moyen  de  compresses  humides  ou  de  cataplasmes 
émollients.  On  applique  ensuite  un  morceau  de  diachylum  qu’on  renou¬ 
velle  de  temps  en  temps,  absolument  comme  après  la  cautérisation  au 
moyen  de  la  pâte  de  Vienne.  Plus  tard,  après  la  chute  de  l’eschare,  on 
panse  simplement  si  l’on  veut  obtenir  une  cicatrisation  immédiate,  ou 
bien  avec  une  pommade  excitante  ou  des  pois  à  cautère  si  l’on  juge  à 
propos  d’entretenir  la  suppuration.  En  général,  on  regarde  comme  préfé¬ 
rable  de  laisser  la  plaie  se  cicatriser,  et  de  revenir  ultérieurement,  s’il  y  a 
lieu,  à  l’application  d’un  second  ou  de  plusieurs  moxas  successifs. 

Points  d’application.  —  On  peut  employer  le  moxa  sur  presque  tous 
les  points  de  l’enveloppe  cutanée  ;  Larrey,  qui  les  a  indiqués  dans  des  figures 
dessinées,  en  distinguant  les  lieux  d’élection  et  ceux  qu’il  nomme  de  né¬ 
cessité  ou  que  la  situation  propre  des  maladies  commande,  énumère  les 
parties  qui  doivent  faire  exception  :  la  portion  du  èrâne  qui  n’est  recouverte 
que  par  le  péricrane  et  la  peau,  certaines  parties  de  la  face,  telles  que  les 
paupières,  le  nez  et  les  oreilles,  le  trajet  du  larynx  et  de  la  trachée,  les  ma¬ 
melles,  les  organes  génitaux.  On  peut  dire  d’une  manière  générale  qu’il 


166  MUCILAGES. 

faut  éviter  d’appliquer  le  moxa  partout  où  il  se  trouverait  trop  rapproché 
de  vaisseaux  ou  de  nerfs  importants,  ou  bien  de  tendons  superficiels  ou  de 
saillies  osseuses. 

Emploi  Éhérapentîque.— Malgré  cette  dernière  exception,  c’est  peut- 
être  dans  le  traitement  des  tumeurs  blanches  des  articulations  qu’on  a  le 
plus  souvent  employé  le  moxa.  Les  autres  maladies  pour  la  guérison  des¬ 
quelles  on  s’en  est  avantageusement  servi,  sont  les  névralgies,  la  sciatique 
principalement,  certaines  paralysies,  la  pleurésie  chronique. 

Comme  nous  l’avons  dit,  on  n’a  plus  que  rarement  aujourd’hui  recours 
à  la  moxibustion.  Sans  tenir  compte  des  différences  d’action  que  lui  ont 
attribuées  ses  partisans,  les  chirurgiens  lui  préfèrent  les  autres  modes  de 
cautérisation,  principalement  celui  qui  se  pratique  à  l’aide  du  cautère  actuel. 
Ses  indications  se  confondent,  dureste,  avec  celles  de  la  cautérisation  révul¬ 
sive  ;  aussi,  sans  entrer  dans  plus  de  détails  à  cet  égard,  nous  nous  borne¬ 
rons  à  renvoyer  à  ce  mot  (voy.  tome  VI,  p.  588),  ainsi  qu’à  l’article 
Révulsion. 

COTHENET  (C.-J.-B.),  Diss.  méd.  chir.  sur  le  moxa.  Thèse  de  Paris,  1808. 

Crétin  (J.),  Propositions  sur  les  effets  et  les  applications  du  moxa.  Thèse  de  Paris,  1809. 
Larrey  (D.-J.),  De  l’usage  du  moxa,  in  Recueil  de  mém.  de  chir.  Paris,  1821.  —  Art.  moxa, 
in  Dict.  des  sc.  méd.,  t.  XXXIV,  1819. 

Percy  et  Laurent,  Moxibustion,  in  Dict.  des  sc.  méd.,  t.  XXXIV,  1819. 

Bayle  (J.)  On  the  Moxa.  Londres,  1825j  anal,  in  Arch.  gén  de  méd.,  1”  série,  t.  XVI. 
Wallace  (W.),  A  physiological  inquiry  respecting  the  action  of  Moxa.  Dublin,  1827. 

Vaidy,  Observ.  sur  les  bons  effets  du  moxa  dans  le  traitement  des  inllamm.  chron.  du  pou¬ 
mon  (Journ.  compl.  du  Dict.  des  sc.  méd.,  t.  VI). 

Wade,  De  la  congestion  atonique  du  cerveau  et  de  son  traitement  par  les  moxas  {Edinburg 
med.  and  surg.  Journ.  Avril.  1835,  trad.  in  Arch.  gén.  de  méd.,  2'  série,  t.  VIII.) 

NSTANT  (T.),  Note  sur  l’emploi  des  cautères  et  des  moxas  dans  le  traitement  de  la  ménin¬ 
gite  et  de  l’encéphalite  chez  les  enfants  {Bull,  de  thérap.,  t.  IX,  1835). 

Wolf,  Traitement  de  l’hypertrophie  de  la  rate  au  moyen  des  moxas  {Presse  méd.  belge, 
avril,  1858,  et  Bull,  de  thérap.,  t.  LIV,  1858). 

A.  Gauchet. 

MÜCÉDKVÉES  Yoy.  Parasites  végétaux. 

MIJCIEACiES.  —  Mucilago  (de  yOla,  mucosité).  On  donne  ce  nom  à  des 
médicaments  extemporanés  d’une  consistance  visqueuse  qu’ils  doivent  à 
l’arabine,  à  la  bassorine  ou  à  des  substances  analogues,  et  que  l’on  obtient 
le  plus  ordinairement  par  l’action  de  l’eau  sur  les  matières  gommeuses. 
L’eau  est  le  seul  véhicule  dont  on  puisse  faire  usage  ici,  car  la  gomme  ne 
se  dissout  ni  dans  l’alcool  ni  dans  l’éther.  Les  mucilages  sont  rarement  em¬ 
ployés  seuls;  tantôt  ils  servent  à  donner  une  consistance  de  pâte  aux 
éléments  qui  entrent  dans  la  composition  des  tablettes,  tantôt  ils  intervien¬ 
nent  pour  émulsionner  les  corps  gras,  les  résines  ;  tantôt  enfin  on  met  à 
contribution  leur  viscosité  pour  suspendre  dans  les  potions,  les  collyres, 
des  poudres  insolubles-  Les  principes  gommeux  que  l’on  rencontre  dans 
quelques  plantes  sont  pourtant  quelquefois  utilisés  directement  ;  c’est  ainsi 
que  les  feuilles  des  Borraginées,  de  plusieurs  Malvacées,  les  racines  de 
mauve  et  de  guimauve,  les  semences  de  lin,  de  coing,  de  psyllium,  le 
salep  doivent  à  la  gomme  ou  à  un  principe  analogue  des  propriétés  qui 


MUCILAGES. 


167 


font  ranger  ces  substances  végétales  dans  la  classe  des  émollients.  On 
comprend  que,  selon  l’indication  que  l’on  se  propose  de  remplir,  la  con¬ 
sistance  des  mucilages  doit  varier  ;  c’est  un  but  que  l’on  atteint  aisément 
en  faisant  entrer  une  quantité  d’eau  plus  ou  moins  considérable  dans  la 
préparation. 

Préparation.  —  La  préparation  des  mucilages  est  fort  simple  :  si  la 
substance,  comme  la  gomme  arabique,  est  complètement  soluble  dans  l’eau, 
on  obtient  la  dissolution  par  trituration  au  mortier.  Il  convient  de  rie  point 
faire  intervenir  la  chaleur  pour  faciliter  l’opération,  car  alors  la  gomme 
deviendrait  acide;  mais  on  peut  avoir  recours  à  l’adjonction  d’une  sub¬ 
stance  non  mucilagineuse,  telle  que  le  sucre,  qui  favorisera  la  dissolution. 
Si  l’on  emploie  la  gomme  adragant,  dont  une  partie  seulement  {arahine)  se 
dissout,  tandis  que  l’autre  [bassorine]  reste  en  suspension,  il  importe  de 
favoriser  l’action  de  l’eau  par  un  contact  prolongé.  Enfin,  lorsque  la  ma¬ 
tière  mucilagineuse  est  emprisonnée  dans  la  trame  végétale  (semences  de 
lin,  de  coing,  etc.,  etc.),  il  faut  soumettre  les  matières  convenablement 
divisées  à  une  digestion  plus  ou  moins  longue.  Dans  tous  les  cas,  le 
liquide  obtenu  doit  être  passé  avec  expression  à  travers  un  linge.  Quand 
les  mucilages  sont  destinés  à  la  préparation  des  tablettes,  on  remplace 
quelquefois  l’eau  ordinaire  par  une  eau  distillée  aromatique. 

Les  mucilages  sont  le  plus  ordinairement  blancs  ou  incolores,  mais 
celui  de  guimauve  est  jaunâtre,  ceux  de  lin,  de  psyllium,  de  coing  sont 
légèrement  rougeâtres  ;  ces  colorations  sont  dues  à  des  matières  extrac¬ 
tives.  Ce  sont  des  médicaments  très-altérables,  subissant  rapidement  la 
fermentation  acide  et  perdant  leur  consistance  sous  cette  influence  ;  il  con¬ 
vient  donc  de  ne  les  préparer  qu’au  fur  et  à  mesure  du  besoin. 

Le  Codex  de  1866  a  indiqué  les  mucilages  suivants  : 

Mucilage  de  Coing. 

Semences  de  coing .  1  gram. 

Eau  tiède .  5  — 

Laissez  en  contact  pendant  six  heures,  en  agitant  de  temps  en  temps, 
passez  avec  expression. 

Préparez  de  la  même  manière  les  mucilages  de  semences  de  lin,  de  se¬ 
mences  de  psyllium. 

Mucilage  de  Gomme  arabique. 


Poudre  de  gomme  arabique .  tOO  gram. 

Eau  froide . . .  100  — 


Divisez  exactement  dans  un  mortier  de  marbre. 

Mucilage  de  Gomme  adragant. 


Gomme  adragant  entière .  10  gram. 

Eau  froide .  90  — 


Mondez  la  gomme,  laissez  en  contact  avec  l’eau  pendant  douze  heures. 


168  MUGUET.  —  définition.  —  historiqde. 

Quand  elle  sera  bien  gonflée,  passez  avec  forte  expression,  et  battez  le 
mucilage  dans  un  mortier  de  marbre. 

A.  Héraüd. 

niUGIJET.— Définition,  Synonymie.  —  On  donne  lenom  ieMuguet 
à  une  affection  spéciale  de  la  cavité  buccale,  caractérisée  par  la  production 
d’une  substance  blanchâtre  caséeuse,  composée  par  les  éléments  d’un  para¬ 
site  végétal  {l’oidïum  aïbicans)  et  une  prolifération  épithéliale  dont  le  déve¬ 
loppement  est  soumis  à  certaines  conditions  particulières. 

En  raison  de  sa  couleur,  qui  rappelle  la  plante  de  ce  nom,  le  muguet 
avait  été  désigné  sous  le  nom  de  Blanchet,  et  pour  donner  une  idée  de  la 
disposition  granulée  de  ce  produit  caséiforme,  on  l’avait  baptisé  de  celui  de 
Millet. 

La  confluence,  quand  elle  existait,  le  fit  confondre  avec  les  fausses  mem¬ 
branes,  et  l’appellation  de  stomatite  pseudomembraneuse  lui  fut  aussi 
appliquée. 

Aperçu  historique.  —  Connu  de  toute  antiquité,  mais  confondu  avec 
les  stomatites  accompagnées  de  productions  blanchâtres,  le  muguet  ne  com¬ 
mence  à  être  bien  nettement  séparé  des  autres  affections  de  la  bouche  que 
vers  le  18'  siècle  (Arnault,  Louis,  Choppart). 

On  s’efforça  surtout,  alors,  de  démontrer  que  le  muguet  offrait  pour  ca¬ 
ractère  essentiel  une  inflammation  compliquée  d’une  exsudation  blanchâtre 
et  crémeuse. 

Puis,  avec  Bretonneau,  vint  l’histoire  de  la  diphthérie,et  dès  lors  Blache, 
Lélut  classèrent  le  muguet  dans  la  catégorie  des  affections  pseudomembra¬ 
neuses.  Son  existence  fut  également  constatée  chez  l’adulte,  et  depuis  cette 
époque  tous  les  auteurs.  Billard,  Blache,  Trousseau,  comparèi’ent  au  mu¬ 
guet  des  enfants  le  muguet  des  adultes. 

Valleix,  vers  1838,  en  subordonna  la  pathogénie  à  l’entérite  et  à  l’érythème 
des  fesses.  Cette  étiologie  ne  remontait  pas  assez  loin.  L’entérite  et  l’erythème 
des  fesses  prennent  eux-mêmes  leur  source  dans  les  conditions  misérables 
échues  aux  petits  enfants  incomplètement  ou  grossièrement  alimentés 
(athrepsie  de  Parrot.) 

Jusqu’aux  travaux  de  Berg  (de  Stockholm,  18â2),  le  muguet  était  considéré 
comme  une  affection  pseudomembraneuse.  Ce  naturaliste  distingué  démon¬ 
tra  qu’il  s’agissait  de  moisissures  microscopiques,  et  décrivit  le  cryptogame 
qui  les  constituait.  On  put  ainsi  s’expliquer  la  transmissibilité  notée  pré¬ 
cédemment  par  les  auteurs  contemporains. 

Enfin,  les  remarquables  recherches  de  Gubler  sur  l’acidité  nécessaire  de 
la  cavité  buccale  (1852),  la  minutieuse  description  du  champignon  caracté¬ 
ristique  du  muguet  par  Ch.  Robin  (1853),  achevèrent  de  préciser  l’anatomie 
pathologique  et  Pétiologie  de  cette  affection  parasitaire. 

Bon  nombre  de  conditions  étiologiques  ont  été  patiemment  étudiées  par 
Seux,  de  Marseille. 

Dans  ces  derniers  temps,  le  professeur  Parrot  fit,  à  l’hôpital  des  Enfants 
assistés,  des  leçons  intéressantes  sur  le  muguet,  et  parvint  à  prouver  que 


MUGUET.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE. 


les  concrétions  sont  dépourvues  d’éléments  inflammatoires  proprement 
dits,  et  qu’elles  reconnaissent  pour  point  de  départ  l’état  général  des 
enfants  tombés  au  dernier  degré  de  misère  physiologique. 

Dans  un  excellent  article  du  Dictionnaire  des  sciences  médicales,  Archam¬ 
bault  a  résumé  les  opinions  contemporaines  sur  la  matière,  et  présenté 
avec  habileté  toutes  les  questions  litigieuses  et  pratiques  qui  s’y  rattachent. 
Je  partage  entièrement  l’opinion  de  ces  derniers  auteurs,  qui  ne  recon¬ 
naissent  point  au  muguet  d’autre  rôle  que  celui  d’un  épiphénomène,  d’une 
valeur  différente  suivant  les  circonstances.  Pourtant,  je  ne  veux  pas  cacher 
non  plus  que  je  suis  moins  exclusif,  et  que  je  crois  à  la  germination,  ex¬ 
cessivement  rare,  il  est  vrai,  de  la 
mucédinée,  sous  l’influence  d’agents 
locaux  qui  irritent  la  muqueuse  et 
acidifient  les  liquides  de  la  bouche 
sans  atteindre  le  reste  de  l’économie. 

—  J’ai  sous  les  yeux  actuellement 
encore  un  bel  enfant  de  deux  mois, 
qui  est  atteint  de  muguet  idiopa¬ 
thique  par  le  seul  fait  de  la  négligence 
de  la  garde  et  de  la  malpropreté  du 
biberon. 

Cette  nuance  sera  mise  en  évi¬ 
dence  en  temps  et  lieu,  quand  nous 
étudierons  l’étiologie  et  la  nature 
de  l’affection  qui  nous  occupe. 

Anatomie  pathologiqne.  — 

Les  plaques  blanches  caséiformes 
dont  sont  recouvertes  les  parties  at¬ 
teintes  de  muguet,  sont  constituées 
par  des  filaments,  des  spores,  et  des 
cellules  épithéliales.  —  D’après  la 
description  de  Ch.  Robin,  voici  la 
disposition  de  ces  éléments  micro¬ 
scopiques. 

1°  Des  filaments.  —  Ces  filaments  sont  des  tubes  à  bords  nettement 
accusés,  parallèles,  dont  le  centre  est  transparent,  légèrement  ambré,  et 
le  diamètre  de  00““  003  à  0““  004  rarement  moins  (fig.  14). 

Ces  filaments  sont  simples  (à  l’état  naissant),  ou  ramifiés  (à  l’état  com¬ 
plet  de  développement). 

Examinés  plus  attentivement,  on  trouve  ces  filaments  et  leurs  branches 


(*)  Tous  sont  cloisonnés  d’espace  en  espace  et  un  peu  étranglés  à  ce  niveau  («,«).  — c,c,  cellules  ovoïdes 
des  tubes.  —  i.d,  ramifications  des  tubes.  —  e,  ramifications  formées  par  une  seule  cellule  arrondie,  qui 
commencent  à  se  développer.  —  g,  prolongement  de  la  spore  d’origine.  —  h,  spores  qui  ont  germé  sur  une 
plaque  de  verre  humide.  —  i,i,  cellules  sphériques  ou  ovoïdes  volumineuses  de  l’extrémité  terminale  des 
tubes  complètement  développées.  —  ft.fc,  cellules  ovoïdes  articulées  bout  à  bout  qui  représentent  proba¬ 
blement  autant  de  spores  prêtes  à  se  détacher.  (Robin,  Végétaux  parasites.) 


170 


MUGUET.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE. 


remplis  de  cellules  allongées  qui  cloisonnent  les  tubes  d’espace  en  espace, 
leur  donnent  un  aspect  régulièrement  étranglé. 

Les  ramifications  prennent  naissance  sur  le  tube  au  niveau  ou  un  peu 
au-dessous  de  l’étranglement,  sans  jamais  communiquer  avec  la  cavité  des 
cellules. 

Ces  cloisonnements  cellulaires,  ces  chambres,  comme  les  désigne  Chaides 
Robin,  sont  remplies  par  une  substance  homogène  transparente,  dans 
laquelle  s’agitent,  mus  par  un  mouvement  brownien,  quelques  granules 
de  teinte  foncée  de  0”“  001  à  0”“”  002  de  diamètre.  Parfois,  au  lieu  de  gra¬ 
nules,  on  trouve,  dans  ces  espaces  cloisonnés,  de  véritables  cellules  petites 
et  ovales,  dont  la  paroi  brillante  se  distingue  du  bord  foncé  du  filament  tu¬ 
buleux. 

Si  l’on  examine  les  deux  extrémités  des  filaments,  on  trouve  que  l’extré¬ 
mité  adhérente,  placée  au  centre  d’amas  de  spores  et  de  cellules  épithé¬ 
liales,  a  sa  première  cellule  en  communication  directe  avec  une  spore  dont 
elle  n’est  que  le  prolongement,  et  que  l’extrémité  libre  des  ramifications, 
comme  des  filaments  principaux,  se  termine  par  une  cellule  arrondie  plus 
grosse  que  celle  qui  la  précède. 

Cette  grosse  cellule  est  probablement  la  cellule  arrivée  à  son  apogée  qui 
va  se  détacher  prochainement,  et  la  cellule  contenue  dans  les  chambres  re¬ 
présente  la  spore  naissante  Et  la  preuve,  c’est  que  la  spore  qui  est  le  point 
de  départ  du  filament  à  son  extrémité  adhérente  contient,  comme  les  petites 
cellules  des  espaces  cloisonnés,  2  à  3  granules  agités  de  mouvement  brow¬ 
nien  et  du  même  volume  que  les  précédents. 

2°  Spores.  —  Disséminées  autour  et  à  l’origine  des  filaments,  les  spores 
sont  ou  sphériques,  ou  un  peu  ovales,  douées  de  la  propriété  de  réfracter 
la  lumière,  contenant  une  poussière  fine  et  1  à  2  granules  agités  par  un 
mouvement  brownien.  Ces  spores,  ou  bien  flottent  librement,  rarement 
accolées  ensemble,  ou  bien  sont  adhérentes  et  superposées  aux  plaques 
épithéliales  (fig.  15  et  16). 

Quinquaud,  se  fondant  sur  certains  détails  d’histoire  naturelle  (spores  vo¬ 
lumineuses,  filaments  munis  de  crampons,  spores  très-granuleuses),  ne 
reconnaît  point  dans  les  cryptogames  du  muguet  les  caractères  de  l’oïdium, 
et  il  l’appelle  tube-spore  [syringospora,  de  (TÙp-yÇ,  arropà,  tube-spore),  classi¬ 
fication  nouvelle  qui  ne  trouve  point  d’analogue. 

Telle  est  la  composition  intime  d’une  plaque,  ou  d’un  grain  de  muguet. 
Quant  à  la  disposition  relative  des  éléments  filaments,  spores  et  cellules 
épithéliales,  on  remarque  que  les  cellules  épithéliales  forment  une  couche 
serrée  à  la  surface  de  la  muqueuse  et  qu’elles  s’écartent  à  mesure  qu’on 
s’en  éloigne  pour  faire  place  aux  spores  et  aux  filaments. 

Au  début,  le  muguet  est  surtout  formé  par  l’épithélium;  plus  tard  se  dé¬ 
veloppe  le  parasite  végétal.  C’est  à  l’oïdium  que  le  muguet  doit  sa  colora¬ 
tion  blanche.  Jamais  on  n’a  trouvé  de  fibrine  ni  de  pus  dans  la  matière 
caséeuse  du  muguet. 

Quinquaud  dit  y  avoir  vu  quelques  leucocytes. 

La  disposition  relatée  ci-dessus,  abondance  des  cellules  épithéliales  à  la  sur- 


MUGUET.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE. 


face  muqueuse,  rareté  relative  de  ces  mêmes  cellules  dans  les  parties  dé¬ 
couvertes,  permet  d’expliquer  plusieurs  phénomènes  :  d’abord  la  plus  grande 
consistance  et  la  plus  grande  adhérence  des  plaques  et  des  grains  de  muguet 
à  leur  origine  première,  et  leur  diffluence  et  leur  séparation  facile  quand 
l’affection  parasitaire  est  arrivée  à  l’époque  de  la  maturité.  Il  n’est  donc  pas 
vrai,  comme  le  pensait  Lelut,  que  le  muguet  se  développe  sous  l’épithélium. 
Son  cryptogame,  au  contraire,  prend  naissance  dans  les  cellules  épithé¬ 
liales  multipliées,  que  ses  spores  et  ses  filaments  dissocient  par  leur 
fructification.  L’oïdium  peut  gagner,  d’ailleurs,  l’épithélium  des  glandes  de 
la  base  de  la  langue  et  les  renfler  en  houppes  à  la  surface  de  cet  organe. 


Fig.  15.  —  Fragment  d’une  plaque  de  fausse  membrane  du  muguet,  vu  à  360  diamètres,  entre¬ 
mêlée  de  cellules  d’épithélium  imbriquées,  plus  ou  moins  masquées  par  des  groupes  de 
spores  rondes  ou  ovales  et  par  des  filaments  tubuleux  du  champignon  oïdium  albicans  (^‘). 

En  résumé,  les  grains  blanchâtres  du  muguet  sont  composés  ;  1°  de  cel¬ 
lules  épithéliales  proliférées  à  la  surface  de  la  muqueuse  ;  2“  puis,  en  s’éloi¬ 
gnant  de  cette  couche  primitive,  de  cellules  épithéliales  dissociées,  entre  les¬ 
quelles  et  sur  lesquelles  on  trouve  des  spores  libres  ou  agglutinées  ;  3°  enfin, 
de  ces  spores  naissent  des  filaments  simples  ou  ramifiés,  cloisonnés  et  conte¬ 
nant  des  éléments  granuleux  agités  de  mouvement  brownien  comme  les 
spores,  dont  ils  ne  sont  que  l’évolution  plus  achevée  ;  d’ailleurs,  pas  d’élé¬ 
ments  fibrineux,  pas  de  globules  de  pus,  à  peine  quelques  leucocytes  : 
telle  est  la  composition  intime  du  muguet. 

Si,  continuant  les  recherches  anatomo-pathologiques  de  cette  affection, 


MUGDET.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIOÜE. 


nous  l’étudions  à  l’œil  nu,  nous  trouvons  que  la  cavité  buccale  est  son 
siège  de  prédilection,  et,  dans  celle-ci,  la  muqueuse  linguale  le  point  pi’i- 
mitivement  atteint.  Par  ordre  de  fréquence,  viennent  ensuite  les  joues,  le 
voile  du  palais  et  les  gencives.  Tantôt  isolé,  composé  de  quelques  grains, 
tantôt  confluent,  constitué  par  des  plaques  réunies  sur  la  plus  grande  par¬ 
tie  de  la  langue  et  des  joues,  le  muguet  peut  enfin  se  trouver  généralisé  à 
toute  ou  presque  toute  la  cavité  buccale.  Il  ne  faudrait  pas  juger  cette  dis¬ 
position  sur  le  cadavre,  où  parfois  elle  a  disparu  par  suite  de  l’exfoliation 
épithéliale  des  derniers  moments  de  la  vie. 

Les  concrétions  enlevées,  on  trouve  la 
,  muqueuse  lisse,  luisante,  comme  vernissée. 

'  '  “  °  Les  saillies  papillaires  ne  persistent  point 

après  la  mort;  en  outre,  cette  muqueuse 
I  est  rouge,  un  peu  épaissie. 

En  dehors  de  la  bouche,  le  muguet  peut 
atteindre  le  pharynx,  en  gagnant  de  proche 
en  proche  l’isthme  du  gosier,  l’épiglotte. 
Rarement  il  s’étend  à  la  face  postérieure  du 
1,  pharynx  et  jamais  on  ne  le  voit  se  pro- 
p  pager  dans  la  cavité  des  fosses  nasales,  ni 
dans  la  trompe  d’Eustache.  Gomme  il  appa- 
\K\^ -a  raît  postérieurement  au  muguet  buccal,  le 

pharynx  offre  une  adhérence 
plus  intime,  ce  qui  est  en  rapport  avec  nos 
connaissances  actuelles  sur  la  composition 
grain  jeune  ou  vieux  du  muguet  en  gé- 

'  \  Dans  la  moitié  des  cas,  le  produit  parasi- 

t^ire  se  rencontre,  dans  le  pharynx,  localisé 
)  le  plus  ordinairement  au  voisinage  de  la 

Z.  base  de  la  langue.  Bien  plus  fréquemment, 

Fig.  6. -Portion  de  la  même  plaque  tiers  des  cas,  l’œSOphage  est 

de  muguet  avec  des  lamelles  épi-  envahi  par  le  cryptogame,  qui  se  dispose 
théiiales  imbriquées,  recouvertes  gjj  lignes  longitudinales 'irrégulières, 
complètement  ou  en  partie  par  des  ..  .  ,  ..  ... 

spores  (*)  ®oit  en  grains  epars,  soit  en  zones  circulaires 

plus  ou  moins  confluentes,  mais  s’arrêtant 
dans  tous  les  cas  un  peu  au-dessus  du  cardia.  Très-exceptionnellement 
on  trouve  l’œsophage  tout  entier  tapissé  par  un  muguet  confluent  (Seux, 
de  Marseille).  Très-rarement  aussi  il  franchit  le  cardia. 

Lelut  et  Valleix  avaient  bien  admis  la  possibilité  du  développement 
du  muguet  dans  l’estomac,  mais  il  appartenait  à  Parrot  de  démontrer 
sa  germination  sur  la  muqueuse  stomacale.  La  lecture  des  observa¬ 
tions  produites  à  l’appui  ne  permet  plus  le  moindre  doute  à  cet  égard. 


MUGUET.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIfiDE.  173 

ni  cette  supposition  de  la  déglutition  des  grains  agglomérés  de  mucédinées 
libres  de  toute  adhérence.  Le  muguet  se  présente  dans  l’estomac  sous  l’as¬ 
pect  de  petites  éminences  isolées  ou  rapprochées,  de  couleur  jaunâtre, 
du  volume  d’un  petit  pois  à  un  grain  de  millet,  quelquefois  en  forme  de 
cupules  arrondies  ;  elles  siègent  toujours  de  préférence  sur  les  courbures, 
plutôt  sur  la  petite  et  le  cardia,  que  sur  la  grande  et  le  pylore. 

Au  microscope,  les  filaments  pénètrent  non-seulement  l’épithélium , 
mais  encore  la  muqueuse  et  le  tissu  sous-muqueux  (Parrot).  La  formation 
des  godets  ne  dépendrait  que  de  l’âge  plus  avancé  du  cryptogame  au  centre 
de  ces  amas  parasitaires. 

Si  la  présence  du  muguet  dans  la  cavité  stomacale  est  un  fait  tout  à 
fait  exceptionnel,  il  est  encore  bien  plus  rare  de  le  rencontrer  dans  les  di¬ 
verses  sections  de  l’intestin.  Seux,  qui  le  décrit  à  l’œil  nu,  sans  l’interven¬ 
tion  probante  du  microscope  (ce  qui  est  très-regrettable),  dit  l’avoir  observé 
dans  le  petit  comme  dans  le  gros  intestin,  et  cela  seulement  trois  fois  sur 
cent  vingt-trois  ouvertures  de  cadavres  d’individus  morts  atteints  de  mu¬ 
guet.  Quoi  qu’il  en  soit,  la  description  qu’il  en  fait  permet  de  croire  à  l’ab¬ 
sence  d’erreur  sur  ce  point.  Car,  dit-il,  c’étaient  de  petits  grains  de  semoule, 
analogues  comme  apparence  aux  grains  du  muguet,  ne  se  détachant  point 
par  un  simple  filet  d’eau,  mais  seulement  par  le  raclage  avec  le  manche 
du  scalpel.  Enfin,  Robin  et  Bouchut  assurent  avoir  vu,  chacun  dans  un 
cas  différent,  le  muguet  sur  la  muqueuse  et  au  pourtour  de  l’anus. 

Lelut  avait  rencontré  le  muguet  dans  le  larynx,  et  jamais  au  delà  dans 
les  voies  respiratoires.  Parrot  a  fixé  définitivement  la  science  sur  cette 
question.  11  a  vu,  lui  aussi,  le  cryptogame  sur  les  cordes  vocales,  adhérant 
moins  ici  que  sur  l’estomac ,  mais  pour  le  moins  autant  que  sur  le 
pharynx  et  la  face  antérieure  de  l’épiglotte.  Un  filet  d’eau  ne  le  détache 
point,  mais  il  cède  aisément  au  raclage  du  manche  du  scalpel. 

Dans  un  seul  cas,  Parrot  a  constaté  des  tubes  sporifères  d’oïdium  et  des 
spores  dans  le  parenchyme  pulmonaire.  Dans  le  sommet  droit  du  poumon 
d’un  enfant  âgé  de  treize  jours  mort  d’un  muguet  abondant,  il  trouva  une 
petite  masse  du  volume  d’un  noyau  de  cerise,  un  peu  plus  consistante  que  le 
tissu  pulmonaire,  dont  la  coupe  ne  rappelait  ni  le  tubercule,  ni  la  pneumo¬ 
nie,  ni  les  vacuoles,  et  qui,  sous  le  champ  du  microscope,  offrit  les  fila¬ 
ments  de  l’oïdium  albicans. 

Selon  toute  probabilité,  une  spore  entraînée  par  l’inspiration  s’était  fixée 
et  avait  germé  dans  ce  point.  Si  le  noyau  s’était  formé  par  une  agglomé¬ 
ration  simplement  aspirée  de  spores  et  de  filaments,  l’autopsie  aurait  ré¬ 
vélé,  non  pas  une  seule  induration,  mais  une  série  de  noyaux  formés  par 
la  mucédinée  disséminée. 

Le  mamelon  des  nourrices  des  enfants  atteints  de  muguet  devient  parfois 
un  terrain  favorable  au  développement  du  champignon  et  sert  alors  d’ins¬ 
trument  contagieux  d’un  nourrisson  à  un  autre.  11  n’y  a  rien  là  que  de 
très-simple  et  de  très-naturel. 

Sur  le  reste  du  cadavre  on  trouvera  des  lésions  initiales,  ou  concomi¬ 
tantes,  qui  ont  entraîné  la  mort  et  dont  le  muguet  a  été  la  manifestation 


174- 


MDGUET.  —  SYMPTOMATOLOGIE. 


éloignée  et  secondaire.  Ce  sont  des  tubercules  osseux,  pulmonaires,  gan¬ 
glionnaires,  des  abcès  ossifluents,  des  entérites,  des  gastro-entérites,  etc. ,  etc. , 
toutes  les  lésions,  en  un  mot,  qui  conduisent  les  malades  à  l’état  de  con¬ 
somption  mortelle. 

Symptomatologie.  — Le  muguetsedéveloppeà  tous  les  âges  de  la  vie, 
chez  l’enfant,  chez  l’adulte  et  le  vieillard.  Il  est  toujours  un  épiphénomène 
d’un  désordre,  soit  passager,  soit  profond  et  durable  de  la  santé. 

On  le  voit  exceptionnellement  apparaître  chez  des  individus  exempts  de 
toute  cachexie,  de  toute  maladie,  par  le  seul  fait  de  la  contagion  locale.  De 
là  cette  division  surannée  de  muguet  symptomatique  et  muguet  idiopa¬ 
thique. 

Dès  le  début,  les  petits  enfants  éprouvent  une  gêne  marquée,  plus  tard 
une  véritable  douleur  à  exercer  la  succion  du  sein.  On  les  voit  saisir,  puis 
abandonner  le  mamelon  à  diverses  reprises,  en  témoignant  à  chaque  fois, 
par  des  cris  répétés,  les  sensations  pénibles  qu’ils  éprouvent. 

Si  dès  les  premiers  moments  on  vient  à  rechercher  la  cause  de  cette  dou¬ 
leur,  on  ne  tarde  pas  à  constater  que  la  muqueuse  buccale  est  colorée  d’un 
rouge  vif,  d’abord  à  la  pointe  de  la  langue,  puis  à  toute  sa  surface.  En  même 
temps,  elle  se  couvre  de  saillies  papillaires  comme  au  troisième  ou  au  qua¬ 
trième  jour  de  la  scarlatine.  Quelquefois  elle  semble  au  contraire  lisse,  moins 
humide,  visqueuse,  prête  à  saigner,  d’une  sensibilité  exagérée  au  toucher. 
Gubler  a  fait  en  outre  remarquer  que  ces  symptômes,  la  douleur,  l’état 
papillaire  ou  lisse  de  la  muqueuse,  s’accompagnaient  d’acfdfté  de  la  salive, 
qui  a  une  réaction  alcaline  à  l’état  normal.  Cette  modification  est  plus  con¬ 
stante  que  la  rougeur  et  l’état  papillaire  de  la  muqueuse  et  facilite  la  pro¬ 
lifération  des  spores  et  des  tuhesde  l’oïdium  (Gubler). 

A  ces  prodromes,  on  voit  succéder  au  bout  de  deux  ou  trois  jours  les 
pointshlancs  et  crémeux  du  muguet. 

C’est  à  la  face  supérieure  de  la  langue,  vers  la  pointe,  que  commence 
cette  évolution,  sous  l’aspect  d’un  semis  de  grains  blancs,  qui  se  touchent 
et  s’accumulent  petit  à  petit.  De  là,  les  concrétions  caséeuses  gagnent  les 
bords  de  la  langue,  puis,  par  ordre  de  fréquence,  la  partie  inférieure  de  cet 
organe,  la  surface  interne  de  la  paroi  buccale  des  lèvres,  de  la  voûte  pala¬ 
tine  et  des  gencives.  Presque  jamais  on  ne  les  voit  se  fixer  dans  le  sillon  gen- 
civo-buccal,  faute  d’air  probablement.  Les  grains  de  muguet  peuvent  être 
isolés,  discrets,  ressembler  à  delà  semoule  ;  d’autres  fois,  ils  sont  de  forme 
conique,  ou  irrégulière,  à  base  large  ;  enfin  on  les  trouve,  dans  certains  cas, 
sous  l’aspect  de  saillies  déprimées  au  centre  comme  un  petit  godet  de  fa- 
vus. 

Souvent  aussi  ces  granulations  blanchâtres  se  réunissent  en  plaques  con¬ 
tinues  qui  enveloppent  toute  la  surface  linguale  ;  sur  la  face  interne  des 
joues,  elles  revêtent  l’aspect  de  lait  coagulé,  le  dépôt  est  plus  épais  et  cor¬ 
respond  à  l’interstice  intermaxillaire. 

S’il  atteint  la  voûte  palatine  et  le  voile  du  palais,  le  cryptogame  ne  se 
développe  point  en  couches  aussi  compactes.  Quelquefois  on  l’a  vu  s’étendre 
en  plaques  circinées. 


MUGUET.  —  SYMPTOBATOLOGIE. 


175 


Sur  la  partie  postérieure  des  lèvres,  il  présente  les  mêmes  caractères  de 
consistance  et  d’adhérence  qu’à  la  surface  de  la  muqueuse  des  joues.  Mais 
la  région  où  l’adhésion  est  la  plus  forte  est,  sans  contredit,  la  surface  de  la 
langue  dont  les  sillons  et  les  papilles  favorisent  davantage  la  cohésion  des 
cellules  épithéliales  superposées. 

D’ailleurs,  nous  savons  que  l’âge  du  champignon  influe  sur  cette  parti¬ 
cularité  et  qu’elle  s’accuse  bien  plus  au  début  qu’à  la  fin  de  l’évolution  des 
grains  de  muguet.  Les  couches  épithéliales,  pi’imitivement  très-adhérentes, 
sont  dissociées  par  la  prolifération  des  spores  et  des  filaments  de  l’oïdium 
albicans. 

Blanc  dans  les  premiers  moments,  le  muguet  devient  jaune  à  mesure  que 
l’air  atteint  le  produit  parasitaire.  Parfois,  cependant,  dans  les  cas  d’évolu¬ 
tion  très-prompte,  toute  la  cavité  buccale  paraît  couverte  d’un  enduit 
formé  par  du  lait  caillé. 

Si  Ton  vient  à  racler  la  surface  atteinte,  on  découvre  la  muqueuse  rouge, 
injectée,  ordinairement  lisse,  parfois  couverte  de  papilles,  mais  nullement 
ulcérée  ni  saignante.  Un  vernis  épithélial  mince  la  protège  encore  contre  le 
contact  de  l’air,  et  le  sang  ne  s’échappe  des  capillaires  que  par  le  fait  d’une 
manœuvre  pratiquée  avec  une  trop  grande  violence. 

Une  fois  détaché,  le  produit  caséiforme  se  laisse  écraser.  Il  n’offre  pas 
cette  apparence  de  texture,  de  consistance  et  d’élasticité  qu’on  peut  con¬ 
stater  par  l’examen  des  fausses  membranes. 

La  reproduction  du  végétal  se  fait  en  peu  d’instants  et  elle  suit,  à  cet 
égard,  l’état  d’acidité  de  la  salive.  Si  le  papier  de  tournesol  accuse  encore 
une  forte  acidité,  le  cryptogame  renaîtra  ;  si  le  liquide  buccal  devient  alca¬ 
lin,  le  muguet  diminuera  et  finira  par  complètement  disparaître. 

Il  existe,  dans  certains  cas,  des  ulcérations  plus  ou  moins  superficielles  de 
la  voûte  palatine.  D’une  forme  ovalaire,  elles  peuvent  être  masquées  par 
une  couche  de  champignons,  dont  l’ablation  avait  fait  croire  à  un  dépouil¬ 
lement  constant  et  préalable  de  la  muqueuse,  ce  qui  est  une  erreur.  La  mu¬ 
queuse,  sans  la  concrétion  de  la  mucedinée,  reste  toujonrs  enduite  d’une 
couche  d’épithéliun. 

Sur  les  enfants  athrepsiés,  Parrot  a  signalé  des  ulcérations  assez  fré¬ 
quentes  au  niveau  des  apophyses  ptérygoïdes,  et  qu’il  désigne  sous  le  nom 
de  ptérygoïdiennes. 

Ces  ulcérations,  quel  que  soit  leur  siège,  dépendent  de  l’état  cachectique 
des  individus  et  ne  sont  pas  produites  par  l’évolution  du  muguet. 

Ici  se  termine,  à  proprement  parler,  la  description  des  symptômes  du 
muguet. 

L’état  général,  en  effet,  varie,  non  pas  en  raison  de  l’influence  du  déve¬ 
loppement  du  champignon,  mais  bien  suivant  les  causes  qui  l’ont  fait  naître. 

Dans  un  grand  nombre  de  cas,  le  muguet  est  précédé  d’une  entérite  qui 
se  continue  et  peut  s’aggraver  pendant  son  évolution.  Mais  à  ceux  qui 
pensent,  comme  Valleix,  que  la  diarrhée  est  un  symptôme  se  rattachant  au 
muguet,  on  peut  aisément  objecter  que,  sur  305  cas,  Seux  n’a  constaté  la 
diarrhée  que  97  fois.  C’est  l’inverse  qu’il  faut  affirmer,  savoir  :  la  gastro- 


176  MUGUET.  —  diagnostic. 

entérite  grave  amenant  l’épuisement  des  enfants,  est  une  des  causes  fré¬ 
quentes  du  muguet. 

Je  n’ai  point  parlé,  dans  la  période  prodromique  du  muguet,  de  l’éry¬ 
thème  des  fesses,  qui  n’est  qu’un  fait  secondaire  à  l’entérite  et  qui  se  mani¬ 
feste  dans  tous  les  cas  où  les  matières  diarrhéiques  restent  en  contact  plus 
ou  moins  prolongé  avec  la  peau  des  enfants.  Aussi  manque-t-il  ou  s’ob¬ 
serve-t-il  suivant  les  conditions  réalisées  on  non  pour  sa  production. 

Le  vomissement  n’est  pas  non  plus  un  symptôme  du  muguet  ;  il  se  mon¬ 
tre  chaque  fois  que  l’estomac  est  irrité  par  une  alimentation  trop  grossière, 
ou  bien  ramolli  dans  la  période  ultime  des  états  cachectiques  ;  mais  le  déve¬ 
loppement  du  muguet  n’a  en  aucune  façon,  sur  l’apparition  de  ce  phéno¬ 
mène,  l’influence  que  lui  a  attribuée  Valleix. 

Les  ulcérations  des  malléoles,  du  talon,  sont  produites  par  l’action  irri¬ 
tante  des  selles  et  des  urines,  le  linge  trop  rude,  le  frottement  répété,  et 
l’état  misérable  des  petits  malades.  D’ailleurs  on  peut  les  rencontrer  chez 
des  enfants  absolument  exempts  de  production  parasitaire.  Quant  à  l’état 
fébrile,  au  faciès,  à  l’amaigrissement,  ils  seront  tout  à  fait  en  rapport  avec 
l'entérite,  ou  la  tuberculose,  ou  toute  autre  cause  de  consomption  et  de 
fièvre  hectique. 

Dans  l’immense  majorité  des  cas,  le  muguet  étant  symptomatique,  chez 
l’enfant,  l’adulte  ou  le  vieillard,  d’un  état  morbide  léger  ou  grave,  on  le 
considérera  comine  un  simple  épiphénomène  d’un  désordre  transitoire,  ou 
d’une  maladie  arrivée  à  son  terme  fatal. 

Pourtant,  dans  des  cas  très-rares,  j’ai  vu  des  enfants  bien  portants  at¬ 
teints  de  muguet  idiopathique.  Un  défaut  de  soin  de  la  part  de  la  nourrice, 
une  contagion  manifeste  par  le  bout  du  sein  ou  le  tube  du  biberon,  pou¬ 
vaient  seuls  être  invoqués  comme  cause  de  ce  muguet.  Dans  ces  cas.  L’en¬ 
fant,  sans  trouble  préalable  de  la  santé,  devient  grognon,  se  réveille  facile¬ 
ment,  et  tette  avec  douleur  et  difficulté.  En  fin  de  compte,  il  absorbe  une 
moins  grande  quantité  de  lait,  ses  chairs  deviennent  un  peu  plus  molles,  le 
creux  des  mains  accuse  une  légère  élévation  de  température.  Je  n’ai  cepen¬ 
dant  jamais  remarqué,  comme  Seux,  un  appareil  fébrile  très-accentué  sous 
l’unique  dépendance  du  muguet.  Le  seul  fait  que  je  retienne,  et  que  j’ai  par¬ 
faitement  observé,  c’est  que  des  enfants,  dont  l’état  général  était  excellent, 
se  trouvaient  momentanément  troublés  par  l’évolution  du  champignon  né 
sous  l’influence  d’une  cause  locale.  La  fréquence  du  pouls,  la  chaleur  du 
creux  des  mains  trahissaient  une  excitation  fébrile  modérée,  qui  cessait 
après  la  disparition  de  la  production  parasitaire. 

Nous  étudierons,  à  propos  de  l’étiologie,  les  conditions  nécessaires  au 
développement  du  champignon  dans  ces  circonstances,  qui,  pour  être  exces¬ 
sivement  rares,  n’en  existent  pas  moins  d’après  mon  observation  per¬ 
sonnelle. 

Diagnostic.  —  Le  diagnostic  du  muguet  ne  présente  point  de  diffi¬ 
cultés. 

Son  début  par  la  langue,  son  aspect  caséeux,  blanchâti-e,  une  affection 
des  voies  digestives,  un  état  cachectique,  un  désordre  général  quelconque. 


MUGUET.  —  DIAGNOSTIC. 


177 


constituent  des  éléments  de  diagnostic  certain  que,  dans  le  cas  de  doute, 
le  miscroscope  n’hésiterait  point  à  caractériser. 

Pourralt-on  confondre  le  muguet  avec  la  stomatite  pseudomembraneuse? 
iMon,  car  la  pseudomembrane  unie,  plate,  jaune,  grise,  adhérant  forte¬ 
ment  à  la  muqueuse,  se  laisse  difficilement  séparer  d’elle.  Une  fois  au  bout 
de  la  pince,  on  reconnaît  un  tissu  élastique,  homogène,  résistant,  qui  revient 
sur  lui-même,  ne  se  laisse  point  écraser  ni  dissocier  dans  l’éau.  Le  pro¬ 
duit  caséeux  du  muguet  est,  au  contraire,  mou,  sans  texture,  facile  à  diviser 
dans  un  liquide,  offrant  enfin  au  microscope  les  spores  et  les  filaments  de 
l’oidium  albicans  mêlés  aux  pavés  épithéliaux. 

Chez  quelques  enfants  atteints  ou  non  à’état  saburral,  on  voit  la  surface 
muqueuse  buccale  se  couvrir  de  grumeaux  de  lait  concreté  qui  peuvent  en 
imposer  pour  le  muguet.  L’embarras  ne  saurait  longtemps  exister.  Les  pro¬ 
duits  blanchâtres  formés  par  le  lait  s’enlèvent  avec  une  facilité  extrême,  et 
la  muqueuse  sous-jacente  ne  présente  aucune  trace  d’irritation,  de  luisant, 
de  rouge,  qu’on  rencontre  sous  les  grains  de  la  mucédinée. 

Par  le  fait  de  certaines  conditions  d’hypersécrétion  épithéliale,  la  muqueuse 
des  joues  revêt  quelquefois  l’aspect  du  muguet.  Ce  sont  de  petits  amas  blan¬ 
châtres  de  produits  épithéliaux  qui  se  détachent  aisément  et  dans  lesquels  le 
microscope  ne  découvre  pas  les  filaments,  ni  les  spores  de  l’oïdium. 

Si  cependant  ces  masses  épithéliales  sont  déposées  sur  les  gencives,  on 
les  trouve  quelquefois  pourvues  d’une  algue .  particulière,  appelée  par  les 
micrographes  du  nom  de  Leptothrix  buccalis,  mais  qui  ne  ressemble  en 
rien  aux  spores  et  aux  filaments  du  cryptogame  du  muguet. 

Que  des  amas  de  cellules  épithéliales  mortes  se  forment  à  l’anus,  on  peut 
très-facilement  les  prendre  pour  des  concrétions  parasitaires,  si  on  n’a  point 
recours  aux  investigations  microscopiques. 

On  ne  saurait  confondre  le  muguet  avec  la  stomatite  ulcéro-membraneuse. 
Celle-ci  débute  par  le  sillon  gingivo-buccal,  et  les  gencives.  Elle  est  carac¬ 
térisée  par  une  ulcération  grise,  inégale,  dont  le  fond  est  mortifié,  le  pour¬ 
tour  enflammé.  Une  sanie  fétide,  sanguinolente,  des  gencives  molles,  ulcé¬ 
rées,  constituent  autant  de  traits  qui  séparent  les  deux  affections. 

Les  ulcérations  aphtheuses  isolées  ou  confluentes  apparaissent  de  prime 
nbord  à  la  partie  postérieure  des  lèvres,  et  ne  forment  pas  sur  la  langue  ou 
sur  le  reste  de  la  muqueuse  une  couche  caséeuse  analogue  au  muguet. 

Enfin,  les  petites  pseudomembranes  de  la  Stomatite  mercurielle,  situées 
sur  les  gencives  gonflées,  molles,  saignantes,  ne  pourront  en  imposer  pour 
des  amas  d’oidium  albicans.  La  salivation,  les  commémoratifs,  au  besoin 
l’examen  microscopique,  trancheront  la  difficulté,  si  réellement,  ce  qui  est 
douteux,  il  en  pouvait  surgir  quelques  instants. 

Quant  aux  Kystes  épidermoïdes  décrits  par  Guyon  et  Thierry  chez  les  en¬ 
fants  nouveau-nés,  ils  ont  pour  siège  la  ligne  médiane  de  la  voûte  pala¬ 
tine,  et  ne  peuvent  s’enlever  par  le  raclage  ou  les  frictions. 

Le  muguet  étant  à  peu  près  toujours  symptomatique,  on  sera  bien  vite 
porté  vers  l’examen  de  la  cavité  buccale,  dans  les  cas  même  où  les  rensei¬ 
gnements  seraient  nuis  ou  insuffisants. 

NODV.  DICT.  DE  MED.  ET  CHIR. 


XXIII.  —  12 


178 


MUGUET.  —  PRONOSTIC. 


Proaostic. —  Si  l’on  s’en  tenait  aux  assertions  de  Baron  et  de  Valleix, 
le  muguet  prendrait  une  importance  énorme  dans  le  pronostic.  Ainsi,  sur 
140  cas,  Baron  eh  a  perdu  109  et  Valleix  22  sur  24.  Une  interprétation  rai¬ 
sonnée  des  faits  observés  par  ces  auteurs  distingués  permet  de  conclure 
que  ce  n’est  point  le  muguet  qui  offre  de  la  gravité.  Nous  savons  très-bien 
aujourd’hui  que  c’est  à  l’état  général,  aux  misérables  conditions  dans  les¬ 
quelles  le  muguet  se  développe  très-souvent,  qu’il  faut  attribuer  ce  fâcheux 
pronostic.  En  pareil  cas,  le  muguet  survenant  à  la  fin  des  maladies  consomp- 
tives,  la  phthisie,  par  exemple,  se  montre  comme  l’expression  symptoma¬ 
tique  d’une  fin  prochaine.  Chez  l’adulte,  le  muguet  conservera  donc  cette 
fatale  signification.  Mais  chez  les  enfants,  on  voit  le  muguet  ou  apparaître, 
comme  chez  l’adulte,  à  la  dernière  période  des  maladies  prochainement 
mortelles,  ou  bien,  tout  en  dépendant  d’un  trouble  général,  refléter  des 
perturbations  passagères,  tout  au  moins  plus  superficielles,  et  conséquem¬ 
ment  d’un  pronostic  bénin. 

A  plus  forte  raison  si,  ce  qui  est  très-rare,  le  muguet  est  entièrement 
développé  par  le  contage  ou  par  telle  cause  locale  insignifiante  dont  on 
aura  bien  vite  raison,  le  pronostic  ne  présente-t-il  aucune  espèce  de  gra¬ 
vité. 

Tous  les  éléments  du  pronostic  reposent  donc  sur  ces  circonstances  capi¬ 
tales  chez  l’adulte  comme  chez  l’enfant  :  le  muguet  symtomatique  d’un 
état  cachectique,  d’une  maladie,  d’une  diathèse  arrivée  à  sa'période  ultime, 
est  le  présage,  non  la  cause,  d’une  mort  prochaine. 

Si,  chez  l’enfant,  le  muguet  est  secondaire  à  des  conditions  d’hygiène 
et  d’alimentation  qui  n’ont  pas  encore  profondément  ébranlé  son  économie, 
sa  signification  est  nulle,  ou  plutôt  elle  caractérise  exactement  la  situation 
précaire,  mais  remédiable,  du  petit  malade. 

Dès  qu’il  est  démontré  que  le  muguet  ne  paraît  se  rattacher  qu’à  des  dé¬ 
fauts  de  soins,  le  pronostic  est  léger.  —  Seux,  médecin  à  Marseille,  dont 
nous  avons  souvent  cité  les  travaux,  était  arrivé  à  ce  résultat  que  le  mu¬ 
guet  guérissait  beaucoup  mieux  à  Marseille  qu’à  Paris.  Le  climat,  selon 
cet  auteur,  entrait  pour  une  bonne  part.  Toutefois  il  fait  remarquer,  avec 
bien  plus  de  sagacité,  qu’à  l’hospice  des  Enfants-Trouvés  de  Paris  on  éloigne 
la  nourrice  dès  que  le  baby  est  atteint  de  muguet,  pendant  qu’à  Marseille  on 
s’applique  à  la  conserver,  et  au  besoin  à  en  choisir  une  pour  le  nourris¬ 
son  frappé  de  cette  affection.  Voilà  certainement  la  cause  de  cette  différence 
dans  la  mortalité  entre  les  deux  villes. 

Si,  considéré  dans  ses  manifestations  locales,  le  muguet  se  propage  rapi¬ 
dement,  s’il  revêt  l’aspect  confluent,  si  l’acidité  persiste  et  s’accuse  de  plus 
en  plus,  si  enfin  on  le  voit  s’étendre  du  côté  de  la  hase  de  la  langue  et  de 
l’épiglotte,  on  peut  le  regarder  comme  une  affection  sérieuse,  entravant  la 
succion,  la  déglutition,  par  conséquent  l’alimentation. 

Toutes  choses  égales  d’ailleurs,  les  conditions  opposées,  le  caractère  dis¬ 
cret  des  grains  caséeux,  la  faiblesse  de  l’acidité  de  la  salive,  seront  des  élé¬ 
ments  d’un  pronostic  favorable  et  d’une  prompte  guérison. 

En  somme,  l’état  général,  la  nature,  le  degré  de  l’état  morbide  ou  de  la 


MUGUET.  —  ÉTIOLOGIE.  179 

maladie  qui  précéderont  le  muguet,  devront  avant  tout  asseoir  les  bases  du 
pronostic. 

Etiologie.  —  La  fréquence  du  muguet  est  excessive  dans  les  asiles 
hospitaliers.  Sur  547  enfants,  Se^x  a  réuni  402  cas  de  muguet.  Cette  affec¬ 
tion  est  rare  dans  la  pratique  de  la  ville. 

Les  conditions  d’hygiène  et  de  santé  des  enfants  placés  dans  l’une  et 
l’autre  situation  rendent  compte  de  ces  différences  si  tranchées. 

C’est  dans  les  deux  premières  semaines  qui  suivent  la  naissance  que  le 
muguet  s’observe  le  plus  ordinairement.  Sur  402  faits,  394  concernaient  des 
enfants  nés  depuis  huit  jours  seulement.  (Seux.) 

Passé  cette  période,  à  partir  d’un  à  deux  ans,  le  muguet  se  développe 
beaucoup  moins  fréquemment,  et  chez  l’enfant  de  deux  ans,  comme  chez 
l’adulte  et  le  vieillard,  on  le  voit  naître  à  la  période  ultime  d’une  maladie 
mortelle. 

La  constitution  originelle  paraît  bien  moins  importante  que  la  mauvaise 
hygiène  et  l’encombrement.  D’après  la  statistique  de  Seux,  sur  402  en¬ 
fants,  on  voit  61  enfants  faibles  dès  la  naissance,  201  robustes  et  140  de 
force  moyenne.  En  conséquence,  ce  n’est  pas  la  faiblesse  native  qui  entre 
le  plus  souvent  en  ligne  de  compte,  mais  bien,  comme  je  l’avançais  à 
propos  de  la  fréquence  relative  entre  la  pratique  hospitalière  et  la  pratique 
de  la  ville,  les  déplorables  conditions  hygiéniques  qu’on  rencontre  dans  nos 
établissements  publics.  On  ne  peut  évidemment  y  prodiguer  aux  nourris¬ 
sons  tous  les  soins  de  propreté  que  nécessite  leur  situation.  Il  y  a,  en  outre, 
l’influence  nosocomiale  et  la  contagion,  et  enfin  l’alimentation  par  le  bibe¬ 
ron  et  les  ingesta  farineux  trop  grossiers  donnés  pi’ématurément  à  de  petits 
êtres  qui  ne  devraient  encore  que  prendre  le  sein.  Le  sevrage  prématuré 
irrite  la  muqueuse  gastro-intestinale  sans  le  moindre  profit  pour  l’assimi¬ 
lation.  Des  entérites,  des  gastro-entérites  succèdent  au  bout  de  peu.  de 
temps  à  cette  alimentation  essentiellement  vicieuse  et  l’enfant  est  pris  de 
muguet.  En  outre,  le  seul  fait  de  nourrir  l’enfant  au  bibejon  réunit  bien 
des  circonstances  propres,  en  dehors  du  sevrage,  à  faire  naître  le  crypto¬ 
game.  L’ampoule  de  caoutchouc  renferme  souvent  des  gouttelettes  de 
lait  qui  s’acidifient  et  provoquent  une  stomatite  parasitaire,  pour  peu,  ce 
qui  arrive  souvent,  que  l’allaitement  par  le  lait  de  vache  détermine  des 
troubles  digestifs,  de  la  lienterie,  des  embarras  gastriques  et  de  légers  ca- 
tai’rhes  intestinaux.  C’est  donc  dans  le  mode  d’allaitement  ou  d’alimentation 
des  nouveau-nés  que  réside  la  première  et  la  plus  importante  des  causes 
efficientes  du  muguet.  On  peut  en  donner  la  preuve  suivante  :  si  dans  ces 
mêmes  asiles  hospitaliers,  au  milieu  des  enfants  atteints  de  muguet,  en 
dépit  de  la  contagion  et  de  l’influence  nosocomiale  des  salles  communes, 
un  enfant  a  le  bonheur  d’avoir  une  bonne  nourrice,  il  échappera  et  à  la 
contagion  et  à  l’apparition  de  l’affection  parasitaire.  Il  n’aura  plus  à  subir 
l’action  plus  ou  moins  acide  et  irritante  parfois  de  l’ampoule  de  caoutchouc, 
et  surtout  ses  fonctions  digestives  ne  seront  plus  troublées  par  un  lait  trop 
crémeux  ou  des  ingesta  trop  grossiers. 

Ces  observations  étiologiques  nous  tracent  par  anticipation  le  traitement 


MUGUET.  —  ÉTIOLOGIE. 


préventif  et  même  curatif  du  muguet  des  nouveaü-nés  âgés  de  quelques 
semaines. 

L’influence  des  saisons  est  incontestable.  Billard,  en  effet,  a  trouvé  le  mu¬ 
guet  plus  fréquent  pendant  les  mois  d’été.  Seux,  de  Marseille,  est  arrivé  au 
même  résultat.  Ainsi,  en  trois  mois  d’hiver,  il  constate  sur  150  enfants 
96  cas  de  muguet,  tandis  que,  dans  les  mois  d’été,  sur  126  il  en  compte  116. . 
La  raison  me  paraît  facile  à  saisir.  Les  dérangements  intestinaux  sont 
extrêmement  fréquents  pendant  la  saison  des  chaleurs,  le  lait  donné  au 
biberon  s’acidifie  bien  plus  aisément.  On  comprend  dès  lors  l’apparition 
plus  fréquente  du  muguet  à  cette  époque  de  l’année,  et  la  mortalité  plus 
considérable  des  enfants  qui  en  sont  atteints. 

Je  viensde  parler  de  Vacidité  de  l’ampoule  du  biberon  et  dulait  de  vache. — 
C’est  le  moment  de  juger  son  influence  dans  la  production  du  crypto¬ 
game. 

Des  travaux  de  Gubler  il  résulte  que  l’évolution  de  la  mucédinée  est 
toujours  précédée  et  accompagnée  à’ acidité  des  liquides  de  la  bouche.  C’est 
là  le  résultat  dp  99  observations  recueillies  chez  des  enfants  à  la  mamelle. 
L’acidité  précède,  dis-je,  la  germination  de  l’oïdium  ;  ce  n’est  donc  pas  le 
cryptogame  qui  la  produit  au  début,  mais  une  fois  développé,  il  l’entretient 
et  l’augmente.  Ainsi  se  trouve  vérifiée  de  nouveau  cette  loi  de  Dutrochet 
qui  établit  la  facilité  des  fructifications  cryptogamiques  dans  les  milieux 
acides. 

Le  fait  de  l’acidité  bien  démontré,  restait  à  élucider  son  mode  de  produc¬ 
tion. 

La  composition  des  liquides  buccaux  permit  à  Dumas  et  Boudet  d’éta¬ 
blir  la  théorie  suivante.  Ces  liquides  sont  constitués  par:  1»  la  salive  prove¬ 
nant  des  glandes  parotides,  sublinguales,  sous-maxillaires,  qui  est  toujours 
alcaline  ;  2°  par  les  mucosités  sécrétées  par  les  autres  glandes  de  la  bouche, 
de  l’isthme  du  gosier.  Ces  mucosités  sont  souvent  acides  :  si  leur  proportion 
augmente  d’une  manière  sensible,  on  verra  le  liquide  buccal  donner  lieu 
à  des  réactions  acides. 

Cette  interprétation  ne  repose  point,  d’après  Cl.  Bernard,  sur  des  preuves 
expérimentales.  Aucune  glande,  dit-il,  s’ouvrant  dans  la  cavité  buccale, 
ne  sécrète  un  liquide  acide.  11  faut  donc  supposer  que  l’acidité  dépend 
plutôt  de  la  fermentation,  par  l’action  de  l’air  sur  les  matières  organiques 
déposées  à  la  surface  de  la  cavité  buccale. 

Enfin,  d’après  Quinquaud,  la  fermentation  qui  produirait  l’acidité,  serait 
due  à  l’altération  des  principes  azotés  de  la  salive  sous  l’influence  de  l’état 
morbide  qui  précède  le  muguet.  Cette  dernière  interprétation  est  la  plus 
séduisante  de  toutes. 

Ce  fait  de  l’acidité  de  la  bouche,  qui  est  constant  dans  le  muguet,  est  favo¬ 
risé  par  une  disposition  naturelle  des  liquides  buccaux  des  nouveau-nés. 
Car,  point  important,  la  bouche  des  enfants  qui  viennent  de  naître  est 
très-souvent  acide,  ainsi  que  le  prouvent  les  statistiques  de  Guillot  et  de  Seux. 
Chez  le  nouveau-né,  la  salive  est  peu  abondante,  et  la  fermentation  du  lait, 
souvent  acide  dans  le  biberon,  celle  des  substances  organiques  déposées 


MUGUET.  —  ÉTIOLOGIE. 


181 


sur  la  muqueuse  buccale  se  trouvent  dans  des  conditions  les  plus  favo¬ 
rables.  C’est  probablement  par  cette  tendance  à  l’acidité  de  la  bouche,  par 
manque  de  salive,  que  s’explique  la  fréquence  beaucoup  plus  grande  du 
muguet  dans  les  premières  semaines. 

Enfin  on  trouve  parfois  le  muguet  sur  la  vulve,  et  toute  la  surface  mu¬ 
queuse  des  organes  génitaux  externes.  Cette  production  cryptogamique 
prend  sa  source  dans  la  fermentation  acide  de  l’urine,  des  sécrétions  vul¬ 
vaire,  vaginale  et  préputiale. 

Dans  la  glycosurie,  Gubler  a  souvent  constaté  la  présence  de  spores  et 
de  filaments  de  l’oidium  albicans  soit  sur  la  vulve,  soit  sous  le  prépuce.  La 
germination  est  due,  en  pareil  cas,  à  l’acidité,  à  la  fermentation  du  glucose 
de  l’urine  dans  ces  parties  où  elle  stagne  pendant  un  certain  temps. 

La  contagion  ne  saurait  être  mise  en  doute.  Natalis  Guillot,  Berg  et 
d’autres  l’ont  établie  par  des  expériences  authentiques.  Mais  il  est  bien  dé¬ 
montré  aussi  qu’elle  réussit  surtout  quand  l’enfant  se  trouve  dans  cer¬ 
taines  conditions  maladives  qui  ont  chargé  la  langue  de  saburres,  et  aci¬ 
difié  les  liquides  buccaux.  Mais  quand  on  songe  combien  aisément  les 
nouveau-nés,  dont  la  bouche  est  déjà  acide,  éprouvent  de  fréquentes  per¬ 
turbations  des  voies  digestives  dans  les  asiles  hospitaliers  par  suite  de 
l’usage  du  lait  de  vache  ou  d’aliments  farineux,  on  saisira  de  nouveau 
toute  la  pathogénie  de  la  germination  à  cet  âge  de  la  vie. 

Delafond  a  fait  des  observations  concluantes  sur  les  agneaux,  où  le  mu¬ 
guet  règne  trop  souvent  et  revêt  un  caractère  de  contagion  indéniable.  Il 
a  pris  des  agneaux  bien  nourris,  bien  portants,  ayant  une  bouche  saine 
et  une  salive  alcaline,  et  il  n’a  pas  réussi  à  implanter  le  cryptogame.  Ensuite 
il  a  affaibli  les  mêmes  animaux  par  une  abstinence  prolongée,  il  a  aussi 
choisi  des  animaux  tourmentés  par  des  dérangements  intestinaux,  et  l’im¬ 
plantation  de  masses  parasitaires  a  été  suivie  d’une  germination  rapide. 
Enfin,  ces  agneaux  atteints  de  muguet  ont  communiqué  l’oïdium  au  ma¬ 
melon  de  la  mère. 

L’observation  faite  sur  l’espèce  humaine  est  identique.  Gubler,  Charles 
Robin,  Trousseau  ont  constaté  la  transmission  de  l’oïdium  au  sein  de  la 
nourrice  par  l’enfant  atteint  de  muguet.  En  outre,  la  nourrice  contaminée 
peut  propager  le  parasite  à  un  autre  nourrisson  exempt  de  cette  affection. 
Malgré  l’opinion  opposée  de  Seux,  les  cas  de  cette  transmission  sont  bien 
établis.  J’en  ai  observé  pour  ma  part  quelques-uns  qui  ne  m’ont  laissé 
aucun  doute  dans  l’esprit,  —  et  dans  ces  circonstances,  j’ai  observé  des 
exemples,  très-rares  il  est  vrai,  de  muguet  par  cause  locale.  Sa  propagation 
peut  encore  s’effectuer  par  les  biberons,  les  cuillers,  et  autres  objets,  tels  que 
les  nouets  qui  sont  d’ailleurs  acides,  les  hochets  que  les  enfants  portent  à 
la  bouche.  L’air  lui-même  des  salles  remplies  d’enfants  malades  doit  trans¬ 
porter  les  spores.  On  ne  concevrait  pas,  d’ailleurs,  qu’il  en  fût  autrement 
pour  les  malades  situés  à  distance  et  n’ayant  ensemble  aucun  rapport  de 
contact  direct  ou  indirect.  Autrement,  ce  serait  admettre  la  germination 
spontanée. 

Dans  la  seconde  enfance,  chez  l’adulte  et  chez  le  vieillard,  le  muguet  se 


MUGUET.  —  NATURE. 


182 

présente  toujours  à  la  lin  des  maladies  graves,  comme  la  tuberculose,  la  pneu¬ 
monie  adynamique,  les  pyrexies  malignes,  la  fièvre  puerpérale,  la  phlébite 
et  la  péritonite  des  nouvelles  accouchées,  l’érysipèle,  la  stomatite  ulcéro-mem- 
braneuse  (Gubler),  les  angines  couenneuses  et  même  les  angines  simples. 
Tous  les  états  diathésiques  et  cachectiques  peuvent  produire  le  muguet. 

Enfin  le  diabète  lui  donne  quelquefois  naissance  sur  les  organes  géni¬ 
taux  externes. 

De  cette  étude  sur  Tétiologie  du  muguet,  il  résulte  que  cette  affection  est 
toujoui's  ou  presque  toujours  symptomatique,  c’est-à-dire  sous  la  dépen¬ 
dance  d’un  état  morbide  quelconque,  léger  ou  grave  chez  les  nouveau-nés, 
mais  à  peu  près  fatal  chez  les  adultes  et  les  vieillards,  et  même  les  enfants 
qui  ont  dépassé  la  première  enfance. 

Pour  moi,  il  existe  néanmoins  des  cas,  fort  rares,  je  l’avoue,  dans  lesquels 
le  muguet  transmis  par  le  sein  ou  le  biberon  peut  porter  le  titre  d’idiopa¬ 
thique,  c’est-à-dire  ne  dépendre  que  de  l’état  local  d’acidité,  de  fermen¬ 
tation  réalisées  par  le  contact  de  substances  acides  et  irritantes  qui  ont 
modifié  en  peu  de  temps  Tétat  de  la  muqueuse  buccale.  En  disant  que  ces 
faits  sont  excessivement  rares,  j’évite  le  reproche  de  ranger  dans  cette 
catégorie  les  muguets  qui  se  développent  sous  de  légères  influences  des 
troubles  passagers  de  l’intestin  et  de  l’estomac,  —  et  qui  doivent  se  rap¬ 
porter  à  la  première  classe,  de  beaucoup  la  plus  fréquente.  —  Je  partage 
donc  toutes  les  idées  émises  par  les  auteurs  compétents  ;  l’observation,  les 
résultats  statistiques  ne  sauraient  recevoir  d’autre  interprétation.  Oui, 
dans  l’immense  majorité  des  cas,  l’état  local  est  secondaire  à  une  altération 
plus  ou  moins  prononcée  de  la  santé  ;  mais  j’y  ajoute  une  exception  qui  me 
semble  vraie,  celle  de  la  germination  par  le  contact  direct  d’une  ampoule 
de  caoutchouc  acide,  d’un  sein  chargé  de  muguet,  chez  des  enfants  réelle¬ 
ment  bien  portants  dont  la  bouche  devient  rapidement  irritée,  la  langue 
saburrale,  les  liquides  acides,  sans  qu’on  puisse  reconnaître  une  altération 
préalable  de  la  santé.  Je  sais  bien  que  la  conviction  ne  se  transmet  pas  sans 
discussion  ;  mais  outre  qu’une  telle  discussion  dépasserait  le  cadre  imposé  à 
cet  article,  il  faudrait  établir  les  limites  où  finit  la  santé,  où  commencent  les 
troubles  légers  et  même  les  indispositions.  Sans  cela,  la  conclusion  n’au¬ 
rait  pas  de  chance  d’aboutir.  ^  Comme,  en  fin  de  compte,  cette  opinion 
n’est  qu'une  nuance  extrêmement  minime,  il  n’y  a  pas  à  s’y  arrêter  davan¬ 
tage,  et  je  termine  par  le  fait  capital,  à  savoir  que  l’oïdium  est  toujours  pré¬ 
cédé  d’acidité  de  la  cavité  buccale,  et  cette  fermentation  presque  toujours, 
pour  ne  pas  dire  toujours,  sous  la  dépendance  d’une  altération  de  la  santé 
—  légère,  et  alors  le  muguet  guérit  rapidement,  —  grave,  et  le  muguet, 
reflet  d’un  état  morbide  profond,  entre  pour  une  part  importante  dans  un 
pronostic  fatal  : 

IVatare..  —  Nous  n’en  sommes  plus  à  considérer  le  muguet  comme  une 
affection  pseudomembraneuse,  à  l’exemple  de  Billard,  Lelut  et  Guersant,  ni 
comme  une  maladie  du  tube  digestif  (Barrier),  ni  comme  une  entité  mor¬ 
bide  sous  la  dépendance  de  laquelle  se  placent  l’entérite,  l’érythème  des 
fesses  (Valleix).  L’examen  microscopique,  en  démontrant  que'dans  les  con- 


MUGUET.  —  NATURE. 


183 


crétions  du  muguet  il  ne  se  rencontre  point  de  fibrine,  mais  seulement  des 
spores,  des  filaments  et  des  pavés  épithéliaux,  a  tranché  la  question  d’une 
façon  péremptoire.  Il  s’agit  donc  là  d’une  affection  parasitaire  au  même 
titre  que  les  teignes  et  l’herpès  tonsurant. 

Reste  à  bien  établir  le  rôle  de  cette  affection.  La  germination  ouvre-t-elle 
la  scène,  et  les  symptômes  observés  sont-ils  le  contre-coup  de  son  évolution  ? 
ou.bien  la  production  d’une  plaque  de  cryptogames  est  elle  secondaire  ?  Tout 
d’abord,  il  est  bien  démontré  que  le  champignon  ne  se  développe  que  se¬ 
condairement  à  une  modification  de  la  muqueuse  et  des  liquides  buccaux. 

Si  ces  parties  sont  saines,  le  parasite,  même  dans  les  milieux  infectés,  ne 
prend  point  racine.  Il  faut  absolument  et  que  la  salive  devienne  acide,  et 
que  la  muqueuse  couverte  d’épithélium  proliféré  puisse  offrir  un  terrain 
propre  à  ses  fructifications.  Les  expériences  de  Delafond,  les  observations 
rigoureuses  de  Gubler  ont  entièrement  fixé  l’opinion  du  corps  médical  sur 
cette  importante  donnée  étiologique.  Mais  cette  modification  des  liquides 
buccaux  et  de  la  muqueuse  buccale,  sous  quelle  influence  se  produit-elle  ? 
La  plupart  du  temps,  elle  se  manifeste  sous  l’action  de  troubles  digestifs, 
ou  de  maladies  graves,  de  diathèses,  d’états  cachectiques  arrivés  à  leur  der¬ 
nière  période.  Donc  le  muguet,  comme  je  l’ai  redit  à  sa  satiété  dans  cet  ar¬ 
ticle,  n’est  ici  qu’un  épiphénomène  d’un  état  quelquefois  bénin,  mais  sou¬ 
vent  fatal  de  l’économie.  Il  ne  constitue  pas  une  maladie,  il  joue  seulement 
le  rôle  d’un  accident  local. 

Mais  s’ensuit-il  que  cette  affection  de  la  muqueuse  buccale  ne  puisse 
être  développée  par  des  causes  externes,  indépendamment  de  toute  altération 
de  la  santé,  comme  le  pensent  bon  nombre  d’auteurs  contemporains  (Parrot, 
ÂTchambault),  et  que  des  agents  localement  appliqués,  des  matières  orga¬ 
niques,  le  lait,  les  farineux,  les  acides,  ne  soient  capables  de  la  faire  naître? 

Cliniquement,  j’affirme  avoir  vu,  rarement,  il  est  vrai,  le  muguet  naître 
dans  ces  dernières  conditions,  et  théoriquement  je  ne  vois  rien  qui  répu¬ 
gne  à  cette  pathogénie.  Qu’on  ne  se  méprenne  point  sur  le  sens  de  mon 
assertion,  j’admets  le  fait,  je  le  comprends,  mais  je  ne  le  cite  point  comme 
la  règle  ;  bien  au  contraire,  car  la  muqueuse  buccale  et  les  liquides  de  la 
bouche  s’altèrent  plus  aisément  par  le  fait  d’états  généraux  que  sous  l’ac¬ 
tion  pure  et  simple  d’un  agent  local.  La  teigne,  d’ailleurs,  se  développe 
bien  plus  sûrement  chez  des  individus  scrofuleux,  anémiques,  que  chez  des 
sujets  robustes,  bien  portants,  dont  l’état  florissant  de  santé  ne  dispose 
point  la  peau  à  une  germination  facile.  Voilà,  ce  me  semble,  tout  le  procès. 
Le  muguet  est  toujours  secondaire  à  une  modification  de  la  bouche  (acidité 
et  production  épithéliale). 

Cette  modification  apparaît  presque  toujours  dans  le  cours  et  par  le  fait 
d’altération  de  la  santé  survenue,  soit  sur  un  appareil  (tube  digestif,  voies 
respiratoires),  soit  sur  l’économie  tout  entière  (pyrexies,  cachexies). 

Dans  des  cas  très-rares,  elle  peut  néanmoins  reconnaître  pour  point  de 
départ  une  cause  locale  qui  a  rendu  propre  à  la  fructification  du  crypto¬ 
game  la  muqueuse  et  la  salive,  sans  qu’aucune  fonction  de  l’économie 
n’ait  préparé  les  voies. 


184 


MUGUET.  —  TRAITEMENT. 


Traitement.  —  Le  traitement  découle  tout  entier  des  précédentes 
conclusions.  Il  faut  d’abord  s’occuper  d’éloigner  les  causes  prédisposantes, 
l’encombrement,  le  défaut  d’aération  et  surtout  l’alimentation  trop  forte 
pour  un  enfant  nouveau-né. 

L’allaitement  doit  être  préféré,  bien  entendu,  à  tous  les  laits  concentrés,, 
à  toutes  les  farines  lactées  et  autres  pi-oduits  qui  ne  sauraient  remplacer  le 
lait,  surtout pourun  enfant  âgé  seulement  de  quelques  semaines.  Le  lait  de 
femme  convient  à  tous  égards  mieux  que  celui  des  animaux.  Ce  dernier  est 
plus  indigeste,  s’acidifie  rapidement,  quand  il  n’est  pas,  en  outre,  falsifié 
par  cent  procédés  connus.  Si,  cependant,  on  se  trouve  dans  l’obligation  de 
faire  usage  du  biberon,  il  faut  donner  le  lait  coupé  d’abord  avec  moitié  d’eau 
de  gruau,  plus  tard  avec  un  tiers  de  ce  décocté.  Le  lait  de  vache  se  digére¬ 
rait  beaucoup  plus  difficilement  sans  cette  précaution  banale.  Inutile  d’a¬ 
jouter  que  le  biberon,  son  ampoule,  son  tube  doivent  être  l’objet  d’une  at¬ 
tention  spéciale  et  d’une  propreté  qui  ne  se  démente  jamais.  L’oubli  de  ces 
préceptes,  de  ces  soins  hygiéniques,  ferait  naître  le  muguet.  C’est  de  leur 
rigoureuse  observation  que  dépend  tout  le  traitement  préventif. 

Quant  au  traitement  curatif,  il  a  pour  but  principal  de  combattre  l’alca¬ 
linité  de  la  muqueuse  buccale.  On  a  recours  dans  ce  but  au  borax,  au  bi¬ 
carbonate  de  soude  dans  la  proportion  de  4  grammes  pour  30  grammes  de 
glycérine.  Cette  dernière  substance  doit  être  choisie  de  préférence  au  miel, 
dont  le  glucose  détruirait  par  sa  fermentation  l’alcalinité  des  liquides  buc¬ 
caux.  Chez  les  adultes,  on  se  trouve  très-bien  des  gargarismes  au  borax,  ou  de 
l’eau  de  Vichy  en  boissons  et  en  lavages  réitérés  de  la  cavité  buccale.  On 
peut  remplir  la  même  indication  avec  toutes  les  eaux  ou  solutions  alcalines 
bicarbonatées  sodiques. 

En  même  temps,  on  instituera  un  traitement  qui  s’adressera  à  la  cause 
première  de  cette  affection.  Ici  se  place  la  médication  contre  les  troubles 
digestifs  des  nouveau-nés  (dyspepsie,  entérite,  entéro-colite,  gastro-enté¬ 
rite)  et  enfin,  si  l’état  est  diathésique  ou  cachectique,  celui  de  la  maladie 
première. 

Si  l’enfant  est  seulement  atteint  d’embarras  gastrique,  prescrire  un  vo¬ 
mitif  et  un  purgatif;  s’il  est  atteint  de  dyspepsie,  lui  donner  des  alcalins  à 
l’intérieur,  une  cuillerée  à  café  d’eau  de  Vichy  à  chaque  tetée,  des  fomen- 
ations  sur  l’abdomen,  et  des  lavements  d’eau  tiède  matin  et  soir  ;  au  be¬ 
soin,  changer  de  nourrice,  ou  quitter  le  biberon  et  donner  le  sein.  Contre 
les  entérites,  le  sous-nitrate  de  bismuth  et  une  à  deux  gouttes  de  laudanum 
en  potion  et  en  lavement  feront  tous  les  frais  du  traitement.  Ne  pas  re¬ 
douter  cet  agent  opiacé  chez  les  enfants.  Une  goutte  mise  dans  un  julep 
gommeux  peut  être  fractionné  pendant  toute  la  journée  et  permettre  ainsi 
d’en  surveiller  les  effets.  La  diarrhée  verte  persiste-t-elle,  ajouter  à  la 
goutte  de  la  potion,  une  à  deux  gouttes  en  lavement. 

Dans  tous  les  états  adynamiques  des  adultes,  pneumonie  dépressive,  fièvre 
grave,  anémie  profonde,  les  cachexies,  les  empoisonnements,  avoir  recours 
à  l’eau-de-vie,  au  vin  généreux,  au  jus  de  viande  concentré,  au  fer,  au  quin¬ 
quina,  et  à  l’hygiène  la  mieux  entendue. 


MUQUEUSES  (membranes).  —  définition.  185 

Ces  quelques  indications  sommaires  suffisent  pour  tracer  les  bases  de  la 
thérapeutique  du  muguet. 

Lachaud  (J .-B.) ,  Sui-  les  aphthes  (ou  muguet)  des  enfants  nouveau-nés.  Thèse.  Paris, 
18  août  1809,  n»  75. 

VÉRON  (h.).  Observât,  sur  les  maladies  des  enfants.  Paris,  1825. 

Lélut,  De  la  fausse  membrane  dans  le  muguet  (Archives  générales  de  médecine,  t.  XXIII, 

Duiroceet.  Mémoires  p.  servir  à  l’histoire  anat.  et  physiol.  des  végétaux  et  des  animaux. 
Paris,  1837. 

Valleix,  Clinique  des  maladies  des  enfants  nouveau-nés.  Paris,  1838,  in-8“.  —  Guide  du 
médecin  praticien,  5*  édit.,  par  Lorain.  Paris,  1866,  t.  IIl. 

Güersant  et  Blache.  Dictionnaire  en  30  vol.  (article  Muguet),  1839. 

Griiby,  Recherches  anatomiques  sur  une  plante  cryptogame  qui  constitue  le  vrai  muguet. 

Comptes  rendus  de  l’Acad.  des  sciences,  1842,  t.  XIV,  p.  634. 

Trousseau  et  Delpech,  Journal  de  médecine,  1845.  —  Clinique  médicale  de  l’Hotel-Dieu, 
4®, édit.  Paris,  1876,  t.  I. 

Berg  (de  Stockohn),  üeber  die  Schwâmmchen  bei  Kindern.  Ausdem  Schwedischen  üebersez 
von  van  demBusch.  Bremen,  1848,  in-8''. 

VOCEL  (J.),  Allgemeine  Zeitung  fùr  chirurgie,  1845,  et  Traité  d’anat.  pathologique,  traduit 
par  Jourdain.  Paris,  1847,  page  392. 

Seux  (de  Marseille),  Recherches  sur  les  mal.  des  nouveau-nés.  Paris,  1855,  10-80. 

Gurler  (a.).  Note  in  Gazette  médicale  de  Paris,  1852.  —  Étude  sur  l’origine  et  les  condi¬ 
tions  de  développement  de  la  mucédinée  du  muguet  [Mémoires  de  l'Acad.  de  médecine, 
t.  XXII,  1858). 

Charcot,  Muguet  dans  une  affection  aiguë  (Gazette  médicale  de  Paris,  1852). 

Robin  (Ch.),  Histoire  naturelle  des  végétaux  parasites.  Paris,  1853,  p.  488,  et  atlas,  planche  I. 
Laboulbêne,  Recherches  anat.  et  cliniq.  sur  les  fausses  membranes.  Paris,  1861. 

Parrot,  Archives  de  Physiologie,  Paris,  1876.  Leçons  aux  Enfants  assistés  sur  l’athrepsie 
(Progrès  médical),  1874. 

ZiEMMSSEN,  Handbuch  der  Medicin.  Band  VU,  Leipzig,  1874. 

Archambault,  Dict.  encyclopédique  des  sciences  médicales.  Paris,  1876  (article  Muguet), 

Jdles  Simon. 

MÜOIJEUSES  (Membranes).  —  Définition.  —  On  désigne  sous  ce 
nom  «  le  revêtement  membraneux  de  tous  les  organes  creux  qui  commu¬ 
niquent  avec  l’extérieur  par  les  diverses  ouvertures  dont  la  peau  est 
percée  »  (Bichat)  ;  la  désignation  muqueuses  est  empruntée  au  fluide  qui 
humecte  habituellement  la  surface  libre  de  ces  membranes. 

Avant  Bichat,  l’étude  des  membranes  n’existait  pas  à  proprement  parler  : 
«  ce  genre  d’organe,  fait- il  remarquer,  disséminé  pour  ainsi  dire  dans  tous 
les  autres,  concourant  à  leur  structure,  ayant  rarement  une  existence  iso¬ 
lée,  n’a  jamais  été  isolément  examiné  par  les  anatomistes.  Ils  en  ont  as¬ 
socié  l’histoire  à  celle  des  organes  respectifs  sur  lesquels  elles  se  déploient.  » 
Haller,  il  est  vrai,  a  consacré  un  article  aux  membranes  en  général,  mais  il 
les  confond  toutes  et  elles  ne  sont  pour  lui  qu’une  modification  de  la  tela 
cellulosa,  affectant  une  disposition  tantôt  aréolaire,  tantôt  lisse,  villeuse  ou 
réticulée  et  toujours  recouvertes  d’un  épiderme.  Pinel,  se  plaçant  au  point 
de  vue  purement  pathologique,  protesta  contre  cette  simplification  exces¬ 
sive  et,  d’après  la  physionomie  spéciale  qu’affecte  l’inflammation  des  diver¬ 
ses  membranes,  il  conclut  à  la  nécessité  d’établir  entre  elles’  des  divisions 
anatomiques.  .Aussi  Bicbat  reconnaît-il  hautement  que  c’est  dans  l’ouvrage 
de  Pinel  qu’il  a  puisé  l’idée  première  de  son  Traité  des  membranes. 

Il  est  difficile,  dùt-on  être  taxé  de  banalité ,  de  se  défendre  d’une  vive 
admiration  devant  cette  œuvre  de  début  de  Bichat  ;  l’auteur  de  l’Anatomie 


186  MUQUEUSES  (membranes).  —  classification. 

■générale  s’y  révèle  déjà  tout  entier;  les  notions  de  détail  se  sont  accu¬ 
mulées  depuis,  la  structure  histologique  des  membranes  a  été  étudiée  avec 
«oin,  les  expériences  physiologiques  se  sont  multipliées;  et  cependant 
l’œuvre  de  Bichat  est  éternellement  vivante  et  l’histoire  des  séreuses  et  des 
muqueuses,  telle  qu’il  l’a  tracée  dans  ces  pages  impérissables,  sera  toujours 
consultée  avec  étonnement  et  méditée  avec  fruit. 

Bichat  part  de  ce  point  de  vue  fondamental,  que  les  membranes  mu¬ 
queuses  ne  sont  en  définitive  qu’un  reflet  interne  de  la  peau  ;  en  les  envi¬ 
sageant  ainsi,  elles  se  réduisent  à  deux  grandes  muqueuses  :  la  première 
pénétrant  par  la  bouche,  le  nez  et  les  conjonctives,  tapisse  tout  le  tractus  intes¬ 
tinal,  l’appareil  respiratoire  et  ses  annexes  :  c’est  la  muqueuse  gastro-pul¬ 
monaire;  la  seconde  pénètre  par  l’urèthre  chez  l’homme,  par  l’urèthre  et 
le  vagin  chez  la  femme  et  constitue  la  muqueuse  génito-urinaire.  Au  point 
•de  vue  de  l’anatomie  descriptive,  cette  division  est  commode  et  doit  être 
maintenue  ;  Bichat,  du  reste,  ne  l’avait  établie  que  pour  les  exigences  de  la 
description,  et  il  s’en  explique  catégoriquement  :  «  Cette  manière  d’indi¬ 
quer  le  trajet  des  surfaces  muqueuses,  en  disant  qu’elles  se  prolongent,  s’en¬ 
foncent,  pénètrent,  etc.  d’une  cavité  à  l’autre,  n’est  point  sans  doute  con¬ 
forme  à  la  marche  de  la  nature,  qui  crée  dans  chaque  organe  les  membranes 
qui  lui  appartiennent  et  ne  les  étend  point  ainsi  de  proche  en  proche:  mais 
notre  manière  de  concevoir  s’accommode  mieux  de  ce  langage...  » 

Embryologie  et  classification  des  muqueuses.  — 11  faut  ne  pas 
perdre  de  vue  qu’au  moment  où  Bichat  écrivait  ces  lignes,  il  avait  à  établir, 
non-seulement  l'existence  des  membranes  en  tant  que  systèmes  et  tissus, 
avec  leurs  caractères  histologiques,  comme  nous  dirions  aujourd’hui  ;  mais 
nncore  leur  existence  au  simple  point  de  vue  de  l’anatomie  descriptive.  Sa 
division,  mieux  que  toute  autre,  réalisait  ce  but. 

Aujourd’hui  les  classifications  anatomiques  obéissent  à  des  exigences  su¬ 
périeures  ;  elles  se  guident,  non  d’après  la  répartition  topographique  des  or¬ 
ganes,  mais  d’après  leurs  caractères  histologiques  et  surtout  d’après  leur 
filiation  embryologique.  Ainsi  comprise,  l’étude  des  muqueuses  gagnera 
en  clarté  autant  qu’en  intérêt. 

On  sait  qué  le  blastoderme  ne  tarde  pas,  dès  les  premiers  jours,  à  se  di¬ 
viser  en  trois  feuillets  :  un  feuillet  externe  ou  corné,  un  feuillet  interne  ou 
muqueux,  enfin  un  feuillet  moyen  ou  vasculo-conjonctif.  Le  feuillet  ex¬ 
terne  forme  les  couches  épithéliales  de  la  peau,  le  feuillet  interne  l’épithé¬ 
lium  du  futur  canal  intestinal,  enfin  le  feuillet  moyen  donne  naissance  aux 
vaisseaux,  au  cœur,  au  sang,  au  tissu  conjonctif,  y  compris  le  tissu  vas- 
culo-conjonclif  destiné  à  servir  de  support  à  l’épiderme  (derme)  et  celui 
qui  joue  le  même  rôle  vis-à-vis  de  l’épithélium  intestinal  (derme  muqueux, 
muqueuse  proprement  dite).  Le  feuillet  externe  ainsi  que  le  feuillet  interne 
du  blastoderme  empruntent  donc  au  feuillet  moyen  leur  chorion  vasculo- 
connectif. 

Aux  dépens  du  feuillet  interne  du  blastoderme  se  forme  la  muqueuse  (ou 
pour  parler  plus  rigoureusement,  l’épithélium  de  la  muqueuse)  du  tube  di¬ 
gestif,  depuis  le  cardia  jusqu’à  l’anus,  y  compris  les  glandes  annexes  (glan- 


MUQUEUSES  (membranes).  —  classification.  187 

des  de  Lieberkühn,  de  Brunner,  pancréas,  conduits  biliaires).  La  plupart 
des  embryologistes  s’accordent  à  faire  provenir  du  même  feuillet  la  mu¬ 
queuse  de  la  partie  supérieure  du  tube  digestif,  de  l’œsophage,  du  pharynx, 
du  poumon,  des  fosses  nasales  ;  de  même,  ils  considèrent  la  muqueuse 
génito-urinaire  comme  résultant  du  bourgeonnement  de  l’extrémité  infé¬ 
rieure  du  feuillet  interne  (sinus  uro-génital).  Ch.  Robin,  cependant,  s’ap¬ 
puyant  sur  les  recherches  de  Coste,  de  His  et  de  Gerbe,  enseigne  que  ces 
derniers  organes  sont  des  prolongements  involutifs  du  feuillet  externe  du 
blastoderme,  qui  se  soudent  et  se  continuent  avec  les  deux  extrémités  supé¬ 
rieure  et  inférieure  du  feuillet  muqueux.  Il  insiste  beaucoup  sur  cette  double 
origine  embryologique  des  muqueuses,  et  d’après  ces  données,  il  divise  les 
muqueuses  en  deux  grandes  classes  :  1°  les  muqueuses  dermo-papillaires, 
comprenant  toutes  les  muqueuses  des  cavités  céphalique,  œsophagienne  et 
laryngo-pulmonaire,  ainsi  que  la  muqueuse  génito-urinaire;  2“  les  mu¬ 
queuses  endermiqnes,  comprenant  celles  de  l’intestin,  du  cardia  à  l’anus,  y 
compris  la  vésicule  biliaire.  Ce  qui  caractérise  les  muqueuses  dermo-papil¬ 
laires,  c’est,  ditCh.  Robin,  leur  provenance  embryologique,  qui  les  rattache 
au  feuillet  cutané  ;  c’est,  d’autre  pari ,  leur  structure  ;  leur  épithélium  est 
pavimenteux  comme  celui  de  la  peau  et,  comme  sur  le  tégument  externe, 
leur  chorion  est  riche  en  libres  élastiques.  Les  muqueuses  endodermiques, 
au  contraire,proviendraient  seules  du  feuillet  muqueux  du  blastoderme; 
elles  ont  un  épithélium  prismatique,  un  chorion  pauvre  en  fibres  élastiques 
et  constitué  presque  exclusivement  de  tissu  conjonctif  très-délicat  logeant 
dans  son  épaisseur  une  grande  quantité  de  glandes.  De  là  la  mollesse  et  le 
peu  de  résistance  de  cette  seconde  variété  de  muqueuses,  caractères  déjà 
signalés  par  Bichat,  et  la  dénomination  de  membrane  fongueuse,  pul¬ 
peuse,  etc. ,  que  leur  avaient  donnée  les  anciens. 

Cependant,  l’auteur  même  de  cette  division  dichotomique  est  dans  la  né¬ 
cessité  de  faire  certaines  restrictions;  c’est  ainsi  qu’il  reconnaît  que  les 
muqueuses  auditive  et  vésicale  font  exception  aux  caractères  généraux  qu’il 
assigne  aux  muqueuses  dermo-papillaires  ;  la  surface  de  ces' muqueuses 
ne  présente  pas  de  papilles  analogues  à  celles  Ue  la  peau  et  leur  épithélium 
est  cylindrique  et  non  pavimenteux;  d’autre  part,  les  villosités  qw,  pour 
Ch.  Robin,  caractérisent  les  muqueuses  endodermiques,  font  défaut  dans 
l’estomac,  dans  le  gros  intestin  et  dans  la  vésicule  du  fiel. 

La  base  embryologique  sur  laquelle  repose  cette  distinction  est  également 
loin  d’être  admise  par  la  généralité  des  anatomistes  :  les  recherches  de 
Beer ,  de  Rathke ,  de  Remak ,  celles  plus  récentes  de  Dobrinin  et  ae 
Gasser,  enfin  la  remarquable  monographie  de  Dastre  ne'  laissent  guère  de 
doute  sur  la  formation  de  l’allantoide  et  par  conséquent  de  son  reliquat 
chez  l’adulte,  c’est-à-dire  de  la  vessie,  aux  dépens  du  feuillet  muqueux  du 
blastoderme.  De  même,  le  sinus  uro-génital  est  considéré,  par  la  plupart  des 
embryologistes,  comme  un  bourgeonnement  de  l’extrémité  inférieure  du 
feuillet  muqueux  du  blastoderme,  et  non  du  feuillet  externe,  ce  qui  ferait 
dériver  de  ce  premier  feuillet  le  rein  primordial  ou  corps  de  Wolff,  ainsi 
que  l’organe  de  Müller,  en  un  mot,  l’ensemble  du  tractus  muqueux  génito- 


188  MUQUEUSES  (membranes).  —  classification. 

urinaire.  Enfin,  les  mêmes  auteurs  s’accordent  à  envisager  l’appareil  pul¬ 
monaire  comme'  provenant  également  d’un  bourgeonnement  de  la  partie 
supérieure  du  canal  digestif. 

Du  reste,  il  semble  que  la  distinction  entre  les  membranes  d’origine 
dermo-cutanée  et  celles  d’origine  endodermique  a  perdu  une  partie  de  son 
intérêt,  aujourd’hui  que  la  distinction  même  des  muqueuses  proprement 
dites  d’avec  les  séreuses  est  loin  d’être  aussi  radicale  qu’elle  l’était  autre¬ 
fois,  de  par  l’histologie  et  de  par  l’embryologie. 

Assurément  la  filiation  embryologique  des  diverses  membranes  de  revê¬ 
tement  a  une  grande  influence  sur  la  structure  histologique  définitive  de 
ces  membranes,  surtout  sur  celle  de  leur  épithélium,  ainsi  que  sur  leur 
rôle  physiologique.  La  peau  et  les  muqueuses,  c’est-à-dire  les  surfaces  de 
revêtement  qui  se  développent  aux  dépens  du  feuillet  cutané  ou  muqueux 
du  blastoderme,  doivent  surtout,  à  ce  point  de  vue,  être  distinguées  des  épi¬ 
théliums  de  revêtement  qui  tapissent  et  qui  limitent  les  cavités  plus  ou 
moins  considérables  creusées  dans  les  organes  développés  aux  dépens  du 
feuillet  séreux,  et  que  His  a  désignés  sous  le  nom  collectif  d’endothéliums  : 
productions  endothéliales  auxquelles  il  a  attribué,  comme  caractère  dis¬ 
tinctif,  d’être  formées  d’une  couche  unique  de  cellules  très-aplaties 
et  soudées  par  leurs  bords,  comme  cela  s’observe  à  la  surface  dès  sé¬ 
reuses,  des  synoviales,  delà  tunique  interne  des  vaisseaux.  Les  muqueuses, 
au  contraire,  ainsi  que  la  peau,  offrent  un  revêtement  proprement  épithélial, 
c’est-à-dire  une  couche  simple  ou  stratifiée  de  cellules  plus  épaisses,  que  les 
cellules  endothéliales  cuboïdes  plutôt  qu’aplaties,  plus  riches  en  protoplasma, 
plus  abondamment  douées  aussi  des  aptitudes  cellulaires  et  proliférantes. 

Comme  le  fait  observer  Ranvier,  cette  distinction,  vraie  d’une  façon 
générale,  ne  saurait  cependant  être  érigée  en  toi,  et  la  différence  embryo- 
génique  des  membranes  de  revêtement  ne  correspond  pas  toujours  à  une 
différence  morphologique.  Selon  sa  remarque  judicieuse,  «  l’épithélium  des 
alvéoles  pulmonaires,  qui  provient  du  feuillet  interne  du  blastoderme,  est 
formé  par  une  seule  couche  de  cellules  plates,  semblable  à  celle  des  mem¬ 
branes  séreuses,  tandis  que  le  revêtement  épithélial  des  franges  synoviales, 
dont  l’origine  est  dans  le  feuillet  moyen,  est  formée  de  couches  super¬ 
posées;  les  cellules  qui  le  composent  sont  épaisses  et,  de  plus,  servent  à  la 
sécrétion  d’un  liquide  chargé  de  mucine,  comme  le  ferait  l’épithélium 
d’une  muqueuse.  »  {Voy.  art.  Epithélium,  T.  XIII.  p.  675.) 

En  réalité,  il  semble  que  les  barrières  immuables  établies  entre  les 
divers  organes  selon  leur  provenance  embryologique,  tendent  de  plus  en 
plus  à  s’abaisser,  et  il  faut  renoncer  décidément  à  assigner,  de  par  l’em¬ 
bryologie  seule,  tel  ou  tel  caractère  morphologique  invariable  aux  divers 
éléments.  La  continuité  qui,  chez  la  femme,  s’établit  au  niveau  de  la 
trompe,  entre  le  péritoine  et  la  muqueuse  génito-urinaire,  c’est-à-dire 
entre  une  muqueuse  et  une  séreuse,  était,  pour  les  anciens  anatomistes, 
l’objet  d’un  certain  étonnement  et  passait  pour  un  fait  exceptionnel  et 
unique;  et  cependant  la  muqueuse  des  bronches,  en  se  continuant  avec  le 
revêtement  de  l’alvéole  pulmonaire,  nous  offre  un  exemple  du  même  genre. 


MUQUEUSES  (membranes)  —  anatomie  descriptive.  189 

ce  revêtement  ayant  tous  les  caractères  d’un  revêtement  séreux  ou  endo¬ 
thélial. 

Plus  loin,  du  reste,  quand  nous  traiterons  de  la  régénération  et  de  la 
reproduction  des  muqueuses  chez  l’adulte,  nous  aurons  à  revenir  sur  les 
connexions  qui  unissent  le  feuillet  vasculo-connectif  au  feuillet  muqueux 
proprement  dit.  Nous  verrons  que  les  plus  récents  travaux  autorisent  à 
admettre  qu’une  couche  épithéliale  ou  épidermique  peut  se  former,  tant  à 
l’état  physiologique  qu’à  l’état  pathologique,  aux  dépens  d’éléments  d’ori¬ 
gine  conjonctive  :  nouvelle  preuve  de  la  rigueur  exagérée  des  anciennes 
démarcations  embryogéniques. 

Le  principal  enseignement  qui  ressort  de  ces  notions  embryologiques, 
c’est  le  fait  de  la  précocité  du  développement  du  revêtement  épithélial  tant 
cutané  qu’intestinal  ;  ce  revêtement  existe  déjà  sous  forme  d’une  couche 
continue  de  cellules  juxtaposées,  longtemps  avant  qu’il  ne  se  double  d’un 
support  vasculo-conjonctif  emprunté  au  feuillet  moyen  et  constituant  le  cho- 
rion  cutané  et  muqueux.  Cette  précocité  de  développement  est  déjà  une 
preuve  de  l’importance  extrême  de  l’élément  épithélial  dans  l’his^ire  em¬ 
bryologique  aussi  bien  que  physiologique  des  membranes  cutanèêS  et  mu¬ 
queuses.  Loin  d’être,  comme  le  pensaient  les  anciens,  un  simple  vernis, 
un  produit  de  sécrétion,  ou  tout  au  plus  un  organe  de  protection  pour  le 
derme  sous-jacent,  l’épithélium,  ainsi  que  nous  le  verrons,  est  la  partie 
importante  et  active  entre  toutes,  la  première  en  date  par  ordre  de  déve¬ 
loppement,  la  première  aussi  en  dignité  par  l’importance  physiologique  et 
pathologique. 

Anatomie  descpiptive. —  Les  muqueuses  constituent  des  membranes 
molles,  blanchâtres,  grisâtres,  rosées,  ou  d’un  rouge  plus  ou  moins  foncé 
selon  le  degré  de  réplétion  de  leur  couche  vasculaire.  Elles  présentent  deux 
faces,  l’une  libre,  lubrifiée  par  un  fluide  muqueux,  l’autre  adhérente  aux 
organes  qu’elles  revêtent.  La  face  profonde  est  soudée  soit  à  des  muscles, 
soit  à  des  plans  fibreux,  soit  au  périoste.  Dans  certaines  régions  (canal  de 
l’urèthre,  utérus,  trompes,  etc.),  la  muqueuse  adhère  intimement  aux  tissus 
sous-jacents,  sans  pouvoir  exécuter  le  moindre  mouvement  de  locomotion; 
mais  le  plus  souvent,  elle  se  déplace  avec  plus  ou  moins  de  facilité,  grâce 
à  l’existence  d’une  couche  de  tissu  conjonctif  interposé  entre  la  muqueuse 
et  l’organe  qu’elle  revêt.  C’est  ce  qu’Albinus  et  Haller  désignaient  sous  le 
nom  de  tunique  nerveuse  et  que  Krause  a  nommé  tunique  sous-muqueuse. 
Très-accusée  le  long  du  tuhe  digestif,  la  couche  sous-muqueuse  existe 
même  sous  la  muqueuse  des  gencives,  de  la  voûte  palatine  et  des  fosses 
nasales. 

Quand  la  face  profonde  de  la  muqueuse  est  très-mobile,  des  plis  se  forment 
à  sa  surface  au  moment  où  les  muscles  sous-jacents  viennent  à  se  contrac¬ 
ter  ;  c’est  ce  que  l’on  observe  dans  l’intérieur  de  l’estomac,  du  gros  intestin, 
de  la  vessie.  Ces  plis  ou  ces  rides  s’effacent  par  la  distension  ou  l’insufflation 
du  viscère.  Outre  ces  plis  transitoires,  il  en  existe  de  permanents  à  la  surface 
de  certaines  muqueuses,  et  qui  ne  disparaissent  ni  par  la  dilatation,  ni  par 
le  resserrement  de  Torgane  ;  ainsi  que  Bichat  l’avait  déjà  observé,  ces  plis 


190  MLQUEüSES  (membranes).  —  histologie. 

sont  dus  à  la  brièveté  relative  de  la  couche  sous-muqueuse  qui  adosse 
l’une  à  l’autre  les  deux  faces  profondes  de  la  muqueuse  et  les  empêche  de 
s’écarter;  c’est  ce  que  l’on  constate,  par  exemple,  sur  les  valvules  conni- 
ventes  de  l’intestin  grêle.  Ch.  Robin  signale  avec  raison  comme  ne  devant 
pas  être  confondues  avec  des  plis  véritables,  les  saillies  et  les  dépressions  al¬ 
ternatives  qui  forment  V arbre  de  vie  dans  la  portion  cervicale  de  l’utérus, 
et  qui  tiennent  uniquement  à  ce  que  la  muqueuse  se  moule  exactement  sur 
toutes  les  inégalités  du  tissu  qu’elle  revêt. 

La  surface  libre  des  muqueuses,  outre  les  plis  que  nous  venons  de  men¬ 
tionner,  présente  d’autres  accidents  moins  apparents,  quelquefois  à 
peine  visibles  à  l’œil  nu  et  nécessitant  l’emploi  de  la  loupe  ;  ce  sont  des 
élevures  papillaires,  ou  des  prolongements  villeux,  ou  bien  encore  des 
dépressions,  des  lacunes,  des  cryptes,  des  orifices  glandulaires,  etc. 

Histologie  générale. —  Comme  la  peau,  avec  laquelle  elle  offre  tant 
d’analogie,  toute  muqueuse  se  compose  de  deux  couches  superposées  ;  1°  la 
couche  épithéliale  ;  2°  le  chorion  muqueux  y  muqueuse  proprement  dite  ;  on 
peut  y  joindre  une  troisième  couche,  que  nous  avons  déjà  signalée,  la 
couche  sous-muqueuse. 

1°  Epithélium  des  muqueuses.  —  L’épithélium,  au  point  de  vue  physiolo-  ' 
gique  aussi  bien  qu’au  point  de  vue  embryogénique,  est  évidemment  la 
couche  la  plus  importante  ;  c’est  elle  qui  résume  la  plupart  des  activités 
phy.siologiques  et  pathologiques  des  muqueuses  ;  c’est  elle  qui  préside  aux 
phénomènes  de  sécrétion,  d’absorption  ou  de  protection  qui  constituent  le 
rôle  de  ces  membranes  ;  la  plupart  des  nombreuses  glandes  qui  tapissent  les 
membranes  muqueuses  et  qui  sont  logées  dans  l’épaisseur  du  chorion  mu¬ 
queux  ou  au-dessous  de  lui,  dans  la  couche  sous-muqueuse,  doivent  être 
considérées  elles-mêmes  comme  de  simples  replis,  des  dépressions  de  l’épi¬ 
thélium  {cryptes  de  Blainville).  Les  caractères  histologiques  de  l’épithélium 
et  des  tissus  épithéliaux  ont  été  tracés,  de  main  de  maître,  à  l’article  Épithé¬ 
lium  et  nous  n’avons  plus  à  y  revenir.  Le  lecteur  y  trouvera  les  particularités 
histologiques  et  histochimiques  qui  distinguent  les  différentes  variétés  d’épi¬ 
théliums,  selon  qu’ils  sont  constitués  par  une  seule  couche  de  cellules  plates, 
ou  par  des  cellules  disposées  en  étages  comme  des  pavés  superposés  (épithé¬ 
lium  pavimenteux  stratifié),  ou  bien  encore  par  des  cellules  cylindriques, 
surmontées  ou  non  de  cils  vibratiles.  Le  mode  d’union  de  ces  cellules  entre 
elles,  leurs  connexions  avec  le  tissu  conjonctif  sous-jacent,  avec  les  nerfs, 
avec  les  vaisseaux  sanguins  et  lymphatiques,  y  sont  exposés  avec  tous  les 
développements  que  comportent  ces  questions  importantes,  de  sorte  que, 
dans  le  cours  de  cet  article,  nous  n’aurons  à  revenir  sur  ces  points  que 
pour  quelques  faits  nouvellement  acquis  à  la  science  ou  ayant  trait  spé¬ 
cialement  à  l’histoire  des  muqueuses. 

L’existence  de  cette  couche  épithéliale  était,  du  reste,  connue  des  anciens 
anatomistes  bien  avant  que  Henle  lui  eût  appliqué  la  dénomination  d’épi¬ 
thélium,  par  laquelle  Ruysch  désignait  simplement  l’épiderme  du  mamelon 
(eit!  et  mamelon).  Haller  et  Bichat,  à  son  exemple,  la  désignaient  du 
nom  à’épidet'me,  et  même  Haller  pensait  qu’il  n’y  avait  que  cette  portion  de 


MUQUEUSES  (membranes).  —  histologie.  191' 

la  peau  qui  descendît  dans  les  cavités  pour  les  tapisser,  Bichat,  par  la  dis¬ 
section  et  l’emploi  de  l’eau  bouillante,  n’eut  pas  de  peine  à  montrer  que  sur 
les  muqueuses,  comme  sur  la  peau,  au-dessous  de  la  couche  épidermique, 
se  trouve  un  corps  papillaire  et  un  chorion.  «  Cet  épiderme,  dit-il,  très 
distinct  sur  le  gland,  à  l’entrée  de  l’anus,  de  l’urèthre,  des  fosses  na¬ 
sales,  etc.,  est  plus  difficile  à  constater  dans  la  profondeur  des  membranes, 
muqueuses,  où  l’instrument  le  plus  délicat  ne  peut  l’y  soulever.  L’eau 
bouillante  ne  le  détache  point,  au  moins  dans  les  intestins,  la  vésicule  du 
fiel  et  l’estomac,  que  j’ai  soumis  à  cette  expérience . Mais  ce  que  nos  ex¬ 

périences  ne  peuvent  faire,  les  inflammations  l’opèrent  fréquemment.  Tous, 
les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  les  inflammations  des  organes  que  tapissent 
ces  membranes,  rapportent  des  exemples  de  lambeaux  plus  ou  moins  con¬ 
sidérables,  rejetés  au  dehors  par  l’urèthre,  l’anus,  la  bouche,  etc.  »  Bichat 
rappelle  plus  loin  des  cas  de  chute  de  l’anus,  du  vagin,  de  l’utérus,  où  la 
pression  extérieure  hypertrophie  l’épithélium  et  lui  communique  une  épais¬ 
seur  et  une  consistance  rappelant  celle  de  la  peau. 

C’est  surtout  au  niveau  des  orifices  naturels  et  dans  les  portions  pure¬ 
ment  vectrices  des  cavités  viscérales  que  l’épithélium  des  muqueuses  se 
rapproche  de  Tépiderme,  tant  par  l’analogie  de  structure  que  par  l’analogie 
de  fonctions.  La  muqueuse  de  la  conjonctive,  de  la  cornée,  du  vestibule 
des  fosses  nasales,  des  lèvres,  de  la  bouche,  du  pharynx,  de  l’œsophage, 
du  gland,  de  l’urèthre,  de  la  vessie,  des  uretères,  du  bassinet,  des  calices, 
du  vagin,  est  recouverte  d’un  épithélium  pavimenteux  stratifié,  identique,, 
pour  ainsi  dire,  à  la  couche  de  Malpighi  de  la  peau.  Le  revêtement  corné  ou 
épiderme  proprement  dit,  qui  caractérise  les  productions  cutanées,  fait  seul 
défaut  et,  à  cet  égard,  la  comparaison  de  Henle  qui  assimile  les  muqueuses  à 
la  peau  dépouillée  de  son  épiderme  par  l’application  d’un  vésicatoire,  est 
de  la  plus  exacte  vérité.  Les  cellules  les  plus  superficielles  des  muqueuses, 
au  lieu  de  subir,  comme  à  la  peau,  la  transformation  cornée,  offrent  la 
métamorphose  muqueuse  et  le  vernis  épidermique  sec  et  solide  de  la  peau 
est  remplacé  par  une  couche  protectrice  liquide  de  mucus. 

Il  existe  d’autres  surfaces  internes,  dont  les  fonctions  sont  plus  actives, 
qui  ne  constituent  pas  simplement  des  conduits  vecteurs,  mais  qui  prési¬ 
dent  à  des  phénomènes  d’absorption,  de  sécrétion,  d’élaborations  cellu¬ 
laires  importants.  Là  la  structure  de  l’épithélium  est  autre  :  il  n’existe 
qu’une  seule  rangée  de  cellules  cylindriques  ou  plutôt  cylindro-coniques, 
dont  le  sommet  est  dirigé  vers  la  profondeur,  la  hase  vers  la  surface  libre 
de  la  muqueuse.  L’épithélium  cylindrique  se  trouve  d’une  façon  non  inter¬ 
rompue  tout  le  long  du  tube  digestif,  depuis  le  cardia  jusqu’à  l’anus,  ainsi 
que  dans  les  canaux  excréteurs  des  glandes  qui  s’abouchent  dans  l’intestin  ; 
l’épithélium  est  également  cylindrique  sur  les  conduits  galactophores,  dans, 
le  canal  lacrymal,  sur  certains  points  de  la  muqueuse  génito-urinaire. 
Quand  nous  traiterons  de  la  physiologie,  et  surtout  des  attributs  généraux 
de  la  muqueuse  digestive,  nous  aurons  à  revenir  sur  quelques  particula¬ 
rités  remarquables  de  l’épithélium  cylindrique. 

Enfin,  certaines  muqueuses  sont  revêtues  d’un  épithélium  simple  ou 


192  MUQUEUSES  (membranes).  —  histologie. 

stratifié,  mais  dont  les  cellules  les  plus  superficielles  sont  cylindriques  et 
vibratiles.  Les  muqueuses  du  larynx  (les  cordes  vocales  inférieures  excep¬ 
tées),  celles  de  la  trachée  et  des  bronches,  des  fosses  nasales  (sauf  la  portion 
olfactive),  de  latronlpe  d’Eustache,  de  la  cornée,  du  tympan,  possèdent  un 
épithélium  vibratil  ;  il  en  est  de  même  des  trompes  utérines,  de  l’utérus 
j.usqu’àla  moitié  inférieure  du  col,  des  vaisseaux  déférents,  des  cônes  sémi- 
nifères  et  de  l’épididyme  jusqu’à  sa  partie  moyenne  environ,  chez  l’homme. 
On  devine,  sans  qu’il  soit  nécessaire  d’y  insister,  le  rôle  des  cils  vibratiles, 
destinés,  parleurs  mouvements  toujours  dirigés  dans  le  même  sens,  à  fa¬ 
voriser  la  progression,  soit  vers  l’intérieur,  soit  au  dehors,  des  particules 
solides  déposées  à  la  surface  de  la  membrane. 

Quelle  que  soit  la  configuration  du  revêtement  épithélial  des  muqueuses, 
la  couche  adhérente  de  cet  épithélium  (et  le  fait  est  surtout  apparent  sur 
l’épithélium  cylindrique  de  l’intestin)  présente,  interposés  entre  les  pi’o- 
longements  profonds  des  cellules,  de  petits  éléments  sphériques,  analogues 
aux  leucocytes,  et  qui,  très-probablement,  sont  là  comme  des  réserves  des¬ 
tinées  à  remplacer  les  cellules  épithéliales  en  voie  constante  de  desqua¬ 
mation  et  de  fonte  (Rindfleisch,  Ranvier). 

Les  connexions  du  l’evêtement  épithélial  avec  le  derme  muqueux  sous- 
jacent  et  son  mode  d’implantation  doivent  être  mentionnés.  Sous  le  nom  de 
basement-membrane,  on  désigne,  depuis  Bowman,  une  couche  anhyste, 
transparente,  extrêmement  mince,  interposée  entre  le  chorion  et  le  tégu¬ 
ment  épithélial  ;  elle  consisterait  en  une  modification  spéciale  du  tissu  con¬ 
nectif  ou  lamineux  (Ch.  Robin),  en  un  produit  de  sécrétion  des  cellules 
épithéliales,  ou  bien  encore  elle  ne  serait  qu’un  dépôt  profond  d’un  ciment, 
analogue  au  ciment  intercellulaire  (Kittsubstanz)  qui  agglutine  les  unes 
aux  autres  les  cellules  épithéliales  (Ranvier).  D’après  les  récentes  recher¬ 
ches  de  Debove,  on  trouverait,  au-dessous  de  l’épithélium  de  certaines  mu¬ 
queuses,  une  couche  endothéliale,  constituée  par  des  cellules  plates  iden¬ 
tiques  à  celles  qui  recouvrent  les  séreuses,  et  dont  l’argentation  dessine 
nettement  les  contours,  lorsqu’on  a  chassé  l’épithélium.  Cet  endothélium 
sous-muqueux  a  été  constaté  par  ce  procédé  sous.le  revêtement  cylindrique 
des  villosités  intestinales,  sous  l’épithélium  des  bronches  et  enfin  sur  la 
muqueuse  vésicale.  Mieux  qu’une  couche  fondamentale  parfaitement 
anhyste  et  difficile  à  traverser,  cette  couche  endothéliale  sous-épithéliale 
permettrait  de  se  rendre  compte  des  faits  de  migration  cellulaire  si  active 
dont  les  muqueuses  sont  le  siège. 

Jusque  dans  ces  derniers  temps,  on  considérait  toutes  les  formations 
épithéliales  comme  composées  de  cellules  parfaitement  isolées,  autonomes, 
et  n’affectant  aucune  connexion  directe  avec  le  système  nerveux,  celui-ci 
n’agissant  sur  elles  que  par  la  répartition  plus  ou  moins  abondante  des  sucs 
que  leur  fournit  le  système  vasculaire.  De  même,  envisagés  comme  appareils 
sensoriels  ou  sensitifs,  les  éléments  épithéliaux  paraissaient  n’entrer 
nulle  part  en  conflit  direct  avec  les  fibres  nerveuses,  et  le  revêtement  épi¬ 
thélial  était  plutôt  considéré  comme  un  organe  de  protection  que  comme  un 
organe  de  perfectionnement  et  d’adaptation,  approprié  qu’il  paraissait  à 


MUQUEUSES  (membranes).  —  histologie.  193 

amortir  les  impressions  périphériques  et  à  empêcher  leur  action  trop 
intense  sur  les  papilles  nerveuses.  Ces  idées  doivent  être  modifiées  actuel¬ 
lement.  Les  recherches  de  Hoyer,  de  Cohnheim,  sur  les  nerfs  de  la  cornée, 
ont  ouvert  la  voie,  en  montrant  que  des  filets  nerveux  s’insinuent  entre 
les  cellules  épithéliales,  s’ils  n’entrent  pas  en  connexion  directe  avec  elles. 
Les  travaux  de  Max  Schultze  sur  la  membrane  pituitaire,  ceux  deSchwalbe 
sur  la  muqueuse  gustative,  de  Langerhans  sur  la  couche  de  Malpighi, 
ont  fait  faire  un  nouveau  pas  à  la  question,  en  montrant  que  les  cellules 
épithéliales  entrent  directement  en  communication  avec  des  filaments  ner¬ 
veux.  Les  observations  de  Heidenhain,  de  Giannuzzi,  de  Pflüger,  de  Schwalbe, 
sur  l’épithélium  des  glandes  à  mucus  et  des  glandes  acineuses,  celles  de 
Thanhoffer  sur  les  cellules  de  revêtement  des  villosités  intestinales,  etc., 
tendent  à  faire  admettre  que  ces  éléments  reçoivent  également  des  expan¬ 
sions  nerveuses. 

La  portée  de  ces  données  nouvelles,  au  point  de  vue  de  la  physiologie 
générale,  ne  laisse  pas  que  d’être  considérable.  Pour  ce  qui  est  de  l’élé¬ 
ment  épithélial  envisagé  comme  organe  sensitif,  il  en  résulte  qu’il  n’est 
plus  permis  de  le  considérer  comme  un  simple  appareil  protecteur  pour  les 
éléments  proprement  nerveux,  mais  qu’il  intervient  au  contraire  comme 
organe  récepteur,  comme  appareil  de  perfectionnement  et  d’adaptation.  Les 
connexions  directes  de  l’épithélium  des  glandes  et  des  surfaces  avec  le  système 
nerveux,  interprétées  au  point  de  vue  des  actes  intimes  de  la  sécrétion,  sont 
tout  aussi  significatives  :  elles  donnent  la  clef  de  certains  faits  d’expéri¬ 
mentation,  bien  établis  depuis  les  travaux  de  Cl.  Bernard  et  de  Ludwig  sur 
la  corde  du  tympan,  et  qui  montrent  que  l’action  nerveuse  peut  éveiller  les 
phénomènes  de  sécrétion  et  de  végétation  épithéliales,  directement,  et  sans 
l’intermédiaire  obligé  de  l’appareil  circulatoire.  En  rapprochant  ces  données 
expérimentales  des  faits  histologiques  que  nous  venons  de  mentionner,  on  en¬ 
trevoit  une  subordination  étroite  des  mutations  épithéliales  et  glandulaires 
à  l’influence  du  système  nerveux,  et  dès  à  présent  il  est  permis  d’admettre 
l’existence  de  fibres  nerveuses  centrifuges,  sécréto-motrices,  comme  les  ap¬ 
pelle  Cl.  Bernard,  destinées  à  solliciter  directement  les  activités  épithéliales, 
comme  les  nerfs  moteurs  provoquent  la  contraction  des  muscles.  Ces 
mêmes  données  jettent  un  jour  nouveau  sur  la  part  que  prend  le  système 
nerveux  dans  la  production  d’un  grand  nombre  de  troubles  de  nutrition 
que  subissent  les  muqueuses  aussi  bien  que  la  peau,  et  que  l’on  est  convenu 
de  désigner  du  nom  de  troubles  trophiques.  En  un  mot,  l’histologie, 
aussi  bien  que  la  physiologie  expérimentale  et  que  la  pathologie,  montre 
qu’il  existe,  entre  les  éléments  épithéliaux  et  glandulaires  d’une  part, 
et  le  système  nerveux  de  l’autre,  une  solidarité  et  des  connexions  bien 
plus  étroites  que  celles  que  l’on  pouvait  admettre  autrefois. 

2“  Derme,  chorion  muqueux,  muqueuse  proprement  dite.  —  La  mu¬ 
queuse  constitue  le  support  connectif  de  l’épithélium  et  est  l’analogue  du 
derme  cutané.  Pour  les  anciens,  c’était  là  la  partie  essentielle  et  caracté¬ 
ristique  des  membranes  muqueuses  ;  l’importance  en  a  été  amoindrie, 
depuis  qu’on  sait  mieux  la  prépondérance  de  la  couche  épithéliale.  Aussi 
NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  13 


194.  MUQUEUSES  (membranes).  —  histologie. 

l’épaisseur,  la  consistance  et  la  structure  du  derme  muqueux  sont-elles  des 
plus  variables,  bien  plus  que  ne  le  sont  les  caractères  de  l’épithélium;  il  est 
même  certaines  surfaces,  celle  de  la  cornée  par  exemple,  où  l’épithélium 
repose  directement  sur  le  tissu  cornéen,  sans  l’interposition  d’aucune 
gangue  conjonctive  ;  là,  par  conséquent,  dans  le  sens  rigoureux  du  mot,  il 
n’existe  pas  de  muqueuse. 

La  description  des  dispositions  que  présente  le  derme  muqueux  dans  les 
diverses  régions  du  corps  se  trouvera  à  chaque  article  spécial  [voy.  Bodche, 
Estomac,  Intestin,  Conjonctive,  Bronches,  Vagin,  Utérüs,  Vessie,  etc.);  ici 
nous  nous  bornerons  à  signaler  les  attributs  généraux  des  muqueuses. 

D’une  manière  générale,  le  chorion  muqueux,  de  même  que  le  derme 
cutané,  est  essentiellement  composé  par  un  feutrage  fibro-élastique  repro¬ 
duisant  le  type  ordinaire  du  tissu  conjonctif,  c’est-à-dire  composé  de  fibril¬ 
les  conjonctives  et  élastiques,  de  cellules  plates,  de  capillaires,  de  nerfs  et 
de  fentes  ou  espaces  lymphatiques.  Dans  certaines  régions,  où  la  muqueuse 
se  rapproche  surtout  de  la  structure  et  du  rôle  physiologique  de  la  peau, 
le  chorion  muqueux  est  épais,  résistant,  formé  de  tissu  conjonctif  serré, 
analogue  à  celui  du  derme  cutané.  C’est  ce  qu’on  observe  sur  les  gencives, 
le  palais,  la  langue,  l’œsophage,  etc.  Là,  en  effet,  les  fonctions  de  la  mu¬ 
queuse  sont  surtout,  comme  celles  de  la  peau,  des  fonctions  de  défense  et 
de  protection,  qu’un  chorion  épais  et  résistant  peut  seul  remplir.  Les  or¬ 
ganes  glandulaires  logés  dans  l’épaisseur  de  la  muqueuse  sont,  en  général, 
peu  nombreux  et  peu  compliqués  et  se  réduisent  à  quelques  aeini  muci- 
pares.  En  revanche,  comme  sur  la  peau,  le  derme  muqueux  est  hérissé  de 
petites  saillies,  nommées  papilles,  dont  l’axe  est  occupé  par  une  anse 
vasculaire,  accompagnée  ou  non  d’une  fibre  nerveuse  aboutissant  à  un 
appareil  terminal  plus  ou  moins  compliqué.  Sur  la  muqueuse  linguale 
notamment,  l’élément  papillaire  prend  une  importance  sur  laquelle  nous 
n’avons  pas  à  insister  ici. 

Dans  d’autres  régions  du  corps,  sur  l’estomac,  l’intestin,  les  fonctions 
des  muqueuses  changent  et,  de  membranes  purement  protectrices,  elles 
deviennent  des  organes  de  sécrétion,  d’élaboration  et  d’absorption.  Nous 
verrons  plus  loin  la  part  qui  revient,  dans  ces  diverses  fonctions,  aux  par¬ 
ties  constituantes  de  la  muqueuse  ;  mais  ce  qu’il  faut  savoir,  c’est  que  le 
chorion  muqueux  accuse  ces  aptitudes  nouvelles  par  des  modifications  de 
structure,  dont  nous  devons  indiquer  la  signification  générale.  Le  tissu 
même  de  la  muqueuse  change  d’aspect  ;  au  lieu  d’un  derme  épais,  résis¬ 
tant,  c’est  un  tissu  conjonctif  très-délicat,  mou,  réticulé,  formé  par  des 
fibrilles  très-ténues,  circonscrivant  des  espaces  incomplètement  tapissés 
par  les  cellules  plates  de  Ranvier.  La  connexion  étroite  des  mailles  con¬ 
jonctives  avec  les  origines  des  vaisseaux  lymphatiques,  les  nombreux  leu¬ 
cocytes  qui  y  cheminent  et  qui  infiltrent  en  quelque  sorte  le  tissu  de  la 
muqueuse,  enfin  la  présence  de  véritables  ganglions  lymphatiques  (folli¬ 
cules  clos,  plaques  dePeyer),  tous  ces  caractères  permettent  déjà  de  pres¬ 
sentir  le  rôle  nouveau  de  la  muqueuse,  rôle  d’élaboration  qui  en  fait  un 
véritable  organe  hématopoétique.  En  môme  temps  les  papilles  deviennent 


MUQUEUSES  (MEMBRANES).  — HISTOLOGIE.  i95 

plus  longues,  plus  nombreuses,  d’une  structure  plus  complexe  ;  elles  se 
creusent  d’un  canal  ou  d’un  espace  central  (chylifère  central)  en  rapport 
par  sa  base  avec  le  réseau  lymphatique  de  la  muqueuse  ;  la  papille,  en  un 
mot,  devient  une  villosité,  c’est-à-dire  l’organe  d’absorption  par  excellence. 
En6n,  pour  faciliter  cette  absorption  et  modifier  convenablement  les  ma¬ 
tériaux  placés  au  contact  de  l’épitbélium,  des  sécrétions  spéciales  sont 
nécessaires  ;  elles  sont  fournies  par  des  appareils  glandulaires  (glandes 
gastriques,  glandes  de  Lieberkühn,  glandes  de  Brünner)  qui,  en  dernière 
analyse,  ne  sont  que  des  diverticules  du  revêtement  épithélial.  Ces  prolon¬ 
gements  affectent  la  forme  de  doigts  de  gant  simples  ou  ramifiés,  ou  offrent 
une  disposition  acineuse  et  sont  logés  dans  l'épaisseur  du  chorion  mu¬ 
queux,  ou  bien  dans  la  couche  conjonctive  sous -muqueuse. 

Dans  la  rapide  esquisse  qui  précède,  nous  avons  eu  surtout  en  vue  les 
particularités  qui  caractérisent  la  muqueuse  digestive.  Les  muqueuses 
respiratoire,  génitale  et  urinaire  comporteraient  des  considérations  de 
même  nature,  mais  sur  lesquelles  nous  ne  pouvons  pas  nous  appesantir, 
n’ayant  à  traiter  que  les  grandes  lignes  du  sujet. 

Les  dispositions  qu’affectent  les  vaisseaux  et  les  nerfs  des  muqueuses  sont 
également  intéressantes  à  étudier,  mais  se  prêtent  tout  aussi  mal  à  une  des¬ 
cription  générale.  Bichat  déjà  insistait  sur  la  richesse  vasculaire  des  mem¬ 
branes  muqueuses,  révélée  par  la  rougeur  qui  les  distingue  à  l’état  physio¬ 
logique  aussi  bien  que  par  les  injections.  11  signalait  la  position  supei’fi- 
cielle  des  vaisseaux,  d’où  la  fréquence  et  la  facilité  des  hémorrhagies  ;  il  en- 
résulte  aussi  que  les  muqueuses,  selon  leur  coloration  plus  ou  moins  vive, 
leur  pâleur  ou  leur  état  cyanique,  fournissent  au  médecin,  par  la  simple 
inspection,  des  données  précieuses  sur  l’état  du  sang  et  de  la  circulation. 

Sur  certaines  muqueuses,  celle  du  tube  digestif  par  exemple,  la  vascu¬ 
larité  est  d’une  richesse  considérable,  en  rapport  avec  les  fonctions  si  ac¬ 
tives  d’absorption  et  de  sécrétion  de  ces  organes.  De  là  ces  puissantes 
arcades  artérielles  logées  dans  le  dédoublement  du  mésentère  ;  de  là  aussi 
un  réseau  capillaire  très-serré,  se  ramifiant  dans  la  muqueuse,  entourant 
les  glandes  en  tube,  les  glandes  en  grappes  et  les  follicules  lymphatiques, 
d’une  véritable  couronne  vasculaire.  Les  radicules  veineuses  et  les  réseaux 
lymphatiques  y  sont  également  répandus  à  profusion  et  affectent  des  dis¬ 
positions  curieuses,  sur  lesquelles  nous  ne  pouvons  nous  arrêter  ici.  {Voy. 
Intestins,  Villosités.) 

Les  muqueuses  reçoivent  de  nombreux  filets  nerveux,  tant  sensi¬ 
tifs  que  vaso-moteurs  et  sécréteurs.  Dans  le  tissu  sous-muqueux  et  dans 
les  couches  profondes  de  la  muqueuse  intestinale  notamment,  les  nerfs 
sont  tellement  abondants  qu’ils  forment  un  véritable  plexus,  signalé  par 
Remak  et  Meissner,  et  remarquable  par  la  présence  de  nombreux  ganglions. 
11  est  probable  que  ces  ganglions  microscopiques  servent  de  centre  à  une 
partie  des  actes  réflexes,  vaso-moteurs  et  autres,  dont  la  muqueuse  diges¬ 
tive  est  le  siège,  de  même  que  les  ganglions  du  plexus  mésentérique  situé 
dans  l’épaisseur  de  la  musculeuse  président,  en  partie  du  moins,  aux  mou¬ 
vements  péristaltiques. 


196  MUQUEUSES  (membranes).  —  physiologie  et  pathologie. 

La  muqueuse  du  tube  digestif  est  séparée  de  la  sous-muqueuse  par  une 
couche  très-ténue  de  fibres  musculaires  lisses,  disposées  dans  le  sens  lon¬ 
gitudinal  et  transversal.  C’est  là  ce  que  les  Allemands  appellent  la  muscu- 
laris  mucosœ,  signalée  pour  la  première  fois  par  Middeldorpf  et  Brücke.  Du 
reste,  des  fibres  musculaires  lisses  se  trouvent  également  disséminées  dans 
la  charpente  même  des  villosités,  formant  une  sorte  de  tunique  autour  du 
lymphatique  central  (Brücke)  et  se  continuant,  dans  la  profondeur,  avec 
la  musculeuse  de  la  muqueuse  (Kôlliker). 

3°  Couche  sous-muqueuse.  —  Elle  est  constituée  par  un  tissu  conjonctif 
plus  ou  moins  lâche,  selon  les  régions,  rattachant  la  muqueuse  aux  orga¬ 
nes  sous-jacents.  Cette  couche  est  riche  en  vaisseaux,  en  nerfs,  et  loge  en 
outre  le  fond  des  appareils  glandulaires  de  la  muqueuse.  Sur  certains  points, 
au  niveau  des  replis  aryténo-épiglottiques,  par  exemple,  la  sous-muqueuse 
est  d’une  grande  laxité;  il  en  résulte  qu’elle  s’infiltre  facilement  de  sérosité, 
d’où  les  accidents  graves  décrits  sous  le  nom  d'oedème  de  la  glotte.  Dans 
d’autres  régions,  au  contraire,  sur  la  voûte  palatine,  la  trachée,  le  gland, 
la  sous-muqueuse  lait  presque  complètement  défaut  ou  est  remplacée  par 
un  tissu  conjonctif  très-dense  et  très-serré  ;  aussi  ces  régions  ne  sont-elles 
jamais  le  siège  d’un  œdème  sous-muqueux. 

Physiologie  et  pathologie  générales.  Physiologie.  —  On  se 
ferait  une  idée  bien  étroite  et  bien  insuffisante  du  rôle  physiologique  des 
muqueuses,  si  l’on  admettait  qu’il  consiste  surtout  dans  la  sécrétion  du 
mucus  ;  néanmoins  c’est  par  l’étude  de  cette  sécrétion  que  nous  devons 
commencer. 

Le  mucus  est  un  liquide  filant,  gluant,  visqueux,  qui  lubrifie  la  surface 
de  la  plupart  des  membranes  muqueuses.  La  consistance  du  mucus  varie 
entre  celle  d’un  corps  presque  complètement  fluide  et  celle  d’une  gelée 
demi-concrète.  Le  mucus  est  tantôt  transparent,  tantôt  louche  ou  complè¬ 
tement  opaque,  de  couleur  jaunâtre  ou  verdâtre.  Au  point  de  vue  physique, 
ce  qui  caractérise  surtout  le  mucus,  c’est  la  propriété  qu’il  a  de  se  gonfler 
par  l’addition  de  l’eau  (Chevreul)  sans  pour  cela  se  dissoudre  ni  passer  à 
travers  le  filtre.  Il  appartient  donc,  au  premier  chef,  à  la  classe  des  sub¬ 
stances  colloïdes  de  Graham  et  est  privé  presque  totalement  de  pouvoir 
diffusif. 

Le  mucus  est  alcalin  ;  il  est  formé  par  de  l’eau,  des  sels  minéraux  (phos¬ 
phates,  sulfates,  carbonates,  silicates  et  chlorures  alcalins),  des  matières 
extractives,  de  la  graisse,  enfin  et  surtout  par  une  substance  albuminoïde, 
caractéristique  du  mucus,  la  mucine  ou  mucosine. 

.  C’est  la  mucine. qui  communique  au  mucus  sa  viscosité,  ainsi  que  la 
propriété  de  gonfler  par  l’eau  sans  se  dissoudre.  «  Elle  n’est  pas  coagulable 
par  la  chaleur;  l’acide  nitrique  la  précipite,  mais  ce  précipité  est  soluble 
dans  le  moindre  excès  d’acide  ;  l’alcool  la  précipite  inaltérée,  en  un  caillot 
d’aspect  fibrineux  qui,  même  après  un  séjour  prolongé  dans  l’alcool,  con¬ 
serve  la  possibilité  d’être  redissous  ou  même  regonflé  par  l’eau,  soit  à  froid, 
soit  à  chaud.  C’est  sa  propriété  la  plus  caractéristique,  et  c’est  celle  de  ses 
réactions  qu’on  utilise  comme  procédé  d’extraction.  »  (Ch.  Robin.)  Examinée 


MUQUEUSES  (membranes).  —  physiologie  et  pathologie.  197 

au  microscope,  sans  l’intervention  d’aucun  réactif,  la  mucine  présente  un 
aspect  strié  et  fibrillaire  analogue  à  celui  de  la  fibrine  ;  mais  elle  s’en  dis¬ 
tingue  par  l’action  de  l’acide  acétique,  qui  exagère  l’état  strié  de  la  mucine, 
tandis  qu’il  gonfle  et  fait  disparaître  les  stries  de  la  fibrine,  ainsi  que  les 
fibrilles  du  tissu  conjonctif. 

Le  mucus  tient  en  suspension  une  quantité  variable  de  leucocytes,  des 
cellules  épithéliales  plus  ou  moins  altérées,  des  granulations  graisseuses  et 
des  bulles  d’air. 

Pour  Bichat  et  pour  ses  successeurs,  le  mucus  était  uniquement  sé¬ 
crété  par  les  glandes  muqueuses  ou  acineuses.  «  Si,  dit- il,  ces  glandes,  très- 
apparentes  aux  bronches,  au  palais,  à  l’œsophage  et  aux  intestins,  sont 
moins  sensibles  sur  la  vessie,  la  vésicule  du  fiel,  etc. ,  la  mucosité  qui  en 
humecte  la  membrane  démontre  irrévocablement  leur  existence...  L’identité 
des  fluides  sécrétés,  en  effet,  suppose  l’identité  des  organes  sécrétoires.  Il 
paraît  que  là  où  ces  glandes  se  cachent  à  nos  yeux,  la  nature  supplée  par 
leur  nombre  à  leur  ténuité.  »  Nous  savons  aujourd’hui  que  la  présence  de 
glandes  dites  muqueuses  n’est  pas  indispensable  pour  la  production  du 
mucus,  et  que  celui-ci  dérive  de  l’activité  de  ces  glandes  d’une  part,  mais 
aussi  et  surtout  de  modifications  éprouvées  par  les  cellules  épithéliales  de 
revêtement  des  membranes  muqueuses.  Si  l’on  enlève  quelques  cellules 
épithéliales,  et  qu’on  les  place  au  contact  d’un  peu  d’eau,  on  verra,  au 
microscope,  qu’il  se  forme  dans  leur  intérieur  une  petite  masse  de  mucus 
transparente  qui,  en  se  gonflant,  refoule  le  reste  du  protoplasma  et 
le  noyau,  lesquels  n’apparaissent  plus  que  comme  un  appendice  de  la  cel¬ 
lule  (Rindfleisch,  Ranvier  et  Cornil).  Bientôt  le  mucus,  en  se  gonflant,  fait 
éclater  la  cellule,  qui  demeure  notablement  déformée.  Tout  porte  à  croire 
que  ce  phénomène,  si  apparent  au  microscope,  se  passe  d’une  façon  iden¬ 
tique  à  la  surface  des  muqueuses,  et  que  le  mucus  provient  d’une  simple 
transformation  muqueuse  d’un  certain  nombre  de  cellules  de  revêtement. 
Ces  cellules  se  détachent-elles  complètement,  subissant  une  sorte  de  des¬ 
quamation  avec  fonte  muqueuse  (Frerichs,  Weber,  Donders),  ou  bien,  au 
contraire,  le  protoplasma  avec  le  noyau  demeurent-ils  en  place,  une  portion 
seulement  du  contenu  de  la  cellule  étant  transformée  et  expnlsée  (Rind'- 
ifleisch)?  C’est  là  un  point  encore  en  litige.  Cependant  la  dernière  hypothèse 
est  rendue  probable  par  l’existence,  à  la  surface  de  la  muqueuse  intesti¬ 
nale,  de  certaines  cellules  singulièrement  configui’ées,  signalées  pour  la 
première  fois  par  Gruby  et  Delafond,  sous  le  nom  à’ epithelium  capitatum, 
■et  décrites  avec  soin  par  Letzerich  et  F.  E.  Schultze,  sous  la  dénomination 
de  cellules  caliciformes.  Tout  porte  à  croire  que  ces  cellules  ont  pour  fonc¬ 
tion  de  sécréter  le  mucus ,  que  ce  sont  de  véritables  glandes  muqueuses  uni- 
■cellulaires  (F.  E.  Schultze,  Ranvier).  (Voyez,  à  ce  sujet,  art.  Épithélium, 
t.XIII,p.  711.) 

Il  résulte  de  ces  faits  que  l’on  peut  considérer  la  surface  des  muqueuses 
comme  subissant  une  sorte  de  mue  constante,  ou  du  moins  comme  donnant 
naissance  à  un  produit  de  transformation  du  protoplasma  des  cellules 
épithéliales  qui  n’est  autre  que  le  mucus.  Il  se  passerait  là  quelque  chose 


d98  MUQUEUSES  (membranes).  —  physiologie  et  pathologie. 

d’analogue  à  ce  que  l’on  constate  à  la  surface  de  l’épiderme,  où  les  cellules- 
les  plus  superficielles  éprouvent  la  transformation  cornée.  Cette  assimilation 
est  d’autant  plus  légitime  qu’au  point  de  Yue  de  la  constitution  chimique,  la 
plus  étroite  parenté  existe  entre  la  kératine  et  la  mucine.  Bichat,  par 
une  intuition  des  plus  remarquables,  était  arrivé  à  une  conception  dumême- 
geni’e  :  il  regardait  les  membranes  muqueuses  «  comme  un  des  grands 
émonctoires  par  lesquels  s’échappent  sans  cesse  au  dehors  les  résidus  de 
la  nutrition  et,  par  conséquent,  comme  un  des  agents  principaux  de  la 
décomposition  habituelle,  qui  enlève  aux  corps  vivants  les  molécules  qui, 
ayant  concouru  pendant  quelque  temps  à  la  composition  des  solides,  leur 
sont  ensuite  devenus  hétérogènes  ».  Sans  doute,  comme  le  fait  remarquer 
Ch.  Robin,  ce  rôle  d’émonctoire  rempli  par  les  muqueuses  a  été  exagéré 
par  Bichat,  mais  il  faut  l’admettre  dans  une  certaine  mesure,  et  considérer 
le  mucus,  de  même  que  la  kératine,  comme  un  produit  de  désintégi’ation. 
Le  faible  pouvoir  osmotique  des  mucus,  qui  en  rend  l’absorption  laborieuse,, 
sinon  impossible,  l’expulsion  habituelle  de  ces  mêmes  mucus  par  les  fécès, 
par  l’expectoration,  etc.,  plaident  en  faveur  de  cette  manière  de  voir. 

Le  rôle  essentiel  du  mucus  est,  à  coup  sûr,  celui  d’un  enduit  protecteur. 
«  La  première  de  ses  fonctions,  dit  Bichat  excellemment,  est  de  garantir 
les  membranes  muqueuses  de  l’impression  des  corps  avec  lesquels  elles 
sont  en  contact,  et  qui  tous  sont  hétérogènes  à  celui  de  l’animal.  Voilà,  sans 
doute,  la  raison  pour  laquelle  les  fluides  muqueux  sont  plus  abondants  là 
où  ces  corps  séjournent  quelque  temps,  comme  dans  la  vessie,  à  l’extré¬ 
mité  du  rectum,  etc.,  que  là  où  ils  ne  font  que  passer,  comme  dans  les 
uretères,  et  en  général  dans  tous  les ,  conduits  excréteurs.  Voilà  encore 
pourquoi,  lorsque  l’impression  de  ces  corps  pourrait  être  funeste,  ces 
fluides  se  répandent  en  plus  grande  quantité  sur  leurs  surfaces.  La  sonde 
qui  pénètre  l’urèthre  et  qui  y  séjourne;  l’instrument  qu’on  laisse  dans  le 
vagin  pour  y  serrer  un  polype;  celui  qui,  dans  la  même  vue,  reste  quelque 
temps  dans  les  fosses  nasales.. .,  déterminent  toujours  sur  les  portions  de  la 
surface  muqueuse  qui  leur  correspond  une  sécrétion  plus  abondante  du 
fluide  qui  y  est  habituellement  versé.  »  En  un  mot,  dès  qu’un  corps  étran¬ 
ger  irritant  est  mis  en  contact  avec  une  muqueuse,  celle-ci  se  défend  en 
quelque  sorte  et  sécrète  une  quantité  abondante  de  mucus. 

Le  mucus  est  donc  destiné,  par-dessus  tout,  à  amortir  les  contacts  trop- 
directs  et  à  diminuer  les  irritations  exercées  à  la  surface  des  muqueuses, 
et,  en  ce  sens,  il  remplit  plutôt  un  rôle  d’opportunité  transitoire  qu’un 
rôle  physiologique  véritable.  Aussi  serait-ce  une  erreur  que  de  consi¬ 
dérer  la  sécrétion  du  mucus  comme  étant  le  but  physiologique  des  mem¬ 
branes  muqueuses;  sans  aller  aussi  loin  que  Küss,  et  sans  répéter  avec  lui 
que  «  le  mucus  est  un  liquide  pathologique  »,  il  faut  reconnaître  que  cette 
formule  est  moins  paradoxale  qu’elle  ne  le  paraît  de  prime  abord  :  ce  qui 
est  certain,  c’est  que  la  santé  et  la  vigueur  des  épithéliums  se  traduisent 
non  par  une  sécrétion  abondante  du  mucus,  mais  au  contraire  par  la  mo¬ 
dération  de  cette  sécrétion  ;  dès  qu’elle  devient  réellement  abondante,  elle 
accuse  non  pas  l’intégrité,  mais  la  souffrance,  le  catarrhe  de  la  muqueuse. 


MUQUEUSES  (MEMBRANES).  —  PHYSIOLOGIE  ET  PATHOLOGIE.  199 

Abstraction  faite  de  la  sécrétion  du  mucus,  on  peut  assigner  aux  mu¬ 
queuses  un  triple  rôle  physiologique  et  les  envisager  :  1“  comme  organes  de 
protection;  T  comme  organes  d'absorption;  3°  comme  organes  de  sécrétion 
et  d'élaboration. 

Certaines  muqueuses,  auxquelles  appartient  surtout  le  rôle  de  protection 
et  de  défense,  le  remplissent  avec  presque  autant  d’efficacité  que  la  peau 
elle-même  ;  ces  muqueuses  n’absorbent  point,  ou  du  moins  l’absorption,  à 
leur  surface,  est  réduite  à  un  minimum.  C’est  ce  qui  a  lieu,  par  exemple, 
pour  la  muqueuse  vésicale,  qui,  à  l’état  sain,  n’absorbe  ni  l’urine  ni  les 
substances  toxiques  ou  médicamenteuses  mises  en  contact  avec  elle.  Cette 
imperméabilité  de  la  vessie  est  due  non  pas  à  la  présence  du  mucus,  mais 
à  l’activité  propre  du  revêtement  épithélial  ;  dès  que  celui-ci  vient  à  être 
altéré  par  l’inflammation,  par  le  raclage  ou  par  un  traumatisme  quel¬ 
conque,  la  barrière  qui  s’opposait  au  passage  est  levée,  et  l’absorption 
s’effectue  (voy.  Susini,  thèse  de  Strasb.,  1867,  etE.  Alling,  thèse  de  Paris, 
1871).  La  muqueuse  vaginale,  celle  de  l’extrémité  inférieure  du  rectum, 
sans  être  imperméables  au  même  degré,  se  rapprochent  cependant  de  la 
peau  par  leur  faible  pouvoir  absorbant. 

D’autres  muqueuses,  au  contraire,  constituent  la  véritable  porte  d’entrée 
des  substances  liquides,  gazeuses  et  même  solides  dans  le  sang  et  les 
humeurs  ;  elles  permettent  et  facilitent  leur  pénétration  dans  le  milieu  inté¬ 
rieur,  comme  l’appelle  Cl.  Bernard.  En  tête,  il  faut  placer  la  muqueuse 
digestive  et  la  muqueuse  respiratoire.  Nous  n’avons  pas  à  exposer  ici  le 
mécanisme  qui  préside  à  l’absorption  dés  peptones,  des  hydrocarbures  et 
des  particules  graisseuses  au  niveau  de  la  muqueuse  intestinale,  non  plus 
que  le  mode  suivant  lequel  les  échanges  gazeux  s’effectuent  le  long  de 
la  muqueuse  respiratoire;  on  trouvera  ces  points  étudiés  avec  détail  à 
l’article  Absorption.  Mais  ce  que  l’on  nous  permettra  de  rappeler  ici,  c’est 
le  rôle  prédominant,  capital,  qui  revient,  dans  ces  phénomènes  d’absorp¬ 
tion,  à  l’activité  des  épithéliums,  lesquels  s’emparent  en  quelque  sorte  de 
certaines  substances,  tandis  qu’ils  refusent  obstinément  le  passage  à  d’au¬ 
tres,  sans  que  des  lois  physico-chimiques  puissent  nous  rendre  compte 
de  cette  véritable  action  sélective.  En  d’autres  termes,  ni  l’osmose,  ni  la 
capillarité,  ni  la  différence  de  pression,  ni  aucune  propriété  purement  phy¬ 
sique  ou  chimique,  ne  nous  donnent  la  clef  de  l’absorption  telle  qu’elle 
s’effectue  dans  l’intestin  grêle,  par  exemple;  il  y  a  là  quelque  chose  de 
plus,  qui  est  l’action  sélective ,  vitale  par  excellence ,  je  dirais  presque 
intelligente,  du  revêtement  épithélial  de  la  muqueuse. 

Ce  sont  précisément  les  muqueuses  douées  au  plus  haut  degré  de  la 
faculté  d’absorber  qui  possèdent  aussi  l’appareil  glandulaire  le  plus  déve¬ 
loppé  et  sécrètent  le  plus  abondamment  ;  et  à  ce  point  de  vue,  c’est  encore 
la  muqueuse  par  excellence,  la  muqueuse  digestive,  qui  doit  servir  de  type. 
Les  nombreuses  glandes  qui  la  tapissent  (glandes  à  pepsine,  glandes  de 
Brünner,  glandes  de  Lieberkühn,  auxquelles,  en  anatomie  philosophique, 
on  peut  rattacher  le  pancréas  et  le  foie  biliaire)  versent  à  la  surface  de  la 
muqueuse  des  liquides  doués  de  réactions  spéciales  et  de  propriétés  plus 


200  MUQUEUSES  (membranes).  —  physiologie  et  pathologie. 

mystérieuses  et  plus  énergiques  qui  en  font  de  véritables  ferments.  C’est 
grâce  à  l’énergie  de  ces  liquides  que  l’aliment  est  attaqué,  transformé, 
préparé  et  finalement  rendu  apte  à  l’absorption. 

Enfin,  nous  avons  vu  que  dans  l’épaisseur  même  de  la  muqueuse  intes¬ 
tinale,  depuis  la  bouche  jusqu’au  rectum,  on  trouve  enchâssés  de  nom¬ 
breux  follicules  clos  ou  agminés,  qui  ne  sont  autre  chose  que  de  petits  gan¬ 
glions  lymphatiques;  nous  avons  vu,  en  outre,  que  le  tissu  même  du 
chorion  muqueux  de  l’intestin  est  un  véritable  tissu  adénoïde,  de  sorte 
qu’on  a  pu,  non  sans  justesse,  le  considérer  comme  un  immense  organe 
lymphoïde  étalé.  Il  en  résulte  qu’au  point  de  vue  anatomique,  aussi  bien 
qu’au  point  de  vue  physiologique,  ce  chorion  muqueux  est  un  véritable 
organe  d’hématopoèse  ;  c’est  là  que  commencent  cette  longue  série  de 
transformations  et  d’élaborations  qui  se  continuent  dans  les  ganglions 
lymphatiques,  dans  la  rate,  dans  le  foie,  pour  aboutir,  étape  dernière,  à 
l’acte  final  d’hématose  qui  s’effectue  au  niveau  de  la  muqueuse  respi¬ 
ratoire. 

On  voit,  par  ce  rapide  schéma,  combien  le  cadre  s’est  élargi  et  combien 
nous  sommes  loin  de  l’ancienne  et  étroite  conception  des  muqueuses,  envi¬ 
sagées  comme  de  simples  membranes  limitantes  et  dont  le  rôle  essentiel 
serait  la  sécrétion  du  mucus.  En  réalité,  au  lieu  d’une  barrière  inerte  ou 
d’un  simple  filtre  indifférent,  c’est  à  des  organes  vivant  d’une  vie  intense, 
soumis  à  une  mue  et  à  une  régénération  perpétuelle,  que  nous  avons  affaire. 
Bien  différentes  en  cela  de  la  peau,  dont  la  fonction  essentielle  est  décidé¬ 
ment  surtout  passive,  défensive  et  protectrice,  les  muqueuses  constituent 
la  grande  voie  d’entrée,  de  rénovation  plutôt  encore  que  d’émonction  de 
l’économie.  C’est  grâce  à  la  vitalité  puissante  de  cette  écorce  interne,  comme 
on  l’a  appelée,  que  l’organisme  répare  ses  pertes  et  se  renouvelle  d’une 
façon  incessante  ;  rôle  de  préparation,  de  sélection,  d’absorption  et  d’éla¬ 
boration  qui,  nous  le  répétons,  est  surtout  rapanage  de  l’épithélium,  lequel 
résume  en  quelque  sorte,  avec  le  plus  d’énergie  et  de  variété,  toutes  les 
activités  cellulaires  et  végétatives  de  l’économie. 

La  sensibilité  des  membranes  muqueuses  prête  à  des  considérations  in¬ 
téressantes  et  que  Bichat  déjà  exposait  avec  sa  profondeur  habituelle.  Les 
divers  modes  de  sensibilité  s’observent  à  la  surface  des  muqueuses.  Quel¬ 
ques-unes,  la  pituitaire,  par  exemple,  la  muqueuse  linguale,  sont  affectées 
à  la  sensibilité  spéciale  et  constituent  de  véritables  appareils  sensoriels. 
La  sensibilité  générale,  plus  ou  moins  exquise,  existe  sur  les  muqueuses 
qui  avoisinent  les  orifices,  les  muqueuses  buccale,  laryngée,  rectale,  vagi¬ 
nale,  uréthrale,  etc.,  partout,  en  un  mot,  où  apparaît  le  rôle  protecteur 
de  ces  membranes  et  où  il  est  bon  qu’elles  s’opposent  à  la  pénétration 
ou  à  l’action  trop  vive  des  corps  étrangers  mis  au  contact  avec  elles. 
Enfin  les  muqueuses  profondes, celles  de  l’estomac,  de  l’intestin  grêle,  etc., 
ne  jouissent  pas,  à  l’état  physiologique,  de  la  sensibilité  proprement  dite  ; 
pas  plus  que  le  cœur,  le  foie  et  la  plupart  des  viscères,  elles  ne  transmettent 
aux  centres  nerveux  des  sensations  perceptibles  et  perçues  ;  et  cependant, 
quand  on  excite  expérimentalement  la  muqueuse  intestinale,  par  exemple. 


MUQUEUSES  (MEMBRANES).  —  PHYSIOLOGIE  ET  PATHOLOGIE.  201 

on  voit  cette  sollicitation  suivie  bientôt  d’un  mouvement  vermiculaive  :  l’ex¬ 
citation  périphérique  s’est  transformée,  sans  être  perçue,  en  un  mouvement 
également  inconscient,  en  un  mouvement  réflexe.  C’est  par  un  mécanisme 
réflexe  analogue  que  se  font  les  sécrétions  diverses  à  la  surface  des  mem¬ 
branes  muqueuses,  soit  par  leur  excitation  directe,  soit  par  celle  d’un  point 
plus  ou  moins  éloigné.  C’est  ainsi  que  s’effectuent,  silencieusement  et  sans 
aucune  sensation  appréciable,  les  actes  d’absorption  et  de  sécrétion  dont  ces 
muqueuses  profondes  sont  le  siège. 

A  l’état  pathologique,  il  en  est  autrement,  et  les  muqueuses  deviennent 
alors  le  siège  de  sensations  pénibles,  désagréables,  pouvant  aller  jusqu’à  la 
douleur  la  plus  vive,  dont  le  type,  pour  le  tractus  intestinal,  est  ce  que 
l’on  nomme  vulgairement  la  colique.  Il  est  bon  cependant  de  savoir  que  ces 
sensations  pénibles  ne  résident  probablement  point  dans  la  muqueuse, 
mais  tiennent  surtout  à  des  contractions  excessives  et  douloureuses  des 
muscles  lisses  sous-jacents  :  ce  sont  de  véritables  douleurs  de  contraction 
(cynésialgies),  comme  les  a  interprétées  Gubler,  et  dont  on  rencontre  un 
exemple  physiologique  dans  les  «  douleurs  »  qui  accompagnent  la  con¬ 
traction  de  l’utérus  au  moment  du  travail. 

Bichat  a  beaucoup  insisté  sur  l’importance  des  phénomènes  sympathi¬ 
ques  (ou  réflexes,  comme  nous  dirions  aujourd’hui),  dont  les  muqueuses 
sont  le  point  de  départ.  11  suffit  de  citer,  à  cet  égard,  la  muqueuse  du  pha¬ 
rynx,  dont  l’irritation  donne  lieu  au  mouvement  réflexe  si  compliqué  de  la 
déglutition  et  de  la  nausée  ;  la  muqueuse  du  gland,  dont  l’excitation  déter¬ 
mine  l’acte  plus  complexe  encore  de  l’éjaculation;  la  pituitaire,  dont 
l’irritation  entraîne  l’éternument,  etc.  Au  lieu  de  provoquer  un  mouvement 
réflexe,  l’irritation  d’une  partie  quelconque  d’une  muqueuse  peut  éveiller 
des  sensations  dans  une  autre  muqueuse  plus  ou  moins  éloignée  :  à  ce  pro¬ 
pos  on  peut  mentionner,  après  Bichat,  l’exemple  de  la  pierre  dans  la  vessie, 
qui  occasionne  une  douleur  au  bout  du  gland  ;  la  présence  de  vers  dans  l’in¬ 
testin  produisant  une  démangeaison  du  nez,  etc. 

L’influence  de  l’habitude  sur  la  sensibilité  des  muqueuses  a  été  étudiée 
par  Bichat  avec  une  rare  finesse.  «  La  sensibilité  des  membranes  muqueu¬ 
ses,  dit-il,  est  essentiellement  soumise  à  l’immense  influence  de  l’habitude, 
qui,  tendant  sans  cesse  à  émousser  la  vivacité  du  sentiment,  ramène  égale¬ 
ment  à  l’indifférence  la  douleur  et  le  plaisir  qu’elles  nous  font  éprouver.  » 
Comme  preuve  de  cette  loi  de  l’habitude,  il  cite  la  sonde  uréthrale,  dont  la 
pénétration,  cruelle  le  premier  jour,  n’est  plus  que  pénible  les  jours  sui¬ 
vants,  puis  incommode,  et  enfin  insensible  ;  ainsi  des  pessaires  dans  le  va¬ 
gin,  des  tampons  dans  le  rectum,  des  canules  fixées  dans  le  canal  nasal.  Et 
il  ajoute  :  «  C’est  à  ce  pouvoir  de  l’habitude  sur  les  forces  vitales  des  mem¬ 
branes  muqueuses  qu’il  faut  en  partie  rapporter  la  diminution  graduelle  de 
leurs  fonctions  qui  accompagne  l’âge.  Tout  est  excitant  pour  l’enfant,  tout 
s’émousse  chez  le  vieillard.  Dans  l’un,  la  sensibilité  très-active  des  surfaces 
muqueuses  alimentaire,  biliaire,  urinaire,  salivaire,  etc.,  concourt  prin¬ 
cipalement  à  produire  cette  rapidité  avec  laquelle  se  succèdent  les  phéno¬ 
mènes  digestifs  et  sécrétoires;  dans  l’autre,  cette  sensibilité,  émoussée 


202  MUQUEUSES  (membranes).  —  physiologie  et  pathologie. 

par  l’habitude  du  contact,  n’entraîne  qu’avec  lenteur  les  mêmes  phéno¬ 
mènes.  » 

La  circulation  si  active  des  muqueuses,  et  les  variations  qu’elle  subit  à 
l’état  physiologique,  sont  en  rapport  avec  l’activité  fonctionnelle  de  ces  mem¬ 
branes  et  les  alternatives  de  repos  et  d’excitation  par  lesquelles  elles  pas¬ 
sent.  Les  observations  classiques  de  W.  Beaumont  sur  son  Canadien,  qni 
lui  permettaient  de  constater  de  visu  l’état  de  la  surface  interne  de  l’esto¬ 
mac,  demeureront  toujours  très-instructives  à  cet  égard;  elles  montrent  que 
pendant  la  période  de  digestion  la  muqueuse  est  vivement  injectée,  tandis 
qu’elle  devient  pâle  et  exsangue  à  l’état  de  repos. Les  vivisections  pratiquées 
sur  les  animaux  à  jeun  ou  en  pleine  digestion  confirment  ces  résultats. 

D’une  façon  plus  générale,  le  réseau  vasculaire  si  riche  des  muqueuses 
doit  être  rapproché  du  réseau  analogue  qui  existe  sous  la  peau,  et  contribue 
à  faire  des  muqueuses  un  émonctoire,  un  organe  d’élimination  et  peut-être 
de  respiration  au  moins  aussi  important  que  la  surface  cutanée.  De  là  l’al¬ 
ternance  que,  de  tout  temps,  on  a  signalée  entre  les  fonctions  cutanées  et 
celles  des  muqueuses  ;  la  chaleur,  en  dilatant  les  capillaires  de  la  peau  et 
en  exagérant  les  sécrétions  cutanées,  diminue  la  réplétion  vasculaire  et  du 
même  coup  les  sécrétions  des  muqueuses;  et  inversement,  le  froid,  en 
ischémiant  la  peau,  congestionne  ces  mêmes  mnqueuses  et  en  active  la  cir¬ 
culation  et  le  fonctionnement.  C’est  surtout  au  point  de  vue  pathologique 
que  cette  sorte  dé  balancement  entre  les  fonctions  de  la  peau  et  du  tégu¬ 
ment  interne  est  important  à  signaler  ;  cependant,  dans  l’analyse  pathogé¬ 
nique  de  ce  que  l’on  est  convenu  d’appeler  «  les  refroidissements  »,  et  dans 
l’étude  des  répercussions  et  des  rétrocessions  qui  s’y  rattache,  il  faut  bien  se 
garder  de  vues  trop  étroitement  mécaniques  qui  consistent  à  ramener  tout 
au  simple  fait  du  refoulement  du  sang  dans  les  viscères,  et  à  ne  voir  que 
des  anémies  périphériques  et  des  congestions  internes  compensatrices.  Le 
problème  est  bien  plus  délicat  et  ne  saurait  se  réduire  à  de  simples  variations 
dans  la  répartition  du  liquide  sanguin.  Il  faut  aussi  tenir  compte  de  l’inter¬ 
vention  du  système  nerveux  régulateur  de  la  circulation,  des  actions  vaso¬ 
motrices  s’exerçant  entre  la  surface  externe  d’une  part,  et  les  muqueuses 
de  l’autre ,  actions  complexes  et  dont  l’étude  est  loin  d’être  faite. 

Pathologie  généelale.  —  Elle  se  résnme  presque  tout  entière  dans  l’his¬ 
toire  du  catarrhe  ;  Rindfleisch  estime  que  «  plus  de  la  moitié  des  maladies 
qui  affligent  l’humanité  sont  des  catarrhes  des  muqueuses,  ou  au  moins 
en  sont  compliqnées  »,  et  si  les  anciens  ont  pu  être  taxés  d’erreur  dans 
la  conception  de  la  maladie  catarrhale,  ce  n’est  pas  assurément  pour  en 
avoir  exagéré  ni  la  fréqnence  ni  la  portée.  Ici,  comme  dans  tonte 
inflammation,  le  phénomène  essentiel  consiste  dans  l’hypérémie,  que  la  ri¬ 
chesse  vasculaire  et  la  mollesse  de  texture  des  muqueuses  facilitent  singu¬ 
lièrement.  Mais  ce  sont  surtout  les  troubles  de  sécrétion  que  présente  la  mm 
queuse  frappée  d’inflammation  catarrhale  qui  sont  importants  à  mention- 
ner.Comme  le  fait  observer  Rindfleisch,  il  ne  faut  pas  considérer  le  catarrhe 
comme  une  simple  exagération  de  la  sécrétion  normale  des  muqueuses, 
mais  bien  comme  une  véritable  altération  de  cette  sécrétion.  C’est  ainsi 


MUQUEUSES  (membranes).  —  physiologie  et  pathologie.  203 
que  le  premier  effet  du  catarrhe  de  l’estomac  sera  non  pas  d’exagérer,  mais 
de  tarir  la  sécrétion  physiologique  de  la  muqueuse  stomacale,  le  suc  gastri¬ 
que,  et  de  la  remplacer  par  une  production  excessive  de  mucus.  Quand 
l’inflammation  atteint  un  certain  degré  d’intensité,  le  nombre  des  leuco¬ 
cytes  contenus  dans  le  produit  de  sécrétion  morbide  devient  de  plus  en 
plus  considérable  et  la  membrane  sécrète  du  muco-pus.  Tout  porte  à 
croire  que,  sinon  la  totalité,  du  moins  la  plupart  des  globules  de  pus  sont 
d’origine  hématique  et  proviennent  des  vaisseaux  du  tissu  conjonctif  sous- 
épithélial. 

Nous  avons  insisté  plus  haut  sur  les  connexions  intimes  qui  relient 
les  muqueuses  à  l’appareil  lymphatique  ;  c’est  surtout  dans  Tordre  des  faits 
pathologiques  et  dans  l’histoire  des  catarrhes  chroniques  que  cette  solida¬ 
rité  est  mise  en  lumière.  Tout  le  monde  sait  avec  quelle  facilité,  dans  l’in¬ 
flammation  catarrhale  d’une  muqueuse,  les  ganglions  de  la  région  corres¬ 
pondante  s’hypertrophient,  s’engorgent  et  suppurent  même.  Ces  engor¬ 
gements  glandulaires  s’observent  d’une  façon  chronique  et  sont  surtout 
remarquables  dans  la  scrofule,  diathèse  qui  paraît  essentiellement  consister 
dans  une  vulnérabilité  exagérée  des  surfaces,  surtout  des  muqueuses,  et 
dans  le  retentissement  excessif  de  ces  inflammations  superficielles  sur  Tap- 
pareil  lymphatique. 

Le  catarrhe,  c’est-à-dire  l’hypersécrétion  d’un  mucus  plusoumoins  chargé 
de  globules  blancs,  ne  résume  pas  cependant  toutes  les  altérations  sécré¬ 
toires  des  muqueuses  ;  il  est  des  cas  où  les  muqueuses  malades  laissent 
transsuder  une  quantié  considérable  de  liquide  séreux,  riche  en  albumine  et 
en  sets,  très-pauvre  en  mucine.  C’est  ce  qu’on  observe  dans  certaines  diar¬ 
rhées  dites  séi’euses,  et  particulièrement  dans  la  diarrhée  cholérique,  où  le 
liquide  transsudé  ne  contient  même  pas  d’albumine,  mais  simplement  de 
Teauetdes  sels.  Dans  ces  cas,  il  ne  s’agit  pas  d’une  sécrétion  exagérée  des 
glandes  muqueuses  ou  d’une  élaboration  morbide  de  mucus  par  les  cellules 
épithéliales  de  revêtement  ;  le  mécanisme  est  autre  :  les  cellules  épithé¬ 
liales,  par  le  fait  d’une  altération  inflammatoire  ou  par  leur  simple  des¬ 
quamation  et  leur  chute  en  masse,  comme  cela  s’observe  dans  le  choléra, 
sont  devenues  incapables  de  remplir  leur  rôle  de  barrière  et  de  défense,  et 
permettent  la  libre  transsudation  du  sérum  sanguin.  Ainsi  que  le  fait 
observer  Vulpian,  presque  tous  les  purgatifs,  sans  en  excepter  même  les 
purgatifs  salins  si  puissamment  osmotiques,  n’agissent  qu’à  la  condition 
d’une  irritation  plus  ou  moins  vive  suivie  de  desquamation  de  la  mu¬ 
queuse  intestinale.  Mais  ici  encore  le  système  nerveux  intervient  dans  de 
larges  proportions  ;  la  diarrhée  émotive,  avec  son  apparition  rapide  et  sa 
transsudation  profuse,  est  là  pour  témoigner  de  l’énergie  des  actions  vaso¬ 
motrices  dans  la  production  des  troubles  sécrétoires  des  muqueuses. L’action 
favorable  des  narcotiques,  de  Topium,  dans  les  diarrhées  même  consécu¬ 
tives  à  l’administration  de  pui’gatifs  salins  (Gubler),  prouve  également  que 
dans  ces  diarrhées  tout  ne  se  borne  pas  à  des  phénomènes  d’osmose,  mais 
que  le  système  nerveux  entre  en  jeu  nécessairement  et  d’une  façon  pré¬ 
pondérante. 


”204 


MUSC.  —  HISTOIRE  NATURELLE. 


L’inflammation  des  muqueuses  peut  se  traduire  non-seulement  par  une 
hypersécrétion  de  mucus,  ou  par  un  catarrhe  muco-purulent,  ou  par  une 
transsudation  séro-alhumineuse,  mais  aussi  par  une  exsudation  contenant 
de  la  fibrine  coagulable,  ce  qui  constitue  Fexsudat  fibrineux  ou  croupal  des 
Allemands. La  fausse  membrane  fibrineuse  se  moule  exactement  sur  la  mu¬ 
queuse,  dont  elle  reproduit  l’empreinte.  Le  type  de  cette  inflammation  s’ob¬ 
serve  dans  le  croup  laryngien  ou  pharyngien. 

Sous  le  nom  d’inflammation  diphthéritique,  d’exsudatdiphthéritique,les 
auteurs  allemands,  depuis  Virchow,  ont  décrit  une  affection  des  muqueuses 
qui  serait  également  caractérisée  par  une  exsudation  fibrineuse  ;  seulement 
celle-ci,  au  lieu  de  s’effectuer  simplement  à  la  surface  de  la  membrane,  se 
ferait  aussi  dans  son  épaisseur  même  et  entraînerait  ainsi  la  mortification 
et  la  destruction  de  la  muqueuse.  Bref,  ces  auteurs,  détournant  le  mot  de 
diphthériedeTacception  clinique  et  étiologique  queBretonneau  etTrousseau 
iui  ont  attribuée,  en  ont  fait  un  mode  particulier  de  l’inflammation  ulcé¬ 
reuse  des  muqueuses  :  ainsi,  pour  Virchow,  le  type  de  l’inflammation  diph¬ 
théritique,  c’est  la  dysenterie.  Il  y  a  là  plus  qu’une  question  de  termino¬ 
logie,  mais  une  confusion  clinique,  contre  laquelle  il  est  bon  de  ne  cesser 
de  protester.  (Voy.  art.  Diphthérib,  t.  XL) 

Les  inflammations  ulcéreuses  des  muqueuses,  l’ulcère  simple  ou  rond  de 
l’estomac,  les  ulcérations  tuberculeuses,  l’ulcération  typhique,  mériteraient 
une  mention  particulière  ;  mais  ces  points  se  rapportent  à  la  pathologie 
spéciale  des  muqueuses,  et  nous  renvoyons  aux  articles  correspondants. 
(Voy.  Estomac  [Ulcère  de  1’],  Tubercule,  Typhoïde  [Fièvre].) 

Bichat,  Traité  des  membranes.  Paris,  1801,  et  Anatomie  générale. 

Bowman,  art.  Mucoüs  Membrane  (in  The  Cyclopcedia  of  Anatomy  and  Physiology). 
Reichert,  art.  Schleimhaüt  (in  Encyclopcidisches  Wôrterbuch  der  medic.  Wissensck.  Ber¬ 
lin,  1843). 

Robin  (Ch.),  art.  Muqueuses  (in  Dictionn.  encycl.  des  sciences  médicales).  —  Traité  des  hu¬ 
meurs  normales  et  pathol.,  2®  édit.  Paris,  1874.  —  Anatomie  et  physiol.  cellulaires.  Paris, 
1873. 

Rindfleisch,  Traité  d’histologie  pathologique,  trad.  par  Gross.,  Paris,  1873, 5'  section  :  Altéra¬ 
tions  des  membranes  muqueuses. 

VuLPl.AN,  Leçons  sur  l’appareil  vaso-moteur,  t.  I,  p.  478-522.  Paris,  1875. 

Pour  les  muqueuses  en  particulier,  consulter  les  traités  de  Koiliker,  Frey,  Stricker,  etc.,  et  les 
articles  Bouche,  Estomac,  Langue,  Intestin,  ütérus.  Vagin,  Vessie,  etc.,  de  ce  dictionnaire. 

I,  StraüS. 


nUQUEUSE  (Eièvre)  [Voy.  Typhoïde  (Fièvre)]. 

MESC.  —  Histoive  naturelle. —  Lechevrotain  porte-musc,  (Moschus 
moschiferus,  Lin.)  (fig.  17),  est  un  petit  mammifère  de  la  section  des  Rumi¬ 
nants  unguligrades ,  répandu  dans  toutes  les  parties  orientales  et  méri¬ 
dionales  de  l’Asie.  Il  doit  s’y  trouver  en  extrême  abondance,  à  en  juger  par 
la  quantité  d’individus  qui  sont  tués  annuellement  pour  fournir  à  la  con¬ 
sommation  commerciale,  car  on  n’estime  pas  à  moins  de  300  000  le  nom¬ 
bre  des  poches  moschifères  livrées  annuellement  à  la  consommation,  ce 
qui  implique  la  destruction  d’un  nombre  correspondant  de  ces  animaux. 


MUSC.  —  HISTOIRE  NATURELLE. 


205 


encore  faut-il  ajouter  que  ces  poches  ne  se  rencontrent,  comme  on  le  verra 
plus  loin,  que  sur  l’un  des  sexes.  Sa  taille  à  l’état  adulte  ne  dépasse  pas 
0“,50  de  hauteur  au  garrot,  sur  0'“,65  de  long.  Son  aspect  rappelle  celui 
des  chevreuils  ou  des  cerfs  ;  le  train  postérieur  est  toutefois  plus  élevé  à 
proportion,  et  les  cornes  manquent  dans  les  deux  sexes.  Les  mâles  sont 
armés  à  la  mâchoire  supéi’ieure  de  deux  longues  canines  qui  n’ont  pas 
moins  de  0”‘,06  de  saillie  ;  la  coloration  est  fauve,  plus  ou  moins  foncée 
suivant  l’âge  et  peut-être  la  saison. 

Sous  le  ventre  du  mâle  (fig.  18),  entre 
l’ombilic  et  le  scrotum  (e),  au-dessus 
et  un  peu  en  avant  de  la  verge  (d), 
existe  une  poche  (a)  dans  laquelle  se 
sécrète  et  s’accumule  le  produit  spé¬ 
cial  connu  sous  le  nom  de  musc.  La 
structure  de  cette  poche  est  celle 
d’un  crypte  cutané  d’énorme  dimen¬ 
sion;  les  parois  sont  constituées  par 
une  couche  épithéliale  spéciale,  une 
couche  dite  nacrée,  assimilable  à  la 
couche  de  Malpighi,  enfin  une  couche 
fibreuse,  qui  doit  représenter  le  derme  ; 
à  la  face  externe,  les  muscles  abdominaux  forment  un  revêtement  contrac¬ 
tile.  L’orifice  de  la  poche  (6)  est  voisin  de  celui  du  fourreau  de  la  verge 
(c);  cette  dernière,  lorsqu’elle  entre  en  érection,  passe  donc  sous  cette 
ouverture,  et  l’un  des  usages  physiologiques  les  plus  probables  de  la  sé¬ 
crétion  du  musc  paraît  être  de  servir  à  lubrifier  l’organe  copulateur  lors  de 
l’accouplement. 


Fig.  18.  —  Appareil 


On  avait  admis  à  tort  que  le  Tragulus  javanicus,  le  Napu,  le  Kran- 
chil  et  autres  petits  ruminants,  placés  autrefois  dans  le  genre  Moschus, 
étaient  également  pourvus  d’un  organe  de  sécrétion  semblable;  mais 
on  sait  aujourd’hui  que  la  production  du  musc  est  spéciale  au  Moschus 
moschiferus  :  ce  caractère  et  quelques  autres  particularités  anatomiques 
ont  engagé  les  zoologistes  à  former  pour  cette  espèce  la  famille  des 
Moschidés. 

Les  chasseurs  qui  approvisionnent  les  marchés  de  cette  précieuse  sub- 


206 


MUSC.  —  COMPOSITION. 


stance  ont  l’habitude  d’enlever  l’organe  en  rasant  la  paroi  abdominale, 
laissant  intactes  toutes  les  membranes  d’enveloppe  et  le  poil  qui  couvre 
la  face  externe.  Le  tout  séché  constitue  ce  qu’on  appelle  le  musc  en  vessie, 
pour  le  distinguer  du  produit  de  sécrétion  isolé,  connu  dans  le  commerce 
sous  le  nom  de  musc  hors  vessie.  Ce  dernier  ne  mérite  pas  autant  de  confiance, 
l’état  sous  lequel  il  se  présente  rendant  la  falsification  plus  facile.  Le  musc 
en  vessie  offre  lui-même  deux  variétés  principales  ;  le  musc  tonquin  (fig.  1 9) , 
qui  provient  de  l’Asie  méridionale,  comme  son  nom  l’indique ,  les  poches 
sont  ovalaires,  couvertes  d’un  poil  roux  grisâtre  (Guibourt  en  distingue 


Fig.  19  —  Miisc  tonquin. 


quatre  sous-variétés);  et  le 
musc  kabardin  (fig.  20),  or¬ 
dinairement  apporté  de  la 
Sibérie,  les  poches  sont  plus 
allongées,  avec  le  poil  blan¬ 
châtre  argenté.  On  ne  sait 
pas  exactement  la  cause 
réelle  de  ces  différences,  et 
si  l’âge  ou  la  saison  n’y  ont 
pas  plus  de  part  que  le  cli¬ 
mat  ;  en  tout  cas,  la  distinc¬ 


tion  n’est  pas  absolue,  et  souvent  une  caisse  de  même  provenance  renferme 
du  musc  de  plusieurs  sortes.  Le  musc  tonquin  est  le  plus  estimé. 

Le  poids  brut  des  poches  moschifères  qu’on  rencontre  dans  le  commerce 
est  très-variable,  ce  qui  peut  s’expliquer  facilement  par  l’âge  de  l’animal 
ou  les  conditions  biologiques  dans 
lesquelles  il  se  trouvait  au  moment 
de  sa  mort.  D’après  les  chiffres 
donnés  par  Guibourt,  sur  six  poches 
examinées  à  ce  point  de  vue,  les 
extrêmes  se  sont  trouvés,  d’une 
part,  293'',â  ;  d’autre  part,  429'',?  ;  et 
la  moyenne  environ  32  grammes, 
Pereira  a  trouvé  comme  poids 
moyen  2Z|  grammes.  La  quantité 
de  musc  qu’on  retire  de  la  poche 
moschifère  ne  représente  pas  la 
moitié  du  poids  total  de  celle-ci 
et  n’en  atteint  au  plus  que  les  43  ou  45  centièmes. 

Composition.  —  Le  musc  est  formé  d’une  substance  volatile  spéciale, 
d’ammoniaque,  d’un  acide  particulier  incristallisable,  de  stéarine,  oléine, 
cholestérine,  résine  amère,  osmazôme,  de  sels,  etc.  L’analyse  chimique, 
faite  avec  beaucoup  de  soin  par  Guibourt  et  Blondeau  et  répétée  depuis  par 
plusieurs  autres  savants,  ne  nous  apprend  rien  sur  le  principe  odorant  par¬ 
ticulier  à  ce  corps.  Il  est  très-remarquable  que  cette  propriété  disparaisse 
lorsqu’on  mélange  au  musc  diverses  substances,  l’acide  cyanhydrique,  par 
exemple;  l’effet  cesse  dans  ce  cas  si  on  neutralise  l’acide.  L’extrême  des- 


MUSC.  —  COMPOSITION. 


207 


siccation  rend  aussi  le  musc  inodore;  la  propriété  reparaît  lorsqu’on 
expose  de  nouveau  la  substance  à  l’humidité.  Cette  dernière  observation 
a  fait  penser  à  Berzelius  que  le  principe  odorant  ne  préexistait  pas, 
mais  se  formait  successivement  par  un  phénomène  comparable  à  une  fer¬ 
mentation. 

On  observe  d’ailleurs  des  différences  sensibles  dans  l’odeur  et  autres  pro¬ 
priétés  du  musc,  même  de  bonne  qualité,  différences  qui  peuvent  être 
attribuées  à  la  nature  des  aliments,  au  climat,  etc.  Ainsi  les  Chinois  dis¬ 
tinguent,  au  dire  des  missionnaires,  les  Porte-musc  qui  se  nourrissent  de 
cèdres  et  ceux  qui  ne  mangent  que  des  herhes  odorantes,  ils  admettent 
également  que  le  musc  d’un  animal  poursuivi  ou  forcé  a  moins  de  parfum 
que  celui  d’un  animal  pris  au  filet.  On  peut  croire  aussi,  comme  l’a  fait  re¬ 
marquer  Alphonse  Milne-Edwards,  que  dans  les  régions  très-froides  la  sé¬ 
crétion  est  moins  active  que  dans  les  pays  méridionaux. 

Le  prix  élevé  du  musc  a  rendu  celte  substance  l’objet  de  nombreuses 
fraudes.  Tantôt  on  introduit  dans  les  poches  des  corps  métalliques  pour 
en  augmenter  le  poids  ;  d’autres  fois  on  les  vide  en  tout  ou  en  partie  en 
substituant  du  sang,  de  la  cire,  du  styrax,  etc.,  au  produit  retiré;  aussi 
doit-on  n’accepter  qu’avec  méfiance  toute  poche  qui  aurait  été  ouverte,  ce 
dont  il  est  facile  de  s’apercevoir,  la  solution  de  continuité  recousue  étant 
alors  visible  (fig.  21). 

Le  musc  de  bonne  qualité,  écrasé  entre  les  doigts,  ne  donne  la  sensation 
d’aucun  corps  dur  ni  grenu  ;  frotté 
sur  du  papier,  il  le  colore  en  brun 
rougeâtre  ;  il  est  soluble  au  moins 
aux  trois  quarts  dans  l’eau,  et  le 
soluté  précipite  par  la  teinture  de 
noix  de  Galles,  l’acétate  de  plomb, 
et  non  par  le  bichlorure  de  mer¬ 
cure.  Incinéré,  ses  cendres  sont 
grisâtres  ;  elles  seraient  rou¬ 
geâtres  s’il  y  avait  eu  mélange  de 
sang. 

Action  phj-jsïologiqne.  —  Les  effets  du  musc  sur  l’organisme  ont 
été  étudiés  surtout  par  Joerg.  D’après  cet  auteur,  l’ingestion  de  cette  sub¬ 
stance  détermine  des  éructations,  des  pesanteurs  d’estomac,  des  perver¬ 
sions  de  l’appétit,  qui  est  tantôt  augmenté  et  tantôt  diminué,  puis  des 
vertiges,  de  la  céphalalgie,  l’accélération  de  la  circulation.  Trousseau  et 
Pidoux,  à  la  suite  d’expériences  personnelles,  ont  en  général  confirmé  ces 
résultats,  à  la  liste  desquels  il  y  aurait  lieu  d’ajouter  l’excitation  des  organes 
génitaux.  Le  musc  active  les  diverses  sécrétions,  dont  les  produits  sont 
plus  ou  moins  imprégnés  de  son  odeur;  il  provoque  soit  la  diurèse,  soit  la 
diaphorèse,  suivant  les  sujets,  quelquefois  des  épistaxis,  et,  dit-on,  l’érup¬ 
tion  menstruelle  chez  les  femmes. 

Thépapeutique.  —  Les  anciens  médecins  avaient  attribué  au  musc 
une  importance  thérapeutique  singulièrement  e.xagérée  ;  ils  n’avaient  pas 


Fig.  21.  —  Musc  falsifié,  poche  ouverte. 


MUSC.  —  THÉRAPEUTIQUE. 


d’ailleurs  méconnu  les  indications  qu’il  est  apte  à  remplir  dans  les  affec¬ 
tions  spasmodiques  ;  mais  la  manière  dont  ils  l’employaient,  dans  l’hysté¬ 
rie  particulièrement,  ne  saurait  être  appréciée  sans  étonnement,  ni  même 
parfois  sans  sévérité.  De  notre  temps,  c’est  dans  certaines  maladies  aiguës, 
et  surtout  dans  1^  pneumonies  accompagnées  de  phénomènes  ataxo-adyna- 
miques,  que  le  musc  a  eu  sa  principale  et  presque  son  unique  application, 
en  faveur  de  laquelle  on  sait  qu’après  Récamier,  à  qui  sont  dues  les  pre¬ 
mières  observations  de  ce  genre.  Trousseau  et  Pidoux,  puis  Grisolle,  sont 
venus  apporter  l’appui  de  leur  témoignage. 

Actuellement  ce  médicament  semble  menacé  de  tomber  dans  l’oubli; 
cet  oubli,  toutefois,  ne  serait  pas  juste.  «  Les  effets  stimulants  du  musc 
sur  les  organes  de  la  circulation  et  de  l’innervation,  dit  Gubler,  indiquent 
son  emploi  dans  les  cas  où' le  système  nerveux  pêche  par  défaut,  et  où 
les  troubles  sensitivo-moteurs,  quelle  qu’en  soit  la  forme,  sont  au  fond  de 
nature  asthénique.  La  surexcitation  et  l’ataxie  des,  fonctions  cérébro-spi¬ 
nales  et  nerveuses  reconnaissent  effectivement  pour  condition  prochaine  l’ab¬ 
sence  de  force  radicale  ou  le  défaut  de  stimulus,  aussi  bien  que  la  surcharge 
dynamique  et  l’excitation  du  système.  Le  musc  sera  donc  prescrit,  en  pre¬ 
mier  lieu,  contre  les  affections  franchement  asthéniques,  dans  l’adynamie 
des  fièvres  de  mauvais  caractère,  la  débilité  consécutive  aux  spoliations  de 
force  et  de  substance;  en  second  lieu,  dans  les  fausses  hypersthénies,  dans 
les  violences  désordonnées  des  sujets  épuisés.  Mais,  dans  ce  dernier  cas,  il 
importe  de  bien  établir  auparavant  le  diagnostic.  11  convient  dans  les  spas¬ 
mes  et  les  convulsions  anémiques,  chez  certains  choréiques,  chez  beaucoup 
d’hystériques  et  quelques  épileptiques.  Il  s’adresse  également  bien  au  délire 
asthénique  développé  sympathiquement  dans  le  cours  de  la  pneumonie,  ou 
bien  par  altération  de  la  crase  sanguine,  dans  la  fièvre  typhoïde,  et  d’autres 
affections  malignes.  Il  devient  alors  un  auxiliaire  puissant  de  Topium,  qui 
est  hypérémiant,  ainsi  que  des  excitants  diffusibles,  ammoniaque, 
éther,  etc.  » 

Modes  d’administration.  —  On  prescrit  le  musc  sous  forme  de  poudre 
ou  de  teinture,  seul  ou  associé  à  l’opium,  en  pilules,  en  potions,  en 
lavements.  Le  mode  habituel  consiste  à  donner  d’heure  en  heure  des  pilules 
contenant  Os‘^,05  de  la  poudre  jusqu’à  apaisement  des  phénomènes  ataxi¬ 
ques  ;  la  dose  dans  lés  vingt-quatre  heures  peut  être  de  0®^50  à  1  gramme 
et  au-dessus  ;  il  y  a  plutôt  avantage  à  faire  prendre  une  quantité  assez  con¬ 
sidérable  du  médicament. 

Le  musc  étant  rare,  on  lui  a  cherché  des  équivalents  thérapeutiques.  Par 
malheur,  ceux  qu’on  a  pu  trouver  sont  loin  de  l’égaler  comme  action  ;  le 
seul  médicament  qui  s’en  rapproche,  est  Y  ambre  gris,  peu  employé  actuel¬ 
lement.  Quant  aux  matières  retirées  des  glandes  odorantes  de  la  civette  et 
du  zibeth,  produits  qui  jouaient  un  certain  rôle  dans  l’ancienne  pharmaco¬ 
pée,  il  n’en  est  même  pas  fait  mention  aujourd’hui  dans  les  traités  de  thé¬ 
rapeutique  ou  les  formulaires  les  plus  autorisés.  Le  castoréum,  qui  a  été 
l’objet  d’un  article  spécial  dans  ce  Dictionnaire,  peut  aussi  être  rapproché 
du  musc  et  de  l’ambre  gris  à  titre  de  médicament  antispasmodique  tiré  du 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE. 


règne  animal  ;  son  action  sur  l’économie  est  toutefois  différente  {Voy. 
t.  VI,  p.  Uk<è). 

JOERG,  Materialien  zu  einer  künftigen  heilmittellehre  ;  Leipsig,  1825. 

Trousseau  et  Pidoux,  Traité  de  thérapeutique  et  de  matière  médicale,  5'  édit.,  1855, 
t.  II,  p.  228. 

Moqüin-Tandon,  Éléments  de  zoologie  médicale,  18ü0. 

Milne-Edwards  (Alph.),  IReclierches  anatomiques,  zoologiques  et  paléontologiques  sur  la 
famille  des  Chevrotains  (Annales  des  sc.  nat.,  7‘  série,  t.  II,  p.  49,  1864). 

Cauvet,  Nouveaux  éléments  d’histoire  naturelle  médicale,  1869. 

Guibourt,  Histoire  naturelle  des  drogues  simples.  6' édit,  corrigée  et  augmentée  par  G.  Plan- 
CHON,  t.  IV,  1876. 

Gubler,  Commentaires  thérapeutiques  du  Codex  medicamentarius,  2'  édit.,  p.  243,  art.  Musc, 
1874. 

Léon  Vaillant. 

MIJSICLE.  —  Anatomie  et  physiologie.  —  On  désigne  sous  le  nom 
iemiiscles,  de  tissu  musculaire,  les  tissus  qui,  chez  les  animaux  supérieurs, 
jouent  essentiellement  le  rôle  d’agents  actifs  dans  les  mouvements.  Ce  n’est 
pas  à  dire  cependant  que  des  mouvements  particuliers  ne  soient  produits 
par  des  éléments  anatomiques  d’une  nature  tout  autre  que  les  éléments 
musculaires,  témoin  les  mouvements  mbratiles  qu’on  observe  sur  diverses 
surfaces  épithéliales  [Voy.  Épithélium,  t.  XIII,  p.  705),  et  les  mouvements 
sarcodiques  ou  amibdides  que  présentent  quelques  éléments  anatomiques 
(Voy.  Microscope,  t.  XXII,  page  474);  mais  c’est  toujours  à  des  éléments 
anatomiques  particuliei’s  (muscles)  que  sont  dus  les  mouvements  qui  pré¬ 
sident  soit  à  la  vie  de  relation,  soit  aux  différents  actes  mécaniques  de  la 
vie  organique  (tube  digestif,  appareil  circulatoire,  etc.). 

En  énonçant  cette  double  distribution  des  muscles,  nous  venons  en  même 
temps  d’indiquer  leur  classification  essentielle,  tant  au  point  de  vue  anato¬ 
mique  qu’au  point  de  vue  physiologique  :  il  est  en  effet  deux  ordres  de 
muscles,  bien  distincts  d’une  manière  générale,  quoique  réunis  par  plu¬ 
sieurs  formes  de  transitions  :  l“les  muscles  de  la  vie  de  relation,  Aiis  muscles 
volontaires,  parce  que  seuls  ils  sont  soumis  à  l’influence  de  la  volonté  ; 
2°  les  muscles  de  la  vie  organique  ou  involontaires,  lesquels  président  plus 
particulièrement  aux  mouvements  des  parois  viscérales  (tube  digestif,  arté¬ 
rioles,  appareil  génital  interne,  etc.).  Au  point  de  vue  de  l’anatomie  micros¬ 
copique,  les  premiers  portent  le  nom  de  muscles  striés,  les  seconds  celui 
de  muscles  lisses. 

Des  muscles  striés.  —  Anatomie.  —  L’examen  microscopique  nous 
a  appris  à  désigner  sous  ce  nom  les  masses  musculaires  qui  forment  la 
partie  charnue  des  membres,  des  parois  du  tronc,  ainsi  que  les  parties 
initiales  des  conduits  digestif,  respiratoire  et  génitaux.  On  comprend  en¬ 
core  dans  cette  classe  le  cœur,  ou  muscle  cardiaque,  dont  les  fibres  pré¬ 
sentent  des  particularités  de  structure  telles,  que  nous  en  réserverons  l’ex¬ 
posé  pour  un  chapitre  spécial,  foi-mant  transition  entre  l’étude  du  muscle 
strié  et  celle  du  muscle  lisse. 

1.  Composition  histologique.  —  L’étude  histologique  du  muscle  strié 
se  fait  en  dissociant  un  fragment  de  ce  tissu  '{Voy.  Histologie,  t.  XVII, 

NOUY.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  ‘  XXIII.  —  14 


210 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE. 


p.  666);  la  dissociation  est  facilitée  par  la  macération,  pendant  quelques 
heures,  dans  une  solution  de  potasse  à  40  p.  100,  ou  dans  une  solution 
d’acide  azotique  à  20  p.  100.  Lorsqu’un  fragment  de  muscle  strié  (em¬ 
prunté  au  biceps  brachial^  par  exemple),  soumis  à  la  dissociation  avec 
les  aiguilles  sur  une  plaque  de  verre,  est  porté  sous  le  microscope,  on  voit 
que  ce  tissu  présente,  comme  élément  fondamental  et  prédominant,  des 
fibres  particulières,  striées  d’une  manière  tout  à  fait  caractéristique,  et  à 
côté  desquelles  on  aperçoit,  d’une  manière  plus  ou  moins  abondante  et 
selon  les  hasards  de  la  préparation,  des  éléments  du  tissu  lamineux  ou  con¬ 
nectif,  des  capillaires,  des  nerfs.  Nous  avons  donc  à  étudier  ;  la  fibremuscu- 
laire,  les  éléments  connectifs  du  muscle,  les  réseaux  sanguins,  et  les  ter¬ 
minaisons  nerveuses  propres  aux  muscles. 

A.  Fibres  musculaires  striées. —  L’examen[microscopique  des  fibres  mus¬ 
culaires  dissociées  permet  immédiatement  de  se  convaincre  que  ces  fibres 
se  composent  d’une  enveloppe  et  d’un  contenu;  en  effet,  le  contact  et  la  trac¬ 
tion  produite  par  les  aiguilles  à  dissociation  a  souvent  brisé  et  comprimé 
par  places  les  fibres  que  l’on  voit  alors  réduites  en  ces  points  à  une  enve¬ 
loppe  plissée  ;  par  les  déchirures  de  cette  enveloppe  s’échappe  un  contenu 
plus  ou  moins  fibrillaire,  à  la  surface  ou  au  milieu  duquel  on  aperçoit  des 
noyaux  plus  ou  moins  nombreux. 

L’enveloppe,  dite  myolemme  ou  sarcolemme,  est  une  membrane  mince, 
dont  on  peut  démontrer  l’existence  non -seulement  par  les  compressions  et 
déchirures  que  produit  la  dissociation,  mais  encore  par  l’action  de  divers 
réactifs,  tels  que  l’eau  ou  l’alcool.  Les  réactifs,  en  pénétrant  par  endosmose 
dans  la  fibre  musculaire,  ou  en  rétractant  le  contenu 
de  la  fibre,  séparent  le  contenu  d’avec  l’enveloppe  ou 
myolemme,  que  l’on  aperçoit  alors  très-distinctement, 
notaminent  sur  les  points  où  la  fibre  musculaire,  pen¬ 
dant  la  dissociation,  a  été  tordue  sur  son  axe  ou  simple¬ 
ment  incurvée;  le  myolemme  s’accuse  par  des  plis 
diversement  disposés  et  visibles  comme  des  lignes 
noires.  (Fig.  22.) 

Le  myolemme  résiste  à  l’action  de  l’eau  et  de  l’acide 
acétique,  action  qui,  par  contre,  pâlit  et  finit  par  dis¬ 
soudre  le  contenu  de  la  fibre.  Il  n’est  pas  non  plus 
attaqué  par  la  coction  dans  l’eau  bouillante.  Ces  réac- 
Fig.  22.  —  Myolemme  tions  semblent  indiquer  que  le  myolemme  serait  de 
renduvisibiepariarup-  nature  élastique  (élasticine).  Notons  cependant  qu’il 
ture  du  contenu.  (Todd  j  ^  u  a  -i  *•  ^ 

et  Bowman.)  diflere  des  membranes  de  tissu  élastique  par  ce  fait 

qu’il  ne  résiste  pas  à  Faction  de  la  potasse  ou  de  la 
soude  à  40  p.  100  (Ranvier).  Son  épaisseur  est  moindre  qu’un  millième 
-de  millimètre  chez  l’adulte  (Ch.  Robin).  Il  forme  une  membrane  exten¬ 
sible  et  très-élastique.  Notons  dès  maintenant  qu’il  constitue  pour  la 
fibre  musculaire  une  enveloppe  complète,  c’est-à-dire  qu’il  la  clôt  à  ses 
extrémités  comme  sur  ses  bords  (Voy.  plus  loin.  Union  des  muscles  et  des 
tendons,  p.  215), 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE.  211 

Les  noyaux,  placés  à  ia  surface  ou  dans  la  profondeur  du  contenu  de  la 
fibre  musculaire  striée,  sont  de  forme  ovalaire.  Ils  contiennent  un  ou  deux 
nucléoles.  Ces  noyaux  sont  d’ordinaire  entourés  d’une  substance  très-fine¬ 
ment  granuleuse,  de  nature  dite  protoplasmatique,  et  c'est  à  cet  ensemble 
(noyau  et  son  atmosphère  protoplasmatique)  que  l’on  a  donné  le  nom  de 
corpuscule  musculaire  (M.  Schultze).  Nous  verrons,  en  étudiant  le  mode  de 
formation  embryonnaire  des  muscles  striés  (p.  218),  la  signification  ori¬ 
ginelle  et  l’importance  de  ces  noyaux,  ainsi  que 
les  variétés  de  position  qu’ils  présentent  dans 
l’intérieur  de  la  fibre. 

Le  contenu  de  la  fibre  musculaire  a  été  surtout 
l’objet  de  patientes  investigations,  qui  n’ont  pu 
cependant  nous  donner  encore  une  explication 
parfaitement  satisfaisante  des  différents  aspects 
que  présente  ce  contenu  à  l’examen  microscopi¬ 
que  et  spécialement  après  l’action,  de  certains 
réactifs.  L’aspect  fondamental  est  celui-ci  :  le 
contenu  de  la  fibre  musculaire  intacte,  emprun¬ 
tée  à  un  animal  récemment  tué,  ou  macérée  „ 

,  „  ,  .  Fig.  23, — Fibres  musculaires 

dans  une  faible  solution  d  acide  chroiiiique,  est .  striées, 

caractérisé  par  une  double  striation  :  1“  stria-  o.Striationtransvei-salebienaccen- 
tion  longitudinale,  c’est-à-dire  parallèle  à  l’axe  de  ^ 
la  fibre  ;  cette  striation  semble  diviser  la  fibre  4’““  “«w»  diiué. 

en  un  pinceau  de  fibrilles  parallèles  ;  2°  striation  transversale.  Cette  der¬ 
nière,  en  général  beaucoup  plus  apparente  et  plus  caractéristique,  est 
produite  par  la  succession  alternative  de  lignes  obscures  et  de  lignes 
transparentes,  de  telle  sorte  que  la  fibre  musculaire  paraît  comme  for¬ 
mée  par  une  série  de  disques  alternativement  foncés  et  clairs,  disposés 
comme  une  pile  de  monnaie  qu’on  regarderait  par  la  tranche.  (Fig.  23).  — 
De  ces  deux  aspects  striés,  quel  est  celui  qui  est  le  plus  en  rapport  avec  la 
structure  intime  du  contenu  de  la  fibre  musculaire  ?  Ce  problème  a  reçu 
différentes  solutions.  En  effet,  certains  réactifs,  tels  que  l’acide  chlorhy¬ 
drique  (à  1  pour  1000  d’eau  environ)  et  le  suc  gastrique,  ont  pour  effet  de 
rendre  la  striation  transversale  si  nette,  que  le  contenu  de  la  fibre  muscu¬ 
laire  se  décompose  alors  facilement  en  une  série  de  disques  disposés  comme 
une  pile  de  monnaie,  disques  qui ,  sur  une  fibre  incurvée ,  s’écartent,  au 
niveau  de  la  convexité  de  la  courbe,  comme  les  feuillets  d’un  livre  entr’ou- 
vert,  et  peuvent  même  glisser  complètement  les  uns  sur  les  autres,  de  ma¬ 
nière  à  devenir  libres  si  le  myolemme  a  été  déchiré  ou  détruit,  et  à  nager 
librement  dans  le  liquide  de  la  préparation.  Ces  éléments  ainsi  isolés  ont 
reçu  le  nom  de  disques  de  Bowinan.  On  obtient  les  mêmes  résultats  par 
l’acide  acétique,  le  carbonate  de  potasse,  le  chlorure  de  calcium,  réactifs 
qui  tous  paraissent  agir  très-énergiquement  sur  la  fihre  musculaire,  car  ils 
la  rétractent  fortement  et  produisent  souvent  en  son  intérieur  des  déchi¬ 
rures  transversales  (H.  Frey).  Mais  il  est  toute  une  série  d’autres  réactions 
par  lesquelles  la  striation  longitudinale  s’accuse  de  plus  en  plus  nettement, 


212 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE. 


jusqu’à  décomposer  le  contenu  de  la  fibi’e  musculaire  en  fibrilles  parallèles  ; 
telle  est  l’action  de  la  macération  dans  l’eau;  telle  est  celle  de  l’alcool, 
de  l’acide  chromique,  du  bichromate  de  potasse;  pour  produire  nette¬ 
ment  cet  effet,  ces  réactifs  doivent  être  très-dilués  (par  exemple,  1  d’acide 
chromique  pour  1000  d’eau).  Ce  fait,  que  la  décomposition  en  fibrilles  lon¬ 
gitudinales  est  amenée  par  des  réactifs  faibles,  incapables  de  changer  pro¬ 
fondément  la  structure  du  contenu  de  la  fihre  musculaire,  porte  à  penser 
que  ce  contenu  est  réellement  fibrillaire,  et  cette  manière  de  voir  est  plei¬ 
nement  confirmée  par  l’étude  des  muscles  de  certains  animaux  (insectes], 
où  la  décomposition  en  fibrilles  se  produit  sans  l’intervention  d’aucun 
réactif,  et  par  l’étude  des  muscles  striés  chez  l’embryon,  où,  comme  nous 
le  verrons  plus  loin,  on  constate  que  la  périphérie  du  contenu  de  la  fibre 
musculaire  se  forme  en  fibrilles  très-nettes,  alors  que  la  partie  centrale 
représente  comme  un  canal  rempli  d’une  substance  finement  granuleuse 
dans  laquelle  sont  contenus  les  noyaux.  Enfin  sur  divers  animaux  vivants 
(larves  d’insectes,  petits  crustacés,  etc.),  on  peut  distinguer  la  composition 
fibrillaire  des  fibres  musculaires. 

La  connaissance  de  la  composition  fibrillaire  du  contenu  de  la  fibre 
musculaire  a  amené  les  histologistes  à  donner  aujourd’hui  à  cette  fibre  le 
nom  de  faisceau  primitif,  et  à  étudier,  comme  élément  anato¬ 
mique  primitif,  les  fibrilles  qui  la  composent.  Nous  devons 
donner  ici  quelques  détails  sur  ces  fibrilles,  sur  leur  composi¬ 
tion,  sur  le  mode  de  juxtaposition. 

La  largeur  des  fibrilles  musculaires  est  d’environ  1  millième  de 
millimètre  :  isolées  et  examinées  avec  un  grossissement  de 
force  moyenne  (200  à  300  diamètres),  elles  paraissent  vari¬ 
queuses  ,  ou,  pour  mieux  dire ,  moniliformes ,  comme  constituées 
par  une  série  de  granulations  mises  bout  à  bout.  Mais  l’étude 
faite  avec  un  grossissement  de  plus  de  600  diamètres  montre 
que  cet  aspect  est  dû  à  ce  que  la  fibrille,  dont  les  bords  sont 
sensiblement  parallèles,  présente  une  série  de  bandes  alterna- 
Fig.24.— Fi-  tivement  obscures  et  claires,  c’est-à-dire  qu’elle  est  formée 
brille  d’un  d’une  série  de  petits  fragments  cuboïdes  alternativement  clairs 
et  foncés.  De  plus,  au  milieu  de  l’espace  clair,  on  aperçoit 
„  ,  ,  une  strie  noire  transversale.  (Fig.  24.') 

A.  Bande  ob-  .  ,  '  °  .  -i 

scure,  —  c,  c,  Cet  aspect,  qui  présente,  avec  un  bon  microscope,  des  effets 
dans  le  milieu  de  préparation  des  plus  intéressants  et  des  plus  variés,  cet  as- 
lî  ïwl”  noire  pect  a  vivement  excité  la  curiosité  des  histologistes,  et  les 
recherches  faites  pour  en  trouver  l’interprétation  physiolo- 
gique  ont  donné  lieu  à  de  nombreux  travaux,  dont  nous  in¬ 
diquerons  seulement  les  principales  conclusions  :  —  D’après  Rouget, 
la  fibrille  musculaire  serait  fonnée  par  un  filament  enroulé  en  spirale, 
comme  le  filament  du  pédicule  contractile  de  la  vorticelle  :  la  strie 
noire,  que  nous  venons  de  signaler  dans  l’espace  clair,  représenterait  un 
tour  de  spire  dégagé  des  autres,  tandis  que  le  fragment  cuboïde  foncé 
serait  formé  par  plusieurs  tours  de  spire  fortement  tassés.  Nous  verrons 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE.  213 

plus  loin  comment  Rouget  a  tiré  parti  de  cette  interprétation  anatomique 
pour  rendre  compte  du  phénomène  physiologique  de  la  contraction  mus¬ 
culaire.  —  D’après  Krause  et  Engelmann,  la  partie  essentielle  de  la  fibrille 
musculaire  serait  le  fragment  cuboïde  foncé,  ou  bande  obscure  large  :  chacun 
des  segments-cuboïdes  clairs  serait  divisé,  par  la  strie  noire  transversale, 
•en  deux  moitiés  dont  chacune  appartiendrait  à  la  bande  obscure  large  im¬ 
médiatement  contiguë.  En  d’autres  termes,  la  strie  noire  transversale,  dite 
aussi  disque  mince,  représenterait  une  cloison  limitant  deux  cylindres 
creux  {cases  musculaires  de  Krause),  et  chacun  de  ces  cylindres  creux  con¬ 
tiendrait  en  sa  partie  moyenne  un  corps  plein  {prisme  musculaire  de  Krause), 
qui  se  présente  sous  la  forme  de  la  bande  obscure  large.  D’après  Krause,  ce 
prisme  musculaire  serait  donc  en  contact  par  ses  deux  extrémités  avec 
un  liqui  de  (représenté  par  la  strie  claire),  et  le  phénomène  élémentaire  de 
la  contraction,  c’est-à-dire  du  raccourcissement  de  la  fibrille  musculaire, 
■consisterait  dans  le  déplacement  du  liquide  qui  viendrait  alors  se  placer 
sur  les  parties  latérales  du  prisme  ;  c’est  ainsi  que  les  prismes,  dont  la 
série  forme  la  fibrille,  écartés  les  uns  des  autres  pendant  l’état  de  re¬ 
lâchement  du  muscle,  se  rapprocheraient  alors  par  leurs  bases,  d’où  rac¬ 
courcissement  considérable  de  l’ensemble  de  la  fibrille  et  de  la  fibre  mus¬ 
culaire. 

Quoi  qu’il  en  soit  de  ces  hypothèses,  il  n’en  reste  pas  moins  démontré  que 
la  fibre  musculaire  se  compose  de  fibrilles  et  que  celles-ci  sont  elles-mêmes 
constituées  par  des  particules  placées  bout  à  bout  et  limitées  par  des  plans 
de  segmentations  transversaux.  La  présence  de  ces  fibrilles  et  de  leurs  par¬ 
ticules  alternativement  claires  et  foncées  nous  explique  et  le  double  aspect 
.strié  (longitudinal  et  transversal)  de  la  fibre  musculaire,  et  la  manière  dont 
cette  fibre  peut  être  décomposée  par  les  réactifs,  ainsi  que  nous  l’avons 
indiqué  plus  haut.  De  là  la  conception  de  la  fibre  musculaire,  telle  qu’elle  a 
•été  formulée  par  quelques  auteurs  ;  la  fibre  musculaire  consisterait  essen¬ 
tiellement  en  une  agrégation  de  petites  particules  {prismes  musculaires  de 
Krause,  sarcous  éléments  de  Bowman),  qui  tantôt  se  présentent  comme  reliés 
•entre  eux  transversalement,  d’où  l’image  de  disques  (disques  de  Bowman) 
empilés  et  remplissant  la  fibre  musculaire  ;  tantôt  sont  superposés  dans  le 
sens  de  la  longueur,  d’où  l’aspect  de  striation  longitudinale.  Mais  il  faut 
regarder  ce  dernier  mode  de  groupement  comme  l’état  normal,  c’est- 
à-dire  admettre  la  sti’ucture  fibrillaire  de  la  fibre  musculaire.  Le  fait 
•de  la  juxtaposition  exacte  des  parties  claires  et  des  parties  foncées  des 
fibrilles  accolées  les  unes  aux  autres  i-end  ainsi  parfaitement  compte  de 
l’existence  d’une  striation  transversale  dans  l’ensemble  de  la  fibre  muscu¬ 
laire. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  ici  sur  l’étude  des  propriétés  optiques  des 
segments  clairs  et  foncés  de  la  fibrille.  D’après  Brücke,  les  sarcous  éléments 
de  Bowman  (segments  foncés)  possèdent  une  double  réfraction  et  un 
seul  axe  positif:  la  couche  claire  ne  présente  que  la  réfraction  simple. 
Rouget  et  Valentin  ont  contesté  l’exactitude  de  ces  observations.  Du 
reste,  nous  avons  déjà  eu  occasion,  dans  un  autre  article,  d’indiquer  la 


214  MUSCLE.  —  MUSCLES  striés.  —  anatomie. 

valeur  de  ces  recherches  dans  la  lumière  polarisée.  {Voy.  art.  Microscope, 

p.  485). 

Les  fibrilles  ne  sont  pas  toutes  directement  contiguës  ;  il  y  a  entre  elles 
une  substance  interstitielle,  que  l’acide  chromique  durcit,  de  manière  que 
sur  les  coupes  transversales  de  la  fibre  musculaire  on  voit  cette  substance 
former,  dans  la  fibre,  des  cloisons  qui  groupent  les  fibrilles  en  petites 
colonnettes  prismatiques.  La  coupe  polygonale  de  ces  petits  faisceaux  pré¬ 
sente  un  dessin  assez  régulier  qui  a  été  désigné  sous  le  nom  de  Champ  de 
Cohnheim.  Avec  de  forts  grossissements  on  peut,  sur  les  coupes  de  muscles 
de  la  grenouille,  distinguer,  au  milieu  de  ces  espaces  polygonaux,  la  coupe 
,  des  fibrilles  elles-mêmes.  On  remarque  en  même  temps  qu’au  point  de  con¬ 
tact  de  plusieurs  colonnettes  voisines,  les  cloisons  de  substance  amorphe 
présentent  un  certain  épaississement,  de  façon  à  donner  lieu  à  un  aspect 
étoilé  dans  lequel  on  aperçoit  souvent  les  noyaux  musculaires  dont  nous 
avons  parlé  précédemment.  Cet  aspect  est  très-net  sur  les  coupes  de  mus¬ 
cles  striés  de  grenouille;  ici  les  noyaux,  contenus  dans  les  espaces  interfi- 
brillaires,  y  paraissent  fortement  comprimés,  de  telle  sorte  que  les  reliefs 
de  la  substance  contractile  qui  les  entoure  s’imprimant  à  leur  surface  sous 
diverses  formes,  ils  présentent  des  crêtes  d’empreinte,  signalées  parE.  We¬ 
ber,  et  analogues  à  celles  qu’on  a  décrites  sur  différentes  cellules  tendineu¬ 
ses.  En  effet,  lorsque  l’on  pratique  des  coupes  sur  un  fragment  de  muscle 
durci  (par  l’acide  chromique  ou  par  l’acide  osmique),  les  fibres  musculaires, 
maintenues  dans  leurs  rapports  normaux  et  coupées  perpendiculairement  à 
leur  axe,  se  montrent  sous  la  forme  de  polygones  à  côtés  rectilignes  :  ces 
fibres,  dans  leurs  rapports  normaux,  ont  donc  une  forme  prismatique,  qui 
paraît  due  à  la  pression  réciproque  qu’exercent  les  unes  sur  les  autres  les 
fibres  adjacentes. 

Pour  compléter  cette  étude  rapide  de  la  fibre  musculaire,  il  nous  reste 
encore  quelques  mots  à  dire  relativement  à  la  longueur  des  libres,  et  aux 
divisions  que  présentent  celles  de  certains  muscles. 

On  n’est  pas  encore  d’accord  sur  la  longueur  des  fibres  musculaires, 
parce  qu’il  est  très-difficile  d’isoler  complètement  ces  fibres  sans  rupture, 
de  manière  à  constater  si,  par  exemple,  chaque  fibre  du  couturier  s’étend 
depuis  l’insertion  supérieure  jusqu’à  l’insertion  inférieure  de  ce  muscle. 
Rollet  ayant  constaté  qu’on  trouve  dans  les  muscles  de  nombreuses  fibres 
qui  se  terminent  à  différentes  hauteurs  par  des  extrémités  arrondies  ou 
effilées  en  pointe,  Krause  a  été  amené,  à  la  suite  de  recherches  confirma¬ 
tives  des  indications  de  Rollet,  à  admettre  qu’en  général  les  fibres  muscu¬ 
laires  ne  dépassent  pas  la  longueur  de  k  centimètres,  et  que  les  muscles 
plus  longs  sont  formés  de  fibres  qui  s’accolent  par  leurs  extrémités  en  se 
juxtaposant  sur  une  certaine  longueur  de  leurs  bords  latéraux.  Chez  la  gre¬ 
nouille,  on  verrait,  d’après  Ranvier,  la  plupart  des  fibres  musculaires 
s’étendre  dans  toute  la  longueur  du  muscle  qu’elles  concourent  à  former 
et  s’insérer  par  leurs  deux  bouts  aux  deux  tendons  extrêmes. 

Quant  aux  divisions  et  ramifications  des  fibres  musculaires ,  elles  sont 
rares  chez  l’homme,  où,  à  part  le  cœur  {Voy.  plus  loin,  p.  219) ,  on  peut  tout 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE.  215 

au  plus  les  observer  dans  les  fibres  de  la  langue  ;  mais  cette  disposition  est 
très-fréquente  chez  les  animaux  inférieurs  :  chez  la  grenouille,  elle  s’ob¬ 
serve  facilement  dans  la  langue,  dans  les  cœurs  lymphatiques  ;  on  l’a  même 
constatée  dans  les  couches  musculaires  des  lèvres  et  du  museau  de  quel¬ 
ques  mammifères. 

B.  Des  éléments  connectifs  du  muscle.  —  Les  fibres  musculaires  que  nous 
venons  de  décrire  comme  des  éléments  anatomiques  simples,  quoique  com¬ 
posés  eux-mêmes  de  fibrilles,  se  groupent  en  faisceaux  primitifs  au  moyen 
de  couches  d’un  tissu  lamineux  qui  forme  une  loge  propre  à  chaque  fibre, 
et  une  enveloppe  commune  au  faisceau  ;  cette  enveloppe  porte  le  nom  de 
périmysium  interne;  elle  est  épaisse  de  2  à  4  centièmes  de  millimètre  (Ch. 
Robin)  et  se  compose  de  fibres  lumineuses  ou  connectives  avec  de  nom¬ 
breuses  cellules  du  tissu  connectif  (corps  fibro-plastiques),  et  de  rares 
fibres  élastiques.  Ces  faisceaux  primitifs  se  groupent  d’une  manière  sem¬ 
blable  en  faisceaux  secondaires,  bien  visibles  à  l’œil  nu,  comme  les  masses 
fasciculées  du  trapèze,  du  deltoïde,  etc.  ;  l’enveloppe  connective  de  ces 
faisceaux  est  constituée  comme  précédemment,  mais  plus  épaisse^  et  sou¬ 
vent  parsemée  de  cellules  adipeuses.  Enfin,  par  leur  groupement  en 
masses  plus  considérables,  les  faisceaux  secondaires  constituent  les  corps 
charnus  des  muscles,  lesquels  sont  tapissés  à  leur  surface  par  une  couche 
de  tissu  lamineux  ou  connectif,  semblable  à  celui  que  nous  venons  d’in¬ 
diquer  comme  constituant  les  cloisons  profondes  interfasciculaires,  et  que 
l’on  nomme  périmysium  externe.  Il  ne  faut  pas  confondre  ce  périmysium 
externe  avec  la  gaine  aponévrotique  du  muscle,  laquelle  est  formée  de 
fibres  lumineuses  entre-croisées,  relativement  très-serrées,  et  d'un  grand 
nombre  de  fibres  élastiques  ramifiées  et  anastomosées  en  plans  con¬ 
tinus. 

A  propos  des  éléments  connectifs  des  muscles,  nous  devons  indiquer  ici 
le  mode  selon  lequel  se  fait  l’union  du  muscle  avec  son  tendon.  On  a  cru, 
tout  d’abord,  que  les  fibrilles  de  la  fibre  musculaire  se  continuaient,  par 
une  transformation  insensible,  avec  les  fibrilles  tendineuses.  11  n’en  est 
rien.  Si,  comme  l’a  montré  Weismann,  on  emploie  comme  réactif  une  so¬ 
lution  concentrée  de  potasse,  il  est  facile  de  voir  qu’au  niveau  du  point  de 
connexion  des  éléments  musculaires  avec  les  éléments  tendineux,  la  fibre 
musculaire  conserve  son  myolemme  au  niveau  même  de  son  extrémité,  de 
telle  sorte  que  cette  fibre  est  parfaitement  close.  On  peut  donc  dire,  avec 
Ch.  Robin,  que  les  fibrilles  tendineuses  adhèrent  par  simple  contact  immé¬ 
diat  ou  moléculaire  au  myolemme  des  fibres  striées. 

C.  Vaisseaux  des  muscles. — Le  tissu  musculaire  est  parcouru  par  un  riche 
réseau  de  capillaires  sanguins,  qui  rampent  directement  contre  le  myolemme 
des  fibres  musculaires.  Les  mailles  de  ce  réseau  sont  alîongées,  d’un  aspect 
tout  à  fait  caractéristique,  surtout  par  le  nombre  des  capillaires  qui  les  com¬ 
posent,  car,  sur  une  coupe  perpendiculaire  à  la  direction  du  muscle,  on  voit 
souvent  que  pour  chaque  fibre  musculaire  il  y  a  jusqu’à  quatre  et  cinq  ca¬ 
pillaires.  Les  artérioles  qui  donnent  naissance  à  ces  capillaires  ont  des  parois 
très-contractiles.  Toutes  ces  dispositions  sont  en  rapport  avec  l’afflux  con- 


216 


MUSCLE.  —  3IDSCLES  STRIÉS.  —  ANATO.MIE. 
sidérable  de  sang  que  demande  l’activité  du  muscle  et  avec  les  phénomènes 
vaso-moteurs  dont  il  est  alors  le  siège. 

Le  tissu  musculaire  paraît  donner  naissance  à  des  lymphatiques  ;  mais  la 
démonstration  de  ce  fait  laisse  encore  de  nombreuses  lacunes,  car  les  ori¬ 
gines  des  vaisseaux  absorbants  n’ont  été  entrevues  que  sur  quelques  mus¬ 
cles  particuliers  (diaphragme  et  cœur).  Sappey  décrit  les  capillaires  lympha¬ 
tiques  des  faisceaux  charnus  du  diaphragme,  mais  n’a  pu  encore  y  obser¬ 
ver  des  capillicules  et  des  lacunes  {Voy.  pour  l’origine  des  lymphati¬ 
ques  par  capillicules  et  lacunes,  l’art.  Lymphatiqdes,  t.  XXI,  p.  12). 
His  et  Belajeff  ont  trouvé  des  capillaires  lymphatiques  dans  le  cœur.  Dans 
les  couches  musculaires  des  ventricules,  ces  capillaires  se  distinguent  de 
ceux  qui  appartiennent  à  l’endocarde  par  une  plus  grande  largeur  et  une 
plus  grande  régularité  de  leurs  mailles,  en  général  allongées  parallèlement 
à  la  direction  des  fibres  musculaires. 

D.  Nerfs  des  muscles. — Les  rameaux  nerveux,  que  l’anatomie  descriptive 
apprend  à  connaître  comme  nerfs  destinés  à  tel  ou  tel  muscle,  abordent 
ceux-ci  et  pénètrent  dans  leur  intéi’ieur  au  niveau  du  tiers  ou  de  la  moitié 
supérieure  du  corps  charnu.  En  suivant  le  nerf  dans  l’épaisseur  du  muscle, 
on  le  voit  se  diviser  en  rameaux  qui  marchent  perpendiculairement  à  la 
direction  des  faisceaux. musculaires,  s’anastomosent  fréquemment,  puis  se 
subdivisent  de  nouveau  et  échappent  entièrement  à  l’œil  nu  ou  armé  d’une 
simple  loupe.  JMais  le  microscope  nous  révèle  la  terminaison  des  fibres  ner¬ 
veuses  au  niveau  des  fibres  musculaires,  et  nous  montre  que  cette  termi¬ 
naison  ne  se  fait  pas  par  des  anses  et  par  des  réseaux  anastomotiques 
comme  on  l’avait  cru  tout  d’abord.  Elle  se  fait  par  un  organe  terminal  dé¬ 
veloppé  sur  l’élément  essentiel  de  la  fibre  nerveuse  au  moment  où  celle-ci 
aborde  et  pénètre  la  fibre  musculaire  :  ces  organes,  nommés  plaques  mo¬ 
trices,  ont  été  d’aboi’d  indiqués  par  Doyère  (1840)  sur  les  muscles  des  Tar- 
digrades,  puis  observés  par  Rouget  (18ô,2)  sur  les  muscles  des  reptiles,  des 
oiseaux  et  des  mammifères.  Pour  les  étudier,  il  suffit  de  faire  macérer  un 
morceau  de  muscle  (de  préférence  les  intercostaux  ou  les  muscles  moteurs 
del’o  '')dans  une  solution  de2  d’acidechlorhydriquepourlOOd’eaii, pendant 
ving/  quatre  heures.  Si  l’on  étale  alors  sur  une  lame  de  verre  une  lamelle 
du  muscle  ainsi  préparé,  et  qu’on  l’examine  avec  un  faible  grossissement, 
il  est  facile  d’apercevoir  des  rameaux  nerveux,  composés  de  deux  à  six 
tubes,  croisant  perpendiculairement  la  direction  des  fibres  musculaires,  et 
émettant  d’espace  en  espace  des  tubes  qui  s’isolent,  marchent  parallèle¬ 
ment  à  une  fibre  musculaire,  puis  échappent  brusquement  àl’examen,  après 
avoir  ainsi  parcouru  un  court  trajet.  Si  l’on  examine  alors  un  tube  semblable 
avec  un  objectif  plus  puissant  (avec  un  grossissement  supérieur  à  400),  on 
remarque  les  dispo^tions  suivantes  :  en  approchant  de  sa  terminaison,  le 
tube  nerveux  perd  d’abord  sa  gaîne  de  myéline,  et  se  trouve  réduit  au  cy- 
linder  axis  avec  une  gaîne  de  Schwann  à  noyaux  bien  visibles.  Cette  gaîne 
de  Schwann,  au  point  où  le  tube  nerveux  aborde  la  fibre  musculaire,  se 
confond  avec  le  myolemme,  tandis  que  le  cylinder  axis  pénètre  dans  la 
fibre  musculaire  et,  au  niveau  de  la  surface  du  contenu  de  cette  fibre, 


MUSCLE.  —  JICSCLES  STRIÉS..  —  ANATOMIE.  217 

semble  s’épanouir  en  un  petit  épaississement  granuleux,  de  forme  conique 
{plaque  motrice),  parsemé  de  nombreux  noyaux.  Mais  un  examen  attentif 
permet  de  constater  que  la  substance  granuleuse  de  la  plaque  n’est  pas  un 
épanouissement  du  cylinder  axis  ;  celui-ci  apparaît  encore  au  milieu  de  la 
plaque  granuleuse  :  il  semble  s’y  diviser  en  fibrilles  sur  lesquelles  sont  dé¬ 
veloppés  les  nombreux  noyaux  que  nous  venons  de  signaler. 

II.  Composition  chimique.  —  Pour  analyser  le  contenu  de  la  fibre 
musculaire  et  le  séparer  de  sa  gaine,  laquelle  paraît  de  nature  élas¬ 
tique  (élasticine),  on  soumet  à  une  forte  pression  un  muscle  refroidi  et  en¬ 
core  vivant  (muscle  de  grenouille  sacrifiée  par  hémorrhagie),  et  l’on  obtient 
un  liquide  sirupeux,  opalescent,  un  peu  jaunâtre,  à  réaction  alcaline,  dési¬ 
gné  sous  le  nom  de  plasma  musculaire.  Abandonné  à  lui-même,  à  la  tempé¬ 
rature  ordinaire,  ce  plasma  musculaire  se  coagule  bientôt  d’une  manière 
analogue  au  plasma  sanguin,  c’est-à-dire  qu’il  se  sépare  en  sérum  muscu¬ 
laire,  et  en  coagulum  ou  myosine. 

A.  Myosine.  Ch.  Robin  et  Verdeil,  dès  1852,  avaient  donné  le  nom  de 
musculine  à  la  substance  organique  du  muscle,  substance  naturellement 
demi-solide,  spontanément  coagulable  et  rétractile.  On  désigna  également 
cette  substance  sous  le  nom  de  fibrine  musculaire.  Préparée  de  la  manière 
que  nous  venons  d’indiquer  plus  haut,  selon  le  procédé  de  Kühne,  elle  re¬ 
çoit  généralement  le  nom  de  myosine. 

La  myosine  présente  la  propriété  de  se  dissoudre  dans  une  solution  de  sel 
marin  au  10'.  Elle  est  précipitée  de  cette  dissolution  par  les  acides  et  les 
solutions  alcalines  faibles.  Les  expériences  de  Magendie  et  de  Cl.  Bernard 
ont  montré  que  la  myosine  est  essentiellement  nutritive  et  assimilable. 
Traitée  par  l’acide  chlorhydrique  très-étendu,  la  myosine  se  dissout  ;  puis, 
si  la  liqueur  est  neutralisée  par  du  carbonate  de  soude,  elle  se  précipite  sous 
la  forme  d’une  gelée  floconneuse.  La  substance  blanche,  diaphane,  gélati¬ 
neuse  ainsi  obtenue,  n’est  plus  de  la  myosine,  car  elle  ne  se  dissout  plus 
dans  les  solutions  de  sel  marin.  C’est  à  ce  dérivé  de  la  myosine  qu’on  a 
donné  le  nom  de  syntonine.  La  composition  de  la  syntonine  est  analogue 
à  celle  de  la  plupart  des  substances  albuminoïdes. 

B.  Sérum  musculaire.  Le  sérum  musculaire  contient  : 

a)  Des  albumines.  Il  faut  tout  d’abord  noter  la  présence,  en  quantité  no¬ 
table,  d’une  albumine  analogue  à  la  sérine  du  sérum  sanguin,  se  coagulant 
par  une  chaleur  de  70  à  75“  ;  puis  d’une  albumine  signalée  par  Kuhne,  la¬ 
quelle  est  précipitée  par  une  chaleur  de  45°. 

h)  Le  sérum  musculaire  renferme  de  la  caséine  analogue  à  celle  du  lait 
et  du  sang;  et  que  l’on  précipite  par  l’acide  acétique. 

c)  Enfin,  dans  la  liqueur  dont  on  a  retiré  tous  les  principes  précédents, 
on  trouve  encore  la  créatine,  la  créatinine,  la  sarcine,  la  xanthine,  la  tau¬ 
rine,  l’acide  inosique  ;  de  l’urée,  des  traces  d’un  sucre  dextrogyre,  de  l’acide 
lactique. 

C.  L’analyse  des  cendres  du  muscle  strié  montre  que  les  éléments  miné¬ 
raux  de  ce  tissu  sont  surtout  représentés  par  des  sels  de  potasse  ;  les  phos¬ 
phates  sont  aussi  prédominants.  Si  nous  ajoutons  que  ces  cendres  sont  re- 


218 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE. 


marquables  encore  par  une  faible  proportion  de  fer,  nous  aurons  signalé 
les  résultats  les  plus  nets  de  l’analyse  chimique,  et  montré  les  rapports  et 
les  différences  de  ces  cendres  avec  celles  du  globule  rouge  du  sang.  Mais 
il  ne  faut  pas  croire,  d’après  ces  résultats  de  l’analyse  brute,  que  primitive¬ 
ment  les  phosphates  de  potasse  existent  en  si  grande  abondance  dans  le 
muscle  :  c’est  que,  comme  le  fait  remarquer  Armand  Gautier,  par  la  calci¬ 
nation,  le  phosphore  de  la  matière  musculaire  se  change  en  acide  phospho- 
rique  et  chasse  l’acide  carbonique  provenant  de  la  destruction  des  sels  de 
potasse  à  acides  organiques,  tels  que  lactates,  inosates,  etc. 

III.  Développement.  —  Les  fibres  striées  ont  une  origine  cellulaire, 
c’est-à-dire  qu’elles  proviennent  de  cellules  modifiées,  dont  quelques 
parties,  telles  que  les  noyaux,  ont  subi  peu  de  changements.  Mais  la 
production  de  fibres  contractiles  aux  dépens  de  cellules  ne  se  fait  pas 
d’une  manière  aussi  simple  que  l’avaient  schématiquement  conçu  Remak  et 
Schwann.  Pour  Remak  la  fibre  musculaire  serait  formée  par  une  seule  cel¬ 
lule  qui  s’étendrait  en  longueur,  dont  les  noyaux  se  multiplieraient  et  dont 
la  substance  intérieure  se  modifierait.  D’après  Schwann,  les  fibres  muscu¬ 
laires  se  formeraient  par  la  réunion  de  cellules  embryonnaires  rangées  en  sé¬ 
rie,  les  enveloppes  réunies  formant  le  myolemme,  tandis  que  les  noyaux 
primitifs  persistent,  et  que  le  contenu  cellulaire  se  transforme  en  substance 
musculaire  (fibrilles  ou  disques). 

Il  est  vrai  que  plusieurs  cellules  se  soudent  bout  about  (fig.  25)  pour  compo¬ 
ser  la  fibre  musculaire  etforment  un  cordon  variqueux,  mais  enmême  temps 
on  voit  se  produire  une  multiplication  des  noyaux  par  division  successive. 
Les  noyaux  ainsi  produits  s’accumulent  vers  la  partie  centrale  du  cordon, 
qui  de  variqueux  devient  régulièrement  cylindrique.  Dès  lors  on  voit  se  pro¬ 
duire  une  modification  régulière  de  la  substance  du  cordon  ;  tandis  que  la 
partie  centrale  reste  encore  longtemps  sous  la  forme  de  matière  amorphe 
dans  laquelle  sont  plongés  les  noyaux,  on  voit  les  couches  périphériques  se 
constituer  en  fibrilles  loneiitudinales  qui  deviennent  rapidement  de  plus  en 
plus  nombreuses  et  serrées.  La  fibre  musculaire  en  voie  de  formation  se 
présente  donc  alors  sous  l’aspect  d’un  tube  creux,  dont  les  parois  (partie  pé¬ 
riphérique)  sont  constituées  par  une  couche  finement  striée  en  long,  mais 
déjà  avec  des  aspects  de  striation  transversale  (fig.  26),  et  dont  le  centre  est 
occupé  par  une  substance  granuleuse  avec  des  noyaux  rangés  en  série 
longitudinale. 

C’est  alors  seulement  que  se  montre  le  myolemme,  qui  chez  quelques 
animaux  ne  se  forme  que  très-tard.  Il  ne  dériverait  donc  pas  de  la  mem¬ 
brane  cellulaire  des  cellules  formatrices,  lesquelles,  du  reste,  ne  sont  que 
des  globules  de  protoplasma,  sans  paroi  propre  enveloppante.  Ce  myolemme, 
dit  Ch.  Robin,  apparaît  sous  la  forme  d’une  pellicule  hyaline  extrêmement 
mince  qui  va  graduellement  en  augmentant  d’épaisseur,  mais  qui  dès  son 
origine  résiste  à  l’action  de  l’eau  et  de  l’acide  acétique. 

Du  moment  que  le  myolemme  est  apparu,  la  fibre  musculaire  est  con¬ 
stituée  ;  en  effet,  chez  un  grand  nombre  d’animaux,  tels  que  les  articulés, 
elle  reste  toute  la  vie  à  l’état  où  nous  venons  de  la  décrire,  c’est-à-dire  com- 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STBIÉS.  —  ANATOMIE. 


219 


posée  d’un  myolemme,2|d’une  couche  fibrillaire  périphérique  et  d’un  canal 
central  à  contenu  granuleux  et  nucléé.  Mais,  chez  la  plupart  des  vertébrés, 
la  formation  fibrillaire  s’étend  jusque  dans  le  centre  de  la  fibre,  et  les 
noyaux  sont  plus  ou  moins  chas- 
.  sés  hors  de  l’axe,  ainsi  que  l’a 


décrit  Rouget.  Entourés  d’une 
zone  plus  ou  moins  abondante 
de  la  substance  grenue  dans  la¬ 
quelle  ils  étaient  plongés,  ils  se 
disséminent  dans  les  différentes 
zones  de  la  fibre  musculaire  de¬ 
venue  fibrillaire  dans  sa  totalité, 
et  vont  se  placer  jusque  sous  le 
myolemme,  auquel  ils  devien¬ 
nent  plus  ou  moins  adhérents. 
Chez  l’homme,  ces  noyaux  sont 
presque  uniquement  placés  à  la 
face  interne  du  myolemme  ;  mais 
chez  les  vertébrés  inférieurs,  chez 


Fia.  25.  —  (Empruntée  à  Ch.  Robin,  Amtomie  et  Fig.  26.—  Formation  des  fibres  muscu- 
phymlogie  cellulaires,  p.  513.)  —  Cellules  et  fl-  laires  du  cœur,  sur  un  embryon  hu- 

bres  musculaires  (*).  main,  long  de  16  millimètres  (Ch. 

Robin)  (**). 


(*)  l,  m,  n,  cellules  musculaires  déjà  soudées  bout  à  (")  On  voit  bien  plus  de  cellules  non 

bout;  de  a  en  h,  fibres  musculaires  plus  développées;  soudées  que  défibrés  constituées  (voy.  en  b); 


la  grenouille,  par  exemple,  ils  sont  disséminés  dans  tous  les  points  de  la 
profondeur  de  la  fibre. 

IV.  Des  fibres  müscül.4.ires  du  cœur. — Nous  avons  réservé  l’étude  du  mus¬ 


cle  cardiaque  pour  le  moment  où  nous  aurions  indiqué  le  mode  de  dévelop¬ 
pement  de  la  fibre  musculaire,  car  la  connaissance  du  processus  général  de 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE. 


formation  rend  beaucoup  plus  facile  l’intelligence  de  la  constitution  de  la  fibre 
cardiaque.  Que  l’on  suppose,  en  effet,  la  fibre  musculaire  arrivée  à  ce  degré 
de  développement  où  la  formation  fibrillaire  s’est  étendue  jusqu’à  l’axe  de 
la  fibre,  mais  sans  que  celle-ci  se  soit  encore  entourée  d’une  membrane  de 
la  nature  du  myolemme,  et  l’on  aura  une  idée  schématique  de  la  fibre  mus¬ 
culaire  cardiaque. 

Les  fibres  du  cœur  sont  en  effet  composées  de  fibrilles  du  même  genre 
que  celles  que  nous  avons  décrites  pour  le  muscle  strié  en  général  ;  mais 
ces  fibrilles  ne  sont  pas  incluses  dans  un  myolemme  ;  de  là  la  grande  fra¬ 
gilité  de  ces  éléments  musculaires  ;  de  là  la  grande  difficulté  de  les  disso¬ 
cier,  difficulté  qui  est  encore  augmentée  par  ce  fait  que  ces  faisceaux  de 
fibrilles  sont  ramifiés  et  anastomosés.  Les  communications  et  anastomoses 
sont  tellement  fréquentes,  dit  Ch.  Robin,  qu’il  est  impossible  d’isoler  un 
faisceau  du  cœur  complètement  cylindrique  sur  une  étendue  de  plus 
de  O'””',!,  parce  que,  après  un  trajet  de  cette  longueur,  ce  faisceau  se  sub¬ 
divise  et  va  s’anastomoser  avec  un  faisceau  voisin.  Chaque  subdivision 
offre  un  volume  différent,  de  sorte  que  d’un  faisceau  de  grand  volume  se 
séparent  des  branches  beaucoup  plus  petites  ou  presque  de  volume  égal. 
En  dehors  de  toute  dissociation  artificielle,  les  mailles  ou  espaces  limités 
par  les  faisceaux  anastomosés  sont  nuis,  c’est-à-dire  que  les  faisceaux 
(fibres)  qui  les  limitent  se  touchent.  De  plus ,  outre  les  fibrilles ,  il  entre 
dans  la  constitution  des  fibres  striées  du  cœur  des  granulations  nombreuses, 
interposées  aux  fibrilles  par  traînées  plus  ou  moins  longues ,  et  qui  don¬ 
nent  parfois  à  toute  la  fibre  un  aspect  uniformément  grenu.  Le  plus  grand 
nombre  de  ces  granulations  est  de  nature  graisseuse.  Elles  atteignent 
un  volume  de  2  à  5  millièmes  de  millimètre  (Ch.  Robin)  ;  elles  ont  l’aspect 
réfringent  de  molécules  graisseuses  et  résistent  à  l’acide  acétique. 

V.  Distribution  des  muscles  striés.  — Le  tissu  musculaire  strié  forme  en 
général  les  muscles  volontaires  (muscles  du  tronc  et  des  membres,  etc.)  ; 
mais  nous  venons  de  voir  déjà  que  le  cœur,  dont  les  contractions  sont  indé¬ 
pendantes  de  la  volonté,  est  cependant  formé  de  fibres  striées,  lesquelles 
présentent,  il  est  vrai,  quelques  caractères  microscopiques  particuliers.  Si 
l’on  examine  les  divers  degrés  de  l’échelle  animale,  on  voit  les  muscles 
striés  composer  des  parties  qui,  chez  l’homme  et  les  mammifères,  sont  tou¬ 
jours  du  domaine  des  muscles  lisses  :  c’est  ainsi  que,  chez  les  insectes,  les 
parois  contractiles  du  tube  digestif  sont  formées  par  éléments  striés.  En 
nous  bornant  à  l’étude  de  l’homme  et  des  mammifères  voisins,  nous  voyons 
que  les  fibres  striées  forment  ;  1"  les  muscles  du  tronc  et  des  membres  ; 
2“  les  parties  initiales  et  terminales  de  quelques  conduits  viscéraux  ;  3”  des 
parties  appartenant  à  l’appareil  de  la  circulation. 

1°  Muscles  du  tronc  et  des  membres,  etc.,  muscles  de  la  vie  de  relation. — 
Les  muscles  de  la  vie  de  relation  sont  destinés  :  les  uns  à  mouvoir  les  dif-  • 
férentes  pièces  du  squelette  sur  lesquelles  ils  prennent  insertion  ;  les  autres 
sont  annexés  aux  organes  des  sens  auxquels  ils  impriment  également  des 
déplacements  (mouvement  du  globe  oculaire,  de  la  langue,  etc.).  Ce  sont 
ces  muscles  que  l’anatomie  descriptive  énumère  avec  soin  en  précisant 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  ANATOMIE.  221 

leurs  insertions  osseuses,  en  les  classant  d’après  leur  situation,  leurs  usa¬ 
ges,  etc.  Leurs  noms  sont  empruntés  soit  à  leur  forme  (deltoïde),  soit  à 
leur  position  (intercostaux,  sous-scapulaire,  etc.),  soit  à  leur  direction 
(obliques  et  transverse  de  l’abdomen),  soit  à  leur  constitution  (demi-mem¬ 
braneux,  demi-tendineux,  etc.),  soit  enfin  à  leurs  insertions.  Dans  un  cé¬ 
lèbre  essai  de  nomenclature,  Chaussier  tenta  de  nommer  tous  les  muscles 
d’après  leurs  insertions,  méthode  qui  offre  en  effet  de  grands  avantages,  ne 
fût-ce  qu’au  point  de  vue  mnémonique.  Cependant  ce  mode  de  dénomina¬ 
tion  n’a  été  conservé  que  pour  quelques  muscles,  dont  les  noms,  sans  pré¬ 
senter  une  trop  grande  complexité,  résument  parfaitement  les  insertions 
simples  au  nombre  de  deux  ou  de  trois  au  plus,  tels  sont:  les  muscles 
sterno-cléido-mastoïdien,  mylo-hyoïdien,  génio-glosse ,  stylo-glosse,  etc. 

Les  muscles  de  la  vie  de  relation  sont  très-nombreux  chez  l’homme  ; 
Sappey,  en  comptant  ceux  de  la  tête,  du  tronc  et  des  membres,  en  porte  le 
nombre  à  455.  La  masse  totale  de  cet  ensemble  musculaire  forme  les  deux 
cinquièmes  de  la  masse  du  corps  de  l’homme  adulte  bien  constitué. 

Quant  au  volume  de  chaque  muscle,  il  est  fort  variable,  et  de  là  les  épi¬ 
thètes  de  grand  et  de  petit  données  à  des  masses  d’une  même  région  (grand, 
moyen  et  petit  adducteur). 

La  forme  des  muscles  présente  des  variétés  assez  caractéristiques  pour 
permettre  de  les  classer  en  :  1°  muscles  longs,  ils  occupent  principalement 
les  membres,  et  selon  la  manière  dont  les  fibres  musculaires  s’attachent  au 
tendon,  ils  sont  fusiformes  (biceps)  ou  penniformes  (cubital  antérieur)  ;  2° 
muscles  larges,  lesquels  contribuent  surtout  à  former  les  parois  du  tronc, 
ou  des  cloisons  musculaires  (comme  le  diaphragme)  ;  3^°  muscles  courts, 
ceux-ci  sont  très-nombreux  ;  ou  bien  ils  donnent  aux  os  courts  des  exti’é- 
mités  les  mouvements  précis  qui  caractérisent  la  main,  par  exemple  ;  ou 
bien  ils  meuvent  le  levier  court  mais  puissant  de  la  mâchoire  inférieure  ;  ou 
bien  enfin  ils  forment  des  séries  de  muscles  superposés  dans  les  intervalles 
des  pièces  mobiles  de  l’axe  du  squelette  (muscles  inter-épineux,  muscles 
transversaires  épineux,  iutertransversaires,  etc.). 

Les  rapports  des  muscles  forment  une  des  parties  les  plus  utiles  de  l’étude 
de  ces  masses.  Nous  ne  saurions  entrer  ici  dans  des  considérations  géné¬ 
rales  qui  ont  reçu  leurs  applications  particulières  à  propos  de  l’anatomie 
chirurgicale  de  chaque  région  du  corps.  Rappelons  seulement  que  les  troncs 
vasculaires  et  nerveux  sont  situés  entre  les  muscles,  le  plus  souvent  entre 
les  muscles  profonds  ;  que  les  espaces  inter-musculaires  sont  très-soigneu¬ 
sement  définis  en  anatomie  topographique  (par  ex.  triangle  de  Scarpa),  et 
que  chaque  tronc  artériel  important  présente  d’ordinaire,  avec  un  muscle 
de  premier  ordre,  des  rapports  constants  qui  ont  valu  à  ce  muscle  le  nom 
de  satellite  de  l’artère  (le  couturier  pour  la  crurale,  le  sterno-cléido-mastoï¬ 
dien  pour  la  carotide). 

2“  Parmi  les  muscles  striés  qui  appartiennent  aux  portions  initiales  ou 
terminales  de  conduits  viscéraux,  nous  citerons  :  l’orbiculaire  des  lèvres,  les 
trois  constricteurs  du  pharynx,  la  portion  supérieure  de  l’œsophage,  le 
sphincter  externe  de  l’anus,  le  constricteur  de  la  vulve.  Il  faudrait  joindre 


222 


MUSCLE.  —  MÜSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


à  ces  muscles  ceux  du  périnée  ;  nous  voyons,  dès  lors,  qu’il  n’y  a  pas  de 
limite  bien  nette  entre  les  muscles  striés  servant  aux  fonctions  de  relation, 
et  ceux  qui  seraient  à  classer  comme  annexes  à  des  organes  viscéraux. 
C’est  ce  qui  devient  évident  si  nous  citons  les  muscles  de  ï appareil  phona¬ 
teur,  muscles  striés  courts  et  le  plus  souvent  disposés  en  éventail,  qui 
sont  disposés  sur  les  parties  cartilagineuses  initiales  des  voies  respiratoires. 

3°  Outre  les  parois  cardiaques,  on  a  encore  signalé  la  présence  de  fibres 
striées  sur  certaines  parties  des  conduits  vasculaires  sanguins  ;  elles  sont 
évidentes  chez  les  grands  mammifères  dans  l’épaisseur  de  la  veine  cave 
inférieure,  surtout  au  niveau  du  foie  ;  on  les  a  encore  observées  dans  les 
veines  digitales  de  l’aile  de  la  chauve-souris. 

Physiologie.— L’étude  physiologique  du  muscle  doit  avoir  pour  point 
de  départ  ce  fait,  que  le  muscle  présente  deux  états  essentiellementdlfférents  : 
l’état  de  repos  absolu  et  l’état  i’ activité;  c’est-à-dire  que  le  muscle,  sous  l’in¬ 
fluence  de  divers  excitants,  et  plus  spécialement  par  l’effet  de  l’excitation  phy¬ 
siologique  que  transmettentles  nerfs  moteurs,  manifeste  sa  propriété  caracté¬ 
ristique  en  se  contractant,  en  jouant  le  rôle  d’organe  actif  dans  les  mouve¬ 
ments.  Nous  devons  donc  rechercher  tout  d’abord  en  quoi  consiste  le 
phénomène  de  la  contraction  musculaire;  nous  pourrons  alors  étudier  com¬ 
parativement  les  propriétés  du  muscle  à  l’état  de  repos  et  à  l’état  d’activité 
ou  de  contraction  (élasticité,  nutrition,  pouvoir  électro-moteur,  sensibi¬ 
lité,  etc.)  ;  revenant  alors  non  plus  sur  le  phénomène  de  contraction  en  lui- 
même,  mais  sur  le  fait  du  passage  de  l’état  de  repos  à  l’état  actif  ou  de  con¬ 
traction,  nous  étudierons,  sous  le  nom  de  contractilité  du  muscle,  la  nature 
des  diverses  circonstances  qui  provoquent  ce  phénomène,  qui  en  modifient 
les  manifestations,  et  enfin  celle  des  agents  (poisons  musculaires)  qui 
exagèrent  ou  éteignent  la  contractilité  musculaire. 

I.  De  la.  contraction  moscül.aire.  —  Il  nous  paraît  difficile  de  dé¬ 
finir  tout  d’abord  le  phénomène  de  la  contraction.  Les  personnes, 
même  les  plus  étrangères  aux  études  physiologiques,  savent  parfai¬ 
tement  que  lorsqu’on  fléchit  l’avant-bras  sur  le  bras,  les  muscles  an¬ 
térieurs  du  bras,  agents  actifs  de  ce  mouvement,  se  dessinent  sous  la 
peau  et  présentent  au  toucher  une  dureté  caractéristique  de  leur  entrée  en 
action  :  ces  muscles,  et  notamment  le  biceps,  changent  de  forme,  se  ren¬ 
flent  et  paraissent  plus  résistants  à  la  pression.  Tel  est  le  caractère  le  plus 
grossièrement  apparent  de  la  contraction  :  changement  de  forme  et  de  con¬ 
sistance.  Voyons  tout  d’abord  ce  que  nous  apprend  la  physiologie  expéri¬ 
mentale  sur  ce  double  changement  observé  sur  les  masses  musculaires, 
telles  que  le  corps  du  biceps,  telles  en  un  mot  que  les  muscles  classés  et 
décrits  en  anatomie  descriptive;  nous  rechercherons  ensuite  ce  qui  se  passe 
dans  Télément  anatomique  proprement  dit  (fibre  musculaire) . 

A.  —  Pendant  la  contraction,  la  masse  musculaire  ne  diffère  de  ce  qu’elle 
était  à  l’état  de  repos  que  par  un  changement  de  forme  :  le  muscle  est  plus 
court  et  plus  épais  ;  de  fusiforme  il  devient  globuleux,  c’est-à-dire  que,  si 
Tune  de  ses  insertions  est  coupée  et  qu’il  puisse  réaliser  le  maximum  de 
raccourcissement  dont  il  est  susceptible,  il  se  raccourcit  presque  des  4/5'® 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  223 

de  sa  longueur  primitive  (1/3  seulement  d’après  les  anciennes  expériences 
de  Haller,  Prévost  et  Dumas;  1/2  d’après  Liégeois).  Ce  raccourcissement 
est  influencé  par  l’état  de  nutrition  du  muscle  :  un  muscle  dont  la  nutri¬ 
tion  languit  pour  une  cause  quelconque  perd  moins  en  longueur,  lors  de  sa 
contraction,  qu’un  muscle  dont  la  nutrition  est  normale.  Mais  le  fait  im¬ 
portant  est  que,  lors  de  la  contraction  du  muscle,  ses  dimensions  transver¬ 
sales  augmentent  en  raison  directe  de  la  diminution  de  ses  dimensions  lon¬ 
gitudinales,  de  telle  façon  que  rien  n’est  changé  dans  son  volume.  En  effet, 
si  on  place  dans  un  vase  gradué  plein  d’eau  une  masse  musculaire  (soit 
les  membres  postérieurs  d’une  grenouille)  et  que  par  une  excitation  (élec¬ 
trique)  on  fasse  contracter  ces  masses,  on  n’observe  pas  de  changement 
sensible  dans  le  niveau  du  liquide,  preuve  que  le  volume  des  muscles,  au 
moment  de  leur  contraction,  est  demeuré  le  même.  Nous  devons  cependant 
ajouter  qu’en  réalisant  celte  expérience  avec  soin  et  dans  des  conditions 
d’exactitude  toutes  particulières,  quelques  physiologistes  (Marchand,  Weber, 
Valentin)  ont  pu  constater  qu’en  passant  à  l’état  actif  un  muscle  augmente 
de  densité  dans  le  rapport  de  1/1300;  mais  cette  fraction  exprime  une 
si  faible  diminution  de  volume  qu’elle  peut  être  considérée  comme  parfai¬ 
tement  négligeable. 

B.  De  la  secousse  musculaire.  —  Si,  au  lieu  d’étudier  la  contraction  mus¬ 
culaire  d’après  les  phénomènes  extérieurs  que  présente  le  biceps,  par 
exemple,  entrant  en  action  sous  l’influence  de  la  volonté ,  on  isole  un 
muscle  de  manière  à  le  soustraire  à  toute  excitation  physiologique  (c’est- 
à-dire  venant  des  centres  nerveux  par  acte  réflexe  ou  par  acte  volontaire) 
et  à  le  soumettre  à  des  excitations  purement  expérimentales,  on  observe 
des  phénomènes  qui  prouvent  que  la  contraction  musculaire  vulgairement 
connue  et  perceptible  par  la  vue  ou  le  toucher  se  produit  par  la  succession 
de  phénomènes  élémentaires  infiniment  plus  délicats.  Ceux-ci,  en  se  fusion¬ 
nant,  produisent  la  contraction  dont  nous  venons  de  parler,  comme  les 
vibrations  simples  pi’oduisent  par  leur  succession  rapide  telle  ou  telle  note 
de  la  gamme.  Nous  verrons  bientôt  que  la  comparaison  dont  nous  faisons 
ici  usage  est  plus  qu’une  simple  comparaison,  car  nous  constaterons  dans 
le  muscle  en  contraction  un  son  caractéristique  dont  la  tonalité  sera  préci¬ 
sément  en  raison  directe  de  la  rapidité  avec  laquelle  se  succéderont,  dans 
l’unité  de  temps,  les  éléments  (vibration,  onde)  de  la  contraction  apparente, 
c’est-à-dire  du  raccourcissement  que  le  muscle  présente  pendant  un  temps 
plus  ou  moins  considérable.  Ces  éléments  de  la  contraction  musculaire  sont 
ce  que  Jlarey  a  appelé  les  secousses  musculaires  {Zuckung  des  physiologistes 
allemands)  ;  l’étude  de  la  secousse  musculaire  est  une  des  plus  belles  con¬ 
quêtes  de  la  physiologie  expérimentale  :  elle  mérite  que  nous  indiquions  ici 
avec  quelques  détails  les  conditions  dans  lesquelles  elle  a  été  faite  ,  notam¬ 
ment  par  Marey. 

Si  l’on  met  à  nu  et  sectionne  le  nerf  sciatique  de  la  grenouille,  on  sup¬ 
prime  toute  influence  des  centres  nerveux  sur  les  muscles  gastro-cnémiens 
de  la  jambe  opérée  ;  mais  en  portant  des  excitations  électriques  ou  autres 
sur  le  bout  périphérique  du  nerf  sectionné,  on  provoque  la  contraction  de 


224  MUSCLE.  —  müscles  striés.  —  physiologie. 

ces  muscles.  Or  en  excitant  cette  partie  périphérique  du  nerf  par  une  simple 
décharge  électrique,  on  produit  dans  les  gastro-cnémiens  un  mouvement 
très-bref  et  presque  imperceptible.  Ce  mouvement,  ce  raccourcissement, 
dont  la  durée  est  inappréciable  à  l’œil,  comme  celle  de  l’unique  décharge 
électrique  qui  l’a  produit,  nous  représente  la  secousse  musculaire;  mais 
pour  l’observer,  pour  en  constater  exactement  et  la  forme  et  la  durée,  il 
faut  employer  les  appareils  que  Marey  a  si  heureusement  nommés  les  micro¬ 
scopes  du  mouvement,  il  faut  faire  usage  de  la  méthode  graphique.  On  verra, 
aux  articles  Coeur  (t.  YIII,  p.  281)  et  Circulation  (t.  VII,  p.  656),  com¬ 
ment  cette  méthode  a  permis  d’analyser  les  mouvements  de  la  circulation 
en  les  inscrivant  au  moyen  du  cardiographe,  du  sphygmographe,  etc.  L’ap¬ 
pareil  écrivant  ou  enregistreur  qui  s’applique  à  l’analyse  des  secousses  et 
de  la  contraction  musculaire  est  le  myographe. 

Les  premières  recherches  myographiques  ont  été  faites  par  Helmholtz, 


Fig.  27.  —  Myographe  d’Helmholtz. 


Valentin,  Fick:  mais  les  appareils  myographiques  les  plus  complets  et  les 
plus  précis  sont  dus  à  Marey,  qui  a  poussé  très-loin  l’étude  de  la  contrac¬ 
tion  musculaire,  ainsi  que  nous  allons  essayer  de  le  résumer.  —  La  ligure  27 
montre  le  muscle  gastro-cnémien  de  la  grenouille  suspendu  par  une  pince  : 
son  extrémité  inférieure,  son  tendon,  est  attachée  à  un  cadre  métallique 
mobile  autour  d’un  pivot  horizontal  ;  le  cadre  est  d’une  part  équilibré  par 
un  poids,  tandis  que  d’autre  part,  à  l’autre  extrémité,  il  porte  une  pointe 
écrivante,  laquelle  trace,  sur  un  cylindre  enregistreur  vertical,  les  mouve¬ 
ments  de  raccourcissement  du  muscle  excité  ,^et  les  mouvements  d’élon- 


225 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE, 
galion  du  muscle  rentrant  à  l’état  de  repos.  —  Telle  est  la  forme  ty¬ 
pique  et  primitive  d’un  appareil  myographique  dont  le  levier  s’élève  ou 
s’abaisse  en  amplifiant  les  mouvements  qu’il  a  reçus  du  muscle  passant 
alternativement  de  l’état  de  repos  à  celui  de  contraction  et  vice  versa.  Mais 
Marey  a  réalisé  les  dispositions  myographiques  de  manière  à  pouvoir  opérer 
sur  le  muscle  sans  le  détacher  de  l’animal  :  tel  est  l’appareil  et  l’installa¬ 
tion  représentés  figure  28.  La  grenouille  en  expérience  est  fixée  sur  une 
planchette  de  liège  au  moyen  d’épingles.  Le  cerveau  et  la  moelle  épinière 
de  l’animal  ont  été  préalablement  détruits,  afin  de  supprimer  tout  mouve¬ 
ment  volontaire  ou  réflexe.  Le  tendon  du  muscle  gastro-cnémien  a  été 
coupé  et  lié  par  un  fil  à  un  levier  qui  peut  se  mouvoir  dans  un  plan  hori¬ 


zontal  :  ce  levier  est  attiré  vers  la  grenouille  dès  que  le  muscle  se  rac¬ 
courcit  ;  puis,  dès  que  la  contraction  cesse,  il  est  ramené  dans  sa  position 
primitive  à  l’aide  d’un  ressort.  Enfin  ce  levier  se  termine,  à  son  extrémité 
libre,  par  une  pointe  qui  trace,  sur  un  cylindre  tournant  recouvert  de  noir 
de  fumée,^  des  lignes  brisées  ou  des  ondulations  correspondant  aux  mouve¬ 
ments  de  va-et-vient  du  levier,  c’est-à-dire  aux  alternatives  de  raccourcis¬ 
sement  et  de  relâchement  du  muscle. 

Cette  disposition  étant  réalisée,  si  on  excite  le  muscle  par  un  brusque 
changement  électrique  porté  soit  sur  lui-même,  soit  sur  le  nerf  qui  l’anime 
(fig.  29),  on  voit  que  la  secousse,  par  le  tracé  qu'elle  donne,  se  com¬ 
pose  de  plusieurs  temps  ;  1“  que  l’excitation  arrive  directement  sur  le 
muscle  ou  qu’elle  lui  soit  transmise  par  le  nerf,  le  muscle  reste  toujours  un 

NOOT.  niCT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXtU.  —  15 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STBIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


très-court  espace  de  temps  avant  d’obéir  à  cette  excitation  ;  ce  premier 
temps  est  celui  dit  de  l’excitation  latente,  et  se  traduit  sur  le  graphique  par 
ce  fait  que,  si  l’on  note  sur  le  cylindre  le  point  où  touchait  le  style  éciivant 
au  moment  de  l’excitation,  on  voit  ce  style  continuer  à  tracer  depuis  ce 
point  une  certaine  longueur  de  ligne  droite  (de  A  en  B,  fig.  29)  ;  2“  le  muscle 
se  raccourcissant  attire  le  levier,  lequel  trace  sur  le  cylindre  une  ligne 
ascendante  représentant  le  passage  de  l’état  de  repos  à  l’état  actif;  3”  au 
niveau  supérieur  atteint  par  cette  ligne  d’ascension  de  la  coui’he  (fig.  29,  1, 
en  C),  on  obtient  parfois  {voy.  contraction  et  secousse  du  muscle  cardiaque, 
pag.  252)  une  nouvelle  ligne  horizontale  qui  représente  le  temps  pendant 
lequel  le  muscle  est  demeuré  dans  l’état  d’activité  ou  de  contraction  (fig.  29, 
1,  de  C  en  D);  mais  le  plus  souvent  (fig.  29,  2,  DG)  à  la  ligne  ascendante  BG 


Fiü.  29.  —  Tracés  graphique^  .de  la  çontraction  p 


succède  immédiatement  :  4”  une  ligne  descendante  DE  qui  trace  le  retour 
du  muscle  à  sa  forme  primitive,  c’est-à-dire  à  l’état  de  repos. 

Nous  avons  vu  que  le  muscle,  lors  de  sa  contraction,  gagne  en  épaisseur 
ce  qu’il  perd  en  longueur  :  on  peut  donc  aussi  obtenir  le  tracé  de  la  secousse 
musculaire  avec  des  appareils  qui  enregistrent  non  plus  le  raccourcisse¬ 
ment,  mais  le  gonflement  du  muscle.  C’est  dans  ce  but  que  Marey  a  con¬ 
struit  ses  pinces  myograpMques,  lesquelles  ont  cet  avantage  précieux  de  pou- 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  227 

voir  s’appliquer  sans  qu’il  soit  nécessaire  de  mettre  le  muscle  à  nu,  de  telle 
sorte  que  l’on  peut  enregistrer  les  secousses  d’un  muscle  tel  que  le  biceps 
sur  le  bras  de  l’homme.  Nous  reviendrons  sur  la  pince  myographique  en 
étudiant  Vonde  musculaire;  mais  il  est  facile  dès  maintenant  de  se  figurer 
un  muscle,  ou  le  bras  dans  toute  son  épaisseur,  serré  entre  les  mors  aplatis 
d’une  pince;  à  chaque  gonflement  du  muscle,  du  biceps  par  exemple,  les 
mors  de  la  pince  seront  écartés  et  ce  mouvement  pourra  être  enregistré 
avec  les  dispositions  générales  des  appareils  graphiques. 

Quelles  que  soient  les  dispositions  expérimentales  adoptées,  toutes  les  fois 
qu’une  excitation  brusque,  sans  durée  notable,  un  choc  par  exemple,  ou 
une  décharge  électrique,  atteint  le  muscle,  on  observe  le  graphique  de  la 
secousse  musculaire,  dans  laquelle  l’excitation  latente  dure  de  l/60e  à  1/100' 
de  seconde;  la  période  d’ascension  (de  raccourcissement)  dure  1/6'  de 
seconde;  la  période  de  descente,  qui  lui  succède  immédiatement,  dure  un 
temps  à  peu  près  égal. 

Ces  caractères  de  la  secousse  musculaire  sont  variables  selon  les  condi¬ 
tions  dans  lesquelles  on  opère  et  selon  les  animaux  sur  les  muscles  des¬ 
quels  on  l’étudie.  Nous  donnerons  quelques  indications  sommaires  sur  ces 
modifications.  —  La  fatigue  du  muscle,  son  refroidissement,  l’arrêt  de  sa 
circulation,  modifient  la  forme  (le  tracé)  de  la  secousse  :  par  l’effet  de  la 
fatigue,  la  secousse  présente  plus  de  durée;  son  amplitude  diminue  (la 
ligne  d’ascension  se  porte  moins  haut)  ;  la  ligne  de  descente  se  prolonge 
plus  loin,  c’est-à-dire  que  le  muscle  revient  plus  lentement  à  sa  forme  pri¬ 
mitive  ou  état  de  repos.  On  observe  les  mêmes  effets  sur  un  muscle  refroidi 
ou  dont  les  artères  ont  été  liées.  On  peut  donc  dire  que  ces  diverses  in¬ 
fluences  diminuent  l’énergie  de  la  secousse  et  augmentent  sa  durée.  —  La 
chaleur  produit  des  effets  inverses  ;  elle  fait  disparaître  l’allongement  de  la 
secousse  musculaire,  lorsque  cet  allongement  existe. 

La  secousse  des  muscles  des  animaux  à  sang  froid  offre  les  caractères 
de  la  secousse  d’un  muscle  refroidi  :  elle  présente  une  durée  relativement 
considérable  et  se  fait  remarquer  par  l’obliquité  de  ses  lignes  d’ascension, 
et  de  descente.  Au  contraire  la  secousse  des  muscles  de  l’oiseau,  laquelle  se 
traduit  par  un  tracé  brusquement  ascendant  et  descendant,  est  très-brève 
et  ne  dure  que  2  à  3  centièmes  de  seconde. 

Certains  poisons  modifient  les  caractères  de  la  secousse  d’une  manière 
tellement  caractéristique,  que,  dit  Marey,  on  pourrait  déceler,  d’après  la 
forme  qu’ils  donnent  au  tracé,  les  moindres  traces  de  ces  poisons  intro¬ 
duites  dans  la  circulation  de  l’animal. 

C.  Du  tétanos  physiologique.  —  Nous  l’avons  dit  (p.  223),  la  secousse  mus¬ 
culaire  est  le  phénomène  élémentaire  de  la  contraction  ;  en  effet,  si  au  lieu 
de  faire  arriver  au  muscle  des  excitations  brusques,  courtes  et  isolées,  on 
fait  en  sorte  que  ces  excitations  se  succèdent  rapidement,  on  voit  sur  le 
graphique  qu’une  nouvelle  secousse  commence  avant  que  la  ligne  de  des¬ 
cente  de  ta  précédente  se  soit  achevée  (fig.  29,  c,  d,  c",  d");  bien  plus,  si 
la  succession  des  excitations  est  assez  rapide,  on  voit  le  raccourcissement 
correspondant  à  la  deuxième  excitation  s’ajouter  à  celui  de  la  première 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


secousse,  de  sorte  que  le  raccourcissement  total  est  plus  considérable,  en 
même  temps  que  le  muscle  reste  raccourci  d’une  manière  durable.  En  effet, 
les  ondulations  qui  traduisent  les  secousses  deviennent  de  plus  en  plus 
petites  (fig.  30)  et  finissent  par  former  une  ligne  droite  qui  se  produit  tout 
le  temps  que  les  e.xcitations  se  succèdent  avec  la  rapidité  voulue  (toute 
réserve  faite  relativement  aux  phénomènes  de  fatigue  dont  nous  parlerons 
bientôt).  Le  muscle  est  alors  en  contraction;  mais,  on  le  voit,  cette  con¬ 
traction  résulte  d’une  série  de  secousses  fusionnées;  c’est  là  ce  qu’on  a 
appelé  le  tétanos  physiologique  (Marey). 

Pour  amener  le  tétanos  physiologique,  il  faut  au  moins  quinze  excita¬ 
tions  par  seconde  pour  un  muscle  de  grenouille,  et  trente  pour  les  muscles 
de  l’homme. 

On  conçoit  facilement  que  plus  les  secousses  d’un  muscle  présentent  de 


Fig.  30.  —  Graphique  du  tétanos  musculaire. 


durée,  moins  il  faudra  d’excitations  par  seconde  pour  en  amener  la  fusion, 
et  vice  versa.  Ainsi,  la  fatigue  d’un  muscle  rend  plus  facile  la  fusion  des 
secousses,  mais  rend  en  même  temps  la  contraction  (tétanos)  moins  éner¬ 
gique.  De  même,  trois  excitations  par  seconde  suffisent  pour  amener  le 
tétanos  des  muscles  de  la  tortue  ;  mais,  par  contre,  il  en  faut  plus  de 
soixante-dix  pour  un  muscle  d’oiseau  (Marey). 

Ce  tétanos  physiologique  obtenu  par  des  excitations  expérimentales  peut-il 
être  identifié  à  la  contraction  telle  qu’elle  se  produit  sur  l’animal  vivant, 
sous  rftifluence  du  système  nerveux  (mouvements  volontaires  ou  réflexes)? 
Tout  permet  de  le  croire  :  en  effet,  si  l’on  ausculte  un  muscle  contracté,  le 
biceps  par  exemple,  on  entend  un  bruit  sourd  qui  ressemble  au  roulement 
lointain  des  voitures  sur  le  pavé.  Ce  bruit  ou  son  musculaire  présente  une 
hauteur  qui  correspond  à  environ  trente  vibrations  par  seconde  (Haughton, 
Collongues,  Kônig),  c’est-à-dire  précisément  au  nombre  de  secousses  né¬ 
cessaires  pour  amener  le  tétanos  physiologique  du  muscle  chez  l’homme. 
On  admet  donc  que  le  son  musculaire  est  la  manifestation  de  la  série  de 
secousses  qui  se  fusionnent  pour  produire  la  contraction.  En  effet,  si  l’on 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STKIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


229 


augmente  l’énei’gie  de  cette  contraction,  c’est-à-dire  le  nombre  des  secousses 
composantes,  on  augmente  l’acuité  du  son  musculaire,  c’est-à-dire  le 
nombre  des  vibrations  qui  le  produisent.  C’est  ce  qu’on  vérifie  facilement 
en  écoutant  sur  soi-même,  au  milieu  d’un  profond  silence,  le  bruit  du 
muscle  masséter  plus  ou  moins  énergiquement  contracté  :  le  bruit  du  mas- 
séter  peut  ainsi  s’élever  d’une  quinte  (Marey). 

D.  Théorie  de  la  contraction  musculaire.  —  La  contraction  musculaire  se 
compose  de  secousses  ;  la  théorie  de  la  contraction  se  réduit  donc  à  déter¬ 
miner  quel  est  le  mécanisme  intime  de  la  secousse.  Ce  mécanisme  paraît 
aujourd’hui  assez  bien  précisé  par  la  théoriedite  de  l’ onde  musculaire  (émise 
d’abord  par  Aeby,  adoptée  et  confirmée  par  Marey). 

Lorsqu’on  examine  au  microscope  des  parties  d’animaux  transparents, 
dans  lesquelles  se  trouvent  des  fibres  musculaires,  on  voit,  en  effet,  ces 
fibres,  lorsqu’elles  produisent  des  mouvements,  présenter  un  gonflement 
ondulatoire;  c’est  ainsi  que  sur  la  patte  d’une  araignée  on  constate,  à  tra¬ 
vers  la  mince  carapace  chitineuse,  que  la  contraction  des  fibres  muscu¬ 
laires  se  montre  sous  forme  d’un  épaississement  local,  qui  progi’esse  comme 
une  vague,  une  onde,  et  cette  progression  est  d’autant  olus  lente,  plus  fa¬ 
cile  à  suivre,  que,  la  patte  étant  ^  détachée  de  l’animal,  les  muscles  sont 
près  de  perdre  leurs  propriétés.  L’onde  ainsi  observée  est-elle  un  phénomène 
d’agonie,  sans  rapport  avec  le  mécanisme  normal  de  la  secousse,  ou  bien 
nous  représente-t-elle  ce  que  nous  poui’rions  appeler  la  forme  anatomique 
de  la  secousse? 

Cette  dernière  interprétation  paraît  être  la  plus  exacte.  C’est  ce  qu’a  dé¬ 
montré  Marey  en  étudiant  la  secousse,  sous  la  forme  de  gonflement  trans¬ 
versal  du  muscle  (pag.  226),  au  moyen  des  pinces  myographiques.  Lafig.  31 
montre  une  disposition  expérimentale  qui  permet  de  faire  cette  étude.  Le 
gonflement  du  muscle  placé  sur  une.  gouttière  soulèvera  deux  petits  leviers 
qui  vont  inscrire  leur  tracé  indépendamment  l’un  de  l’autre  sur  un  cylin¬ 
dre  tournant.  Supposons  qu’on  excite  électriquement  le  muscle  au  niveau 
du  premier  levier,  on  voit  celui-ci  donner  le  signal  du  gonflement  du  mus¬ 
cle  en  ce  point  ;  mais  le  second  levier  ne  donne  son  signal  propre  qu’une 
fraction  de  temps  plus  tard  ;  c’est  que  ce  gonflement  étant  bien  réellement 
une  onde  (gonflement  local)  qui  se  propage  le  long  des  fibres,  le  second 
levier  ne  peut  donner  son  signal  que  lorsque  l’onde  est  arrivée  jusqu’à  lui. 
D’après  le  retard  du  second  soulèvement  sur  le  premier  (fig.  32),  on  peut 
évaluer,  en  connaissant  la  vitesse  de  rotation  du  cylindre,  le  temps  que  met 
l’onde  musculaire  à  parcourir  un  certain  trajet.  On  voit  ainsi  que  la  vitesse 
de  propagation  de  l’onde  musculaire  est  d’environ  1  à  3  mètres  par  seconde. 
Mais,  d’après  Marey,  les  influences  qui  modifient  l’intensité  et  la  durée  de 
la  secousse  musculaire  modifient  également  l’intensité  et  la  vitesse  de  pro¬ 
pagation  de  l’onde  musculaire  ;  le  transport  de  l’onde  est  ralenti  par  le 
froid.  Ajoutons  encore  que,  d’après  Aeby,  si  au  lieu  d’exciter  le  muscle  au 
niveau  de  l’une  de  ses  extrémités,  on  l’excite  dans  toute  sa  longueur  en 
mettant  chacune  de  ses  extrémités  en  rapport  avec  l’un  des  fils  du  courant 
excitateur,  ou  bien  si  l’on  excite  le  nerf  moteur  du  muscle,  les  deux  réactions 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


(soulèvements)  données  par  les  deux  leviers  myographiques  (fig.  31)  sont 
exactement  superposées,  c’est-à-dire  synchrones.  C’est  que  sans  doute  dans 
ce  cas  la  fibre  musculaire  se  raccourcit  dans  tous  les  points  à  la  fois  ;  ou 
bien  encore  que,  dans  le  cas  d’excitation  par  le  nerf,  les  ondes  qui  partent 
des  points  multiples  où  les  nerfs  atteignent  les  fibres  contractiles  (plaques 


motrices)  prenant  leur  origine  à  des  niveaux  très-divers,  se  mêlent  et 
confondent  leurs  effets,  que  les  leviers  ne  sauraient  plus  accuser  distincte¬ 
ment;  aussi  l’expérience  sus-indiquée  de  Marey  doit-elle  être  pratiquée  sur 
un  muscle  dont  le  nerf  est  devenu  naturellement  inexcitable  ou  a  été  em¬ 
poisonné  par  le  curare. 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  231 

Le  fait  de  l’existence  de  l’onde  musculaire  nous  explique  le  pliénomène 
eonnu  sous  le  nom  de  contraction  idio -musculaire,  et  que  l’on  observe 
dans  les  muscles  striés  d’un  sujet  mort  depuis  quelques  heures  :  si  l’on  frappe 
vivement,  avec  le  dos  d’un  couteau,  le  biceps  par  exemple,  on  voit  se  for¬ 
mer  un  gonflement  très-accentué  sur  toute  la  ligne  transversale  selon  la¬ 
quelle  l’instrument  a  frappé  le  muscle;  mais  ce  gonflement  ne  progresse 
pas  le  long  du  muscle,  il  persiste  plus  ou  moins  longtemps  dans  le  point 
où  il  s’est  formé.  Nous  avons  eu  occasion  de  constater  ce  phénomène  sur 
presque  tous  les  muscles  d’un  supplicié,  plus  de  8  heures  après  la  mort. 
Cette  contraction  idio-musculaire  nous^représente  une  onde  ou  plutôt  une 
série  d’ondes,  qui,  dans  le  muscle  encore  faiblement  excitable,  peuvent 
prendre  naissance  au  point  excité,  mais  ne  peuvent  plus  progresser  le  long 
des  fibres.  Et  nous  avons  vu,  en  effet  (pag.  229),  que  sur  les  muscles  d’in¬ 
sectes  l’onde  observée  au  microscope  se  propageait  d’autant  plus  lentement 
que  la  fibre  était  plus  près  du  moment  où  elle  allait  perdre  entièrement 
son  excitabilité. 

Quant  au  mode  de  formation  de  l’onde  musculaire,  nous  ne  connaissons 


Fig.  32.  —  Graphique  de  la  propagation  de  Fonde  musculaire. 


à  ce  sujet  que  le  fait  de  tassement  des  stries  musculaires  au  niveau  du  point 
gonflé  ;  ily  a  comme  une  condensation  longitudinale  du  muscle  en  ce  point, 
mais  la  striation  n’en  subsiste  pas  moins  ;  c’est  ce  que  semblent  montrer  les 
ingénieuses  expériences  de  Ranvier  sur  le  spectre  musculaire.  Un  ou  deux 
faisceaux  musculaires,  pris  sur  un  animal  immédiatement  après  la  mort  et 
placés  entre  deux  plaques  de  verre,  produisent,  lorsque  l’on  observe  au 
travers  de  cette  préparation  une  fente  lumineuse,  des  spectres  disposés 
symétriquement  de  chaque  côté  de  cette  fente.  Ainsi  la  fibre  musculaire  se 
comporte  pour  la  lumière  comme  fait  un  réseau  (voy.  les  traités  de  physi¬ 
que),  et  cette  propriété  est  due  à  un  véritable  réseau,  c’est-à-dire  à  la  stria¬ 
tion  transversale  du  muscle.  Or,  si  l’on  observe  le  spectre  obtenu  avec  des 
fibres  musculaires  vivantes,  on  constate  que  lorsque  ces  fibres  sont  en  té¬ 
tanos  physiologique,  les  spectres  se  produisent  encore,  seulement  ils  sont 
plus  étendus  et  plus  éloignés  de  la  fente.  Or,  on  sait  en  physique  que  plus 
les  stries  sont  nombreuses  dans  une  longueur  donnée  d’un  réseau,  plus  le 
spectre  produit  est  étendu.  Il  en  faut  donc  conclure  que  la  striation  trans¬ 
versale  existe  dans  toutes  les  phases  physiologiques  des  muscles,  mais  que 
ces  stries  sont  plus  serrées  pendant  la  contraction. 


232  MUSCLE.  —  muscles  striés.  —  physiologie. 

Nous  avons  déjà  brièvement  énoncé,  en  étudiant  l’histclogie  du  muscle 
strié,  les  différentes  hypothèses  par  lesquelles  on  a  voulu  expliquer  la  pro¬ 
duction  de  cet  état  plus  serré  des  stries  du  muscle  contracté  (voy.  pag.  213), 
c’est-à-dire,  en  admettant  ces  hypothèses,  le  tassement  longitudinal  des 
sareous  éléments  dans  une  certaine  étendue  ou  dans  la  totalité  de  la  fibre. 
Nous  ne  reviendrons  pas  sur  cette  étude  ;  mais  nous  devons  rappeler  ici 
une  théorie  qui  a  eu  un  grand  retentissement  au  point  de  vue  physiologi¬ 
que,  nous  vouions  parler  de  la  spirale  musculaire  de  Rouget,  hypothèse 
qui  se  trouverait,  aussi  bien  que  celle  des  sareous  éléments,  d’accord  avec 
les  expériences  du  spectre  musculaire  que  nous  venons  d’indiquer. 

Selon  Rouget,  la  fibrille  musculaire,  d’après  les  études  faites  sur  le  pédi¬ 
cule  contractile  des  vorticelles,  serait  un  vrai  ressort  en  spirale  (voy.  ci- 
dessus  pag.  212)  qui,  activement  distendu  pendant  l’état  de  repos  du  muscle, 
reviendrait  passivement  sur  lui-même  dans  le  phénomène  de  contraction. 
Le  style  des  vorticelles  nous  montre  en  effet  le  principal  organe  de  la  loco¬ 
motion  d’un  animal  constitué  par  une  fibrille  musculaire  unique,  libre  dans 
un  canal,  au  centre  d’une  gaine  d’une  transparence  parfaite,  qui  permet  de 
voir  avec  la  plus  grande  netteté  tous  les  changements  que  l’élément  con¬ 
tractile  éprouve  pendant  les  états  d’activité  ou  de  repos,  d’allongement  ou 
de  contraction.  Quand  l’animal  est  tranquille,  le  style  est  au  maximum 
d’allongement  et  le  corps  aussi  éloigné  que  possible  du  point  d’attache. 
Dans  cet  état,  le  filament  central  du  style,  la  fibrille  contractile,  est  com¬ 
plètement  étendu  ;  elle  n’est  jamais  droite  cependant,  mais  présente  cons¬ 
tamment  une  torsion  en  spirale  très-allongée,  comme  un  ruban  tordu  au¬ 
tour  de  son  axe  longitudinal.  Aussitôt  qu’un  excitant  mécanique,  électrique, 
thermique,  etc.,  atteint  l’animal,  cette  spirale  allongée,  revenant  sur  elle- 
même,  se  transforme  presque  instantanément  en  un  ressort  en  hélice  d’une 
régularité  parfaite,  à  tours  très-rapprochés,  qui  ne  mesurent  plus  guère 
que  le  cinquième  de  la  longueur  du  style  au  repos  et  dont  le  diamètre 
transversal  s’est  accru  proportionnellement.  Le  raccourcissement  et  l’al¬ 
longement  de  l’organe  contractile  sont  dus  ici  manifestement  au  rappro¬ 
chement  et  à  l’écartement  des  tours  d’un  ressort  en  hélice.  Mais,  dit  Rouget, 
auquel  de  ces  deux  états  se  rapporte  la  mise  enjeu  de  l’élasticité?  Quel  est 
celui  qui  nous  montre  le  ressort  musculaire  revenu  à  sa  forme  naturelle,  à 
son  état  de  repos  ?  L’observation  établit  d’abord  ce  fait  important  :  c’est  que 
le  filament  spiral  n’apparaît  jamais  dans  l’allongement  extrême  que  lorsque 
l’animal  est  vivant  et  sans  lésions.  Dès  que  l’animal  est  tué,  les  tours  de 
l’hélice  se  roulent  en  vrille  et  persistent  définitivement  dans  cet  état  ;  c’est 
ce  qu’on  observe  en  faisant  agir  sur  l’animal  un  agent  toxique  ou  une  tem¬ 
pérature  de  45°.  L’allongement  de  la  fibrille  spirale,  organe  du  mouvement 
musculaire  chez  la  vorticelle,  est  donc  lié  à  l’état  de  vie,  c’est-à-dire  à  la 
continuité  de  la  nutrition  et  de  l’échange  de  matières.  Dès  l’instant  où  la 
vie  est  supprimée,  l’élément  contractile  prend  et  conserve  la  forme  natu¬ 
relle  inhérente  à  sa  structure,  celle  d’un  ressort  en  hélice  dont  les  tours 
sont  au  maximum  de  rapprochement.  C’est  ainsi  que  Rouget  arrive  à  cette 
conciusion  que  la  tendance  vers  un  état  de  contraction  extrême  est  une 


MUSCLE.  —  MÜSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  233 

propriété  inhérente  à  la  fibre  musculaire,  une  conséquence  nécessaii’e 
de  sa  structure  et  de  son  élasticité.  Pendant  la  vie,  dit-il,  cette  ten¬ 
dance  au  raccourcissement  est  combattue  par  une  cause  d’extension  qui 
prédomine  pendant  le  repos  du  muscle,  se  développe  dans  l’échange  des 
.matériaux  de  nutrition,  augmente  avec  l’activité  de  leur  apport,  et  peut 
être  momentanément  suspendue  par  tous  les  agents  que  l’on  nomme  exci¬ 
tants  de  la  contractilité  musculaire  (action  nerveuse,  choc,  électricité,  etc.). 
En  un  mot,  la  contraction  se  produirait  au  moment  où  l’équilibre  entre  les 
deux  tendances  opposées  (raccourcissement  et  élongation)  est  rompu  par 
la  suppression  de  la  cause  d’extension.  Le  mouvement  qui  cesse  de  pro¬ 
duire  le  travail  d’extension  musculaire,  au  moment  de  la  contraction,  se 
manifeste  sous  forme  d’élévation  de  température. 

E.  Durée  possible  de  l’état  de  contraction.  —  Il  est  dès  maintenant  faeile, 
connaissant  les  phénomènes  complexes  qui  se  passent  dans  le  muscle  à 
l’état  de  contraction ,  de  comprendre  que  cet  état  ne  peut  avoir  qu’  une  durée 
limitée  ;  ce  fait  deviendra  bien  plus  évident  lorsque  nous  aurons  indiqué 
l’intensité  des  phénomènes  chimiques  de  nutrition  dont  le  muscle  contracté 
est  le  siège  ;  mais  notons  dès  maintenant  les  résultats  fournis  par  l’expé¬ 
rience  relativement  à  la  durée  possible  de  la  contraction.  Cette  durée  est 
très-limitée  ;  il  est  facile  de  constater  qu’on  ne  peut  tenir  les  membres  su¬ 
périeurs  étendus  horizontalement  plus  de  dix-neuf  minutes  (Gaillard,  de 
Poitiers)  ;  le  sujet  le  plus  vigoureux  ne  saurait  rester  plus  de  trente  minu¬ 
tes  debout,  élevé  sur  la  pointe  des  pieds  par  la  contraction  des  gastro-cné- 
miens.  Liégeois  fait  justement  observer  que  cette  donnée,  si  vulgaire  qu’elle 
soit,  a  son  importance  pour  le  médecin,  carelle  lui  permettra  de  reconnaître 
si  une  déviation  des  membres  est  réelle  ou  simulée  ;  dans  ce  dernier  cas, 
elle  ne  pourra  persister  d’une  manière  permanente  au  delà  de  trente-trois 
minutes. 

F.  De  la  tonicité  musculaire.  —  Nous  avons  étudié  l’état  du  muscle  con¬ 
tracté  par  opposition  à  l’état  du  muscle  en  repos  ;  mais  nous  devons  dire 
dès  maintenant  que  l’état  de  relâchement  complet,  tel  qu’on  le  constate 
dans  le  muscle  dont  on  a  sectionné  le  nerf  moteur,  n’est  pas  représenté 
dans  l’organisme  vivant  par  les  muscles  dits  à  l’état  de  repos.  Ces  muscles, 
malgré  l’apparence  complète  de  non  contraction,  sont  dans  un  état  parti¬ 
culier  de  tension  qui  a  reçu  le  nom  de  tonicité.  Si,  en  effet,  le  bras  et  l’avant- 
bras  étant  au  repos,  on  coupe  le  tendon  du  biceps,  on  voit  immédiatement 
ce  muscle  se  raccourcir  d’une  petite  quantité.  On  peut  dire  à  la  rigueur  que 
ce  n’est  là  que  le  résultat  de  l’élasticité  du  muscle  (voy.  plus  loin,  pag.  235) 
mise  en  jeu  par  l’éloignement  de  ses  points  d’insertions;  c’est- à-dire  que 
les  muscles,  sur  le  vivant,  n’auraient  presque  jamais  leur  longueur  natu¬ 
relle  et  qu’ils  seraient  tendus  soit  par  la  contraction  de  leurs  antagonistes, 
soit  par  l’élasticité  même  des  appareils  osseux  et  articulaires,  et  que  la  ré¬ 
traction  du  muscle  sectionné  ne  nous  manifeste,  dans  ces  circonstances, 
que  le  fait  de  la  tension  musculaire.  Cependant  il  est  difficile  d’admettre 
qu’il  n’y  ait  là  que  le  résultat  de  l’élasticité  du  muscle,  car  il  faut  remarquer 
que  ce  phénomène  est  sous  la  dépendance  du  système  nerveux.  La  tonicité 


234  MUSCLE.  —  muscles  striés.  —  physiologie. 

musculaire  doit  être  plutôt  considérée  comme  un  état  de  contraction  très- 
faible  :  quand  on  coupe  les  nerfs  des  muscles  (e.'cpériences  de  Brondgeest), 
on  voit  ceux-ci  devenir  incomparablement  plus  flasques  et  incapables  de 
se  rétracter  lors  de  la  section  de  leur  tendon  ;  en  un  mot,  la  tonicité  a  dis¬ 
paru.  La  tonicité  n’est  donc  pas  une  propriété  propre  du  muscle  ;  c’est  un 
effet  d’innervation;  elle  a  sa  source  dans  le  centre  gris  de  la  moelle.  Mais, 
disons-le  en  passant,  elle  ne  doit  pas  être  considérée  comme  prenant  nais¬ 
sance  dans  la  moelle  elle-même  par  une  sorte  d’automatisme  de  ce  centi’e 
nerveux  ;  il  est  démontré  aujourd’hui  qu’il  faut  chercher  plus  loin  encore 
l’origine  de  la  tonicité  ;  la  tonicité,  comme  la  plupart  des  actes  de  contrac¬ 
tion,  est  de  nature  réflexe  et  implique  par  conséquent  l’intervention  non- 
seulement  des  nerfs  moteurs,  non-seulement  de  la  substance  grise  de  la 
moelle,  mais  encore  celle  des  nerfs  sensibles.  Il  suffit,  comme  l’a  démontré 
Brondgeest,  de  faire  la  section  des  nerfs  sensitifs  provenant  d’une  partie 
dont  les  muscles  sont  en  parfait  état  de  tonicité,  pour  faire  immédiatement 
disparaître  celle-ci.  Ce  qui,  du  reste,  prouve  bien  l’influence  du  système 
nerveux  sur  la  tonicité,  c’est  l’action  du  curare  :  ce  poison  paralyse  les  nerfs 
moteurs  :  or,  si  l’on  empoisonne  un  animal  par  le  curare,  après  avoir  lié 
préalablement  l’artère  d’une  cuisse  (pour  la  préserver  du  toxique),  on  observe 
que  le  muscle  gastro-cnémien  de  la  patte  empoisonnée,  privé  de  son  influx 
nerveux  central  par  le  fait  de  la  paralysie  des  ramifications  nerveuses  péri¬ 
phériques,  est  beaucoup  moins  résistant  au  doigt  que  le  gastro-cnémien 
du  côté  opposé,  et  le  raccourcissement  du  muscle,  après  la  section  du  tendon 
d’Achille,  se  fait  du  côté  paralysé  dans  de  bien  moindres  proportions  que  du 
côté  sain  (Liégeois). 

A  ce  point  de  vue,  la  connaissance  de  la  tonicité  musculaire  est  de  la  plus 
haute  importance  pour  le  médecin;  la  perte  de  la  tonicité,  succédant  à  la 
paralysie  des  nerfs  moteurs,  nous  explique  pourquoi,  dans  les  paralysies 
faciales,  le  côté  paralysé  est  entraîné  du  côté  sain,  même  à  l’état  de  repos 
de  la  physionomie;  pourquoi,  lors  de  la  paralysie  d’un  muscle  de  l’œil,  la 
tonicité  des  autres  muscles  détermine  le  strabisme,  même  en  dehors  de 
toute  activité  musculaire,  etc. 

La  tonicité  des  muscles  est  influencée  par  divers  agents.  Les  effets  de  la 
chaleur  sont  intéressants  à  noter,  car  ils  sont  différents  pour  le  muscle  lisse 
et  pour  le  muscle  strié  :  la  chaleur,  ne  dépassant  que  peu  les  limites  de  la 
température  normale  du  corps,  augmente  l’état  de  tonicité  des  muscles 
striés,  tandis  qu’elle  diminue  celui  des  muscles  lisses  (Samkovy)  ;  c’est 
peut-être  là  un  simple  effet  réflexe,  très-important  à  connaître  pour  com¬ 
prendre  l’influence  delà  chaleur  sur  les  vaso-moteurs,  c’est-à-dire  sur  les 
muscles  des  artérioles. 

Nous  avons  vu  (ci-dessus,  pag.  233)  que  l’état  de  contraction  ne  saurait 
être  maintenu  d’une  manière  permanente  ;  or,  nous  venons  d’admettre  que 
la  tonicité,  qui  est  permanente,  représente  un  léger  degré  de  contraction. 
11  y  a  là  sans  doute  une  contradiction  apparente,  pour  l’explication  de  laquelle 
nous  admettrions  volontiers  l’idée  émise  par  Onimus.  L’activité  permanente 
révélée  par  l’état  de  tonicité  s’expliquerait,  d’après  cet  auteur,  par  des  con- 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


235 


tractions  fibrillaires  atteignant  successivement  et  non  simultanément  les 
divers  faisceaux  des  muscles,  de  sorte  que  les  uns  se  reposeraient  complè¬ 
tement  tandis  que  les  autres  se  contracteraient  faiblement.  Telle  serait  sans 
doute  l’origine  du  frémissement  continu  que  Ton  entend  lorsqu’on  ausculte 
les  muscles  en  l’absence  de  toute  contraction  apparente. 

II.  Propriétés  générales  du  muscle.  —  Nous  entendons,  sous  le  nom 
de  propriétés  générales  du  muscle,  celles  qui,  comme  l’élasticité,  la  nu¬ 
trition,  le  pouvoir  électro-moteur,  etc.,  lui  sont  communes  avec  d’autres 
tissus  oi'ganiques,  mais  présentent  cependant  dans  le  muscle  des  carac¬ 
tères  intéressants  qui  doivent  être  étudiés  comparativement  dans  le  mus¬ 
cle  à  l’état  de  repos  et  dans  le  muscle  en  contraction. 

A.  Elasticité,  extensibilité,  résistance  à  la  pression,  etc.  —  Une  des  pro¬ 
priétés  les  plus  remarquables  du  muscle  est  l’élasticité.  Est-il  besoin  de 
rappeler  que  par  élasticité  on  entend  la  propriété  qu’ont  les  corps  de  se 
laisser  écarter  de  leur  forme  primitive  et  d’y  revenir  dès  que  cesse  d’agir 
la  cause  mécanique  qui  les  défoi’mait.  Selon  que  ce  changement  de  forme 
est  facilement  obtenu,  avec  retour  parfait  vers  la  forme  primitive,  on  dit 
que  l’élasticité  est  parfaite. 

L’élasticité  du  muscle  est  due  en  grande  partie  à  la  présence  du  myo- 
lemme  ;  mais  on  ne  saurait  l’attribuer  uniquement  à  l’existence  de  cette 
membrane  élastique.  Elle  est  due  aussi  au  contenu  de  la  gaîne,  à  la  subs¬ 
tance  musculaire  proprement  dite  ;  ainsi  on  constate  expérimentalement 
que  la  fatigue  musculaire  augmente  l’extensibilité  du  muscle;  les  fibrilles  ne 
sont  donc  pas  étrangères  aux  manifestations  d’élasticité  du  muscle  ;  c’est 
ce  qui  ressortira,  au  surplus,  de  l’étude  de  l’élasticité  faite  sur  le  muscle  en 
repos  ou  en  contraction. 

A  l’état  de  repos,  le  muscle  présente  une  élasticité  parfaite  :  ainsi,  les 
muscles  se  laissent  si  facilement  allonger  que  le  bras,  dépouillé  de  son  en¬ 
veloppe  musculaire  immédiatement  après  la  mort,  n’oscille  pas  plus  faci¬ 
lement  que  quand  les  muscles  étaient  en  place,  ce  qui  prouve  qu’à  l’état 
de  repos  complet  ceux-ci  se  laissaient  facilement  distendre  et  revenaient 
parfaitement  ensuite  à  leur  forme  primitive.  Les  sacs  musculeux  (oreillettes, 
ventricules,  estomac)  se  laissent  si  facilement  distendre,  à  l’état  de  repos, 
par  tout  ce  qui  tend  à  dilater  leur  cavité,  qu’on  ne  peut  comparer  cette  élasticité 
qu’à  celle  d’une  bulle  de  savon.  Mais  notons  avec  soin  que  cette  élasticité 
n’est  pas  une  propriété  purement  physique  du  muscle,  commel’élasticité  des 
ligaments  jaunes  qui  possèdent  cette  propriété  indéfiniment  après  la  mort, 
qui,  l’ayant  perdue  par  dessiccation,  la  reprennent  quand  on  les  laisse  s’im¬ 
biber  d’eau  ;  l’élasticité  du  muscle  dépend  de  la  vie,  de  la  nutrition,  ou  tout 
au  moins  de  la  composition  chimique  du  muscle,  composition  qui  est  im¬ 
médiatement  sous  l’influence  de  la  vie  de  cet  élément  (innervation  et  cir¬ 
culation.  —  Voyez  plus  loin:  rigidité  cadavérique,  pag.  249). 

Le  muscle  contracté,  si  rien  ne  l’empêche  de  réaliser  la  forme  globu¬ 
leuse  qu’il  tend  à  prendre  alors,  est  aussi  mou  et  aussi  élastique  que  dans 
l’état  de  repos.  Si  on  le  palpe  alors,  on  le  trouve  très-mou.  C’est  un  phé¬ 
nomène  que  les  chirurgiens,  par  exemple,  ont  occasion  de  constater, 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STIUÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


lorsqu’api'ès  l’amputation  d’un  membre,  l’amputation  de  la  cuisse,  les  mus¬ 
cles  sectionnés,  pris  de  contractions  tétaniformes,  se  rétractent  vers  la 
racine  du  membre.  Rien  ne  les  empêchant  alors  de  réaliser  complètement 
leur  forme  d’état  actif,  puisqu’ils  n’ont  plus  d’insertions  infériéures,  ils  se 
retirent  vers  la  racine  du  membre  et  y  forment  une  masse  globuleuse, 
molle,  fluctuante.  Il  est  même  des  expériences  qui  montrent  que  le  muscle 
à  l’état  de  contraction  est  plus  extensible  qu’à  l’état  de  repos,  c’est-à-dire 
qu’il  se  laisse  plus  facilement  distendre.  Ces  expériences,  produites  par 
Weber,  méritent  d’être  rapidement  résumées  :  1®  Weber  a  construit,  avec 
des  faisceaux  de  fibres  musculaires,  des  pendules  à  torsion,  et  en  écartant 
l’aiguille  de  sa  position  de  repos,  il  a  remarqué  que  les  oscillations  qui 
succèdent  à  cet  écartement  sont  plus  rapides  avec  un  muscle  à  l’état  de 
repos,  qu’avec  un  muscle  contracté.  En  d’autres  termes,  en  observant  ces 
oscillations  sur  un  pendule  musculaire  que  l’on  met  en  état  de  contrac¬ 
tion,  on  constate  un  ralentissement  qui  indique  une  plus  grande  facilité 
d’élongation,  car  la  rapidité  du  tournoiement  de  l’aiguille  est,  d’après  les 
lois  physiques,  en  raison  de  la  force  d’élasticité  du  fil  employé,  c’est-à-dire 
en  raison  de  sa  résistance  à  l’élongation.  2°  Dans  une  seconde  expérience, 
Weber  a  constaté  qu’un  poids,  suspendu  à  un  muscle  contracté,  lui  fait  subir 
une  élongation  relativement  plus  grande  que  celle  qu’il  subirait  à  l’élat  de 
repos  par  l’action  du  même  poids.  Or,  on  conçoit  facilement  que  plus  le 
poids  employé  sera  grand,  plus  l’élongation  sera  considérable,  et  qu’en 
augmentant  successivement  la  valeur  du  poids  on  arrive  à  donner  au  muscle 
contracté  des  longueurs  égales  et  finalement  supérieures  à  celles  qu’il 
aurait  s’il  était,  à  l’état  de  repos,  tendu  par  ces  mêmes  poids.  Or,  quand  on 
est  arrivé  au  poids  qui  donne  ce  dernier  résultat,  on  constate  un  phéno¬ 
mène  en  apparence  paradoxal  :  c’est  qu’en  chargeant  de  ce  poids  le  muscle 
en  repos,  et  en  le  faisant,  par  une  excitation  quelconque,  entrer  en  con¬ 
traction,  au  lieu  de  le  voir  se  raccourcir,  on  le  voit  au  contraire  s’allonger. 
Ce  fait  d’un  muscle  qui,  chargé  d’un  poids  relativement  considérable,  tra¬ 
duit  sa  contraction  par  un  allongement  et  non  par  un  raccourcissement, 
résulte  tout  simplement  de  ce  que  le  muscle,  en  état  de  contraction,  est 
plus  faiblement  élastique,  c’est-à-dire  moins  résistant  à  l’élongation  que 
dans  l’état  de  repos.  Ces  résultats  expérimentaux,  énoncés  dès  longtemps 
par  Weber,  et  reproduits  par  Hermann,  ont  été  tout  récemment  confirmés 
par  les  nouvelles  recherches  de  G.  Blix. 

Ces  résultats  paraissent  singulièrement  en  désaccord  avec  ce  qu’on  a 
l’habitude  d’observer  sur  un  membre  contracté  sur  le  sujet  vivant.  En  effet, 
tout  le  monde  a  pu  constater  sur  soi-même  que  le  biceps,  par  exemple, 
lorsqu’il  fléchit  l’avant-bras  sur  le  bras,  est  singulièrement  dur  et  paraît 
fort  peu  dépressible,  très-fortement  élastique,  très-résistant  à  l’élongation  ; 
et,  en  présence  de  ces  impressions  que  donne  le  toucher,  on  a  peine  à 
croire  à  la  mollesse  et  à  l’extensibilité  que  nous  venons  d’assigner  au  muscle 
contracté  ;  c’est  que,  vu  leur  disposition  relativement  au  squelette,  les 
muscles  sur  le  vivant  ne  peuvent  presque  jamais  réaliser  la  forme  qu’ils 
tendraient  à  prendre  par  le  fait  de  la  contraction.  Quand,  en  effet,  le  biceps 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


237 


passe  de  la  forme  de  repos  à  la  forme  active,  il  tend  (voy.  p.  222)  à  se  rac¬ 
courcir  de  près  des  5/6  de  sa  longueur;  mais  le  déplacement  qu’il  peut 
faire  subir  aux  os  lui  permet  à  peine  de  se  raccourcir  de  1/6  à  2/6.  Nous 
avons  donc  alors  un  muscle  qui,  dans  sa  forme  active,  est  fortement  vio¬ 
lenté,  étiré,  qui  est,  en  un  mot,  dans  l’état  d’une  bande  de  caoutchouc 
énergiquement  tendue.  Ceci  revient  à  dire  que  la  dureté  du  muscle  contracté 
provient  non  de  l’existence  de  l’état  de  contraction,  mais  de  ce  que  le  rac¬ 
courcissement  inhérent  à  la  contraction  ne  peut  être  entièrement  réalisé 
(à  moins  qu’on  ne  sectionne  l’un  des  tendons  du  muscle). 

L’élasticité  du  muscle  joue,  ainsi  que  l’a  montré  Marey,  un  rôle  impor¬ 
tant  dans  la  mécanique  animale,  car  elle  est  une  condition  d’utilisation 
parfaite  du  travail  produit  par  la  contraction  musculaire.  Marey  a,  en  effet, 
démontré  expérimentalement  que  lorsqu’une  force  vive  agit  sur  un  levier 
par  l’intermédiaire  d’un  corps  non  élastique,  une  grande  partie  de  cette 
force  est  perdue  en  un  choc  (se  transforme  en  chaleur  sans  résultat  utile), 
tandis  que  si  l’intermédiaire  est  un  corps  élastique,  celui-ci,  par  le  fait  de 
son  élasticité,  emmagasine  et  puis  restitue  sous  forme  de  travail  méca¬ 
nique  la  force  qui  se  serait  dépensée  en  choc,  de  telle  sorte  que  l’effet  utile 
est  en  définitive  bien  plus  considérable.  Pour  le  cas  du  muscle,  on  peut  dire 
que  si  ce  tissu  n’était  pas  élastique,  la  force  instantanée  qui  est  produite 
par  chaque  secousse  viendrait  se  briser  en  partie  contre  le  levier  à  mouvoir 
et  se  traduirait  en  partie  par  un  choc  qui  diminuerait  d’autant  le  travail 
utile. 

B.  Pouvoir  électro-moteur.  —  Le  muscle  possède  des  propriétés  électro¬ 
motrices,  c’est-à-dire  qu’il  donne  naissance  à  des  courants  électriques,  dont 
la  direction,  l’intensité  et  les  variations  ont  été  étudiées  avec  soin.  On  trou¬ 
vera,  à  l’article  Électricité  (t.  XII,  p.  485),  une  analyse  complète  de  tout  ce 
qui  est  relatif  au  courant  naturel  du  muscle  à  l’état  de  repos,  à  l’oscillation 
négative,  etc.  (électricité  des  muscles  et  des  nerfs) .  Nous  nous  contente¬ 
rons  donc  de  résumer  ici  très- succinctement  les  faits  les  plus  essentiels, 
afin  de  pouvoir  indiquer  quelle  est  la  valeur  des  phénomènes  électro-mo¬ 
teurs  relativement  à  la  physiologie  du  muscle.  —  1°  Toutes  les  fois  que, 
sur  un  muscle  à  l’état  de  repos,  on  fait  communiquer  les  deux  fils  d’un  gal¬ 
vanomètre,  l’un  avec  la  masse  intérieure  du  muscle  (ou  avec  sa  section 
transversale),  l’autre  avec  la  surface  du  muscle  (ou  avec  sa  section  longitu¬ 
dinale),  on  observe  une  déviation  de  l’aiguille  du  galvanomètre  indiquant 
l’existence  d’un  courant  produit  par  ce  fait  que  la  surface  (ou  section  lon¬ 
gitudinale)  du  muscle  est  positive  par  rapport  au  céntre  ou  à  la  section 
transversale,  laquelle  est  négative.  —  2“  Si,  l’expérience  étant  ainsi  installée, 
on  fait,  par  des  excitations  convenables,  entrer  le  muscle  en  contraction, 
on  observe,  tant  que  le  muscle  est  contracté,  que  l’aiguilie,  précédemment 
déviée,  revient  vers  le  zéro  en  oscillant  au  delà  et  en  deçà  de  lui  (Du  Bois- 
Reymond).  L’état  électro-moteur  du  muscle  a  donc  changé  quand  celui-ci  a 
passé  de  l’état  de  repos  à  l’état  de  contraction  ;  ce  changement  porte  le  nom 
de  variation  négative.  Du  Bois-Reymond,  qui  découvrit  la  variation  néga¬ 
tive,  considéra  ce  phénomène  comme  résultant  de  l’affaiblissement  du  cou- 


238  MUSCLE.  —  muscles  striés.  —  physiologie. 

rant  normal  (électro-iiioteur)  du  muscle  à  l’état  de  repos,  affaiblissement 
qui  permettrait  alors  la  manifestation  d’un  courant  de  sens  contraire,  dû 
aux  polarités  secondaires  du  fil  du  galvanomètre  (polarisation  des  électro¬ 
des.  —  Voy.  la  Physique  médicale  de  Wundt,  trad.  de  Ferd.  Monoyer).  Mat- 
teucci,  au  contraire,  crut  à  une  complète  inversion  du  courant  normal  de 
repos.  L’expérience  a  donné  raison  à  Du  Bois-Reymond,  car,  étant  parvenu 
à  disposer  des  électrodes  qui  ne  présentent  pas  de  polarisation  (zinc  amal¬ 
gamé  plongeant  dans  une  solution  de  sulfate  de  zinc.  —  Régnault),  on  a  pu 
prouver  que  quand  le  muscle  passe  à  la  forme  active,  il  n’y  a  que  suppres¬ 
sion  ou  même  seulement  diminution,  mais  jamais  renversement  du  cou¬ 
rant  normal  du  muscle  à  l’état  de  repos. 

Dans  la  pensée  que  le  pouvoir  électro-moteur  et  sa  variation  négative 
pourraient  donner  la  clef  des  principales  propriétés  du  muscle,  et  notam¬ 
ment  du  passage  de  l’état  de  repos  à  l’état  de  contraction,  on  a  entrepris  à 
ce  sujet  de  nombreuses  études,  et,  après  avoir  précisé  les  conditions  du 
courant,  on  a  cherché  à  les  expliquer  par  une  théorie  dite  des  molécules pé- 
ripolaires  électriques  [Voy.  art.  Électricité,!.  XII,  p.  486).  Nous  n’entrerons 
pas  ici  dans  ces  détails,  pour  les  raisons  énoncées  plus  haut,  et  d’autre  part 
parce  qu’il  nous  semble  démontré  aujourd’hui  que  l’étude  de  ces  courants, 
loin  de  dominer  la  physiologie  du  muscle,  tend  à  ne  nous  les  montrer  que 
comme  les  manifestations  des  phénomènes  chimiques  dont  les  muscles 
sont  le  siège.  Ces  phénomènes  chimiques,  même  pour  un  muscle  non  dé¬ 
nudé,  ne  présentent  pas  la  même  intensité  dans  les  parties  profondes  et  dans 
les  parties  superficielles  de  l’organe.  Lorsque  le  muscle  est  dénudé,  la  diffé¬ 
rence  est  encore  plus  sensible,  et  le  courant  dit  électro-moteur  est  encore 
accru  par  le  fait  de  l’altération  plus  ou  moins  rapide  des  diverses  portions 
(Hermann).  Becquerel  explique  aussi  le  courant  musculaire  par  des  dé¬ 
compositions  chimiques,  et  démontre  que  la  direction  du  courant  tient  à 
Fintensité  de  ces  décompositions,  intensité  différente  pour  les  diverses  cou¬ 
ches,  et  non  à  la  structure  et  aux  propriétés  intimes  du  muscle.  En  effet, 
ayant  réduit  un  muscle  en  bouillie.  Becquerel  a  reconnu  dans  cette  masse 
un  courant  analogue  à  celui  du  muscle  sain  et  entier.  D’autre  part,  ayant 
placé  un  muscle  sain  ou  un  muscle  réduit  en  pâte  dans  un  milieu  d’azote 
ou  d’bydrogène,  il  a  constaté  que,  vers  le  début  de  l’expérience,  le  courant 
avait  encore  la  direction  ordinaire,  mais  qu’il  diminuait  bientôt  rapidement 
et  prenait  finalement  une  direction  en  sens  inverse,  ce  qui  doit  être  attribué 
à  ce  qu’en  ce  moment  il  y  avait  encore  une  certaine  quantité  d’oxygène  au 
centre  de  la  masse  musculaire,  tandis  que  ce  gaz  avait  complètement  dis¬ 
paru  de  la  superficie.  Ajoutons  enfin  que  la  forme  des  morceaux  de  muscle 
mis  en  expérience  pour  constater  le  pouvoir  dit  électro-moteur  exerce  une 
grande  influence  sur  la  direction  du  courant  observé  ;  qu’un  muscle  peut 
présenter  le  courant  électro-moteur,  et  cependant  avoir  perdu  toutes  ses  au¬ 
tres  propriétés  vraiment  caractéristiques  (contractilité)  ;  que  les  poisons  qui 
tuent  le  muscle  laissent  persister  ses  propriétés  électro-motrices  ;  qu’on  a 
pu  observer  des  courants  analogues  en  expérimentant  avec  des  morceaux 
de  tissus  vivants  quelconques,  même  de  végétaux,  par  exemple  avec  des 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


morceaux  de  pulpe  de  pomme  de  terre,  etc.,  etc.  Nous  devons  aussi  signa¬ 
ler  les  recherches  toutes  récentes  d’Hermann  (de  Zurich)  ;  ce  physiologiste 
a  constaté  que  la  force  électro-motrice  du  muscle,  après  section  transver¬ 
sale,  n’apparaît  pas  instantanément,  mais  que  sa  production  exige  un  cer¬ 
tain  temps  (1/300*  de  seconde  environ),  d’où  il  conclut  qu’il  n’existerait 
pas  d’état  électrique  dans  le  muscle  au  repos,  et  que  le  pouvoir  électro-mo- 
teui’  se  développerait  par  l’effet  d’actions  ayant  leur  siège  au  niveau  de  la 
section. 

La  valeur  du  pouvoir  électro-moteur  du  muscle  en  repos  étant  ainsi  ra¬ 
menée  à  sa  juste  signification,  quelle  est  donc  celle  de  V oscillation  négative 
du  muscle  contracté  ?  Elle  est  de  même  ordre,  et  nous  empruntons,  pour 
l’expliquer,  l’ingénieuse  hypothèse  émise  par  Onimus  :  «  La  direction  des 
courants,  dit-il,  dépend  des  différences  de  réactions  chimiques,  le  point  le 
plus  oxydé  étant  négatif  par  rapport  à  celui  qui  l’est  le  moins.  Il  y  aura 
donc  courant  chaque  fols  que,  dans  un  même  tissu,  les  points  en  commu¬ 
nication  avec  le  galvanomètre  présenteront  une  différence  d’activité  chimi¬ 
que.  Au  repos,  certains  points  étant  plus  activement  oxydés  que  d’autres, 
surtout  ceux  qui  sont  exposés  à  l’air,  il  y  aura  un  courant  produit  par  cette 
inégalité  d’oxydation,  courant  différentiel  et  qui  est  proportionne!  à  cette 
relation.  Mais  à  l’état  de  fonctionnement,  les  phénomènes  chimiques  de¬ 
viennent  identiques  dans  toutes  les  parties  du  muscle,  l’oxydation  intime 
du  tissu  s’effectue  en  tous  les  points,  et  comme  le  courant  constaté  pen¬ 
dant  le  repos  n’est  que  le  résultat  d’une  différence  d’oxydation,  il  est  évident 
qu’il  doit  disparaître  du  moment  que  cette  différence  disparaît  elle-même.  » 
(Onimus,  Dict.  EncycL,  art.  Musculaire  (Tissu),  physiologie,  p.  660.) 

G.  Nutrition  :  phénomènes  chimiques.  —  Le  muscle,  à  l’état  de  repos, 
comme  en  contraction,  vit  et  se  nourrit,  c’est-à-dire  que  sa  composition 
chimique,  ou  du  moins  celle  du  liquide  qui  le  baigne,  change  incessam¬ 
ment;  en  un  mot  le  muscle  respire.  Ces  phénomènes  chimiques  présentent 
une  intensité  très-différente  selon  que  le  muscle  est  en  repos  ou  en  con¬ 
traction. 

Le  muscle  en  repos,  même  détaché  du  corps,  tant  quïl  vit  encore,  ab¬ 
sorbe  de  l’oxygène  et  dégage  de  l’acide  carbonique.  Hermann  avait  prétendu 
que  les  phénomènes  d’échange  gazeux  que  présentent  des  morceaux  de 
muscle  séparés  du  corps  de  l’animal  et  placés  au  contact  de  l’air,  sont  des 
phénomènes  de  putréfaction;  mais  P.  Bert  {Leçons  sur  la  respiration)  a 
démontré  que  ce  sont  bien  là  des  phénomènes  de  respiration,  de  combus¬ 
tion  organique,  et  il  a  constaté  des  échanges  respiratoires  analogues,  mais 
moins  intenses,  dans  les  divers  tissus. 

Dans  le  muscle  en  contraction  les  combustions  respiratoires  sont  bien 
plus  actives  :  il  y  a  dégagement  considérable  d’acide  carbonique  ;  il  se  pro¬ 
duit  aussi  de  l’acide  lactique  ou  sarcolactique.  H  en  résulte  que  le  muscle, 
qui  à  l’état  de  repos  présentait  la  réaction  alcaline  du  sérum  sanguin, 
devient  acide  par  l’effet  d’une  contraction  plus  ou  moins  énergique  et  pro¬ 
longée.  L’acide  lactique,  auquel  est  due  l’acidité  du  muscle  actif,  aurait  pour 
oi’igine  le  dédoublement  du  glucose  ou  de  l’inosite  du  tissu  musculaire  ; 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STEIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


mais,  dit  Gautier  {Chimie,  t.  I,  p.  314),  en  présence  de  l’augmentation  de 
chaleur  et  d’acide  carbonique  qui  ont  lieu  en  même  temps,  il  semble  pro¬ 
bable  que  l’inosite  elle-même  dérive  de  matières  plus  complexes  brûlées 
pendant  la  contraction.  Nous  rechercherons  plus  tard,  à  propos  du  travail 
musculaire,  quels  sont,  parmi  les  principes  alimentaires,  ceux  qui  parais¬ 
sent  fournir  plus  spécialement  à  la  combustion  qui  se  produit  dans  le 
muscle  contracté. 

L’état  de  tonicité  étant  intermédiaire  entre  le  repos  et  la  contraction  pro¬ 
prement  dite,  ainsi  que  nous  l’avons  vu  précédemment,  présente,  au  point 
de  vue  de  l’activité  des  phénomènes  respiratoires,  un  degré  plus  prononcé 
que  dans  l’état  de  repos,  et  moins  intense  que  dans  l’état  de  contraction. 

Une  expérience  très-élégante  de  Cl.  Bernard  rend  on  ne  peut  plus  évi¬ 
dentes  les  modifications  des  combustions,  c’est-à-dire  les  variations  des 
quantités  d’oxygène  absorbé  et  d’acide  carbonique  dégagé  dans  les  divers 
états  du  muscle.  Après  avoir  isolé  une  veine  émanant  d’un  muscle,  il  ana¬ 
lyse  le  sang  de  cette  veine  dans  différents  états  du  muscle  et  le  compare  au 
sang  artériel.  Pour  cette  expérience,  le  muscle  droit  antérieur  de  la  cuisse 
présente,  chez  le  chien,  cet  avantage  d’être  suffisamment  isolé  au  point  de 
vue  de  ses  vaisseaux  et  de  ses  nerfs  ;  on  peut  dès  lors  agir  sur  lui  exclu¬ 
sivement,  et  analyser  le  sang  qui  l’a  traversé.  Ces  analyses,  faites  parti¬ 
culièrement  au  point  de  vue  de  la  quantité  d’oxygène  contenu  dans  le  sang 
artériel  et  veineux,  sont  comparables  entre  elles;  elles  sont  faites  parle 
procédé  indiqué  par  Cl.  Bernard  et  qui  consiste  à  déplacer  l’oxygène  par 
l’oxyde  de  carbone;  en  voici  le  tableau  assez  expressif  par  lui-même  : 

Oxygène  pour  100  cc. 


Sang  artériel  du  muscle .  7,31 

Ç  État  de  paralysie  (nerf  coupé)...  '  7,20 

Sang  veineux  du  muscle.  î  État  de  repos  (nerf  intact) .  5,00 

(  État  de  contraction .  4,28 


Il  y  a  donc  bien  une  différence  notable  entre  le  repos  (avec  tonicité)  et 
l’état  de  paralysie  :  la  respiration  élémentaire  est  presque  nulle  dans  le 
muscle  paralysé;  au  contraire,  dans  le  repos  normal,  le  muscle  étant  en 
état  de  tonicité,  la  consommation  d’oxygène  est  presque  du  tiers  de  la 
quantité  totale  contenue  dans  le  sang  artériel  afférent. 

D.  Sensibilité  du  tissu  musculaire.  —  Les  muscles  sont  peu  sensibles, 
c’est-à-dire  que  les  excitants  ordinaires,  tels  que  le  contact,  la  section,  qui 
au  niveau  de  la  peau  donnent  lieu  à  des  sensations  très-nettes  et  doulou¬ 
reuses  suivant  leur  intensité,  ne  produisent  qu’une  sensation  obscure  lors¬ 
qu’ils  agissent  directement  sur  le  muscle  :  ainsi,  dans  les  amputations  la  sec¬ 
tion  des  muscles  n’est  que  peu  ou  pas  douloureuse:  sur  le  muscle  du  cœur 
on  a  pu  constater  (cas  du  jeune  de  Montgomery  observé  par  Harvey  ;  cas  de 
Groux,  de  Hambourg)  que  ce  tissu  ne  donnait  lieu  à  aucune  sensation  nette 
lorsqu’on  lui  faisait  subir  des  attouchements  plus  ou  moins  prolongés. 
Cependant  l’application  de  l’électricité  paraît  donner  lieu  à  des  sensations 
douloureuses  localisées  dans  le  muscle  ;  c’est  ce  qu’a  constaté  Duchenne 


MUSCLE.  —  MUSCLES.  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  241 

(de  Boulogne)  sur  le  muscle  grand  pectoral  mis  à  nu,  chez  une  femme, 
pendant  l’ablation  d’une  tumeur  du  sein. 

Mais  le  muscle  possède  une  sensibilité  particulière,  dite  sens  musculaire, 
grâce  à  laquelle  la  conscience,  les  centres  encéphaliques  apprécient,  lors¬ 
qu’un  muscle  se  contracte,  l’intensité  et  la  rapidité  de  cette  contraction. 
Ch.  Bell  a  le  premier  attiré  l’attention  sur  ce  fait  de  l'existence  d’un  sens 
musculaire  particulier,  étudié  plus  tard  par  Gerdy  sous  le  nom  de  sentiment 
d’activité  musculaire.  On  n’est  pas  encore  fixé  sur  le  mécanisme  et  sur  les 
organes  nerveux  terminaux  qui  sont  le  siège  de  cette  sensation.  Claude 
Bernard  a  du  moins  mis  hors  de  doute  l’existence  de  cette  sensibilité  et 
son  importance  physiologique  :  en  coupant  tous  les  nerfs  cutanés  d’un 
membre,  chez  un  animal,  on  peut  rendre  la  peau  parfaitement  insensible, 
et  cependant  l’animal  marche  alors  encore  assez  bien,  parce  que  la  sensi¬ 
bilité  musculaire  est  conservée;  mais  lorsque,  au  lieu  de  couper  les  nerfs 
cutanés,  on  coupe  les  racines  postérieures  (c’est-à-dire  tous  les  nerfs  sen¬ 
sitifs  des  membres,  nerfs  sensitifs  musculaires  et  autres),  on  voit  que  les 
mouvements  ont  perdu  toute  assurance.  De  même  chez  l’homme,  lorsque 
k' paralysie  de  sensibilité  est  profonde  et  atteint  les  rameaux  sensitifs 
des  muscles,  les  malades  ne  peuvent  faire  agir  leurs  membres  qu’avec  diffi¬ 
culté  et  en  regardant  ces  membres  pour  en  diriger  le  mouvement.  Enfin  il 
est  des  observations  pathologiques  où  l’on  constate  la  paralysie  du  sens 
musculaire  avec  une  netteté  toute  particulière  ;  ainsi  dans  certaines  for¬ 
mes  d’hystérie,  la  malade,  dès  que  ses  yeux  sont  fermés,  n’a  plus  con¬ 
science  de  l’étendue  des  mouvements  qu’elle  peut  faire  exécuter  à  ses 
membres,  de  même  qu’elle  est  incapable  d’apprécier  le  poids  d’un  corps 
qu’on  lui  met  dans  la  main . 

Le  sens  musculaire  nous  permet- en  effet,  à  l’état  normal,  de  juger  de  la 
force  et  de  l’étendue  de  nos  mouvements,  c’est-à-dire  de  l’intensité  des 
contractions  qui  les  produisent  ;  nous  jugeons  de  la  force  de  nos  mouve¬ 
ments,  puisque  nous  distinguons  les  uns  des  autres  les  poids  soulevés 
successivement,  pourvu  qu’ils  diffèrent  au  moins  de  1/17  de  leur  poids 
total  (Weber). 

Cependant  il  faut  avouer  que  l’étude  du  sens  musculaire  présente 
encore  de  grandes  obscurités,  notamment  au  point  de  vue  de  l’inter¬ 
prétation  de  son  siège.  Ainsi,  pour  Wundt,  le  siège  ou  plutôt  le  point 
de  départ  des  sensations  du  mouvement,  c’est-à-dire  de  la  contrac¬ 
tion,  ne  serait  pas  dans  les  muscles  eux-mêmes,  mais  bien  dans  les 
cellules  nerveuses  motrices  (de  la  substance  grise  antérieure  de  l’axe 
spinal),  parce  que,  dit-il ,  nous  n’avons  pas  seulement  la  sensation 
d’un  mouvement  réellement  exécuté,  mais  même  celle  d’un  mouvement 
simplement  voulu;  la  sensation  du  mouvement  paraîtrait  donc  liée  directe¬ 
ment  à  l’innervation  motrice.  J.  Millier,  Ludwig,  Bernstein,  Bernhardt 
pensent  également  que  le  sens  musculaire,  qui  par  suite  serait  mieux 
nommé  conscience  dinnervation  musculaire,  se  réduit  à  la  faculté  d’appré¬ 
cier  exactement  l’intensité  de  l’excitation  qui  part  de  l’encéphale  pour  aller 
provoquer  le  mouvement  voulu.  Déterminant  la  contraction  des  muscles 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  16 


242  MUSLCE.  —  muscles  striés.  —  physiologie. 

par  la  faradisation  à  travers  la  peau,  Bernhardt  a  remarqué  qu’il  devenait 
alors  très-difficile  au  sujet  en  expérience  de  reconnaître  la  différence  des 
poids  qu’on  lui  faisait  ainsi  soulever,  différence  qu’il  appréciait  très-bien 
lorsque  la  contraction  se  faisait  sous  l’influence  de  la  volonté.  Bernhardt 
en  conclut  que  le  sens  de  la  contraction  musculaiie  est  une  fonction 
psychique.  Il  reconnaît  en  même  temps  que  les  impressions  sensitives  nées 
des  parties  molles  et  articulaires  qui  avoisinent  les  muscles  et  les  parties 
mises  en  mouvement,  contribuent  puissamment  à  compléter  la  notion 
fournie  par  les  autres  sources  du  sens  musculaire.  Cette  manière  de  voir 
se  rapproche  de  celle  de  Trousseau,  qui  mettait  en  doute  le  sens  muscu¬ 
laire,  tel  que  l’ont  entendu  Ch.  Bell  et  Duchenne  (de  Boulogne),  et  rappor¬ 
tait  tout  aux  sensations  extrinsèques  aux  muscles,  en  faisant  remarquer 
que,  si  l’on  fait  dans  l’espace  avec  le  bras  des  signaux  quelconques,  il 
semble  que  la  sensation  que  l’on  éprouve  est  rapportée  non  aux  muscles 
mais  aux  articulations  qui  se  meuvent  ;  de  même,  si  on  écarte  les  doigts, 
il  est  bien  difficile  de  trouver  la  notion  sensible  du  mouvement  dans  d’au¬ 
tres  parties  que  dans  la  peau  distendue  des  commissures.  Nous  n’insiste¬ 
rons  pas  ici  sur  cette  interprétation  des  faits  relatifs  à  la  nature  du  sens 
musculaire;  le  lecteur  trouvera  la  théorie  de  Trousseau  développée  par 
lui-même  dans  le  tome  III  de  ce  Dictionnaire  (art.  Ataxie,  t.  III,  p.  777). 

Un  travail  récent  de  Cari  Sachs  {Archives  de  Reichert  et  du  Bois-Reymond, 
1874)  nous  paraît  mettre  aujourd’hui  hors  de  doute  la  sensibilité  propre- 
du  muscle.  Cet  auteur  isole,  chez  la  grenouille,  un  muscle  de  telle  sorte 
qu’il  ne  soit  plus  en  rapport  avec  le  reste  du  corps  que  par  le  nerf  qui 
l’anime.  Dans  ces  circonstances,  en  excitant  à  l’aide  d’un  courant  induit 
le  muscle  ou  le  nerf  qu’il  reçoit,  on  provoque  des  convulsions  générales 
de  nature  réflexe  ;  les  filets  nerveux  compris  dans  le  nerf  du  muscle  ne 
sont  donc  pas  tous  moteurs,  quelques-uns  sont  sensitifs  ou  centripètes. 
Quant  aux  réflexes  que  provoquent,  dans  l’expérience  sus-indiquée,  ces- 
filets  centripètes,  ils  seraient,  d’après  le  même  auteur,  bien  moins  le  fait 
de  l’excitation  directe  (expérimentale)  de  ces  filets,  que  celui  de  leur  exci¬ 
tation  par  l’intermédiaire  de  la  contraction  musculaire  provoquée  (sens 
musculaire).  En  effet,  en  faisant  agir  dans  les  mêmes  circonstances  que- 
précédemment  non  plus  l’électricité,  mais  l’ammoniaque  à  un  degré  de 
dilution  où  cet  agent  est,  comme  on  sait,  un  excitant  du  muscle  et  non 
du  nerf,  Garl  Sachs  observe  que  le  muscle  se  contracte  et  qu’en  même 
temps  des  mouvements  réflexes  se  produisent  dans  tout  le  corps  de  l’ani¬ 
mal.  Ces  réflexes,  dit  l’auteur,  ne  peuvent  être  causés  par  l’action  directe 
de  l’ammoniaque  sur  les  filets  nerveux  sensitifs,  mais  seulement  par  la  con¬ 
traction  que  provoque  l’ammoniaque  et  qui,  à  son  tour,  excite  les  filets 
nerveux  centripètes.  Etudiant  au  microscope  la  terminaison  des  nerfs 
dans  les  muscles  de  la  grenouille,  le  même  auteur  a  été  amené  à  recon¬ 
naître  des  extrémités  nerveuses  qu’il  considère  comme  sensitives  et  qui 
seraient  caractérisées  par  ce  fait  qu’elles  n’arriveraient  pas,  comme  les  ter¬ 
minaisons  motrices,  jusque  dans  l’intérieur  de  la  fibre  musculaire,  mais  for¬ 
meraient  un  réseau  délicat  en  dehors  du  sarcolemme  et  décriraient  des  spires 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


243 


comme  fait  le  lierre  autour  d’un  tronc  d’arbre,  de  telle  sorte  que  la  sensa¬ 
tion  de  la  contraction  musculaire  résulterait  de  la  pression  mécanique  que 
la  fibre  musculaire,  au  moment  de  son  raccourcissement  (épaississement), 
exerce  sur  ce  réseau  nerveux  périphérique. 

III.  Propriétés  spéciales  du  muscle.  —  Nous  rangeons  sous  ce  titre 
les  propriétés  qui  sont  caractéristiques  du  muscle,  et  qu’on  ne  rencontre 
que  dans  ce  tissu.  Il  est  évident  que  les  propriétés  d’élasticité,  de  nutri¬ 
tion,  de  sensibilité,  quoique  communes  au  muscle  et  à  un  grand  nombre 
de  tissus,  présentaient  déjà  dans  le  muscle  des  caractères  particuliers  ;  mais 
ici  nous  allons  rencontrer  dans  le  muscle  des  phénomènes  qui  lui  sont  en¬ 
tièrement  propres  et  qui  méritaient  à  ce  titre  d’être  complètement  sé¬ 
parés  de  ceux  précédemment  décrits.  Nous  étudierons  la  contractilité  mus¬ 
culaire  et  les  diverses  questions  qui  se  rapportent  au  travail  musculaire. 

A.  Contractilité  ou  irritabilité  musculaire.  —  Les  phénomènes  dont 
l’organisme,  vivant  est  le  siège  ont  pour  origine  la  mise  en  jeu  de  proprié¬ 
tés  siégeant  dans  les  éléments  anatomiques,  et  dont  la  manifestation  est 
provoquée  par  des  causes  extérieures  que  l’on  nomme  causes  excitantes  ou 
excitations.  Les  éléments  d’une  glande,  sous  l’influence  d'une  excitation, 
révèlent  leurs  propriétés  spéciales  en  sécrétant  un  produit  variable  avec 
chaque  glande;  le  nerf,  sous  l’influence  d’une  excitation,  révèle  sa  pro¬ 
priété  spéciale,  la  neurilité,  en  donnant  naissance  à  certains  phénomènes 
de  conduction  ou  de  propagation  d’excitation,  au  moyen  desquels  il  va 
réveiller  l’activité  d’autres  éléments  anatomiques  en  connexion  avec  lui. 
Le  muscle  enfin,  sous  l’influence  d’une  excitation,  manifeste  sa  propriété 
caractéristique  en  passant  de  la  forme  de  repos  à  la  forme  de  contraction; 
la  contractilité  nous  représente  donc  l’irritabilité  spéciale  du  muscle. 

Ces  notions,  qui  paraissent  aujourd’hui  si  simples,  n’ont  fait  que  diffi¬ 
cilement  et  seulement  depuis  quelques  siècles  leur  apparition  dans  la 
science.  Les  anciens  ne  voyaient  dans  le  muscle  entrant  en  contraction 
qu’un  appareil  passif  que  venaient  gonfler  les  esprits  animaux  ;  ils  n’avaient 
nulle  notion  des  propriétés  des  tissus,  des  éléments  anatomiques.  Glisson, 
le  premier  (1672),  prononce  le  mot  i" irritabilité,  qu’il  considère  comme 
une  propriété  caractéristique  des  êtres  vivants,  propriété  qui  détermine  les 
mouvements  organiques  et  se  trouve  mise  enjeu  par  des  causes  extérieures 
qu’il  nomme  causes  irritantes.  Haller  reprend  la  théorie  de  l’irritabilité  de 
Glisson,  et  l’étudie  au  point  de  vue  expérimental  ;  seulement  c’est  au  sys¬ 
tème  musculaire  qu’il  applique  spécialement  le  mot  d’irritabilité  ;  s’il  res¬ 
treint  ainsi  la  question,  qui  devait  plus  tard  reprendre  toute  son  étendue 
après  que  Bichat  eût  fondé  l’anatomie  générale,  du  moins  il  en  définit  si 
bien  les  termes^  qu’aujonrd’hui  encore  on  désigne  sous  le  nom  d’irritabi¬ 
lité  hallérienne  la  propriété  caractéristique  du  muscle. 

La  question  de  l’irritabilité  hallérienne  se  réduit  à  ceci  :  les  muscles 
jouissent-ils  par  eux-mêmes  de  la  propriété  d’entrer  en  contraction  sous 
l’influence  d’un  excitant,  ou  bien  ne  doivent-ils  cette  propriété  qu’aux 
nerfs  qui  les  pénètrent  et  se  terminent  en  eux?  Les  preuves  que  donnait 
Haller  à  l’appui  d’une  localisation  dans  le  muscle  lui-même  nous  parais- 


244 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


sent  aujourd’hui  de  bien  peu  de  poids  :  il  faisait  remarquer  le  peu  de  rap¬ 
port  qui  existe  entre  le  volume  des  nerfs  et  la  puissance  contractile  des 
organes  moteurs  la  persistance  des  mouvements  du  cœur  arraché  de  la 
poitrine  était  également  pour  lui  une  preuve  de  l’indépendance  du  muscle 
et  du  nerf.  Aussi,  après  Haller,  a-t-on  longtemps  encore  soutenu  que  le  mus¬ 
cle  n’est  pas  directement  excitable  et  que  tous  les  excitants  appliqués  au 
muscle  n’agissent  sur  lui  que  par  l’intermédiaire  des  terminaisons  ner¬ 
veuses  motrices  qu’il  contient;  mais  aujourd’hui  l’irritabilité  nerveuse  a 
été  mise  hors  de  doute  par  des  procédés  d’analyse  expérimentale  d’une 
parfaite  précision  :  nous  voulons  parler  des  expériences  de  Cl.  Bernard 
avec  le  curare,  et  de  celles  de  Longet  par  la  section  des  nerfs. 

On  trouvera  à  l’article  Curare  (t.  X,  p.  551)  une  histoire  complète  de 
ce  poison  et  des  précieux  moyens  d’analyse  qu’il  a  fournis  à  la  physiologie 
expérimentale.  Contentons-nous  de  rappeler  que  cet  agent  rend  les  nerfs 
moteurs  complètement  incapables  d’action  :  soit  qu’il  agisse  sur  les  nerfs 
eux-mêmes  ou  seulement  sur  leurs  plaques  tei’minales  (Vulpian),  toujours 
est-il  qu’il  rend  les  nerfs  moteurs  incapables  de  transmettre  une  irritation 
aux  muscles.  Cependant,  chez  un  animal  ainsi  empoisonné,  les  muscles 
excités  directement  peuvent  passer  de  la  forme  de  repos  à  la  forme  active. 
(Cl.  Bernard,  Kôlliker).  Les  muscles  sont  donc  bien  excitables  indépen¬ 
damment  de  toute  action  nerveuse. 

Les  expériences  de  Longet  ont  montré  qu’un  nerf  moteur  séparé  (par  sec¬ 
tion)  de  l’axe  cérébro-spinal  perd  au  bout  de  quatre  jours  toute  excitabilité, 
tandis  que  le  muscle  correspondant  demeure  encore  directement  excitable 
plus  de  trois  mois  après  la  section  du  nerf.  Comme  du  reste  les  recherches 
de  Waller,  Krause  et  Vulpian  ont  depuis  lors  montré  qu’à  la  suite  de  la 
section  des  nerfs  leur  bout  périphérique  subit  dans  toute  son  étendue  la 
dégénérescence  granulo-graisseuse,  rien  n’est  plus  légitime  que  les  conclu¬ 
sions  tirées  par  Longet  de  ses  expériences,  à  savoir  que  :  «  Si,  longtemps 
après  l’extinction  de  toute  force  nerveuse  motrice,  la  fibre  charnue  mani¬ 
feste  encore  son  irritabilité  sous  une  influence  même  purement  mécanique, 
la  décharge  d’un  agent  impondérable  partant  des  nerfs  de  mouvement  n’est 
pas  nécessaire  à  la  nianifestation  de  cette  propriété,  et  le  stimulus  spécial 
transmis  par  les  nerfs  de  cette  classe  aux  organes  musculaires  n’est  qu’une 
des  nombreuses  causes  excitatrices  de  leur  irritabilité.  » 

L’irritabilité  étant  bien  une  propriété  du  muscle  lui-même,  il  nous  faut 
passer  rapidement  en  revue  les  agents  qui  la  font  entrer  en  jeu  (excitants 
du  muscle)  et  ceux  qui  la  modifient  (poisons  du  muscle). 

a.  Excitants  du  muscle.  —  Les  agents  qui  peuvent  solliciter  l’irritabilité 
du  muscle  sont  très-nombreux;  ne  sachant  pas  exactement  leur  mode  in¬ 
time  d’action,  on  les  classe  simplement,  comme  du  reste  pour  les  excitants 
des  nerfs,  en  physiques,  chimiques  et  physiologiques. 

Parmi  les  excitants  physiques  ou  mécaniques  il  faut  citer  :  le  choc,  le 
pincement,  la  piqûre,  le  tiraillement,  la  pression  (voy.  ci-dessus  p.  223)  ; 
le  simple  contact  d’un  courant  d'air,  d’un  souffle  effleurant  le  muscle  mis 
à  nu,  produit  le  même  effet,  comme  il  est  donné  tous  les  jours  de  le  con- 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  245 

stater  dans  les  autopsies  d’animaux  récemment  sacrifiés  et  notamment  sur 
le  muscle  cardiaque,  même  réduit  en  fragments.  La  chaleur,  le  froid,  c’est- 
à-dire  un  changement  brusque  de  température  excite  également  la  contrac¬ 
tion  des  muscles  striés  ;  mais  si  la  variation  de  température  est  lente  et  ne 
s’éloigne  pas  beaucoup  de  la  chaleur  normale,  les  muscles  striés  ne  mani¬ 
festent  aucune  réaction,  tandis  que  les  muscles  lisses  {voy.  plus  loin)  se 
contractent.  C’est  ainsi  qu’il  faut  comprendre  les  dénominations  de  muscles 
thermosystaltiques  appliquées  aux  fibres  lisses,  et  de  muscles  athermosystal- 
tiques  appliquées  aux  fibres  striées  ;  c’est  ainsi  que  les  fibres  lisses  du  dartos, 
et  en  générai  celles  de  la  peau,  se  contractent  par  le  contact  d’un  milieu 
froid,  et  notamment  par  l’immersion  dans  l’eau  froide;  c’est  ainsi  que  l’on 
voit  les  parois  intestinales  d’un  animal  sacrifié  et  ouvert,  présenter  des 
mouvements  péristaltiques  très-accentués  soit  par  le  contact  de  l’air  froid, 
soit  par  celui  de  l’eau  chaude.  Il  suffit  d’eau  à  20  degrés  sur  un  animal 
mort  depuis  quelques  instants  et  déjà  refroidi.  —  La  lumière  elle-même 
est  un  excitant  des  muscles,  mais  seulement  des  muscles  lisses  ;  nous  en 
parlerons  plus  loin.  Enfin  l’excitant  physique  le  plus  employé  dans  les 
expériences,  le  plus  utilisé  dans  les  manœuvres  thérapeutiques,  est  l’élec¬ 
tricité.  L’étude  de  cet  excitant  et  de  ses  applications  a  été  faite  précédem¬ 
ment  (art.  ÉLECTRICITÉ,  t.  XII,  p.  490),  d’une  manière  trop  complète  pour 
que  nous  ayons  à  y  revenir  ici. 

Les  excitants  chimiques  des  muscles  sont  très-nombreux  :  presque  tous 
les  agents  chimiques  peuvent  faire  passer  un  muscle  de  l'état  de  repos  à 
l’état  de  contraction  ;  notons  seulement  que  ces  agents  doivent  être  très- 
diiués,  en  général,  et  que  quelques-uns,  par  exemple  l’ammoniaque,  n’ont, 
à  cet  état  de  dilution,  aucune  action  sur  les  nerfs  moteurs  {voy.  ci-dessus, 
p.  242),  nouvelle  preuve  que  l’irritabilité  musculaire  appartient  bien  aux 
muscles  et  non  aux  nerfs.  Du  reste,  l’eau  elle-même  mise  en  contact  avec 
le  muscle,  ou  injectée  dans  les  vaisseaux  du  muscle,  détermine  des 
contractions.  —  Brown-Séquard  attribue  à  l’acide  carbonique  la  propriété 
d’exciter  la  fibre  musculaire,  mais  plus  spécialement  la  fibre  lisse. 

Le  seul  excitant  physiologique,  c’est-à-dire  normal  du  muscle,  c’est 
l’influx  nerveux,  dont  la  source,  les  moyens  de  transmission  et  la  vitesse 
seront  étudiés  à  l’article  nerveux  (Système). 

b.  Agents  qui  modifient  l’excitabilité  du  muscle.  —  Parmi  les  agents  ou 
les  circonstances  qui  influent  sur  l’irritabilité  musculaire,  soit  pour  l’exa¬ 
gérer,  soit  pour  l’affaiblir,  nous  citerons  l’influence  de  la  circulation,  de 
l’innervation,  et  enfin  celle  de  quelques  poisons. 

Un  grand  nombre  de  circonstances  qui  influent  sur  l'irritabilité  muscu¬ 
laire  peuvent  être  regardées  comme  modifiant  la  nutrition  du  muscle  ou 
sa  constitution  chimique.  C’est  ainsi  que  paraît  agir  le  repos  trop  prolongé, 
car  l’exercice,  amenant  un  échange  plus  actif  entre  le  muscle  et  le  sang,  en¬ 
tretient  la  nutrition  du  muscle  ;  c’est  ainsi  qu’inversement  agit  la  fatigue 
{voy.  plus  loin,  p.  249),  qui  accumule  des  acides  dans  le  muscle  et  lui  fait 
perdre  l’alcalinité  nécessaire  au  maintien  de  ses  propriétés.  Aussi,  l’état  de 
la  circulation  a-t-il  un  retentissement  direct  sur  l’irritabilité  musculaire. 


MUSCLE.  —  MÜSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


1“  h'anémie,  ainsi  que  l’avaient  indiqué  Slénon  et  Astley  Cooper,  ainsi  que 
l’ont  démontré  les  expériences  plus  précises  de  Longet,  l’anémie,  lorsqu’elle 
est  à  peu  près  complète,  abolit  assez  rapidement  la  contractilité  musculaire; 
si  l’artère  iliaque  primitive  d’un  chien  est  oblitérée,  par  une  ligature  (Lon¬ 
get),  ou  bien  par  l’injection  de  particules  fines  qui  vont  faire  embolie  dans 
les  artérioles  (poudre  de  lycopode,  Vulpian),  on  voit  le  membre  correspon¬ 
dant  ne  plus  présenter  de  mouvements  volontaires,  et  si  on  interroge  les 
muscles  par  l’électricité,  on  voit  qu’une  heure  et  demie  après  l’opération 
ils  ont  perdu  leur  irritabilité  (il  suffit  de  quatre  à  cinq  minutes  pour  obtenir 
ce  résultat  chez  le  cochon  d’Inde.  — Liégeois).  2“  h' hyperhémie,  par  contre, 
augmente  l’irritabilité  du  muscle  :  c’est  ce  qu’il  est  facile  d’observer  sur  les 
muscles  d’un  membre  dont  on  a  sectionné  les  nerfs  vaso-moteurs,  de  ma¬ 
nière  à  y  produire  une  hyperhémie  par  dilatation  vasculaire.  C’est  ce  que 
démontre  une  élégante  expérience  de  Liégeois  :  on  fait  sur  une  grenouille 
l’hémisection  du  bulbe  ou  des  tubercules  bijumeaux  ;  en  examinant  ce  qui  se 
passe  alors  du  côté  de  la  langue,  «  on  voit  que  les  vaisseaux  se  dilatent 
d’une  façon  considérable,  tantôt  du  côté  correspondant,  si  l’hémisection  a 
été  faite  sur  le  bulbe,  tantôt  du  côté  opposé,  si  celle-ci  a  été  faite  sur  un  tu¬ 
bercule  bijumeau.  Et,  si  l’on  excite  la  langue  avec  un  agent  mécanique, 
on  constate  que  sa  contractilité  est  notablement  augmentée  du  côté  où  les 
vaisseaux  sont  dilatés  ;  après  chaque  excitation,  il  persiste  même  une  sorte 
de  frémissement  musculaire  qui  dure  un  certain  temps  (Liégois).  » 

Parmi  les  agents  qui  agissent  favorablement  sur  la  contractilité  muscu¬ 
laire,  nous  devons  citer  l’électricité  sous  la  forme  de  courants  continus; 
cette  étude  est  surtout  du  ressort  de  la  théi’apeutique,  car  c’est  presque 
uniquement  en  faisant  usage  de  l’électricité  comme  moyen  de  traitement 
qu’on  a  trouvé  occasion  de  constater  l’influence  des  courants  constants  sur 
le  muscle.  Cependant)  des  expériences  physiologiques  ont  été  entreprises 
dans  ce  sens  :  les  plus  remarquables  sont  dues  à  G.-V.  Poore.  Cet  auteur 
rapporte  plusieurs  observations  qui  semblent  prouver  que  le  passage  d’un 
courant  continu  à  travers  un  muscle  ou  à  travers  le  nerf  qui  s’y  rend,  aug¬ 
mente  l’excitabilité  du  muscle  aux  excitations  volontaires;  ainsi  un  sujet 
tenant  son  bras  écarté  du  corps  à  angle  droit  supporte  un  poids  beaucoup 
plus  longtemps  quand  le  courant  passe  que  quand  il  ne  passe  pas.  Si  l’on 
fait  supporter  le  poids,  sans  faire  passer  le  courant,  pendant  un  temps 
assez  long,  il  arrive  un  moment  où  la  fatigue  est  telle,  que  le  sujet  sent 
qu’il  va  lâcher  le  poids;  on  établit  alors  le  courant  et  l’on  constate  que  la 
sensation  d’impuissance  diminue  aussitôt.  Enfin,  le  sujet  en  expérience 
tenant  entre  ses  mains  un  dynamomètre,  si  on  lui  ordonne  de  serrer  alter¬ 
nativement  quand  le  courant  passe  et  quand  il  ne  passe  pas,  on  constate 
que  la  force  de  contractilité  des  muscles  est  augmentée  par  le  passage  du 
courant  continu.  Cet  elFet  du  courant  continu,  dit  G.-V.  Poore,  semble  du¬ 
rer  quelque  temps  après  sa  cessation  :  les  sujets  en  expérience  affirment 
conserver  un  sentiment  de  force  pendant  près  d’une  heure. 

Les  lésions  des  nerfs  et  surtout  des  centres  nerveux  exercent  également 
une  grande  influence  sur  la  contractilité  du  muscle;  mais  la  diminution  ou 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  247 

l’abolition  de  la  contractilité  sont  alors  produits  par  des  lésions  musculai¬ 
res,  des  dégénérescences,  que  les  anatomo-pathologistes  ont  étudiées  avec 
soin.  Cette  question  sera  traitée  dans  la  division  de  cet  article  réservée  à  la 
physiologie  pathologique  du  muscle.  Nous  nous  contenterons  de  résumer 
ici  les  l’echerches  récentes  de  Vulpian  sur  les  modifications  des  propriétés 
des  muscles  sous  l’influence  des  lésions  de  leurs  nerfs.  Ces  recherches  ont 
montré  que  des  distinctions  trop  subtiles  et  nullement  fondées  avaient  été 
•établies  par  quelques  auteurs  relativement  à  la  manière  d’agir  de  certains 
excitants,  et  notamment  de  l’électricité,  sur  les  muscles  dont  les  nerfs 
avaient  été  coupés  ;  c’est  en  effet  la  solution  de  continuité;  qui,  parmi  toutes 
les  formes  de  lésions  des  nerfs,  porte  la  plus  grave  atteinte  aux  propriétés 
des  muscles.  Dans  ces  circonstances,  Vulpian  a  vu  la  contractilité  des  mus¬ 
cles  animés  par  les  nerfs  lésés  diminuer  rapidement,  comme  l’avaient  con¬ 
staté  tous  les  observateurs  ;  mais  cette  diminution  se  fait  graduellement  et 
■demande  plusieurs  mois  pour  que  le  muscle  devienne  tout  à  fait  inexcita- 
We  aux  courants  faradiques;  De  plus,  Vulpian  n’a  pas  constaté  que,  comme 
l’avait  prétendu  Erb,  les  muscles  deviennent  plus  sensibles  à  l’action  des 
courants  continus  à  mesure  que  l’action  des  courants  interrompus  s’affai¬ 
blit.  Il  n’a  pas  non  plus  constaté  cette  singulière  modification  signalée  par 
le  même  auteur,  à  savoir  qu’ après  la  lésion  des  nerfs  musculaires  le  pôle 
positif  agirait  plus  énergiquement  sur  les  muscles  correspondants,  tandis 
que  sur  les  muscles  sains  c’est  le  pôle  négatif  qui  produit  toujours  l’exci¬ 
tation  la  plus  vive  {voy.  art.  Électricité,  t.  XII). 

Quant  aux  poisons  musculaires,  nous  croyons  qu’on  en  a  singulièrement 
exagéré  le  nombre.  Dans  un  travail  expérimental  encore  inédit,  mais  dont 
il  a  bien  voulu  nous  communiquer  les  résultats,  Laborde  démontre  que 
les  sels  minéraux  auxquels  on  a  si  facilement  accordé  le  titre  de  poisons 
musculaires,  n’agissent  en  général  sur  les  muscles  que  par  un  contact 
direct,  amenant  des  modifications  histologiques  qui  leur  feraient  mériter  le 
nom  de  destructeurs  organiques  bien  plutôt  que  celui  de  poisons  propre¬ 
ment  dits  ;  que  penser  en  effet  des  sels  de  zinc,  de  cuivre,  de  mercure,  qui, 
de  l’aveu  de  tous  les  expérimentateurs,  agissent  en  coagulant  les  principes 
immédiats  ?  Quant  aux  sels  de  potasse,  et  en  particulier  au  sulfo-cyanure 
■de  potassium,  pris  comme  type  classique  des  poisons  musculaires  miné¬ 
raux,  Lahorde,  dans  le  travail  auquel  nous  avons  emprunté  les  indica¬ 
tions  suivantes,  a  montré  que  lorsque  ce  sel  pénètre  lentement  et  graduel¬ 
lement  dans  l’organisme  (par  exemple,  par  absorption  au  niveau  de  la 
membrane  interdigitale  de  la  grenouille),  il  tue  l’animal  en  agissant  sur  le 
«ystème  nerveux  bien  avant  de  porter  son  action  sur  l’appareil  musculaire, 
qui  est  encore  directement  excitable  après  que  tous  les  mouvements  vo¬ 
lontaires  ont  disparu.  Nous,  laisserons  donc  ici  de  côté  les  prétendus  poi¬ 
sons  musculaires  minéraux,  et  ne  parlerons  que  des  alcaloïdes  végétaux, 
parmi  lesquels  on  connaît  aujourd’hui  de  véritables  poisons  musculaires. 

Ces  poisons  se  divisent  naturellement  en  deux  grandes  classes  ;  ceux  qui 
augmentent  l’irritabilité  musculaire,  ceux  qui  la  diminuent  ou  la  détrui¬ 
sent. 


248 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


La.  vératrine  est  le  type  des  poisons  qui  rendent  les  muscles  plus  sensi¬ 
bles  à  l’action  des  excitants.  Les  expériences  de  Prévost  (de  Genève)  ont 
montré  que  cet  alcaloïde  donne  aux  muscles,  au  contact  desquels  il  a  été 
porté  soit  par  la  circulation,  soit  par  une  imbibition  immédiate,  une  irri¬ 
tabilité  telle,  que  toute  excitation  les  fait  entrer  dans  un  état  très-analogue 
au  tétanos.  Si  la  moelle  est  enlevée  à  une  grenouille  que  l’on  empoisonne 
ensuitepar  une  injection  de  vératrine,  les  convulsions  tétaniques  ne  se  pro¬ 
duiront  pas  moins  lorsqu’on  excitera  directement  les  muscles,  ce  qui  dis¬ 
tingue  parfaitement  l’empoisonnement  par  la  vératrine  de  celui  produit 
par  la  strychnine.  Enfin  Prévost  (de  Genève)  injectant  de  la  vératrine  sur  un 
animal  précédemment  empoisonné  par  le  curare,  a  constaté  que,  malgré 
l’anéantissement  des  propriétés  motrices  des  nerfs  (voy.  ci-dessus,  p.  244), 
les  muscles  présentaient  l’exagération  d’irritabilité  caractéristique  de  l’in¬ 
toxication  par  la  vératrine.  —  L'ésérine,  d’après  les  expériences  de  MM. 
Leven  et  Laborde,  doit  prendre  place  à  côté  de  la  vératrine,  car  elle  déter¬ 
mine  un  tremblement  des  muscles  môme  après  leur  séparation  du  corps 
de  l’animal. 

Les  poisons  qui  diminuent  l’irritabilité  musculaire  sont  plus  nombreux  ; 
leur  action  est  mise  en  évidence  par  ce  fait  que,  chez  la  grenouille,  ils  arrê¬ 
tent  le  cœur  alors  même  que  le  bulbe  et  la  moelle  épinière  ont  été  préala¬ 
blement  détruits.  Nous  citerons  en  première  ligne  la  digitaline,  mais  nous 
renverrons  à  l’article  {voy.  Digitale,  t.  XI,  p.  538),  pour  tout  ce  qui  se  rap¬ 
porte  aux  théories  qui  considèrent  ce  poison  comme  agissant  bien  plus  sur 
les  centres  nerveux  que  sur  le  muscle  cardiaque  en  particulier,  nous  bornant 
à  indiquer  ici  que  les  expériences  de  Vulpian  nous  paraissent  largement 
suffisantes  pour  démontrer  que,  du  moins  sur  des  grenouilles,  l’action 
qu’exerce  la  digitaline  sur  le  cœ,ur  est  tout  à  fait  indépendante  du  système 
nerveux  :  ce  physiologiste  a  observé  en  effet  que  sur  des  grenouilles  em¬ 
poisonnées  par  le  curare,  mais  dont  le  cœur  battait  encore,  l’injection  sous- 
cutanée  de  digitaline  arrêtait  bientôt  le  muscle  cardiaque,  absolument 
comme  sur  des  animaux  semblables  dont  le  système  nerveux  était  intact. 
—  Nous  citerons  encore  quelques  poisons  ou  venins  dont  les  peuplades 
sauvages  empoisonnent  leurs  armes,  et  dont  la  physiologie  expérimentale 
a  nettement  déterminé  le  mode  d’action  :  tels  sont  Vupas  antiar  (étudié 
par  Kôlliker  et  Pelikan),  le  corowal,  le  vao,  le  tanghin  (Hammond  et  Mit¬ 
chell),  et  enfin  Linné  (extrait  d’une  plante  delà  famille  des  apocynées), 
dont  les  naturels  du  Gabon  empoisonnent  leurs  flèches,  et  que,  dans  leurs 
récentes  études,  Polaillon  et  Carville  ont  classé  parmi  les  agents  qui 
détruisent  l’ii’ritabilité  musculaire. 

c.  —  L’étude  des  circonstances  qui  modifient  l’excitabilité  du  muscle, 
nous  amène  naturellement  à  parler  ici  de  la  fatigue  musculaire  et  à  rappe¬ 
ler  les  notions  les  plus  importantes  relatives  à  la  rigidité  cadavérique 
{voy.  du  reste,  pour  la  rigidité  cadavéïique,  l’art.  Mort,  t.  XXIII,  p.  61). 

Nous  avons  indiqué  précédemment  (p.  240)  l’intensité  des  phénomènes 
chimiques  qui  se  passent  dans  le  muscle  en  contraction,  et  ce  fait  que  la 
contraction  ne  peut  durer  qu’un  certain  espace  de  temps  :  lorsque  le  mus- 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE.  249 

de,  par  l’effet  d’une  contraction  très-prolongée,  présente  des  secousses 
longues  et  de  peu  d’élévation,  lorsqu’enfiu  il  cesse  d’obéir  aux  excitants,  on 
dit  que  le  muscle  est  fatigué.  Nous  parlons  ici  de  l’état  du  muscle  soumis 
à  l’expérimentation  physiologique,  évitant  de  confondre  ce  qu’on  désigne 
dans  les  vivisections  sous  le  nom  de  fatigue  musculaire  avec  le  sentiment 
de  lassitude  générale  qu’il  nous  est  donné  d’éprouver  après  un  exercice 
long,  pénible  et  inaccoutumé.  On  sait  aujourd’hui  que  la  fatigue  muscur 
laire  expérimentale,  telle  que  nous  venons  de  la  définir  par  les  circonstan¬ 
ces  de  sa  production,  n’a  d’autre  cause  que  l’accumulation  dans  le  muscle 
des  produits  des  combustions  dont  il  est  le  siège,  et  spécialement  que  son 
acidification.  Il  suffit,  en  effet,  d’après  les  expériences  de  J.  Ranke,  d’in¬ 
jecter  dans  un  muscle  en  expérience  une  petite  quantité  de  solution  d’acide 
lactique,  pour  rendre  aussitôt  ce  muscle  fatigué,  c’est-à-dire  inapte  à  sou¬ 
tenir,  sous  l’influence  d’un  même  excitant,  le  poids  qu’il  tenait  précédem¬ 
ment  soulevé.  Inversement,  il  suffit  de  faire  passer  dans  un  muscle  fatigué 
une  injection  alcaline,  par  exemple  du  sérum  sanguin  (ou  simplement 
une  solution  de  sel  marin)  pour  rendre  à  ce  muscle  toute  son  énergie  pri¬ 
mitive,  par  ce  seul  fait  que  l’on  a  enlevé  à  la  fibre  musculaire,  par  cette 
sorte  de  lavage,  l’acide  lactique  et  le  phosphate  acide  de  potasse  :  ces  sub¬ 
stances  paraissent  être,  en  effet,  parmi  les  produits  delà  combustion  muscu¬ 
laire,  celles  qui  causent  le  plus  spécialement  la  fatigue  musculaire.  Ajoutons 
cependant  que,  d’après  les  expériences  récentes  de  H.  Kronecker,  si  le  sang 
est  l’agent  le  plus  propre  à  réparer,  par  son  apport,  le  muscle  fatigué,  ce 
serait  non-seulement  parce  qu’il  enlève  les  produits  de  désassimilation  que 
Je  muscle  a  amassés  en  lui-même  pendant  sa  période  d’activité,  mais  encore 
et  surtout  parce  qu’il  lui  apporte  de  l’oxygène.  Dans  les  expériences  de 
l’auteur  cité,  une  injection  ou  une  circulation  artificielle  avec  une  solution 
de  phosphate  de  soude  n’aurait  produit  qu’un  faible  effet  réparateur,  tout 
en  enlevant  complètement  les  produits  de  désassimilation;  on  aurait  ob¬ 
tenu,  au  contraire,  les  effets  réparateurs  les  plus  nets  en  répétant  les  mê¬ 
mes  expériences  avec  une  solution  (0,05  0/0)  de  permanganate  de  potasse, 
c’est-à-dire  avec  une  solution  d’un  sel  que  l’auteur  considère  comme  capa¬ 
ble  de  céder  son  oxygène  à  V élément  musculaire. 

De  la  fatigue  musculaire  expérimentale  à  la  rigidité  musculaire  cadavéri¬ 
que  la  transition  est  insensible  :  en  effet,  la  rigidité  cadavérique  est  due  à  la 
coagulation  de  la  substance  albumineuse  du  muscle  (myosine)  par  les 
acides  que  le  muscle  a  formés.  Aussi  le  muscle  peut-il  passer  à  la  rigidité 
spontanée  après  une  activité  persistante  qui  produit  un  grand  excès  d’acide. 
Les  acides  minéraux,  la  chaleur  (p.  217),  enfin  tout  ce  qui  coagule  la  myo¬ 
sine,  produisent  ou  hâtent  cette  rigidité,  de  même  qu’inversement  une  in¬ 
jection  de  sérum  ou  de  liquide  alcalin  (Brown-Séquard)  l’empêche  ou  la 
retarde.  L’espèce  de  rétraction  que  présentent  les  muscles  pendant  cette 
t  igidité  est  due  à  ce  que  la  myosine  coagulée  se  rétracte  et  se  solidifie  ; 
aussi  le  muscle  est-il  alors  très-fragile,  et  cet  état  ne  cesse-t-il  que  lorsque 
la  putréfaction  vient  liquéfier  ce  coagulum.  Il  va  sans  dire  qu’alors  le  mus¬ 
cle  est  de  nouveau  alcalin,  vu  la  présence  de  l’ammoniaque  résultant  de  sa 


250  MUSCLE.  —  muscles  striés.  —  physiologie. 

décomposition.  D’après  ces  quelques  données  théoriques,  il  est  facile  de 
comprendre  les  l’ésultats  précis  que  l’observation  a  constatés  relativement 
à  la  rigidité  cadavérique,  et  qui  peuvent  se  résumer  ainsi  ;  La  rigidité  cada¬ 
vérique  se  manifeste  de  dix  minutes  à  sept  heures  après  la  mort.  Elle  dure 
plusieurs  heures  et,  d’une  manière  générale,  d’autant  plus  longtemps  qu’elle 
commence  plus  tard.  Plus  tôt  un  muscle  perd  son  excitabilité,  plus  tôt  arrive 
la  rigidité  cadavérique  ;  c’est  pourquoi  elle  vient  plus  tôt  chez  les  oiseaux 
que  chez  les  mammifèi’es,  plus  tôt  chez  les  mammifères  que  chez  les  ver¬ 
tébrés  à  sang  froid.  Les  muscles  qui  ont  été  fatigués  fortement  avant  la 
mort  perdent  plus  rapidement  leur  excitabilité  et  deviennent  plus  vite  ri¬ 
gides.  Il  est,  en  effet,  d’expérience  vulgaire  que  les  animaux  morts  après 
avoir  été  longtemps  chassés  ou  surmenés,  sont  pris  de  roideur  cadavérique 
presque  aussitôt  après  la  moi’t,  et  qu’alors  la  rigidité  cadavérique  dure  peu. 
On  a  constaté  le  même  phénomène  sur  les  soldats  succombant  après  une 
bataille  acharnée,  et  c’est  ainsi  qu’on  a  pu  observer  des  cadavres  immobi¬ 
lisés  par  la  rigidité  dans  l’attitude  même  de  la  lutte. 

B.  Bu  travail  musculaire.  —  Nous  savons  que  le  muscle  en  contraction 
est  le  siège  de  combustions  actives  (p.  240);  si  rien  ne  s’oppose  à  ce  que 
le  muscle  réalise  facilement  le  raccourcissement  qui  caractérise  sa  forme 
active,  s’il  n’a  pas  de  résistance  à  vaincre  pour  mouvoir  le  levier  osseux 
auquel  il  s’insère,  la  chaleur  produite  par  ces  combustions  se  dégage  sous 
forme  de  chaleur  et  la  température  du  muscle  s’élève  ;  si  au  contraire  le 
muscle  rencontre  une  résistance,  si  son  levier  osseux  soulève  un  poids, 
ou,  d’une  manière  générale,  accomplit  un  travail  mécanique,  la  chaleur 
produite  dans  le  muscle  ne  se  dégage  pas  tout  entière  sous  forme  de  cha¬ 
leur;  elle  est  transformée  en  grande  partie  en  travail  mécanique,  c’est- 
à-dire  qu’elle  est  diminuée,  d’après  la  théorie  de  l’équivalent  mécanique  de 
la  chaleur,  de  425  calories  pour  chaque  Jcilogrammètre  produit  sous  forme 
de  travail  extérieur. 

Le  muscle  est  donc  comparable  à  une  machine  de  nos  industries  mo¬ 
dernes  :  il  transforme  de  la  chaleur  en  travail  mécanique,  comme  le  fait 
une  machine  à  vapeur.  Mais  le  muscle  est  une  machine  plus  parfaite  que 
celles  dont  dispose  l’industrie,  car  le  muscle  transforme  en  travail  utile 
une  bien  plus  grande 'partie  de  la  chaleur  produite  (1/5  au  lieu  de  1/10  que 
donnent  les  meilleures  machines  à  vapeur).  On  trouvera  à  l’article  Chaleur 
{t.  VI,  p.  731)  tout  ce  qui  a  rapport  à  sa  transformation  en  travail  mécanique 
en  vertu  de  la  grande  loi  de'  l’équivalence  des  forces.  Mais  nous  devons  pré¬ 
ciser  ici  quelques  points  qui  se  rapportent  plus  spécialement  à  la  physio¬ 
logie  du  muscle. 

Si  le  travail  musculaire  n’est  que  de  la  chaleur  transformée,  quels  sont 
les  matériaux  comburés  pour  donner  naissance  à  cette  chaleur?  Liebig 
avait  divisé  les'  aliments  en  respiratoires  et  plastiques  :  les  premiers  par 
leur  combustion  produisaient  la  chaleur  animale,  et  comprenaient  lès 
graisses  et  les  sucres,  les  hydi’ocarbures  en  un  mot;  les  seconds,  repré¬ 
sentés  par  les  albuminoïdes,  étaient  destinés  à  réparer  les  tissus,  et  surtout 
les  muscles,  car,  pensait  Liebig,  le  muscle  produirait  son  travail  mécanique 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


251 


en  brûlant  sa  propre  substance  :  les  aliments  albuminoïdes  auraient  donc 
servi  essentiellement  au  travail  musculaire,  en  venant  réparer  les  pertes 
subies  par  le  muscle.  —  Mais  les  nouveaux  travaux  des  physiciens  sur 
l’équivalent  mécanique  de  la  chaleur  portèrent  les  physiologistes  à  mettre 
en  doute  la  théorie  de  Liebig,  qui  établissait  une  distinction  si  tranchée 
entre  les  sources  de  la  chaleur  qui  se  dégage  sous  forme  de  chaleur,  et  de 
la  chaleur  qui  se  transforme  en  travail  mécanique.  D’abord  le  raisonnement 
portait  à  croire  que  le  travail  musculaire,  étant  une  forme  de  la  chaleur, 
devait  ti'ouver  son  origine  dans  les  éléments  dont  la  combustion  est  capa¬ 
ble  de  fournir  le  plus  de  chaleur,  c’est-à-dire  dans  les  graisses  et  les  hydro¬ 
carbures.  —  Bientôt,  en  effet,  Mayer  démontrait  par  un  calcul  fort  simple 
que,  s’il  était  vrai  que  le  muscle  brûle  sa  propre  substance  ou  brûle  des 
albuminoïdes  (ce  qui  revient  au  même),  la  chaleur  développée  par  l’oxyda¬ 
tion  de  ces  substances  est  si  peu  considérable,  qu’un  homme  brûlerait  toute 
sa  masse  musculaire  en  quelques  jours  de  travail.  —  La  question  ne  pou¬ 
vait  cependant  recevoir  une  solution  définitive  que  par  l’expérience,  et  par 
la  constatation  directe,  s’il  nous  est  permis  de  nous  exprimer  ainsi.  Cette 
constatation  était  du  reste  assez  simple  ;  on  sait  qup  les  résidus  de  la  com¬ 
bustion  des  albuminoïdes  sont  représentés  essentiellement  par  l’urée  qu’éli¬ 
minent  les  reins  ;  donc,  si  pendant  le  travail  mécanique  il  y  a  beaucoup 
d’albuminoïdes  brûlés,  il  doit  y  avoir,  après  un  long  et  violent  travail  mus¬ 
culaire,  une  notable  augmentation  d’urée  dans  les  urines.  C’est  ce  que 
cherchèrent  Fick  etWislicenus  dans  une  expérience  demeurée  mémorable. 
Les  deux  physiologistes  firent  à  Jeun  l’ascension  d’une  haute  montagne  des 
Alpes  bernoises,  en  ay'ant  soin  de  déterminer  la  quantité  d’urée  éliminée 
par  les  reins  pendant  et  après  l’ascension  :  le  travail  développé  pendant 
cette  ascension  pouvait  être  représenté  pour  l’un  des  expérimentateurs 
par  ISA  287  kilogrammètres  ;  cependant  on  n’observa  aucune  augmentation 
d’urée  pendant  et  après  cet  exercice  musculaire  :  les  muscles  avaient  donc 
brûlé  uniquement  des  hydrocarbures,  et  non  des  albuminoïdes,  pour  don¬ 
ner  naissance  à  la  chaleur  correspondant  au  travail  accompli.  Les  recher¬ 
ches  plus  récentes  de  Voit,  Parkes,  Engelmann,  Hencke  et  F.  Schenk  con¬ 
firment  l’expérience  de  Fick  et  Wislicenus,  car  si  ces  auteurs  ont  constaté 
parfois  une  augmentation  de  l’azote  mis  en  liberté  (sous  forme  d’urée)  dans 
le  mouvement  de  dénutrition  qui  suit  un  exercice  musculaire,  ils  ont  très- 
nettement  observé  qu’il  n’y  a  aucun  rapport  exact  entre  le  travail  produit 
et  la  quantité  d’urée  excrétée.  —  A  cette  expérience  si  démonstrative  on 
peut  joindre  quelques  considérations  de  physiologie  comparée  :  les  animaux 
herbivores,  c’est-à-dire  qui  se  nourrissent  surtout  d’hydrocarbures,  sont 
capables  de  développer  bien  plus  de  force  que  les  carnivores  (nourris  d’al¬ 
buminoïdes)  ;  aussi  l’homme  n’utilise-t-il  pour  accomplir  un  travail  méca¬ 
nique  considérable  que  des  herbivores  (cheval,  bœuf).  Les  oiseaux  grani¬ 
vores  sont  en  général  plus  vifs  et  développent  plus  de  chaleur  et  de  travail 
que  les  carnivores.  Le  fait  est  encore  plus  frappant  dans  la  classe  des  in¬ 
sectes  :  ainsi  parmi  les  acariens,  les  uns  vivent  en  parasites  sur  les  ani¬ 
maux,  les  autres  se  nourrissent  de  farines  ou  de  sucres  (glyciphages)  :  or 


MUSCLE.  —  MUSCLES  STRIÉS.  —  PHYSIOLOGIE. 


les  premiers  sont  remarquables  par  la  lenteur,  les  seconds  par  l’incroyable 
rapidité  de  leurs  mouvements.  Enfin  l’expérience  relative  à  la  nourriture  a 
été  faite  chez  l’homme,  et  l’Anglais  Harling,  après  s’être  mis  au  régime 
de  1500  grammes  de  viande  par  jour,  presque  sans  hydrocarbures,  était  arrivé 
à  un  degré  extrême  de  faiblesse  musculaire. 

11  n’est  pas  toujours  facile  à  l’homme  d’utiliser  complètement  le  rende¬ 
ment  de  son  appareil  musculaire,  c’est-à-dire  de  transformer  en  travail  utile 
la  plus  grande  quantité  possible  de  la  chaleur  musculaire  produite  :  il  y 
arrive  d’une  manière  relative  dans  les  exercices  qui  lui  sont  habituels,  dans 
la  marche  par  exemple,  parce  qu’alors  il  ne  contracte  que  les  muscles  dont 
le  jeu  est  directement  utile  à  Faction,  et  il  ne  les  contracte  pas  au  delà  du 
degré  nécessaire  à  cette  action.  Dans  le  cas  contraire,  il  contracte  des 
groupes  de  muscles  inutiles  au  mouvement  à  accomplir,  ou  même  con¬ 
traires,  et  cette  contraction,  ne  pouvant  alors  produire  un  travail  utile,  ne 
donne  lieu  qu’à  un  dégagement  de  chaleur  ;  aussi  voit-on  le  corps  se  bai¬ 
gner  de  sueur  chez  les  sujets  qui  se  livrent  à  un  exercice  même  peu  éner¬ 
gique,  mais  nouveau  pour  eux. 

Nous  ne  saurions,  dans  cet  article  consacré  plus  spécialement  à  l’anato¬ 
mie  et  à  la  physiologie  générale  du  muscle,  aborder  toutes  les  questions 
qui  se  rapportent  à  la  mécanique  du  muscle  et  des  leviers  osseux  mis  en 
mouvement.  Pour  l’étude  des  conditions  les  plus  favorables  à  l’action  du 
muscle,  pour  l’analyse  mathématique  de  ce  qu’on  est  convenu  d’appeler  le 
moment  d’un  muscle  (position  dans  laquelle  il  agit  perpendiculairement 
au  levier  osseux  mis  en  mouvement),  nous  nous  bornerons  à  signaler  au 
lecteur  les  savantes  recherches  publiées  en  1872  et  1873,  dans  le  Journal 
de  Vanatomie  (de  Ch.  Robin),  par  Schlagdenhauffen  {voy.  la  Bibliogra¬ 
phie  ci-après.) 

IV.  Du  MUSCLE  CARDIAQUE.  —  Le  mode  de  contraction  des  hbres  muscu¬ 
laires  du  cœur  nous  représente  seulement,  ainsi  que  l’a  démontré  Marey, 
la  forme  élémentaire,  c’est-à-dire  la  secousse,  des  fibres  des  muscles  de  la 
locomotion.  La  démonstration  de  ce  fait  a  reçu  les  développements  néces¬ 
saires  dans  un  article  précédent  {voy.  CœuR  t.  VIII,  p.  283);  nous  n’avons 
donc  pas  à  revenir  sur  ce  sujet,  et  à  refaire,  au  point  du  vue  physiologique, 
le  parallèle  du  cœur  et  des  muscles  striés  proprement  dits.  Nous  indique¬ 
rons  seulement  quelques  réserves  faites  à  ce  sujet  dans  un  récent  travail 
de  MM.  Morat  et  Toussaint  {voy.  la  Bibliographie  ci-après),  et  nous  complé¬ 
terons  cette  étude  par  l’indication  de  quelques  résultats  récemment  publiés 
par  Marey,  relativement  à  ce  qu’on  appelle  le  temps  perdu,  ou  la  durée  de 
l’excitation  latente  du  muscle  cardiaque. 

Helmholtz  a  signalé  dès  longtemps  dans  la  secousse  musculaire  {voy. 
ci-dessus,  p.  226)  une  particularité  que  l’on  retrouve  encore  dans  la  systole 
cardiaque,  et  qui  consiste  en  ce  qu’il  s’écoule  un  petit  espace  de  temps 
entre  le  moment  où  le  muscle  reçoit  l’excitation  et  celui  où  il  réagit  en 
donnant  sa  secousse.  Ce  temps  perdu,  ou  temps  de  l’excitation  latente, 
s’observe,  dit  Marey,  sur  le  cœur  dans  les  conditions  suivantes  :  quand  le 
cœur  d’un  animal  est  épuisé  et  ne  donne  plus  que  des  systoles  rares,  si  on 


MUSCLE.  —  MDSCLES  LISSEb.  —  ANATOMIE.  253 

l’excite  par  un  courant  induit,  on  provoque  une  systole  qui,  par  son  mo¬ 
ment  d’apparition,  se  distingue  facilement  de  celles  qui  se  produisent 
d’une  manière  spontanée.  Or  cette  systole  provoquée  retarde  sur  le  mo¬ 
ment  de  l’excitation  ;  ce  retard  est  considérable,  car  il  atteint  dans  certains 
cas  1/3  de  seconde.  On  serait  donc  porté  à  considérer,  au  premier  abord, 
ce  retard  énorme  comme  une  dissemblance  entre  la  systole  du  cœur  et  la 
secousse  d’une  patte  de  grenouille  dont  le  temps  perdu  n’est  que  de  1/100 
de  seconde  environ.  Mais  si  l’on  opère  sur  des  muscles  dont  la  secousse  est 
plus  ou  moins  longue,  on  voit  que  le  temps  perdu  croît  en  raison  de  la 
durée  de  la  secousse  elle-même.  Ainsi,  il  est  naturel  que  la  systole  du  cœur 
retarde  considérablement  sur  le  moment  de  l’excitation,  puisqu’elle  repré¬ 
sente  une  secousse  très-longue.  —  Nous  verrons  en  effet  que  les  mouve¬ 
ments  des  muscles  lisses  doivent  être  assimilés  à  des  secousses  :  or  ces 
actes  sont  beaucoup  plus  longs  encore  que  la  systole  du  cœur,  et  le  temps 
perdu  qui  les  précède  peut  atteindre  20  ou  30  secondes  ou  même  davan¬ 
tage. 

Des  muscles  lisses.  —  Auatomîe.  —  I.  Composition  histologique, 
DÉVELOPPEMENT,  ETC.  —  Les  muscles  lisses  sont  constitués  par  des  éléments 
qui  tantôt  présentent  la  forme  d’une  cellule  fusiforme  (éléments  contractiles 
de  la  tunique  moyenne  des  artères),  tantôt  celle  d’une  fibre  qui  ne  paraît 
être  autre  chose  que  la  cellule  précédente  dont  les  dimensions  longitudinales 
sont  devenues  très-considérables  par  rapport  aux  dimensions  transversales 
(muscles  lisses  du  tube  digestif,  par  exemple)  .Aussi  donne-t-on  aux  éléments 
anatomiques  du  muscle  lisse  le  nom  de  fibres-cellules. 

Il  est  donc  facile  de  concevoir  que  la  longueur  des  fibres  musculaires 
lisses,  ou  fibres-cellules,  est  très-variable  selon  l’organe  sur  lequel  on  les 
examine  :  cette  longueur  varie  en  effet  de  4  centièmes  à  7  dixièmes  de 
millimètre  ;  leur  largeur  est  très-inégale  pour  un  même  élément,  car  la 
fibre-cellule  se  termine  par  deux  extrémités  effilées  en  pointe  ;  sa  partie 
médiane,  la  plus  large,  mesure  de  3  à  20  millièmes  de  millimètre.  Dans 
l’utérus,  où,  vers  la  fin  de  la  grossesse,  on  trouve  les  fibres  lisses  les  plus 
volumineuses,  on  en  rencontre  parfois  dont  les  extrémités  sont  bifides, 
et  présentent  ainsi  comme  une  forme  de  transition  vers  les  éléments 
contractiles  étoilés  que  Ch.  Robin  a  signalés  dans  les  embryons  des 
hirudinées  et  dans  les  couches  musculaires  sous-cutanéesdeces  invertébrés 
adultes. 

Quoique  ces  fibres  paraissent  rubanées,  il  est  facile  de  se  convaincre,  par 
l’inspection  de  leur  coupe  (sur  du  muscle  lisse  durci  par  l’acide  chromi- 
que),  que  leur  forme  est  celle  d’un  prisme.  Pour  les  isoler  les  unes  des 
autres,  la  dissociation  simple,  sans  emploi  de  réactif,  est  le  plus  souvent 
impuissante  ;  mais  on  arrive  à  un  isolement  facile  en  faisant  macérer  pen¬ 
dant  vingt-quatre  heures  un  fragment  de  muscle  lisse  dans  une  solution 
d’acide  azotique  étendu  de  quatre  fois  son  volume  d’eau,  ou  mieux  encore 
dans  un  mélange  à  parties  égales  d’acide  azotique  et  d’acide  chlorhydrique 
(avec  dilution  d’eau  à  1/5  ou  1/4). 

On  n’a  pas  démontré  l’existence  d’une  membrane  d’enveloppe  autour  des 


254  MUSCLE.  —  muscles  lisses.  —  anatomie. 

fibres  musculaires  lisses  ;  du  reste,  nous  avons  vu  précédemment  que  les 
fibres  striées  du  cœur  étaient  également  dépourvues  de  myolemme.  Cepen¬ 
dant  la  couche  superficielle  de  la  substance  des  fibres  lisses  est  plus  ferme 
que  les  parties  sous-jacentes,  lesquelles  sont  formées  dans  toute  la  masse 
par  une  substance  albuminoïde  transparente  et  presque  amorphe,  si 'ce 
n’est  dans  la  partie  la  plus  large,  où  cette  substance  paraît  plus  ou  moins 
granuleuse.  Au  centre  de  cette  partie  granuleuse,  on  aperçoit  un  noyau 
dont  la  forme  est  tout  à  fait  caractéristique  des  fibres  musculaires  lisses. 
Ce  noyau,  en  elîet,  est  allongé  en  forme  de  bâtonnet  (Fig.  33.  B)  :  sa  lar¬ 
geur  est  de  2  à  4  millièmes  de  millimètre,  et  sa  longueur  de  15  à  30  mil¬ 
lièmes  de  millimètres,  c’est-à-dire  qu’il  est  souvent  dix  fois  plus  long  que 
large.  11  est  orienté  de  telle  sorte  que  sa  longueur  correspond  au  grand  axe 
de  la  fibre  lisse;  aussi  sa  présence  est-elle  suffisante  pour  permettre  de  con¬ 
clure  à  celle  de  la  fibre  musculaire  lisse  ;  c’est  ce  qui  arrive  lorsque,  par 
exemple,  on  examine,  sans  dissociation  préalable,  un  lambeau  de  muscle 
lisse  que  l’on  ti’aite  par  l’acide  acétique  dilué  ;  dans  ce  cas,  en  elfet,  le  tissu 
devient  transparent,  et  il  est  difficile  de  distinguer  les  bords  des  fibi'es  mus¬ 
culaires,  mais  le  noyau  devient  très-évident,  et  sa  direction  même  permet 
de  reconnaître  dans  quel  sens  les  fibres 
sont  disposées.  Par  l’action  continuée 
de  l’acide  acétique,  ces  noyaux  pren¬ 
nent  facilement  une  forme  ondulée, 
mais  leurs  bords  restent  toujours  très- 
nets.  Ces  noyaux  manquent,  en  géné¬ 
ral,  de  nucléole,  mais  on  peut  voir  des 
noyaux  nucléés  dans  les  fibres  de  l’u¬ 
térus.  (Ch.  Robin.) 

Les  fibres  musculaires  lisses,  ou  fibres 
cellules,  paraissent  se  former  par  une 
transformation  très-simple  des  cellules 
embryonnaires.  Ces  cellules,  sans  paroi 
propre,  s’allongent  en  s’effilant  à  deux 
extrémités,  en  même  temps  que  leur 
protoplasma  se  transforme  en  substance 
musculaire,  et  que  leur  noyau  s’allonge 
en  forme  de  bâtonnet. 

Pour  constituer  les  muscles  lisses, 
ou  plutôt  les  parois  viscérales  compo¬ 
sées  de  muscles  organiques,  les  fibres  cellules  se  disposent  en  faisceaux  en 
se  juxtaposant  immédiatement  parleurs  bords  (oufaces),  et  en  enchevêtrant 
leurs  parties  effilées  (Fig.  33).  Ces  faisceaux  primitifs  segroupent  eux-mêmes 
en  faisceaux  secondaires  bien  visibles  à  l’œil  nu  (par  exemple,  les  colonnes 
de  la  vessie) .  Le  tout  est  enveloppé  et  cloisonné  par  de  minces  lames  de  tissu 
connectif.  Dans  les  lames  qui  séparent  les  faisceaux  secondaires,  on  trouve 
beaucoup  de  fibres  élastiques  (Ch.  Robin),  qui  deviennent  encore  plus  abon¬ 
dantes,  ramifiées  et  anastomosées  dans  le  tissu  connectif  qui  forme  comme 


MUSCLE.  —  MUSCLES  LISSES.  —  ANATOMIE.  255 

la  gangue  dans  laquelle  sont  plongés  les  gros  faisceaux  de  muscles  lisses 
qui  forment  les  parois  contractiles  des  viscères  à  contraction  involontaire 
(vessie,  urèthre). 

L’ensemble  des  faisceaux  de  muscles  lisses  est  d’oi’dinaire  disposé  en  la¬ 
melles  ou  couches  superposées  (couches  musculaires  du  tube  digestif).  Ces 
couches  sont  parcourues  par  un  riche  réseau  de  capillaires  sanguins  dont 
les  mailles,  allongées  sont  disposées  de  manière  que  leur  grand  diamètre 
soit  parallèle  à  la  direction  des  faisceaux  primitifs  de  fibres  lisses. 

On  trouve  aussi  dans  les  couches  de  muscles  lisses  des  réseaux  de  capil¬ 
laires  lymphatiques  distincts  de  ceux  qui  appartiennent  aux  muqueuses 
ou  séreuses  sus-jacentes.  Ces  réseaux  présentent,  aux  points  de  confluence 
de  leurs  mailles  des  dilatations  auxquelles  Sappey  donne  le  nom  de  lacs 
lymphatiques;  mais  quant  aux  origines  de  ces  réseaux  par  des  capillicules 
et  des  lacunes,  nous  nous  trouvons  ici  en  présence  des  mêmes  doutes  que 
pour  les  muscles  striés  ipoy.  ci-dessus,  page  216). 

Les  muscles  lisses  reçoivent  des  nerfs  nombreux,  dont  Hénocque  a  étu¬ 
dié  avec  soin  la  distribution  et  le  mode  de  terminaison.  Ces  nerfs  forment, 
avant  leurs  terminaisons,  de  nombreux  plexus  dans  lesquels  on  observe  des 
cellules  ganglionnaires.  Tout  d’abord,  en  arrivant  dans  le  tissu  connectif 
qui  entoure  les  faisceaux  musculaires,  les  nerfs  forment  un  plexus,  dit 
pleosus  â’ origine,  parce  que  de  lui  partent  des  fibres  nerveuses  très-fins  qui 
pénètrent  dans  les  faisceaux  secondaires  des  filets  lisses  et  forment  un  nou¬ 
veau  plexus  autour  des  faisceaux  primitifs.  Ce  second  plexus  ou  réseau  in¬ 
tramusculaire  ù-orme,  naissance  aux  fibrilles  terminales,  lesquelles  peuvent 
être  suivies  jusqu’à  un  renflement  poncti forme,  qui  indiquerait  la  terminai¬ 
son  de  la  fibrille  nerveuse  dans  la  fibre  lisse,  car  il  serait  situé  dans  la  sub¬ 
stance  même  de  cette  fibre,  le  plus  souvent  contre  le  noyau.  Ces  résultats 
sont  confirmés  par  les  recherches  plus  récentes  de  Lovït. 

IL  Composition  chimique.  ■ —  On  n’a  pas  encore  fait,  pour  le  mus¬ 
cle  lisse,  des  analyses  chimiques  analogues  à  celles  que  nous  avons 
indiquées  pour  le  muscle  strié,  car  il  est  difficile  de  se  procurer  les  couches 
organiques  contractiles  en  masses  suffisantes  et  assez  pures  de  tout  élément 
étranger.  Ainsi,  on  n’est  pas  parvenu  à  extraire  de  ces  muscles  un  plasma 
musculaire  coagulable.  Il  est  cependant  probable  qu’ils  renferment  de  la 
myosine,  car,  en  traitant  ces  fibres  par  l’acide  chlorhydrique  au  millième, 
Lehmann  en  a  retiré  de  la  syntonine  (dérivé  de  la  myosine,  voy.  p.  2l7). 

Le  suc  que  Ton  peut  extraire  des  muscles  lisses  renferme,  comme  celui 
des  muscles  striés,  des  substances  albumoïdes,  de  la  créatine,  de  [Tbypo- 
xantbine,  de  l’acide  lactique,  etc.  Quant  aux  composés  minéraux,  Armand 
Gautier  signale  ce  fait  que  les  cendres  des  muscles  lisses,  à  l’inverse  de 
celles  des  muscles  striés,  sont  plus  riches  en  sels  de  soude  qu’en  sels  de 
potasse. 

III.  Distribution  des  fibres  musculaires  lisses.  —  Les  fibres  musculai¬ 
res  lisses  forment,  chez  les  animaux  supérieurs,  les  parois  contrac¬ 
tiles  des  appareils  organiques,  ainsi  qu’un  grand  nombre  des  tissus 
contractiles  annexés  à  ces  appareils  sous  forme  de  ligaments.  Sans 


256 


MUSCLE.  —  MUSCLES  LISSES.  —  ANATOMIE. 


donner  ici  une  description  de  la  manière  dont  ces  couchés  musculaires  sont 
disposées,  nous  croyons  utile  de  faire  une  rapide  revue  rappelant  exacte¬ 
ment  quelles  sont,  chez  l’homme,  les  limites  du  domaine  des  fibres  lisses. 
Nous  considérerons,  à  cet  effet,  chaque  appareil  en  particulier. 

A.  Bans  le  tube  digestif,  les  muscles  lisses  constituent  d’ahord  la  tunique 
contractile,  depuis  les  deux  tiers  inférieurs  de  l’œsophage  jusqu’au  niveau 
du  sphincter  interne  de  l’anus  :  on  sait  que  cette  tunique  est  formée,  d’une 
manière  générale,  d’une  couche  superficielle  longitudinale  et  d’une  couche 
profonde  circulaire.  Mais  outre  les  couches  musculaires  proprement  dites, 
les  fibres  lisses  prennent  encore  part  à  la  constitution  de  la  muqueuse,  dans 
laquelle  elles  forment  ce  qui  a  été  appelé  la  muscularis  mucosœ  de  Brücke 
{voy.  l’article  Muqueuses,  p.  196).  Enfin,  on  en  rencontre  jusque  dans  les 
villosités  intestinales. 

B.  Dans  l’appareil  respiratoire,  ces  fibres  prennent  part,  tout  d’abord, 
à  la  constitution  des  conduits  aériens,  car,  dans  la  trachée,  elles 
forment  une  couche  importante  transversale  de  la  paroi  postérieure  (com¬ 
plétant  les  cerceaux  cartilagineux)  ;  ces  fibres  se  trouvent  encore  dans 
les  diverses  ramifications  bronchiques,  en  couches  disposées  circulaire- 
ment  ;  au-dessous  de  la  membrane  muqueuse  on  trouve  encore  ces  fibres 
jusque  sur  les  ramifications  bronchiques  mesurant  moins  de  20  cen¬ 
tièmes  de  millimètre  ;  elles  s’étendent  donc  presque  vers  les  alvéoles 
pulmonaires  (muscles  de  Reisseissen) .  Quant  à  leur  existence  dans  la  paroi 
même  des  vésicules  pulmonaires,  elle  est  niée  par  la  grande  majorité  des 
auteurs,  malgré  les  affirmations  de  Moleschott,  de  Pîso-Borne  et  de 
Hirschmann.  Paul  Bert  a  montré,  après  Ch.  Williams,  que  le  tissu  pul¬ 
monaire  est  contractile  chez  les  mammifères  et  chez  des  reptiles  ;  il  a 
de  plus  établi  que  cette  contraction  est  sous  l’influence  du  pneumo¬ 
gastrique.  On  sait  que  l’état  de  spasme  des  muscles  pulmonaires  (petites 
bronches)  a  été  invoqué  pour  fournir  une  théorie  à  la  physiologie  patholo¬ 
gique  de  l’asthme. 

C.  Bans  l’appareil  circulatoire,  les  éléments  musculaires  lisses,  sous  la 
forme  de  fibres-cellules  courtes,  entrent  dans  la  constitution  des  parois 
des  veines  et  des  artères.  —  Dans  les  veines,  elles  sont  un  élément  constant 
de  la  tunique  moyenne;  mais  de  plus,  pour  les  grosses  veines  qui  aboutis¬ 
sent  au  cœur,  elles  se  trouvent  en  proportions  variables  dans  la  tunique 
externe  ou  adventice  (au  voisinage  de  l’embouchure  de  ces  veines  dans  le 
cœur,  les  fibres  lisses  sont  remplacées  par  des  fibres  striées  disposées  cir- 
culairement,  et  qui  sont  une  dépendance  des  fibres  de  l’oreillette).  — Dans 
les  artères,  les  fibres  musculaires  lisses  prennent  part  à  la  constitution  de 
la  tunique  moyenne,  surtout  dans  les  petites  artères  :  on  peut  dire  que  la 
tunique  moyenne  des  artérioles  est  formée  uniquement  de  fibres  muscu¬ 
laires  lisses.  Les  nerfs  vasomoteurs  président  à  la  contraction  de  cette 
tunique,  et,  en  faisant  varier  le  calibre  des  artérioles,  modifient  l’afflux  du 
sang  dans  les  capillaires  des  tissus,  c’est-à-dire  règlent  les  circulations 
locales  (Cl.  Bernard). 

D.  Dans  lapeau,  les  fibres  musculaires  lisses  forment  les  muscles  annexés 


MUSCLE.  —  MUSCLES  LISSES.  —  PHYSIOLOGIE.  257 

follicules  pileux,  et,  dans  quelques  régions,  s’étalent  en  réseaux  ou  en 
couches  plus  ou  moins  continues,  comme  dans  la  peau  du  périnée,  et 
surtout  à  la  face  profonde  de  la  peau  des  bourses.  {Scrotum  doublé  par  le 
Dartos). 

E.  Dans  les  appareils  sécréteurs  des  diverses  glandes,  les  fibres  musculaires 
lisses  sont  aussi  très-richement  répandues.  En  efi'et,  la  plupart  des  acini 
glandulaires  présentent,  dans  la  trame  qui  les  enveloppe,  des  couches 
variables  de  fibres  cellules  que  l’on  suit  le  long  des  canaux  excréteurs,  au 
niveau  desquels  leur  développement  devient  parfois,  très-considérable  :  c’est 
ainsi  que  la  vésicule  biliaire  est  riche  en  éléments  de  ce  genre.  Mais  c’est 
surtout  dans  les  appareils  génito-urinaires  que  les  fibres  musculaires 
jouent  un  rôle  important  :  nous  citerons  la  composition  musculaire  (mus¬ 
cles  lisses)  des  calices  du  rein,  des  bassinets,  des  uretères,  de  la  vessie  et 
du  canal  de  l’urèthre  ;  celles  des  trompes  de  Fallope,  de  l’utérus,  des  liga¬ 
ments  utérins.  (Voy.  art.  Génération,  t.  XV,  p.  764)  ;  les  fibres  qui  entou¬ 
rent,  chez  l’homme,  l’épididyme  et  le  canal  déférent;  celles  qui  constituent 
le  canal  déférent  et  les  vésicules  séminales,  etc.,  etc.  ;  enfin  celles  que  l’on 
trouve  dans  le  mamelon,  et  qui,  par  leur  contraction,  érigent  cet  organe, 
c’est-à-dire  augmentent  sa  saillie  en  diminuant  son  épaisseur. 

F.  Les  organes  des  sens,  dans  les  parties  qui  présentent  des  mouvements 
indépendants  de  la  volonté,  doivent  ces  contractions  à  la  présence  de  fibres 
musculaires  lisses  :  ainsi,  Sappèy  a  décrit  les  muscles  lisses  compris  dans 
V aponévrose  orbitaire  et  capables  de  faire  saillir  le  globe  de  l’œil  en  avant  ; 
dans  l’intérieur  du  globe  oculaire,  les  muscles  de  l’iris  et  de  la  choroïde 
sont  formés  de  fibres  lisses  (du  moins  chez  l’homme  et  les  mammifères). 
Les  muscles  de  l’oreille  moyenne  (muscles  du  marteau)  sont  formés  par 
contre  de  fibres  striées  ;  aussi  a-t-on  signalé  la  faculté  de  contracter  volon¬ 
tairement  ces  muscles  (du  moins  le  muscle  interne  du  marteau). 

Enfin  quelques  auteurs  ont  signalé  l’existence  du  tissu  musculaire  lisse 
dans  les  cloisons  de  la  rate  des  mammifères  et  dans  les  ganglions  lympha¬ 
tiques. 

Physiologie.  —  Contraction  des  muscles  lisses.  —  La  physiologie  du 
muscle  lisse,  comparée  à  celle  du  muscle  strié,  est  dominée  par  ce  fait 
que,  dans  le  premier,  le  passage  de  l’état  de  repos  à  l’état  actif  se  fait  avec 
une  lenteur  relativement  très-grande  ;  après  l’application  d’un  excitant 
qui  met  en  jeu  la  contractilité,  il  s’écoule  un  temps  considérable  avant 
que  le  muscle  se  contracte  ;  en  un  mot  l’excitation  latente  (Voy.  p.  226) 
est  de  longue  durée.  La  contraction,  une  fois  établie,  présente  aussi  une 
longue  durée  :  l’analyse  myographique,  surtout  par  l’étude  de  la  contrac¬ 
tion  induite,  montre  que  la  contraction  du  muscle  lisse  est  une  simple  se¬ 
cousse;  il  n’y  a  donc  pas  à  parler  de  tétanos  physiologique  pour  les  mus¬ 
cles  lisses.  La  forme  àilQ  péristaltique  est  la  forme  la  plus  ordinaire  de 
ces  contractions,  c’est-à-dire  que,  ainsi  que  l’ont  fait  observer  avec  soin 
Onimus  et  Legros,  l’excitation,  au  lieu  de  rester  localisée  à  la  fibre  exci¬ 
tée,  se  propage  directement  aux  fibres  voisines  :  ce  fait  peut  tenir  à  la 
présence  des  plexus  et  ganglions  intra-musculaires  (Voy.  ci-dessus  p.  255), 

KOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  DE  CHIR.  XXIII.  —  17 


258 


MUSCLE.  —  MUSCLES  LISSES.  —  PHYSIOLOGIE. 


qui  jouent  peut-être  le  rôle  de  petits  centres  réflexes  propagateurs  du  mou¬ 
vement  vermiculaire. 

Rappelons  qu’il  y  a  des  formes  intermédiaires,  aussi  bien  au  point  de 
vue  anatomique  qu’au  point  de  vue  physiologique,  entre  les  muscles  lisses 
et  les  muscles  striés  :  nous  avons  déjà  signalé  le  muscle  cardiaque.  (Voy. 
page  252).  Ranvier  a  distingué,  dans  les  masses  musculaires  du  lapin,  des 
muscles  rouges  et  des  muscles  pâles  ;  ainsi  le  muscle  demi-tendineux  pré¬ 
sente  une  coloration  rouge  foncé  qui  tranche  sur  la  pâleur  des  muscles 
environnants  (chez  le  lapin).  Or  les  libres  de  ce  muscle  rouge  sont  beaucoup 
plus  nettement  striées  en  long  et  beaucoup  moins  en  travers  que  celui  des 
muscles  blancs  environnants,  et  à  cette  différence  de  structure  correspon¬ 
dent  des  différences  bien  tranchées  dans  le  mode  de  contraction.  Cette 
différence  a  été  récemment  étudiée  sur  les  muscles  d’un  grand  nombre 
d’animaux  (oiseaux,  poissons,  mammifères)  par  Arloing  et  Lavocat  :  le 
muscle  pâle  est  le  type  parfait  physiologique  du  muscle  strié  précédemment 
étudié  (p.  2i3  et  suiv.),  il  se  contracte  brusquement  et  se  relâche  de  même  ; 
le  muscle  rouge  (du  lapin),  au  contraire,  dit  Ranvier,  se  contracte  lente¬ 
ment,  et  quand  on  cesse  l’excitation,  la  contraction  y  persiste  quelque  temps 
pour  ne  disparaître  que  graduellement  :  en  un  mot,  ces  muscles  présentent 
quelque  chose  d’analogue  au  mode  de  contraction  des  muscles  lisses.  — 
De  plus,  les  diverses  masses  musculaires  formées  par  des  fibres  lisses  pré¬ 
sentent  des  formes  de  contraction  assez  variables,  et  une  contractilité  plus 
ou  moins  prononcée.  C’est  ainsi  que  les  muscles  de  l’utérus,  à  l’état  de 
vacuité,  ne  présentent  aucune  contraction,  même  par  l’excitation  élec¬ 
trique  ;  en  dehors  de  la  gestation,  les  tuniques  musculaires  de  l’utérus  ne 
contiennent  qu’en  germe ,  pour  ainsi  dire,  des  fibres  musculaires  que  la 
gestation  développe  et  prépare  pour  le  moment  de  la  parturition.  (Ranvier). 

Les  propriétés  générales  des  muscles  lisses  sont  de  même  ordre  que 
celles  des  muscles  striés  ;  ces  muscles  sont  également  élastiques  et  exten¬ 
sibles  :  ainsi  l’intestin,  la  vessie  et  même  l’utérus  se  laissent  dilater  à  un 
degré  extrême  ;  mais  l’excès  de  dilatation  en  produit  facilement  la  para¬ 
lysie  et  en  facilite  la  déchirure. 

La  physiologie  expérimentale  n’a  actuellement  que  peu  de  données 
relativement  aux  diverses  propi’iétés  des  muscles  lisses,  telles  que  pouvoir 
électro-moteur,  nutrition,  phénomènes  chimiques,  sens  musculaire,  etc. 

La  contractilité  des  muscles  lisses  présente  d’abord  à  signaler  ce  fait 
capital,  qu’elle  n’est  pas  mise  en  jeu  par  la  volonté;  ce  sont  des  muscles 
involontaires,  entrant  normalement  en  jeu  par  le  fait  d’innervation  réflexe. 
Quant  aux  excitants,  que  l’on  peut  faire  agir  directement  sur  le  muscle  ou 
par  l’intermédiaire  des  nerfs,  ils  sont  de  même  ordre  que  ceux  du  muscle 
strié,  mais  présentent,  dans  leur  mode  d’action,  quelques  particularités 
que  nous  signalerons  rapidement. 

D’api'ès  Legros  et  Onimus,  tandis  que  pour  les  muscles  striés  Y excitation 
électrique  des  nerfs  moteurs  du  muscle  produit  plus  d’effet  que  celle  du 
muscle  lui-même,  il  se  présenterait  une  différence  de  sens  inverse  pour  les 
muscles  lisses.  D’après  ces  mêmes  physiologistes,  lorsqu’on  fait  agir  sur 


MUSCLE.  —  MÜSCLES  LISSES.  —  PHYSIOLOGIE. 


des  muscles  lisses  les  deux  pôles  d’un  courant  d’induction,  en  plaçant  ces 
pôles  à  une  certaine  distance  l’un  de  l’autre,  au  lieu  de  voir  le  muscle  se 
contracter  dans  toute  son  étendue  (comme  pour  le  muscle  strié),  on  ob¬ 
serve,  par  exemple  sur  le  tube  intestinal,  qu’il  n’y  a  contraction  que  dans 
les  points  en  contact  avec  les  pôles  électriques  :  cela  tient  peut-être  à  ce 
que  la  contraction  se  propage  lentement  dans  la  longueur  de  la  fibre  lisse, 
ou  bien  à  ce  que  l’on  agit  plutôt  sur  les  plexus  et  les  ganglions  nerveux 
intra-musculaires  que  sur  le  muscle  lui-même.  Un  fait  plus  singulier 
encore,  et  auquel  doit  certainement  être  attribuée  cette  dernière  interpré¬ 
tation,  est  celui  signalé  par  Legros  et  Onimus  relativement  à  l’action  des 
courants  continus  :  par  l’application  de  ces  courants  sur  les  organes  qui 
jouissent  de  mouvements  péristaltiques  (intestin),  on  observerait  des  effets 
différents  selon  le  sens  du  courant  :  lorsque  celui-ci  suit  la  direction  des 
contractions  péristaltiques  normales,  il  y  aurait  relâchement  ;  avec  le  cou¬ 
rant  de  sens  contraire,  il  y  aurait  contraction. 

Nous  avons  déjà  parlé  de  la  chaleur  et  du  froid  comme  excitants  des 
muscles  lisses,  lesquels  méritent  le  nom  de  thermosystaltiqms  (voy.  p.  245). 
Brovm-Séquard,  par  ses  expériences  sur  l’iris,  a  montré  que  les  muscles 
lisses  de  ce  diaphragme  sont  directement  excitables  par  la  lumière  :  à  cet 
effet  Brown-Séquard  prenait  deux  yeux  de  grenouille  ou  d’anguille,  séparés 
du  corps  de  l’animal,  et  les  plaçait  l’un  dans  l’obscurité,  l’autre  en  pleine 
lumière;  au  bout  de  peu  d’instants,  l’ouverture  pupillaire  était  dilatée  dans 
le  premier,  rétrécie  dans  le  second  ;  l’expérience  réussissait  aussi  bien  sur 
des  yeux  dont  on  avait  enlevé  la  rétine  en  réséquant  tout  le  segment  pos¬ 
térieur  du  globe  oculaire,  et  en  se  plaçant  dans  les  conditions  propres  à 
éliminer  toute  action  calorifique  des  rayons  lumineux  (passage  de  la 
lumière  à  travers  un  corps  athermane). 

Comme  excitants  directs  des  fibres,  musculaires  lisses,  excitants  qui  agi¬ 
raient  sur  ces  fibres  à  l’exclusion  des  fibres  striées,  on  a  cité  divers  agents, 
dont  l’action  est  encore  très-contestable  à  ce  point  de  vue,  car  elle  paraît 
se  produire  plutôt  par  l’intermédiaire  du  système  nerveux.  Nous  citerons 
l’acide  carbonique,  d’après  Brown-Séquard  ;  le  seigle  ergoté,  d’après  Hol¬ 
mes;  la  quinine,  l’atropine,  d’après  divers  expérimentateurs;  mais  Vul- 
pian  a  montré  combien  étaient  peu  précises  nos  notions  théoriques  sur  le 
mode  d’action  de  ces  diverses  substances  {Vaso-moteurs,  t.  II). 

Nous  manquons  de  données  précises  sur  le  travail  musculaire,  sur  la 
fatigue  musculaire  des  muscles  lisses.  Mais  leur  entrée  en  rigidité  cada¬ 
vérique  a  lieu  comme  pour  les  muscles  striés  :  on  l’observe  sur  les  muscles 
de  la  peau,  sur  les  petits  faisceaux  annexés  aux  follicules  pileux  et  elle  se 
traduit  par  le  phénomène  de  chair  de  poule  post  mortem.  Sur  les  suppli¬ 
ciés,  Ch.  Robin  a  observé  que  l’état  de  chair  de  poule  se  produit  par  rigidité 
des  muscles  de  la  peau  de  3  à  7  heures  après  la  mort.  Enfin,  on  peut  con¬ 
stater  expérimentalement  la  rigidité  des  parois  musculaires  de  l’intestin  :  à 
cet  effet,  on  met  dans  un  bocal  saturé  d’humidité  une  anse  d’intestin  prise 
sur  un  animal  qui  vient  de  mourir  ;  cette  anse  d’intestin  est  liée  par  un 
bout  et  communique  par  l’autre  avec  un  tube  vertical  qui  traverse  le  bou- 


200 


MÜSGLE.  . —  BIBLIOGRAPHIE.  —  ANATOMIE  ET  PHYSIOLOGIE. 


chon  du  bocal;  on  remplit  alors  l’anse  d’intestin  d’eau  tiède,  et  l’on  voit 
cette  eau  monter  dans  le  tube  dès  que  s’établit  la  rigidité  des  tuniques 
musculaires  de  l’intestin,  pour  redescendre  lorsque  cette  rigidité  dispa¬ 
raît.  (H.  Beaunis.) 

I.  Muscles  en  général. 

Traités  généraux  d’Aiiatomie,  d’Histologie  et  de  Physiologie. 

Michel,  De  la  contractilité  et  des  organes  contractiles  (thèse  de  Strasb.  Agrég.,  18i9J. 

Kdhne  (W.),  Untersuchungen  üher  Beweg.  und  Verand.  der  contractilen  substanzen  (Reicher, 
und  Du  Bois  Reymond.  Arch.,  1859). 

Kuhne,  Myologische  Untersuch.  Leipzig,  1860. 

Büchenne  fde  Boulogne),  De  l’électrisation  localisée.  Paris,  1861;  3'  édit.,  1871. 

Rouget  (Ch.),  Mémoire  sur  les  tissus  contractiles  et  la  contractilité  (Journ.  de  Physiologie. 
Oct.  1863). 

Ritter,  Des  propriétés  physiques  du  tissu  musculaire.  Strasbourg,  1863. 

Marby,  Du  mouvement  dans  les  fonctions  de  la  vie.  Paris,  1868. 

Liégeois  (Th.),  Traité  de  physiologie  appliquée  à  la  médecine  et  à  la  chirurgie.  2'  fascicule. 
Des  mouvements.  Paris,  1870. 

Legros  et  Onimus,  Traité  d’électricité  médicale.  Paris,  1872. 

Marey  (J.),  La  machine  animale.  Paris,  1873. 

Gautier,  Chimie  appliquée  à  la  physiologie,  à  la  pathologie  et  à  l’hygiène.  Paris,  1874. 
Robin  (Ch.),  Art.  Muscle  ;  Anatomie  aenerale  (Dict.  encyclop.  des  sc.  med.,  2‘  série,  t.  X, 
1876). 

Onimus,  Art.  Muscle  :  Physiologie  générale  (Zlict.  encyclop.  dessc.  méd.,  2'  série,  t.X,  1876). 
De  Saint-Robert  (P.),  Le  mouvement (ijeutie  scientifique, inixi  1875). 

Ranvibr(L.),  Traité  techniqued’histologie.  Paris,  1875  (3*  et 4' fascicule). —  Leçons  professées 
au  Collège  de  France  (in  Progrès  médical,  1876,  n“  11,  14,  17,  19,  25,  30,  .  .  .  .) 

II.  Muscles  striés  (Anatomie  générale  et  développement). 

Morel  (Ch.),  Développement  et  structure  du  système  musculaire,  thèse  de  Paris,  1857. 
Rouget,  Note  sur  la  terminaison  des  nerfs  moteurs  dans  les  muscles  chez  le's  reptiles,  les 
oiseaux  et  les  mammifères  {Compt.  rend,  de  l’Acad.  des  sc.,  t.  LV,  p.  548,  1862). 

Rouget  (Ch.),  Mémoire  sur  le  développement  embryonnaire  des  tissus  musculaires  chez  les 
vertébrés  (Compt.  rend,  de  l’Acad.  des  sc.,  1863). 

Be.ale  (L.),  On  the  structure  of  the  sarcolemma  of  striped  muscle  and  on  the  exact  relation 
of  the  nefves  (Quarterly  Journ.  of  microscop.  science,  1864  et  1865). 

COHNHEiii,  Ueber  die  feineren  Bau  der  quergestreiften  Muskelfasern  (Yirschow’s  Arch.  f. 
patliol.  Anat.  Bd.  XXXIV,  p.  606,  1865). 

Trinchese,  Mémoire  sur  la  terminaison  périphérique  des  nerfs  moteurs  dans  la  série  animale 
(Journ.  de  VAnat.  et  delaPhysiol.,  1867,  p.  485). 

Krause  (W.),  Die  motorischen  Endplatten  der  querguestr.  Muskelfasern.  Hannover,  1869. 
Robin  iChO,  Observations  anatomiques  et  physiologiques  faites  sur  des  suppliciés  par  décol¬ 
lation  (Journ.  de  l’Anat.  et  de  la  Phys.,  janvier  1869). 

Kuhne  (W.),  Nerv  und  Muskelfaser  (in  Stricker’s  Handbuch,  1871,  p.  147). 

Bruche  (E.),  Muskelfasern  in  polarisirten  Lichte  (Striekee's  Handbuch,  1871,  p.  171). 

Arndt  (Rd.j,  Untersuchungen  über  die  Endigung  der  Nerven  in  den  quergestreiften  Muskel¬ 
fasern  (Arch.  f.  mikrosk.  Anat.,  t.  IX,  3®  part.,  p.  481.  —  Analyse  très-complète  in  Rev. 
des  sc.  méd.  de  G.  Hayem,  1872,  t.  II,  p.  513).  ' 

GrU-NMACH,  Ueber  die  Structur  der  quergestreiften  Muskelfaser  bei  den  Insecten  (Centrbl. 
28  déc.  1872). 

Weber,  Sur  les  noyaux  des  muscles  striés  chez  la  grenouille  (Arch.  de  Physiologie,  1874). 
Chhhzinski,  Système  musculaire  du  nègre  (notamment  la  main)  (Revue  d’ Anthropologie, 
3'  année,  1874). 

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Mathias  Ddval. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS.  263 

Pathologie  médicale.  —  Historique  et  j^éuéralités.  —  Cet  his¬ 
torique  gagnerait  peu  à  être  ramené  au  delà,  de  Bichat,  et  pour  des  motifs 
faciles  à  saisir.  Ce  n’est  pas  que  dans  les  écrits  de  ses  prédécesseurs  on  ne 
rencontre  maints  détails  intéressants  sur  la  pathologie  musculaire  ;  l’an¬ 
cienne  médecine  symptomatique,  depuis  Hippocrate  jusqu’à  Van  Swieten 
et  Sauvages,  est  riche  en  observations  et  en  remarques  sur  les  paralysies, 
les  atrophies,  les  contractures,  les  spasmes,  les  convulsions  et  autres 
symptômes  relevant  directement  ou  indirectement  du  muscle;  de  même, 
en  ce  qui  concerne  l’anatomie  pathologique,  les  collections  de  Bônet  et  de 
Morgagni  renferment  des  constatations  importantes.  Mais  ces  documents, 
instructifs  pour  tel  ou  tel  point  spécial  de  pathologie  musculaire,  le  sont 
médiocrement  au  point  de  vue  plus  général  qui  nous  occupe. 

Quand,  par  un  effort  unique  dans  l’histoire  de  notre  science,  Bichat 
créait  pour  ainsi  dire  de  toutes  pièces  l’anatomie  générale,  il  fondait  du 
même  coup  la  physiologie  pathologique  et  la  pathologie  générale  des  tissus 
et  des  systèmes.  11  est  un  caractère  de  son  œuvre  que  l’on  perd  volontiers 
de  vue  aujourd’hui,  pour  n’admirer  en  lui  que  le  biologiste  :  c’est  la  ten¬ 
dance  et  l’esprit  général  de  cette  œuvre,  esprit  profondément  médical,  dans 
l’acception  la  plus  élevée,  mais  aussi  la  plus  rigoureuse  du  mot. 

Pour  s’en  convaincre,  il  suffit  de  relire  les  chapitres  de  son  livre  consa¬ 
crés  à  l’étude  du  système  musculaire.  La  distinction  qu’il  établit  le  premier, 
et  bien  avant  Ed.  Weber,  entre  la  tonicité  musculaire  (qu’il  appelle  con¬ 
tractilité  de  tissu)  et  la  contraction  proprement  dite  (contractilité  vitale) 
lui  inspire  en  même  temps  les  vues  les  plus  judicieuses  sur  la  rétraction 
des  moignons,  sur  l’attitude  des  membres,  sur  la  loi  de  synergie  et  d’anta¬ 
gonisme  des  muscles,  sur  le  mécanisme  des  déviations  paralytiques  par 
prédominance  d’action  des  muscles  demeurés  sains,  etc.  11  n’y  a  rien  à 
retrancher  et  bien  peu  de  chose  à  ajouter  à  ses  considérations  sur  la 
lassitude  musculaire  dans  les  maladies,  sur  l’influence  de  l’anémie  du 
muscle  sur  la  contoctilité  volontaire  ;  avant  Stokes,  il  signale  l’action 
exercée  par  l’inflammation  d’une  muqueuse  sur  la  contractilité  des  muscles 
sous-jacents,  comme  le  prouvent,  dit-il,  la  dysphagie  de  l’angine  et  la 
rétention  paralytique  de  l’urine  dans  le  catarrhe  vésical.  Ainsi  de  maintes 
autres  remarques  d’une  profondeur  et  d’une  portée  égales,  qu’il  sème 
comme  en  se  jouant,  et  qui  témoignent  qu’il  existe  désormais  une  physio¬ 
logie  pathologique  du  muscle. 

Une  phase  nouvelle  s’ouvrit  pour  l’étude  des  troubles  de  la  motilité, 
pour  celle  des  paralysies  musculaires  notamment,  quand  les  découvertes 
importantes  de  Legallois,  de  Magendie,  de  Ch.  Bell,  de  Marshall-Hall,  de 
Cl.  Bernard,  élucidèrent  avec  tant  de  bonheur  la  physiologie  jusque-là 
si  obscure  du  système  nerveux.  L’influence  de  ces  découvertes  sur  la 
pathologie  fut  profonde  et  r.ipide.  Que  l’on  compare,  par  exemple,  le 
Traité  des  maladies  nerveuses,  de  Romberg,  ou  le  Traité  des  névroses,  du 
professeur  Axenfeld,  qui  s’est  inspiré  du  même  esprit  et  qui  a  puisé  aux 
mêmes  sources  physiologiques,  que  l’on  compare  ces  pages  si  nettes  et  si 
limpides  aux  chapitres  illisibles  où  J.  Franck  a  retracé  les  connaissances 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS. 


névro-pathologiques  de  son  époque,  et  l’on  jugera  de  l’étendue  du  progrès 
accompli.  Il  faut  se  reporter  à  la  révolution  opérée  dans  le  diagnostic  des 
maladies  de  poitrine  par  la  découverte  de  l’auscultation,  pour  trouver 
l’exemple  d’un  avancement  aussi  soudain  et  aussi  radical. 

Aussi  la  pathologie  névro-musculaire,  telle  que  l’ont  conçue  Romberg 
et  ses  successeurs,  trahit-elle  nettement  ses  origines  presque  exclusive¬ 
ment  physiologiques,  et  il  est  aisé  de  s’assurer  que  plus  d’un  para¬ 
graphe  du  livre  de  Romberg  ne  fait  que  transporter  dans,  le  domaine  de 
la  pathologie  telle  expérience  de  Marshall-Hall  ou  tel  théorème  de  J.  Muller. 
En  réalité,  il  ne  pouvait  en  être  autrement,  et  c’était  assurément  la  seule  et 
meilleure  façon  de  sortir  de  l’affligeante  confusion  qui  avait  régné  jusque-là. 
Mais  de  là  aussi  certains  vices,  inséparables  de  l’introduction  brusque  des 
notions  physiologiques  et  expérimentales  dans  les  choses  de  la  médecine  ; 
de  là  je  ne  sais  quoi  de  schématique  dans  la  conception  et  dans  la  descrip¬ 
tion  de  bon  nombre  d’affections,  où  le  besoin  de  vérifier  et  d’appliquer 
certaines  vues  physiologiques  se  fait  jour,  au  détriment  de  l’observation 
clinique  rigoureuse  et  sans  parti  pris.  Ce  défaut  est  surtout  apparent  dans 
l’ouvrage  capital  de  Romberg,  que  nous  ne  nous  lassons  pas  de  citer,  car 
il  résume  avec  le  plus  de  puissance  les  tendances  de  l’époque. 

Un  autre  résultat  devait  en  découler,  qui  se  rattache  directement  à  l’objet 
de  cette  étude  :  c’est,  dans  l’analyse  des  troubles  si  variés  de  la  motilité, 
une  négligence  à  peine  déguisée  à  l’égard  du  système  musculaire,  le  sys¬ 
tème  nerveux  étant  l’objet  de  toutes  les  préoccupations  et  devant  fournir 
la  clef  de  tous  les  phénomènes. 

11  était  réservé  à  un  médecin  français,  à  Duchenne  (de  Boulogne),  de 
ramener  la  névro-pathologie  sur  le  terrain  proprement  clinique  et  de 
faire  dans  cette  direction  des  découvertes  de  premier  ordre.  Ce  n’est  pas 
ici  le  lieu  d’apprécier  l’œuvre  tout  entière  de  cet  infatigable  chercheur; 
mais  ce  qu’il  faut  mettre  en  relief,  c’est  ce  que  Duchenne  a  fait  pour  la 
pathologie  musculaire  proprement  dite  et  le  parti  qu’il  a  su  tirer  de 
ces  notions  myologiques  pour  réaliser  les  découvertes  qui  l’ont  rendu 
célèbre. 

Le  point  de  départ  de  toutes  ses  recherches  est,  en  apparence,  des  plus 
modestes.  Il  constate  que,  si  l’on  place  les  deux  réophores  humides  d’un 
appareil  à  induction  sur  la  peau  bien  humectée,  le  courant  traverse  la  peau 
sans  exciter  d’une  manière  appréciable  la  sensibilité  cutanée,  et  localise 
son  action  sur  les  muscles  ou  les  nerfs  sous-jacents.  Telle  est  l’expérience 
fondamentale,  d’une  simplicité  élémentaire,  qui  a  surtout  servi  de  base  à 
la  méthode  de  Duchenne  et  qui  a  constitué  son  principal  mode  d’explora¬ 
tion.  Nous  aurons  plus  loin  à  nous  prononcer  sur  la  valeur  réelle,  tant 
diagnostique  que  thérapeutique,  de  V électrisation  localisée;  voyons  le  parti 
qu’a  su  en  tirer  le  génie  observateur  de  Duchenne. 

Quand  il  entreprit  ses  recherches,  les  notions  et  les  querelles  de  haute 
physiologie  nerveuse  qui  passionnaient  ses  contemporains  lui  étaient  en 
partie  étrangères,  en  partie  indifférentes  :  esprit  chercheur  et  trouveur, 
nullement  encyclopédique,  il  arrivait  sans  grande  initiation,  mais  aussi 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS.  265 

sans  aucune  préoccupation  doctrinale  :  qualité  purement  négative,  assu¬ 
rément,  mais  qui  semble  constituer  une  force  de  plus  pour  certains 
inventeurs.  Il  se  mit  donc  à  la  tâche,  interrogeant  les  muscles  avec  son 
appai’eil,  chez  les  sujets  sains,  chez  les  divers  paralytiques,  notant  avec  un 
soin  extrême  les  variations  de  la  contractilité  électrique  et  les  relations  de 
ce  symptôme  avec  les  autres  signes,  avec  la  marche  et  l’évolution  de  la 
maladie.  C’est  donc  par  l’étude  des  altérations  des  propriétés  musculaires, 
et  surtout  de  la  contractilité  électrique,  qu’il  ahorda  le  problème  si 
complexe  des  paralysies  et  des  maladies  comprises  sous  le  titre  collectif  de 
maladies  nerveuses. 

De  ces  patientes  explorations,  il  sut  tirer  des  résultats  d’une  portée 
imprévue.  En  excitant  un  à  un,  à  l’aide  du  courant  induit,  les  divers 
muscles  du  corps  à  l’état  normal,  en  les  faisant  jouer  individuellement  et 
à  volonté,  il  ne  tarda  pas  à  s’assurer  que,  même  pour  le  rôle  mécanique 
des  muscles,  il  y  avait  bien  des  lacunes  à  combler,  bien  des  erreurs  à 
rectifier.  Les  anatomistes,  depuis  Albinos  et  Borelli  jusqu’à  Bichat,  pour 
déterminer  l’action  d’un  muscle,  se  guidaient  surtout  sur  la  direction 
qu’affectent  les  fibres,  sur  le  point  d’attache  des  tendons  et  la  disposition  des 
leviers  osseux.  Le  rôle  du  muscle  lui  était  donc  assigné  par  une  véritable 
déduction  à  la  fois  anatomique  et  mécanique,  et  avec  toutes  les  apparences 
d’une  rigueur  presque  mathématique.  L’expérience  apprit  à  Duchenne  que 
beaucoup  de  ces  données  étaient  fausses  et  en  contradiction  avec  ce  que 
révèlent  les  expériences  électro-musculaires.  Les  faits  pathologiques,  en 
lui  montrant  les  troubles  moteurs  et  les  attitudes  vicieuses  qu’entraîne 
l’atrophie  ou  la  destruction  d’un  muscle  ou  d’un  groupe  musculaire,  lui 
permirent  de  faire,  en  quelque  sorte,  la  contre-épreuve  de  ce  que  révèle 
l’état  normal.  En  étudiant  ainsi  la  fonction  des  muscles  par  leur  excitation 
électi’ique  à  l’état  sain,  et  par  les  troubles  fonctionnels  qui  résultent  de 
leur  paralysie,  en  constatant  les  synergies,  les  associations  et  les  antago¬ 
nismes  qui  existent  entre  eux,  Duchenne  réussit,  selon  sa  propre  expres¬ 
sion,  à  «  remettre  à  neuf  »  une  grande  partie  de  la  mécanique  muscu¬ 
laire  ;  et  quand,  plus  tard,  il  réunit  ces  documents  dans  le  seul  ouvrage 
réellement  didactique  qu’il  ait  publié,  dans  sa  Physiologie  des  mouvements, 
il  dota  la  science  d’un  véritable  chef-d’œuvre. 

C’est  à  cette  même  rigueur  apportée  à  l’exploration  isolée  de  chaque 
muscle  que  nous  devons,  dans  l’ordre  des  faits  pathologiques,  ces  des¬ 
criptions  si  exactes,  si  achevées,  des  paralysies  périphériques,  saturnines, 
traumatiques,  de  l’atrophie  musculaire  progressive,  etc.,  que  nous  aurons 
ultérieurement  à  étudier  quand  nous  discuterons  la  valeur  des  lois  électro¬ 
physiologiques  que  Duchenne  a  essayé  de  poser,  tentative  dans  laquelle, 
disons-le  aussitôt,  il  a  été  moins  heureux  que  dans  ses  descriptions 
cliniques. 

L’atrophie  musculaire  progressive  mérite  cependant  de  nous  arrêter  un 
instant,  car  cette  singulière  affection,  par  la  distribution  si  capricieuse  de 
l’atrophie,  par  sa  marche  lente  et  fatalement  progressive,  par  la  subordi¬ 
nation  manifeste  de  la  paralysie  à  l’atrophie,  contrastait  absolument  avec 


266  MUSCLE.  —  pathologie.  —  généralités. 

la  plupart  des  paralysies  connues  jusqu’alors.  En  présence  de  cette  lésion 
musculaire  étrange,  dont  la  répartition  ne  répond  nullement  à  celle  des 
filets  ni  des  troncs  nerveux,  la  question  du  mode  patliogénique  devait 
s’imposer  aussitôt.  Est-ce  une  maladie  propre  au  muscle,  ou  bien  est-elle 
sous  la  dépendance  des  racines  spinales,  de  la  moelle  ou  du  grand  sympa¬ 
thique?  Problème  délicat,  dont  la  solution  paraît  définitivement  acquise 
aujourd’hui,  et  qui  a  sollicité  des  recherches  dont  les  détails  qui  suivent 
nous  permettront  d’apprécier  l’importance.  Toujours  est-il  que,  si  l’étude 
de  l’atrophie  musculaire  progressive  et  des  maladies  congénères  devait 
aboutir  au  triomphe  définitif  de  l’origine  centrale,  spinale,  du  processus, 
elle  a  eu  néanmoins,  dès  le  début,  cette  conséquence  importante  de  fixer 
l’attention,  plus  qu’on  ne  l’avait  fait  jusque-là,  sur  les  altérations  ana¬ 
tomiques  et  fonctionnelles  des  muscles  dans  les  affections  de  cette  nature. 

Il  faut  maintenant  nous  transporter  dans  un  ordre  de  faits  tout  différents 
pour  enregistrer,  dans  l’histoire  de  la  pathologie  musculaire,  un  progrès 
nouveau  et  décisif;  nous  voulons  parler  des  maladies  générales,  des 
pyTexies.  Dans  ses  mémorables  recherches  sur  les  paralysies  dans  leurs  rap¬ 
ports  avec  les  maladies  aiguës,  le  professeur  Guhler  ouvrit  la  voie  ;  il  montra 
que  ces  paralysies,  envisagées  jusque-là  presque  exclusivement  au  point  de 
vue  de  la  diphthérie,  peuvent  accompagner  ou  suivre  toutes  les  pyrexies  et 
toutes  les  phlegmasies  aiguës  ;  théoriquement,  il  les  rattacha  à  la  débilita¬ 
tion  de  l’économie,  à  l’asthénie  causée  par  la  spoliation  qu’entraîne  le 
mouvement  fébrile.  Pour  lui,  la  plupart  de  ces  paralysies,  indépendantes 
de  lésions  des  centres  ou  des  cordons  nerveux,  sont  proprement  myo- 
pathiques  et  liées  à  la  dénutrition  éprouvée  par  le  muscle  ;  de  là  le  nom 
significatif  de  paralysies  amyotrophiques  qu’il  leur  a  imposé.  L’albuminurie, 
si  fréquente  dans  le  cours  et  dans  la  convalescence  des  affections  aiguës, 
est  l’objet  d’un  rapprochement  ingénieux  avec  les  phénomènes  amyo¬ 
trophiques,  tous  symptômes  qui  traduisent,  pour  Gubler,  un  mouvement 
excessif  de  déperdition,  une  histolyse  exagérée. 

Ces  vues  cliniques  sur  l’influence  exercée  par  la  fièvre  sur  la  nutrition 
des  muscles  (il  faut  réserver  en  partie  la  question  des  paralysies  consécu¬ 
tives  aux  maladies  aiguës,  dont  l’origine  centrale,  pour  certaines  d’entre 
elles  du  moins,  paraît  établie  par  quelques  faits  récents)  reçurent  une 
confirmation  complète  par  fa  découverte  anatomique  de  Zenker.  L’altération 
cireuse  des  muscles  fut  constatée  non-seulement  dans  la  fièvre  typhoïde, 
mais  dans  tous  les  états  fébriles  graves,  même  dans  les  fièvres  symptoma¬ 
tiques  d’une  phlegmasie  locale,  comme  la  pneumonie.  Les  recherches 
ultérieures  de  Waldeyer,  de  Hoffmann,  de  Rindfleisch,  et  celles  de  Hayem 
nous  ont  mieux  fait  connaître  les  caractères  histologiques  de  la  lésion 
et  Tont  rapprochée  des  lésions  dégénératives  constatées  simultanément 
dans  les  viscères  (stéatose  rénale,  hépatique,  etc.).  Que  ces  dégénérescences 
soient  le  fait  de  l’excessive  élévation  de  la  température,  ou  bien  encore 
qu’elles  résultent  de  l’action  toxique  .exeicée  par  un  sang  vicié  sur  la 
nutrition  du  muscle,  c’est  là,  à  tout  prendre,  un  point  d’une  importance 
secondaire  ;  la  portée  de  la  découverte  de  Zenker  réside  surtout  dans 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS. 


ce  fait,  qu’elle  démontre  anatomiquement  la  participation  directe  et  profonde 
du  système  musculaire  à  ce  trouble  général  de  la  nutrition  qui  constitue  la 
fièvre. 

Il  nous  reste  maintenant  à  indiquer  la  dernière  étape  accomplie  par  la 
pathologie  musculaire,  sous  l’impulsion  de  travaux  nés  en  majeure  partie 
parmi  nous,  et  que  nous  aurons  à  citer  tout  au  long  dans  le  cours  de 
cet  exposé.  C’est  toujours  ce  grand  problème  de  la  subordination  des 
lésions  musculaires  à  des  altérations  nerveuses,  centrales  ou  périphériques, 
qui  s’agite  et  se  retrouve  au  fond  du  débat;  mais,  tout  en  reconnaissant 
qu’il  subsiste  encore  de  nombreuses  et  graves  lacunes,  on  voit  le  jour  se 
faire  graduellement,  et  des  notions  fondamentales,  à  la  fois  anatomo¬ 
pathologiques  et  cliniques,  demeurent  définitivement  acquises. 

Lorsque  nous  traiterons  de  l’atrophie  musculaire  progressive  et  des 
maladies  congénères,  nous  résumerons  l’historique  complet  des  recherches 
anatomo-pathologiques  qui  s’y  rapportent;  mais  dès  à  présent  nous  en 
devons  signaler  l’importance  et  la  signification  générale.  L’interprétation 
première  de  Duchenne,  pour  qui  l’atrophie  musculaire  progressive  était 
une  maladie  propre  du  muscle,  ne  tarda  pas  à  être  abandonnée  en  présence 
des  résultats  nécroscopiques,  obtenus  par  Cruveilhier;  cet  observateur, 
allant  au  delà  de  la  lésion  des  racines  nerveuses  qu’il  signale  nettement, 
se  prononce  déjà,  avec  sa  profondeur  d’intuition  habituelle,  pour  l’origine 
probablement  spinale  de  l’affection. 

Cette  lésion  spinale  est  constatée  pour  la  pi’emière  fois,  à  l’aide  du  mi¬ 
croscope,  par  Luys,  qui  décrit  une  altération  des  cellules  de  la  substance 
grise  de  la  moelle  et  confirme  ainsi  l’hypothèse  qui  rattache  les  altérations 
musculaires  et  nerveuses  périphériques  à  la  lésion  spinale.  Bientôt  les 
notions  acquises  dans  cette  direction  s’accumulèrent  et  se  précisèrent  ;  les 
recherches  anatomo-pathologiques  de  L.  Clarke,  de  Yulpian  et  de  Hayem, 
de  Charcot  et  Joffroy  sur  l’état  de  la  moelle  dans  l’atrophie  musculaire  pro¬ 
gressive,  celles  de  Vulpian  et  Prévost,  de  Laborde,  de  Charcot  et  Joffroy, 
de  Parrot  et  Joffroy,  etc.,  sur  la  paralysie  infantile,  celles  de  Charcot  et 
Joffroy,  de  Kussmaul  et  R.  Mayer  sur  les  altérations  bulbaires  dans  la 
paralysie  lahio-glosso  larjmgée,  mirent  hors  de  conteste  l’existence  de 
lésions  médullaires  constantes  dans  ces  maladies,  ainsi  que  la  subordina¬ 
tion  des  myopathies  à  ces  mêmes  lésions  centrales.  Grâce  à  ces  travaux, 
on  put  aller  plus  loin  que  n’avaient  fait  Luys  et  Valentiner,  et  assigner  à 
l’altération  spinale  un  siège  précis,  limité  à  un  point  spécial  de  l’axe  gris, 
à  la  région  des  grandes  cellules  des  cornes  antérieures.  La  fonction 
propre  de  ces  cellules  est  surtout  de  présider  à  la  nutrition  et  à  la  motricité 
des  muscles,  donnée  capitale  qui  paraît  définitivement  acquise  et  qui 
découle  des  beaux  travaux  de  localisation  spinale  entrepris  surtout  sous 
l’impulsion  de  Charcot,  et  que  ce  professeur  a  résumés,  avec  une  rare 
puissance  de  systématisation,  dans  ses  leçons  sur  les  maladies  de  l’appareil 
nerveux. 

La  subordination  étroite  de  la  plupart  des  amyotrophies  à  des  lésions  ini¬ 
tiales  de  l’axe  spinal  ressort  à  peu  près  incontestée  de  ces  recherches; 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS. 


en  faveur  de  leur  nature  périphérique  et  primitivement  musculaire,  on  ne 
saurait  guère  invoquer  d’autre  autorité  contemporaine  que  celle  de  Fried- 
reich  qui,  dans  une  monographie  volumineuse  et  récente  sur  l’atrophie 
musculaire  progressive,  cherche  encore  à  défendre  leur  origine  myopathi- 
qué.  Mais  si  le  fait  de  cette  subordination  est  réel  et  définitivement  élucidé, 
il  n’en  est  pas  de  même  de  la  physiologie  pathologique  de  la  question,  qui 
comporte  encore  de  nombreuses  obscurités.  Qu’il  nous  suffise  à  cet  égard 
de  rappeler  les  recherches  expérimentales  de  Mantegazza,  d’Erh,  et  surtout 
celles  de  Vulpian  sur  les  altérations  musculaires  consécutives  aux  lésions 
des  nerfs,  travaux  qui  laissent  bien  des  points  en  litige,  mais  dont  l’en¬ 
semble  met  néanmoins  en  lumière  Faction  non-seulement  motrice,  mais 
encore  trophique,  exercée  par  les  centres  nerveux  spinaux,  par  l’intermé¬ 
diaire  des  nerfs,  sur  l’appareil  musculaire. 

Un  autre  résultat  important  dû  aux  recherches  expérimentales  de  Vul¬ 
pian,  est  la  connaissance  plus  exacte  des  altérations  ainsi  que  des  réactions 
électriques  des  muscles,  à  la  suite  des  lésions  nerveuses;  il  existait,  à  cet 
égard,  dans  la  plupart  des  traités  classiques,  une  histologie  pathologique 
toute  de  commande,  dont  la  dégénérescence  graisseuse  faisait  tous  les  frais, 
alors  cependant  que  la  destruction  graisseuse  ou  atrophique  des  muscles 
est  loin,  dans  beaucoup  de  cas,  d’être  aussi  complète  et  aussi  profonde  qu’on 
était  enclin  et,  en  apparence,  logiquement  autorisé  à  le  croire.  En  réalité,  le 
muscle  est  un  organe  robuste  et  résistant  qui,  même  dans  les  atrophies  et 
les  paralysies  les  plus  invétérées,  conserve  encore  des  éléments  contractiles 
qui  survivent  et  que  décèlent  le  microscope  aussi  bien  que  l’application 
directe  des  courants  électriques. 

Dans  la  préface  de  sa  monographie  célèbre,  Zenker,  en  constatant  la  pé¬ 
nurie  des  documents  relatifs  à  l’anatomie  pathologique  du  muscle,  l’attri¬ 
buait  surtout  à  la  part,  excessive  selon  lui  et  injuste,  accordée  au  système 
nerv'eux  dans  la  pathogénie  des  lésions  musculaires  ;  et  par  une  de  ces 
allusions  alors  familières  aux  écrivains  allemands,  il  comparait  «  cet  ostra¬ 
cisme  dont  le  muscle  est  l’objet  au  rôle  effacé  que  la  société  impose,  aux 
classes  laborieuses».  .La  pauvreté  des  recherches  anatomo-pathologiques 
concernant  le  muscle,  dont  Zenker  s’affligeait  alors,  n’existe  plus;  et 
cependant,  malgré  les  travaux  accumulés  depuis,  cette  subordination  de  la 
pathologie  musculaire  à  la  pathologie  nerveuse  subsiste  et  s’affirme  encore 
avec  plus  de  rigueur.  Comme  nous  le  faisions  remarquer  dans  une  publi¬ 
cation  antérieure,  le  système  musculaire,  par  son  volume  énorme,  par 
l’intensité  des  combustions  et  des  phénomènes  respiratoires  dont  il  est  le 
siège,  par  le  travail  mécanique  qu’il  effectue,  est,  en  apparence,  le  système 
essentiel  de  l’économie.  Et  cependant,  en  pathologie  ainsi  qu’en  physio¬ 
logie,  l’autonomie  et  la  spontanéité  lui  font  défaut  ;  les  affections  proto- 
pathiques  du  muscle  sont  rares  et  ses  maladies,  ainsi  que  ses  attributs 
physiologiques,  sont,  pour  la  plupart,  dominées  par  un  élément  plus  noble 
et  hiérarchiquement  supérieur,  par  l’élément  nerveux. 

On  voit  donc,  par  cette  rapide  esquisse,  que  deux  courants  se  sont,  à  di¬ 
verses  époques,  tour  à  tour  manifestés  dans  la  science  ;  l’un  qui  tendait  à 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS. 


ramener  bon  nombre  de  paralysies  et  d’arayotrophies  à  des  lésions  péri¬ 
phériques  et  primitivement  musculaires  ;  l’autre,  au  contraire,  qui  subor¬ 
donnait  tout  au  système  nerveux.  C’est  décidément  la  doctrine  névro-pa¬ 
thologique  qui  l’emporte,  malgré  la  protestation  isolée  et  sans  écho  de 
Friedreich,  et  c’est  sous  le  titre  significatif  d’amyotrophies  spinales  que 
Charcot,  dans  ses  récentes  leçons,  a  pu  résumer  et  systématiser  l’histoire  de 
la  plupart  des  paralysies  atrophiques  de  l’adulte  et  de  l’enfance. 

La  solidarité  étroite  qui  existe  à  l’état  physiologique  entre  le  muscle  et 
les  centres  nerveux  se  retrouve  donc  et  s’affirme  à  l’état  pathologique  ;  ce 
muscle  et  ce  nerf  sont  proprement  deux  éléments  constitutifs  d’un  seul  et 
même  système,  le  système  névro-musculaire,  comme  l’appelle  Ranvier. 
C’est  assez  dire  que,  dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  un  exposé 
didactique  des  maladies  des  muscles  est  impossible  sans  une  excursion 
incessante  dans  le  domaine  "de  la  pathologie  des  nerfs  et  des  centres  ner¬ 
veux  ;  nous  nous  efforcerons  cependant,  à  cet  égard,  d’éviter  les  redites 
et  souvent  nous  ne  ferons  que  mentionner  des  notions  que  l’on  trouvera 
exposées  tout  au  long  aux  articles  Moelle  épinière  (Voy.  t.  XXII,  p.  559) 
et  Nerveux  (Système). 

Les  considérations  qui  précèdent  s’appliquent  exclusivement  au  système 
des  muscles  de  la  vie  animale,  à  fibre  striée  ;  quant  aux  muscles  de  la  vie 
organique,  leur  histoire  pathologique  n’offre,  en  comparaison,  qu’un 
intérêt  secondaire.  Une  division  dichotomique  absolue  entre  les  maladies 
des  deux  systèmes  nous  semblerait  peu  justifiée,  d’autant  moins,  qu’à 
tout  prendre,  il  n’existe  guère  entre  elles  que  des  différences  de  degré  et 
d’importance  ;  nous  préférons  donc,  à  la  suite  de  la  description  de  chaque 
altération  de  la  fibre  striée,  indiquer  les  particularités  qu’elle  présente  quand 
on  l’étudie  sur  le  système  des  fibres  lisses.  Le  muscle  cardiaque,  au  point 
de  vue  anatomo-physiologique,  offre  un  certain  nombre  de  caractères  qui  en 
font  une  sorte  d’intermédiaire  entre  la  fibre  striée  et  la  fibre  lisse  ;  au  point 
de  vue  pathologique  également,  le  myocarde  mérite  une  attention  spéciale, 
tant  par  l’importance  que  par  la  fréquence  des  lésions  dont  il  est  le  siège. 

Dans  l’état  actuel  de  la  science,  une  classification  rigoureusement  mé¬ 
thodique  des  maladies  musculaires  serait  une  entreprise  prématurée  et  peu 
réalisable.  Le  classement  étiologique,  le  plus  rationnel  de  tous,  ne  serait 
guère  pratique,  vu  l’extrême  multiplicité  des  causes  morbides  capables  d’en¬ 
gendrer  une  même  altération  organique  ou  fonctionnelle  des  muscles.  Ce¬ 
pendant,  en  invoquant,  non  pas  l’étiologie  proprement  dite,  mais  les  notions 
plus  précises  de  la  pathogénie,  on  peut  établir  quelques  grands  groupes 
d’affections  musculaires,  permettant  un  exposé  didactique  satisfaisant.  Si  l’on 
envisage,  en  effet,  les  conditions  essentielles  qui  président  au  maintien  de 
l’intégrité  anatomique  et  fonctionnelle  des  muscles,  on  peut,  sur  cette  base 
physiologique,  établir  trois  grandes  divisions  de  la  pathologie  musculaire. 

1“  Les  muscles,  par  leur  position  superficielle,  par  la  grande  surface 
qu’ils  offrent  aux  traumatismes,  au  froid  et  aux  causes  vulnërantes  de  toute 
espèce,  par  les  tiraillements,  les  pressions  et  les  efforts  qu’ils  supportent, 


270  MUSCLE.  —  pathologie.  —  généralités. 

peuvent  devenir  le  siège  de  lésions  locales,  phlegmasiques  ou  autres,  qui 
obéissent  aux  lois  communes  des  affections  chirurgicales  ou  des  phlegma- 
sies  idiopathiques  des  autres  tissus.  De  là,  une  première  classe  de  maladies 
musculaires,  celle  des  maladies  primitives  ou  idiopathiques,  classe  assez 
restreinte,  du  reste,  et  d’un  intérêt  médiocre,  en  raison  même  delà  force  de 
résistance  et  du  peu  de  susceptibilité  pathologique  qui  sont  la  caractéris¬ 
tique  du  tissu  musculaire.  Cette  classe  comprend  donc,  outre  les  myosites 
spontanées,  qui  sont  positivement  exceptionnelles,  les  plaies,  les  contu¬ 
sions,  les  déchirures  des  muscles,  en  un  mot  l’ensemble  des  affections 
dites  chirurgicales  des  muscles,  dont  nous  n’avons  pas  à  nous  occuper  ; 
rentrent  dans  cette  catégorie  la  myosite  trichineuse,  ainsi  que  l’altération 
provoquée  par  la  présence  de  cysticerques  dans  les  muscles  (ladrerie  chez 
l’homme),  affections  intéressantes  au  point  de  vue  de  l’histoire  des  para¬ 
sites,  mais  où  ceux-ci  n’interviennent  et  n’agissent  sur  les  muscles  que 
comme  des  corps  étrangers,  de  véritables  épines  inflammatoires;  enfin, 
dans  la  même  classe,  se  rangent  les  néoplasmes  des  muscles  (carcinome, 
sarcome,  et  chondrome). 

Les  anomalies  musculaires,  par  excès  ou  par  défaut,  accidentelles  ou 
réversives,  ne  méritent  qu’une  simple  mention  de  curiosité  d’anatomie 
descriptive.  Quant  aux  malformations  et  aux  altérations  congénitales 
des  muscles  (pieds-bots,  rétractions,  agénésies  musculaires),  tout  porte  à 
croire  que  ces  lésions,  encore  obscures  et  mal  étudiées,  n’indiquent  pas 
un  trouble  protopathique  du  muscle,  mais  traduisent  des  lésions  nerveuses 
centrales,  spinales  probablement. 

Il  en  est  de  même  de  la  singulière  affection  décrite  par  Duchenne  sous  le 
nom  de  paralysie  pseudo-hypertrophique  et  dans  laquelle,  jusqu’ici,  l’examen 
anatomique  minutieux  des  centres'  et  des  cordons  nerveux  n’a  révélé 
J  aucune  altération  appréciable  (Charcot);  il  faut  donc,  quant  à  présent, 
renoncer  à  lui  assigner  une  origine  centrale,  et  la  ranger,  mais  provi¬ 
soirement  seulement,  parmi  les  affections  protopathiques  des  muscles. 

2“  Les  considérations  auxquelles  nous  nous  sommes  livré  plus  haut  ont 
eu  surtout  pour  but  de  constater,  une  fois  pour  toutes,  l’étroite  subordina¬ 
tion,  pathologique  autant  que  physiologique,  des  muscles  aux  organes 
nerveux,  centraux  ou  périphériques,  qui  les  animent.  De  là,  une  seconde 
classe,  la  plus  vaste  et  la  plus  intéressante  de  toutes,  celle  des  maladies 
musculaires  liées  à  des  lésions  du  système  nerveux. 

3“  Enfin  les  muscles,  comme  tous  les  tissus  et  tous  les  éléments, 
exigent,  pour  le  maintien  de  leur  structure  et  de  leur  fonctionnement 
régulier,  l’état  plus  ou  moins  hygide  de  l’ensemble  de  l’économie,  dans  la 
constitution  de  laquelle  ils  entrent  pour  une  part  si  prépondérante;  ils 
demandent  surtout,  étant  donnée  leur  activité  transformatrice  et  combu¬ 
rante,  l’abord  régulier  d’un  sang  non  altéré.  Aussi,  beaucoup  de  maladies 
dites  générales  entraînent-elles  à  leur  suite  des  lésions  plus  ou  moins 
accusées  du  système  musculaire  ;  t  elles  sont  les  myopathies  qui  accompa¬ 
gnent  les  pyrexies  infectieuses  ou  les  états  fébriles  graves;  telles,  les 
altérations  musculaires  qui  se  montrent  dans  les  maladies  générales  chro- 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS. 


niques,  la  morve,  le  scorbut,  la  syphilis,  les  intoxications,  etc.  L’interpré¬ 
tation  du  mode  pathogénique  qui  préside  à  ces  lésions  musculaires  peut 
varier  selon  le  point  de  vue  doctrinal  sous  lequel  on  envisage  ces  maladies 
générales  ;  mais  que  l’on  rapporte  surtout  le  siège  et  les  causes  du  mal 
à  des  altérations  du  sang  ou  des  humeurs  (dyscrasies  aiguës  ou  chroniques) 
ou  que  l’on  considère  l’organisme  entier  comme  entaché  d’un  vice  spécial, 
peu  importe,  en  définitive  ;  quelle  que  soit  la  théorie,  le  caractère  deutéro- 
pathique  des  altérations  musculaires  dans  ces  maladies  s’impose,  pour  ainsi 
dire,  et  traduit  une  altération  générale  du  sang  et  des  sucs  nourriciers 
ou  de  l’ensemble  de  l’économie. 

Il  est  in  dispensable  de  commencer  notre  exposé  par  les  notions  fonda- 
men  taies  d’anatomie  pathologique  et  de  séméiologie  générales,  dont  l’ap¬ 
plication  se  retrouvera  ensuite  à  propos  de  chaque  chapitre  spécial  de 
pathologie  musculaire. 

L’ordre  que  nous  adoptons  sera  donc  le  suivant  : 

1°  Anatomie  et  physiologie  pathologiques  générales  des  muscles  (striés 
et  lisses). 

2“  Séméiologie  générale. 

3“  Affections  des  muscles  consécutives  aux  lésions  du  système  nerveux 
périphérique  ou  central. 

4°  Affections  des  muscles  consécutives  aux  maladies  générales  (fièvres, 
intoxications,  cachexies,  dyscrasies  aiguës  et  chroniques). 

5°  Affections  idiopathiques  (non  traumatiques)  des  muscles  (myosites 
spontanées,  paralysie  pseudo-hypertrophique?). 

6°  Considérations  thérapeutiques. 

Quant  aux  néoplasmes  et  aux  parasites  des  muscles,  leur  histoire  se 
trouvera  à  la  partie  chirurgicale  de  cet  article. 

1.  —  Anatomie  et  physiologie  pathologiques  générales  du 
système  musculaire.  — L’élément  anatomique  essentiel  du  muscle  strié 
est  la  fibre  primitive  (ou  faisceau  primitif);  elle  est  formée  :  1°  d’une  game 
transparente,  anhiste,  le  sarcolemme  ;  2“  de  la  substance  musculaire  ou  con¬ 
tractile  proprement  dite,  offrant  des  stries  transversales  et  des  stries  longitu¬ 
dinales,  moins  accusées  que  les  premières  ;  3“  de  ce  que  l’on  appelle,  depuis 
Max  Schultze,  la  cellule  musculaire  et  qui  est  formée  par  un  noyau  entouré 
d’une  petite  masse  de  protoplasma  interposée  entre  le  sarcolemme  et  la 
substance  contractile.  Les  fibres  primitives  sont  unies  les  unes  aux  autres 
par  un  tissu  conjonctif  très-délicat,  le  périmysium  interne;  enfin,  sous  le 
nom  de  périmysium  externe,  on  désigne  le  tissu  conjonctif  plus  dense  qui 
enveloppe  la  fibrille  musculaire  macroscopique,  résultant  de  la  réunion  d’un 
grand  nombre  de  fibrilles  primitives  (voir,  pour  les  détails.  Muscle,  Ana¬ 
tomie).  Chacune  de  ces  parties  constitutives  du  muscle  peut  devenir  le 
siège  d’altérations  variables,  dont  les  plus  importantes,  on  le  devine,  sont 
celles  qui  intéressent  la  substance  contractile  proprement  dite. 

Hypertrophie  bes  muscles.  —  Tout  organe  qui  fonctionne  d’une  façon 
exagérée  devient  le  siège  d’un  mouvement  nutritif  e.xcessif,  se  traduisant 
par  une  augmentation  de  volume  et  de  puissance  fonctionnelle  qui  con- 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  GÉNÉRALITÉS. 


slitue  y  hypertrophie.  On  trouve  dans  les  auteurs,  et  notamment  dans  la 
publication  de  Zenker,  de  longues  discussions  sur  la  question  de  savoir  où 
s’arrête  l’hypertrophie  physiologique,  où  commence  l’hypertrophie  patho¬ 
logique  d’un  muscle;  pourquoi,  alors  qu’on  ne  considère  pas  comme  mor¬ 
bide  l’hypertrophie  des  muscles  du  bras  chez  les  ouvriers,  celle  du  jarret 
chez  les  danseurs,  regarde-t-on  comme  telle  l’hypertrophie  du  cœur  ou  celle 
de  la  langue?  querelle  purement  scolastique,  comme  toutes  celles  qui  ont 
pour  but  d’établir  une  limite  entre  les  faits  d’ordre  physiologique  et  ceux 
d’ordre  pathologique. 

Les  muscles  hypertrophiés  s’accusent  par  une  saillie  efun  relief  plus 
considérables,  par  une  augmentation  de  la  consistance  et,  à  l’œil  nu,  par 
un  aspect  plus  ferme  et  une  coloration  plus  vive.  On  a  beaucoup  discuté 
sur  le  processus  intime  qui  préside  au  fait  de  l’hypertrophie,  et  si  elle 
consiste  en  une  augmentation  du  nombre  des  fibres  contractiles  ou  simple¬ 
ment  en  une  augmentation  de  leur  épaisseur.  Cette  question,  en  apparence 
élémentaire  et  facile  à  résoudre  par  les  méthodes  micrométriques,  est 
néanmoins  encore  pendante.  Kôlliker,  Hyrtl,  Rokitansky,  Fôrster,  admet¬ 
tent,  dans  l’hypertrophie  vraie,  une  hyperplastie  numérique  des  fibres  pri¬ 
mitives.  Mais  Hepp,  dans  sa  thèse  inaugurale,  donne  les  résultats  des 
mensurations  qu’il  a  faites  :  les  fibres  d’un  cœur  hypertrophié  examiné  par 
lui  mesuraient  en  moyenne  26  p,  tandis  que  celles  provenant  du  cœur 
d’une  vieille  femme  un  peu  amaigrie  ne  mesuraient  que  6  p  environ  ;  le 
rapport  des  deux  sortes  de  fibres  serait  donc  comme  1  :  4.  De  même,  en 
comparant  les  fibres  du  muscle  crémaster  très-hypertrophié  chez  un  sujet 
atteint  d’une  hydrocèle  considérable,  avec  les  fibres  du  muscle  grand 
oblique  et  transverse  du  même  sujet,  il  trouva,  pour  les  fibres  primi¬ 
tives  du  crémaster,  une  épaisseur  de  83  p,  pour  celles  du  grand  oblique, 
52  P  seulement.  Enfin,  les  fibres  lisses  d’une  vessie  hypertrophiée  lui  ont 
donné  une  épaisseur  double  de  celle  que  présentait  une  vessie  saine. 
Zenker,  qui  résume  ces  recherches  dans  sa  monographie,  reproche  à  l’au¬ 
teur  d’avoir  borné  ses  mensurations  à  ces  trois  cas,  et  d’avoir  généralisé  les 
résultats  obtenus  à  l’aide  d’un  chiffre  si  restreint  de  faits  ;  en  outre,  par  la 
critique  à  laquelle  il  soumet  ces  trois  faits,  et  notamment  en  faisant 
remarquer  que  le  cœur  soi-disant  sain  de  la  vieille  femme  était  en  réalité 
un  cœur  atteint  d’atrophie  sénile,  Zenker  arrive  à  contester  la  valeur  des 
conclusions  contenues  dans  la  dissertation  de  Hepp,  conclusions  admises 
par  la  plupart  des  histologistes. 

Tout  en  accordant  que,  dans  l’hypertrophie,  le  diamètre  des  faisceaux 
augmente,  Zenker  estime  que  cet  élargissement  ne  suffit  pas  pour  rendre 
compte  de  l’augmentation  de  volume  éprouvée  par  le  muscle;  pour  lui, 
outre  l’épaississement  des  fibres  préalablement  existantes,  il  se  produit, 
dans  rhypertrophie,une  augmentation  numérique  par  néo-formation  de  ces 
tiLves.  Il  se  passerait  là  quelque  chose  d’analogue  à  ce  queBudge,  Weiss- 
mann,  V.  Wittich  et  Margo  ont  constaté  lors  de  la  croissance  physiologique 
des  muscles  chez  la  grenouille  ;  un  gaslro-cnémien  de  grenouille  adulte  con¬ 
tient  un  nombre  bien  plus  considérable  de  fibres  que  celui  d’un  jeune  sujet. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATIIOLOGIOÜE.  273 

Rindfleisch,  récemment,  a  repris  cette  étude  au  point  de  vue  de  l’hyper¬ 
trophie  cardiaque;  il  a  recherché  vainement  une  différence  de  diamètre 
entre  les  fibres  normales  et  les  fibi’es  du  cœur  hypertrophié,  et  il  a  été 
conduit,  pour  l’interprétation  du  fait  de  l’hypei’trophie,  à  une  hypothèse 
nouvelle,  qui,  du  reste,  de  son  propre  aveu,  ne  s’applique  qu’au  cœur: 
celle  d’une  division  partielle  des  fibres.  «  On  sait,  dit-il,  que  les  fibres 
musculaires  du  cœur  se  bifurquent;  on  peut  aussi  dire  qu’elles  s’anasto¬ 
mosent  parleurs  bifurcations;  en  un  mot,  elles  forment  des  réseaux  ou  des 
membranes  fenêtrées,  dont  les  lacunes  allongées,  espèces  de  fentes,  ont 
des  dimensions  très-variables.  Des  lacunes  fusiformes  très-considérables 
alternent  avec  de  toutes  petites  fissures;  ces  dernières  peuvent  être  consi¬ 
dérées  comme  existant  dans  le  corps  même  de  la  fibre  musculaire;  on  les 
rencontre  le  plus  souvent  à  l’endroit  où 
une  fibre  un  peu  épaisse  se  bifurque  (fig. 

.35,  a) ,  et  il  ne  me  paraît  nullement  douteux 
que  la  traction  exercée  par  la  branche  de 
bifurcation  pendant  la  contraction  ne  favo¬ 
rise  leur  formation.  »  Cette  explication  mé¬ 
canique,  séduisante  assurément,  est  loin 
d’être  démontrée;  du  reste,  le  fût-elle  pour 
le  cœur,  quelle  ne  saurait  s’appliquera 
l’hypertrophie  des  muscles  striés  propre¬ 
ment  dits. 

Il  est  probable  que  le  processus  hyper¬ 
trophique  des  muscles  admet  deux  facteurs, 

•  qui  sont  l’épaississement  de  la  fibre  mus¬ 
culaire  d’une  part,  et  d’autre  part  l’aug¬ 
mentation  numérique  des  éléments  conractiles  ;  mais  il  faut  l'econnaître- 
que  le  problème  n’est  pas  encore  définitivement  résolu,  et  il  y  a  là  matière 
à  de  nouvelles  recherches. 

Il  existe  dans  la  science  un  certain  nombre  de  faits  qui  paraissent  se  rap¬ 
porter  à  de  l’hypertrophie  musculaire;  la  plupart  sont  d’origine  congénitale; 
l’hypertrophie,  dans  ces  cas,  porte  sur  une  moitié  du  corps  ou  sur  l’un  des 
membres  (Trélat  et  Monod),  ou  sur  une  moitié  de  la  face  (Friedreich,  Pas- 
sauer)  et  s’accompagne,  le  plus  souvent,  d’une  hypertrophie  concomitante 
des  os,  du  tissu  conjonctif  et  de  la  peau.  Il  est  permis  de  rapprocher  ces 
excès  de  développement  de  l’état  précisément  opposé  que  l’on  observe  dans 
la  singulière  affection  décrite  par  Rombei’g,  sous  le  nom  de  trophonévrose 
faciale,  et  sur  laquelle  nous  aurons  à  l’evenir. 

Quant  aux  faits  de  niacroglossie  (t.  XX,  p.  131),  si  souvent  invoqués 
comme  des  exemples  d’hypertrophie  vraie,  ils  tiennent  le  plus  souvent  à 
un  développement  exagéré  des  lymphatiques  (Virchow,  Arnstein),  ou  des 
vaisseaux  sanguins  constituant  un  véritable  tissu  caverneux  (Maas).  Cepen¬ 
dant  0.  Weber,  Grohe  et  Buhl  (cités  par  Friedreich)  ont  publié  des  faits  de 
macroglossie,  totale  ou  unilatérale,  liée  à  l’hypertrophie  vraie  de  la  muscu¬ 
lature  linguale. 


XXlll.  —  18 


274  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique. 

Plus  récemment,  Auerbach  a  publié,  comme  «cas d’bypertropbie muscu¬ 
laire  vraie,  »  l'observation  d’un  sujet  âgé  de  vingt-et-un  ans  qui,  à  la  suite 
des  fatigues  de  la  guerre,  vit  son  bras  droit  prendre  un  développement  pro¬ 
gressif  et  considérable,  sans  augmentation  de  volume  appréciable  de  l’os. 
Un  fragment  de  muscle,  excisé  et  examiné  au  microscope,  présenta  «  une 
énorme  hypertrophie  des  fibres  primitives,  dont  le  diamètre  était  trois  fois 
supérieur  à  celui  d’une  fibre  normale  ;  les  noyaux  musculaires  étaient  en  voie 
active  de  prolifération  ;  pas  d’hypertrophie  du  périmysium  ni  de  dépôt  in¬ 
terstitiel  de  tissu  adipeux  ;  réactions  électriques  normales  ;  les  muscles  du 
bras  hypertrophié  offraient  une  puissance  de  contraction  supérieure  aux 
muscles  du  côté  opposé,  mais  aussi  un  épuisement  plus  rapide;  aucun 
trouble  de  la  sensibilité  ;  ni  douleurs  ni  fourmillements.  »  0.  Berger  a  relaté 
quelques  faits  analogues,  mais  moins  nets,  compliqués  qu’ils  étaient  de 
blessures  des  nerfs,  de  thrombose  veineuse,  etc.  A  cela  se  bornent 
les  documents  relatifs  à  l’hypertrophie  vraie  des  muscles  de  la  vie  de 
relation,  et  l’on  devine  qu’il  ne  soit  guère  possible  de  tenter  une  descrip¬ 
tion  didactique  d’après  ces  quelques  faits  isolés  et  d’une  interprétation 
douteuse. 

Pour  les  organes  munis  de  fibres  lisses,  quand  ils  viennent  à  s’hyper- 
trophier,  soit  physiologiquement,  comme  l’utérus  gravide,  soit  patholo¬ 
giquement,  comme  la  vessie  dans  les  affections  prostatiques,  ou  la  mus¬ 
culeuse  stomacale  dans  le  voisinage  d’une  tumeur  carcinomateuse,  etc., 
dans  tous  ces  cas,  il  est  facile  de  s’assurer  que  l’hypertrophie  s’ac¬ 
compagne  d’une  augmentation  de  volume,  souvent  énorme,  des  fibres- 
cellules. 

Au  pointde  vue  clinique,  c’est  surtout  l’histoire  del’hypertrophiecardiaque 
qui  est  intéressante  ;  on  trouvera,  à  l’article C(ŒaR(voy.  t.VIII,  p.  480),  l’exposé 
des  principales  conditions  dans  lesquelles  cette  hypertrophie  se  développe 
(hypertrophie  physiologique  des  vieillards  [Bizot]  et  des  femmes  enceintes 
[Larcher]  ;  hypertrophie  dans  les  lésions  valvulaires  du  cœur  et  dans  la  né¬ 
phrite  interstitielle,  etc.).  Dans  tous  ces  cas,  sauf  peut-être  celui  de  l’hyper¬ 
trophie  brightique,  où  le  problème  est  plus  complexe  que  ne  le  suppose 
Traube,  l’origine  mécanique  de  l’hypertrophie  est  évidente  :  le  cœur,  ayant- 
à  effectuer  un  travail  plus  considérable,  s’hypertrophie,  comme  le  font 
dans  les  mêmes  circonstances,  à  l’état  physiologique,  les  muscles  de  la  vie 
de  relation;  mais  ce  qui  caractérise  l’hypertrophie  cardiaque  et  qui  fait 
quelle  ne  justifie  pas  toujours  l’appellation  et  le  rôle  de  'providentielle- 
qu’on  lui  a  attribués,  c’est  le  degré  excessif  qu’elle  acquiert  dans  quelques 
cas  et  sa  tendance  marquée  aux  dégénérescences,  d’où  l’asystolie  et  la  mort 
subite  par  syncope. 

Chez  les  emphysémateux,  les  asthmatiques,  et  en  général  dans  les  affec¬ 
tions  chroniques  accompagnées  d’accès  fréquents  et  pfolongés  de  dyspnée, 
on  constate  souvent  une  véritable  hypertrophie  des  muscles  auxiliaires  de 
la  respiration,  des  pectoraux,  des  scalènes,  des  sterno-mastoïdiens,  des 
grands  dentelés,  etc.  On  connaît  la  saillie  que  forment,  chez  les  emphysé¬ 
mateux,  les  muscles  latéraux  du  cou,  qui  s  dessinent  comme  des  cordes- 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATIIOLOGIttüE.  275 

tendues  sous  la  peau,  hypertrophie  qui  contraste  souvent  avec  la  gracilité 
des  autres  muscles  du  corps,  et  sur  le  mode  pathogénique  de  laquelle  il  est 
inutile  d’insister. 

Il  existe,  chez  les  enfants,  une  affection  singulière,  où  les  muscles  des 
extrémités  inférieures  et  du  tronc,  augmentés  de  volume,  offrent  toutes  les 
apparences  de  l’hypertrophie,  alors  cependant  que  l’état  anatomique  réel 
est  tout  différent  ;  c’est  la  paralysie  pseudo-hypertrophique  de  Duchenne, 
dont  on  trouvera  plus  has  l’exposé. 

Atrophie  des  muscles. —  De  toutes  les  lésions  anatomo-pathologiques  du 
muscle,  c’est  là  la  plus  commune  et  celle  dont  l’étiologie  est  la  plus 
variable;  elle  se  combine,  du  reste,  avec  d’autres  processus,  telles  que  les 
dégénérescences  et  les  myosites. 

A  l’œil  nu,  l’atrophie  du  muscle,  pour  peu  qu’elle  soit  accusée,  entraîne 
la  diminution  de  volume  de  l’organe,  l’effacement  de  la  saillie  ou  du  ventre 
musculaire  ;  la  consistance  est  diminuée,  parfois  cependant  augmentée, 
les  muscles  offrant  une  dureté  et  une  rigidité  comme  libroïdes,  lesquelles  se 
rattachent  en  effet  à  la  transformation  fibreuse  qui  accompagne  ou  qui  suit 
fréquemment  l’atrophie.  La  coloration  des  muscles  atrophiés  est  moins  vive 
qu’à  l’état  sain,  elle  s’affaiblit  au  point  parfois  de  ressembler  à  celle  de  la 
chair  de  poisson  ;  d’autres  fois  la  teinte  est  jaune-pâle,  ocreuse  ou  blan¬ 
châtre  ;  enfin,  dans  les  stades  ultimes,  quand  la  substitution  fibreuse  est 
presque  totale,  le  muscle  a  l’aspect  d’une  bande  cellulo-fibreuse  plus  ou 
moins  dense  et  rétractée. 

Les  altérations  histologiques  portent  principalement  sur  la  substance 
striée,  contractile  ;  si  l’on  voulait  être  strictement  exact,  et  prendre  le  vo¬ 
cable  atrophie  dans  son  acception  rigoureuse,  il  ne  faudrait  comprendre 
sous  cette  dénomination  que  les  seuls  états  pathologiques  du  muscle  où  la 
fibre  primitive  est  simplement  diminuée  de  volume,  sans  autre  altération 
de  composition  ni  de  structure.  Mais,  en  réalité,  l’atrophie  marche  souvent 
de  front  avec  d’autres  lésions  de  nutrition,  soit  de  la  substance  contractile  (al¬ 
térations  granuleuse,  granulo-graisseuse,  etc.),  soit  du  tissu  conjonctif  in¬ 
terstitiel,  lésions  de  nature  dégénérative  ou  inflammatoire  ;  la  distinction 
que  nous  adoptons  ici,  à  l’exemple  de  tous  ceux  qui  ont  écrit  sur  le  muscle, 
entre  l’atrophie  et  les  dégénérescences  ne  laisse  donc  pas  que  d’être,  en 
partie,  artificielle. 

Atrophie  simple.  Dans  cette  forme,  les  faisceaux  primitifs  ont  conservé 
leur  structure  et  n’ont  subi  qu’une  diminution  de  leur  diamètre  transversal. 
La  striation  transversale  et  longitudinale  est  nettement  conservée  ;  la  trans¬ 
parence  du  sarcolemme  est  parfaite  ;  on  ne  constate  aucune  multiplication 
du  noyau  de  la  cellule  musculaire  ni  aucune  modification  de  la  petite  masse 
de  protoplasma  qui  l’entoure  ;  tout  se  borne  à  la  réduction  de  volume  subie 
par  la  fibre  primitive.  Sur  la  coupe  transversale  d’un  muscle  atrophié,  on 
s’aperçoit,  avant  toute  mensuration  micrométrique,  que  la  fibre  musculaire 
ne  remplit  pas  tout  l’espace  qui  lui  est  destiné  et  que  la  substance  contrac¬ 
tile  est  séparée  par  un  certain  espace  du  sarcolemme  maintenu  en  place. 
Rindlloisch  admet,  pour  l’atrophie  simple,  une  participation  manifeste  du 


276 


MUSCLE.  —  P.A.THOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIÜÜE. 
tissu  conjonctif  interstitiel,  du  périmysium  interne,  dont  les  cellules  lui 
semblent  plus  riches  en  protoplasma  et  en  voie  de  prolifération  (voy.  fîg.  35); 
mais  peut-être  les  cas  observés  par  lui  et  qu’il  emprunte  indifféremment  à 
des  »  muscles  condamnés  depuis  longtemps  à  un  repos  forcé,  comme  ceux 
d’une  articulation  ankylosée,  ou  à  des  muscles  paralysés  »  se  rapportent-ils 
moins  à  l’atrophie  simple  qu’à  un  processus  irritatif  en  même  temps 
qu’atrophique. 

Dans  une  communication  intéressante  faite  àlaSociétéde  Biologie  (1871), 
Rarivier  a  donné  les  résultats  que  lui  a  fournis  la  mensuration  du  diamètre 
des  faisceaux  primitifs  du  couturier  d’un  homme  vigoureux,  ayant  succom¬ 
bé  à  une  maladie  aiguë,  et  des  fibrilles  du  même  muscle  pris  sur  un  homme 
très-émacié  par  une  dysentérie  chronique.  Tandis  que  chez  le  premier  le 
diamètre  de  la  libre  était  de  55  pt,  il  ne  mesurait 
chez  le  second  que  30  a.  II  en  conclut  que  l’atro¬ 
phie  musculaire  provoquée  par  l’amaigrissement 
est  surtout  le  fait  de  l’atrophie  des  faisceaux  piû- 
mitifs;  si  dans  ces  cas,  le  tissu  conj onctif  intersti¬ 
tiel  paraît  hypertrophié,  ;cette  hypertrophie  n’est 
souvent  qu’apparente,  par  suite  du  contraste 


Fig.  35.  —  Atrophie  simple  du  muscle  (*).  Fig.  36.  —  Atrophie  simple  avec  for¬ 

mation  interstitielle  de  graisse  (**). 

C)  a.  Tissu  conjonctif  interstitiel  avec  grosses  cellules.  —  6.  Fibres  musculaires  à  divers  degrés  d'atro¬ 
phie.  —  g.  Vaisseau  capillaire.  —  Grossissement  :  300  (d’après  Rindfleisch,  Histologie  pathologique'). 

(**)  a.  Fibre  musculaire  en  voie  d’atropiiie.  —  h.  Rangées  de  cellules  adipeuses  parallèles  aux  libres 
musculaires.  —  Grossissement  :  300. 

qui  existe  entre  la  substance  musculaire  fortement  atrophiée  et  le  péri¬ 
mysium  à  peu  près  intact  (Vulpian). 

Cependant,  dans  les  atrophies  très-prononcées,  surtout  dans  celles  con¬ 
sécutives  aux  lésions  nerveuses,  sur  lesquelles  nous  insisterons  plus  loin, 
la  participation  du  tissu  conjonctif  interstitiel  est  manifeste  et  se  traduit 
soit-par  une  hypertrophie  avec  rétraction,  soit  parla  scléro-adipose  du  péri¬ 
mysium.  Dans  ces  cas,  on  voit  le  périmysium  s’infiltrer  de  cellules  adipeu¬ 
ses,  généralement  de  dimension  uniforme,  disposées  en  séries  longitudi¬ 
nales,  parallèlement  aux  fibres  musculaires.  Celles-ci  subsistent,  nettement 
striées,  mais  plus  ou  moins  réduites  de  diamètre;  par  places  (fig.  36)  la 
substance  contractile  a  disparu,  mais  on  voit  «  persister  le  sarcolemme  qui 
forme  un  canal  vide  passant  d’un  fragment  à  l’autre,  et  dont  l’intéTieur  ne 
présente  pas  la  moindre  formation  de  graisse.  «  (Rindfleisch). 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATIIOLOGIÜÜE.  277 

Gomme  le  fait  remarquer  cel  histologiste,  le  dépôt  adipeux  interstitiel  est 
ici  proprement  consécutif  à  l’atrophie  de  la  substance  contractile,  et  ne 
paraît  se  faire  que  comme  mode  de  remplissage  et  pour  combler  les  vides. 
Dans  la  surcharge  graisseuse  des  muscles,  au  contraire,  comme  dans  la 
polysarcie  ou  chez  les  animaux  soumis  à  l’engrais,  c’est  le  dépôt  de  graisse 
interstitielle  qui  est  le  fait  primitif  et  qui,  quand  il  atteint  des  proportions 
excessives, peut  entraîner  secondairement  l’atrophie  des  faisceaux  primitifs 
par  compression  et  asphyxie.  C’est  aussi  ce  processus  que  nous  retrouve¬ 
rons  quand  nous  traiterons  de  la  paralysie  pseudo-hypertrophique  de 
Duchenne. 

Dégénéresce-NCES  musculaires.  La  limite  qui  sépare  l’atrophie  proprement 
dite  des  dégénérescences  est,  nous  le  répétons,  souventarbitraire,  les  deux 
lésions  marchant  habituellement  de  front,  et  l’atrophie  n’étant,  à  tout 
prendi’e,  qu’un  mode  initial  et  atténué  de  dégénérescence.  Celle-ci  peut 
affecter,  sur  le  muscle,  quati’e  types  principaux  :  1°  la  dégénérescence  gra¬ 
nuleuse;  2°  la  dégénérescence  granulo-graisseuse ;  3°  la  dégénérescence 
pigmentaire;  4“  la  dégénérescence  cireuse  ou  vitreuse;  ces  modes  d’alté¬ 
ration  peuvent  du  reste  se  combiner  sur  le  même  muscle  et  dans  la  même 
affection. 

A.  Dégénérescence  granuleuse.  Le  faisceau  primitif  cesse  d’être  nettement 
strié  et  les  stries  peuvent  même  disparaître  complètement;  le  contenu  mus¬ 
culaire  est  alors  formé  par  des  granulations  très-fines,  à  peine  distinctes  les 
unes  des  autres,  communiquant  au  faisceau  un  aspect  grenu.  Dans  quel¬ 
ques  cas,  les  granulations  sont  plus  volumineuses,  isolées  et  faciles  à  con¬ 
fondre  avec  les  granulations  graisseuses. Cependant,  quel  que  soit  le  volume 
de  ces  granulations,  elles  offrent,  ainsi  que  Ch.  Robin  le  premier  l’a  dé¬ 
montré,  tous  les  caractères  histochimiques  des  substances  albuminoïdes; 
elles  résistent  à  l’éther  et  au  chloroforme,  pâlissent  au  contraire  et  dispa¬ 
raissent  sous  l’action  de  l’acide  acétique  ;  ce  sont  donc  bien  des  particules 
de  nature  protéique  et  non  des  granulations  graisseuses.  C’est  une  altération 
purement  passive  et  atrophique  du  reste,  et  que  l’on  a  cherché,  à  tort  selon 
nous,  à  rapprocher  de  l’aspect  granuleux  que  prennent  certains  élénients 
histologiques,  les  cellules  épithéliales  notamment,  au  premier  stade  de  l’in¬ 
flammation,  aspect  que  Virchow  a  signalé  et  décrit  sous  le  nom  de  tumé¬ 
faction  trouble  (trùbe  schwellung);  ce  nom,  ainsi  que  le  processus  auquel  il 
s’applique,  indiquent  un  état  de  turgescence  active  et  de  gonflement  irri¬ 
tatif  qui  n’existent  nullement  dans  la  lésion  qui  nous  occupe. 

B.  Dégénérescence  graisseuse  ou  granulo-graisseuse.  Ici,  il  s’agit  bien  d’une 
transformation  graisseuse  du  contenu  du  faisceau  primitif.  Elle  s’accuse  par 
l’apparition  de  fines  granulations  réfringentes  dont  le  premier  dépôt  s’efléc- 
tue  au  niveau  même  du  protoplasma  et  tout  autour  du  noyau  de  la  cellule 
musculaire  ;  bientôt  apparaissent  d’autres  gouttelettes  qui  occupent  d’abord , 
non  pas  les  éléments  musculaires  biréfringents  ou  sarcous  éléments 
de  Bowman,  -mais  la  substance  transparente  intermédiaire  ;  plus 
tard  (voy.  fig.  37)  les  granulations  se  juxtaposent  bout  à  bout  dans  l’axe 
du  faisceau  primitif,  sous  forme  de  chapelets  fins  et  élégants  correspondant 


278  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique. 

toujours,  non  pas  aux  éléments  disdiaclastes,  mais  à  la  substance  isotrope 
intermédiaire;  enfin,  dans  les  stades  ultimes  de  la  dégénérescence,  la 
gaine  du  sarcolemme  est  presque  totalement  remplie  par  une  fine  poussière 
ou  par  des  flaques  graisseuses,  en  même  temps  qu’il  n’existe  plus  de 
trace  de  substance  striée. 

Un  des  sièges  de  prédilection  de  la  stéatose  musculaire  vraie  est  lemyo- 
cai’de  ;  le  cœur,  en  effet,  par  son  activité  incessante,  est  de  tous  les  muscles 
de  l’économie  celui  qui  exige  la  nutrition  la  plus  assurée  ;  aussi  constitue- 
t-il,  à  l’état  pathologique,  un  véritable  réactif,  et  des 
plus  délicats,  de  tous  les  troubles  apportés  à  la  nutri¬ 
tion  générale.  De  là  la  fréquence  dès  altérations  du 
myocarde,  non-seulement  dans  les  affections  propres 
du  cœur,  mais  encore  dans  la  plupart  des  maladies 
générales,  des  pyrexies  et  des  intoxications.  L’alté¬ 
ration  graisseuse  est  une  des  principales  de  ces  lé¬ 
sions;  elle  se  reconnaît  à  la  diminution  de  consistance 
de  Torgane  qui  devient  mou,  friable  et  présente  une 
coloration  terne,  feuille-morte,  ou  franchement  jaune 
(atrophie  jaune  du  cœur).  Tantôt  elle  est  diffuse  et 
occupe  toutes  les  parties  du  viscère,  ainsi  que  cela 
s’observe  dans  les  fièvres  graves  ;  d’autres  fois  elle 
est  superficielle,  corticale,  occupant  les  couches 
Fig.  37.—  Dégénérés-  sous-péricardiques  OU  sous-endocardiques,  et  elle  ac- 
cence  paisseuse  des  fi-  compagne  les  inflammations  de  ces  séreuses  (Stokes)  ; 
bres  striees.  —  .Gros-  ,  ^  °  .  ,  , 

sissement  :  300.  dans  ce  cas,  le  travail  pathologique  est  plus  complexe 
et  paraît  le  résultat  d’une  véritable  myocardite;  enfin, 
il  n’est  pas  rare  de  constater  «  au  milieu  des  parties  musculaires  du  ventricule 
gauche,  dans  le  voisinage  de  la  pointe,  un  foyer  graisseux  ramolli,  consi¬ 
dérable,  atteignant  jusqu’à  la  grosseur  d’une  noisette . Cet  état  si  grave, 

cause  fréquente  de  la  rupture  du  cœur,  doit  être  ramené  probablement  à  la 
dégénérescence  athéromateuse  des  artères  coronaires,  avec  oblitération  par 
thrombose  d’une  de  leurs  ramifications  principales.  »  (Rindfleisch.) 

Faisons  remarquer  que  c’est  pour  le  cœur  surtout  qu’il  importe  de  dis¬ 
tinguer  cette  stéatose  vraie  d’avec  la  surcharge  graisseuse,  lésion  beaucoup 
moins  grave,  curable  (Hirtz,  Philbert)  et  comportant  par  conséquent  un 
tout  autre  pronostic. 

La  stéatose  des  muscles  de  la  vie  de  relation  s’observe  surtout  avecnetteté 
et  d’après  un  mode  aigu  dans  certaines  intoxications,  celle  par  le  phosphore 
notamment,  dans  les  cachexies,  particulièrement  dans  la  cachexie  sénile; 
il  peut  se  joindre  à  la  lésion  purement  atrophique  des  muscles,  un  certain 
degré  d’altération  granulo-graisseuse  (Vulpian,  Dunant);  mais  il  est  certain 
que  dans  les  paralysies  amyotrophiques  on  a  admis  cette  même  altération 
des  muscles  un  peu  a  priori  et  d’une  façon  trop  systématique. Dès  le  début 
des  recherches  histologiques  sur  l’atrophie  musculaire  progressive. 
Ch.  Robin  maintenait,  malgré  l’opinion  opposée  de  Virchow,  que  la  lésion 
musculaire  ne  consiste  point  en  une  transformation  adipeuse  du  muscle. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE.  279 

mais  uniquement  en  une  atrophie  albumino-granuleuse.  Les  recherches 
expérimentales  et  histologiques  de  Vulpian  ont,  en  effet,  établi  que  les  alté¬ 
rations  des  muscles,  à  la  suite  de  lésions  nerveuses,  de  la  section  des 
nerfs  par  exemple,  consistent  surtout»  en  une  atrophie  simple,  non  grais¬ 
seuse;  »  quand  un  dépôt  de  graisse  s’effectue,  dans  les  périodes  très- 
avancées  de  la  paralysie,  ce  dépôt  siège  non  pas  dans  les  faisceaux  primi¬ 
tifs,  à  l’intérieur  de  la  gaine  du  sarcolemme,  mais  dans  le  tissu  conjonctif 
interstitiel.  C’est  là  une  donnée  anatomo-pathologique  importante,  sur 
laquelle  nous  aurons’ à  revenir. 

L’atrophie  simple  et  graisseuse  des  fibres  musculaires  lisses  a  moins 
attiré  l’attention  des  anatomo-pathologistes,  et  cependant  elle  mérite  une 
mention  spéciale.  Outre  l’atrophie  physiologique  des  fibres  utérines,  avant 
la  puberté  et  après  la  ménopause,  signalons  l’atrophie  fréquente  de  cet 
organe  chez  les  phthisiques,  constatée  pour  la  première  fois  par  Montgom- 
mery  (cité  par  Stokes),  et  coïncidant  avec  l’atrophie  du  cœur.  Dans  les  cas 
fi’anus  contre  nature,  le  bout  inférieur  de  l’intestin  présente  une  atrophie 
considérable  de  toutes  ses  tuniques,  surtout  de  la  musculeuse. 

Mais  ce  sont  surtout  les  lésions  dégénératives  de  la  tunique  moyenne  des 
artères  qui  doivent  fixer  notre  attention.  Les  recherches  de  Lobstein  et 
Virchow,  celles  de  Cornil  et  Ranvier  ont  nettement  établi  le  rôle  del’endar- 
térite  chronique  et  de  l’usure  graisseuse  de  la  tunique  interne  dans  l’athé- 
romeetdansla  genèse  des  anévrysmes;  Charcot  et  Bouchard,  dans  leurs  mé¬ 
morables  travaux  sur  les  anévrysmes  miliaires  et  sur  les  connexions  de  cette 
lésion  avec  l’hémorrhagie  cérébrale,  ont  mis  en  lumière  l’importance  de  la 
périartérite  scléreuse  ;  mais  il  nous  semble  que  l’on  n’a  peut-être  pas  fait 
la  part  suffisante  aux  altérations  de  texture  dont  la  tunique  moyenne  des 
artères  peut  être  primitivement  le  siège  et  aux  conséquences  de  ces  altéra¬ 
tions.  Dans  notre  thèse  inaugurale,  nous  avons  mentionné  le  résultat  de 
recherches  personnelles,  où  nous  avons  pu  constater,  chez  des  sujets  âgés, 
une  stéatose  prononcée  des  fibres-cellules  de  la  tunique  moyenne  des  arté¬ 
rioles,  surtout  des  artérioles  cérébrales,  alors  que  la  tunique  interne  est 
relativement  peu  malade.  Plus  récemment,  Hoffmann,  reprenant  les  re¬ 
cherches  de  Charcot  et  Bouchard  sur  les  anévrysmes  niiliaires,  est  arrivé 
aux  mêmes  résultats  que  ces  auteurs,  avec  cette  différence  que  pour  lui  la 
cause  principale  des  dilatations  miliaires  résulte,  non  pas  de  la  périartérite, 
mais  de  l’altération  dégénérative  delà  tunique  moyenne. 

Quoi  qu’il  en  soit  du  mode  de  succession  chronologique  des  altérations 
des  diverses  tuniques  artérielles,  il  est  constant  que,  dans  les  stades  un  peu 
avancés  de  l’athérome  ainsi  que  de  la  périartérite  scléreuse,  la  couche  mus¬ 
culeuse  est  envahie,  soit  par  la  dégénérescence  graisseuse,  soit  par  la  cré- 
tification;  altération  qui  est  surtout  marquée  sur  les  petites  artères, 
relativement  bien  plus  riches  en  fibres-cellules  que  les  troncs  plus  volumi¬ 
neux.  De  là,  des  conséquences  faciles  à  prévoir  ;  non-seulement  les  petites 
artères  deviennent  rigides,  perdent  leur  élasticité  et  opposent  par  consé¬ 
quent  au  sang  une  résistance  plus  grande  ;  mais  encore,  par  suite  de  la  des¬ 
truction  de  la  tunique  moyenne  et  des  éléments  musculaires  qu’elle 


^80  MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIÜÜE. 

contient,  ce  vaisseau  est  devenu  désormais  un  tube  inerte,  incapable  de  se 
resserrer  comme  de  se  dilater,  incapable  par  conséquent  de  distribuer,  pour 
ainsi  dire  intelligemment, le  sang  dans  la  profondeur  des  organes.  La  ré¬ 
partition  du  liquide  sanguin,  soustraite  à  l’action  vaso-motrice,  ne  s’ef¬ 
fectue  pins  que  sous  l’impulsion  aveugle  du  cœur,  et  toute  cette  irrigation 
artérielle  périphérique,  si  délicate  à  l’état  normal,  échappe  à  l’action  régu¬ 
latrice  des  centres  nerveux.  De  là,  abstraction  faite  des  oblitérations  embo¬ 
liques  ou  thrombosiques  qu’entraînent  les  dégénérescences  artérielles,  des 
troubles  circulatoires  moins  palpables,  plus  insidieux,  mais  tout  aussi 
graves  et  plus  généralisés,  qui  entravent  lentement  et  compromettent  la 
nutrition  delà  plupart  des  organes.  On  devine  quel  intérêt  et  quelle  portée 
gagne  l’histoire  des  lésions  vasculaires  périphériques,  quand  on  l’envisage 
au  point  de  vue  particulier  des  conséquences  qu’amène  la  destruction  der 
la  musculature  artérielle. 

G.  Dégénérescence  pigmentaire.  Elle  consiste  en  une  atrophie  accompagnée 
de  dépôt,  dans  l’intérieur  de  la  substance  contractile,  de  particules  pig¬ 
mentaires  de  couleur  noire  ou  ocreuse  ;  on  ignore  si  le 
pigment  est  de  provenance  hématique,  ou  s’il  résulte 
d’une  altération  de  la  matière  colorante  propre  du 
muscle.  Cette  altération  s’observe  surtout  dans  le  myo¬ 
carde,  où  elle  constitue  ce  qu’on  appelle  l’atrophie 
brune  du  cœur,  fréquente  dans  les  cachexies,  dans 
l'inanition,  le  marasme  sénile  {voy.  fig.  38.)  . 

D.  Dégénérescence  cireuse,  vitreuse.  On  en  doit  la  dé¬ 
couverte  à  Zenker.  Il  a  résumé  ses  recherches  dans  une 
monographie  parue  en  186/i  [Ueber  die  Verdnderun- 
gen  der  willkührlic lien  Muskeln  im  Typhus  abdominalis) 
et  qui  fait  époque  dans  la  science.  Avant  lui,  les  ana¬ 
tomo-pathologistes  n’avaient  tenu,  pour  ainsi  dire, 
aucun  compte  de  l’état  des  muscles  dans  les  fièvres, 
dans  la  fiè\Te  typhoïde  notamment,  lacune  d’autant 
plus  remarquable,  fait  observer  Zenker,  que  la  pro¬ 
stration  musculaire  si  prononcée  pendant  toute  la  durée 
de  cette  maladie  et  qui  persiste  pendant  la  conva¬ 
lescence,  paraissait  bien  faite  cependant  pour  éveiller  l’attention  et  provoquer 
des  recherches  dans  cette  direction.  Louis,  dans  son  livre  classique  sur  la 
lièvre  typhoïde,  affirme  expressément  l’intégrité  des  muscles  de  la  vie  de 
relation,  et  pour  le  typhus  irlandais  Stokes  se  prononce  de  même  et  ne 
mentionne,  comme  Louis,  que  le  ramollissement  et  l’atrophie  du  cœur. 

Velpeau,  cependant,  dans  l’article  Abdomen  (Ruptures  de  1’)  du  Diction¬ 
naire  en  trente  volumes,  mentionne  la  fréquence  relative  des  ruptures  et 
la  suppuration  consécutive  des  muscles  grands  droits  de  l’abdomen  dans 
la  fièvre  typhoïde,  et  il  s’étonne  que  cet  accident  n’ait  pas  attiré  davantage 
l’attention  des  médecins. 

Rokitansky,  dans  la  première  ^ition  de  son  anatomie  pathologique, 
dit  «  avoir  rencontré  à  diverses  reprises  des  déchirures  des  muscles 


Fig.  38.  —  Atrophie 
brune  du  muscle 
cardiaque.  Fragment 
de  fibres  musculaires 
avec  granulations  pig¬ 
mentaires  dans  l’inté¬ 
rieur  des  faisceaux 
primitifs.  —  1/300. 
(Rindfleisch.)- 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  — .ANATOMIE  PATHOLOGIQUE.  281 

droits  de  l’abdomen,  produites  pendant  le  cours  de  l’iléo-lyphus  et  déter¬ 
minées  par  les  convulsions  ».  Virchow,  qui  reprit  ce  sujet,  montra  que  ces 
ruptures  étaient  favorisées  et,  en  quelque  sorte,  préparées  par  une  altération 
parenchymateuse  préalable  du  tissu  musculaire  de  la  région. 

Jusque-là,  le  fait  des  ruptures  musculaires  dans  la  fièvre  typhoïde,  qu’on  les 
attribuât  aux  convulsions  comme  Rokitansky,  ou  comme  Virchow  à  une 
altération  préalable,  n’avait  été  envisagé  que  comme  un  accident  rare,  lié  à 
un  processus  purement  local.  Ce  fut  néanmoins  la  connaissance  de  ces 
faits  qui  amena  Zenker  à  rechercher  si  ces  altérations  musculaires,  invo¬ 
quées  par  Virchow,  «  n’exislaient  qu’au  niveau  de  la  rupture,  ou  si  on  les 
retrouverait  sur  d’autres  points  du  système  musculaire;  en  un  mot,  s’agissait- 
il  sinapleinent  d’une  complication  exceptionnelle  ou,  au  contraire,  d’un 
processus  constant  dans  la  fièvre  typhoïde,  et  se  manifestant  parfois  par  le 
fait  apparent  et  grossier  de  la  rupture  musculaire?  »  Des  recherches  pour¬ 
suivies  dans  cette  direction  à  Dresde,  depuis  1859  à  1862,  sur  plus  de  cent 
sujets  ayant  succombé  à  la  fièvre  typhoïde,  aux  stades  les  plus  variés  de  la 
maladie,  Zenker  se  crut  autorisé  à  tirer  la  conclusion  suivante  :  «  Dans 
la  fièvre  typhoïde,  il  existe  une  dégénérescence  particulière  des  fibres  mus¬ 
culaires  striées, répartie  dans  les  groupes  musculaires  les  plus  variés;  cette 
lésion, quoique  variableen  étendueetenintensité,ne!ecède  guère,  sous  le  rap¬ 
port  de  la  constance,  à  l’altération  caractéristique  des  plaques  intestinales.  >> 

Sans  souscrire  entièrement  à  ce  que  cette  proposition  a  de  très-absolu 
dans  son  énoncé,  il  faut  reconnaître  qu’il  s’agit  là  d’un  résultat  considé¬ 
rable,  non-seulement  au  point  de  vue  de  la  pathologie  musculaire,  mais 
encore  et  surtout  à  celui  du  processus  fébrile  en  général. 

Certains  caractères  permettent  déjà  à  l’œil  nu  de  reconnaître  les  muscles 
où  le  microscope  révélera  la  lésion  caractéristique.  Ils  présentent  un  aspect 
pâle,  comme  anémique,  contrastant  avec  la  coloration  rouge  normale  des 
muscles  avoisinants  ;  dans  les  degrés  plus  avancés,  la  couleur  des  muscles 
atteints  est  gris-rougeâtre,  gris  sale  et  enfin  d’un  jaune  terne  et  tirant  sur 
le  gris  ;  en  un  mot,  pour  l’aspect,  les  muscles  altérés  rappellent  tout  à  fait 
«  la  chair  de  poisson  ».  La  surface  de  section  est  sèche,  anémiée,  la  consis¬ 
tance  molle,  comme  pâteuse  et  friable.  Les  muscles  atteints  présentent, 
dans  les  premiers  stades  (deux  ou  trois  premiers  septénaires),  une  augmen¬ 
tation  manifeste  de  volume,  un  véritable  engorgement  ;  plus  tard,  au  con¬ 
traire,  ils  s’affaissent,  se  flétrissent  et  subissent  une  sorte  de  colliquation 
œdémateuse.  Enfin,  les  stades  ultimes  de  l’altération  peuvent  être  mar¬ 
qués  par  la  rupture  des  muscles,  avec  ou  sans  hémorrhagie  (apoplexie 
musculaire)  et  la  formation  d’hématomes  et  de  foyers  sur  la  description 
desquels  nous  aurons  à  revenir. 

Pour  ce  qui  est  de  la  répartition  de  l’altération,  il  importe  de  savoir  que 
celle-ci  reconnaît  de  véritables  sièges  de  prédilection,  où  elle  est  à  la  fois  le 
plus  fréquente  et  le  plus  accusée.  En  tête,  il  faut  mentionner  le  groupe  des  mus- 
clesadducteursdelacuisseetle  psoas  ;  viennent  ensuite,  parordre  de  fréquen¬ 
ce  décroissante,  les  grands  droits  de  l’abdomen,  les  grands  et  petits  pectoraux, 
le  transverse  de  l’abdomen,  les  muscles  de  l’épaule,  les  jumeaux,  etc.  11  est 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE..  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE. 


à  remarquer  que  cette  prédilection  des  altérations  musculaires  pour  cer¬ 
tains  groupes  spéciaux  avait  déjà  été  signalée,  bien  antérieurement  à  Zen- 
ker,  par  le  célèbre  anatomo-pathologiste  strasbourgeois  Lobstein.  Il  observa 
sur  les  cadavres  de  sujets  ayant  succombé  au  typhus  pestilentiel,  au  cholé- 
ra-morbus,  ou  à  la  foudre,  un  ramollissement  tout  particulier  de  la  fibre 
musculaire,  que  les  doigts  ou  la  pince  déchirent  avec  la  plus  grande  faci¬ 
lité.  «  J’ai  remarqué,  ajoute-t-il,  que  le  muscle  psoas,  le  pectiné  et  les  ad¬ 
ducteurs  de  la  cuisse  offrent  le  plus  souvent  ce  ramollissement.  »  Ce  sont 
donc  les  masses  musculaires  qui  continuent  à  fonctionner,  même  dans  le 
décubitus  horizontal,  soit  pour  la  respiration,  soit  pour  l’acte  de  la  déféca¬ 
tion,  qui  deviennent  surtout  les  foyers  du  mal.  Mais  il  ne  faut  pas  perdre 
de  vue  qu’en  dehors  de  ces  foyers,  la  plupart  des  autres  muscles  peuvent 
être  atteints,  sinon  dans  leur  totalité,  du  moins  dans  quelques-unes  de 
leurs  fibres  ;  altération  qui,  dans  ces  cas,  échappe  complètement  à  l’œil  nu 
et  nécessite  l’emploi  du  microscope. 

Histologiquement,  la  lésion  est  caractérisée  par  une  altération  spéciale 
du  faisceau  primitif,  par  l’altération  cireuse,  comme  l’a  appelée  Zenker 
{vitreuse,  0.  Weber,  Cornil  et  Ranvier;  colloïde,  E.  Wagner;  granulo- 
vitreuse,  Hayem).  C’est  cette  lésion  microscopique  qu’il  importe  de  suivre 
dans  son  évolution. 

Pour  Zenker,  le  processus  reconnaît  deux  stades  de  dégénérescence: 
1°  la  dégénérescence  granuleuse  ;  2°  la  dégénérescence  vitreuse. 

La  dégénérescence  granuleuse  ne  diffère  guère  de  la  dégénérescence  du 
même  nom  observée  en  dehors  du  typhus,  et  que  nous  avons  décrite  plus 
haut  ;  elle  consiste  dans  l’apparition  de  fines  gi’anulations  dans  la  substance 
contractile  du  faisceau  primitif;  tout  à  fait  au  début,  la  striation  est  encore 
nette  et  parfaite  ;  mais  elle  s’efface  au  fur  et  à  mesure  que  le  nombre  des 
granulations  augmente  ;  enfin,  il  arrive  un  moment  où  elle  disparaît  tota¬ 
lement  et  où  le  faisceau  primitif  «  est  entièrement  opaque,  blanc  à  la  lu¬ 
mière  incidente,  foncé  à  la  lumière  transmise  et  ne  paraissant  plus  consti¬ 
tué  que  par  un  amas  de  fines  granulations  ».  De  ces  granulations,  les  unes, 
pâlissant  sous  l’action  de  l’acide  acétique,  semblent  être  de  nature  pro¬ 
téique,  les  autres  de  nature  graisseuse  ;  quelques-unes,  plus  volumineuses, 
offrent  franchement  les  réactions  de  gouttelettes  graisseuses. 

En  même  temps,  le  faisceau  primitif,  loin  de  s’atrophier,  augmente  d’é¬ 
paisseur  ;  dans  un  cas,  Zenker  a  trouvé  des  fibres  granuleuses  mesurant  de 
70  à  110  fi,  tandis  que  les  fibres  saines,  empruntées  au  même  muscle  (ad¬ 
ducteur  de  la  cuisse),  n’offraient  qu’un  diamètre  de  55  p. 

La  substance  contractile,  en  même  temps  qu’elle  subit  cette  transforma¬ 
tion  granuleuse,  devient  extrêmement  fragile,  de  sorte  que  le  moindre  acci¬ 
dent  de  préparation,  qui  sur  des  fibres  saines  demeure  sans  effet,  entraîne 
la  rupture  et  la  fragmentation  du  contenu  du  sarcolemme,  lequel  demeure 
intact.  Zenker  pense  qu’un  certain  nombre  de  ces  ruptures  se  produisent 
du  vivant  du  sujet  et  ne  sont  pas  le  fait  des  manipulations  auxquelles  la 
fibre  est  soumise. 

La  dégénérescence  cireuse,  que  l’on  constate  aux  stades  ultérieurs  du 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE.  283 

processus,  consiste  dans  la  «  transformation  de  la  substance  contractile  du 
faisceau  primitif  en  une  masse  totalement  homogène,  incolore,  analogue  à 
la  cire  et  qui  s’accompagne  de  la  disparition  complète  de  la  striation,  avec 
conservation  du  sarcolemme.  »  (Zeiiker.)  Cette  altération,  comme  la  précé¬ 
dente,  n’envahit  pas  toutes  les  fibres  d’un  muscle,  mais  quelques-unes  seu¬ 
lement,  et  à  côté  on  trouve  des  faisceaux  tout  à  fait  sains  ou  simplement 
granuleux. 

La  fibre  altérée  présente  souvent  un  diamètre  notablement  plus  grand 
que  les  fibres  saines  ;  la  lésion  commence  souvent  par  un  aspect  brillant  du 
contenu  musculaire,  qui  s’accuse  de  plus  en  plus,  en  même  temps  que  les 
stries  s’effacent  et  que  le  contenu  du 
sarcolemme  se  transforme  en  une 
masse  homogène.  Celle-ci  acquiert 
une  fragilité  remarquable  et  ne  tarde 
pas  à  se  segmenter  en  blocs  quadri¬ 
latères  allongés,  si  bien  que  la  fibre 
prend  l’aspect  d’un  cierge  qui  aurait 
subi  un  grand  nombre  de  cassures. 

Ces  ruptures  ne  sauraient  être  attri¬ 
buées  aux  manœuvres  de  la  prépai’a- 
tion,  car  elles  existent  alors  même 
qu’on  emploie  les  précautions  les  plus 
minutieuses,  et  on  peut,  du  reste,  en 
suivre  les  étapes,  et  en  constater  les 
progrès  sur  des  muscles  arrivés  aux 
différentes  périodes  de  l’altération, 
commençant  par  de  simples  fissures 
avant  d’arriver  à  la  fragmentation 
complète.  Ces  fragments  s’écartent  pe¬ 
tit  à  petit  les  uns  des  autres  (diastasis 
des  fragments,  Zenker)  enmêmetemps 
que  leurs  angles  s’émoussent  et  que 
leur  volume  diminue  par  un  travail 
d’usui’e  ou  de  résorption,  et  ils  ne  remplissent  plus  qu’incomplétement  la 
gaine  du  sarcolemme.  (Voy.  fig.  39,  a.) 

Les  réactions  histochimiques  des  blocs  vitreux  sont  intéressantes  à 
connaître;  l’acide  acétiqüe  concentré,  l’acide  nitrique,  la  potasse  les 
gonflent  et  finissent  par  les  dissoudre;  l’acide  acétique  étendu,  non  plus 
que  l’alcool  ni  l’eau  distillée,  ne  les  attaquent,  tandis  que  ces  agents  désa¬ 
grègent  et  dissolvent  à  la  longue  le  contenu  des  fibres  musculaires  saines. 
Si  l’on  fait  agir  sur  les  muscles  cireux  la  teinture  d’iode  et  l’acide  sulfu¬ 
rique,  on  ne  produit  pas  la  réaction  caractéristique  de  la  substance  amy¬ 
loïde;  le  nom  de  dégénérescence  amyloïde,  proposé  par  Rokitansky,  n’est 
donc  pas  justifié. 

Les  matières  colorantes,  telles  que  le  carmin,  le  picro-carmin,  la  fuch¬ 
sine,  etc.,  colorent  la  matière  vitreuse  plus  énergiquement  que  le  contenu 


Fig.  39.  —  Myosite  typhique  (*)■ 

(*)  Coupe  :  a.  Dégénérescence  cireuse.  Les 
fibres  sont  entourées  de  cellules  semi-lunaires 
sur  la  coupe  et  destinées  à  la  régénération. 

—  i  Tube  de  sarcolemme  renfermant  une 
jeune  fibre  musculaire,  circulaire  sur  la  coupe. 

—  c.  Autre  tube  avec  une  jeune  fibre  mus¬ 
culaire.  encore  semi-lunaire  sur  la  section 
et  montrant  une  lacune  dans  laquelle  se  trou¬ 
vait  un  reste  de  substance  dégénérée.  —  d. 
Tube  de  sarcolemme  rempli  de  cellules  ty¬ 
phiques,  à  côté  desquelles  se  trouvent  les 
restes  de  l’ancienne  fibre  musculaire.  —  e. 
Tissu  conjonctif  interstitiel  infiltré  de  cellules 
typhiques.  —  Grossissement  :  300. 

(Rindfleisch,  Histologie  pathologique.) 


28i  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologiode. 

d’une  fibre  normale  (Ranvier).  Il  est  donc  certain  que  la  substance  contrac¬ 
tile  a  subi  des  modifications  non-seulement  optiqlies,  mais  encore  chimi¬ 
ques,  quoique  cependant  la  nature  protéique  de  la  matière  vitreuse  ne  soit 
guère  contestable  ;  mais  de  nouvelles  recherches  chimiques  dans  cette  di¬ 
rection  sont  nécessaires. 

Telle  est,  dans  ses  caractères  essentiels,  l’altération  cireuse  de  la  sub¬ 
stance  contractile  du  faisceau  primitif.  Zenker,  avec  une  bonne  foi  parfaite, 
rappelle  les  observations  anatomiques  faites  avant  lui,  par  Bowman  et  Ro- 
kitansky  sur  les  muscles  de  tétaniques,  par  Bennett,  par  Wedl  sur  l’altéra¬ 
tion  des  muscles  dans  le  voisinage  des  tumeurs,  et  montre  que  des  états 
analogues  à  la  dégénérescence  cireuse  avaient  déjà  été  vus  et  décrits 
par  ces  histologistes.  Un  processus  aussi  évident  et  aussi  fréquent  ne 
pouvait,  en  effet,  passer  inaperçu  ;  mais  il  fallait  en  dégager  les  véri¬ 
tables  caractères  et  la  signification,  montrer  en  un  mot  qu’il  ne  s’agit  pas 
là  de  quelques  particularités  fortuites  d’anatomie  pathologique,  mais  d’un 
véritable  processus,  tâche  dont  l’honneur  revient  entièrement  à  Zenker. 

Jusqu’ici,  dans  la  description  de  l’altération  cireuse,  nous  n’avons  parlé 
que  des  modifications  subies  par  la  substance  contractile,  négligeant  à  des¬ 
sein  de  mentionner  les  modifications  concomitantes  que  présentent  les 
autres  parties  constitutives  du  muscle.  Ce  n’est  pas  que  Zenker,  dans  sa 
monographie,  n’ait  insisté  sur  l’état  du  tissu  conjonctif  interstitiel  ;  il  décrit 
et  représente  dans  ses  figures  une  prolifération  évidente  du  périmysium 
interne,  amenant  la  formation  de  cellules  fusiformes,  rubannées  et  de  gi- 
ganti-cellules  (plaques  à  noyaux  multiples).  Il  constata  en  outre  que  le  pro¬ 
toplasma  de  ces  cellules  devient  finement  granuleux  et  bientôt  présente 
des  stries  délicates,  parallèles,  en  un  mot  une  véritable  striation  muscu¬ 
laire.  Le  processus  actif  de  prolifération  du  périmysium,  d’une  part,  celui 
de  régénération  musculaire,  de  l’autre  (voy.  plus  bas  ce  paragraphe),  sont 
donc  étudiés  l’un  et  l’autre  avec  soin  par  Zenker.  Seulement,  pour  lui,  le 
fait  essentiel  et  initial,  c’est  la  dégénérescence  de  la  substance  contractile; 
celle-ci,  par  sa  transformation  vitreuse,  devient  un  véritable  corps  étranger, 
une  sorte  d’épine  qui  provoque  autour  d’elle  des  phénomènes  réactionnels 
plus  ou  moins  intenses,  se  traduisant  par  la  multiplication  des  éléments 
du  périmysium  interne  et,  plus  tard,  par  la  transformation  graduelle  d’un 
certain  nombre  de  ces  éléments  en  jeunes  fibres  musculaires  striées.  Màis 
il  insiste  à  diverses  reprises  sur  ce  point,  à  savoir  que  la  dégénération  du 
faisceau  primitif  est  indépendante  des  phénomènes  inflammatoires  de  pro¬ 
lifération  dont  le  périmysium  est  le  siège  ;  cette  inflammation  est,  au  con¬ 
traire,  le  résultat  de  la  désorganisation  du  faisceau  primitif. 

Ainsi  donc,  en  résumé,  dégénérescence  particulière  de  la  substance  con¬ 
tractile,  d’où  la  friabilité  excessive  de  cette  substance  qui  devient  le  siège 
d’une  multitude  de  cassures  microscopiques  ;  les  blocs  vitreux  qui  rem¬ 
plissent  ainsi  le  sarcolemme  provoquent  autour  d’eux,  comme  autant  de 
corps  étrangers,  un  travail  inflammatoire  ayant  le  périmysium  pour  siège 
et  aboutissant,  si  la  mort  n’arrive  pas  trop  rapidement,  à  la  génération  de 
nouvelles  fibres  musculaires.  (Voy.  fig.  40.) 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGiaUE.  285 

Les  recherches  histologiques  ultérieures  de  Waldeyer,  de  0.  Weber,  de 
Hayem,  tout  en  confirmant  l’exactitude  de  la  plupart  des  observations  faites 
par  Zenker,  ont  modifié  sa  façon  dé  concevoir  et  d’interpréter  le  pro¬ 
cessus. 

Waldeyer,  dont  les  recherches  eurent  pour  objet  des  muscles  de  typhi¬ 
ques,  et  surtout  des  muscles  enflammés  expérimentalement  par  trauma¬ 
tisme,  signala  un  fait  important  :  c’est  la  participation  active  que  prend 
àceprocessuscequeMax  Schultze 
aappeléla  cellule  musculaire, c'est- 
à-dire  le  protoplasma  qui  entoure 
le  noyau  de  la  fibre  musculaire, 
cellule  dont  Zenker  ignorait  l’exis¬ 
tence.  Waldeyer  put  ainsi  con¬ 
stater  que  beaucoup  des  cellules 
embryonnaires  et  des  plaques  à 
noyaux  que  Zenker  plaçait  toutes 
en  dehors  du  sarcolemme  sont 
en  réalité  contenues  dans  Vin- 
térieur  de  cette  gaine  et  résultent 
de  la  prolifération  du  protoplasma 
de  la  cellule  musculaire  ;  si  bien 
qu’à  un  moment  donné,  au  fur 
et  à  mesure  que  les  blocs  vitreux 
se  désagrègent  et  se  résorbent, 
cette  prolifération  devient  plus  in¬ 
tense,  au  point  de  remplir  presque 
totalement  le  sarcolemme  d’élé¬ 
ments  embryonnaires  (fig.  39);  ce 
serait  précisément  aux  dépens  de 
ces  éléments  placés  dans  l’inté¬ 
rieur  i.\x  tube  du  sarcolemme,  non 
en  dehors  de  lui,  que  se  for¬ 
meraient  la  plupart  des  jeunes 
fibres  musculaires  de  régénéra¬ 
tion  (Rindfleisch ,  Hayem) .  Cepen¬ 
dant,  comme  nous  le  verrons 
plus  bas,  un  certain  nombre 
d’éléments  situés  en  dehors  du 
sarcolemme  subissent  également 
une  striation  manifeste  et  probablement  ne  laissent  pas  que  de  contribuer, 
eux  aussi,  au  processus  de  régénération  musculaire. 

Ces  recherches  et  ces  constatations  nouvelles  changèrent  la  façon  de 
comprendre  la  lésion  musculaire  dans  la  fièvre  typhoïde  et  dans  les  fièvres 
en  général;  ce  processus,  de  dégénératif  qu’il  était  dans  son  essence 
pour  Zenker,  prenait,  par  une  autre  interprétation  histologique,  un 
caractère  plus  actif  et  proprement  inflammatoire  ;  en  un  mot,  là  où 


(*)  a.  Substance  musculaire  des  fibres  atteintes  de 
dégénérescence  cireuse.  —  b.  Les  jeunes  fibres  muscu¬ 
laires  (pour  rendre  la  figure  plus  nette,  elles  sont  indi¬ 
quées  par  des  hachures  qui  ne  doivent  donc  pas  repré¬ 
senter  une  striation,  les  fibres  n’étant  pas  encore  striées) . 
—  c.  Tube  de  sarcolemme  avec  nombreuses  cellules  ty¬ 
phiques  et  restes  de  substance  musculaire.  Le  tissu  con¬ 
jonctif  interstitiel  abondamment  infiltré  par  des  cellules 


286  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique. 

Zenker  voyait  surtout  la  dégénérescence  vitreuse,  Waldeyer,  O.  Weber, 
Hofraann,  Hayem  reconnaissent  francbement  des  myosites.  La  dégénéres¬ 
cence  vitreuse  du  contenu  du  myolerame,  sur  laquelle  pivote  toute  la  des¬ 
cription  de  Zenker,  devient  l’effet  et  non  pas  la  cause  des  lésions  inflam¬ 
matoires.  Elle  traduirait  un  trouble  nutritif  secondaire  de  la  substance 
contractile,  amené  par  la  prolifération  inflammatoire  de  la  cellule  muscu¬ 
laire  et  des  éléments  du  périmysium,  et,  pour  quelques-uns  même,  résul¬ 
tant  en  grande  partie  de  la  pression  mécanique  exercée  par  ces  néoforma¬ 
tions  inflammatoires.  Il  se  passerait  donc  ici  quelque  chose  d’analogue  à  ce 
que  Ranvier  a  depuis  décrit  pour  la  dégénérescence  des  nerfs  consécutive 
à  leur  section,  quand  il  attribue  la  segmentation  de  la  myéline  et  la  division 
du  cylindre-axe  à  la  prolifération  et  à  l’envahissement  progressif  de  la  cel¬ 
lule  nerveuse. 

Enfin,  on  alla  plus  loin  encore,  et  certains  observateurs  non-seulement 
contestèrent  à  la  dégénérescence  vitreuse  le  rôle  essentiel  dans  l’altération 
typhique  des  muscles,  mais  ils  admirent  que  cet  état  vitreux  n’est  autre 
qu’une  modification  cadavérique  du  contenu  musculaire.  Telle  est  l’opi¬ 
nion  émise  par  Erb,  et  défendue  après  lui  par  Bernheim.  Selon  Erb,  un 
fragment  de  muscle  sain  excisé  sur  l’animal  ou  sur  l’homme  vivant  et 
placé  dans  un  liquide  indifférent,  tel  que  le  sérum  iodé  ou  une  solution 
faible  de  chlorure  de  sodium,  ne  tarde  pas  à  offrir,  au  bout  d’un  quart 
d’heure  à  une  heure,  une  altération  de  la  substance  contractile  identique  à 
celle  que  l’on  décrit  sous  le  nom  de  dégénérescence  cireuse. 

D’après  la  description  d’Erb,  l’altération  débute  par  le  bout  sectionné  des 
fibres,  où  Ton  aperçoit  une  sorte  de  coagulation  qui  envahit  graduellement 
la  longueur  du  faisceau;  la  portion  ainsi  modifiée  réfracte  vivement  la 
lumière  et  a  pei’du  presque  toute  striation  ;  elle  est  séparée  par  une  ligne 
nette  de  démarcation  d’avec  la  substance  encore  normale.  En  même  temps 
que  l’altération  chemine,  le  contenu  musculaire  devient  friable  et  se  cre¬ 
vasse,  il  se  fragmente  en  blocs  larges,  homogènes,  très-brillants,  distendant 
lesarcolemme  demeuré  intact.  Pour  que  cette  modification  se  produise,  trois 
conditions  sont  nécessaires  :  la  blessure  du  muscle,  c’est-à-dire  l’ouverture 
de  la  gaine  du  sarcolemme,  l’imbibition  du  contenu  musculaire  par  un  li¬ 
quide,  même  par  l’eau  distillée  (Bernheim),  enfin  l’absence  de  rigidité  cada¬ 
vérique.  Quand  celle-ci  s’est  une  fois  installée,  les  modifications  signalées  par 
Erb  ne  seproduiraientplus.  Inversement,  un  muscle  ainsi  rendu  cireux  (dans 
l’acception  d’Erb)  n’est  plus  susceptible  de  présenter  la  rigidité  cadavérique. 

Ainsi  s’expliquerait,  selon  Erb,  la  fréquence  bien  reconnue  de  la  dégéné¬ 
rescence  vitreuse,  non-seulement  dans  les  fièvres,  mais  dans  le  voisinage 
des  plaies,  des  fistules,  dans  les  myosites  traumatiques,  à  la  suite  de  la 
section  des  nerfs,  etc.  L’état  cireux  des  muscles  ne  serait  donc  pas  une 
véritable  dégénérescence,  liée  à  un  processus  pathologique  spécial,  mais 
une  simple  modification  physique  ;  seulement,  chez  les  typhiques,  où  les 
muscles  sont  altérés,  ainsi  que  le  témoigne  la  prolifération  de  la  cellule 
musculaire  et  du  périmysium,  cet  état  cireux  se  produirait  plus  facilement 
peut-être  même  pendant  la  vie. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIÛUE.  287 

Dans  son  remarquable  travail  sur  les  myosites  symptomatiques,  Hayem, 
sans  aller  aussi  loin  qu’Erb  et  Bernheim,  et  sans  voir  dans  l’altération  vitreuse 
un  simple  processus  cadavérique,  se  sépare  cependant  de  la  manière  de 
voir  de  Zenker  et  insiste  particulièrement  sur  les  altérations  manifestement 
irritatives  et  inflammatoires  des  cellules  musculaires  et  du  tissu  conjonctif 
interstitiel.  Neumann,  dans  une  étude  récente  de  l’altération  typhique  des 
muscles,  admet,  outre  ces  lésions  inflammatoires,  une  altération  spéciale 
du  contenu  musculaire,  qui  se  traduit  ou  non  par  la  dégénérescence  gra¬ 
nuleuse,  et  qui  entraîne  à  sa  suite  une  plus  grande  fragilité  de  ce  contenu; 
de  là,  des  ruptures  fibrillaires  et  fasciculaires  s’opèrent  pendant  la  vie,  et  ce 
n’est  qu’a  la  suite  de  ces  ruptures  que  l’on  constaterait,  pour  une  cause  pro  - 
bahlement  physique,  l’altération  cireuse;  ces  détritus  cireu.v  agiraient 
néanmoins  ultérieurement  par  leur  présence  comme  des  corps  étrangers  et 
provoqueraient  dans  le  voisinage  une  véritable  inflammation  réactive. 

Enfin,  plus  récemment  encore,  Popoff  a  étudié,  dans  le  laboratoire  de 
Virchow,  l’altération  cireuse  des  muscles  à  l’aide  de  la  lumière  polarisée; 
il  a  constaté  que  les  muscles  ainsi  altérés  conservent  leur  double  réfraction 
et  il  en  conclut  que  la  substance  biréfringente  n’est  pas  atteinte,  tandis 
qu’elle  l’est  dans  les  dégénérescences  granuleuse  et  pigmentaire  du  mus¬ 
cle  ;  il  se  base  sur  cette  donnée  pour  nier  le  caractère  proprement  dégéné  - 
ratif  de  la  transformation  vitreuse.  Pour  lui,  la  transformation  vitreuse  du 
contenu  musculaire  dans  les  pyrexies  serait  le  résultat  et  non  pas  la  cause 
des  états  prolifératifs  que  l’on  constate  dans  les  cellules  musculaires  et  dans 
le  périmysium. 

Tel  est  l’état  actuel  de  la  question.  Le  point  de  vue  de  Zenker  a  donc  no¬ 
tablement  perdu  du  terrain  et,  dans  l’histoire  des  myopathies  typhiques  et 
infectieuses,  l’altération  cireuse  de  la  substance  striée  se  voit  de  plus  en 
plus  reléguée  au  second  plan,  subordonnée  qu’elle  est  aux  processus  phleg- 
masiques  dont  la  partie  proprement  vivante  du  contenu  du  sarcolemme, 
la  cellule  musculaire  de  Max  Schultze,  d’une  part,  et  les  éléments  du 
périmysium,  migratiles  ou  fixes,  de  l’autre,  sont  le  siège.  En  réalité,  le  fait 
dominant  serait  la  myosite  parenchymenteuse  .et  interstitielle  qui  com¬ 
mande  la  transformation  vitreuse  au  lieu  d’en  être  le  résultat. 

Il  faudrait  se  garder  de  ne  voir  là  qu’une  querelle  de  curiosité  his¬ 
tologique;  le  problème,  quoiqu’il  emprunte  la  plupart  de  ses  données 
aux  faits  histologiques,  a  selon  nous  une  portée  doctrinale  consi¬ 
dérable.  La  question  de  décider  si  telle  ou  telle  lésion  anatomo-pathologi¬ 
que  est,  de  sa  nature,  essentiellement  dégénérative  ou  inflammatoire,  se  lie 
étroitement  aux  plus  graves  problèmes  de  pathogénie  et  de  thérapeutique 
rationnelle.  Ainsi,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  le  caractère  purement  dé¬ 
génératif  de  l’altération  cireuse,  tel  que  le  concevait  Zenker,  a  eu  un  reten¬ 
tissement  immédiat  et  profond  sur  la  façon  d’envisager  le  processus  fébrile 
en  général.  L’existence  de  cette  lésion  musculaire,  non-seulement  dans  les 
maladies  typhiques,  mais  dans  toutes  les  affections  fébriles  graves  ou  pro¬ 
longées,  sa  coïncidence  avec  des  lésions  supposées  dégénératives  d’autres 
parenchymes,  ont  conduit  Liebermeister  à  les  considérer  toutes,  non  pas 


288  MUSCLE.  —  p.4thologie.  —  anatomie  pathologique. 

comme  des  lésions  liées  directementà  l’agent  morbide  qui  allume  et  entre¬ 
tient  la  fièvre,  mais  au  contraire  comme  le  résultat,  pour  ainsi  dire  phy¬ 
sique,  de  cette  fièvre  elle-même,  ou  plutôt  de  l’élévation  excessive  et  du¬ 
rable  de  la  température.  En  un  mot,  si  dans  la  fièvre  typhoïde,  par  exemple, 
ou  dans  la  variole,  on  constate  communément  des  altérations  muscu¬ 
laires,  celles-ci  ne  résultent  pas  de  l’irritation  et  de  la  sollicitation,  directe 
des  éléments  histologiques  des  muscles  par  le  poison  typhique  ou  va¬ 
rioleux.  La  fièvre  seule,  la  surélévation  de  la  température  suffit  pour 
provoquer  ces  dégénérescences,  au  même  titre  que  les  altérations  con¬ 
comitantes  de  l’épithélium  rénal,  des  cellules  hépatiques,  etc.  Il  se 
passerait  là  (cette  assimilation  a  été  formulée  par  A.  Laveran)  quelque 
chose  d’analogue  à  ce  que  l’on  voit  dans  les  faits  expérimentaux  de  Cl.  Ber¬ 
nard,  qui  a  montré  que  la  chaleur  doit  être  rangée  parmi  les  poisons  des 
muscles  et  qu’elle  n’agit  primitivement  ni  sur  le  sang,  ni  sur  les  nerfs,  mais 
sur  le  tissu  musculaire  lui-même  (Leçons  du  Collège  de  France,  1871). 

Cette  interprétation,  en  quelque  sorte  physique,  si  séduisante  qu’elle  pa¬ 
raisse,  soulève  cependant  un  certain  nombre  d’objections  :  comme  le  fait 
judicieusement  observer  Hayem,  il  existe  nombre  de  eas  dans  lesquels  les 
muscles  ont  été  trouvés  profondément  lésés,  sans  que  la  température  cen¬ 
trale  fût  très-élevée  ;  ainsi  Vallin  a  signalé  l’altération  cii’euse  des  muscles 
chez  des  sujets  ayant  offert  la  forme  ambulatoire,  c’est-à-dire  presque  apy¬ 
rétique,  de  la  fièvre  typhoïde;  cette  même  altération  existe  à  un  degré  très- 
étendu,  dans  une  autre  affection  également  presque  apyrétique,  le  scorbut. 
(Hayem,  Leven,  Liouville.) 

Il  faut  donc  renoncer  à  rattacher  l’altération  granulo -vitreuse  au  seul 
fait  de  l’hyperthermie,  et  plutôt  en  rechercher  la  cause  dans  l’adultération 
du  sang  et  des  sucs  nutritifs  (toxémie)  qui  constitue  le  fond  et  le  point  de 
départ  probables  de  la  plupart  de  ces  maladies.  Cette  origine  dyscrasique 
du  processus,  défendue  avec  talent  par  Hayem,  nous  paraît  également  la 
plus  plausible  et  la  plus  applicable  à  la  généralité  des  cas.  Mais,  hâtons- 
nous  de  le  dire,  cette  théorie  humorale,  non  plus  que  celle  de  l’hyperther- 
mie,  ne  nous  renseigne  point  sur  le  fond  même  du  débat,  sur  la  nature 
dégénérative  ou  inflammatoire  du  processus. 

Pour  Rindfleiseh,  le  doute  semble  ne  pas  exister  :  la  myosite  typhique, 
comme  ce  dernier  l’appelle,  serait  caractéi’isée  par  une  lésion  qu’il  n’hésite 
pas  à  regarder  comme  spécifique;  elle  consiste  surtoutdans  l’infiltration  du 
tissu  conjonctif  interstitiel  des  muscles  par  des  éléments  embryonnaires  par- 
ticuliei’s,  selon  lui,  à  la  fièvre  typhoïde,  analogues  aux  globules  blancs,  mais 
plus  gros,  plus  riches  en  protoplasma,  et  qu’il  désigne  sous  le  nom  de 
cellules  typhiques.  Cette  infiltration  intei’stitielle  et  parenchymateuse  du 
muscle  s’effectuerait  en  même  temps  et  de  la  même  façon  que  l’infiltration 
semblable  que  l’on  observe  dans  les  organes  lymphoïdes,  dans  les  mu¬ 
queuses,  etc.  Quant  à  la  transformation  vitreuse  et  à  la  segmentation  de  la 
substance  striée,  elle  ne  sei'ait  décidément  que  consécutive  et  accessoire. 

Tel  est  l’état  actuel  de  la  question  ;  sans  vouloir  décider  une  controverse 
aussi  délicate,  il  nous  semble  que,  dans  ces  derniers  temps,  on  a  fait  trop 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE  GÉNÉRALE.  289 
bon  marché  de  l’opinion  de  Zenker,  et  que  l’on  a  été  trop  enclin  à  réduire 
la  signification  de  la  transformation  vitreuse  de  la  substance  contractile  et 
à  la  considérer  comme  un  simple  effet  des  modifications  phlegmasiques- 
éprouvées  primitivement  par  la  cellule  musculaire  et  par  le  périmysium.. 
En  suivant  pas  à  pas  les  lésions  musculaires,  dans  la  fièvre  typhoïde  notam¬ 
ment,  il  est  difficile  de  se  défendre  d’une  interprétation  analogue  à  celle  de 
Zenker  :  le  fait  initial  et  essentiel  serait  précisément  la  lésion  de  la  substance 
contractile,  laquelle  dégénérée  et  altérée  jouerait  le  rôle  d’un  corps  étran¬ 
ger,  d’une  sorte  d’épine  provoquant  autour  d’elle  une  véritable  réaction 
inflammatoire  ;  en  un  mot ,  la  transformation  vitreuse  du  contenu 
strié  du  sarcolemme  serait  bien  la  cause  première  et  non  l’effet  du  pro¬ 
cessus  franchement  inflammatoire,  qui  en  est,  il  est  vrai,  pour  ainsi  dire 
inséparable. 

L’altération  cireuse  frappe  non-seulement  les  muscles  de  la  vie  de  rela¬ 
tion,  mais  aussi  le  myocarde  et  les  fibres  lisses.  Pour  ce  qui  est  du  cœur, 
Buhl  et  Stein  déjà  avaient  été  conduits,  par  l’examen  microscopique,  à  attri¬ 
buer  à  une  véritable  myocardite  la  perte  de  consistance,  la  friabilité  et  la 
décoloration  que  présente  cet  organe  dans  les  fièvres  graves.  Bôttcher,  Frie- 
dreich  et  Zenker  n’ont  guère  constaté,  dans  la  fièvre  typhoïde,  que  la  dégé¬ 
nérescence  granuleuse  ou  granulo-graisseuse,  et  ce  dernier  observateur  n’a 
rencontré  que  très-exceptîonnellement  l’altération  cireuse  et  à  un  degré 
peu  accusé.  Cette  altération  du  cœur  a  été,  au  contraire,  vue  assez  fréquem¬ 
ment  par  tîayem ,  notamment  dans  plusieurs  cas  de  mort  subite  dans  le 
cours  de  la  fièvre  typhoïde  ;  E.  E.  Hofmann  et  A.  Laveran  se  prononcent 
dans  le  même  sens.  Cependant  il  faut  reconnaître  que  le  cœur  est  moins 
souvent  et  surtout  moins  profondément  altéré  que  les  muscles  des  mem¬ 
bres,  et  l’on  pouvait  s’y  attendre  a  priori,  selon  la  judicieuse  remarque  dé 
Zenker;  en  effet  cette  lésion,  insignifiante  quand  elle  porte  sur  les  mus¬ 
cles,  entraîne  rapidement  la  mort  quand  elle  porte  sur  un  organe  essentiel 
comme  le  cœur  et  n’a,  par  conséquent,  pas  le  temps  d’arriver  à  un  degré 
très-avancé. 

-  La  dégénérescence  vitreuse  a  aussi  été  observée  sur  les  fibres  musculai¬ 
res  lisses,  dont  la  substance  contractile  devient  brillante,  gonflée  et  cas¬ 
sante;  Ad.  Meyer  l’a  notamment  constatée  sur  la  musculeuse  de  l’estomac, 
dans  le  voisinage  d’un  carcinome.  Mais  ce- sont  là  des  faits  de  pure  curio¬ 
sité  et  sans  grande  portée  clinique. 

La  signification  clinique  de  la  dégénérescence  cireuse,  en  tant  que  frap¬ 
pant  l’ensemble  du  système  musculaire,  est  au  contraire  des  plus  grandes. 
La  courbature,  la  fatigue  singulière,  la  douleur  musculaire  spontanée  ou 
consécutive  à  la  pression  que  l’on  constate  dès  le  début  et  dans  le  cours  de 
la  fièvre  typhoïde,  tous  ces  symptômes  sont,  sans  doute,  en  partie  du 
moins,  de  nature  nerveuse;  mais,  en  partie  aussi,  ils  peuvent  être  ramenés 
aux  troubles  de  nutrition  et  aux  altérations  anatomiques  directes  éprouvés 
par  les  muscles.  Il  en  est  de  même  de  la  trémulence  parétique  des  membres 
et  de  la  langue,  et  des  troubles  dans  l’articulation  de  la  parole. 

Enfin  le  professeur  Gubler,  le  premier,  a  appelé  l’attention  sur  la  cour- 

•  SODV.  WCT.  DE  MÉD.  ET  CHIR  XXIII.  -  19 


290  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique  générale. 
comitance  fréquente  de  l’albuminurie  avec  les  lésions  amyotrophiques 
fébriles,  et  a  émis  l’hypothèse  que  ce  «  diabète  albuminurique,  »  comme  il 
l’appelle,  n’est  autre  que  l’indice  d’une  destruction  exagérée  et  d’une  ré¬ 
sorption  rapide,  par  le  sang,  des  matériaux  albuminoïdes  entrant  dans  la 
constitution  du  muscle  :  hypothèse  d’autant  plus  plausible,  que  Valentiner 
et  Schottin,  partant  du  même  point  de  vue,  ont  ultérieurement  constaté, 
dans  l’urine  des  typhiques,  la  présence  d’un  excès  considérable  de  créati¬ 
nine,  c’est-à-dire  d’un  produit  de  désintégration  directe  du  muscle. 

■  A  l’altération  cireuse  du  muscle  se  rattache  sans  doute  aussi  la  débilité 
musculaire  excessive  qui  persiste  pendant  la  convalescence,  alors  que  les 
fonctions  de  nutrition  et  l’action  nerveuse  et  intellectuelle  ont  déjà  récupéré 
leur  activité.  Cette  débilité  est  surtout  accusée  et  durable  pour  les  muscles 
•des  extrémités  inférieures,  et  notamment  pour  les  adducteurs  de  la  cuisse, 
d’où  la  difficulté  de  la  marche,  de  l’action  de  gravir  les  degrés  d’un 
escalier  ou  de  monter  à  cheval,  actes  qui  nécessitent  surtout. le  jeu  des  ad¬ 
ducteurs.  Enfin,  il  est  pi’obable  qu’un  certain  nombre  des  paralysies  consé¬ 
cutives  aux  affections  fébriles  naissent,  non  pas  de  lésions  nerveuses  cen¬ 
trales,  mais  d’altérations  primitivement  musculaires,  et  constituent  des 
paralysies  myopathiques  proprement  dites  ;  il  faut  néanmoins  reconnaître 
que  ce  point  spécial,  encore  très-peu  étudié  depuis  les  travaux  de  Gubler, 
nécessite  de  nouvelles  recherches. 

Enfin,  nous  avons  déjà  signalé  plus  haut  l’importance  des  altérations  du 
myocarde  dans  la  production  d’un  certain  nombre  de  phénomènes  graves, 
survenant  dans  le  cours  des  pyrexies  (collapsus,  algidité,  mort  subite). 
Nous  n’insistons  pas,  et  cette  rapide  esquisse  suffira,  sans  doute,  pour  don¬ 
ner  une  idée  du  rôle  prépondérant  que  joue  l’altération  des  muscles  dans 
l’histoire,  clinique  aussi  bien  qu’anatomique,  des  fièvres  et  des  maladies 
générales. 

Régénération  müscul.aire.  —  Elle  se  rattache  étroitement  à  l’étude 
•de  l’altération  cireuse,  qu’elle  accompagne  constamment,  et  dans  la¬ 
quelle  on  a  pu  la  suivre  et  l’observer  avec  le  plus  de  détails.  En  effet,  la 
-question  de  la  régénération  musculaii’e  n’avait  guère  attiré  que  l’attention 
des  chirurgiens  qui,  presque  tous,  depuis  Quesnay  et  l’ancienne  Académie 
•de  chirurgie  jusqu’à  Billroth,  avaient  nié  la  possibilité  de  la  forma¬ 
tion  de  nouvelles  fibres  musculaires  dans  la  cicatrice  des  plaies  ou  des 
■ruptures  des  muscles.  C’est  encore  à  Zenker  que  l’on  doit  d’avoir,  le 
.premier,  établi  l’existence  et  le  mécanisme  de  cette  régénération,  et  c’est 
-dans  l’altération  typhique  des  muscles  que  l’on  trouve  les  meilleurs  objets 
d’étude  pour  suivre  la  marche  et  les  phases  successives  de  ce  travail  de  res- 
•tilution. 

Avant  les  recherches  de  Zenker,  cependant,  v.  Wittich  avait  constaté  que 
•chez  la  grenouille,  pendant  le  sommeil  d’hiver,  un  grand  nombre  de  fibres 
musculaires  subissent  la  dégénérescence  graisseuse,  en  même  temps  qu’elles 
•sont  remplacées  par  de  jeunes  fibres  de  nouvelle  formation,  dérivant  du 
•tissu  conjonctif  interstitiel  ;  c’est  là  un  exemple  physiologique  de  régénéra¬ 
tion  musculaire.  Deiters  observa  le  même  fait  sur  des  têtards  dont  il  section- 


ML'SCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATIIOLOGIÛUE  GÉNÉnALE.  .  29i 
liait  la  queue  qui  repoussait  munie  défibrés  musculaires  striées.  Peremeschko 
■arriva  à  des  résultats  analogues,  en  provoquant  l’inflammation  de  gastro- 
crémiens  de  grenouilles,  à  l’aide  d’un  fil  faisant  séton;  il  trouva  des  fibres 
musculaires  de  nouvelle  formation  dans  la  plaie. 

Mais  c’est  dans  l’altération  cireuse  que  cette  régénération  est  surtout  évi¬ 
dente.  Dans  le  voisinage  des  blocs  vitreux,  dès  le  début  du  processus,  on 
-aperçoit,  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  des  cellules  multinucléaires, 
rondes  ou  angulaires,  s’allongeant  progressivement  en  forme  de  fuseaux, 
•et  enfin  prenant,  en  s’élargissant  et  en  s’allongeant,  un  aspect  rubanné 
(corps  myo-plastiques,  Hayem).  Il  est  facile  de  suivre  toutes  les  formes  de 
transition  entre  les  cellules  embryonnaires  proprement  dites  et  ces  éléments 
Tubannés  ;  comme  le  fait  remarquer  Zenker,  les  premières  formes  prédo¬ 
minent  au  début  de  la  fièvre  typhoïde,  tandis  que  les  secondes  apparaissent 
à  une  période  plus  avancée  de  la  maladie.  Il  ne  s’agit  pas  là,  ainsi  que  cer¬ 
tains  observateurs  l’ont  cru,  de  débris  de  l’ancienne  substance  contractile, 
mais  bien  de  fibres  musculaires  jeunes,  en  voie  d’évolution,  reconnaissa¬ 
bles  à  leur  fine  et  délicate  striation  embryonnaire  qui  va  en  s’accusant  de 
plus  en  plus,  et  qui,  finalement,  transforme  les  plaques  à  noyaux  multiples 
en  véritables  fibres  musculaires  striées. 

Si  le  fait  de  la  régénération  musculaire,  dans  l’altération  vitreuse,  est  des 
plus  apparents,  il  n’en  est  pas  de  même  du  mode  selon  lequel  cette  régéné¬ 
ration  s’effectue.  Pour  Zenker,  le  doute  n’était  guère  admissible  ;  les  élé¬ 
ments  de  nouvelle  formation  proviendraient  des  cellules  du  périmysium  et 
résulteraient  de  la  prolifération  des  «  corpuscules  du  tissu  conjonctif,  » 
tels  que  les  concevait  ¥irchow;  pour  lui  «  le  tissu  conjonctif  interfascicu- 
laire  (périmysium)  est  la  matrice  où  se  forment  les  jeunes  éléments  mus- 
■culaires,  soit  dans  la  croissance  physiologique,  soit  dans  la  régénération 
pathologique.  » 

Waldeyer,  dans  ses  recherches  ultérieures,  appela  bien  l’attention  sur  le 
fait  de  la  présence  à  l’intérieur  du  sarcolemme  de  noyaux  abondants,  ré¬ 
sultant  de  la  prolifération  de  la  cellule  musculaire  {Muskelzellenschlauch), 
et  qui  remplissent  cette  gaine  en  même  temps  que  les  masses  vitreuses  ; 
mais  il  continua  à  considérer  la  régénération  comme  se  faisant  aux  dépens 
des  éléments  du  périmysium.  Les  recherches  de  0.  Weber,  de  E.  E.  Hof- 
mann  et  celles  de  Rindfleisch  et  de  Hayem  modifièrent  cette  manière  de 
voir.  C’est  dans  l’intérieur  de  la  gaine  du  sarcolemme  et  non  en  dehors 
•d’elle,  dans  le  périmysium,  que  se  développent  les  jeunes  fibres  mus- 
•culaires,  ainsi  qu’il  est  surtout  facile  de  s’en  rendre  compte  en 
examinant  une  coupe  transversale  (voy.  fi  g.  39).  Au  fur  et  à  mesure  que 
ces  nouveaux  éléments  augmentent  de  volume  et  se  soudent  les  uns  aux 
autres,  le  détritus  granulo-vitreux  est  refoulé  et  disparait  par  un  travail  lent 
de  résorption  ;  et  finalement  le  sarcolemme  est  de  nouveau  rempli  «par  une 
fibre  musculaire  unique  formée  par  la  réunion  d’un  grand  nombre  de  cel¬ 
lules  embryonnaires.  Cette  fibre  grandit  encore,  devient  striée;  les  noyaux 
se  distribuent  uniformément  à  sa  surface,  et  la  nouvelle  fibre  musculaire 
est  achevée.  »  (Rindfleisch).  Disons  cependant  que  la  non-participation  des 


292  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique  générale. 
éléments  cellulaires  du  périmysium  à  la  régénération  musculaire  est  loin 
d’être  encore  absolument  démontrée. 

Neumann  et  Grohe  font  intervenir  dans  ce  travail  de  régénération  l’an¬ 
cienne  substance  contractile  qui  se  fendrait  longitudinalement  en  plusieurs 
segments  destinées  à  devenir  de  jeunes  fibres  musculaires  ;  ce  mode  de 
réparation  tout  mécanique  nous  paraît  plus  que  douteux. 

Comme  e.xemples  cliniques  de  «  régénération  musculaire,  »  Zenker  men¬ 
tionnait  et  rapprochait  de  ce  qu’on  observe  dans  l’altération  typhique,  les 
phénomènes  de  réparation  musculaire  qui  se  passent  dans  certaines  pa- 
l’alysies  atrophiques  (paralysie  saturnine,  atrophie  musculaire  progi’essive); 
prenant  à  la  lettre  la  formule  célèbre  de  Duchenne  qui,  à  l’aide  de  la 
faradisation  localisée,  assurait  «  refaire  du  muscle,»  il  supposait  qu’en 
effet,  dans  ces  cas,  on  avait  affaire  à  une  genèse  de  fibres  musculaires  de 
nouvelle  formation.  Histologiquement,  cette  néoformation  n’a  jamais  été 
établie,  et  les  récentes  recherches,  en  monti’ant  qu’il  s’agit,  dans  ces  cas, 
d’ atrophié  proprement  dite  et  de  macilence  du  muscle,  mais  non  de  la  dis¬ 
parition  totale  de  la  substance  contractile,  permettent  de  penser  que  la  gué¬ 
rison,  quand  elle  est  obtenue,  s’effectue  par  la  réparation  des  anciennes 
fibres  plutôt  que  par  l’apparition  de  fibres  nouvelles.  Du  reste,  ce  point 
d’anatomie  pathologique  nous  paraît  demander  et  mériter  de  nouvelles  in¬ 
vestigations. 

Pour  ce  qui  est  de  la  régénération  musculaire  dans  l’ordre  des  faits  chi¬ 
rurgicaux,  à  la  suite  de  plaies,  de  divisions  et  de  suppuration  des  muscles, 
la  question  a  été  reprise  récemment  et  résolue  en  sens  opposé;  les  uns 
(Waldeyer,  0.  Weber,  Malowsky,  Volkmann)  admettent  la  formation  de  vé¬ 
ritables  cals  musculaires  ;  d’autres,  au  contraire  (Hayem,  Bouchard,  Ch. 
Robin)  n’ont  guère  vu,  dans  ces  cas,  que  des  cicatrices  définitivement 
fibreuses.  Cette  question,  encore  litigieuse,  se  trouvera  exposée  avec  tous  ses 
détails  à  la  partie  chirurgicale  de  cet  article. 

Ruptures  (spontanées)  des  muscles.  — Nous  faisons  complètement  abstrac¬ 
tion  des  ruptures  traumatiques  chez  l’homme  sain,  et  nous  n’avons  en  vue 
que  les  ruptures  qui  surviennent  dans  le  cours  ou  dans  la  convalescence 
des  maladies  générales,  infectieuses  et  fébriles  et  qui  succèdent  aux  moin¬ 
dres  efforts  physiologiques,  aux  moindres  mouvements  du  malade  ;  il  est 
inutile  de  rappeler  qu’elles  sont  liées  aux  altérations  granuleuse  et  vitreuse 
qui  expriment,  pour  ainsi  dire,  dans  le  tissu  musculaire,  l’atteinte  et  la  vul¬ 
nérabilité  profondes  subies  par  tout  l’organisme. 

C’est  à  des  ruptures  de  cet  ordre  que  se  rapportent  les  faits  de  rupture  et 
de  suppuration  du  grand  droit  de  l’abdomen  rapportés  par  Velpeau,  Cruveil- 
hier,  Rokitansky  et  Virchow,  et  dont  il  a  été  question  plus  haut.  Le  siège 
par  excellence  de  ces  ruptures,  qui  surviennent  dans  le  cours  de  la  fièvre 
typhoïde,  est,  en  effet,  le  grand  droit  de  l’abdomen,  vers  son  tiers  inférieur; 
mais  on  lésa  constatées  également,  quoique  bien  plus  rarement,  sur  le 
psoas  (Virchow),  les  muscles  de  la  jambe  (Buhl),  le  transverse  de  l’abdo¬ 
men,  le  grand  et  le  petit  pectoral,  le  sous-scapulaire,  le  biceps  du  bras,  etc. 
Le  plus  souvent  la  rupture  s’accompagne  d’hémorrhagie  fiitra-musculaire. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIOHE  GÉNÉRALE.  293 

La  rupture  du  grand  droit  de  l’abdomen,  qu’il  faut  toujours  prendre 
comme  type  de  cet  accident  de  la  fièvre  typhoïde,  se  produit  le  plus  sou¬ 
vent  à  l’insu  du  malade,  ainsi  que  du  médecin,  et  ne  se  reconnaît  fréquem¬ 
ment  qu’à  l’autopsie.  Elle  s’observe  généralement  vers  le  troisième  septé¬ 
naire  de  la  maladie,  et  est  déterminée  par  les  mouvements  du  malade,  par 
la  toux,  par  les  efforts  de  défécation  ou  par  le  fait  de  se  mettre  sur  son  séant. 
(Cornil  et  Ranvier).  Quelquefois,  cependant,  la  douleur  est  vive  et  subite, 
malgré  l’obtusion  de  la  sensibilité  que  présentent  la  plupart  des  malades. 

Il  est  rare  que  la  rupture  s’effectue  sans  hémorrhagie  concomitante  ;  aussi, 
le  plus  souvent,  on  constate  au  niveau  de  la  rupture  une  tumeur  molle, 
fluctuante,  formée  primitivement  par  du  sang  liquide  qui  se  coagule  lente¬ 
ment  et  donne  naissance  à  un  véritable  hématome.  Quand  cette  tumeur 
occupe  la  partie  inférieure  d’un  ou  des  deux  muscles  grands  droits  et  qu’elle 
forme  une  masse  molle,  semi-liquide,  arrondie  surmontant  le  pubis,  on  peut 
la  confondre  avec  la  vessie  distendue,  erreur  qui  a  été  commise  quelquefois. 
Ordinairement,  la  peau  qui  recouvre  la  tumeur  est  parfaitement  normale  ; 
quelquefois,  elle  est  chaude,  rouge,  violacée  et  comme  ecchymosée.  A 
l’incision,  on  constate  une  solution  de  continuité  anfractueuse,  avec  écarte¬ 
ment  des  deux  segments  du  muscle;  l’espace  qui  les  sépare  est  rempli  par 
un  magma  sanguin,  d’une  coloration  noirâtre  ou  chocolat,  formé  de  glo¬ 
bules  rouges  plus  ou  moins  altérés  et  de  leucocytes  emprisonnés  dans  un 
réticulum  fibrineux.  Si  l’on  examine  au  microscope  des  fragments  du  muscle 
divisé,  on  y  constate  la  dégénérescence  granuleuse  et  vitreuse  dans  ses 
degrés  les  plus  accusés. 

Zenker  a  très-bien  démontré  que  la  rupture,  dans  ces  cas,  est  un  fait 
consécutif  et  que,  loin  de  déterminer  la  dégénérescence  du  muscle,  elle  en 
est  la  conséquence  et,  en  quelque  sorte,  la  caractéristique  grossière,  et 
macroscopique.  Ces  ruptures,  en  effet,  représentent  en  grand  les  petites 
ruptures  microscopiques  (fibrillaires  et  fasciculairés)  qui  accompagnent 
toujours  la  dégénérescence  vitreuse.  Entre  ces  ruptures  proprement  micros¬ 
copiques  et  les  déchirures  des  muscles  entiers,  avec  hémorrhagie  concomi¬ 
tante,  toutes  les  formes  de  transition  peuvent  s’observer.  Nous  verrons  plus 
bas  que  l’hémorrhagie,  elle  aussi,  ést,  le  plus  souvent  du  moins,  consécutive 
à  la  rupture. 

Les  ruptures  avec  ou  sans  foyers  hémorrhagiques  peuvent  guérir  sans 
s’accompagner  de  phénomènes  inquiétants.  Virchow  a  publié  un  cas  (il  ne 
dit  pas  s’il  s’agit  de  fièvre  typhoïde)  où  l’un  des  muscles  droits  de  l’abdo¬ 
men  contenaitoun  kyste  apoplectique,  reliquat  d’une  ancienne  rupture,  tan¬ 
dis  que  le  muscle  du  côté  opposé  offrait  une  cicatrice  fibreuse  complète, 
fortement  pigmentée. 

Mais  les  choses  ne  se  passent  pas  toujours  aussi  favorablement.  La  termi¬ 
naison  peut  avoir  lieu  par  suppuration  mais  elle  est  décidément  rare  ;  Zenker 
n’en  a  observé  que  deux  cas,  dont  le  second  même  ne  paraît  pas  avoir  inté¬ 
ressé  le  tissu  propre  du  muscle  et  se  rapporte  probablement  à  un  phlegmon 
sous-aponévrotique.  Cependant  il  ne  faudrait  pas  s’exagérer  la  rareté  des 
suppurations,  non  pas  spontanées,  mais  consécutives  aux  hémorrhagies  et 


294  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique  générale. 
aux  l’uptures  musculaires  (Dolbeau,  Dauvé,  Labuze,  Chaparre,  Jacops,, 
A.  Laveran).  Une  observation  de  Wenzel-Gruber  est  surtout  intéressante  :  il 
s’agit  d’un  bomme  qui,  atteint  de  fièvre  typhoïde,  fut  enlevé  par  une  péri¬ 
tonite  généralisée,  consécutive  à  la  rupture,  dans  l’intérieur  de  la  séreuse, 
d’un  abcès  musculaire  du  grand  droit  de  l’abdomen.  Zenker,  qui  relate  ce 
cas,  ne  décide  pas  si  la  suppuration  est  consécutive  à  une  rupture  du 
muscle,  ou  si  au  contraii’e  elle  l’a  provoquée.  Dans  un  autre  cas,  observé- 
par  Seiler,  un  foyer  provenant  de  la  rupture  du  grand  droit  de  l’abdomen, 
fut  envahi  par  une  inflammation  gangréneuse  qui  enleva  le  malade. 

Les  ruptures  musculaires,  dans  le  cours  de  la  fièvre  typhoïde,  ne  sont 
pas  précisément  exceptionnelles  :  sur  202  cadavres  de  typhiques  ouverts  à  la 
Charité  de  Berlin,  on  a  noté  11  fois  la  rupture  du  seul  muscle  droit  de 
l’abdomen  (Jankovvski).  Le  pronostic  ne  laisse  pas  que  d’offrir  de  la  gravité, 
moins  à  cause  de  la  lésion  locale,  que  parce  qu’elle  est  l’indice  d’une  forme 
sévère,  accompagnée  de  dégénérescences  musculaires  profondes.  Les  abcès, 
consécutifs  à  la  rupture  des  muscles,  surtout  de  ceux  de  l’abdomen,  doivent 
être  incisés  le  plus  tôt  possible,  dans  la  crainte  de  pénétration  de  leur  contenu, 
dans  la  cavité  péritonéale. 

Hé-Morrhagies  musculaires.  —  Elles  aussi  s’observent  surtout  dans  la  fièvre 
typhoïde,  et  leur  histoire  se  confond  avec  celle  de  la  rupture  spontanée  des. 
muscles.  Cependant  elles  peuvent  être  eonsécutives  à  la  contusion  des  mus¬ 
cles,  ou  sous  la  dépendance  d’une  affection  générale  à  tendance  hémorrha¬ 
gique,  tels  que  le  scorbut,  le  purpura,  la  leucémie  (Cornil  et  Ranvier),  la 
tuberculose  miliaire  aiguë  (Liouville,  Reverdin),  etc. 

Cruveilhier,  le  premier,  a  mentionné,  en  dehors  du  scorbut,  l’existence 
d’hémorrhagies  (apoplexies)  musculaires  :  «  Les  muscles  grands  droits  de 
l’abdomen,  dit-il,  m’ont  paru  surtout  exposés  à  cette  altération,  que  j’ai 
rencontrée  cinq  ou  six  fois  ;  »  il  les  attribue  à  des  phlébites  hémorrhagiques 
capillaires.  Rokitansky  appela  l’attention  sur  les  rapports  qui  existent,  dans 
la  fièvre  typhoïde,  entre  l’hémorrhagie  et  la  rupture  musculaire.  Vircho\v 
indiqua  avec  soin  les  modifications  subies  par  le  sang  extravasé  dans  les 
cas  de  rupture  du  muscle  droit  de  l’abdomen  (hématome  musculaire).  Mais 
c’est  à  Zenker  surtout  que  l’on  doit  d’avoir  décrit  avec  soin  les  hémorrhagies 
musculaires  qui  surviennent  dans  le  cours  des  fièvres  graves. 

Il  distingue  les  hémorrhagies  musculaires,  selon  leur  étendue,  en  simples 
ecchymoses,  en  infiltrations  hémorrhagiques  ou  sugillations,  enfin  en  foyers 
hémorrhagiques  proprement  dits.  Les  petites  ecchymoses  apparaissent  sous 
forme  de  stries  hémorrhagiques,  dirigées  dans  le  sens  des  fibres  muscu¬ 
laires.  Les  infiltrations,  tout  en  ne  s’accompagnant  pas  de  solution  de  con¬ 
tinuité  visible  du  muscle,  apparaissent  à  la  section  sous  forme  de  noyaux 
d’un  rouge  plus  ou  moins  foncé;  enfin,  les  foyers  proprement  dits  sont 
constitués  par  du  sang  liquide  ou  coagulé  remplissant  l’interstice  qui  sépare 
les  fragments  du  muscle  déchiré. 

Le  sang  peut  demeurer  indéfiniment  fluide  dans  les  cas  d’hémorrhagies 
musculaires,  même  considérables.  Le  plus  souvent,  il  subit  les  métamor¬ 
phoses  habituelles  des  foyers  hémorrhagiques  aboutissant,  soit  à  la  cicatri- 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIOUE  GÉNÉRALE.  295- 
sation,  soit  à  la  formation  d’un  kyste  hématique,  soit  à  la  suppuration  ou  à 
la  désorganisation  gangréneuse.  (Voy.  plus  haut,  Ruptures  musculaires.) 
D’une  façon  générale,  ainsi  que  le  font  observer  Cornil  et  Ranvier,  le  sang 
épanché  dans  les  muscles  se  résorbe  avec  une  grande  facilité,  surtout  dans 
les  cas  où  l’hémorrhagie  a  lieu  sur  un  sujet  sain  (à  la  suite  d’une  contusion 
par  exemple)  ;  les  mouvements  musculaires,  selon  ces  auteurs,  exerceraient 
une  grande  influence  sur  la  circulation  intra-musculaire  et,  par  conséquent 
sur  la  résorption  et  le  transport  des  matériaux  provenant  des  modifications 
du  sang  épanché. 

Zenker  ainsi  que  Virchow  pensent  que’ les  hémorrhagies  musculaires, 
dans  la  fièvre  typhoïde,  sont  le  résultat  et  non  la  cause  des  ruptures  et  des 
désoi’ganisations  musculaires,  et  tout  milite  en  faveur  de  cette  interpréta¬ 
tion.  Cependant  Stein  déjà,  en  1861,  les  attribuait  en  partie  à  une  dégéné¬ 
rescence  des  vaisseaux,  que  Zenker,  qui  le  cite,  n’a  pu  retrouver,  mais  qui 
a  été  observée  par  Hofmann  (dégénérescence  graisseuse)  et  par  Hayem 
(endartérite).  Cependant,  il  ne  faudrait  pas  exagérer  la  valeur  des  obstruc¬ 
tions  vasculaires  que  l’on  constate  dans  les  cas  de  rupture  et  d’hémorrhagie 
musculaires  ;  ces  coagulations,  loin  d’être  la  cause  de  la  rupture  du  vaisseau 
et  de  l’hémorrhagie,  peuvent  fort  bien  n’en  être  que  le  résultat  (Ranvier, 
Liouville). 

Sur  un  relevé  de  159  cas  de  fièvre  typhoïde,  Hofmann  a  rencontré  11  fois- 
l’hémorrhagie  musculaire;  cet  accident  est  donc  relativement  rare.  Le- 
siège  d’élection  est  le  même  que  celui  des  ruptures  (droits  ettransversès  de 
l’abdomen,  pectoraux,  etc.).  Les  efforts,  les  contractions  musculaires- 
paraissent,  comme  pour  les  ruptures,  jouer  le  principal  rôle  déterminant;, 
ainsi,  dans  un  cas  cité  par  Jankowski,  où  les  muscles  droits  de  l’abdomen 
étaient  farcis  d’une  multitude  de  foyers  hémorrhagiques,  il  y  avait  une  bron¬ 
chite  intense  avec  toux  fréquente. 

L’e.xemple  le  plus  parfait  d’hématome  musculaire,  observé  par  Virchow,, 
est  relatif  à  un  hémophile  :  il  s’agit  d’un  gros  kyste  sanguin  occupant  la. 
fosse  iliaque  droite,  d’un  diamètre  de  8  centimètres  environ,  logé  dans 
l’épaisseur  du  muscle  iliaque  ;  ce  kyste,  dessiné  dans  le  Traité  des  tumeurs,. 
avait  des  parois  très-épaisses,  d’une  dureté  cartilagineuse,  et  un  contenu 
cassant,  sec,  brunâtre,  formé  de  globules  sanguins  ratatinés  et  d’un  détritus- 
granuleux.  C’est  là,  ajoute  Virchow,  peut-être  l’exemple  du  plus  grand  hé¬ 
matome  connu. 

Virchow,  au  même  endroit,  signale  un  fait  que  nous  tenons  à  relever  quoi¬ 
qu’il  ait  trait  à  un  fait  de  lésion  traumatique  ;  «  J’ai  gardé  pendant  longtemps, 
dit-il,  dans  mon  service  à  la  Charité,  un  homme  chez  lequel,  pendant  un. 
violent  accès  de  delirium  tremens,  le  biceps  brachial  s’était  déchiré  de  part 
en  part,  juste  au-dessus  de  son  insertion  tendineuse  inférieure.  L’extrémité- 
supérieure  était  remontée  et  formait  une  tuméfaction  qui  donnait  presque 
la  sensation  d’un  kyste,  mais  qu’une  pression  douce  parvenait  à  allonger 
et  à  replacer  en  même  temps  dans  sa  position  normale.  »  En  effet,  dans  les- 
cas  de  ce  genre,  la  portion  charnue  du  muscle  rompu,  cessant  d’être  main¬ 
tenue  par  une  de  ses  insertions,  obéit  à  son  élasticité  et  se  rétracte  sous. 


296  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique  génékale. 
forme  d’une  masse  fluctuante  qu’on  pourrait,  ainsi  que  le  fait  observer 
Virchow,  prendre  pour  une  collection  liquide,  alors  que  l’on  a  simplement 
affaire  à  un  phénomène  identique  à  celui  de  la  rétraction  du  moignon,  dans 
une  amputation. 

Inflam-wation  franche  des >iuscles,  myosite  aigue.  Abcès  des  muscles.  •— 
IVous  pouri’ons  être  bref  sur  ce  chapitre,  car  en  décrivant  la  dégénérescence 
.granuleuse  et  vitreuse  des  muscles,  nous  avons,  par  le  fait,  décrit  une 
■véritable  myosite,  c’est-à-dire  un  processus  inflammatoire,  sinon  dans  ses 
iphases  initiales,  du  moins  dans  son  évolution  et  ses  modes  de  terminaison. 

La  myosite  aiguë  franche,  spontanée,  est  très-exceptionnelle,  le  tissu 
musculaire  étant,  nous  le  répétons,  de  tous  les  tissus  de  l’économie,  celui 
qui  paraît  le  moins  susceptible  de  s’enflammer  protopathiquement  et  pour 
son  propre  compte.  Aussi,  les  histologistes  qui  ont  voulu  trouver  un  type  de 
myosite  franche,ont-ils  dû  s’adresser  à  des|inflammations  accidentelles  ou 
expérimentales,  telles  que  les  créent  les  plaies  et  les  traumatismes.  Cette 
question  sera  traitée,  avec  tous  les  détails  qu’elle  comporte,  au  paragraphe 
Plaies  des  muscles;  nous  n’en  donnons  ici  qu’une  esquisse  rapide. 

Lorsqu’un  muscle  est  divisé,  par  exemple,  transversalement  dans  un  moi¬ 
gnon  d’amputation,  on  assiste  à  un  travail  analogue  à  celui  qui  se  passe  à 
la  surface  de  toute  plaie  évoluant  d’une  façon  légitime,  c’est-à-dire  à  la  pro¬ 
duction  de  bourgeons  charnus,  consistant  en  tissu  embryonnaire  et  en 
vaisseaux  de  nouvelle  formation.  Les  cellules  embryonnaires  occupent  non 
seulement  la  surface  de  la  plaie,  mais  elles  pénètrent  aussi  dans  les  inters¬ 
tices  musculaires,  le  périmysium  interne  et  externe,  ainsi  que  dans  l’inté¬ 
rieur  des  gaînes  du  sarcolemme.  En  même  temps,  la  substance  contractile, 
sur  une  étendue  plus  ou  moins  considérable,  subit  la  transformation  gra¬ 
nuleuse  et  vitreuse,  se  désagrégé,  et  finit  par  disparaître  devant  les  progrès 
incessants  du  tissu  embryonnaire.  «Supposons  une  de  ces  plaies  arrivée  au 
douzième  jour:  sur  une  section  perpendiculaire  à  sa  surface,  on  trouve  d’a- 
bcrd  une  couche  formée  par  du  tissu  embryonnaire  pur,  dans  laquelle  des 
capillaires  sanguins  dilatés  et  possédant  une  paroi  embi’yonnaire  forment 
des  anses.  Au  dessous  de  cette  couche,  dont  l’épaisseur  varie  entre  1  et 
0  millimètres,  on  en  trouve  une  seconde,  où  le  tissu  embryonnaire  est 
sillonné  de  faisceaux  primitifs  atrophiés...  Les  noyaux  du  sarcolemme, 
multipliés  à  l’excès,  forment  des  groupes  placés  les  uns  à  la  surface,  les 
autres  au  centre  du  faisceau.  »  (Gornil  et  Ranvier.) 

.Ces  cellules  embryonnaires  proviennent-elles  des  éléments  préexistants 
du  périmysium  interne,  ou  sont-ce  des  cellules  blanches  du  sang  et  de  la 
lymphe,  ou  bien  encore  sont-elles  engendrées,  en  partie  du  moins,  par  les 
corpuscules  musculaires,  c’est-à-dire  par  les  éléments  nucléés  situés  à  la 
face  interne  du  sarcolemme  et  qui  représentent  les  restes  des  cellules  em¬ 
bryonnaires  employées  à  la  formation  du  muscle  ?  ce  sont  là  autant  de 
questions  auxquelles,  malgré  les  recherches  de  Waldeyer,  d’O.  Weber,  de 
Rayem,  de  Gussenbauer,  etc.,  il  n’est  pas  permis  de  répondre  d’une  façon 
positive.  Il  est  probable  qu’il  ne  s’agit  pas  là  d’un  mode  unique,  et  que  les 
trois  facteurs  interviennent  dans  le  processus.  On  voit  aussi,  par  ces  faits. 


MUSCLE.  —  pathologik.  —  anatomie  pathologique  générale.  297 
que  la  question,  tant  discutée  autrefois,  de  la  myosite  parenchymateuse  et 
de  la  myosite  interstitielle  est,  en  réalité,  une  distinction  surtout  artificielle 
et  que  toutes  les  parties  constituantes  du  muscle,  envisagé  en  tant  qu’or- 
gane,  prennent  part  à  l’inflammation.  Quoi  qu’il  en  soit,  cette  myosite 
traumatique  peut  aboutir  soit  à  la  suppuration  et  à  la  formation  d’un  abcès, 
soit  à  la  cicatrisation  par  du  tissu  fibreux,  soit  enfin,  quoique  exception¬ 
nellement  {voy.  plus  haut)  à  une  véritable  régénération  musculaire. 

Ce  qui  se  passe  dans  la  myosite  traumatique  se  retrouve,  avec  de  légères 
variantes,  dans  les  myosites  spontanées,  sur  lesquelles  nous  aurons  à  re¬ 
venir,  dans  les  lésions  emboliques  des  muscles,  dans  les  infarctus  muscu¬ 
laires,  dans  la  myosite  morveuse,  dans  les  abcès  métastatiques  des  muscles, 
etc.  C’est  dans  la  marche  et  surtout  dans  l’étiologie  de  l’affection  musculaire, 
et  non  dans  ses  caractères  histologiques,  qu’il  faut  puiser  les  éléments  du 
diagnostic. 

Rokitansky  déjà  reconnaissait  deux  foi-mes  de  myosite  suppurative,  l’une 
circonscrite,  l’autre  diffuse.  Dans  la  première  forme,  on  constate  des  foyers 
nettement  circonscrits,  peu  volumineux,  d’une  coloration  jaunâtre  ou 
blanchâtre  ;  plusieurs  de  ces  foyers  purulents  peuvent  se  réunir  pour  cons¬ 
tituer  une  collection  purulente  unique,  volumineuse,  limitée  par  une  mem¬ 
brane  pyogénique  ;  il  n’est  pas  rare  de  trouver,  mélangés  au  pus,  des  lam¬ 
beaux  plus  ou  moins  altérés  de  tissu  musculaire  et  des  caillots  sanguins. 
C’est  surtout  dans  l’inflammation  du  psoas  {my.  art.  Psoïtis)  que  ces  états 
ont  pu  être  étudiés. 

Dans  la  forme  diffuse  de  l’inflammation  suppurative  des  muscles  (phleg¬ 
mon  diffus  des  muscles,  Hayem)  le  pus  est  infiltré  dans  le  tissu  conjonctif 
interstitiel  sur  une  très- grande  étendue,  et  n’a  pas  le  temps  de  se  collecter 
en  abcès.  Nous  reviendrons  plus  bas  sur  ces  faits  exceptionnels  de  myosites 
suppuratives  suraigües. 

Dans  la  scrofule,  on  observe  quelquefois,  quoique  rarement,  des  abcès 
froids  siégeant  dans  l’épaisseur  d’un  muscle  ;  la  pénétration  dans  l’intérieur 
d’un  muscle  de  pus  provenant  d’une  carie  osseuse  est  au  contraire  assez 
fréquente,  ainsi  que  le  montre  l’histoire  du  psoïtis. 

Myosite  chronique.  Rétraction. — Elle  est  le  plus  souvent  propagée  et  con¬ 
sécutive  à  une  inflammation  des  organes  voisins,  os,  articulations,  tumeur 
blanche,  trajets  fistuieux,  ou  sous  la  dépendance  de  la  diathèse  rhumatis¬ 
male.  Elle  est  surtout  caractérisée  par  l’atrophie  progressive  de  la  substance 
contractile  et  par  l’hyperplasie  du  tissu  •conjonctif,  qui  prend  une  consis¬ 
tance  fibroïde  et  étouffe  les  faisceaux  striés.  De  là  les  modifications  macros¬ 
copiques  subies  par  le  muscle  qui  devient  dur,  perd  son  aspect  lâsciculé 
caractéristique  et  présente  un  aspect  marbré  sur  la  coupe  transversale, 
fibreux  sur  la  coupe  longitudinale.  Dans  certains  cas,  la  totalité  du  muscle 
paraît  transformée  en  une  véritable  bande  fibreuse  ;  mais,  même  alors,  il  est 
rare  que  l’on  ne  constate  pas  au  microscope,  des  vestiges  de  substance  striée, 
atrophiée,  il  est  vrai,  ou  ayant  subi  la  transformation  granuleuse  ou  vi¬ 
treuse.  Cette  hyperplasie  du  tissu  conjonctif  interstitiel,  dans  tous  ses  degrés, 
.se  rétrouve  également  dans  les  lésions  purement  paralytiques  des  muscles. 


298  MUSCLE.  —  pathologie.  —  anatomie  pathologique  générale. 
avec  atrophie,  sans  qu’à  aucun  moment  il  semble  s’y  passer  des  phéno¬ 
mènes  de  nature  irritative  ;  nous  aurons  à  revenir  sur  ce  point. 

La  trichinose,  chez  l’homme,  est  un  type  de  myosite  chronique  Consécu¬ 
tive  à  une  myosite  primitivement  aiguë  ;  type  d’autant  plus  instructif  qu’il 
se  rapproche,  pour  la  netteté  des  conditions  pathogéniques  et  des  causes 
déterminantes,  de  ce  que  l’on  peut  observer  dans  les  myosites  expérimen¬ 
tales.  On  sait,  en  effet,  que  la  trichina  spiralis  se  fixe  exclusivement  dans  le, 
tissu  conjonctif  interstitiel  des  muscles  et  surtout  dans  l’intérieur  même  du 
faisceau  primitif.  Elle  joue  littéralement  le  rôle  d’une  épine  inflammatoire 
et  provoque  autour  d’elle,  au  moment  de  son  immigration,  une  véritable 
myosite  aiguë.  Celle-ci  s’accuse  cliniquement  parles  douleurs  musculaires, 
spontanées  ou  provoquées,  par  la  lassitude,  par  le  gonflement  œdémateux 
des  membres,  etc.,  et  histologiquement  par  tous  les  caractères  de  la  myosite 
aiguë  parenchymateuse  et  interstitielle.  Si  lé  sujet  survit  à  cette  période 
aiguë,  on  voit  s’établir  un  travail  d’inflammation  chronique  qui  aboutit 
finalement  à  l’enkystement  du  nématoïde.  [Voy.  art.  Trichinose.) 

Ossification  bes  muscles.  —  Ce  n’est  qu’une  des  formes  anatomiques  delà 
myosite  chronique  interstitielle  ;  elle  se  montre  sous  deux  variétés  bien  dis¬ 
tinctes  :  l’une  circonscrite  et  localisée,  l’autre  généralisée  et  à  marche  pro^ 
gressive.  La  forme  circonscrite  consiste  dans  la  production  de  plaques 
osseuses  enchâssées  dans  l’épaisseur  d’un  muscle,  sous  forme  de  petites 
masses  rondes,  allongées,  ou  isolées,  consistant  en  un  véritable  tissu 
osseux,  de  nature  spongieuse  ou  plus  ou  moins  compacte.  Cette  myosite 
ossifiante  consiste  en  une  transformation  du  tissu  conjonctif  interstitiel  en 
tissu  osseux,  avec  disparition  de  la  substance,  contractile,  qui  parfois  s’im¬ 
prègne  elle-même  de  sels  calcaires.  Elle  se  produit  sous  l’influence  d’irri¬ 
tations  traumatiques,  de  coups,  de  chocs  fréquemment  répétés.  'Telle  est  la 
fameuse  transformation  osseuse  du  brachial  antérieur,  de  l’extrémité  infé¬ 
rieure  du  biceps  et  du  deltoïde  gauche  signalée  pour  la  première  fois  par 
Rokitansky  chez  les  fantassins  exercés  à  porter  vivement  l’arme  au  bras 
ou  sur  l’épaule  (Exercirknochen  des  Allemands)  ;  telle  est  encore  l’ossifica¬ 
tion  des  adducteurs  de  la  cuisse  chez  les  cavaliers  endurcis,  ün  constate 
aussi  des  ossifications  accidentelles  des  muscles  dans  le  voisinage  des  frac¬ 
tures  avec  cal  exubérant  et  autour  des  articulations  atteintes  d’arthrite 
sèche.  Barth,  chez  un  sujet  atteint  d’arthrite  déformante  de  la  hanche,  a 
constaté,  dans  le  muscle  droit  antérieur  de  la  cuisse,  une  plaque  osseuse 
longue  de  vingt-sept  centimètres  et  large  de  sept  centimètres.  Hayema  ob¬ 
servé,  dans  un  cas  d’arthropathie  de  l’épaule  chez  un  ataxique,  le  dévelop¬ 
pement  de  plaques  osseuses  dans  l’épaisseur  du  biceps. 

Il  ne  faut  pas  confondre  avec  l’ossification  vraie  et  partielle  des  muscles 
les  concrétions  calcaires  qui  s’y  développent  parfois  à  la  suite  de  la  méta¬ 
morphose  régressive  de  foyers  de  suppuration  ou  dans  d’anciens  kystes 
hématiques  ou  à  échinocoques.  Il  s’agit  là  d’imprégnation  par  des  sels 
calcaires  et  non  pas  d’une  véritable  ossification. 

La  deuxième  variété,  la  myosite  ossifiante  progressive  (Münchmeyer) 
constitue  une  maladie  peu  commune,  singulière  et  intéressante.  Elle  dé- 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


299' 


bute  habituellement  par  un  empâtement  douloureux  des  muscles  de  la  nuquu 
ou  du  dos,  se  dissipant  petit  à  petit,  mais  laissant  à  sa  place  un  noyau  dur, 
cartilagineux  d’abord,  puis  osseux.  Les  masses  musculaires  du  dos  sont 
ainsi  envahies  progressivement  par  l’ossification,  au  point  de  former  une 
sorte  de  carapace  qui  immobilise  les  vertèbres.  Après  les  muscles  du  tronc, 
ce  sont  ceux  des  extrémités  qui  se  prennent,  ceux  de  l’épaule,  de  la  han¬ 
che,  de  la  cuisse,  du  bras  et  de  l’avant-bras  ;  le  masséter  n’est  pas  épar¬ 
gné,  non  plus  que  quelques  muscles  de  la  face.  Le  malade  finit  par  être 
cloué  dans  son  lit,  incapable  de  se  mouvoir,  et  il  succombe  au  marasme 
qu’entraînent  rimmobilit,é  forcée  et  la  difficulté  de  la  mastication;  la  gêne 
respiratoire  déterminée  par  l’ossification  des  intercostaux  et  des  muscles  du 
thorax  contribue  aussi  à  l’issue  fatale.  Parmi  les  muscles  qui  sont  constam¬ 
ment  épargnés,  il  faut  citer  le  cœur,  le  diaphragme,  la  langue,  les  sphinc¬ 
ters,  les  muscles  du  larynx  ;  les  muscles  abdominaux,  quand  ils  sont  pris, 
ne  le  sont  jamais  que  partiellement. 

C’est  une  maladie  particulière  au  jeune  âge  ;  sa  marche  est  éminemment 
chronique,  elle  procède  par  poussées  successives,  dont  les  unes  se  font  sans, 
cause  appréciable,  les  autres  sous  l’influence  de  causes  occasionnelles, 
comme  les  traumatismes,  les  chocs,  les  refroidissements. 

Telle  est,  en  substance,  la  physionomie  de  cette  alfection  curieuse,  d’a¬ 
près  les  rares  cas  observés  par  Testelin  etDaudressi,  par  Hawkins,  par  Wil¬ 
kinson,  par  Zollinger,  et  surtout  par  Münchmeyer  qui  en  a  fait  l’objet 
d’un  mémoire  important.  Il  est  certain,  selon  nous,  qu’il  faut  voir  dans  ces 
cas  une  disposition  particulière  de  l’économie  à  produire  des  néoforma¬ 
tions  osseuses  ;  ce  serait  une  variété  de  la  diathèse  ossifiante  ou  osseuse  dont 
parle  Virchow,  mais  qui  présente  cette  particularité  de  porter  sur  un  sys¬ 
tème  unique,  le  système  musculaire.  L’âge  peu  avancé  des  sujets  s’accorde 
bien  avec  cette  manière  de  voir  qui  n’est  pas,  à  proprement  parler,  une 
explication,  mais  qui  nous  paraît  avoir  l’avantage  de  rapprocher  ces  faits 
des  exemples  plus  fréquents  d’e.xostoses  multiples  occupant  le  squelette, 
que  Ton  constate  chez  les  individus  très-jeunes  ou  adolescents.  En  un 
mot,  nous  voyons  dans  cette  affection  bizarre  une  véritable  maladie  de 
croissance,  caractérisée  au  plus  haut  degré  par  les  aberrations  et  les  exubé¬ 
rances  du  développemen  osseux,  si  communes  à  cette  période  de  la  vie. 

Hayem  envisage  le  processus  différemment  et  le  rapproche,  pour  la 
marche  lente  et  graduellement  progressive,  pour  la  tendance  à  la  généra¬ 
lisation,  de  l’atrophie  musculaire  progressive.  Il  n’est  pas  éloigné  de  voir 
là  un  vice  de  nutrition,  un  trouble  trophique  se  rattachant  à  des  lésions 
probables  des  centres  nerveux  :  c’est  une  hypothèse  à  vérifier. 

^éméiolosic  générale  de  l’appareil  miiscnlaire.  —  Si  les  trou¬ 
bles  fonctionnels  accusés  par  les  muscles  répondaient  tous  à  des  altérations 
anatomiques  appréciables  et  connues  ;  si,  en  outre,  ces  altérations  suffisaient 
pour  donner  la  clef  des  symptômes  observés,  ce  chapitre  ne  serait  pas  ma¬ 
laisé  à  écrire  ;  mais,  après  ce  que  nous  avons  si  souvent  répété  de  la  su¬ 
bordination  étroite  du  muscle  au  système  nerveux,  de  son  manque  d’auto¬ 
nomie  pathologique  autant  que  physiologique,  on  peut  déjà  deviner  une- 


300 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


séméiologie  très-étendue —  puisqu’à  tout  prendre  elle  embrasse  la  totalité  des 
troubles  moteurs,  —  mais  mal  limitée  et  se  prêtant  difficilement  à  un  exposé 
systématique.  Un  volume  entier  ne  suffirait  pas  à  la  description,  même 
sommaire,  de  tous  les  troubles  fonctionnels  dont  les  muscles  peuvent 
être  atteints  (troubles  moteurs  proprement  dits,  incoordinations  motrices, 
troubles  de  la  sensibilité  musculaire,  etc.,  etc.)  ;  et  comme  la  plupart  des 
symptômes  musculaires  ne  sont  en  réalité  que  les  manifestations  d'affec¬ 
tions  éloignées,  portant  sur  les  centres  nerveux  ou  sur  l’ensemble  de 
l’économie,  une  telle  tentative,  si  elle  pouvait  venir  à  l’esprit  dans  un 
travail  de  la  nature  de  celui-ci,  ne  s’adresserait^  à  rien  moins  qu’à  une 
notable  partie  de  la  pathologie.  C’est  assez  dire  que  nous  ne  traiterons  ici 
que  des  symptômes  essentiels,  de  ceux  surtout  qui  ne  doivent  pas  trouver 
place  ailleurs  dans  ce  recueil  ;  en  outre,  dans  l’analyse  de  ces  symptômes 
mixtes,  si  l’on  peut  ainsi  dire,  et  communs  à  l’appareil  névro-musculaire, 
nous  insisterons  particulièrement  sur  ce  qui  a  trait  au  muscle  lui-même, 
renvoyant  pour  les  détails  aux  articles  de  séméiologie  spéciale  (Contrac¬ 
ture,  CONVULSIONS,  SPASMES,  STRABISME,  PARALYSIES,  ELECTRICITE,  etc). 

Lassitude.  F.atigue  musculaire.  —  C’est  proprement  un  phénomène 
physiologique,  mais  qui  devient  pathologique,  quand  il  est  d’une  intensité 
ou  d’une  durée  excessive  et  surtout  quand  il  se  développe  sous  l’influence 
de  causes  autres  que  celles  qui  le  provoquent  normalement.  «  Il  est,  dit 
Bichat,  un  sentiment  particulier  qu’on  éprouve  dans  les  muscles  après  des 
contractions  répétées,  et  qu’on  nomme  lassitude...  Ce  sentiment  n’est  cer¬ 
tainement  pas  dû  à  la  compression  exercée  par  les  muscles  en  contraction 
sur  les  petits  nerfs  qui  les  parcourent.  En  effet,  il  peut  avoir  lieu  sans  cette 
contraction  antécédente,  comme  on  l’observe  dans  l’invasion  de  beaucoup 
de  maladies,  où  il  se  répand  en  général  sur  tout  le  système  musculaire, 

.  et  où  les  malades  sont,  comme  ils  disent,  fatigués,  lassés,  de  même  qu’à  la 
suite  d’une  longue  marche.  »  Et  plus  loin,  Bichat  fait  remarquer  que  la 
lassitude,  même  douloureuse,  ne  doit  pas  être  confondue  avec  la  douleur 
proprement  dite  des  muscles. 

La  fatigue  musculaire  a  été  étudiée  récemment  avec  soin,  dans  son  mé¬ 
canisme  intime,  par  les  physiologistes.  Tout  porte  à  croire  qu’elle  résulte 
surtout  de  l’accumulation,  dans  le  sein  du  muscle,  des  matériaux  pro¬ 
venant  des  combustions  ou,  pour  être  plus  exact,  des  dédoublements  qui 
s’y  effectuent  lors  de  la  contraction.  Ce  sont  principalement  l’acide  car¬ 
bonique  et  l’acide  lactique  ou  sarcolactique  (.1.  Ranke)  ;  aussi  le  muscle 
fatigué  présente-t-il  une  acidité  plus  grande  (Heidenhain)  et  peut-on, 
comme  l’a  fait  Ranke,  produire  expérimentalement  la  fatigue  d’un  muscle, 
en  injectant  dans  l’artère  qui  l’alimente  du  lactate  de  soude.  C’est  même 
en  se  basant  sur  ces  données  expérimentales  que  l’on  a  récemment  essayé 
l’administration,  à  l’intérieur,  de  fortes  doses  de  lactates  alcalins,  dans  le 
but  de  déterminer  une  lassitude  artificielle  (Ermûdungssubstanzen)  et  de 
provoquer  ainsi  la  tendance  au  sommeil  ;  tentatives  qui,  il  faut  le  recon¬ 
naître,  ont  donné  peu  de  résultats.  —  Pour  défatiguer  un  muscle,  il  suffit, 
au  contraire,  de  le  faire  traverser  par  du  sang  richement  oxygéné. 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


Ce  qui  caractérise  la  lassitude  morbide,  quelle  qu’en  soit  la  cause,  c’est  de 
ne  pas  dériver  de  la  fatigue  et  de  survenir  indépendamment  du  travail 
musculaire.  Comme  exemple  de  lassitude  pathologique,  on  peut  citer  l’as¬ 
thénie  musculaire  particulière  aux  chlorotiques,  qui  n’est  pas  de  la  paresse 
ou  de  l’indolence  psychique  uniquement,  mais  qui  tient  en  grande  partie  à 
l’épuisement  rapide  et  facile  de  la  contractilité  musculaire. 

Cette  même  fatigue  musculaire,  allant  jusqu’à  la  douleur  (lassüudo  do- 
lorosa)  et  constituant  cé  qne  l’on  appelle  la  courbature,  se  retrouve  au 
début  de  la  plupart  des  maladies  fébriles,  surtout  des  fièvres  infectieuses  et 
exanthématiques.  Quant  à  la  douleur  excessive  siégant  dans  la  région  lom¬ 
baire  et  que  l’on  constate  au  début  de  la  variole  et  de  la  fièvre  jaune  (coup 
de  barre),  il  est  probable  qu’elle  n’est  pas  musculaire,  mais  liée  à  une 
congestion  de  la  partie  inférieure  de  la  moelle  et  des  racines  qui  en 
émergent. 

Pour  ce  qui  touche  au  mécanisme  de  la  lassitude  pathologique,  il  est 
permis  de  croire  qu’il  se  rapproche  de  celui  de  la  fatigue  physiologique,  et 
que  ce  symptôme  est  lié  à  l’accumulation,  dans  le  muscle,  de  substances 
nuisibles  et  incapables  de  faire  les  frais  d’une  contraction  facile,  la  respi¬ 
ration  musculaire,  comme  l’appelle  Cl.  Bernard,  exigeant,  pour  le  maintien 
de  l’activité  fonctionnelle  de  l’organe,  l’abord  régulier  d’un  sang  normal 
et  vivifiant. 

Cependant,  tout  en  faisant  la  part  la  plus  large  à  l’irrigation  défectueuse 
du  muscle,  nous  pensons  qu’il  ne  faut  pas,  dans  l’interprétation  du  phéno¬ 
mène  lassitude,  perdre  complètement  de  vue  le  système  nerveux  ;  il  est 
certain  que  la  puissance  musculaire,  ainsi  que  la  perception  ou  la  non- 
perception  de  la  fatigue,  sont  souvent  sous  la  domination  manifeste  dn  sys¬ 
tème  nerveux;  il  suffit,  à  cet  égard,  de  mentionner  le  développement  de 
force  colossale  dont  sont  susceptibles  les  sujets  les  plus  débiles,  sous  l’in¬ 
fluence  des  passions  de  l’àme,  de  la  colère,  du  désespoir  ou  du  délire;  la 
diminution  ou  l’affaiblissement  de  cet  influx  entrent  sans  doute  comme 
éléments  dans  la  production  de  la  fatigue. 

Enfin,  nous  avons  vu  que  la  débilité  et  la  lassitude  musculaires  que  l’on 
constate  dans  le  cours  et  dans  la  convalescence  des  fièvres  graves,  peuvent 
tenir  à  des  altérations  anatomiques  du  muscle,  à  la  dégénérescence  vi¬ 
treuse,  notamment,  ou  à  d’autres  processus  amyotrophiques. 

Douleurs  musculaires,  myalgies,  myodynies.  — Douleurs  de  contraction, 
ciNÉsiALGiES  (Gublcr).  —  Bichat,  Richerand,  Schiff  et  la  plupart  des  phy¬ 
siologistes  ont  signalé  le  peu  de  sensibilité  que  possèdent  les  muscles  à  l’état 
sain-,  «  coupés  transversalement,  dit  Bichat,  dans  les  amputations,  dans 
les  expériences  sur  les  animaux  vivants,  ils  ne  font  éprouver  aucun  senti¬ 
ment  pénible  bien  remarquable  ;  ce  n’est  que  quand  un  filet  nerveux  se 
trouve  intéressé  que  la  douleur  se  manifeste. ..,  l’irritation  par  les  stimu¬ 
lants  chimiques  n’y  montre  pas  plus  à  découvert  la  sensibilité.  »  Il  en  est 
autrement  quand  le  muscle  est  altéré  dans  sa  structure,  soit  par  un  trau¬ 
matisme,  par  la  distension  ou  la  rupture  résultant  d’un  effort,  soit  par  nne 
•inflammation,  de  nature  rhumatismale  ou  autre,  soit  enfin,  dans  certaines 


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MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


affections  générales  et  dans  quelques  intoxications  dont  le  mode  d’action 
sur  le  muscle  est  encore  mal  connu. 

Les  muscles  peuvent  présenter  deux  modes  différents  de  douleur;  tantôt 
ils  sont  douloureux  même  en  dehors  de  l’acte  de  la  contraction,  spontané¬ 
ment  ou  sous  l’influence  de  la  moindre  pression  ;  d’autres  fois,  et  le  plus  sou¬ 
vent,  la  douleur  ne  naît  ou  ne  devient  appréciable  que  sous  l’influence  de 
la  contraction  ;  ce  sont  les  douleurs  de  contraction  ou  cinésialgies,  comme 
les  a  appelées  Gubler. 

Dans  la  première  classe,  rentrent  les  douleurs  musculaires  liées  à  la 
diathèse  rhumatismale  [voij.  plus  loin  le  paragraphe  :  Rhumatisme  muscu¬ 
laire)  et  caractérisées  par  une  sensation  sourde,  pénible,  avec  des  exacer¬ 
bations  provoquées  par  les  mouvements  ou  la  pression,  surtout  quand 
«lie  porte  sur  le  voisinage  de  l’insertion  du  muscle,  c’est  à  dire  sur  sa 
portion  tendineuse.  Certains  muscles  superficiels,  le  deltoïde,  le  trapèze,  le 
sterno-mastoïdien  sont  le  siège  d’élection  de  ces  douleurs  qui,  de  fugaces  et 
mobiles  qu’elles  sont  au  début,  peuvent  devenir  fixes  et  chroniques.  Elles 
entraînent  des  attitudes  spéciales,  dues  surtout  à  la  contraction  permanente 
•des  muscles  sains,  contraction  ayant  pour  but  d’immobiliser  le  membre 
pour  éviter  les  exacerbations  douloureuses  qu’occasionnent  les  mouve¬ 
ments  ;  de  là  des  déviations  persistantes  dont  l’un  des  types  est  le  torticolis  dit 
rhumatismal  (voy.  Torticolis).  Il  n'est  pas  rare  de  voir  les  muscles  atteints 
de  rhumatisme  s’atrophier  à  la  longue  et  subir  la  rétraction  fibreuse,  ce  qui 
rend  probable,  ainsi  que  nous  le  verrons  plus  bas,  la  nature  phlegmasique 
ou  du  moins  subinflammatoire  de  la  maladie. 

Les  mêmes  caractères  se  retrouvent  pour  certaines  douleurs  musculaires 
improprement  dénommées  douleurs  rhumatismales,  et  qui  sont  simple¬ 
ment  le  résultat  de  l’impression  du  froid  sur  les  muscles. 

Dans  quelques  maladies  générales  fébriles,  dans  la  grippe  notamment, 
■comme  aussi  dans  la  fièvre  typhoïde,  on  constate  non  seulement  la  cour¬ 
bature  décrite  plus  haut,  mais  de  véritables  douleurs  musculaires,  souvent 
■excessives,  et  que  la  pression  augmente  habituellement.  Dans  la  syphilis, 
on  observe  également  des  douleurs  vives,  de  véritables  myalgies  occupant 
les  masses  musculaires  et  que  Ricord  rapporte  à  l’anémie  syphilitique  ;  les 
-douleurs  musculaires  des  saturnins  sont  bien  connues  ;  enfin,  pour  Bri¬ 
quet,  la  plupart  des  douleurs  accusées  par  les  hystériques  ne  seraient  que 
des  myalgies,  occupant  particulièrement  les  muscles  d’enveloppe  des  cavités 
splanchniques  et  surtoutles  muscles  préabdominaux;  douleurs  remarquables 
par  leur  mobilité,  s’exaspérant  par  le  moindre  attouchement,  par  le  simple 
froissement  de  la  peau  et  se  modifiant  rapidement  par  l’action  du  pinceau 
électrique.  On  sait,  du  reste,  que  pour  cet  observateur  distingué,  la  colique 
saturnine  elle-même  n’est  autre  chose  qu’une  myodynie  des  muscles  de 
l’abdomen. 

Chez  les  hémiplégiques,  il  n’est  pas  rare,  quelque  temps  après  l’attaque, 
■de  voir  survenh-  des  douleurs  très-vives,  provoquées  surtout  par  la  pression 
■et  occupant  les  masses  musculaires  des  membres  paralysés  ;  il  serait  inté- 
■i-essant  de  rechercher  si  ces  douleurs  ne  sont  pas  liées  à  des  états  inflam- 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


matoires  ou  subinflammatoires  des  muscles  ;  nous  les  avons  observées,  à 
un  degré  extrêmement  prononcé,  dans  un  cas  d’hémiplegie  flasque,  remon¬ 
tant  à  deux  mois  environ,  et  dans  lequel  la  pression  sur  le  trajet  des  nerfs 
était  aussi  excessivement  douloureuse  (névrite);  il  existait  en  outre,  chez  ce 
sujet,-  sur  les  membres  paralysés,  un  œdème  intense,  chaud,  et  des 
lésions  trophiques  (escarres  rapides,  bulles  pemphigoïdes)  pour  la  pro¬ 
duction  desquelles  la  pression  mécanique  n’a  guère  pu  intervenir. 

«  Sous  le  nom  de  cinésialgie  (de  xî-jvio-î; ,  mouvement  ou  contraction, 
et  aXyo;,  douleur),  je  désigne  l’état  d’un  muscle  dont  la  contractilité  ne  peut 
être  mise  en  jeu  sans  déterminer  localement  une  douleur  très-vive,  parfois 
intolérable,  et  toujours  plus  ou  moins  incompatible  avec  l’exercice  régulier 
de  la  fonction  motrice  »  (Gubler),  Ces  douleurs  de  contraction  s’observent 
partout  où  existent  des  appareils  contractiles,  sur  les  fibres  lisses  aussi  bien 
que  sur  les  fibres  striées.  Un  exemple  physiologique  de  cinésialgie,  ce  sont 
«  les  douleurs  »  que  provoque  la  contraction  des  fibres  utérines,  dans  l’acte 
de  la  parturition.  Dans  cette  classe  rentrent  les  épreintes  de  la  dysentérie, 
la  dysurie  et  le  spasme  vésical  dans  la  cystite,  les  accès  de  gastralgie  dans 
les  affections  ulcéreuses  de  l’estomac;  telles  certaines  douleurs  delamétrite 
parenchymateuse;  telles  sont  encore  peut-être,  ajoute  Gubler,  les  douleurs 
angoissantes  si  périlleuses  de  l’angine  de  poitrine,  lorsqu’il  existe  des 
lésions  cardiaques.  De  même,  dans  la  colique  hépatique  ou  la  colique 
néphrétique,  la  douleur  provoquée  par  le  passage  du  calcul  serait  surtout 
le  résultat  de  contractions  vermiculaires  désordonnées  éveillées  dans  la 
tunique  musculeuse  du  conduit  vecteur;  il  en  serait  de  même  d’un  certain 
nombre  de  coliques  intestinales. 

Le  point  de  côté  latéral  de  la  pleurésie,  pour  le  même  observateur,  n’est 
autre  qu’une  douleur  de  contraction  limitée  à  un  espace  étroit.  On  peut 
aussi  y  rattacher  les  douleurs  siégeant  à  la  base  de  la  poitrine,  au  niveau 
des  insertions  du  diaphragme  et  des  muscles  abdominaux,  et  qui  survien¬ 
nent  à  la  suite  de  secousses  répétées  de  toux,  dans  les  bronchites  aigues 
notamment. 

Enfin,  un  autre  exemple,  et  des  plus  fréquents,  de  cinésialgie  est  cette 
douleur  aiguë,  subite,  survenant  au  moment  d’un  effort  ou  d’un  mouve¬ 
ment  mal  combiné,  qui  se  reproduit  ensuite  à  chaque  contraction  dans  le 
même  point  et  que  l’on  connaît  sous  les  noms  de  coup  de  fouet,  A’ effort  ou 
de  tour  de  reins;  douleur  se  rattachant,  pour  Gubler,  soit  à  la  rupture  de 
quelques  fibres  musculaires,  soit  surtout  à  une  distension  excessive  de  ces 
libres  (diastasis  musculaire).  La  discussion  de  ce  point  spécial  trouvera 
mieu.x  sa  place  à  la  partie  chirurgicale  de  cet  article  (voy.  Rupture  muscu¬ 
laire,  Coup  de  fouet  ainsi  que  les  récentes  recherches  de  Verneuil  sur  ce 
même  sujet.) 

Un  des  caractères  de  la  cinésialgie,  c’est  l’efficacité  constante  et  l’action 
presqu’absolument  curative  de  l’électrisation  faradique  appliquée  sur  le 
muscle  douloureux.  «  Deux  ou  trois  séances  suffisent  généralement  à  faire 
disparaître  sans  retour  lesçinésialgies  les  plus  intenses,  alors  même  qu’elles 
persistent  depuis  plusieurs  semaines  ou  depuis  plusieurs  mois  et  tendent 


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MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


vers  la  chronicité  (Gubler)  » .  Cette  curabilité  rapide  et  «  presqu’infaillible  » 
sous  l’influence  du  courant  faradique  est  même  l’un  des  principaux  argu¬ 
ments  invoqués  par  Gubler  pour  rattacher  le  coup  de  fouet,  non  pas  à 
une  rupture,  mais  à  la  distension  d’un  certain  nombre  de  fibres  muscu¬ 
laires. 

Convulsions,  Spasmes.  —  On  désigne  sous  ce  nom  la  contraction  invo¬ 
lontaire,  inopportune  et  le  plus  souvent  excessive  d’un  ou  de  plusieurs 
muscles.  Ce  qui  distingue  la  convulsion  de  la  contraction,  c’est  le  fait  de 
se  développer  sous  l’influence  de  causes  qui  ne  sont  pas  des  causes  phy¬ 
siologiques,  ou  bien  encore  de  présenter  une  durée  ou  une  intensité  incom¬ 
patibles  avec  la  contraction  normale.  Quand  la  convulsion  affecte  un 
muscle  de  la  vie  organique,  elle  prend  le  nom  de  spasme. 

Nous  n’insisterons  pas  sur  la  division  classique  des  convulsions  en 
toniques  et  cloniques;  les  premières  consistent  dans  la  contraction  durable 
des  muscles,  d’où  résulte  l’immobilité  rigide  des  leviers  osseux  auquels 
ils  s’attachent  ;  les  convulsions  cloniques,  au  contraire,  offrent  des  alter¬ 
natives  rapides  de  contraction  et  de  relâchement,  d’où  des  mouvements 
plus  ou  moins  étendus  imprimés  au  membre. 

L’étendue  et  la  distribution  des  convulsions  sont  des  plus  variables; 
tantôt  un  seul  muscle  est  convulsé,  tantôt  un  groupe  musculaire,  ou  les 
muscles  d’un  membre,  d’une  moitié  ou  de  la  totalité  du  corps,  selon  les 
causes  qui  président  aux  convulsions.  Tout  aussi  variables  sont  les  mou¬ 
vements  et  les  attitudes  qu’entraînent  ces  convulsions. 

Les  muscles  convulsés,  pour  peu  que  les  contractions  soient  durables  ou 
intenses,  sont  habituellement  le  siège  de  douleurs  qui  peuvent  être  extrê- 
mementaiguës  ou  intenses,  comme  dans  la  cinésialgie  décrite  plus  haut,  ou 
dans  ce  qu’on  appelle  vulgairement  la  crampe  du  mollet.  Même  quand 
l’accès  convulsif  est  passé,  il  persiste  dans  les  muscles  un  certain  degré 
d’endoloi’issement  et  de  courbature. 

Outre  les  troubles  locaux  et  mécaniques  qu’entraînent  les  convulsions, 
troubles  qui  varient  avec  les  localisations  du  symptôme  (strabisme,  dévia¬ 
tions,  luxations,  fractures,  asphyxie,  etc.),  les  convulsions  peuvent  s’accom¬ 
pagner  de  troubles  plus  généraux,  soit  liés  à  la  cause  qui  préside  aux  con¬ 
vulsions  soit  occasionnnés  par  ces  dernières.  11  suffit  de  rappeler  à  cet  égard, 
les  troubles  cérébraux  qui  accompagnent  les  convulsions  éclamptiques, 
urémiques  ou  hystériques;  l’accélération  de  la  circulation,  les  sueurs 
exagérées,  la  sécrétion  abondante  d’une  urine  claire'  {urine  nerveuse)  qui 
accompagnent  les  convulsions  générales,  toniques  ou  cloniques,  etc.,  etc. 
L’état  de  la  température  du  corps,  dans  les  états  convulsifs  graves,  mérite 
cependant  une  mention  plus  spéciale.. 

C’est  surtout  dans  les  convulsions  toniques  généralisées  qui  cons¬ 
tituent  le  tétanos  que  les  variations  de  la  température  centrale  sont  inté¬ 
ressantes;  dans  le  tétanos,  surtout  dans  les  derniers  stades  de  la  maladie, 
on  observe  souvent  (mais  non  pas  constamment),  une  augmentation 
énorme  de  la  température  (dans  un  cas,  observé  par  Wunderlich,  le  ther¬ 
momètre,  placé  dans  l’aisselle,  atteignit  le  chiffre  de  kk"  75  !)  «  Il  n’est  pas 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


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rare  de  voir  la  température  monter  encore  après  la  mort.  On  a  beaucoup 
discuté  sur  la  cause  de  l’augmentation  de  la  température  dans  le  tétanos 
{voy.  Tétanos)  ;  l’explication  proposée  par  Ch.  Bouchard  et  Charcot  nous 
paraît  encore  la  plus  plausible  ;  d’après  ces  médecins,  elle  tiendrait  sur¬ 
tout  à  ce  que  les  muscles  tétanisés  n’exécutent  pas  de  travail  mécanique 
et  que  leur  contraction  est  purement  statique  (J.  Béclard);  il  en  résulte  que 
la  contraction,  ne  pouvant  s’exprimer  sous  forme  de  travail  mécanique, 
se  manifeste  sous  forme  de  chaleur.  Il  est  vrai  que  cette  théorie  ne 
rend  point  compte  des  cas  assez  nombreux  de  tétanos  où,  malgré  l’in¬ 
tensité  des  convulsions  toniques,  l’élévation  centrale  de  la  température 
a  constamment  fait  défaut  ;  «  Il  n’est  pas  rare,  dit  le  professeur  Verneuil, 
de  voir  des  tétaniques  en  état  de  contracture  généralisée  depuis  quinze 
jours.  ‘Tout  leur  corps  ne  formait  qu’une  masse  rigide,  et  cependant  la 
température  oscillait  entre  37  et  38°.  »  Ces  faits  prouvent  bien  que  la 
contraction  tonique  durable  des  muscles  ne  suffit  pas  à  elle  seule  et 
que  d’autres  conditions  encore  sont  nécessaires  pour  produire  cette  éléva¬ 
tion  de  température;  il  est  difficile  de  ne  pas  y  voir  une  intervention  quel¬ 
conque  des  centres  nerveux  (splno-bulbaires)  présidant  à  la  régularisation 
de  la  température.  Quant  à  l’augmentation  'post  mortem  de  la  chaleur ,  elle 
s’observe  non-seulement  dans  les  états  tétaniques,  mais  dans  d’autres 
affections,  comme  dans  le  choléra;  elle  paraît  due  au  dégagement  de  calo¬ 
rique  qui  résulte  de  la  coagulation  rapide  de  la  myosine  dans  les  cas  où  la 
rigidité  cadavérique  est  précoce  (Huppert,  Fick  et  Dybkowsky)  ;  la  suppres¬ 
sion  de  la  circulation  et  des  sécrétions  cutanées  prend  aussi  une  certaine 
part  à  l’élévation  post  mortem  de  la  température. 

Dans  l’épilepsie  convulsive,  la  température  centrale  est  augmentée  pen¬ 
dant  et  après  les  accès  ;  il  en  est  de  même  des  accès  dans  l’éclampsie  puer¬ 
pérale  ;  dans  l’éclampsie  urémique,  au  contraire,  la  température  centrale 
est  abaissée  (Charcot,  Bournéville). 

Nous  n’avons  pas  à  revenir  ici  sur  la  physiologie  pathologique  des  con¬ 
vulsions,  non  plus  que  sur  leur  valeur  sémiologique,  points  qui  ont  été 
traités  avec  soin  à  l’article  Convulsions  {voy.  t.  IX,  p.  347).  Cependant,  la 
science  s’est  enrichie  récemment  de  données  nouvelles  et  inattendues  sur  la 
pathogénie  de  certaines  convulsions,  et  c’est  ici  le  lieu  de  les  mentionner. 

Si  jamais  axiome  physiologique  a  paru  solidement  établi  depuis  les  expé¬ 
riences  de  Flourens  jusqu’à  celles  de  Vulpian,  c’est  celui  de  Tinexcitabilité 
de  la  substance  grise  corticale  du  cerveau.  Si  l’on  voyait  des  excitations 
expérimentales  ou  pathologiques  du  cerveau  provoquer  des  mouvements 
ou  des  convulsions,  on  les  attribuait,  non  pas  à  l’action  directe  des  masses 
grises  corticales,  mais  à  la  sollicitation  indirecte  des  couches  opto-striées 
ou  des  noyaux  du  bulhe  ou  de  la  moelle.  Les  recherches  expérimentales  de 
Fritsch  et  Hitzig  et  celles  de  Ferrier  ont  fait  cesser  cette  erreur  et  ont  montré 
que  plusieurs  circonvolutions  nettement  limitées  (chez  l’homme  les  circonvo  - 
lutions  fronto-pariétales)  président  fùrectemmt  aux  mouvements  d’un  certain 
nombre  de  muscles  ou  de  groupes  musculaires  du  côté  opposé  du  corps. 
La  topographie  exacte  de  ces  centres  est  en  voie  de  se  faire,  moins  encore 

KOÜV.  DICT.  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  20 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


par  la  méthode  expérimentale  (quoique  celle-ci,  hâtons-nous  de  le  recon¬ 
naître,  ait  ouvert  la  voie)  que  par  l’analyse  exacte  des  faits  cliniques.  Telle 
est  la  direction  générale  des  travaux  accomplis  en  Angleterre  par  Hughlings- 
Jackson,  en  Allemagne  parHitzig,  Wernher,  Bernhardt,  et  surtout  en  France 
parle  professeur  Charcot  et  ses  élèves,  Carville  etDuret,  Lépine,  L.  Landouzy. 
Il  est  incontestable  que  l’histoire  des  convulsions,  aussi  bien  que  celle  des 
paralysies,  est  à  refaire  en  partie  d’après  ces  données  nouvelles.  Sans  aller 
aussi  loin  que  Jackson  ni  que  Ferrier,  il  est  certain  qu’un  rôle  considérable 
revient  aux  circonvolutions  cérébrales  dans  la  pathogénie  de  l’épilepsie, 
surtout  dans  ces  formes  particulières  où  les  convulsions  générales  sont  pré¬ 
cédées  et  annoncées  par  des  convulsions  circonscrites  dans  un  groupe  de 
muscles  et  qui  reproduisent  exactement  la  physionomie  des  convulsions 
qu’éveille  l’excitation  d’un  des  territoires  moteurs  de  l’écorce.  Dans  un  tra¬ 
vail  remarquable,  quoiqu’un  peu  trop  systématique,  sur  les  convulsions  et 
les  paralysies  dans  la  méningite  tuberculeuse  des  enfants,  L.  Landouzy 
a  cherché  et  a  réussi  à  établir  que  ces  symptômes  sont  liés  à  des 
lésions  d’encéphalo-méningite  localisées  surtout  dans  divers  points  des 
circonvolutions  front o-pariétales.  D’autres  recherches  de  ce  genre  ne  tar¬ 
deront  pas,  sans  doute,  à  établir  l’origine  corticale  d’un  grand  nombre 
d’états  convulsifs,  aussi  bien  que  paralytiques,  que  l’on  rapportait  autre¬ 
fois  à  des  troubles  directs  ou  réflexes  des  seules  parties  des  centres  ner¬ 
veux  qu’on  supposait  douées  du  pouvoir  excito-moteur,  c’est-à-dire  les 
couches  oplo-striées,  l’isthme  de  l’encéphale  ou  la  moelle. 

Cependant,  il  ne  faudrait  pas  être  trop  exclusif,  ni  méconnaître,  au  point 
de  vue  surtout  de  la  théorie  générale  des  convulsions,  l’importance  de  ces 
dernières  régions,  qui  demeurent  certainement  les  régions  excito-motrices 
par  excellence.  C’est  ce  qu’il  importe  surtout  de  ne  pas  perdre  devuequand  il 
s’agit  de  convulsions  généralisées,  comme  dans  l’épilepsie  ou  l’éclampsie. 
Nothnagel,  dans  des  recherches  expérimentales  récentes,  a  été  conduit  à 
admettre  ce  qu’il  appelle  un  centre  des  convulsions  (Krampfcentrum),  dont 
l’excitation  directe  ou  réflexe  produirait  des  convulsions  générales,  centre 
qu’il  localise  dans  la  protubérance  ;  ces  recherches  confirment,  en  les  pré¬ 
cisant,  les  opinions  analogues  émises  antérieurement  par  Marshall-Hall, 
par  Brown-Séquard,  Küssmaul  et  Tenner,  etc.,  qui  placent  ce  centre  dans 
le  bulbe. 

Convulsions  et  impotence  musculaires  fonctionnelles  (Duchenne). Dyski¬ 
nésie  PROFESSIONNELLE  (Jaccoud).  ■ —  Ccs  troubles  consistent  en  des  convul¬ 
sions,  douloureuses  ou  indolentes,  toniques  ou  cloniques,  en  trémulation, 
ou  enfin  en  une  impotence  de  certains  muscles,  mais  qui  ne  se  ma¬ 
nifestent  que  lors  de  l’exercice  de  quelques  mouvements  spéciaux,  synergi¬ 
quement  combinés  dans  un  but  précis.  Le  type  le  mieux  connu  et  le  plus 
souvent  observé  de  cette  singulière  affection  est  la  crampe  des  écrivains,  ou 
mogigraphie  (Hirsch),  décrite  ailleurs  (voy.  art.  Crampes).  Un  individu, 
capable  du  reste  d’exécuter  de  la  main  droite  les  mouvements  les  plus 
variés  avec  une  correction  parfaite,  est  pris,  exclusivement  au  moment  où 
il  saisit  une  plume  ou  un  crayon  pour  écrire,  de  troubles  particuliers  qui 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


l’empêchent  d’accomplir  cet  acte.  Ces  troubles  consistent  tantôt  en  un  sen¬ 
timent  douloureux  de  pesanteur  et  de  malaise,  tantôt  en  un  tremblement 
non  douloureux  ou  en  des  gesticulations  choréiformes  qui  enlèvent  aux 
mouvements  la  précision  nécessaire,  tantôt  en  une  véritable  parésie  ou  pa-  ‘ 
ralysie.  Des  phénomènes  analogues,  résultant  pareillement  d’unahus  fonc¬ 
tionnel,  s’observent  chez  les  tailleurs,  où  c’est  le  sous-scapulaire  qui  est 
surtout  pris  (Duchenne),  chez  les  violonistes,  les  pianistes,  les  couturières, 
les  peintres,  les  typographes,  les  maîtres  d’armes,  etc.,  en  un  mot  dans 
toutes  les  professions  exigeant  des  mouvements  très-délicats  fréquemment 
répétés.  Le  bégayement,  à  cet  égard,  présente  un  certain  nombre  de  carac¬ 
tères  qui  le  rapprochent  des  convulsions  fonctionnelles  (H.  Folet). 

Dans  tous  ces  cas,  on  voit  des  muscles  doués  du  reste  de  l’intégrité  de 
leurs  aptitudes  pour  les  usages  ordinaires  de  la  vie,  en  être  privés  aussitôt 
■  qu’il  s’agit  d’effectuer  certains  mouvements  déterminés.  C’est  assez  dire  que 
la  cause  de  ces  phénomènes  ne  doit  pas  être  recherchée  dans  les  muscles, 
mais  bien  dans  les  centres  qui  président  à  la  coordination  de  ces  mouve¬ 
ments.  «  Existerait-il,  dit  Duchenne  (de  Boulogne),  un  point  des  centres 
nerveux  qui,  surexcité  ou  épuisé  par  l’exercice  souvent  répété  de  certaines 
fonctions  musculaires,  tantôt  ferait  une  décharge  nerveuse  trop  considé¬ 
rable  et  produirait  la  contracture  de  certains  muscles,  tantôt  leur  enverrait 
l’excitant  nerveux  irrégulièrement  et  occasionnerait  des  tremblements  ou 
des  mouvements  cloniques,  tantôt  enfin  cesserait  de  leur  distribuer  la  force 
nerveuse,  et  tout  cela  seulement  pendant  l’accomplissement  de  certains 
actes  musculaires?  »  De  tous  les  mécanismes  proposés,  c’est  en  effet  là  le 
plus  plausible. 

Contractures  musculaires.  Ce  point  de  séméiologie  a  été  traité  avec  trop 
de  talent  à  l’article  spécial  qui  lui  est  consacré  (®oÿ.  .art.  Conte.actüre)  pour 
que  nous  ayons  à  y  revenir  ;  notre  but  est  seulement  d’insister  sur  quelques 
particularités  directement  afférentes  à  notre  sujet,  ou  récemment  mises  en 
lumière  sur  cette  question  délicate. 

Sous  le  nom  de  contractures  on  désigne  un  grand  nombre  d’états  patho  - 
logiques,  différents  pour  la  nature,  pour  la  cause  aussi  bien  que  pour  les 
symptômes  et  le  mode  de  terminaison,  mais  qui  ont  pour  caractère 
cominun  le  raccourcissement  durable  des  muscles.  C’est  là  un  des  inconvé¬ 
nients  de  la  plupart  des  termes  de  séméiologie,  d’être  trop  compréhensifs 
et  de  s’adresser  à  des  états  qui  n’ont  en  réalité  que  des  connexions  appa¬ 
rentes  et  superficielles. C’est  ainsi  que  le  mot  de  contracture  s’applique  in¬ 
différemment  à  de  vraies  convulsions  toniques,  pour  peu  qu’elles  soient 
prolongées,  aussi  bien  qu’au  raccourcissement  purement  passif  qui  accom¬ 
pagne  la  sclérose  et  la  transformation  fibroïde  de  ces  muscles.  Aussi  serait-il 
prématuré  et  peu  scientifique  de  chercher  à  donner  une  classification 
rigoureuse  des  diverses  contractures  ;  ce  serait  vouloir  établir  un  lien  entre 
des  états  qui  souvent  n’ont  de  commun  qu’une  dénomination  unique  ;  ni 
l’anatomie,  ni  la  physiologie  pathologique  ne  peuvent  nous  donner,  dans 
l’état  actuel  de  la  science,  les  éléments  d’un  classement  rationnel. 

Tout  d’abord,  il  importe  de  ne  pas  confondre  la  contracture  avec  les  con- 


308  .  MÎJSCLE.  — ,  SÉMÉIOLOGIE-  GÉNÉRALE.  . 

misions  toniques;  tandis'  qu’il  est  de  l’essence  même  de  la  contracture  d’être 
durable,  la  contraction  tonique,  sans  même  en  excepter  celle  du  tétanos,  est 
transitoire  et  d’une  durée  relativement  courte.  «  S’il  fallait  un  critérium  pra¬ 
tique,  dit  Spring,  nous  dirions  que  la  contracture  persiste  pendant  quelques 
heures  au  moins,  et  qu’elle  est  réellement  continue,  non  interrompue  par 
des  convulsions  ni  par  des  exacerbations  brusques  ;  la  plupart  du  temps 
elle  est  même  permanente. ...»  Mais  l’on  devine  aisément  que  la  notion  de 
la  durée,  que  nous  invoquons  comme  la  caractéristique  essentielle  de  la 
contracture,  est,  par  ce  fait,  purement  arbitraire.  Où  commence  la  contrac¬ 
ture,  où  finit  la  convulsion  tonique?  C’est  là  une  limite  qu’iL  serait  puéril 
de  fixer  d’une  façon  rigoureuse. 

Théoriquement,  la  question  pourrait  être  simplifiée  et  les  contractures  se 
diviser  en  deux  grands  groupes.  Le  premier  comprendrait  les  cas  où  la 
contracture  est  l’indice  d’un  raccourcissement  purement  physique  du 
muscle,  sous  l’influence  de  modifications  structurales  telles  que  les  créent  la 
myosite  interstitielle,  l’induration  fibreuse  du  muscle,  la  myosite  rhumatis¬ 
male,  etc.,  tous  états  qui  se  rapprochent  plus  de  la  rétraction  que  de  la 
contracture.  Le  second  groupe  contiendrait  les  cas  où  il  s’agit  d’une  véri¬ 
table  contraction  permanente  du  muscle,  ou  du  moins  d’un  état  qui  rap¬ 
pelle  les  principaux  caractères  de  la  contraction,  et  qui  par  conséquent 
nécessite  le  maintien  de  la  plupart  des  propriétés  anatomiques  et  fonction¬ 
nelles  du  muscle.  Cette  deuxième  variété  de  contracture  ne  dériverait 
donc  pas  de  modifications  subies  par  le  muscle  lui-même,  mais,  de  trou¬ 
bles  du  système  nerveux  central  ou  périphérique.  C’est  une  tentative  de  ce 
genre  qu’a  faite  Onimus. 

Onimus  a  essayé  de  distinguer  nettement  la  contracture  delà  contraction, 
en  réservant  le  premier  de  ces  termes  pour  le  raccourcissement  passif  de 
la  fibre  musculaire,  la  contraction  en  étant  le  raccourcissement  actif.  Pour 
lui,  la  contracture  proprenaent  dite  est  liée  à  une  altération  histochimique 
du  muscle,  à  un  degré  léger  de  coagulation  de  la  myosine,  analogue  à 
ce  qu’on  observe,  à  un  degré  plus  intense,  dans  la  rigidité  cadavéri¬ 
que;  le  raccourcissement  du  muscle  ainsi  altéré  serait  purement  passif 
•  et,  loin  de  tenir  à  une  augmentation  dans  l’activité  du  muscle,  serait  le 
signe  d’un  amoindrissement  de  ses  aptitudes  fonctionnelles  et  nutritives  : 
état  bien  différent  de  la  contraction  proprement  dite,  où  les  combustions  et 
les  activités  musculaires  sont  notablement  augmentées.  Cette  distinc¬ 
tion  entre  la  contraction  et  la  contracture  serait  appréciable  à  l’aide  de  cer¬ 
taines  recherches  d’électro-puncture.  Si,  comme  l’a  fait  Onimus,  on  enfonce 
deux  aiguilles  en  communication  avec  un  galvanomètre  dans  deux  muscles 
sains,  tous  deux  au  repos,  l’aiguille  du  galvanomètre  ne  subit  aucune  dé¬ 
viation  ;  si  l’un  des  muscles  vient  à  se  contracter,  l’augmentation  des  oxyda¬ 
tions  intimes  qui  accompagne  la  contraction  aura  pour  efl'et  de  rendre  ce 
muscle  négatif  par  rapport  à  celui  qui  demeure  au  repos,  et  un  courant  s’éta¬ 
blira,  qui  fera  dévier  l’aiguille  du  galvanomètre.  Or  un  muscle  en  raccourcis¬ 
sement  passif  (ou  en  contracture)  est  toujours  positif,  même  par  rapport  à 
un  muscle  sain  au  repos.  C’est  ce  que  l’on  observe,  par  exemple,  dans  la 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE.  309 

contracture  tardive  des  hémiplégiques.  L’activité  chimique  serait  donc 
notablement  diminuée  dans  ce  cas,  d’où  Onimus  croit  devoir  conclure  au 
caractère  passif  de  la  contracture  proprement  dite. 

Si,  en  effet,  l’on  pouvait  trouver  dans  l’électro-puncture  un  critérium  sûr 
entre  la  contracture  et  la  contraction  active,  l’ingénieuse  distinction  pro¬ 
posée  par  Onimus  permettrait  un  classement  méthodique  des  différents 
états  confondus  jusqu’ici  sous  le  nom  de  contracture  ;  mais  ces  données, 
reposant  sur  des  recherches  d’électro-puncture  assez  délicates,  n’ont  pas 
encore  été  suffisamment  contrôlées  pour  légitimer  cette  division  dichoto¬ 
mique. 

L’examen  anatomique  des  muscles  contracturés  ne  permet  pas  davantage 
d’établir  des  divisions  formelles  :  tantôt  les  muscles  ont  été  trouvés  par- 
faitemenj;  sains;  d’autres  fois  ils  présentaient  un  degré  plu^  ou  moins 
prononcé  d’atrophie,  une  striation  moins  nette,  de  l’infiltration  pigmen¬ 
taire,  une  multiplication  des  noyaux  intra-musculaires  et  des  éléments 
nucléaires  du  périmysium,  toutes  altérations  peu  significatives,  car  elles 
se  i-eti’ouvent,  avec  des  caractères  analogues,  dans  des  états  absolu¬ 
ment  opposés  à  la  contracture,  dans  la  paralysie  flasque  des  muscles,  par 
exemple. 

Il  faut  donc,  dans  l’état  actuel  de  la  question,  renoncer  à  trouver  dans 
l’anatomie,  non  plus  que  dans  la  physiologie  pathologique,  une  base  ri¬ 
goureuse  de  classification  des  contractures,  et  force  est  de  s’en  tenir  à  une 
classification  ou  plutôt  à  une  description  purement  clinique. 

Un  premier  groupe  de  contractures  ou  plutôt  de  raccourcissements  per¬ 
manents  des  muscles  est  celui  que  l’on  constate  dans  la  paralysie  de  certains 
muscles,  avec  prédominance  d’action  des  muscles  antagonistes  (contrac¬ 
tures  paralytiques  d’Erh,  contractures  par  adaptation  de  Daily,  contracture 
antagonistique).  Les  portions  de  ces  muscles  demeurés  sains  se  rapprochent 
d’une  façon  continue,  en  vertu  de  la  tonicité  propre  au  tissu  musculaire  ; 
de  là  un  raccourcissement  de  ces  muscles,  qui  finit  par  devenir  définitif  et 
qui  entraîne  les  déformations  et  les  attitudes  vicieuses  les  plus  variées.  Au 
bout  d’un  temps  plus  ou  moins  long,  le  raccourcissehaent  s’accompagne  de 
troubles  de  nutrition  réels  du  muscle,  de  l’atrophie  de  la  substance  con¬ 
tractile,  de  l’hyperplasie  et  de  la  rétraction  inodulaire  du  tissu  conjonctif 
interstitiel;  à  la  contracture,  en  un  mot,  ou  plutôt  au  raccourcissement 
passif  succède  la  rétraction  fibreuse  des  muscles. 

Certaines  affections  proprement  musculaires  déterminent  la  contracture  ; 
tels  sont  les  états  inflammatoires  ou  subinflammatoires  des  muscles,  les 
myosites  traumatiques,  a  frigore  ou  rhumatismales.  Toutefois,  surtout 
dans  les  stades  avancés  du  processus,  il  est  douteux  que  la  contracture  soit 
un  phénomène  actif,  et  il  est  probable  que,  dans  ces  cas  encore,  intervient 
une  myosite  interstitielle  avec  rétraction  fibreuse  consécutive. 

La  contracture  s’observe  aussi  dans  la  sphère  de  distribution  des  nerfs 
(moteurs  ou  mixtes)  altérés  dans  leur  structure,  enflammés,  comprimés 
par  un  névrome,  et  surtout  dans  les  traumatismes  qui  n’interrompent  pas 
totalement  la  continuité  des  nerfs  atteints  ;  la  thèse  d’agrégation  de  Til- 


310 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


laux  et  la  monographie  de  Weir  Mitchell  contiennent  un  certain  nombre 
d’exemples  de  contractures  consécutives  à  des  plaies  des  nerfs. 

Dans  la  contracture  essentielle  des  extrémités,  Erb  a  constaté,  récemment, 
une  augmentation  considérable  de  l’excitabilité  électrique  des  nerfs  qui 
animent  les  membres  atteints  de  contracture;  serait-ce  là  qu’il  faudrait 
placer  le  siège  de  cette  singulière  affection? 

Certaines  contractures  sont  visiblement  le  résultat  de  sollicitations  réflexes 
périphériques  :  telle  est  la  fameuse  coxalgie  hystérique  de  Brodie,  caracté¬ 
risée  par  une  contracture  douloureuse  des  muscles  pelvi-trochantériens, 
contracture  provoquée  par  une  véritable  arthralgie  hystérique.  Cer¬ 
taines  contractures  qui  n’apparaissent  que  lors  de  l’accomplissement  de 
telles  ou  telles  fonctions  reconnaissent  sans  doute  le  même  mécanisme  : 
c’est  ainsi  que  Stromeyer,  Dieffenbach  et  Duçhenne  ont  signalé  des  cas  où 
le  pied  bot  et  d’autres  déformations  analogues  ne  se  produisaient  que 
quand  le  membre -foulait  le  sol,  tandis  que  la  position  horizontale  les 
faisait  disparaître.  Les  contractures  par  appréhension  (contractures  par 
vigilance  musculaire,  Verneuil)  que  l’on  constate  dans  les  fractures,  dans 
les  coxalgies,  sous  l’influence  de  mouvements  douloureux  communiqués 
aux  membres,  rentrent  dans  cette  catégorie  et  sont  également  de  nature 
réflexe. 

.  Sous  le  nom  de  contracture  réflexe  ascendante  par  traumatisme  articu¬ 
laire,  Duçhenne  (de  Boulogne)  a  décrit  une  variété  peu  connue  de  con¬ 
tracture,  caractérisée  par  les  particularités  suivantes  :  «  Elle  survient,  en 

-général,  à  la  suite  de  violences  exercées  sur  certaines  articulations,  princi¬ 
palement  sur  l’articulation  du  poignet,  dans  une  chute  faite  sur  le  dos  ou 
sur  la  paume  de  la  main,  violences  qui  produisent  une  arthrite  plus  ou 
moins  intense,  ou  une  simple  et  courte  douleur  articulaire.  La  contrac¬ 
ture,  qui  est  apparue  quelquefois  peu  de  temps  après  que  l’articulation 
n’est  plus  douloureuse  et  lors  même  qu’elle  paraît  entièrement  guérie, 
siège  alors  dans  un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  muscles  moteurs  de 
cette  articulation  ;  puis,  à  la  longue,  elle  s’étend  à  des  muscles  moteurs 
d’autres  articulations  du  membre  du  même  côté.  » 

Il  est  un  certain  nombre  d’affections  dans  lesquelles  la  contraction  d’un 
seul  ou  de  plusieurs  muscles,  de  fonctionnelle  et  transitoire  qu’elle  est  au 
début,  devient  permanente  et  passe  à  la  contracture.  C’est  ainsi  qu’il  existe 
une  variété  assez  rare  de  pied  bot  acquis,  le  pied  creux  valgus,  qui  résulte 
de  la  contracture,  passagère  d’abord,  puis  permanente,  du  long  péronier 
latéral  (Duçhenne).  Plusieurs  variétés  de  strabisme  sont  liées  à  des  con¬ 
tractures  de  même  ordre,  transitoires  et  fonctionnelles  d’abord,  puis  défi¬ 
nitives  ;  il  importe  de  distinguer  ces  variétés  dé  strabisme  d’avec  celles  qui 
résultent  de  la  paralysie  de  certains  muscles  de  l’œil  et  de  l’action  prépon¬ 
dérante  de  leurs  antagonistes  restés  indemnes.  Comme  strabisme  résultant 
d’une  contracture  vraie,  mentionnons  le  strabisme  convergent  de  l’hyper¬ 
métrope.  On  sait  que  ce  dernier,  pour  exercer  la  vision  distincte,  est  obligé 
de  faire  des  efforts  considérables  d’accommodation.  Or  celle-ci  nécessite 
aïon-seulement  la  contraction  du  muscle  ciliaire,  mais  encore  celle  du  droit 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


3H 

interne.  Ce  muscle,  sans  cesse  sollicité,  finit  par  se  contracturer,  et  alors  le 
strabisme  convergent  est  créé  (Donders).  De  même,  chez  les  myopes,  les 
contractions  du  muscle  ciliaire  passent  volontiers  à  un  spasme  permanent, 
à  une  véritable  contracture  qui  exagère  encore  la  convexité  du  cristallin 
et  la  myopie  (Donders,  de  Græfe). 

Les  contractures  d’origine  nerveuse  centrale,  cérébrale  ou  médullaire, 
constituent  la  classe  la  plus  fréquente  et  la  plus  intéressante. 

La  plupart  des  affections  cérébrales,  corticales  ou  centrales,  peuvent 
s’accompagner  de  convulsions  toniques  plus  ou  moins  durables,  passant 
graduellement  à  l’état  de  contracture.  Jlais  c’est  surtout  dans  les  lésions 
à  foyer  du  cerveau  (hémorrhagie  ou  ramollissement)  et  dans  les  hémiplé¬ 
gies  qu’elles  entraînent,  que  les  contractures  méritent  d’être  étudiées. 

Dans  l’apoplexie  cérébrale  (qu’elle  soit  le  résultat  d’une  hémorrhagie  ou 
d’un  ramollissement)  la  contracture  est  précoce  ou  tardive. 

La  contracture  précoce  est  plutôt  une  convulsion  tonique  qu’une  contrac¬ 
ture  vraie  ;  elle  se  produit  dès  le  début  ou  peu  de  temps  après  l’apparition 
de  l’ictus  apoplectique  ;  elle  occupe  le  côté  hémiplégié,  surtout  le  membre 
supérieur  ;  mais  elle  peut  se  généraliser  et  envahir  les  membres  non  pa¬ 
ralysés  ;  elle  s’accompagne  fréquemment  de  convulsions  locales  ou  généra¬ 
lisées.  La  contracture  précoce  est.bien  plus  fréquente  dans  l’hémorrhagie 
que  dans  le  ramollissement  ;  elle  résulte  le  plus  souvent  de  la  pénétration 
de  l’hémorrhagie  dans  les  ventricules  ou  dans  la  cavité  sous-arachnoï- 
.  dienne  (F.  Boudet,  Durand-Fardel).  La  contracture  précoce  des  hémiplé¬ 
giques  a  donc  une  double  valeur  séméiotique  :  elle  indique  la  nature  de  la 
lésion,  qui  est  le  plus  souvent  une  hémorrhagie  ;  elle  en  indique  aussi 
la  localisation  probable,  à  savoir  l-’existence  d’une  inondation  ventriculaire 
ou  méningée.  Peut-être  l’excitation  directe  des  zones  motrices  corti¬ 
cales  par  le  sang  épanché  entre-t-elle  pour  une  part  dans  la  production 
de  cette  variété  de  contracture. 

La  contracture  précoce  s’observe  encore  dans  les  lésions  de  la  protubé¬ 
rance,  du  bulbe  ou  des  pédoncules,  c’est-à-dire  des  régions  excito- 
motrices  de  l’encéphale.  Le  pronostic  de  la  contracture  précoce  dans 
l’apoplexie  cérébrale  est  généralement  funeste. 

Tout  autre  est  la  marche  de  la  contracture  tardive  des  hémiplégiques. 
Elle  se  manifeste  quelques  semaines  (dans  un  cas  de  Vulpian,au  vingtième 
■jour  de  la  maladie),  le  plus  souvent  un  mois  ou  deux  après  l’ictus,  le  côté 
hémiplégié  étant  demeuré  flasque  jusque-là.  Débutant  ordinairement  par 
le  membre  supérieur,  elle  affecte  de  préférence  les  fléchisseurs  et  va  en 
s’accusant  de  plus  en  plus  de  la  racine  du  membre  vers  la  main  ;  de  là  l’atti¬ 
tude  particulière  à  beaucoup  d’hémiplégies  anciennes  ;  le  bras  collé  contre 
le  tronc,  l’avant-bras  fléchi  à  angle  droit,  les  doigts  fortement  infléchis 
dans  la  paume  de  la  main  (Bouchard) .  Le  membre  inférieur  se  prend  plus 
tardivement  et  d’une  façon  moins  accusée  ;  le  type  le  plus  fréquent  y 
est  celui  de  l’extension. 

Ces  attitudes  vicieuses  ne  tiennent  pas  à  la  contracture  isolée  des 
fléchisseurs,  par  exemple,  les  antagonistes  demeurant  flasques  ;  ceux-ci 


312 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


aussi  sont  contracturés  et  contribuent  à  immobiliser  le  membre  ;  c’est  ainsi 
qu’au  coude,  «  tandis  que  le  biceps  est  tendu  à  la  façon  d’une  corde,  on 
sent  le  triceps  dur  et  rigide  ».  (Bouchard.)  La  narcose  chloroformique 
diminue,  mais  ne  supprime  pas  totalement  la  contracture  hémiplégique  ;  il 
en  est  de  même  du  sommeil  naturel,  ainsi  que  de  la  chaleur  du  lit. 

I^a  contracture  tardive  peut  s’observer  non-seulement  sur  les  membres, 
mais  encore  sur  les  muscles  de  la  face  du  côté  hémiplégié. 

L’examen  anatomique  des  muscles  atteints  de  contracture  tardive  ne 
dévoile  aucune  lésion  appréciable  :  cependant,  il  faut  remarquer  que  la 
rigidité  cadavérique  s’établit  plus  rapidement  et  se  dissipe  plus  vite  sur  les 
membres  contracturés  que  du  côté  sain  (Symonds  et  Sommer,  Charcot). 

Tout  porte  à  croire  que  la  contracture  tardive  des  hémiplégiques  est 
sous  la  dépendance  directe  de  lésions  dégénératives,  scléreuses,  descen¬ 
dantes,  partant  du  foyer  encéphalique  et  se  propageant  sur  le  pédoncule 
cérébral,  la  protubérance  et  la  pyramide  antérieure  du  même  côté,  et  sur 
le  faisceau  latéral  de  la  moelle  du  côté  opposé  (Cruveilhier,  Türck,  Bou¬ 
chard).  Au  fur  et  à  mesure  que  cette  sclérose' se  développe,  la  flaccidité 
des  membres  du  côté  hémiplégié  fait  place  à  la  contracture  ;  il  est  donc 
difficile  de  ne  pas  voir  entre  la  lésion  scléreuse  et  le  symptôme  contracture 
permanente  un  rapport  de  cause  à  effet.  ' 

Hitzig,  dans  un  mémoire  récent,  a  proposé  une  autre  interprétation  de 
la  contracture  tardive  des  hémiplégiques  ;  d’après  lui,  elle  résulterait  de 
mouvements  associés  exagérés,  éveillés  dans  les  membres  hémiplégiques 
par  le  moindre  mouvement  volontaire  exécuté  par  le  corps  ;  ces  mouve¬ 
ments  associés  excessifs  et  d’une  durée  exagérée  constitueraient  la  contrac¬ 
ture  ;  ils  résulteraient  d’une  diffusion  anormale  qu’éprouveraient  les  inci¬ 
tations  motrices  par  le  fait  de  la  lésion  cérébrale  et  au-dessous  d’elle.  C’est 
ainsi  que  l’on  s’expliquerait,  d’après  Hitzig,  l’exagération  de  la  contracture 
hémiplégique  au  moment  des  mouvements  volontaires,  de  la  marche,  lors 
d’une  émotion,  sa  diminution  pendant  le  sommeil,  etc.  Cependant,  si  l’on 
réfléchit  que  la  contracture  tardive  est  étroitement  liée  à  l’existence  des 
scléroses  descendantes  de  la  moelle,  qu’elle  fait  défaut  quand  celle-ci  ne 
s’installe  pas,  qu’elle  est  |  permanente  et  incurable,  comme  la  sclérose 
elle-même,  la  subordination  du  symptôme  à  la  lésion  dégénérative  secon¬ 
daire  paraîtra  évidente. 

L’étude  de  la  contracture  permanente  dans  les  maladies  spinales  achève 
de  mettre  en  lumière  le  rapport  étroit  qui  existe  entre  la  contracture 
permanente  d’une  part,  et  les  lésions  scléreuses  des  faisceaux  latéraux,  de 
l’autre.  Sans  entrer  dans  le  détail  de  faits  que  l’on  trouvera  exposés  à 
l’article  Moelle  (Maladies  de  la),  il  sulfit  de  rappeler  que  dans  la  myélite 
transverse,  spontanée  ou  résultant  d’une  compression  éprouvée  par  la 
moelle,  la  sclérose  fasciculée  descendante  des  cordons  latéraux,  quand 
elle  se  produit,  se  traduit  également  par  l’apparition  de  la  contracture  :  la 
paraplégie,  de  flasque  qu’elle  était  au  début,  devient  alors  une  paraplégie 
avec  contracture.  D’une  façon  plus  générale,  dans  toutes  les  affections  de 
la  moelle  dans  lesquelles,  soit  primitivement,  soit  consécutivement  à  une 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE.  313 

altération  d’une  autre  partie  du  système  spinal,  il  s’établit  des  scléroses  un 
peu  étendues  de  la  partie  postérieure  des  faisceaux  antéro-latéraux,  on 
verra  apparaître  ce  phénomène  :  la  contracture  permanente.  Il  existe  no¬ 
tamment  une  affection  spinale  signalée  par  Erb  et  par  Charcot,  lequel 
propose  de  la  désigner  sous  le  nom  de  tahes  dorsal  spasmodique^  et  qui  est 
caractérisée  presque  exclusivement  par  la  contracture  portant  sur  les  extré¬ 
mités  inférieures,  sans  paralysie  proprement  dite,  sans  troubles  amyotro¬ 
phiques,  sans  lésions  de  la  sensibilité  ni  des  sphincters  ;  il  est  probable  que 
dans  ce  cas  (quoique  les  autopsies  aient  jusqu’ici  fait  défaut)  il  s’agit  d’une 
lésion  scléreuse  protopathique  des  cordons  latéraux. 

Ajoutons  que  dans  les  cas  de  contracture  permanente,  d’origine  céré¬ 
brale  ou  spinale,  il  existe  presque  constamment,  quand  on  imprime 
brusquement  à  l’extrémité  du  membre  certaines  attitudes,  un  tremblement 
particulier,  la  trépidation  épileptoïde  signalée  pour  la  première  fois  par 
Charcot  et  Vulpian.  La  flexion  dorsale  brusque  du  pied,  l’extension  des 
phalanges  de  la  main,  la  percussion  du  tendon  rotulien  (Erb,  Westphal) 
ou  une  excitation  cutanée  soudaine  (Joffroy)  provoquent  cette  trémulation 
réflexe  des  membres  contracturés  ;  la  flexion  brusqué  des  orteils^  ou  des 
doigts  a,  au  contraire,  souvent  pour  effet  de  déterminer  l’arrêt  de  la  trépida¬ 
tion  (Brown-Séquard). 

Lo.  contracture  permanente  des  hystériques,  si  bien  étudiée  dans  ces  der¬ 
niers  temps  par  Cbarcot  et  par  son  élève  Bourneville,  mérite  une  mention 
spéciale  dans  l’histoire  des  contractures.  C’est,  en  général,  un  symptôme 
de  l’hystérie  confirmée  et  grave ,  marchant  de  front  avec  les  autres 
signes  permanents  de  l’hystérie,  avec  l’hyperesthésie  ovarienne,  notam¬ 
ment.  Souvent  elle  survient  brusquement,  à  la  suite  d’une  attaque  ou  d’une 
impression  morale  -,  elle  porte  fréquemment  sur  les  membres  qui  étaient 
antérieurement  le  siège  de  paralysie  ou  d’anesthésie  hystérique.  La  contrac¬ 
ture  peut  occuper  un  seul  muscle  ou  un  groupe  musculaire  ;  elle  peut  être 
aussi  hémiplégique,  ou  paraplégique,  on  monoplégique,  ou  porter  sur  les 
quatre  membres  à  la  fois  (Bourneville  et  Voulet).  Quand  la  contracture  est 
hémiplégique,  elle  siège  toujours  du  même  côté  que  l’hyperesthésie  ova¬ 
rienne  ;  quand  les  deux  membres  inférieurs  sont  contracturés,  l’hyperes¬ 
thésie  ovarienne  est  double,  mais  plus  prononcée  du  côté  où  la  contracture 
elle-même  est  le  plus  accusée  (Charcot). 

Cette  contracture  peut  durer  des  mois,  des  années,  sans  rémission,  sans 
modification,  même  pendant  le  sommeil  le  plus  profond;  le  sommeil  pro¬ 
voqué  par  le  chloroforme  la  dissipe  complètement,  mais  elle  reparaît  au 
réveil  (Charcot).  Pendant  ce  temps  la  nutrition  des  muscles  n’est  pas 
compiomise,  il  n’existe  même  pas  de  sensation  de  fatigue  musculaire  ;  les 
réactions  électriques  des  muscles  contracturés  sont  normales.  Puis,  sou¬ 
dain,  après  avoir  persisté  des  années,  sans  cause  appréciable  ou  à  la  suite 
d’une  émotion,  aussi  brusquement  qu’elle  s’était  établie,  la  contracture 
peut  se  dissiper  et  le  membre  récupérer  l’intégrité  de  ses  mouvements. 
[Yoy.,  pour  les  détails,  les  articles  Hystérie,  t.  XVIII,  p.  263,  et  Contrac¬ 
ture,  t.  XIX,  283). 


314 


■  MÜSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


Rigidité  musculaire.  —  Ce  mot  s’applique  à  des  états  de  raideur  muscu¬ 
laire  assez  difficiles  à  différencier  de  la  contracture  ou  des  états  catalep¬ 
tiques  et  qui  s’observent  fréquemment  chez  les  hystériques,  les  hypochon- 
driaques,  les  tabétiques,  etc.  Lasègue  et  Benedikt  ont  surtout  insisté  sur  la 
symptomatologie  délicate  de  ces  troubles  de  la  musculation,  et  c’est  d’après 
la  description  de  ces  deux  auteurs  que,  dans  un  travail  antérieur,  nous 
avons  essayé  de  différencier  la  rigidité  musculaire  d’avec  la  contracture. 
A  un  faible  degré,  les  raideurs  musculaires  sont  purement  subjectives,  et 
le  malade  s’en  plaint  sans  que  rien  d’apparent  se  révèle  à  l’exploration 
physique.  Dans  les  cas  plus  prononcés,  «  la  rigidité  se  constate  lors  des 
mouvements  actifs  aussi  bien  que  passifs  ;  elle  s’accompagne  d’un  épuise¬ 
ment  rapide  de  l’incitation  nerveuse  ;  dans  ses  degrés  faibles  elle  est  habi¬ 
tuellement  confondue  avec  les  parésies;  plus  accusée,  elle  simule  la  contrac¬ 
ture.  »  (Benedikt.)  Elle  se  distingue  de  la  contracture  en  ce  qu’elle  ne  fixe  pas 
les  leviers  osseux  dans  une  position  immuable,  mais  qu’elle  subsiste  dans 
n’importe  quelle  attitude  imprimée  au  membre,  caractère  qui  la  rapproche 
plutôt  de  l’état  cataleptique  ;  tout  effort  tendant  à  allonger  le  muscle  en 
provoque  le  durcissement  ;  tantôt  cette  raideur  se  dissipe  aussitôt  que 
le  mouvement  est  conimencé  ;  d’autres  fois,  elle  dure  autant  que  le 
mouvement  passif  lui-même  (Benedikt).  Dans  ses  leçons  sur  la  paralysie 
agitante,  Charcot  signale  également  la  rigidité  particulière  que  présentent, 
à  un  certain  moment  de  l’affection,  les  muscles  du  tronc,  du  cou  et  de  la 
nuque  ainsi  que  des  membres,  et  qui  impose  aux  malades  une  attitude  et 
une  immobilité  presque  caractéristiques.  Il  est  probable  que  dans  tous 
ces  cas  il  s’agit  de  modifications  légères  de  la  nutrition,  de  la  circu¬ 
lation  et  de  l’innervation  musculaires,  comparables  à  celles  qui  résultent 
du  repos  prolongé  des  muscles  d’un  membre  placé  dans  un  appareil 
■inamovible;  mais  l’on  ne  peut  formuler  à  cet  égard  que  des  hypo¬ 
thèses. 

État  cataleptique  deS  muscles.  —  Notre  but  ne  saurait  être  ici  de 
décrire  lés  différents  états  cataleptiques  {voy.  article  Catalepsie),  mais  sim¬ 
plement  d’étudier  les  troubles  singuliers  de  la  musculation  qui  accom¬ 
pagnent  ces  états;  cette  étude  isolée  est  d’autant  plus  légitime  qu’elle 
répond  à  une  variété  clinique  rare,  il  est  vrai,  mais  signalée  par  divers 
observateurs,  par  Lasègue  notamment,  variété  dans  laquelle  l’état  catalep¬ 
tique  des  muscles  existe  seul,  sans  perte  de  connaissance,  sans  phénomènes 
extatiques,  sans  cet  anéantissement  cérébral  (Jaccoud)  qui  en  est  l’accom¬ 
pagnement  habituel. 

Les  états  cataleptiques  sont  caractérisés  essentiellement  par  une  raideur 
spéciale  des  muscles,  plus  ou  moins  généralisée,  ou  localisée  dans  un 
membre  ou  dans  un  côté  du  corps.  Les  membres  conservent  l’attitude 
qu’on  leur  imprime,  quelque  bizarre  que  soit  cette  attitude,  et  quelque 
violence  qu’elle  fasse  aux  conditions  ordinaires  de  l’équilibre.  Les  postures 
les  plus  étranges  qu’on  inflige  au  sujet  sont  gardées  sans  fatigue  appa¬ 
rente  ;  le  corps  tout  entier  peut  reposer  pendant  un  temps  souvent  fort 
long  sur  une  base  de  sustentation  insuffisante  à  l’état  normal,  sur  les 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


extrémités  des  pieds,  sur  le  bassin,  le  corps  étant  plié  en  forme  de  V 
(Lasègue),  etc. 

Si  l’on  explore  les  muscles  catalepsiés,  on  constate  une  augmentation  de 
consistance,  une  certaine  rigidité,  qui  n’est  cependant  point  le  durcisse¬ 
ment  vrai  de  la  contraction  physiologique.  La  résistance  qu’oppose  cette 
rigidité  est  aisément  surmontée  et  le  membre  conserve  l’attitude  nouvelle 
qu’on  lui  imprime  avec  la  même  indifférence  que  celle  qu’il  vient  de  quitter. 
Cette  souplesse  des  muscles  à  se  prêter  à  tous  les  changements  de  position, 
jointe  à  une  raideur  suffisante  pour  maintenir  les  membres  en  place  dans 
les  positions  les  plus  forcées,  a  fait  comparer  l’état  cataleptique  des  muscles 
à  la  flexibilité  de  la  cire  {cerea  flexibilitas). 

On  voit  donc  que  dans  la  catalepsie  il  existe  une  «  tension  durable  des 
muscles,  indépendante  de  la  volonté,  n’entraînant  pas  la  sensation  de 
lassitude,  ni  la  fatigue  musculaire  qui,  à  l’état  normal,  se  traduirait  par  le 
relâchement  »  (Lasègue).  On  a  beaucoup  écrit  sur  cette  modalité  si  étrange 
du  système  musculaire,  qui  présente  à  la  fois  et  un  état  de  rigidité  suffisant 
pour  lutter  contre  l’action  de  la  pesanteur  et  pour  conserver  aux  membres 
les  attitudes  les  plus  singulières,  et  un  degré  de  flexibilité  tel,  que  toutes  ces 
attitudes,  pour  ainsi  dire,  sont  adoptées  avec  une  égale  facilité.  La  théorie 
la  plus  simple  et  la  plus  nettement  formulée  est  celle  que  propose  Jaccoud  : 
pour  cet  auteur,  la  catalepsie  musculaire  consiste  essentiellement  en  une 
augmentation  de  la  tonicité  normale  des  muscles,  c’est-à-dire  en  une  exa¬ 
gération'  de  l’état  de  semi-contraction  constante  dans  lequel  se  trouve  le 
muscle  à  l’état  physiologique,  sous  l’influence  d’excitations  qui  lui  sont 
incessamment  transmises  par  la  moelle.  {Voy.  plus  haut.  Tonicité  muscu¬ 
laire,  page  233).  Il  est  certain  que  le  tonus-musculaire  existe  et  que  le 
muscle,  à  l’état  normal,  se  trouve  constamment  dans  un  état  spécial  qui 
n’est  ni  le  relâchement  paralytique,  ni  la  contraction  proprement  dite.  Mais 
en  réalité,  en  ramenant  l’état  cataleptique  des  muscles  à  une  augmentation 
morbide  de  la  tonicité,  il  s’en  faut  que  l’on  rende  compte  de  toutes  les  par¬ 
ticularités  de  cet  état  du  muscle,  de  la  flexibilité  parfaite  co-existant  avec 
la  rigidité,  de  l’absence  de  la  fatigue  musculaire,  etc.  Il  subsiste  à  cet  égard 
de  nombreuses  inconnues.  Ajoutons  que  l’exploration  électrique  directe  ou 
indirecte  (par  l’intermédiaire  des  nerfs)  des  muscles  cataleptiques  n’a  fourni 
aucun  résultat  important  :  dans  quelques  cas,  la  réaction  électro-muscu¬ 
laire  a  été  trouvée  normale,  tant  à  l’aide  du  courant  galvanique  que  du 
courant  faradique  (Moritz  Rosenthal)  ;  dans  un  autre  cas,  la  contractilité' 
galvanique  était  légèrement  augmentée,  la  contractilité  faradique  un  peu 
diminuée  (Benedikt). 

État  des  umscles  dans  les  paralysies.  —  Notre  but  ici 
jie  saurait  être  d’exposer  d’une  façon  complète  les  caractères  des  diver¬ 
ses  paralysies,  avec  leurs  signes  variables  selon  la  cause  et  le  siège 
des  lésions  qui  les  déterminent,  points  que  l’on  trouvera  traités,  avec 
tous  les  détails  qu’ils  méritent,  à  l’article  Paralysies.  C’est  le  côté  pro¬ 
prement  musculaire  qui  seul  doit  nous  arrêter.  Cependant,  si,  pour  rester 
fidèle  à  , ce  plan,  nous  nous  cantonnions  d’une  façon  trop  rigoureuse  dans  le 


316 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


terrain  exclusivement  musculaire,  en  négligeant  totalement  les  symptômes 
et  les  lésions  que  présente  le  système  nerveux  tant  central  que  périphérique, 
nous  nous  condamnerions  à  une  description  purement  idéale  ;  l’histoire 
des  paralysies,  envisagée  au  point  de  vue  strictement  musculaire,  se  résu¬ 
merait  en  une  tentative  presque  scolastique  et  qui  ne  répondrait  ni  aux  réa- 
lités  cliniques,  ni  môme  aux  enseignements  de  la  physiologie. 

Le  muscle,  en  effet,  nous  ne  cesserons  de  le  répéter,  n’estqu’un  des  éléments 
d’unsystèmecompletet  dont  les  diverses  parties  sont  reliées  par  une  solidarité 
étroite  et  nécessaire  ;  pour  s’en  convaincre,  il  suffit  de  réfléchir  à  la  structure  de 
l’élément  musculaire  proprement  dit,  de  la  fihre  primitive.  Celle-ci  ne  con¬ 
siste  pas  uniquement  dans  la  substance  striée,  dans  la  cellule  musculaire  et 
dans  la  gaine  du  sarcolemme;  à  l’intérieur  même  de  cette  gaine  se  trouve 
un  élément  nerveux  important,  la  plaque  terminale,  où  aboutissent  des 
filets  nerveux  moteurs  et  d’où  partent  des  filaments  nombreux  et  extrême¬ 
ment  ténus  qui  vont  se  perdre  dans  la  substance  contractile,  avec  laquelle 
ils  affectent  des  rapports  encore  mal  connus,  mais  à  coup  sûr  très-intimes  ; 
des  filets  nerveux  sensitifs  traversent  également  le  sarcolemme  pour  entrer 
en  conflit  avec  la  substance  striée.  Cette  esquisse  histologique  du  muscle 
montre  bien  qu’il  ne  s’agit  pas  là  d’un  élément  simple,  mais  d’un  véritable 
organe,  d’un  appareil  névro-musculaire,  comme  l’appellent  W.  Kuhne 
et  Ranvier.  Il  en  résulte  que,  dans  l’étude  des  paralysies,  aussi  bien  que  dans 
celle  des  propriétés  physiologiques  des  muscles,  il  n’est  guère  possible 
de  n’envisager  que  le  muscle  en  lui-même,  abstraction  faite  des  nerfs  qui 
l’animent.  —  C’est  donc  un  chapitre  de  pathologie  névro-musculaire  que 
nous  allons  écrire  ;  nous  étudierons  successivement  l’état  des  muscles 
dans  les  paralysies  de  cause  cérébrale,  de  causé  spinale,  et  dans  les  paraly¬ 
sies  de  cause  périphérique. 

État  des  muscles  dans  les  paralysies  de  cause  cérébrale.  —  Dans  les  para¬ 
lysies  de  cause  cérébrale  (hémorrhagie,  ramollissement,  tumeurs)  la  nutrition 
ainsi  que  les  propriétés  électriques  des  muscles  demeurent  indemnes  pen¬ 
dant  un  temps  soùvent  illimité;  tout  se  borne  à  l’abolition  plus  ou  moins 
complète  de  la  motricité  volontaire  ;  ce  n’est  que  dans  les  paralysies  an¬ 
ciennes,  à  la  suite  sans  doute  du  long  repos  et  de  l’inertie  fonctionnelle, 
que  l’on  voit  les  muscles  atteints  frappés  de  macilence  et  d’un  certain  degré 
d’atrophie.  Ce  n’est  que  quand  la  lésion  centrale  occupe  certains  points  net¬ 
tement  circonscrits,  telles  que  les  circonvolutions  psycho-moti’ices  ou 
surtout  les  deux  tiers  antérieurs  de  la  capsule  interne,  que  l’on  voit  survenir 
la  contracture  permanente.  {Voy.  plus  haut,  page  311). 

État  des  muscles  dans  les  paralysies  de  cause  spinale.  —  Il  importe, 
dans  cette  classe  de  paralysies,  d’établir  deux  grands  groupes.  Dans  le  pre¬ 
mier,  il  existe  une  paralysie  motrice  volontaire,  mais  la  nutrition  des 
muscles  demeure  intacte  ou  à  peu  près  intacte  (sauf  la  macilence  due  à 
l’inertie  fonctionnelle)  ;  les  réactions  électriques,  la  contractilité  réflexe  des 
muscles  ne  présentent  pas  de  modifications  ;  les  choses  se  passent,  en  un 
mot,  comme  dans  les  paralysies  cérébrales,  en  ce  sens  que  la  conduction 
des  incitations  motrices  volontaires  seule  est  abolie  ou  affaiblie.  C’est  ce 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE.  317 

que  l’on  observe  dans  certaines  lésions  en  foyer  très-circonscriles  de  la 
moelle  épinière,  dans  la  myélite  chronique  transverse,  par  exemple,  dans  la 
compression  de  la  moelle  par  une  tumeur,  dans  la  sclérose  en  plaques’, 
dans  les  scléroses  systématiques  des  divers  faisceaux  blancs  de  la  moelle, 
toutes  lésions  dans  lesquelles  les  cellules  motrices  des  cornes  antérieu- 
res  de  la  substance  grise  de  la  moelle  sont  respectées,  cellules  auxquelles  • 
paraît  décidément  être  dévolu  le  rôle  de  présider,  non-seulement  à  la  mo¬ 
tricité,  mais  encore  à  la  nutrition  des  muscles.  On  trouvera  à  l’article  Moelle 
l’exposé  des  différentes  maladies  de  cet  organe  se  traduisant  par  de  la 
paraplégie  flasque  ou  par  de  la  paraplégie  avec  contracture,  ou  par  de 
la  contracture  pure  et  simple,  sans  paralysie  proprement  dite,  processus 
dans  lesquels  la  structure  et  les  propriétés  électriques  des  muscles  se  con¬ 
servent  pour  ainsi  dire  indéfiniment  ;  dans  tous  ces  cas,  les  cellules  qui 
président  à  la  nutrition  des  muscles  d’une  part,  et  d’autre  part  les  moyens 
d’union  qui  relient  ces  cellules  trophiques  aux  muscles,  c’est-à-dire  les 
nerfs  moteurs,  ne  sont  pas  notablement  altérés  dans  leur  structure  ni  dans 
leur  fonctionnement. 

Il  est  une  deuxième  catégorie  d’affections  spinales  qui,  soit  primitive¬ 
ment  soit  consécutivement,  se  localisent  sur  le  système  spinal  antérieur  et 
compromettent,  d’après  un  mode  aigu,  subaigu  ou  chronique,  l’intégrité 
des  grandes  cellules  motrices.  Ces  affections  de  la  moelle  ont  pour  consé¬ 
quence  de  déterminer,  d’une  façon  à  peu  près  inévitable,  des  troubles  dans 
la  nutrition  des  muscles,  troubles  qui  s’accuseront  par  une  atrophie  rapide 
et  profonde,  par  l’abolition  ou  la  diminution  des  propriétés  électriques,  en 
un  mot  par  l’ensemble  des  symptômes  de  colliquation  et  de  destruction 
musculaires  désignés,  depuis  Gubler,  par  le  terme  à’ amyotrophie.  Rentrent 
dans  cette  catégorie  :  l’altération  musculaire  que  l’on  observe  dans  la  myé¬ 
lite  centrale  aiguë,  dans  la  paralysie  infantile,  dans  la  paralysie  spinale 
aiguë  ou  subaiguë  de  l’adulte  (paralysie  générale  spinale  de  Duchenne), 
dans  l’atrophie  musculaire  progressive,  ainsi  que  dans  certaines  formes  de 
paralysies  bulbaires.  La  lésion  primordiale  et  essentielle,  dans  ce  cas,  est 
l’altération  plus  ou  moins  rapide  ou  plus  ou  moins  étendue  des  cellules  ner- 
yeüses  motrices  de  la  moelle  et  du  bulbe  ;  la  destruction  de  ces  cellules 
agit  sur  les  muscles  comme  le  ferait  la  séparation  définitive  et  persistante 
de  ces  éléments  d’avec  le  centre  spinal,  c’est-à-dire  la  section  des  nerfs 
moteurs,  sans  réparation  nerveuse  ultérieure.  Aussi  peut-on,  au  point  de 
vue  des  altérations  anatomiques  et  fonctionnelles  éprouvées  par  les  muscles, 
établir  une  analogie  presque  absolue  entre  les  amyotrophies  spinales  et 
les  paralysies  amyotrophiques  consécutives  aux  lésions  des  nerfs  périphé¬ 
riques. 

Charcot,  qui  a  tant  fait  pour  la  systématisation  et  le  classement  anato¬ 
mique  des  amyotrophies  spinales,  a  eu  également  le  mérite  de  montrer 
que  les  types  anatomiques  que  nous  venons  d’énumérer  ne  sont  pas  tou¬ 
jours  purs,  mais  qu’il  existe  des  formes  mixtes,  hybrides,  comme  il  les 
appelle,  dans  lesquelles  des  lésions,  primitivement  circonscrites  dans  un 
département  spécial  de  la  moelle,  en  franchissent  les  limites  et  s’installent 


318 


MUSCLE.  —  SÉ-MÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


dans  des  points  qu’elles  respectent  habituellement.  C’est  ainsi  que,  dans  la 
maladie  caractérisée  par  la  sclérose  fàsciculée  des  cordons  postérieurs,  dans 
l’ataxie  locomotrice  pure,  tout  se  borne  aux  troubles  de  la  sensibilité,  aux 
douleurs  fulgurantes  et  à  l’incoordination  des  mouvements,  sans  atrophie 
musculaire;  cependant,  dans  quelques  cas  exceptionnels,  une  amyotrophie 
■plus  ou  moins  étendue  s’est  surajoutée  aux  phénomènes  proprement 
ataxiques  ;  et  à  l’autopsie  on  a  pu  constater  que  la  lésion  spinale,  dépas¬ 
sant  ses  limites  habituelles,  a  envahi  le  système  antérieur  de  la  substance 
grise  et  a  détruit  un  certain  nombre  de  cellules  motrices  ;  de  là  cet  incident 
rare  dans  l’histoire  de  l’ataxie  locomotrice,  l’amyotrophie.  Il  serait  aisé  de 
multiplier  ces  exemples  ;  mais  nous  nous  exposerions  à  des  redites  et  nous 
renvoyons  à  l’article  Moelle,  où  l’on  trouvera  l’exposé  complet  des  amyotro- 
phies  spinales. 

État  des  muscles  dans  les  paralysies  de  cause  périphérique.  —  Par  para¬ 
lysies  périphériques  on  entend  celles  qui  résultent  d’une  interruption, 
traumatiqué  ou  autre,  passagère  ou  durable,  existant  entre  le  muscle 
et  le  noyau  d’origine,  spinal  ou  bulbaire,  d’où  émane  le  nerf  qui  l’anime. 
Le  type  de  la  paralysie  périphérique  est  celle  qui  résulte  de  la  section, 
traumatique  ou  expérimentale,  d’un  nerf  moteur  ou  d’un  nerf  mixte. 
Certaines  paralysies,  improprement  appelées  rhumatismales  et  qui  nais¬ 
sent  sous  l’influence  du  froid,  la  paralysie  a  frigore  du  nerf  facial,  ou  bien 
encore  la  paralysie  du  nerf  radial,  sont  des  exemples  vulgaires  de  ces  sortes 
de  paralysies  chez  l’homme.  Mais  il  faut  ajouter  que  la  plupart  des  para¬ 
lysies  amyotrophiques  spinales,  celles  qui  se  rattachent  à  la  destruction  des 
cellules  motrices  de  la  substance  grise  de  la  moelle  ou  du  bulbe,  sont  en 
réalité  des  paralysies  périphériques,  sinon  pour  leur  cause,  du  moins 
quant  aux  effets  et  aux  symptômes  essentiels.  Et  de  fait,  que  les  muscles 
soient  séparés  de  la  moelle  et  soustraits  à  son  action  trophique  par  une 
solution  de  continuité  occupant  un  point  quelconque  des  nerfs  moteurs, 
ou  que  ces  centres  à  la  fois  moteurs  et  trophiques  soient  primitivement 
atteints,  le  résultat,  en  ce  qui  concerne  les  muscles,  sera  en  définitive  iden¬ 
tique.  Aussi,  un  certain  nombre  de  paralysies,  rigoureusement  spinales  si 
l’on  envisage  le  siège  anatomique  des  lésionsprimitives,  sont  en  réalité  périr 
phériques  si  on  les  interprète  au  point  de  vue  de  la  physiologie  pathologi¬ 
que  ainsi  que  des  caractères  cliniques. 

De  là  l’intérêt  spécial  qui  s’attache  à  l’étude  des  paralysies  périphériques  ;  si, 
en  effet,  l’on  songe  que  ces  paralysies  se  présentent  dans  des  conditions  de 
simplicité  qui  les  rendent  éminemment  propres  à  l’analyse  des  symptômes 
observés  ;  si  l’on  considère,  en  outre,  que  ces  paralysies  peuvent  avec  une 
grande  facilité  être  provoquées  expérimentalement  chez  les  animaux  ;  si  l’on 
réfléchit  enfin  qu’elles  constituent  le  groupe  le  plus  accusé  et  le  plus  net  des 
paralysies,  et  qu’elles  en  réalisent,  pour  ainsi  dire,  le  type  idéal  par  la  soustrac¬ 
tion  totale  du  muscle  à  l’action  des  centres  nerveux  ;  si  l’on  pèse  toutes  ces  rai¬ 
sons,  on  comprendra  aisément  que  les  paralysies  périphériques  aient  été  un 
objet  de  prédilection  pour  les  pathologistes  aussi  bien  que  pour  les  expéri¬ 
mentateurs  :  de  là  les  détails  un  peu  étendus  dans  lesquels  nous  allons  entrer. 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


31& 


Depuis  Haller  et  ses  fameuses  recherches  sur  l’irritahilité  musculaire,  on 
peut  dire  que  l’étude  de  l’influence  des  nerfs  sur  la  nutrition  des  muscles  et 
sur  les  propriétés  musculaires  est  à  l’ordre  du  jour  parmi  les  physiolo¬ 
gistes;  il  suffit  à  ce  sujet  de  rappeler  les  travaux  de  Longet,  de  Brown- 
Séquard,  de  Cl.  Bernard,  de  Schiff,  etc.  Longet,  à  la  suite  de  ses  expé¬ 
riences,  était  arrivé  à  cette  conclusion,  acceptée  sans  conteste  par  la  plupart 
de  ses  successeurs  :  si  l’on  sectionne  un  nerf  moteur,  quatre  jours  après 
la  section  le  nerf  devient  inexcitahle,  et  l’excitation,  électrique  ou  autre, 
de  son  bout  périphérique  n’éveille  plus  aucune  contraction  dans  les 
muscles  qu’il  anime  ;  que  si,  au  contraire,  au  lieu  d’exciter  le  nerf,  on 
met  à  nu  le  muscle  paralysé,  celui-ci  continue  à  se  contracter,  avec 
plus  ou  moins  de  puissance,  pendant  des  semaines  et  même  pendant 
des  mois.  Brown-Séquard  constatait  même  encore  la  contractilité  élec¬ 
trique,  dans  les  muscles  faciaux,  vingt  et  un  mois  après  l’arrachement 
du  bout  central  du  nerf  facial  !  Si  au  lieu  de  sectionner  ou  de  réséquer  un 
nerf  moteur  pur,  tel  que  le  facial,  on  sectionne  un  nerf  mixte,  tel  que  le 
sciatique,  la  contractilité  dans  les  muscles  s’affaiblit  plus  rapidement  et  dis¬ 
paraît  vers  la  septième  semaine,  en  même  temps  que  le  muscle  dégénère 
profondément  (Longet).  Ces  faits,  ainsi  que  les  mémorables  recherches  de 
Cl.  Bernard  sur  le  curare,  remettaient  donc  en  honneur  l’ancienne  doctrine 
hallérienne  de  l’irritabilité  musculaire,  indépendante,  dans  une  certaine 
mesure,  de  l’innervation. 

Les  recherches  cliniques  de  Marshall  Hall  et  de  Duchenne  (de  Boulogne) 
apportèrent  des  données  nouvelles  et  en  apparence  contradictoires  avec  les 
résultats  formulés  par  les  physiologistes.  On  sait  que  pour  Marshall  Hall 
les  paralysies  reconnaissent  deux  origines  différentes  :  elles  sont  cérébrales 
ou  spinales,  c’est-à-dire  qu’elles  résultent  de  lésions  qui  détruisent  les 
relations  des  nerfs  avec  lé  cerveau  ou  avec  la  moelle.  Dans  le  premier 
cas  (paralysies  cérébrales)  la  contractilité  élastique  du  muscle  demeure 
intacte,  dans  le  second  (paralysies  spinales)  cette  contractilité  diminue  rapi¬ 
dement. 

Duchenne  arriva  à  des  résultats  plus  opposés  encore  à  ce  qu’annonçaient, 
les  physiologistes.  Il  constata  que  dans  les  paralysies  traumatiques,  à  la 
suite  de  la  section  ou  de  la  contusion  de  nerfs  mixtes  périphériques,  ou 
bien  encore  dans  la  paralysie  a  frigore  (dite  rhumatismale)  d’un  nerf  exclu¬ 
sivement  moteur,  le  facial,  la  contractilité  électrique  des  muscles  peut  être 
abolie  dès  les  premiers  jours  qui  suivent  la  paralysie.  Cette  abolition  de  la 
contractilité,  Duchenne  la  constatait  non-seulement  par  sa  méthode  d’ex¬ 
ploration  habituelle,  c’est-à-dire  par  l’exploration  des  muscles  au  moyen 
du  courant  faradique,  à  travers  la  peau  intacte  et  préalablement  mouillée, 
mais  encore  à  l’aide  de  l’électro-puncture. 

Duchenne,  dans  ses  recherches,  arriva  ’encore  à  une  autre  donnée  inté¬ 
ressante,  relative  aux  phénomènes  de  réparation  fonctionnelle  qui  s’effec¬ 
tuent  dans  les  paralysies  périphériques;  il  constata  que  dans  certaines 
paralysies,  dans  les  paralysies  saturnines,  par  exemple,  ou  dans  certaines 
paralysies  a  frigore,  la  motilité  volontaire  peut  reparaître,  alors  que  l’ex- 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉR-LLE. 


citabilité  du  muscle  ne  saurait  encore  être  mise  en  jeu  par  l'excitation 
électrique  du  muscle  ou  du  nerf  qui  l’anime. 

Ces  feits,  et  surtout  les  contradictions  apparentes  qui  régnaient  entre  les 
données  expérimentales,  d’une  part,  et  les  enseignements  de  la  clinique,  de 
l’autre,  ne  tardèrent  pas,  à  provoquer  un  grand  nombre  de  recherches 
de  contrôle  dues  particulièrement  à  A.  Waller,  àMantegazza,  Vulpian,  Ziems- 
sen,  BarwinkeljErb,  Legros  et  Onimus  ;  enfin,  récemment,  la  question  a  été 
reprise  à  nouveau  par  Vulpian.  Nous  avons  puisé  dans  son  important 
mémoire  les  principaux  documents  historiques  qui  précèdent,  ainsi  que 
la  plupart  des  faits  qui  vont  suivre. 

Si,  sur  un  animal,  on  sectionne  un  nerf  moteur,  ou  un  nerf  mixte,  et 
qu’on  provoque  ainsi,  dans  les  muscles  animés  par  ce  nerf,  une  paralysie 
que  l’on  peut  envisager  comme  le  type  des  paralysies  périphériques, 
quelles  seront  les  modifications,  à  la  fois  anatomiques  et  fonctionnelles, 
qu’éprouveront  le  bout  périphérique  du  nerf  intéressé  ainsi  que  les  muscles 
auxquels  il  se  distribue?  Pour  ce  qui  est  des  altérations  du  nerf,  nous  pour¬ 
rons  être  très-bref,  cette  question  devant  être  traitée  avec  détails  à  l’article 
Nerf.  Nous  rappellerons  seulement  que  les  altérations  histologiques  qui  se 
développent  sur  le  bout  périphérique  d’un  nerf  moteur  ou  d’un  nerf  mixte 
sectionné,  lié  ou  écrasé,  consistent  essentiellement  en  une  segmentation 
de  la  myéline,  qui  subit  graduellement  la  métamorphose  graisseuse,  en 
même  temps  que  les  noyaux  de  la  gaine  de  Schwann  ainsi  que  ceux  du 
tissu  conjonctif  de  l’endonèvre  se  multiplient  abondamment  et  que  le 
cylindre-axe  disparaît  (A.  Waller,  Philipeaux  et  Vulpian).  Vulpian  avait 
d’abord  cru  observer  la  persistance  du  cylindre-axe  dans  les  fibres  dégé¬ 
nérées  ;  mais  il  reconnut  plus  tard  que  ce  qu’il  avait  pris  pour  le  cylindre- 
axe  n’était  autre  que  la  gaine  de  Schwann  vide  et  revenue  sur  elle-même. 

Les  remarquables  travaux  de  Ranvier  nous  ont  mieux  appris  à  connaîti’e 
les  phases  initiales  de  la  dégénérescence  des  nerfs  sectionnés  ;  cet  histolo¬ 
giste  a  constaté  que,  déjà  au  bout  de  vingt-quatre  heures,  les  noyaux  des 
segments  interannulaires  se  gonflent,  que  le  protoplasma  qui  les  enve¬ 
loppe  augmente  de  volume,  et  que,  dès  le  troisième  jour  qui  suit  la  section, 
cette  prolifération  qui  s’effectue  à  l’intérieur  de  la  gaine  de  Schwann  est 
assez  active  pour  la  remplir  et  pour  interrompre  la  continuité  du  cylindre- 
axe,  pour  le  sectionner  en  quelque  sorte.  Cette  rupture  du  cylindre-axe, 
opérée  à  cette  époque  par  les  noyaux  contenus  dans  la  gaine  de  Schwann, 
rendrait  parfaitement  compte  du  fait  expérimental  signalé  par  Longet,  à 
savoir  de  la  perte  de  l’excitabilité  électrique  du  bout  périphérique  du  nerf 
coupé,  vers  le  troisième  ou  le  quatrième  jour  après  la  section.  Quoi  qu’il  en 
soit  du  mécanisme  qui  préside  à  la  segmentation  du  cylindre-axe,  au 
sujet  duquel  Vulpian  élève  quelques  doutes,  il  est  certain  que  cette  seg¬ 
mentation  se  produit  rapidement  et  que,  vers  le  dix-septième  jour  après  la 
section  du  nerf,  le  cylindre-axe  a  disparu  dans  le  bout  périphérique.  Le  bout 
central,  au  contraire,  «  n’offre  aucun  changement  notable  de  structure,  si 
ce  n’est  dans  les  cas  anciens  et  où  la  réunion  entre  les  deux  bouts  du  nerf 
n’a  pu  s’effectuer,  cas  dans  lesquels  on  observe  une  atrophie  simple,  plus 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE.  321 

OU  moins  accusée  (Vulpian).  »  L’extrémité  terminale  seule  du  bout  central, 
celle  qui  confine  directement  à  la  section,  se  tuméfie  par  suite  de  la  proli- 
lération  des  noyaux  de  la  gaine  de  Schwann  et  de  l’endonèvre,  mais  dans 
ce  renflement  terminal  on  constate  toujours  la  persistance  du  cylindre-axe 
(Ranvier). 

Quant  aux  conditions  qui  déterminent  ces  altérations  de  structure  des 
nerfs  sectionnés,  on  ne  peut  guère  émettre  à  cet  égard  que  des  hypothèses  ; 
celle  qui  a  été  formulée  tout  d’abord  par  Waller  demeure,  à  tout  prendre,  la 
plus  satisfaisante.  D’après  ce  physiologiste,  la  dégénérescence  des  nerfs 
sectionnés  tiendrait  à  leur  séparation  J’avec  les  centres  nerveux,  qui  exer¬ 
cent  sur  ces  nerfs  une  influence  spéciale,  proprement  trophique;  et,  à  l’aide 
d’expériences  ingénieuses, Waller  a  pu  montrer  que  ces  centres  trophiques 
siègent  dans  la  moelle  elle-même  pour  les  filets  moteurs,  dans  les  gan¬ 
glions  intervertébraux  pour  les  filets  sensitifs.  Cette  action  exercée  par  les 
centres  sur  les  nerfs  est-elle  décidément  trophique,  comme  le  pensent 
A.  Waller  et  Vulpian,  c’est-à-dire  la  nutrition  des  fibres  nerveuses  exige- 
t-elle,  pour  s’effectuer  avec  l’activité  nécessaire,  une  sollicitation  spéciale 
et  constante  partant  des  centres?  ou  bien,  au  contraire,  le  rôle  de  ces 
centres  est-il  tout  différent  et  consiste-t-il  surtout  à  modérer,  à  réfréner  le 
travail  de  prolifération  et  de  nutrition  dont  les  fibres  nerveuses  sont  le 
siège,  hypothèse  ingénieuse  récemment  soutenue  par  Ranvier?  Ce  sont 
là  des  points  dont  la  solution  n’est  pas  possible  dans  l’état  actuel  de  la 
question. 

Sans  donc  insister  sur  ces  discussions  de  doctrine,  ni  sur  les  phénomènes 
de  régénération  et  de  restauration  nerveuse,  nous  arrivons  au  point  qui 
nous  intéresse  particulièrement,  c’est-à-dire  l’influence  exercée  par  les 
centres  nerveux  sur  la  nutrition  et  les  propriétés  des  muscles. 

Les  principales  données  histologiques  relatives  à  cette  question  sont  dues 
à  Mantegazza,  à  Erb  et  à  Vulpian;  ces  observai eurs  sont  arrivés  à  des  résul¬ 
tats  à  peu  près  concordants,  vérifiés  plus  récemment  encore  par  Bizzozero 
et  Golgi. 

Prenons,  à  l’exemple  de  Vulpian,  un  cas  de  section  expérimentale  du 
sciatique  chez  le  lapin,  et  étudions  les  modifications  anatomiques  que  pré¬ 
sentent  les  muscles  de  la  jambe,  par  exemple,  chez  l’animal  en  expérience. 
Un  premier  fait,  facilement  visible  à  l’œil  nu,  c’est  V atrophie  des  muscles, 
très-prononcée  un  mois  ou  six  semaines  après  la  section  du  nerf  et  se  tra¬ 
duisant  par  la  diminution  de  volume  et  de  consistance  des  muscles,  et  par 
un  changement  dans  la  couleur,  qui  devient  pâle,  puis  jaunâtre,  feuille 
morte  ou  blanchâtre.  Si  l’on  suit  la  lésion  au  microscope,  dès  le  huitième 
jour  après  la  section  du  nerf  (Vulpian),  on  constate  déjà  une  légère  modi¬ 
fication  de  certains  faisceaux  primitifs,  caractérisée  par  un  gonflement  de 
la  cellule  musculaire  ;  plus  tard,  vers  la  cinquième  semaine,  les  noyaux 
intra-musculaires  sont  très- abondants,  en  même  temps  que  le  diamètre  des 
faisceaux  musculaires  a  notablement  diminué  ;  par  places  même  la  sub¬ 
stance  musculaire  est  interrompue  et  la  gaine  du  sarcolemme  revenue  sur 
elle-même  ;  la  striation  toutefois  persiste  nettement  ;  dans  ces  cas,  la  trans- 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIIl.  —21 


322 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOOLGIE  GÉNÉRALE. 


formation  cireuse  de  la  substance  contractile  s’observe  bien  plus  facilement 
que  sur  des  muscles  sains  (Erb). 

Dès  la  deuxième  semaine,  aussi,  on  constate  dans  le  périmysium  interne 
une  accumulation  d’éléments  jeunes,  probablement  de  globules  blancs, 
parfois  tellement  abondants  qu’il  semble  que  du  tissu  de  granulation  se 
soit  interposé  entre  les  faisceaux  primitifs.  Vers  la  sixième  semaine  déjà, 
ces  formations  embryonnaires  sont  remplacées  par  du  tissu  conjonctif  fibril- 
laire,  ondulé,  adulte,  qui  donne  naissance  à  des  cloisons  épaisses;  on 
est  en  présence  d’une  véritable  cirrhose  musculaire,  comme  l’appelle  Man¬ 
tegazza.  Dans  la  plupart  des  cas,  il  s’effectue  en  même  temps,  dans  le  tissu 
connectif  interstitiel,  un  dépôt  de  vésicules  adipeuses  développées,  selon 
la  remarque  de  Vulpian,  «  non  pas  dans  l’intérieur  des  gaines  du  sarcolemme, 
mais  bien  dans  les  intervalles  des  faisceaux  primitifs....  11  s’agit  là,  non 
d’une  métamorphose  graisseuse  des  faisceaux  musculaires,  mais  d’une  vé¬ 
ritable  stéatose  interstitielle.  »  Quant  aux  fibres  musculaires  elles-mêmes, 
leur  diamètre  se  rétrécit  de  plus  en  plus,  l’atrophie  devient  extrême  ;  mais 
même  au  bout  d’un  an  après  la  section,  on  trouve  encore  dans  le  muscle 
des  faisceaux  primitifs,  très-amincis,  il  est  vrai,  mais  renfermant  encore  de 
la  substance  contractile  nettement  striée.  Ce  n’est  qu’au  bout  d’années 
entières  que  le  muscle  peut  définitivement  être  remplacé  par  une  bande 
fibreuse  ou  par  une  masse  cellulo-adipeuse. 

Quand,  au  contraire,  le  nerf  sectionné  se  réunit  et  se  régénère,  les  muscles, 
après  avoir  subi  une  modification  plus  ou  moins  profonde,  peuvent  égale¬ 
ment  récupérer  leurs  caractères  normaux.  Cependant,  si  la  réparation  ner¬ 
veuse  est  lente  à  s’établir,  les  altérations  des  muscles  peuvent  avoir  atteint 
un  degré  tel,  qu’elles  soit  en  grande  partie  irréparables. 

Quel  est  le  mécanisme  et  le  mode  pathogénique  qui  président  à  ces  altéra¬ 
tions  musculaires?  Question  délicate  entre  toutes,  car  elle  touche  aux  pro¬ 
blèmes  les  plus  scabreux  de  la  névropathologie.  Dans  la  umineuse  discussion 
qu’il  consacre  à  cette  question,  Vulpian  n’a  pas  de  peine  à  établir  tout  d’abord 
qu’il  ne  s’agit  pas  là  de  lésions  résultant  de  l’inertie  fonctionnelle  des 
muscles;  en  effet,  celle-ci,  quelque  prononcée  qu’elle  soit,  n’entraîne  à  sa 
suite  qu’une  atrophie  relativement  minime  et  qui  met  des  années  à  s’établir. 
Si  l’on  e.xamine  des  muscles  paralysés  à  la  suite  d’une  lésion  de  l’encé¬ 
phale,  ou  par  la  compression  de  la  moelle,  dans  le  mal  de  Pott,  par 
exemple,  on  trouve  un  degré  plus  ou  moins  accusé  de  macilence  de  la  fibre 
musculaire,  mais  jamais  ces  atrophies  profondes  et  rapides  qui  suivent  les 
sections  ou  les  lésions  nerveuses.  H.  Joseph,  récemment,  en  immobilisant 
des  grenouilles,  a  cru  constater  dans  les  muscles  immobilisés  des  altéra¬ 
tions  qui  ne  différeraient  guère  de  celles  qui  résultent  de  la  section  des 
nerfs,  et  il  en  conclut  que  l’inertie  fonctionnelle  suffit  pour  rendre 
compte  des  altérations  subies  par  les  muscles  dont  les  nerfs  sont  coupés. 
Mais,  dans  la  critique  qu’il  fait  de  ces  expériences,  Vulpian  montre  qu’elles 
n’ont  aucune  valeur,  ayant  été  pratiquées  exclusivement  sur  la  grenouille 
et  pendant  un  temps  beaucoup  trop  court  chez  cet  animal  pour  permettre 
aux  lésions  nerveuses  de  retentir  sur  l’appareil  musculaire. 


IIÜSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


323 


On  Jie  peut  pas  davantage  invoquer,  comme  étant  la  cause  de  ces  altéra¬ 
tions  musculaires,  la  paralysie  vaso-motrice  qui  résulte  de  la  section  des 
filets  nerveux  sympathiques  mêlés  aux  fibres  motrices  et  sensitives  dans  un 
nerf  mixte.  En  effet,  les  altérations  musculaires  sont  tout  aussi  prononcées 
lorsque,  chez  un  animal,  au  lieu  de  sectionner  le  nerf  facial  à  la  sortie  du 
trou  mastoïdien,  c’est-à-dire  alors  qu’il  a  déjà  reçu  par  anastomoses  de 
nombreuses  fibres  vaso-motrices,  on  pratique  la  section  près  de  l’origine 
•du  nerf,  au-dessous  du  plancher  du  quatrième  ventricule,  c’est-à-dire  en 
un  point  où  il  ne  contient  encore  aucun  filet  vaso-moteur  (Vulpian).  Du 
reste,  jamais  dans  les  innombrables  sections  du  grand  sympathique  pra¬ 
tiquées  depuis  l’expérience  fondamentale  de  Cl.  Bernard,  on  n’a  constaté 
d’altération  appréciable  des  muscles  de  la  région  devenue  le  siège  de  la 
paralysie  et  de  l’hyperhémie  vaso-motrice. 

Une  hypothèse  plus  séduisante  a  été  proposée  par  Charcot.  Se  basant 
sur  la  nature  véritablement  irritative  du  processus  histologique  dont  le 
muscle  est  le  siège,  sur  la  coexistence  fréquente  d’autres  lésions  de  même 
nature  occupant  la  peau,  les  os,  les  articulations  ;  invoquant  en  outre  l’évo¬ 
lution  rapide,  souvent  «  foudroyante  »  des  lésions  musculaires,  il  a  émis 
l’opinion  qu’il  s’agissait  de  phénomènes  proprement  actifs,  inflammatoires 
•et  non  dégénératifs.  Pour  Charcot,  en  un  mot,  les  altérations  musculaires 
consécutives  aux  lésions  des  nerfs  seraient  la  conséquence,  non  pas  de 
l’absence  d’action  dunerf,  mais  de  l’action  morbide  exercée  par  le  nerf  altéré 
sur  le  muscle  ;  distinction  du  reste  déjà  formulée  par  Brown-Séquard,  qui 
-enseignait  que  «  l’irritation  seule  d’un  nerf  est  capable  de  produire  une 
atrophie  musculaire  rapide  avec  diminution  ou  disparition  de  la  contrac¬ 
tilité  électrique  ;  la  division  complète  des  nerfs  li’amènerait  l’atrophie  et 
la  perte  de  la  contractilité  électrique  qu’au  bout  d'‘un  temps  infiniment  plus 
■long,  et  n’agirait  en  définitive  que  comme  le  repos  prolongé  » . 

Les  arguments  tant  cliniques  qu’histologiques  développés  avec  une 
grande  force  par  Charcot  reposent  surtout  sur  la  différence  qui  existerait 
•entre  les  effets  que  provoque  la  section  complète  d’un  nerf,  d’une  part,  sa 
section  incomplète,  son  irritation  traumatique  ou  spontanée,  de  l’autre.  Si, 
en  effet,  les  lésions  musculaires  consécutives  aux  altérations  périphériques 
des  nerfs  sont  le  résultat,  non  pas  de  la  suppression  d’action  de  ces  nerfs, 
mais  d’une  irritation  développée  sur  le  trajet  de  ces  nerfs  et  propagée,  soit 
par  continuité  de  tissu,  soit  autrement,  du  nerf  au  muscle  ;  si  les  choses  se 
•passent  ainsi,  il  est  certain  que  les  altérations  musculaires  se  développe¬ 
ront  avec  une  intensité  et  une  rapidité  plus  grandes  dans  les  cas  de  sections 
incomplètes,  de  lésions  irritatives  des  nerfs,  dans  toutes  les  conditions,  en 
un  mot,  favorables  à  la  production  de  la  névrite,  que  dans  les  cas  de  sec¬ 
tion  complète  ou  de  résection  des  nerfs.  Mais  il  faut  reconnaître  que  les 
faits,  surtout  les  faits  expérimentaux  observés  sur  les  animaux,  ne  permet¬ 
tent  pas  d’établir,  entre  les  résultats  de  la  section  et  ceux  de  l’irritation  des 
nerfs,  une  opposition  aussi  absolue.  C’est  ce  qui  résulte  particulièrement 
des  recherches  expérimentales  de  Vulpian.  «J’ai,  dit-il,  piqué,  écrasé,  con- 
tondu,  cautérisé  de  diverses  façons,  des  nerfs,  et  les  résultats  ont  été  sensi- 


324 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


blement  les  mêmes  que  lorsque  ces  mêmes  nerfs  étaient  coupés . Si  l’on 

examine  au  bout  de  plusieurs  jours  le  bout  périphérique  des  nerfs  cauté¬ 
risés,  on  le  trouve  dans  le  même  état  que  si  ces  nerfs  avaient  été  simple¬ 
ment  coupés  ;  quant  aux  muscles  animés  par  ces  nerfs,  ils  se  sont  modifiés 
aussi  de  la  même  façon  que  sous  l’influence  d’une  section  nerveuse.  Bien 
plus,  s’il  y  a,  dans  les  expériences,  une  différence  entre  les  altérations  mus¬ 
culaires  produites  par  des  lésions  irritatives  des  nerfs  et  celles  que  détermine 
la  simple  section  de  ces  cordons,  c’est  dans  ce  dernier  cas  que  l’on  observe 
les  modifications  les  plus  profondes  et  les  plus  rapides.  »  Les  recherches 
expérimentales  et  histologiques  d’Erb,  de  Ziemssen,  de  Neumann,  de 
Uanvier,  déposent  dans  le  même  sens  et  ne  permettent  pas  d’étahlir  une 
-iistinction  absolue  entre  les  effets  de  la  section  et  ceux  de  l’irritation  des 
nerfs.  Aussi  Charcot  n’a-t-il  pas  hésité  à  modifier  lui-même  ses  vues  sur  ce 
point,  et  dans  la  nouvelle  édition  (1875)  de  ses  leçons  cliniques,  il  ne  fait 
pas  de  difficulté  pour  reconnaître  que  cette  distinction  qu’il  avait  cherché  à 
établir  ne  saurait  plus  être  maintenue  dans  les  termes  rigoureux  dans  les¬ 
quels  il  l’avait  d’abord  formulée. 

Ici  encore,  il  faut  donc  admettre,  quoique  à  proprement  parler  ce  ne 
soit  pas  là  une  explication,  que  les  altérations  musculaires  consécu¬ 
tives  à  la  section  des  nerfs  ont  pour  cause  «  la  suppression  d’une 
influence  qui,  provenant  des  centres  nerveux,  agit  d’une  façon  inces¬ 
sante  sur  la  nutrition  intime  du  tissu  musculaire...  Cette  influence,  dont 
l’action  porte  d’abord  sur  les  nerfs  moteurs  et  qui  s’exerce  par  leur  inter¬ 
médiaire  sur  les  muscles,  a  pour  foyer  la  substance  grise  de  la  moelle  épi¬ 
nière,  comme  Waller  l’avait  admis  »  (Vulpian).  Du  reste,  l’histoire  des 
amyotrophies  spinales  êst  là  pour  fournir  une  preuve  de  plus  du  rôle  tro¬ 
phique,  dans  l’acception  rigoureuse  quoique  encore  obscure  du  mot,  dévolu 
à  l’axe  gris  de  la  moelle  et  s’exerçant  sur  les  muscles  par  l’intermédiaire  des 
filets  nerveux  moteurs. 

Exploration  électrique  des  muscles  dans  les  paralysies.  —  La  séméio¬ 
logie  électrique  des  paralysies  en  général  a  déjà  été  traitée,  avec  une  grande 
lucidité  d’exposition,  à  l’article  Électricité  (tome  XII,  p.  512)  ;  il  nous  sera 
donc  permis  de  n’insister  que  sur  les  points  nouveaux  ou  directement  affé¬ 
rents  à  la  pathologie  musculaire. 

Nous  avons  vu  plus  haut  que  l’exploration  électrique  des  nei’fs  et  des  mus¬ 
cles,  pratiquée  chez  l’homme  à  travers  la  peau  humectée,  d’après  le  pro- 
(tédé  de  Duchenne  (méthode  percutanée,  comme  l’appellent  les  Allemands), 
tout  en  fournissant  des  données  de  la  plus  haute  importance  tant  au  point 
de  vue  du  diagnostic  que  du  pronostic,  ne  permet  pas  cependant  de  se  pro¬ 
noncer  d’une  façon  absolue  sur  l’état  anatomique  des  muscles  paralysés, 
(i’est  ainsi  -que,  si  chez  un  lapin  on  sectionne  le  nerf  facial  et  qu’un  mois 
après  l’opération  on  interroge  les  muscles  faciaux  à  l’aide  du  courant  fara¬ 
dique  à  travers  la  peau  intacte  mais  préalablement  rasée  et  humectée,  on 
n’obtiendra  aucune  contraction,  absolument  comme  cela  s’observe  dans 
certains  cas  de  paralysie  faciale  chez  l’homme  ;  que  si,  au  contraire,  on 
met  à  nu  les  muscles  faciaux  du  lapin,  on  peut  encore  y  provoquer  par 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


325 


l’électricité  des  contractions  très-manifestes  (Vulpian).  Il  faut  donc  renon¬ 
cer  à  considérer,  avec  Duchenne  (de  Boulogne),  la  faradisation  localisée 
comme  nous  fournissant  des  données  d’une  rigueur  absolue  sur  l’état  ana- 
tqmique  des  nerfs  et  des  muscles,  et  comme  nous  permettant  de  faire  ce 
que  Duchenne  appelait  «  l’autopsie  vivante  »  de  ces  organes.  Mais  si,  au 
point  de  vue  strictement  anatomique,  la  proposition  de  Duchenne,  ainsi 
formulée,  ne  saurait  être  maintenue,  les  conséquences  cliniques  qu’il  tirait 
de  l’abolition  ou  de  la  diminution  de  la  contractilité  faradique  subsistent 
avec  toute  leur  valeur,  et  la  «  faradisation  localisée  »  dans  le  sens  et 
d’après  le  procédé  opératoire  de  Duchenne  continue  à  demeurer  le  mode 
d’exploration  le  plus  simple  et,  à  lout  prendi’e,  le  plus  fidèle  dans  lès  ma¬ 
ladies  de  l’appareil  névro-musculaire. 

Cependant,  dans  ces  derniers  temps,  des  électro-pathologistes  distingués, 
Brenner,  Filehne,  Hitzig,  Onimus,  Erb  notamment,  ont  beaucoup  étudié  l’em¬ 
ploi  diagnostique  du  courant  galvanique  appliqué  chez  l’homme  à  travers  la 
peau  intacte.  L’application  de  ce  courant,  faite  selon  certaines  règles  déter¬ 
minées,  a  mené  à  des  résultats  intéressants,  tant  pour  l’état  physiologique 
que  pathologique,  et  a  conduit  à  une  véritable  méthode  d’exploration, 
la  méthode  polaire  (Polarmethode),  comme  l’appellent  les  Allemands. 

Cette  méthode  repose  sur  la  pratique  fondamentale  suivante  :  le  nerf  (ou 
le  muscle)  que  l’on  veut  exploi’er  est  mis  en  rapport,  à  travers  la  peau  bien 
humectée,  avec  l’un  des  pôles  de  la  pile  ;  l’autre  pôle,  au  contraire,  est 
placé  sur  un  endroit  quelconque,  indifférent,  du  corps  (de  là  le  nom  de  pôle 
indifférent  qui  lui  a  été  donné,  le  premier  étant  le  pôle  différent  dans  la  no¬ 
menclature  allemande,  que  nous  devons  adopter  malgré  sa  singularité). 
Supposons,  pour  fixer  les  idées,  qu’il  s’agisse  d’explorer  un  nerf  moteur 
sain,  le  facial  par  exemple,  et  que  le  pôle  appliqué  d’abord  sur  le  ti’ajet  du 
nerf  (pôle  différent)  soit  le  pôle  négatif,  le  pôle  indifférent  (positif  dans 
Pespèce)  étant  placé  n’importe  où,  sur  le  sternum,  sur  la  colonne  verté¬ 
brale,  etc.  Si,  les  choses  étant  ainsi  disposées,  l’on  fait  passer  un  courant 
faible,  on  obtiendra  une  contraction  au  moment  de  la  fermeture  seule  du 
courant.  Si  maintenant  on  intervertit  la  position  des  pôles,  et  si  le  pôle  po¬ 
sitif  devient  le  pôle  différent  ;  si  en  outre  la  force  du  courant  ne  varie  pas,  on 
n’observera  aucune  contraction  ;  celle-ci  ne  se  produira  que  si  l’on  augmente 
la  force  du  courant,  et  elle  aura  lieu  tant  au  moment  de  l’ouverture  qu’à 
celui  de  la  fermeture  du  courant;  en  outre  elle  sera  plus  faible  que  la  con¬ 
traction  précédemment  observée.  Enfin,  en  augmentant  encore  l’intensité  du 
courant  et  en  plaçant  à  nouveau  le  pôle  négatif  sur  le  trajet  du  nerf,  on 
constatera,  au  moment  de  la  fermeture  du  courant,  une  contraction  éner¬ 
gique,  tétanique,  et  au  moment  de  l’ouverture,  une  autre  contraction  plus 
faible. 

En  résumé,  un  nerf  ou  un  muscle  sains  (car,  à  l’état  sain,  les  réactions 
sont  identiques  pour  le  nerf  et  pour  le  muscle)  explorés  selon  la  méthode 
polaire,  avec  des  courants  galvaniques  de  force  croissante,  doivent  présen¬ 
ter,  s’ils  jouissent  de  leur  intégrité  anatomique  et  fonctionnelle,  les  réac¬ 
tions  suivantes  : 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


Courant  faible.  Pôle  différent  :  pôle  négatif  =  contraction  à  la  ferme¬ 
ture  du  courant.  —  Pôle  différent  :  pôle  positif  =  aucune  contraction. 

Courant  moyen.  Pôle  différent  :  pôle  négatif  =  contraction  énergique  à 
la  fermeture,  rien  à  l’ouverture  du  courant.  —  Pôle  différent  ;  pôle  positif 
=  contraction  à  l’ouverture  et  à  la  fermeture  du  courant. 

Courant  fort.  Pôle  différent  ;  pôle  négatif  =  contraction  violente,  téta¬ 
nique,  à  la  fermeture,  contraction  faible  à  l’ouverture  du  courant.  —  Pôle 
différent  :  pôle  positif  =  contractions  fortes  à  l’ouverture  et  à  la  ferme¬ 
ture  du  courant. 

Telles  sont  les  réactions  normales  du  nerf  et  du  muscle  sains,  explorés 
d’après  la  méthode  polaire.  Ces  mêmes  réactions  subsistent,  avec  tous  leurs 
caractères,  dans  les  paralysies  d’origine  cérébrale  ainsi  que  dans  quelques 
paralysies  périphériques,  dans  les  paralysies  faciales  a  frigore  légères  et 
dans  les  paralysies,  également  légères,  d’origine  traumatique  (Erb);  dans 
tous  ces  cas,  Duchenne  déjà,  à  l’aide  de  la  faradisation  localisée,  avait  aussi 
constaté  la  conservation  de  la  contractilité  faradique. 

Mais  c’est  surtout  dans  les  paralysies  périphériques  graves  que  l’ex¬ 
ploration  tant  galvanique  que  faradique  fournit  des  données  intéressantes, 
sur  lesquelles  nous  devons  insister.  Les  résultats  fournis  par  cette  explo¬ 
ration  varient  selon  qu’elle  porte  sur  les  nerfs  ou  sur  les  muscles  paralysés. 

1°  Exploration  dunerf  paralysé. — Dans  les  paralysies  périphériques,  trau¬ 
matiques  ou  a  frigore,  que  ces  signes  mêmes  montreront  être  d’un  pronostic 
grave,  quelquefois  même  incurables,  on  constate  dès  les  premiers  jours  une 
diminution  de  l’excitabilité  du  nerf,  qui  disparaît  totalement  vers  le  huitième 
ouïe  dixième  jour,  c’est-à-dire  qu’à  ce  moment  l’excitation  du  nerf  à  l’aide 
du  courant  faradique  ne  provoque  plus  aucune  contraction  musculaire. 
L’exploration  du  nerf  à  l’aide  du  couvant  galvanique  Aoimo  des  résultats 
identiques.  Dans  les  cas  incurables,  le  nerf  ne  récupère  plus  son  excitabi¬ 
lité;  celle-ci  revient  graduellement  et  lentement  quand  la  guérison  s’effec¬ 
tue,  tout  en  restant  longtemps  au-dessous  de  la  normale.  En  résumé,  pour 
ce  qui  est  du  nerf,  dans  les  paralysies  périphériques  graves,  identité  d’action 
complète  entre  le  courant  induit  et  le  courant  galvanique. 

2°  Exploration  des  muscles  paralysés.  —  Ici,  au  contraire,  il  s’établit 
entre  les  résultats  de  l’exploration  faradique  et  ceux  de  l’exploration  galva¬ 
nique  un  contraste  des  plus  remarquables.  Interi’ogé  par  le  courant  fara¬ 
dique,  selon  la  méthode  de  Duchenne,  le  rnuscle  se  comporte  comme  le 
nerf  qui  l’anime  ;  son  excitabilité  diminue  graduellement,  s’éteint  définiti¬ 
vement,  ou  bien  ne  se  récupère  que  lentement,  après  avoir  pendant  un  long 
temps  subi  une  diminution  marquée. 

Tout  autre  est  la  marche  de  la  contractilité  galvanique.  Pendant  la  pre¬ 
mière  semaine,  elle  diminue  à  l’instar  de  la  contractilité  faradique  ;  mais 
vers  la  deuxième  semaine,  alors  que  cette  dernière  va  déplus  en  plus 
s’affaiblissant,  la  contractilité  galvanique  du  muscle,  au  contraire,  remonte 
brusquement  et  devient  bientôt  excessive  ;  des  courants  continus  très-fai¬ 
bles,  ceux  d’une  pile  de  deux  éléments  seulement,  incapables  de  faire  con¬ 
tracter  un  muscle  sain,provoquentdansle  muscle  paralysé  des  contractions 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GENERALE. 


327 


évidentes  ;  et,  chose  remarquable,  ce  même  muscle  est  impuissant  à  se 
contracter  sous  l’action  des  courants  induits  les  plus  énergiques.  Telle  est  la 
particularité  assurément  très-remarquable  mentionnée  pour  la  première 
fois,  ainsi  que  Ta  montré  Onimus,  par  Hallé  en  1801,  dans  un  cas  de  para¬ 
lysie  rhumatismale  du  facial,  et  étudiée  avec  soin  dans  ces  derniers  temps 
par  Baierlacher,  par  Schultz,  Neumann,  Ziemssen,  Weiss,  Erb,  Oni¬ 
mus,  etc. 

En  même  temps  qu’apparaît  cette  excitabilité  exagérée  du  muscle 
paralysé  à  l’égard  du  courant  continu,  on  constate  aussi  une  modification 
dans  la  forme  de  la  contraction  ;  celle-ci,  au  lieu  d’être  brusque,  instanta¬ 
née,  devient  lente,  torpide,  analogue  à  la  contraction  des  muscles  de  la  vie 
organique.  Enfin,  le  mode  de  réaction  du  muscle  exploré  par  la  méthode 
polaire  présente  des  interversions  étudiées  avec  soin  par  Erb.  Tandis  qu’à 
l’état  normal,  ainsi  que  nous  l’avons  vu,  le  muscle  soumis  à  un  courant 
faible,  réagit  tout  d’abord  et  de  préférence  quand  le  pôle  différent  est  le  pôle 
négatif,  et  cela  au  moment  de  la  fermeture  du  courant  ;  ici,  au  contraire, 
l’action  du  pôle  positif  devient  plus  efficace,  toujours  au  moment  de  la 
fermeture  du  courant,  que  celle  du  pôle  négatif;  d’autre  part,  au  moment 
de  l’ouverture  du  courant,  la  secousse  produite  par  le  pôle  négatif  est  plus 
énergique  que  celle  du  pôle  positif,  ce  qui  est  encore  l’inverse  de  l’état 
normal 

Les  choses  restent  dans  cet  état  pendant  un  à  deux  mois  ;  puis  l’excitabilité 
galvanique  du  muscle  paralysé  diminue  graduellement,  et  quand  la  para¬ 
lysie  est  incurable  elle  disparaît  ;  mais  tant  qu’elle  persiste,  même  à  l’état 
le  plus  rudimentaire,  c’est  toujours  l’action  du  pôle  positif  qui  est  le  plus 
énergique.  Si  au  contraire  la  paralysie  guérit,  le  muscle  récupère  l’excita¬ 
bilité  galvanique,  mais  très-lentement,  bien  plus  tardivement  que  la  con¬ 
tractibilité  faradique  ;  en  même  temps,  l’action  du  pôle  négatif  reprend  sa 
prépondérance  normale  (Erb). 

Erb  s’est  appliqué  à  rapprocher  les  différentes  phases  que  présentent  les 
réactions  électriques  des  nerfs  et  des  muscles  dans  les  paralysies  périphé¬ 
riques  avec  les  modifications  histologiques  correspondantes  qui  se  passent 
dans  ces  organes.La  diminution  et  l’abolition  rapide  de  l’excitabilité  du  nerf 
tiennent  sans  doute  à  une  dégénérescence  et  à  une  segmentation  du  cylin¬ 
dre-axe,  analogues  à  ce  que  l’on  observe  dans  les  sections  expérimentales 
des  nerfs.  Pour  ce  qui  est  du  muscle,  Erb  pense  que  l’abolition  de  Texcitabi- 
lité  faradique,  dès  la  première  semaine,  résulte  de  b  dégénération  des  filets 
nerveux  intra-musculaires  (?)  ;  quant  à  l’exagération  de  la  contractilité  gal¬ 
vanique  que  l’on  observe  plus  tard,  elle  tiendrait,  selonlui,aux  modifications 
éprouvées  par  le  faisceau  primitif  (prolifération  nucléaire,  atrophie,  etc.); 
la  diminution  ultérieure  de  la  contractilité  galvanique  traduirait  les 
progrès  croissants  de  la  dégénérescence  musculaire  ;  enfin,  l’abolition 
définitive  de  l’excitabilité  musculaire  marcherait  de  front  avec  la  trans¬ 
formation  fibreuse  et  l’atrophie  irréparable  du  muscle.  Les  tracés  gra¬ 
phiques  suivants,  que  nous  empruntons  à  Erb,  reproduisent  schéma¬ 
tiquement  les  modifications  que  présentent  les  réactions  tant  galvaniques 


328 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


que  faradiques  des  nerfs  et  des  nauscles  dans  les  divers 
phériques  (fig.  41,  42,  43). 

Fig.  41 


I.  —  GUÉRISON  RAPIDE, 


Régénérât. 


Fig.  42 

II.  —  GUÉRISON  LENTE. 


4«  e*  10»  15»  £0»  25*  ’SO»  .35» 


Les  trois  schémas  précédents  représentent  les  modifications  de  la 
et  de  l’excitabilité  électrique  des  nerfs  et  des  muscles,  rapprochées  di 
logiques  éprouvées  par  ces  organes.  La  première  ligne  verticale  indiqt 
la  paralysie;  *  indique  le  moment  du  retour  de  la  motilité  volontaire 
Les  lignes  verticales  suivantes  correspondent  chacune  à  une  semair 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


329 


Nous  avons  tenu  à  exposer  avec  quelque  détail  ces  données  nouvelles 
d’électro-pathologie  ;  ce  n’est  pas  cependant  que  toutes  les  particularités 
que  nous  venons  de  mentionner  nous  semblent  justifier  l’importance 
que  les  auteurs  allemands  leur  attribuent,  ni  surtout  que  nous  accep¬ 
tions,  entre  les  réactions  électriques  des  muscles  d’une  part ,  et  leurs 
altérations  histologiques  de  l’autre,  un  parallélisme  aussi  complet  et  une 
corrélation  aussi  rigoureuse  que  l’indique  le  schéma  d’Erb.  Ici  encore,  les 
recherches  récentes  deVulpian  sont  particulièrement  instructives,  en  ce  sens 
qu’elles  montrent  que  la  réaction  galvanique,  aussi  bien  que  la  réaction 
faradique  des  muscles,  explorée  à  travers  la  peau  saine  (par  la  méthode 
percutanée),  ne  répond  nullement  aux  effets  de  l’excitation  directe  des  mus¬ 
cles  mis  à  nu,  et  que,  par  conséquent,  elle  ne  saurait  donner  avec  la  pré¬ 
cision  exagérée  que  lui  attribue  Erb  la  mesure  exacte  des  altérations  his¬ 
tologiques  supportées  par  le  muscle. 

Cependant  les  notions  précédentes,  malgré  les  réserves  qu’elles  com¬ 
portent,  ne  laissent  pas  que  d’avoir  une  grande  portée  à  la  fois  diagnos¬ 
tique  et  pronostique.  11  est  certain  que  toutes  les  fois  que  l’on  constatera 
ces  altérations  des  propriétés  électriques  des  nerfs  et  des  muscles,  elles 
traduiront  des  processus  franchement  dégénératifs  se  passant  dans  ces 
organes  ;  or  comme  ces  processus  s’observent  pour  ainsi  dire  exclusive¬ 
ment  dans  les  paralysies  périphériques,  c’est-à-dire  dans  celles  qui  tiennent, 
selon  notre  définition,  à  une  interruption  de  l’action  trophique  des  centres 
spino-bulbaires  sur  les  muscles  ou  sur  les  nerfs  qui  les  animent,  nous  nous 
trouvons,  par  ce  fait,  en  possession  de  caractères  diagnostiques  de  la  plus 
haute  valeur.  Toutes  les  fois  que  ces  réactions  électriques  anormales  exis¬ 
tent,  elles  prouvent  non-seulement  que  la  paralysie  est  périphérique,  mais 
encore  que  les  nerfs  atteints  le  sont  gravement  et  dans  une  mesure  telle, 
que  leur  structure  même  est  compromise.  C’est  ce  que  l’on  observe,  en 
effet,. dans  les  paralysies  traumatiques  résultant  de  la  section  ou  de  la  com¬ 
pression  durable  d’un  nerf,  dans  certaines  variétés  graves  de  la  paralysie  a 
frigore  du  facial,  dans  la  paralysie  saturnine,  où  les  nerfs  périphériques 
sont  manifestement  altérés  (Gombault,Westphal). 

Si  la  plupart  des  paralysies  dites  rhumatismales,  surtout  quand  elles  portent 
sur  les  nerfs  des  membres,  sur  le  radial  par  exemple,  ne  s’accompagnent  pas 
de  ces  modifications  des  propriétés  électriques  des  muscles,  si  elles  soni  légè¬ 
res  en  un  mot,  c’est-à-dire  transitoires  et  rapidement  curables,  cela  tient  à  ce 
que  l’altération  subie  par  les  nerfs,  quelle  qu’elle  soit,  est  à  coup  sûr  légère  et 
facilement  réparable;  et  si,  parmi  toutes  ces  pai’alysies  a  frigore,  la  para¬ 
lysie  du  nerf  facial  est  celle  qui  est  le  plus  fréquemment  grave  et  caracté¬ 
risée  par  les  réactions  électro-musculaires  que  nous  venons  d’étudier,  cela 
tient  au  trajet  anatomique  du  facial,  à  son  passage  dans  une  gouttière 

progressive  de  l’excitabilité  faradique  et  galvanique  du  nerf,  de  l’excitabilité  faradique  du 
muscle,  exagération  de  l’excitabilité  galvanique  du  muscle;  dans  la  sixième  semaine,  retour 
de  la  motilité  volontaire;  dans  la  huitième  semaine,  retour  de  l’excitabilité  faradique  et  gal¬ 
vanique  du  nerf,  diminution  de  l’excitabilité  galvanique  du  muscle  (Erb).  On  interprétera 
de  la  même  façon  le  détail  des  autres  tracés. 


MUSCLE.  —  SÉMÉIOLOGIE  GÉNÉRALE. 


osseuse  rigide,  qui  fait  que  le  moindre  gonflement  hyperhémique,  la  moindre 
turgescence  fluxionnaire  éprouvée  par  le  nerf  est  mal  supportée  et  entraîne 
à  sa  suite  des  troubles  profonds  dans  la  nutrition  du  nerf  d’abord,  dans 
celle  des  muscles  ensuite  :  toutes  conditions  défavorables  qui  sont  presque 
spéciales  au  nerf  facial  et  qui  n’existent  pas  pour  le  nerf  radial,  par  exem¬ 
ple,  qui  lui  aussi  est  si  fréquemment  frappé  de  paralysie  a  frigore. 

Ces  modifications  structurales  et  fonctionnelles  des  nerfs  et  des  muscles 
se  retrouvent  aussi,  on  le  comprend  aisément,  dans  les  paralysies  liées  à 
des  altérations  étendues  de  la  substance  grise  de  la  moelle,  et  surtout  des 
cellules  motrices  (amyotrophies  spinales),  dont  la  destruction  agit  sur  le 
muscle  dans  le  même  sens  que  le  ferait,  par  exemple,  la  section  des  nerfs 
moteurs  ;  dans  les  deux  cas,  en  effet,  le  muscle  est  soustrait  à  l’influence 
trophique  qui  émane  de  la  moelle,  et  la  dégénérescence  est  inévitable. 
(Voy.  plus  haut,  p.  321.) 

Au  point  de  vue  du  pronostic,  les  données  fournies  par  l’état  de  la  con¬ 
tractilité  électro-musculaire  sont  aussi  de  la  plus  grande  importance  ;  les 
propriétés  électriques  des  muscles,  dans  une  paralysie  a  frigore  du  facial, 
par  exemple,  sont-elles  intactes,  la  paralysie  sera  légère  et  guérira  rapide¬ 
ment  et  complètement;  que  si,  au  contraire,  on  constate  les  modifi¬ 
cations  énumérées  plus  haut,  la  diminution  de  la  contractilité  faradique, 
l’exaltation  de  la  contractilité  galvanique,  etc.,  le  pronostic  sera  plus 
grave;  si  enfin  la  contractilité  électrique,  sous  ses  deux  formes,  s’alîai- 
blit  et  disparaît  graduellement,  ce  sera  une  preuve  que  la  régénération  des 
nerfs  et  des  muscles  ne  s’opère  point  et  que  la  paralysie  est  définitive  et 
irrémédiable. 

Nous  ne  pouvons  omettre,  avant  de  terminer,  un  fait  intéressant,  signalé 
pour  la  première  fois  par  Duchenne  (de  Boulogne),  et  qui  est  presque  la 
règle  dans  la  phase  de  réparation  des  paralysies  périphériques  graves,  dans 
la  paralysie  saturnine,  par  exemple,  ou  dans  les  cas  de  lésions  traumati¬ 
ques  des  nerfs  ;  ce  fait  est  le  suivant  :  dans  ces  paralysies,  le  mouvement 
volontaire  reparaît,  alors  que  les  muscles  sont  encore  impuissants  à  se  con¬ 
tracter  sous  l’influence  du  courant,  faradique  ou  galvanique,  appliqué  soit 
sur  le  muscle,  soit  sur  le  nerf  ;  en  d’autres  termes,  un  nerf  peut  transmettre 
la  volonté  sans  être  excitable,  en  apparence  du  moins,  par  des  courants 
électriques.  Ce  fait,  très-emban’assant  au  point  de  vue  de  la  physiologie 
pathologique,  est  d’une  constatation  facile  et  pour  ainsi  dire  quotidienne 
en  clinique.  Erb  a  cherché  à  l’interpréter  à  l’aide  d’expériences  ingénieu¬ 
ses  dans  le  détail  desquelles  nous  ne  saurions  entrer,  et  d’après  lesquelles 
il  admet  que,  dans  ces  cas,  le  cylindre-axe  des  nerfs  paralysés  s’est  régénéré 
ou  est  demeuré  intact  et  qu’il  suffit  à  la  conduction  des  excitations  volon¬ 
taires  ;  il  n’en  serait  pas  de  même  de  la  gaîne  de  myéline,  qui  à  ce  moment 
serait  encore  incomplète  ou  absente,  et  qui  seule,  d'après  lui,  seraitcapable 
d’être  excitée  directement  par  l’électricité  et  de  transmettre  cette  excita¬ 
tion  au  cylindre-axe.  Vulpian,  dans  son  mémoire,  a  montré  que  cette 
hypothèse  d’Erb,  séduisante  et  habilement  présentée,  ne  répond  pas  à  la  réa¬ 
lité  histologique  et  que  l’explication  du  fait  clinique  nous  échappe  encore. 


MUSCLE.  —  THÉRAPEÜTIQDE.  331 

Duchenne,  dans  ses  écrits,  insiste  beaucoup  sur  l’état  que  présente,  dans  les 
différentes  paralysies,  cequ’il  appelle  la  sensibilité  électro-musmlaire,  c’est-à- 
dire  cette  sensation  sourde  que  provoque,  chez  un  sujet  sain,  l’excitation  d’un 
muscle  à  l’aide  d’un  courant  électrique,  surtout  d’un  courant  induit. Cette  sen¬ 
sation  spéciale  est  bien  une  sensation  profonde,  musculaire,  et  ne  résulte 
pas  de  l’excitation  des  nerfs  sensitifs  delà  peau.  La  sensibilité  électro-mus¬ 
culaire  est  un  des  modes  par  lesquels  se  manifeste  la  sensibilité  musculaire 
en  général,  dont  Remak,  à  tort,  a  contesté  l’existence.  (Foi/,  plus  haut  Mus¬ 
cle,  Physiologie.) 

Dans  certaines  paralysies,  en  même  temps  que  la  diminution  ou  que 
l’abolition  de  la  contractilité  électrique,  on  observe  la  diminution  ou  la 
disparition  concomitante  de  la  sensibilité  électro-musculaire.  Celle-ci  peut 
même  faire  défaut,  alors  que  la  motilité  volontaire  et  la  contractilité  élec¬ 
trique  sont  intactes,  ainsi  que  Duchenne  l’a  constaté  dans  certains  cas 
d’hystérie.  D’une  façon  générale,  la  diminution  ou  l’abolition  de  la  sen¬ 
sibilité  électrique  des  muscles  dans  les  paralysies  sont  le  signe  d’une  cer¬ 
taine  gravité  de  l’affection,  et  la  recherche  de  ce  symptôme,  surtout  au 
point  de  vue  du  pronostic,  ne  doit  pas  être  négligée. 

Un  autre  symptôme,  fréquent  dans  les  paralysies,  ce  sont  les  contrac¬ 
tions  fibrillaires  des  muscles  atteints.  Les  muscles  étant  parfaitement  au 
repos  et  relâchés,  on  voit  un  certain  nombre  de  faisceaux  être  animés  de 
petites  oscillations  rapides,  de  secousses  brèves  et  répétées  qui  se  dessi¬ 
nent  et  s’accusent  nettement  sous  la  peau.  Ce  phénomène  s’observe  surtout 
dans  certaines  paralysies  amyotrophiques,  dans  l’atrophie  musculaire  pro¬ 
gressive,  où  il  est  très-prononcé,  dans  la  paralysie  pseudo-hypertrophique  ; 
on  le  constate  également,  surtout  sur  la  langue,  dans  la  paralysie  labio- 
glosso-laryngée  ;  enfin,  il  n’est  pas  rare  de  le  rencontrer  dans  les  paralysies 
périphériques,  dans  la  paralysie  saturnine,  par  exemple.  Schiff,  dans  ses 
■  expériences  sur  la  section  des  nerfs  moteurs,  l’a  vu  survenir  dans  les  mus¬ 
cles  paralysés,  quelques  jours  après  la  section,  puis  s’accuser  de  plus  en. 
plus,  et  persister  pendant  des  mois  et  même  des  années  ;  Brown-Séquai’d  est 
arrivé  à  des  résultats  analogues.  C’est  l’indice  d’une  atteinte  grave  portée- 
à  la  nutrition  du  muscle,  c’est  un  signe  menaçant  de  dégénérescence  et 
d’atrophie. 

Considérations  thérapeutiques. — Si  nous  avons  réussi,  dans  les. 
pages  qui  précèdent,  à  montrer  combien  sont  complexes  les  conditions, 
pathogéniques  qui  président  aux  affections  musculaires,  on  devinera  aisé¬ 
ment  la  multiplicité  des  indications  thérapeutiques  qui  en  découlent.  Puis¬ 
qu’il  est  de  l’essence  même  de  la  pathologie  musculaire  d’être  surtout  secon¬ 
daire,  puisque  les  afi'ections  musculaires  ne  sont  le  plus  souvent  que  le 
retentissement  et  la  manifestation  de  souffrances  plus  éloignées,  portant  soit 
sur  le  système  nerveux,  soit  sur  l’ensemble  de  l’économie,  il  en  résultera 
tout  naturellement  que  la  thérapeutique,  pour  être  rationnelle,  devra  sur¬ 
tout  s’adresser  à  ces  états  protopathiques,  causes  premières  et  initiales  du 
mal  ;  en  d’autres  termes,  ce  qu’il  importe  surtout  de  traiter,  ce  ne  sont  pas. 


332  MUSCLE.  —  THÉRAPEUTIQUE. 

tant  les  muscles  malades  eux-mêmes,  que  l’affection  nerveuse  ou  la  ma¬ 
ladie  générale  qui  engendre  la  myopathie. 

Et  cependant  on  se  méprendrait  singulièrement,  si  l’on  s’attachait  à 
maintenir  rigoureusement  en  thérapeutique  cette  subordination,  si  vraie 
cependant  et  si  légitime  au  point  de  vue  pathogénique  ;  et  ce  serait,  à  notre 
sens,  une  conséquence  regrettable  de  nos  récentes  conquêtes  anatomo-patho¬ 
logiques,  si  elles  nous  déterminaient  à  négliger  systématiquement  le  traite¬ 
ment  des  affections  musculaires  proprement  dites,  et  à  porter  ailleurs 
l’effort  exclusif  de  la  thérapeutique.  Il  y  aurait  assurément  dommage  et 
péril  à  suivre  les  enseignements  et  l’exemple  de  quelques  médecins  trop 
engagés  dans  cette  voie  et  trop  pressés  de  traduire  en  formules  thérapeu¬ 
tiques  séduisantes  des  données  scientifiques  exactes,  mais  dont  les  corol¬ 
laires  pratiques  doivent  encore  être  ajournés. 

Sans  doute,  Duchenne  (de  Boulogne)  s’est  exagéré  la  valeur  de  V électri¬ 
sation  localisée,  c’est-à-dire  de  l’excitation  faradique  des  muscles  malades, 
il  n’a  pas  tenu  un  compte  suffisant  de  l’utilité  du  courant  continu,  d’ une  part, 
et,  d’autre  part,  de  l’application  de  l’électricité  sur  les  centres  nerveux,  points 
de  départ  et  sources  premières  de  la  plupart  des  myopathies.  Mais,  en  réa¬ 
lité,  cette  thérapeutique,  pour  être  moins  rationnelle  et  à  coup  sûr  moins 
scientifique  que  celle  de  ses  successeurs,  n’a  pas  laissé  que  de  donner  des 
résultats  remarquables  :  mieux  que  toute  autre  elle  remplit,  sinon  l’indica¬ 
tion  causale ,  du  moins  celle  qui  est  la  plus  facile  à  réaliser.  En 
excitant  les  muscles  paralysés  à  l’aide  du  courant  induit,  on  en  entretient 
le  jeu  et  la  nutrition  ;  on  empêche  l’atrophie  et  la  dégénérescence  des  élé¬ 
ments  contractiles,  on  les  soustrait  à  l’influence  de  l’inertie  prolongée; 
en  un  mot,  les  muscles,  grâce  à  ce  mode  de  traitement,  sont,  si  l’on  peut 
ainsi  s’exprimer,  maintenus  en  état,  et  le  retour  de  l’excitation  nerveuse, 
quand  il  vient  à  s’effectuer,  les  trouve  encore  actifs  et  sans  ces  altérations 
profondes  que  leur  eût  imprimées  une  longue  et  complète  inertie. 

En  un  mot,  la  faradisation  musculaire  d’après  la  méthode  de  Duchenne, 
quoiqu’elle  n’ait,  ainsi  que  le  fait  remarquer  Jaccoud,  que  la  valeur  d’un 
traitement  détourné  et  indirect,  n’en  constitue  pas  moins  une  des  plus  pré¬ 
cieuses  ressources  dont  nous  disposions  pouf  maintenir  l’intégrité  ana¬ 
tomique  des  muscles  privés  de  motilité  volontaire. 

On  trouvera  (t.  XII,;p.  51 8  et  suiv.),  à  l’article  Électricité  (thérapeutique), 
l’exposé  des  principaux  préceptes  techniques  foi’mulés  avec  tant  de  bonheur 
par  Duchenne,  et  après  lui  par  Ziemssen,  pour  localiser  l’action  des  cou¬ 
rants  induits,  à  travers  la  peau  humectée,  sur  tel  ou  tel  muscle,  sur  tel  ou 
tel  faisceau  musculaire;  on  y  trouvera  en  outre  les  indications  qui  doivent 
présider  au  choix  à  faire  entre  les  divers  courants  d’induction,  au  nombre 
des  intermittences,  à  la  fréquence  et  à  la  durée  des  séances,  etc. 

Le  courant  galvanique,  moins  apte  que  le  courant  faradique  à  pro¬ 
voquer  directement  la  secousse  musculaire,  satisfait  en  revanche  mieux 
que  tout  autre  moyen  électrique  à  l’indication  la  plus  directe ,  mais 
aussi  la  plus  difficile  à  réaliser  :  modifier  l’état  des  centres  nerveux 
et  surtout  de  la  moelle,  siège  habituel  des  lésions  qui  commandent  les 


MUSCLE.  —  THÉRAPEUTIÛüE.  333 

altérations  musculaires.  «  Dans  les  affections  des  centres  nerveux,  l’emploi 
des  courants  continus  est  incontestablement  supérieur  à  celui  des  courants 
indirects  »  (Onimus),  et  cette  supériorité  s’explique  par  la  puissance 
catalytique  de  ce  courant  et  par  son  action  sur  la  nutrition  intime  et  la 
circulation  des  tissus.  Que  les  parties  profondes  du  système  nerveux,  la 
moelle,  le  grand  sympathique,  soient  accessibles  à  l’action  des  courants 
continus,  c’est  ce  qui  ne  saurait  être  mis  en  doute  (Remak,  Helmholtz, 
M.  Meyer,  Onimus  et  Legros,  Benedikt)  ;  il  est  tout  aussi  avéré  que  certaines 
affections  spinales  aiguës,  subaiguës  ou  chroniques,  portant  sur  les  fais¬ 
ceaux  blancs  ou  sur  l’axe  gris,  sont  heureusement  influencées  par  l’emploi 
thérapeutique  de  ces  courants  ;  et  l’appareil  musculaire  bénéficie  directe¬ 
ment  de  la  modification  ainsi  apportée  aux  processus  centraux. 

Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  d’exposer  les  différents  préceptes  qui  doivent  guider 
dans  l’application  centrale  du  courant  galvanique  (ïoÿ.  les  art.  Électricité, 
Par.4LYSies).  Onimus  attache  une  importance  considérable  à  la  direction 
du  courant,  dont  les  effets  sur  la  moelle  varieraient  selon  que  cette 
direction  est  ascendante  ou  descendante;  pour  Brenner,  Erb,  Ziemssen,  au 
contraire,  c’est  moins  la  direction  du  courant  qui  serait  décisive  que  le  signe 
de  l’électrode  appliquée  sur  le  siège  du  mal  ;  la  méthode  polaire  dont  nous 
avons  indiqué  la  valeur  au  point  de  vue  du  diagnostic  revendiquerait  la 
même  portée  au  point  de  vue  de  l’action  thérapeutique. 

Les  crampes,  les  contractures  sont  avantageusement  modifiées  par  l’élec¬ 
trisation  directe  des  muscles,  surtout  à  l’aide  du  courant  constant,  quoique 
cependant  Remak  ait  beaucoup  exagéré  l’efficacité  de  ce  mode  de  traitement 
dans  la  contracture  permanente  des  hémiplégiques. 

Les  affections  douloureuses  des  muscles,  les  myosalgies,  sont  également 
justiciables  du  traitement  électrique.  Gubler,  tout  récemment,  a  bien  mis 
en  lumière  l’efficacité  constante  et  rapide  de  la  faradisation  dans  ces  états 
douloureux  des  muscles  qu’il  désigne  sous  le  nom  de  cinésialgies ;  «  deux  ou 
trois  séances  de  faradisation  suffisent  à  faire  disparaître  sans  retour  les 
cinésialgies  les  plus  intenses,  alors  même  qu’elles  durent  depuis  plusieurs 
mois  et  qu’elles  tendent  à  la  chronicité  ». 

L’excitation  galvanique  ou  faradique,  directe  ou  indirecte  des  muscles, 
tout  en  constituant  le  moyen  le  plus  puissant  dont  nous  disposions  dans  les 
affections  musculaires,  ne  doit  pas  faire  perdre  de  vue  les  autres  ressources 
thérapeutiques  qui  sont  à  noire  portée.  Les  fi’ictions  sèches,  le  massage, 
l’électrisation  cutanée,  les  bains  excitants,  en  favorisant  la  circulation 
périphérique  et  celle  des  muscles  en  particulier,  constituent  de  précieux 
adjuvants,  La  gymnastique,  avec  ses  pratiques  diverses,  en  sollicitant  l’ac¬ 
tivité  musculaire,  est  un  agent  thérapeutique  sur  l’utilité  duquel  il  est  inu¬ 
tile  d’insister. 

Quant  aux  affections  musculaires  qui  résultent,  non  pas  d’une  lésion 
primitivement  musculaire  ou  nerveuse,  mais  d’une  atteinte  générale  portée 
à  l’économie  tout  entière,  qui  se  lient  par  conséquent  à  une  dyscrasie  ou  à 
une  cachexie,  il  est  certain  que  c’est  surtout  au  traitement  de  cet  état  gé¬ 
néral,  dont  la  myopathie  n’est  qu’une  des  manifestations,  qu’il  faudra 


MUSCLE.  —  THÉRAPEUTIQUE. 


s’adresser.  Dans  la  fièvre  typhoïde,  par  exemple,  les  altérations  musculai¬ 
res  seront  moins  graves  et  moins  fréquentes,  si  la  fièvre  est  modérée  soit 
par  la  médication  réfrigérante,  soit  par  les  divers  moyens  antipyrétiques 
■dont  nous  disposons  ;  les  myopathies  scorbutiques  céderont  à  un  régime 
reconstituant,  à  l’emploi  des  légumes  frais,  de  la  viande  fraîche,  etc. 

Enfin,  les  altérations  musculaires,  surtout  dans  les  cas  rebelles  et  in¬ 
curables,  sont  la  source  d’un  certain  nombre  d’indications  d’ordre  chirur¬ 
gical.  Quand  certains  muscles,  soit  par  prépondérance  de  leur  action  propre, 
soit  par  l’affaiblissement  paralytique  de  leurs  antagonistes,  entraînent  les 
membres  dans  une  situation  vicieuse,  la  ténotomie  ou  la  section  musculaire 
peuvent  intervenir  et  être  suivies  de  bons  résultats  ;  il  en  sera  de  même  des 
autres  procédés  orthopédiques,  tels  que  le  redressement  forcé,  les  appareils 
inamovibles,  les  corsets,  etc.  {Voîj.  art.  Str.abisme,  Pied  bot,  Orthopédie). 

Sous  le  nom  de  prothèse  musculaire  physiologique,  Duchenne  (de  Bou¬ 
logne)  a  proposé. l’emploi  d’un  certain  nombre  d’appareils  très-ingénieux, 
■destinés  au  traitement  des  paralysies  ou  des  atrophies  musculaires  par¬ 
tielles.  En  remplaçant  les  muscles  paralysés  par  des  bandes  élastiques  de 
caoutchouc  ou  par  des  ressorts  à  boudins  fixés  sur  les  points  occupés  par 
les  corps  charnus  de  ces  muscles  et  offrant  la  même  direction  qu’eux,  on 
supplée,  partiellement  du  moins,  aux  inconvénients  qu’entraîne  leur  para¬ 
lysie;  on  modère  surtout  l’action  excessive  des  muscles  demeurés  sains,  on 
restitue  aux  leviers  osseux  une  certaine  fixité,  et  l’on  prévient  les  défor¬ 
mations  articulaires  qu’amène  invinciblement  la  prépondérance  non  con  ¬ 
tre-balancée  des  muscles  sains.  Dans  son  traité  de  l’Électrisation  localisée, 
Duchenne  a  donné  les  dessins  d’un  certain  nombre  d’appareils,  gantelets, 
jam.bières,  molletières  ou  autres,  qu’il  a  fait  construire  dans  ce  but  ;  et  peut- 
être  n’a-t-on  pas  assez  tenu  compte  de  ces  tentatives  ingénieuses  de  pro¬ 
thèse  musculaire,  qui  remédient  d’une  façon  parfois  très-satisfaisante  à 
4es  infirmités  fâcheuses. 


Notre  tâche,  dans  cet  exposé,  devait  surtout  se  borner  à  la  pathologie 
générale  des  muscles,  en  évitant  de  trop  empiéter,  d’une  part,  sur  la  patho¬ 
logie  nerveuse  proprement  dite,  d’autre  part,  sur  la  pathologie  spéciale 
des  muscles.  On  trouvera,  dans  divers  articles  de  ce  recueil,  le  complément 
indispensable  de  ces  notions  générales.  Ainsi,  l’article  Atrophie  musculaire 
PROGRESSIVE  et  l’article  plus  récent  Moelle  résument  l’histoire  des  myopa¬ 
thies  spinales;  aux  articles  Nerf  et  Paralysie  est  réservée  celle  des  paralysies 
périphériques  ;  aux  mots  Plomb,  Morve,  Scorbut,  PiHumatisme  trouveront  leur 
place  les  altérations  fonctionnelles  et  anatomiques  que  présentent  les  mus¬ 
cles  dans  ces  maladies  générales. 

Il  en  est  de  même  de  certains  symptômes,  tels  que  le  Tremblement, 
l’.âTAXiE,  etc.,  qui  sont  plus  du  domaine  de  la  névropathologie  que  de  la 
pathologie  musculaire  et  qui  méritent  également  une  étude  à  part. 

Nous  ne  dérogerons  à  notre  plan  qu’en  faveur  de  deux  maladies  spéciales 
■de  l’appareil  musculaire  ;  l’une,  la  paralysie  pseudo-hypertrophique,  dont 


335 


MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEUDO-HYPERTROTHIQÜE. 
l’oi’igine  nei’veuse,  dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  n’estpas  encore 
établie  et  qu’il  faut  provisoirement  regarder  comme  une  affection  idiopa¬ 
thique  des  muscles  de  la  vie  de  relation  ;  l’autre,  la  syphilis  musculaire, 
chapitre  bien  net  et  bien  limité,  grâce  surtout  aux  récents  travaux  qui  ont 
élucidé  ce  point. 

Paralysie  psendo-liypertrophique,  paralysie  myo-scléro- 
siqne.  —  Ce  nom  a  été  donné  par  Duchenne  (de  Boulogne)  à  une  mala¬ 
die  de  l’enfance  ou  de  l’adolescence,  décrite  par  lui  pour  la  première  fois, 
et  caractérisée  ;  «  1°  par  un  affaiblissement  des  mouvements,  siégeant  géné¬ 
ralement,  au  début,  dans  les  muscles  moteurs  des  membres  Inférieurs  et 
dans  les  spinaux  lombaires,  s’étendant  progressivement,  dans  une  période 
ultime,  aux  membres  supérieurs,  et  s’aggravant  jusqu’à  l’abolition  des  mou¬ 
vements  ;  2“  par  l’augmentation  progressive  du  volume  de  la  plupart  des 
muscles  atteints  en  même  temps  de  parésie  ;  3°  par  l’hyperplasie  du  tissu 
conjonctif  interstitiel  des  muscles  lésés  dans  leur  motilité,  et  par  une  pro¬ 
duction  abondante  ou  de  tissu  fibreux,  ou  de  vésicules  adipeuses  dans  une 
période  plus  avancée  » .  «  Affection  grave  dès  son  début,  ajoute  Duchenne, 
à  tendance  progressive,  et  marchant  généralement  vers  une  terminaison 
funeste,  quoiqu’elle  trompe  longtemps  les  familles  et  entretienne  leurs 
illusions,  en  donnant  aux  membres  l’apparence  d’une  riche  musculature.  » 

Telle  est  la  sobre  esquisse  que  Duchenne  trace  de  cette  étrange  mala¬ 
die,  dont  la  découverte  lui  appartient  sans  conteste;  dès  la  deuxième 
édition  de  Y  Électrisation  localisée  (1861),  il  signale  l’existence,  chez  les 
•enfants,  d’une  paraplégie  singulière,  se  traduisant  par  la  difficulté  de  la 
station  et  de  la  marche,  et  dans  laquelle  «  la  nutrition  musculaire,  loin 
d’être  en  souffrance  par  le  fait  de  la  paralysie,  est  au  contraire  d’une  telle 
richesse  dans  les  membres  inférieurs  et  dans  les  extenseurs  du  tronc,  que 
ces  muscles  y  sont  pour  ainsi  dire  hypertrophiés,  tandis  que  les  membres 
supérieurs,  qui  jouissent  de  tous  leurs  mouvements,  sont  au  contraire  très- 
grêles.  »  Ce  fait  lui  parut  si  «  extraordinaire  »  qu’il  en  a  photographié  deux 
nas  ;  l’une  de  ces  photographies  se  trouve  reproduite  par  la  gravure  dans  son 
ouvrage,  et  le  dessin  ainsi  que  l’observation  se  rapportent  à  un  type 
achevé  de  paralysie  pseudo-hypertrophique. 

Dans  la  pensée  première  de  Duchenne,  il  s’agissait  là  d’une  paraplégie 
spéciale,  accompagnée  d’hypertrophie  des  muscles  paralysés  {paraplégie 
■hypertrophique  de  l’enfance),  et  d’origine  probablement  cérébrale;  pour  lui, 
en  effet,  à  cette  époque,  et  en  l’absence  de  toute  donnée  anatomique,  Thy- 
pertrophie  des  muscles  paralysés  paraissait  réelle,  car  ils  «  ne  semblaient 
ni  enflés,  ni  bouffis,  ni  farcis  de  graisse  ou  d’un  tissu  interstitiel  quel¬ 
conque;  à  la  moindre  contraction  ils  formaient  des  reliefs  considérables  à 
la  manière  des  muscles  d’athlètes.  » 

Dès  ce  moment  l’éveil  était  donné  et  l’attention  des  médecins  était 
appelée  sur  ces  états  paralytiques  s’accompagn-'nt,  par  une  sorte  de  para¬ 
doxe  physiologique,  d’hypertrophie  réelle  ou  apparente  des  muscles 
atteints.  En  1865,  le  professeur  Schützenberger  (de  Strasbourg)  fit  publier 
par  son  élève  Spielmann  une  observation  intéressante  de  paraplégie  hyper- 


336  MÜS6LE.  —  paralysie  pseudo-hypertrophique. 

trophique  de  l’enfance,  où  le  caractère  apparent  de  l’hypertrophie  est  pres¬ 
senti  avec  une  rare  sagacité;  «  cette  hypertrophie,  dit-il  expressément, pou¬ 
vant  être  due  au  développement  de  tissu  adipeux  dans  l’intérieur  du  mus¬ 
cle.  »  Vinrent  ensuite  une  observation  de  Jaksch,  publiée  par  Kaulich,  un 
casde  W.  Berend,  un  autre  d'Oppolzer  (parStofella),  enfin  une  observation 
importante  de  Griesinger,  dans  laquelle  un  fragment  du  muscle  deltoïde, 
excisé  sur  le  vivant,  fut  examiné  par  Billroth,  qui  constata  l’existence 
d’une  surcharge  graisseuse  interstitielle  énorme  ;  le  caractère  pseudo-hy¬ 
pertrophique  de  la  paralysie,  annoncé  par  Schützenberger,  trouvait  là  sa 
première  confirmation  anatomique. 

La  première  autopsie  complète  fut  pratiquée,  en  1866,  par  Eulenburg 
et  Cohnheim,  qui  constatèrent  l’intégrité  du  système  nerveux  central; 
vinrent  ensuite  les  monographies  importantes  de  Heller  et  de  Seidel,  qui 
chacun  recueillirent  trois  nouveaux  cas  observés  sur  des  membres  d’une 
même  famille,  et  insistèrent  d’une  part  sur  le  caractère  souvent  héréditaire 
de  la  maladie,  et  d’autre  part  sur  la  surcharge  graisseuse  interstitielle,  cause 
de  l’apparente  hypertrophie  des  muscles  atteints.  Heller,  dans  ses  re¬ 
cherches  bibliographiques,  montra  que  la  pseudo-hypertrophie  infantile 
avait  déjà  été  vue  par  Edw.  Meryon,  de  Londres,  qui  en  a  publié  trois  cas 
en  1852,  mais  sans  les  reconnaître  et  en  les  confondant  avec  l’atrophie 
musculaire  progressive,  et  par  Rinecker  (de  Würzbourg)  en  1859,  qui 
méconnut  également  la  nature  de  l’affection  qu’il  avait  sous  les  yeux. 

Malgré  tous  ces  travaux,  la  conception  clinique  de  la  maladie  ne  s’était 
pas  encore  nettement  dégagée,  quand  en  1868  Duchenne  publia  dans  les  .âr- 
chives  de  médecine,  son  mémoire  sur  «  la  paralysie  musculaire  pseudo-hyper¬ 
trophique.  »  S’appuyant  sur  treize  observations  personnelles,  il  traça  les 
principaux  caractères  cliniques  de  la  maladie,  et  la  fit  ainsi  entrer  définiti¬ 
vement  dans  le  cadre  nosologique.  C’est  cette  étude  qui  nous  guidera  surtout 
dans  la  description  qui  va  suivre  ;  ajoutons  cependant  que  l’histoire  anato¬ 
mique  de  la  maladie  s’est  enrichie  récemment  de  recherches  histologiques 
importantes  dues  au  professeur  Charcot  ;  enfin,  mentionnons  l’article  re¬ 
marquable  que  Kelsch  a  consacré  à  la  paralysie  pseudo-hypertrophique 
dans  le  Dictionnaire  encyclopédique,  et  la  monographie  récente  d’A.  Eu¬ 
lenburg,  parue  dans  la  collection  de  Ziemssen. 

Avant  d’aller  plus  loin,  un  mot  sur  ta  synonymie  de  cette  maladie.  La 
paraplégie  hypertrophique  de  l’enfance,  de  Duchenne,  a  été  successivement 
dénommée  ;  paralysie  avec  surcharge  graisseuse  interstitielle  (Tuefferd, 
Fritz),  lipomatosis  musculorum  luxurians  progressiva  (Heller),  atrophia 
musculorum  lipomatosa  (Seidel),  sclérosemusculaireprogressive  (Jaccoud)  etc. 
La  dénomination  de  paralysie  pseudo-hypertrophique,  ou  myo-sclérosique, 
proposée  ultérieurement  par  Duchenne,  est  encore  celle  qu’il  faut  préférer, 
ne  fût-ce  que  par  déférence  pour  ce  grand  observateur  ;  à  moins  qu’on 
ne  veuille  lui  substituer  la  qualification  plus  brève  de  pseudo-hypertrophie 
musculaire,  proposée  par  Friedreich  et  adoptée  par  Kelsch  et  par, Eulenburg. 

Symptomatologie.  —  «  Les  phénomènes  morbides  principaux,  dit  Du¬ 
chenne,  que  j’ai  vu  apparaître  régulièrement  dans  le  cours  de  la  paralysie 


MUSCLE.  — 


yPERTROPHIüUE. 


337 


pseudo-hypertrophique,  chez  les  enfants  ou  les  adolescents,  peuvent  être 
rangés  de  la  manière  suivante  :  1°  Affaiblissement  des  membres  inférieurs 
au  début;  2°  balancements  latéraux  du  tronc  et  écartement  des  jambes 
pendant  la  déambulation ,  3°  ensellure  (lordose)  dans  la  station  debout  et  la 
marche  ;  4“  équinisme  avec  griffe  des  orteils  ;  5°  hypertrophie  musculaire 
apparente  ;  6“  état  stationnaire  ;  7°  généralisation  et  aggravation  de  la  pa¬ 
ralysie.  »  Ces  caractères  essentiels,  soigneusement  mis  en  relief  par  Du- 
chenne,  nous  allons  les  retrouver,  en  effet,  dans  l’exposé  symptomatique 
qui  suit. 

C’est  presque  toujours,  chez  les  petits  malades,  un  affaiblissement  des 
membres  inférieurs  qui  attire  l’attention  de  la  famille,  surtout  quand  l’en¬ 
fant  avait  déjà,  antérieurement,  bien  marché.  Sans  douleurs,  sans  fièvre 
préalable,  quelquefois  à  la  suite  de  convulsions  (Duchenne),  l’enfant  mar¬ 
che  mal,  se  fatigue  rapidement,  refuse  de  courir  et  bientôt  de  marcher  et 
de  se  tenir  debout.  Et  cependant  cet  état  inquiète  médiocrement  les  parents 
et  même  le  médecin  qui  constate  l’intégrité  apparente  des  extrémités  infé¬ 
rieures. 

Les  symptômes  du  début  sont  encore  bien  plus  obscurs  quand  ils  se  ma¬ 
nifestent  chez  un  enfant  qui  n’a  pas  encore  marché  ;  tout  se  borne  alors  à 
une  difficulté  apparente,  à  un  retard  de  la  marche  ;  l’enfant,  disent  les 
parents,  a  de  la  peine  à  apprendre  à  marcher.  Au  lieu  de  se  livi’er,  comme 
les  enfants  sains,  à  des  essais  rapidement  heureux  de  déambulation  vers 
l’âge  de  dix  à  douze  mois,  c’est  à  peine  si  vers  deux  à  trois  ans  l’enfant  ar¬ 
rive  à  se  tenir  debout  et  à  faire  quelques  pas  ;  encore  faut-il  le  soutenir  et 
se  fatigue-t-il  promptement  ;  et  cependant,  «  dans  leurs  berceaux  ou  dans 
les  bras  de  leur  nourrice,  ces  enfants  paraissent  jouir  de  leur  motilité  nor¬ 
male  ;  ce  sont,  en  un  mot,  de  beaux  enfants  dont  les  mères  sont  fières  » 
(Duchenne).  Les  muscles  des  membres  inférieurs,  bien  développés,  ne  pré¬ 
sentent  rien  qui  puisse  éveiller  le  soupçon  de  paralysie.  Ce  ne  sera  que  plus 
lard  que  des  phénomènes  nouveaux  éveilleront  l’inquiétude  des  parents  et 
du  médecin. 

Non-seulement  les  enfants  marchent  avec  une  difficulté  croissante,  mais 
le  mode  même  de  la  déambulation  ne  tarde  pas  à  présenter  des  modifica¬ 
tions  caractéristiques.  Les  enfants  écartejit  les  jambes  d’une  manière  insolite, 
non-seulement  pour  la  marche,  mais  encore  dans  la  station  ;  vient-on  à  leur 
faire  rapprocher  les  jambes,  ils  ne  peuvent  plus  avancer  ou  ils  tombent.  En 
outre,  pendant  la  déambulation,  ils  inclinent  à  chaque  pas  le  corps  d’un 
côté  à  l’autre,  présentant,  à  un  degré  excessif,  ce  dandinement  particulier 
de  l’enfant  qui  apprend  à  marcher,  mais  qui  chez  lui  ne  tarde  pas  à  dispa¬ 
raître,  tandis  qu’il  s’accuse  et  s’e.xagère  avec  les  progrès  de  la  maladie.  Ces 
inclinaisons  latérales  exagérées  indiquent  l’affaiblissement  des  muscles 
moyens  et  petits  fessiers,  ainsi  que  Duchenne  l’a  établi. 

En  même  temps  que  l’écartement  des  jambes  et  le  dandinement,  se  ma¬ 
nifeste  un  troisième  symptôme  qui  achève  d’imprimer  au  début  de  la 
paralysie  pseudo-hypertrophique  une  physionomie  frappante;  c’estlerenver- 
sement  excessif  du  tronc  en  arrière,  l’exagération  de  la  courbure  lombo- 

NODV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  22 


338  MUSCLE.  —  paralysie  pseudo-hypertrophique. 

dorsale,  Vensellure,  selon  l’expression  de  Duchenne,  ensellure  que  l’on  ob¬ 
serve  pendant  la  marche  et  la  station.  Cette  attitude  du  tronc  est  causée  par 
l’affaiblissement  des  muscles  spinaux  lombaires;  elle  a  pour  effet,  pendant 
la  station  debout,  de  reporter  la  ligne  de  gravité  du  corps  en  arrière,  afin 
de  faire  supporter  le  poids  du  tronc  non  plus  aux  muscles  extenseurs,  mais, 
aux  muscles  fléchisseurs  de  la  colonne  vertébrale,  c’est-à-dire  aux  muscles 
de  l’abdomen.  Si  l’on  veut  empêcher  ce  renversement  du  tronc  en  arrière 
et  redresser  les  enfants  pendant  qu’ils  sont  debout,  ils  tombent  aussitôt  en 
avant  et  ils  ne  peuvent  se  relever,  vu  la  faiblesse  des  extenseurs,  qu’avec- 
l’aide  de  leurs  mains  qu’ils  appuient  successivement  sur  leurs  jambes,  puis 
sur  leurs  cuisses,  jusqu’à  ce  qu’ils  arrivent  à  la  rectitude  (Duchenne). 

A  ce  moment  on  constate  presque  toujours  i’apparition  d’un  équin-varus: 
bilalcral,  qui  va  s’exagérant  graduellement,  en  creusant  la  voûte  plantaire^ 
en  abaissant  la  tête  des  métatarsiens  et  en  empêchant  finalement  le  talon 
de  reposer  sur  le  sol  ;  en  même  temps  les  orteils  sont  fortement  infléchis  et 
prennent  la  forme  d’une  griffe.  Cet  équinisme  résulte  de  la  prédominance 
d’action  des  extenseurs  du  pied  sur  les  fléchisseurs  qui  sont  surtout,  et  tout 
d’ahord,  atteints  par  la  paralysie. 

Les  choses  restent  dans  cet  état  pendant  un  temps  variable,  où  tout  se 
borne  à  l’affaiblissement  des  membres  inférieurs  et  à  l’attitude  particulière 
pendant  la  marche  et  pendant  la  station,  que  nous  venons  de  déci’ire  ;  mais 
bientôt,  au  bout  de  plusieurs  mois  à  un  an,  se  manifeste  le  symptôme  ca¬ 
ractéristique  de  la  maladie,  V hypertrophie  musculaire  apparente.  Ce  sont  gé¬ 
néralement  les  muscles  de  la  jambe,  ceux  du  mollet  qui  frappent  d’abord 
l’attention  par  leur  volume  exagéré  (voy.  fig.ài)  ;  cette  hypertrophie  s’étend 
ensuite  graduellement  et,  le  plus  souvent,  symétriquement  aux  muscles- 
des  fesses,  de  la  cuisse,  de  la  région  lombaire,  du  tronc,  de  l’abdomen,  de 
l’épaule,  dans  certains  cas  même  (celui  de  J.  Bergeron)  aux  muscles  de  la 
face,  surtout  aux  temporaux.  Coste  et  Gioja  et  Chvostek  mentionnent  même 
l’hypertrophie  des  muscles  de  la  langue,  et  ces  mêmes  auteurs,  ainsi  que 
Rinecker,  l’hypertrophie  du  cœui’.  Il  s’agit  donc  là  d’une  maladie  à  tendance 
progressive  et  envahissante,  à  la  manière  de  l’atrophie  musculaire  pro¬ 
gressive,  et  qui  n’affecte  pas  uniquement  la  forme  paraplégique,  ainsi  que 
le  pensait  Duchenne  dans  ses  premières  recherches. 

Le  type  le  plus  remarquable  de  généralisation  de  la  pseudo-hypertro¬ 
phie  est  assurément  la  célèbre  observation  de  J.  Bergeron,  cas  intéressant 
non-seulement  par  la  généralisation  de  la  lésion,  qui  n’épargnait  guère  que 
les  pectoraux,  mais  encore  par  le  degré  et  l’uniformité  de  l’hypertrophie. 
«  Les  muscles,  régulièrement  développés,  font  de  tels  reliefs  à  travers  la 
peau,  que  les  membres  présentent  des  formes  herculéennes.  Vu  de  face 
ou  de  profil,  on  dirait  un  lutteur  fièrement  campé,  et  défiant  un  rival.  » 
(J.  Bergeron.) 

Un  fait  important  à  connaître  et  qui  est  l’un  des  caractères  constants  de 
la  paralysie  pseudo-hypertrophique,  c’est  «  \' amaigrissement  de  quelques 
muscles  contrastant  avec  le  développement  excessif  des  autres.  »  Ce  sont 
surtout  les  membres  supérieurs  qui  sont  le  siège  de  cette  maigreur  atro- 


MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEUDO-HYPERTROPHIQUE. 


phique,  que  le  développement  excessif  de  la  musculature  des  membres  in- 
l'érieurs  rend  encore  plus  apparente,  et  qui  a  fait  penser  à  certains  auteurs 
(FriedreichjEulenburg)  que  la  pseudo-hypertrophie  des  membres  inférieurs 
se  combine  avec  une  atrophie  musculaire  progressive  des  extrémités  supé¬ 


rieures. 

Les  muscles  atrophiés  sont  frappés  d’affaiblissement  et 
tout  autant  que  ceux  qui  sont  le  siège 
d’autres  termes,  l’affaiblisse¬ 
ment  musculaire  peut  s’ac 
compagner  soit  d’hypertro¬ 
phie,  soit  d’atrophie  des 
muscles  atteints  ;  il  y  a  plus, 
selon  la  remarque  de  Du- 
chenne,  le  degré  de  para¬ 
lysie  n’est  pas  en  raison 
directe  du  degré  de  l’hyper¬ 
trophie  musculaire  appa¬ 
rente  )>.  Ainsi,  dans  toutes 
les  observations  connues,  ce 
sont  les  muscles  du  mollet, 
les  gastro-cnémiens,  qui  sont 
le  siège  de  l’hypertrophie  la 
plus  accusée  ;  et  cependant, 
la  faiblesse  de  ces  muscles 
est  moins  grande  que  celle 
des  muscles  antagonistes  de 
la  région  antérieure,  des  flé¬ 
chisseurs  du  pied,  relative¬ 
ment  moins  développés  ;  en 
effet,  tous  les  malades  peu¬ 
vent  étendre  puissamment 
le  pied,  et  le  relèvent  au 
contraire  avec  une  faiblesse 
extrême;  du  reste,  la  prédo¬ 
minance  d’action  des  gastro- 
cnémiens  s’accuse  par  l’at¬ 
titude  vicieuse  que  prend  le 
pied,  par  l’équinisme  avec 
gi’iffe  des  orteils. 

Les  muscles  paralysés  ne  sont  pas  tous  envahis  par  l’hypertrophie  appa¬ 
rente  ;  ils  peuvent  être  atteints  d’atrophie  plus  ou  moins  marquée  ;  le  de¬ 
gré  de  la  paralysie  n’est  pas  en  rapport  avec  celui  de  l’hypertrophie  appa¬ 
rente. 

La  maladie  peut  rester  pendant  un  an  ou  deux  bornée  aux  extrémités 
inférieures,  se  traduisant  par  la  difficulté  de  la  marche,  l’écartement  des 
iambes,  la  cambrure  et  le  balancement  latéral  du  tronc.  «  A  ce  degré,  la 


Fig.  M.  —  Paralysie  pseudo-hypertrophique  chez  un 
enfant  fie  sept  ans;  développement  excessif  des 
muscles  des  membres  inférieurs  et  des  spinaux  lom¬ 
baires  contrastant  avec  la  maigreur  des  membres 
supérieurs;  ensellure  (Duchenne). 


340 


MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEDDO-HYPERTROPHIUaE. 
maladie  reste  stationnaire,  en  général,  pendant  plusieurs  années  ;  du  moins 
la  plupart  des  jeunes  sujets  se  trouvaient  depuis  quelque  temps  dans  cet 
état  qui  n’a  pas  changé  pendant  un  ou  trois  ans  encore,  et  quelquefois  jus¬ 
qu’à  une  adolescence  plus  ou  moins  avancée.  Cependant,  comme  la  santé 
générale  de  ces  enfants  est  bonne,  leurs  parents,  en  voyant  leurs  formes 
athlétiques,  ne  doutent  pas  de  leur  guérison  prochaine:  chez  tous,  j’ai 
trouvé  cette  illusion.  »  (Duchenne.) 

Mais  après  cette  période  d’état,  qui  dure  deux  à  trois  ans,  quelquefois 
davantage,  une  dernière  période  s’établit,  période  Ae  généralisation  et  d'ag¬ 
gravation  de  la  paralysie,  qui  vient  dissiper  toute  illusion.  La  parésie  des 
extrémités  inférieures  devient  extrême,  au  point  de  ne  plus  permettre  au 
jeune  malade  de  se  tenir  debout;  si,  jusque-là,  les  muscles  des  membres 
supérieurs  avaient  été  épargnés,  ils  sont  envahis  à  leur  tour;  l’élévation  des 
bras  devient  pénible,  puis  impossible  ;  les  autres  mouvements  des  membres 
s’affaiblissent  ensuite  et  se  perdent  graduellement;  les  enfants,  qui  sont  en 
général  arrivés  à  l’adolescence,  sont  cloués  dans  leur  lit,  incapables  de  se 
mouvoir,  parfois  même  dans  l’impossibilité  de  rester  assis  ;  ils  végètent 
ainsi  misérablement  pendant  un  temps  souvent  fort  long,  puis  «  dans  une 
période  ultime,  ils  tombent  dans  un  grand  épuisement,  et  sont  rapidement 
enlevés  par  une  maladie  intercurrente  ».  La  mort  est  généralement  causée 
par  une  maladie  de  l’appareil  respiratoire,  bronchite,  laryngo-trachéite, 
pneumonie,  phthisie  pulmonaire;  dans  un  cas,  douteux  il  est  vrai 
(W.  Millier),  elle' s’est  produite  au  milieu  des  symptômes  de  la  démence 
paralytique  ;  dans  un  autre,  le  sujet  a  succombé  à  la  scarlatine. 

Tels  sont  les  caractères  principaux  de  la  maladie  ;  il  nous  faut  mainte¬ 
nant  revenir  sur  quelques  particularités  que  nous  avons  dû  omettre  dans 
cette  rapide  esquisse. 

Les  muscles  hypertrophiés  donnent  à  la  palpation,  dans  les  cas  avancés 
surtout,  une  sensation  de  mollesse  et  de  semi-fluctuation,  analogue  à  celle 
d’une  masse  lipomateuse  (  Waldenburg)  ;  cependant,  dans  certains  cas, 
la  consistance  des  muscles  est  ferme  ;  au  moment  de  la  contraction  leur 
relief  se  dessine  vigoureusement  et  correctement  sous  la  peau  mince  et 
souple  (Duchenne  et  J.  Bergeron).  Parfois  même  les  muscles  présentent  une 
dureté  et  une  consistance  exagérée,  témoignant  d’un  certain  degré  de  sclé¬ 
rose. 

Des  contractions  fibrillaires  s’observent,  quoique  moins  nettes  et  moins 
fréquentes  que  dans  l’atrophie  musculaire  progressive.  L’excitabilité  mé¬ 
canique  des  muscles  (au  pincement,  à  la  percussion)  est  parfois  aug¬ 
mentée. 

Duchenne,  en  1861,  annonçait  que  la  contractilité  faradique  des  muscles 
pseudo-hypertrophiés  est  intacte  ;  depuis,  dans  son  mémoire,  il  est  revenu 
sur  cette  opinion  et  il  signale  plusieurs  cas  où  la  contractilité  électro-mus¬ 
culaire  était  profondément  altérée.  La  contractilité,  tant  faradique  que  gal¬ 
vanique,  se  perd  avec  les  progrès  de  la  maladie;  dans  un  cas  (Eulenburg), 
elle  avait  complètement  disparu  sur  les  muscles  de  la  jambe.  Dans  les  faits 
d’Oppolzer  et  de  Benedikt  (cités  par  Jaccoud),  l’excitabilité  faradique  des 


MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEÜDO-HYPERTROPHIÛUE.  34f 

muscles  était  diminuée;  l’excitabilité  galvanique,  au  conti’aire,  accrue,  état 
qui  rappelle  celui  des  muscles  dans  les  paralysies  périphériques. 

L’électrisation  indirecte  (par  l’intermédiaire  des  nerfs)  des  muscles- 
atteints  demeure  plus  longtemps  efficace  et  donne  des  résultats  s’éloignant 
peu  de  l’état  normal.  Priedreich,  quia  constaté  ce  fait,  l’explique  de  la  façon», 
suivante  :  l’excitation  électrique  sollicitant  directement  le  muscle  l’atteint 
difficilement,  vu  la  grande  quantité  de  tissu  adipeux  qui  masque  et  isole» 
la  substance  contractile;  l’excitation  du  nerf,  au  contraire,  ne  rencontre  pas- 
ces  difficultés  et  provoque  plus  facilement  la  contraction  des  muscles. 
Cependant,  dans  les  cas  avancés,  l’excitabilité  des  nerfs  est  diminuée  égale¬ 
ment,  surtout  l’excitabilité  faradique. 

La  sensibilité  électro-musculaire  a  été  trouvée  tantôt  augmentée,  tantôt 
affaiblie. 

La  sensibilité  cutanée  générale  est  peu  affectée;  cependant,  dans  quelques»- 
observations,  on  trouve  mentionnées  des  douleurs  dans  les  lombes  et  dans- 
le  dos  et  des  sensations  de  fourmillements  et  d’élancements  douloureux, 
dansles  extrémités  inférieures,  à  la  période  prodromale  de  la  maladie.  Rare¬ 
ment  on  a  observé  des  phénomènes  d’anesthésie. 

Schützenberger,  Griesinger,  Eulenburg  ont  signalé  une  coloration  l’ouge 
marbrée,  livide,  de  la  peau  des  extrémités  inférieures,  avec  une  sensation» 
habituelle  de  froid  dans  cette  région  ;  la  température  des  membres,  mesurée» 
au  thermomètre,  a  été  trouvée,  dans  quelques-uns  de  ces  cas,  notablement 
abaissée.  Mais,  ainsi  que  le  fait  remarquer  Kelsch,  il  s’agit  là  de  troubles» 
vaso-moteurs  et  de  la  calorification  qui  n’offrent  rien  de  spécial,  et  que  l’on»», 
rencontre  fréquemment  dans  les  paralysies  musculaires  de  toute  nature. 

Les  sécrétions  cutanées  au  niveau  des  membres  atteints  sont  souvent 
diminuées;  le  pannicule  graisseux  sous-cutané  présente  parfois  une  aug¬ 
mentation  de  volume  considérable. 

La  maladie  est  toujours  apyrétique,  et  la  santé  générale  n’est  altérée  que-» 
dans  les  dernières  périodes.  Les  fonctions  de  la  vessie  et  du  rectum  sont 
toujours  restées  intactes. 

Duchenne,  à  l’origine  de  ses  recherches,  avait  cru  constater  chez  ses  petits, 
malades  l’existence  de  troubles  cérébraux  à  divers  degrés;  mais,  depuis,  la. 
plupart  des  observations  ont  montré  l’intégrité  absolue  des  fonctions  céré¬ 
brales. 

Étiologie.  —  La  paralysie  pseudo-hypertrophique  est  avant  tout  un& 
maladie  de  l’enfance.  Dans  les  premières  observations  recueillies  par 
Duchenne,  les  troubles  de  la  motilité  avaient  débuté  sinon  dès  la  naissance,, 
du  moins  à  l’àge  où  les  enfants  apprennent  ordinairement  à  marcher.  Sur 
80  cas  où  les  débuts  ont  été  notés,’  45  fois  le  mal  a  commencé  de  un  à  cinq, 
ans,  22  fois  de  cinq  à  dix  ans,  8  fois  de  onze  à  seize  ans  ;  5  fois  seulement  il 
a  frappé  des  adultes  de  vingt-six,  trente,  quarante,  quarante-un,  quarante- 
trois  ans  (Eulenburg) . 

Une  autre  donnée  étiologique  intéressante  est  relative  au  sexe;  le  sexe^ 
masculin  est  singulièrement  prédisposé.  Sur  86  observations,  70  appartien¬ 
nent  à  des  enfants  du  sexe  masculin  ;  la  proportion  à  l’égard  du  sexe  fémi- 


342  MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEUDO-HYPERTROPHIQDE. 

nin  est  donc  comme  9 :  2  (Eulenburg).  En  outre,  les  femmes  atteintes  Je  sont 
généralement  à  un  âge  plus  avancé  que  les  individus  mâles,  et  la  plupart 
des  cas  observés  chez  l’adulte  appartiennent  au  sexe  féminin  (Friedreich). 

La  pseudo-hypertrophie  est  une  maladie  héréditaire  au  premier  chef, 
une  maladie  de  famille,  et  à  cet  égard  comme  à  d’autres  points  de  vue 
encore,  l’étiologie  se  rapproche  de  celle  de  l’atrophie  musculaire  progres¬ 
sive.  II  est  fréquent  de  voir  plusieurs  frères  être  atteints,  et  souvent  à  la 
même  période  de  l’existence.  Heller,  Wagner,  Seidel,  ont  observé  la  ma¬ 
ladie  sur  3  frères  ;  Lutz  et  Eulenburg  chez  3  soeurs;  Meryon  a  rapporté 
l’histoire  de  4  frères  ou  sœurs  atteints  de  la  même  maladie  ;  Barsikow  (cité 
par  Eulenburg)  a  observé  24  cas  se  répartissant  sur  2  familles  seulement  ! 
Les  garçons  sont  frappés  de  préférence  aux  filles.  Mais,  chose  remarquable, 
si  les  filles  sont  réfractaires  à  la  maladie,  elles  ont  le  fatal  privilège 
de  la  transmettre  à  leurs  enfants  mâles  sans  la  contracter  elles-mêmes 
(Heller,  Lutz).  L’histoire  de  l’hémophilie,  qui  est  également  une  maladie 
surtout  masculine,  offre  l’exemple  de  la  même  particularité. 

Comme  causes  occasionnelles,  Heller  a  invoqué  l’influence  d’une  habita¬ 
tion  froide  et  humide  ;  mais  Duchenne  n’a  eu  à  relever  cette  cause  dans 
aucune  de  ses  observations.  Quelquefois  la  maladie  a  débuté  à  la  suite  d’une 
fièvre  éruptive,  surtout  de  la  rougeole  (Oppolzer,  Griesinger,  Hoffmann),  ou 
dans  le  cours  de  la  scrofule  (Wernich,  Seidel)  ;  dans  un  cas,  on. a  invoqué 
l’influence  d’un  traumatisme,  une  chute  hors  du  lit,  vers  l’âge  de  quatre 
ans. 

Anatomie  pathologique.  —  La  première  observation  anatomique  sur 
l’état  des  muscles  est  due  à  Billroth  qui  excisa  sur  le  vivant,  chez  le  ma¬ 
lade  de  Griesinger,  un  fragment  du  deltoïde  paralysé  et  hypertrophié.  Le 
fragment  excisé  ressemblait,  pour  l’aspect  et  la  consistance,  à  du  tissu  adi¬ 
peux  sans  mélange  de  substance  musculaire  ;  à  l’examen  microscopique, 
on  trouva  »  les  faisceaux  musculaires  dans  un  état  d’intégrité  complète, 
séparés  par  une  quantité  énorme  de  tissu  adipeux...,  les  fibres  n’étaient 
atteintes  d’aucune  dégénérescence,  et  l’on  ne  voyait,  en  particulier,’ 
aucune  trace  de  transformation  graisseuse  ».  Wernich,  Heller,  examinant 
également  des  fragments  excisés,  arrivèrent  aux  mêmes  conclusions  ;  tou¬ 
tefois,  Heller  mentionne  l’atrophie  et  la  gracilité  d’un  certain  nombre  de 
faisceaux  primitifs. 

La  première  autopsie  fut  faite  par  Eulenburg  et  Cohnheim  ;  les  muscles 
augmentés  de  volume  étaient  de  consistance  pâteuse,  jaunâtres,  et,  par 
places,  difficiles  à  distinguer  du  tissu  adipeux  sous-cutané;  atrophie  et  di¬ 
minution  de  volume  considérable  des  muscles  du  tronc  et  des  extrémités 
supérieures.  Au  microscope,  développement  excessif  du  tissu  adipeux  in¬ 
terstitiel;  les  fibrilles  musculaires,  nettement  striées,  offraient  une  réduc¬ 
tion  notable  de  leur  diamètre,  sans  dégénérescence  graisseuse;  interposés 
entre  les  faisceaux  primitifs,  Cohnheim  constata  des  tractus  fibroides  qu’il 
considère  comme  des  gaines  de  sarcolemme  vides.  Au  milieu  des  faisceaux 
primitifs  atrophiés,  il  en  existait  quelques-uns  très-larges,  d’un  diamètre  2 
ou  3  fois  supérieur  au  diamètre  normal. 


MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEUDO-HYPERTROPHIQUE.  343 

Les  centres  nerveux,  les  racines  spinales,  les  nerfs  du  grand  sympathique 
■et  les  nerfs  périphériques  ne  révélèrent,  ni  à  l’inspection  macroscopique  ni  à 
l’examen  histologique,  aucune  altération  appréciable. 

En  France,  Duchenne  (de  Boulogne)  se  procura  des  spécimens  de  muscle 
■altéré,  non  par  l’excision,  mais  par  un  procédé  plus  inofïénsif,  par  l’emploi 
<le  son  emporte-pièce  histologique  ;  l’examen  microscopique  pratiqué  plu¬ 
sieurs  fois  par  Duchenne  et  Ordonez  fit  reconnaître,  comme  dans  les  cas 
.précédents,  une  hyperplasie  abondante  du  tissu  conjonctif  interstitiel,  avec 
infiltration  adipeuse,  la  diminution  du  diamètre  transversal  ec  la  striation 
moins  nette  des  faisceaux  primitifs. 

W.  Millier  et  0.  Barth  ont  publié  chacun  une  observation  qu’ils  qualifient 
de  paralysie  pseudo-hypertrophique,  et  où  ils  constatèrent,  à  l’autopsie,  des 
altérations  spinales  très-accusées  (atrophie  des  cellules  antérieures  de  la  sub¬ 
stance  grise,  sclérose  des  cordons  latéraux,  sclérose  des  racines  et  des 
nerfs  périphériques).  Charcot,  dans  la  critique  judicieuse  qu’il  fait  de  ces 
observations,  montre  qu’il  ne  s’agit  pas  là  de  la  maladie  appelée  paralysie 
pseudo-hypertrophique,  mais  d’amyotrophies  spinales,  avec  substitution 
graisseuse  concomitante.  Le  cas  de  0.  Barth,  notamment,  est  un  exemple 
net,  tant  au  point  de  vue  clinique  qu’anatomo-pathologique,  de  ce  que 
Charcot  a  décrit  sous  le  nom  de  sclérose  latérale  amyotrophique  ;  celui  de 
W.  Müller  est  relatif  à  une  femme  de  trente-quatre  ans,  atteinte  de  dé¬ 
mence  paralytique. 

,  L’autopsie  la  plus  récente  et  la  plus  complète  est  celle  publiée  par 
Charcot  ;  il  s’agit  du  petit  malade  dont  l’histoire  clinique  a  été  recueillie 
avec  un  si  grand  soin  par  J.  Bergeron,  et  qui  succomba  dans  son  service, 
à  l’âge  de  quatorze  ans,  à  la  suite  d’une  broncho-pneumonie. 

Les  muscles  les  moins  atteints,  plutôt  atrophiés  qu’hypertrophiés ,  le 
psoas,  le  saci’o-lombaire,  les  pectoraux  offraient  à  l’œil  nu  un  aspect  pres- 
■que  normal,  avec  une  consistance  toutefois  plus  ferme,  rappelant  celle  du 
tissu  fibreux.  A  l’examen  microscopique,  un  premier  fait  qui  frappe,  c’est 
une  hyperplasie  considérable  du  tissu  conjonctif  (périmysium  internum) 
qui  forme  des  travées  épaisses  séparant  les  faisceaux  musculaires  primitifs. 

Les  muscles  plus  profondément  atteints  (deltoïde)  oflraient  à  l’œil  nu  un 
aspect  jaunâtre,  lardacé,  franchement  graisseux;  à  re.xamen  histologique, 
le  tissu  conjonctif  intei’stitiel  est  moins  abondant  et  remplacé  par  de  nom¬ 
breuses  vésicules  adipeuses  ;  sur  certains  points  même,  la  substitution  grais¬ 
seuse  est  tellement  intense,  que  les  fibrilles  conjonctives  ont  presque  com¬ 
plètement  disparu. 

Quant  aux  faisceaux  musculaires  primitifs,  leur  diamètre  est  déjà  nota¬ 
blement  réduit  dans  les  muscles  scléreux  ;  il  l’est  encore  bien  plus  dans  les 
périodes  plus  avancées,  quand  l’infiltration  graisseuse  insterstitielle  s’est 
effectuée  ;  mais  «  la  majeure  partie  des  faisceaux  musculaires,  ceux  même 
qui  ont  subi  une  atrophie  très-prononcée,  conservent  jusqu’aux  dernières 
limites  la  striation  transversale  la  plus  accusée.  Ni  la  gaîne  du  sarcolemme, 
niles  noyaux  qu’elle  renferme  ne  présentent  d’altération,  et  la  substance  mus¬ 
culaire  ne  présente  aucune  trace  de  dégénérescence  granulo-graisseuse.  » 


344  MUSCLE.  —  paralysie  pseüdo-hyperprophique. 

Ce  n’est  qu’exceptionnellement  qu’on  remarque  un  trouble  de  la  striation 
transversale,  un  état  granuleux  de  la  substance  contractile,  et  la  présence 
d’un  certain  nombre  de  noyaux  à  l’intérieur  du  sarcolemme.  C’est  toujours 
l’atrophie  simple  qui  domine. 

En  résumé,  de  par  l’interprétation  de  ces  faits  histologiques,  Charcot  est 
amené  à  admettre  deux  stades  anatomiques  successifs  dans  l’altération  mus¬ 
culaire  propre  àla  paralysiepseudo-hypertrophique  :  un  premier  stade,  carac¬ 
térisé  anatomiquement  par  l’hyperplasie  conjonctive  interstitielle,  clinique¬ 
ment  par  l’affaiblissement  parétique  des  muscles,  sans  hypertrophie  appa¬ 
rente,  parfois  même  avec  un  certain  degré  d’atrophie;  le  second  stade 
est  caractérisé  par  la  substitution  graisseuse  interstitielle,  à  laquelle  corres¬ 
pond,  en  clinique,  la  pseudo-hypertrophie  musculaire.  Quant  à  la  fonte 
atrophique  de  la  substance  contractile,  déjà  très-nette  dans  le  premier  stade, 
elle  s’accuse  encore  et  atteint  les  dernières  limites  dans  la  seconde 
période. 

L’examen  minutieux  de  la  moelle,  à  différentes  hauteurs,  sur  des  coupes 
faites  avec  la  plus  grande  habileté  par  Pierret,  n’a  permis  de  constater 
l’existence  d’aucune  altération,  ni  de  la  substance  gi’ise,  ni  des  faisceaux 
blancs.  Même  résultat  pour  les  racines  spinales  et  les  nerfs  périphériques, 
même  pour  les  filets  intra-musculaires  (le  grand  sympathique,  malheureuse¬ 
ment,  n’a  pu  être  examiné).  Ces  résultats  négatifs  viennent  corroborer  les 
conclusions  analogues  d’Eulenburg  et  Cohnheim. 

Nature  de  la  maladie.  —  L’existence  de  la  paralysie  pseudo-hypertro¬ 
phique,  à  titre  d’espèce  morbide  spéciale  et  bien  définie,  était  admise  par  la 
majorité  des  auteurs,  après  la  publication  de  la  monographie  fondamentale 
de  Duchenne,  quand  dans  ces  derniers  temps  Friedreich  lui  a  contesté 
toute  autonomie,  pour  ne  l’envisager  que  comme  une  variété  de  l’atrophie 
musculaire  progressive. 

11  faut  d’ahord  se  rappeler  que,  pour  Friedreich,  l’atrophie  musculaire  pro¬ 
gressive  n’est  pas  liée  à  l’existence  d’une  lésion  spinale,  point  de  départ  et 
cause  première  de  la  myopathie.  Pour  lui,  il  s’agit  là  d’une  affection  primi¬ 
tivement  musculaire,  caractérisée  par  une  myosite  chronique  avec  hyper¬ 
plasie  conjonctive  interstitielle  ;  quant  aux  altérations  nerveuses  périphé¬ 
riques  ou  centrales,  elles  seraient  consécutives  à  l’affection  des  muscles  et, 
dans  certains  cas,  pourraient  faire  absolument  défaut.  De  sorte  que  l’exis¬ 
tence  de  lésions  spinales  (purement  contingentes  et  secondaii’es  pour 
Friedreich)  dans  l’atrophie  musculaire  progressive,  leur  absence  dans  la 
paralysie  pseudo-hypertrophique  ne  sauraient  être  invoquées  comme 
établissant  une  distinction  réelle  entre  ces  deux  processus. 

D’autre  part,  la  lésion  anatomique  des  muscles,  si  différente  en  apparence, 
serait  en  réalité,  dans  les  deux  cas,  identique  dans  ses  traits  histologiques 
essentiels  :  dans  l’une  et  dans  l’autre  maladie  on  constate  l’atrophie  de 
la  fibre  contractile,  avec  une  hyperplasie  conjonctive  médiocre  dans  l’atro¬ 
phie  musculaire  progressive,  avec  une  hyperplasie  interstitielle  plus  active 
et  surtout  avec  une  infiltration  graisseuse  considérable  dans  la  pseudo¬ 
hypertrophie. 


MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEUDO-HYPERTROPHIQUE.  345 

Militerait  encore  en  faveur  de  l’identité  la  coexistence- fréquente,  sur  le 
même  sujet,  de  l’atrophie  de  certains  muscles  avec  la  fausse  hypertrophie 
des  muscles  d’une  autre  région. 

Friedreich  invoque  d’autres  considérations  encore,  celles-ci  d’ordre  cli¬ 
nique  et  étiologique.Les  deux  maladies  sont  plus  fréquentes  chez  les  sujets 
du  sexe  masculin;  toutes  deux  sont  souvent  héréditaires  (il  cite  à  ce  sujet 
le  fait  remarquable  de  Russel  qui,  dans  une  même  famille,  observa  deux 
frères  atteints  d’atrophie  musculaire  progressive  ;  le  troisième,  de  paralysie 
pseudo-hypertrophique).  Les  deux  maladies  comportent  le  même  sombre 
pronostic,  et  sont  l’une  et  l’autre  fatalement  progressives. 

En  un  mot,  dans  l’opinion  de  Friedreich,  la  pseudo-hypertrophie  n’est 
qu’une  variante  de  l’atrophie  musculaire  progressive  ;  les  différences  entre 
les  deux  processus,  loin  d’être  radicales  et  foncières,  ne  reposeraient  que 
sur  des  particularités  accessoires,  liées  à  l’âge  différent  des  sujets  chez  les¬ 
quels  les  deux  variétés  s’observent.  Si  l’atrophie  musculaire  chez  l’enfant, 
au  lieu  d’évoluer  comme  chez  l’adulte,  s’accompagne  volontiers  de  sur¬ 
charge  graisseuse  interstitielle,  cela  résulte  de  la  facilité  toute  physiolo¬ 
gique  avec  laquelle  les  dépôts  de  graisse  s'effectuent  dans  le  jeune  âge. 
Du  reste,  chez  l’adulte  aussi,  dans  certaines  amyotrophies,  on  voit  survenir 
de  la  lipomatose  musculaire  interstitielle.  Que  si  la  paralysie  pseudo¬ 
hypertrophique  débute  par  les  extrémités  inférieures,  alors  que  l’atrophie 
musculaire  progi-essive  commence  par  les  membres  thoraciques,  cela  tien¬ 
drait,  selon  Friedreich,  aux  efforts  qu’accomplissent  les  membres  pelviens 
chez  les  enfants  qui  commencent  à  marcher. 

C’est  par  cette  série  d’arguments  que  Friedreich  est  amené  à  considérer  la 
paralysie  pseudo-hypertrophique  comme  étant  «  une  forme  de  l’atrophie 
musculaire  progressive,  modifiée  par  une  prédisposition  morbide  précoce 
et  intense,  et  pâr  certaines  particularités  propres  à  l’âge  infantile.  »  Mais 
toute  cette  argumentation,  si  ingénieuse  qu’elle  soit,  ne  saurait  résister  à  une 
critique  rigoureuse.  Tout  d’abord,  à  n’envisager  que  le  côté  anatomique  du 
problème,  l’hypothèse  de  Friedreich,  d’après  laquelle  les  lésions  spinales 
dans  l’atrophie  musculaire  progressive  ne  seraient  que  secondaires  et  pour¬ 
raient  même  faire  défaut,  ne  saurait  être  maintenue  après  les  travaux  si 
remarquables  de  l’école  anatomo-pathologique  française,  confirmés  par  les 
recherches  de  contrôle  d’observateurs  de  tous  les  pays.  L’atrophie  muscu¬ 
laire  progressive  étant  une  amyotrophie  spinale,  et  la  moelle  et  les  racines 
se  trouvant,  aucontraire,  intactes  dans  la  pseudo-hypertrophie,  il  yadéjà,àce 
point  de  vue,  entre  les  deux  maladies,  une  différence  anatomique  profonde. 
D’autre  part,  la  lésion  musculaii’e  elle-même,  dans  les  deux  processus,  pré¬ 
sente  des  différences  histologiques  dont  Friedreich  fait  trop  bon  marché. 
Au  point  de  vue  clinique,  l’assimilation  que  nous  discutons  est  encore  plus 
précaire.  La  pseudo-hypertrophie  n’est  pas  une  simple  variété  infantile 
de  l’atrophie  musculaire  progressive.  L’atrophie  musculaire  progressive 
infantile  existe,  Duchennè  l’a  décrite  avec  soin  ;  elle  présente  chez  l’enfant 
les  caractères  essentiels  de  l’atrophie  musculaire  légitime,  de  celle  qu’on 
observe  chez  l’adulte,  avec  cette  différence,  cependant,  qu’elle  débute  par 


5i6  MUSCLE.  —  PARALYSIE  PSEDDO-HYPERTROPHIQÜE. 

l’atrophie  des  muscles  de  la  face,  de  l’orbiculaire  des  lèvres,  envahissant 
ensuite  les  extrémités  supérieures,  puis  le  tronc,  puis,  et  en  dernier  lieu 
seulement,  les  extrémités  inférieures,  mais  ne  débutant  jamais,  comme  la 
pseudo-hypertrophie,  par  les  muscles  de  la  jambe,  n’aft'ectant  jamais  une 
marche  ascendante. 

Il  faut  donc  renoncer  <à  la  doctrine  uniciste  de  Friedreich,  et  accepter  la 
■distinction  dichotomique  établie  par  Duchenne  et  qui  s’appuie  sur  des  con¬ 
sidérations  anatomo-pathologiques  et  cliniques  d’égale  valeur. 

Quelle  est  donc  la  signification  de  cette  singulière  affection  et  comment 
comprendre  son  mode  pathogénique?  Dans  l’état  actuel  de  la  question,  il 
faut  s’en  tenir  aux  notions  bien  assises  et  se  résigner,  provisoirement,  à 
n’y  voir  qu’une  cirrhose  ou  sclérose  musculaire  progressive.  Est-ce  une 
maladie  protopathique  du  muscle?  Le  fait  paraît  douteux,  et  Charcot  lui- 
même,  qui  a  démontré  l’indépendance  de  la  maladie  vis-à-vis  de  la  moelle 
et  des  racines  «  spinales,  en  appelle  à  de  nouvelles  recherches  avant  de 
rien  décider  à  l’égard  de  l’état  anatomique  du  grand  sympathique  ou  des 
nerfs  périphériques  dans  la  paralysie  pseudo-hypertrophique  ». 

Diagnostic.  «  La  paralysie  pseudo-hypertrophique,  écrit  Duchenne,  peut 
être  confondue:  1°  avec  l’atrophie  musculaire  progressive  de  l’enfance; 
2"  avec  la  paralysie  atrophique  (spinale)  de  l’enfance  ;  3°  avec  la  marche 
tardive,  occasionnée,  chez  l’enfant,  par  la  difficulté  des  mouvements  ins¬ 
tinctifs  de  la  marche,  ou  par  certaines  lésions  cérébrales  ». 

Nous  venons  d’esquisser  les  principaux  traits  de  l’atrophie  musculaire 
progressive  de  l’enfance  ;  le  début  par  la  face,  par  l’orbiculaire  des  lèvres  et 
les  zygomatiques,  la  marche  descendante,  la  répartition  bizarre  de  l’atrophie 
la  distinguent  nettement  de  la  pseudo-hj^pertrophie,  dont  la  marche  est 
ascendante,  qui  envahit  d’emblée  et  simultanément  tous  les  muscles  d’un 
membre  ou  d’un  segment  de  membre,  et  dans  laquelle  la  paralysie  ou  la 
parésie  est  bientôt  suivie  d’une  hypertrophie  apparente. 

La  paralysie  infantile  (paralysie  atrophique  de  l’enfance)  débute  géné¬ 
ralement  par  de  la  fièvre;  elle  est,  au  début,  généralisée,  très-étendue,  ou 
paraplégique,  ou  hémiplégique,  ou  portant  sur  un  membre  entier  ;  tous 
les  muscles  sont  paralysés  d’emblée  et  complètement.  Puis  tout  se  rétablit, 
sauf  quelques  muscles  seulement  qui  demeurent  définitivement  atrophiés. 
Très-étendue  donc  et  souvent  généralisée  au  début,  la  paralysie  infan¬ 
tile  a  pour  caractères  de  se  limiter,  de  se  localiser  ultérieurement  sur 
quelques  muscles.  La  paralysie  pseudo-hypertrophique,  outre  les  autres 
traits  distinctifs  qui  la  feront  reconnaître,  est  apyrétique  ;  localisée  au  début, 
elle  se  généraliseconsécutivement  et  présente  par  conséquent  une  marche 
précisément  inverse  de  la  paralysie  infantile. 

Enfin,  l’examen  histologique  de  parcelles  de  muscle  retirées  à  l’aide  du 
harpon  histologique,  en  permettant  de  constater  la  stéatose  interstitielle, 
complétera  le  diagnostic  dans  les  cas  douteux. 

Souvent,  pour  des  motifs  difficiles  à  établir,  des  '  enfants,  sains  du  reste, 
apprennent  péniblement  et  tardivement  à  marcher;  mais  dans  ces  cas,  d’ob¬ 
servation  quotidienne,  on  ne  constate  ni  l’écartement  des  jambes,  ni 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  MUSCULAIRE. 


347 


l’ensellure,ni  le  dandinement  exagéré,  ni  surtout  la  saillie  des  mollets,  qui 
caractérisent  les  débuts  de  la  pseudo-hypertrophie.  Enfin,  quand  la  marche 
de  l’enfant  est  retardée  par  une  affection  cérébrale,  on  constate  les  symp¬ 
tômes  habituels  de  cette  affection,  l’hébétude,  l’arrêt  de  développement 
intellectuel  et  surtout  un  écoulement  plu  s  ou  moins  abondant  de  salive  par 
la  bouche  entr’ ouverte,  signe  sur  lequel  Duchenne  insiste  particulièrement, 
et  qui  ne  s’observe  pas  dans  la  paralysie  pseudo-hypertrophique. 

Pronostic,  traitement. — Vu  la  tendance  presque  irrévocablement  progres¬ 
sive  de  la  maladie,  le  pronostic  est  des  plus  sombres  ;  toutefois  l’autorité  de 
Duchenne  permet  de  penser  que,  traitée  dès  ses  débuts,  la  maladie  peut  rétro¬ 
céder  et  guérir  ;  plus  tard  elle  ne  pardonne  plus  et  conduit  les  malheureux 
enfants,  au  bout  d’un  temps  souvent  fort  long,  à  la  généralisation  de  la 
paralysie  et  à  la  mort. 

La  faradisation  localisée,  aidée  de  l’hydrothérapie  et  du  massage,  a  donné 
à  Duchenne  deux  guérisons  de  la  maladie,  à  sa  première  période.  Dans  les 
stades  plus  avancés,  sans  avoir  la  même  efficacité,  ces  moyens  exerceront 
encore  une  influence  favorable  en  retardant  les  progrès  du  mal.  La  galvani¬ 
sation  du  grand  sympathique  a  donné  quelques  résultats  à  Benedikt,  mais 
a  échoué  entre  les  mains  d’Erb  et  de  Chvostek.  L’iodure  de  potassium,  la 
strychnine,  le  seigle  ergoté  ont  été  administrés  sans  succès. 

Syphilis  musculaire,  i —  myopathies  syphiiiticines.  —  Le  système 
musculaire  est  un  des  sièges  de  prédilection  des  accidents  syphilitiques  ; 
comme  la  plupart  des  grands  systèmes  de  l’économie,  les  muscles  sont 
frappés,  non-seulement  dans  les  stades  avancés  du  mal,  par  des  manifesta¬ 
tions  d’ordre  tertiaire,  mais  souvent  dès  le  début  et  d’une  façon  toute  pré¬ 
coce.  Pendant  tout  le  cours  de  la  syphilis,  les  muscles  peuvent  donc  être 
atteints,  et  ils  trahissent  leur  souffrance  tantôt  par  des  troubles  purement 
fonctionnels,  tantôt  par  des  altérations  anatomiques  pi’ofondes  et  caracté¬ 
ristiques.  Les  wiÿopat/Mes  syphilitiques,  comme  les  appelle  Mauriac,  consti¬ 
tuent  donc  un  chapitre  spécial  de  la  syphilis,  et  qui  n’est  pas  dénué  d’inté¬ 
rêt.  L’histoire  de  la  syphilis  musculaire  profonde,  gommeuse,  est  faite 
et  bien  faite  depuis  longtemps,  grâce  aux  recherches  surtout  anatomiques 
deRicord,deBouisson,deVirchow,  deNotta,  surtoutàA.  Fournier,  mais  c’est 
Mauriac  que  l’on  doit  de  mieux  connaître  l’histoire  clinique  des  manifesta¬ 
tions  musculaires  du  mal  napolitain  ;  et  c’est  dans  les  leçons  récentes  de 
ces  deux  éminents  syphilographes  que  nous  avons  puisé  la  plupart  des 
documents  qui  vont  suivre. 

Myosalgies,  affaiblissement,  amaigrissement  musculaire,  tremblement 
syphilitique.  —  Il  n’est  pas  rare,  chez  les  syphilitiques,  dès  le  début 
ou  dans  le  cours  des  accidents  secondaires,  de  constater  un  sentiment  in¬ 
définissable  de  lassitude,  de  fatigue  musculaire  et  de  courbature  :  les  sujets 
deviennent  apathiques,  paresseux,  incapables  de  tout  effort  physique  ou 
intellectuel  prolongé.  Cet  état  particulier  indique  moins  une  souffrance 
propre  aux  muscles,  que  la  mauvaise  constitution  de  l’ensemble  de  l’éco¬ 
nomie,  telle  qu’on  la  constate  non-seulement  dans  la  syphilis,  mais  dans 


348 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  MUSCULAIRE. 


la  plupart  des  intoxications  et  même  dans  les  états  purement  anémiques  ou 
chlorotiques. 

A  la  même  période  initiale  de  la  syphilis,  naissent  parfois,  des  douleurs 
franchement  musculaires,  occupant  le  corps  même  du  muscle,  sourdes  et 
ténsives  au  moment  du  repos,  avec  des  exacerbations  provoquées  par  tes 
mouvements  et  par  la  pression  :  tous  symptômes  que  l’on  retrouve,  avec 
les  mêmes  caractères,  dans  le  rhumatisme  musculaire.  Les  mouvements 
paraissent  gênés,  ce  qui  tient,  non  pas  à  une  difficulté  dans  les  contractions, 
mais  uniquement  à  la  douleur  qu’elles  provoquent.  Tout  se  borne  du  reste 
au  phénomène  douleur,  et  la  palpation  la  plus  attentive  ne  permet  pas  de 
rien  constater  d’anormal  dans  l’état  du  muscle. 

Il  s’agitlà  d’une  véritable  myosalgie,  ainsi  que  l’appelle  A.  Fournier,  qui  a 
surtout  appelé  l’attention  sur  ce  symptôme  et  l’a  décrit  avec  soin  dans  ses 
leçons  cliniques.  Selon  cet  auteur,  les  muscles  atteints  de  préférence  sont 
ceux  des  cuisses  et  des  jambes,  de  l’épaule,  de  l’avant-bras,  le  trapèze,  d’où 
une  variété  de  torticolis  syphilitique,  et  les  muscles  de  la  région  lombaire. 
Comme  tous  les  troubles  sensitifs  dans  la  syphilis,  ces  douleurs  sont  plus 
fréquentes  et  plus  prononcées  chez  la  femme  que  chez  l’homme.  Elles  sont, 
du  reste,  souvent  associées  à  des  douleurs  articulaires  et  périostiques  et 
présentent  volontiers  les  exacerbations  nocturnes  propres  aux  souffrances 
syphilitiques.  Que  l’on  se  représente  ces  douleurs  musculaires  etarticulaires, 
accompagnées  parfois  d’épanchement  dans  lès  synoviales  articulaires  ou 
dans  les  gaines  tendineuses,  d’un  mouvement  fébrile  plus  ou  moins  accusé, 
de  pâleur  rapide,  d’insomnie,  de  sueurs,  et  l’on  comprendra  combien  la 
confusion  avec  une  attaque  de  rhumatisme  subaigu  est  facile.  Fournier 
insiste  avec  raison  sur  les  erreurs  d’interprétation  que  peut  entraîner  et 
qu’entraîne  souvent  cet  ensemble  pathologique,  simulant  à  s’y  méprendre 
le  rhumatisme  commun  et  qu’il  désigne  sous  le  nom  de  pseudo-rhumatisme 
syphilitique. 

L’absence  d’antécédents  rhumatismaux,  l’ejistence  d’éruptions  ofl'rant 
les  caractères  des  exanthèmes  syphilitiques  et  non  rhumatismaux,  l’adéno¬ 
pathie,  l’impuissance  des  moyens  anti-rhumatismaux  vulgaires  mettront 
sur  la  voie  du  diagnostic  et  feront  aisément  reconnaître  une  infection  syphi¬ 
litique  récente. 

Les  myosalgies  syphilitiques  offrent  une  durée  variable,  depuis  quelques 
jours  jusqu’à  plusieurs  semaines;  elles  se  dissipent  soit  spontanément, 
en  même  temps  que  la  maladie,  abandonnée  à  elle-même,  progresse,  soit 
surtout  sous  l’influence  d’un  traitement  spécifique. 

La  langueur,  la  courbature,  les  sensations  douloureuses  ne  sont  pas  les 
seuls  symptômes  que  l’on  constate  sur  le  système  musculaire,  dans 
le  cours  de  la  syphilis  ;  la  débilité  musculaire  peut  être  tellement  accusée, 
qu  elle  cesse  d’étre  uu  phénomène  en  quelque  sorte  banal,  pour  constituer 
unA’éritable  symptôme  et,  en  apparence  du  moins,  l’un  des  plus  inquié¬ 
tants  du  mal  syphilitique.  C’est  encore  à  Fournier  que  l’on  doit  d’avoir  spé¬ 
cialement  appelé  l’attention  sur  les  caractères  de  cette  asthénie  musculaire 
si  fréquente  au  début  de  la  syphilis,  pendant  et  parfois  même  avant  l’appa- 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  MÜSCDLAIRE. 


349 


rition  des  premiers  accidents  secondaires  ;  symptôme  par  conséquent  fran¬ 
chement  précoce  et  qui  n’a  rien  à  voir  avec  Faflaiblissement  et  l’amaigris¬ 
sement  musculaires  que  la  cachexie  syphilitique,  au  même  titre  que  toute 
autre  cachexie,  entraîne  ultérieurement  à  sa  suite.  —  Très-rapidement,  en 
quelques  semaines,  les  sujets  s’affaiblissent  d’une  façon  étrange  et  profonde; 
vigoureux  et  actifs  auparavant,  ils  se  voient  forcés  de  renoncer  à  tout 
travail  ;  le  moindre  exercice  leur  coûte,  le  plus  petit  effort  les  essouffle  et 
les  épuise.  Fournier,  sur  un  grand  nombre  de  femmes,  a  pu  suivre  cette 
déperdition  rapide  et  graduelle  des  forces  à  l’aide  du  dynamomètre  ;  c’est 
ainsi  qu’en  moins  de  trois  semaines,  chez  une  jeune  femme  robuste,  il  a 
vu  la  force  musculaire  tomber  de  31  à  19  kilogrammes. 

Le  plus  souvent  les  muscles,  en  môme  temps  qu’ils  s’affaiblissent,  mai¬ 
grissent,  perdent  leur  volume  et  leur  relief  primitifs  ;  cet  amaigrissement, 
cette  fonte  musculaire  impriment  à  la  cachexie  précoce  de  la  syphilis  une 
allure  et  un  cachet  particulièrement  effrayants. 

Autant  la  déchéance  musculaire  est  rapide  et  parfois  presque  foudroyante, 
autant  aussi  la  restitution  est  prompte  et  le  plus  souvent  facile,  sur¬ 
tout  quand  intervient  un  traitement  bien  dirigé,  et  dont  le  dynamomètre 
aussi  permet  de  mesurer  quotidiennement  l’heureuse  influence.  Quelque¬ 
fois  cependant,  la  réparation  demande  des  années  à  s’effectuer;  dans 
quelques  cas  même,  le  système  musculaire  ne  se  remet  jamais  de  cette 
violente  secousse  et  les  sujets  ne  retrouvent  plus  leur  vigueur  première. 
Fournier  cite  à  ce  sujet  l’observation  curieuse  d’un  lutteur,  doué  d’une 
force  herculéenne  qui,  à  la  suite  d’une  vérole,  dut  définitivement  renon¬ 
cer  à  sa  profession. 

Il  s’en  faut  que  tous  les  sujets  soient  ainsi  influencés  par  l’action  initiale 
du  virus  syphilitique;  ce  senties  femmes,  et  particulièrement  les  femmes 
jeunes,  délicates,  lymphatiques  et  nerveuses,  qui  sont  de  préférence  éprou¬ 
vées  de  la  sorte;  ce  sont,  d’une  façon  plus  générale,  les  individus  chez  les¬ 
quels  «  la  maladie,  affectant  dès  la  période  secondaire  la  forme  que  l’on 
pourrait  appeler  splanchnique,  exerce  sur  l’économie  une  double  influence 
dépressive  et  dénutritive  ».  Il  semblerait  que,  dans  ce  cas,  la  syphilis, 
procédant  d’une  façon  orageuse  et  à  la  manière  des  maladies  infectieuses 
aiguës,  des  pyrexies,  détermine,  comme  la  fièvre  typhoïde,  par  exemple, 
une  dénutrition  hâtive  de  tous  les  tissus  et  surtout  la  colliquation  du  sys¬ 
tème  musculaire. 

Quant  à  l’affaiblissement  et  à  l’émaciation  musculaires  que  l’on  observe 
dans  les  stades  ultimes  de  la  syphilis,  ils  se  rattachent  moins  au  mal  napo¬ 
litain  lui-même  qu’à  la  cachexie  terminale,  et  leur  étude,  par  conséquent, 
ne  présente  pas  de  particularité  qui  doive  nous  arrêter. 

Fournier  a  également  mentionné,  comme  se  produisant  dans  les  premières 
phases  de  la  syphilis  constitutionnelle,  un  tremblement  particulier,  occu¬ 
pant  les  membres,  et  surtout  les  extrémités  supérieures,  variable  d’intensité 
et  de  forme  et  qu’il  désigne  sous  le  nom  de  tremblement  syphilitique  secon¬ 
daire,  pour  le  bien  distinguer  des  différents  tremblements  qui  parfois  accu¬ 
sent,  dans  les  stades  tertiaires  de  la  maladie,  l’atteinte  profonde  subie  par 


350 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  musculaire. 


les  centres  nerveux.  Qu’il  ne  s’agit  pas  là  de  tremblement  mercuriel,  Four¬ 
nier  n’a  pas  de  peine  à  le  montrer  ;  en  effet,  ce  tremblement  ne  présente 
aucun  des  caractères  du  tremblement  hydrargyrique  ;  en  outre,  on  l’observe 
chez  des  sujets  vierges  de  toute  médication  spécifique  ;  bien  plus,  il  s’a¬ 
mende  et  disparaît  volontiers  à  la  suite  d’un  traitement  mercuriel  ;  ce  n’est 
pas  davantage  un  tremblement  alcoolique,  héréditaire,  nerveux,  etc.  Faut-il 
donc, dans  ce  tremblement,  fréquent  surtout  dans  la  syphilis  féminine,  voir 
le  résultat  de  l’action  directe  du  virus  sur  les  centres  nerveux,  et  l’intoxica¬ 
tion  syphilitique  agirait-elle,  dans  ce  cas,  comme  le  font  d’autres  intoxica¬ 
tions  s’accompagnant  également  de  tremblement,  comme  l’alcoolisme,  le  sa¬ 
turnisme,  le  mercurialisme  ?  Ou  bien,  au  contraire,  l’infection  syphilitique 
n’engendre-t-elle  le  tremblement  que  d’une  manière  indirecte,  en  provo¬ 
quant  ces  états  d’anémie  et  de  débilitation  qui  s’accusent  si  volontiers  par 
ce  trouble  particulier  de  musculation  ?  n’est-ce  en  un  mot  qu’une  des  mille 
variétés  du  tremblement  asthénique?  Les  deux  opinions  peuvent  être  sou¬ 
tenues  ;  mais  nous  avouons  incliner  vers  la  dernière,  rien  dans  la  forme  ni 
dans  les  caractères  graphiques  du  tremblement  syphilitique  ne  lui  impri¬ 
mant  un  cachet  pathognomonique. 

Contractures  syphilitiques.  —  On  a  confondu  sous  ce  nom  des  états  mus¬ 
culaires  complexes,  développés  sous  l’influence  de  la  syphilis  et  reconnais¬ 
sant  des  mécanismes  variables  ;  mais  il  importe  de  réserver  cette  qualifica¬ 
tion  pour  une  affection  l’are,  occupant  presque  toujours  le  biceps  brachial, 
et  caractérisée  par  une  flexion  forcée  et  permanente  du  coude,  avec  impos¬ 
sibilité  de  déterminer  l’extension  (affection  syphilitique  du  biceps,  (Mauriac). 

Cette  affection  a  été  étudiée,  pour  la  première  fois,  avec  soin  par  Notta 
(de  Lisieux),  dans  un  mémoire  sur  la  rétraction  musculaire  syphilitique  ; 
tout  récemment,  Mauriac  a  de  nouveau  appelé  l’attention  sur  cet  accident 
peu  commun  de  la  syphilis  et  en  a  fait  l’objet  de  remarquables  leçons  cli¬ 
niques  ;  c’est  d’après  cette  étude  magistrale  que  nous  résumerons  l’histoire 
de  a  l’affection  syphilitique  du  biceps  ». 

On  peut  l’observer  à  toutes  les  périodes  de  la  syphilis.  Ricord,  qui  la 
confondait  avec  la  rétraction  musculaire  consécutive  à  la  myosite  gom¬ 
meuse,  la  considère  comme  un  accident  d’ordre  constamment  tertiaire  ; 
Notta  est  moins  exclusif,  et,  tout  en  la  rangeant  parmi  les  accidents  ter¬ 
tiaires,  il  mentionne  quelques  cas  où  elle  rentrait  dans  la  classe  des  acci¬ 
dents  secondaires  ou  de  transition.  Dans  les  observations  de  Mauriac,  elle 
constitue  un  symptôme  précoce,  se  rencontrant  surtout  dans  les  premières 
phases  de  la  maladie. 

L’affection  débute  lentement,  insidieusement,  par  une  gêne  dans  la  ré¬ 
gion  du  coude,  avec  flexion  graduelle  et  permanente  de  l’articulation  ;  le 
mouvement  d’extension  devient  de  plus  en  plus  limité,  et  quand  on  essaie 
de  redresser  de  force  l’articulation,  on  provoque  une  douleur  vive  en  même 
temps  que  le  tendon  du  biceps  fait  saillie  sous  la  peau  ;  le  corps  du  muscle, 
au  contraire,  même  dans  ces  manœuvres  douloureuses,  ne  paraît  ni  rigide 
ni  contracturé. 

Dans  quelques  cas,  la  flexion  complète  est  impossible  aussi  bien  que 


351 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  MUSCULAIRE, 
l’extension,  et  indique  que  le  triceps  aussi,  quôiqu’à  un  degré  moins  pro~ 
noncé,  participe  au  mal.  Dans  ces  cas,  les  mouvements  du  coude  sont 
très-restreints,  et  il  existe  une  véritable  ankylosé  musculaire  (Mauriac). 

L’examen  attentif  de  la  région  montre  que  l’articulation  est  intacte, 
ainsi  que  les  bourses  tendineuses,  celle  du  tendon  du  biceps  notamment. 
Quant  au  tendon  lui-même,  «  il  est  toujours,  dit  Mauriac,  dur,  rigide,  sail¬ 
lant,  tendu  comme  une  corde  entre  le  muscle  et  son  point  d’insertion  sur  le 
radius  ;  en  un  mot,  on  le  trouve  dans  le  même  état  que  pendant  une  violente 
contraction  du  muscle,  et  c’est  le  contraste  entre  cette  tension  et  l’inertie 
apparente  de  la  fibre  musculaire  qui  est  vraiment  curieux  ».  En  effet,  et 
Mauriac  insiste  particulièrement  sur  ce  point,  le  muscle  est  flasque  plutôt 
que  dur,  ou  du  moins  n’offre  pas  la  consistance  ferme  d’un  muscle  con¬ 
tracturé  ;  cependant,  il  est  raccourci,  ramassé  sur  lui-même  et  «  s’il  n’a 
pas  la  fermeté  et  la  dureté  du  tissu  musculaire  en  état  de  contraction,  il  ne 
présente  pas  non  plus  la  flaccidité  du  muscle  au  repos  ».  Pas  ou  presque 
point  de  douleur  spontanée  ;  mais  la  douleur  provoquée  par  les  essais  d’ex¬ 
tension  forcée  est  vive  ;  elle  présente  le  plus  souvent  un  siège  d’élection 
qui  est  l’insertion  de  la  portion  charnue  du  muscle  sur  le  tendon  ;  la  pres¬ 
sion  directe,  portant  sur  ce  point,  est  également  douloureuse  (Notta). 

Si  le  biceps  brachial  est,  par  excellence,  le  siège  de  la.  contracture 
syphilitique,  d’autres  muscles  peuvent  en  être  atteints  également,  quoiqu’à 
un  degré  beaucoup  moins  prononcé;  tels  sont  le  long  supinateur,  le  triceps, 
brachial,  les  muscles  de  la  face  postérieure  de  la  cuisse  (Notta,  Mauriac). 
Notta,  dans  cinq  observations  de  contracture  bicipitale  qu’il  relate,  a  trouvé 
la  lésion  à  droite  3  fois,  2  fois  à  gauche  ;  dans  les  cas  de  Mauriac,  6  fois  au 
contraire  la  lésion  était  à  gauche,  3  fois  à  droite  ou  des  deux  côtés.  Il  n’est, 
donc  pas  possible  d’invoquer  la  contraction  fréquemment  répétée  des 
muscles  du  membre  supérieur  droit,  comme  cause  prédisposante  de  la 
localisation  de  l’affection. 

Abandonnée  à  elle-même,  la  contiacture  peut  durer  pendant  des  mois 
et  même  des  années  ;  même  sans  traitement,  elle  finit  par  se  dissiper, 
graduellement,  comme  elle  s’était  établie  ;  traitée  par  la  médication  spé¬ 
cifique,  elle  guérit  toujours  et  complètement  au  bout  de  quelques  mois. 
Elle  appartient  donc  à  l’ordre  des  myopathies  syphilitiques  bénignes  et 
facilement  résolutives,  en  ce  sens  que,  quelle  que  soit  sa  durée,  elle  ne  com¬ 
promet  jamais  d’une  façon  sérieuse  et  définitive  ni  la  structure  du  muscle, 
ni  celle  du  tendon. 

Quelle  est  la  nature  de  cette  singulière  manifestation  syphilitique?  On 
ne  peut  guère  émettre  à  cet  égard  que  des  hypothèses,  l’examen  anato¬ 
mique  direct  ayant  fait  défaut  jusqu’ici  ;  cependant  la  saillie  manifeste  du 
tendon,  la  localisation  de  la  douleur  à  son  niveau,  l’absence  de  rigidité  du 
muscle  pouvaient  donner  l’idée  d’une  lésion  surtout  tendineuse.  Mauriac, 
dans  la  judicieuse  discussion  qu’il  consacre  à  ce  point  spécial,  montre  que 
ce  raccourcissement  du  tendon  est  surtout  apparent  et  n’est  pas  plus  pro¬ 
noncé  que  celui  que  l’on  constate  lors  de  la  contraction  normale  du  biceps  ; 
d’autre  part,  le  muscle  lui-même  est,  sinon  rigide,  du  moins  revenu  sur 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  MUSCÜLAIRE. 


lui-même,  et  semi-contracturé  ;  exploré  par  le  courant  faradique,  il  montre 
une  diminution  notable  de  la  contractilité  aussi  bien  que  de  la  sensibilité 
électrique  ;  tous  arguments  qui  forcent  à  regarder  le  muscle  comme  étant 
le  siège  principal,  sinon  unique  de  l’affection.  Dans  l’opinion  de  Mauriac, 
«  la  myopathie  bicipitale  se  rattache  à  une  lésion  hyperhémique  ou  sub¬ 
inflammatoire  du  muscle,  analogue  aux  processus  de  même  nature  qui 
se  manifestent  si  communément  dans  toutes  les  parties  de  l’organisme  pen¬ 
dant  la  première  période  de  la  maladie  constitutionnelle.  »  Que  si  le  muscle 
biceps  est  frappé  de  préférence,  cela  peut  tenir  à  ce  que,  par  sa  contraction 
incessante,  il  est  particulièrement  sollicité  à  réagir  d'une  façon  morbide,  à 
s’enflammer  et  à  se  contracturer  ;  du  reste,  d’autres  muscles  encore,  les 
fléchisseurs  de  la  jambe,  ceux  de  la  cuisse,  le  triceps  brachial,  peuvent 
également  être  atteints  de  cette  variété  de  contracture,  ce  qui  indique  qu’il 
s’agit  là  d’un  processus  capable  de  se  généraliser,  et  non  pas  d’un  accident 
purement  local. 

Syphilis  musculaire  profonde.  —  Myosite  syphilitique  gommeuse.  —  La 
syphilis  musculaire  profonde,  celle  qui  s’accuse  par  des  altérations  gom¬ 
meuses  ou  simplement  inflammatoires  des  muscles,  est  connue  et  étudiée 
depuis  plus  longtemps  que  les  myopathies  surtout  fonctionnelles  que  nous 
venons  de  passer  en  revue.  Astruc  déjà  mentionne  le  dépôt,  dans  les 
muscles  des  syphilitiques,  de  petites  tumeurs  ou  ganglions  donnant  lieu 
à  une  douleur  rhumatismale.  Vinrent  plus  tard  des  observations  inté¬ 
ressantes,  mais  toujours  isolées,  de  Ph.  Boyer,  de  Lagneau,  de  Ricord,  de 
Nélaton,  etc.  ;  mais  c’est  à  la  monographie  importante  de  Bouisson  (de 
Montpellier)  et  au  chapitre  que  Virchow  a  consacré  à  la  syphilis  muscu¬ 
laire  dans  son  Traité  des  tumeurs,  que  ce  point  spécial  de  l’histoire  de  la 
syphilis  est  redevable  de  ses  principaux  progrès. 

Les  lésions  musculaires  dont  il  s’agit  ici  appartiennent  à  l’ordre  des 
accidents  tardifs  de  la  syphilis,’  des  accidents  communément  dénommés 
tertiaires  ;  cependant,  comme  du  reste  toutes  les  manifestations  gommeuses, 
on  peut,  dans  certains  cas  exceptionnels  (Bouisson,  Mauriac),  les  observer 
d’une  façon  précoce. 

Virchow  admet  deux  formes  anatomiques  de  myosite  syphilitique  : 
l’une,  fibreuse  simple;  l’autre,  gommeuse.  C’est  cette  dernière  surtout  qu’il 
importe  de  connaître. 

Les  muscles  atteints  de  préférence  sont  ceux  des  extrémités  supérieures, 
du  cou,  le  sterno-mastoïdien,  le  trapèze,  les  muscles  du  mollet,  ceux  de 
la  cuisse;  la  langue,  les  muscles  du  pharynx  et  du  larynx  peuvent  aussi 
présenter  des  gommes,  non-seulement  sous-muqueuses,  mais  réellement 
intra- musculaires.  Murchison  rapporte  un  cas  de  gomme  du  diaphragme. 

Les  gommes  musculaires  offrent  un  diamètre  variable,  et  qui  peut  at¬ 
teindre  jusqu’à  plusieurs  pouces  (Billroth);  elles  sont  dures,  rougeâtres, 
blanc  jaunâtre  et  peu  sèches  à  la  section  (Virchow).  Les  caractères  histolo¬ 
giques  sont  ceux  des  tumeurs  gommeuses,  en  général  :  néoplasie  consti¬ 
tuée  par  de  jeunes  cellules  rondes,  uninucléaires,  avec  tendance  ■  rapide  à 
la  métamorphose  graisseuse.  La  part  exacte  que  la  libre  musculaire  propre 


MUSCLE.  —  SYPHILIS  MUSCULAIRE.  353 

ment  dite  prend  au  processus  est  encore  mal  connue;  il  est  probable  que 
le  périmysium  est  primitivement  et  surtout  le  siège  delà  néoplasie,  et  que 
le  faisceau  primitif  n’est  atteint  que  plus  tard  et  consécutivement. 

Les  gommes  des  muscles  sont,  en  général,  peu  douloureuses;  elles  se 
développent  lentement,  sans  cause  appréciable,  parfois  à  la  suite  d’un  coup 
ou  d’un  effort  musculaire  (cas  de  Mauriac,  de  Ledentu).  La  contraction  du 
muscle  est  généralement  douloureuse  (Rollet).  Ces  gommes  peuvent  se  dis¬ 
siper  spontanément,  par  résorption,  sans  cicatrice  déprimée,  Sans  modi¬ 
fication  aucune  de  la  peau,  ou  bien  elles  s’abcèdent  en  donnant  issue  à  une 
matière  brunâtre,'  épaisse,  mélangée  de  pus  et  de  sang,  ou  bien  encore  elles 
prennent  une  consistance  cartilagineuse  ou  osseuse  (Rollet). 

Les  gommes  des  muscles  de  la  langue  méritent  une  mention  spéciale,  à 
cause  des  erreurs  de  diagnostic  auxquelles  elles  peuvent  donner  lieu.  Vir¬ 
chow  a  observé  «  une  tumeur  de  ce  genre  qui  avait  envahi  à  peu  près  la 
moitié  de  la  langue  ;  elle  était  dure  au  toucher  et  incommodait  beaucoup  le 
malade.  Ces  tumeurs,  qui  sont  presque  toujours  indolentes,  croissent  quel¬ 
quefois  avec  rapidité  et  peuvent  finir  par  s’ulcérer.  On  pourrait  les  con¬ 
fondre  avec  le  cancer...  Comme  il  est  reconnu  que  les  tumeurs  gommeuses 
de  la  langue  se  résolvent  très-lentement,  mais  avec  certitude,  par  un  trai¬ 
tement  antisyphilitique,  il  n’y  a  jamais  à  opérer  ». 

Une  localisation  importante  du  processus  syphilitique  est  celle  qui  porte 
sur  le  muscle  cardiaque  :  le  myocarde  est  parfois  le  siège  de  productions 
gommeuses.  Ricord,  dans. sa  clinique  iconographique,  en  publia  une  pre¬ 
mière  observation  avec  une  planche  qui  est  un  exemple  remarquable  de 
gomme  développée  dans  l’épaisseur  du  ventricule  gauche.  Lebert,  VirchoYV, 
Lhonneur,  Wilks,  Rutherford-Haldane,  Rosen,  ont  fait  connaître  des  faits 
analogues,  que  Virchow  analyse  dans  son  article  sur  la  syphilis.  Dans  tous 
ces  cas,  il  s’agit  de  tumeurs  développées  dans  le  myocarde,  «  caséeuses, 
assez  molles,  présentant  une  surface  lobulée,  et  faisant  saillie  à  travers  la 
paroi  en  dehors  et  en  dedans  du  cœur  ».  Virchow  pense  même  que  la  plu¬ 
part  des  «  grands  tubercules  du  cœur  »  ne  sont  autre  chose  que  des 
tumeurs  gommeuses. 

Les  gommes  du  cœur  sont  le  plus  souvent  multiples,  quelquefois  soli¬ 
taires.  Leurs  dimensions  varient  depuis  celle  d’un  pois  jusqu’au  volume 
d’un  œuf  de  pigeon;  elles  atteignent  leur  plus  grand  développement  sur  la 
cloison.  A  l’incision,  elles  se  montrent  constituées  par  une  masse  jaune 
blanc,  jaune  brunâtre,  homogène,  dense,  tantôt  sèche,  tantôt  humide,  en¬ 
tourée  de  tissu  conjonctif,  quelquefois  blanc  et  calleux,  d’autres  fois  mou 
et  très-vasculaire  (Virchow). 

Existe-t-il  une  myocardite  syphilitique  interstitielle  sans  tumeur  gom¬ 
meuse?  Virchow  en  admet  la  possibilité,  mais  sans  preuve  certaine  à 
l’appui.  Dietlrich,  Demme,  Biermer,  ont  observé  des  faits  de  myocardite 
interstitielle  chez  des  sujets  syphilitiques,  mais  sans  que  la  relation  étio¬ 
logique  fût  clairement  établie  (voy.  art.  Cœur,  Myocardite). 

Tantôt  la  myocardite  gommeuse  passe  inaperçue  et  ne  se  révèle  qu’à 
Tautopsie;  d’autres  fois  elle  entraîne  dès  troubles  fonctionnels  considé- 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  DE  CHIR.  XXIII.  —  23 


35i  MUSCLE.  —  pathologie  médicale.  —  bibliographie. 

râbles,  de  la  cyanose,  de  la  dyspnée,  de  Tœdèine  et  parfois  la  mort  subite 

par  syncope. 

Le  traitement  des  myosites  syphilitiques  ne  comporte  pas  d’indication 
spéciale;  comme  tous  les  accidents  tertiaires,  elles  sont  justiciables  de  la 
médication  iodée  ou  d’un  traitement  mixte. 


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Fournier  (Alfred),  Leçons  sur  la  .syphilis,  particulièrement  chez  la  femme.  Paris,  1873. 
RousSET,  Considérations  sur  la  syphilis  musculaire,  thèse  de  Paris,  1875. 

'  Mauriac  (Ch.),  Leçons  sur  les  myopathies  syphilitiques  [Annales  de  Dermatologie,  1876- 
1877). 

Rollet,  Syphilis  musculaire  (Diction,  encyclopéd.  des  sciences  méd.  2'  série,  t.  X,  1876). 

Voir,  en  outre,  la  bibliograpliie  des  articles  :  Atrophie  (musculaire  progressive).  Ataxie, 
Coeur  (myocardite).  Contracture,  Moelle,  Morve,  Nerfs,  Paralysies,  Plomb,  Rhumatisme, 
Scorbut,  Tremblement,  Trichinose. 

I.  Straus. 

Pathologie  chirurgicale.  —  Lésions  traumatiques.  —  Par  leur 
volume  considérable  et  leur  position  souvent  superficielle,  les  muscles  sont 
très-exposés  aux  traumatismes,  et  d’autre  part,  par  suite  de  leur  grande 
vascularité,  de  l’abondance  du  tissu  conjonctif  qui  les  entoure,  ils  sont 
fréquemment  le  siège  de  phénomènes  inflammatoires  intenses.  Les  muscles, 
en  outre,  qu’ils  soient  sains  ou  préalablement  altérés,  peuvent  se  rompre 
sous  l’effort  même  des  contractions  qu’ils  développent  et  en  l’absence  de 
tout  traumatisme  extérieur. 

Les  plaies  des  muscles  peuvent  se  diviser,  comme  celles  de  tous  les 
tissus,  en  plaies  par  instruments  piquants,  tranchants  ou  contondants. 

Les  piqûres  des  muscles,  surtout  quand  l’instrument  est  effilé  (aiguille, 
trocart  capillaire),  sont  insignifiantes  et  guérissent  avec  la  plus  grande 
facilité;  le  muscle  cœur  lui-même,  dans  les  expériences  pratiquées  sur  les 
animaux,  peut  être  traversé  par  une  aiguille  fine,  sans  aucun  danger. 
Quand  l’instrument  est  plus  volumineux,  tel  qu’un  fleuret,  la  pointe  d’un 
stylet,  une  baïonnette,  la  solution  de  continuité  est  plus  considérable;  elle 
participe  des  caractères  ainsi  que  des  dangers  des  plaies  par  instruments 
coupants  ou  des  plaies  contuses. 

Les  plaies  des  muscles  par  instruments  tranchants  déterminent  géné¬ 
ralement  une  solution  de  continuité  nette.  Quand  la  division  des  muscles 
est  complète,  les  deux  segments  s’écartent  en  vertu  de  l’élasticité  du  tissu 
musculaire,  laissant  entre  les  bords  de  la  section  un  intèrvalle  plus  ou 
moins  considérable  et  qui  varie  avec  la  position  du  membre,  avec  l’état  de 


358  MUSCLE.  —  pathologie  chirurgicale.  —  contusions.  —  myosite  traumatiüue. 
relâchement  ou  de  contraction;  ils  présentent  en  un  mot  un  phénomène 
analogue  à  ce  que  l’on  observe  dans  la  rétraction  primitive  des  moignons 
chez  les  amputés.  Quand  la  section  est  incomplète,  l’écariement  est  moins 
considérable,  les  libres  demeurées  intactes  servant  de  moyen  de  fixation 
et  en  quelque  sorte  d’attelle  aux  fibres  divisées. 

Les  contusions  des  muscles  peuvent  être  simples,  sans  solution  de  con¬ 
tinuité  de  la  peau,  ou  s’accompagner  de  plaies  et  de  dégâts  plus  ou  moins 
considérables  portant  sur  les  parties  molles  et  sur  le  squelette. 

La  contusion  sous-cutanée  des  muscles,  produite  le  plus  souvent  par  une 
chute  ou  par  le  choc  d’un  corps  dur,  peut  offrir  des  degrés  variables  ;  dans 
les  formes  légères,  tout  se  borne  à  une  gêne  locale  peu  persistante,  à  un 
léger  degré  d’empâtement  et  à  un  endolorissement  du  muscle,  provoqué 
surtout  par  le  palper  ou  par  les  mouvements  passifs  ou  actifs.  A  un  degré 
plus  prononcé,  il  se  fait  un  épanchement  de  sang  dans  les  interstices  muscu¬ 
laires,  un  certain  nombre  de  faisceaux  sont  altérés  et  rompus.  Là  encore, 
sauf  de  rares  exceptions,  la  résolution  est  rapide  et  totale,  soit  spontané¬ 
ment,  soit  sous  l’influence  du  repos,  d’applications  froides,  du  massage,  etc. 
Rarement  il  se  produit  de  la  myosite,  et  surtout  la  terminaison  par  suppu¬ 
ration  est  exceptionnelle. 

Quand,  au  contraire,  la  désorganisation  et  l’attrition  des  muscles  sont  in¬ 
tenses,  quand  ré|)anchement  sanguin  est  considérable,  il  est  rare,  malgi’é 
l’intégrité  des  téguments,  que  la  suppuration  ne  s’empare  pas  du  foyer  du 
mal,  et  l’on  se  trouvera  en  présence  d’une  myosite  suppurative  sur  les  ca¬ 
ractères  de  laquelle  nous  insisterons  plus  loin. 

Les  contusions  des  muscles  avec  plaies,  les  plaies  contuses  des  muscles 
s’accompagnent  généralement  de  dégâts  plus  ou  moins  grands  portant  sur 
l’ensemble  des  tissus  du  membre  atteint,  sur  les  vaisseaux,  les  nerfs,  les 
os  ;  leur  histoire  se  confond  avec  celle  des  plaies  contuses  en  général 
{voy.  Pl.4ie). 

Le  processus  que  provoquent,  à  des  degrés  variant  avec  l’intensité  de 
la  cause  et  des  désordres  immédiats,  ces  traumatismes  des  muscles,  con¬ 
siste  en  une  inflammation  plus  ou  moins  vive,  en  ce  que  l’on  appelle  la 
myosite  traumatique. 

Myosite  traumatique.  —  C’est  surtout  par  les  expériences  sur  les  ani¬ 
maux  que  l’on  en  a  pu  étudier  les  premiers  stades,  ét  ce  fut  Gendrin  qui  fit 
les  premières  recherches  expérimentales  sur  ce  sujet.  Il  injecta  dans  les 
muscles  des  liquides  irritants,  passa  des  sétons  à  travers  leur  corps  charnu 
et  étudia  avec  soin  les  diverses  modifications  ainsi  provoquées. 

Du  reste,  chez  l’homme  lui-même,  la  myosite  traumatique  peut  être 
suivie  dans  ses  diflérentes  étapes  dans  les  plaies  avec  larges  pertes  de 
substance,  dans  la  dénudation  du  muscle  grand  pectoral  à  la  suite  de  l’am¬ 
putation  du  sein,  ou  à  la  surface  des  moignons  dans  les  amputations  des 
membres.  Dans  tous  ces  cas,  on  voit  la  surface  du  muscle  se  recouvrir 
d’une  sécrétion  grisâtre,  comme  pseudo-membraneuse,  qui  se  nettoie  petit 
à  petit,  laissant  apparaître  une  couche  de  bourgeons  charnus  qui  masque 
bientôt  toute  la  section  musculaire. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CIimURGICALE.  —  MYOSITE  TRAÜMATIOÜE.  359 

Si  l’on  suit  au  microscope  les  étapes  du  processus,  on  constate  les  par¬ 
ticularités  suivantes  :  immédiatement  après  le  traumatisme,  les  fibres  mus¬ 
culaires  divisées  se  rétractent  dans  la  gaîne  du  myolemme;  à  la  surface  de 
section  s’effectue  un  épanchement  sanguin  plus  ou  moins  abondant;  dès 
les  premières  heures,  la  substance  contractile,  au  niveau  et  dans  le  voi¬ 
sinage  de  la  blessure,  présente  des  modifications  consistant  dans  la  perte  de 
la  striation  et  dans  une  altération  vitreuse  plus  ou  moins  étendue.  Ces 
modifications  structurales  sont  moins  le  résultat  de  l’inflammation,  qui 
n’a  pas  encore  eu  le  temps  de  s’établir,  que  la  conséquence  directe  et 
quasi  mécanique  du  traumatisme,  de  la  section  de  faisceaux  primitifs,  de 
l’ouverture  du  sarcolemme  et  de  la  pénétration,  dans  l’intérieur  de  la  gaîne, 
du  sang  et  de  la  lymphe  épanchée. 

Mais  bientôt  les  lésions  proprement  inflammatoires  s’installent;  elles 
consistent  surtout  en  une  stase  hyperhémique  dans  les  capillaires  l’espectés 
parla  plaie,  en  une  infiltration  abondante  de  leucocytes  dans  le  tissu  conjonc¬ 
tif  interfasciculaire  (périmysium  internum),  ainsi  que  dans  l’intérieur  même 
des  gaines  ouvertes  du  sarcolemme.  Le  contenu  contractile  de  ces  gaines 
subit  de  plus  en  plus  la  dégénérescence  vitreuse  ou  granulo-vitreuse,  et  la 
substance  striée  se  détruit  rapidement  par  le  progrès  de  l’infiltration  de 
globules  blancs  ;  Ile  protoplasma  des  cellules  musculaires  contenues  dans 
l’intérieur  du  sarcolemme  se  gonfle,  se  segmente  et  contribue,  en  partie 
du  moins,  à  la  production  des  éléments  embryonnaires  qui  remplissent 
la  gaîne  du  sarcolemme  (Hoffmann,  Waldeyer,  Gussenbauer). 

Tels  sont  les  phénomènes  initiaux  que  l’on  observe  dans  toute  plaie  des 
muscles,  même  dans  les  plus  légères,  dans  les  simples  sections  sous- 
cutanées  aussi  bien  que  dans  les  grands  délabrements  des  muscles.  Les 
stades  ultérieurs  varient  selon  le  degré  du  traumatisme,  l’étendue  de  la 
perte  de  substance,  la  quantité  de  sang  épanché,  etc.  Dans  les  simples 
sections  sous-cutanées  des  muscles,  telles  qu’on  les  observe  dans  les  myo¬ 
tomies  pratiquées  dans  un  but  thérapeutique,  ou  dans  celles  que  l’on  éta¬ 
blit  dans  un  but  expérimental  sur  les  animaux,  on  observe  rapidement  la 
résorption  du  caillot  et  la  réunion  des  bouts  sectionnés  du  muscle  par  un 
tissu  de  cicatrice,  d’abord  mou,  fortement  vascularisé,  formé  d’un  tissu 
d’apparence  encore  embryonnaire  ;  mais  bientôt  ce  tissu  s’organise,  devient 
plus  dense,  les  jeunes  vaisseaux  y  sont  moins  abondants,  et  finalement  les 
deux  bouts  du  muscle  sont  affrontés  par  un  tissu  fibroïde,  par  du  véritable 
tissu  de  cicatrice. 

Cette  réunion  qui,  dans  les  cas  favorables,  conduit  à  la  restitution  fonc¬ 
tionnelle  complète  des  muscles,  s’effectue-t-elle  toujours  par  la  formation 
d’un  cal  fibreux,  ou  bien  se  développe-t-il,  aux  dépens  du  tissu  embryon¬ 
naire  cicatriciel,  du  tissu  musculaire  de  nouvelle  formation,  permettant 
ainsi  la  restitution  anatomique  parfaite  du  muscle  divisé  ?  Tel  est  le  pro¬ 
blème  dont  la  solution  définitive  n’est  pas  encore  obtenue.  La  plupart  des 
expérimentateurs  qui,  récemment,  se  sont  occupés  de  cette  question,  0. 
Weber,  Waldeyer,  Maslowsky,  Volkmann,  se  prononcent  pour  l’affirmative 
et  décrivent  une  véritable  régénération  musculaire  s’effectuant  par  la  trans- 


360  MUSCLE.  —  pathologie  chiburgicale.  —  myosite  traumatioue. 
formation  graduelle  des  éléments  embryonnaires  de  la  cicatrice,  quelle  que 
soit  leur  provenance,  leucocytes  ou  noyaux  intra-musculaires,  en  fibres- 
cellules  fusiformes  qui  s’allongent  graduellement,  se  soudent  bout  à  bout, 
se  strient  transversalement,  finalement  se  rémiissent  à  la  substance  contrac¬ 
tile  qui  est  demeurée  intacte,  et  conduisent  ainsi  à  la  régénération  défini¬ 
tive  et  totale  du  muscle,  par  un  véritable  cal  musculaire.  Toutefois,  ces 
résultats  n’ont  pu  être  obtenus  par  d’autres  observateurs  (Robin,  Bouchard, 
Hayem),  et  la  régénération  musculaire,  bien  démontrée  dans  les  cas  de 
myosite  spontanée,  de  myosite  typhique,  par  exemple,  nécessite ,  avant 
d’être  acceptée  pour  les  lésions  traumatiques  des  muscles,  de  nouvelles 
recherches, 

Quand  la  solution  de  continuité  est  plus  étendue  ;  quand,  au  lieu  d’être 
sous-cutanée,  la  plaie  musculaire  s’accompagne  de  perte  de  substance  de 
la  peau  ;  quand  les  bouts  du  muscle  divisé  ne  sont  pas  maintenus  exacte¬ 
ment  affrontés,  la  cicatrice  est  franchement  fibreuse,  et  souvent  elle  n’est 
obtenue  qu’à  la  suite  d’un  véritable  travail  de  suppuration.C’estlàun  point 
qui  mérite  que  nous  nous  y  arrêtions. 

Myosites  suppurées.  Abcès  phlegmoneux.  —  La  suppuration  des  muscles, 
quelle  qu’en  soit  la  cause,  se  présente  sous  forme  de  foyer  limité  ou  sous 
forme  d'infiltration  diffuse  (Cornil  et  Ranvier)  ;  mais  avant  d’aller  plus 
loin,  il  importe  de  bien  déterminer  ce  que  l'on  entend  par  suppuration 
des  muscles,  par  abcès  musculaire.  Les  auteurs,  considérant  que  la  plu¬ 
part  des  collections  purulentes  intra-musculaires  se  forment  ,  aux  dépens 
du  tissu  interstitiel  et  non  dans  la  substance  contractile  elle-même, 
s’accordent  à  reconnaître  la  rareté  dès  suppurations  musculaires  ;  «  J’ai 
ouvert  fréquemment,  dit  Laugier,  des  abcès  contenus  dans  une  gaîne  mus¬ 
culaire,  notamment  celle  du  biceps  brachial  ;  mais  le  siège  était  le  tissu 
cellulaire  interposé  aux  fibres  des  muscles;  quant  à  ceux  du  tissu  muscu¬ 
laire  lui-même,  ils  sont  fort  rares,  s’ils  existent,  et  en  général  leur  exis¬ 
tence  est  niée.  » 

Si,  pour  admettre  l’existence  d’un  abcès  musculaire,  l’inflammation  sup¬ 
purative  devait  primitivement  et  particulièrement  porter  sur  la  substance 
contractile  elle-même,  il  faudrait  rayer  la  myosite  suppurée  du  cadre  ana¬ 
tomo-pathologique.  En  effet,  comme  dans  toute  inflammation,  c’est  sur¬ 
tout  le  tissu  conjonctif  interstitiel  du  muscle  qui  est  d’abord  envahi  par  les 
leucocytes  ;  ce  n’est  que  dans  un  stade  plus  avancé  et  alors  que  le  péri¬ 
mysium  internum  est  déjà  fortement  infiltré  par  des  globules  de  pus,  que 
l’on  observe  des  altérations,  manifestement  consécutives,  des  faisceaux  pri¬ 
mitifs  eux-mêmes.  Ceux-ci,  comprimés  et  comme  étouffés  par  la  néopla¬ 
sie  inflammatoire,  diminuent  de  volume,  se  segmentent,  perdent  leur 
striation  ou  se  transforment  en  blocs  ciroïdes  ;  par  place,  le  sarcolemme  se 
rompt,  et  les  cellules  blanches  pénètrent  dans  l’intérieur  de  la  gaîne  ainsi 
ouverte.  Toutefois,  il  est  douteux  que  tous  les  éléments  purulents  conte¬ 
nus  dans  la  gaîne  du  sarcolemme  proviennent  du  dehors,  par  le  fait  d’une 
diapédèse  ou  de  la  rupture  du  sarcolemme  ;  il  est  à  peu  près  démontré  que 
les  cellules  musculaires,  c’est-à-dire  les  noyaux  contenus  dans  l’intérieur 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  MYOSITE  TRAÜMATIÜUE.  361 
de  la  gaine  du  sarcolemme  et  entourés  d’une  mince  couche  de  protoplasma, 
participent  aussi  au  processus  et  contribuent,  en  partie  du  moins,  à  la  des¬ 
truction  et  à  la  fonte  de  la  substance  contractile  et  à  la  formation  du  pus 
(Rinddeisch)  ;  en  un  mot,  la  suppuration,  primitivement  interstitielle,  ne 
tarde  pas  à  devenir  parenchymateuse.  Ces  deux  facteurs  interviennent,  dans 
des. proportions  variables,  il  est  vrai,  dans  la  plupart  des  abcès  muscu¬ 
laires. 

Sous  peine  donc  de  tomber  dans  des  distinctions  histologiques  trop  raffi¬ 
nées,  il  faut  décrire,  sous  le  nom  d’abcès  musculaire,  toute  collection  pu¬ 
rulente  développée  à  l’intérieur  de  la  gaine  d’enveloppe  d’un  muscle.  Une 
division,  cependant,  qui  nous  semble  utile  et  qui  doit  être  adoptée,  est 
la  suivante  :  tantôt  la  suppuration  est  limitée  au  tissu  conjonctif  qui 
sépare  les  gros  faisceaux  musculaires,  au  périmysium,  externum,  et  ces 
cas  sont  proprement  des  phlegmons  circonscrits  interstitiels,  et  non  des 
abcès  musculaires,  les  fibres  musculaires  n’étant  pas  compromises  directe¬ 
ment,  mais  simplement  écartées  et  dissociées  ;  tantôt,  au  contraire,  quand 
le  tissu  conjonctif  délicat  interposé  aux  faisceaux  primitifs,  quand  le  péri¬ 
mysium  internum  lui-même  est  atteint,  la  substance  contractile  ne  tarde 
pas  à  se  prendre  à  son  tour,  à  subir  la  colliquation  et  la  fonte  suppura¬ 
tive  :  c’est  alors  à  une  myosite  suppurée  vraie  que  l’on  a  affaire. 

Les  causes  qui  président  aux  suppurations  musculaires  sont  multiples. 
La  myosite  suppurée  idiopathique  primitive,  est  très-rare  ;  cependant  il  en 
existe  quelques  observations  récentes,  et  c’est  une  variété  qui  mérite  une 
étude  spéciale.  La  plupart  des  myosites  suppuratives  sont  d’origine  trauma¬ 
tique,  résultant  d’une  plaie  d’un  muscle,  de  sa  rupture  sous-cutanée,  de  sa 
contusion,  d’un  épanchement  sanguin  intra-musculaire.  Dans  d’autres  cas, 
les  abcès  des  muscles  sont  symptomatiques,  se  rattachant  à  des  états  géné¬ 
raux  graves,  à  tendance  suppurative  ou  hémorrhagique.  Tels  sont  les  abcès 
musculaires  de  la  morve,  du  farcin,  de  l’infection  purulente,  de  la  scrofule, 
et  même  du  rhumatisme  selon  quelques  auteurs.  Enfin,  il  est  facile  de  com¬ 
prendre  que  des  foyers  inflammatoires  développés  dans  le  voisinage  d’un 
muscle,  dans  les  os,  dans  uneai’ticulation,  dans  le  tissu  conjonctif  périmus- 
culaire,  puissent  s’accompagner  de  propagation  de  cette  inflammation  au 
muscle  lui-même,  ce  qui  constitue  une  autre  variété  de  myosite  phlegmo- 
neuse,  myosite  par  propagation. 

Pendant  longtemps  la  suppuration  du  muscle  psoas,  le  psdüis  [voy. 
PsoïTis)  fut  le  type  des  myosites,  dont  il  constitue,  en  effet,  une  des  formes 
à  la  fois  les  plus  graves  et  les  plus  fréquentes  ;  et  un  certain  nombre  de 
points  de  l’histoire  générale  des  abcès  musculaires  sont,  en  réalité,  surtout 
applicables  à  celle  du  psoïtis. 

La  plupart  des  abcès  musculaires  dits  spontanés,  et  ceux  du  psoas  ne 
font  pas  exception,  sont  dus  à  des  ruptures  consécutives  soit  à  la  contrac¬ 
tion  violente  du  muscle,  soit  à  l’action  d’un  traumatisme,  d’un  choc  ;  ces 
ruptures  s’accompagnent  généralement  d’un  épanchement  de  sang  plus  ou 
moins  abondant,  d’un  hématome  qui  s’enflamme  et  se  termine  par  la  sup¬ 
puration  ;  nous  aurons  à  revenir  plus  loin  sur  les  particularités  des  ruptu- 


362  MÜSCLK.  —  pathologie  ciimüRGiCALE.  —  myosite  spontanée  aigde. 
res  musculaires.  Nous  verrons  notamment  qu’il  faut  surtout,  à  cet  égard, 
établir  une  distinction  entre  les  ruptures  d’un  muscle  sain  et  celles  qui  se  font 
avec  une  facilité  et  une  fréquence  bien  plus  grandes  sur  des  muscles  préa¬ 
lablement  malades,  dans  la  fièvre  typhoïdeetles  fièvres  graves,  par  exemple. 

D’une  façon  générale,  la  rupture  des  muscles,  chez  l’homme  sain,  se  ter¬ 
mine  rarement  par  suppuration,  même  quand  l’épanchement  sanguin,  est 
considérable;  dans  ces  cas,  la  résorption  du  caillot  s’effectue  assez  rapide¬ 
ment,  et  la  guérison  s’obtient,  le  plus  souvent,  par  une  réunion  fibreuse. 
On  a  essayé  d’expliquer  la  fréquence  relative  des  abcès  du  psoas 
par  la  rupture  des  fibres  de  ce  muscle,  sujet  à  de  si  violents  et  de  si  nom¬ 
breux  efforts  ;  cependant  dans  une  des  plus  nombreuses  variétés  de  psoïtis, 
dans  le  psoïtis  consécutif  aux  couches,  il  est  difficile  d’établir  si  la  rup¬ 
ture,  à  la  suite  des  efforts  nécessités  par  le  travail,  a  été  le  fait  primitif,  ou 
si  elle  ne  résulte  pas,  au  contraire,  de  la  propagation  au  muscle  de  ces  pro¬ 
cessus  inflammatoires  et  suppuratifs,  si  communs  dans  lapuerpéralité,  etse 
passant  dans  les  ligaments  larges  ou  dans  la  fosse  iliaque.  En  un  mot,  il  est, 
dans  la  plupart  des  cas,  difficile  de  décider,  même  à  l’autopsie,  si  l’abcès  du 
psoas  est  consécutif  à  une  rupture  préalable,  ou  si  celle-ci  nè  s’est  produite 
que  sur  un  muscle  déjà  malade.  Même  pour  les  cas  de  psoïtis  observés  chez 
l’homme,  une  semblable  difficulté  subsiste  souvent,  vu  la  concomitance  ha¬ 
bituelle  d’abcès  de  la  fosse  iliaque.  Ces  abcès  peuvent  envahir  l’inté¬ 
rieur  de  la  gaine  du  psoas-iliaque,  comme  aussi,  dans  d’autres  cas,  ils 
peuvent  résulter  eux-mêmes  du  retentissement  de  l’inflammation  primi¬ 
tive  du  muscle  sur  l’aponévrose  et  le  tissu  cellulaire  qui  le  séparent  du 
péritoine.  Cependant  il  existe  un  certain  nombre  d’observations  de 
psoïtis  survenus  chez  des  sujets  parfaitement  sains,  à  la  suite  d’un  effort 
violent  pour  se  redresser  ou  pour  soulever  un  fardeau,  par  exemple,  et  qui 
dérivent,  selon  toute  apparence,  de  la  rupture  des  faisceaux  charnus  du 
muscle. 

Le  rhumatisme  peut-il  se  terminer  par  suppuration?  Autre  problème  dé¬ 
licat  et  qui  a  été  diversement  interprété.  Il  se  rattache,  du  l’este,  à  la  ques¬ 
tion  plus  compréhensive  et  tout  aussi  discutéè  de  la  suppuration  dans  le 
rhumatisme  en  général  {voyez  Rhdmatisme).  C’est  encore  au  sujet  du  psoïtis 
que  l’on  a  surtout  invoqué  l’origine  rhumatismale  de  la  myosite.  Fischer, 
dans  son  mémoire,  discute  judicieusement  la  doctrine  de  la  terminaison  du 
rhumatisme  musculaire  par  la  suppuration,  et  il  arrive,  après  la  critique  des 
faits  de  Gendrin,  deBouillaud,  de  Marchai  (de  Calvi),  de  Withmore,  etc.,  à  la 
conclusion  suivante  ;  «  Il  n’est  pas  certain,  jusqu’ici,  que  le  rhumatisme 
musculaire  se  soit  jamais  terminé  par  suppuration  ;  aucun  fait  observé  ne 
le  démontre.  »  11  est  probable  que  la  plupart  des  faits  publiés  sous  cette 
rubrique  se  rattachent  à  une  autre  cause  que  le  rhumatisme  pur  et  simple, 
et  se  relient  soit  à  l’infection  purulente  qui  revêt  un  appareil  symptôma- 
tique  pouvant  donner  le  change  avec  le  rhumatisme,  soit  à  des  abcès  du 
tissu  cellulaire  propagés  au  muscle. 

Myosite  spontanée  aiguë.  —  En  dehors  des  affections  générales,  telles  que 
l’infection  purulente,  la  morve,  etc.,  il  existe,  quoique  très-rarement,  des 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  OHIRUHGICALE  —  MYOSITE  SPONTANÉE  AIGUE.  363 
inflammations  idiopathiques  spontanées  des  muscles  se  développant  sans 
ti’aumatisme,  sans  rupture  fibrillaire  préalable,  et  pouvant  aboutir  soit  à  la 
résolution,  soit  à  l’induration  fibreuse,  soit  à  la  suppuration.  Ce  point  a  été 
surtout  mis  en  lumière  par  Velpeau,  dont  les  idées  ont  été  exposées  dans 
la  thèse  inaugurale  de  Dionis  des  Carrières.  Fischer ,  Després ,  Ollier , 
Rœseler,  ont  également  appUrté  quelques  contributions  à  l’étude  des  myo¬ 
sites  spontanées. 

Celles-ci  reconnaissent  deux  causes  principales  :  l’impression  subite  du 
froid  sur  les  parties  recouvertes  de  sueur,  ou  bien  encore  la  fatigue  mus¬ 
culaire  exagérée,  à  la  suite  d’un  travail  excessif  ou  prolongé,  d’une  marche 
forcée,  etc.;  de  là  la  fréquence  relative  de  l’affection  chez  les  hommes,  sa 
grande  rareté  chez  la  femme.  (Sur  les  10  cas  de  Dionis  des  Carrières, 
une  seule  femme;  sur  13  cas  de  Fischer,  2  cas  chez  la  femme  seulement.) 

Les  muscles  atteints  sont  de  préférence  ceux  qui  fonctionnent  le  plus, 
ce  sont  les  «  muscles  travailleurs,  par  excellence,  de  l’économie  »  (Rœseler). 
Tels  sont  les  pectoraux,  les  jumeaux,  le  deltoïde,  le  biceps;  le  grand  pec¬ 
toral  surtout  constitue  un  véritable  muscle  d’élection  (Dionis,  Fischer,  Cru- 
veilhier).  Il  est  probable  que,  dans  un  certain  nombre  de  cas,  la  rupture  de 
quelques  faisceaux  musculaires  a  précédé  et  déterminé  l’inflamma¬ 
tion  ;  il  est  permis  aussi  d’admettre  que  le  travail  excessif,  la  fatigue,  met 
le  muscle  dans  un  état  anatomique  comparable  à  celui  que  l’on  observe 
dans  la  fièvre  typhoïde  ou  dans  le  tétanos,  et  qui  favorise  singulièrement 
les  ruptures,  surtout  les  ruptures  fibrillaires.  Ici  encore  il  y  aurait  donc  lieu 
de  restreindre  le  cadre  des  myosites  proprement  spontanées. 

Nous  n’insisterons  pas  sur  la  symptomatologie  des  myosites,  soit  primi¬ 
tives,  soit  consécutives  à  une  rupture,  à  une  contusion,  etc. 

Les  symptômes  consistent  essentiellement  en  une  douleur  plus  ou  moins 
vive,  plus  ou  moins  subite,  localisée  au  niveau  du  muscle,  s’exagérant  par 
la  contraction  ou  par  les  mouvements  passifs  imprimés  au  membre.  A  la 
palpation,  au  début,  on  perçoit  une  induration  toute  particulière,  une  dureté 
ligneuse  sur  laquelle  Velpeau  insistait  beaucoup  dans  ses  leçons,  et  qui  existe 
sur  le  trajet  du  muscle  dont  elle  occupe  tantôt  la  totalité,  tantôt  une  por¬ 
tion  plus  ou  moins  étendue  seulement.  Il  va  de  soi  que  ce  signe  ne  se 
trouve  que  dans  les  myosites  superficielles  portant  sur  des  muscles  acces- 
siblesàlapalpation;  les  symptômes  des  myosites  profondes,  du  psoïtis,  par 
exemple,  offrent  des  particularités  qui  tiennent  au  siège  anatomique  de  la 
lésion,  aux  fonctions  des  muscles,  et  comportent,  par  conséquent,  des  dé¬ 
tails  dans  lesquels  nous  ne  saurions  entrer. 

Quand  la  myosite  doit  se  terminer  par  suppuration,  la  dureté  et  la  réni¬ 
tence  du  début  font  place  à  de  l’empâtement  qui  passe  graduellement  à 
de  la  véritable  fluctuation  ;  en  même  temps,  on  observe  tous  les  signes  d’un 
phlegmon  circonscrit  :  de  la  rougeur  et  de  l’œdème  de  la  peau,  avec  dou¬ 
leur  tensive,  des  frissons,  de  la  fièvre.  L’ouverture  donne  issue  à  du  pus 
phlegmoneuxmêlé  de  sang  altéré,  et,  à  l’examen  microscopique,  on  trouve 
des  fragments  de  fibres  musculaires  plus  ou  moins  modifiées. 

Un  mode  de  terminaison  plus  fréquent  que  la  suppuration  est  celui  par 


304  MUSCLE.  —  pathologie  chirurgicale.  —  myosite  suppurative. 
résolution  ;  , enfin,  la  myosite  peut  se  terminer  par  l’induration  fibreuse, 
par  une  véritable  sclérose. 

Myosite  suppurative  diffuse,  myosite  maligne.  —  «  Il  existe  une  sorte  de 
myosite  suraiguë  .suppurative,  à  foyers  dilïus  ou  circonscrits,  maladie  géné¬ 
rale,  infectieuse,  tout  à  fait  analogue  aux  formes  malignes  de  la  péi'iostite 
et  de  l’ostéomyélite.  Cette  affection  survient  chez  des  sujets  encore  Jeunes, 
surmenés,  placés  dans  dé  mauvaises  conditions  hygiéniques.  »  (Hayem) 

L’affection  musculaire  dont  il  s’agit,  rai’e  autant  que  grave,  se  développe, 
en  effet,  dans  le  cours  de  ces  suppurations  profondes  des  membres,  périos¬ 
tites,  ostéomyélites  suppuratives,  décrites  par  Chassaignac  sous  le  nom  de 
typhus  des  membres,  et  qui  s’accusent  surtout  par  des  phénomènes  généraux 
intenses,  par  une  fièvre  considérable,  adynamique,  qui  donne  volontiers  le 
change  et  est  confondue  tantôt  avec  la  fièvre  typhoïde,  d’autres  fois  (quand 
le  malade  éprouve  des  douleurs  dans  la  continuité  des  membres  ou  au  ni¬ 
veau  des  jointures)  avec  un  rhumatisme  articulaire  grave.  A  l’ouverture, 
on  trouve  des  suppurations  profuses  sous-périostées,  disséquant  le  tissu 
cellulaire  profond,  et  souvent  des  suppurations  musculaires  qui  ne  sont 
qu’une  des  localisations  du  processus  pyogénique  général. 

Cependant,  il  existe  quelques  observations  où  la  suppuration  diffuse,  ra¬ 
pide,  suraiguë,  était  exclusivement  limitée  dans  un  ou  plusieurs  muscles, 
s’accompagnant,  du  reste,  de  l’ensemble  des  symptômes  graves  que  nous 
venons  de  signaler,  et  conduisant  rapidement  à  une  terminaison  mortelle. 
Une  première  observation  de  ce  genre  est  relatée  par  Dance.  Il  s’agit  d’un 
homme  surmené  qui  fut  pris  de  frissons,  de  fièvre  intense,  adynamique, 
avec  douleur  dans  la  région  inguinale  et  lombaii'e  droite  ;  une  incision  pra¬ 
tiquée  donna  issue  à  une  matière  rougeâtre,  fluide,  à  peine  puriforme,  fé¬ 
tide  ;  le  malade  succomba  seize  jours  après  le  début  des  accidents.  A  l’autopsie, 
«  les  muscles  carré  lombaire,  psoas  et  iliaque,  étaient  dépouillés  de  leur 
membrane  cellulaire  et  aponévrotique,  et  transformés  en  une  bouillie  noi¬ 
râtre  analogue  à  celle  dans  laquelle  se  réduit  quelquefois  la  rate.  Ce  n’é¬ 
tait  pas,  en  effet,  de  véritable  pus  que  le  foyer  renfermait,  mais  bien  une 
sanie  roussâtre  qui  semblait  être  plutôt  le  résultat  du  détritus  des  muscles 
que  d’une  sécrétion  purulente...  Pas  la  moindre  perforation,  ni  ulcération, 
ni  travail  phlegmasique  dans  le  cæcum  et  le  côlon  ;  tout  le  canal  intestinal, 
l’estomac,  le  foie,  les  reins,  ainsi  que  la  vessie,  étaient  dans  l’état  normal.  » 
C’est  bien  là  une  forme  de  myosite  maligne,  à  marche  rapide,  avec  destruc¬ 
tion  putrilagineuse  du  muscle  et  phénomènes  généraux  graves,  comme  ceux 
que  l’on  observe  dans  les  suppurations  diffuses  profondes,  et  notamment 
dans  l’ostéomyélite  maligne. 

Foucault,  récemment,  a  publié  une  observation  analogue,  mais  plus  re- 
mai’quable  encore  et  sur  laquelle  Hayem  surtout  a  attiré  l’attention.  Un 
homme  âgé  de  vingt-quatre  ans,  bien  portant  antérieurement,  est  pris  de 
douleur  dans  l’épaule  et  dans  le  bras  gauches  :  fièvre  intense,  céphalalgie, 
vomissements,  prostration,  météorisme,  subdélire.  On  songe  à  un  rhu¬ 
matisme  céi’ébral.  Le  cinquième  jour,  on  constate  tous  les  signes  d’un 
phlegmon  profond  du  bras;  le  soir  même  il  succombe,  et  «  comme  lésion 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  ABCÈS.  —  RUPTURES.  365 
unique  on  trouve  une  suppuration  diffuse  du  triceps  brachial  ayant  trans¬ 
formé  la  presque  totalité  de  ce  muscle  en  une  sorte  d’éponge  gonflée  de 
pus.  » 

Il  s’agit  bien  là  d’une  myosite  suraiguë,  procédant  à  la  façon  de  certains 
phlegmons  diffus  infectieux  et  s’accompagnant  de  tous  les  symptômes 
d’infection  générale  et  rapide  de  l’économie.  Récemment,  Nicaise  a  publié 
deux  observations  analogues  de  myosite  suppurée  diffuse,  portant  dans  un 
cas  sur  la  masse  des  adducteurs  de  la  cuisse,  dans  le  second  sur  le  triceps 
fémoral  (la  troisième  observation  de  Nicaise  nous  semble  devoir  être  dis¬ 
tinguée  des  cas  qui  nous  occupent,  car  elle  a  trait  à  une  suppuration  fran¬ 
chement  métastatique  des  triceps  fémoral  et  brachial,  avec  arthrite  puru¬ 
lente  du  genou,  développée  chez  un  sujet  atteint  d’ulcère  variqueux 
enflammé,  avec  lymphangite). 

Ces  myosites,  à  marche  suraiguë  et  pour  ainsi  dire  foudroyante,  rentrent, 
selon  nous,  dans  la  grande  classe  des  phlegmons  diffus  profonds  et  malins  ; 
le  pronostic  en  est  tout  aussi  sévère  et  le  traitement  n’aura  guère 
de  chance  de  succès  que  s’il  est  institué  dès  l’origine  avec  énergie  : 
il  faut,  par  des  incisions  profondes  et  multiples,  débrider  les  parties, 
donner  issue  au  pus  ou  à  la  sanie  purulente  et  empêcher  ainsi  la  mortifica¬ 
tion  rapide  des  tissus  et  la  résorption  putride  qui  en  est  la  conséquence 
inévitable. 

Abcès  froids.  —  D’après  A.  Bérard  etDenonviiliers,  ces  abcès  ne  seraient 
pas  extrêmement  rares;  ils  en  ont  observé  dans  le  biceps  brachial,  dans  les 
radiaux  externes  et  le  long  supinateur;  Fischer,  Velpeau,  Gosselin  ont  si¬ 
gnalé  des  faits  analogues.  Ces  abcès  se  développent  lentement,  sans  grande 
douleur,  sans  changement  de  couleur  de  la  peau,  parfois  même  sans  gêne 
notable  dans  les  mouvements  ;  le  volume  en  est  peu  considérable  et  ne 
dépasse  guère  celui  d’une  noix.  On  reconnaît  que  la  tumeur  siège  dans  le 
muscle,  en  ce  qu’elle  en  suit  les  mouvements  dans  les  alternatives  de  rel⬠
chement  et  de  contraction.  Parfois  même  la  tumeur,  facile  à  explorer  pen¬ 
dant  le  repos,  disparaît  tout  à  coup  et  semble  se  cacher  derrière  une 
boutonnière  résistante  quand  le  muscle  se  contracte.  (A.  Bérard  et  Denon- 
villiers.) 

Ces  abcès  se  développent  surtout  chez  les  sujets  jeunes,  lymphatiques, 
scrofuleux;  on  pourrait  les  confondre  avec  des  abcès  gommeux,  ou  bien  en¬ 
core  avec  des  kystes  suppurés  intra-musculaires.  La  marche  de  la  maladie, 
les  antécédents,  la  coexistence  d’autres  accidents  scrofuleux,  enfin  la  ponc¬ 
tion  exploratrice  guideront  dans  lë  diagnostic  ;  du  reste,  ainsi  que  le  fait 
remarquer  Armand  Després,  il  existe  trop  peu  de  faits  pour  généraliser  ce 
qui  peut  caractériser  ces  lésions. 

Des  abcès  par  congestion  peuvent  pénétrer  dans  la  gaîne  d’un  muscle, 
surtout  du  muscle  psoas,  infiltrer,  ramollir  la  substance  musculaire  en  for¬ 
mant  des  collections  plus  ou  moins  considérables,  dont  l’histoire,  du  reste, 
appartient  à  celle  des  abcès  par  congestion  en  général,  avec  leurs  migra¬ 
tions  et  leurs  modes  de  terminaison  multiples. 

.  Rupture  des  muscles. — Une  distinction  fondamentale  et  qu’il  est  essen- 


366  MUSCLE.  —  I'àïhologie  ghirl'rgic.4.le.  —  ruptures. 

tiel  d’établii’  tout  d’abord  est  celle  des  ruptures  musculaires  (sous-cuta¬ 
nées)  survenues  chez  l’homme  sain  d’avec  celles  qui  se  produisent  chez 
l’individu  malade,  dans  le  cours  ou  dans  la  convalescence  de  la  fièvre  ty¬ 
phoïde,  par  exemple,  et  en  général  des  fièvres  graves.  Cette  dernière  classe, 
portant  surtout  sur  les  muscles  droits  de  l’abdomen,  sur  le  psoas,  sur  les 
adducteurs  de  la  cuisse,  est  liée  à  une  altération  préalable  plus  ou  moins 
étendue  du  système  musculaire,  à  une  dégénérescence  cireuse  ou  granulo- 
ch’euse,  dont  l’histoire  appartient  à  la  partie. médicale  de  cet  article  (?;oÿ. 
page  280). 

C’est  généralement  pendant  un  mouvement  un  peu  vif,  dans  la  toux,  le 
vomissement,  lors  des  efforts  de  défécation  que  ces  ruptures  s’effectuent;  le 
mécanisme  en  est  facile  à  concevoir,  si  l’on  réfléchit  que  l’altération  est 
inégalement  répartie  sur  la  longueur  du  muscle,  dont  certains  segments 
sont  profondément  atteints,  tandis  que  d’autres,  presque  intacts,  se  con¬ 
tractent  énergiquement  et  déterminent  ainsi  la  rupture  des  portions  dégé¬ 
nérées.  La  rupture  des  faisceaux  musculaires  s’accompagne  toujours  de 
celle  de  vaisseaux  plus  ou  moins  abondants  et  d’un  hématome  consécutif, 
c’est  dans  le  foyer  ainsi  constitué  que  se  développent  des  processus  in¬ 
flammatoires  aboutissant  tantôt  à  la  suppuration,  tantôt  à  la  régénération 
du  muscle. 

Ce  sont  ces  ruptures  musculaires  survenant  chez  l’homme  sain,  ou  du 
moins  sans  altération  antécédente  du  muscle,  qui  doivent  exclusivement 
nous  occuper.  Ce  n’est  guère  que  depuis  le  mémoire  classique  de  J.  Sédillot 
(1817)  que  l’attention  des  chirurgiens  fut  appelée  sur  ce  point;  autre¬ 
fois,  on  les  confondait  soit  avec  de  simples  douleurs  musculaires,  soit 
surtout  avec  les  ruptures  tendineuses,  avec  lesquelles,  en  effet,  elles  pré¬ 
sentent  d’étroites  analogies. 

Elles  s’effectuent  presque  toujours  au  moment  de  la  contraction  excessive 
ou  mal  dirigée  du  muscle  même  qui-  en  est  le  siège  ;  il  est  douteux  que  la 
rupture  vraie  puisse  avoir  lieu  sur  un  muscle  eu  état  de  relâchement,  à 
moins  toutefois  qu'elle  ne  résulte  de  Faction  directe  d’un  corps  étranger, 
ce  qui  rentre  dans  le  cadre  des  traumatismes,  et  non  dans  celui  des  ruptures 
spontanées. 

Il  est  assez  difficile  de  concevoir  comment  un  muscle  vient  à  se  rompre 
sous  l’influence  de  sa  propre  contraction,  la  résistance  du  muscle  devant 
augmenter  dans  la  proportion  même  de  l’effort  qu’il  déploie.  Aussi  les  rup¬ 
tures  musculaires  sont-elles  moins  fréquentes  que  les  ruptures  tendineuses 
(Nélaton),  malgré  l’opinion  contraire  de  J.  Sédillot,  ou  que  l’arrachement 
des  surfaces  osseuses  qui  donnent  insertion  aux  tendons. 

«  Les  ruptures  musculaires  proprement  dites,  occupant  le  ventre  même 
du  muscle,  affectent  le  plus  ordinairement  les  fléchisseurs,  dont  les  fibres 
sont  longues  et  les  tendons  très-courts...  Beaucoup  plus  rarement  les  exten¬ 
seurs  en  sont  affectés  ;  cependant,  des  faits  incontestables  démontrent  qu’elles 
ont  quelquefois  pour  siège  les  jumeaux,  le  crural  antérieur,  les  muscles  des 
gouttières  vertébrales  »  (Nélaton). 

La  rupture  musculaire  est  toujours  le  résultat  d’un  effort  subit,  excessif, 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  RUPTURES.  367 

et  provoquant  un  déplacement  des  leviers  osseux  si  rapide,  que  la  résis¬ 
tance  du  muscle  est  surmontée  et  que  la  rupture  a  lieu  avant  que  l’indi¬ 
vidu,  prévenu  de  l’impuissance  de  son  effort,  ou  du  développement  exa¬ 
géré  de  contraction  musculaire  auquel  il  se  livre,  ait  eu  le  temps  de  modérer 
cet  effort.  Ce  sont  surtout  les  mouvements  d’ensemble,  tels  que  le  saut,  la 
course,  l’action  d’élever  un  fardeau,  qui  entraînent  la  rupture  ;  le  côté  droit 
du  corps  est  le  plus  fréquemment  le  siège  de  cet  accident.  Les  efforts  du 
vomissement,  de  l’accouchement,  de  la  défécation  interviennent  également 
dans  la  production  des  ruptures,  quoique  ces  actes  ne  les  provoquent 
guère,  d’habitude,  que  sur  des  muscles  préalablement  malades.  Les  rup¬ 
tures  musculaires  sont  assez  fréquentes  à  la  suite  des  violentes  convulsions 
du  tétanos,  de  l’épilepsie,  du  delirium  tremens. 

Les  ruptures  musculaires  sont  complètes  ou  incomplètes,  c’est-à-dire  que 
la  solution  de  continuité  divise  totalement  le  muscle  en  deux  segments  ou 
qu’elle  n’intéresse  qu’un  certain  nombre  de  faisceaux  ou  de  fibres.  Le  plus 
souvent,  un  épanchement  sanguin  plus  ou  moins  abondant  s’effectue  si¬ 
multanément  et  peut  s’accompagner  d’une  ecchymose  visible  quand  le 
muscle  est  sous-cutané. 

La  rupture  survient,  comme  nous  l’avons  dit,  le  plus  souvent  à  la  suite 
d’un  effort  excessif  et  mal  calculé  ;  l’individu  éprouve  une  douleur  subite, 
intense,  qu’il  compare  à  un  coup  de  fouet,  à  un  coup  de  bâton,  et  qui  siège 
au  niveau  de  la  rupture  ;  souvent  on  perçoit  un  craquement  soudain  plus  ou 
moins  net,  rappelant  parfois  le  bruit ‘qui  accompagne  les  fractures  des  os. 
Le  mouvement  que  le  sujet  était  en  train  d’accomplir  est  brusquement  sus¬ 
pendu  ;  quand  la  lésion  occupe  les  muscles  des  extrémités  inférieures  ou  les 
extenseurs  du  tronc,  la  marche  est  impossible,  le  malade  se  couche  ou  s’as¬ 
sied;  quand  la  rupture  affecte  les  muscles  de  la  nuque  ou  les  sterno-mas- 
toïdiens  (ce  qui  arrive  assez  souvent  chez  les  terrassiers  qui  projettent  en 
haut  des  pelletées  de  terre),  l’attitude  est  particulière  et  rappelle  celle  du 
torticolis. 

Si  l’on  explore  la  région  malade,  on  constate,  quand  la  rupture  est  com¬ 
plète,  un  écartement  souvent  considérable  entre  les  deux  segments  du 
muscle,  écartement  qui  augmente  quand  le  muscle  se  contracte  ;  par  des 
manœuvres  douces  et  en  mettant  le  muscle  en  relâchement,  on  peut,  au 
contraire,  presque  en  affronter  les  deux  bouts.  Quand  la  rupture  est  par¬ 
tielle  et  quand  quelques  fibres  seulement  sont  compromises,  les  signes  lo¬ 
caux,  sauf  la  douleur  exaspérée  par  les  mouvements  et  un  gonflement  plus 
ou  moins  étendu,  ne  sont  guère  caractéristiques,  et  c’est  par  le  mode  de 
production,  par  l’intensité  et  l’apparition  subite  de  la  douleur,  par  la  gêne 
fonctionnelle,  que  l’on  est  surtout  amené  à  soupçonner  la  rupture  {voy. 
Lumbago.) 

11  est  rare  que  les  ruptures  musculaires,  même  complètes  et  étendues,  se 
terminent,  chez  l’homme  sain,  par  suppuration  ;  le  plus  souvent,  le  caillot 
interposé  se  résorbe  ou  s’organise;  une  intersection  fibreuse  solide  réunit 
les  bouts  divisés  du  muscle,  et  le  sujet  récupère  l’intégrité  presque  absolue 
de  son  fonctionnement  musculaire. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIKURGICALE. 


Le  traitement  consistera  surtout  dans  le  repos,  dans  une  bonne  position 
imprimée  au  membre,  de  façon  à  relâcher  le  muscle  et  à  en  rappi'ocher  le 
plus  possible  les  deux  segments  divisés.  Les  résolutifs  calmeront  l’inllam- 
mation  locale  et  faciliteront  la  résorption  de  l’épancbement.  La  cicatrice 
une  fois  obtenue,  on  favorisera  le  jeu  du  muscle  et  on  en  activera  la  nu¬ 
trition  par  l’emploi  du  massage,  de  douches,  de  frictions,  etc. 

Le  domaine  des  ruptures  musculaires  partielles  et  ne  se  traduisant  guère 
que  par  de  la  douleur  locale  et  de  l’impotence  fonctionnelle  est  plus  étendu 
qu’on  ne  serait  tenté  de  le  croire  de  prime  abord.  C’est  ainsi  que  Gubler,  dans 
ses  récentes  et  intéressantes  recherches  sur  la  cinésialgie,  a  montré  qu’un 
grand  nombre  d’états  douloureux  des  muscles,  de  pleurodynies,  de  myody¬ 
nies  se  rattachent  probablement  à  des  ruptures  incomplètes  portant  sur 
quelques  fibres  musculaires.  (Voy.  la  partie  médicale  de  cet  ai’ticle, 
page  303). 

En  revanche,  le  professeur  Verneuil,  tout  récemment,  a  appelé  l’attention 
•  sur  certaines  formes  graves  de  ce  que  l’on  appelle  vulgairement  le  coup  de 
fouet,  et  que  l’on  attribue  communément  à  la  rupture  de  quelques  faisceaux 
des  muscles  du  mollet  et  surtout  du  plantaire  grêle  (J.  Sédillot).  Cette  rup¬ 
ture,  que  personne  n’a  jamais  pu  observer  de  visu,  ne  suffit  pas  pour  l’ex¬ 
plication  des  phénomènes  inquiétants  de  phlébite  que  Verneuil  a  vus  parfois 
survenir  à  la  suite  du  coup  de  fouet,  et  qui,  dans  deux  cas,  entraînèrent 
la  mort.  Dans  la  pensée  de  Verneuil,  il  s’agissait  sans  nul  doute,  non  de 
rupture  musculaire,  mais  de  rupture  veineuse  portant  sur  des  veines  pro¬ 
fondes  et  variqueuses  du  mollet.  Ces  ruptures  veineuses  peuvent  être  sui¬ 
vies  de  tout  le  cortège  habituel  de  ce  genre  de  lésions,  de  phlébite,  d’infec¬ 
tion  purulente  et  d’embolie  ;  dans  un  cas  de  Verneuil,  relatif  à  un  coup  de 
fouet  survenu  chez  un  variqueux,  des  manœuvres  de  massage  exercées 
pendant  la  convalescence  occasionnèrent  la  mort  subite. 

Il  importe  donc,  dans  certains  coups  de  fouet,  survenant  surtout  chez 
des  sujets  variqueux,  de  ne  jamais  perdre  de  vue  la  possibilité  de  la  rupture 
d’une  varice  profonde;  de  là  l’indication  formelle  d’un  repos  rigoureux, 
d’une  immobilité  sévère,  et  l’abstention  de  tout  massage,  recommandée  par 
J.  Sédillot,  pratique  qui  pourrait  facilement  avoir  pour  résultat  le  détache¬ 
ment  d’un  caillot  avec  sa  migration  et  toutes  ses  conséquences  fatales. 

Hernies  musculaires.  —  Sous  ce  nom,  on  désigne  «  la  rupture  de  l’apo¬ 
névrose  d’enveloppe  d’un  muscle,  à  travers  laquelle  s’engagent  les  fibres 
du  muscle  pendant  sa  contraction,  comme  les  viscères  intestinaux  s’enga¬ 
gent  dans  des  ouvertures  normales  ou  accidentelles  »  (Després,  page  130). 
Mentionnée  pour  la  première  fois  par  Fouteau  et  par  Reydellet,  cette  affec¬ 
tion  rare  a  été  surtout  étudiée  par  Dupuytren,  Bérard,  Mourlon,  Dauvé, 
et  la  réalité  ne  saurait  aujourd’hui  en  être  contestée. 

Les  hernies  musculaires  occupent  surtout  les  puissants  muscles  sous-cu¬ 
tanés  du  membre  abdominal,  les  adducteurs  de  la  cuisse,  les  jumeaux,  le 
droit  antérieur  de  la  cuisse  ;  on  les  a  principalement  décrites  chez  les  cava¬ 
liers,  au  moment  des  efforts  pour  se  mettre  en  selle,  ou  à  la  suite  d’une  ad¬ 
duction  trop  énergique  des  cuisses.  Que,  dans  ces  cas,  la  pression  fréquente 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE. 


éprouvée  par  l’aponévrose  par  le  fait  de  monter  à  cheval,  favorise  l’usure 
progressive  et  finalement,  sous  l’influence  d’un  effort  violent,  la  rupture  de 
cette  membrane,  ainsi  que  le  pense  Dupuytren,  c’est  là  un  fait  probable. 

Quelquefois  (cas  de  Ch.  Sédillot)  la  hernie  musculaire  s’effectue  lente¬ 
ment,  silencieusement,  sans  effort  préalable  ;  mais  le  plus  souvent  c’est  à  la 
suite  d’une  contraction  musculaire  vive  qu’apparaît  la  tumeur,  parfois  avec 
un  craquement  particulier  et  que  le  cavalier  dont  parle  Mourlon  comparaît 
à  un  coup  de  pistolet.  La  douleur,  le  plus  souvent,  est  forte,  pai’fois  accom¬ 
pagnée  de  syncope,  parfois  à  peine  accusée.  En  même  temps,  apparaît  sous 
la  peau  une  tumeur  molle,  réductible  totalement  ou  en  partie,  pâteuse  lors 
du  repos  des  muscles,  durcissant  notablement  pendant  la  contraction.  Il 
n’est  pas  rare  de  trouver  un  bord  dur  circonscrivant  la  tumeur  pendant  le 
relâchement  des  muscles  (Larrey),  et  donnant  au  toucher  la  sensation  d’une 
véritable  boutonnière  aponévrotique.  Jamais  la  tumeur  n’est  pédiculée. 

Les  hernies  musculaires,  devenues  habituelles,  s’accompagnent  d’une 
simple  gêne  plutôt  que  de  symptômes  proprement  pathologiques  ;  tout  se 
borne,  le  plus  souvent,  à  la  présence  de  la  tumeur  et  à  un  affaiblissement 
plus  ou  moins  notable  du  muscle  qui  en  est  le  siège. 

Quand  la  hernie  musculaire  est  simple,  que  la  tumeur  n’a  pas  contracté 
d’adhérences  avec  la  peau,  qu’elle  s’affaisse  pendant  le  relâchement  pour 
durcir  pendant  la  contraction  du  muscle,  que  la  boutonnière  fibro-aponé- 
vrotique  qui  la  bride  est  nettement  dessinée,  le  diagnostic  est  facile  ;  il 
en  est-  autrement  quand  le  muscle  hernié  et  les  parties  environnantes  ont 
contracté  des  adlîérences. qui  masquent  les  signes  caractéristiques  delà 
hernie  musculaire. 

Le  traitement  sera  toujours  d’une  grande  simplicité.  Quand  la  tumeur 
n’est  pas  développée  et  qu’elle  ne  détermine  pas  de  gêne,  il  n’y  a  rien  à 
faire;  quand  la  hernie  est  plus  volumineuse,  il  est  bon  de  la  maintenir, 
soit  par  des  bandages  en  coutil,  soit  par  une  petite  pelote.  Follin  conseille, 
dans  le  but  d’obtenir  la  guérison  radicale,  .de  faire  une  incision  profonde 
allant  Jusqu’au.K.  muscles,  de  faire  suppurer  la  plaie,  et  de  provoquer  ainsi 
une  cicatrice  fibreuse  solide  oblitérant  la  perte  de  substance  éprouvée  par 
l’aponévrose.  Quant  à  l’ablation  de  la  portion  de  muscle  herniée,  quoi 
qu’elle  ait  été  pratiquée  par  Barwell*et  par  Sédillot,  c’est  là  une  opération 
dont  il  sera  sage,  dans  la  plupart  des  cas,  de  s’abstenir.  . 

Luxations.  —  Les  rares  cas  décrits  sous  cette  rubrique  se  rapportent 
en  réalité  à  des  luxations  de  tendons,  et  nous  renvoyons  à  ce  mot 
{voy.  Tendon)  pour  l’exposé  de  quelques  observations  relatives  à  ce  point. 

Tumeurs.  Épanchements  sanguins.  —  Hématomes  intra-musculaires. 
—  La  plupart  des  hémorrhagies  intra-musculaires  décrites  par  Cruveilhier 
et  Velpeau  sous  le  nom  d’apoplexie  des  muscles,  se  rapportent  en  fait  à 
des  cas  de  ruptures  musculaires,  avec  hématomes  plus  ou  moins  considé¬ 
rables,  développées  dans  le  cours  des  fièvres  graves,  et  surtout  dans  la  fièvre 
typhoïde  ;  nous  n’avons  donc  pas  à  nous  en  occuper. 

Des  hématomes  peuvent  encore  se  produire  dans  les  ruptures  musculaires 
effectuées  chez  l’homme  sain  (faits  de  Fouteau,  Deramé,  Richerand,  Larrey, 

NOUV.  DICT.  DE  HÉD.  ET  CHIB.  XXIII.  —  24 


370 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE. 


Richardson,  Legouest).  Le  diagnostic  en  est  généralement  facile  et  se  con¬ 
fond  avec  celui  de  la  déchirure  du  muscle,  cause  première  de  l’hémor¬ 
rhagie.  Le  pronostic  est  en  général  bénin,  si  l’hémorrhagie  a  lieu  chez  un 
homme  sain,  en  dehors  de  la  fièvre  typhoïde,  du  scorbut,  de  l’hémophilie 
■ou  d’auti’es  maladies  à  tendance  hémorrhagique.  L’ouverture  de  la  tu¬ 
meur  n’est  guère  à  conseiller,  même  quand  la  résolution  sera  tardive,  car 
elle  s’efiéctue  presque  toujours  à  la  suite  du  repos  et  de  l’application  de 
quelques  topiques. 

Tumeurs  érectiles.  —  Les  angiomes  simples  ou  caverneux:  des  muscles, 
disent  Cornil  et  Ranvier,  ne  sont  pas  rares.  Després  en  a  réuni  six  observa¬ 
tions  dans  sa  thèse  de  concours,  en  faisant  abstraction  des  tumeurs  érectiles 
•des  lèvres  et  de  la  langue  qui  envahissent  fréquemment  la  substance  mus¬ 
culaire.  On  les  a  constatés  sur  le  demi-membraneux  (cas  de  Teevan),  sur 
le  sterno-mastoïdien  (R.  Liston),  sur  le  grand  dorsal  (Legros-Clarck),  dans 
l’épaisseur  du  long  supinateur  (Demarquay),  sur  le  triceps  crural  (Richet). 
Histologiquement,  la  constitution  de  ces  tumeurs  est  celle  de  toutes  les  tu¬ 
meurs  caverneuses.  Le  diagnostic  en  a  été  rarement  fait  avant  l’opération, 
la  tumeur  étant  facilement  confondue  avec  un  lipome  ou  un  fibrome,  à 
moins  que  les  signes  ne  soient,  comme  dans  le  cas  de  Liston,  ceux 
d’une  tumeur  érectile  sous-cutanée  ;  c’est,  du  reste,  le  seul  cas  où  la  lésion 
ait  été  diagnostiquée.  L’ablation  est  le  meilleur  mode  de  traitement  (Ar¬ 
mand  Després). 

Varices. —  D’après  les  remarquables  recherches  de  Verneuil  sur  les  vari¬ 
ces  profondes  précédant  souvent  l’apparition  de  varices  superficielles,  on 
sait  que  les  dilatations  variqueuses  occupent  non-seulement  les  veines 
profondes  intermusculaires,  mais  les  rameaux  intra -musculaires  eux- 
mêmes,  d’où  la  consistance  pâteuse,  noueuse,  souvent  pseudo-lipomateuse 
que  présentent  parfois,  à  la  palpation,  les  muscles  des  mollets  chez  les  su¬ 
jets  variqueux.  C’est  à  ces  tuinéfactions,  tant  intra-musculaires  qu’extra¬ 
musculaires,  et  à  la  compression  des  filets  nerveux  qu’elles  déterminent 
qu’il  faut  attribuer,  en  partie,  les  douleurs  éprouvées  par  ces  sujets,  surtout 
à  la  suite  de  la  marche  ou  de  la  station  prolongée. 

Lipomes.  —  Armand  Després  ne  cite  que  deux  cas  de  lipomes  obsei’vés 
tous  deux  sur  les  muscles  de  la  langue  (cas  de  Laugier  et  de  Follin),  et  en¬ 
core  ces  néoplasmes  siégeaient-ils  en  réalité  ou  dans  les  interstices  muscu¬ 
laires  ou  sous  la  muqueuse  de  l’organe.  Depuis,  Volkmann  en  a  signalé  un,  de 
la  grosseur  d’un  œuf  de  canard,  siégeant  dans  l’épaisseur  même  du  demi- 
membraneux  ;  Faraheufen  a  trouvé  un  autre  sur  le  cadavre,  sous  l’aponé¬ 
vrose  d’enveloppe  du  muscle  couturier.  Il  s’agit  donc  là  de  pures  curiosités 
anatomo-pathologiques . 

Tumeurs  cancéreuses  des  muscles.  —  Le  cancer  des  muscles  est  presque 
toujours  secondaire,  soit  qu’il  résulte  de  la  propagation  directe  de  produc¬ 
tions  cancéreuses  développées  dans  leur  voisinage,  soit  qu’il  se  dépose 
dans  les  muscles,  comme  ailleurs,  comme  localisation  métastatique  d’une 
carcinose  généralisée.  Quant  au  cancer  des  muscles,  il  est  extrême¬ 

ment  «are  et  son  existence  est  contestable. 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE. 


371 


Le  cancer  propagé  aux  muscles  (carcinome  vrai,squirrhe  ou  épithélioma) 
est  fréquent  ;  il  s’observe  surtout  sur  les  muscles  de  la  paroi  thoracique, 
par  propagation  du  cancer  du  sein,  ou  sur  le  muscle  orbiculaire  des  lèvres 
dans  le  cancroïde  des  lèvres,  ou  sur  les  muscles  linguaux  dans  le  cancer  de 
la  langue  ;  les  cancers  du  bulbe  oculaire  envahissent  constamment  les 
muscles  de  l’orbite,  etc.  On  a  constaté,  dit  Rindfleisch,  que  dans  tous  ces 
cas  les  muscles  restent  complètement  passifs.  Les  éléments  cancéreux  in¬ 
filtrent  simplement  les  interstices  des  faisceaux  primitifs,  les  dissèquent  en 
quelque  sorte  et  les  atrophient.  Cependant,  d’après  0.  Weber,  les  cellules 
comprises  dans  l’intérieur  du  sarcolemme  (noyaux  musculaires),  prennent 
part  au  processus,  se  multiplient  et  donnent  naissance  à  de  véritables  nids 
de  cellules  cancéreuses  placées  à  l’intérieur  de  la  gaine  du  sarcolemme. 
Volkmann,  dans  des  recherches  récentes,  a  constaté  ces  mêmes  nids  can¬ 
céreux  dans  l’intérieur  du  sarcolemme  ;  mais  pour  lui  ils  résulteraient,  non 
de  la  prolifération  des  noyaux  intra-musculaires,  mais  de  la  pénétration,  à 
travers  le  sarcolemme  érodé,  des  cellules  cancéreuses. 

Le  carcinome  métastatique  des  muscles  apparaît  sous  forme  de  noyaux 
plus  ou  moins  gros  et  qui  n’offrent  rien  de  caractéristique. 

Le  cancer  primitif  des  muscles  est  tellement  rare  que  son  existence  même 
est  hypothétique  ;  telle  est  la  conclusion  à  laquelle  arrive  Després  à  la  suite 
de  la  discussion  à  laquelle  il  soumet  les  diverses  observations  publiées  par 
Teevan,  Paraientier,  Vidal,  Demarquay,  Chassaignac,  Vignes,  etc.,  comme 
étant  des  cancers  primitifs  des  muscles  ;  la  plupart  avaient  trait  à  des  can¬ 
cers  propagés  ou  métastatiques,  ou  à  des  sarcomes. 

Sarcomes.  —  Les  tumeurs  sarcomateuses  sont  assez  fréquemment  ob¬ 
servées  sur  les  muscles,  où  elles  se  développent  le  plus  souvent  par 
propagation,  dans  quelques  cas  d’une  façon  incontestablement  primitive,  et 
alors  elles  siègent  volontiers  au  point  de  jonction  du  muscle  et  du  tendon, 
parfois  sur  le  tendon  lui-même  (Volkmann).  Toutes  les  variétés  de  sarcomes 
(fibro-sarcome,  sarcome  médullaire,  glio-sarcome,  myxo-sarcome,  etc.) 
peuvent  occuper  les  muscles  ;  ils  infectent  rarement  le  ganglion,  mais  ré¬ 
cidivent  facilement  sur  place,  surtout  si  l’ablation  n’est  pas  totale  ;  parfois 
ils  sont  suivis  de  généralisation. 

Myomes.  —  On  désigne  sous  ce  nom  des  tumeurs  renfermant  des  élé¬ 
ments  musculaires  en  plus  ou  moins  grande  abondance  ;  tantôt  ce  sont  des 
fibres  striées,  d’où  le  nom  de  rhabdomyomes  {piSSoç,  strié,  cannelé)  pro¬ 
posé  par  Zenker  pour  les  tumeurs  composées  de  la  sorte  ;  tantôt,  et  le  plus 
souvent,  ce  sont  des  fibres  lisses,  d’où  la  dénomination  de  lëiomyome 
().eTo;,  lisse) .  Virchow  a  proposé  de  substituer  à  la  nomenclature  de  Zen¬ 
ker,  qui  cependant  est  généralement  acceptée,  les  désignations  de  myome 
strio-cellulaire  et  myome  lœvicellulaire. 

Les  rhabdomyomes  sont  extrêmement  rares,  surtout  à  l’état  de  rhabdo- 
myome  pur,  c’est-à-dire  formé  presque  exclusivement  par  des  fibres  mus¬ 
culaires  ;  le  plus  souvent  celles-ci  sont  plus  ou  moins  abondantes  et  mêlées 
de  tissu  conjonctif  ordinaire,  ou  de  tissu  lymphoïde,  ou  bien  encore  de 
tissu  myxomateux  ou  sarcomateux  ;  dans  d’autres  cas,  les  faisceaux  mus- 


372 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE, 


culaires  sont  séparés  par  de  véi’itables  dilatations  kystiques;  de  là  les 
différentes  variétés  de  ce  que  Zeuker  appelle  le  rhabdomyome  mixte,  le 
myome  cystique,  le  sarcomyome,  etc. 

Le  rhabdomyome  se  rencontre,  le  plus  souvent,  à  l’état  congénital,  et  les 
moins  rares  de  tous,  à  cet  égard,  sont  les  myomes  congénitaux  du  cœur 
(cas  de  Virchow,  de  Recklinghausen  et  de  Kantzow).  Skezeczka,  cité  par 
Virchow,  a  publié  un  cas  analogue  recueilli  chez  l’adulte,  où  tout  le  ven¬ 
tricule  gauche,  ainsi  que  la  cloison,  formait  une  tumeur  aréolaire,  comme 
spongieuse,  une  sorte  de  myome  caverneux. 

Les  cas  de  macroglossie,  congénitale  ou  acquise,  rentrent  aussi  dans  la 
classe  des  rhabdomyomes,  quoique  la  limite  d’avec  la  simple  hypertrophie 
soit,  dans  l’espèce,  difficile  à  établir  ;  d’après  Virchow,  la  plupart  des  faits 
connus  de  macroglossie  se  rapportent  surtout  à  un  développement  exagéré 
du  tissu  conjonctif  interfibrillaire,  soit  sous  forme  de  tissu  conjonctif  simple, 
soit  sousforme  de  tissu  connectifavecdes  cavités  lymphatiques  ou  un  véritable 
tissu  caverneux  ;  en  un  mot,  la  macroglossie  ne  diffère  de  la  glossite  in¬ 
terstitielle  proprement  dite  que  par  ce  fait  que,  malgré  l’hypertrophie  de  la 
gangue  conjonctive,  la  substance  musculaire,  loin  de  s’atrophier,  se  con¬ 
serve  parfaitement  {toij.  art.  Langue,  t.  XX,  p.  130  et  suiv.). 

Billroth,  Lambl,  Buhl  ont  décrit  sous  le  nom  de  myomes,  de  rhabdo¬ 
myomes,  des  tumeurs  analogues  observées  sur  les  muscles  extérieurs 
(muscles  du  bras,  grand  pectoral,  muscles  de  la  région  lombaire).  Virchow, 
dans  la  critique  qu’il  fait  de  ces  cas,  met  en  doute  la  nature  proprement 
musculaire  de  la  tumeur  ;  il  montre  qu’il  peut  exister  dans  ces  faits  une 
double  source  d’erreur  ;  la  première,  qui  consiste  à  prendre  pour  des 
fibres  musculaires  de  nouvelle  formation  des  faisceaux  musculaires  atro¬ 
phiés  ;  la  seconde,  qui  consiste  à  regarder  comme  des  éléments  contractiles 
les  giganti-œllules  (plaques  à  noyaux  multiples)  qui  parfois  présentent 
une  striation  très-nette.  «  Je  ne  connais,  conclut  Virchow,  jusqu’à  pré¬ 
sent,  aucun  cas  certain  de  tumeur  charnue  à  cellules  striées,,  des  muscles 
périphériques  volontaires,  en  d’autres  termes,  aucun  cas  de  myome  hyper¬ 
plasique.  » 

Il  en  est  autrement  de  ce  que  Virchow  appelle  les  myomes  hétéropla- 
siques,  ou  hétérotopiques,  c’est-à-dire  formés  d’éléments  musculaires  striés 
plus  ou  moins  nombreux  développés  au  sein  de  tumeurs  variables  et  dans 
des  régions  du  corps  où  normalement  le  tissu  musculaire  fait  défaut. 

Rentrent  dans  cette  catégorie  les  cas  de  Virchow,  de  Billroth,  de  Senft- 
leben,  etc.,  où  l’on  constata  l’existence  de  fibres  musculaires  striées  dans 
des  sarcomes  ou  des  cystosarcomes  développés  dans  la  tunique  vaginale  du 
testicule,  dans  l’ovaire,  dans  la  mamelle,  dans  la  glande  coccygienne.  Il 
est  probable  qu’il  s’agissait  dans  ces  cas  de  tumeurs  par  inclusion,  de  téra¬ 
tomes  plutôt  que  de  néoplasies  hétérotopiques  proprement  dites. 

Pour  ce  qui  est  de  la  bénignité  ou  de  la  malignité  des  rhabdomyomes, 
la  question  est  encore  indécise,  vu  le  peu  de  cas  jusqu’ici  observés,  et  la  pré¬ 
dominance  des  formes  mixtes  (myosarcomes,  myocarcinomes).  Cependant, 
même  pour  les  myomes  purs  et  non  hétérotopiques-  (comme  dans  le  cas 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  373 

de  Billroth,  où  il  s’agit  d’un  rhabdomyome  des  muscles  du  bras),  la  récidive 
a  été  souvent  rapide  et  la  tumeur  manifestement  maligne. 

La  deuxième  espèce  de  myome,  celle  qui  est  constituée  par  des  fibres- 
cellules  lisses  (leïomyome),  est  de  beaucoup  la  plus  fréquente.  Elle  com¬ 
prend  la  plupart  des  tumeurs  anciennement  désignées  sous  le  nom  de 
corps  fibreux  (Bayle),  tumeurs  desmoides  (J.  Millier),  tumeurs  fibrdides 
(Rokitansky),  etc.  En  réalité,  outre  un  tissu  conjonctif  interstitiel  plus  ou 
moins  dense,  plus  ou  moins  modifié,  elles  se  composent  surtout  de  fibres- 
cellules  qui  apparaissent  très-nettement,  sous  forme  de  faisceaux  régulière¬ 
ment  disposés,  avec  leur  noyau  allongé  caractéristique,  sur  des  préparations 
ayant  séjourné  dans  l’acide  nitrique.  Ces  tumeurs  s’observent  sur  tous  les 
viscères  creux  à  tunique  musculaire  lisse,  sur  l’intestin,  sur  la  vessie, 
mais  surtout  sur  l’utérus,  qui  en  est  le  siège  d’élection,  et  c’est  à  l’article 
Utérus  que  l’on  trouvera  l’bistoire  anatomique  et  clinique  de  ces  tumeurs. 

Kystes  hydatiques.  —  Il  existe  dans  la  science  un  certain  nombre  d’ob¬ 
servations  de  kystes  bydatiques  développés  dans  l’intérieur  même  des 
muscles,  abstraction  faite  des  cas  plus  nombreux  de  kystes  siégeant  dans  le 
tissu  cellulaire  intermusculaire.  Després  et  Orillard,  dans  sa  tbèse  inaugu¬ 
rale,  ont  réuni  et  discuté  la  plupart  de  ces  faits.  Les  muscles  occupés  par  lès 
kystes  bydatiques  sont  surtout  le  biceps  buméral  (4  observations),  le  del¬ 
toïde  (2  observations),  le  grand  pectoral  (2  observations),  les  masses  sacro- 
lombaires,  le  triceps  brachial  ,  le  carré  des  lombes,  etc.  Les  kystes  sont  géné¬ 
ralement  peu  volumineux,  entourés  d’une  membrane  fibreuse  plus  ou  moins 
épaisse  qui  les  sépare  du  tissu  musculaire  refoulé,  anémié  et  sclérosé  par 
places  ;  le  plus  souvent  il  existe  plusieurs  bydatides  ;  quelquefois  on  n’en  a 
trouvé  qu’une  seule.  Le  liquide  peut  être  clair,  transparent,  non  coagulable 
par  la  chaleur,  ou  bien  louche  et  puriforme  quand  le  kyste  s’est  enflammé  ; 
on  y  trouve  des  bydatides  intactes  ou  plus  ou  moins  flétries,  ou  simplement 
des  crochets.  Dans  certains  cas  (Cruveilhier  fils),  malgré  des  recherches  soi¬ 
gneuses,  on  n’a  pas  constaté,  dans  l’intérieur  des  vésicules,  la  présence  de 
crochets. 

Dans  deux  cas,  le  diagnostic  a  été  fait  (par  Dupuytren  et  Nélaton)  avant 
toute  incision  et  toute  ponction,  grâce  à  l’existence  du  frémissement  byda¬ 
tique.  Le  plus  souvent,  la  nature  de  la  tumeur  n’est  reconnue  qu’après 
l’intervention  chirurgicale,  et  alors  que  l’on  croyait  avoir  alîaire  à  un  abcès 
froid,  à  un  kyste  simple,  à  un  lipome,  etc.  La  ponction  exploratrice,  en 
donnant  issue  à  un  liquide  clair,  transparent  comme  l’eau  de  roche,  non 
coagulable  par  la  chaleur  et  l’acide  nitrique,  ou  bien  encore  à  des  vésicules 
ou  à  des  crochets  d’échinocoques,  établira  la  nature  spéciale  de  la  tumeur. 

Tous  les  cas  publiés  ont  été  suivis  de  guérison  complète,  à  la  suite  de 
l’incision  simple,  de  l’ablation  ou  de  l’énucléation  de  la  tumeur. 

Cysticerques.  —  Dans  les  cas  de  ladrerie  observés  chez  l’homme,  l’exis¬ 
tence  de  ces  parasites  dans  l’intérieur  des  muscles  n’a  guère  été  constatée, 
jusque  dans  ces  derniers  temps,  qu’à  l’autopsie,  où  on  les  a  trouvés  fi’é- 
quemment  dans  la  plupart  des  muscles  extérieurs,  aussi  bien  que  dans  le 
cœur.  Chabert  observa  chez  un  enfant  une  tumeur  sous  la  langue,  laquelle 


374 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE. 


ayant  été  enlevée  par  Chaumontel,  fut  reconnue  comme  étant  un  cysticerque. 
Ce  fait,  ainsi  que  les  observations  de  Grève,  de  Behrend  et  le  cas  de  Billroth, 
est  plutôt  un  exemple  de  cysticerques  sous-muqueux  que  de  cysticerques- 
intra-musculaires  proprement  dits.  Boyron,  dans  une  thèse  récente  sur  la 
ladrerie  chez  l’homme,  a  publié  un  certain  nombre  d’observations  dans  la 
plupart  desquelles  les  muscles  contenaient  des  cysticerques.  L’observation 
de  Broca  est  particulièrement  instructive  ;  il  s’agit  d’un  homme  portant  sur 
les  parois  du  tronc  et  de  la  poitrine  de  petites  tumeurs  prises  pour  des 
productions  syphilitiques  ;  ces  tumeurs  siégeaient  dans  les  muscles,  quel¬ 
ques-unes  faisaient  saillie  sous  la  peau  ;  leur  volume  variait  depuis  celui 
d’un  pois  jusqu’à  celui  d’une  noisette.  «  L’une  de  ces  tumeurs  fut  incisée 
sur  l’avant-bras  droit,  et  à  travers  les  fibres  musculaires  écartées  on  trouva 
un  kyste  renfermant  un  scolex  de  tænia  solium,  avec  son  rostre  arrondi, 
ses  quatre  oscules  et  ses  deux  rangées  de  crochets.  »  Les  muscles  qui  pré¬ 
sentaient  le  plus  grand  nombre  de  ces  tumeurs  étaient  les  pectoraux,  les 
muscles  du  dos  et  de  l’épaule,  le  biceps  ;  les  muscles  des  membres  infé¬ 
rieurs,  de  la  cuisse,  du  mollet,  en  contenaient  aussi,  mais  en  moins  grand 
nombre.  Disons  que  le  malade  rendait  par  les  selles  des  anneaux  de  ver 
sblitaire  et  qu’il  souffrait  de  vertiges,  de  céphalalgie,  de  troubles  de  la  vue, 
de  pertes  de  connaissance  sous  forme  d’attaques,  indiquant  des  localisations 
plus  profondes  et  plus  graves  de  l’affection  parasitaire. 

Broca  traita  les  tumeurs  sunerficielles  par  la  ponction  et  l’écrasement 
entre  les  doigts;  375  kystes  furent  ainsi  ponctionnés  dans  l’espace  de  deux 
mois  et  demi;  cette  opération  suffit  pour  les  flétrir  et  les  faire  revenir  sur 
eux-  mêmes. 

Dans  une  observation  de  Lancereaux,  reproduite  dans  la  même  thèse,  il 
s’agit  de  kystes  multiples  à  cysticerques,  disséminés  sous  la  peau  et  dans 
l’épaisseur  des  muscles  ;  une  tumeur  à  cysticerques  existait  également  sous 
la  langue,  localisation  fréquente  et  caractéristique  de  la  ladrerie  chez  le 
porc,  mais  rare  chez  l’homme. 

Trichines.  —  Les  lésions  musculaires  résultant  de  la  présence  de  tri¬ 
chines  sont  exposées  à  l’article  Entozoaires  [Trichines  et  Trichinose),  t.  XIII, 
p.  395  et  suiv. 

Au  point  de  vue  de  la  pathologie  externe,  le  système  musculaire,  envi¬ 
sagé  d’une  façon  générale,  comporterait  un  certain  nombre  de  considéra¬ 
tions  intéressantes,  mais  qui  trouveront  mieux  leur  place  ailleurs.  Telle  est 
l’influence  des  muscles  sur  les  déplacements  des  os  dans  les  fractures  ;  tel 
est  encore  le  rôle  que  jouent  ces  organes  dans  la  production  des  luxations- 
et  dans  les  difficultés  que  comporte  leur  réduction;  dans  les  amputations, 
la  tonicité  et  la  contractilité  musculaires  rendent  compte  des  rétractions, 
primitives  aussi  bien  que  consécutives,  que  présentent  les  moignons.  Il 
serait  aisé  de  multiplier  ces  exemples. 

On  trouvera  à  l’article  Ténotomie  les  notions  qui  s’appliquent  aux  con¬ 
tractures  et  aux  rétractions  musculaires,  envisagées  au  point  de  vue  des¬ 
indications  opératoires  [voy.  aussi  les  articles  Contracture,  Pied-bot, 


MUSCLE.  —  PATHOLOGIE  CHIKURGICALE.  —  BIBLIOGRAPHIE.  375 

Torticolis)  ;  il  suffira  ici  de  signaler  ce  qui  a  trait  à  la  plus  rare  de  ces 
opérations,  à  la  myotomie  proprement  dite. 

Myotomie.  ■ —  Dans  les  cas  de  contracture  ou  de  rétraction  des  muscles, 
le  chirurgien  porte  le  plus  habituellement  la  section  sur  les  tendons  dhn- 
sertion,  plus  facilement  accessibles,  moins  vasculaires,  moins  volumineux; 
toutes  ces  raisons,  et  d’autres  analogues,  rendent  la  myotomie  une 
opération  e.xceptionnelle,  de  nécessité  et  ne  se  pratiquant  que  dans  cer¬ 
taines  conditions  spéciales.  Il  faut  y  recourir  nécessairement  quand  le 
muscle  ne  possède  pas  de  tendon  ou  quand  son  insertion  tendineuse  est 
tellement  courte,  qu’il  est  difficile  de  l’atteindre.  En  réalité,  ainsi  que  le  fait 
remarquer  le  professeur  Sédillot,  l’une  des  opérations  les  plus  courantes  de 
la  ténotomie,  la  section  du  cléïdo-mastoïdien  à  son  lieu  d’élection,  c’est- 
à-dire  à  environ  un  centimètre  et  demi  au-dessus  de  la  clavicule,  «  appartient 
autant  à  la  myotomie  qu’à  la  ténotomie,  si  l’on  considère  la  structure  des 
parties  que  l’on  divise  ». 

Dans  certains  cas,  à  la  suite  de  l’insuccès  de  la  ténotomie  dans  le  torti¬ 
colis  par  exemple,  Stromeyer,  Amussat,  Roux  divisèrent  le  corps  même  du 
sterno-cléido-mastoïdien  et  quelques  faisceaux  du  trapèze  ;  le  pectiné,  le 
couturier  ont  été  incises  de  même  par  Stromeyer.  Mais  ce  fut  surtout 
J.  Guérin  qui,  par  ses  recherches  expérimentales  et  cliniques,  étendit  le 
domaine  de  la  myotomie  et  l’appliqua  au  traitement  des  luxations  congé¬ 
nitales  et  surtout  des  déviations  rachidiennes.. C’est  en  effet  sur  les  muscles 
sacro-lombaires,  long  dorsal,  etc.,  que  la  myotomie  a  été  pratiquée  le  plus 
souvent  ;  le  manuel  opératoire  est  du  reste  identique  à  celui  de  la  téno¬ 
tomie  :  la  principale  règle  de  la  myotomie  comme  de  la  ténotomie  est  de 
se  conformer  aux  préceptes  de  la  méthode  sous-cutanée,  de  ne  faire  qu’une 
très-minime  ouverture  aux  téguments,  de  diviser  le  muscle  à  l’aide  d’un 
bistouri  très-étroit  ou  du  ténotome  et  de  fermer  aussitôt  la  plaie  à  l’aide  de 
taffetas  gommé,  pour  éviter  la  pénétration  de  l’air. 

J.  Guérin  a  pratiqué  maintes  fois  cette  opération  sur  les  muscles  du 
dos,  a  provoqué  dans  certains  cas  des  solutions  de  continuité  en  appa¬ 
rence  effrayantes,  de  0”‘,25  de  long  sur  0,06  de  profondeur,  sans  cependant 
observer  d’accidents.  Le  sang  épanché  forme  souvent  un  véritable  héma¬ 
tome  fluctuant  sous  la  peau  ;  mais  il  se  résorbe  rapidement  et  l’interstice 
qui  existe  entre  les  faisceaux  divisés  est  rapidement  comblé  par  du  tissu 
de  cicatrice.  Mais  si,  généralement,  la  myotomie,  même  quand  elle  porte 
sur  la  large  musculature  du  dos,  n’est  pas  suivie  d’accidents,  en  revanche 
elle  demeure  souvent  inefficace  au  point  de  vue  du  traitement  des  dévia¬ 
tions  rachidiennes. 

Sédillot  (J.),  Mémoire  sur  la  rupture  musculaire  (Mém.  de  la  Soc.  de  médecine  de  Paris, 

1817. 

Gendrin,  Histoire  anatomique  des  inflammations,  t.  II,  1826. 

Dance,  Mémoire  sur  l’odeur  fétide  et  stercorale  que  présentent  certains  abcès  développés- 

dans  les  parois  abdominales  [Arch.  gén.  de  médec.,  1832,  série  1,  t.  XXX,  p.  156). 
Ollivier,  Dict.  de  méd.,  en  30  vol.,  art.  Rupture.  Paris,  1839,  t.  XX. 

Boüqdet,  De  la  rupture  spontanée  des  muscles  de  la  vie  animale  ;  thèse  de  Paris,  1847 
Velpead,  Leçon  sur  la  myosite  (Gaz.  des  hôpitaux,  1853,  p.  600). 


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l’Académie  de  médecine,  t.  XIX,  1855,  et  tirage  à  part). 

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Verneuil,  Hydatides  des  muscles  (Bullet.  de  la  Soc.  de  chir.,  1873,  et  Gaz.  hebdomad., 
1873,  n“  4).  —  De  certaines  formes  graves  du  coup  de  fouet  (Compte  rendu  de  l’Associa¬ 
tion  française  pour  l’avancement  des  sciences,  à  Clermont-Ferrand,  1876,  séance  du 
24  août).  —  De  certaines  formes  graves  du  coup  de  (ouet  (Arch.  génér.  de  médecme,  jan¬ 
vier  et  février  1877). 

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Bourgougnou,  Ruptures  et  contractures  musculaires  des  ouvriers  chargeurs.Thèse  de  Paris,  1875. 
Rceseler,  Des  abcès  phlegmoneux  des  muscles.  Thèse  de  Paris,  1875. 

Broca,  Gaz.  hebdomad.  et  Bullet.  de  la  Soc.  de  chirurgie,  1876. 

Boyron,  Étude  sur  la  ladrerie  chez  l’homme,  comparée  à  cette  affection  chez  le  porc.  Thèse 
de  Paris,  1876. 

Nicaise,  De  la  myosite  infectieuse  (Revue  mensuelle  de  méd.  et  de  chir.,  1877,  n®  1,  p.  51). 
Voyez,  en  outre,  les  traités .  généraux  de  pathol.  externe  de  Nélaton,  Vidal  (de  Cassis), 
Follin  et  Duplay,  Volkmann  (in  Billroth  luid  Pitha’s  Handbuch  der  Chirurgie). 

Lockhart  Clarke,  Affections  of  the  niuscular  System  in  Holmes,  A  System  of  Surgery, 
2' édit.,  1870,  vol.  III. 

A.  Le  Dentü. 

mJTlSlHE,  MUTITÉ.  Voy.  Aphonie  et  Surdi-mütité. 

MTDRIASE.  Voy.  Iris,  tome  XIX,  p.  411. 

MTÉUlTE.  Voy.  Moelle  épinière. 

MTÉLOPEAXE.  Voy.  Os  ET  Thmehr. 

MYOPIE.  Voy.  Vision. 

MTOSIS.  Voy.  Iris,  tome  XIX,  p.  413. 

MYOSITE.  Voy.  Muscle. 


MYRTACÉES.  —  histoire  naturelle.  377 

MYRllVGlTE.  Voy.  Oreille. 

MYRRHE.  On  appelle  ainsi  un  suc  gommo-résineux  qui  découle  du 
gommier  porte-myrrhe  {Balsamodendron  Ehrenbergianum,  Berg.),  arbuste 
rabougri  et  épineux  de  la  famille  des  téréblnthacées-bürséracées  qui  habite 
l’Ai’abie  et  l’Abyssinie. 

La  myrrhe  se  présente  sous  forme  de  larmes  irrégulières,  pesantes,  rou¬ 
geâtres,  de  volume  très-variable,  couvertes  d’efflorescences  blanchâtres, 
demi-transparentes,  fragiles,  à  cassure  brillante  avec  de  petites  stries  blan¬ 
châtres.  Sa  saveur  est  âcre,  amère  ;  son  odeur  forte,  aromatique,  particu¬ 
lière.  On  donne  le  nom  de  Myrrhe  onguiculée  à  certains  fragments  présen¬ 
tant  des  stries  jaunâtres  en  forme  d’ongle.  Cette  substance  est  plus  soluble 
dans  l’eau  que  dans  l’alcool.  On  doit  rejeter  celle  qui  est  en  masses  agglo¬ 
mérées,  noirâtres  et  mélangées  de  produits  ligneux.  Sa  solution  alcoolique 
donne  avec  l’acide  azotique  un  précipité  rose  qui  passe  au  rouge  et  à  la 
couleur  lie  de  vin.  Cette  substance  contient  :  une  huile  volatile  (Myrrhol), 
deux  principes  résineux,  l’un  mou  et  l’autre  sec,  de  la  gomme  soluble,  de 
l’adragantine ,  des  sels.  L’huile  volatile  est  incolore,  très-fluide,  d’une 
saveur  balsamique  et  camphrée. 

La  myrrhe  est  une  substance  stimulante  qui,  à  faible  dose,  excite  les  fonc¬ 
tions  digestives,  augmente  l’appétit.  A  dose  plus  élevée,  elle  détermine  une 
excitation  générale  ;  Delioux  de  Savignac  recommande  comme  antigastral¬ 
gique  un  vin  dont  voici  la  formule  : 


Myrrhe  pulvérisée . .  20  grammes. 

Écorce  d’oranges  amères .  15  — 

Vin  de  Malaga .  1  litre. 


Il  prescrit  un  verre  à  madère,  soit  deux  cuillerées  de  ce  vin,  avant  ou  après 
le  repas,  selon  le  moment  où  les  douleurs  gastriques  se  font  le  plus  sentir. 

On  a  indiqué  cette  gomme  résine  dans  les  catarrhes  chroniques,  la  leu¬ 
corrhée,  l’aménorrhée,  la  chlorose,  seule  ou  unie  aux  préparations  mar¬ 
tiales,  soit  sous  forme  de  poudre,  dose  5  décig.  à  A  grammes,  soit  sous  forme 
de  teinture,  A  à  8  grammes.  La  teinture  sert  au  pansement  des  caries 
osseuses  et  dentaires,  de  la  gangrène  ;  Delioux  de  Savignac  recommande 
une  teinture  à  l’eau-de-vie,  moins  irritante  que  l’alcool,  et  dans  laquelle  on 
mettrait  seulement  10  0/0  de  myrrhe,  ou  bien  encore  une  eau-de-vie 
camphrée  à  laquelle  on  ajouterait  la  même  proportion  de  myrrhe. 

Les  parfumeurs  emploient  la  myrrhe  dans  la  confection  des  dentifrices, 
des  pastilles,  des  eaux  fumigatoires,  des  clous  fumants  (Piesse). 

On  pratique  avec  la  myrrhe  des  fumigations  excitantes.  Elle  entre  dans  la 
préparation  de  plusieurs  médicaments  composés,  tels  que  la  thériaque,  le 
baume  de  Fioraventi,  l’élixir  de  Garus,  l’emplâtre  de  Vigo,  les  pilules  de 
Cynoglosse. 

A.  Héraüd. 

Berg,  Darstellung  und  Beschreibung  der  offiziüellea  Gewâchse.  Leipzig,  1843,  Band  IV, 
pl.  XXXIX,  reprod.  in  Guibourt,  7'  édit,  par  Planchon,  t.  III. 

Marchand  (L.),  Sur  l’origine,  la  provenance  et  la  production  de  la  myrrhe.  Lu  à  la  Société 
linnéenne  de  Paris,  août  1866. 


378  MYRTACÉES.  —  histoire  naturelle. 

PiESSE,  Des  odeurs,  des  parfums  et  des  cosmétiques,  2“  édit.  Paris,  1877,  p.  153,  443,  445 
Deuoux  de  Savignac,  Dictionn.  encyclop.  des  sc.  médic.,  2'  série,  t.  XI. 

MYRTACÉES. — Histoire  naturelle. — Ce  nom  estceliii  d’une  famille 
de  plantes  créée  par  Jussieu,  appartenant  à  la  péripétalie  et  comprenant  des 
arbres  ou  arbrisseaux  d’un  port  élégant,  presque  toujours  ornés  de  leurs 
feuilles  en  tout  temps.  Les  feuilles  sans  stipules,  ordinairement  opposées  et 
entières,  roides,  quelquefois  épaisses  et  demi  cylindriques,  sont  fréquemment 
parsemées  de  points  glanduleux  et  transparents.  Les  fleurs,  hermaphrodites, 
b!anches,purpurines,  rouges,  jaunes,  mais  jamais  bleues,  solitaires  ou  diver¬ 
sement  groupées,  axillaires  ou  terminales,  sont  régulières,  rarement  un  peu 
irrégulières  et  disposées  sur  un  réceptacle  concave.  Calice  à  4-5  sépales  ou 
plus,  soudés  et  adhérents  avec  l’ovaire  infère,  tantôt  persistants,  tantôt  caducs, 
formant  quelquefois  une  calotte  ou  coiffe  qui  se  dégage  au  moment  de  l’épa¬ 
nouissement.  Corolle  polypétale,  régulière  ;  pétales  égalant  les  sépales  en 
nombre  et  alternes  avec  eux,  nuis  ou  rudimentaires  dans  quelques  cas, 
s’insérant  ainsi  que  les  étamines  sur  un  disque  qui  borde  la  gorge  du  calice 
et  forme  ordinairement  une  lame  ou  un  coussin  au-dessus  de  l’ovaire.  Éta¬ 
mines  généralement  très-nombreuses;  anthères  introrses,  biloculaires, 
longitudinalement  déhiscentes;  filets  libres  ou  soudés  en  plusieurs  faisceaux, 
généralement  très -développés  et  avec  des  proportions  inverses  de  celles  des 
pétales.  Ovaire  infère  ou  demi  infère,  à  une  ou  plusieurs  loges  ;  style  simple, 
stigmate  terminal  indivis.  Fruit  tantôt  charnu  et  en  forme  de  baie,  tantôt 
sec  et  capsulaire,  presque  toujours  couronné;  graines  droites;  test  crustacé 
ou  membraneux;  endosperme  nul. 

Les  IMyrtacées  ont  été  divisées  en  cinq  tribus  principales  :  Chamælau- 
ciées,  Leptospermées,  Myrtées,  Barringtoniécs,  Lécythidées.  — Les  Granatées, 
jadis  réunies  aux  Myrtacées,  forment  aujourd’hui  une  famille  distincte. 

Les  Chamælauciées  ne  fournissent  aucun-  produit  employé  en  médecine. 

Le  genre  leptospermum  qui  a  donné  son  nom  à  la  tribu  des  Leptospermées 
est  originaire  de  la  Nouvelle-Hollande  ;  il  contient  deux  plantes  :  le  lepto- 
sperme  àbalai  {L.scoparium,  Forst.)  et  le  leptosperme  thé  (L.  Thea,  Wild.), 
dont  les  feuilles  servent  à  préparer  une  infusion  aromatiqne.  C’est  à  la 
trihu  des  Leptospermées  qu’appartiennent  les  mélaleuques,  plantes  des 
Moluques  et  de  l’archipel  Indien,  fournissant  l’essence  de  Cajeput  (voy.  t.  VI) 
et  les  eucalyptes,  dont  les  produits  ont  été  introduits  depuis  quelque  temps 
dans  la  matière  médicale. 

Ce  genre  eucalypte  {Eucalyptus,  Lhér.)  est  formé  par  des  arhres  origi¬ 
naires  de  l’Australie  ou  de  l’archipel  Indien,  caractérisés  par  un  calice  se 
détachant  d’une  seule  pièce  comme  un  couvercle,  par  des  étamines  libres 
et  par  les  loges  de  son  ovaire,  parfois  uniovulées.  Les  feuilles,  souvent 
opposées  sur  les  rameaux  de  la  base  et  alternes  sur  ceux  du  sommet,  pré¬ 
sentent  parfois  un  limbe  aplati  transversalement  et  figurant  un  phyllode. 
Nous  citerons  parmi  les  plantes  de  ce  genre  ;  l’eucalypte  résineux  [E.resini- 
fera,  Smith)  ou  gommier  rouge  de  l’Australie  et  de  la  terre  de  Van  Diémen, 
dont  le  tronc  laisse  exsuder,  soit  naturellement,  soit  à  la  suite  d’incisions, 
un  suc  astringent  se  concrétant  en  masses  noires  à  la  surface,  rouges 


MYRTACÉES.  —  thérapeutique.  37& 

à  l’intérieur.  On  le  trouve  dans  le  commerce  sous  le  nom  de  Kim 
en  masse  de  Botany-Bay  ou  de  la  Nouvelle-Hollande.  Il  a  été  indiqué 
contre  la  dysentérie.  La  manne  de  la  Nouvelle-Hollande  est  fournie  par 
l’eucalypte  à  la  manne  (E.  mannifera,  Mudie)  et  l’eucalypte  ramifié  {E. 
dumosa,  A.  Cunningham);  elle  est  en  petites  masses  blanches,  arrondies, 
grenues  à  la  surface,  moins  douce  que  la  manne  ordinaire,  et  contient  un 
suc  particulier,  mélitose  (Berthelot).  On  extrait  des  feuilles  de  l’eucalypte 
poivré  {E.  piperata,  Sm.)  une  huile  analogue  à  celle  de  la  menthe  poivrée. 
Les  eucalyptus  ont  réussi  dans  les  pays  tempérés  et  sont  cultivés  sur  une 
grande  échelle  en  Algérie,  dans  nos  départements  du  sud-est,  en  Corse,  en 
Espagne,  en  Italie. 

L’espèce  la  plus  remarquable  au  point  de  vue  médical  est  l’eucalypte  globu¬ 
leux  (E.  glohulus,  Ezh\\\.),  grand  arbre  des  forêts  de  l’Australie  et  de  la  Tas¬ 
manie,  remarquable  par  la  rapidité  de  sa  croissance,  l’aspect  tout  particulier 
de  son  feuillage  pendant  et  la  beauté  de  son  bois  qui  est  incorruptible.  Les 
feuilles  sont  de  deux  formes  distinctes,  suivant  l’âge  des  rameaux  qu’elles 
recouvrent.  Sur  les  parties  jeunes,  elles  sont  opposées,  sessiles,  larges  à 
leur  base;  sur  les  parties  plus  âgées  de  l’arbre,  elles  deviennent  alternes, 
longuement  pétiolées,  falciformes.  Ce  sont  ces  feuilles  qu’on  utilise;  elles 
contiennent  une  huile  essentielle,  une  matière  résineuse  et  un  principe  amer 
neutre.  L’essence,  liquide,  légèrement  verdâtre,  d’odeur  pénétrante  et  aro¬ 
matique,  donne,  par  distillation  vers  175  degrés,  une  essence  oxygénée, 
l'eucalyptôl  (Cloëz).  La  résine,  rougeâtre,  cassante,  odorante,  est 

soluble  dans  l’alcool  et  dans  l’étber. 

La  tribu  des  Myrtées  est  représentée  dans  les  pays  méridionaux  par  le 
myrte  commun  (Jf.  communie,  L.),  aisément  reconnaissable  à  ses  fleurs 
blanches,  axillaires  et  solitaires,  à  ses  feuilles  persistantes,  ovales,  lancéo¬ 
lées,  aiguës,  courtement  pétiolées,  à  ses  baies  d’un  noir  bleuâtre.  Ces  fruits 
entraient  jadis  dans  la  préparation  de  plusieurs  compositions  astringentes. 
Dans  les  pays  chauds,  les  espèces  appartenant  à  cette  tribu  sont  nom¬ 
breuses  ;  nous  nous  contenterons  de  mentionner  :  Le  Myrte  piment  [Eu- 
genia  pimenta,  D.  C.)  cultivé  à  la  Jamaïque  pour  son  fruit  globuleux,  d’un 
gris  rougeâtre,  d’odeur  de  girofle  et  de  cannelle,  qui  est  connu  sous  le  nom 
de  piment  des  Anglais,  toute-épice,  poivre  de  la  Jamctique  ;  2°  le  goyavier 
poivTe  (Psidium  pyriferum  et  P.  pomiferum,  L.)  ou  goyavier  blanc  des  An¬ 
tilles  ;  les  fruits  ou  goyaves  servent  à  faire  des  gelées  et  des  confitures.  On 
les  utilise  comme  astringents  avant  leur  maturité  et  comme  relâchants 
lorsqu’ils  sont  mûrs  ;  3°  le  giroflier  aromatique  qui  a  été  précédemment 
décrit  dans  ce  dictionnaire  {voyez,  t.  XVI);  4°  VEugenia  dysenterica,  Mart., 
dont  les  fruits  sont  employés  au  Brésil  contre  la  dysentérie  ;  5°  le  Calyp- 
tranthes aromatica,  A.  S,  H.,  dont  les  boutons  remplacent  au  Brésilles  clous 
de  girofle  ;  6°  le  jambosier  {Jambosiavulgaris  L.),  dont  les  fruits  servent  à 
préparer  dans  les  pays  chauds  des  confitures  estimées. 

Dans  les  Barringloniées,  nous  citerons  :  le  Barringtonia  speciosa,  L.  f. 
Les  Chinois  font  entrer  ses  graines  dans  des  appâts  destinés  à  enivrer  le 
poisson;,  le  Barringtonia  racemosa,  Roxb.,  dont  l’écorce  est  fébrifuge;  le 


380  xMYKTACÉES.  —  thérapeütiüue. 

Gustavia  bresiliana,  D.  G.,  d’odeur  fétide,  dont  l’écorce  de  la  racine  a  été 
vantée  comme  résolutive. 

Dans  les  Lécythidées,  les  fruits  se  font  souvent  remarquer  par  leur  gros¬ 
seur.  Le  Couroupita  guianensis,  Aubl. ,  dont  le  fruit  volumineux  est  désigné 
sous  le  nom  de  boulets  de  canon,  le  Lecythis  ollaria,  L. ,  dont  les  pyxides 
volumineuses  {marmites  des  singes)  servent  au  Brésil  de  vases  et  de  marmites, 
appartiennent  à  cette  tribu  ;  il  en  est  de  même  des  Bertholletia,  dont  une 
espèce,  le  Bertholletia  excelsa  (Humboldt,  Bonpland)  fournit  en  Amérique 
une  huile  pouvant  rivaliser  avec  celle  d’olive. 

A.  Héraud. 

Müller  (Perd.),  Fragmenta  phytographiæ  Australiæ.  Melbourne,  ch.  XII. 

Cloez,  Note  sur  l’Eucalyptol,  lue  à  l’Académie  des  sciences  le  28  mars  1870. 

Tliérapeatiqne.  —  Les  nombreuses  espèces  que  renferme  la  famille 
dés  myrtacées,  possèdent  des  propriétés  diverses  et  multiples  ;  elles  four¬ 
nissent  des  principes  variés  et  surtout  des  huiles  essentielles,  dont  plusieurs 
sont  usitées  en  médecine  ;  je  ne  m’occuperai  dans  cet  article  que  de  celles 
qui  sont  le  plus  communément  employées. 

La  tribu  des  Myrtées  habite  surtout  les  contrées  du  Midi.  Les  feuilles 
et  les  baies  contiennent  une  huile  essentielle  très-odorante;  le  bois, 
l’écorce,  les  feuilles  fournissent  un  principe  astringent  qu’on  a  utilisé 
pour  le  tannage  des  cuirs.  Les  feuilles  et  la  racine  du  myrtus  acw- 
tangula  (piment  couronné)  ont  été  prescrites  sous  forme  de  décoction  et 
en  injections  contre  la  blennorrhagie  ;  les  baies  du  myrtus  cauliflora  sont 
employées  au  Brésil  comme  tempérantes  en  limonade,  en  sirop  ;  le  myrtus 
communis,  très-répandu  dans  les  pays  circum-méditerranéens,  est  d’un 
usage  banal  dans  la  médecine  populaire  :  par  le  tannin  et  par  l’huile  essen¬ 
tielle  qu’elle  contient,  cette  plante  possède  une  double  action,  elle  est  anti¬ 
septique  et  astringente  ;  comme  antiseptique,  l’infusion  et  la  poudre  des 
feuilles  sont  d’un  emploi  vulgaire  en  Provence,  en  Espagne,  en  Italie,  en 
Grèce,  dans  le  traitement  des  plaies,  des  ulcères,  des  maladies  sécrétantes 
de  la  peau,  des  engelures  à  toutes  les  périodes.  Delioux  de  Savignac  a 
recommandé  l’infusion  des  feuilles  et  des  baies  pour  le  pansement  des 
plaies  de  mauvaise  nature  avec  suppuration  fétide,  des  granulations  et  des 
ulcères  du  col  de  l’utérus.  En  qualité  d’astringent,  on  a  employé  l’infusion 
prolongée  de  feuilles  ou  de  baies  dans  la  leucorrhée  ;  non-seulement  elle 
diminue  et  même  parfois  supprime  l’écoulement,  mais  encore  calme  les 
douleurs  qui  la  compliquent  souvent  ;  Delioux  de  Savignac  conseille  les 
lotions  avec  cette  infusion  sur  les  parties  génitales  après  l’accouchement. 
Les  feuilles  sont  prescrites  à  l’intérieur,  en  poudre,'sous  forme  pilulaire,  et 
à  l’extérieur,  èn  injections,  dans  la  blennorrhagie  chronique,  et  le  catarrhe 
de  la  vessie  ;  Delioux  de  Savignac  a  employé,  avec  succès,  l’infusion  en 
lavements  dans  la  dysentérie  chronique. 

Les  propriétés  anticatarrhales  que  possèdent  un  grand  nombre  de  plantes 
de  cette  tiâbu,  et  surtout  le  myrte  commun,  sont  plus  en  évidence  sur  les 
muqueuses  génito-urinaires  que  sur  celles  des  voies  respiratoires  ;  néan¬ 
moins  ce  dernier  a  modifié  quelquefois  de  vieux  catarrhes  pulmonaires  avec 


MYRTACÉES.  —  thérapedtiqüe.  381 

expectoration  abondante.  L’infusion  est  recommandée  comme  moyen 
adjuvant  dans  les  ophthalmies  catarrhales  et  purulentes  ;  on  l’a  proposée 
comme  hémostatique  contre  les  ménorrhagies  et  les  hémorrhoïdes. 

L’huile  essentielle  de  myrte  est  prescrite  avec  avantage  en  frictions  contre 
les  rhumatismes  articulaires  et  musculaires  chroniques. 

L’eau  distillée  des  fleurs  et  des  feuilles  est  connue  sous  le  nom  A'eau 
d’ange  ;  elle  était  jadis  très-usitée. 

Le  myrte  d’Australie,  introduit  depuis  quelques  années  en  Europe  et 
acclimaté  dans  le  sud  de  l’Italie,  est  remarquable  par  la  quantité  de  crème 
.de  tartre  et  d’acide  tartrique  que  contiennent  ses  feuilles.  Il  a  été  signalé 
comme  une  source  d’acide  tartrique  (De  Luca). 

A  la  tribu  des  Leptospermées  appartiennent  les  Melaleuca,  dont  une 
espèce,  le  M.  Viridiflora,  est  très-répandue  dans  la  Nouvelle-Calédonie,  où 
elle  est  connue  sous  le  nom  de  Niaouli  :  les  naturels  emploient  ses  feuilles 
pour  corriger  le  mauvais  goût  de  l’eau  potable  ;  l’huile  essentielle  qu’elle 
fournit  est  communément  prescrite  en  frictions  contre  les  douleurs  rhu¬ 
matismales.  On  attribue  aux  émanations  aromatiques  des  Melaleuca,  très- 
nomhreux  dans  la  Nouvelle-Calédonie,  l’ahsence  des  fièvres  intermittentes 
dans  des  localités  présentant  les  conditions  hydrotelluriques  qui  favorisent 
leur  développement. 

L’eucalyptol,  appliqué  sur  la  peau,  ne  donne  lieu  à  aucune  action  très- 
appréciahle  ;  si  on  l’emploie  avec  frictions,  elle  détermine  une  sensation 
de  cuisson  et  amène  une  coloration  rouge  plus  ou  moins  marquée  ;  intro¬ 
duite  en  petite  quantité  dans  la  cavité  buccale,  elle  développe  une  saveur 
aromatique,  agi’éable,  un  peu  analogue  à  celle  de  la  lavande  ;  elle  excite  la 
salivation  ;  si  on  élève  les  doses,  ou  si  on  emploie  l’eucalyptol,  la  saliva¬ 
tion  est  plus  abondante  ;  un  sentiment  de  tension  se  manifeste  à  la  région 
épigastrique,  il  y  a  des  l'apports  ayant  le  goût  de  l’essence,  de  la  paresse  dans 
les  fonctions  digestives  (Gimbert)  ;  d’après  Gubler,  la  diarrhée  peut  survenir. 

A  la  dose  de  10  à  20  gouttes,  l’essence  aune  action  très-manifeste  sur 
les  fonctions  nerveuses  :  l'intelligence  est  plus  active,  le  travail  plus  facile, 
le  sommeil  s’établit  promptement  et  est  réparateur  ;  à  plus  hautes  doses 
•  (50  à  80  gouttes),  on  observe  une  céphalalgie  qui  va  graduellement  en 
augmentant,  de  la  fatigue  et  de  la  paresse  musculaires,  un  certain  degré 
d’anesthésie  et  de  l’insomnie  ;  quelquefois  on  remarque  de  l'excitation,  de 
la  fièvre  ;  la  respiration  est  précipitée,  la  soif  vive  (Gubler)  ;  ces  phéno¬ 
mènes  ont  une  très-courte  durée. 

L’Eucalyptus  a  fait  son  entrée  dans  la  thérapeutique  par  le  traitement 
des  fièvres  intermittentes.  De  Salvy,  embarqué  sur  la  Favorite  en  1829- 
1832,  nous  a  appris  le  premier  ses  propriétés  antipériodiques  ;  l’équipage 
de  cette  corvette  ayant  été  atteint  de  fièvi’es  intermittentes  graves,  une 
relâche  à  Botany-Bay  devint  nécessaire  ;  les  habitants  du  pays  donnèrent 
aux  malades  des  infusions  de  feuilles  d’eucalyptus  et  leur  guérison  fut  ra¬ 
pide  ;  mais  dans  ce  cas  il  y  avait  d’autres  conditions  importantes  qui  ont  dû 
participer  à  cet  heureux  résultat,  à  savoir  ;  changement  de  milieu,  aération, 
dissémination. 


382  MYRTACÉES.  —  thérapeütiûue. 

La  réputation  fébrifuge  de  l’eucalyptus  l’a  accompagné  en  Europe  ;  dans 
tous  les  pays  où  il  a  été  acclimaté,  on  a  vanté  son  efficacité  contre  les  ma¬ 
ladies  palustres  :  en  Espagne,  où  il  est  appelé  arbre  à  la  fièvre,  dans  la 
province  de  Valence,  en  Algérie,  en  Corse,  dans  le  midi  de  la  France ,  les 
propriétés  de  ce  nouveau  médicament  ont  été  exaltées,  louées  avec  excès  ; 
on  l’a  considéré  comme  un  remède  au  moins  égal  en  efficacité  au  sulfate 
de  quinine,  et  même  supérieur  dans  quelques  cas.  Carlotti  en  Corse, 
Marès ,  Lambert,  Trollier  en  Algérie,  Ahuméda,  Malingre  en  Espagne, 
Castan  à  Montpellier,  Brunei  à  Montevideo,  etc.,  en  font  les  plus  grands 
éloges.  D’autres  auteurs  ont  été  moins  heureux  et  ont  mis  en  doute  l’ac- , 
tion  fébrifuge  de  l’eucalyptus  :  Papillon,  de  Mascara,  a  prescrit  la  poudre 
de  feuilles,  l’extrait  alcoolique  à  dix-huit  fiévreux;  six  guérirent  sans 
traitement,  les  douze  autres  n’éprouvèrent  aucun  changement  ;  dans  un  cas 
seulement,  il  y  eut  une  espèce  d’apparence  de  succès  ;  Ed.  Burdel,  qui  a 
employé  dans  la  Sologne  diverses  préparations  d’eucalyptus,  n’en  a  pas 
obtenu  de  bons  résultats  ;  les  malades  supportaient  facilement  les  pre¬ 
mières  doses,  mais  ensuite  tous  finissaient  par  éprouver  une  grande  répu¬ 
gnance  et  une  constriction  pénible  à  la  gorge  quand  on  avait  recours  aux 
préparations  liquides.  James  Bonnet,  de  l’hôpital  d’Haslar  (1874),  essayant 
la  poudre  de  feuilles  contre  les  fièvres  intermittentes,  dont  étaient  atteints 
les  soldats  anglais  qui  venaient  de  faire  l’expédition  des  Achantis,  la  trouva 
pire  qu’inutile  {whorse  than  useless),  car,  dit-il,  elle  ajoutait  aux  souffrances 
des  malades  en  provoquant  des  nausées  et  des  vomissements.  J’ai  employé, 
dès  1866,  à  l’hôpital  maritime  de  Toulon,  la  poudre  récente  de  feuilles 
cueillies  immédiatement  sur  les  arbres  du  jardin  de  Saint-Mandrier  et  j’ai 
enregistré  plus  de  mécomptes  que  de  succès  ;  il  en  a  été  de  même  des 
expériences  faites  par  le  professeur  F.  Thomas,  de  Toulon. 

1 1  est  difficile  d’expliquer  ces  résultats  contradictoires  ;  néanmoins,  on  peut 
arriver  à  quelque  chose  de  satisfaisant,  en  prenant  en  considération  les 
caractères  variés  que  l’on  remarque  dans  la  symptomatologie  des  fièvres 
palustres.  Dans  mes  essais,  il  m’a  semblé  que  les  préparations  d’eucalyptus 
ne  développaient  une  efficacité  réelle  que  lorsque  le  stade  de  froid  était  bien 
accentué  et  d’une  certaine  durée,  car  elles  sont  ti-ès-utiles  pour  combattre 
Talgidité  ;  cette  appi’éciation  est  corroborée  par  les  bons  effets  que  j’ai 
obtenus  de  l’infusion  donnée  soit  en  boissons,  soit  en  lavements,  contre  les 
cholérines  estivales  et  les  algidités  consécutives  à  diverses  maladies  colo¬ 
niales  (cachexie  palustre,  diarrhées  et  dysentéries  chroniques).  Les  heu¬ 
reux  résultats  obtenus  par  Camille  Gros  en  Algérie,  en  1866,  par  l’emploi 
de  cette  infusion  contre  le  choléra  épidémique  viennent  à  l’appui  de  mon 
opinion  ;  ainsi  que  je  l’ai  constaté  dans  le  choléra  sporadique  fréquent  en 
Provence  pendant  Tété,  les  crampes,  so.us  l’influence  de  potions  et  de  lave¬ 
ments  d’eucalyptus,  cessaient;  les  vomissements  devenaient  moins  pénibles 
et  étaient  souvent  totalement  supprimés,  enfin  la  réaction  se  manifestait 
franchement. 

Cette  spécialité  d’action  de  l’eucalyptus  explique  les  résultats  satisfai¬ 
sants  qu’on  en  a  obtenus  contre  certaines  formes  du  paludisme  chronique. 


MYRTACÉES.  —  thérapedtique.  383 

caractérisées  par  des  accès  irréguliers  avec  réfrigération  prolongée^  dépres¬ 
sion  générale  des  forces,  tendance  aux  lipothymies  et  aux  syncopes  ;  dans 
ce  cas,  le  sulfate  de  quinine  est  plutôt  nuisible  qu’utile  et  doit  céder  la  place 
aux  toniques,  aux  stimulants  ;  les  diverses  préparations  d’eucalyptus,  et 
surtout  l’essence  et  l’alcoolat,  répondent  parfaitement  à  ces  indications  ; 
comme  tous  les  diffusibles,  elles  relèvent  les  forces,  raniment  la  puissance 
de  résistance  de  l’organisme  et  arrêtent  les  manifestations  ultérieures  de  la 
maladie. 

Si  dans  ces  conditions  bien  déterminées  les  préparations  d’eucalyptus 
sont  susceptibles  de  guérir  certaines  formes  de  fièvres  palustres,  les  plan¬ 
tations  de  cet  arbre,  par  les  émanations  aromatiques  qu’elles  fournis¬ 
sent,  ont  une  influence  évidente  sur  la  salubrité  des  pays  maremma- 
tiques.  On  l’a  expliquée  de  diverses  manières:  par  l’absorption  énergique 
des  eaux  souterraines  par  les  racines,  les  terrains  sont  asséchés  et  perdent 
une  partie  de  leur  action  nocive  ;  ces  arbres  à  croissance  rapide,  plantés  en 
grand  nombre,  constituent  une  barrière  qui  entrave  et  arrête  les  miasmes 
palustres  ;  les  émanations  abondantes  de  l’essence  qui  s’étendent  à  dis¬ 
tance  peuvent  exercer  comme  l’admet  Gubler,  une  influence  délétère  sur 
les  organites  d’origine  animale  répandue  dans  l’atmosphère,  qui  donnent  à 
ces  miasmes  leur  puissance  spéciale.  Quoi  qu’il  en  soit,  cette  préservation  est 
réelle;  des  faits  nombreux  et  bien  observés  que  la  place  qui  m’est  allouée 
m’empêche  de  relater  confirment  son  existence.  Ainsi  ta  propagation  des 
eucalyptus  intéresse  l’hygiène  à  un  haut  degré,  et  l’on  doit  applaudir  aux 
efforts  généreux  tentés  par  des  hommes  éminents  pour  étendre  leur  culture 
dans  les  pays  insalubres  ;  en  France,  en  Algérie,  en  Italie,  dans  File  de  la 
Réunion,  l’eucalyptus  globulus  a  beaucoup  contribué  à  l’assainissement  de 
diverses  localités  ;  il  sera  très-utile  dans  nos  colonies  des  Antilles,  à  la 
Guyane,  à  Taïti,  à  la  Nouvelle-Calédonie  à  côté  des  Melaleuca.  Il  n’a  pas 
réussi  en  Cochinchine  ;  dans  ce  pays  V eucalyptus  rostrata  qui  a  les  mêmes 
propriétés  que  le  globulus  doit  être  préféré,  car  il  affectionne  les  terrains 
très-humides  et  ne  craint  pas  les  eaux  saumâtres. 

L’eucalyptus  a  été  employé  dans  un  grand  nombre  de  maladies  en  qua¬ 
lité  de  balsamique,  d’excitant,  de  diffusible,  d’antiseptique  :  ses  préparations, 
à  l’inverse  de  ce  que  j’ai  dit  pour  le  myrte  commun,  réussissent  très- 
bien  dans  les  catarrhes  pulmonaires  chroniques,  mais  ont  moins  de  puis¬ 
sance  dans  les  catarrhes  des  organes  génito-urinaires.  Cette  détermination 
sur  la  muqueuse  respiratoire  s’explique  par  ce  fait  que  l’essence  est  élimi¬ 
née  par  les  poumons  à  un  degré  assez  élevé  ;  aussi  peul-on  prescrire  des 
doses  faibles  d’eucalyptol  avec  action  évidente,  ce  qui  n’est  pas  à  dédai¬ 
gner.  Néanmoins,  les  préparations  d’eucalyptus  ne  sont  pas  inutiles  contre 
certaines  maladies  de  la  vessie;  Bertherand  en  a  obtenu,  plusieurs  fois, 
de  bons  résultats  ;  il  est  vrai  qu’il  employait  une  décoction  de  20  grammes 
de  feuilles  pour  un  litre  d’eau  ;  la  proportion  de  tannin  et  des  autres  prin¬ 
cipes  immédiats  qu’elle  contenait  explique  suffisamment  cette  action.  Les 
feuilles  roulées  sous  forme  de  cigares,  ou  hachées  et  enveloppées  dans  du 
papier  à  cigarettes  (Gimbert)  ont  été  recommandées  ;  les  vapeurs  d’essence 


384  MYRTACÉES.  —  THÉRAPEUTiaoE. 

entrent  directement  en  contact  avec  les  surfaces  malades,  n’irritent  pas  et 
calment  la  toux;  il  importe  d’en  faire  un  usage  modéré,  car  si  on  fumait 
trop  longtemps,  ce  moyen  serait  plus  nuisible  qu’utile.  L’inspiration  des 
vapeurs  aqueuses  d’eucalyptus  a  une  efficacité  réelle  contre  diverses  mala¬ 
dies  des  organes  respiratoires  ;  j’y  ai  eu  recours  très-souvent  et  avec  suc¬ 
cès  ;  il  suffit  de  mettre  dans  un  vase  plein  d’eau  placé  sur  un  réchaud  des 
feuilles  entières  et  d’élever  la  température  jusqu’à  production  de  vapeurs 
abondantes  ;  la  chambre  du  malade  doit  être  close.  J’ai  eu  surtout  à  me  louer 
de  ces  fumigations  sur  un  chef  d’escadron  d’artillerie  de  l’armée  russe  qui 
était  venu  à  Hy  ères  pendant  la  saison  d’hiver  de  1869  :  il  était  atteint  depuis 
près  de  dix  ans  d’une  laryngo-bronchite  avec  aphonie  presque  complète  ; 
sous  l’influence  du  climat  et  de  la  nouvelle  médication  à  laquelle  il  se  sou¬ 
mit  avec  beaucoup  de  persévérance,  sa  maladie  s’améliora  très-notablement, 
la  voix  reprit  son  timbre  normal,  et  quand  il  partit  pour  la  Suisse  en  mai 
1870  il  m’écrivit  qu’il  était  complètement  guéri. 

Siegean  pense  que  les  hautes  doses  de  la  solution  alcoolique  d’eucalyp- 
tol  sont  indiquées  dans  les  affections  fébriles  des  organes  respiratoires,  sur¬ 
tout  dans  la  coqueluche. 

Bucquoy  a  employé  l’eucalyptus  dans  plusieurs  affections  des  organes 
respiratoires,  etn’a  pas  obtenu  de  bons  résultats  :  «  dans  les  maladies  catar¬ 
rhales  des  bronches,  dans  les  formes  sub-aiguës  et  chroniques  de  la  bron¬ 
chite,  dit-il,  je  n’ai  pas  remarqué  qu’il  fût  plus  efficace  que  les  autres  pré- 
pai’ations  balsamiques,  beaucoup  moins  certainement  que  les  antimoniaux; 
même  dans  les  broncorrhées,  je  ne  suis  pas  arrivé  à  tarir  avec  l’eucalyp¬ 
tus  les  sécrétions  abondantes  et  pénibles  pour  les  malades,  à  peine  la  quan¬ 
tité  en  a-t-elle  été  un  peu  diminuée.  »  En  revanche,  Bucquoy  en  a  obtenu, 
des  résultats  inespérés  dans  les  gangrènes  pulmonaires  ;  dans  les  faits  nom¬ 
breux  qu’il  a  observés,  ses  effets  ont  été  bien  supérieurs  à  ceux  qu’on 
obtient  avec  toute  autre  médication  ;  les  résultats  les  plus  constants  qu’il  a 
constatés  sont  la  modification  rapide  de  l’odeur  de  l’haleine  et  des  crachats, 
la  diminution  et  même  la  disparition  de  la  violence  et  de  la  ténacité  de 
la  toux  ;  il  a  employé  l’alcoolature  à  la  dose  maximum  de  2  grammes  dans 
une  potion  gommeuse  simple,  ou  additionnée  de  sirop  diacode  ;  quand  la  dé¬ 
pression  des  forces  était  très-marquée,  il  alternait  cette  potion  avec  celle  de 
'fodd  dans  laquelle  il  ajoutait  2  à  4  grammes  d’éxtrait  de  quinquina. 

L’action  stimulante  et  astringente  des  préparations  d’eucalyptus  est  utile 
contre  certains  états  dyspeptiques  caractérisés  par  la  lenteur  des  digestions, 
par  une  anorexie  persistante  et  dans  le  catarrhe  simple  de  l’estomac  ;  la 
liqueur  d’eucalyptus  que  l’on  prépare  en  faisant  infuser  dans  un  litre  d’eau- 
de-vie  à  48°,  additionnée  de  sucre  ou  de  sirop,  deux  ou  trois  feuilles  (de 
Salvy)  est  d’un  usage  populaire  à  Toulon,  à  Hyères;  l’alcoolature  et  l’élixir 
de  la  Trappe  des  trois  fontaines  près  Rome  sont  aussi  très-efficaces  ;  l’é¬ 
lixir  est  prescrit  contre  les  fièvres  intermittentes  ;  ces  liqueurs  sont  aussi 
recommandées  contre  les  vertiges,  les  lipothymies  et  les  convalescences 
de  longue  durée.  Comme  tous  les  diffusibles,  Teucalyptol  associé  à  des  bois¬ 
sons  chaudes  et  à  une  température  élevée  excite  et  augmente  les  sécrétions 


385 


MYRTACÉES.  —  thérapeutique. 
de  la  peau.  L’infusion  et  la  poudre  de  feuilles,  par  l’essence  et  le  tannin  qui 
entrent  dans  leur  composition,  pourraient  être  utiles  dans  la  diathèse  hé¬ 
morrhagique  ;  Miergues  qui  a  expérimenté  l’alcoolat  des  feuilles,  le  consi¬ 
dère  comme  un  excellent  hémostatique. 

J’ai  prescrit  souvent  et  avec  succès  des  lavements  préparés  avec  dix 
grammes  de  feuilles  contuses  et  dans  deux  cent  cinquante  grammes 
d’eau  bouillante,  dans  la  fièvre  typhoïde  adynamique,  caractérisée  surtout 
par  une  stupeur  profonde,  une  somnolence  persistante  et  un  météorisme 
très-marqué;  dans  presque  tous  les  cas,  ces  symptômes  se  sont  graduelle¬ 
ment  dissipés,  le  météorisme  a  disparu,  l’intelligence  s’est  réveillée  ;  en  un 
mot,  dans  de  nombreux  cas,  une  amélioration  très-évidente  s’est  manifes¬ 
tée,  et  la  guérison  ne  s’est  pas  fait  attendre. 

La  grande  quantité  d’essence  que  fournit  l’eucalyptus  doit  faire  supposer 
qu’il  possède  des  propriétés  parasiticides  ;  d’après  les  expériences  de  Gim- 
bert,  cette  essence  empêche  la  genèse  des  moisissures  et  des  vibrions  et 
les  détruit  quand  ils  sont  formés.  On  pourrait  l’employer,  avec  quelques 
chances  de  réussite,  par  la  voie  bucco-gastrique  contre  les  ascarides  lom- 
bricoïdes,  et  par  la  voie  recto-colique  contre  les  oxyures  vermiculaires. 

C’est  en  prenant  en  considération  celte  action  toxique  que  Gubler  a 
conseillé  de  faire  les  solutions  médicamenteuses  destinées  aux  injections 
hypodermiques  avec  l’eau  distillée  d’eucalyptus  ;  on  sait  que  quand  ces 
solutions  sont  préparées  depuis  quelque  temps,  il  se  développe  des  algues 
filamenteuses,  variables  suivant  l’alcaloïde  choisi ,  et  qui  diminuent  son 
activité  ;  d’après  le_ nouveau  procédé,  elles  conservent ,  pendant  plusieurs 
semaines,  leur  limpidité. 

L’eucalyptus  est  souvent  employé  à  l’extérieur.  L’infusion,  riche  en 
essence  et  en  tannin,  est  efficace  en  gargarisme  dans  les  stomatites  aphtheuse, 
ulcéro-membraneuse  et  mercurielle  ;  les  feuilles  mâchées  sont  recomman¬ 
dées  contre  ces  maladies.  J’ai  employé  avantageusement  l’infusion  en  in¬ 
jections  contre  les  otorrhées  fétides  ;  on  peut  y  avoir  recours  dans  le  coryza 
chronique  avec  altération  des  sécrétions,  l’ozène,  la  leucorrhée,  la  blen¬ 
norrhagie  chronique,  le  pansement  des  plaies  et  des  ulcères  lents  à  se 
cicatriser  ;  dans  ce  cas,  il  est  préférable  d’avoir  recours  à  l’alcoolat.  Marès 
traite  les  plaies  paresseuses  par  des  applications  de  feuilles  fraîches  préala  - 
blement  froissées,  afin  de  faire  sourdre  l’essence  que  renferment  leurs 
glandules  ;  Gimbert  a  obtenu  par  ce  moyen  des  guérisons  rapides,  surtout 
dans  les  gerçures,  les  engelures  ulcérées,  les  ulcères  et  les  abcès  de  la 
variole,  les  ulcères  variqueux  chroniques,  la  pourriture  d’hôpital,  la  gan¬ 
grène  des  plaies  :  l’alcoolature  peut  remplacer  les  feuilles  fraîches  qui  font 
souvent  défaut.  Les  émanations  de  l’essence  à  la  suite  de  ces  pansements 
ont  aussi  leur  utilité,  elles  hâtent  la  guérison  en  permettant  aux  malades 
de  respirer  des  vapeurs  antiseptiques  et  toniques. 

L’eucalyptol,  sous  forme  d’alcoolé,  a  été  recommandé  par  Martineau 
comme  désinfectant,  mais  sa  rapide  volatilité  est  souvent  un  obstacle  à  la 
durée  de  son  action. 

L’alcoolalure  remplace  avantageusement  la  teinture  d’arnica,  l’eau-de- 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  25 


386  MYRTACÉES.  —  tiiérapeütiüue. 

vie  camphrée,  l’alcool  et  même  l’acide  phénique  et  les  solutions  phéni- 

quées. 

£a  poudre  est  employée  dans  le  pansement  des  plaies  et  aux  mêmes 
usages  que  celle  de  quinquina,  elle  constitue  un  excellent  dentifrice. 

L’essence,  soit  pure,  soit  mélangée  avec  un  véhicule  approprié,  est  pres¬ 
crite  en  frictions  contre  les  douleurs  goutteuses  et  rhumatismales. 

«  En  définitive,  dit  Gubler,  les  affections  contre  lesquelles  le  nouveau 
médicament  manifeste  toute  sa  puissance  sont  précisément  celles  qu’on 
rencontre  dans  les  stations  hivernales  de  la  Provence,  du  Roussillon,  delà 
Corse,  de  l’Algérie,  c’est-à-dire  là  où  prospère  déjà  l’eucalyptus  glohulus, 
si  bien  que,  dans  quelques  années,  les  nombreux  malades  qui  fuient  les 
rigueurs  de  nos  hivers  trouveront  dans  ces  régions  favorisées  non-seule¬ 
ment  un  climat  plus  doux,  mais  encore  un  remède  excellent  répandu  au¬ 
tour  d’eux  à  profusion.  » 

MODES  d’administration  ET  DOSES.  —  Les  feuilles  entières  ou  réduites  en 
poudre  contenant  tous  les  principes  actifs  du  végétal  doivent  être  préférées  ; 
la  poudre  est  prescrite  à  la  dose  de  5  à  15  grammes  par  jour  en  deux,  six 
ou  huit  prises  dans  du  pain  azyme,  dans  des  capsules,  ou  incorporée  au 
miel  ;  pour  préparer  la  poudre,  il  faut  préférer  les  feuilles  de  première 
année,  demi-sèches,  et  enlever  les  nervures  saillantes. 

L’infusion  et  la  décoction  se  préparent  avec  5  à  30  grammes  de  feuilles 
pour  un  litre  d’eau  ;  Carlotti  en  emploie  200  à  300  grammes  pour  la  décoc¬ 
tion  qu’il  administre  contre  les  fièvres  intermittentes  ;  il  a  aussi  prescrit  la 
décoction  de  l’écorce  à  la  dose  de  10  grammes  pour  un  litre  d’eau. 

L’eau  distillée  sert  de  véhicule  aux  potions  excitantes  et  cordiales.. 

L’alcoolature,  obtenue  en  traitant  les  feuilles  fraîches  de  première  année 
par  l’alcool  à  90°,  est  administrée  en  applications  locales  et  à  l’intérieur,  à 
la  dose  de  1 0  à  20  grammes  dans  une  potion  ;  on  prépare  avec  l’alcoolature 
un  sirop  et  un  vin  peu  employés. 

Les  extraits  aqueux  et  alcooliques  sont  rarement  prescrits  ;  je  n’en  ai 
retiré  que  des  résultats  à  peu  près  nuis. 

On  donne  l’eucalyptol  à  la  dose  de  2  à  4  gouttes  sur  du  sucre,  ou  dans 
des  capsules  renfermant  3  à  4  gouttes,  au  nombre  de  6,  10,  15  par  jour 
suivant  les  indications  ;  Gimbert  préfère  les  faire  prendre  pendant  les  repas 
pour  éviter  l’action  irritante  de  l’essence. 

Ramel,  le  zélé  propagateur  des  eucalyptus,  a  fait  préparer  des  dragées 
que  l’on  prescrit  utilement  contre  la  toux  et  les  maladies  chroniques  de  la 
respiration. 

L’essence  peut  être  administrée  en  lavements,  émulsionnée  ou  mélangée 
avec  de  la  gomme  ;  on  ne  doit  pas  y  avoir  recours  chez  les  femmes 
atteintes  de  métrite  chronique,  car  ils  provoquei’aient  des  métrorrhagies. 

Delpech,  pharmacien  de  Paris,  a  proposé  un  glycérolé  et  un  liniment  à 
base  d’essence  sous  forme  de  saponé,  additionné  de  glycérine  pour  empê¬ 
cher  l’évaporation  trop  rapide  et  pour  fixer  plus  longtemps  le  topique  sur 
les  parties  malades. 

Les  cigares  sont  préparés  soit  avec  les  feuilles  entières,  soit  avec  des 


387 


MYRTACÉES.  —  thérapeutique.  —  bibliographie. 
écorces  minces,  roulées  comme  la  cannelle  de  Ceylan  (Miergues);  on  peut 
faire  des  cigarettes  avec  les  feuilles  broyées  et  les  additionner,  suivant  les 
cas,  de  poudre  de  datura,  de  belladone,  de  jusqüiame,  de  nicotiane,  etc. 

Gimbert  prépare  avec  les  feuilles  d’eucalyptus  des  bains  aromatiques 
composés  ainsi  qu’il  suit  : 

Feuilles  d’eucalyptus . .  300  grammes. 

—  de  thym .  \ 

—  de  sauge. .  j  aâ.  50  — 

Sel  de  Tiedmann .  500  — 

Le  tout  est  concassé  ensemble.  On  fait  bouillir  la  masse  dans  quatre  litres 
d’eau  et  on  verse  la  dissolution  saturée  dans  un  bain  préparé  à  une  tempé¬ 
rature  convenable. 

Le  sel  de  Tiedmann,  produit  de  l’évaporation  à  siccité  de  l’eau  de  mer, 
est  ajouté  ou  supprimé  à  volonté. 

Ce  bain  est  des  plus  stimulants  ;  Gimbert  le  considèçe  comme  l’équiva¬ 
lent  du  bain  sulfureux  ;  son  odeur  est  très-intense,  on  l’atténue  en 
couvrant  la  baignoire  avec  une  couverture  ;  il  provoque  des  picote¬ 
ments,  de  la  chaleur  à  la  peau,  et  une  rougeur  générale  semblable  à  celle 
de  la  sinapisation.  Cette  fluxion  cutanée,  unie  à  l’action  analgésique  des 
essences  aromatiques,  dit  Gimbert,  est  très-utile  dans  les  névropathies  et 
dans  certaines  formes  de  la  phthisie  pulmonaire. 

L’art  de  la  parfumerie  emploie  l’essence  pour  la  composition  d’un  vinai¬ 
gre  aromatique,  d’un  alcoolat,  etc.  (Piesse).  Presque  toutes  les  myrtacées 
donnent  des  produits  qui  entrent  dans  le  domaine  de  la  toilette. 

Les  feuilles  servent  en  Provence  pour  la  conservation  des  étoffes. 

L’odeur  des  eucalyptus  varie  suivant  les  espèces  et  sert  à  les  dénommer  ; 
ainsi  TE.  amygdalina  s’appelle  tasmanium  peppermint, ,  menthe  poivrée 
de  Tasmanie;  l’E.  odorata,  peppermint  ou  menthe  tout  court.  Les  usages  de 
ces^ssences  sont  en  ce  moment  à  l’étude  comrne  dissolvants  des  matières 
résineuses  et  même  comme  huile  à  hrûler  à  la  façon  du  pétrole  (Planchon). 

Le  bois  des  eucalyptus  imprégné  de  matières  résineuses,  ayant  une  très- 
grande  densité,  est  incorruptible  et  d’une  grande  durée,  il  n’est  pas  atta¬ 
qué  par  les  insectes  ;  aussi  l’emploie-t-on  en  Australie  pour  la  construction 
des  navires,  des  ponts,  des  viaducs,  des  pilotis  ;  il  résiste  très-bien,  même 
dans  l’eau  salée. 

L’eucalyptus  resinifera  fournit  par  incision  un  suc  résineux  qui  a  reçu 
le  nom  de  Kino  de  Botany-Bay  ;  il  est  employé  comme  astringent;  d’après 
Pereira,  il  renfermerait  une  substance  particulière  qu’il  nomme  eucalyptin. 

G.armaiilt  (Ant.)  L’essence  de  Niaouli  {Journal  de  pharmacie  et  de  chimie,  4®  série,  tome  IV, 
p.  369,  1866.) 

Bavay,  Études  sur  deux  plantes  de  la  Nouvelle-Calédonie.  —  Le  Niaouli  et  son  huile  essen¬ 
tielle,  thèses  de  pharmacie  de  Paris.  1869. 

Gimbert,  Be  l’eucalyptus  globulus  ;  son  importance  en  agriculture,  en  hygiène  et  en  méde¬ 
cine.  Paris,  1870.  —  Étude  des  applications  thérapeutiques  de  l’eucalyptus  globulus  (Ar¬ 
chives  générales  de  médecine,  vol.  1".  1873). — Étude  sur  l’influence  des  plantations  d’Eu- 
calyptus  dans  les  pays  fiévreux  [Bulletin  de  la  Société  de  méd.  de  Paris,  187.5). 


NÆVÜS. 


Cloez,  Examen  chimique  de  l’eucalyptol  {Journal  de  pharmacie,  4=  série,  t.  XII).  —  Étude 
chimique  sur  l’eucalyptus  {Comptes  rerulus  de  l’Académie  des  sciences.  Mars  1870). 

Gübler,  De  l’eucalyptus  globulus  et  de  son  emploi  en  thérapeutique  {Bulletin  de  thérapeu¬ 
tique,  t.  LXXXI,  1871). 

Carlotti  (R.),  Du  mauvais  air  en  Corse.  Ajaccio,  1872.  —  Mémoire  sur  l’action  thérapeu¬ 
tique  et  la  composition  élémentaire  de  l’écorce  et  des  feuilles  d’eucalyptus.  Alger,  1869. 
—  Assainissement  des  régions  chaudes  insalubres,  Ajaccio.  1875  —  Jules  Roux,  i-apport 
au  Comité  consultatif  d’hygiène  {Recueil  du  Comité  consultatif  d’hygiène  publique,  t.  V, 
p.  400). 

Taillote,  De  l’eucalyptus  globulus  au  point  de  vue  botanique,  chimique,  et  de  ses  princi¬ 
pales  applications  à  la  médecine,  à  l’hygiène  et  à  l’agriculture,  thèse  de  pharmacie  de 
Montpellier.  1872. 

Ravehet-Wattel,  L’eucalyptus;  rapport  sur  son  introduction,  sa  culture,  ses  propriétés, 
ses  usages  {Bulletin  de  la  Société  d’acclimatation.  Paris,  1871-1872). 

Bri’Nel,  Observations  cliniques  sur  l’eucalyptus  globulus.  Paris,  1872. 

Papillon  (Ern.),  Eucalyptus  globulus  et  fièvres  intermittentes;  inefficacité  {Gazette  hebdo¬ 
madaire  de  médecine  et  de  chirurgie,  t.  IX.  1872). 

SiEGEN,  Action  de  l’eucalvptus  globulus  contre  la  fièvre  {London  medical  Record.  Février 
1874). 

Ortal  (A.),  De  l’eucalyptus  globulus  et  de  ses  principales  applications  à  la  médecine  et  à 
l’hygiène,  thèse  de  Paris.  1874,  n"  321. 

Labbée  (Ern.),  Des  pansements  antiseptiques  {Journal  de  thérapeutique  de  Guhler.  Janvier 

Bücquoy,  De  l’emploi  à  l’intérieur  de  l’alcoolatüre  d’eucalyptus  dans  le  traitement  de  la  gan- 

frène  pulmonaire  (Bulletins  et  Mém.  de  la  Société  médicale  Ses  hôpitaux,  juillet  1875, 
•  série,  t.  XII,  p.  '60,  et  Bulletin  de  thérapeutique,  1875,  t.  LXXXIX,  p.  108). 

Planchon  (E.),  L’eucalyptus  globulus  au  point  de  vue  botanique  économique  et  médical 
{Revue  des  Deux-Mondes,  1“  janvier  1875). 

Delioux  de  Savignac,  Le  myrte  et  ses  propriétés  thérapeutiques  (Bulletin  de  thérapeu¬ 
tique,  t.  LXXXX,  1876). 

Voy.  aussi  Bulletin  de  Thérapeutique,  passim,  à  partir  du  t.  LXXXI. 

A.  Barrallier. 


N 

arÆVlJ,S.  —  Le  moi  nævus,  qui  signifie  à  proprement  pai’ler  marque  ou 
signe  (semgf  d’Ambroise  Paré),  désignait  dans  l’origine  toutes  les  altérations 
congénitales  de  la  couleur  et  de  la  texture  de  la  peau,  connues  sous  le  nom 
de  taches  ou  de  signes  de  naissance.  Dans  la  suite,  cette  appellation  s’est 
étendue  aux  taches  ou  signes  postérieurs  à  la  naissance,  et  c’est  ce  qÿi  a 
motivé  la  division  des  nævi  en  nævi  materni  ou  congénitaux  et  nævi  acci¬ 
dentels.  Toutefois,  cette  distinction  n’a,  dans  la  pratique,  que  bien  peu 
d’importance,  car  il  est  actuellement  bien  démontré  qu’il  n’y  a  entre  ces 
deux  sortes  de  signes  aucune  différence  anatomique  ou  clinique  appré¬ 
ciable,  sans  compter  qu’il  est  souvent  bien  difficile  de  se  fier  aux  renseigne¬ 
ments  fournis  par  les  parents  et  de  savoir  par  eux  si  un  nævus  est  antérieur 
ou  postérieur  à  la  naissance.  11  suit  de  là  que  la  division  des  nævi  en  con¬ 
génitaux  et  en  accidentels  n’est  rien  moins  qu’une  classification  sérieuse. 
L’anatomie  pathologique,  seule,  peut  servir  de  base  à  une  étude  métho¬ 
dique  et  raisonnée,  et  nous  ne  pouvons  mieux  citer,  à  ce  propos,  que  l’ex¬ 
cellente  thèse  inaugurale  de  Laboulbène.  Le  tableau  ci-joint,  emprunté  à 
cette  thèse,  n’est  autre  chose  que  la  classification  anatomo-pathologique 
des  nævi  ;  mais  nous  nous  empressons  d’ajouter  que  les  divisions  qu’il 
contient  ne  pouvaient  pas  avoir  et  n’ont  pas  en  effet  un  caractère  absolu  : 
c’est  ainsi  que,  d’une  part,  les  nævi  dits  hypertrophiques  peuvent  être 
colorés  par  du  pigment  comme  les  nævi  non  hypertrophiques,  et,  de 


NÆVUS. 


l’autre,  les  nævi  primitivement  vasculaires  se  transformer  en  nævi  non 
vasculaires. 


non  hypertrophitiues 
ou  pigmentaires 

hypertrophiques 


non  vasculaires 
vasculaires 


simples, 
lipomatodes. 
taches.  • 
tumeurs. 


I.  IVaevî  non  hypertrophiques  ou  pigmentaires  {tr-ttàoç,  ma¬ 
cula). 

1“  G.\.r.4Ctères  extérieurs.  —  Diagnostic.  —  Traitement.  —  On  les  a 
observés  sur  tous  les  points  du  corps,  mais  ils  occupent  de  préférence  la 
face,  le  cou,  les  mains. 

Leur  étendue  est  très-variable  :  ils  peuvent  recouvrir  une  moitié  du  visage 
ou  une  partie  du  corps,  comme  ne  pas  dépasser  les  dimensions  d’une 
lentille  ou  d’une  pièce  de  monnaie.  Quant  à  leur  forme,  tantôt  elle  est 
arrondie,  et  'figure  soit  un  demi-cercle,  soit  un  ovale;  tantôt  elle  est 
déchirée,  découpée  et  comme  anfractueuse. 

La  coloration  de  la  tache  va  dujaune  ou  du  café-au-lait  clair  au  noir,  en 
passant  par  toutes  les  nuances  intermédiaires,  et,  en  particulier,  par  le  brun. 
Cette  teinte  devient  de  plus  en  plus  foncée  pendant  les  premières  années 
de  l’enfance.  Plus  tard,  dans  l’âge  adulte,  et  surtout  dans  la  vieillesse,  elle 
va  en  s’affaiblissant  :  les  nævi  jaunes  et  brun-clair  peuvent  même,  par  ex  ¬ 
ception,  disparaître  complètement.  Un  certain  nombre  de  ces  taches  sont 
recouvertes  de  poils  soyeux  et  allongés,  de  couleur  généralement  claire. 
Cette  variété  de  nævus  pigmentaire  (nævus  pilaris)  se  distingue  du  nævus 
-pileux  hypertrophique  semé  de  véritables  soies  noires  et  rudes,  par  la 
finesse  même  et  la  teinte  blonde  de  ses  poils. 

Les  caractères  que  nous  venons  d’indiquer  sommairement  ne  permettent 
pas  de  confondre  le  nævus  pigmentaire  avec  le  lentigo  (Voy.  Lentigo),  dont 
les  taches  sont  plus  petites,  régulièrement  circulaires  et  très-nombreuses, 
ni  avec  les  éphélides  (Foÿ.  ÉPHÉLiDEs),  de  couleur  beaucoup  moins  foncée, 
non  saillantes,  et  dépourvues  de  poils.  Ajoutons  que  le  nævus  n’a  point, 
à  sa  périphérie,  la  décoloration  vitiligineuse  qui  accompagne  ordinaire¬ 
ment  les  taches  éphéliques. 

C’est  à  peine  si,  en  présence  d’une  lésion  de  nutrition  qui  n’a  d’autre  in¬ 
convénient  qu’un  certain  degré  de  difformité,  le  mot  de  traitement  doit  être 
prononcé.  Dans  les  cas  de  tache  étendue,  l’intervention  chirurgicale  ne 
peut  même  pas,  cela  va  sans  dire,  venir  à  l’idée;  C’est  seulement  s’il 
s’agit  d’une  tache  très-cîrconscrite  et  bien  limitée  qu’on  sera  autorisé  à 
intervenir.  Encore  faudra-t-il  bien  se  garder  de  l’emploi  d’un  vésicatoire 
suppuratif  ou  de  l’emplâtre  escarifiant  de  Plenck,  composé  par  parties 
égales  de  chaux  vive  et  de  savon  de  Venise  :  le  remède  serait  pire  que  le 
mal,  et  la  cicatrice  blanche  et  gaufrée  ainsi  produite  serait  certainement 
plus  difforme  que  le  nævus  lui-même.  C’est  au  tatouage  seul  qu’il  con¬ 
viendrait  d’avoir  recours  (Foÿ.  Tatouage).  On  le  pratiquerait  en  introdui- 


NÆVÜS. 


sant  dans  chaque  piqûre  un  mélange  d’oxyde  de  zinc  ou  de  magnésie 
calcinée  et  d’un  peu  de  minium  (Bouchut). 

2“  Structure.  —  Lenævus  pigmentaire  est  constitué  par  une  couche  de 
granulations  de  couleur  foncée,  brunes  ou  noires,  situées  entre  le  derme  et 
l’épiderme,  ayant  de  1  à  3  millièmes  de  millimèh’e  de  diamètre.  Ces  gra¬ 
nulations  sont  animées  d’un  vif  mouvement  browmien;  elles  sont  mé¬ 
langées  d’une  assez  grande  quantité  de  matière  amorphe.  Dans  l’état  actuel 
de  la  science,  on  ignore  absolument  les  causes  qui  président  à  ce  vice  de 
développement. 

II.  îVævî  bypei'ti’opliiques.  —  A.  Non  vasculaires.  —  1“  Carac¬ 
tères  EXTÉRIEURS.  —  DIAGNOSTIC.  —  TRAITEMENT.  —  C’est  à  cette  Variété  de 
nævi  que  s’applique,  plus  encore  qu’aux  précédentes,  l’appellation  de 
-signes  ou  d’envies  due,  ainsi  qu’on  le  sait,  à  l’influence  qu’on  supposait 
■exercée  sur  le  développement  du  fœtus  par  l’imagination  de  la  mère  à  la 
suite  d’une  impression  de  crainte,  de  dégoût,  ou  d’une  envie  non  satis¬ 
faite.  Leur  forme  est  celle  d’une  lentille  ou  d’une  pièce  de  monnaie  ;  quel¬ 
ques-uns  rappellent  plus  ou  moins  grossièrement  l’aspect  d’une  huître, 
d’une  poire  ou  d’une  figue,  d’une  araignée,  d’une  tête  de  rat  ou  de  chat, 
d’une  grenouille,  etc.,  et  cette  prétendue  ressemblance  avec  un  objet  ali¬ 
mentaire  ou  un  animal  répugnant  est  certainement  l’origine  de  la  croyance 
populaire  à  laquelle  nous  venons  dé  faire  allusion. 

Le  nævus  hypertrophique  est  le  plus  souvent  recouvert,  ainsi  que  nous 
l’avons  vu  plus  haut,  de  poils  bruns  gros  et  rudes,  tout  à  fait  caractéristi¬ 
ques,  et  les  glandules  annexées  aux  bulbes  de  ces  poils  contribuent  à 
donner  à  la  tumeur,  disposée  généralement  en  forme  d’éminence  arrondie 
et  sessile,  un  aspect  mamelonné.  Quant  à  la  coloration  du  nævus,  elle  est 
d’autant  plus  foncée  que  la  peau  du  sujet  l’est  elle-même  davantage. 

Ces  petites  tumeurs  siègent  de  préférence  sur  la  face  (joue,  front),  et 
plus  souvent  à  gauche  qu’à  droite  (J. -F.  Larcher),  mais  on  les  rencontre 
•aussi  au  cou,  sur  les  jambes,  le  dos,  l’abdomen,  la  poitrine  :  elles  sont 
d’ailleurs,  quel  que  soit  leur  siège,  absolument  indolentes.  Leur  accroisse¬ 
ment  est  proportionnel  au  développement  des  parties  du  corps  sur  les¬ 
quelles  elles  siègent.  Quelquefois  elles  s’allongent  sous  l’influence  de  trac¬ 
tions  répétées,  et  finissent  par  se  pédiculiser  au  point  de  pouvoir  être 
arrachées  presque  sans  effort. 

Les  quelques  détails  dans  lesquels  nous  venons  d’entrer  s’appliquent  à  la 
plupart  des  nævi  hypertrophiques  non-vasculaires.  Mais  il  est  une  va¬ 
riété  décrite  pour  la  première  fois  par  Walther  (de  Landshut),  étudiée  de¬ 
puis  par  Schuh  (de  Viénne),  Laboulbène,  et  enfin  0.  Larcher,  et  qui  mé¬ 
rite  un  examen  particulier  :  nous  voulons,  parler  des  nævi  lipomatodes, 
véritables  lipomes  intra-dermiques,  résultant  d’une  hypertrophie  des  vési¬ 
cules  adipeuses  aréolaires.  Ces  curieuses  tumeurs  sont  tantôt  isolées  et 
tantôt  multiples  (Schuh);  en  général,  elles  subissent  un  accroissement 
progressif.  Chez  la  malade  dont  0.  Larcher  a  présenté  l’observation  à  la 
•  Société  de  biologie  (26  mai  1866),  le  nævus  mesurait  35  millimètres 
rsur  23  :  il  avait  été  pédiculé  dès  le  début.  La  tumeur  était  devenue  flot- 


NÆVUS.  391 

tante,  et  il  en  était  résulté  une  certaine  gêne  qui  avait  décidé  la  malade 
à  se  faire  opérer. 

Les  caractères  distinctifs  qui  nous  ont  servi  à  différencier  les  nævi  pig¬ 
mentaires  des  lentigo  et  des  éphélides  sont  encore  beaucoup  plus  mar¬ 
qués  s’il  s’agit  des  nævi  hypertrophiques,  et  toute  erreur  est  réellement 
impossible.  Peut-on  confondre  un  nævus  lipomatode  avec  un  lipome  véri¬ 
table?  Nous  ne  le  pensons  pas.  Le  caractère  congénital  du  nævus,  son  vo¬ 
lume  en  général  peu  considérable,  la  coloration  pigmentaire  de  la  peau, 
les  poils  dont,  il  est  couvert,  sa  position  tout  à  fait  superficielle,  puisqu’il 
fait  partie  du  derme,  sont  tout  autant  de  signes  qui  n’appartiennent  pas  au 
lipome  sous-cutané  ou  intra-musculaire. 

Le  chirurgien  aura  bien  rarement  occasion  d’intervenir,  et  encore  ne 
sera-ce  guère  que  dans  les  cas  de  nævus  hypertrophique  simple  ou  lipoma¬ 
tode,  plus  ou  moins  pédiculé  :  la  tumeur  sera  enlevée,  comme  chez  la 
malade  de  Larcher,  d’un  seul  coup  de  ciseaux,  et  le  point  d’implantation  du 
pédicule  cautérisé  au  nitrate  d’argent. 

2»  Structure.  —  Le  nævus  hypertrophique  simple  est  constitué  par  des 
fibres  de  tissu  conjonctif  nombreuses  et  enchevêtrées,  réunies  par  de  la 
matière  amorphe.  Il  contient  souvent  des  granulations  pigmentair#'; 

La  variété  lipomatode  est  formée  exclusivement,  d’après  Laboulbène, 
par  des  fibres  de  tissu  cellulaire  et  une  véritable  prolifération  de  vésicules 
adipeuses.  La  pièce  présentée  par  Larcher  à  la  Société  de  biologie  était 
molle,  quoique  non  fluctuante.  A  la  loupe,  on  voyait  une  accumulation  de 
tissu  graisseux  parcouru  par  un  réseau  serré  de  fibres  blanchâtres  assez  ré¬ 
sistantes  ;  sur  aucun  point,  il  n’y  avait  apparence  de  vaisseaux.  L’examen 
microscopique  ne  fit  découvrir  ni  glandes  sudoripares,  ni  glandes  séba¬ 
cées,  ni  follicules  pileux.  La  peau,  d’un  blanc  jaunâtre,  pi’ésentait  un  as¬ 
pect  de  mosaïque  dû  à  l’adossement  réciproque  d’une  cinquantaine  de  pe¬ 
tits  lobules. 

B.  Vasculaires.  — Ils  comprennent  deux  ordres  de  difformités  :  les 
taches  et  les  tumeurs. 

Les  premières,  désignées  sous  le  nom  de  nævi  flammei,  de  taches  de  vin, 
ne  forment  pas  de  saillie  appréciable.  Leur  coloration  présente  toutes  les 
nuances,  depuis  le  rouge  vif  jusqu’au  violet  foncé.  Rien  de  plus  variable 
que  leurs  formes  et  leurs  dimensions  :  tantôt  elles  figurent  plus  ou  moins 
fidèlement  une  fraise,  une  cerise,  une  framboise,  une  mûre;  tantôt  elles  occu¬ 
pent  toute  une  partie  du  corps,  où  elles  s’étalent  irrégulièrement  (nævi 
■araneî)  et  donnent  assez  exactement  l’idée  d’une  tache  produite  par  du  jus 
de  fruits.  C’est  à  la  face  qu’on  les  rencontre  le  plus  souvent.  Elles  peuvent 
persister  indéfiniment  à  l’état  de  taches,  ou,  au  contraire,  devenir  le  point 
de  départ  de  tumeurs  érectiles. 

Les  nævi  vasculaires,  qui  se  présentent  sous  forme  de  tumeur,  ne  sont 
autre  chose  que  les  tumeurs  érectiles  proprement  dites.  De  même  que  les 
taches  dont  nous  venons  de  dire  quelques  mots,  elles  ont  été,  dans  un  pré¬ 
cédent  volume,  l’objet  d’une  étude  très-complète,  où  l’anatomie  et  la  phy¬ 
siologie  pathologiques,  ainsi  que  la  thérapeutique,  tiennent  une  place  très- 


392  NARCOTIQUES. —  classification. 

importante,  et  à  lac^uelle  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  renvoyer  le 

lecteur.-  {Voy.  art.  Erectiles  [Tumeurs].) 

Walther  (P.  F.  von),  Dber  die  angebornen  Fetthautgeschwülste  und  andere  Bildungsfehler. 
Landshut,  1814-,  in-folio. 

Mürat,  Dicl.  des  SC.  méd.  Art.  Envie,  t.  XIV.  Paris,  1815. 

SCHUH  (Fr.),  Observation  de  nævus  maternus  lipomatodes.  Wien,  1851.  • 

Laboulbène  (Al.),  Sur  le  nævus  en  général  et  sur  une  modification  particulière  et  non  dé¬ 
crite,  observée  dans  un  naevus  de  la  paupière  inférieure.  Tlièses  de  Paris,  1854. 

Valleix,  Guide  du  médecin  praticien.  5°  édit.,  t.  V,  p.  625-630.  Paris,  1866. 

Larcher  (0.),  Du  nævus  lipomatodes,  in  Études  cliniques  et  anatomo-pathologiques.  Paris, 
1869. 

Holmes  (T.),  Thérapeutique  des  maladies  chirurgicales  des  enfants,  trad.  de  p.  Larcher. 
Paris,  1870, 

Bodchut  (E.),  Traité  pratique  des  maladies  des  nouveau-nés  et  des  enfants  à  la  mamelle. 
5®  édit.  Paris,  1874. 

Consulter  en  outre  les  chapitres  et  articles  N.EVUS  dans  les  divers  traités  de  pathologie 
externe,  dans  les  dictionnaires  de  médecine  et  les  différents  traités  des  maladies  de  la  peau. 

Maurice  Laugier. 

KAUCEIIVE  Voy.  Opium. 

IVARCOTICO-ACRE  Voy.  E.mpoisonnement. 

IVARCOTEME  Voy.  OPIUM. 

IVARCOnOVES,  Narcotisme.  —  Classification  phsiologiqne.  — 

Sous  cette  dénomination,  remplacée  quelquefois  par  l’expression  similaire 
de  stupéfiants,  somnifères,  sédatifs,  on  comprend  des  substances  ayant  pour 
effet  l’engourdissement  des  facultés  intellectuelles  qui  peut  aller  jusqu’au 
coma  le  plus  profond,  l’affaiblissement  de  l’innervation  musculaire  pouvant 
arriver  jusqu’à  la  résolution  la  plus  complète,  ou  l’émoussement  de  la  sensi¬ 
bilité,  qui  peut  descendre  jusqu’à  l’anesthésie.  En  d’autres  termes,  les 
narcotiques  produisent  la  dépression  fonctionnelle  du  système  cérébro- 
spinal,  et  quelques-uns  même,  du  système  ganglionnaire. 

Mais  cette  formule  physiologique  qui  ne  se  compose  que  des  traits  les 
plus  généraux,  communs  à  toutes  les  substances  narcotiques,  ne  suffit  pas 
pour  tracer  le  tableau  synthétique  de  la  médication.  Ce  tableau  est  difficile 
à  composer,  car  en  dehors  des  trois  caractères  que  nous  venons  d’énoncer 
(dépression  de  l’intelligence,  de  la  motilité  et  de  la  sensibilité)  et  qui 
sont  communs  à  tous  les  stupéfiants,  que  de  différences  individuelles 
pour  chaque  groupe  et  même  pour  chaque  espèce  !  Quel  rappoit,  par 
exemple,  entre  la  physionomie  de  l’opium  et  celle  de  la  belladone  entre 
le  bromure  et  le  chloral  !  C’est  à  peine  si,  de  prime  abord,  on  découvre 
quelques  traits  de  parenté,  quelques  caractères  de  famille. 

Aussi,  après  le  tableau  synoptique  qui,  vu  le  nombre  insuffisant  de  traits 
génériques,  manquera  nécessairement  de  relief  et  de  couleur,  nous  entrerons 
encore  dans  la  voie  de  l’analyse  clinique,  et  tenterons  d’établir  à  grandes 
lignes  un  parallèle  entre  les  principaux  agents  du  narcotisme. 

Un  individu  quia  pris  un  narcotique  quelconque  à  dose  suffisante  éprouve 
d’abord  une  certaine  lourdeur  dans  les  facultés  ititellectuelles,  de  la  paresse 
dans  les  mouvements,  une  certaine  ivresse  vertigineuse  ;  car  le  narcotisme 
est  une  forme  de  l’ivresse,  celle  des  solanées,  surtout,  ressemble  à  celle  de 


:NARCOTIQUES.  —  classification.  393 

l’alcool  par  une  loquacité  bruyante  et  quelquefois  des  hallucinations  sans 
sommeil. 

Nous  avons  vu  plus  haut  que  les  narcotiques  dépriment  l’intelligence,  la 
motilité  et  la  sensibilité  ;  mais  cette  action  ne  se  pi’oduit  pas  pour  tous 
dans  le  même  ordre  ni  avec  la  même  intensité. 

I.  Les  uns  ^ovi&nt  primitivement  sur  les  lobes  cérébraux,  engourdissant 
ou  supprimant  les  facultés  intellectuelles,  et  amenant  avant  Mit  le  sommeil. 
Ce  sont  lès  somnifères  proprement  dits  :  l’opium  occupe  avec  une  supé¬ 
riorité  incontestée  le  premier  rang  de  cette  médication.  Le  sommeil  est  ici 
l’effet  primitif,  direct,  sans  autre  acte  préliminaire.  Il  n’arrive  pourtant  que 
graduellement  et  selon  les  doses,  et  peut  être  porté  depuis  la  simple  somno¬ 
lence  jusqu’au  coma  le  plus  profond,  de  celui-ci  jusqu’au  carus,  et  de  là 
finalement  jusqu’à  la  paralysie  de  la  respiration  par  défaut  d’excitation 
réflexe. 

Si  l’effet  somnifère  est  gradué  dans  l’opium,  il  n’en  est  pas  ainsi  pour 
d’autres  narcotiques.  Le  chloral,  par  exemple,  agit,  pour  ainsi  dire,  comme 
un  coup  de  massue,  il  assomme  le  malade  par  un  sommeil  sans  transition. 
Il  en  est  de  même  du  réveil  qui  est  brusque,  tandis  que  la  somnolence 
opiacée  a  de  la  peine  à  se  dissiper  ;  souvent  l’engourdissement  cérébral  sur¬ 
vit  plusieurs  heures  et  même  une  journée  après  de  faibles  prises  d’opium, 
alors  qu’à  peine  réveillé  du  chloral,  le  malade  sent  dissiper  l’obnubilation. 

Le  sommeil  par  les  anesthésiques  se  rapproche  beaucoup  de  celui  pro¬ 
duit  par  le  chloral  par  la  rapidité  de  sa  manifestation  et  de  sa  cessation,  et 
diffère  par  cela  même  du  sommeil  thébaïque.  La  résolution  musculaire  et 
la  suppression  de  la  sensibilité  sont  plus  prononcées  par  les  premiers.  Il  en 
résulte  pratiquement  que  l’opium  est  particulièrement  indiqué  pour  des 
actions  lentes  et  prolongées,  tandis  que  le  chloi’al  et  les  anesthésiques  sont 
réclamés  surtout  pour  un  narcotisme  rapide  et  court. 

En  vertu  de  notre  définition,  et  quoique  l’on  ne  recherche,  en  général, 
dans  l’usage  des  anesthésiques  que  la  suppression  de  la  sensibilité,  on  peut 
dire  que  ce  sont  les  narcoiiques  les  plus  complets,  puisque  l’intelligence 
et  la  contractilité  musculaire  sont  également  abolies. 

Le  réveil  dans  l’opium  est  calme,  non-seulement  au  point  de  vue  des 
douleurs,  mais  surtout  à  celui  des  impressions  morales.  Il  y  a  un  senti¬ 
ment  d’apaisement,  de  sérénité;  qui  semble  émousser  momentanément  les 
aspérités  et  les  réalités  de  la  vie. 

De  là,  sans  doute,  l’origine  des  abus  qu’on  fait  des  opiacés  et  de  quelques 
solanées  pour  se  procurer  cette  quiétude,  soit  en  les  fumant,  soit  par  in¬ 
gestion  ou  injection. 

Après  les  anesthésiques,  au  contraire,  la  transition  au  réveil  se  fait  comme 
dans  un  cauchemar  avec  pleurs  et  inquiétude.  Le  réveil  du  chloral  en  tient 
un  peu. 

Le  délire  n’est  propre  ni  aux  opiacés,  ni  aux  anesthésiques  ;  ce  sont  quel¬ 
quefois  des  rêves  aux  couleurs  plus  ou  moins  fantastiques  ;  ceux  de  l’opium 
sont  en  général  plus  doux  et  pliis  calmes.  Il  est,  au  contraire,  d’autres  sub¬ 
stances  où  tantôt  le  rêve,  tantôt  l’hallucination  semble  dominer  la  scène. 


394  NARCOTIQUES.  —  classification. 

comme  dans  les  solanées  vireuses,  le  haschisch  (extrait du  chanvre  indien). 
Si  pour  les  solanées  le  délire  narcotique  est  plus  généralement  l’expression 
dernière  de  l’intoxication,  il  paraît,  au  contraire,  primitif  pour  le  haschisch 
qui  débute  immédiatement  par  des  rêves,  où  le  malade  porté  sur  les  ailes 
de  l’imagination  parcourt  dans  un  temps  limité  les  espaces  et  les  années  à 
travers  les  régions  les  plus  fantastiques  et  les  scènes  les  plus  étranges. 

IL  L’action  somnifère  est  encore  moins  prépondérante  dans  cette  classe 
des  solanées  vireuses  appelées  mydriatiques  à  cause  d’une  de  leurs  pro¬ 
priétés,  qui  est,  en  effet,  assez  remarquable  :  la  dilatation  de  la  pupille. 

Les  médicaments  de  cet  ordre  forment,  en  botanique  comme  en  théra¬ 
peutique,  une  classe  très-naturelle  à  laquelle  avoisinent  cliniquement  quel¬ 
ques  autres,  comme  la  digitale,  la  ciguë,  les  vératrées,  etc.  Toutefois,  la 
dilatation  de  la  pupille  n’est  pas  un  caractère  unique  ;  l’action  des  solanées 
agit  à  un  point  de  vue  plus  général  pour  relâcher  tous  les  sphincters.  La 
belladone,  la  jusquiame,  le  datura,  la  morelle,  la  mandragore  produisent, 
sauf  quelques  nuances,  la  même  forme  de  narcotisme.  La  digitale,  le  vera- 
trum  et  la  ciguë  se  caractérisent  par  quelques  propriétés  supplémentaires. 
Ils  agissent  peu  sur  le  cerveau  et  plus  sur  les  nerfs  ganglionnaires  ;  les  deux 
premières  ont,  comme  on  sait,  une  action  toute  spéciale  sur  le  cœur. 

Toutes,  elles  doivent  leurs  propriétés  à  un  alcaloïde  défini  qui  manque 
clans  les  solanées  bénignes  ;  la  plupart  de  ces  alcaloïdes,  comme  la  nico¬ 
tine,  Tatropine,  ont  une  extrême  énergie. 

Dans  le  narcotisme  des  solanées,  la  forme  des  manifestations  est  bien 
différente  de  celles  des  somnifères  papavéracés;  le  sommeil  n’est  plus,  ni 
le  fait  constant,  ni  le  fait  capital,  ni  surtout  le  fait  primitif.  Les  effets  les 
plus  prochains  ne  tiennent  pas  même  au  narcotisme  :  la  siccité  de  la  gorge, 
la  dilatation  si  constante  de  la  pupille  sont  des  phénomènes  de  début,  qui 
n’ont  aucun  caractère  hypnotique.  Ils  peuvent  même,  selon  certains  physio¬ 
logistes  (Brown-Séquard),  être  considérés  comme  un  effet  de  la  contraction 
active  des  capillaires. 

A  ce  moment  aucune  somnolence  ne  se  manifeste  encore,  pas  plus  que 
de  la  prostration  musculaire  ;  et  ces  symptômes  peuvent  manquer  totale¬ 
ment,  comme  on  l’observe  dans  les  injections  hypodermiques  à  doses,  mo¬ 
dérées.  En  tout  cas,  le  sommeil,  quand  il  survient,  arrive  postérieurement 
à  des  manifestations  d’un  ordre  tout  opposé,  le  délire  !  Ce  délire  des  sola¬ 
nées  a  un  caractère  particulier,  l’hallucination  avec  des  illusions  des  sens, 
des  images  terrifiantes  et  une  loquacité  particulière.  Le  sommeil  narcotique 
ne  survient  que  comme  une  terminaison  du  délire,  comme  effet  secondaire 
d’épuisement. 

Mais  malgré  la  nature  secondaire  de  ce  phénomène,  malgré  le  caractère 
d’excitation  annoncée  par  les  manifestations  du  début,  et  disons-le,  malgré 
la  rubrique  d’excitation  vaso-motrice  que  leur  a  assignée  la  jihysiologie  ré¬ 
cente,  la  clinique  continuera  à  ranger  les  solanées  vireuses  dans  la  classe 
des  narcotiques.  A-t-elle  tort?  Nous  ne  le  pensons  pas  ;  les  phénomènes 
d’irritation  locale  et  même  d’excitation  générale  n’excluent  pas  une  cause 
centrale  et  un  caractère  d’ensemble  qui  tiennent  de  la  dépression  radicale. 


NARCOTIQUES.  —  classification.  39.5 

La  pâleur  de  la  face,  la  diminution  de  la  température,  constatée  au  thermo¬ 
mètre  par  nous-mêmes,  la  prostration  musculaire  aussi  bien  que  les  déjec¬ 
tions  involontaires,  indiquent  que  la  vitalité  générale  est  amoindrie.  Pareille 
opposition  se  rencontre  dans  les  maladies  même  fébriles  ;  ainsi  dans  la  fièvre 
typhoïde,  dans  certaines  pneumonies,  malgré  les  excitations  apparentes,  se 
révèle  le  caractère  déprimant  de  la  cause. 

Même  dans  certains  narcotiques,  où  un  élément  d’irritation  accompagne 
le  principe  stupéfiant,  et  qu’on  a  nommés  pour  cela  narcotico-âcres,  comme 
dans  le  tabac  ou  la  digitale,  la  physionomie  générale  est  celle  de  la  dépression. 
Chacun  peut  retrouver  dans  sa  mémoire  l’aspect  d’un  fumeur  imberbe  et 
payant  le  tribut  de  son  noviciat,  ou  celui  d’un  sujet  fortement  digitalisé. 
La  stimulation  de  certaines  fonctions 'partielles  n’empêche  pas  le  caractère 
narcotique  de  s’imposer  à  l’œil  et  au  jugement  du  clinicien. 

Du  reste,  il  ne  faut  pas  trop  presser  sur  ces  dénominations  quantitatives. 
Elles  n’expriment  dans  l’état  de  la  science,  dans  un  sens  ou  dans  un  autre, 
que  des  métaphores  devenues  hypothétiques,  et  qui  le  paraîtront  de  plus 
en  plus  à  mesure  que  la  physiologie  précisera  davantage  la  nature  intime 
des  phénomènes.  Ce  sont  des  expressions  provisoires  que  la  clinique  a  ju.s- 
qu’ici  grand  intérêt  à  conserver. 

En  général  les  individus  narcotisés  sont  pâles  et  froids,  prostrés,  somno¬ 
lents,  la  congestion  primitive  est  exceptionnelle ,  la  température  thermo¬ 
métrique  a  baissé,  comme  nous  l’avons  dit,  les  extrémités  sont  froides.  Pour 
l’opium,  cet  abaissement  de  la  chaleur  manque  souvent,  quelquefois  il  est 
remplacé  par  une  caloricité  sudorale.  Les  pupilles  sont,  comme  on  sait, 
démesurément  dilatées  dans  le  narcotisme  solané  et  même,  quoique  à 
moindre  degré,  sous  l’influence  de  la  digitale  à  fortes  doses.  L’opium  au 
-contraire  resserre  remarquablement  la  pupille,  au  point  de  la  rendre  quel¬ 
quefois  invisible. 

Le  pouls  narcotique  est  généralement  calme,  souvent  lent  pour  la  bel¬ 
ladone,  irrégulier  pour  le  tabac,  très-lent  pour  la  digitale  et  le  veratrum, 
normal  ou  accéléré  pour  l’opium. 

Les  urines  sont  ordinairement  claires  et  abondantes  dans  le  narcotisme 
••solané  ;  souvent  rares,  quelquefois  rouges  et  chargées  sous  l’influence  de 
l’opium.  Dans  le  narcotisme  belladoné  extrême  survient  souvent  une  pa¬ 
ralysie  momentanée  de  la  vessie  et  des  intestins  ;  d’autres  fois  des  paralysies 
réflexes,  comme  celle  des  muscles  gutturaux  par  le  bromure  de  po¬ 
tassium. 

Les  vomissements  sont  fréquents  en  tout  état  de  narcotisme,  surtout  par 
la  digitale  et  les  vératrées.  Les  selles  le  sont  surtout  avec  les  solanées.  L’o¬ 
pium  au  contraire  détermine  une  constipation  constante,  souvent  opiniâtre. 

Souvent ,  il  y  a  des  éruptions  cutanées  :  la  belladone  détermine  parfois 
une  éruption  comme  scarlatineuse,  l’opium,  des  érythèmes,  dont  quelques 
personnes  offrent  une  idiosyncrasie  particulière. 

L’intensité  des  phénomènes  varie,  non -seulement  selon  les  doses,  mais 
selon  les  susceptibilités  individuelles.  En  général,  quoique  toxiques  et  quel- 
•quefois  mortels  à  hautes  doses,  les  narcotiques,  sauf  les  cyaniques,  n’of- 


396  NARCOTIQUES.  —  classification. 

frent  pas  une  nature  maligne,  et  ordinairement  les  symptômes  les  plus 
graves  en  apparence  sont  suivis  de  guérison.  Plus  que  pour  tous  les  autres 
agents  thérapeutiques,  l’accoutumance  conduit  à  des  tolérances  étonnantes, 
surtout  pour  l’opium.  On  peut  le  voir  de  nos  jours  par  l’abus  des  injections 
hypodermiques.  D’autre  part,  les  susceptibilités  individuelles  se  rencontrent 
fréquemment  et  nous  connaissons  des  personnes  que  des  doses  minimes 
d’opium  impressionnent  très-fortement. 

On  peut  dire  toutefois  que  l’abus  continu  des  narcotiques  conduit  à  la 
détérioration  physique  et  psychique,  comme  on  le  constate  sur  les  fumeurs 
d’opium,  sur  ceux  qui  abusent  du  tabac  et  même  sur  ceux  qui  emploient 
sans  bornes  des  injections  hypodermiques  de  morphine.  Ces  faits  consti¬ 
tuent  le  narcotisme  chronique  et,  quoique  variables  en  quelques  points, 
forment  un  ensemble  de  symptômes  caractérisés  surtout  par  l’engourdis¬ 
sement  cérébro-spinal,  la  diminution  de  la  mémoire,  Ip  paresse  intellec¬ 
tuelle,  la  tristesse,  la  somnolence,  le  regard  terne,  le  teint  pâle  jaune,  la 
perte  ou  la  diminution  de  la  virilité,  l’inappétence,  la  sécheresse  de  la 
bouche,  la  constipation,  la  frigidité,  quelquefois  au  contraire  le  relâchement 
des  sphincters  et  l’incontinence  des  selles  et  des  urines  (Belladone)  ou 
des  phénomènes  cardiaques  avec  palpitations,  douleurs  et  oppressions  si¬ 
mulant  l’angine  de  poitrine  (Tabac),  et  toujours  un  désir  presqu’invincible 
de  recourir  à  la  substance  narcotique  cause  de  tant  de  désordres. 

Comment,  malgré  ces  déplorables  effets,  voit-on,  à  toutes  les  époques  et 
dans  tous  les  pays,  comme  on  voit  de  nos  jours,  se  propager  parmi  toutes 
les  populations,  n’importe  leur  degré  de  civilisation,  l’usage  et  l’abus  des 
substances  enivrantes  et  stupéfiantes?  Est-ce  simplement  sensualité  ou 
perversion  du  goût  ou  de  l’odorat?  Non,  car  sauf  quelques  vins  ou  li¬ 
queurs  délicates  et  accessibles  seulement  au  plus  petit  nombre,  les  sub¬ 
stances  sont  aussi  répugnantes  pour  le  goût  qu’offensives  pour  l’odorat; 
bien  plus,  elles  déterminent  successivement,  à  certaines  doses,  les  plus  dou¬ 
loureuses  souffrances  ;  témoin  les  victimes  de  l’alcoolisme,  témoin  les  fu¬ 
meurs  d’opium  couchés  sous  les  bancs  des  cabarets  chinois,  et  les  angoisses 
des  fumeurs  de  tabac  trop  passionnés  ou  trop  peu  acclimatés. 

D’où  vient  donc  une  pareille  passion  satisfaite  au  prix  de  tant  de  ma¬ 
laises,  de  dégoût  et  quelquefois  de  danger?  Puisqu’elle  n’a  pas  pour  mobile 
l’appétit  subjugué  par  le  plaisir  des  sens,  puisque  la  jouissance  n’est  pas 
dans  la  perception  immédiate  du  goût,  nous  la  devons  trouver  dans  l’effet 
secondaire  produit  par  absorption  sur  le  cerveau.  Quel  est  cet  effet?  Il 
repose  sans  doute  sur  la  modification  cérébrale  particulière  que  nous  avons 
formulée  au  commencement  de  cet  article.  Alors  la  dépression  des  facultés 
supérieures  de  raison  et  de  réflexion  ne  fait  plus  équilibre  aux  impul¬ 
sions  de  l’imagination,  qui  adoucit  les  aspérités  de  la  vie,  en  gaze  les  réa¬ 
lités  trop  positives  et  les  remplace  par  des  illusions  plus  faciles  et  des  espé¬ 
rances  sans  contrôle.  En  général,  c’est  là  la  triste  origine  de  ces  tristes  abus, 
dont  les  principaux  tributaires  sont  les  malheureux  dont  la  vie  est  souvent  une 
série  d’épreuves  morales  ou  de  douleurs  physiques  et  quelquefois  les  esprits 
faibles  qui  n’ont  pas  le  courage  de  réagir  et  de  recourir  à  la  force  de  leur 


NARCOTIQUES.  —  classification.  397 

raison  au  lieu  de  rechercher  l’oubli  dans  l’alcool,  l’opium,  ou  le  tabac  ;  c’est 
le  même  motif  physiologique  qui  rend  les  enfants  étrangers  à  ces  déplo¬ 
rables  ressources. 

Quant  à  ceux,  assez  nombreux,  qui,  sans  cause  morale  appréciable  ou 
sans  douleur  physique,  ou  pour  une  cause  passagère,  ont  débuté  et  conti¬ 
nué  dans  le  nai’cotisme  vicieux,  il  faut  remarquer  que  l’ivresse  narcotique, 
même  légère,  ainsi  que  celle  du  vin,  jette  les  lueurs  de  l’imagination  sur  la 
réalitédes  choses,  et  il  faut  de  plus  se  rappeler,  en  leur  faveur,  l’effet  impérieux 
de  l’accoutumance  pour  les  substances  agissant  sur  le  système  nerveux  et 
qui  tend  à  faire  d’un  emploi  transitoire  une  nécessité  et  une  habitude  de  plus 
en  plus  dominante.  On  s’expliquera  ainsi  comment  l’opium,  l’alcool,  le 
tabac,  simples  passe-temps  d’abord,  deviennent  une  passion  qui  survit  à  la 
cause  souvent  futile  qui  l’a  fait  naître. 

111.  Il  existe  dans  le  voisinage  des  narcotiques  une  autre  classe  de  mé¬ 
dicaments  qui,  sans  avoir  leur  énergie  stupéfiante,  s’en  rapprochent  par  une 
action  analogue,  mais  en  général  beaucoup  plus  faible.  Ce  sont  les  médica¬ 
ments  sédatifs,  qui ,  ainsi  que  leur  nom  l’indique,  calment  les  excitations 
nerveuses,  apaisent  l’agitation  cérébrale,  modèrent  les  mouvements  spasmo¬ 
diques  ou  les  douleurs.  Les  uns  sont  des  narcotiques  faibles,  comme  la  laitue 
viveuse,  le  laurier-cerise,  la  ciguë  ;  d’autres  sont  plus  énergiques,  comme 
les  cyanures  alcalins,  le  valérianate  et  le  cyanure  de  zinc,  l’éther;  d’autres 
enfin  semblent  devoir  leurs  propriétés  à  une  action  centrale  sur  l’origine 
des  vaso-moteurs,  comme  le  bromure  de  potassium. 

Ce  qui  les  réunit  entre  eux,  malgré  leurs  origines  disparates,  et  ce  qui  les 
rapproche  des  narcotiques,  c’est  l’action  dépressive  et  la  détente  opérées  sur 
le  système  nerveux,  toutefois  sans  narcotisme  prononcé  et  surtout  sans 
action  hypnotique. 

Il  résulte  de  cet  exposé  sommaire  et  analytique  que  les  narcotiques  for¬ 
ment  une  tribu  nombreuse  où  sont  venues  se  ranger  des  individualités  d’o¬ 
rigines  bien  diverses,  tirées  les  unes  du  régime  végétal,  d’autres  de  la  classe 
des  minéraux,  et,  si  nous  voulons  compter  les  dérivés  du  cyanogène,  nous  en 
aurons  de  provenance  animale. 

Une  autre  conséquence  plus  importante  pour  la  clinique,  c’est  que  l’action 
narcotique  n’est  pas  une  et  identique,  mais  qu’elle  revêt  des  manifestations 
qui,  de  chaque  substance  ou  du  moins  de  chaque  genre,  font  une  individua¬ 
lité  bien  déterminée  avec  des  propriétés  particulières  et  des  caractères  sut 
generis.  Il  en  résulte  que  la  clinique  ne  doit  et  ne  peut  employer  indiffé¬ 
remment  les  narcotiques  ni  les  substituer  les  uns  aux  autres,  mais  qu’au  con¬ 
traire  leur  choix  doit  reposer  sur  la  forme  particulière  de  la  maladie  et  sur 
les  nuances  particulières  aux  divers  agents,  c’est-à-dire,  ici  cpmme  par¬ 
tout,  sur  le  caractère  propre  de  la  maladie  et  sur  celui  du  remède. 

La  nature  et  le  siège  intimes  de  l’action  stupéfiante  ne  nous  sont  pas  di¬ 
rectement  connus.  Les  lésions  organiques  déterminées  par  les  narcotiques, 
si  elles  existent,  ne  nous  ont  été  révélées  ni  par  les  autopsies,  ni  par  les 
expérimentations,  ni  par  la  toxicologie  ;  les  anciennes  expériences  de  Flou- 
rens  sur  la  détermination  élective  de  l’opium  vers  les  circonvolutions  céré- 


398  NARCOTIQUES.  —  thérapeutique. 

hrales  ne  nous  apprennent  rien  sur.  la  nature  de  cette  action  ;  celles  plus 
récentes  de  Brown-Séquard  sur  l’influence  contractile  exercée  par  la  bella¬ 
done  sur  les  vaso-moteurs  ne  s’imposent  pas  à  la  conviction.  Tout  porte 
à  croire  que  les  narcotiques  n’atteignent  pas  profondément  les  tissus 
nerveux  ;  de  là  sans  doute  leur  action  peu  nocive  et  la  facilité  de  l’accou¬ 
tumance. 

Nous  ne  pouvons  donc  que  par  induction  nous  rapprocher  de  la  réalité. 
Ainsi,  il  est  à  admettre  que  le  cerveau  et  la  moelle  sont  primitivement  in¬ 
téressés  ;  il  est  encore  légitime  d’induire  que  les  divers  agents  narcotiques 
ne  portent  pas  primitivement  leur  action  sur  le  même  point  du  système 
nerveux  ;  que  l’opium,  par  exemple,  et  les  anesthésiques  volatils  débutent  par 
les  circonvolutions  supérieures  et  ne  portent  leur  action  vers  la  base  que 
dans  les  doses  élevées  ou  progressives,  puisque  les  fonctions  intellectuelles 
et  la  sensibilité  sont  les  premières  influencées  et  souvent  les  seules.  Les  sola- 
nées,  au  contraire,  ainsi  que  la  digitale,  semblent  porter  leur  impression 
initiale  sur  la  base  du  cerveau  ou  sur  la  moelle;  car  elles  intéressent 
primitivement  les  mouvements  et  n’entraînent  le  coma  et  le  délire  que  très- 
secondairement.  D’autres  substances  semblent  porter  leur  préférence  sur  le 
bulbe  lui-même  en  déterminant,  comme  Tacide  prussique,  une  mort  fou¬ 
droyante,  ou  comme  les  bromures  qui  n’exei’cent  qu’une  action  lente  sur  la 
même  portion  de  l’encéphale  en  narcotisant  à  leur  origine  les  nerfs  qui 
donnent  la  sensibilité  réflexe  aux  muscles  de  l’isthme  pharyngé. 

Il  est  probable  que  l’action  des  nerfs  ganglionnaires  est  plus  particulière¬ 
ment  atteinte  par  un  certain  nombre  de  substances  narcotiques.  Ainsi, 
tandis  que  les  solanées  relâchent  tous  les  sphincters,  depuis  l’iris  jusqu’au 
cercle  anal  et  jusqu’aux  fibres  circulaires  de  la  vessie,  des  intestins  et  du 
col  utérin,  les  papavéracées  produisent  l’effet  opposé  et  contractent  ces 
mêmes  fibres  au  point  de  déterminer  la  disparition  presque  complète  de 
la  pupille  et  de  produire  des  constipations  opiniâtres.  D’autres  fois,  l’action 
s’exerce  principalement  sur  les  faisceaux  isolés  qui  animent  certains 
viscères,  comme  la  digitale  et  le  tabac  qui  portent  avec  des  modes  divers 
leur  influence  sur  le  cœur.  La  thérapeutique,  comme  nous  le  verrons,  uti¬ 
lise  ces  actes  physiologiques  divers  et  souvent  opposés 

Tbérapentique.  —  I.  Indication  contre  la  douleur.  — 11  est  une  longue 
série  de  manifestations  morbides,  les  unes  primitives,  les  autres  symptoma¬ 
tiques,  qui  ont  pour  caractère  la  douleur,  tellement  que  douleur  et  maladie 
se  confondent  dans  notre  esprit.  Les  unes  font  en  quelque  sorte  l’essence  de 
la  maladie  :  les  névralgies,  les  odontalgies,  les  traumatismes,  les  opérations, 
les  brûlures,  etc.  Elles  ne  sont  pas  seulement  une  souffrance;  elles  peuvent 
par  leur  intensité  épuiser  la  vie,  ou  parleur  prolongation  déterminer  l’ébran¬ 
lement  général  du  système  nerveux,  les  convulsions,  le  tétanos. 

La  douleur  morale  elle-même,  malgré  son  sens  métaphorique,  est  pour  le 
médecin  une  maladie  grosse  de  beaucoup  d’autres  et  souvent  aussi  mortelle 
que  les  plus  dangereuses;  aussi  c’est  dans  les  narcotiques  qu’il  cherche,  bien 
plus  souvent  que  dans  les  discours  philosophiques,  lemeilleur  des  remèdes. 

A  côté  de  la  douleur,  se  placent  les  irritations  viscérales  qui  surexcitent 


NARCOTIQUES.  —  thérapeütiüue.  399 

et  précipitent  les  fonctions  des  organes  malades  et  déterminent  des  troubles 
locaux  ou  généraux.  Le  délire  et  l’insomnie,  la  folie  avec  son  cortège  de 
crises,  de  surexcitations  cérébrales,  la  toux  de  l’irritation  bronchique,  les 
vomissements,  la  colique  de  plomb,  et  toutes  les  irritations  de  l’estomac  et 
de  l’intestin  relèvent  de  la  méthode  d’apaisement  qui  fait  appel  aux 
agents  qui  endorment  la  sensibilité.  Car  toutes  ces  excitations  organiques 
ont  pour  base  la  surexcitation  de  la  sensibilité  et  sont  en  conséquence  tri¬ 
butaires  de  la  médication  anli-esthésique. 

Les  agents  principaux  sont  tirés  non  des  solanées,  mais  des  narcotiques 
papavéracés  et  de  la  médication  anesthésique. 

La  plus  grande  découverte  médicale  qui  illustre  ce  siècle  déjà  si  riche,  c’est 
celle  de  la  méthode  et  des  agents  anesthésiques.  L’opium  jusque-là  avait 
étéleseul  moyen  d’adoucissement  qu’eût  trouvé  la  médecine  opératoire.  L’in¬ 
suffisance  du  sommeil  thébaïque  dans  les  grandes  opérations,  surtout  dans 
les  opérations  de  longue  haleine,  l’inconvénient  des  fortes  doses,  et  surtout 
des  doses  prolongées,  la  survivance  de  l’effet  narcotique  à  l’opération  qui 
l’avait  nécessité,  a  peu  à  peu  limité  son  emploi  chirurgical  à  des  nécessités 
passagères.  Aujourd’hui  la  chirurgie  possède  un  moyen  presque  merveilleux 
qui  soustrait  instantanément  le  malade  non-seulement  à  la  douleur,  mais 
même  à  la  conscience  de  l’opération  ;  qui  fait  durer  cette  inconscience  des 
heures  entières,  malgré  le  plus  cruel  traumatisme,  et  la  fait  cesser  au  mo¬ 
ment  voulu,  sans  autre  danger  que  quelques  accidents,  bien  regrettables 
sans  doute,  mais  bien  rares  et  de  plus  en  plus  exceptionnels. 

L’indication  générale  de  la  méthode  narcotique,  en  tant  que  dirigée  contre 
la  douleur,  s’étend  à  une  foule  d’autres  états  morbides  que  nous  nous  abste¬ 
nons  d’énumérer  parce  que  ces  états  morbides  relèvent  tous,  en  fin  de 
compte,jde  l’indication  capitale  qui  consiste  à  amortir  la  sensibilité.  Choisir 
selon  les  nuances,  l’agent  et  la  forme  appropriés,  en  graduer  l’emploi  selon 
l’intensité  du  siège  et  l’ancienneté  de  la  maladie,  sont  l’œuvre  du  génie  cli¬ 
nique,  appuyé  sur  l’indispensable  et  profonde  connaissance  de  la  pharmaco¬ 
logie  et  de  la  pharmacodynamique,  si  déplorablement  négligées  aujourd’hui. 

IL  Indication  contre  le  spasme.  —  Si  les  papavéracées  et  la  méthode 
anesthésique  et  les  narcotiques  voisins  de  la  famille  des  scrophulariées  et 
des  vératrées  s’adressent  principalement  aux  troubles  de  la  sensibilité,  les 
solanées  ont  pour  tributaires  spéciaux  les  éléments  moteurs.  Celles-ci 
trouvent  leurs  principales  applications  dans  le  spasme  musculaire,  dans 
les  contractions  pathologiques,  dans  les  contractures ,  dans  les  alïections 
convulsives  générales  ou  locales  ;  le  tétanos,  l’épilepsie,  la  chorée,  la  co¬ 
queluche,  les  palpitations,  le  resserrement  pathologique  de  la  pupille  ou  sa 
dilatation  exploratrice ,  la  contracture  du  col  utérin,  la  hernie  étranglée,  les 
spasmes  et  les  irritations  de  l’anus,  la  constipation,  et  partout  enfin  où  il 
s’agit  de  relâcher  la  contraction  muscu  laire.  C’est  encore  à  ce  titre  et  en 
vue  du  spasme  pharyngien  que  l’on  a  espéré  leur  efficacité  contre  la  rage. 

Cette  opposition  entre  les  narcotiques  agissant  les  uns  pour  modé¬ 
rer  la  sensibilité,  les  autres  pour  détendre  les  mouvements, n’est  pas 
une  vue  purement  spéculative  ;  l’expérience  la  confirme  tous  les  jours. 


400  NARCOTIQUES.  —  thérapeütiqüe. 

et  cette  confirmation  s’est  dégagée  éclatante  à  l’époque  où  l’on  a  intro¬ 
duit  chez  nous  les  injections  hypodermiques.  On  a  vu  alors  bientôt 
celles  d’atropine  rester  impuissantes  contre  la  douleur,  mais  relâcher 
les  sphincters,  et  celles  de  morphine  se  généraliser  de  plus  en  plus  contre 
l’hyperesthésie.  Ce  qui  fait  la  délicatesse  du  choix,  c’est  que  souvent  le 
spasme  est  fils  de  la  douleur  et  vice  versa;  c’est  au  médecin  à  distinguer  le 
phénomène  réflexe  du  spasme  direct,  le  premier  étant  tributaire  de  la  mé¬ 
dication  calmante,  l’autre  du  narcotisme  musculaire. 

111.  Les  sédati/s,  comme  l’indique  leur  nom,  interviennent  surtout  dans 
les  agitations  vagues  et  généralisées  du  système  nerveux  sans  localisation 
précise,  mélangées  parfois  de  troubles  de  sensibilité,  de  mouvement,  d’in¬ 
telligence,  comme  chez  les  hystériques  et  les  hypochondriaques,  les  gens 
en  proie  à  trop  de  préoccupations,  les  névrosiques,  comme  on  dit  aujour¬ 
d'hui. 

Le  laurier-cerise,  la  laitue-vireuse,  le  lactucarium  suffisent  ordinairement 
avec  quelques  ablutions  froides,  pour  un  soulagement  momentané  ; 
l’hygiène  fera  le  reste.  Nous  réservons  pour  la  fin  les  bromures,  et  surtout  le 
bromure  de  potassium  et  d’ammonium ,  sédatif  très-efficace  contre  l’agita¬ 
tion  nerveuse,  mais  en  même  temps  très-puissant  agent  anti-épileptique.  Il 
doit  sans  doute  sa  propriété  à  son  action  spéciale  sur  le  bulbe  cérébral  et 
les  nerfs  réflexes  qui  en  émanent;  c’est  une  des  dernières  conquêtes  de  la 
thérapeutique  contemporaine,  conquête  précieuse,  si  on  ne  la  discrédite 
pas  par  l’abus  de  l’emploi  empirique. 

Avant  de  terminer,  ajoutons  ce  principe  important  en  thérapeutique 
générale  :  que  les  narcotiques  sont  contre-indiqués  dans  l’état  fébrile  aigu. 
La  fièvre  est,  en  effet,  dans  son  essence,  un  état  de  détente  et  de  relâchement 
du  système  nerveux  et  musculaire  qui  a  beaucoup  de  parenté  avec  le 
narcotisme. 

Pour  les  accidents  aigus  produits  par  les  narcotiques  pris  en  excès  ou  mal 
à  propos,  lorsque  le  sommeil  devient  comateux,  le  café,  le  thé,  la  respiration 
artificielle,  les  douches  froides  suffisent  d’ordinaire  pour  y  remédier.  Les 
autres  indications  anti-toxiques  relèvent  de  la  thérapeutique  spéciale  à 
chaque  substance.  Quant  à  l’antagonisme  supposé  qui  fait  guérir  les  effets 
d’un  narcotique  par  l’influence  d’un  autre,  ceux  de  la  Belladone,  par 
exemple,  par  ceux  de  l’Opium,  nous  avons  montré  ailleurs  (Foÿ.  art.  Bella- 
ûONE,  t.  IV,  p.  769)  que  cet  antagonisme  curatif  n’existe  pas. 

Pour  ce  qui  concerne  le  traitement  du  narcotisme  chronique,  on  sait 
combien  il  est  difficile,  car  il  faut  lutter  contre  une  volonté  affaiblie,  tenue  en 
échec  par  des  instincts  organiques  rendus  violents  par  l’habitude  et  qui, 
par  le  souvenir  de  voluptés  factices ,  dominent  le  malade  au  point  qu’il  ne 
veut  plus  être  guéri.  Il  faut,  en  conséquence,  faire  appel  à  la  diversion  mo¬ 
rale  et  physique,  à  l’exercice  intellectuel  et  musculaire  par  le  retour  à  la  vie 
sociale,  par  la  promenade,  la  chasse,  l’escrime,  les  bains  froids  ;  occuper 
l’esprit  à  des  choses  positives  ;  tromper  la  passion  du  malade  en  diminuant 
graduellement,  mais  très-graduellement,  à  son  insu,  la  force  et  la  quantité 
du  narcotique;  enfin  ne  jamais  le  laisser  seul  ou  inoccupé,  car  la  solitude 


NARCOTIQUES.  —  pharmacologie.  401 

et  l’oisiveté  sont  les  grands  complices  de  l’aberration  qu’il  s’agit  de  com¬ 
battre.  Une  fois  l’habitnde  vaincue,  les  ablutions  froides,  l’air  des  mon¬ 
tagnes,  les  excitants  généraux,  l’arnica,  le  café,  le  thé  sferont  d’utiles  adju¬ 
vants  pour  tonifier  le  système  nerveux. 

PbavmacologSe.  —  Les  médications  narcotiques  s’administrent  par 
les  voies  digestives,  par  la  peau  ou  par  les  surfaces  respiratoires;  générale¬ 
ment,  il  faut  donner  la  préférence  à  la  première,  car  la  digestion  n’altère 
pas  la  substance  narcotique.  La  voie  cutanée,  lente  et  douteuse  quand  il 
s’agit  d’application  sus-dermique,  est  au  conü’aire  la  plus  prompte  lorsque 
l’on  porte  par  injection  le  médicament  jusque  sous  le  derme.  La  forme 
sous-épidermique,  comme  l’application  de  la  substance  sur  un  vésicatoire, 
tient  le  milieu  pour  l’énergie  entre  l’administration  à  l’intérieur  et  les  in¬ 
jections  sous-dermiques.  Par  la  voie  respiratoire,  on  n’administre  plus  au¬ 
jourd’hui  que  les  anesthésiques  volatils  ;  les  vapeurs  d’herbes  solanées  ou 
de  pavots  doivent  être  abandonnées,  parce  qu’elles  n’entraînent  aucune 
partie  médicamenteuse. 

La  belladone  appliquée  sur  les  sphincters  sous  forme  de  pommade  ou  de 
solution,  les  dilate  rapidement.  Par  le  rectum  les  opiacés  sont  aussi 
puissants  que  par  la  bouche,  quelqhefois  même  davantage.  On  choisit 
de  préférence  cette  voie  dans  les  affections  qui  ont  leur  siège  dans  le  bas- 
ventre.  Les  coliques  saturnines,  les  hernies  étranglées,  les  spasmes  uté¬ 
rins,  appellent  alternativement  les  lavements  d’opium,  de  belladone  ou 
de  tabac. 

Ce  mode  d’emploi  ne  sera  jamais  qu’une  forme  exceptionnelle,  le  dosage 
étant  très-difficile  et  quelquefois  dangereux.  Il  faut  se  rappeler,  dans  le 
maniement  des  narcotiques,  la  susceptibilité  exceptionnelle  de  certains  indi¬ 
vidus  et  la  tolérance  non  moins  exceptionnelle  de  certains  autres,  résul¬ 
tant  soit  de  l’idiosyncrasie,  soit  de  l’usage  prolongé,  et  ne  commencer 
l’administration  que  par  des  doses  modérées. 

Il  ne  peut  être  question  ici  ni  des  doses,  ni  des  formes  des  médicaments; 
elles  ressortent  de  la  thérapeutique  spéciale  de  chacun  des  agents  de  la 
médication  {voy.  les  articles  spéciaux  qui  leurs  sont  consacrés).  Ce  que 
l’on  peut  dire  de  plus  général,  c’est  que  la  médication  narcotique  peut  s’ad¬ 
ministrer  sous  les  formes  les  plus  diverses  :  on  peut  la  prendre  en  substances 
solides  ou  pulvérulentes,  en  infusions,  en  teintures,  en  sirops.  Les  alcaloïdes 
qui  en  dérivent  sont  d’un  maniement  difficile  et  quelquefois  dangereux  par 
leur  excès  d’activité  ;  les  plus  usités  sont  ceux  qui  se  tirent  de  l’opium, 
particulièrement  la  morphine  et  la  codéine.  Plus  énergiques  encore  sont 
ceux  qui  proviennent  des  solanées  et,  parmi  les  solanées,  l’atropine,  l’hyos- 
cyamine,  enfin  la  digitaline  issue  d’une  plante  voisine.  Pour  les  injections 
sous-cutanées,  on  n’a  employé  jusqu’ici  que  les  sels  de  morphine  et  d’atro¬ 
pine.  Les  autres  sont  encore  à  expérimenter  sur  l’homme. 

M.  Hirtz. 

NÎASAÏ.ES  (Fosses).  Voy.  Nez. 


f.  DICT.  MÉD. 


XXIII.  —  26 


m 


NAÜHEIM. 


IVAIJHEIM,  qui  faisait  partie  du  duché  de  Hesse-Darmstadt,  appartient 
aujourd’hui  à  l’empire  d’Allemagne.  Située  au  pied  du  Johannisberg,  ma¬ 
melon  terminal  de  la  chaîne  du  Taunus,  elle  figure  honorablement  dans  ce 
groupe  célèbre  d’eaux  minérales.  De  Francfort  on  s’y  rend,  en  une  heure, 
par  le  chemin  du  Main-Weser.  Elle  est  placée  sous  le  50'  degré  de  latitude, 
à  près  de  140  mètres  au-dessus  de  la  mer  et  reçoit  les  vents  du  N.-E. 
par  la  plaine  de  la  Wetterau.  La  moyenne  annuelle  est  10°  cent,  et  la 
moyenne  barométrique  d’environ  750.  Le  climat  tempéré  permet  une  assez 
longue  saison,  de  mai  à  la  fin  de  septembre. 

La  station  est  de  création  modeime,  ce  qui  explique  le  silence  du  docteur 
Granville  à  son  égard  (TheSpas  ofGermany,  1837).  De  nombreux  forages 
artésiens  pratiqués  pour  la  recherche  du  sel,  ont  créé,  comme  à  Rehme  en 
Westphalie,  des  ressources  nouvelles  à  la  thérapeutique  chlorurée  sodique 
thermale.  L’administi’ation  des  Jeux,  interdits  aujourd’hui,  a  laissé  comme 
souvenir  de  son  passage  un  très-beau  kursaal,  monument  de  style  renais¬ 
sance  avec  un  parc  élégant.  Le  nombre  des  visiteurs  est  de  4  à  5  000  et 
l’on  peut  dire  que  Kreuznach  a  trouvé  là  une  sérieuse  rivale. 

Le  sol  de  la  vallée  est  constitué  par  des  couches  tertiaii’es,  qui  se  sont 
déposées  entre  les  masses  schisteuses  du  Taunus  et  les  plateaux  basaltiques 
du  Vogelsberg.  Ces  couches  tertiaires  reposent  immédiatement  sur  les 
schistes  de  transition,  en  l’absence  des  terrains  secondaires  et  d’une 
partie  des  terrains  paléozoïques.  Comme  elles  ne  sont  pas  d’une  grande 
puissance,  la  sonde  arrive  promptement  aux  schistes,  où  elle  rencontre 
d’abord  le  calcaire  à  Strigonocéphales,  puis  le  schiste  à  orthocératites, 
enfin  la  grauwacke  à  Spirifères.  Ce  sont  là  les  points  d’émergence  des 
Sources. 

Il  n’est  pas  nécessaire  d’aller  très-profondément  pour  trouver  l’eau 
salée;  mais  les  sources  les  plus  chargées,|les  n"®  7  et  12,  viennent  de 
160  et  180  mètres,  et  ont  atteint  la  grauwacke  à  Spirifères.  Le  fo¬ 
rage  du  n°  7  a  offert  de  curieux  phénomènes  :  les  travaux  de  perce¬ 
ment  ayant  été  abandonnés,  il  fit  tout  à  coup  irruption  pendant  la  nuit, 
quelques  années  plus  tard,  et  tarit  à  nouveau,  pour  reparaître  encore.  Le 
forage  du  n°  12  a. produit  une  immense  gerbe  de  60  pieds  de  haut.  Ces 
eaux  artésiennes  sont  très-intéressantes  au  point  de  vue  géologique  :  par 
leur  origine,  puisque  les  eaux  salées  proviennent  en  général  des  couches 
ti’iasiques  qui  renferment  les  grands  dépôts  de  sel  gemme  ;  par  leur  tem¬ 
pérature,  qui  dépasse  de  plusieurs  degrés  celle  conforme  à  la  loi  géother¬ 
mique.  Ainsi  le  n°  12,  venant  de  180  mètres  au-dessous  du  sol,  ne  devrait 
dépasser  que  de  6  degrés  la  moyenne  du  lieu,  et  il  la  dépasse  de  25  degi’és. 
Ceci  prouve  que  le  réservoir  commun  est  beaucoup  plus  profond;  je  dis  le 
réservoir  commun,  parce  que  les  faits  observés  par  les  ingénieurs  Ludwig, 
Schreiber  et  O.  Weiss  tendent  à  établir  son  existence  ;  enfin  ces  eaux  sont 
fortement  imprégnées  de  gaz  carbonique,  lequel  paraît  le  vrai  moteur  ascen¬ 
sionnel. 

Les  sources  employées  sont  :  le  Kurbrunnen  pour  la  boisson,  à  la  tempéra¬ 
ture  de  22,05,  et  qui  renferme  une  proportion  de  27  pour  1000  grammes  de 


NAUHEIM. 


matériaux  solides  ;  la  nouvelle  source  de  Karlsquelle,  moins  forte  ;  le 
Salzbrunnen,  dont  il  est  question  dans  les  auteurs,  avait  disparu  ;  il  a 
jailli  de  nouveau  en  1870,  mais  on  le  laisse  de  côté  comme  trop  chargé  de 
sels  ;  le  Kleiner  Sprudel,  pour  les  bains  de  gaz,  avec  un  volume  d’acide 
carbonique;  le  Grosser  Sprudel  et  le  Friedrich  Wilhelm,  pour  les  bains, 
avec  une  minéralisation  de  3  à  4  p.  100,  une  température  de  32  degrés 
et  de  35,05  et  une  quantité  de  gaz  variable  suivant  le  point  où  il  a  été 
recueilli.  Le  débit  de  ces  sources  dépasse  3  000  mètres  cubes  par  jour, 
ee  qui  fournit  aux  besoins  de  l’extraction  du  sel  et  des  bains. 

Aux  anciennes  analyses  de  Broméis  et  Chatin,  il  faut  joindre  celle  de 
Will,  1871.  Si  nous  prenons  pour  type  la  principale  source,  Fried.  Wilhelm, 
nous  y  trouvons  :  chlorure  de  sodium  29,29  ;  chlorure  de  potassium  1,12  ; 
chlorure  de  calcium  3,32;  chlorure  de  magnésium  0,52;  chlorure  de 
lithium;  0,05;  bicarbonate  de  chaux  2,60;  de  fer  0,05;  bromure  de 
magnésium  0,08.  Le  bromure  de  magnésium  se  retrouve  dans  les  eaux- 
mères  à  la  dose  de  1  gramme  par  litre. 

Le  traitement  comprend  la  boisson  et  les  bains.  L’eau  du  Kurbrunn  se 
prend  le  matin  à  jeun  et,  comme  elle  est  trop  minéralisée  pour  certains 
estomacs,  le  docteur  Beneke  a  introduit  la  coutume  de  la  couper  avec  de 
l’eau  (Verdunnter  Kurbrunn);  onia  coupe  aussi  avec  une  petite  source 
alcaline  alkalischer  Sauerbrunn  et  avec  l’eau  de  Schwalheim  peu  distante 
de  Nauheim.  Beneke  prétendait  imiter  ainsi  la  composition  du  Bakoczy  de 
Kissingen  ;  mais  les  sels  ne  sont  pas  tout  à  fait  les  mêmes,  le  chlorui’e  de 
calcium  dominant  dans  le  Kurbrunn,  et  le  sulfate  de  magnésie  dans  le  Ra- 
koczy.  Ces  mélanges  ont  moins  d’importance  depuis  la  découverte  de  la 
nouvelle  source,  Karlsquelle. 

Il  existe,  pour  les  bains,  un  bel  établissement,agrandi  en  1866,  avec 
120  cabinets  ayant  un  cube  d’air  de  près  de  60  mètres,  et  des  bai¬ 
gnoires  contenant  500  litres  d’eau.  Ce  qu’il  y  a  de  remarquable,  c’est 
que  l’eau  des  deux  sources  n"  7  et  n°  12  réunies,  arrive  aux  baignoires 
avec  une  température  de  32  à  33»,  qui  est  celle  du  bain  ordinaire. 
■On  distingue  le  bain  à  eau  courante,  Strombad,  et  le  bain  puisé  au-dessous 
des  réservoirs  au  tuyau  d’émergence,  Sprudelbad  ;  l’eau  arrive  sans  avoir 
■eu  le  contact  de  l’air.  Beneke  faisait  aussi  couper  les  bains  qu’il  trouvait 
trop  forts.  Cependant  on  les  additionne  parfois  de  quelques  litres  d’eaux- 
mères,  Mutterlaüge,  comme  à  Kreuznach. 

Les  bains  de  gaz  du  Kleiner  Sprudel  se  donnent  dans  des  boîtes  en  bois;  ils 
•étaient  peu  employés  à  l’époque  de  mon  séjour  à  Nauheim,  1866  et  1 867  ; 
ils  le  sont  aujourd’hui  davantage.  Les  douches  de  gaz  s’administrent  avec 
des  tuyaux  et  divers  embouts. 

L’action  de  la  boisson,  la  plus  apparente,  est  la  purgation  journalière, 
produite  par  toutes  les  eaux  salées  fortes.  Nous  avons  dit  que  l’intolérance 
de  certains  estomacs  avait  conduit  au  coupage,  on  évite  ainsi  les  catarrhes 
gastriques.  En  employant  de  petites  doses,  on  détermine  plutôt  la  consti¬ 
pation  et  l’action  altérante  devient  plus  nette  puisqu’il  y  a  absorption  plus 
.  complète  des  sels  ingérés.  Le  gaz  et  le  sel  des  bains  stimulent  la  surface 


m 


NAUHEIM. 


cutanée  et  par  suite  la  circulation  et  le  système  nerveux,  bien  qu’on  ait 
observé  pendant  le  bain  un  ralentissement  du  pouls  et  de  la  respiration  ;  il 
y  a  là  des  effets  assez  complexes  où  le  gaz  carbonique  joue  son  rôle.  Tou¬ 
jours  est-il  que,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  Beneke  a  été  conduit  au 
coupage  des  bains.  Les  enfants  les  supportent  très-bien,  même  additionnés 
d’eaux-mères. 

F. -W.  Beneke  (de  Marburg)  a  cru  démontrer  par  ses  expériences  que  la 
cure  de  Nauheim  augmente  la  perte  de  l’urée  aux  dépens  des  éléments 
protéiques  du  sang  et  celle  des  sulfates,  tandis  que  la  proportion  des  phos¬ 
phates  éliminés  diminue.  Quant  aux  chlorures,  ils  sortent  de  l’organisme 
après  y  avoir  opéré  thérapeutiquement.  De  là  les  indications  dans  les  mala¬ 
dies  où  la  transformation  des  matériaux  azotés  est  incomplète  et  où  les 
phosphates  s’éliminent  trop  promptement.  Nous  avons  fait  ailleurs  la  cri¬ 
tique  de  ces  idées  aventurées. 

Nauheim  fournit,  comme  les  eaux  en  général,  une  médication  com¬ 
plexe  ;  on  y  trouve  les  éléments  d’une  médication  purgative,  résolutive  et 
reconstituante.  Elle  est  assez  énergique;  les  sujets  débiles  ne  la  suppor¬ 
tent  pas  et  seront  mieux  adressés  à  Kreuznach.  Le  lymphatisme  et 
l’anémie,  à  titre  d’éléments  morbides,  y  seront  favorablement  modifiés,  à 
la  condition  que  les  forces  seront  suffisantes  pour  supporter  le  traitement. 

La  scrofule  est  le  triomphe  de  Nauheim.  M.  Rotureau,  frappé  des  bons 
résultats  qui  lui  ont  été  soumis,  a  été  trop  loin  en  affirmant  la  guérison 
quelle  que  soit  la  période ,  même  plus  loin  que  les  médecins  de  l’endroit. 
On  traite  avec  succès  les  engorgements  ganglionnaires,  les  ulcérations,  les 
caries  des  os  et  les  tumeurs  blanches  ;  il  faut  avouer  que  plusieurs  de  ces 
derniers  cas  se  montrent  rebelles.  Le  traitement  de  la  scrofule  est  en  général 
plus  long,  de  six  semaines  à  plusieurs  mois  ;  il  comporte  des  moyens  éner¬ 
giques  et  variés  :  bains  d’eaux-mères,  applications  d’eaux-  mères , 
douches,  etc.  Même  méthode  dans  la  cure  des  rhumatismes  articulaires 
chroniques  où  l’organisme  a  besoin  d’être  vigoureusement  remonté.  Dans 
les  paralysies  (celles  d’origine  rhumatismale  offrent  le  plus  de  chances 
favorables),  on  emploie  les  bains  les  plus  stimulants,  Strombadet  'Sprudelbad, 
quand  il  n’y  a  point  à  redouter  de  congestion  vers  les  organes  vitaux.  Le 
docteur  Bode  junior  assure  qu’il  a  obtenu  de  bons  succès  contre  le  tabes 
dorsalis,  plusieurs  malades  lui  ayant  été  adressés  par  le  professeur  Erb,  de 
Heidelberg. 

Viennent  en  seconde  ligne  certaines  maladies. du  tube  digestif  ■:  dyspep¬ 
sies  avec  état  saburral,  diarrhées  chroniques,  etc.,  les  engorgements  uté¬ 
rins.  Néanmoins,  il  faut  signaler  les  bons  effets  obtenus  dans  les  tuméfac¬ 
tions  métro-ovariques  d’origine  strumeuse.  L’eau  en  boisson  et  les  bains 
stimulent  et  régularisent  la  fonction  menstruelle  ;  l’application  de  com¬ 
presses  d’eaux-mères  sur  l’hypogastre  devient  un  adjuvant  utile.  Dans  les 
névralgies,  on  ne  doit  pas  oublier  le  gaz,  agent  sédatif. 

Les  maladies  du  cœur  constituent  une  contre-indication,  même  après  les 
expériences  du  docteur  Beneke,  trop  peu  nombreuses  pour  balancer  l’opi¬ 
nion  commune. 


NÉOPLASME.  405 

Parmi  les  eaux  chloi’urées  sodiques  d’Allemagne,  Rehme,  enWestphalie, 
est  celle  qui  se  rapproche  le  plus  de  Naulieim,  sous  le  rapport  delà  therma- 
lité,  de  la  minéralisation  et  des  applications  médicales.  Sans  vouloir  établir 
d’autre  parallèle,  je  me  contenterai  de  dire,  pour  rendre  hommage  à  la 
vérité,  que  Nauheim  est  un  des  types  les  plus  complets  de  la  médication 
chlorurée  sodique  thermale. 


Beneke  (F.-W.),  Eau-K  thermales  salines  de  Nauheim  (traduit  et  abrégé).  Marhurg,  1859.  — 
Kurze  Mittheilungen,  über  die  Soolethermen  Nauheims.  Marburg,  1864.  Bode,  1853. 

BODE  JDNIOB,  Deutsche  Klinik,  1870. 

Bode  (Fr.),  Naulieim,  seine  natürlich  Warmen  Soolquellen.  Cassel,  1853,  in-8°. 

O.  Weiss,  Beitrag  zum  Kenntniss.  —  Die  Nauheimer  grossen  Soolsprudel.  Cassel,  1855. 
L.4BAT,  Étude  sur  la  station  et  les  eaux  de  Nauheim  {Annales  de  la  Société  cthydrol.  méd-, 
t.  XIV,  et  tirage  à  part),  1868. 

A.  L-tBAT. 

iVAUSÉE.  Yoy.  Vomissement. 

•  MÉCROSE.  Yoy.  Os. 


IVÉOPEASiflE  (de  vio;,  nouveau,  et 7r).â(To-£iv,  former).  Synon.  -.néoplasie. 

C’est  Burdach  qui  inventa  ce  mot.  Grâce  à  l’insuffisance  de  l’élude  micro¬ 
scopique  des  tumeurs,  l’auteur  allemand  avait  imaginé  un  système  patho¬ 
génique  vraiment  original.  Il  supposa  que  toutes  les  néoformalions  mor¬ 
bides,  quelles  qu’elles  fussent,  provenaient  d’un  même  tissu  cellulaire 
accidentel,  qu’elles  n’étaient  toutes  que  des  variantes  de  ce  tissu  fonda¬ 
mental.  Ce  tissu  morbide  idéal,  origine  commune  de  toutes  les  tumeurs,  il 
l’appela  neoplasma.  De  l’abstraction  de  Burdach,  il  n’est  plus  question  au¬ 
jourd’hui;  mais  le  mot  est  resté. 

Il  a  reçu  depuis  des  acceptions  variables;  on  lui  a  fait  dire  plus  ou  moins. 
Toutefois,  la  majorité  des  auteurs,  Cornil  et  Ranvier  entre  autres,  l’enten¬ 
dent  dans  le  sens  le  plus  large.  «  On  entend  par  néoplasme  un  tissu  de  nou¬ 
velle  formation,  quelles  que  soient  sa  nature  et  sa  provenance.  »  (Cornil  et 
Ranvier.) 

Dans  un  Mémoire,  Gross  (de Nancy),  s’exprime  ainsi  ;  «  Il  est  facile  de 
comprendre  qu’il  doit  y  avoir  deux  ordres  de  néoplasies  :  la  néoplasie  phy¬ 
siologique  ou  normale,  et  la  néoplasie  pathologique  ou  morbide.  La  pre¬ 
mière  constitue  la  formation  et  l’accroissement  des  organes  de  l’indi¬ 
vidu  ;-elle  n’a  été  connue  que  du  jour  où  l’on  a  suivi,  le  microscope  à  la 
main,  la  formation  de  l’être  depuis  la  fécondation  de  l’ovule  jusqu’à  l’état 
parfait.  Quand,  dans  un  endroit  quelconque  de  l’organisme,  il  se  fait  une 
néoplasie  anormale  ou  pathologique,  il  y  a  augmentation  de  volume,  ou  ce 
qu’on  appelle  une  tuméfaction,  une  tumeur.  » 

Cette  distinction  entre  le  néoplasme  physiologique  et  le  néoplasme  pa¬ 
thologique  n’est  pas  bien  nécessaire.  En  langage  ordinaire,  néoplasme 
signifie  toujours  néoplasme  pathologique. 

Les  auteurs  sont  moins  unanimes  à  l’endroit  de  la  ligne  de  démarcation 
à  établir  entre  les  mots  de  néoplasme  et  de  tumeur. 

Les  écrivains  qui  se  sont  placés  au  point  de  vue  clinique  ont  entassé 


406  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveüx. 

dans  un  même  groupe,  à  côté  des  tissus  de  nouvelle  formation,  les  tumeurs- 
formées  par  les  collections  gazeuses,  liquides,  solides  de  toute  nature, 
même  par  les  corps  étrangers  (classifications  de  Robin,  Virchow,  Broca). 
D’autres  auteurs,  de  par  l’anatomie  paithologique,  n’admettent  point  de 
tumeur  en  dehors  des  néoplasmes  (classifications  de  Lebert,Fœrster,  Follin, 
Michel,  Cornil  et  Ranvier).  Quelques-uns  même  n’admettent  point  de  néo¬ 
plasme  en  dehors  des  tumeurs,  comme  si  d’anciennes  fausses  membranes 
pleurétiques  ne  constituaient  pas  un  néoplasme  au  même  titre  qu’un 
fibrome,  comme  si  le  tubercule  infiltré  n’était  pas  un  néoplasme  tout  autant 
que  la  gi’anulation  tuberculeuse. 

Quoiqu’il  en  soit,  il  est  bien  plus  rationnel  de  rester  fidèle  à  l’étymologie  i 
néoplasme,  tissu  de  nouvelle  formation.  Et  alors,  de  même  que  le  mot  de 
tumeur,  dans  les  classifications  de  Robin,  Virchow,  Broca,  dit  plus  que  néo¬ 
plasme,  ici  néoplasme  dit  plus  que  tumeur.  Il  désigne,  en  dehors  des  tu¬ 
meurs,  les  néomembranes,  les  végétations,  les  pi’oductions  morbides  infih 
trées  :  néoplasies  inflammatoires,  typhiques,  leucémiques,  etc.  Ainsi  com¬ 
pris,  il  ne  peut  servir  à  définir  la  tumeur  qu’à  l’aide  d’un  qualificatif. 
«  Nous  appellerons  tumeur  toute  masse  constituée  par  un  tissu  de  nouvelle 
formation  (néoplasme),  ayant  de  la  tendance  à  persister  et  à  s’accroître.  » 
(Cornil  et  Ranvier.)  Voy.  Tumeur,  Végétation,  etc. 

Gross  (Fr.),  Classification  naturelle  des  néoplasmes  pathologiques  {Revue  médicale  de' 

l’Est,  1875). 

Victor  Hanoi. 

MÉPHÉLIoai'.  Voy.  Cornée,  t.  IX,  p.  505. 

NÉPHRÉTIQUE.  (Colique)  Voy.  Reins. 

NÉPHRITE,  NÉPHRORRHAGIE.  Reins. 

NÉPHROTOHIE.  Voy.  Reins. 

NERES.  —  ANr.lTOMIEI  ex  PHOTSIOEOGIE  BE  SYSXÈISIE  SEKVÉBX. 

Considérations  générales. — Recevoir  les  impressions  extérieures  par 
des  organes  périphériques  (surfaces  sensibles  et  organes  des  sens),  les  con¬ 
duire  par  des  voies  centripètes  (nerfs  sensitifs)  vers  des  organes  centraux, 
qui  provoquent  à  leur  tour  la  mise  en  action  de  conducteurs  centi’ifuges 
(nerfs  moteurs),  de  manière  à  distribuer  l’excitation  dans  les  divers  or¬ 
ganes  périphériques  (muscles,  glandes,  etc.),  tel  est,réduità  sa  plus  simple 
expression,  le  rôle  des  différentes  parties  qui  composent  le  système  ner¬ 
veux.  Cette  formule  aura  à  recevoir  de  plus  amples  développements  dans  la 
partie  de  cet  article  consacrée  à  la.  physiologie  dn  système  nerveux,  mais  elle 
nous  suffit  dès  maintenant  pour  indiquer  le  plan  que  nous,  devons  suivre, 
et  en  particulier  les  divisions  de  la  partie  anatomique  du  sujet. 

Parmi  les  surfaces  sensibles,  comme  parmi  les  appareils  moteurs,  les  uns 
appartiennent  à  ce  qu’on  est  convenu  d’appeler  la  vie  de  relation,  les  autres 
font  partie  des  appareils  de  la  vie  végétative  ou  organique.  Nous  verrons 
qu’au  point  de  vue  de  la  physiologie  du  système  nerveux  une  distinction 


NERFS.  —  .\NATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CONSIDER.  GÉNÉR.  407 
dece  genre  nesaurait  être  rigoureusement  maintenue,  mais  nous  la  conserve¬ 
rons  vu  sa  commodité,  et  nous  traiterons  successivement  du  système  nei'veux 
de  la  vie  animale  ou  de  relation,  et  du  système  nerveux  de  la  vie  organique  ou 
végétative,  c’est-à-dire  du  système  cérébro-spinal  d’une  pari,  et  d’autre  part 
du  système  ganglionnaire  ou  grand  sympathique.  Nous  ne  nous  occuperons, 
dans  le  présent  article,  que  du  système  nerveux  cérébro-spinal,  renvoyant 
au  mot  Yaso-moteür  pour  tout  ce  qui  a  trait  au  système  nerveux  ganglion¬ 
naire  ou  grand  sympathique. 

Dans  chacun  de  ces  sy.stèmes,  on  distingue  des  parties  pénpAéngMes  (nerfs) 
etdes  parties  centrales  (centres  nerveu.x)  :  les  premières  ne  sont  composées  que 
d’éléments  anatomiques  conducteurs  d’excitations  centripètes  ou  centri¬ 
fuges  ;  les  secondes  renferment  des  éléments  particuliers  dans  lesquels  les  im¬ 
pressions  centripètes  sont  reçues,  emmagasinées,  transformées  et  réfléchies 
en  excitations  centrifuges.  Ici  encore  la  distinction  est  très-délicate  au  point 
de  vue  physiologique,  car,  dans  tel  oi’gane  pour  lequel  le  nom  de  centre 
nerveux  paraît  le  plus  justement  consacré,  pour  la  moelle  épinière  par 
exemple,  la  majeure  partie  des  éléments  constitutifs  joue  encore  purement 
le  rôle  de  cordons  conducteurs,  et  les  parties  grises  elles-mêmes,  considérées 
essentiellement  comme  masses  à  fonctions  centrales,  ont  aussi  une  fonc¬ 
tion  conductrice  bien  démontrée  aujourd’hui.  Mais  au  point  de  vue  anato¬ 
mique,  la  distinction  classique  est  bien  établie  sur  les  bases  suivantes,  qui  se 
rapportent  surtout  au  système  nerveux  de  la  vie  de  relation  :  on  appelle  or¬ 
ganes  centraux  les  masses  nerveuses  à  forme  bien  définie,  protégées  par 
des  enveloppes  spéciales  et  renfermées  dans  la  boîte  crânienne  et  le  canal 
vertébral  :  ce  sont  l’encéphale  et  la  moelle  épinière.  Pour  le  système  ner¬ 
veux  de  la  vie  organique,  les  masses  ganglionnaires  répandues  sur  le  trajet 
de  ces  nerfs  représentent  jusqu’à  un  certain  point  des  centres  nerveux,  mais 
trop  morcelés  pour  former,  en  anatomie,  de  véritables  organes  centraux. 

Avant  d’étudier  la  conformation  de  la  moelle  épinière  et  du  cerveau 
(organes  centraux)  et  celle  de  divers  nerfs  cérébraux,  médullaires,  gan¬ 
glionnaires  (organes  conducteurs  et  périphériques),  nous  devons  indiquer 
la  nature  des  éléments  histologiques  qui  entrent  dans  la  composition  de 
ces  organes,  nous  réservant  d’étudier  plus  tard  la  distribution  qu’ils  affec¬ 
tent  dans  leurs  diverses  parties.  A  cette  étude  de  la  conformation  extérieure 
des  appareils  nerveux,  à  celle  de  la  nature  et  de  la  distribution  de  leurs 
éléments  anatomiques,  devrait  naturellement  succéder  l’étude  des  con¬ 
nexions  intimes  de  ces  parties,  étude  nous  montrant  quels  ordres  de  fibres 
centripètes  reçoit  telle  masse  centrale  et  quels  ordres  de  fibres  centri¬ 
fuges  elle  émet;  mais  les  notions  acquises  jusqu’à  ce  jour  sur  ce  sujet 
sont  trop  incomplètes,  et  ne  sauraient  que  rarement  être  considérées 
comme  de  véritables  données  anatomiques,  car  elles  représentent  trop 
souvent  de  pures  hypothèses  destinées  à  répondre  à  tels  ou  tels  desiderata 
de  la  physiologie.  Aussi  bornerons-nous  cette  étude  anatomique  aux  dé¬ 
tails  sus-indiqués  d’anatomie  descriptive  et  d’anatomie  de  structure,  réser¬ 
vant  pour  la  partie  physiologique  l’anatomie  de  texture,  dont  les  don¬ 
nées  hypothétiques  seront  alors  plus  facilement  discutées. 


NEUFS.  —  AN.iTOMIE  DU  SySTÊ.ME  NERVEDX. —  MÉNI.VGES. 


Vu  le  grand  nombre  de  sujets  divers  dont  l’étude  doit  trouver  place  ici, 
nous  pensons  être  utile  au  lecteur  en  lui  présentant  une  sorte  de  tableau 
méthodique  de  l’ordre  dans  lequel  seront  passées  en  revue  les  principales 
parties  des  organes  nerveux  et  de  leurs  annexes. 

I.  Enveloppes  du  système  nerveux  central.  —  Dure-mère  (ses  vaisseaux  et 
ses  nerfs,  ses  sinus);  pie-mère;  arachnoïde;  liquide  céphalo-rachidien. 

II.  Éléments  anatomiques  du  système  nerveux.  — Cellules  nerveuses,  tubes 
nerveux;  connexions  des  cellules  et  des  tubes.  —  Vaisseaux  et  autres  élé¬ 
ments  communs.  —  Développement  des  éléments  anatomiques  du  système 
nerveux. 

III.  Centres  nerveux.  —  1°  Moelle  épinière  :  ses  parties  blanches  ;  ses 
parties  grises.  —  2“  Encéphale  (cerveau  et  cervelet;’ leur  conformation  exté¬ 
rieure).  —  3”  Conformation  intérieure  de  l’encéphale  (corps  calleux,  tri- 
gone,  commissures  blanches  et  grises  etc.).  — 4°  Des  ventricules  cérébraux; 
du  canal  central  de  la  moelle  ;  développement  de  ces  parties. 

IV.  Des  circonvolutions  du  cerveau. 

V.  Distribution  des  substances  grise  et  blanche  dans  les  centres  nerveux. 
—  1°  Moelle  épinière.  —  2“  Bulbe,  protubérance  et  pédoncules  (double 
décussation  des  pyramides  ;  noyaux  bulbaires  et  pédonculaires  des 
nerfs  crcâniehs;  olives  et  noyaux  rouges,  etc.). —  3“  Pédoncules  cérébraux,  ' 
couches  optiques  et  corps  striés,  (capsule  interne,  capsule  externe,  noyaux 
caudé  et  lenticulaire  du  corps  strié,  etc.). — 4"  Cerveau  et  cervelet  (circon¬ 
volution  de  l’hippocampe;  corps  rhomboïdal  du  cervelet,  etc). 

VI.  Distribution  des  éléments  nerveux  dans  les  parties  blanches  et  grises 
des  centres  nerveux.  —  Névroglie.  —  Vaisseaux  des  centres  nerveux  encé¬ 
phaliques,  gaines  lympathiques. 

VII.  Du  système  nerveux  périphérique.  —  Considérations  générales.  — 
A.  Des  nerfs  rachidiens;  —  B-.  Des  nerfs  crâniens. 

Anatomie  du  système  nerveux  cérétor©  -  spinal.  Parties 
centrales.  —  I.  Enveloppes.  —  Les  masses  centrales  du  système  cérébro- 
spinal  (cerveau  et  moelle  épinière)  sont,  nous  l’avons  dit,  l’enfermées  dans 
la  cavité  crânienne  et  le  canal  vertébral  ;  là  elles  sont,  de  plus,  protégées  et 
maintenues  par  une  série  de  membranes,  constituées  par  différentes  formes 
du  tissu  cellulaire  et  fibreux  et  auxquelles  on  donne  le  nom  général  de 
méninges.  La  membrane  appliquée  immédiatement  à  la  surface  de  la  masse 
cérébro-spinale  est  remarquable  par  sa  richesse  vasculaire  et  par  sa  struc¬ 
ture  délicate,  c’est  la  pie-mère  (pia-mater,  meninx  vasculosà)  ;  la  mem¬ 
brane  qui  tapisse  la  surface  interne  de  la  cavité  osseuse  céphalo-rachidienne 
est  remarquable  au  contraire  par  sa  structure  fibreuse  à  trame  très-serrée, 
c’est  la  dure-mère  [dura  meninx,  meninx  fibrosa).  Entre  la  dure-mère  et 
la  pie-mèi’e  est  interposé  un  sac  séreux,  une  membrane  séreuse  à  deux 
feuillets,  Varachnoîde  {tunica  arachnoïdes,  meninx  serosa). 

La  dure-mère  forme  une  membrane  fibreuse  résistante,  dont  les  disposi¬ 
tions  sont  très-différentes  au  niveau  de  l’encéphale  et  au  niveau  de  la 
moelle,  c’est-à-dire  à  la  surface  interne  de  la  boîte  crânienne  et  à  la  surface 
interne  du  canal  rachidien.  Nous  distinguerons  à  cette  enveloppe  une 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTEME  NERVEUX.  —  MÉNINGES.  i09 

surface  externe  et  une  surface  interne.  —  Dans  le  canal  rachidien,  la  surface 
externe  de  la  dure-mère  est  libre,  c’est-à-dire  qu’elle  n’adhère  pas  au  canal 
osseux,  si  ce  n’est  au  niveau  du  corps  des  premières  vertèbres  cervicales  ; 
dans  le  reste  de  son  étendue,  elle  est  rattachée  par  des  prolongements  fila¬ 
menteux  au  ligament  vertébral  commun  antérieur,  tandis  qu’elle  est  séparée 
des  arcs  vertébraux  par  une  couche  graisseuse  molle  et  diffluente.  Dans 
la  cavité  ciûnienne,  la  surface  externe  de  la  dure-mère  adhère  directemept 
à  la  surface  interne  de  la  hoîte  osseuse  ;  elle  représente  en  effet  le  périoste 
interne  des  os  du  crâne,  et,  au  niveau  des  trous  crâniens,  elle  se  continue 
avec  le  péi’ioste  externe;  cependant  cette  adhérence  n’est  pas  aussi  pro¬ 
noncée  sur  tous  les  points  :  plus  faible  à  la  partie  supérieure  (voûte  cr⬠
nienne],  elle  est  si  intense  au  niveau  de  la  base  qu’il  est  presque  impossible 
de  la  détacher  par  voie  d’arrachement  ;  à  ce  niveau  elle  paraît  se  continuer 
manifestement  avec  le  périoste  de  la  cavité  orbitaire  {voy.  Orbite),  et  avec 
la  gaine  fibreuse  du  nerf  optique,  mais  sa  structure  change  alors  de  telle 
sorte,  ainsi  que  l’a  signalé  Sappey,  qu’il  n’y  a  pas,  au  point  de  vue  de  la 
structure,  à  admettre  une  véritable  continuité  entre  ces  membranes.  —  La 
surface  interne  de  la  dure-mère  présente,  dans  le  crâne  comme  dans  le 
rachis,  un  aspect  lisse  et  humide  dû  au  revêtement  séreux  du  feuillet 
exteçne  de  l’arachnoïde,  dont  nous  parlerons  plus  loin  ;  mais  tandis  que 
la  surface  interne  de  la  dure-mère  rachidienne  ne  présente,  au  point  de 
vue  de  l'anatomie  descriptive,  aucun  prolongement  allant  former  cloison 
fibreuse  dans  la  cavité  spinale,  la  face  Interne  de  la  dure-mère  crânienne 
envoie  au  contraire  dans  la  cavité  crânienne  de  fortes  lames  en  forme  de 
cloisons  divisant  jusqu’à  un  certain  point  cette  cavité  en  trois  cavités 
secondaires,  destinées,  l’une  au  cervelet,  les  deux  autres  aux  deux  hémi¬ 
sphères  du  cerveau.  Ces  cloisons  sont  en  effet  au  nombre  de  deux  princi¬ 
pales  :  1”  l’une  {tente  du  cervelet)  part  de  la  ligne  transverse  de  l’occipital 
(protubérance  occipitale  interne  et  gouttières  qui  s’en  détachent  latérale¬ 
ment),  et  pénètre  entre  la  face  inférieure  des  lobes  postérieurs  du  cerveau 
et  la  face  supérieure  du  cervelet,  pour  aller  latéralement  s’attacher  à  la 
crête  de  l’os  pétreux  jusqu’aux  apophyses  clinoïdes  postérieures,  et  se  ter¬ 
miner  en  avant  par  un  bord  concave,  qui,  avec  la  gouttière  basilaire,  cir¬ 
conscrit  le  trou  ovale  de  Paccliioni  (où  est  logée  la  protubérance  annulaire); 
2’  la  faux  du  cerveau  {processus  falciformis  major)  se  détache  de  la  ligne 
médiane  de  la  voûte  crânienne  et  pénètre  entre  les  deux  hémisphères  jus¬ 
qu’au  corps  calleux  :  son  extrémité  antérieure,  ou  sa  pointe,  s’attache  à 
l’apophyse  crista  galli,  tandis  que  sa  partie  postérieure,  plus  étendue,  vient 
prendre  insertion  sur  la  ligne  médiane  de  la  face  supérieure  de  la  tente  du 
cervelet  et  soulève  cette  tente  sous  forme  de  toit  à  deux  versants,  l’un  droit, 
et  l’autre  gauche  (d’où  le  nom  de  tente).  —  A  la  description  de  ces  deux 
replis  principaux,  il  faut  joindre  l’indication  de  replis  secondaires,  qui  sont: 
1°  la  faux  du  cervelet  (processus  falciformis  minor),  repli  analogue  comme 
forme  à  la  faux  du  cerveau,  et  qui,  partant  de  la  protubérance  occipitale 
interne,  suit  la  crête  occipitale  interne  jusque  vers  la  limite  postérieure  du 
trou  occipital,  où  il  se  bifurque  en  se  perdant  sur  le  pourtour  de  ce  trou  : 


410  NEUFS.  —  ANATOMIE  D0  SYSTÈME  NERVEÜX.  —  MÉNINGES, 

ce  repli  pénètre  entre  les  deux  hémisphères  du  cervelet  ;  2°  le  repli  pitui¬ 
taire,  qui  transforme  la  selle  turcique  en  une  sorte  de  hoîte  ouverte  seule¬ 
ment  en  haut  et  renfermant  le  corps  pituitaire. 

La  dure-mère  est,  dans  toute  son  étendue,  formée  par  des  faisceaux  qui 
s’entre-croisent  dans  tous  les  sens.  Dans  la  dure-mère  crânienne  l’élément 
fibreux  existe  seul  ;  dans  la  dure-mère  rachidienne  il  est  mêlé  de  quelques 
fihres  élastiques  (Sappey)  :  elle  ne  l’eçoit  que  des  artères  relativement 
grêles,  sauf  la  méningée  moyenne  (poy.  art.  (Îîane,  t.  X,  p.  158);  aussi  est- 
elle  l’une  des  membranes  fibreuses  les  moins  vasculaires  (moins  que  les 
ligaments  et  les  tendons)  :  examinée  au  microscope,  elle  présente  de  grands 
îlots  entièrement  dépourvus  de  toute  vascularité  (Sappey).  La  dure-mère 
rachidienne  est  encore  moins  vasculaire  que  la  crânienne.  Sappey  refuse 
également  à  la  dure-mère  tout  vaisseau  lymphatique.  Les  gros  vaisseaux 
veineux  qu’elle  renferme  ne  font  que  la  traverser  ou  suivre  ses  replis, 
mais  ne  lui  appartiennent  pas  en  propre  ;  ces  conduits  veineux  ont  une 
disposition  particulière  dans  la  dure-mère  crânienne  :  ce  sont  les  sinus 
de  la  dure-mère,  représentant  les  voies  de  la  circulation  en  retour  de  la 
masse  cérébrale.  Leur  description  ne  devrait  à  la  rigueur  trouver  place 
qu’après  celle  des  artères  encéphaliques;  mais  leurs  rapports  intimes  avec, 
la  dure-mère  nous  autorisent  à  en  donner  dès  maintenant  rénumératiqn  et 
la  description  sommaires. 

Les  sinus  de  la  dure-mère  sont  des  canaux  de  forme  prismatique  trian¬ 
gulaire,  creusés  soit  dans  les  bords  libres  des  replis  de  la  dure-mère,  soit 
dans  les  bords  d’insertion  de  ces  replis  aux  os  du  crâne;  ces  sinus  ne  pré¬ 
sentent  pas  de  valvules,  mais  seulement  des  filaments  fibreux  qui  hérissent 
leur  paroi  interne  ou  même  cloisonnent  leur  cavité.  On  compte  15  sinus, 
dont  5  pairs  et  5  impairs.  — Les  sinus  impairs  sont  ;  1°  le  sinus  longitu¬ 
dinal  supérieur,  situé  dans  l’épaisseur  du  bord  supérieur  de  la  faux  du  cer¬ 
veau,  depuis  la  crête  du  frontal,  où  il  commence,  jusqu’à  la  protubéi’ance 
interne  de  l’occipital,  où  il  se  termine  en  donnant  naissance  aux  deux  sinus 
latéraux  :  il  reçoit  les  veines  des  faces  interne  et  externe  des  hémisphères; 
2°  le  sinus  longitudinal  inférieur,  creusé  dans  le  bord  inférieur  ou  bord  libre 
de  la  faux  du  cerveau,  depuis  la  région  moyenne  de  ce  bord  jusqu’à  son 
extrémité  postérieure  (insertion  à  la  tente  du  cervelet),  où  il  se  continue 
avec  le  sinus  droit  ;  3°  le  sinus  droit,  creusé  dans  la  base  de  la  faux  du  cer¬ 
veau  le  long  de  son  insertion  à  la  tente  du  cervelet  :  par  son  extrémité 
antérieure  il  reçoit  le  sinus  longitudinal  inférieur  et  les  veines  cérébrales 
et  cérébelleuses,  veines  venues  des  parties  centrales  du  cerveau  et  dont  les 
deux  plus  grosses  ont  reçu  le  nom  de  veines  de  Galien,  ou  veines  ventricu¬ 
laires  (voy.  ci-après  Toile  choroïdienne  et  Ventricules)  ;  4°  le  sinus  transverse 
ou  occipital  antérieur,  ou  basilaire,  formé  d’une  sorte  de  plexus  irrégulier 
s’étendant  transversalement  sur  l’apophyse  basilaire  et  faisant  communi¬ 
quer  les  sinus  pétreux  supérieurs  de  droite  et  de  gauche  ;  5°  le  sinus  coronaire 
ou  circulaire,  placé  dans  la  selle  turcique,  circonscrivant  le  corps  pitui¬ 
taire  et  communiquant  de  chaque  côté  avec  les  sinus  caverneux.  —  Les 
sinus  pairs  sont  :  1°  les  sinus  latéraux,  qui  partent  de  la  protubérance  occi- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  aiÉNINGES.  411 

pitale  interne  et  se  dirigent  horizontalement  en  dehors,  dans  l’épaisseur  du 
hord  postérieur  de  la  tente  du  cervelet,  jusqu’à  la  base  du  rocher;  là  ils 
changent  de  direction,  deviennent  obliques  en  avant  et  en  dedans,  et  sui¬ 
vant  une  gouttière  creusée  sur  la  partie  mastoïdienne  du  temporal  {voy. 
art.  Crâne,  t.  X,  p.  158),  ils  atteignent  le  trou  déchiré  postérieur,  où  ils  se 
continuent  avec  la  veine  jugulaire  interne  ;  2°  les  sinus  occipitaux  posté¬ 
rieurs  qui,  descendant  de  la  protubérance  occipitale  interne,  sont  d'abord 
logés  de  chaque  côté  de  la  faux  du  cervelet,  puis  suivent  les  bords  du  trou 
occipital  pour  atteindre  également  le  trou  déchiré  postérieur  ;  mais  souvent 
ils  ne  sont  que  très-peu  développés  sur  les  bords  du  trou  occipital,  et  leur 
partie  postérieure  existe  seule,  amenant  le  sang  veineux  vers  la  protubé¬ 
rance  occipitale  interne  où,  d’après  les  détails  descriptifs  que  nous  avons 
donnés  à  propos  des  sinus  longitudinal  supérieur,  droit,  latéraux  et  occi¬ 
pitaux  postérieurs,  se  trouve  un  vaste  confluent  médian,  dit  torcular  ou 
pressoir  d’Hérophile;  3°  les  sinus  pétreux  supérieurs,  creusés  dans  l’inser¬ 
tion  de  la  tente  du  cervelet  à  la  crête  supérieure  du  rocher,  depuis  la 
pointe  du  rocher  (où  ils  communiquent  avec  les  sinus  caverneux),  jusqu’à 
la  base  du  rocher  (où  ils  communiquent  avec  les  sinus  latéraux,  à  la  jonc¬ 
tion  de  leur  portion  horizontale  et  de  leur  portion  verticale)  ;  U°  les  sinus 
pétreux  inférieurs,  occupant  une  gouttière  creusée  à  l’union  de  l’apophyse 
basilaire  avec  le  hord  inférieur  du  rocher  et  allant  depuis  le  ti’ou  déchiré 
postérieur  jusqu’au  sommet  du  rocher,  où  ils  communiquent  avec  les  sinus 
pétreux  supérieurs,  le  sinus  transverse  et  les  sinus  caverneux  ;  5°  les  sinus 
caverneux,  sinus  très-courts  mais  très-larges,  placés  sur  les  côtés  de  la 
selle  turcique,  recevant  en  avant  la  veine  ophthalmique  et  communiquant 
en  arrière  avec  les  sinus  pétreux  et  le  sinus  transverse  ;  dans  le  sinus  caver¬ 
neux  est  logée  l'artère  carotide  interne.  Nous  renvoyons,  pour  plus  de 
de  détails,  à  l’article  Carotide,  t.  VI,  p.  377. 

La  dure-mère  rachidienne  ne  paraît  pas  renfermer  de  fibres  nerveuses 
propres  ;  quant  à  la  dure-mère  crânienne,  elle  est  pourvue  de  quelques 
filets  nerveux,  peu  abondants,  dont  Sappey  a  étudié  avec  soin  les  origines 
et  la  disposition  ;  comme  cette  étude  n’est  pas  ici  d’un  grand  intérêt  pra¬ 
tique,  nous  nous  bornerons  à  dire  que  les  plus  volumineux  de  ces  filets 
nerveux  suivent,  les  uns  l’artère  méningée  moyenne  et  sont  un  prolonge¬ 
ment  du  plexus  sympathique  de  l’artère  maxillaire  interne,  tandis  que  les 
autres,  distribués  dans  la  tente  du  cervelet,  naissent  de  la  branche  ophthal¬ 
mique  de  Willis  avant  son  entrée  dans  la  cavité  orbitaire.  Quant  à  la  ter¬ 
minaison  de  ces  nerfs,  il  se  présente  ici  une  question  qui  n’est  pas  sans 
intérêt  au  point  de  vue  des  recherches  récentes  sur  les  localisations  céré¬ 
brales  :  ces  nerfs  sont-ils  uniquement  destinés  aux  vaisseaux  de  la  dure- 
mère,  ou  représentent-ils  des  nerfs  propres  à  cette  membrane,  nerfs  sensi¬ 
tifs  pouvant,  dans  les  expériences,  être  le  point  de  départ  de  phénomènes 
réflexes?  D’après  un  récent  travail  de  M.  ’W.  Alexander,  l’examen  de  la 
dure-mère  traitée  par  le  chlorure  d’or  prouverait  que  dans  cette  membrane 
se  trouvent  deux  sortes  de  filets  nerveux,  les  uns  vasculaires,  et  les  autres 
appartenant  en  propre  à  l’enveloppe  méningienne  :  ces  derniers,  surtout 


412  NERFS.  —  ANATOMIE  DD  SYSTÈME  NERVEUX.  —  MÉNINGES, 

visibles  sur  la  convexité  et  sur  l’étage  moyen  de  l’encéphale,  forment  en 
_  ces  régions  des  plexus  à  mailles  souvent  fort  étroites  et  composés  de  tubes 
nerveux  sans  myéline. 

La.  pie-mère  est  constituée  par  un  tissu  conjonctif  à  trame  lâche  et  déli¬ 
cate  et  par  un  lacis  d’artérioles  et  de  veinules,  de  telle  sorte  que  cette  mem¬ 
brane  représente,  pour  ainsi  dire,  une  nappe  sanguine  enveloppant  les 
centres  nerveux  et  pénétrant  dans  leur  intérieur.  Cependant  cette  richesse 
vasculaire  n’est  pas  la  même  pour  la  pie-mère  cérébrale  et  la  pie-mère 
médullaire.  La  pie-mère  cérébrale  est  presque  uniquement  formée  de  vais¬ 
seaux  dont  les  ramifications  pénètrent  l’écorce  cérébrale  de  toutes  parts, 
car  la  membrane  suit  exactement  les  .ondulations  de  la  surface  du  cerveau 
et  du  cervelet,  en  s’insinuant  dans  les  interstices  qui  séparent  les  circonvo¬ 
lutions  ou  les  feuillets  de  ces  deux  organes.  Elle  envoie  même  des  prolon¬ 
gements  jusque  dans  les  cavités  ventriculaires  :  tels  sont  les  plexus 
choroïdes,  que  nous  décrirons  plus  loin.  Dans  la  pie-mère  médullaire,  l’élé¬ 
ment  conjonctif  devient  au  contraire  prédominant,  et  les  prolongements 
que  cette  enveloppe  envoie  dans  l’intérieur  de  la  moelle  sont  de 
véritables  cloisons  fibreuses.  Quant  à  la  surface  externe  de  la  pie- 
mère,  elle  offre  également  des  dispositions  très-différentes  au  niveau 
de  l’encéphale  et  au  niveau  de  la  moelle.  Dans  la  première  région, 
la  surface  externe  de  la  pie-mère  adhère  au  feuillet  externe  ou  viscéral  de 
l’arachnoïde  au  niveau  seulement  des  parties  saillantes,  tandis  qu’elle 
s’en  sépare  au  niveau  des  anfractuosités  et  des  parties  rentrantes,  laissant 
entre  elle  et  l’arachnoïde  des  espaces  que  remplit  le  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien  ;  en  certains  points  ces  espaces  sont  assez  considérables  pour  mériter 
lenom  àeconfluents  {voy.  ci-après).  Dans  larégion  spinale,  la  surface  externe 
de  la  pie-mère  est,  dans  toute  son  étendue,  séparée  du  feuillet  viscéral  de 
l’arachnoïde,  et  l’espace  ainsi  laissé  libre  est  occupé  parle  liquide  céphalo¬ 
rachidien.  Cet  espace  est  parcouru  par  des  travées  et  des  cloisons  incom¬ 
plètes  de  tissu  fibreux  qui  partent  de  la  moelle,  c’est-à-dire  de  la  pie-mère, 
et  vont  s’attacher  à  la  dure-mère  en  soulevant  le  feuillet  viscérai  de  l’arach¬ 
noïde.  Parmi  cestractus  fibreux,  les  uns  sont  filamenteux  et  irrégulièrement 
disposés,  les  autres  présentent  dans  leur  forme  et  leur  situation  une  fixité 
qui  les  a  fait  décrire  sous  les  noms  de  ligaments  dentelés  et  de  ligament  coc- 
cygien.  Les  ligaments  dentelés  forment,  de  chaque  côté  de  la  moelle,  une 
série  longitudinale  de  festons,  au  nombre  de  18  à  20,  qui, par  leur  sommet, 
prennent  insertion  à  la  dure-mère,  et  vont,  par  leur  base,  s’attacher  à  la 
pie-mère,  c’est-à-dire  à  la  moelle,  sur  ses  faces  latérales,  entre  les  racines 
antérieures  et  les  racines  postérieures  des  nerfs  rachidiens.  Le  ligament  coc- 
cygien  représente  au  premier  abord  le  sac  formé  par  la  pie-mère,  qui,  au 
niveau  de  la  terminaison  inférieure  de  la  moelle  (région  lombaire),  n’ayant 
plus  rien  à  contenir,  se  condenserait  en  un  cordon  fibreux  étendu  jusqu’à 
la  base  du  coccyx  où  il  s’insère  ;  mais  ce  cordon  est  creux  et  il  renferme 
encore  le  filum  terminale,  c’est-à-dire  une  masse  de  substance  grise  ner¬ 
veuse,  enveloppant,  en  couche  mince,  un  canal  central  de  forme  très- 
irrégulière  :  il  renferme  aussi  des  fibres  nerveuses.  Notons  encore  que  la 


KERFS.  —  ANATOMIE  DD  SYSTÈME  NERVEUX.  —  MÉNINGES.  4.13 

pie-rilère  enveloppe  les  nerfs  qui  naissent  de  l’encéphale  comme  ceux  qui 
naissent  de  la  moelle,  et  les  accompagne  vers  les  trous  osseux  par  lesquels 
ils  sortent  de  la  boîte  céphalo-rachidienne  :  à  ce  niveau,  la  dure-mère,  qui 
revêt  ces  orifices,  se  joint  à  la  gaine  fournie  par  la  pie-mère  aux  racines 
nerveuses  et  ces  deux  membranes  fusionnées  se  continuent  dès  lors  aveç 
l’enveloppe  fibreuse  des  nerfs  périphériques. 

La  face  interne  de  la  pie-mère  spinale  envoie  dans  l’intérieur  de  la  moelle 
de  nombreux  prolongements  qui  cloisonnent  l’intérieur  du  cylindre  médul¬ 
laire,  et  y  forment  une  série  de  travées  de  tissu  conjonctif  dans  leque  1 
rampent  les  vaisseaux  de  l’organe.  Parmi  ces  cloisons  et  travées  innombra¬ 
bles,  deux  présentent  une  disposition  constante  et  qui  mérite  d’être  décrite  : 
ce  sont  les  cloisons  médianes  postérieure  et  antérieure.  La  postérieure  est 
simple,  c’est-à-dire  constituée  par  une  unique  lamelle  très-mince  qui  entre 
dans  le  sillon  longitudinal  de  la  moelle  et  par  là  pénètre  très-profondément 
jusque  vers  le  centre  du  cylindre  médullaire.  L’antérieure  est  plus  épaisse, 
formée  de  deux  feuillets  de  tissu  lamineux  adossés,  et  pénètre  moins  jjro- 
fondément,  le  sillon  médian  antérieur  qui  la  contient  s’arrêtant  plus  loin 
du  centre  de  la  moelle  que  le  sillon  postérieur.  Les  autres  prolongements 
de  la  pie-mère  dans  l’intérieur  de  la  moelle  ont  des  dispositions  variables  : 
ils  entrent  dans  les  cordons  blancs,  les  divisent  en  faisceaux  plus  ou  moins 
réguliers.  Ces  prolongements,  ou  cloisons  de  la  pie-mère,  représentent  les 
éléments  conjonctifs  ou  lamineux  qu’on  rencontre  dans  la  substance  blanche 
de  la  moelle.  {Voy.  ci-après  ;  Névroglie  des  cordons  blancs.) 

Fohmann  avait  lait  de  la  pie-mère  un  riche  réseau  de  vaisseaux  sanguins 
et.  lymphatiques  ;  Sappey  a  montré  que  les  lymphatiques  y  font  complète¬ 
ment  défaut.  Par  contre,  la  pie-mère  est  abondamment  pourvue  de  filets 
nerveux,  qui,  suivant  les  artères  et  formant  de  riches  plexus  sur  leurs  pa¬ 
rois,  ne  sont  sans  doute  que  des  nerfs  vaso-moteurs  ;  ils  paraissent  en  effet 
tirer  leur  origine  de  la  portion  céphalique  du  grand  sympathique  (plexus 
intercarolidien),  du  moins  pour  la  pie-mère  cérébrale. 

h’ arachnoïde  est  une  membrane  séreuse,  qui  diffère  des  séreuses  en  gé¬ 
néral  par  la  disposition  de  son  feuillet  viscéral  ;  la  description  que  nous 
venons  de  donner  des  deux  membranes  précédentes  (dure-mère  et  pie-mère), 
facilitera  celle  de  l’arachnoïde  qui  leur  est  interposée;  en  effet  l’arachnoïde 
tapisse  complètement  la  face  interne  de  la  dure-mère  par  son  feuillet  pa¬ 
riétal,  et  incomplètement  (sans  adhérence  continue)  la  face  externe  de  la 
pie-mère  par  son  feuillet  viscéral  ;  ces  deux  feuillets  se  continuent  Pim 
avec  l’autre  au  niveau  des  racines  nerveuses,  des  vaisseaux  et  des  liga¬ 
ments  précédemment  indiqués  (ligaments  dentelés).  —  Le  feuillet  ex¬ 
terne  ou  pariétal  semble  au  premier  abord  n’avoir  pas  de  membrane 
propre,  c’est-à-dire  être  réduit  à  un  revêtement  épithélial  tapissant  la 
face  interne  de  la  dure-mère  dont  il  ne  peut  être  détaché  par  dissection  ; 
niais  en  réalité  ce  feuillet  pariétal  est  constitué,  comme  toutes  les  séreuses 
(Robin  et  Cadiat),  non-seulement  par  un  revêtement  épithélial,  mais  encore 
par  un  feuillet  propre,  qui,  sur  les  coupes,  se  montre  bien  distinct  de  la  dure- 
mère,  et  foi’mé  d’un  entre-croisement  de  fibres  làmineuses  avec  des  fibres 


4.1-4  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX. —  MÉNINGES, 

élastiques  ramifiées  et  anastomosées;  les  fibres  élastiques  forment  une 
couche  distincte  à  la  face  profonde  de  la  séreuse,  au  niveau  de  sa  jonction 
avec  le  tissu  fibreux  de  la  dure-mère  sous-jacente. — Quant  au  feuillet  interne 
ou  viscéral,  tous  les  anatomistes  sont  d’accord  pour  reconnaître  qu’il 
constitue  une  véritable  membrane,  mince  et  transparente,  il  est  vrai,  qui 
n’est  reliée  à  la  pie-mère  que  par  des  filaments  entre  lesquels,  nous  l’avons 
déjà  dit,  circule  plus  ou  moins. largement,  selon  les  régions,  le  liquide  cé¬ 
phalo-rachidien.  En  effet,  sur  la  face  convexe  des  hémisphères  cérébraux, 
ce  feuillet  passe  en  pont  d’une  circonvolution  à  l’autre  sans  pénétrer  dans 
le  sillon  ;  il  passe  directement  du  cerveau  sur  le  cervelet  (en  avant  de  la 
tente  du  cervelet)  sans  pénétrer,  comme  la  pie-mère,  dans  ce  que  nous 
étudierons  plus  tard  sous  le  nom  de  fente  de  Bichat.  Après  avoir  tapissé  le 
cervelet,  il  passe  sur  le  bulbe  en  formant  un  voile  au-dessus  de  l’entrée  du 
quatrième  ventricule,  laissant  à  ce  niveau  un  vaste  espace  sous-arachnoïdien 
dit  confluent  postérieur  ;  à  partir  de  ce  point,  et  en  s’étendant  sur  la  moelle, 
le  feuillet  viscéral  de  l’arachnoïde  ne  présente  plus  que  des  adhérences 
filamenteuses  lâches  avec  la  pie-mère  spinale  {voy.  ci-dessus),  de  telle 
sorte  que  la  moelle  est  totalement  immergée  dans  le  liquide  sous-arachnoï¬ 
dien.  La  disposition  en  voile  ou  pont  membraneux,  que  nous  venons  d’indi¬ 
quer  entre  le  cervelet  et  le  bulbe,  se  reproduit  à  la  base  du  cerveau,  au 
niveau  de  la  scissure  de  Sylvius  et  entre  les  pédoncules  cérébraux,  et  donne 
lieu  à  la  formation  de  véritables  réservoirs  sous-arachnoïdiens,  appelés  con¬ 
fluents  latéraux  et  antérieur  ou  central. — Les  dispositions  de  l’arachnoïde 
par  rapport  aux  racines  nerveuses,  et- notamment  à  celles  de  certains  nerfs 
crâniens,  présentent  un  intérêt  pratique  qui  nous  engage  à  insister  sur 
ce  point  délicat,  pour  l’étude  duquel  nous  emprunterons  largement  au  tra¬ 
vail  de  L.  Farabeuf(Le  système  séreux,  1876).  Le  cerveau  étant  renversé,  la 
base  en  haut,  on  constate  facilement,  en  soulevant  la  séreuse  viscérale  par 
l’insufflation,  que  les  racines  des  nerfs  sont  dans  la  première  partie  de  leur 
parcours  tout  à  fait  accolées  à  la  pie-mère,  et  par  conséquent  placées  sous 
l’arachnoïde  ;  on  voit  de  plus  que  cette  membrane  ne  leur  fournit  qu’une 
très-courte  gaîne  au  moment  où  les  nerfs  s’engagent  dans  l’orifice  de  la 
dure-mère.  Cet  orifice  est,  en  général,  assez  juste  pour  que  ni  l’arachnoïde 
ni  le  liquide  sous-jacent  n’y  puissent  pénétrer  avec  le  nerf.  On  peut  cepen¬ 
dant,  dit  Farabeuf,  constater  qu’il  y  a  une  très-légère  et  insignifiante  in¬ 
vagination  de  la  séreuse  dans  le  conduit  ostéo-fihreux  de  chaque  cordon 
nerveux.  Mais,  ajoute  le  même  auteur,  il  faut  faire  une  exception  pour 
les  nerfs  du  conduit  auditif  interne.  Celui-ci  est  bien  trop  grand  pour 
ceux-là;  aussi  le  liquide  céphalo-rachidien  s’avance-t-il  autour  et  au-des¬ 
sous  des  nerfs  facial  et  acoustique  jusqu’à  une  profondeur  de  plusieurs 
millimètres.  Près  du  fond  du  conduit,  la  séreuse  viscérale,  qui  jusque  là  en- 
gaînait  très-lâchement  les  deux  nerfs,  s’attache  au  contraire  à  leur  enve¬ 
loppe,  ainsi  qu’à  la  dure-mère  sur  laquelle  elle  se  réfléchit.  11  y  a  donc 
autour  des  nerfs  facial  et  auditif  un  cul-de-sac  séreux  en  forme  de  man¬ 
chon,  et  entre  ce  manchon  et  les  nerfs  une  notable  quantité  de  liquide  qui 
forme,  nous  l’avons  dit,  une  nappe  à,  la  face  inférieure  du  cerveau,  de  la 


NERFS.  —  ANATOMIE  DO  SYSTÈME  NERVEUX.  —  MÉNINGES.  415 

protubérance  annulaire  et  du  bulbe.  Ces  dispositions  étaient  importantes  à 
bien  établir,  quand  on  songe  au  rôle  qu’on  a  fait  jouer  à  la  gaine  arachnoï¬ 
dienne  des  nerfs  acoustique  et  facial  dans  l’écoulement  aqueux  qui  accom¬ 
pagne  fréquemment  les  fractures  du  rocher.  Or,  pour  que  la  disposition  ci- 
dessus  signalée  puisse  produire  l’écoulement  des  fractures  du  roch,er,  il 
faut  que  le  liquide  péri-nerveux  trouve  une  issue,  c’est-à-dire  que  l’adhé  ¬ 
rence  qui  s’établit  dans  le  conduit  entre  les  feuillets  séreux  viscéral  et  pariétal 
soit  rompue.  On  a  beaucoup  cherché  cette  rupture  dans  les  autopsies,  et  la 
plupart  du  temps  en  vain  (H.  Farabeuf). 

Le  révêtement  épithélial  de  l’arachnoïde  est  constitué  comme  celui  de 
toutes  les  séreuses  en  général  [voy.  art.  Séreuses  (Membranes)],  c’est-à-dire 
qu’il  est  composé  de  cellules  plates  dont  la  couche  continue  revêt  la  face 
interne  de  la  dure-mère,  passe  sur  les  prolongements  fibreux  (entr’autres 
les  ligaments  dentelés)  étendus  à  travers  la  cavité  de  l’arachnoïde,  et  vient 
revêtir  le  feuillet  interne  de  cette  membrane  ;  il  faut  faire  seulement  re¬ 
marquer  que  cet  épithélium  se  compose,  surtout  pour  l’arachnoïde  rachi¬ 
dienne,  de  plusieurs  couches  superposées  de  cellules  dont  les  plus  pro¬ 
fondes  seraient  étoilées,  d’après  Axel  Key  et  G.  Retzius.  Mais  les  résultats 
les  plus  curieux  signalés  par  les  anatomistes  que  nous  venons  de  citer,  se¬ 
raient  l’existence,  sur  les  parois  etles  trabécules  de  l'espacesous-arachnoïdien, 
d’un  revêtement  épithélial  (dit  endothélial)  qui  ferait  de  cet  espace  une  nou¬ 
velle  cavité  séreuse  analogue  à  la  séreuse  arachnoïdienne  proprement  dite  : 
la  face  externe  de  la  pie-mère  serait  donc  elle-même  tapissée  d’une  couche 
d’épithélium  pavimenteux.  Ges  auteurs  décrivent  même  des  gaines  arach¬ 
noïdiennes  accompagnant  les  racines  nerveuses  jusqu’aux  ganglions  rachi¬ 
diens  et  de  là  jusque  dans  les  distributions  périphériques  des  nerfs  du  grand 
sympathique  aussi  bien  que  des  nerfs  cérébro-spinaux.  De  cette  manière, 
le  système  nerveux  tout  entier  flotterait  dans  une  cavité  limitée  par  des 
parois  conjonctives  et  tapissée  dans  toute  son  étendue  par  un  endothélium 
à  cellules  aplaties,  à  forme  polygonale,  ànoyauoblong.  Nous  ne  discuterons 
ici  ni  ces  faits,  ni  cette  dernière  conception,  renvoyant  le  lecteur  à  l’excel¬ 
lent  chapitre  que  H.  Farabeuf  a  consacré  à  l’exposé  des  recherches  d’Axel 
Key  et  de  Retzius  dans  sa  monogi’aphie  sur  les  épithéliums  {De  l’épiderme 
et  des  épithéliums,  iSl 2). 

Liquide  céphalo-rachidien.  — Dans  la  cavité  séreuse  de  l’arachnoïde  (entre 
les  deux  feuillets  de  cette  séreuse),  on  ne  trouve  pas  de  liquide  sur  le  ca¬ 
davre  ;  sur  l’animal  vivant,  d’après  les  recherches  de  Hitzig  sur  le  chien,  on 
trouverait  dans  cet  espace  une  certaine  quantité  de  sérosité.  Mais  le  véritable 
liquide  céphalo-rachidien,  dans  lequel  est  plongée  la  masse  cérébro-spinale, 
est  logé  plus  profondément,  au  contact  immédiat  de  la  pié-mère,  c’est-à- 
dire  dans  l’espace  libre  entre  la  pie-mère  et  le  feuillet  viscéral  de  l’arach¬ 
noïde,  ainsi  que  l’a  démontré  Magendie,  établissant  la  disposition  sous- 
aïachnoïdienne  et  non  intra-arachnoïdienne  de  ce  liquide.  De  plus  ce  li¬ 
quide  est  répandu  jusque  dans  les  ventricules  cérébraux,  et  la  continuité 
de  la  nappé  péri  cérébrale  et  intra-cérébrale  est  facile  à  comprendre,  puis¬ 
que  l’èspace  sous-arachnoïdien,  au  niveau  du  point  où  l’arachnoïde  passe 


416  NEEIFS.  —  AXATO.MIE  DÜ  système  nerveux.  —  MÉNINGES, 

du  cervelet  sur  le  bulbe,  communique  avec  le  quatrième  ventricule,  et  que 
celui-ci  communique  par  l’aqueduc  de  Sylvius  avec  le  ventricule  moyen, 
qui  lui-même,  par  les  trous  de  Monro,  se  continue  avec  les  ventricule.s  la¬ 
téraux.  La  quantité  de  ce  liquide,  chez  l’homme,  a  été  diversement  ap¬ 
préciée  (de  60  à  150  gr.),  et  l’on  observe,  du  reste,  chez  les  animaux,  que  sa 
sécrétion  se  produit  assez  rapidement  pour  que  le  liquide  soustrait  se 
trouve  bientôt  remplacé  par  une  nouvelle  exhalation.  Il  est  alcalin  et  pré¬ 
sente  les  caractères  généraux  des  sérosités  ;  sa  comjjosition  chimique  olfre 
ce  fait  remarquable  que  l’albumine  y  est  si  peu  abondante  qu’il  ne  se 
trouble  ni  par  l’action  de  la  chaleur  ni  par  celle  des  acides.  Cl.  Bernard  a 
montré  que  ce  liquide  renferme  du  sucre  (glycose)  à  peu  près  en  même- 
pi’opoi’tion  que  le  sang.  Tenant  compte  de  ces  conditions,  de  sa  plus  grande 
quantité  pendant  la  digestion,  de  sa  diminution  pendant  l’abstinence,  on 
est  conduit  à  le  regarder  comme  le  résultat  d’une  simple  exhalation.  Et,  en 
effet,  on  ne  peut  trouver  de  glande  qui  ait  pour  fonction  de  le  sécréter  ;  il 
est  exhalé  par  la  pie-mère  pour  remplir  le  vide  circa-médullaire. 

Quant  aux  usages  du  liquide  céphalo-i’achidien,  c’est  là  une  question  qui 
a  soulevé  bien  des  discussions,  depuis  Magendie,  Pelletan  et  Bourgougnon 
jusqu’à  Longet  et  les  physiologistes  contemporains.  Analysant  les  condi¬ 
tions  des  expériences  en  apparence  contradictoires  de  ses  devanciers,  Richet 
a  nettement  expliqué  comment  il  fallait  comprendre  le  rôle  du  liquide  cé¬ 
phalo-rachidien,  et  a  confirmé  sa  théorie  par  de  nouvelles  expériences  plus 
rigoureusement  instituées.  De  ces  recherches,  il  résulte  que  ce  liquide  met 
l’encéphale  à  l’abri  des  compressions  qui  tendent  à  se  produire  par  le  fait 
de  l’afflux  intermittent  du  sang  dans  le  crâne.  En  effet,  dit  Richet,  à  cha¬ 
que  contraction  ventriculaire,  le  sang  pénètre  si  brusquement  dans  le  crâne, 
que,  ne  pouvant  trouver  par  les  veines  un  écoulement  immédiat  pi’opor- 
tionnel,  il  soulève  la  masse  encéphalique  et  la  repousse  contre  les  parois 
de  la  boîte  crânienne.  Ce  n’est  pas  tout  :  le  sang  veineux  lui-même,  au  lieu 
de  s’écouler  d’une  manière  continue,  éprouve  des  temps  d’arrêt,  quelque¬ 
fois  même  reflue  en  sens  inverse,  en  sorte  qu’à  certains  moments  la  ca¬ 
vité  crânienne,  d’un  côté  recevant  sans  cesse,  et  d’autre  part  ne  pouvant 
écouler,  doit  nécessairement  éprouver  un  trop  plein  dont  les  conséquences 
eussent  pu  se  faire  sentir  d’une  manière  fâcheuse,  si  une  disposition  spé¬ 
ciale  n’eût  réalisé  les  conditions  nécessaires  au  rétablissement  de  l’équi¬ 
libre,  c’est-à-dire  au  maintien  d’une  pression  normale.  L’appareil  qui  pré¬ 
sente  cette  disposition,  c’est  le  canal  vertébral  et  le  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien  ou  sous-arachnoïdien.  Le  canal  vertébral  présente  en  effet,  dit  Richet, 
toutes  les  conditions  d’un  tuyau  d’échappement  ou  de  dégagement  :  situé  à 
la  partie  la  plus  déclive  et  postérieure  de  la  cavité  crânienne,  avec  laquelle 
il  communique  par  une  large  ouverture  en  forme  d’entonnoir,  il  s’étend  de 
l’occipital  à  la  pointe  du  sacrum.  Dans  toute  sa  longueur  il  est  constitué  par 
des  parois  en  partie  osseuses  et  en  partie  membraneuses,  par  conséquent 
susceptibles  d’une  certaine  extensibilité;  et  de  plus,  entre  la  dure-mère, 
très-lâche,  et  les  parois  osseuses,  èxistent  des  plexus  m«Hipliés  et  une 
graisse  semi-fluide  qui  peut,  de  même  que  le  sang,  au  besoin,  refluer  au 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  HISTOLOGIE.  417 

dehors  de  la  cavité  rachidienne.  Le  liquide  sous-arachnoïdien,  de  son  côté, 
est  commun  aux  deux  cavités  encéphalique  et  rachidienne,  et  peut  facile¬ 
ment  se  porter  de  l’une  à  l’autre  par  l’intermédiaire  du  trou  occipital.  Si 
donc  on  suppose  que  la  pression  augmente  dans  la  cavité  crânienne  au 
delà  des  limites  compatibles  avec  le  peu  de  compressibilité  des  parties  con¬ 
tenues,  le  liquide  céphalo-rachidien  fuit  devant  cette  pression  et  s’échappe 
dans,  le  canal  rachidien,  dont  les  parois  sont  moins  inextensibles,  et  dans 
lequel  il  remplace  le  sang  veineux  qu’il  expulse.  La  pression  vient-elle  à 
cesser  dans  le  crâne  et  la  tendance  au  vide  commence-t-elle  à  s’y  mani¬ 
fester,  le  liquide  vient  y  reprendre  sa  place,  favorisé,  dans  ce  mouvement 
de  reflux,  par  l’élasticité  en  retour  de  toutes  les  parties  qu’il  a  dé¬ 
placées. 

Mais  si  les  parois  crâniennes,  au  lieu  d’être  partout  rigides,  offrent  par 
places  des  parois  élastiques,  le  liquide  céphalo-rachidien,  ou  directement 
le  cerveau  lui-même,  soulèvera  ces  parois  à  chaque  mouvement  d’expansion 
de  la  masse  encéphalique  sous  l’influence  de  l’afflux  sanguin.  C’est  ainsi 
qu’en  examinant  la  tête  d’un  enfant  nouveau-né  (fontanelles),  ou  celle  d’un 
adulte  dont  les  parois  crâniennes,  ayant  subi  une  déperdition  de  substance, 
laissent  la  dure-mère  à  découvert,  on  voit  les  membranes  qùi  remplacent 
les  parois  osseuses  être  agitées  d’un  double  soulèvement  :  l’un,  plus  faible, 
isochrone  aux  pulsations  artérielles,  l’autre,  plus  marqué,  correspondant 
à  l’expiration  (arrêt  de  la  circulation  veineuse).  Ces  soulèvements  ou  oscil¬ 
lations  peuvent  être,  soumises  à  une  analyse  exacte,  ainsi  que  le  montrent 
les  récentes  expériences  de  Salathé  sur  l’étude  graphique  des  mouvements 
du  cerveau.  Ces  expériences,  pratiquées  à  l’aide  d’un  tube  communiquant 
d’une  pa.rt  avec  la  cavité  crânienne  et  d’autre  part  avec  un  tambour  à  le¬ 
vier,  ont  permis  de  suivre,  chez  les  animaux,  les  moindres  oscillations  du 
liquide  céphalo-rachidien,  et  de  constater  que  ces  oscillations,  faibles  avec 
une  respiration  calme,  deviennent  très- prononcées  dans  les  efforts,  les  cris. 
L’auteur  a  pu  inscrire  également  des  mouvements  du  cerveau  chez  l’homme, 
sur  un  malade  qui,  à  la  suite  d’une  fracture  du  frontal,  n’avait  à  ce  niveau 
le  cerveau  protégé  que  par  des  parties  molles. 

IL  Des  éléments  anatomiques.  Histologie.  —  Les  éléments 
anatomiques  propres  au  système  nerveux  sont  de  deux  espèces  ;  les  fibres, 
qui  forment  les  nerfs  périphériques  et  les  cordons  blancs  des  masses  ner¬ 
veuses  centrales  ;  les  cellules,  qui  sont  l’élément  essentiel  des  parties  grises 
centrales  et  des  ganglions. 

Les  cellules  nerveuses  (ou  corpuscules  ganglionnaires)  sont  en  général  de 
petite  dimension,  car  leur  diamètre  oscille  de  là  8  centièmes  de  millimètre; 
mais  dans  certaines  régions,  par  exemple  dans  la  tête  des  cornes  antérieures 
de  la  moelle,  où  ces  éléments  présentent  leurs  aspects  les  plus  caractéris¬ 
tiques  (cellules  dites  motrices),  elles  atteignent  en  même  temps  leurs  plus 
grandes  dimensions,  au  point  de  pouvoir  presque  être  aperçues  à  l’œil  nu 
(par  exemple  dans  la  moelle  épinière  du  bœuf;  il  en  est  de  même  dans 
le  lobe  électrique  de  la  torpille.)  —  Les  cellules  nerveuses  n’ont  pas 
d’enveloppe  :  elles  sont  constituées  par  une  masse  de  protoplasma  fine- 

NOUV,  DICT.  LE  MÉD.  ET  CHIE.  XXlil.  -"27 


418  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  HISTOLOGIE, 

ment  granulé,  presque  toujours  pigmenté  en  certains  points ,  masse  dans 
l’intérieur  de  laquelle  on  distingue  un  noyau  sphérique  et  un  nucléole  très- 
apparent  (fig.  45).  La  forme  de  cette  massede  protoplasma  est  celle  d’un  corps 
étoilé  à  branches  plus  ou  moins  nombreuses,  c’est-à-dire  que  cette  cellule 
envoie  des  prolongements  dont  les  uns  restent  indivis  pour  se  continuer 
avec  le  cylinder-axis  d’une  fibre  nerveuse,  tandis  que  les  autres  se  subdi¬ 
visent  et  se  ramifient  pour  s’anastomoser  avec  les  ramifications  des  prolon¬ 
gements  semblables  des  cellules  voisines.  On  connaît  aujourd’hui  des  cel¬ 
lules  nerveuses  à  un  seul  prolongement  {globules  unipolaires)  ;  beaucoup 
sont  bipolaires,  c’est-à-dire  ont  deux  prolongements  dirigés  parfois  dans  le 
même  sens,  mais  le  plus  souvent  en  sens  opposé  ;  enfin  le  plus  grand 
nombre  sont  multipolaires  et  peuvent  avoir 
jusqu’à  dix  prolongements.  —  Les  notions 
que  nous  venons  de  rappeler  sont  aujour¬ 
d’hui  classiques,  et  il  faut  l’avouer,  elles 
représentent  tout  ce  que  nous  savons 
d’une  manière  certaine  sur  la  forme  et 
l’aspect  des  cellules  nerveuses.  Cepen¬ 
dant  leur  constitution  intime  paraît  être 
plus  compliquée  qu’on  ne  le  croirait  à 
priori  ;  mais  nous  n’avons  sur  ce  sujet  que 
quelques  données  incomplètes  et  sou¬ 
vent  contradictoires.  Dès  l’année  1846, 
Harless  avait  appelé  l’attention  des  mi- 
Fig.  45.  —  CeUules  nerveuses  crographes  sur  l’existence  de  faisceaux 
multipolaires.  extrêmement  déliés  qui,  dans  la  cellule 

nerveuse,  émergeraient  du  nucléus.  Axmann,  Lieherkuhn,  Wagner, 
Stilling,  Owsjannikow,  Mauthner  et  Kœlliker  sont  venus  corroborer  les 
assertions  de  ce  premier  observateur,  assertions  confirmées  encore  par  les 
recherches  de  Fromman,  de  Beale  et  d’Arnold.  Stark,  dans  un  travail  plus 
récent,  arrive  aux  mêmes  résultats  ;  beaucoup  de  cellules  nerveuses  lui  ont 
présenté  des  filaments  fins  partant  du  nucléus,  tantôt  sous  la  forme  de  lignes 
obscures  finement  ponctuées,  tantôt  sous  la  forme  de  filaments  plus  larges, 
plus  souvent  sous  celle  de  fibrilles  étroites,  tubuleuses.  Émergeant  du  nu¬ 
cléole,  ces  filaments  se  perdent  dans  le  nucléus  lui-même,  ou  atteignent 
le  bord  de  celui-ci.  On  peut  les  suivre  aussi  dans  le  corps  même  de  la  cellule, 
dont  ils  atteignent  la  limite  et  dans  les  profondeurs  de  laquelle  ils  se  perdent. 
Cet  auteur  fait  remarquer  que  dans  la  plupart  de  nos  organes  les  élé¬ 
ments  anatomiques  se  transforment  en  tissus  très-compliqués  ;  que  dans  les 
organes  des  sens  les  plus  élevés,  ces  vestibules  du  système  nerveux  central,  la 
cellule  subit  des  transformations  multiples.  Il  lui  paraît  dès  lors  vraisemblable 
que  dans  le  système  nerveux  central,  dans  l’organe  le  plus  parfait  et  le  plus 
important,  l’état  rudimentaire  du  noyau,  avec  son  liquide  protoplasmatique, 
ne  peut  être  définitif.  Dans  la  cellule  nerveuse  il  ne  s’agirait  donc  plus 
d’une  simple  apparence  cellulaire,  mais  d’un  véritable  organe.  On  pourrait 
dès  lors  se  demander,  dit-il,  si  l’élément  cellulaire  constitué  par  le 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  HISTOLOGIE.  419 

noyau  n’est  pas  la  véritable  cellule,  la  cellule  primitive,  simple,  et  s’il 
ne  faut  pas  considérer  les  corpuscules  nerveux  avec  leurs  annexes  proto¬ 
plasmatiques  comme  un  développement  de  la  cellule  nerveuse  simple. 
On  trouve,  en  effet,  des  noyaux  en  voie  de  transformation  progres¬ 
sive;  ils  sont  entourés  d’un  rebord-  mince,  d’une  masse  granuleuse 
qui  a  toute  l’apparence  de  la  masse  protoplasmatique  des  corpuscules 
nerveux,  et,  dans  ce  cas,  les  noyaux  sont  eux-mêmes  plus  volumineux. 
Signalons  encore  les  recberches  de  Grandry  qui,  par  l’action  du  nitrate 
d’argent,  a  observé  sur  les  cellules  nerveuses  une  striation  transversale  : 
en  général,  cette  striation  ne  se  manifeste  que  sur  une  partie  de  la  cellule, 
de  sorte  que  celle-ci  paraît  composée  de  deux  substances  distinctes  ;  la 
substance  qui  présente  la  striation  transversale  serait  de  même  nature 
que  le  cylinder-axis,  car  sur  celui-ci  les  mêmes  procédés  de  préparation  pro¬ 
duisent  le  même  aspect  de  striation  ou  de  disques  superposés,  ainsi  que 
l’avait  déjà  observé  Fromman. 

Les  fibres  ou  tubes  nerveux,  obtenus  par  la  dissociation  d’un  nerf 
(fig.  ii6 ,  B,  c),  se  composent  en  général  de  trois  parties  qui  sont,  en 
allant  de  dehors  en  dedans  :  1°  une  enveloppe  mince,  dite  gaine  ou 
membrane  de  Schwann,  d’apparence  anhiste,  résistante,  et  dans  laquelle 
on  observe  des  noyaux  ovalaires  {noyaux  de  la  gaine  de  Schwann).  2»  Dans 
l’intérieur  de  cette  gaîne  se  trouve  une  substance  dite  médullaire  ou  myé¬ 
line,  qui,  lorsqu’elle  s’extravase  par  l’extrémité  d’un  tube  nerveux  brisé, 
forme  des  gouttelettes  graisseuses  d’un  aspect  caractéristique  (fig.  46  b  ; 
m,  m)  ;  la  myéline  est  en  effet  formée  par  une  substance  grasse  qui,  soit 
en  gouttes  isolées,  soit  lorsqu’elle  est  contenue  dans  la  gaîne  de  Schwann, 
dessine  toujours  ses  limites  par  un  double  contour,  sans  doute  par  suite  de 
propriétés  particulières  de  réfraction  ;  c’est  pour  cela  que  les  tubes  ner¬ 
veux  qui  contiennent  de  la  myéline  sont  dits  tubes  à  double  contour  (nous 
verrons  en  effet  que  certaines  fibres  sont  dépourvues  de  myéline).  3°  Au 
centre  du  cylindre  de  myéline  se  trouve  un  cordon  central  mince,  le 
cylindre-axe  {cylinder-axis),  qui,  par  ses  réactions,  et  notamment  par  sa 
facilité  à  s’imprégner  de  carmin,  paraît  être  de  nature  albumineuse  ou 
protoplasmatique  (flg.  46,  B,  en  «). 

Tel  est  le  tube  nerveux  le  plus  complet,  celui  qu’on  rencontre  en  abon¬ 
dance  en  dissociant,  par  exemple,  le  nerf  sciatique.  Avant  de  passer  en  revue 
les  variétés  que  peut  présenter  ce  tube,  selon  qu’on  l’examine  au  voisinage 
des  centres  ou  près  de  ses  parties  terminales  périphériques,  avant  d’exa¬ 
miner  les  formes  de  tubes  nerveux  incomplets  que  l’on  rencontre  dans  cer¬ 
tains  nerfs  (fibres  du  grand  sympathique),  cherchons  à  établir  la  significa¬ 
tion  histogénique  des  différentes  parties  de  la  fibre  type  dont  nous  avons 
donné  la  description.  Il  résulte  des  recherches  de  Ranvier  que  le  tube  ner¬ 
veux  à  myéline  peut  être  considéré  comme  formé  de  cellules  soudées  bout 
à  bout.  En  effet  la  membrane  de  Schwann  ne  forme  pas  un  manchon  cylin¬ 
drique  continu,  ainsi  qu’on  l’avait  cru,  mais  elle  présente  des  étranglements 
en  forme  d’anneaüx  (6g.  47  ;  a  en  a,  et  B  en  a'),  placés  à  des  distances  régu¬ 
lières  (de  0““,  8  à  1““,  5)  etlimitant  des  segments  dits  segments  inter annu- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  HISTOLOGIE. 


laires.  Ces  étranglements  existent  non-seulement  sur  les  tubes  nerveux  des 
nerfs  périphériques,  mais  encore  sur  les  tubes  nerveux  de  la  moelle  épi¬ 
nière  (cordons  blancs) ,  comme  l’ont  démontré  Tourneux  et  Le  Golf,  et  sans 
doute  sur  tous  les  tubes  conducteurs  qui  entrent  dans  la  constitution 
de  l’axe  cérébro-spinal.  Ces  conclusions  ont  été  vérifiées  également  par 
Â.  J.  Lantermann,  qui  décrit  les  étranglements  annulaires  des  nerfs,  en 
admettant  deux  variétés  dans  la  forme  de  ces  étranglements.  Nous  ne  sau¬ 
rions  nous  arrêter  ici  sur  ces  détails.  Il  nous  paraît  plus  important  d’insis¬ 
ter  sur  ce  fait  que  chacun  de  ces  segments  paraît  représenter  une  cellule,  et, 
en  effet,  vers  leur  partie  médiane  et  siir  la  face  interne  de  la  membrane  de 
Schwann,  on  trouve  un  noyau  plat,  ovalaire  (fig.47  ,  b,  en  6')  noyé  dans  une 


(*)  A,  fascicule  gris,  gélatineux,  provenant  du  .i.é- 

cyliodrc-axe  mis  à  nu;  —  v,v,  points  où  le  cylindre- 
axe  est  revêtu  de  sa  gaine  médullaire  (myéline),  de¬ 
venue  variqueuse  et  sortant  en  gouttelettes  en  — 

veau  et  ne  contenant  pas  de  myéline.  Grossissement 
30Ü  diamètres.  (Virchow,  Pa/?ioio(/ie  cellulaire,  fig.87.) 


FiG.  47. —  Tube  nerveux,  d’après  les 
recherches  de  Ranvier  ('). 

(*)  A,  tube  nerveux  vu  à  un  faible  gros¬ 
sissement  :  a,  étranglement  annulaire  ;  h, 
noyau  du  segment  interannulaire  ;  c,  cylindre- 
axe.  —  B,  étranglement  annulaire,  et  por¬ 
tions  de  segments  interannulaires  vues  à  un 
fort  grossissement  (préparation  par  l’acide 
osmique,  qui  colore  la  myéline  en  noir)  :  a\ 
étranglement  annulaire;  h’,  noyau  du  seg- 

gaîne. 


lame  de  protoplasma  qui  double  la  membrane  de  Schwann.  Plus  en  dedans 
se  trouve  la  myéline,  qui,  dit  Ranvier,  au  point  de  vue  de  la  morphologie 
générale,  a,  dans  le  segment  interannulaire,  la  même  signification  que  la 
graisse  dans  une  cellule  adipeuse.  Quant  au  cylindre-axe,  qui  parcourt  sans 
interruption  le  centre  de  toute  la  série  de  ces  segments,  sa  signification  ne 
peut  encore  être  précisée  au  point  de  vue  de  la  morphologie  générale.  Mais 
tout  montre,  ainsi  que  nous  le  verrons  bientôt,  que  la  membrane  de 
Schwann  etla  myéline  ne  sont,  en  somme,  que  des  appareils  de  protection 
du  cylindre-axe,  lequel  est  l’élément  essentiel,  siège  de  la  conduction  ner- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  HISTOLOGIE.  421 

veuse.  Les  échanges  nutritifs  de  cette  partie  essentiellement  vivante  se 
font  au  niveau  des  étranglements  annulaires  ;  c’est  à  ce  niveau  aussi  que 
certains  agents  extérieurs  peuvent  venir  atteindre  le  cylindre-axe.  Nous 
insistons  sur  ces  faits,  parce  qu’ils  peuvent  être  d’un  grand  intérêt  au  point 
de  vue  de  certaines  pratiques  chirurgicales.  En  effet,  en  laissant  pendant 
environ  dix  minutes  tomber  de  l’eau  sur  le  nerf  sciatique  mis  à  nu  sur  un 
lapin,  Ranvier  a  observé  que  ce  nerf,  qui  perdait  bientôt  toute  excitabilité, 
présentait  une  modification  histologique  caractérisée  par  ce  fait  que  les 
cylindres-axes  étaient  considérablement  gonflés  au  niveau  de  l’étranglement 
interannulaire;  aussi  l’auteur  est-il  amené  à  penser  que  l’irrigation  continue, 
telle  qu’on  la  pratique  dans  les  plaies,  pourrait  n’êtrepas  sans  danger  lors¬ 
que  les  nerfs  ont  été  mis  à  nu. 

Les  fibres  à  moelle,  ou  fibres  à  myéline  (fibres  à  double  contour,  fibres 
foncées),  présentent  des  variétés  assez  nombreuses  dans. leur  diamètre: 
on  les  classe  en  fibres  fines  (environ  4  de  diamètre),  fibres  moyennes  (4  à 
9  p)  et  fibres  larges  (9  à  20  p). 

De  plus,  ces  fibres  ne  sont  pas  complètes  sur  toute  l’étendue  de  leur 
trajet  :  certaines  de  leurs  parties  constituantes  peuvent  manquer  vers  leurs 
extrémités  centrales  ou  périphériques.  Ainsi,  lorsqu’un  tube  nerveux  moteur 
arrive  près  de  la  plaque  motrice  terminale  {voy.  art.  Muscle,  page  216),  la 
myéline  disparaît  et  la  fibre  nerveuse  se  trouve  réduite  à  .la  gaine  de 
Schwann  renfermant  le  cylindre-axe.  Dans  la  substance  blanche  des  centres 
nerveux  (cordons  blancs  de  la  moelle,  par  exemple),  c’est  la  gaîne  de 
Schvrann  qui  semble  disparaître,  c’est-à-dire  que  les  fibres  obtenues  par  la 
dissociation  de  ces  parties  se  présentent  comme  des  cylindres-axes  aux¬ 
quels  sont  attachées  des  gouttelettes  et  des  traînées  moniliformes  de  myé¬ 
line,  sans  que  rien  permette  .de  conclure  à  l’existence  d’une  membrane 
enveloppante.  Enfin,  dans  la  substance  grise  centrale,  les  cylindres-axes 
paraissent  être  tout  à  fait  nus,  c’est-à-dire  constituer  seuls  la  fibre  nerveuse. 
—  Nous  voyons  donc,  en  somme,  que  la  partie  la  plus  essentielle  de  cette 
fibre  est  le  cylindre-axe,  puisque  seul  il  existe  toujours  dans  toute  la  lon¬ 
gueur  de  la  fibre,  et  il  est  permis  d’en  inférer  qu’en  lui  se  produisent  les 
phénomènes  de  conduction,  de  propagation  d’irritation,  que  nous  étudie¬ 
rons  bientôt  comme  constituant  essentiellement  le  mode  de  fonctionne¬ 
ment  des  nerfs. 

Les  fibres  à  moelle  ou  à  double  contour  ne  sont  pas  les  seules  fibres  ner¬ 
veuses  que  nous  ayons  à  décrire  :  une  autre  forme  se  trouve  plus  particu¬ 
lièrement  dans  les  rameaux  nerveux  du  grand  sympathique  et  se  présente 
sous  l’aspect  de  fibres  plates,  pâles,  amorphes  et  munies  de  noyaux  très- 
apparents  (fig.46.  A).  Ce  sont  les  fibres  de  Remah,  que  quelques  histologistes 
avaient  considérées  comme  appartenant  au  tissu  conjonctif.  Mais  l’étude  du 
développement  de  la  fibre  nerveuse,  l’examen  des  nerfs  des  invertébrés, 
tout  indique  que  la  fibre  de  Remak  est  bien  une  fibre  nerveuse,  et  en  effet 
certains  rameaux  du  grand  sympathique  (surtout  les  nerfs  spléniques)  ne 
contiennent  comme  éléments  nerveux  que  des  fibres  de  Remak.  C’est  qu’en 
effet  la  fibre  de  Remak  n’est  autre  chose  qu’un  tube  nerveux  sans  myéline. 


422  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveux.  —  histologie, 

mais  dans  lequel  on  peut  retrouver  et  le  cylindre-axe  et  la  gaine  de  Schwann 

avec  ses  nombreux  noyaux. 

Nous  bornerons  à  ces  détails  généraux  l’étude  des  éléments  anatomiques 
du  système  nerveux,  nous  réservant  d’indiquer,  à  propos  de  chaque  partie 
centrale  ou  périphérique,  les  caractères  particuliers  des  éléments  qui 
entrent  dans  sa  composition.  Mais  nous  devons  dès  maintenant  indiquer, 
d’une  manière  générale,  les  résultats  fournis  par  l’étude  des  rapports  qui 
unissent  les  cellules  avec  les  fibres  nerveuses  : 

Les  connexions  de  ces  deux  éléments  paraissent  être  les  suivantes  :  Les 
prolongements  des  cellules  nerveuses  se  continueraient  avec  les  cylindres- 
axes  que  l’on  trouve,  dépourvus  de  toute  enveloppe,  dans  la  substance  grise 
des  centres  nerveux  ;  plus  loin,  ces  prolongements  ou  cylindres-axes  se  revê-^ 
tant  d’une  gaine  de  myéline  (cordons  blancs  des  masses  nerveuses  cen¬ 
trales),  puis  d’une  gaine  de  Schwann  (nerfs  périphériques),  constitueraient 
en  définitive  les  tubes  nerveux  complets.  C’est  ainsi  que  la  cellule  nerveuse, 
en  connexion  avec  les  nerfs,  présiderait  au  phénomène  nerveux  central, 
à  Vacte  réflexe  que  nous  étudierons  plus  loin.  Tous  les  prolongements  d’une 
même  cellule  nerveuse  se  comportent-ils  de  la  manière  que  nous  venons 
d’indiquer?  Cela  ne  me  paraît  pas  probable,  d’après  les  recherches  de  Deitei's: 
un  seul  prolongement,  nommé  par  'Qeiters prolongement  cylindre-axe,  devien¬ 
drait  filament  central  d’un  tube  nerveux  et  se  distinguerait  par  sa  non- 
ramification  en  fibrilles  ;  les  autres  prolongements,  qui,  peu  après  s’être 
détachés  de  la  cellule,  se  subdivisent  et  se  ramifient,  iraient  simplement 
s’anastomoser  avec  les  ramifications  semblables  des  cellules  voisines,  con¬ 
stituant  ainsi  des  communications  intercellulaires  multiples,  dont  l’exis¬ 
tence  nous  explique,  d’une  part,  l’aspect  réticulé  de  la  substance  interposée 
entre  les  cellules  nerveuses,  et  nous  permet,  d’autre  part,  de  comprendre 
jusqu’à  un  certain  point  comment  se  combinent  et  se  généralisent  les  actes 
réflexes  qui  mettent  en  Jeu  l’activité  associée  d’un  nombre  plus  ou  moins 
considérable  d’éléments  nerveux  centraux. 

Dans  ces  dernières  années,  toute  une  série  de  recherches  nouvelles  a 
tendu  à  pénétrer  plus  profondément  dans  l’étude  de  la  structure  intime  des 
éléments  nerveux  au  point  de  vue  de  leurs  connexions  et  paraît  devoir 
modifier  singulièrement  les  opinions  des  histologistes  à  ce  sujet.  Les  articles 
consacrés  à  cette  partie  de  l’anatomie  microscopique,  par  Max  Schultze, 
dans  le  Traité  de  Stricker,  renferment  les  données  les  plus  nouvelles.  Pour 
ce  qui  est  des  fibres  nerveuses,  à  part  Ernst  Fleischl,  d’après  qui  le  fila¬ 
ment  axile  serait,  dans  les  tubes  nerveux  vivants,  composé  d’une  substance 
liquide  que  les  réactifs  coaguleraient  suivant  des  formes  différentes,  la 
gi  ande  majorité  des  histologistes  tend  à  considérer  le  cylindre-axe  comme 
formé  d’un  faisceau  de  fibrilles  primitives,  fort  déliées,  que  Ton  distingue 
seulement  avec  un  grossissement  de  plus  de  800  diamètres  (Fromman, 
Arndt,  Schwalbe,  etc.).  Nous  ne  citerons  qu’en  passant  l’opinion  sin¬ 
gulière  de  Roudanowski,  qui,  d’après  des  préparations  faites  sur  des 
pièces  congelées,  considère  le  cylindre-axe  comme  un  tube  constitué 
par  des  cellules  épithéliales  et  rempli  d’une  substance  liquide  ;  de  plus. 


423 


NERFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  NERVEUX.  —  HISTOLOGIE, 
d’après  le  même  auteur,  le  cylindre-axe  donnerait,  de  distance  en  distance, 
des  prolongements  latéraux  allant  s’anastomoser  avec  les  cylindres  voisins. 
Nous  avons  déjà  dit  qu’on  -avait  cru  également  reconnaître  aux  cellules  ner¬ 
veuses  une  structure  fibrillaire  qui  ne  saurait  être  attribuée  à  une  apparence 
artificiellement  produite  par  les  réactifs,  car  elle  est  plus  visible  dans  les 
préparations  fraîches  que  dans  celles  qui  ont  été  durcies  et  ont  subi  diverses 
manipulations.  Les  prolongements  naissant  des  cellules  seraient  donc  natu¬ 
rellement  des  faisceaux  de  fibrilles.  —  Mais  on  a  de  plus  étudié  des  con¬ 
nexions  de  ces  prolongements,  non  plus  seulement  avec  la  cellule,  mais 
avec  son  noyau.  Il  y  a  déjà  longtemps  que  Harless,  puis  Wagner,  puis  Ows- 
janikow,  décrivirent  les  fibres  nerveuses  comme  se  prolongeant  jusque  dans 
le  noyau  des  cellules  nerveuses.  Fromman  (1864)  décrivit  même  des  fibrilles, 
celles  qui  offrent  les  plus  petites  dimensions,  comme  se  prolongeant  jusque 
dans  le  nucléole  (ci-dessus,  page  41 8):  ces  observations  de  fibres  nucléo- 
laires  et  de  fibres  nucléaires  ont  été  confirmées  en  partie  par  Arnold,  puis 
parHensen,  Kollmann,  Courvoisier,  etc.  Il  faudrait  alors  considérer  la  cel¬ 
lule  nerveuse,  non  plüs  comme  une  cellule  simple,  mais  comme  une  sorte 
d’organe  plus  complexe  :  c’est  la  conclusion  à  laquelle  a  été  amené  Besser 
par  ses  recherches  sur  le  développement  du  tissu  nerveux  (substance 
grise) .  D’après  cet  auteur,  au  moment  de  la  naissance,  la  névroglie  sérait 
très-abondante  et  formerait  presque  à  elle  seule  les  masses  grises  ;  elle 
renfermerait  des  noyaux  et  un  abondant  réseau  de  fibrilles  granuleuses. 
Par  les  progrès  du  développement,  les  noyaux  de  la  névroglie  devien¬ 
draient  noyaux  de  cellules  nerveuses,  et  le  corps  même  de  celles-ci  résul¬ 
terait  d’une  transformation,  d’une  condensation  des  réseaux  fibrillaires  de 
la  névroglie.  ^  Nous  ne  croyons  pas  que  les  recherches  ultérieures 
confirment  cette  manière  de  voir  ;  il  est  facile  de  constater,  sur  les  moelles 
d’embryons  de  poulets  de  différents  âges,  que  les  cellules  nerveuses  pro¬ 
viennent  d’une  transformation  à  peu  près  directe  des  cellules  embryonnaires 
de  la  gouttière  nerveuse  primitive  ;  c’est  ce  dont,  pour  notre  part,  nous 
nous  sommes  assuré  en  étudiant  le  développement  de  la  moelle  sacrée  des 
oiseaux,  dans  la  région  dite  du  sinus  rhomboidal.  Du  reste,  quand  même 
les  conceptions  histologiques  que  nous  avons  cru  devoir  résumer  seraient 
confirmées,  elles  ne  modifieraient  en  rien  les  idées  admises  jusqu’à  ce  jour 
sur  les  fonctions  de  la  cellule  nerveuse;  celle-ci  sera  toujours  le  point 
central  de  toute  excitation  nerveuse,  ou  plutôt  le  point  de  concentration 
des  excitations  venant  de  directions  diverses. 

Les  organes  de  nature  nerveuse  (nerfs  périphériques  et  masses  cen¬ 
trales)  ne  sont  pas  composés  seulement  de  fibres  et  de  cellules  nerveuses, 
mais  renferment  encore  des  vaisseaux,  du  tissu  conjonctif,  et  parfois  une 
gangue  de  substance  amorphe:  les  dispositions  particulières  que  présentent 
les  capillaires,  le  tissu  interstitiel  dit  névroglie  et  les  gaines  des  nerfs 
seront  étudiées  dans  les  paragraphes  consacrés  aux  diverses  parties  du 
système  nerveux.  Quant  au  mode  de  développement  des  éléments  nerveux, 
c’est  là  une  question  qui  ne  nous  paraît  pas  encore  complètement  élucidée, 
ainsi  que  nous  l’avons  montré  plus  haut  (hypothèse  de  Besser,  Stark,  etc.). 


4.24  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveux.  —  histologie. 
et  sur  laquelle  nous  nous  contenterons  de  résumer  quelques-uns  des  résul¬ 
tats  les  plus  récents. 

Les  cellules  nerveuses  de  l’axe  cérébro-spinal  -proviennent  des  éléments 
cellulaires  de  la  gouttière  nerveuse  de  l’embryon,  c’est-à-dire  du  feuillet 
externe  du  blastoderme,  puisque  cette  gouttière  se  forme  par  involution  de 
ce  feuillet,  dit  feuillet  cutané  ou  sensoriel  {voy.  page  441  :  développement 
des  ventricules  cérébraux  et  du  canal  médullaire).  Quand  cette  gouttière 
s’est  fermée  en  canal,  les  cellules  sphéroïdales  qui  en  constituent  la  paroi  se 
transforment  les  unes  en  cellules  épithéliales  de  l’épendyme,  les  autres  en 
corpuscules  nerveux.  Ces  dernières,  d’après  Ch.  Robin,  subissent  une  seg¬ 
mentation  très-active  ;  il  en  résulte,  en  dehors  de  la  couche  épendymaire, 
une  masse  composée  de  corpuscules  sphériques,  considérés  par  les  uns 
comme  de  véritables  cellules,  et  que  Ch.  Robin  regarde  comme  ne  repré¬ 
sentant  que  des  noyaux  (myélocytes).  Quelle  que  soit  la  nature  précise  de 
cet  élément,  noyau  ou  cellule,  on  voit  bientôt  sur  un  ou  plusieurs  points  de 
sa  périphérie  se  produire  un  filament  mince  et  pâle  (fig.  48),  en  même  temps 
les  myélocytes  eux-mêmes  deviennent  pyriformes,  ou  fusiformes,  ou  étoilés, 
selon  qu’ils  doivent  donner  naissance  à  une  cellule  bi-  ou  multi-polaire. 
Si  l’on  considère  ces  myélocytes  comme  de  véritables  cellules,  la  descrip¬ 
tion  précédente  nous  donne  une  idée  suffisamment  nette  de  la  formation  des 
corpuscules  nerveux  ;  si  l’on  n’accorde  aux  myélocytes  que  le  rôle  de  noyaux, 
il  faut  admettre  qu’autour  de  ces  noyaux  il  se  forme  un  corps  cellulaire, 
processus  que  Ch.  Robin  a  observé  sur  les  embryons  des  divers  vertébrés, 
et  qui  montre  combien  serait  peu  en  rapport  avec  les  faits  toute  théorie 
histogénique  qui  refuserait  à  un  noyau  sans  protoplasma  la  faculté  de  se 
développer  en  cellule  (Ch.  Robin.  Anatomie  et  Physiologie  cellulaires,  pog. 
342). — Tous  les  myélocytes  ne  se  transforment  pas  primitivementen  cellules 
nerveuses  ;  ils  forment,  entre  les  corpuscules  nerveux  achevés,  deséléments 
destinés  à  en  produire  de  nouveaux  pendant  l’accroissement  du  système 
nerveux.  Quelques  auteurs  avaient  avancé  que  les  cellules  nerveuses,  pen¬ 
dant  le  développement  des  centres  constitués,  pouvaient  se  multiplier  en 
se  segmentant,  mais  cette  opinion  est  généralement  abandonnée  aujour¬ 
d’hui  parce  qu’elle  est  en  contradiction  avec  les  faits  bien  observés. 

Les  tubes  nerveux  périphériques,  d’après  Ch.  Robin,  offrent  pour  point 
de  départ  de  leur  génération  des  noyaux  ovoïdes  allongés,  disposés  dans 
le  même  sens  les  uns  à  la  suite  des  autres  et  réunis  par  une  substance 
finement  granuleuse  (corps  cellulaire),  de  même  largeur  qu’eux,  de  sorte 
que  cet  ensemble  forme  de  minces  bandelettes  à  bords  parallèles  et  étroite¬ 
ment  juxtaposées  dès  leur  origine  (fig.49).  Ces  bandelettes  ressemblent  bien¬ 
tôt  aux  fibres  de  Remaket  restent  dans  cet  état  pour  les  filets  du  grand  sym¬ 
pathique  ;  mais  pour  les  nerfs  céphalo-rachidiens  elles  présentent  une  série 
de  changements  qui  consistent  dans  l’apparition  d’une  fine  membrane 
extérieure  (gaine  de  Schwann),  puis  successivement  des  autres  parties 
(myéline  et  cylinder),  les  noyaux  restant  inclus  dans  l’épaisseur  de  l’enve¬ 
loppe  ou  accolés  à  sa  face  interne.  Ainsi  l’élément  nerveux  embryonnaire 
représenterait  le  futur  tube  nerveux,  dans  lequel  se  développerait  ultérieu- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  MOELLE.  425 
rement  le  cylindre-axe  ;  ce  filament  axile  ne  serait  nullement  une  forma¬ 
tion  primitive,  la  première  visible,  et  autour  de  laquelle  se  développeraient 
les  autres  parties  (plus  excentriques)  du  tube  nerveux.  —  Pour  montrer 
combien  les  opinions  sont  encore  contradictoires  à  ce  sujet,  il  nous  suffira 
de  rapprocher  de  l’opinion  précédente 

celle  qui  paraît  résulter  des  recber-  ^  ■  ■  ' 

ches  de  Ch.  Rouget  sur  le  développe-  ^  ^  W 

ment  des  parties  périphériques  des  ^ 

nerfs  chez  les  embryons  de  batraciens  ;  '  ï 

pour  Ch.  Rouget  le  filament  axile  |k 

serait  de  formation  toute  primitive  ; 

la  fibre  nerveuse  se  présenterait  a  '5^ 


Fig.  49.  —  Éléments  noi-veu.'c  du  pU-xus 
brachial  d’un  embryon  humain,  long 
de  20  millimètres  (Charles  Robin)  (*). 
(*)  Ces  éléments  se  présentent  sous  la  forme 
de  cellules  pâles,  fusiformes  (a,  t),  à  extrémités 
plus  ou  moins  eff)lées(c  c),  ànoyau  ovoïde  (6);— 


Fig.  48.  —  Cellules-  nerveuses  embryon¬ 
naires  (Ch.  Robin)  (*). 

(*)  Cellules  cérébrales  prises  sur  un  embryon  de 
triton  long  de  10  millimètres.  —  a,  b,  cellules 
isolées  à  cylindres-axes  bifurques.  —  c,  d,  corps 

noyaux  encore  accolés.  —  e,  f,  g,  cellules  uni¬ 
polaires  à  cylindres-axes  bifurques  et  triforqués. 
—  i,  k,  cellules  bipolaires.  (Ch.  Robin,  Amtomie 
et  physiologie  cellulaires.) 


forme  Je  longues  bandelettes  (c,  g,  f).  —  En  i, 
i,  k,  O,  P,  sont  représentés  les  faisceaux  du  nerf 
sciatique  d’un  veau,  long  de  15  centimètres  ;  les 
éléments  nerveux  y  sont  encore  sous  forme  de 
longues  bandelettes  (p)  semblables  aux  .  précé¬ 
dentes,  mais  bien  réunis  en  faisceaux  dont  les 
bords  (b,  k,  périncvre)  sont  bien  distincts.  (Ch. 
Robin,  Anatomie  et  physiologie  cellulaires.) 


alors  sous  la  forme  d’un  cylindre-axe  enveloppé  d’une  couche  de  proto¬ 
plasma  ;  les  noyaux  se  développeraient  ensuite  sur  place  dans  des  renflé - 
ments  de  cette  couche  de  protoplasma,  et  c’est  également  de  cette  couche 
que  proviendrait  une  cuticule  membraneuse  adhérente  aux  noyaux,  la 
gaine  de  Schwann. 

III.  Centres»  nerveux.  — 1°  moelle  épinière. —  La  moelle  épinière  est 
une  masse  nerveuse  centrale  qui,  sous  forme  d’un  long  cordon  cylindroïde, 
occupe  le  canal  vertébral  depuis  le  niveau  de  la  première  vertèbre  cervicale. 


4.26  NERFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  centres  n.  moelle. 

où  elle  se  continue  avec  le  bulbe  (ou  moelle  allongée,  qui  fait  partie  de 
l’encéphale),  jusqu’au  niveau  de  la  deuxième  vertèbre  lombaire  (chez 
l’adulte),  où  elle  se  terrnine  en  pointe.  Le  reste  du  canal  vei’tébral  (région 
lombaire  et  saci-ée)  est  occupé  par  un  paquet  de  nerfs  qui,  nés  de  la  partie 
inférieure  de  la  moelle,  vont  émerger  successive¬ 
ment  par  les  trous  de  conjugaison  lombaires  et  par 
les  trous  sacrés  ;  on  donne  à  ce  paquet  le  nom 
de  queue  de  cheval.  Au  milieu  de  la  queue  de 
cheval  se  trouve  le  filum  terminale  (voy.  Liga- 
p  ment coccygien,  ci-dessus  p.  412).  Chez  le  fœtus,  la 

moelle,  occupe  à  peu  près  toute  la  longueur  du 
canal  rachidien  ;  mais  à  mesure  que  la  colonne 
vertébrale  s’allonge,  la  longueur  de  la  moelle  de¬ 
meure  relativement  stationnaire;  elle  semble 


donc,  par  son  extrémité  inférieure,  remonter 
dans  le  canal  vertébral,  où  elle  s’arrête  au  niveau 
de  ia  région  lombaire  supérieure.  —  La  moelle’ 
d’un  homme  adulte,  dépouillée  des  racines  aux¬ 
quelles  elle  donne  naissance,  pèse  en  moyenne 
27  grammes.  Ce  chiffre  représente  la  50'  partie 
du  poids  de  la  masse  encéphalique. 

La  moelle  ne  présente  pas  dans  toutes  les  ré¬ 
gions  le  même  calibre,  et  sa  coupe  n’a  pas  partout 
la  même  forme.  Au  niveau  de  son  extrémité  su- 


^  périeure  (collet  du  bulbe),  elle  est  presque  parfaite- 
ment  cylindrique  (fig.  50,  a);  puis  dans  la  région 
^  cervicale,  elle  s’aplatit  légèrement  d’avant  en  ar- 

J,  rière  et  augmente  de  volume  (fig.  50,  b),  présentant 
O'  ainsi  un  renflement  régulièrement  fusiforme,  dont 

Fig.  1.  —  Disposition  des  Ig  plus  grand  diamètre  est  au  niveau  de  la  sixième 
substances  grise  et  blanche  vertèbre  cervicale  :  ce  renflement,  est  nommé  rœ- 
aux  divers  niveaux  de  la  .  .  ,  ... 

moelle (').  flement  cervical,  vu  la  région  vertébrale  ou  il  est 

(*)  A.  coupe  faite -au-dessous  placé,  OU  bien  ômcMflZ,  parce  qu’ il  donne 

nL*^du'^reXmènt'c7rvfc'aL— ”c"  naissance  aux  nerfs  du  plexus  brachial.  Au-dessous 
dans  la  région  do.rsaie.—  D,  dans  ^6  ce  renflerrieut,  la  moelle  diminue  de  nouveau 
daSderpard7”de'p1us  en^pius  de  volume  et  reprend  une  forme  cylindrique  (fig. 
iuSe"7ntérie7r"—™°' surface  uivcau  de  la  huitième  vertèbre 

postérieure  de  la  moelle.’ (ToDo  et  dorsale,  tout  en  conservant  cette  forme,  elle  pré- 
Bo-vniiAN,  vol.  I.)  nouveau  renflenient,  renflement  lombaire, 

dont  le  maximum  est  situé  vers  la  onzième  dorsale  et  d’où  partent  les  nerfs 
du  plexus  lombaire.  A  partir  du  renflement  lombaire  (fig,  50.  n,  e,  f),  la  moelle 
se  rétrécit  très-brusquement  eu  forme  de  cône  (cône  terminal)  et  bientôt  se 
réduit  à  un  mince  filet,  composé  encore  d’un  canal  central  entouré  d’une 
mince  couche  de  substance  nerveuse.  Ce  füum  terminale  est  contenu  dans 
l’intérieur  du  ligament  coccygien  [voy.  ci-dessus,  page  412), 

La  surface  extérieure  de  la  moelle  présente  à  considérer  les  sillons  mé- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  MOELLE.  427 

dians  antérieur  et  postérieur  et  les  origines  des  racines  des  nerfs  rachidiens. 
Ces  parties  sont  bien  visibles  sur  la  moelle  dépouillée  de  l’enveloppe  con¬ 
stituée  par  la  pie-mère  ;  elles  se  montrent  également  d’une  façon  très- 
nette  sur  une  coupe  de  la  moelle  (lig.  51). 

Le  sillon  médian  antérieur  est  creusé  sur  toute  la  face  antérieure  de  la 
moelle  (fig.  51,  a)  et  sépare  cette  face,  ainsi  que  son  nom  l'indique,  en  deux 
parties  symétriques  droite  et  gauche.  Ge  sillon  est  interrompu,  au  niveau  de 
la  région  où  la  moelle  se  continue  avec  le  bulbe,  par  la  décussation  des 
pyramides,  mais  il  reparaît  plus  haut  comme  sillon  médian  de  la  moelle 
allongée.  Le  sillon  médian  épostérieur  (fig.  51,  c),  placé  comme  son  nom 
l’indique,  se  prononce  au  contraire  de  plus  en  plus  au  niveau  du  collet  du 
.bulbe,  et  s’étale  sur  la  face  postéro-supérieure  de  la  molle  allongée  en  se 
confondant  avec  le  sinus  rhombdidal  ou  quatrième  ventricule. 

Ces  deux  sillons  ont  des  caractères  tout  différents  :  l’antérieur  est  relati¬ 
vement  large,  c’est-à-dire  qu’il  est  facile  d’en  écarter  les  lèvres  et  de  pro¬ 
mener  le  manche  du  scalpel  dans  sa  cavité.  On  voit  alors  que  cette  cavité 


Fig.  51.—  Section  transversale  de  la  moelle  épinière  de  l’homme  (*). 

(*)  Région  cervicale  (Gross.lO  Diam.).-  f.  cordons  postérieurs.  —  i  i,  substance  gélaüneusede  la  corne 
postérieure.  —  k,  racines  postérieures.  —  l,  racines  anterieures.—  c,  sillon  médian  postérieur.  —  b,  canal 
central  de  la  moelle.  —  (t,  sillon  médian  antérieur.  —  g,  cornes  antérieures.  —  h,  cornes  postérieures. 
—  e,  cordon  latéral.  (Stillinc.) 

est  peu  profonde,  qu’elle  ne  dépasse  pas  les  couches  superficielles  ou  cou¬ 
ches  blanches  de  la  moelle  et  que  son  fond  est  encore  formé  par  de  la  sub¬ 
stance  blanche  {commissure  blanche  ou  antérieure).  Le  sillon  postérieur  est 
au  contraire  très-étroit,  rempli  par  le  mince  feuillet  de  la  pie-mère  qui  y 
pénètre  ;  il  est  difficile  d’en  écarter  les  lèvres,  qui  sont  adhérentes  à  ce  feuil¬ 
let,  et  d’y  promener  la  pointe  d’un  stylet.  Si  l’on  p.aryient  à  faire  entr’ouvrir 
ce  sillon,  on  voit  alors  qu’il  est  très-profond  et  pénètre  jusqu’à  la  sub¬ 
stance  centrale  ou  substance  grise  qui  en  constitue  le  fond  {commissure 
grise  ou  commissure  postérieure). 

Les  nerfs  rachidiens  naissent,  de  chaque  côté,  par  deux  séries  de  racines, 
les  unes  antérieures,  les  autres  postérieures.  Lorsqu’on  arrache  les  racines 
postérieures,  on  produit  ainsi  un  sillon  collatéral  postérieur  très-net,  se 


428  ^ERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N. —  CENTRES  N.  MOELLE, 

présentant  comme  une  ligne  ponctuée,  parce  que  tous  les  filets  des  racines 
postérieures  émergent  de  la  moelle  en  se  superposant  régulièrement  en  une 


série  longitudinale  (fig.  52,p,p,  e1 
antérieures,  au  contraire,  n’émerg 
gitudinale,  mais  irrégulièrement 


.  fig.  51  en  A:).  Comme  les  filets  des  racines 
ent  pas  ainsi  selon  une  seule  ligne  Ion- 
sur  une  bande  d’une  certaine  étendue 
transversale  (voy.  cette  disposition  sur 
la  coupe,  fig.  51  en  l,  l,  Z),  leur  arra¬ 
chement  ne  produit  que  de  petites  dé¬ 
pressions  irrégulières  dont  on  a  cepen¬ 
dant  décrit  J’ensemble  sous  le  nom  de 
sillon  collatéral  antérieur. 

La  présence  de  ces  sillons,  les  uns 
naturels  (les  médians),  les  autres  arti¬ 
ficiels  (les  collatéraux),  sert  à  diviser 
la  surface  blanche  de  la  moelle  en 
une  série  de  faisceaux  dont  la  connais¬ 
sance  a  une  grande  importance  pour 
la  physiologie  de  cet  organe  ;  ces  cor¬ 
dons,  en  nombre  pair,  c’est-à-dire 
symétriquement  disposés  dans  chaque 
moitié  de  la  moelle,  sont  ;  1“  le  cor¬ 
don  antérieur,  placé  entre  le  sillon 
médian  antérieur  et  le  sillon  collatéral 
antérieur;  2°  le  cordon  latéral,  placé 
entre  le  sillon  collatéral  antérieur  et 
le  sillon  collatéral  postérieur  (fig.  51, 
e);  eniin  le  cordon  postérieur,  placé 
entre  le  sillon  collatéral  postérieur  et 
le  sillon  médian  postérieur  (fig.  51,  f). 
Mais  cette  conception  simple  de  trois 
cordons  dans  chaque  moitié  .  de  la 
moelle  est  un  peu  modifiée  par  les 
considérations  suivantes  :  d’abord  la 
physiologie  montrant  que  le  cordon 
antérieur  et  le  cordon  latéral  ont,  à  peu 
de  chose  près,  les  mêmes  fonctions , 
on  les  réunit  d’habitude  en  un  seul 


sous  ,  la  dénomination  de  cordon  antéro-latéral.  Par  contre,  le  cordon  posté¬ 
rieur  a  dû  être  subdivisé,  car  on  constate  qu’il  est  parcouru,  tout  près  du 
sillon  médian  postérieur,  par  un  léger  sillon  longitudinal  qui  devient  sur¬ 
tout  visible  en  haut,  au  niveau  du  bulbe  [voy.  ci- après  :  Corps  restiformes 
et  Pyramides  postérieures)-,  .le  cordon  postérieur  se  compose  donc  de  deux 
cordons  secondaires  :  l’un,  plus  grêle  et  plus  rapproché  de  la  ligne  médiane, 
c’est  le  cordon  cunéiforme  (ou  funiculus  gracilis  de  Burdach),  ou  cordon 
grêle,  cordon  de  Gall,  ou  faisceau  médian  des  cordons  postérieurs;  l’autre, 
plus  considérable  et  contigu  à  la  ligne  d’implantation  des  racines  posté- 


NERFS.  —  ANATO.MIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  ENCÉPHALE.  429 

rieures  :  c’est  le  cordon  postérieur  proprement  dit,  ou  cordon  cunéiforme 
(de  Burdach),  comprenant  la  zone  radiculaire  des  racines  postérieures.  Ces 
deux  parties  des  cordons  postérieurs  sont  bien  distinctes  dans  toute  la  lon¬ 
gueur  de  la  moelle  chez  l’embryon;  mais  plus  tard,  àux  régions  lombaire 
et  dorsale,  toute  ligne  de  démarcation  dispai’aît  entre  le  faisceau  de  Gall 
et  la  zone  radiculaire,  et  ce  n’est  qu’à  la  région  cervicale  qu’on  trouve  en¬ 
core  entre  eux  un  léger  sillon  intermédiaire. 

Si  l’on  pratique"  sur  la  moelle  une  coupe  perpendiculaire  à  son  axe  (dg.  49 
et50)onvoit  que  ces  cordons  blancs  forment  la  périphérie  delà  moelle  et  pé¬ 
nètrent  dans  son  intérieur  en  affectant  la  forme  de  prismes  triangulaires  dont 
les  arêtes  sont  tournées  en  dedans  (fig.Si,/");  mais  au  contact  de  ces  arêtes  et 
s’insinuant  dans  les  intervalles  latéraux  des  cordons,  se,  trouve  une  substance 
d’aspect  grisâtre,  la  substancelgriseoucentrale  delà  moelle;  cette  substance 
forme  en  effet,  dans  chaque  moitié  latérale  de  la  moelle,  un  cordon  longi¬ 
tudinal  dont  la  coupe  présente  la  forme  d’un  croissant  à  concavité  externe 
et  à  convexité  interne  (fig.  51,  i,  h,  g) ,  avec  deux  extrémités  ou  cornes;  des 
cornes,  l’une  est  antérieure  (g)  et  l’autre  postérieure  {h,  i,  i)  ;  seulement  ces 
cornes  ne  se  terminent  pas  en  pointe,  mais  se  renflent  au  contraire  pour 
constituer  ce  qu’on'  a.ppe\le  la  tête  de  la  corne  antérieure  etlâtête  de  la  corne 
postérieure.  Nous  étudierons  plus  tard  la  nature  des  éléments  anatomiques  qui 
composent  ces  parties  et  notamment  les  cornes  antérieures.  Nous  en  tenant, 
pour  le  moment,à  l’anatomie  descriptive,  nous  devons  encore  indiquer  une 
bande  transversale  de  substance  grise  qui  unit  le  croissant  gris  du  côté 
gauche  au  croissant  gris  du  côté  droit  (fig.  51,  ô)  ;  au  milieu  de  cette  bande 
{commissure  grise  ou  postérieure)  se  trouve  creusé  un  canal  {ventricule  ou 
canal  central  de  la  moelle).  Dans  des  cas  très-rares,  ce  canal  a  été  trouvé 
double  sur  des  moelles  du  reste  parfaitement  saines,  ainsi  que  E.  G.  Séguin 
en  a  publié  une  observation  en  1872.  En  avant,  la  commissure  grise  est 
comme  doublée  par  une  traînée  transversale  de  substance  blanche,  la  com¬ 
missure  blanche  ou  antérieure.  Il  n’y  a,  entre  les  deux  moitiés  de  la  moelle, 
d’autres  connexions  que  ces  deux  commissures  ;  aussi  avons-nous  eu  occa¬ 
sion  de  les  citer  en  indiquant  les  parties  nerveuses  qui  forment  le  fond, 
soit  du  sillon  médian  antérieur,  soit  du  sillon  médian  postérieur  (fig.  51). 

2°  ENCÉPHALE  {cerveou  et  cervelet:,  conformation  extérieure).  —  On 
donne  le  nom  d’encéphale  à  l’ensemble  des  grosses  masses  nerveuses 
renfermées  dans  la  boîte  crânienne  (cerveau  et  cervelet).  Le  poids  de 
l’encéphale  est  en  moyenne  de  1323  grammes  chez  l’homme,  dont 
1155  grammes  pour  le  cerveau  et  179  à  180  pour  le  cervelet;  chez  la 
femme,  le  poids  de  l’encéphale  est  en  moyenne  de  1230  grammes,  dont 
1090  pour  le  cerveau  et  140  pour  le  cervelet.  Ce  poids  est  représenté  par 
des  chiffres  différents  selon  les  individus  ;  l’encéphale  de  Cuvier  pesait 
1831  grammes. 

La  masse  nerveuse  encéphalique  présente  la  forme  d’un  fort  segment  de 
sphère,  dont  la  face  supérieure  est  convexe  et  la  face  inférieure  irrégulièi’e- 
ment  plane  (fig.  53). 

Sur  la  face  supérieure,  on  trouve  deux  grandes  incisures,  l’une  antéro- 


430  NERFS.  —  AN.W0MIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  ENCÉPHALE, 
postérieure,  l’autre  transverse,  qui  toutes  deux  pénètrent  profondément 
dans  l’épaisseur  de  la  masse  encéphalique.  L’incisure  transversale,  située 
environ  à  la  jonction  du  tiers  postérieur  avec  les  deux  tiers  antérieurs, 
répond  à  un  plan  qui,  du  bord  supérieur  du  rocher,  s’étendrait  dans  la  boîte 
crânienne  jusqu’au  sillon  transverse  (gouttières  latérales)  et  à  la  protubérance 
occipitale  interne  ;  elle  contient  la  tente  du  cervelet  (p.  409)  ;  c’est  assez 
dire  qu’elle  sépare  la  masse  encéphalique  en  deux  portions  inégales,  l’une 
postéro-inférieure  et  plus  petite,  le  cervelet,  l’autre  antero-supérieure,  plus 
considérable,  le  cerveau.  —  L’incisure  longitudinale  ou  antéro-postérieure, 
divise  le  cerveau  en  deux  moitiés  latérales,  les  hémisphères  cérébraux,  d’où 
\e  nom  àe  scissure  inter-hémisphérique  ;  elle  contient  la  faux  du  cerveau 
(voy.  p.  409).  à  la  partie  antérieure,  cette  incisure  divise  entièrement  le  cer- 
véau,  mais  dans  le  reste  de  son  étendue  elle  pénètre  seulement  jusqu’à  une 
masse  blanche  particulière,  le  corps  calleux,  qui  réunit  les  deux  hémisphè¬ 
res. Une  incisure  analogue,  mais  bien  moins  profonde,  pénètre  dans  la  partie 
médiane  postérieure  du  cervelet,  et  permet  de  distinguer  également  un  hé¬ 
misphère  cérébelleux  gauche  et  un  hémisphère  cérébelleux  droit  (fig.  53,  en  6). 

La  face  inférieure  de  l’encéphale  est  assez  régulièrement  moulée  sur  les 
dépressions  et  les  saillies  que  présente  la  base  du  crâne  ;  en  examinant  cette 
face  d’avant  en  arrière,  on  observe  successivement  (fig.  53)  :  L’extrémité 
antérieure  de  la  scissure  inter-hémisphérique  (fig.  53,  A),  dans  le  fond  de 
laquelle,  en  écartant  les  extrémités  antérieures  des  hémisphères,  on  peut 
apercevoir  une  masse  blanche  transversale,  qui  est  l’extrémité  antérieure 
du  corps  calleux.  De  chaque  côté  de  l’extrémité  postérieure  de  cette  partie 
de  la  scissure  inter-hémisphérique,  on  voit  partir  une  nouvelle  incisure, 
moins  profonde,  qui  se  dirige  en  dehors  et  en  haut,  sur  les  côtés  des  hémi¬ 
sphères  :  c’est  la  scissure  deSylvius  (fossa  Sylvii)  (fig.  53,  q).  La  scissure 
inter-hémisphérique  et  la  scissure  de  Sylvius  limitent  ainsi,  à  la  partie  anté¬ 
rieure  de  la  base  de  chaque  hémisphère,  un  territoire  bien  circonscrit  que 
l’on  nomme  lobe  antérieur  ou  lobe  frontal  (f,  f);  ce  lobe  correspond  en 
effet  à  la  partie  horizontale  de  l’os  frontal,  car  la  scissure  de  Sylvius  corres-- 
pond  elle-même  à  la  petite  aile  du  sphénoïde,  formant  la  limite  pos¬ 
térieure  de  l’étage  frontal  de  la  base  du  crâne.  Sur  la  face  inférieure 
de  ce  lobe  frontal,  on  aperçoit  le  nerf  olfactif  (k),  sous  l’aspect  d’une 
bande  de  substance  nerveuse,  de  forme  prismatique,  qui  occupe  un 
sillon  circonscrit  par  deux  circonvolutions  antéro-postérieures.  L’extré¬ 
mité  antérieure  de  ce  cordon  prismatique,  extrémité  renflée  et  gri¬ 
sâtre,  représente  le  bulbe  olfactif,  situé  sur  la  lame  criblée  de  l’ethmoïde 
et  d’où  partent  les  nombreux  filaments  nerveux  qui  traversent  les  trous  de 
cette  lame  osseuse.  Enfin,  l’extrémité  postérieure  de  ce  cordon  prisma¬ 
tique  est  rattachée  à  la  substance  de  l’encéphale  par  trois  tractus  ou  racines  * 
une  moyenne,  de  substance  grise  (racine  grise)  ;  et  deux  latérales,  de  sub¬ 
stance  blanche  (racines  blanches  interne  et  externe)  (MetN,fig.  53). La  racine 
blanche  externe  (n)  semble  pénétrer  profondément  dansla  substance  cérébrale 
placée  à  l’origine  de  la  scissure  de  Sylvius  (q,  fig.  53).  —  En  arrière  de  la 
scissure  de  Sylvius,  la  face  inférieure  des  hémisphères  cérébraux  forme  une 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  ENCÉI^HALE.  431 


pédonculairc.  —  G,  protubérance  annulaire.  —  H,  bulbe  rachidien.  —  I,  I,  circonvolution  frontale  interne 
du  lobule  orbitaire  {Gyrus  rectus).  —  K  K,  nerfs  olfactifs.  —  LL,  partie  moyenne  d  i  lobule  orbitaire  (du 
lobe  frontal).  —  N,  racine  blanche  externe  du  nerf  olfactif.  —  O,  bandelette  optique  (nerf  optique).  —  P, 
extrémité  antérieure  de  la  circonvolution  de  Thippocampe  {crochet). —  û,  espace  perforé  latéral  (originede  la 
scissure  de  Sylvius).  —  R,  R,  pédoncules  cérébraux. —  S,  S,  nerfs  de  la  3«  paire  (moteur  oculaire  commun). 

—  S',  S',  nerfs  de  la  paire  (pathétique).  —  T,  T,  nerf  do  la  5«  paire  (trijumeau)  avec  ses  deux  racines. 

—  V,V,  nerf  de  la  7®  paire  (facial).  —  Y,  nerf  intermédiaire  de  Wrisberg.— Z,  nerf  de  la  8“  paire 
acoustique), —  a,  nerf  deJa9«  paire  (glosso-pharyngien).—  b,  nerf  de  la  40*  paire  (pneumogastrique).  — 
c,nerf  de  la  14®  paire  (spinal). —  d,  nerf  delà  42e  paire  (grand  hypoglosse), —  f,  f,  lobes  frontaux. —  g,  g, 
lobes  sphénoïdaux.  —  K,  K,  lobes  latéraux  du  cervelet.  —  b  (en  arrière  de  la  coupe  du  collet  du  bulbe), 


la  partie  inférieure  des  hémisphères  qui  est  en  rapport  avec  la  face  supé¬ 
rieure  du  cervelet,  ou  plutôt  de  la  tente  du  cervelet,  porte  le  nom  de  lobe 
postérieur  ou  lobe  occipital,  car  cette  partie  vient,  par  son  extrémité  posté¬ 
rieure,  se  mettre  en  contact  avec  l’écaille  de  l’os  occipital  (fig.  53,  h,  h). 


.432  NERFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  centres  n.  encéphale. 

Mais,  à  la  face  inférieure  de  l’encéphale,  le  lobe  sphénoïdal  du  côté 
gauche  n’est  pas  en  contact  immédiat  avec  le  lobe  sphénoïdal  du  côté 
droit  :  entre  les  deux  se  trouve  la  partie  médiane  de  la  base  du  cerveau,  où 
l’on  remarque,  en  allant  d’avant  en  arrière  :  les  nerfs  optiques,  sous  forme 
de  cordons  arrondis,  écartés  en  avant,  unis  sur  la  ligne  médiane  (en  b),  et 
s’écartant  de  nouveau  en  arrière  (bandelettes  optiques,  fig.  53,  o),  de  manière 
à  figurer  la  lettre  X.  C’est  à  cette  disposition  qu’on  a  donné  le  nom  d'entre¬ 
croisement  ou  de  chiasma  des  nerfs  optiques,  et  l’anatomie  microscopique 
montre  qu’en  effet  il  y  a  là  une  décussation  au  moins  partielle  entre  le 
nerf  du  côté  droit  et  celui  du  côté  gauche.  En  poursuivant  les  nerfs  optiques, 
en  arrière  du  chiasma,  on  les  voit,  sous  forme  de  bandelettes  aplaties  (ban¬ 
delettes  optiques,  tractus  optici),  contourner  les  pédoncules  cérébraux,  aux¬ 
quels  ils  adhèrent,  arriver  jusqu’à  la  partie  postérieure  et  latérale  de  ce  que 
nous  étudierons  bientôt  sous  le  nom  de  couches  optiques  et  par  suite  jus¬ 
qu’aux  corps  genouillés  et  aux  tubercules  quadrijumeaux.  Immédiatement 
en  arrière  du  chiasma  optique  se  trouve  une  saillie  grise,  le  tuber  cinereum 
(fig.  53,  c),  surmontée  d’un  léger  prolongement,  la  tige  pituitaire  (n)  ; 
lorsque  le  cerveau  est  encore  intact  dans  la  boîte  osseuse,  conservant  ses 
connexions  avec  la  base  du  crâne,  cette  tige  pituitaire  se  termine  dans  la 
glande  pituitaire  ou  hypophyse,  laquelle  est  placée  dans  la  selle  turcique, 
c’est-à-dire  dans  la  loge  formée  à  ce  niveau  par  le  repli  de  la  dure-mère 
décrit  plus  haut  [voy.  p.  410).  La  tige  pituitaire  est  creuse  et  sa  cavité  se 
continue  avec  celle  que  nous  décrirons  plus  loin  dans  le  cerveau,  sous  lenom 
de  troisième  ventricule,  page  439. —  Derrière  le  tuber  cinereum,  et  de  chaque 
côté  de  la  ligne  médiane,  on  voit  deux  tubercules  arrondis,  d’un  blanc  mat, 
nommés  tubercules  mamillaires  (fig.  53,  e,  e)  ;  la  partie  centrale  de  ces 
tubercules  est  formée  de  substance  grise  :  en  étudiant  ultérieurement  les 
piliers  du  trigone  cérébral,  nous  verrons  quelle  est  la  nature  de  la  substance 
blanche  superficielle  des  tubercules  mamillaires  ou  pisiformes.  —  En  dehors 
des  tubercules  mamillaires,  on  trouve  deux  très-gros  faisceaux  de  substance 
blanche,  dirigés  obliquement  en  avant  et  en  dehors  [fig.  53,  R,  e)  :  ce  sont 
les  pédoncules  cérébraux  ou  cuisses  du  cerveau  ;  à  leur  bord  interne  appa¬ 
raît  une  ligne  foncée,  qui  devient  presque  tout  à  fait  noire  lorsqu’on  enlève 
en  ce  point,  par  un  léger  grattage,  les  couches  superficielles  :  c’est  dans  ce 
locus  niger  de  Sœmmering  que  s’implantent  les  racines  du  nerf  de  la  troi¬ 
sième  paire  ou  nerf  moteur  oculaire  commun  (fig.  53,  s,  s).  —  Enfin,  dans 
l’écartement  des  pédoncules  cérébraux  et  en  arrière  des  tubercules  mamil¬ 
laires,  on  trouve  un  espace  triangulaire  formé  d’une  substance  grise  criblée 
de  trous  livrant  passage  à  de  petits  vaisseaux  :  c’est  V espace  perforé  inter- 
pédonculaire  (f)  ou  postérieur,  ainsi  nommé  par  opposition  à  une  substance 
semblable,  également  criblée  de  pertuis  vasculaires,  que  l’on  trouve  à  l’ori¬ 
gine  de  la  scissure  de  Sylvius  et  qu’on  a  nommée  espace  perforé  latéral 
(fig.  53,  Q). 

En  arrière  des  pédoncules  cérébraux,  on  trouve  les  parties  inférieures  de 
l’isthme  de  l’encéphale,  dont  les  parties  supérieures  seront  décrites  en  étudiant 
la  conformation  intérieure  del’encéphafojp.  440  :  la  grande  éminence  blan- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  ENCÉPHALE.  43a 

châtre  de  forme  à  peu  près  quadrilatère  que  l’on  aperçoit  en  ce  lieu,  est  la 
protubérance  annulaire  ou  pont  de  Varole  (lig.  53,  g)  ;  le  nom  de  pont  lui  a 
été  donrié  parce  qu’au-dessous  d’elle  (le  cerveau  étant  tourné  la  base  en 
haut)  est  creusé  un  canal,  aqueduc  de  Sylvius,  que  nous  étudierons  plus 
tard.  Les  couches  superficielles  de  la  protubérance  sont  formées  de  fibres 
blanches  transversales  qui  se  continuent  latéralement  jusque  dans  le 
cervelet,  en  formant  les  pédoncules  cérébelleux  moyens  (fig.  53)  ;  sur  la 
ligne  médiane  de  la  protubérance  annulaire  est  creusée  une  dépres¬ 
sion  longitudinale  antéro-postérieure,  dans  laquelle  est  logé  d’ordinaire  le 
tronc  artériel  basilaire.  Du  milieu  des  bords  externes  de  la  protubérance, 
c’est-à-dire  à  l’origine  des  pédoncules  cérébelleux  moyens,  on  voit  émerger 
les  racines  du  nerf  de  la  cinquième  paire  ou  nerf  trijumeau  (fig.  53,  t,  t), 
racines  très-volumineuses  et  composées  de  deux  faisceaux,  l’un  antérieur 
plus  petit,  dit  racine  motrice  {nerf  masticateur),  l’autre  postérieur  plus 
gros,  dit  racine  sensitive.  —  Nous  avons  indiqué  précédemment  l’origine 
de  la  troisième  paire  ;  nous  venons  de  donner  celle  de  la  cinquième  ;  quant 
à  la  quatrième  paire,  elle  représente  le  seul  nerf  dont  l’origine  ne  soit  pas 
visible  à  la  base  de  l’encéphale,  car  cette  origine  se  fait  dans  les  étages 
supérieurs  de  l’isthme  en  arrière  des  tubercules  quadrijumeaux  ;  à  la  base 
de  l’encéphale  on  voit  seulement  apparaître,  vers  l’angle  antéro-externe  de 
la  protubérance,  les  filets  bien  isolés  de  cette  quatrième  paire  ou  nerf 
pathétique  (fig.  53,  s',  s'),  filets  très-grêles  qu’on  peut  suivre  en  arrière  et 
en  haut,  en  contournant  les  pédoncules  cérébelleux  moyens,  jusque  vers 
les  tubercules  quadrijumeaux  et  la  valvule  de  Yieussens,  où  ils  émergent 
de  la  substance  cérébrale. 

Derrière  la  protubérance  annulaire  commence  la  moelle  allongée  ou  bulbe 
rachidien  (fig,  53,  h).  C’est  dans  le  sillon  transversal  de  séparation  entre  la 
protubérance  et  le  bulbe  (au  niveau  des  pyramides)  que  naissent  les  nerfs  de 
la  sixième  paire  {nerf  oculo-moteur  externe  ou  abducteur)  (fig.  53,  u,  u). 

Le  bulbe  est  plus  volumineux  en  avant  (vers  la  protubérance)  et  plus 
étroit  en  arrière  (et  en  bas),  où  il  se  continue  avec  la  moelle  épinière  :  le  lieu 
de  jonction  du  bulbe  et  de  la  moelle  est  indiqué  par  un  léger  rétrécisse¬ 
ment,  dit  collet  du  bulbe,  qui,  lorsque  les  centres  nerveux  sont  dans  leurs 
rapports  normaux  dans  la  cavité  osseuse  encéphalo-rachidienne,  corres¬ 
pond  au  bord  inférieur  de  la  première  vertèbre  cervicale. 

Sur  la  ligne  médiane  antérieure  du  bulbe,  on  remarque  un  sillon  anté¬ 
rieur  qui  se  continue  avec  le  sillon  antérieur  de  la  moelle,  quoique  cette 
continuité  soit,  au  niveau  du  collet  du  bulbe,  irrégulièrement  interrompue 
par  des  fibres  obliques  {décussation  des  pyramides).  De  chaque  côté  de  ce 
sillon  médian  antérieur  sont  deux  cordons  bien  distincts  :  les  pyramides^ 
antérieures,  qui,  plus  larges  en  avant,  semblent  se  rétrécir  vers  le  collet  du 
bulbe,  où  elles  se  rapprochent  l’une  de  l’autre  et  paraissent  s’envoyer  réci¬ 
proquement  des  faisceaux  entre-croisés  ;  nous  verrons  ultérieurement,  en 
étudiant  la  texture  intime  de  ces  centres  nerveux,  quelle  est  la  véritable 
signification  de  cette  décussation  des  pyramides.  En  avant,  les  pyramides 
plongent  sous  les  fibres  transversales  de  la  protubérance,  et  ce  sont  elles. 

NOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  28 


43i  ^'ERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTEME  N.  —  CENTRES  N.  —  EN'CÉPHALE. 

qui  vont  ensuite,  comme  nous  le  démontrerons  ultérieurement,  constituer 
la  plus  grande  partie  des  pédoncules  cérébraux.  Si,  pour  achever  la  descrip¬ 
tion  du  bulbe  racbidien,  dont  les  parties  sont  symétriques  par  rapport  au 
plan  antéro-postérieur  passant  par  l’axe  du  corps,  nous  examinons  l’un  des 
cotés  de  ce  bulbe,  en  partant  du  sillon  médian  antérieur,  nous  trouvons 
successivement,  en  allant  de  dedans  en  dehors  :  1°  les  pyramides,  déjà 
décrites  ;  2°  en  dehors  des  pyramides  une  éminence  elliptique,  blanche  à 
l’extérieur,  mais  renfermant  intérieurement  une  couche  ondulée  de  sub¬ 
stance  grise:  cette  éminence  est  le  corps  olivaire  ou  olive,  et  sa  couche 
grise  le  corps  frangé,  ou  corps  dentelé  ou  corps  rhombdidal  de  l’olive.  Dans 
le  sillon  qui  sépare  l’olive  de  la  pyramide,  on  trouve  l’émergence  de  la 
douzième  paire  crânienne,  au  nerf  grand  hypoglosse  (fig.  53,  d),  qui  naît 
par  un  grand  nombre  de  filets  radiculaires  superposés  en  une  série  verti¬ 
cale.  En  dehors  des  olives,  on  ti’ouve  un  sillon  profond  et  large  limité  en 
avant  par  les  olives  et  en  arrière  par  les  corps  restiformes  (que  nous  étu¬ 
dierons  bientôt).  C’est  dans  ce  sillon  qu’émergent  les  nerfs  crâniens,  dont 
il  nous  reste  à  indiquer  l’origine.  En  allant  de  haut  en  bas,  c’est  d’abord  le 
facial  (fig.  53,  v,  v),  ou  nerf  de  la  septième  paire,  qui  émerge  exactement 
sous  les  fibres  les  plus  inférieures  de  la  protubérance  :  à  côté  et  en  arrière 
de  lui  (fig.  53,  z),  émerge  l’acoustique,  nerf  de  la  huitième  paire,  auquel 
viennent  se  joindre  des  tractus  radiculaires  contournant  les  corps  resti¬ 
formes  et  provenant  du  plancher  du  quatrième  ventricule,  avec  lequel  nous 
les  décrirons.  Entre  le  facial  et  l’acoustique  naît  un  filet  grêle,  nommé  nerf 
intermédiaire  de  Wrisberg  (fig.  53,  y).  Au-dessous  de  l’origine  de  la  septième 
et  de  la  huitième  paire,  on  trouve,  toujours  dans  le  large  sillon  intermédiaire 
à  l’olive  et  au  corps  restiforme,  une  longue  série  de  fibres  radiculaires  super¬ 
posées  en  rangées  longitudinales,  et  qui,  d’après  leur  groupement  en  cor¬ 
dons  nerveux  distincts,  repi'ésentent  successivement  :  les  premières  (c’est- 
à-dire  les  plus  supérieures),  les  racines  du  glosso-pharyngien  (fig.  53,  a)ou 
nerf  de  la  neuvième  paire;  les  dix  à  quinze  filets  suivants,  la  dixième  paire 
(fig.  53,  h)  ou  nerf  pneumogastrique  (dit  nerf  vague)-,  enfin,  les  derniers 
filets  radiculaires  (les  plus  inférieurs)  forment  les  racines  bulbaires  du  nerf 
spinal  ou  nerf  de  la  onzième  paire  (fig.  53,  c)  ;  ces  racines  du  spinal  pro¬ 
viennent  moins  du  sillon  commun  d’origine  des  nerfs  précédents,  que  de 
la  face  latérale  des  corps  restiformes  ;  on  les  nomme  racines  bulbaires,  par 
opposition  à  une  série  d’autres  fibres  radiculaires,  dites  racines  cervicales, 
qui  naissent  des  parties  latérales  de  la  moelle  cervicale,  entre  le  ligament 
dentelé  et  les  racines  postéi’ieures  des  nerfs  rachidiens  correspondants,  et 
qui  s’unissent  successivement  en  un  petit  cordon  nérveux  dii’igé  en  haut  et 
en  avant  pour  venir  se  joindre  aux  racines  bulbaires. 

En  dehors  et  en  arrière  du  sillon  dans  lequel  nous  venons  de  constater 
l’origine  des  racines  des  septième,  huitième,  neuvième,  dixième  et  onzième 
paires  crâniennes,  on  trouve  un  gi’os  faisceau  de  substance  blanche  nommé 
corps  restiforme:  ce  faisceau  semble  se  continuer  en  bas  avec  les  cordons 
postérieurs  de  la  moelle,  tandis  qu’en  haut  il  va  se  perdre  dans  le  cervelet, 
dont  il  constitue,  de  chaque  côté,  les  pédoncules  inférieurs.  Le  bord 


^'ERF'S.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  ENXKPIIALE.  435 
interne  des  corps  restiformes  (face  postérieure  du  bulbe)  n’est  bien  visible 
que  si ,  l’on  soulève  le  cervelet  :  on  voit  alors  que  le  corps  restiforme  du 
côté  droit,  suivi  de  bas  en  haut,  en  partant  des  cordons  postérieurs  de  la 
moelle,  s’écarte  de  son  congénère  gauche,  à  partir  d’un  niveau  qui  corres¬ 
pond  à  peu  près  à  celui  du  collet  du  bulbe,  pour  se  diriger  en  haut. et  en 
dehors  :  de  cet  écartement  en  foi’me  de  V,  à  pointe  inférieure,  résulte  la 
présence,  sur  la  face  supérieure  du  bulbe,  d’un  enfoncement  triangulaire 
appelé  sinus  rhomboïdal  {quatrième  ventricule,  calamus  scriptorius),  sur 
la  description  duquel  nous  aurons  à  revenir  à  plusieurs  reprises.  Nous  ajou¬ 
terons  seulement,  pour  compléter  la  description  extérieure  du  bulbe,  que 
sur  le  bord  interne  des  corps  restiformes,  de  chaque  côté  du  quatrième  ven¬ 
tricule,  se  montre,  nettement  limité  par  un  léger  sillon,  un  cordon  peu  sail¬ 
lant  du  reste,  nommé  pyramide  postérieure;  ce  cordon  fait  suite  au  cor¬ 
don  grêle  de  la  moelle. 

Il  ne  nous  reste  plus,  pour  terminer  cette  rapide  esquisse  des  formes 
extérieures  de  l’encéphale,  qu’à  parler  de  la  masse  nerveuse  placée  au  des¬ 
sus  de  la  protubérance  annulaire  et  du  bulbe,  c’est-à-dire  du  cervelet.  Le 
cervelet  se  compose  de  deux  gros  lobes  latéraux  réunis  l’un  à  l’autre  par 
un  lobe  moyen  plus  petit  que  l’on  nomme  vermis.  Vu  par  la  face  supérieure, 
ce  lobe  moyen,  qui  prend  alors  le  nom  de  vermis  superior,  forme  une  légère 
saillie  au-dessus  des  lobes  latéraux;  au  contraire,  le  vermis posterior  et  le 
vermis  inferior,  c’est-à-dire  le  lobe  moyen  vu  dans  les  directions  indiquées 
par  ces  dénominations  (fig.  53,  b),  forme  une  dépression  notable  entre  les 
lobes  droit  et  gauche.  Ces  lobes  sont  eux-mêmes,  par  des  sillons  étroits 
et  prolonds,  subdivisés  en  un  certain  nombre  de  lobules,  dont  quelques- 
uns  seulement  présentent  une  disposition  assez  constante  pour  avoir  mérité 
un  nom  particulier  :  tels  sont,  à  la  face  inférieure  des  lobes  latéraux,  de 
chaque  côté  du  bulbe  :  l°le  lobule  du  pneumogastrique,  en  forme  de  houppe 
proéminente  (flocculus),  situé  tout  au  contact  des  racines  du  pneumo¬ 
gastrique;  2°  le  lobule  du  bulbe  (ou  amygdales,  bulbi  tonsïllares),  situé  en 
arrière  du  précédent  et  formant  comme  une  enveloppe,  un  demi-manchon 
cylindrique  à  la  partie  inférieure  du  bulbe.  Lorsqu’on  soulève  le  bulbe,  en 
l’écartant  de  ces  lobules  tonsillaires,  on  aperçoit,  en  plongeant  le  regard 
entre  la  face  supérieure  du  bulbe  et  la  face  inférieure  du  cervelet,  la 
fosse  rhomboïdale  ou  quatrième  ventricule,  au-dessus  de  laquelle  le  ver¬ 
mis  posterior  est  pendant  comme  la  luette  au  fond  de  la  cavité  buccale, 
tandis  que  les  valvules  de  Tarin  se  dirigent  latéralement,  comme  les  piliers 
du  voile  du  palais,  vers  les  lobules  du  bulbe  :  c’est  cet  aspect  qui  a  fait  don¬ 
ner  à  ces  lobules  le  nom  d’amygdales.  —  Les  lobes  et  lobules  du  cervelet 
sont  parcourus  par  des  sillons  concentriques  (lig.  53),  qui  endivisént  la  sub¬ 
stance  en  une  série  de  lames,  subdivisées  elles-mêmes  en  lamelles  :  on  a 
comparé  cette  disposition  de  la  substance  nerveuse  en  feuilles  minces  à 
celle  que  présentent  les  feuillets  d’un  livre. 

3"  Conformation  intérieure  de  l’encéphale.  —  Avant  de  donner  une 
description  synthétique  des  masses  nerveuses  centrales  et  des  cavités 
de  l’encéphale,  nous  rappellerons  rapidement  comment  ces  parties  se 


436  NERFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  centres  n.  —  encéphale. 
présentent  lorsque  l’on  étudie  le  cerveau  par  une  série  de  dissections  ti’ès- 
simples,  consistant  essentiellement  à  pénétrer  dans  son  intérieur  de  la 
convexité  vers  la  base. 

Si,  le  cerveau  reposant  sur  sa  base,  on  écarte  les  deux  hémisphères,  on 
aperçoit,  au  fond  de  la  scissure  interhémisphérique,  le  corps  calleux  (ci- 
dessus  p.  Zi30).  La  première  opération  de  dissection  àpratiquer  alors  consiste 
en  une  coupe  par  laquelle  on  enlève  toute  la  partie  des  hémisphères  céré¬ 
braux  située  au-dessus  du  plan  horizontal  de  la  face  supérieure  du  corps 
calleux.  On  a  aussitôt  sous  les  yeux  une  masse  blanche  irrégulièrement 
ovalaire,  dont  le  corps  calleux  forme  le  centre,  et  qui  est  limitée  sur  les 
côtés  par  l’écorce  grise  contournée  des  hémisphères  (circonvolutions)  :  c’est 
à  cette  disposition  de  la  substance  blanche  cérébrale  qu’on  a  donné  le  nom 
de  centre  ovale  de  Vieussens.  Le  corps  calleux,  qui  est  comme  l’axe  antéro¬ 
postérieur  de  ce  centre  ovale,  est  allongé,  plus  étroit  en  avant  qu’en  arrière, 
manifestement  composé  de  faisceaux  de  fibres  transversales  (gi’ande  com¬ 
missure  du  cerveau).  Il  présente  une  ligne  médiane  un  peu  saillante,  dite 
raphé,  et  sur  les  côtés  deux  autres  lignes  longitudinales  dites  nerfs  ou 
tractus  longitudinaux  de  Lancisi.  En  avant  et  en  arrière,  le  corps  calleux  se 
replie  sur  lui-même  en  se  dirigeant  en  bas,  et  forme  ainsi  en  avant  le 
genou,  en  arrière  le  bourrelet  du  corps  calleux.  Si  l’on  incise  délicatement, 
dans  le  sens  antéro-postérieur,  le  centre  ovale  de  Vieussens,  de  chaque 
côté  de  la  ligne  médiane  du  corps  calleux,  on  a  aussitôt  accès,  de  chaque 
côté,  dans  des  cavités  dites  ventricules  latéraux  (l’un  droit,  l’autre  gauche). 
En  écartant  les  lèvres  de  l’incision,  ces  cavités  sont  largement  ouvertes  par 
leur  paroi  supérieure,  et  on  voit  que  leur  base  s’étend  en  trois  prolonge¬ 
ments  :  l’un  antérieur,  creusé  dans  la  partie  frontale  des  hémisphères 
{corne  ou  diverticulum  antérieur  ou  frontal  du  ventricule  latéral)  ;  l’autre 
postérieur,  plus  étroit,  creusé  dans  le  lobe  occipital  {corne  ou  diverticulum 
postérieur,  cavité  digitale  ou  ancyrdide)  ;  enfin  le  troisième  et  le  plus  impor¬ 
tant,  qui  descend  en  bas,  en  dehors  et  en  avant,  c’est-à-dire  parcourt  pres¬ 
que  en  spirale  le  lobe  sphénoïdal  pour  venir  s’ouvrir  à  la  base  de  l’encé¬ 
phale,  sur  les  côtés  et  en  arrière  des  pédoncules  cérébraux,  où  il  n’est 
fermé  que  par  la  pie-mère  {diverticulum  ou  corne  moyenne  oasphénoidale). 

En  examinant  le  corps  calleux  resté  flottant  entre  les  deux  incisions  qui 
ont  donné  accès  dans  les  ventricules  latéraux,  on  voit  que  la  face  inférieure 
de  ce  corps  n’est  pas  libre  :  elle  se  continué  en  avant  avec  une  lamelle 
nerveuse  mince,  dirigée  verticalement  et  d’avant  en  arrière,  de  forme  trian¬ 
gulaire,  adhérant  d’autre  part,  c’est-à-dire  par  son  bord  inférieur,  avec  ce 
que  nous  allons  bientôt  décrire  sous  le  nom  de  trigone.  Cette  lamelle,  dite 
cloison  transparente  {septum  lucidum)  est  formée  de  deux  minces  lames 
adossées  l’une  contre  l’autre  et  entre  lesquelles  se  trouve  un  petit  in¬ 
tervalle  dit  cinquième  ventricule  ou  ventricule  de  la  cloison  transparente. 
La  cloison  transparente  sépare  le  ventricule  latéral  d’un  côté  de  son  con¬ 
génère  du  côté  opposé. 

En  examinant  le  plancher,  c’est-à-dire  la  paroi  inférieure  de  la  portion 
moyenne  des  ventricules  latéraux,  on  voit  tout  d’abord  que  cette  paroi  est 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  ENCÉPHALE.  4.37 
couverle,  vers  sa  partie  interne  et  postérieure,  par  une  épaisse  membrane 
vasculaire,  d’aspect  granuleux,  rougeâtre,  appelée  pieætis  choroïde.  En  enle¬ 
vant  le  plexus  choroïde  du  ventricule  latéral,  la  paroi  inférieure  (de  la 
portion  moyenne)  de  ce  ventricule  se  présente  alors  comme  constituée  par 
deux  grosses  masses  nerveuses  placées  l’une  en  avant  et  en  dehors,  l’autre 
en  arrière  et  en  dedans.  La  première  est  le  corps  strié,  gros  tubercule 
grisâtre,  pyriforme,  dont  la  grosse  extrémité  est  en  avant,  tandis  que  l’ex¬ 
trémité  eltilée  se  dirige  en  arrière  et  en  dehors,  le  long  du  bord  correspon¬ 
dant  de  la  seconde  masse  nerveuse.  Celle-ci,  dite  couche  optique,  se  pré¬ 
sente,  vue  par  le  ventricule  latéral,  comme  un  gros  tubercule  blanchâtre, 
ovoïde.  Le  corps  strié  est  ainsi  nommé  parce  que  sa  coupe  montre  en 
lui  une  substance  grise  traversée  de  nombreux  faisceaux  (stries)  de  libres 
blanches.  La  couche  optique  doit  son  nom  à  ses  rapports  intimes  avec 
les  nerfs  optiques.  Nous  aurons  à  revenir  longuement  sur  ces  doubles 
particularités  de  texture  et  de  connexion  de  ces  corps  ;  étudiant  ici  seule¬ 
ment  la  face  supérieure  de  la  couche  optique,  telle  qu’elle  se  présente 
comme  paroi  inférieure  du  ventricule  latéral,  nous  dirons  qu’elle  offre 
vers  son  tiers  antérieur  une  saillie  oblongue,  souvent  peu  apparente,  dite 
tubercule  antérieur  {corpus  album  subrotundum),  et  en  arrière  une  saillie 
plus  considérable,  toujours  bien  visible,  dite  tubercule  postérieur  (ou 
pulvinar). 

Dans  le  sillon  qui,  sur  la  paroi  inférieure  du  ventricule  latéral,  sépare  le 
corps  strié  de  la  couche  optique,  on  voit  un  ruban  de  substance  médullaire, 
dit  bandelette  semi-circulaire  {tœnia  semicircularis),  qui  se  prolonge  en 
arrière  jusque  dans  la  corne  sphénoïdale  ou  inférieure  du  ventricule  latéral, 
et  qui  en  avant  est  recouverte  par  une  petite  lame  de  substance  grise  d’as¬ 
pect  transparent  {lame  cornée  de  la  bandelette  semi-circulaire). 

Pour  pénétrer  plus  profondément  dans  l’étude  de  la  disposition  des  par¬ 
ties  centrales  de  l’encéphale,  il  faut,  après  avoir  examiné  les  parties  sus- 
indiquées,  inciser  transversalement  le  corps  calleux  au  niveau  de  la  partie 
postérieure  de  la  cloison  transparente,  et  replier  en  avant  et  en  arrière  les 
lambeaux  correspondants. 

On  voit  alors  qu’au-dessous  du  corps  calleux  et  parallèlement  à  sa 
moitié  postérieure,  se  trouve  placé  un  double  tractus  de  substance  blanche, 
nommé  voûte  à  trois  piliers  {fornix,  trigone  cérébral,  bandelette  géminée). 
Cette  voûte  à  trois  piliers  (mieux  nommée  à  quatre  piliers)  forme,  comme 
l’indique  l’un  des  noms  qu’elle  a  reçus,  une  lame  médullaire  triangulaire, 
à  concavité  inférieure,  dont  l’un  des  angles  est  antérieur  et  les  deux  autres 
postérieurs.  Si,  dans  la  préparation  que  nous  venons  d’indiquer,  on  a  incisé 
jusque  et  y  compris  la  voûte  à  trois  piliers,  on  voit,  en  réclinantses  lambeaux 
en  arrière,  que  la  face  inférieurCde  ce  trigone  est  tapissée  par  une  lame  vascu¬ 
laire  également  triangulaire,  dite  toile  choroïdienne  ou  plexus  choroïde  du 
troisième  ventricule  (car  l’incision  pratiquée  donne  accès  dans  le  troisième 
ventricule).  En  détachant  la  toile  choroïdienne  de  la  face  inférieure  du  tri¬ 
gone,  on  constate  que  les  bords  de  celui-ci  s’écartent  en  arrière  et  en  bas 
{piliers  postérieurs)  et  s’enfoncent  dans  les  cornes  inférieures  ou  latérales 


138  NERFS.  —  AXATO.MIE  du  système  N.  —  CENTRÉS  N.  —  ENCÉPHALE, 
des  ventricules  latéraux,  où  nous  les  verrons  bientôt  se  confondre  avec 
l’une  des  parties  de  ce  que  nous  aurons  à  étudier  sous  le  nom  de  corne 
d’Ammon.  Dans  l’écartement  de  ces  deux  piliers  du  trigone,  au-dessous  du 
bourrelet  du  corps  calleux,  on  voit  des  tractùs  blancs  transversaux,  et  c’est 
à  cet  ensemble  qu’on  a  donné  le  nom  de  lyre  ou  corpus  psalloides. 

Pour  en  finir  avec  l’étude  des  ventricules  latéraux,  il  faut,  avant  de  por¬ 
ter  son  attention  sur  la  cavité  médiane  mise  au  jour  par  l’incision  du  corps 
calleux  et  du  trigone,  ouvrir  largement  le  diverticulum  sphénoïdal  en  inci¬ 
sant  la  substance  corticale  des  hémisphères  de  manière  à  ouvrir  peu  à  peu 
de  dedans  en  dehors  cette  corne  moyenne  en  suivant  son  contour.  On  voit 
alors  que  laparoi  postéro-interne  de  la  corne  sphénoïdale  présente  une  saillie 
de  substance  grise,  d’aspect  caractéristique,  dite  corne  d’Ammon  on  pied  d’hip¬ 
pocampe.  Cette  saillie  a  l’aspect  d’une  circonvolution  cérébrale  :  elle  est 
l'ormée  en  effet  d’une  couche  superficielle  de  substance  grise,  et  d’un  centre 
de  substance  blanche  ;  elle  se  continue  en  bas  et  en  avant  avec  une  circon¬ 
volution  de  la  partie  interne  du  lobe  sphénoïdal  {circonvolution  de  l’hippo¬ 
campe;  crochet),  aussi  l’étude  de  la  corne  d’Ammon  ne  devra-t-elle  trouver 
place  que  dans  le  paragraphe  consacré  à  la  description  des  circonvolutions 
{voy.  ci-après,  p.  449).  —  Nous  nous  contenterons  ici  d’indiquer  certaines 
parties  blanches  et  grises  placées  sur  le  bord  concave,  c’est-à-dire  antérieur 
et  interne  du  pied  d’hippocampe;  ce  sont  :  1°  le  corps  frangé  {corps  bordé 
ou  bordant,  corpus  fimbriatum,  tcenia  on  bandelette  de  l’hippocampe,  etc.), 
bandelette  qui  fait  suite  aux  piliers  postérieurs  du  trigone,  et  dont  le  bord 
antérieur  est  libre,  tandis  que  le  bord  postérieur  adhère  à  la  concavité  de 
la  corne  d’Ammon  ;  2“  en  soulevant  le  bord  libre  de  la  bandelette  précé¬ 
dente,  on  aperçoit  une  bandelette  grise,  à  bord  antérieur  festonné  ;  c’est 
le  corps  godronné  {corps  denté,  fascia  dentata),  qui  est  en  connexion  évi¬ 
dente  avec  la  substance  grise  centrale  de  la  corne  d’Ammon. 

Revenons  maintenant  à  l’étude  de  la  préparation  obtenue  par  l’incision 
transversale  du  corps  calleux  et  du  trigone  ;  des  deux  lambeaux,  réclinés- 
l’un  en  arrière,  l’autre  en  avant,  nous  n’avons  encore  examiné  que  le 
lambeau  postérieur.  A  la  face  inférieure  du  lambeau  antérieur,  on  voit 
qu’ici,  comme  en  arrière,  le  trigone  est  composé  de  deux  cordons  blancs 
distincts  mais  immédiatement  contigus  l’un  à  l’autre  au  niveau  de  l’angle 
antérieur  du  trigone  :  puis,  aussitôt  après  avoir  formé  cet  angle  par  leur 
rapprochement,  les  deux  bandelettes  géminées  (piliers  antérieurs)  s’écar¬ 
tent  légèrement  et  se  dirigent  verticalement  en  bas,  vers  la  base  du  cerveau,, 
où  elles  vont,  en  se  repliant  et  se  tordant  sur  elles-mêmes  en  8  de  chiffre, 
former  en  partie  les  tubercules  mamillaires  précédemment  étudiés  dans 
les  régions  moyennes  de  la  base  de  l’encéphale  (pag.  432). 

Les  bords  du  trigone  maintenu  dans  sa  situation  normale  sont  exacte¬ 
ment  appliqués  sur  la  face  supérieure  des  couches  optiques,  excepté  vers 
le  point  où  le  trigone  abandonne  la  direction  horizontale  pour  se  porter 
verticalement  en  bas  (piliers  antérieurs)  ;  en  ce  point ,  c’est-à-dire  au 
niveau  de  l’extrémité  antérieure  des  couches  optiques,  les  piliers  antérieurs 
du  trigone  s’écartent  des  couches  optiques  et  circonscrivent  ainsi  ta  limito 


ÎN'EllFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  ENCÉPHALE.  139 

antérieure  d’un  orifice  limité  en  arrière  par  le  bord  supéro-interne  des 
couches  optiques  (ou  plutôt  par  les  pédoncules  de  la  glande  pinéale,  les¬ 
quels  suivent  ce  bord  supéro-interne).  Ces  orifices,  nommés  trous  de  Monro, 
l’un  droit,  l’autre  gauche,  font  communiquer  les  ventricules  latéraux  que 
nous  venons  d’étudier  avec  le  ventricule  moyen  dont  nous  allons  donner 
la  description. 

Après  avoir  examiné  la  face  inférieure  des  lambeaux  antérieur  et  posté¬ 
rieur  du  trigone  incisé  et  récliné,  l’œil  plonge  dans  une  cavité  centrale, 
sorte  de  fente  antéro-postérieure,  profonde  mais  peu  large,  nommée  troi¬ 
sième  ventricule.  Les  deux  couches  optiques  limitent  latéralement  ce  ven¬ 
tricule  par  leurs  faces  internes,  tandis  que  par  leurs  faces  supérieures  elles 
forment,  comme  nous  l’avons  vu,  le  plancher  des  ventricules  latéraux.  Si 
l’on  cherche  à  écarter  légèrement  les  deux  couches  optiques  l’une  de  l’autre, 
comme  pour  élargir  transversalement  le  troisième  ventricule,  on  voit  que 
la  couche  optique  droite  est  unie  à  celle  de  gauche  par  une  couche  de  sub¬ 
stance  grise,  très-facile  à  déchirer  et  qui  a  reçu  le  nom  de  commissure 
grise  ou  commissure  molle  du  cerveau.  C’est  qu’en  effet  on  trouve  deux 
autres  commissures,  toutes  deux  blanches  et  plus  résistantes  :  l’une,  la 
commissure  blanche  postérieure,  sera  décrite  dans  un  instant;  l’autre,  la 
commissure  blanche  antérieure,  peut  dès  maintenant  être  indiquée  :  elle  est 
visible,  ii  l’extrémité  antérieure  du  troisième  ventricule,  lorsqu’on  écarte 
légèrement  les  piliers  antérieurs  du  trigone,  et  se  présente  alors  sous  la 
forme  d’un  cordon  blanc  transversal  qui  s’étend  du  corps  strié  di’oit  au 
corps  strié  gauche,  en  se  perdant  profondément  dans  la  substance  de  ces 
masses  nerveuses  centrales. 

Nous  connaissons  dès  maintenant  les  couches  optiques  par  leur  face 
supérieui’e  (plancher  des  ventricules  latéraux)  et  par  leur  face  latérale  in¬ 
terne  (parois  du  troisième  ventricule).  Par  leur  base,  ou  face  inférieui’e,  ces 
masses  nerveuses  centrales  adhèrent  aux  pédoncules  cérébraux,  et  par  leur 
face  antéro- externe  elles  sont  en  continuité  immédiate  avec  les  corps  striés. 
Pour  étudier  la  seule  de  leur  face  qui  reste  à  décrire,  c’est-à-dire  leur 
saillie  postérieure,  il  faut  diviser  sur  la  ligne  médiane  ce  qui  reste  de  la 
moitié  postérieure  du  corps  calleux  et  de  la  voûte,  de  manière  à  pouvoir 
écarter  transversalement  ces  parties.  On  voit  alors  que  les  couches  optiques 
présentent  en  bas,  à  la  face  externe  de  leur  extrémité  postérieure,  deux 
saillies  arrondies  :  les  corps genouillés  (corpora  geniculata)àJisl\nÿaés,  d’après 
leur  situation,  en  corps  genouülé  externe  et  corps  genouülé  interne  :  le 
corps  genouülé  interne  est  en  même  temps  placé  un  peu  plus  en  arrière 
que  l’externe. 

Par  cette  même  préparation  on  voit,  au-dessus  de  l’extrémité  postérieure 
du  troisième  ventricule,  c’est-à-dire  au-dessus  de  l’extrémité  postérieure  de 
la  fente  profonde  située  entre  les  deux  couches  optiques,  un  petit  corps 
grisâtre,  de  forme  conique,  dont  la  base  est  en  avant  et  la  pointe  en  arrière  : 
c’esila.  glande  pinéale,  ainsi  nommée  parce  qu’on  a  comparé  sa  forme  à  celle 
d’une  pomme  de  pin.  Cette  petite  masse  qui  présente  dans  sa  plus  grande 
partie  une  structure  analogue  à  celle  des  glandes  vasculaires  sanguines. 


■440  NERFS.  —  an.atomie  du  système  n.  —  centres  n.  —  encéphale. 
est  cependant  rattachée  aux  couches  optiques  par  des  tractus  de  sub¬ 
stance  blanche  nommés  rênes  ou  freins,  ou  pédoncules  de  la  glande  pinéale: 
les  plus  apparents  forment  un  tractus  blanchâtre  le  long  du  bord  interne 
des  couches  op  iques,  sur  la  ligne  de  jonction  de  leur  face  supérieure  et 
de  leur  face  interne,  et  vont,  par  leur  extrémité  antérieure,  contribuer  à 
circonscrire  les  trous  de  Monro. 

La  glande  pinéale  est  comme  enchâssée  dans  la  toile  choroïdienne  qui, 
au-dessous  du  bourrelet  du  corps  calleux  (par  la  partie  moyenne  de  la 
grande  fente  cérébrale  de  Bichat.  Voy.  plus  loin,  p.  643),  va  se  continuer  avec 
la  portion  de  pie-mère  insinuée  entre  le  cerveau  et  le  cervelet.  Si  on  enlève 
la  glande  pinéale  et  la  portion  correspondante  de  la  toile  choroïdienne  et  de 
la  pie-mère,  on  met  à  nu  :  1“  la  commissure  blanche  postérieure,  cordon 
blanc  fibreux  transversal  qui  relie  les  extrémités  postérieures  des  deux 
couches  optiques  ;  T  derrière  cette  commissure,  quatre  élévations  arron¬ 
dies  :  leur  ensemble  a  reçu  le  nom  de  tubercules  quadrijumeaux,  dont  deux 
antérieurs  (tubercules  nates)  et  deux  postérieurs  (tubercules  testes).  Ces 
tubercules  sont  formés  de  substance  blanche,  du  moins  extérieurement,  et 
constituent  une  masse  qui  représente  la  partie  supérieure  de  la  protubé¬ 
rance. 

Si  le  cerveau  n’a  subi  d’autres  coupes  que  les  sections  méthodiques  dont 
nous  avons  fait  mention  jusqu’ici,  on  voit  le  vermis,  ou  lobe  moyen  du  cer¬ 
velet,  venir  presque  jusqu’au  contact  des  tubercules  testes  ou  quadrijumeaux 
postérieurs.  Mais  si  alors  on  enlève  cette  partie  moyenne  du  cervelet  par 
une  coupe  horizontale  antéro-postérieure,  on  constate  que  des  tubercules 
quadrijumeaux  postérieurs  part,  de  chaque  côté,  un  gi’os  cordon  de  sub¬ 
stance  blanche  qui  se  dirige  en  arrière,  en  divergeant  légèrement,  pour  aller 
se  perdre  dans  la  substance  centrale  des  lobes  latéraux  du  cervelet  :  ces 
gros  cordons  sont  les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs  (ou  processus  cere- 
belli  ad  testes).  Entre  le  pédoncule  cérébelleux  supérieur  du  côté  droit  et 
celui  du  côté  gauche  s’étend  une  lame  mince  de  substance  grise  entremê¬ 
lée  de  couches  blanches  :  c’est  la  valvule  de  Vieussens,  qui  se  perd  en  arrière 
dans  la  portion  centrale  du  cervelet,  et  est  rattachée  en  avant  à  la  substance 
des  tubercules  quadrijumeaux  par  deux  petits  tractus  blanchâtres  dits 
freins  de  la  valvule  de  Vieussens  :  de  chaque  côté  des  freins  de  la  valvule  de 
Vieussens  naissent  les  nerfs  de  la  quatrième  paire,  ou  nerfs  pathétiques,  la 
seule  paire  crânienne  dont  l’émergence  ne  se  fasse  pas  au  niveau  de  la  base 
de  l’encéphale  (voy.  p.  433). 

En  incisant  verticalement  d’avant  en  arrière  la  valvule  de  Vieussens  et 
le  lobe  moyen  du  cervelet,  on  a  aussitôt  accès  dans  une  cavité  losangique  qui 
n’est  autre  chose  que  le  quatrième  ventricule  auquel  nous  étions  déjà  ar- 
l’ivé  précédemment  par  une  voie  dillérente,  en  étudiant,  au  niveau  du  bulbe, 
les  corps  restiformes,  lesquels  forment,  en  effet,  les  limites  latérales  de  la 
moitié  postéro-inférieure  de  ce  ventricule.  La  cavité  du  quatrième  ventri¬ 
cule  commence,  sous  la  valvule  de  Vieussens  et  entre  les  pédoncules  céré¬ 
belleux,  au  niveau  du  bord  postérieur  des  tubercules  quadrijumeaux,  et  se 
continue  en  ce  point  avec  un  étroit  canal,  V aqueduc  de  Sylvius,  qui,  creusé 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  VENTRICULES  CÉRÉBR.  441 
au-dessous  des  tubercules  quadrijumeaux,  va  s’ouvrir  d’autre  part  à  l’extré¬ 
mité  postérieure  du  troisième  ventricule,  sous  la  commissure  blanche  pos¬ 
térieure.  La  paroi  inférieure  du  quatrième  ventricule  répond  à  la  partie 
postéro-supérieure  du  bulbe  et  de  la  moitié  inférieure  de  la  protubérance  ; 
.elle  a  la  forme  d’un  losange,  c’est-à-dire  de  deux  triangles  juxtaposés  par 
une  base  commune  ;  le  triangle  supérieur  est  circonscrit  latéralement  par 
les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs  ;  le  triangle  inférieur  est  circonscrit 
de  même  par  les  pédoncules  cérebelleux  inférieurs  (ou  processus  cerebelli  ad, 
meduUam  oblongatam)  ;  c’est  à  ce  triangle  inférieur  qu’on  a  donné  le  nom 
de  calamus  scriptorius  {ci-àessns,  p.  à35).  Sur  la  ligne  médiane  de  cette 
paroi  inférieure  du  plancher  du  quatrième  ventricule,  on  remarque  un 
sillon,  dit  tige  du  calamus  scriptorius,  d’où  partent  latéralement  des 
tractus  blancs  qui  se  dirigent  en  dehors  et  contournent  les  corps  restifor- 
mes  (près  de  leur  entrée  dans  le  cervelet),  pour  aller  contribuer  à  la  forma¬ 
tion  du  tronc  des  nerfs  acoustiques  ;  on  a  désigné  ces  tractus  blancs  sous 
le  nom  de  barbes  du  calamus  scriptorius.  Nous  signalerons  encore,  dans 
l’intérieur,  ou  plutôt  sur  les  côtés  du  quatrième  ventricule,  deux  valvules 
semi-lunaires  ou  valvules  de  Tarin,  lames  jnerveuses  minces  qui  se  détachent 
de  la  face  inférieure  de  la  luette  (partie  antérieure  du  vermis  cérébelleux) 
et  se  dirigent  vers  les  lobules  des  nerfs  vagues  (ci-dessus  p.  à 35).  —  Les 
autres  particularités  que  présente  le  quatrième  ventricule,  et  notamment 
son  plancher  (face  supérieure  du  hulhe  et  de  la  moitié  inférieure  de  la 
protubérance),  seront  décrites  plus  loin,. notamment  à  propos  de  l’origine 
réelle  (noyaux)  des  nerfs  crâniens. 

h°  Des  ventricules  cérébraux.  Du  c.anal  central  de  la  moelle.  —  Déve¬ 
loppement  de  ces  parties. — Nous  venons  d’indiquer  les  parties  qui  constituent 
la  masse  encéphalique,  telles  qu’elles  se  présentent  lorsqu’on  les  met  à 
découvert  par  une  série  de  coupes  méthodiques  allant  de  la  face  supérieure 
vers  la  profondeur.  Comme  les  cavités  (ventricules)  ouvertes  successivement 
par  ce  mode  de  préparation  constituent,  parla  nature  même  des  masses  ner¬ 
veuses  qui  les  limitent,  des  parties  des  plus  importantes  à  connaître,  nous 
croyons  nécessaire  de  présenter  ici  une  vue  générale  de  leurs  dispositions, 
et  nous  aurons  tout  d’ahord  recours,  à  cet  effet,  à  l’étude  du  développement 
de  l’axe  cérébro-spin'al. 

L’appareil  nerveux  central  est  l’un  des  premiers  à  acquérir  son  individua¬ 
lité  dans  le  jeune  organisme  en  voie  de  formation.  Aussitôt  que  les  élé¬ 
ments  cellulaires  provenant  de  ta  segmentation  du  vitellus  se  sont  groupés 
en  trois  couches  distinctes  ou  feuillets  externe  (corné),  moyen  (vasculo- 
moteur)  et  interne  (muqueux)  du  blastoderme,  on  voit  se  dessiner,  sur  le 
feuillet  externe,  un  léger  sillon  qui  indique  la  direction  de  l’axe  du  corps  en 
voie  de  formation.  Ce  sillon  est  circonscrit  de  chaque  côté  par  un  léger  repli 
du  feuillet  externe  ;  c’est  à  ces  replis  qu’on  donne  le  nom  de  lames  médul¬ 
laires  :  ces  lames,  formées  essentiellement  par  le  feuillet  externe  ou  corné 
dublastoderme,  s’élèvent  déplus  en  plus,  serapprochentdela  ligne  médiane, 
c’est-à-dire  convergent  l’une  vers  l’autre,  et  arrivent  finalement  à  se  toucher 
par  leur  bord  libre  :  elles  se  soudent  alors,  et  il  en  résulte  que  la  gouttière 


442  NERFS.  —  AN.4T0MIE 


qu’elles  circonscrivaient  tout  d’abord  se  trouve  transformée  en  un  vérilable 
canal,  complètement  clos.  Ce  canal  est  le  tube  encéphalo-rachidien.  Dans' 
la  partie  qui  constituera  la  moelle  épinière,  il  ne  présente  plus  guère  que' 
des  modifications  histologiques  par  lesquelles  les  éléments  qui  tapissent 
ses  parois,  éléments  dérivés  du  feuillet  externe  (feuillet  corné,  nervo-sen- 
soriel)  donneront  naissance  aux  éléments  nerveux  (Fnÿ.  p.  il7),  la  cavité 
du  tube  se  rétrécissant  relativement  de  manière  àn’être  plus  tai’d  représenté 
que  par  l’étroit'  canal  central  de  la  moelle.  Mais  vers  l’extrémité  antérieure 
du  corps  de  l’embryon,  les  métamorphoses  sont  plus  complexes  et  modi¬ 
fient  considérablement  les  formes  du  tube  encéphalo-médullaire. 

En  effet,  à  l’extrémité  encéphalique,  le  tube  nerveux  présente  d’abord 
trois  renflements  vésiculaires,  dits,  d’après  leur  ordre  de  juxtaposition  an¬ 
téro-postérieure,  vésicules  cérébrales  antérieure,  moyenne  et  postérieure 
(Fig.  54, -4,  B,  c). 

La  vésicule  cérébrale  antérieure  donne  bientôt  naissance  elle-même  à  un 
double  bourgeon  creux  antérieur  (fig.  5-5,  .4’).  Ce  double  bourgeon  con¬ 
stitue  le  cerveau  antérieur,  c’est-à-dire,  chez  l’adulte,  les  hémisphères 


cérébraux  avec  les  ventricules  latéraux  dont  ils  sont  creusés.  La  partie  res¬ 
tante  (a  fig.  55)  de  la  vésicule  cérébrale  antérieure  représente  le  cerveau 
intermédiaire,  c’est-à-dire,  chez  l’adulte,  le  troisième  ventricule  avec  les 
couches  optiques.  Les  cavités  du  cerveau  antérieur  communiquent  avec 
l’extrémité  antérieure  de  la  cavité  du  cerveau  intermédiaire  par  deux  trous, 
un  de  chaque  côté,  trous  qui  se  rétrécissent  de  plus  en  plus  et  ne  sont  repré¬ 
sentés  chez  l’adulte  que  par  les  trous  de  Monro,  dont  nous  parlerons  plus 
loin.  En  même  temps,  le  cerveau  antérieur  se  développe  en  se  dirigeant 
en  haut  et  en  arrière,,  de  façon  à  aller  recouvrir  les  parties  les  plus  posté¬ 
rieures,  et  c’est  ainsi  que  les  hémisphères  cérébraux,  plus  ou  moins  déve- 


SERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  VENTRICULES  CÉRÉBR.  443 
loppés  selon  l'espèce  animale  considérée,  arrivent  à  recouvrir  presque  tout 
le  reste  de  l’encéphale,  et  que  les  ventricules  latéraux  se  trouvent  en  défini¬ 
tive  placés  non  en  avant,  mais  au-dessus  et  sur  les  côtés  du  ventricule 
moyen  ou  troisième  venti’icule  {cavité  du  cerveau  intermédiaire) . 

Mais  jusque-là  les  deux  vésicules  des  hémisphères  et  celle  du  cerveau 
intermédiaire  (cerveau  antérieur  et  cerveau  intermédiaire)  forment  des  ca¬ 
vités  closes  communiquant  seulement  entre  elles  par  les  trous  de  Monro, 
mais  ne  communiquant  pas  avec  l’extérieur,  c’est-à  dire  avec  la  surface  des 
hémisphères.  Cependant,  chez  l’adulte,  lorsqu’on  suit  d’ai-rière  en  avant 
la  toile  choroïdienne  (p.  440),  dépendance  de  la  pie-mère,  c’est-à-dire  de 
l’enveloppe  externe  de  l’encéphale,  on  arrive  directement  dans  le  troisième 
ventricule  (cavité  du  cerveau  intermédiaire),  dont  cette  toile  foi-me  la  paroi 
supérieure,  et  par  les  hords  de  cette  toile  (plexus  choroïdes)  on  arrive 
d’une  façon  aussi  directe,  c’est-à-dire  sans  rupture  ou  section  de  sub¬ 
stance  cérébrale,  jusque  dans  les  ventricules  latéraux  (cavités  des  deux 
hémisphères,  du  cerveau  antérieur).  Pour’  expliquer  cette  disposition,  il  làut 
bien  avoir  présent  à  l’esprit  la  manière  dont  les  vésicules  dès  hémisphères 
cérébraux  se  sont  développées  en  s’étendant  d’avant  en  arrière  et  en  venant 
se  superposer  à  la  région  des  couches  optiques  (troisième  ventricule).  En 
ce  moment,  la  pie-mère,  en  voie  de  formation,  forme  un  repli  entre  le  cer¬ 
veau  intermédiaire  (placé  en  bas)  et  le  cerveau  antérieur  (ou  vésicules  des 
hémisphères  placées  en  haut).  Or  il  se  produit  à  partir  de  ce  moment  trois 
transformations  qui  sont  les  suivantes  :  1“  La  paroi  supérieure  de  la  cavité 
du  cerveau  intermédiaire  s’atrophie  et  disparaît  complètement,  de  sorte  que 
cette  cavité  (troisième  ventricule)  n’est  plus  limitée  supérieurement  que  par 
la  pie-mère  (toile  choroïdienne);  2“  sur  la  face  interne  des  hémisphères 
’  (paroi  interne  de  chaque  vésicule  hémisphérique)  se  produit  une  atrophie  et 
une  perforation  semblable  par  laquelle  la  pie-mère  envoie  dans  ces  vésicules 
(ventricules  latéraux)  un  prolongement  vasculaire  (plexus  choroïdes)  ;  à 
mesure  que  l’hémisphère  se  développe  d’avant  en  arrière,  cet  orifice  s’étend 
dans  le  même  sens  et  prend  la  forme  d’une  fente  (parties  latérales  de  la 
grande  fente  de  Bichat)  ;  3“  au-dessus  de  cette  fente,  les  deux  hémisphères, 
jusque-là  indépendants,  s’envoient  une  série  de  fibres  transversales  com- 
missurales  qui  constituent  en  définitive  le  corps  calleux.  On  comprend  ainsi 
comment  le  corps  calleux  est  situé  au-dessus  de  la  toile  choroïdienne  et  des 
plexus  choroïdes  des  ventricules  latéraux,  et  comment  le  lieu  de  passage 
de  cette  toile  et  de  ces  plexus  forme  une  grande  fente  circum-pédonculaire, 
dite  grande  fente  de  Bichat,  dont  la  partie  moyenne  donne  passage  à  la 
toile  choroïdienne,  et  dont  les  parties  latérales  conduisent  les  plexus  cho¬ 
roïdes  dans  les  ventricules  latéraux.  Chez  la  plupart  des  mammifères 
(chien,  mouton,  lapin,  etc.),  cette  partie  latérale  de  la  fente  de  Bichat  est 
étroite;  mais  chez  l’homme,  les  hémisphèi’es  se  développant  d’avant  en 
aiTière  au  point  d’aller  recouvrir  le  cei’velet,  cette  fente  s’élargit  dans  le 
sens  antéro-postérieur,  au  point  de  former  un  large  orifice  par  lequel  les 
couches  optiques  (cerveau  intermédiaire)  entrent  dans  les  ventricules  laté¬ 
raux  (cerveau  antérieur)  ;  on  s’explique  ainsi  comment  on  est  amené,  en 


Ui  >’EfiFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  VENTRICULES  CÉRÉBR. 

anatomie  descriptive,  à  décrire  la  face  supérieure  des  couches  optiques 
comme  formant  partie  de  la  paroi  inférieure  des  ventricules  latéraux 
{voy.  p.  i37),  quoique  cette  manière  de  considérer  les  choses  paraisse  tout 
d’abord  inconciliable  avec  la  notion  des  premiers  stades  du  développement, 
puisque,  nous  le  répétons,  les  couches  optiques  appartiennent  en  prin¬ 
cipe  au  cerveau  intermédiaire,  tandis  que  les  ventricules  latéraux  ne  sont 
autre  chose  que  les  cavités  des  vésicules  du  cerveau  antérieur. 

Les  transformations  que  subissent  les  autres  vésicules  cérébrales  sont 
beaucoup  plus  simples. 

Lavésicule  cérébrale  moyenne  (fig.  54  et  55,  b)  reste  indivise  :  son  évolution 
ultérieure  est  assez  analogue  à  celle  de  la  moelle  épinière,  de  sorte  que  le 
cerveau  moyen  qu’elle  forme  et  qui  est  représenté  chez  l’adulte  par  la  l’égion 
des  tubercules  quadrijumeaux,  se  trouve  creusé  simplement  d’un  canal 
relativement  étroit,  l'aqueduc  de  Sylvius,  qui  communique  en  avant  avec  le 
troisième  ventricule  (ci-dessus  p.  440). 

La  vésicule  cérébrale  postérieure  se  divise,  comme  l’antérieure,  en  deux  par¬ 
ties  :  l’une,  en  avant,  constitue  le  cerveau  postérieur  (c',  fig.  55),  représenté 
chez  l’adulte  parla  protubérance  annulaire  et  le  cervelet  ;  l’autre,  en  arrière, 
constitue  l’arrière-cerveau  (c,  fig.  55),  représenté  chez  l’adulte  par  le  bulbe. 
La  cavité  de  la  vésicule  cérébrale  postérieure  reste  relativement  dilatée  et 
forme  chez  l’adulte  le  quatrième  ventricule  {ventricule  du  bulbe,  ventricule 
du  cervelet),  qui  communique  en  avant  avec  l’aqueduc  de  Sylvius  et  en 
arrière  avec  le  canal  central  de  la  moelle. 

Il  est  donc  facile  de  comprendre,  d’après  ces  données  fournies  par  l’étude 
de  l’état  primitif  et  des  modifications  que  subit  le  tube  encéphalo-médullaire, 
comment  on  peut,  en  partant  du  canal  central  de  la  moelle,  pénétrer  dans 
le  quatrième  ventricule,  de  là  dans  l’aqueduc  de  Sylvius,  de  celui-ci  dans  la 
troisième  ventricule,  et  de  ce  dernier  enfin,  par  les  trous  de  Monro,  dans  les 
ventricules  latéraux. 

Mais  s’il  ne  se  produisait  aucune  autre  modification,  il  serait  impossible 
de  pénétrer  de  l’extérieur,  c’est-à-dire  de  la  surface  de  l’encéphale, 
jusque  dans  les  cavités  cérébrales  sans  détruire  une  couche  plus  ou 
moins  épaisse  de  substance  nerveuse.  Il  n’en  est  rien,  et  l’on  trouve  plu¬ 
sieurs  points  où  l’on  a  accès  de  l’extérieur  dans  l’intérieur  du  cerveau,  en 
détachant  simplement  la  pie-mère  :  à  propos  du  troisième  ventricule  et  des 
ventricules  latéraux,  nous  avons  décrit  avec  soin  comment  se  produisaient 
et  se  transformaient  ces  sortes  de  perforations.  D’une  manière  générale,  on 
peut  dire  qu’elles  prennent  naissance  de  la  manière  suivante:  à  leur  niveau, 
la  substance  nerveuse  embryonnaire,  qui  forme  les  parois  du  tube  encéphalo- 
médullaire  et  de  ses  dilatations  vésiculaires,  cette  substance  médullaire  em¬ 
bryonnaire,  au  lieu  de  se  développer,  s’atrophie  et  disparaît  de  manière  que 
les  parois  des  vésicules  ne  sont  plus  formées  que  par  la  pie-mère,  ordinai¬ 
rement  hypertrophiée  et  très-vasculaire  en  ces  points  {plexus  choroïdes,  qui 
s’étendent  alors  jusque  dans  les  cavités  cérébrales).  On  comprend  donc  que 
les  lieux  dont  nous  avons  indiqué  le  mode  de  formation  représentent  préci¬ 
sément  les  points  d’entrée  des  vaisseaux  et  des  membranes  vasculaires  (toile 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTRES  N.  —  VENTRICULES  CÉRÉBR.  445 
choroïdienne)  que  l’on  rencontre  dans  les  cavités  cérébrales.  Ces  points  sont 
les  suivants  ;  1°  à  l’extrémité  postérieure  du  vermis  du  cervelet,  c’est-à-dire 
vers  la  pointe  du  calamus  scriptorius  ;  2“  au-dessous  du  bourrelet  du  corps 
calleux  :  c’est  là  qu’entre  ce  bourrelet  et  la  face  supérieure  des  tubercules 
quadrijumeaux  se  trouve  ce  qu’on  appelle  la  partie  moyenne  de  la  grande 
fente  de,  Bichat,  par  laquelle  la  pie-mère  se  prolonge,  sous  la  forme  de  toile 
choroïdienne,  jusque  dans  le  troisième  ventricule  ;  3“  à  l’extrémité  infé¬ 
rieure  et  au  bord  interne  du  diverticulum  sphénoïdal  des  ventricules  laté¬ 
raux  ;  par  cette  partie,  dite  portion  latérale  de  la  grande  fente  de  Bichat,  la 
•pie-mère  de  la  base  du  cerveau,  de  chaque  côté  des  pédoncules  cérébraux 
et  de  la  protubérance,  se  prolonge  jusque  dans  les  cavités  des  hémisphères 
cérébraux  et  s’y  continue  avec  les  plexus  choroïdes  des  ventricules  laté¬ 
raux;  ces  plexus  se  continuent  eux-mêmes,  parles  trous  de  Monro,avec  les 
plexus  de  la  toile  choroïdienne  du  troisième  ventricule.  jN'ous  avons  précédem¬ 
ment  étudié  en  détail  ces  formations.  Il  nous  sera  donc  facile,  pour  présen¬ 
ter  la  vue  d’ensemble  des  cavités  cérébrales,  de  pénétrer  dans  le  quatrième 
ventricule  par  l’orifice  qu’il  présente  au  niveau  du  calamus,  et  de  parcourir 
par  la  pensée  les  cavités  des  autres  ventricules  pour  venir  ressortir  au 
niveau  de  la  base  du  cerveau  par  l’extrémité  inférieure  de  la,  corne  sphé¬ 
noïdale  ;  cette  rapide  revue  nous  permettra  de  revenir  sur  quelques  détails 
incomplètement  signalés,  et  d’en  indiquer  de  nouveaux  dont  la  description 
eût  été  donnée  d’une  manière  inopportune  avant  d’avoir  esquissé  les  modes 
de  connexions  des  cavités  ventriculaires. 

1“  Le  quatrième  ventricule,  ou  ventricule  du  cervelet  (cavité  de  l’arrière- 
cerveau  et  du  cerveau  postérieur),  est  situé  entre  la  face  postéro-supérieure 
du  bulbe  et  la  face  inférieure  du  cervelet.  Sa  paroi  inférieure  est  donc  for¬ 
mée  par  la  dépression  losangique  (fosse  ou  sinus  rhomboïdal)  limitée  par 
l’écartement  des  corps  restiformes  pour  la  partie  inférieure,  et  pour  la 
partie  supérieure  par  la  ligne  de  contact  entre  les  pédoncules  cérébelleux 
supérieurs  et  la  masse  bulbo-protubérancielle.  Ces  mêmes  parties  (corps 
restiformes  et  pédoncules  cérébelleux  supérieurs)  forment  les  parois  laté¬ 
rales  du  quatrième  ventricule.'Un  léger  sillon  sépare,  sur  la  partie  interne 
des  corps  restiformes,  un  faisceau  bien  distinct  nommé  pyramide  posténewre 
(fasciculus  gracilis  des  auteurs  allemands)  ;  le  reste  des  corps  restiformes 
est  désigné  par  les  anatomistes  allemands  sous  le  nom  de  fasciculus  cunea- 
tus.  Dans  le  fond  de  la  fosse  rhomboïdale,  on  remarque  encore  quelques 
dispositions  qui  méritent  d’être  signalées,  car  nous  aurons  à  indiquer  plus 
tard  leurs  rapports  avec  les  parties  profondes,  avec  les  masses  grises  cen¬ 
trales  du  bulbe.  De  chaque  côté  du  sillon  médian,  que  nous  avons  précédem¬ 
ment  décrit  sous  le  nom  de  tige  du  calamus  scriptorius  (p.  441),  on  voit  deux 
faisceaux  longitudinaux,  qui  sont  généralement  désignés  sous  le  nom  de 
fasciculus  teres,  mais  nous  verrons  plus  tard  que  cette  dénomination  a  été 
employée  d’une  manière  assez  confuse  par  les  auteurs  :  dans  la  moitié  pos¬ 
térieure  (ou  inférieure)  de  la  fosse  rhomboïdale,  ces  faisceaux  blancs  dis¬ 
paraissent,  et  à  leur  place  on  aperçoit,  de  chaque  côté  de  la  ligne  médiane, 
une  traînée  de  couleur  blanche  dite  aile  blanche  interne  {voy.  plus  loin 


'  IIQ  MElîFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CENTUES  N.  --  YENTRICULES  CÉP.Éim. 

Noyau  de  l’hypoglosse)  ;  plus  en  dehors,  une  traînée  grise  dite  aile  grise 
{voy.  Noyaux  des  nerfs  mixtes,  spinal,  pneumogastrique,  glosso-pharyn- 
gien),  et  enfin,  tout  à  fait  en  dehors,  c’est-à-dire  en  contact  avec  le  hord 
interne  des  corps  restiformes,  une  nouvelle  traînée  blanche  dite  aile  blanche 
externe  {voy.  Noyaux  de  V acoustique) . 

La  paroi  supérieure  du  quatrième  ventricule  est  formée  par  le,  vermis 
inferior  et  par  la  valvule  de  Vieussens. 

2“  L'aqueduc  de  Sylvius,  ou  cavité  du  cerveau  moyen,  est  réduit  à  un  simple 
canal  dont  la  coupe  est  triangulaire  :  le  niveau  de  ce  canal  divise  la  région  du 
cerveau  moyen  en  deux  parties  distinctes  :  en  haut  se  trouvent  les  tuber¬ 
cules  quadrijumeaux,  en  Itas  les  pédoncules,  qui  eux-mêmes,  nous  le  ver¬ 
rons,  se  composent  de  plusieurs  couches. 

3°  Le  troisième  ventricule,  ou  cavité  du  cerveau  intermédiaire,  est  une 
fente  étroite  et  profonde  située  entre  les  deux  couches  optiques  ;  nous  avons 
déjà  décrit  ces  couches  optiques  avec  leurs  trois  commissures.  Nous  ne  nous 
arrêterons  donc  ici  que  sur  l’étude  des  parois  inférieure  et  supérieure  du 
troisième  ventricule  :  1°  La  paroi  inférieure  correspond  aux  parties  que  nous 
avons  étudiées  à  la  hase  de  l’encéphale  sous  les  noms  d’espace  perforé 
moyen,  de  lame  interpédonculaire,  de  tuber  cinereum,  de  lame  grise  sus- 
optique.  2“  La  paroi  supérieure  est  formée  immédiatement  par  la  toile  cho- 
roïdienne  et  médiatement  par  la  face  inférieure  du  trigone. 

Les  trous  de  Monro  {Voy.  p.  /i39  et  442)  font  communiquer  l’extrémité 
antéro-supérieure  du  troisième  ventricule  avec  les  deux  ventricules  laté¬ 
raux. 

4°  Les  ventricules  latéraux,  dont  nous  avons  décrit  précédemment  les 
parois  (p.  436)  et  le  mode  de  formation  (p.  442),  offrent,  dans  leur  disposi¬ 
tion  générale,  une  configuration  qui  mérite  d’être  définie.  Chaque  ventricule 
latéral  représente  un  véi'itable  canal  demi-circulaire  qui  embrasse  dans  sa 
concavité,  dirigée  en  bas  et  en  avant,  le  pédoncule  cérébral  et  les  masses 
grises  développés  à  sa  face  supérieure  (corps  striés  et  couches  optiques).  Ce 
canal  qu’on  pourrait  appeler  circumpédonculaire,  dit  Sappey,  commence  au 
centre  du  lobe  frontal  et  se  porte  d’abord  en  dedans  et  en  arrière.  Parvenu 
vers  le  bourrelet  du  corps  calleux,  il  change  de.  direction  pour  se  diriger 
en  bas  et  en  dehors,  puis  en  avant  et  en  dedans,  et  vient  se  terminer  vers 
la  pointe  du  lobe  sphénoïdal,  immédiatement  en  arrière  de  l’espace  perforé 
latéral.  De  sa  partie  postérieure  se  détache  un  prolongement  accessoire,  la 
corne  occipitale,  sur  la  paroi  interne  de  laquelle  on  trouve  une  saillie  cylin¬ 
drique  dite  ergot  de  Morand,  dont  l’aspect  est  analogue  à  celui  du  pied 
ti’/tippocampe  précédemment  étudié  dans  la  corne  sphénoïdale  (p.  438). 

La  face  interne  du  canal  encéphalo-médallaire,  c’est-à-dire  du  canal  cen¬ 
tral  de  la  moelle  et  des  cavités  des  divers  ventricules,  ainsi  que  celle  de  l’a¬ 
queduc  de  Sylvius,  est  tapissée  par  une  mince  membrane  dite  épendyme, 
revêtue  elle-même,  à  sa  surface,  par  un  épithélium  cylindrique  à  cils  vibra- 
tiles.  Cependant,  au  niveau  des  ventricules  cérébraux,  cet  épithélium,  sui¬ 
vant  son  siège,  se  compose  de  cellules  cylindriques  ou  aplaties  ;  le  passage 
des  cellules  cylindriques  aux  cellules  pavimenteuses  se  ferait,  suivant  Mierze- 


.  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  4-47 
jevvsky,  d’une  façon  insensible  et  graduelle,  à  mesure  que  l’on  se  rapproche 
des  points  où  les  ventricules  sont  en  rapport  avec  l’espace  sous-arachnoï¬ 
dien. 

La  cavité  des  ventricules  renferme  du  liquide  céphalo-rachidien  ;  il  est,  en 
effet,  facile  de  constater  que  l’espace  sous-arachnoïdien  communique  avec 
les  cavités  ventriculaires  dans  certains  points  des  régions  où  celles-ci  présen¬ 
tent  des  orifices  donnant  passage  à  des  prolongements  delà  pie-mère  (plexus 
choroïdes).  De  ces  orifices,  les  plus  importants  et  les  mieux  étudiés  sont 
situés  au  niveau  du  quatrième  ventricule.  A  ce  niveau,  en  effet,  la  cavité  de 
l’axe  cérébro-spinal  communique  tout  d’abord  avec  l’espace  sous-aracbnoï- 
dien  par  un  orifice  dont  la  disposition  a  été  décrite  pour  la  première  fois 
par  Magendie  :  c’est  au  niveau  de  la  paroi  supérieure  du  quatrième  ventri¬ 
cule,  la  pie-mère  qui  forme  cette  paroi  supérieure  étant  perforée.  D’après 
-Axel  Key  et  Gust.  Relzius,  une  communication  existerait  encore  sur  la 
limite  antérieure  des  parties  latérales  du  quatrième  ventricule,  au  niveau  du 
lieu  d’émergence  des  nerfs  glosso-pharyngiens  ;  J.  Mierzejewsky  décrit  aussi 
cette  même  communication. 

IV.  CircoDTolutioiis  cérébrales.  —  En  étudiant  la  conformation 
extérieure  de  l’encéphale,  nous  avons  rapidement  indiqué  la  configuration 
des  principaux  sillons  qui  parcourent  la  surface  du  cervelet  et  le  divisent 
en  lobules,  lames  et  lamelles.  La  surface  du  cerveau  mérite  à  ce  point 
de  vue  des  détails  plus  précis,  surtout  aujourd’hui  que  la  physiologie 
expérimentale  et  l’observation  clinique  sont  parvenues  à  établir,  dans  cer¬ 
tains  de  ces  départements,  des  localisations  fonctionnelles,  dont  quelques- 
unes  au  moins  sont  incontestables  (faculté  du  langage  articulé).  Cette  sur¬ 
face  des  hémisphères  cérébraux,  lisse  chez  les  vertébrés  inférieurs,  chez  les 
oiseaux  et  chez  quelques  mammiféi’es,  présente  déjà  chez  le  lapin  des  plis 
qui  la  divisent  en  une  série  de  saillies  longitudinales  ;  ces  saillies  plus  nom¬ 
breuses  et  contournées  sur  elles-mêmes  chez  le  chat,  le  ehien,  acquièrent 
leur  plus  haut  degré  de  développement  et  de  complication  chez  l’homme  : 
ce  sont  les  circonvolutions  cérébrales  (plis  cérébraux,  gyrï).T)e:  toute  anti¬ 
quité  les  anatomistes  ont  comparé  l’aspect  de  ces  circonvolutions  à  celui 
de  la-  masse  de  l’intestin  grêle,  et  on 'croyait  volontiers  que  ce  chaos 
apparent  de  saillies  et  de  dépressions  n’était  pas  scientifiquement  des- 
criptible,  car  on  ne 'supposait  pas  aux  circonvolutions  une  disposition 
constante.  Dans  les  temps  modernes,  grâce  à  une  série  de  travaux  com¬ 
mencés  avec  Vicq  d’Azyr  (1796)  et  Sœmmering  (1796-1799),  continués 
avec  Desmoulins,  Leuret,  Foville  et  Gratiolet,  et  enfin  achevés  par  les 
savants  qui  se  sont  consacrés  à  l’étude  de  l’anthropologie,  et  parmi  les¬ 
quels  nous  devons  citer  Broca  en  première  ligne,  la  connaissance  des 
circonvolutions  est  arrivée  à  un  degré  de  précision  qui  non-seulement  en 
fait  l’une  des  parties  les  plus  intéressantes  de  la  science  anthropologique, 
mais  encore  a  rendu  possible  de  nombreuses  applications  à  la  physiologie  et 
la  pathologie  mentale.  C’est  pourquoi  nous  devons  résumer  ici  aussi  com¬ 
plètement  que  possible  l’anatomie  descriptive  des  circonvolutions,  remet¬ 
tant  à  la  seconde  partie  de  cet  article  l’exposé  des  quelques  données  pré- 


448  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveux.  —  circo.nvolutions. 
cises  aujourd’hui  acquises  sur  Jeurs  fonctions,  c’est-à-dire  sur  les  localisa¬ 
tions  cérébrales  corticales. 

Nous  avons  vu  précédemment,  en  étudiant  la  hase  du  cerveau  (p.  UZO) 


GR  sc 


que  chaque  hémisphère  pouvait  être  divisé  en  trois  lobes  (frontal, 
sphénoïdal,  occipital).  Mais  en  examinant  la  face  externe  des  hémisphères, 
on  voit  que  le  lobe  sphénoïdal  n’occupe  que  la  base  du  cerveau,  et  que  la 
masse  interposée  ici  entre  la  région  frontale  et  la  région  occipitale  doit  être 
désignée  à  part,  comme  une  région  distincte  :  on  lui  a  donné  le  nom  de 
lobe  pariétal,  d’après  ses  rapports  avec  les  os  de  la  calotte  crânienne  ;  nous 
avons  donc  en  tout  quatre  lobes  (frontal,  sphénoïdal,  pariétal,  occipital). — 


iSERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  449 

Enfin  on  désigne  sous  le  nom  lobules  certaines  parties  distinctes  dans 
un  lobe;  c’est  ainsi  que  la  face  inférieure  du  lobe  frontal  porte  le  nom  de 
lobule  orbitaire. —  C’est  sur  les  parties  inférieures,  latérales  et  internes  de  ces 
lobes,  que  les  circonvolutions  se  trouvent  disséminées  et  sépai’ées  les  unes 
des  autres  par  des  sillons,  qui  prennent  parfois  le  nom  àe  scissures,  lorsque 
leur  profondeur  et  la  constance  de  leurs  dispositions  leur  donnent  une  im¬ 
portance  plus  considérable. 

1"  Circonvolutions  du  lobe  frontal.  Ce  lobe  présente  une  face  inférieure 
(dite  lobule  orbitaire),  une  face  e.xterne  (lobe  frontal  proprement  dit)  et 
une  face  interne  (lobe  frontal  intenie). 


1  cérébral  dr 


A.  —  Le  lobule  orbitaire  (fig.  53,  f,  et  lig.  56  en  gr  et  sc)  est  limité  en 
dedans  par  le  bord  interne  de  l’hémisphère;  en  arrière  par  l’espace  perforé 
latéral  (fig.  56,  x)  et  par  l’origine  de  la  scissure  de  Sylvius,  laquelle,  nous 
l’avons  vu  (p.  430),  se  dirige  obliquement  en  arrière  et  en  dehors  vers  la 
face  externe  de  l’hémisphère  ;  en  atteignant  cette  face,  la  scissure  de  Sylvius 
se  divise  en  deux  branches  (en  a,  fig.  57),  dont  l’une  antérieure,  très-courte, 
se  perd  presque  aussitôt  dans  le  lobe  frontal  proprement  dit,  et  l’autre  par¬ 
court  un  assez  long  trajet  obliquement  en  haut,  puis  en  arrière  (s,  fig.  56) 

NODV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  29 


450  NERFS.  —  anatomie  dü  système  nerveux.  —  cibconvouutions. 
séparant,  sur  la  face  externe  des  hémisphères,  le  lobe  sphénoïdal  du  lobe 
pariétal. 

La  surface  du  lobule  orbitaire  est  parcourue  par  deux  sillons  ;  ,l’un  interne, 
rectiligne,  antéro-postérieur,  loge  le  nerf  olfactif  (k,  fig.  53),  d’où  le  nom  de 
sillon  olfactif;  l’autre  externe,  dit  sillon  cruciforme,  est  formé  par  un  petit 
amas  de  sillons  irréguliers  qui,  dans  leur  forme  la  moins  compliquée,  re¬ 
présentent  assez  bien  un  X  ou.  un  H  (voy.  fig.  56,  sc).  De  la  présence  de  ces 
sillons  résultent  des  plis  ou  circonvolutions  dont  l’interne  seule  (enü’e  le 
bord  interne  du  lobule  et  le  sillon  olfactif)  a  reçu  un  nom  particulier,  celui 
de  gyrus  reclus,  vu  sa  forme  régulière  et  sa  direction  l’ectiligne  antéro-pos¬ 
térieure  (gr,  fig.  56);  les  autres  plis,  entre  lesquels  sont  tracées  les  branches 
du  sillon  cruciforme,  ont  une  disposition  irrégulière  et  n’ont  pas  reçu  de 
dénomination  particulière. 

B.  —  Au  lobe  frontal  proprement  dit,  on  assigne  généralement  aujour¬ 
d’hui,  comme  limite  postérieure,  un  profond  sillon  ou  scissure  qui  est  placé 
un  peu  en  avant  de  la  partie  moyenne  de  la  face  externe  des  hémisphères  : 
c’est  le  sillon  de  Rolande  {sulcus  centralis,  fig.  57,  sr).  Ce  sillon  commence 
par  sa  partie  inférieure  un  peu  au-dessus  du  point  où  se  bifurque  là  -  scis¬ 
sure  de  Sylvius,  et  s’élève  obliquement  en  arrière  pour  aller  atteindre 
presque  jusqu’au  bord  supérieur  des  hémisphères.  Ce  sillon  ou  scissure 
de  Rolande  est  un  des  plus  importants,  comme  le  montre  son  apparition 
précoce  sur  les  hémisphères  encore  lisses  de  l’embryon  ;  il  est,  en  effet,  le 
premier  sillon  qui  se  dessine  après  la  scissure  de  Sylvius. 

Le  lobe  frontal  est  marqué  de  trois  sillons  principaux,  dont  l’un  est 
postérieur  et  parallèle  au  sillon  de  Rolande,  tandis  que  les  deux 
autres,  sensiblement  horizontaux,  se  dirigent  en  avant.  R  en  résulte  la 
présence  de  quatre  circonvolutions  ;  l’une  postérieure,  qui  forme  la  lèvre 
antérieure  du  sillon  de  Rolande,  est  dite  circonvolution  frontale  ascen¬ 
dante  (fa,  fig.  57  et  58),  ou  circonvolution  ascendante  antérieure  ou  circon¬ 
volution  centrale  antérieure  {premier  pli  pariétal  ascendant  de  Gratiolet  ; 
en  effet,  cet  auteur  rattachait  cette  circonvolution  au  lobe  pariétal)  ;  les 
trois  autres,  horizontales  et  à  direction  antéro-postérieure,  c’est-à-dire  per¬ 
pendiculaires  à  la  précédente,  sont  désignées  sous  les  noms  de  première 
(fig.  57  et  58  f‘),  seconde  (f^)  et  troisième  (f^,  id.,  id.)  circonvolutions  fron¬ 
tales,  en  comptant  depuis  la  supérieure.  La  première  circonvolution  fron¬ 
tale  {gyrus  supero-frontalis)  est  le  plus  souvent  dédoublée,  c’est-à-dire 
formée,  dans  sa  partie  moyenne,  de  deux  plis  (fig.  58)  ;  elle  longe  le  bord 
supérieur  de  l’hémisphère,  et,  arrivée  à  son  extrémité  antérieure,  se  re¬ 
courbe  en  bas  pour  se  continuer  avec  le  gyrus  reclus  que  nous  avons  décrit 
à  la  surface  du  lobule  orbitaire.  La  seconde  circonvolution  frontale  {gyrus 
medio-frontalis)  ne  présente  pas  de  détail  particulier  à  signaler.  Quant  à  la 
troisième  circonvolution  frontale  (gyrus  infero-frontalis),  ses  dispositions 
doivent  être  étudiées  avec  soin,  puisque  les  travaux  de  Broca  ont  démon¬ 
tré  qu’elle  est  le  siège  de  la  faculté  du  langage.  Cette  circonvolution,  dite 
encore  circonvolution  de  Broca,  forme  à  sa  partie  postérieure  une  sorte 
de  pli  courbe  (fig.  57,  F^j,  qui  entoure  la  courte  branche  antérieure  (id.  a) 


NERFS.  —  ANATOMIE  DO  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  451 
de  la  scissure  de  Sylvius  ;  c’est  dans  cette  partie  courbe,  dite  pli  sourcilier, 
que  paraît  siéger  plus  particulièrement  la  faculté  du  langage. 


Fig.  58.  —  Circonvolutions  et  sillons  de  la  partie  supérieure  des  hémisplières  (*). 


(*)  SR,  sillon  de  Rolande;  —  S,  scissure  de  Sylvius  FA,  circonvolution  frontale  ascendante;  —  Ft, 
F  2,  F  3,  première,  seconde  et  troisième  circonvolutions  frontales;  —  PA,  circonvolution  pariétale  ascen¬ 
dante^;  —  1*  2,  lobule  pariétal  supérieur  ;  ~  3,  lobule  pariétal  inférieur,  ou  du  pli  courbe  ;  —  01,0  2, 

C.  —  Le  hbe  frontal  interne  (fig.  59)  occupe  un  peu  plus  de  la  moitié  de 
la  face  interne  des  hémisphères,  c’est-à-dire  de  la  surface  qui  s’élève  ver¬ 
ticalement  au-dessus  du  corps  calleux;  il  est  limité  en  arrière  par  une 
ligne  qui  coupe  le  bord  supérieur  de  l’hémisphèi’e  un  peu  en  ari’ière  de 
l’extrémité  supérieure  du  sillon  de  Rolando,  visible  seulement  à  la  surface 
externe  des  hémisphères. 

La  surface  de  ce  lobe  est  parcourue  par  un  long  sillon  contourné  en.S,  qui 
commenceau-dessous  du  genou  du  corps  calleux  etdécritune  courbe  parallèle 


432  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveux.  —  .circonvolutions. 
à  celle  du  bord  supérieur  de  ce  corps,  jusque  vers  la  jonction  de  ses  deux 
tiers  antérieurs  avec  sentiers  postérieur,  où  elle  se  recourbe  brusquement  en 
haut  pour  arriver  jusqu’au  bord  supérieur  de  l’hémisphère,  marquant  nette- 


Face  interne  de  l’hémisphère  gauche 


rconvolution  frontale  i 
le';  —  L(i,  lobule  quadr 


irconvolutîon  de  ! 
[e  rhippocampe  ; 


'nvolutions  temporo-occipi 


pénonculc  cérébral: 


optique 


ment  en  ce  point  la  limite  entre  la  face  interne  du  lobe  frontal  et  la  face  interne 
du  lobe  pariétal  (ou  lobule  carré)  :  c’est  le  sillon  dit  calloso-marginal. 

La  présence  de  ce  sillon  divise  le  lobe  frontal  interne  en  deux  circonvo¬ 
lutions  ,  l’une  supérieure ,  plus  considérable  ;  l’autre  inférieure ,  plus 
étroite  ;  —  la  circonvolution  interne  supérieure  (fs,  fig.  59)  est  divisée  par 


NEf’.FS.  —  AXATOMIE  Dü  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  453 
places  en  deux  replis  secondaires  et  n’est,  en  somme,  que  la  face  interne  de 
la  première  circonvolution  frontale;  la  partie  toute  postérieure  de  cette  cir¬ 
convolution  forme  le  plus  souvent  une  sorte  de  petit  lobule  assez  nettement 
limité  en  arrière  par  la  portion  verticale  du  sillon  calloso-marginal,  et  en 
avant  par  un  sillon  oblique  qui  est  le  prolongement  du  sillon  qui  borde  en 
avant  la  circonvolution  frontale  ascendante.  Ce  lobule,  qui  correspond  aux 
.  circonvolutions  frontale  et  pariétale  ascendantes  de  la  face  externe,  c’est-à- 
dire  aux  deux  circonvolutions  marginales  du  sillon  de  Rolande,  porte  le  nom 
de  lobule  paracentral.  —  La  circonvolution  frontale  inférieure  interne  (fi)  ou 
circonvolution  de  l’ourlet  (Foville),  gyrus  fornicatus,  pli  du  corps  calleux, 
entoure  exactement  le  corps  calleux  et  se  continue  en  arrière  avec  les  étages 
inférieurs  de  la  face  interne  du  lobe  pariétal  (ou  lobule  carré),  pour  aller 
recouvrir  jusqu’à  l’extrémité  postérieure  ou  bouri’eletdu  c.  rp s  calleux  et 
présenter  en  ce  point,  avec  les  circonvolutions  voisines,  des  connexions  que 
nous  indiquerons  plus  loin  :  elle  mérite  donc  bien  dans  son  ensemble,  et 
eh  y  rattachant  les  parties  qui  appartiennent  au  lobe  pariétal,  le  nom  de 
gyrus  fornicatus,  ou  de  circonvolution  du  corps  calleux.  (Circonvolution 
limbique;  Broca). 

2°.  Circonvolutions  du  lobe  sphénoïdal  ou  temporo-sphénoïdal.  —  Ce  lobe 
forme  une  masse  irrégulièrement  ellipsoïde,  dont  une  extrémité,  l’anté¬ 
rieure,  est  libre  et  dirigée  en  bas,  dont  l’autre  extrémité  est  tronquée,  et, 
formant  la  base  du  lobe,  adhère  aux  régions  sus-jacentes  de  l’hémisphère 
(lobe  pariétal).  Ce  lobe  présente  deux  faces  :  l’une  externe,  l’autre  infé¬ 
rieure  ou  mieux  inféro-interne. 

-4.  Face  externe.  —  Elle  présente  (fîg.  57)  deux  sillons  parallèles  à  la  scis¬ 
sure  de  Sylvius  :  l’un  supérieur,  plus  profond,  nommé  sillon  ou  scissure 
parallèle  {sulcus  temporalis  superior),  s’étend  en  arrière  jusqu’au  niveau  de 
l’extrémité  correspondante  de  la  longue  branche  de  la  scissure  de  Sylvius, 
et  se  perd  dans  les  plis  compliqués  de  la  base  du  lobe  pariétal;  l’autre  sillon, 
sillon  temporo-sphénoïdal  inférieur,  est  moins  marqué,  souvent  interrompu 
dans  son  trajet,  et  s’étend  rarement  jusqu’à  la  base  du  lobe  (fig.  57). 

De  la  présence  de  ces  deux  sillons  résultent  trois  plis  ou  circonvolutions 
que  l’on  nomme,  en  les  énumérant  de  haut  en  bas,  première,  seconde,  et 
troisième  circonvolutions  temporales.  —  La  première  circonvolution  tem¬ 
porale  (t‘,  fig.  57)  est  remarquable  par  sa  netteté,  et  par  ses  rapports  avec 
la  scissure  de  Sylvius  dont  elle  forme  la  lèvre  postéro-inférieure,  d’où  les 
noms  divers  qui  lui  ont  été  donnés  par  les  auteurs  :  pli  marginal  inférieur 
(Gratiolet),  partie  inférieure  de  la  circonvolution  de  l’enceinte  (Foville), 
gyrus  inframarginalis  (Huschke)  ;  elle  se  continue  en  arrière  avec  ce  que 
nous  décrirons  dans  un  instant  (lobe  pariétal)  sous  le  nom  de  pli  courbe. 
—  Les  deux  circonvolutions  suivantes  sont  moins  distinctes  et  réunies  par 
des  anastomoses  dont  la  présence  a  porté  quelques  auteurs  (  S.  Pozzi)  à  les 
décrire  comme  une  seule  circonvolution  (fig.  57,  et  ï*). 

B.  La  face  intéro-interne  du  lobe  temporal  (fig.  56  et  59)  se  continue 
sans  démarcation  bien  nette  avec  la  face  inférieure  du  lobe  occipital; 
aussi  les  sillons  qui  la  divisent  et  les  saillies  quelle  présente,  allant  égale- 


—  CIRCOiWOLUTIONS. 


454  NERFS.  —  AN.iTOMIE  Dü  SYSTÈ.ME  NERVEUV. 
ment  de  la  région  tempoi’ale  à  la  région  occipitale,  ont  reçu  le 
nom  de  sillons  et  de  circonvolutions  temporo-occipitales.  Ces  sillons  sont 
au  nombre  de  deux  :  le  premier,  en  allant  de  dehors  en  dedans,  sépare  la 
troisième  circonvolution  temporale  (de  la  face  externe  du  lobe;  t^,  lig. 
56  et  57)  d’avec  la  première  circonvolution  temp oro-occipitale,  laquelle  est 
très-forte  et  marquée  d’un  grand  nombre  de  petits  sillons  et  de  fossettes 
secondaires  (toC  fig.  56).  En  dedans,  cette  (■■■convolution  est  limitée 
par  un  second  sillon,  au  delà  duquel  on  trouve  u::e  seconde  circonvolution 
temporo-occipitale,  (xo'^,  fig.  56),  laquelle  forme  la  limite  inlerne  du  lobe 
temporal  (circonvolution  limbique  ;  Broca)  ;  en  effet,  cette  circonvolution 
forme  la  lèvre  externe  de  la  partie  latérale  de  la  grande  fente  de  Bichat,  et  se 
termine  en  avant  en  se  recourbant  en  crochet,  pour  se  continuer  avec  la 
saillie  de  l’hippocampe  (dans  le  diverticulum  sphénoïdal  des  ventricules  laté¬ 
raux);  aussi  a-t-on  donné  à  cette  seconde  circonvolution  temporo-occipitale 
des  noms  qui  rappellent  ces  rapports  importants,  et  tels  que  :  circonvolution 
à  crochet,  pli  unciforme,  lobule  de  l’hippocampe  (gyrus  Hippocampi)  ;  au 
niveau  du  bourrelet  du  corps  calleux,  cette  circonvolution  reçoit  la  partie 
terminale  de  la  circonvolution  de  l’ourlet  (circonvolution  du  corps  calleux). 

3°.  Lobe  pariétal.  Le  lohe  pariétal  est  limité  en  avant  par  le  sillon  de 
Rolande,  et  eh  has  par  la  scissure  de  Sylvius;  en  arrière,  sa  limite  ne  sau¬ 
rait  être  aperçue  ni  comprise  sans  un  examen  attentif.  Elle  est  très-visihle 
sur  les  cerveaux  de  singes  (chez  les  pithéciens,  par  exemple)  et  marquée  par 
un  sillon  profond,  nommé  scissure  perpendiculaire  externe,  qui  coupe  le 
hord  supérieur  de  l’hémisphère  environ  à  la  jonction  de  son  quart  posté¬ 
rieur  avec  ses  trois  quarts  antérieurs,  en  pénétrant  profondément  dans  la 
substance  cérébrale,  de  manière  à  isoler  très-nettement  le  lobe  occipital  du 
lobe  pariétal  (fig.  60,  se).  Mais  le  plus  souvent  sur  l’hémisphère  cérébral 
humain,  considéré  par  sa  face  externe,  il  est  très-difficile  de  reconnaître  la 
scissure  perpendiculaire  externe  (se,  fig.  57),  parce  qu’elle  est  presque 
complètement  oblitérée  par  des  plis  de  passage,  c’est-à-dire  par  des  anasto¬ 
moses  qui  unissent  les  circonvolutions  pariétales  aux  circonvolutions  occi¬ 
pitales;  mais  sur  la  face  interne  de  l’hémisphère,  celte  scissure,  qui  prend 
alors  le  nom  de  scissure  perpendiculaire  interne  (pi,  fig.  59),  est  très-vi¬ 
sible,  profondément  creusée  dans  la  substance  cérébrale  et  descendant 
jusqu’au  niveau  de  l’extrémité  postérieure  du  corps  calleux.  II  est  donc 
toujours  possible,  en  partant  du  point  où  la  scissure  perpendiculaire 
interne  coupe  le  bordsupérieur  del’hémisphère,  de  prolonger  par  la  pensée 
cette  scissure  sur  la  face  externe  de  l’hémisphère  et  d’établir  ainsi  une 
limite  idéale  enti’e  le  lobe  pariétal  et  le  lobe  occipital.  Nous  décrirons 
donc  au  lobe  pariétal  une  face  externe  et  une  face  interne. 

A.  Face  externe.  La  partie  antérieure  de  la  face  externe  du  lobe  pariétal 
est  formée  par  la  grosse  circonvolution  qui  constitue  la  lèvre  postérieure 
du  sillon  de  Rolande,  circonvolution  pariétale  ascendante  (pa.  fig  57  et  58) 
ou  circonvolution  ascendante  postérieure  (l’ascendante  antérieure  apparte¬ 
nant  au  lobe  frontal),  ou  première  circonvolution  pariétale.  En  arrière  de 
cette  circonvolution,  la  face  exteime  du  lobe  pariétal  est  divisée  en  deux  par 


NERFS.  —  AN.A.T051IE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  455 
un  profond  sillon  qui  se  dirige  d’avant  en  arrière  en  décrivant  une  courbe  . 
à  convexité  supérieure;  c’est  le  sillon  ou  scissure  interpariétale,  qui  en  ar¬ 
rière  et  en  bas  va  se  perdre  irrégulièrement  dans  le  lobe  occipital.  Tout  ce 
qui  est  au-dessus  de  la  scissure  in  ter  pariétale  forme  la  circonvolution  pa¬ 
riétale  supérieure  lig.  57  et  58.),  ou  seconde  circonvolution  pariétale  : 
tout  ce  qui  est  au-dessous  forme  la  troisième  circonvolution  pariétale  (p^, 
fig.  57  et  58),  ou  circonvolution  pariétale  inférieure;  mais  comme  ces  cir- 
<;onvolutions  sont  complexes  et  subdivisées  par  de  petits  sillons,  on  les  dé- 


0  SE  P  P  P  PA  R  PAFA  FA 


signe  généralement  aujourd’hui  sous  le  nom  de  lobules  (lobule  pariétal  supé¬ 
rieur  etlobule  pariétal  inférieur). Le  lobule  pariétal  supérieur  (dit  &\issi  lobule 
du  pli  pariétal)  commence  vers  la  partie  supérieure  de  la  circonvolution  pa¬ 
riétale  ascendante,  et,  parcourant  le  bord  supérieur  de  l’hémisphère,  décrit 
une  série  de  flexuosités  jusqu’au  niveau  de  la  ligne  idéale  représentant  la 
scissure  perpendiculaire  externe,  où  il  se  continue,  par  l’intermédiaire  d’une 
saillie  qu’on  appelle  premier  pli  de  passage,  avec  les  circonvolutions  du  lobe 
pccipital.  Le  lobule  pariétal  inférieur  (dit  lobule  du  pli  courbe),  est  un  de 

ceux  qui  ont  le  plus  attiré  l’attention  des  anatomistes  :  il  se  détache  de  la  partie 
inférieure  de  la  circonvolution  pariétale  ascendante  et  forme  d’abord  la 


456  NERFS.  —  an.\tomie  du  système  nerveux.  —  circonvolutions. 
partie  postérieure  de  la  lèvre  supérieure  de  la  scissure  de  Sylvius  {voy. 
iig.  57)  :  aiTÎvë  à  l’extrémité  postérieure  de  cette  scissure,  il  augmente  de 
volume  et  se  bifurque  en  trois  branches,  dont  deux  se  dirigent  en  bas  pour 
se  continuer,  l’une  avec  la  première,  l’autre  avec  la  seconde  circonvolution 
temporale,  et  la  troisième  se  dirige  en  arrière  pour  aller,  sous  le  nom  de 
second  pli  de  passage,  se  continuer  avec  les  circonvolutions  occipitales 
(o®,  fig.  57)  :  ce  lobule  remarquable  embrasse  donc  à  son  origine  la  scis¬ 
sure  de  Sylvius  et  encadre  de  même,  par  ses  deux  premières  branches,  la 
terminaison  postérieure  de  la  scissure  parallèle  (du  lobe  sphénoïdal).  Ces 
dispositions  lui  ont  valu  les  noms  divers  de  pli  courbe,  lobule  du  pli  courbe 
{gyrus  angularis),  partie  supérieure  de  la  circonvolution  de  l'enceinte,  la 
partie  inférieure  étant  formée  parla  première  circonvolution  temporale  ci- 
dessus,  pag.  454.) 

B.  La  face  interne  du  lobe  pariétal  est  très-nettement  limitée  en  arrière 
par  la  scissure  perpendiculaire  interne,  et  en  aY^ant  par  la  partie  postérieure 
verticale  du  sillon  calloso-marginal.  Cette  face  présente  une  forme  carrée 
assez  régulière,  d’où  le  nom  de  lobule  quadrilatère  ;  comme  ce  lobule  est 
situé  en  avant  d’une  portion  triangulaire  du  lobe  occipital  à  laquelle  les 
auteurs  allemands  donnent  le  nom  de  cuneus,  on  l’appelle  aussi  præcuneus  ; 
ce  lobule  carré  est  un  amas  assez  irrégulier  de  saillies  et  de  dépressions 
formées  par  des  plis  dépendant  du  lobule  pariétal  supérieur  :  il  est  en 
rapport,  en  avant,  avec  le  lobule  paracentral  (voy.  ci-dessus,  pag.  453). 

4“.  Lobe  occipital.  Ce  lobe,  limité  par  la  scissure  perpendiculaire  interne 
et  par  les  lignes  idéales  qui  la  prolongent  ou  la  représentent  sur  les  diverses 
parties  de  l’hémisphère,  présente  à  considérer  une  face  externe,  une  face 
interne  et  une  face  inférieure. 

A.  La  face  externe  présente  deux  sillons  antéro-postérieurs,  dont  le  premier 
n’est  souvent  autre  chose  que  la  terminaison  de  la  scisssure  interpariétale  : 
ces  deux  sillons  séparent  trois  circonvolutions  (o\  o^,  o®,  fig.  57  et  58),  que 
l’on  désigne,  en  les  énumérant  de  haut  en  bas,  sous  les  noms  àe  première, 
seconde  et  troisième  circonvolutions  occipitales.  La  première  circonvolution 
occipitale  se  continue  en  avant  avec  le  lobule  pariétal  supérieur  par  le  premier 
pli  de  passage  ;  la  seconde  et  quelquefois  la  troisième  circonvolutions  occipi¬ 
tales  se  continuent  avec  le  lobule  du  pli  courbe  par  le  second  pli  de  passage. 
Gratiolet  a  insisté  sur  l’importance  de  ces  plis  de  passage  (mieux  classés  par 
Pozzi  en  circonvolutions  de  passage);  en  effet  ces  circonvolutions  de  passage 
cachent  la  scissure  perpendiculaire  externe,  et  par  suite  établissent  une 
différence  très-nette  entre  le  cerveau  de  l’homme  et  celui  des  singes. 

B.  La  face  interne  du  lobe  occipital  (fig.  59)  est  très-nettement  limitée  en 
avant  par  la  scissure  perpendiculaire  interne  (pi,  fig.  59).  Elle  présente  dans 
sapartieinférieureun  sillon  profond,  horizontal  qui,  parti  de  l’extrémité  posté¬ 
rieur  de  l’hémisphère,  vient  se  jeter  dans  la  partie  inférieure  de  la  scissure 
perpendiculaire  interne  au  niveau  du  corps  calleux;  c’est  la  scissure  hori¬ 
zontale  (h,  fig.  56,  58  et  59),  plus  connue  encore  sous  le  nom  de  sillon  des 
hippocampes,  parce  qu’on  a  supposé  que  le  fond  de  cette  scissure  refoule 
dans  l’intérieur  des  ventricules  leur  paroi  interne  et  par  là  donne  lieu  à  la 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTEME  NERVE'.TX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  457 
formation  des  saillies  intra-ventricuiaires.  La  partie  de  la  surface  interne 
ainsi  limitée  a  une  forme  triangulaire,  d’où  le  nom  de  cuneus  sous  lequel 
les  auteurs  allemands  désignent  ce  que  nous  appelons  plus  généralement 
lobule  occipital  interne  (c,  c,  lig.  56  et  59).  Il  n’y  a,  du  reste,  rien  de  parti¬ 
culier  ni  d’important  à  signaler  dans  les  saillies  et  sillons  qui  subdivisent 
irrégulièrement  ce  lobule. 

C.  La  face  inférieure  du  lobe  occipital  ne  demande  pas  une  description 
particulière,  puisqu’elle  se  continue  avec  la  face  correspondante  du  lobe 
temporal,  et  qu’on  y  retrouve  les  mêmes  sillons  et  les  mêmes  circonvolu¬ 
tions  décrites  plus  haut  sous  les  dénominations  de  temporo-occipitales. 
(to‘  et  To^,  lig.  56  et  59). 

5”  Lobule  de  l’insula.  —  Outre  les  lobes  et  lobules  apparents  à  la  surface 
des  hémisphères,  il  est  un  lohule  qui  ne  peut  être  aperçu  qu’en  écartant 
les  parties  qui  le  cachent,  c’est-à-dire  en  soulevant  en  haut  et  en  arrière 
la  partie  antérieure  du  lohe  temporal;  c’est  le  lobule  situé  au  fond  de  la 
scissure  de  Sylvius  et  nommé  insula  de  Reil.  En  soulevant  les  deux  lèvres 
(circonvolution  de  l’enceinte,  pli  courbe)  de  la  scissure  de  Sylvius,  on 
voit  Vinsula  de  Reil  former  au  fond  de  cette  scissure  une  saillie  qui  rap¬ 
pelle  assez  exactement  l’aspect  d’un  poing,  ou,  pour  mieux  dire,  celui  des 
quatre  derniers  doigts  fléchis  sur  fa  paume  de  la  main.  Cet  insula  est  en 
effet  composé  de  quatre  circonvolutions  courtes,  rectilignes,  ijnelquefois 
bifurquées,  dirigées  en  éventail  du  bord  inférieur  vers  le  bord  supérieur,  et 
séparées  par  des  sortes  de  rigoles  à  direction  également  rectiligne.  Ces  cir¬ 
convolutions  sont  recouvertes  par  des  divisions  de  l’artère  sylvienne.  Si  on 
enlève  la  couche  grise  ou  substance  corticale  de  l’insula  de  Reil,  on  met  à 
nu  une  lame  de  substance  blanche  que  nous  étudierons  bientôt  sous  le 
nom  de  capsule  externe  du  corps  strié  et-  au-dessous  de  laquelle  se  trou¬ 
vent  les  masses  grises  du  corps  strié;  aussi  désigne-t-on  souvent  Vinsula 
de  Reil  sous  le  nom  de  lobule  du  corps  strié. 

L’étude  des  circonvolutions  cérébrales  est  une  étude  aujourd’hui  à  l’ordre 
du  jour,  non  seulement  à  cause  de  son  intérêt  purement  anatomique,  mais 
encore  et  surtout  à  cause  des  applications  cliniques,  la  pathologie  cérébrale 
étant  aujourd’hui  largement  entrée  dans  la  voie  des  localisations.  Il  ne  sera 
donc  pas  inutile  d’indiquer  ici  le  procédé  mis  généralement  en  usage  pour 
momifier  les  cerveaux  et  les  conserver  à  sec  avec  toutes  leurs  particularités 
de  formes  et  de  développement.  Ce  procédé,  indiqué  par  Broca,  consiste 
dans  l’emploi  de  solutions  plus  ou  moins  concentrées  d’acide  nitrique.  Le 
liquide  qui  nous  a  donné  les  meilleurs  résultats  est  un  mélange  d’une 
partie  d’acide  azotique  pour  dix  parties  d’eau.  Dès  hémisphères  cérébraux 
y  sont  déposés  sans  aucune  préparation  préalable  et  y  sont  laissés  à  macérer 
pendant  trois  à  quatre  semaines.  Au  bout  de  ce  temps  ils  ont  acquis  une 
consistance  analogue  à  celle  d’une  masse  de  cire  à  modeler  :  on  les  retire 
du  liquide,  on  les  dépouille  avec  une  grande  facilité  de  l’enveloppe  formée 
par  la  pie-mère  et  on  les  met  sécher  sur  un  coussinet  formé  soit  d’un  linge 
plié  en  plusieurs  doubles,  soit  d’une  tranche  d’une  grosse  éponge.  Au  bout 
de  deux  mois  l’hémisphère  cérébral  s’est  desséché  en  acquérant  la  dureté 


458  NERFS.  —  an.4.tomie  du  système  nerveux.  —  circonvolutions. 
d’un  morceau  de  bois  :  la  dessication  lente  a  été  assez  régulière  pour  n’al¬ 
térer  en  rien  les  formes  ;  les  circonvolutions  sont  plus  nettement  dessinées 
que  sur  le  cerveau  frais,  parce  que  les  sillons  qui  les  séparent  se  sont 
élargis  et  les  limitent  très-nettement.  Mais  la  masse  de  l’hémisphère  a  perdu 
au  moins  les  trois  quarts  de  son  volume.  Cette  réduction,  qui  s’est  opérée 
régulièrement  et  proportionnellement  pour  toutes  les  parties,  n’a  aucun 
inconvénient  ;  il  est  même  avantageux  d’avoir  l’hémisphère  humain  sous 
un  plus  petit  volume.  —  Il  n’en  est  pas  de  même  pour  les  cervaux  des  ani¬ 
maux  (chien,  lapin,  etc.),  qu’il  est  également  important  de  conserver,  afin 
d’avoir  toujours  sous  la  main  une  pièce  qui  serve  de  guide  dans  les  expé¬ 
riences  sur  les  localisations  cérébrales.  Ici  le  ratatinement  de  la  masse 
finit  par  réduire  les  hémisphères  à  un  trop  petit  volume.  Pour  éviter  cet 
inconvénient,  nous  avons  mis  avec  succès  en  usage  un  procédé  de  conser¬ 
vation  qui  n’est  qu’une  légère  modification  d’un  procédé  récemment  indi¬ 
qué  parL.  Frédéric  (deCand).  Après  durcissement  dans  la  solution  d’acide 
azotiquè,  le  cerveau  est  plongé  dans  une  solution  de  bichromate  dépotasse  : 
l’acide  chromique,  mis  en  liberté  en  présence  de  l’acide  azotique,  porte 
alors  au  plus  haut  degré  le  dui’cissement  de  la  masse  cérébrale,  qui  est  en¬ 
suite  placée  dans  l’alcool  à  36  deg.,  puis  dans  l’alcool  à  40  deg.  Le  cerveau 
est  retiré  de  l’alcool  au  bout  de  deux  jours,  et,  après  une  exposition  de 
quelques  minutes  à  l’air  libre,  il  est  plongé  dans  de  la  paraffine  fondue  et 
presque  bouillante.  Cette  matière  grasse  pénètre  la  masse  nerveuse,  et 
lorsque  celle-ci  est  retirée  et  refroidie,  elle  conserve  indéfiniment  son  vo¬ 
lume  primitif,  le  volume  qu’elle  avait  après  dui’cissement  dans  l’acide 
azotique,  c’est-à-dire  à  peu  près  exactement  son  volume  normal. 

Ce  n’est  pas  tout  que  de  connaître  la  géographie  des  circonvolutions  cé¬ 
rébrales  :  pour  que  cette  connaissance  soit  utile,  il  faut  y  associer  celle  des 
rapports  de  ces  circonvolutions  avec  les  divers  points  de  la  voûte  crânienne. 
C’est  à  cette  étude,  aujourd’hui  portée  déjà  fort  loin  par  les  recherches  de 
Broca,  Fulhouse,  Heftler,  Turner,  Féré,  Paris,  etc.,  qu’on  a  donné  le  nom 
de  topographie  crânio-cérébrale.  Pour  résumer  les  résultats  de  ces  nom¬ 
breux  travaux,  nous  aurons  recours  à  l’excellente  analyse  qu’en  a  donnée 
le  docteur  G.  Kuhff,  dans  la  Revue  des  sciences  médicales  (janvier  1877). 
Déjà  Gratiolèt  s’élait  occupé  de  cette  question  et  avait  ci’u  reconnaître  que 
le  lobe  frontal  était  entièrement  contenu  sous  l’écaille  de  l’os  frontal.  Or, 
lorsque  Broca  eut  démontré  que  l’exercice  de  la  faculté  du  langage  est  su¬ 
bordonné  à  l’intégrité  de*  la  partie  postérieure  de  la  troisième  circonvolution 
frontale  gauche,  il  fut  conduit  à  chercher  la  position  exacte  de  la  petite 
région  très-circonscrite  dont  les  lésions  troublent  ou  abolissent  le  langage. 
Cette  petite  poi’tion  du  cerveau  est  située  au-dessus  de  la  scissure  de 
Sylviüs  et  en  avant  de  la  scissure  de  Rolando.  Elle  fait  donc  partie  du  lobe 
frontal  et  dès  lors  elle  aurait  dû,  d’après  la  détermination  faite  par  Gratiolèt, 
se  trouver  sous  l’écaille  de  l’os  frontal.  Or,  dans  les  discussions  provoquées 
par  la  question  de  la  localisation  de  la  faculté  du  langage,  on  produisit  un 
certain  nombre  de  faits  d’où  il  résultait  que  les  lésions  les  plus  graves  de 
Tie  qu'on  appelait  les  lobes  frontaux,  c’est-à-dire  les  lobes  frontaux  ostéolo- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  CIRCONVOLUTIONS.  .i59 

giques.  pouvaient  laisser  la  parole  parfaitement  intacte.  Broca  avait  observé 
lui-même  deux  faits  de  ce  genre.  Il  fut  donc  conduit  à  penser  que  la  petite 
région  dite  du  langage  devait  être  située  en  arrière  de  l’os  frontal,  c’est-à- 
dire,  en  d’autres  termes,  qu’en  dépit  de  l’autorité  de  Gratiolet  la  scissure 
de  Rolando  devait  être  placée  en  arrière  de  la  suture  coronale.  Les  recher¬ 
ches  entreprises  à  ce  sujet  confirmèrent  cette  opinion  et  montrèrent 
définitivement  toute  l’importance  des  études  de  topographie  crànio- 
céréhrale. 

Depuis  cette  époque,  la  Société  de  chirurgie  a  eu  à  enregistrer  plusieurs 
observations  (Lucas-Championnière,  Terrillon,  etc.)  dans  lesquelles  1  opéra- 
rateur  a  été  utilement  guidé  par  la  connaissance  des  rapports  du  crâne 
•et  du  cerveau  ;  ces  notions,  jointes  à  celle  des  localisations  cérébrales 
{voy.  ci-après  la  partie  physiologique  de  cet  article),  sont  indispensables 
au  chirurgien  pour  appliquer  exactement  la  trépanation.  La  notion  la  plus 
générale  à  retenir  à  ce  sujet  se  réduit  en  somme  aujourd’hui  à  une  formule 
peu  compliquée,  parce  que  l’étude  des  localisations  n’a  encore  donné  de 
résultats  positifs  que  pour  un  département  trés-circonscrit  de  l’écorce  cé¬ 
rébrale.  Ainsi  il  suffit  de  savoir  que  tous  les  centres  dits  moteurs  sont  grou 
pés  dans  un  espace  restreint,  autour  du  sillon  de  Rolando,  correspondant 
sur  le  crâne  à  la  région  antérieure  du  pariétal.  En  plaçant  une  couronne  de 
trépan  sur  la  ligne  appelée  par  Broca  ligne  rolandique,  elle  sera  toujoui’s  à 
cheval  sur  le  sillon.  Il  n’est  besoin,  dit  Lucas-Championnière,  de  connaître 
qu’un  seul  point  de  repère,  qu’on  trouve  toujours  facilement,  c’est  l’apo¬ 
physe  orbitaire  externe.  Ce  point  déterminé,  on  arrive,  à  l’aide  de  quelques 
mesures,  à  trouver  la  ligne  rolandique  avec  la  précision  nécessaire  pour  là 
pratique.  —  Ces  applications  chirurgicales  recevront  de  plus  amples  dévé- 
loppements  à  l’article  Trép.an.ation.  Nous  devons  seulement  donner  ici 
encore  quelques  détails  sur  les  procédés  employés  par  Broca  pour  établir 
les  données  positives  de  la  topographie  crânio-cérébrales,  données  qui,  si 
elles  ne  trouvent  pas  toutes  encore  leurs  applications  pratiques,  ne  sau- 
l’ont  manquer  de  les  rencontrer  lorsque  des  localisations  cérébrales 
auront  été  déterminées  sur  une  plus  grande  étendue  de  la  surface  des 
hémisphères. 

Le  procédé  employé  par  Broca  est  connu  sous  le  nom  de  'procédé  des  fiches. 
Il  consiste,  d’une  manière  générale,  dit  Kuhff,  à  denuder  la  calotte  cr⬠
nienne  et  à  pratiquer,  sur  des  points  systématiquement  marqués  d’avance, 
des  perfoi-ations  au  foret,  par  lesquelles  on  enfonce  dans  la  substance  cé¬ 
rébrale  des  fiches  de  bois  de  2  à  3  centimètres  de  long.  Après  cette  opéra¬ 
tion,  on  ouvre  le  crâne  à  la  scie,  en  faisant  passer  la  coupe  circulaire  aussi 
bas  que  possible,  on  incise  la  dure-mère  et  on  enlève  à  la  fois  le  cerveau, 
la  dui’e-mère  delà  voûte  crânienne,  la  faux  du  cerveau  et  la  calotte  crânienne. 
Le  cerveau  est  ensuite  extrait  de  cette  calotte.  Il  est  alors  facile,  au  moyen 
des  fiches,  qui  représentent  sur  le  cerveau  la  position  des  principaux  points 
de  la  voûte  crânienne,  de  déterminer  par  la  mensuration  les  rapports  d’un 
point  quelconque  du  cerveau.  Voici  les  principaux  résultats  obtenus  par 
cette  méthode  : 


460  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTUnE  DE  LA  MOELLE. 

1°  La  scissure  de  Rolando  est  postérieure  à  la  suture  coronale  ;  l’extré¬ 
mité  supérieure  de  la  scissure  de  Rolando  est,  en  efiét,  à  47  millimètres  en 
arrière  de  cette  suture  ;  son  e.xtrémité  inférieure  est  de  28  millimètres  en 
arrière  de  la  suture  fronto-pariétale  et  à  4  millimétrés  au-dessus  de  la 
partie  initiale  de  la  suture  pariéto-temporale. 

2"  L’origine  antérieure  de  la  scissure  de  Sylvius  est  située  à  5  millimètres 
en  arrière  du  point  ptérique  (point  de  rencontre  des  sutures  du  front’al  et 
du  pariétal  avec  la  grande  aile  du  sphénoïde  ou  ptère)  ;  le  trajet  moyen  de 
sa  branche  postérieure  coïncide  avec  la  suture  temporale. 

3“  La  scissure  occipitale  externe  est  le  plus  souvent  parallèle  et  sous- 
jacente  à  la  suture  lambdoïde. 

Y.  Oistribniiou  de  la  substance  gpîse  et  de  la  substance 
blanche  dans  les  centres  nerveux.  —  Cette  étude,  pour  être  exposée 
aussi  simplement  que  possible,  doit  être  faite  au  niveau  ;  1°  de  la  moelle 
épinière;  2°  du  bulbe  et  de  la  protubérance^  jusqu’aux  pédoncules 
cérébraux;  3“  au  niveau  des  pédoncules  cérébraux,  des  couches  optiques 
et  des  corps  striés  ;  4°  et  enfin  au  niveau  des  hémisphères  cérébraux  et 
cérébelleux.  —  Dans  chacun  de  ces  segments,  artificiellement  établis  uni¬ 
quement  pour  la  commodité  de  la  description,  nous  décrirons  successive¬ 
ment  la  substance  blanche  et  la  substance  grise. 

1°  Moelle  épinière. — Dans  toute  la  longueur  delamoelle  épinière, les  dis¬ 
positions  relatives  que  présentent  la  substance  grise  et  la  substance  blanche 
sont  à  peu  près  constantes,  sauf  quelques  différences  dans  l’étendue  (roi/, 
fig.  50,  B  à  f)  que  présentent  ces  substances  sur  une  coupe  perpendiculaire 
à  l’axe  du  cordon  spinal  (voy.  p.  426). 

On  distingue  toujours  ;  les  cordons  antérieurs,  les  cordons  latéraux,  les 
cordons  postérieurs  et  la  commissure  blanche  antérieure.  Celle-ci  se  présente 
à  une  étude  attentive  comme  formée  non  de  fibres  transversales  unissant 
directement  les  masses  grises  du  côté  droit  à  celles  du  côté  gauche,  mais 
bien  par  des  fibres  obliques,  entre-croisées,  qui  vont  du  cordon  blanc 
antérieur  droit,  par  exemple,  à  la  substance  grise  du  côté  gauche,  et  du  cordon 
blanc  antérieur  gauche  à  la  substance  grise  droite  :  il  y  a  là  une  véritable  dé¬ 
cussation  partielle  {voy.  plus  loin.  Physiologie  de  la  moelle,,  l’importance  phy¬ 
siologique  de  cette  décussation),  qui  devient  très-prononcée  en  certaines  ré¬ 
gions,  comme  par  exemple  au  niveau  du  renflement  sacré  de  la  moelle  des 
oiseaux.  Dans  un  travail  entrepris  avec  le  professeur  Sappey  (Académie  des 
sciences,  janvier  1876)  sur  les  cordons  nerveux  qui  relient  l’encéphale  à  la 
moelle,  nous  nous  sommes  attachés  à  préciser  la  disposition  des  cordons  blancs 
delamoelle  et  le  mode  selon  lequel  ils  se  déçussent,  soit  déjà  dans  la  moelle 
épinière,  soit  à  un  niveau  supérieur.  Pour  les  trois  corddns  blancs  de  la  moelle, 
nous  avons  adopté  les  dénominations  suivantes  :  P  cordon  anléro-interne  (1, 
fig.  61),  limité  en  dedans  par  le  sillon  médian  antérieur,  et  en  dehors  par 
la  corne  grise  antérieure;  2°  cordon  antéro-latéral  (cordon  latéral  des 
auteurs)  (2,  fig.  61),  plus  volumineux  que  le  précédent  et  remplissant  tout 
l’espace  entre  la  corne  antérieure  et  la  corne  postérieure;  3°  cordon  posté¬ 
rieur  (3,  fig.  61)  s’étendant  de  la  corne  postéi’ieure  au  sillon  médian  posté- 


NERFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  NERVÉÜX.  —  STRUCTURE  DE  LA  MOELLE.  -iGi 


rieur.  —  Le  cordon  anléro-interne  (cordon  antérieur  des  auteurs),  s’entre¬ 
croise,  comme  nous  venons  de  l’indiquer  à  l’instant,  avec  celui  du  côté 
opposé  sur  toute  la  longueur  de  la  moelle,  et  forme  ainsi  la  commissure 
antérieure  (en  x,  fig.  61). 

Il  y  a  toujours,  dans  chaque  masse  de  substance  grise  latérale,  une 
corne  antérieure  (ca,  fig.  61),  remarquable  par  ses  grosses  cellules  multipo-, 
laires  placées  en  petits  groupes  distincts,  et  une  corne  postérieure  (cp, 
fig.  61),  où  les  cellules  sont  plus  petites,  de  formes  très-variables,  à  prolon¬ 
gements  généralement  peu  distincts.  —  Dans  la  partie  grise  intermédiaire 
à  la  corne  antérieure  et  à  la  corne  postérieure,  on  distingue,  plus  spéciale¬ 
ment  dans  la  région  thoracique,  un  groupe  de  cellules,  généralement  arron¬ 
dies,  à  prolongements  distincts  :  ce  groupe,  qui  forme  par  son  ensemble 


Fig.  61.  —  Schéma  d’une  coupe  de  la  moelle 
cervicale  au  niveau  des  racines  de  la  pre¬ 
mière  paire  rachidienne  Ç) . 


Fig.  62. 
bulhe 

sement  des  pyramides  (partie 


(*)  a,  sillon  médian  anlérieur;  —  p,  sillon  médian  postérieur;  —  i,  cordon  aiitéro-intcrne  ;  —  2,  cordon- 
antérolatéral;  —  3,  cordon  postérieur  :  —  x,  commissure  blanche  (fibres  décussées)  ;  —  C-A,  corne  anlé- 

(**)  i ,  2,  3,  cordons  antéro-interne,  antéro-latéral  et  postérieur  ;  —  C.A,  RA,  cornes  et  racines  antérieures  ; 

été  détachée;  — x,  entre-croisement  des  cordons  latéraux  allant  fermer  les  pyramides  (P, P’)  ;  —  NP, noyau 
des  pyramides  postérieures  ;  —  aelp,  silions  médians  antérieur  et  postérieur. 


une  véritable  coloiiue,  a  reçu  le  nom  de  noyau  de  Stilling  ou  de  colonne  vési¬ 
culaire  de  L.  Clarke. 

2°  Bulbe,  protobér.ance,  pédoncules  cérébr,aux. 

A.  Substance  Manche  du  bulbe,  de  la  protubérance  et  des  pédoncules.  — 
Quand  on  examine  une  coupe  de  la  partie  supérieure  de  la  moelle  cervi-' 
cale,  près  du  collet  du  bulbe,  on  observe,  à  quelques  différences  près  dans 
le  contour  des  parties,  les  mêmes  dispositions  dans  la  substance  grise  et  les 
cordons  blancs  ;  mais  on  remarque  que  les  côtés  de  la  substance  grise, 
dans  sa  limite  concave  entre  les  cornes  antérieure  et  postérieure,  sont 
moins  nettement  circonscrits  :  en  ce  point  la  substance  grise  semble 
s’étendre  en  dehors  sous  forme  de  réseau  et  aller  empiéter  sur  le  ten’itoire 
des  cordons  blancs  latéraux  (voy.  fig.  61).  Cet  aspect,  auquel  on  a  donné 


462  NEUFS.  —  anato.mie  0ü  systè.we  nerveux.  —  structure  du  bulbe. 
le  nom  de  formation  réticulée  de  Deiters , est  dû  en  réalité  à  ce  qu’à  ce  niveau 
les  cordons  latéraux  se  massent  en  petits  faisceaux  distincts,  qui  pénètrent 
dans  la  substance  grise  et  vont  bientôt  la  traverser  entièrement  de  dehors 
en  dedans  et  d’arrière  en  avant,  pour  s’entre-croiser,  celui  de  droite  avec 
celui  de  gauche,  ainsi  qu’on  l’ohserve  à  un  niveau  un  peu  plus  élevé 
(fig.  62). 

Ce  niveau  est  celui  du  collet  du  hulbe  :  l’entre-croisement,  bien  connu, 
qu’on  observe  sur  ce  point,  est  exclusivement  formé  par  les  cordons  laté¬ 
raux  (ou  antéro-latéraux  proprement  dits)  ;  les  cordons  antéro-internes  et 
postérieurs  n’y  prennent  aucune  part.  Cet  entre-croisement  se  produit  de  la 
manière  suivante  :  les  deux  cordons  antéro-latéraux  s’inclinent  l’un  vers 
l’autre,  pour  sè  porter  en  dedans  (a?,  fig.  62),  en  avant  et  en  haut,  et  se 
déçussent  par  couches  successives  qui  s’étagent  de  has  en  haut  :  les  couches 
les  plus  internes  se  rapprochent  en  effet  du  canal  central,  puis  échan- 
crent  les  cornes  antérieures  au  niveau  de  leur  continuité  avec  k  substance 
grise  qui  entoure  le  canal  central  ;  d’autres  couches  blanches  obliques 
s’ajoutent  aux  précédentes,  agrandissent  l’échancrure  et  enfin  la  complètent 
de  telle  sorte  que  les  deux  cornes  antérieures  se  trouvent  en  fin  de  compte 
complètement  décapitées.  Après  leur  entre-croisement,  les  deux  cordons 
montent  parallèlement  sur  les  côtés  du  sillon  médian  antérieur,  celui  de 
droite  occupant  le  côté  gauche  du  sillon  et  réciproquement.  C’est  ainsi  que 
se  trouvent  constituées  les  pyramides  antérieures  du  hulbe,  ou  pour  mieux 
dire  la  portion  motrice  des  pyramides  (p  et  p',  fig.  62),  portion  remarquable 
■par  l’aspect  fasciculé  qu’elle  présente  sur  les  coupes.  Cette  partie  motrice 
des  pyramides  passe  du  bulbe  dans  la  protubérance,  traverse  celle-ci,  s’étale 
ensuite  largement  sur  la  face  inférieure  des  pédoncules  cérébraux  (étage 
inférieur  des  pédoncules)  et  se  porte  vers  les  corps  striés,  dont  elle  con¬ 
stitue  les  couches  blanches. 

Nous  avons  dit  que  les  cordons  latéraux  formaient,  après  leur  entre-croi- 
sem.ent,  la  portion  motrice  des  pyramides  :  la  portion  sensitive  est  formée 
par  les  cordons  postérieurs,  dont  nous  avons  décrit,  avec  Sappey,  l’entre¬ 
croisement  :  en  effet,  les  deux  cordons  postérieurs  de  la  moelle,  parvenus 
au-dessus  de  l’entre-croisement  des  cordons  antéro-latéraux,  se  comportent 
comme  ceux-ci,  mais  ils  ne  commencent  à  s’entre-croiser  que  lorsque 
l’entre-croisement  des  précédents  est  tout  à  fait  terminé.  On  les  voit  alors 
s’infléchir  en  avant  {x,  x,  fig.  63)  et  se  décomposer  en  un  certain  nombre 
de  faisceaux,  qui  décapitent  la  corne  postérieure  en  traversant  son  extré¬ 
mité  profonde  et  qui  contournent  ensuite  la  substance  grise  située  au  devant 
du  canal  central,  pour  se  porter,  ceux  de  droite  vers  le  côté  gauche,  et  ceux 
de  gauche  vers  le  côté  droit  (a;',  fig.  63).  Ainsi  entre-croisés,  les  deux  cor¬ 
dons  postérieurs  forment  d’abord  un  large  raphé  triangulaire,  à  base  posté¬ 
rieure  (x')  ;  mais  bientôt  Ce  raphé  épais  s’allonge  d’arrière  en  avant,  en  pas¬ 
sant  entre  les  cordons  antéro-inlernes  qu’il  sépare,  et  ne  tarde  pas  à  prendre 
la  figuré  d’un  coi’don  à  coupe  rectangulaire  appliqué  derrière  la  portion 
motrice  des  pyramides,  et  divisé  en  une  moitié  droite  et  une  moitié  gauche, 
d’autant  plus  distinctes  que  l’entre-croisement  s’achève;  lorsque  celui-ci 


^'EI{FS.  —  ANATOMIE  DO  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  BULBE.  463 

est  complété,  les  deux  cordons  postérieurs  de  la  moelle  se  trouvent  en  défi¬ 
nitive  appliqués  à  la  portion  motrice  des  pyramides,  dont  ils  constituent  la 
couche  profonde  ou  sensitive.  Cette  partie  sensitive  des  pyramides  s’engage 
aussi  dans  la  protubérance,  la  traverse,  et  vient  prendre  part  à  la  constitu¬ 
tion  des  pédoncules  cérébraux  ;  mais  elle  fait  partie  de  l’étage  supérieur 
des  pédoncules  et  va  se  perdre  dans  les  couches  optiques,  au  lieu  d’aller, 
comme  la  portion  motrice,  jusqu’au  niveau  des  corps  striés. 

Que  deviennent  donc  les  cordons  antérieurs  ou  antéro-internes  de  la 


moelle  épinière?  Vu  la  disposition  des  entre-croisements  que  nous  venons 
de  décrire,  ces  cordons,  tout  en  restant  parallèles,  se  trouvent  déplacés,  de 
telle  sorte  que,  antérieurs  dans  la  moelle,  ils  occupent  dans  le  bulbe  sa 
partie  centrale,  puis  répondent  bientôt  à  sa  face  postérieure.  On  les  voit 


ainsi,  par  suite  de  leur  déplace- 
,  ment  progressif,  arriver  jusqu’à  la 
paroi  inférieure  du  quatrième  ven¬ 
tricule,'  c’est-à-dire  qu’ils  devien¬ 
nent  postéro-supérieurs.  C’est  dans 
cette  situation,  toujours  sous-ja¬ 
cents  au  plancher  gris  du  qua¬ 
trième  ventricule,  qu’ils  traversent 
la  protubérance  et  viennent  pren¬ 
dre  part  à  la  constitution  de  l’é¬ 
tage  supérieur  des  pédoncules  cé¬ 
rébraux,  pour  aller  pénétrer  dans 
les  couches  optiques. 

Nous  connaissons  donc  mainte¬ 
nant  le  trajet,  au  niveau  du  bulbe, 
des  cordons  blancs,  de  la  moelle 
épinière  ;  mais  dans  le  bulbe  se 
trouvent  de  nouveaux  cordons 


blancs  ;  ce  sont  ceux  qui  occupent  Pf.  décussation  précédente  (fig.  C2)  et  pos- 

.  .  ,  ^  ^  ^  téneur; —a;  te,  libres  venant  des  cordons  postérieures  et 

la  place  laissée  libre  par  les  cor-  s’entre-croisant  en  æ’ ; — P, P’ pyramides,  (partie  motrice 

‘  dons  postérieurs  et  qui  forment  des  X^s“rësSorLs!’'“‘‘“‘''  “ 

les  limites  latérales  du  quatrième  • 

ventricule,  ce  sont,  en  un  mot,  les  corps  restiformes.  Ces  corps  restiformes, 
si  bien  nommés  par  les  anciens  processus  cerebelli  ad  medullam  oblongatam 
(ÔR,  fig.  65),  pai’aissent  être  en  effet  des  faisceaux  blancs,  qui,  venus  du 
cervelet,  descendent  vers  le  bulbe  où  ils  se  résolvant,  par  leur  face  pro¬ 
fonde  ou  adhérente,  en  une  infinité  de  tractus  blancs,  lesquels,  sous  le 
nom  de  fibres  arciformes,  sillonnent  la  substance  du  bulbe  sous  la 
'  forme  de  fibres  à  trajet  curviligne,  les  unes  superficielles,  mais  la’plupai’t 
profondes. 

Dans  la  protubérance,  à  part  quelques  faisceaux  nerveux  radiculaires  (tri¬ 
jumeau),  on-  ne  ti’ouve  comme  fibres  blanches  longitudinales  que  les  fais¬ 
ceaux  blancs  précédemment  indiqués,  c’est-à-dire  (p,p,  fig.  64,65,66,67 
et  69)  la  portion  motrice  des  pyramides  (continuant  les  cordons  aiitéro- 


464  NERFS.  —  ANATOMIE  DD  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  BULBE. 

latéraux),  leur  portion  sensitive  (cordons  postérieurs  de  la  moelle)  et  les 
cordons  antéro-internes  prolongés.  Mais  on  trouve  de  plus,  surtout  dans  les 
couches  inférieures  superficielles  de  la  protubérance,  un  grand  nombre  de 
faisceaux  blancs  transversaux  (pr,  fig.  65,66,67).  Ceux-ci  forment  une  pre¬ 
mière  couche  inférieure  ou  superficielle,  qui  recouvre  les  pyramides  (portion 
motrice),  et  une  seconde  couche  profonde,  qui  passe  entre  la  portion  motrice 
et  la  portion  sensitive  des  pyramides  et  établit  déjà  ainsi  une  démai’cation 
nette  entre  les  faisceaux  blancs  longitudinaux  qui  formeront  l’étage  supé¬ 
rieur  ou  calotte  et  ceux  qui  formeront  l’étage  inférieur  ou  pied  des  pédoii- 
cules  cérébraux. 

Nous  allons  voir  bientôt  comment  la  distribution  de  certaines  parties  de 
substance  gvïse  ilocusniger)  indique  définitivement  cette  distinction  de  deux 
étages  dans  le  pédoncule.  Mais  pour  finir  l’étude  des  parties  blanches  cons¬ 
tituantes,  indiquons  encore  ce  fait  qu’au  niveau  des  pédoncules  de  nou¬ 
veaux  faisceaux  blancs  viennent  s’adjoindre  aux  faisceaux  prolongés  depuis 
la  moelle  ;  comme  au  niveau  du  bulbe  (corps  restiformes),  ces  nouveaux 
faisceaux  blancs  sont  des  fibres  cérébelleuses  :  ce  sont  les  pédoncules  céré-  _ 
belleux  supérieurs.  Les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs,  émergeant  du 
cervelet,  occupent  d’abord,  sur  les  parties  latérales  de  la  moitié  supérieure  du 
quatrième  ventricule,  une  position  analogué  à  celle  que  les  corps  restifor- 
raes  occupaient  à  la  moitié  inférieure  de  ce  même  ventricule  ;  mais,  à  me¬ 
sure  qu’ils  se  dirigent  en  haut  et  en  avant,  ils  se  rapprochent  de  la  ligne 
médiane,  pénètrent  dans  l’étage  supérieur  du  pédoncule,  et,  sans  se  mêler 
intimement  aux  fibres  blanches  de  cet  étage,  atteignent  la  ligne  médiane, 
s’y  entre-croisent,  et,  après  une  décussation  complète,  vont  se  perdre 
dans  les  couches  optiques. 

B,  Substance  grise  du  bulbe,  de  la  protubérance  et  du  pédoncule  cérébral. 
—  Au  premier  abord,  par  l’inspection  de  coupes  faites  à  différents  niveaux 
dans  le  bulbe  et  la  protubérance,  il  semble  que  la  substance  grise  de  ces 
parties  ne  rappelle  en  rien  la  disposition  de  la  substance  grise  de  la  moelle. 
Mais  une  étude  attentive  de  nombreuses  coupes  échelonnées  graduellement 
de  bas  en  haut  permet  de  constater  quül  est.  possible  de  reconnaître,  dans 
le  bulbe,  la  protubérance  et  les  pédoncules  cérébraux,  des  parties  grises 
dont  les  unes  représentent  les  cornes  antérieures  et  les  cornes  postérieures 
de  la  moelle  prolongées  jusque  dans  les  étages  supérieurs  (comme  les  cor¬ 
dons  blancs  médullaires),  tandis  que  les  autres  sont  des  amas  gris  surajoutés 
(de  même  que  les  cordons  blancs  surajoutés  :  corps  restiformes,  pédon¬ 
cules  cérébelleux).  - 

a.  Masses  grises  qui  prolongent  les  cornes  antérieures. —  Ces  masses  repré¬ 
sentent  les  noyaux  d’origine  des  nerfs  moteurs  bulbaires  et  protubérantiels. 
Lorsque'  les  cordons  antéro-latéraux  ont,  par  leur  décussation,  décapité  les 
cornes  antérieures  (fig.  62  et  63)  ainsi  que  nous  l’avons  décrit  précédem-, 
ment,  chacune  de  ces  cornes  se  trouve  divisée  en  deux  parties  distinctes  ; 
1“  l’une,  la  base  de  la  corne,  reste  contiguë  au  canal  central  (r’a’,  fig.  62  et 
c’a’,  fig.  63),  se  prolonge  sur  toute  la  longueur  du  plancher  du  quatrième 
ventricule,  de  chaque  côté  de  la  ligne  médiane,  et  y  forme  les  amas  connus 


NERFS.  — .  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  BULBE.  165 

SOUS  les  noms  A&noyaude  l’hypoglosse  (nh,  fig.  Qk),  de  noyau  commun  du  facial 
et  du  moteur  oculaire  externe  (facial  supérieur) ,  (m,  fig.  65  et  66)  ;  plus  haut,  au 
niveau  des  pédoncules  cérébraux,  au-dessous  de  l’aqueduc  de  Sylvius  et  de 
chaque  côté  de  la  ligne  médiane,  cette  prolongation  de  la  base  de  la  corne 
antérieure  s’éteint  en  formant  le  noyau  d’origine  du  moteur  oculaire  com¬ 
mun  et  dn pathétique  (c'a',  fig.  69).  —  2°  L’autre  partie,  la  tête  de  la  corne 
décapitée,  se  trouve  rejetée  en  avant  et  en  dehors  (ca,  fig.  63)  ;  mais  elle  ne 
disparaît  pas,  comme  on  a  paru  généralement  le  croire,  seulement  les  amas 
gris  qu’elle  forme  sont  coupés  et  fragmentés  par  le  passage  des  fibres 
arciformes  venues  du  corps  restiforme.  Une  étude  attentive,  à  l’aide  de  nom¬ 
breuses  coupes,  permet  de  constater  que  cette  partie  toute  périphérique  et 
isolée  de  la  corne  antérieure  donne  naissance  d’abord  à  la  formation  grise 
connue  sous  le  nom  de  noyau  antéro-latéral  depuis  les  travaux  de  Stilling, 
Kôlliker,  L.  Clarke  et  J.  Dean.  Ce  noyau  antéro-latéral  (s  et  x'a'  fig.  64)  est 


Fig.  6i.  —  Schéma  d’une  coupe  de  la  partie  moyenne  du  bulbe  rachidien  f). 

(')  P,  P.  pyramides;  —  C,  G,  plancher  du  4®  ventricule  ;  —  H,  fibres  radiculaires  du  nerf  grand  hypoglosse  ; 
XH,  noyau  classique  du  grand  hypoglosse  ;  —  N'H',  no^'an  accessoire  de  l’hypoglosse  ;  —  S,  noyau  accessoire 
(moteur)  des  nerfs  mixtes;  — PN,  noyau  sensitif  des  nerfs  mixtes  (gîosso-pharyngien,  pneumogastrique,  spiual); 
~  NR,  noyau  des  corps  restiformes  ;  —  CP,  substance  gélatineuse  de  Rolando  (tête  de  la  corne  postérieure); 
—  T,  racine  ascendante  du  trijumeau; —  M,  fibres  radiculaires  du  nerf  pneumo  gastriqfue  ;  —  01,  lame 
grise  olivaire;  —  R,  noyau  juxta-oîivaire  interne;  —  T,  noyau  juxta-oîivaire  externe;  —  X,  X,  raphé. 

le  noyau  moteur  des  nerfs  mixtes,  c’est-à-dire  du  spinal,  du  pneumo  gas¬ 
trique  et  du  glosso-pharyngien  (s,  fig.  64)  ;  il  représente  aussi,  par  ses  parties 
les  plus  internes  (le  plus  souvent  fragmentées  par  le  passage  des  fibres  arci¬ 
formes),  un  noyau  antérieur  accessoire  de  l’hypoglosse  (n'h',  fig.  64).  Plus 
haut,  au  niveau  du  plan  de  séparation  entre  le  bulbe  et  la  protubérance,  les 
formations  grises  qui  font  suite  au  noyau  antéro-latéral,  c’est-  à-dire  à  la 
partie  détachée  de  la  corne  antérieure,  sont  représentées  par  le  noyau  infé¬ 
rieur  du  facial  (fi,  fig.  65  et  66),  par  le  noyau  masticateur  du  trijumeau,  ce 
dernier  noyau  étant  situé  en  pleine  protubérance,  à  peu  près  au  niveau 
mêmede  l’émergence  du  nerf(MA,  fig.  67),  et  enfin  par  une  partie  dunoyau 
commun  du  moteur  oculaire  commun  et  du  pathétique  (c'.a',  fig.  69). 

NODV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  DE  CHIR.  '  XXIII.  —  30 


-466  ÎVERFS.  —  AN.4.T0MIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  BULBE. 

b.  Masses  grises  qui  prolongent  les  cornes  postérieures.  Les  cornes  posté¬ 
rieures  sont  décapitées,  comme  les  cornes  antériem’es,  mais  seulement  par 
le  passage  des  cordons  postérieurs  marchant  vers  leur  décussation,  ainsi 
que  nous  l’avons  décrit  précédemment  (fig.  63);  comme  pour  les 
cornes  antérieures,  une  partie  des  cornes  postérieures,  leur  base,  reste 
contre  le  canal  central,  et  une  autre  partie,  la  tête,  est  rejetée  vers  la 
périphérie. 


1°  La  hase  de  la  corne  postérieure  présente  des  modifications  imDortantes 


déjà  au-dessous  du  niveau  où  les  cordons  postérieurs  se  dirigent  vers  leur  dé¬ 
cussation  (fig.  62)  :  elle  envoie,  en  effet,  dans  la  partie  la  plus  interne  de  ces 
cordons  (dans  les  cordons  grêles  ou  pyramides  postérieures)  un  prolonge¬ 
ment  gris,  dont  la  signification  est  inconnue  et  qu’on  a  nommé  noyau  des 
cordons  grêles' ou  post-pyramidaux  [ts  p,  fig.  62  et  63)  ;  plus  haut,  un  prolon¬ 
gement  semblable  va  s’irradier  dans  les  corps  restiformes  et  porte  le  nom 
de  noyau  restiforme  (n  r,  fig.  63  et  64).  Mais  à  mesure  que  le  canal  central 
s’étale  pour  former  le  plancher  du  quatrième  ventricule,  la  base  de  la  corne 
postérieure,  que  ne  recouvrent  plus  les  cordons  postérieurs,  se  trouve  à 
découvert  sur  ce  plancher  (fig.  64),  dont  elle  forme  les  parties  externes  (p  n), 
en  dehors  des  masses  grises  situées  de  chaque  côté  de  la  ligne  médiane  et 
appartenant  à  la  hase  de  la  corne  antérieure  (n  h).  Il  est,  en  effet,  facile  de 
comprendre  que  le  canal  central  s’étalant  en  plancher  du  quatrième  ventri¬ 
cule,  les  bases  des  cornes  antérieures  et  postérieures,  qui  confinaient  au 
canal,  doivent  devenir  les  parties  grises  de  ce  plancher  et  se  placer,  les 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEDX.  —  STRUCTÜRE  DU  BULBE.  467 
cornes  antérieures  (base)  en  dedans,  c’est-à-dire  de  chaque  côté  de  la  ligne 
médiane,  les  cornes  postérieures  (base)  en  dehors.  Ces  masses  grises  exter¬ 
nes,  faisant  suite,  nous  ne  craignons  pas  de  le  répéter  encore,  à  la  base  des 
cornes  postérieures,. se  trouvent  ici,  comme  dans  la  moelle,  en  rapport  avec 
des  racines  sensitives ,  et  en  effet  les  noyaux  qu’  elles  forment  sont  connus  sous 
le  nom  de  noyaux  sensitifs  des  nerfs  mixtes,  c’est-à-dire  du  spinal,  du  glosso- 


pharyngien  et  du  pneumogastrique  (pn,  li; 
elles  constituent  une  vaste  surface  grise 
dans  laquelle  s’implantent  les  barbes 
du  calamus  et  qui  représente  l’un  des 
centres  bulbaires  du  nerf  acoustique 
(a'c',  fig.  66);  plus  haut  enfin,  la  base 
des  cornes  postérieures  se  termine 
en  s’étalant  sur  la  partie  supérieure 
du  plancher  du  quatrième  ventricule, 
où  elle  forme  l’une  des  masses  d  ori¬ 
gine  du  trijumeau  (tt,  fig.  67). 

Avant  de  passer  à  l’examen  de  ce 
que  devient  la  tête  de  la  corne  posté¬ 
rieure,  nous  allons  immédiatement 
utiliser  les  détails  anatomiques  dans 
lesquels  nous  venons  d’entrer,  en  les 
appliquant  à  l’interprétation  des  diffé¬ 
rentes  parties  que  l’on  observe  sur  le 
plancher  du  quatrième  ventricule. 
Lorsqu’on  met  à  jour  la  cavité  de  ce 
ventricule,  en  enlevant  le  cervelet  et 


;.  6i)  ;  au-dessus  de  ces  noyaux, 


Fig.  66.  —  Disposition  des  noyaux  des 
nerfs  bulbo-protubérantiels  relativement 


sectionnant  ses  pédoncules  (fig.  66 : 1 ,  <1“  quatrième  ventricule  (  ) . 

pédoncule  cérébelleux  supérieur;  2,  —  Pédoncule  cérébelleux  supérieur  seetion- 

t,  „  ■  né;— 8,  nerf  acoustique;  — B,  réi^ion  d’où  naît  une 

«dm  moyen;  5,  tdm  mlerieu?),  on  partie  du  trijumeau  (loCMScœraleush-C,  saillie 

voit  que  son  plancher,  en  forme  de  lo-  correspondant  au  noyau  commun  du  facial  et  du 

a  J  moteur  oculaire  externe;  -A,  région  du  noyau 

sange,  correspondant  a  la  face  postero-  du  moteur  oculaire  commun  et  du  pathétique 

supérieure  du  hulbe  et  de  la  protubé-  dTracoSuque  '(aüeUaMÏe Stlrne)  ; -F.' nojmu 

rance,  présente  de  légères  saillies  for-  du  grand  liypoglosse  (alIe  Manche  interne)  ;  — 

/  ,  Tl  ,  -  E,  sailliaqui  correspond,  successivement  et  de  haut 

mees  par  les  radicules  nerveuses  (8,  en  bas,  aux  noyaux  du  glosso-pUaryn^isn,  du 

nerf  acoustique)  et  surtout  par  les  pneumogastrique  et  du  spinal  (alle  grise), 
noyaux  des  nerfs  :  en  b  (fig.  66)  est  le 

locus  cœruleus,  partie  grise  formant  l’un  des  noyaux  d’origine  du  trijumeau  ; 
en  c  (fig.  66)  se  trouve  une  saillie  (eminentia  teres)  qui  correspond  au  noyau 
commun  du  facial  et  du  moteur  oculaire  externe  (en  m,  fig.  65);  en  a  est  la 
région  où  se  trouve  (sous  l’aqueduc  de  Sylvius)  le  noyau  du  moteur  oculaire 
commun  et  du  pathétique  (en  c'a',  fig.  69).  Dans  le  triangle  situé  au-des¬ 
sous  des  barbes  du  calamus  (figurées  en  8),  on  distingue,  de  chaque  côté, 
entre  le  corps  restiforme  et  la  ligne  médiane,  trois  régions  triangulaires, 
qui  sont,  en  allant  de  dedans  en  dehors  :  en  f  le  noyau  du  grand  hypoglosse 
{aile  blanche  interne)-,  en  e  le  noyau  sensitif  du  spinal,  du  pneumogas- 


468  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  BULBE.  ' 

trique  et  du  glosso-pharyngien  {aile  grise)  ;  en  d  le  noyau  de  l’acoustique 
{aile  blanche  externe). 

2°  La  tête  de  la  corne  postérieure  se  trouve  fortement  rejetée  en  dehors , 
déjà  au-dessous  du  niveau  où  se  fait  l’entre-croisement  des  cordons  posté¬ 
rieurs  {voy.  fig.  62  et  63).  Cette  tête,  suivant  le  mouvement  général  par 
lequel  toutes  les  parties  postérieures  de  la  moelle  se  portent,  dans  le  bulbe, 
en  avant  et  en  dehors,  est  dès  lors  fortement  éloignée  de  sa  congénère 
du  côté  opposé,  de  façon  à  atteindre  les  couches  superficielles  des  parties 
latérales  du  bulbe;  ce  qu’on  nomme  en  anatomie  descriptive  tubercule 
cendré  de  Rolande  n’est  autre  chose  que  la  tête  de  la  corne  postérieure  deve¬ 
nue  plus  ou  moins  apparente  à  l’extérieur,  selon  les  sujets,  tant  est  mince 
la  couche  de  substance  blanche  qui  la  sépai’e  delà  surface  du  bulbe.  A  mesure 
qu’on  observe  des  coupes  faites  à  un  niveau  plus  élevé  dans  le  bulbe  et 
même  dans  la  protubérance,  on  voit  toujours  cette  tête  de  la  corne  posté¬ 
rieure  (fig.  6à,  65,  66,  67)  et  on  constate  qu’elle  occupe  toujours  une  po¬ 
sition  de  plus  en  plus  antérieure;  en  même  temps,  on  voit  se  grouper  à 
son  bord  externe  (finalement  bord  antérieur)  un  cordon  de  fibres  blanches 
(t,  fig.  64  à  67),  qui  montent  avec  elle  jusque  dans  la  partie  moyenne  de 
la  protubérance  ;  à  ce  niveau  (fig.  68),  ce  cordon  se  dirige  en  avant  et 


Fig.  67.  —  Schéma  d’une  coupe  de  !a  protubérance  (au  niveau  de  son  bord  inférieur)  (*). 

(*)  —  P.  Pr,  T,  CP,  ME,  M,  comme  dans  la  figure  précédente;  —  FT,  partie  supérieure  du  fascicuLiis 

E,  pj,  et  recevant  encore  quelques  libres  radiculaires  du  noyau  inférieur  (FI)  ;  —  OS,  olive  supérieure;  — 
A'C' noyau  de  racoiistiquc. 

forme  la  plus  grande  partie  du  trijumeau,  dont  il  représente  la  racine  infé- 
l’ieure  ou  bulbaire  ;  c’est  à  ce  niveau  que  s’arrête  la  tête  de  la  corne  posté¬ 
rieure  (fig.  67,  c  p).  Nous  avons  vu  que  là  aussi  les  masses  de  substance 
grise  qui  font  suite  à  la  tête  de  la  corne  antérieure  constituaient  le  noyau 
moteur  (masticateur)  du  trijumeau  et  se  terminaient  un  peu  plus  haut, 
sous  l’aqueduc  de  Sylvius  (région  des  pédoncules)  par  le  noyau  du  moteur 
oculaire  commun  et  du  pathétique  (cV,  fig.  69).  Les  formations  termi¬ 
nales  des  têtes  des  cornes  antérieures  et  postérieures  se  trouvent  ainsi 


presque  côte  à  côte  dans  la  protubérance  et  les  pédoncules;  ces  foi’mations, 
c’est-à-dire  ces  noyaux  terminaux,  sont  placés,  au  niveau  de  l’émergence 
du  trijumeau,  le  noyau  moteur  en  dedans,  la  masse  grise  dite  noyau 
sensitif  en  dehors,  absolument  comme,  sous  le  plancher  du  quatrième  ven¬ 
tricule,  les  noyaux  moteurs  et  les  noyaux  sensitifs  sont  disposés,  les 
premiers  de  chaque  côté  de  la  ligne  médiane,  les  seconds  dans  les  régions 
latérales  externes. 

c.  Masses  grises  bulbaires,  protubérantielles  et  pédonculaires  de  nouvelle  for¬ 
mation.  —  Ces  couches  grises,  qu’il  est  impossible  de  considérer  comme  une 
prolongation  de  l’axe  gris  de  la  moelle,  sont  nombreuses  ;  mais  à  aucune  d’elles 
il  n’est  possible  d’assigner  aujourd’hui  une  signification  physiologique  :  on 
les  a  nommées  soit  d’après  leur  situation,  leurs  rapports,  soit  d’après  leur 


configuration.  Ce  sont  :  —  Les  noyaux  pyramidaux  ;  on  désigne  sous  ce  nom  de 
minces  couches  de  substance  grise  qui  se  montrent  sur  le  bord  antérieur  ou 
le  bord  interne  des  pyramides  antérieures,  dans  une  proportion  et  avec  des 
dispositionstrès-variablesselonles  sujets  (wÿ.fig.  6à). — Les  noyaux olivair es; 
on  désigne  sous  ce  nom  une  lame  grise,  bizarrement  contournée,  qu’on  ren¬ 
contre,  dans  toute  la  longueur  du  bulbe,  à  l’intérieur  de  la  saillie  désignée 
sous  le  nom  d’olive,  d’après  sa  conformation  extérieure  :  cette  lame  grise  oli- 
vaire  (o  i,  fig.  6à)  est  flanquée  en  dedans  et  en  dehors  de  petites  lames  grises 
isolées,  dites  noyau  juxta-olivaire  interne  (t,  fig.  64)  et  noyau  Juxta-olivaire 
externe  (r,  fig.  64)  ;  c’est  entre  la  lame  olivaire  proprement  dite  et  le  noyau 
ju.xta-olivaire  interne  que  passent  les  fibres  radiculaires  du  nerf  grand  hypo¬ 
glosse  (h,  fig.  64),  pour,  de  leur  noyau  d’origine,  atteindre  leur  ligne  d’émer¬ 
gence  (sillon  qui  sépare  la  pyramide  antérieure  de  la  saillie  olivaire).  L’en¬ 
semble  de  la  foi'mation  olivaire  que  nous  venons  de  décrire  porte  aussi  le 


470  NERFS.  —  anatomie  dü  système  nerveüx.  —  structure  du  bulbe. 
nom  à’olive  inférieure,  par  opposition  à  l’olive  supérieure.  —  L’olive  supé¬ 
rieure  est  une  petite  lamelle  de  substance  grise  (o  s,  lig.  69),  contournée 
comme  la  précédente,  mais  indépendante  de  celle-ci,  et  située  plus  haut,  en 
dedans  du  noyau  facial  inférieur  (f  i,  fig.  67)  et  même  du  noyau  masticateur 
du  trijumeau.  L’olive  supérieure  est  très-peu  développée  chez  l’homme,  mais 
très-évidente  chez  les  animaux,  notamment  le  chat  et  le  mouton  ;  elle  est 
bien  connue  depuis  les  travaux  de  Schrôder  van  der  Kolk,  L.  Clarke  et  J.  Dean. 
—  La  substance  grise  protubérantielle;  cette  substance  est  semée,  par  traînées 
épaisses,  entre  les  couches  de  fibres  transversales  qui  forment  les  pédoncules 
cérébelleux  moyens,  dans  la  protubérance  (p  r,  fig.  65,  66,  67).  —  Enfin,  au 
niveau  des  pédoncules  cérébelleux,  nous  trouvons  une  couche  remarquable  de 
substance  grise  placée  entre  l’étage  inférieur  (suite  des  pyramides)  et  l’étage 
supérieur  (suite  des  autres  cordons  blancs  bulbo-médullaires).  Cette  sub¬ 
stance  grise  est  formée  de  cellules  riches  en  pigment  noir,  et  c’est  elle  qui 
forme  ce  qu’on  a  nommé  en  anatomie  descriptive  le  locus  niger  (n,  fig.  69). 

3°  Pédoncules  cérébraux,  cou¬ 
ches  optiques,  corps  striés.  —  A 
la  partie  antérieure  des  pédoncules 
cérébraux,  tout  l’étage  supérieur 
{calotte)  de  ces  pédoncules  paraît 
s’arrêter  soit  dans  les  tubercules 
quadrijumeaux ,  soit  dans  les 
couches  optiques,  tandis  que  l’é¬ 
tage  inférieur  {pied),  subsistant 
seul  pour  représenter  les  pédon¬ 
cules  cérébraux,  continue  son  tra¬ 
jet  en  avant  et  en  haut,  en  passant 
au-dessous  des  couches  optiques, 
et  arrive  jusqu’au  corps  strié 
dans  lequel  il  pénètre,  à  peu  près 
comme  un  coin  pénètre  dans  un 
morceau  de  bois;  c’est-à-dire  que 
ces  faisceaux  blancs  du  pédon¬ 
cule  cérébral  se  frayent  un  large 
chemin  au  milieu  même  de  la  masse  grise  du  corps  strié  qu’ils  di¬ 
visent  en  deux  parties,  l’une  interne,  dite  noyau  intra-ventriculaire,  ou 
noyau  caudé{c  a,  fig.  70  et71),rautreexterne,  dite  noyau  extra-ventriculaire 
ou  noyau  lenticulaire  du  corps  strié  (l,  fig.  70  et  71)  :  le  pédoncule  cérébral, 
qui  sépare  ces  deux  noyaux,  forme  une  cloison  blanche  dite  capsule  interne 
(c  I,  fig.  71),  et  on  donne  le  nom  de  capsule  externe  à  la  couche  blanche  qui 
s’étend  entre  la  face  externe  du  noyau  lenticulaire  et  la  couche  grise  (k, 
fig.  70)  des  circonvolutions  de  Yinsula  deReil  ivoy.  pour  ces  rapports  de  voi¬ 
sinage  entre  le  corps  strié  et  Yinsula,  p.  kil).  Dans  cette  capsule  externe  on 
trouve  encore  une  lamelle  grise,  qui  paraît  détachée  de  la  couche  grise  des 
circonvolutions  de  l’insula,  à  laquelle  elle  adhère  par  ses  extrémités  antérieure 
et  postérieure  :  on  donne  à  cette  lamelle  grise  le  nom  à’ avant-mur ,  d’après 


qvSTàME  N.  —  STRUCTURE  DES  PÉDONC.  CÉRÉBRAUX.  471 

XERFS.  " 

la  nomenclature  déjà  ancienne  deBurdach,  laquelle  tend  à  être  aujourd  hm 
généralement  adoptée  (a  M,  fig.  70). 

Ajoutons  que  le  noyau  lenticulaire  ou  extra-ventriculaire  du  corps  strié 
présente  son  plus  grand  développement  dans  sa  partie  postérieure  l,  fig.70) 
kiXlîe^  dehors  de  la  couche  optique,  séparé  d’elle  par  une 

anche  qui  est  déjà  formée  en  grande  partie  par  des  fibres  pédon- 


culaires,  c’est-à-dire  qui  mérite  le  nom  de  capsule  interne  aussi  bien  que  la 
lamelle  blanche  séparant  le  noyau  intra-ventriciilaire  du  noyau  extra-ventri¬ 
culaire  (c  I,  fig.  71).  — Nous  pouvons  dès  maintenant  passer  àla  description 
de  l’aspect  que  présentent  ces  différentes  parties  de  substances  blanche  et 
grise  sur  des  coupes  transversales  portant,  l’une  sur  la  partie  moyenne  des 
■couches  optiques,  l’autre  sur  la  partie  antérieure  de  la  masse  des  corps  striés. 

La  coupe  qui  porte  sur  la  partie  moyenne  des  couches  optiques  (fig.  70) 
nous  présente  toutes  les  parties  que  nous  venons  de  citer,  car  le  noyau 
intra-ventriculaire  se  prolonge  lui-même  en  une  sorte  de  pédicule  long  et 
^êle  longeant  l’angle  supéro-externe  des  couches  optiques  (c  A,  fig.  70)  ; 
c’est  cette  disposition  qui  a  valu  à  ce  noyau  le  nom  de  noyau  caudé.  Pour 


472  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveux.  —  couche  optique. 
étudiei’  ces  parties  blanches  et  grises,  nous  les  passerons  méthodiquement  en 
revue,  en  partant  de  l’écorce  de  l’insula  (ic,  lig.  70)  et  nous  dirigeantvers  la 
profondeur.  Au-dessous  de  la  couche  grise  del’insula  on  trouve  la  lame  blanche 
dite  capsule  externe,  contenant  dans  son  épaisseur  la  mince  lame  de  substance 
grise  Aiie.  avant-mur  (a  M,fig.  70),  que  Luys  désigne  sous  le  nom  Atsubstance 
grise  linéaire,  appartenant  au  corps  strié,  mais  que  ses  connexions  aussi  bien 
que  la  nature  de  ses  cellules  nerveuses  doivent  faire  regarder  comme  une  dépen¬ 
dance  de  l’écorce.  Du  reste,  sur  les  cerveaux  d’idiots,  ainsi  que  l’a  notamment 
fait  remarquer  Betz  (de  Kiew),  on  trouve  souvent  l’avant-mur  presque  complè¬ 
tement  confondu  avec  la  substance  grise  périphérique,  c’est-à-dire  avec  la  zone 
corticale  de  l’insula.  En  dedans  de  la  capsule  externe  on  trouve  le  noyau  lenti¬ 
culaire  ou  extra-ventriculaire  du  corps  strié,  sous  la  forme  d’une  masse  grise 
triangulaire  à  sommet  inférieur  et  interne  (u,  fig.  70)  :  ce  noyau  lenticulaire, 
sillonné  de  nombreuses  fibres  blanches  venues  du  pédoncule  cérébral,  est  as¬ 
sez  nettement  divisé  en  trois  segments,  dont  l’interne  a  reçu  le  nom  de  pu- 
tamen.  —  En  dedans  du  noyau  lenticulaire,  on  aperçoit  la  capsule  interne, 
sous  la  forme  d’une  lame  blanche  assez  épaisse,  formée  de  fibres  dont  la 
plus  grande  pai’tie  continue  le  pédoncule,  et  se  dirigent  en  haut  et  en  dehors, 
pour  s’irradier  ultérieurement  dans  la  masse  blanche  des  hémisphères,  sous 
le  nom  de  couronne  rayonnante  de  Reil  (c  i,  fig.  71)  ;  aussi  la  capsule 
interne  porte-t-elle  également  le  nom  de  pied  de  la  couronne  rayonnante 
de  Reil.  ■ —  En  dedans  de  la  capsule  interne,  on  découvre  deux  parties  grises 
nouvelles,  l’une  très-petite,  située  en  haut,  l’autre  très-considérable,  située  en 
bas  et  en  dedans.  La  première  (c  a,  fig.  70)  est  le  prolongement  postérieur 
du  noyau  caudé  ou  noyau  intra-ventriculaire  {voy.  la  description  de  la  coupe 
suivante).  La  seconde  masse,  volumineuse,  saillante  dans  le  ventricule,  est 
la  couche  optique  (c  o,  fig.  70).  Celle-ci,  visible  dans  les  cavités  du  cerveau, 
a  été  déjà  décrite  lorsque  nous  avons  passé  en  revue  les  parties  qui  forment 
les  parois  des  ventricules  latéraux  et  du  ventricule  moyen  (p.  439). 

La  coupe  qui  porte  sur  la  partie  antérieure  de  la  masse  des  corps  striés 
(fig.  71),  nous  montre  seulement  les  deux  noyaux  de  ces  corps  (l,  noyau 
lenticulaire;  ca,  noyau  caudé)  et  la  partie  la  plus  antérieure  (ci)  de  la 
capsule  interne  située  entre  eux. 

Ainsi,  la  capsule  interne  peut  être  prise  comme  point  de  repère  pour 
toute  description  des  parties  centrales  de  l’hémisphère  ;  c’est  à  l’étude  des 
lésions  de  cette  capsule  interne  que  se  rapportent  la  plupart  des  ti’avaux 
modernes  que  nous  aurons  à  analyser  en  parlant  ultérieurement  des  locali- 
sations  cérébrales.  Nous  résumerons  donc,  en  ayant  égard  à  cette  capsule, 
es  notions  anatomiques  précédentes,  en  disant  ;  la  capsule  interne  fait  suite 
au  ^védoncule  cérébral,  au-dessus  duquel  elle  s’étale  en  pénétrant  dans  l’hé¬ 
misphère  pour  se  diriger  vers  la  substance  grise  corticale  des  circonvolu¬ 
tions  ;  elle  forme  ainsi  un  plan  fibreux  antéro-postérieur  d’une  part,  et, 
d’autre  part,  oblique  de  bas  en  haut  et  de  dehors  en  dedans,  de  manière  à 
pi’ésenter  une  face  supéro-interne  et  une  face  inféro-externe  ;  sur  le  plan 
incliné  de  la  première  face  sont  placés  la  couche  optique,  en  arrière,  et, 
en  avant,  le  noyau  caudé  ou  noyau  intra-ventriculaire  du  corps  strié  ;  sous 


NERFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  CERVEAU.  473 
le  plan  incliné  de  la  seconde  face  se  trouve  seulement  le  noyau  lenticu¬ 
laire  ou  extra-ventriculaire  du  corps  strié.  Ce  dernier  noyau  occupe,  dans 
le  sens  antéro-postérieur,  à  peu  près  la  même  étendue  que  les  deux  autres, 
de  telle  sorte  que,  par  sa  moitié  antérieure,  il  répond  au  noyau  intra-ventri- 
culaire,  et  par  sa  moitié  postérieure  à  la  couche  optique  ;  aussi  a-t-on 
l’habitude  aujourd’hui  de  désigner  les  parties  antérieures  de  la  capsule 
interne  sous  le  nom  de  région  lenticulo-siriée,  et  les  parties  postérieures 
sous  celui  de  région  lenticulo-optique. 


Fie.  71.  — Schéma  d’une  coupe  transversale  du  cerveau  au  niveau  de  la  partie  moyenne 
des  corps  striés  {'). 

(*)  CC,  corps  calleux;  —  CA,  noyau  inlra-ventriculairo  (ou  noyau,  caudé)  du  corps  strié;  —  L,  noyau 
lenticulaire  ou  extra -ventriculaire)  du  corps  strié  ;  —  CI,  la  capsule  interne  placée  entre  ces  deux  noyaux. 

Cerveau  et  cervelet.  —  Les  hémisphères  cérébraux  se  composent  d’une 
partie  centrale  blanche  et  d’une  couche  périphérique  grise. 

La  partie  blanche  est  formée  ;  1°  par  l’irradiation  de  la  capsule  interne, 
c’est-à-dii’e  par  des  fibres  qui  prolongent  directement  le  pédoncule  [fibres 
corticales  directes),  et  en  très-grande  partie  par  des  fibres  blanches  qui 
viennent  des  corps  striés  et  des  couches  optiques  :  cet  ensemble  constitue 
la  couronne  rayonnante  de  Reil ,  dont  les  fibres  doivent  par  suite  être 
considérées  comme  joignant  l’écorce  grise  des  hémisphères  aux  ganglions 
opto-striés  et  aux  pédoncules-  cérébraux  ;  2°  par  le  corps  calleux,  vaste 
système  de  fibres  commissurales  unissant  l’hémisphère  droit  à  l’hémi¬ 
sphère  gauche  (fibres  commissurantes  inter-hémisphériques)  ;  3°  par  des 
séries  complexes  de  fibres  qui  parcourent  l’hémisphère  dans  tous  les  sens 


474-  NERFS.  —  anatomie  DÜ  SYSTÈME  nerveux.  —  STRUCTURE  DU  CERVEAU, 
et  paraissent  former  des  commissures  entre  les  divers  points  d’un  même 
hémisphère  {fibres  dites  d'association). 

La  couche  grise  ou  corticale  (fig.  70  et  71)  du  cerveau  constitue  une  lame  qui 
revêt  toute  la  surface  de  l’hémisphère,  en  formant  des  parties  saillantes  et  des 
parties  rentrantes,  c’est-à-dire  des  circonvolutions^  que  nous  avons  précé¬ 
demment  passées  en  revue  au  point  de  vue  de  l’anatomie  descriptive  (p.  àà7). 
Nous  n’avons  pas,  en  général,  à  revenir  ici  sur  la  description  de  ces  circon¬ 
volutions,  car  la  lame  grise  qui  les  forme  est  d’aspect  homogène  (à  part  les 
détails  histologiques  dans  lesquels  nous  entrerons  plus  loin)  ;  une  seule 
circonvolution  présente  des  détails  particuliers  d’interposition  de  lamelles 
blanches  et  grises,  c’est  la  cir¬ 
convolution  de  V  hippocampe,  ou, 
pour  mieux  dire,  {'hippocampe 
lui-même.  En  effet,  si  l’on  pra¬ 
tique  une  coupe  transversale 
du  cerveau,  au  niveau  de  la 
partie  antérieure  de  la  coi’ne 
d’Ammon  (fig.  70  en  ch  et  en  h, 
et  fig.  72),  on  voit  que  celle-ci 
représente  une  véritable  circon¬ 
volution  interne,  dont  la  sub¬ 
stance  grise  est  en  continuité 
avec  la  couche  grise  corticale. 
La  figure  72  montre  cette  dispo¬ 
sition  et  nous  permettra  d’indi- 
FiG.  72.— Disposition  des  parties  blanches  et  grises  quel*  ici  les  noms  particuliers 
au  niveau  de  la  corne  d’Ammon  (coupe  transver-  i  . 

sale  de  l’hémisphère  ;  comparez  avec  flg.  70  en  H  auteurs,  et  notamment 

et  CH)  {').  les  anatomistes  allemands,  ont 

(*)  P.  coupedu  pédoncule  cérébral;  -O,  coupe  oblique  de  donnés  aUX  diverses  COUCheS 
la  bandelette  optique  ;  —  V,  cavité  du  diverticulum  splié-  .  ,  , , .  .  , 

noïdal  du  ventricule  latéral;  —  a,  écorce  grise  delà  cir-  de  la  COme  d  Ammon  ,  dont 


convolutioiide  l’hippocampe  ;  —  b.  subiculum  (lame  blanche  jjg  gg  gQjj^  attachés,  depuis  Bur- 
ou  medullairede  la  concavité  de  la  corne  d’Ammon,  Sappey).  _  ,  .  ,  tt  , 

—  c,  coupe  du  corps  godronné  (fascia,  dentata)',  —  A,  dach  juSqU  a  Henlc  et  Mevnert, 

irès-détiillée. 

La  substance  grise  de  l’écorce 
du  lobe  sphénoïdal  {a,  fig.  72)  se  recourbe  d’abord  horizontalement  en 
dedans,  puis  se  contourne  pour  pénétrer  dans  la  partie  centrale  de  la 
corne  d’Ammon  ou  pied  de  l’hippocampe  :  là  elle  est  recouverte  de  deux 
lamelles  blanches,  bien  visibles  sur  la  coupe  (fig.  72);  l’une  de^ces  lamelles 
(fi)  forme  ce  qu’on  nomme  subiculum  (ou  suhstantia  reticularis  alba), 
et  remplit  la  concavité  de  la  courbe  que  décrit  la  lame  grise  en  passant  de 
l’écorce  cérébrale  dans  la  corne  d’Ammon  où  elle  se  replie;  l’autre  recouvre 
la  face  ventriculaire,  libre  et  convexe  de  la  corne  d’Ammon  et  est  désignée 


sous  le  nom  A'alveus  (a,  fig.  72)  :  l’alveus  se  continue  en  dehors  avec  la 
substance  blanche  qui  forme  la  paroi  supérieure  de  la  corne  sphénoïdale, 
tandis  que,  en  dedans,  vers  le  bord  libre,  ou  bord  interne  de  la  corne 
d’Ammon,  il  foi’me  un  épaississement  saillant  sous  forme  de  corniche,  qui 


NERFS.  —  .\NATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  STRUCTURE  DU  CERVELET.  475 
n’est  autre  chose  que  la  bandelette  connue  en  anatomie  descriptive  sous  le 
nom  de  corps  bordant  (ou  bordé)  ou  corps  frangé  (dit  encore  fimbria, 
corpus  fimbriatum,  tœniaon  bandelette  de  V hippocampe  :  cb,  fig.  72).  Quant 
à  la  couche  grise  interposée  à  ces  deux  lamelles  blanches,  elle  vient  faire 
également  saillie  vers  le  bord  libre  ou  bord  interne  de  la  corne  d’Ammon, 
et  l’épaississement  qu’elle  présente  en  ce  point  n’est  autre  chose  que  le 
corps  godronné  (ou  fascia  dentata)  (c,  b'g.  72). 

Le  cervelet  est  composé  d’une  couche  corticale  grise,  et  d’une  partie 
centrale  blanche,  au  milieu  de  laquelle  on  trouve  une  lame  plissée  de  sub¬ 
stance  grise  centrale  :  —  1”  La  substance  grise  corticale,  revêtant  les  lamelles 
du  cervelet  {voy.  p.  435),  est  disposée  en  replis  qui  pénètrent  profondément 
dans  l’épaisseur  du  cervelet,  de  telle  sorte  que,  sur  une  coupe  aussi  bien 
du  lobe  médian  que  des  lobes  latéraux,  la  substance  blanche,  disposée 
par  lamelles  que  revêtent  de  doubles  replis  de  la  couche  grise,  offre  un 
aspect  ramifié  qui  a  valu  à  cette  disposition  le  nom  ü arbre  de  vie  (arbre 
de  vie  du  lobe  niédian  ;  arbre  de  vie  des  hémisphères).  —  2“  La  coupe  de  la 
lame  grise  centrale  présente,  dans  chaque  hémisphère,  une  disposition  tout 
à  fait  comparable  à  la  lame  grise  des  olives  bulbaires  ;  aussi  a-t-on  donné  à 
cette  partie  grise  centrale  le  nom  A’olive  cérébelleuse  (corps  rhomboïdal, 
ou  dentelé  du  cervelet). —  On  trouve  de  plus,  ainsi  que  l’a  montré  Stilling, 
dans  les  couches  inférieures  duvermis,  ou  lohe  central,  deux  petits  noyaux 
gris  (Dachkerne  de  Stilling)  situés  de  chaque  côté  de  la  ligne  médiane. 

La  substance  blanche  du  cervelet  se  continue  avec  les  trois  ordres  de 
pédoncules  cérébelleux  ;  les  pédoncules  cérébelleux  inférieurs  (corps  resti- 
formes),  déjà  décrits  avec  le  quatrième  ventricule;  les  pédoncules  céré¬ 
belleux  moyens,  qui  forment  les  fibres  transversales  de  la  protubérance 
annulaire;  et  enfin  les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs;  nous  devons 
entrer  dans  quelques  détails  relativement  à  ces  derniers. 

Les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs  se  dirigent  en  avant  et  en  haut 
vers  les  tubercules  quadrijumaux  postérieurs  (éminences  testes),  sous  les¬ 
quels  ils  s’engagent;  c’est  au  moment  où  ils  vont  disparaître  sous  ces 
éminences  qu’on  voit  te  nerf  pathétique  (4®  paire)  émerger  de  leur  face 
supérieure.  Une  série  de  coupes  pratiquées  sur  la  région  des  tubercules  qua? 
drijumaux  et  des  pédoncules  cérébraux  permet  de  suivre  les  pédoncules  céré¬ 
belleux  :  on  les  voit  d’abord  s’engager  dans  les  parties  latérales  de  l’étog'esMpé- 
rkur  (voy.  p.  464)  des  pédoncules  cérébraux,  puis  se  rapprocher  de  la  ligne 
médiane  et  s’entre-croiser  complètement,  celui  de  droite  passant  à-gauche, 
et  vice  versa.  Cet  entre-croisement,  très- visible  sur  les  coupes  d’encéphales 
normaux,  est  encore  démonti’é  par  une  série  de  faits  d’anatomie  patholo¬ 
gique  (Luys).  Après  leur  entre-croisement,  les  pédoncules  cérébelleux  vont 
se  perdre  dans  les  couches  optiques,  qu’ils  abordent  par  leur  face  posté¬ 
rieure,  ainsi  que  le  font  les  divers  faisceaux  de  l’étage  supérieur  des  pé¬ 
doncules  cérébraux.  Mais  au  moment  où  ces  pédoncules  cérébelleux,  re¬ 
constitués,  après  leur  entre-croisement,  en  deux  faisceaux  cylindriques 
distincts,  atteignent  les  couches  optiques,  leurs  fibres  se  trouvent  mêlées  à 
un  amas  sphéroïdal  de  substance  grise,  sorte  de  noyau  dont  la  signification 


47G  NERFS.  —  .vn.a.tomie  du  système  nerveux.  —  névrogi.ie. 

est  inconnue,  et  auquel  on  a  donné  le  nom  de  noyau  rouge  de  Stilling; 
Luys  nomme  improprement  ces  noyaux  olives  supérieures,  ce  nom  ayant 
été  déjà  employé  par  Sclu’ôder  van  der  Kolk  pour  désigner  le  petit  amas 
gris  situé  dans  les  zones  inférieures  de  la  protubérance,  au  niveau  du  noyau 
inférieur  du  facial  {voy.  p.  i70  et  fig.  69  en  os). 

VI.  —  nistribntîoii  des  éléments  nerveux  dans  les  parties 
Manclies  et  grises  des  centres  nerveux  :  névroglie. 

Substance  blanche.  —  Les  cordons  blancs  de  la  moelle  épinière  sont  essen¬ 
tiellement  formés  de  fibres  nerveuses  :  ces  tubes  nerveux,  en  général  pa¬ 
rallèles  et  longitudinaux,  sauf  les  lieux  d’entre-croisement  et  les  racines 
nerveuses  implantées  plus  ou  moins  obliquement,  ne  sont  composés  que 
d’un  cylinder-axis  avec  une  enveloppe  de  myéline,  sans  gaine  de  Schwann. 
Mais  un  système  particulier  de  fines  cloisons  forme  une  charpente  ou  une 
sorte  de  gangue  dans  laquelle  sont  plongées  les  fibres  nerveuses;  cette  char¬ 
pente,  dite  névroglie  des  cordons  blattes ,  paraît  avoir  pour  origine  une  sé¬ 
rie  de  prolongements  venus  de  la  face  interne  de  la  pie-mère  et  se  divisant 
à  l’infini  dans  l’intérieur  des  cordons  antérieurs,  latéraux  et  postérieurs, 
de  telle  sorte  que,  sur  une  coupe  perpendiculaire  à  l’axe  de  la  moelle,  on 
aperçoit  un  véritable  réseau,  dans  les  mailles  duquel  sont  logées  les 
fibres  nerveuses.  Ainsi  la  névroglie  de  la  substance  blanche  serait  de  na¬ 
ture  conjonctive  ou  lamineuse,  comme  la  pie-mère,  dont  elle  provient  ;  sa 
nature  est  facile  à  constater,  surtout  autour  des  vaisseaux,  où  elle  se  trouve 
en  couches  plus  abondantes.  C’est  cette  névroglie  des  cordons  blancs  de  la 
moelle  que  Ranvier  a  décrite  d’après  des  préparations  obtenues  en  injectant 
dans  les  faisceaux  de  la  moelle  une  solution  osmique  à  1  pour  3ü0  ;  au  bout 
de  une  ou  deux  heures,  il  enlevait  des  fragments  imprégnés  par  l’osmium, 
les  dissociait  et  les  colorait  avec  le  picrocarminate  d’ammoniaque  ;  il  se 
trouvait  alors  en  présence  de  petits  faisceaux  de  fibrilles  de  tissu  conjonctif 
entre-croisées,  et  au  niveau  de  ces  entre-croisements  il  trouvait  une  cellule 
plate  de  tissu  conjonctif.  Ces  résultats  concordent  avec  ceux  que  ce  même 
mode  de  préparation  a  donnés  au  même  histologiste  relativement  au  tissu 
conjonctif  ordinaire.  Mais  nous  verrons  bientôt  que,  si  la  névroglie 
des  parties  blanches  peut  être  assimilée  au  tissu  conjonctif  ou  lumi¬ 
neux,  il  ne  saurait  en  être  de  même  de  la  névroglie  des  parties  grises 
centrales. 

Les  parties  blanches  de  la  protubérance,  des  corps  striés,  des  hémi¬ 
sphères  cérébraux  et  cérébelleux,  sont  aussi  formées  essentiellement  de 
fibres  nerveuses  ;  mais  ces  fibres  acquièrent,  dans  le  cerveau  et  le  cerve¬ 
let,  des  dimensions  très-fines;  ainsi,  dans  la  moelle,  lès  fibres  des  cordons 
antérieurs  ont  en  moyenne  ih  millièmes  de  millimètre  de  diamètre  (14  p); 
celles  des  cordons  postérieurs  ont  au  plus  10  p,  et  souvent  seulement  5  p. 
Dans  le  centre  gris  des  hémisphères  cérébraux,  le  diamètre  des  fibres  est 
en  moyenne  de'  2  à  3  p,  de  telle  sorte  que  sur  les  coupes  microscopiques 
elles  se  présentent  comme  un  pointillé  très-fin.  Il  en  est  de  même  pour  les 
parties  blanches  du  cervelet. 

Substance  grise.  —  Les  cellules  nerveuses  sont  les  éléments  caractéris- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  NERVEUX.  —  .NÉVROGLIE.  111 

tiques  des  divers  amas  de  substance  grise  échelonnés  dans  toute  la  lon¬ 
gueur  de  l’axe  cérébro-spinal;  mais  ces  cellules,  même  dans  les  régions 
où  elles  sont  le  plus  abondantes,  ne  forment  qu’une  faible  partie  de  la 
masse  grise  où  elles  sont  répandues;  entre  elles  se  trouve  unie  masse,  d’as¬ 
pect  finement  réticulé,  qui  est  comme  la  gangue,  la  substance  de  soutien 
dans  laquelle  elles  sont  déposées.  On  discute  depuis  longtemps  sur  la  na¬ 
ture  de  cette  substance,  dite  névroglie  des  centres  gris  :  les  uns,  avec  la  plus 
gi’ande  partie  des  auteurs  allemands,  ne  veulent  voir  en  elle  qu’une  sub¬ 
stance  conjonctive  formant  un  réticulum  très-fin,  avec  noyaux  ;  les  autres, 
et  particulièrement  Ch.  Robin,  considèrent  cette  névroglie  comme  une 
matière  amorphe  dans  laquelle  sont  répandus  des  noyaux  particuliers, 
dits  myélocytes.  Nous  croyons  qu’il  faut  d’abord  attribuer,  dans  la  constitu¬ 
tion  de  cette  névroglie,  une  grande  part  aux  pi'olongements  ramifiés  à  l’in¬ 
fini  que  présentent  les  cellules  nerveuses,  prolongements  qui  forment  entre 
les  cellules  une  sorte  de  réseau  par  lequel  s’établissent  des  communica¬ 
tions  complexes,  nécessaires  pour  la  solidarité  de  fonctionnement  de  ces 
éléments  centraux;  c’est  ainsi  qu’il  faut  comprendre  la  dénomination  de 
substance  nerveuse  qu’ont  donnée  à  la  névroglie  des  centres  gris  des 

physiologistes  frappés  des  propriétés  de  conduction  que  présente  notam¬ 
ment  l’axe  gris  de  la  moelle,  [conduction  indifférente  de  Vulpian,  voy.  ci- 
après  :  Physiologie  de  la  moelle).  Mais  ces  ramifications  des  prolongements 
cellulaires  ne  forment  pas  toute  la  névroglie  :  la  nature  de  ses  autres  élé¬ 
ments  constituants  ne  saurait  être  bien  comprise,  pensons-nous,  qu’en  en  re¬ 
cherchant  l’origine  dans  l’étude  du  développement  de  l’axe  cérébro-spinal 
chez  l’embryon.  On  voit  alors  que  l’axe  gris  est  primitivement  composé  de 
cellules  formées  d’un  noyau  etd’une  masse  proto plasmatique  souvent  réduite 
à  une  mince  couche  périnucléaire  (voy.  p.424).  Ces  cellules  sont  pressées  les 
unes  contre  les  autres,  sans  interposition  d’aucun  autre  élément.  A  mesure 
que  l’axe  gris  se  constitue  avec  ses  formes  et  ses  parties  élémentaires  carac;- 
téristiques,  on  voit  qu’un  certain  nombre  de  ces  éléments  cellulaires  se 
transforment  en  cellules  nerveuses  nettement  caractérisées  par  leurs  prolon¬ 
gements,  leur  noyau  vésiculeux,  leur  nucléole,  tandis  que  les  autres  restent 
à  l’état  de  noyaux  avec  une  mince  couche  de  substance  cellulaire  ;  telles 
sont  l’origine  et  la  nature  des  noyaux  delà  névroglie  {myélocytes).  Ces  dé¬ 
tails  histologiques,  faciles  à  observer  sur  l’embryon  de  poulet,  ont  été  égale¬ 
ment  constatés  sur  les  embryons  de  divers  vertébrés  par  Ch.  Robin  [Anat. 
et  Physiol.  cellulaires,  p.  342),  et  sur  le  fœtus  humain  par  Hermann  Eich- 
horst.  Quant  à  l’aspect  réticulé  du  tissu,  dans  certaines  régions  où  les  cel¬ 
lules  nerveuses  sont  rares  ou  même  manquent  complètement  de  telle  sorte 
qu’on  ne  peut  invoquer  la  disposition  de  leurs  prolongements  ramifiés 
pour  expliquer  cet  aspect,  nous  pensons  qu’il  est  dû  à  des  modifications 
particulières  de  ia  masse  cellulaire  appartenant  au  myélocyte.  Dans  une 
région  particulière,  dans  le  prétendu  sinus  rhombdidal  de  la  moelle  sacrée 
des  oiseaux,  nous  avons  pu  étudier  ce  ti.'su  à  aspect  réticulé,  et  recon  - 
naître  qu’il  est  formé  de  cellules  devenues  vésiculeuses ,  dont  les  parois 
minces,  en  se  superposant  et  se  coupant  en  diverses  directions,  figurent  un 


478  NERFS.  —  anatomie  du  système  nerveux.  —  névroglie. 

réseau,  et  que  la  névroglie  périépendymaire  a  cette  même  nature  dans 
toute  la  longueur  de  l’axe  médullaire  des  oiseaux.  En  est- il  de  même  chez 
les  autres  vertébrés  ?  Nous  ne  saurions  l’aftirmer  encore  ;  peut-être  les  cel¬ 
lules  de  l’axe  gris  embryonnaire,  celles  qui  ne  deviennent  pas  cellules  ner¬ 
veuses,  peuvent-elles  subir  diverses  transformations  et  présenter  elles- 
mêmes  des  prolongements  anastomosés  en  réseau.  Quoi  qu’il  en  soit,  cette 
origine  de  la  névroglie  des  centres  gris  nous  permet  de  la  considérer 
comme  différant  complètement  du  tissu  lamineux  ou  conjonctif,  quels 
que  soient  ses  aspects  variables,  et  ses  formes,  le  plus  souvent  apparentes, 
de  tissu  réticulé. 

Quant  aux  éléments  cellulaires  transformés  en  cellules  nerveuses,  ils  se 
présentent  avec  des  aspects  très-différents  dans  les  cornes  antérieures  et  les 
cornes  postérieures  de  la  moelle,  dans  des  lames  grises  bulbaires  et  protu- 
bérantielles,  dans  les  couches  corticales  du  cerveau  et  du  cervelet. 

Dans  les  cornes  antérieures  de  la  moelle,  on  trouve  de  grosses  cellules 
nerveuses,  étoilées,  à  bords  concaves,  à  prolongements  multiples  ramifiés: 
c’est  la  forme  décrite  comme  type  des  cellules  nerveuses  (ci-dessus  fig.  48) 
dites  motrices,  vu  les  fonctions  motrices  des  régions  médullaires  antérieures 
auxquelles  elles  appartiennent.  Toutes  les  parties  que,  dans  le  bulbe  et  la 
protubérance,  nous  avons  indiquées  comme  formant  le  prolongement  des 
coi’nes  antérieures,  contiennent  des  cellules  nerveuses  semblables  :  telles  sont 
les  colonnes  ou  masses  grises  plus  ou  moins  étendues  désignées  comme 
noyau  de  l’hypoglosse,  comme  noyau  commun  du  facial  et  du  moteur 
oculaire  externe,  comme  noyau  du  nerf  moteur  oculaire  commun  ;  tels  sont 
encore,  dans  les  couches  plus  superficielles  du  bulbe  et  de  la  protubé¬ 
rance,  le  noyau  antérieur  ou  accessoire  de  l’hypoglosse,  la  colonne  motrice 
des  nerfs  mixtes,  le  noyau  antérieur  (dit  inférieur)  du  facial,  le  noyau 
moteur  du  trijumeau. 

La  substance  grise  de  la  tête  de  la  corne  postérieure  ne  présente  que  de 
rares  éléments  auxquels  on  puisse  donner  le  nom  de  cellules  nerveuses, 
lesquelles  sont  petites  et  fusiformes,  rarement  étoilées.  Ces  éléments  sont 
plongés  dans  une  substance,  que  son  aspect  particulier  a  fait  nommer 
substance  gélatineuse-,  et  dans  laquelle  sont  semés  de  très-nombreux 
noyaux  ;  sur  quelques  points  il  est  facile  de  constater  que  les  noyaux  sont 
inclus  dans  des  cellules  devenues  plus  ou  moins  vésiculeuses  :  la  substance 
gélatineuse  de  la  corne  postérieure  est  donc  presque  uniquement  consti¬ 
tuée  par  de  la  névroglie  ;  mais  il  ne  faut  pas  en  conclure  qu’elle  soit  de 
nature  conjonctive  ou  lumineuse  ;  car  il  est  facile  de  se  convaincre  du  con¬ 
traire  en  étudiant  son  développement,  ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut 
en  parlant  de  la  névroglie  en  général.  —  La  tête  de  la  corne  médullaire 
postérieure,  telle  qu’on  la  retrouve,  isolée,  dans  le  bulbe  et  la  protubérance 
(voy.  fig.  67  et  68),  jusqu’au  niveau  de  l’émergence  du  trijumeau,  con¬ 
serve  cette  même  structure. 

La  lame  olivaire  du  bulbe,  l’olive  supérieure  (bulbo-protubérantielle), 
les  couches  grises  interposées,  dans  la  protubérance,  aux  fibres  des  pédon¬ 
cules  cérébelleux  moyens  (fig.  65,66,67)  paraissent  former  des  masses  grises 


NERFS.  — ■  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  STRUCTURE  DES  CIRCONYOLDTIONS.  479 
toutes  de  même  nature  :  elles  sont  composées  de  cellules  petites,  arrondies, 
à  prolongements  très-courts  et  difficiles  à  apercevoir  ;  les  cellules  des  cou¬ 
ches  grises  de  la  protubérance  sont  un  peu  plus  volumineuses  que  celles  de 
l’olive  bulbaire. 

Les  tubercules  quadrijumeaux  et  les  couches  optiques  renferment  des 
cellules  petites  et  à  prolongements  peu  distincts.  Ces  cellules  formeraient,  d’a¬ 
près  Luys,  des  amas  distincts,  méritant  le  nom  de  noyaux  ;  il  y  aurait  dans  la 
couche  optique  quati’e  noyaux  disposés  sur  une  même  ligne  antéro-posté- 
l'ieure  :  noyau  antérieur  (ou  olfactif,  noyau 
moyen  (ou  optique),  noyau  médian  (sensi  - 
bilité  générale),  et  enfin  noyau  postérieur 
(ou  acoustique).  La  masse  désignée  par  Luys 
sous  le  nom  de  noyau  ou  centre  médian  pa¬ 
raît  seule  bien  distincte,  dans  la  partie 
moyenne  de  la  couche  optique.  —  Quant 
aux  éléments  nerveux  qui  composent  les 
diverses  parties  des  coi’ps  striés,  ils  se 
rapprochent,  par  leurs  formes,  des  cel¬ 
lules  de  dimension  moyenne  que  nous 
allons  décrire  dans  la  couche  grise  des 
circonvolutions  cérébrales. 

vDans  la  couche  grise  des  circonvolutions 
on  trouve  des  cellules  nerveuses  d’une 
forme  caractéristique,  qui  leur  a  fait  don¬ 
ner  le  nom  de  cellules  pyramidales  ;  elles 
sont  en  effet  configurées  en  pyramides 
(fig.  73)  plus  ou  moins  allongées,  à  base 
tournée  vers  la  profondeur,  à  sommet  di¬ 
rigé  vers  la  surface  :  ce  sommet,  très-effilé, 
fournit  de  nombreux  prolongements  la¬ 
téraux  {a, a,  fig.  73)  et  se  termine  lui-même 
en  deux  ou  trois  filaments  très-fins.  De  fiés)  —  V,  p’rolongeme’nt  de  i)  base  (cylin- 
la  partie  large  (base)  de  la  cellule  partent 
des  prolongements  semblables,  dont  la 

plupart,  très-fins,  s’insèrent  sur  le  pourtour  de  la  base,  tandis  que 
le  centre  de  cette  base  donne  naissance  à  un  prolongement  cylindrique  (c, 
fig.  7 3)  plus  volumineux  qui,  d’après  quelques  histologistes  (Koschewnikoff), 
pourrait  être  suivi  très-loin,  de  telle  sorte  qu’on  le  verrait  aller  jusque  dans 
la  substance  blanche  médullaire  de  l’hémisphère,  où,  se  revêtant  de 
myéline,  il  formerait  le  cylinder-axis  d’une  fibre  nerveuse.  Ces  cellules 
pyramidales  sont  les  unes  petites  (10  pde  diamètre  ;  petites  pyramides),  les 
autres  très-volumineuses  (22  p.de  diamètre  :  pyramides  géantes).  Il  est  pro¬ 
bable  que  les  cellules  de  la  substance  grise  corticale  ne  sont  ni  également 
nombreuses,  ni  également  développées  selon  les  individus;  mais  à  ce  sujet 
nous  n’avons  guère  de  données  bien  positives.  Ce  qui  paraît  démontré  au¬ 
jourd’hui,  surtout  d’après  les  dernières  recherches  de  H.  G.  Major,  c’est 


Fig.  73.  —  Cellule  pyramidale  de  la 
substance  grise  corticale  {*). 


-180  NERFS.  —  AN.4TOJ1IE  DU  SYSTÈME  N.  —  STRUCTURE  DES  CIRCONVOLUTIONS, 
que,  chez  le  fœtus  et  le  nouveau-né,  les  cellules  des  circonvolutions  céré¬ 
brales  ont  toutes  la  forme  de  petites  masses  sphériques  sans  aucun  prolon¬ 
gement,  et  que  ce  n’est  que  plus  tard,  lorsque  ces  cellules  entrent  en 
activité,  qu’on  voit  apparaître  des  prolongements.  Ces  prolongements  sont 
également  rares  dans  les  circonvolutions  du  cerveau  du  lapin,  du  rat.  Il  est 
donc  probable  qu’il  y  a  un  rapport  entre  l’activité  des  cellules  nerveuses  et 
le  nombre  et  la  comple.vité  de  leurs  anastomoses.  —  Quoi  qu’il  en  soit,  les 
cellules  nerveuses  corticales,  disposées  nettement,  chez  l’adulte,  en  rangées 
plus  ou  moins  distinctes,  et  séparées  par  des  réseaux  de  fibrilles  et  des 
stratifications  d’éléments  plus  ou 
moins  arrondis  (noyaux),  forment  les 
couches  distinctes  que,  même  à  l’œil 
nu,  on  aperçoit  sur  une  coupe  de  la 
substance  grise  corticale. 

On  sait,  en  effet,  que  déjà  Baillarger 
avait  montré  la  substance  grise  des 
circonvolutions  comme  formée  de 
six  couches  concentriques,  alterna¬ 
tivement  opaques  et  transparentes, 
en  allant  de  la  superficie  à  la  pro¬ 
fondeur.  Les  études  microscopiques 
dues  à  Ch.  Robin  et  à  Luys  en  Fran¬ 
ce ,  et  à  un  très  -  grand  nombre 
d’histologistes  allemands  (Arndt,  Stie- 
da,  Meynert,  etc.),  ont  fourni,  sur 
la  disposition  des  éléments  anatomi¬ 
ques  des  circonvolutions,  des  no¬ 
tions  qui  rendent  bien  compte  de 
cet  aspect  stratifié.  On  trouve,  en 
effet,  sur  les  coupes  des  circonvo¬ 
lutions  frontales,  par  exemple,  cinq 
ou  six  couches  constituées  par  des 
éléments  différents  et  qui  sont ,  en  al¬ 
lant  de  la  superficie  à  la  profondeur  :  1°  une  couche  d’apparence  hyaline, 
mais  formée  en  réalité  d’une  matière  fondamentale  granuleuse,  peut-être 
de  névroglie  pure,  dans  laquelle  sont  éparses  quelques  cellules  étoilées  très- 
petites,  munies  de  prolongements  très-fins  ;  —  2°  une  couche,  en  général, 
de  la  même  épaisseur  que  la  précédente  et  caractérisée  par  la  présence  de 
très-nombreuses  cellules  pyramidales,  de  la  variété  dite  petites  pyramides, 
disposées  en  rangées  très-serrées  (fig.  74,  en  2)  ;  —  3“  une  couche  aussi 
épaisse  à  elle  seule  que  les  deux  précédentes  réunies,  et  caractérisée  par  la 
présence  des  cellules  pyramidales,  surtout  abondantes  dans  les  zones  les 
plus  internes  de  la  couche  et  appartenant  à  la  variété  dite  grandes  pyra¬ 
mides  (fig.  74,  en  3)  ;  —  4°  une  couche  formée  d’éléments  cellulaires  petits, 
de  foi’me  peu  régulière,  très-serrés  les  uns  contre  les  autres,  et  rappelant, 
par  leur  disposition,  celle  des  couches  granuleuses  de  la  rétine  (fig.  74,  en  4)  ; 


(de  la  région  frontale)  (*). 


des  cellules  de  la  voliüon  (au-d. 
dernière  couche  est  la  substance 
laire). 


NERFS.  —  ANATO.MIE  Dû  SYSTÈME  N.  —  STRUCTURE  DES  CIRCONVOLUTIONS.  481 
—  5°  et  6“  Couche  aussi  épaisseque  la  troisième,  caractérisée  par  des  cellules 
étoilées,  ou  plus  souvent  fusiformes  (fig.  74,  en  5-6),  que  Ch.  Robin  nomme 
cellules  volumineuses  de  la  volition;  ces  cellules  ont  en  effet  30  de  dia¬ 
mètre  en  moyenne  ;  elles  sont  surtout  abondantes  dans  les  zônes  les  plus 
profondes,  c’est-à-dire  dans  la  sixième  couche  (Ch.  Robin).  —  D’après 
V.  Butzke  (de  Moscou) ,  le  caractère  distinctif  des  cellules  nerveuses  de 
l’écorce  cérébrale  {cellules  pyramidales,  en  général),  serait  la  striation 
longitudinale  qui  se  remarquerait  tant  sur  le  corps  cellulaire  que  sur  ses 
prolongements  ;  cette  striation  longitudinale,  dit  Butzke,  caractérise  la 
cellule  nerveuse  au  même  titre  que  la  striation  transversale  caractérise 
la  fibre  musculaire. 


Tel  est  le  type  général  de  la  substance  grise  des  circonvolutions;  mais  ce 
type  est  plus  ou  moins  modifié  dans  les  diverses  régions  autres  que  le  lobe 
frontal.  Ainsi,  dans  la  couche  grise  des  circonvolutions  occipitales,  on  dis¬ 
tingue,  même  à  l’œil  nu,  une  bande  blanche  qui  divise  cette  couche  en  une 
pqrtie  superficielle  et  une  partie  profonde.  L’examen  microscopique  montre 
que  cette  bande  blanche,  dite  ruban  de  Vicq-d'Azyr,  est  due  à  ce  que  la 
couche  des  grandes  pyramides  (3®  couche  ci-dessus)  est  absente,  et  que  sa 
place  est  occupée  par  une  extension  de  la  quatrième  couche  (couche  granu¬ 
leuse)  .  Vicq  d’Azyr  ne  croyait  pas  cette  disposition  constante.  Broca  a  montré 
qu’on  la  rencontre  toujours  sur  les  coupes  des  circonvolutions  de  l’étage 
inférieur  du  lobe  occipital.  D’autre  part,  la  couche  grise  du  lobule  de  Tin sula 
est  caractérisée  par  le  développement  de  sa  sixième  couche,  ou  couche  des 
cellulesvolumineuses  delà  volition  :V  avant-miir  (voy.  p.  472)  est  composé  de 
ces  cellules,  et  doit,  par  suite,  ainsi  que 

nous  l’avons  déjà  fait  pressentir,  être  rat-  _ 

taché  à  la  couche  profonde  de  la  substance  ri  Jl\j  1/'’' jjlt  il 

grise  corticale  de  l’insula.  La  substance  \  'h  'Xl*  v  /4y/4l 

grise  de  la  corne  d’Ammon  est  remarquable  l'î/\  1 

par  le  développement  de  la  troisième  cou-  W  Jxj 

che,  c’est-à-dire  par  l’abondance  etlevolume 

de  ses  grandes  cellules  pjTamidales.  Il  est  ^ 

enfin  une  région  où  ces  cellules  de  la  troi-  ^ 

sième  couche  atteignent  des  dimensions 

relativement  énormes  ;  c’est  dans  le  lobule 

paracentral  {voy.  p.  453),  où  les  cellules 

dites  pyramides  géantes  mesurent  jusqu’à  fig.  75.  -  Disposiiioa  des  couches  et 
50  jx  de  diamètre.  éléments  cellulaires  de  la  sub- 

La  substance  blanche  du  cervelet  (A,  f  «ce  grise  corticale  du  cervelet.  (*) 

.  .  HT  r V  ()  A,  substance  blanche; — i ,  coucherouU- 

Ilg.  75),  ainsi  que  celle  des  pédoncules  ou  granuleuse  ;  —  2.  couche  des  cellules 
cérébelleux,  est  composée  de  tubes  s,  couche  amorphe  superfin 

nerveux  fins  entre  lesquels  sont  semés 

de  nombreux  noyaux  (myélocytes).  Au  contact  de  la  substance  blanche  et  de 
la  substance  grise  corticale,  ces  noyaux  deviennent  plus  abondants  encore, 
et  forment  par  leur  juxtaposition  la  couche  profonde  de  la  substance  grise 
cérébelleuse  (1,  fig.  75)  ;  cette  couche  profonde  a,  sur  les  coupes  de  tissu 


482  NERFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  vaisseaux  de  l’encéphale. 
frais,  une  couleur  jaune  rouillée,  d’où  les  noms  de  couche  rouillée  ou  couche 
à  noyaux.  Sur  cette  couche  repose  une  rangée  unique  de  grosses  cellules, 
dites  cellules  de  Purkinje,  et  dont  la  configuration  est  tout  à  fait  caractéris¬ 
tique  (2,  fig.  75).  Elles  sont,  en  effet,  constituées  par  un  gros  corps  cellu¬ 
laire  en  forme  de  massue,  dont  la  grosse  extrémité  est  dirigée  vers  la  pro¬ 
fondeur,  et  dont  la  partie  mince  se  dirige  vers  la  surface  en  se  dichotomi¬ 
sant  de  manière  à  rappeler  l’aspect  d’un  bois  de  cerf;  ces  ramifications 
paraissent  s’anastomoser  en  se  distribuant  dans  la  couche  superficielle 
(8,  fig.  75)  de  la  substance  grise  cérébelleuse,  couche  formée  d’une  substance 
amorphe  dans  laquelle  sont  épars  quelques  corps  cellulaires  ou  noyaux  dont 
la  nature,  non  plus  que  la  signification,  n’ont  encore  été  précisées.  —  D’a¬ 
près  Hadlich,  les  nombreux  épanouissements  fibrillaires  que  les  cellules  de 
Purkinje  envoient  du  côté  de  la  périphérie,  au  lieu  d’aller  se  terminer  près 
de  la  surface,  se  replient  et  reviennent  en  arrière  dans  les  couches  plus 
profondes,  après  avoir  formé  un  angle  passablement  aigu.  Ces  fibres  en 
retour  dépassent  les  grandes  cellules  de  Purkinje,  mais  on  ne  peut  les 
poursuivre  au-delà.  Hadlich  se  demande  si  elles  ne  deviendraient  pas  le 
cylindre  axe  de  tubes  nerveux. 

Vaisseaux  des  centres  nerveux  encéphaliques.  — Nous  ne  saurions  insister 
ici  sur  les  détails  d’anatomie  descriptive  relatifs  à  l’origine  et  à  la  disposition 
des  vaisseaux  artériels  de  l’encéphale  («oÿ.  art.  Carotides, /Irîèm)  ;  notre 
but  est  seulement  de  résumer  quelques  recherches  récentes  sur  le  mode  de 
distribution  de  ces  vaisseaux,  et  de  signaler  des  résultats  anatomiques  qui 
ont  déjà  reçu  d’importantes  applications  à  la  physiologie  pathologique.  Ces 
résultats  sont-ils  tous  parfaitement  exacts?  Ne  s’est-on  pas  parfois  un  peu 
trop  hâté  de  généraliser  et  de  formuler  des  lois  ?  C’est  une  question  à  laquelle 
nous  ne  saurions  répondre  pour  notre  part,  n’ayant  pas  fait  à  ce  sujet  de  re¬ 
cherches  personnelles  ;  mais  nous  devons  dire  qu’à  en  croire  les  recherches 
de  contrôle  entreprises  par  Cadiat  et  communiquées  à  la  Société  de  biologie, 
il  y  aurait  peut-être  beaucoup  à  revoir  sur  la  topographie  de  la  vascula- 
larisation  cérébrale,  telle  que  l’a  formulée  H.  Duret.  Ces  réserves  faites, 
nous  résumerons  rapidement  les  résultats  publiés  par  cet  anatomiste  en 
insistant  principalement  sur  les  points  qui  paraissent  de  nature  à  jeter 
une  certaine  lumière  sur  les  faits  pathologiques  (hémorrhagies  céré¬ 
brales) . 

Rappelons  que  la  circulation  artérielle  de  chaque  hémisphère  est  assurée 
par  trois  troncs  qui  proviennent  du  cercle  de  Willis  {voy.  article  :  C.arotides): 
1“  la  cérébrale  antérieure;  2°  la  cérébrale  moyenne  ou  artère  sylvienne  ;  3“  la 
cérébrale  postérieure.  Cette  dernière  vient  du  tronc  basilaire,  tandis  que  les 
deux  premières  viennent  de  la  carotide  interne.  Chacune  de  ces  artères  donne 
naissance  à  deux  systèmes,  de  vaisseaux,  à  deux  appareils  irrigateurs,  que 
Duret  s’est  attaché  à  bien  distinguer  l’un  de  l’autre;  • —  l’un  de  ces  systèmes 
résulte  de  la  division  régulière  de  ces  artères  en  branches  d’un  calibre  de 
plus  en  plus  petit,  formant  un  réseau  soutenu  par  la  pie-mère  et  péné¬ 
trant,  par  une  riche  série  de  fins  ramuscules,  dans  la  substance  grise  cor¬ 
ticale  des  hémisphères:  c’est  le  système  des  artères  corticales.  —  l’autre 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  VAISSEAUX  DE  l’eNCÉPHALE.  483 
système  est  formé  de  vaisseaux  qui  naissent  en  général  de  la  portion  origi¬ 
nelle  des  artères  cérébrales,  comme  les  jeunes  rejetons  qui,  selon  l’heu¬ 
reuse  comparaison  d’Heubner,  poussent  à  la  base  des  arbres.  Ces  vaisseaux 
s’enfoncent  immédiatement  dans  la  base  du  cerveau  et  arrivent  ainsi  direc¬ 
tement  dans  la  partie  centrale  des  hémisphères,  dans  les  noyaux  striés  et 
optiques.  D’après  Duret,  ces  vaisseaux  se  distribuent  chacun  à  un  territoire 
indépendant  :  ils  ne  s’anastomosent  pas  entre  eux  ;  ils  ne  s’anastomosent 
pas  non  plus  avec  les  artères  corticales.  On  comprend  donc  combien  il 
•serait  important  d’établir  une  topographie  exacte  de  ces  territoires  vascu¬ 
laires,  puisque  depuis  longtemps  l’observation  clinique  montre  que  les 
lésions  les  plus  communes  du  cerveau  dépendent  de  ruptures  ou  d’oblité¬ 
rations  vasculaires.  Voici,  d’après  Duret,  comment  est  disposée  la  distribu¬ 
tion  des  vaisseaux  centraux,  les  plus  intéressants  à  étudier  à  ce  point  de 
vue,  puisque  c’est  en  eux  que  les  hémorrhagies  sont  les  plus  fréquentes, 
sans  doute,  comme  l’a  fait  remarquer  Charcot,  parce  que  les  artérioles  de 
ces  noyaux  reçoivent  l’impulsion  cardiaque  plus  directement  que  les  capil¬ 
laires  de  la  substance  corticale  : 

L’artère  cérébrale  postérieure  va,  par  les  rameaux  qui  se  détachent 
l’e  sa  base,  former  les  plexus  choroïdes,  c’est—à-dire  donner  aux  parois 
•des  ventricules;  elle  donne  de  plus  :  aux  tubercules  quadrijumeaux; 
à  la  couche  optique  (ai’tère  optique  antérieure,  et  artère  optique  pos¬ 
térieure). 

L’artère  cérébrale  moyenne  ou  sylvienne,  donne  dès  son  origine  un 
nombre  considérable  de  rameaux  qui  traversent  l’espace  perforé  latéral  et 
arriventainsi  danslacapsule  interne  {roy.  p.  470),  où  ils  forment  deux  groupes 
nommés,  d’après  leur  situation,  l’antérieur,  groupe  des  artères  lenticulo- 
striées  {voy.  p.  473),  le  postérieur,  groupe  des  artères  lenticulo-optiques.  — 
Les  artères  lenticulo-striées  vascularisent  les  noyaux  intra-ventriculaire 
(noyau  caudé)  et  extra-ventriculaire  (noyau  lenticulaire)  du  corps  strié  ;  les 
lenticulo-optiques  se  distribuent  à  la  partie  externe  et  antérieure  de  la 
couche  optique. 

Les  recherches  de  H.  Duret  ont  également  porté  sur  la  vascularisation  du 
bulhe  et  de  la  protubérance.  Rappelons  d’abord  que  les  noyaux  gris  de 
cette  région  sont  échelonnés  et  groupés  de  telle  sorte  qu’on  peut  les  classer 
en  deux  étages  :  l’étage  inférieur,  représenté  surtout  par  la  région  de  l’hypo¬ 
glosse  ;  l’étage  supérieur,  représenté  par  le  noyau  du  facial  et  du  moteur 
oculaire  externe  et  par  le  noyau  du  trijumeau.  La  physiologie  pathologique 
•a  montré  que  cette  division  avait  une  certaine  importance,  et  répondait  bien 
à  certaines  formes  cliniques  :  aussi,  a-t-on  donné  au  premier  étage  le  nom 
de  bulbe  inférieur  ou  bulbe  proprement  dit,  et  au  second  étage  le  nom  de 
bulbe  supérieur  ourégion  buïbo-protubérantielle.  Duret  s’est  attaché  à  mon¬ 
trer  que  cette  distinction,  quela  physiologie  et  surtout  la  pathologie  ont  faif 
établir  entre  le  bulbe  supérieur  et  le  bulbe  inférieur,  s’applique  également  à 
la  distribution  artérielle  de  cet  organe.  —  1°  Le  bulbe  inférieur  est  alimenté 
par  les  artères  spinales  antérieures,  branches  de  la  vertébrale  ;  ces  artères 
fournissent  des  rameaux  antéro-postérieurs  ou  médians,  qui  se  portent 


484  NERFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  parties  périphériques. 
directement  d’avant  en  arrière  de  chaque  côté  du  sillon  médian  et  duraphé 
qui  lui  fait  suite,  pour  aboutir  aux  noyaux  étagés  le  long  de  la  moitié  infé¬ 
rieure  du  plancher  du  quatrième  ventricule  ;  — ■  2»  le  bulbe  supérieur  (ré¬ 
gion  bulbo-protubérantielle)  reçoit  ses  artères  du  tronc  basilaire  né  de  la 
l’éunion  des  deux  vertébrales.  —  Il  résulte  de  cette  disposition  anatomique 
qu’il  existe,  jusqu’à  un  certain  point,  une  véritable  indépendance  entre  le 
bulbe  supérieur  ou  protubérantiel  et  le  bulbe  inférieur,  pour  ce  qui  a  trait 
à  la  circulation  artérielle.  Une  oblitération  de  la  vertébrale,  de  l’un  ou  de 
l’autx’e  côté,  compromettra  surtout  la  nutrition  et  le  fonctionnement  du 
bulbe  inférieur  ;  elle  produira  dans  quelques  cas,  malgré  son  siège  uni¬ 
latéral,  surtout  lorsque  ce  siège  est  à  gauche,  une  paralysie  bulbaire  com¬ 
plète,  et  non  une  hémiplégie-bulbaire  ;  ce  qui  s’explique  par  une  anomalie, 
assez  fréquente  selon  Duret,  à  savoir  qu’il  n’existe  qu’une  seule  spinale  an¬ 
térieure  provenant  de  la  vertébrale  gauche.  Les  oblitérations  portant  sur  le 
tronc  basilaire,  produisent  des  phénomènes  paralytiques  localisés  dans  la 
sphère  du  facial  et  de  l’oculo-moteur,  et  témoignent  ainsi  d’une  atteinte  de 
la  région  bulbaire  supérieure. 

Les  petits  vaisseaux  qui  parcoui’ent  la  substance  cérébrale  sont  entourés 
d’une  gaine  dite  gaine  lymphatique,  pour  la  description  de  laquelle  nous 
renvoyons  à  l’article  Lymph.atiqües  (t.  XXI,  p.  6  et  7).  Nous  ajouterons  seu¬ 
lement,  que,  pour  bien  justifier  le  mot  de  gaine  lymphatique  appliqué  à 
l’espace  périvasculaire  des  vaisseaux  cérébraux,  il  faudrait  démontrer  tout 
d’abord  que  ces  espaces  communiquent  avec  le  système  lymphatique  :  il 
faudrait  faire  parvenir  une  injection  de  ces  espaces  jusque  vers  des  gan¬ 
glions  lymphatiques.  Ce  résultat  n’a  pas  encore  été  obtenu.  Aujourd’hui 
encore,  les  auteurs  sont  loin  d’être  d’accord  même  sur  la  structure  de  la 
membrane  périvasculaire  et  sur  sa  signification  morphologique.  Dans  un 
travail  récent,  Riedel  (de  Rostock)  est  amené  à  considérer  la  paroi  de 
la  gaine  lymphatique  comme  formée  simplement  de  cellules  endothéliales 
soudées,  sans  aucun  autre  substratum  conjonctif.  En  tout  cas,  il  n’est  guère 
possible  de  se  ranger  à  l’opinion  de  Kesteven,  d’après  lequel  les  espaces 
périvasculaires’ des  centres  nerveux  auraient  toujours  une  origine  patholo¬ 
gique  et  seraient  produits  par  une  sorte  de  raréfaction  du  tissu  nerveux, 
dépendant'  de  troubles  circulatoires,  les  vaisseaux  étant  tantôt  gorgés  et 
tantôt  vides  de  sang. 

On  a  aussi  décrit  des  espaces  périlymphatiques  cellulaires;  tel  est  le  nom 
que  Obersteiner  a  donné  à  l’espace  clair  au  milieu  duquel  sont  plongées 
les  cellules  nerveuses  des  parties  grises  de  la  moelle  ou  de  l’encéphale  ; 
mais  cet  espace  n’est  sans  doute  que  le  résultat  artificiel  de  la  prépara¬ 
tion,  et,  en  tout  cas,  rien  n’autorise  à  le  considérer  comme  de  nature  lym¬ 
phatique. 

*  VIL  Du  système  uevTenx  périphérique.  —  considérations  géné¬ 
rales.  —  Les  conducteurs  qui  relient  les  parties  sensibles  du  corps  aux 
organes  nerveux  centraux  et  ceux  qui  mettent  les  organes  nerveux  centraux 
en  rapport  avec  les  muscles,  les  glandes  et  quelques  autres  tissus,  se  réu¬ 
nissent  eu  cordons  blancs  qu’on  nomme  nerfs,  et  qui  présentent  tous  une 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  PÉRIPHÉRIQUES.  485 
structure  très-analogue,  si  ce  n’est  dans  quelques  régions  où  des  ganglions 
se  trouvent  développés  sur  leur  trajet.  Vu  cette  conformité  générale  de 
structure,  il  nous  paraît  naturel  de  commencer,  ainsi  que  nous  l’avons  fait 
pour  les  masses  centrales,  l’étude  du  système  périphérique  par  quelques 
indications  sur  la  nature  et  les  dispositions  des  éléments  qui  composent  les 
cordons  nerveux,  plus  ou  moins  volumineux,  dont  nous  résumerons  en¬ 
suite  l’anatomie  descriptive. 

Les  tubes  nerveux  et  les  cellules  nerveuses  sont,  avons-nous  dit  (p.  457), 
les  éléments  essentiels  et  caractéristiques,  les  premiers,  des  conducteurs 
nerveux  (nerfs),  les  secondes,  des  masses  centrales  (substance  grise  de  la 
moelle  et  de  l’encéphale).  Mais  à  ces  éléments  s’en  joignent  d’autres  qu’on 
peut  considérer  comme  accessoires  et  nullement  caractéristiques,  puisqu’ils 
sont,  sous  des  formes  variées,  répandus  également  dans  les  tissus  autres 
que  le  tissu  nerveux.  Nous  avons  étudié  les  éléments  anatomiques  accessoires 
des  centres  nerveux  (cloisons  detissulamineux,  névroglie,  vaisseaux,  etc.). 
Des  parties  analogues  entrent  dans  la  constitution  du  système  nerveux  péri¬ 
phérique.  Ainsi,  pour  constituer  les  nerfs  visibles  à  l’œil  nu,  ceux  que 
l’anatomie  descriptive  passe  minutieusement  en  revue,  les  tubes  nerveux 
microscopiques  se  groupent  en  s’entourant  de  tissu  conjonctif  :  d’abord  les 
tubes  et  leurs  faisceaux  primitifs  sont  enveloppés  dans  une  gaine  tubuleuse 
de  substance  homogène,  un  peu  striée  en  long,  c’est  le  ‘périnèvre  (Gb. 
Robin).  Les  faisceaux  ainsi  formés  sont  alors  entourés  par  une  gaine 
formée,  cette  fois,  de  véritable  tissu  conjonctif  ou  lamineux  lâche,  dans 
lequel  rampent  les  capillaires  nourriciers  des  nerfs  :  c’est  le  névrilème. 
Enfin,  le  tronc  nerveux  total  est  compris  dans  une  enveloppe  générale  de 
tissu  conjonctif,  dont  le  névrilème  est  du  reste  une  dépendance.  Sappey 
a  montré  que  ces  enveloppes  névrilématiques  reçoivent  des  filets  nerveux, 
qui  sont  aux  nerfs  ce  que  les  vasa-vasorum  sont  aux  vaisseaux,  d’où  le  nom 
de  nervi  nervorum  sous  lequel  il  les  a  désignés. 

Ces  cordons  nerveux,  ainsi  constitués,  naissent  de  la  moelle  épinière  ou 
des  parties  qui,  à  la  base  de  l’encéphale,  continuent  la  moelle  jusque  dans 
la  cavité  crânienne  (bulbe,  protubérance,  pédoncules  cérébraux)  :  aussi  a-t-on 
divisé  les  nerfs,  d’après  ces  deux  ordres  d’origines,  en  nerfs  rachidiens  et 
nerf  s-crâniens. 

Dans  Jieur  trajet,  depuis  leur  origine  jusqu’à  leurs  terminaisons  périphé¬ 
riques,  ces  nerfs  s’anastomosent  souvent  enti’e  eux,  forment  des  plexus  ; 
mais  ici  le  mot  d’anastomose  a  un  sens  qu’il  faut  bien  préciser  ;  il  indique 
simplement  un  échange  de  fibres  entre  deux  ou  plusieurs  nerfs,  les  fibres 
changeant  de  rapport,  allant  s’adosser  simplement  aux  fibres  d’un  autre 
cordon,  sans  que  pour  cela  il  y  ait  aucun  abouchement  ou  continuité  com¬ 
parable  à  ce  qui  se  passe  dans  les  véritables  anastomoses  vasculaires.  En  effet, 
les  plexus  formés  par  les  anastomoses  des  nerfs,  comme  les  plexus  pharyn¬ 
gien,  cardiaque,  etc.,  ont  pour  résultat,  non  pas  de  mêler  et  de  confondre 
les  influences  que  les  divers  rameaux  constituants  apportent  des  centres 
nerveux  où  ils  prennent  naissance,  mais  d’amener  distinctement  ces 
influences  vers  l’organe  innervé,  de  sorte  que  chacune  d’elles  pourra  se 


486  NEUFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  nerfs  rachidiens. 

faire  sentir  isolément  à  un  moment  donné,  indépendamment  de  celles  qui 

peuvent  être  transmises  par  les  fibres  nerveuses  voisines. 

En  approchant  de  la  périphérie,  les  troncs  nerveux  se  dichotomisent 
d’une  manière  plus  ou  moins  régulière,  c’est-à-dire  que  les  fibres  ner¬ 
veuses  se  séparent  en  petits  faisceaux  de  plus  en  plus  simples,  de  tellu 
sorte  qu’au  voisinage  de  leurs  parties  terminales  les  fibres  primitives  se 
trouvent  isolées  et  parviennent  ainsi  à  leur  point  de  distribution  ultime. 
Quant  aux  organes  terminaux  avec  lesquels  elles  entrent  en  connexions, 
les  uns,  ceux  des  nerfs  moteurs,  ont  été  décrits  à  l’article  Müscle  {voy.  ci-des¬ 
sus  pg.  216)  ;  les  autres,  ceux  des  nerfs  sensitifs,  ont  trouvé  ou  trouveront 
place  à  propos  des  organes  des  sens  {voy.  Goût,  Rétine,  Tact,  etc.,  etc.). 

Tous  lés  tissus  qui  l’eçoivent  des  vaisseaux  reçoivent  également  des 
nerfs  :  inutile  d’insister  sur  l’existence  de  nerfs  destinés  aux  muscles,  aux 
muqueuses,  à  la  peau,  etc.  ;  ceux  des  os,  quoique  incontestables,  sont 
très-grêles  et  très-rares  ;  d’après  Sappey,  les  os  spongieux  en  renferment 
très-peu,  et  le  tissu  osseux  compacte  en  est  totalement  dépourvu.  Dans  les^ 
parties  fibreuses,  dit  Sappey,  leur  distribution  est  très-inégale  :  ils  sont  ex¬ 
trêmement  abondants  dans  le  périoste  et  dans  les  bourrelets  destinés  à  agi’an- 
dir  les  cavités  articulaires  ;  on  les  trouve  en  grand  nombre  dans  la  plupart 
des  ligaments;  mais  ils  sont  rares  dans  les  tendons,  plus  rares  encore  dans 
les  aponévroses,  et  on  n’en  trouve  nulle  trace  dans  les  cartilages. 

A.  DES  NERFS  RACHIDIENS.  —  Rucines  dcs  nerfs  rachidiens.  —  Nous  avons 
déjà  indiqué  comment  les  nerfs  rachidiens  prennent  leurs  origines  appa¬ 
rentes  par  deux  racines,  qui  émergent  au  niveau  des  sillons  collatéraux  an¬ 
térieur  et  postérieur  {voy.  ci-dessus,  p.à27)  de  la  moelle  épinière.  Quant  à 
leur  origine  réelle,  c’est-à-dire  quant  aux  connexions  intimes  de  ces  filets 
radiculaires  avec  les  parties  grises  çt  blanches  qui  constituent  la  moelle 
épinière,  cette  origine  est  facile  à  élucider  pour  les  racines  antérieures,  elle 
est  encore  discutable  pour  les  racines  postérieures  :  — l°les  filets  radiculaires 
antérieurs  proviennent  évidemment  des  cornes  antérieures  de  la  substance 
grise  de  la  moelle  ;  les  cylindres-axes  des  tubes  des  racines  antérieures  sont 
en  connexion  évidente  avec  les  grosses  cellules  (dites  cellules  motrices)  de- 
ces  cornes;  — 2“  les  racines  postérieures  ne  vont  pas,  comme  on  le  croyait 
tout  d’abord,  aux  cellules  de  la  tête  des  cornes  postérieures  ;  elles  contour¬ 
nent  ou  traversent  directement  cette  tête,  pour  aller  vers  le  col  de  la  corne 
postérieure.  Comment  se  comportent-elles  ensuite  ?  C’est  là  une  question 
qu’il  est  encore  impossible  de  résoudre,  si  Ton  ne  veut  se  contenter  de 
ces  résultats  hypothétiques  d’une  anatomie  de  commande,  faite  a  priori 
pour  répondre  aux  besoins  de  la  physiologie  :  faut-il  admettre  des  fibres 
qui,  des  racines  postérieures,  iraient  jusqu’aux  cellules  motrices  des  cornes 
antérieures  et,  représenteraient  les  voies  centripètes  destinées  à  provoquer 
les  actes  réflexes  ?  Quelques  faits  d’anatomie  pathologique  seihblent  indi¬ 
quer  certaines  connexions  de  ce  genre  :  on  sait  qu’il  n’est  pas  rare,  dans  le 
cours  de  l’ataxie  locomotrice,  de  voir  se  produire  une  atrophie  musculaire  ; 
or  dans  les  cas  de  ce'genre,  Charcot  et  Pierret,  pour  une  atrophie  musculaire 
imitée  au  côté  droit,  ont  constaté  que  la  corne  grise  antérieure  du  côté  droit 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  RACHIDIENS.  487 

était  manifestement  atrophiée,  aussi  bien  à  la  région  lombaire  qu’à  la  région 
cervicale  ;les  grandes  cellules  motrices  présentaient  des  altérations  profondes  ; 
celles  qui  constituent  le  groupe  externe,  en  particulier,  avaient  en  grande 
partie  disparu  pour  faire  place  à  un  état  scléreux.  Charcot  fait  remarquer 
que  vraisemblablement  le  processus  irritatif,  primitivement  développé  dans 
les  cordons  et  les  racines  postérieurs,  se  sei-a  propagé  jusqu’aux  extrémi¬ 
tés  de  la  substance  grise  antérieure  et  y  aura  déterminé  les  lésions  qui  pré¬ 
sident  au  développement  de  l’amyotrophie  de  cause  spinale,  par  la  voie  des 
filets  nerveux  qui,  d’après  Stilling,  Clarke  et  Kôlliker,  proviennent  des  ra¬ 
cines  postérieures,  composent  les  faisceaux  radiculaires  internes,  se  diri¬ 
gent  vers  les  cornes  antérieures  de  la  substance  grise  et  pourraient  être 
suivis  jusqu’au  groupe  externe  des  cellules  nerveuses  motrices.  Torquato 
Beisso  (journal  lo  Sperimentale,  1873)  a  de  nouveau  émis  cette  opinion  que 
les  fibres  radicales  postérieures,  ne  se  perdant  pas  dans  la  substance  grise  de 
la  corne  postérieure,  seraient  recueillies  par  l’élément  cellulaire  du  groupe 
postérieur  et  externe  de  la  corne  antérieure.  D’autre  part,  faut-il  admettre  des 
fibres  qui  suivraient  un  trajet  ascendant  jusque  vers  les  centres  perceptifs  ou 
encéphaliques?  Mais  quel  anatomiste  a  pu  suivre  et  démontrer  le  trajet  de 
fibres  semblables?  Pour  montrer  combien  les  descriptions  de  ce  genre  sont 
encore  hypothétiques,  nous  citerons  seulement  les  résultats  auxquels  est 
arrivé  Pierret,  un  des  anatomistes  les  plus  autorisés  en  ce  genre  de  recher¬ 
ches  :  d’après  Pierret,  les  fibres  sensitives  des  racines  postérieures  des  paires 
nerveuses  lombaires  et  dorsales  se  rendraient  dans  les  colonnes  de  Lockart 
Clarke  ;  mais  alors  il  faudrait  admettre  que  les  fibres  sensitives  lombaires 
ne  trouvent  leur  centre  d’drigine  qu’au-dessus  du  renflement  lombaire  lui- 
même,  puisque  les  colonnes  de  Clarke  n’existent  chez  l’homme  que  dans  la 
région  dorsale  de  la  moelle  épinièi’e  ;  et  que  dii’e  de  la  moelle  des  animaux 
chez  lesquels  on  ne  trouve  pas  de  colonne  de  Clarke  et  dont  cependant  les 
racines  postérieures  sont  incontestablement  des  racines  sensitives?  Quant 
aux  fibres  sensitives  des  paires  nerveuses  cervicales,  elles  se  rendraient 
dans  une  série  de  noyaux  échelonnés  dans  le  bulbe  au-dessous  des  noyaux 
du  trijumeau,  c’est-à-dire,  dit  Pierret,  dans  le  ganglion  restiforme.  Cette 
dernière  conclusion  paraît  être  plutôt  le  résultat  d’inductions  basées  sur 
l’anatomie  pathologique  que  sur  des  faits  rigoureusement  empruntés  à  l’ana¬ 
tomie  normale.  Or,  si  dans  le  tabes  dorsualis,  principalement  invoqué  par  cet 
auteur,  la  lésion  spinale,  qui  évolue  dans  le  domaine  des  zones  radiculaires 
postérieures,  se  complique  de  dégénérescence  des  colonnes  de  Clarke  et  des 
ganglions  restiformes,  ce  fait  ne  suffit  pas  pour  démontrer  que  ces  masses 
ganglionnaires  soient  le  centre  des  fibres  sensitives,  car  on  trouve  aussi 
dans  ces  cas  un  certain  degré  de  dégénérescence  d’une  partie  des  masses 
grises  des  cornes  antérieures.  Nous  préférons  donc,  pour  le  moment,  avouer 
notre  ignorance  sur  les  relations  complexes  que  les  fibres  radiculaires  pos¬ 
térieures  peuvent  présenter  avec  les  diverses  parties  grises  et  blanches  de 
l’axe  nerveux  médullaire  ;  l’étude  physiologique  des  voies  conductrices  de 
la  sensibilité  dans  la  moelle,  montrera  {voy.  ci-après  ;  Physiologie  de  la 
moelle  épinière)  combien  ces  réserves  sont  légitimes. 


NERFS.  —  AN.4T0,¥IE  DU  SYSTE.ME  N.  —  NERFS  n.4CHIDIEi\S. 


Les  racines  antérieures  et  les  racines  postérieures,  formant  une  paire  spi¬ 
nale,  se  dirigent  vers  les  trous  de  conjugaison,  où  elles  s’engagent;  puis, 
au  niveau  de  ces  trous,  les  deux  ordres  de  racines  se  fusionnent,  et  la  paire 
rachidienne  se  trouve  constituée.  Si,  à  la  série  des  trous  de  conjugaison,  on 
ajoute  l’espace  latéral  situé  entre  l’oc- 

_  cipital  et  l’atlas,  puis  les  trous  sacrés, 

et  enfin  l’échancrure  qui  sépare  le  sommet 
du  sacrum  de  la  base  du  coccyx,  on  com¬ 
prend  facilement  qu’il  y  a,  chez  l’homme, 
de  chaque  côté  de  la  moelle  épinière,  trente 
et  une  paires  rachidiennes,  dont  huit  cer¬ 
vicales,  douze  dorsales,  cinq  lombaires  et 
six  sacrés.  Avant  d’indiquer  la  distribu¬ 
tion  périphérique  de  ces  paires  cervica¬ 
les,  dorsales,  lombaires  et  sacrées,  nous 
devons  parler  de  la  présence  du  ganglion 
spinal. 

On  nomme  ganglion  spinal  (fig.  76)  ou 
intervertébral  un  renflement  ovoïde  dé¬ 
veloppé  sur  le  trajet  de  chaque  racine 
postérieure  à  son  passage  dans  le  trou  de 
conjugaison,  avant  sa  fusion  avec  la  l’a- 
cine  antérieure.  Ces  ganglions,  outre  les 
fibres  nerveuses  radiculaires  qui  les  tra¬ 
versent,  renferment  des  éléments  anato¬ 
miques  caractéristiques,  des  cellules  ner¬ 
veuses  ;  mais,  à  part  ce  fait  de  l’existence, 
au  niveau  des  ganglions,  de  fibres  et  de 
cellules  nerveuses,  toutes  les  données  sur 
les  rapports  qu’aflèctent  entre  eux  ces  deux 
éléments  sont  encore  très-hypothétiques, 
ou,  pour  mieux  dire,  contradictoires  : 
pour  Ch.  Robin,  ces  cellules  seraient  bipo¬ 
laires  et  interposées  sur  le  trajet  des  fi¬ 
bres,  c’est-à-dire  que  chaque  tube  nerveux 
du^gM^uoirspIn^^'^— 'j*^™*gan"nons  Serait  coupé  dans  son  trajet  par  l’in- 

spinaax'’des  racines  postérieures.  (CL  Ber-  terposiüon  d’une  CCllule;  pOUr  Remak, 

TauiongnZ.sys'ameCerm^^  Ecker,  Vulpian,  ces  cellules  seraient 

généralement  unipolaires,  c’est  -  à  -  dire 
donneraient  naissance  à  un  seul  prolongement  dirigé  vers  la  périphérie 
et  s’ajoutant  aux  tubes  nerveux  venus  de  la  moelle  par  la  racine  posté¬ 
rieure.  —  Quelques  recherches  récentes  semblent  cependant  de  nature  à 
établir  une  conciliation  très-simple  entre  ces  deux  opinions  en  apparence 
si  opposées  ;  nous  voulons  parler  des  recherches  de  Arndt  et  de  Ran- 
vier.  Après  avoir  fait  remarquer  que  les  cellules  nerveuses  des  ganglions 
spinaux  sont  de  dimensions  variables,  que  leur  forme  générale  est 


Fig.  76.  —  Origine  des  racines  ra¬ 
chidiennes  (*). 

(*)  La  moelle  est  vue  par  sa  face  anté¬ 
rieure.  —  A,  A,  A,  racines  rachidiennes 
antérieures  (motrices)  naissant  par  de 
minces  filets  radiculaires  qui  se  réunis¬ 
sent  ensuite  pour  constituer  les  faisceaux 
de  la  racine;  —  P,  P,  P,  racines  postd- 

ques  existant  parfois  entre  les  racines 


NERFS.  —  ANATOMIE  DD  SYSTÈME  N.  —  NERFS  RACHIDIENS.  489 

celle  d’un  disque  irrégulier  plus  ou  moins  aplati,  mais  que,  parmi  les 
cellules  les  plus  petites,  on  en  trouve  quelques-unes  de  piriformes, 
Arndt  ajoute  que  ces  cellules  ganglionnaires  seraient  au  moins  bipo¬ 
laires,  et  souvent  multipolaires  :  les  corpuscules  unipolaires  ne  seraient 
que  des  produits  artificiels;  mais  ce  qui,  dit-il,  fait  facilement  croire  à 
l’e.x:istence  de  cellules  unipolaires,  c’est  que  les  prolongements  plus  ou 
moins  nombreux  qui  partent  d’un  même  corpuscule  n’occupent  qu’une 
même  gaine  ou  deux  gaines  accolées,  et  suivent  ainsi  un  trajet  parallèle, 
jusqu’à  ce  qu’ils  s’écartent  brusquement  l’un  de  l’autre  pour  se  porter  dans 
des  directions  opposées.  —  D’après  Ranvier,  les  cellules  nerveuses  des  gan¬ 
glions  spinaux  seraient  unipolaires  ;  mais  le  tube  nerveux  qui  naît  de  cha¬ 
cune  d’elles  atteindrait,  après  un  trajet  assez  court,  l’un  des  tubes  nerveux 
de  la  racine  postérieure  et  se  fondrait  avec  lui  au  niveau  d’un  étrangle¬ 
ment  annulaire,  formant  ainsi  une  disposition  qui  rappelle  celle  des  bran¬ 
ches  d’un  T  ou  d’un  V.  Les  résultats  que  Amidon  (de  Chicago)  vient  de 
publier  sur  le  même  sujet,  nous  paraissent  confirmer  ceux  énoncés  par 
Ranvier.  D’après  Amidon,  les  fibres  nerveuses  qu’on  rencontre  dans  les 
ganglions  spinaux  sont  formées,  comme  les  tubes  nerveux  périphériques, 
d’un  cylindre-axe,  d’une  gaine  de  myéline  et  d’une  enveloppe  de  Schwann; 
mais  en  certains  points  la  gaine  de  myéline  s’interrompt  et  laisse  en  contact 
avec  la  membrane  de  Schwann  le  cylindre-axe,  qui  se  bifurque  et  donne 
naissance  à  deux  cylindres  axes,  lesquels  suivent  chacun  une  direction  dia¬ 
métralement  opposée,  s’écartant  à  angle  droit  de  la  fibre  qui  leur  a 
donné  naissance.  La  démonstration  de  cette  disposition  anatomique  n’en 
laisse  pas  moins  une  grande  obscurité  dans  les  conceptions  qu’on  peut 
avoir  relativement  aux  fonctions  des  ganglions  spinaux  :  en  effet,  comme 
le  dit  Ranvier  lui-même,  si  une  fibre  nerveuse  partie  d’une  cellule 
ganglionnaire  vient  se  souder  latéralement  et  se  confondre  avec  un 
autre  tube  nerveux,  il  est  impossible  de  savoir  dans  quel  sens  lui  vient  l’in¬ 
citation  et  dans  quelle  direction  elle  la  transmet  ;  il  est  impossible  de  savoir 
si  la  cellule  ganglionnaire  est  un  centre  moteur  ou  sensitif,  recevant  l’im¬ 
pression  sensitive,  ou  envoyant  l’excitation  motrice  par  un  fil  simple  allant 
jusqu’à  la  périphérie. 

Presque  aussitôt  après  la  réunion  des  deux  racines  au  delà  du  ganglion 
spinal,  le  tronc  mixte  ainsi  formé  se  divise,  en  sortant  du  trou  de  conju¬ 
gaison,  en  deux  branches,  l’une  postérieure,  l’autre  antérieure.  Les  bran¬ 
ches  postérieures  des  nerfs  rachidiens  sont  petites  et  vont  donner  des  filets 
aux  muscles  et  à  la  peau  des  régions  postérieures  du  tronc  (poy.  fig.  77); 
les  branches  antérieures,  au  contraire,  sont  d’un  volume  tel,  qu’elles  re¬ 
présentent  l’éellement  la  continuation  des  troncs  mixtes  des  nerfs  spinaux  : 
elles  sont  destinées  à  l’innervation  des  parties  situées  en  avant  de  la  co¬ 
lonne  vertébrale  (cou,  thorax,  abdomen  et  membres).  Nous  ne  pouvons  en 
faire  ici  qu’une  rapide  revue,  Jndiquant  les  plexus  qu’elles  forment  et  les 
principales  branches  périphériques  de  ces  plexus. 

1”  Plexus  cervical.  —  Formé  par  les  branches  antérieures  des  quatre 
premiers  nerfs  cervicaux  (fig.  77;  tous  les  nerfs  cervicaux  au-dessus  du 


.490  NERFS.  —  an.\toi!ie  du  système  n.  ^  axrfs  rachidiens. 

N»  7),  ce  plexus  donne  des  branches  superficielles  (ou  cutanées)  et  des 
branches  profondes  (ou  musculaires)  :  l’une  des  branches  superficielles  (ra- 
meau  auriculaire)  va  prendre  part  à  l’innervation  de  la  peau  du  pavillon  de 

i  l’oreille;  deux  denses  branches 

branches  antérieures  des  quatre 
,  blés  par  1  eur  vol  ume^  comidéra- 

branches  collatérales  aux  mus- 
JO  clés  sous-clavier,  grand  dentelé 

pour  la  peau  de  l’épaule  et  les 


IG.  77.  —  Nerfs  rachidiens  et  grand 
sympathique  de  l’homme  (Bourgery 
et  Manec).  (*) 


"  '  I  ganglion  sphéno-palatin  ;  —  5,  nerf  lingual  ; 

^  antérieure  de  la 5® paire  cervicale;  —  8,  pre- 

li.  9^  première  branche  antérieure  lombaire 

—  12,  plexus  lombo-sacré  ;  —  13,.filet  cervical  du  sympathique  ;  —  44,  gan~ 
.45,  ganglion  cervical  inférieur,  —  46,  plexus  cardiaque;  —  47,  ganglion  thora- 
splanchnîque;  —  49,  ganglion  semi-lunaire;  —  20,  plexus  solaire  ;  —  21,  plexus 

—  ?2,  plexus  aortique;  —  23,  plexus  mésentérique  inférieur;  —  24,  anastomose- 


—  41,  plexus 
jlion  cervical  n 


supérieur 


NERFS.  —  ANATOMIE  DD  SYSTÈME  N  —  NERFS  RACHIDIENS.  49i 

muscles  petit  rond  et  deltoïde  ;  b  le  nerf  brachial  cutané  interne^ 
pour  la  peau  de  la  partieinterne  du  bras  et  de  l’avant-bras;  c  le 
nerf  musculo-cutané  (ou  perforant  de  Casserius),  pour  les  muscles  coraco- 
brachial,  biceps,  brachial  antérieur,  et  pour  la  peau  de  la  face  e.vterne  de 
l’avant-bras  ;  d  le  nerf  médian,  qui  innerve  tous  les  muscles  de  la  région 
antérieure  de  l’avant-bras  (moins  le  cubital  antérieur  et  les  deux  faisceaux 
internes  du  fléchisseur  profond  des  doigts),  tous  les  muscles  de  l’éminence 
thénar  (moins  l’adducteur  du  pouce),  et  enfin  les  deux  premiers  lombri- 
caux  :  il  donne  de  plus  la  sensibilité  à  la  peau  de  la  paume  de  la  main,  au 
trois  premiers  doigts  et  à  la  moitié  externe  du  quatrième  {voy.  Coude,. 
Bras,  Ayant-rbas,  Main)  le  ;  e  nerf  cubital,  qui  innerve  les  muscles  cubi¬ 
tal  antérieur,  fléchisseur  profond  des  doigts  (seulement  les  deux  faisceaux 
internes),  les  muscles  de  l’éminence  hypothénar,  tous  les  interosseux,  les 
deux  lomhricaux  internes  et  l’adducteur  du  pouce  ;  par  ses  rameaux  cuta¬ 
nés,  le  cubital  donne  la  sensibilité  à  la  moitié  interne  de  la  face  dorsale  de 
la  main  et  au  tiers  interne  de  la  face  palmaire  ;  f  le  nerf  radial,  qui  donne 
aux  muscles  postérieurs  du  bras  (triceps  et  anconé),  aux  muscles  externes 
et  postérieurs  de  l’avant-bras;  il  donne  de  plus  des  nerfs  cutanés  à  la  face 
interne  du  bras,  à  la  face  postérieure  du  bras  et  de  l’avant-bras,  et  se  ter¬ 
mine  en  donnant  la  sensibilité  à  la  peau  de  la  moitié  externe  de  la  face 
dorsale  de  la  main. 

3“  Nerfs  intercostaux.  —  Les  nerfs  rachidiens  qui  sortent  par  les  trous  de 
conjugaison  des  vertèbres  dorsales  portent  le  nom  de  nerfs  intercostaux, 
parce  qu’ils  parcourent  les  espaces  intercostaux  ;  le  premier  nerf  intercostal 
se  divise  cependant  en  deux  branches,  dont  l'une  supérieure,  la  plus  consi¬ 
dérable  (8,  lig.  77),  va  prendre  part  à  la  formation  du  plexus  brachial,  et  la 
seconde,  relativement  grêle,  occupe  seule  le  premier  espace  intercostal; 
d’autre  part  le  douzième  nerf  dorsal  ne  mérite  pas  le  nom  d’intercostal,  car, 
sortant  du  canal  rachidien  entre  la  dernière  vertèbre  dorsale  et  la  première 
lombaire,  il  longe  seulement  le  bord  inférieur  de  la  douzième  côte  et  s’engage 
entre  les  muscles  de  la  paroi  abdominale.  A  part  ces  exceptions  extrêmes, 
les  nerfs  intercostaux  présentent  comme  caractères  communs  de  suivre 
isolément  leurs  trajets  intercostaux,  de  donner  aux  muscles  du  même  nom, 
et  de  fournir  des  rameaux  cutanés  perforants,  les  uns  pour  la  paroi  latérale, 
les  autres  pour  la  paroi  antérieure  du  thorax  et  de  l’abdomen  {voy.  Région 
axillaire  ;  Mammaire,  etc.)  ;  les  rameaux  perforants  des  second,  troisième, 
quatrième  et  cinquième  nerfs  intercostaux  vont  prendre  part  à  l’innervation 
de  la  peau  du  creux  de  l’aisselle,  du  bras  et  de  l’épaule. 

k°  Plexus  lombaire.  —  Les  nerfs  lombaires,  au  nombre  de  cinq,  s’ana¬ 
stomosent  pour  former  un  plexus  logé  en  partie  dans  l’épaisseur  du  muscle 
psoas  :  les  branches  collatérales  de  ce  plexus  donnent  aux  parois  de  l’abdo¬ 
men;  leurs  noms  mêmes  suffisent  à  rappeler  leur  distribution  ;  ce  sont; 
Xeslovanchesabdomino-génitales  et  les  branches  inguino-cutanées  (îioi/.Aine). 

Les  branches  terminales  sont  ;  a  le  nerf  crural ,  qui  donne  le  mouve¬ 
ment  à  tous  les  muscles  de  la  région  antérieure  de  la  cuisse  (psoas-iliaque, 
couturier,  pectiné,  premier  adducteur,  triceps  fémoral)  et  la  sensibilité  aux 


i92  ÎJERFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTEME  . N.  —  NEUFS  CRANIENS, 

téguments  des  parties  antéro-in ternes  du  membre  inférieur  par  des  rameaux 
perforants  nombreux,  et  par  le  nerf  saphène  interne,  dont  les  dernières  rami¬ 
fications  se  perdent  sur  la  face  interne  du  pied  {voy.  Cuisse,  Jambe,  Pied)  ; 
b  le  nerf  obturateur,  qui  passe  par  le  trou  sous-pubien  et  se  distribue,  à  sa 
sortie  du  bassin,  aux  muscles  internes  de  la  cuisse  (les  trois  adducteui’s,  le 
droit  interne  et  l’obturateur  externe)  ;  c  le  nerf  lombo-sacré  qui  va  prendre 
part  à  la  constitution  du  plexus  sacré. 

5“  Plexus  sacré.  —  Les  quatre  premiers  nerfs  sacrés  forment,  avec  le  nerf 
lombo-sacré,  le  plexus  le  plus  inférieur  des  nerfs  mixtes  rachidiens 
(plexus  sacré;  12,  fig.  7/).  La  cinquième  et  la  sixième  paire  sacrée  ne 
prennent  pas  part  à  la  constitution  de  ce  plexus  et  se  divisent  isolément  en 
rameaux  pour  le  plexus  hypogastrique  (du  grand  sympathique),  pour  le 
muscle  grand  fessier  et  pour  la  peau  de  la  région  coccygienne.  —  Quant  au 
plexus  sacré,  situé  dans  l’excavation  du  bassin,  au-devant  et  au-dessous  de 
la  symphyse  sacro  -iliaque,  il  donne  des  branches  collatérales  remarquables 
par  leur  nombre,  et  une  seule  branche  terminale  remarquable  par  son 
grand  volume  (le  grand  nerf  sciatique). 

Les  branches  collatérales  vont  aux  viscères  pelviens  (en  passant  par  le  plexus 
hypogastrique,  25,  fig.  77);  aux  muscles  internes  du  bassin  (releveur  del’anus, 
sphincter  externe  de  l’anus,  obturateur  interne)  ;  à  l’appareil  génital  {nerf 
honteux  interne,  voy.  Périnée)  ;  aux  muscles  externes  et  postérieurs  du 
bassin  :  les  nerfs  de  ces  muscles  sont  :  le  nerf  fessier  supérieur,  le  nerf  du 
pyramidal,  les  nerfs  des  jumeaux,  le  nerf  du  carré  crural  et  enfin  le  nerf 
fessier  inférieur,  dit  aussi  petit  nerf  sciatique,  remarquable  par  les  longues 
branches  cutanées  qu’il  donne  à  la  peau  des  régions  génitale  et  fessière,  et 
à  celle  de  la  face  postérieure  de  la  cuisse  jusqu’aux  parties  supérieures  de 
la  jambe  {voy.  Cuisse  et  région  Poplitée). 

La  branche  terminale  du  plexus  sacré,  le  grand  nerf  sciatique,  est  le  plus 
volumineux  et  le  plus  long  des  nerfs  de  l’économie.  Sorti  du  bassin  par  la 
partie  la  plus  inférieure  de  la  grande  échancrure  sciatique,  il  descend  verti¬ 
calement  à  la  partie  postérieure  de  la  cuisse  en  innervant  les  muscles  de 
cette  région  (biceps,  demi-tendineux,  demi-iriembraneux  et  aussi  grand 
adducteur)  ;  à  la  partie  supérieure  du  creux  poplité,  il  se  divise  en  deux 
branches  ;  a  le  sciatique  poplité  eæférwe,  qui  innerve  les  muscles  des  régions 
antérieure  et  externe  de  la  jambe  (jambier  antérieur,  extenseur  commun 
des  orteils,  extenseur  propre  du  gros  orteil,  péroniers  latéraux,  pédieux)  et 
la  peau  de  la  face  externe  de  la  jambe  et  de  la  face  dorsale  du  pied  ;  b  le 
sciatique  poplité  interne,  qui  donne  aux  muscles  de  la  partie  postérieure  de  la 
jambe  (poplité,  jumeaux,  plantaire  grêle,  soléaire,  etc.),  aux  muscles  de  la 
plante  du  pied  (y  compris  tous  les  intérosseux),  ainsi  qu’à  la  peau  de  la 
partie  postérieure  de  la  jambe  et  à  la  peau  de  la  plante  du  pied  {voy.  Jambe, 
Pied). 

B.  DES  NERFS  CR.ANIENS.—  Les  nei'fs  qui  naissent  de  la  base  de  l’encéphale 
ont  été  classés  par  Willis  en  neuf  paires  distinctes,  en  ayant  égard  aux  trous 
osseux  qui  leur  donnent  passage.  Mais  cette  classification  avait  l’inconvé¬ 
nient  de  confondre  des  nerfs  de  nature  très-différente,  comme  l’acoustique 


^'EUFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  493 

et  le  facial,  qui  s’engagent  tous  deux  dans  le  conduit  auditif  interne.  Aussi 
a-t-on  adopté  généralement  les  modifications  que  Sœmmering  et  Vicq 
d’Azyr  ont  apportées  à  la  classification  de  AVillis,  en  ayant  égard  à  la 
nature  et  à  la  distribution  des  nerfs,  et  on  compte  aujourd'hui  douze  paires 
crâniennes,  qui  sont,  en  les  énumérant  depuis  celles  qui  prennent  leur  ori¬ 
gine  à  la  partie  la  plus  antérieure  de  la  base  de  l’encéphale  jusqu’à  celles  qui 
naissent  du  bulbe  :  1°  l’olfactif  ;  2°  l’optique  ;  3°  le  moteur  oculaire  commun  ; 
4“  le  pathétique;  5°  le  trijumeau;  6“  le  moteur  oculaii’e  externe;  7“  le  facial; 
8“  l’acoustique  ;  9”  le  glosso-pharyngien  ;  10“  le  pneumogastrique  ;  11“  le 
spinal;  12“  le  grand  hypoglosse. 

Première  paire  :  Nerf  olfactif.  —  Nous  avons  décrit  précédemment  les 
racines  blanches  et  grises  de  ce  nerf  {voy.  pag.  430).  La  distribution  péri¬ 
phérique  sera  étudiée  à  l’article  Odorat.  Quant  à  ses  connexions  centrales, 
elles  sont  encore  peu  connues.  D’après  Meynert,  la  commissure  blanche  du 
cerveau,  située  à  la  partie  antérieure  du  ventricule  moyen  (pg.  439),  repré¬ 
senterait  une  partie  des  fibres  radiculaires  du  nerf  olfactif,  fibres  s’entre-croi- 
sant  pour  aller  dans  l’hémisphère  situé  du  côté  opposé.  Luys  décrit  égale¬ 
ment  une  disposition  semblable. 

Deuxième  paire  i  Nerf  optique.  —  Le  nei’f  optique  sera  étudié  à  l’article 
Vision.  Nous  donnerons  seulement  ici  quelques  rapides  indications  sur  la 
disposition  des  'bandelettes  optiques  et  sur  l’origine  réelle  de  ce  nerf. 

Les  bandelettes  optiques,  qui  succèdent  au  chiasma ,  en  suivant  ce  nerf 
de  la  périphérie  vers  le  centre  (d’avant  en  arrière) ,  conduisent  aux  deux 
corps  genouillés,  au  niveau  desquels  elles  se  divisent  en  deux  racines,  l’une 
externe,  l’autre  interne:  la  racine  externe  se  rend  aujOMtoiMar  (partie posté- 
rleui’e  de  la  couche  optique  {voy.  pg.  437),  au  corps  genouillé  externe  et  au 
tubercule  quadrijumeau  antérieur  ;  la  racine  interne  va  au  corps  genouillé 
interne ,  mais  elle  ne  paraît  pas  contracter  de  connexions  avec  lui  ;  elle  le 
recouvre  seulement  d’une  couche  blanche  de  fibres  nerveuses  qui  vont,  en 
définitive,  aux  tubercules  quadrijumeaux,  et  probablement  encore  au  tuber¬ 
cule  quadrijumeau  antérieur  seul  ;  conformément  à  ces  données  de  l’anato¬ 
mie,  Gudden  a  montré  que,  quand  on  enlève  les  yeux  à  des  lapins  qui  vien¬ 
nent  de  naître,  l’atrophie  consécutive  n’affecte  ni  les  corps  genouillés 
internes,  ni  les  tubercules  quadrijumeaux  postérieurs. 

S’il  est  à  peu  près  établi  que  les  corps  genouillés  externes  et  les  tuber¬ 
cules  quadrijumeaux  antérieurs  sont  les  noyaux  d’origine  des  nerfs 
optiques,  il  est  encore  difficile  de  dire  quelles  sont  les  connexions  de  ces 
noyaux  avec  les  hémisphères  cérébraux.  En  présence  de  ce  fait  clinique 
qu’une  lésion  d’un  hémisphère  peut  produire  Vamblyopie  croisée  (  dans 
l’hémianesthésie  de  cause  cérébrale) ,  on  a  émis  l’hypothèse  (Landolt, 
Charcot  )  que  les  fihres  centrales  des  nerfs  optiques  subiraient  un  nouvel 
entre-croisement,  complétant  l’entre-croisement  partiel  du  chiasma. 

Troisième  paire  :  Nerf  moteur  oculaire  commun.  —  Nous  avons  indiqué 
■le  lieu  d’émergence  de  ce  nerf,  au  niveau  du  locus  niger  des  pédoncules 
cérébraux  {voy.  pag.  432).  Quant  à  son  origine  réelle,  elle  se  fait  dans  un 
noyau  situé  presque  immédiatement  au-dessous  de  l’aqueduc  de  Sylvius 


494  NERFS.  —  anatomie  dü  système  n.  —  nerfs  crâniens. 

<C'A',  fig.  69).  Pour  aller  de  ce  noyau  à  leur  lieu  d’émergence,  les  fibres 
radiculaires  décrivent  une  courbe  à  convexité  externe  et  traversent  la  par¬ 
tie  la  plus  postérieure  des  noyaux  rouges  de  Stilling  (os,  fig.  69)  ;  mais 
elles  ne  paraissent  subir  aucune  décussation. 

Le  nerf  moteur  oculaire  commun  traverse  la  dure-mère  au  niveau  des 
apophyses  clinoïdes  antérieures  et  pénètre  ainsi  dans  le  sinus  caverneux  (c, 
fig.  78),  où  il  s’applique  au  côté  externe  de  l’artère  carotide  (c,  fig.  69.)  Arrivé 
à  l’extrémité  antérieure  du  sinus  caverneux,  il  passe  par  la  partie  la  plusdarge 
de  la  fente  sphénoïdale  et  pénètre  dans  la  cavité  de  l’orbite,  où  il  se  divise  aus¬ 
sitôt  en  deux  branches  (en  iii ,  fig.  8t), l’une  supérieure,  l’autre  inférieure. 
Labranche  supérieure Yainnerver  les  muscles  droit  supérieur  etreleveur  de 
la  paupière.  La  branche  inférieure  donne  aux  muscles  droit  interne,  droit 
inférieur  et  petit  oblique;  le  rameau  du  petit  oblique  fournit  ,  dès  son  ori¬ 
gine,  un  filet  (  2  fig.  81)  qui  va  constituer  la  racine  motrice  du  ganglion 
■ophthalmique  (1,  fig.  81). 

Quatrième  paire  :  Nerf  pathétique.  —  Les  nerfs  pathétiques  émergent 
sur  les  parties  latérales  des  freins  de  la  valvulede  Vieussens  tpoy.  pag.  UhO)  ; 
mais  leur  origine  réelle  se  fait  plus  profondément  dans  le  noyau  même  du 
nerf  moteur  oculaire  commun.  Parties  des  extrémités  supéro-externes  de 
ces  noyaux  (en  p,  fig.  69),  les  fibres  radiculaires  contournent  l’aqueduc  de 
Sylvius,  et,  arrivées  à  la  partie  supérieui’e  des  pédoncules  cérébelleux,  elles 
présentent  ce  fait  très-remarquable  qu’elles  subissent  une  décussation 
complète  dans  la  partie  la  plus  antérieure  de  la  valvule  de  Vieussens,  de 
telle  sorte  que  le  nerf  qui  a  pris  naissance  dans  le  noyau  droit  est  celui  qui 
vient  émerger  du  côté  gauche  et  vice  versâ. 

A  partir  de  son  émergence,  le  nerf  pathétique  se  dirige  en  bas  et  en  avant, 
en  contournant  les  parties  latérales  de  la  protubérance  et  des  pédoncules  céré¬ 
braux  (fig.  53,  p.  431),  puis  se  dirige  directement  en  avant,  traverse  la  dure- 
mère  au  niveau  du  sommet  durocher,  pénètre  dans  le  sinus  caverneux,  se  place 
dans  la  partie  la  plus  supérieure  de  sa  paroi  externe  (p,  fig.  78),  passe  par  la 
fente  sphénoïdale ,  et,  arrivé  dans  la  cavité  orbitaire  (en  iv,  fig.  81),  va  se  ter¬ 
miner  dans  le  muscle  grand  oblique  (m,  fig.  78).  Dans  son  trajet  à  l’intérieur 
du  sinus  caverneux,  le  pathétique  reçoit  de  l’ophthalmique  de  Willis  un 
rameau  anastamotique  qui  ne  fait  que  s’accoler  un  instant  à  lui,  pour  s’isoler 
de  nouveau  et  aller,  par  un  trajet  récurrent  (13,  fig.  81),  se  ramifier  dans  la 
tente  du  cervelet. 

Cinquième  paire  :  Nerf  trijumeau  ou  trifacial.  —  Nous  avons  vu  (page 
433)  que  l’origine  apparente  du  trijumeau  se  fait  sur  les  côtés  de  la  protubé¬ 
rance  par  deux  racines  :  l’une  externe  et  postérieure,  dite  racine  sensitive 
ou  grosse  racine  ;  l’autre  intei’ne  et  antérieure,  dite  racine  motrice  ou  petite 
racine. — L’origine  réelle  de  ces  deux  racines  est  bien  différente  :  1°  la  racine 
sensitive  naît  de  toute  la  substance  grise  qui  pi’olonge  dans  le  bulbe  et  la 
protubérance  la  corne  postérieure  de  la  moelle  ;  c’est  elle  qui  se  montre  sur 
toutes  les  coupes  du  bulbe  (t,  fig.  64,65,67,68)  sous  la  forme  d’un  cordon, 
à  coupe  semi-lunaire,  montant  depuis  le  tubercule  de  Rolande  (p.  468)  jus¬ 
qu’au  niveau  de  son  lieu  d’émergence  protubérantielle  (fig.  68)  ;  c’est  cette 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTEME  N-  —  NERFS  CRANIENS.  495 

racine  du  trijumeau  qu’on  désigne  généralement  sous  le  nom  de  racine 
ascendante  ou  bulbaire  ;  au  niveau  de  son  émergence,  elle  reçoit  de  plus 
des  fibres  qui  viennent  de  la  substance  grise  du  plancher  du  quatrième 
ventricule  (tt,  fig.  68),  du  point  nommé  locus  cærulcus  (b,  fig.  66),  et  des 
fibi’es  descendantes  venues  d’un  noyau  placé  sur  les  côtés  de  l’aqueduc  de 
Sylvius.  2“  La  racine  motrice  présente,  dans  son  origine  réelle,  une  dispo- 
^sition  beaucoup  plus  simple  :  elle  part  d’un  petit  noyau  (.ma,  fig.  68)  dont 
nous  avons,  avec  le  professeur  Sappey,  indiqué  la  situation  et  la  nature  : 


ce  noyau  se  trouve  situé,  comme  celui  du  facial,  sur  le  prolongement  des 
cornes  antérieures  de  l’axe  gris  médullaire.  Il  se  voit  en  dedans  de  l’extré¬ 
mité  supérieure  de  la  racine  ascendante  ou  bulbaire,  à  deux  ou  trois  milli¬ 
mètres  au-dessous  du  plancher  du  quatrième  ventricule  ;  il  est  reconnaissable 
surtout  aux  grosses  cellules  multipolaires  qui  contribuent  à  le  former  ;  les 
filets  qui  en  partent  longent  obliquement  le  côté  interne  delà  grosse  racine, 
dont  ils  se  rapprochent  progressivement,  et  au-dessus  de  laquelle  leur  tronc 
commun  vient  se  placer  à  son  point  d’émergence. 

Les  deux  racines  cheminent  côte  à  côte,  depuis  leur  point  d’émergence 
jusqu’au  le  sommet  du  rocher  ;  à  ce  niveau  la  grosse  racine  se  dilate  en  un 
ganglion,  nomme  ganglion  de  Gasser,  logé  dans  une  dépression  du  rocher 
convertie  en  une  véritable  loge  par  un  repli  de  la  dure-mère.  Ce  ganglion. 


496  NERFS.  —  anatomie  dü  système  n.  —  nerfs  crâniens. 

constitué  comme  les  ganglions  des  racines  rachidiennes  postérieui’es  {voy. 
pag.  488)  et  à  la  formation  duquel  la  petite  racine  ne  prend  aucune  part, 
donne  naissance  à  trois  nerfs  :  l’ophthalmique,  le  maxillaire  supérieur,  et  le 
maxillaire  inférieur;  la  petite  racine  (racine  motrice)  se  joint  au  nerf 
maxillaire  inférieur. 

a.  La  branche  ophthmalique  (de  Willis)  parcourt  d’abord  la  paroi  externe 
dusinus  caverneux  (au-dessous  du  nerf  pathétique,  fig.  78),  puis  pénètre,  par 
la  fente  sphénoïdale,  dans  l’orbite,  où  elle  se  divise  en  trois  rameaux  :  1°  le 
rameau  lacrymal,  qui  donne  un  filet  anastomotique  au  nerf  orbitaire  du 
maxillaire  supérieur  (18,  fig.  79)  et  va  se  terminer  dans  la  glande  lacrymale 
(10,  fig.  81,  et  L,  fig.  79)  et  dans  la  paupière  supérieure  ;  —  2°  le  rameau 
frontal  (f,  fig.  78)  qui  chemine  directement  d’arrière  en  avant,  entre  le 
périoste  de  l’orbite  et  le  muscle  élévateur  de  la  paupière  supérieure,  et  se 
divise  en  deux  branches  pour  la  peau  du  front  {frontal  interne  x,  fig.  78,  et 
frontal  externe,  11,  fig.  81)  :  le  frontal  externe  passe  par  le  trou  sus-orbi- 
taire'  (  voy.  l’article  Orbitü);  —  3“  le  rameau  nasal  (12,  fig.  81)  qui  longe 
la  paroi  interne  de  l’orbite  et,  au  niveau  du  trou  orbitaire  interne  anté¬ 
rieur,  se  divise  en  ; — a) ,  nasal  interne,  dit  aussi  filet  ethmoïdal,  qui  passe  par 
le  trou  orbitaire  interne,  arrive  dans  la  fosse  ethmoïdale,  donne  à  ce  niveau 
quelques  fibrilles  à  la  dure-mère,  puis  s’engage  dans  l’un  des  orifices  de  la 
lame  criblée,  pénètre  dans  les  fosses  nasales,  donne  un  rameau  court  à  leur 
paroi  interne  (ou  cloison),  et  à  leur  paroi  externe  un  rameau  relativement 
long,  lequel,  arrivant  jusqu’à  la  face  postérieure  de  l’os  propre  du  nez,  tra7 
verse  le  tissu  fibreux  qui  unit  le  bord  inférieur  de  cet  os  au  cartilage  latéral 
du  nez,  et  se  termine,  sous  le  nom  de  naso-lobaire,  dans  les  téguments  du 
lobule  du  nez;  — b),  nasal  externe,  qui  se  dirige  vers  le  bord  antérieur  de 
l’orbite,  passe  au-dessous  de  la  poulie  du  muscle  grand  oblique  (d’où  le  nom 
de  nerf  sous-trochléaire)  et  se  distribue  à  la  peau  de  l’angle  interne  de  l’œil 
et  de  la  région  intersourcilière. 

A  la  branche  ophthalmique  est  annexé  un  ganglion,  àit ganglion  ophthal- 
mique,  situé  sur  le  côté  externe  du  nerf  optique,*  vers  son  tiers  postérieur 
{voy.  Orbite).  Ce  ganglion  (en  1,  fig.  81)  reçoit  trois  racines  :  l’une  motrice 
(2,  fig.  81),  venue  du  moteur  oculaire  commun  [voy.  p.  494),  l’autre  sensi¬ 
tive,  représentée  par  un  filet  long  et  grêle  venu  du  nerf  nasal  (4,  fig.  81)  ; 
la  troisième  enfin,  dite  racine  sympathique  (3,  fig.  81),  représentée  par  un 
filet  plus  long  et  plus  grêle  encore  venu  du  plexus  carotidien  (c,  fig.  81). 
Ce  ganglion  émet  deux  faisceaux  de  nerfs  destinés  au  globe  de  l’œil  {nerfs 
ciliaires  ;  voyez  Œil,  Vision). 

b.  Le  nerf  maxillaire  supérieur  (fig.  79)  s’engage  dans  le  trou  grand- 
rond,  traverse  la  partie  supérieure  de  la  fosse  ptérygo-maxillaire,  s’engage 
dans  la  gouttière  sous-orbitaire  et  enfin  sort  par  le  trou  sous-orbitaire 
(en  15,  fig.  79)  pour  se  ramifier  dans  la  peau  de  la  paupière  inférieure,  de  la 
lèvre  supérieure  et  de  l’aile  du  nez.  Dans  son  trajet,  depuis  le  trou  grand- 
rond  jusqu’au  trou  sous-orbitaire,  il  donne  successivement  :  un  rameau 
orbitaire  (17,  fig.  79)  qui  va,  par  l’un  de  ses  filets,  s’anastomoser  avec  le 
nerf  lacrymal  (18,  fig.  79,  nerf  lacrymo-palpébral),  et  par  l’autre  filet  inner- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  i97 

ver  la  peau  de  la  pommette  (filet  temporo-malaire)  ;  des  rameaux  dentaires 
postérieurs  (12,  fig.  79);  des  rameaux  dentaires  moyens  (13,  fig.  79)  et  un 
rameau  dentaire  antérieur  (IZi,  fig.  79). 

Au  nerf  maxillaire  supérieur  est  annexé  un  ganglion  placé  dans  la  partie 
supérieure  de  la  fosse  ptérygo-maxillaire  {ganglion  de  MecJcel  ou  sphéno-pa- 
iatin).Ce  ganglion  (2,  fig.  79),  de  même  que  le  ganglion  ophthalmique,  reçoit 
trois  racines  et  émet  de  nombreux  filets. — Les  racines  qu’il  reçoit  sont  :  une 
racine  sensitive  qui  s’accole  au  bord  inférieur  du  nerf  maxillaire  supérieur  ; 
une  racine  motrice  (4,  fig.  79)  venue  du  nerf  facial  (grand  nerf  pétreux 


superficiel);  une  racine  sympathique  (5,  fig.  79)  venue  du  plexus  caroti¬ 
dien  (c,  fig.  79)  :  pour  arriver  au  ganglion,  ces  deux  dernières  racines,  dis¬ 
tinctes  à  leur  origine,  s’accolent  l’une  à  l’autre  dans  le  canal  vidien  (nerf 
vidien,  3,  fig.  79).  —  Les  branches  émises  par  le  ganglion  sont  :  les  nerfs 
palatins  (grand  nerf  palatin  ou  palatin  antérieur,  et  petit  nerf  palatin  ou 
palatin  postérieur  ;  10  et  11,  fig.  79);  les  nerfs  sphéno-palatins,  qui  pénè¬ 
trent  dans  les  fosses  nasales  par  le  trou  sphéno-palatin,  où  ils  se  divisent 
en  branches  externes  courtes  et  grêles  pour  la  paroi  externe  des  fosses  na¬ 
sales  (8,  fig.  79)  et  en  branche  interne,  longue  et  relativement  volumineuse, 
pour  la  cloison  des  fosses  nasales  :  cette  dernière  branche,  dite  nerf  naso- 


498  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NEUFS  CRANIENS. 

palatin  de  Scarpa  (9,  fig.  79),  peut  être  suivie  jusque  dans  le  conduit  palatin 
antéi’ieur  et  jusque  dans  la  muqueuse  palatine  placée  en  arrière  de  l’arcade 
alvéolaire  ;  le  nerf  pharyngien  de  Bock,  qui  suit  le  canal  ptérygo-palatin  pour 
aller  se  ramifier  dans  la  muqueuse  des  parois  supérieures  des  arrière-narines. 

c.  Le  nerf  maxillaire  inférieur,  formé  par  la  racine  motrice  du  trijumeau 
et  par  la  ti’oisième  des  branches  sensitives  sorties  du  ganglion  de  Gasser, 
s’engage  dans  le  trou  ovale,  au  sortir  duquel  il  se  divise  en  un  grand  nombre 
de  branches,  les  unes  motrices,  les  autres  sensitives. 

Les  branches  motrices  sont  destinées  aux  muscles  masticateurs,  c’est- 
à-dire,  d’une  part,  aux  muscles  élévateurs  et  diducteurs  de  la  mâchoire 
(temporal,  masséter,  ptérygoïdien  interne  et  externe  ;  22,  23,  2h,  25,  fig.  80), 
et  d’autre  part  aux  muscles  abaisseurs  de  la  mâchoire  (mylo-hyoïdien  et 
ventre  antérieur  du  digastrique  ;  27,  fig.  80).  D’après  quelques  auteurs,  la 
partie  motrice  du  trijumeau  donnerait  aussi  au  muscle  interne  du  marteau 
(8,  fig.  80). 

Les  branches  sensitives  sont  :  1“  le  nerf  auriculo -temporal  (10,  fîg._  80) 
ou  temporal  superficiel,  qui  contourne  le  col  du  condyle  de  la  mâchoire  infé¬ 
rieure,  et,  après  s’être  anastomosé  avec  la  branche  supérieure  du  facial,  se 
distribue  à  la  peau  de  la  tempe  et  à  celle  de  la  partie  antérieure  du  pavillon 
de  l’oreille  ;  dans  son  trajet  au  niveau  du  col  du  condyle,  le  nerf  temporal 
donne  à  la  glande  parotide  (11,  fig.  80)  ;  2°  le  nerf  buccal  (12,  fig.  80),  dont 
les  branches  terminales  se  ramifient  dans  la  peau  de  la  joue  et  dans  la  mu¬ 
queuse  buccale,  aucune  ne  s’arrêtant  dans  le  muscle  buccinateur  (innervé 
par  le  facial)  ;  3“  le  nerf  lingual,  qui  reçoit  la  corde  du  tympan  (14,  fig.  80) 
et  va  donner  la  sensibilité  à  la  muqueuse  des  deux  tiers  antérieurs  de  la 
langue  {voy.  article  Goût);  4°  le  nerf  dentaire  inférieur  (21,  fig.  80)  qui, 
après  avoir  donné  le  rameau  moteur  sus-indiqué  pour  le  mylo-hyoïdien  et 
le  ventre  antérieur  du  digastrique,  pénètre  dans  le  canal  dentaire  du  maxil¬ 
laire  inférieur,  le  parcourt  en  donnant  un  filet  à  chacune  des  dents  molaires 
et  un  filet  incisif  pour  la  canine  et  les  deux  incisives,  et  sort  par  le  trou 
mentonnier  en  s’épanouissant  en  un  bouquet  nerveux  qui  donne  la  sensibi¬ 
lité  à  la  muqueuse  labiale  ainsi  qu’à  la  peau  du  menton,  de  la  lèvre  et  de 
la  partie  inférieure  de  la  joue. 

.  Au  nerf  maxillaire  inférieur  se  trouve  annexé  un  ganglion,  dit  ganglion  oti- 
que  ou  d’Arnold.  Ce  ganglion,  d’un  petit  volume,  est  situé  sur  la  face  interne 
du  tronc  du  maxillaire  inférieur,  immédiatement  au-dessous  du  trou  ovale. 
Ce  ganglion  reçoit,  comme  les  ganglions  ophthalmique  et  sphéno-palatin, 
des  racines  motrices,  sensitives  et  sympathiques.  Les  racines  motrices 
et  sensitives  paraissent  être  multiples  :  en  elî'et,  le  ganglion  est  uni  au 
maxillaire  inférieur  par  un  petit  groupe  de  courtes  fibres  nerveuses  qui  peu¬ 
vent  provenir  les  unes  du  tronc  sensitif  du  maxillaire,  les  autres  de  son  tronc 
moteur  (nerf  masticateur)  ;  de  plus  le  ganglion  reçoit  une  longue  racine 
motrice,  le  nerf  petit  pétreux  superficiel  (4,  fig.  80)  venu  du  facial,  et  une 
longue  racine  sensitive,  le  petit  pétreux  profond  ou  externe  (Sappey)  qui  vient 
(5,  fig.  80  et  21,  fig.  82)  du  rameau  de  Jacobson,  émané  lui-même  du  nerf 
glosso-pharyngien.  La  racine  sympathique  du  ganglion  otique  vient  du  plexus 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERF^  CR.^-  ^ 

nerveux  ;  l’un  va  au  muscle 
péristaphylin  externe;  l’autre 
au  muscle  interne  du  mar¬ 
teau  ;  tels  sont  les  rameaux 
moteurs,  dont  l’origine  réelle 
est  difficile  à  préciser,  puis¬ 
que  le  ganglion  a  lui-même 
deux  racines  motrices,  l’une 
fournie  par  le  facial,  l’autre 
par  le  nerf  masticateur;  on 
tend  aujourd’hui  à  considé¬ 
rer  le  nerf  du  muscle  du 
marteau  comme  provenant 
du  nerf  masticateur  (voy.  2, 

3,  8,  fig.  80).  Quant  aux  ra¬ 
meaux  sensitifs  fournis  par 
le  ganglion  otique,  ils  se  ren¬ 
dent  à  la  caisse  du  tympan 
et  se  distribuent  à  l’oreille 
moyenne. 

Sixième  paire  :  AWf  mo¬ 
teur  oculaire  eæferwe;— Nous 
avons  indi  qué  précédemment 
l’origine  apparente  de  la 
sixième  paire  au  niveau 
du  sillon  qui  sépare  la 
protubérance  annulaire  de 
la  partie  correspondante  des 
pyramides  bulbaires  (  voy. 
page  A33  et  fig.  53  en  ü). 

Quant  à  son  origine  réelle, 
elle  se  fait  sur  l’autre  face 
du  bulbe,  au-dessous  de 
l’épendyme  du  quatrième 
ventricule,  dans  un  noyau 
qui  lui  est  commun  avec  le 
facial.  {Voy.  fig.  65,  m  et 

ME.) 

De  son  lieu  d’émergence 
ce  nerf  se  porte  en  avant  et 
en  dehors,  traverse  la  dure- 


Fig.80.  — Nerfn, 


F)-*’ 

racine  motrice  (nerf  m 

"t  Pétreux  superficiel .‘ZT,  _ _ _ 


inférieur  (figure  schématique* 
■ —  Beaunis) .  (*) 

inférieur  (racine  sensilivel  ;  —  2,  sa 
; —  3,  ganglion  otique  ;  - 

ineau  de  Jacobson  -^r 
tare  méningée  moyenne 
avec  la  corde  du  tympan 

présente  ici  comme  venant  du  nerf  masticateur)  ;  —  9,  anasto- 

H,  rameaux  parotidiens;^—  12,  nerf’buccal;  —  13,  nerflingual; 
— 14,  corde  du  tympan;  —  15,  rameaux  du  ganglion  sous-maxil- 

jaire  ; _ 16, idem;  — 17,  ganglion  sons-maxillaire  ;  — 18,  artère 

faciale  et  rameaux  sympathiques  pour  le  ganglion;  —  19,  glande 
sous-maxillaire;  —  20,  glande  sublinguale;  —  21,  nerf  dentaire 
intérieur;  —  22,  23,  24,  25,  nerfs  des  muscles  temporal,  mas- 
séter,  ptérygoîdiens  ;  -  26,  nerf  du  penstaphylm  < 
imeau  du  _  VIC  faeM. 


digastrique  ; 

mère  un  peu  au-dessous  et  m»*-’-"*--  . 

en  arrière  du  sommet  du  ro-  ’  ,  ,  i  -a 

cher,  pénètre  dans  le  sinus  caverneux,  où  il  est  placé  au-dessous  de  acaroti  e. 


500  NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS, 

puis  entre  dans  l’orbite  par  la  fente  sphénoïdale  (vi,  fig.  81)  et  va  aussitôt  se 
ramifier  dans  le  muscle  droit  externe.  Dans  quelques  cas  rares,  constituant 
une  véritable  anomalie,  on  a  vu  ce  nerf  fournir  la  racine  motrice  du  gan¬ 
glion  ophthalmique. 


(')  III,  nerf  moteur  oculaire  commun .  —  IV,  nerf  pathétique .  —  V,  nerf  ophthalmique  de  Willis  ;  —  VI, 
nerf  moteur  ofiulaire  externe-  —  C,  carotide  et  plexus  carotidien  du  grand  sympathique. 

sitive  ;  —  5,  filet  ciliaire  direct  ;  —  6,  musclé  ciliaire  ;  —  7,  iris  ;  —  8,  corne'e  ;  —  9,  conjonctive  ;  —  10, 
glande  lacrymale;  —  11,  nerf  frontal;  —  12,  nerf  nasal  ;  —  13,  filet  récurrent. 

Septième  paire  :  Nerf  facial.  —  Ce  nerf  émerge  du  bulbe  rachidien  immé¬ 
diatement  au-dessous  du  bord  inférieur  de  la  protubérance, au  niveau  de  la 
fossette  latérale  du  bulbe  (env,  fig.  53,  p.  431).  Quanta  son  origine  réelle, 
elle  a  été  fort  diversement  interprétée  ;  d’après  les  recherches  que  nous 
avons  faites,  et  qui  sont  résumées  par  les  figures  (schématiques)  65  et  67,  il 
est  facile  de  voir  que  ce  nerf,  suivi  de  son  émergence  vers  la  profondeur, 
se  dirige  d’abord  vers  le  plancher  du  quatrième  ventricule,  et,  arrivé  sur  les 
côtés  de  l’extrémité  postérieure  du  raphé,  se  trouve  en  contact  avec  le 
noyau  moteur  oculaire  externe  (m,  fig.  67)  dont  il  reçoit  quelques  fibres 
radiculaires  ;  mais  ce  noyau,  commun  au  facial  et  au  moteur  oculaire  externe, 
n’est  pas  le  principal  noyau  du  facial.  Pour  arriver  vers  son  véritable  noyau, 
le  facial  se  recourbe,  suit  dans  la  longueur  d’un  millimètre  environ  un 
trajet  parallèle  à  l’axe  du  bulbe  (fasciculus  teres,  ft,  fig.  65  et  67),  puis  se 
(ioude  brusquement,  pour  se  diriger  en  avant  et  en  dehors  vers  un  noyau 
(fi,  fig.  65)  situé  au  milieu  des  parties  latérales  du  bulbe  et  faisant  suite  à 
la  tête  des  cornes  antérieures  de  la  substance  grise  médullaire  (®oÿ.  p.  465). 
Ce  noyau  peut  recevoir  le  nom  de  noyau  inférieur  du  facial,  tandis  qu’on 
donnerait  le  nom  de  noyau  supérieur  au  noyau  commun  au  facial  et  au 
moteur  oculaire  externe.  —  Entre  l’émergence  du  facial  et  celle  de  l’acous- 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS. 


501 


tique,  on  voit  naître  un  nerf  très-grêle,  dit  intermédiaire  de  Wrisberg,  dont 
l’origine  l’éelle  n’est  pas  encore  connue. 

De  son  lieu  d’émergence  le  facial,  avec  l’intermédiaire  de  Wrisberg,  se 
porte  vers  le  conduit  auditif  interne,  dans  lequel  il  s’engage  et  au  fond 
duquel  il  pénètre  dans  l’aqueduc  de  Fallope;  suivant  les  inflexions  de  ce 
canal  osseux,  le  facial  et  l’intermédiaire  marchent  d’abord  perpendicu¬ 
lairement  à  l’axe  du  rocher  (1  et  vu,  fig.  82)  jusqu’au  niveau  de  Thiatus  de 
Fallope  ;  en  ce  point  le  nerf  intermédiaire  se  jette  dans  le  facial,  qui  présente  à 


("  VII,  nerf  facial;  —  VIII,  nerf  auditif.  —  IX,  nerf  giosso-pharyngien.  —  X,  nerf  pneumo-gastrique. 

•  I,  nerf  intermédiaire  de  Wrisberg  ;  — 2,  grand  pétreux  superficîei  ;  —  3,  nerf  vidien,  recevant  un  filet 
du  rameau  de  Jacobson  (5)  et  du  sympathique  (6)  ;  —  4.  ganglion  de  Meckei  ;  —  7,  8,  9,  nerfs  du  pérysta- 
phylin  interne  et  du  palato-staphylin  ;  —  10,  rameau  auricuiaire  du  facial  ;  —  11, 12, 13, 14,  rameaux  du  stylo- 
hygidien,  du  ventre  po^érieur  du  digastrique,  du  stylo-pharyngien,  anastomose  avec  le  glosso-pharyngien  , 
et  rameau  dû  styîo-glosse  ;  —  15,  branches  terminales  du  facial  ;  —  16,  rameau  du  muscle  de  l’étrier;  — 
17,  petit  pétreux  superficiel  ;  —  18,  ganglion  otique  ;  —  19,  filets  pour  la  glande  parotide  (20)  ;  —  21,  petit 
pétreux  profond  venu  du  rameau  de  Jacobson  ;  —  23,  corde  du  tympan;  —  24,  nerf  lingual;  —  25,  filets 
gustatifs  de  la  cordé  du  tympan  (?)  ;  —  26,  filets  glandulaires  ;  —  29,  anastomosé  avec  le  pneumo-gastrique 
(rameau  de  la  fosse  jugulaire). 


502  NERFS.  —  anatomie  du  système  n.  —  nerfs  crâniens. 

ce  niveau  un  léger  renflement  Ait  ganglion  géniculé;  puis  le  facial,  suivant 
l’aqueduc  de  Fallope,  marche  à  peu  près  parallèlement  à  l’axe  du  rocher,  en 
rapport  avec  le  bord  supérieur  de  la  paroi  interne  de  la  caisse  du  tympan, 
pour,  arrivé  à  la  partie  postérieure  de  cette  caisse,  s’infléchir  brus¬ 
quement  en  se  dirigeant  verticalement  en  bas  et  sortir  par  le  trou 
stylo-mastoïdien.  Il  traverse  alors  la  glande  parotide  et  gagne  le  boi’d 
correspondant  de  la  mâchoire  inférieure,  où  il  se  divise  en  branches 
terminales. 

Les  branches  collatérales  que  fournit  le  facial  sont  importantes  à  rappe¬ 
ler  :  on  les  divise  en  celles  qu’il  donne  pendant  son  trajet  dans  l’aqueduc 
de  Fallope,  et  celles  qu’il  donne  à  sa  sortie  du  trou  stylo-mastoïdien.  —  .\u 
niveau  de  l’aqueduc,  il  fournit  :  le  grand  nerfpétreuæ  superficiel  (2,  fig.  82), 
dont  nous  avons  déjà  indiqué  les  connexions  avec  le  nerf  vidien  et  le  gan¬ 
glion  de  Meckel  (p.  497)  ;  le  petit  pétreuæ  superficiel  (17,  fig.  82),  égale¬ 
ment  indiqué  déjà  à  propos  du  ganglion  otique  (p.  498)  ;  le  nerf  du  muscle 
de  l’étrier  (16,  fig.  82);  un  rameau  anastomotique,  dit  rameau  de  la  fosse 
jugulaire  (29,  fig.  82),  pour  le  pneumogastrique;  et  enfin  la  corde  du  tym¬ 
pan  (23,  fig.  82),  qui,  après  avoir  traversé  l’oreille  moyenne  entre  le  manche 
du  marteau  et  la  longue  branche  de  l’enclume  (dans  l’épaisseur  même  de 
la  membrane  du  tympan),  passe  par  un  conduit  situé  contre  la  scissure  de 
Glaser,  et  va,  en  définitive,  se  jeter  dans  le  nerf  lingual  du  maxillaire 
inférieur  (13  et  14,  fig.  80,  p.  499)  ;  quoique  la  corde  du  tympan  paraisse 
se  fusionner  avec  le  lingual,  les  expériences  de  vivisection  permettent  d’en 
suivre  les  rameaux  jusque  dans  la  langue  (îioÿ.  art.  Goüt),  et  surtout  jusque 
dans  la  glande  sous-maxillaire  (26,  fig.  82  ;  —  voy.  art.  Salive).  —  Au-des¬ 
sous  du  trou  stylo-mastoïdien,  le  facial  donne  :  un  rameau  anastomotique 
pour  le  nerf  glosso-pharyngien  (12,  fig.  82);  un  rameau  auriculaire  (10, 
fig.  82),  qui  innerve  le  muscle  occipital  et  les  muscles  auriculaires;  des 
rameaux  musculaires  (11,  14,  fig.  82),  pour  le  ventre  postérieur  du  digas¬ 
trique,  pour  le  stylo-hyoïdien,  le  stylo-glosse,  le  glosso-staphylin. 

Les  branches  terminales  du  facial  se  divisent  en  deux  groupes  :  le 
groupe  supérieur,  ou  temporo- facial,  fournit  des  branches  aux  muscles 
des  deux  tiers  supérieurs  de  la  face,  depuis  le  frontal  jusqu’au  huccina- 
teur;  le  groupe  inférieur,  ou  cervico-facial,  donne  aux  muscles  de  la  bou¬ 
che  et  du  menton  (orbiculaire  des  lèvres,  triangulaire  et  carré  du  men¬ 
ton,  houppe  du  menton),  et  au  peaucier  du  cou  {voy.  l’art.  Face,  t.  XIV, 
p.  367). 

Huitième  paire  :  Nerf  acoustique. —  Ce  nerf,  dont  l’origine  a  été  indiquée 
(p.  434  ;  fig.  53,  en  z;  fig.  24,  en  8;  fig.  65,  en  ac,  e,  ï),  sera  étudié,  quant 
à  sa  distribution  périphérique,  à  propos  de  l’organe  de  l’ouïe. 

Neuvième  paire  :  Nerf  glosso-pharyngien.  —  Ce  nerf  naît  par  une  série 
de  fibres  radiculaires  implantées  dans  le  sillon  qui  est  en  avant  du  corps 
restiforme,  à  la  partie  supérieure  du  bulbe  (en  a,  fig.  53,  p.  431).  Son 
origine  réelle  se  fait  plus  profondément  dans  un  noyau  (pn,  fig.  64)  placé 
sur  les  côtés  du  plancher  du  quatrième  ventricule,  et  qui  fait  suite  aux 
cornes  postérieures  de  l’axe  gris  médullaire  {voy.  p.  467);  mais  ce  noyau 


NERFS.  —  .4NAT0MIE  DU  SYSTÉ.WE  N.  —  NERFS  CRANIENS. 


503 


représente  seulement  le  centre  des  fibres  sensitives  du  nerf  glosso-pharyn- 
gien;  les  fibres  motrices  vont,  par  un  trajet  récurrent,  à  un  noyau  situé 


■dans  les  parties  antéro-latérales 
du  bulbe  (S,  fig.  64),  noyau  qui 
fait  .suite,  comme  le  noyau 
accessoire  du  grand  hypoglosse 
(n'h',  fig.  64),  à  la  tête  de  la 
corne  médullaire  antérieure  {voy. 
p.  465). 

Les  radicules  du  glosso-pha- 
ryngien  se  réunissent  en  un 
tronc  nerveux  qui  se  dirige  vers 
le  trou  déchiré  postérieur,  dans 
ia  partie  antérieure  duquel  il  se 
loge  :  à  ce  niveau,  le  tronc  ner¬ 
veux  se  renfle  en  un  petit  gan¬ 
glion,  dit  ganglion  pétreux  ou 
d’Andersch,  puis  apparaît  à  la 
base  du  crâne,  en  dedans  des 
muscles  qui  s’attachent  à  l’apo¬ 
physe  styloïde  ;  il  se  dirige  alors 
■en  bas  et  en  avant,  en  contour¬ 
nant  le  muscle  stylo-pharjTigien, 
au  dedans,  puis  en  dehors,  et 
enfin  en  avant  duquel  il  est  placé, 
et  arrive  ainsi  à  la  base  de  la 
langue. 

Les  branches  collatérales  du 
glosso-pharyngien  se  divisent  en 
celles  qu’il  donne  dans  le  trou 
déchiré  postérieur,  et  celles  qu’il 
émet  dans  son  trajet  de  la  base  du 
crâne  à  la  langue.  —  Dans  le  trou 
déchiré  postérieur,  il  donne  :  un 
rameau  anastomotique  qui  l’unit 
aupneumo-gastrique;  un  rameau 
anastomotique  qui  l’unit  au  ra¬ 
meau  carotidien  du  ganglion  cer¬ 
vical  supérieur  du  grand  sympa¬ 
thique  (s,  fig.  83);  un  rameau 
anastomotique  qui  l’unit  au  fa¬ 
cial  (14,  fig.  83);  enfin  un  ra¬ 
meau  à  distribution  complexe 
dit  rameau  de  Jacobson  (1 
fig.  83),  qui  pénètre  dans  la 
montoire,  et  s’y  ramifie  en  sii 


fiG.  83.—  Nerf  glosso-pharyngien  (fig.  sché¬ 
matique.  —  Beaunis)  (*;. 

(*)  —  VII,  nerf  facial;  —  IX,  nerf  glosso-pharyngien 
et  ganglion  d’Andersh;  —  X,  pnéumo-gastriqiie  ; — S, 
ganglion  cervical  supérieur  du  sympathique  ;  —  C,  caro¬ 
tide  et  plexus  carotidien;  —  N,  ganglion  de  Meckeî;  — 
0,  ganglion  otique  ;  —  1,  nerf  de  Jacobson  donnant  le 
rameau  de  la  fenêtre  ovale  (2),  de  la  fenêtre  ronde  (3), 
des  rameaux  carotidiens  (4),  le  rameau  de  la  trompe 
d’Eustache  (5),  le  grand  pétreux  profond  (6),  et  enfin  le 
petit  pétreux  profond  (8)  ;  —  10,  rameaux  pharyngiens  du 
glosso-pharyngien  11,  rameau  lingual;  —  1 2,  rameaux 

tomoses  du  facial  avec  le  ganglion  d’Andersh  ;  — 15,  nerf 
du  stylo-pharyngien;  —  16,  anastomose  avec  le  pneumo¬ 
gastrique;  —  (17),  rameau  pharyngien  du  pneumo-gas- 

supérieur;  —  19,  rameau  fourni  au  ganglion  d’Andersh 
par  le  ganglion  cervical  supérieur  ;  —  20,  rameau  pha- 


caisse  du  tympan,  se  place  sur  le  pro- 
c  filets  grêles,  dont  deux  postérieurs,  l’un 


Dixième  paire  :  Nerf  pneumogastrique. —  Les  racines  du  pneumogastrique 
sont  représentées  par  une  série  de  filets  radiculaires  placés  au-dessous  de  ceux 
qui  forment  le  glosso-pharyngien,  dans  le  sillon  latéral  du  bulbe  (fig.  53).  Ses 
noyaux(sensitif  et  moteur)  sont  également  représentés  par  des  colonnes  de  sub¬ 
stance  grise  qui  font  suite  (de  haut  en  bas)  aux  noyaux  homologues  du  glosso- 
pharyngien  (voy.  fig.  64,  p.  465  :  S,  noyau  moteur  des  nerfs  mixtes  ;  pn,. 


pour  la  fenêtre  ronde,  l’autre  pour  la  fenêtre  ovale  (2  et  3,  fig.  83);  deux 
antérieurs,  l’un  pour  le  plexus  sympathique  de  l’artère  carotide  (dans  le 
canal  carotidien  (4,  fig.  83),  et  l’autre  pour  la  trompe  d’Eustache  (5,  fig.  83), 
deux  supérieurs,  qui  vont  se  joindre  aux  nerfs  pétreux  du  facial,  sous  les 
noms  de  grand  pétreux  profond  (6,  fig.  83)  et  petit  pétreux  profond  (8, 
fig.  83).  —  A  la  base  du  crâne,  le  nerf  glosso-pharyngien  donne  :  un  ra¬ 
meau  aux  muscles  digastrique  et  stylo-hyoïdien  ;  un  rameau  au  muscle  stylo- 
glosse  :  la  plupart  des  fibres  de  ce  rameau  traversent  seulement  le  muscle 
styloglosse,  et,  s’accolant  à  un  filet  semblable  du  facial,  vont  se  distribuer 
isolément  à  la  base  de  la  langue;  des  rameaux  pharyngiens,  qui,  anasto¬ 
mosés  avec  les  branches  pharyngiennes  du  pneumogastrique  et  du  grand 
sympathique  (10,  17,  20  et  15,  fig.  83),  forment  le  plexus  pharyngien,  qui 
donne  à  la  muqueuse  et  aux  muscles  du  pharynx  ;  des  rameaux  tonsillaires 
pour  la  muqueuse  des  amygdales,  et  probablement  aussi  pour  les  muscles 
glosso-staphylins  (fig.  84). 

Les  branches  terminales  du  glosso-pharyngien  (fig.  84)  se  distribuent  à 
la  muqueuse  de  la  base  de  la  langue,  en  arrière  du  V  des  papilles  calici¬ 
formes  (coy.  art.  Godt). 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTÈME  N.  NERFS  CRANIENS. 


505 


noyau  sensitif  des  nerfs  mixtes).  Les  filets  radiculaires  du  pneumogastrique 
se  réunissent  en  un  tronc  qui  se  porte  vers 
le  trou  déchiré  postérieur,  et  pénètre  dans 
ce  trou,  où  il  se  place  en  arrière  du 
glosso-pharyngien  et  se  renfle  en  un  gan¬ 
glion  ovoïde  grisâtre  {ganglion  jugulaire); 
arrivé  à  la  hase  du  crâne,  le  tronc  pneumo¬ 
gastrique  se  renfle  une  seconde  fois,  mais 
cette  fois  sous  forme  de  plexus  {plexus 
gangliforme),  puis  descend  verticalement, 
placé  dans  la  gouttière  postérieure  résul¬ 
tant  de  la  juxtaposition  de  l’artère  carotide 
et  de  la  veine  jugulaire.  Il  arrive  ainsi 
dans  le  thorax,  passe  derrière  l’origine  des 
bronches,  et  vient  s’appliquer  sur  le  con¬ 
duit  oesophagien:  en  descendant  le  long 
de  l’œsophage,  le  pneumo-gastrique  droit 
longe  la  partie  droite,-  puis  la  partie  posté¬ 
rieure  de  ce  conduit,  tandis  que  le  pneumo¬ 
gastrique  gauche  contourne  l’œsophage, 
de  manière  à  venir  se  placer  à  sa  partie 
antérieure.  Après  avoir  franchi,  avec  l’œ-  ^ 
sophage,  l’orifice  diaphragmatique  corres¬ 
pondant,  les  deux  pneumo-gastriques  arri¬ 
vent  dans  la  cnvité  abdominale,  et  se 
ramifient,  le  droit  sur  la  face  postérieure, 
le  gauche  sur  la  face  antérieure  de  l’esto¬ 
mac.  —  D’après  ce  long  trajet,  on  divise 
le  pneumo-gastriqueen portions  jugulaire, 
cervicale,  thoracique  et  abdominale. 

-  La  portion  jugulaire  {ganglion  jugu-  pi,,.  gg.  _  jjerf  pneumo-gasiriqiu- 
lairé)  présente  :  une  anastomose  avec  le  (fig.  schématique.  —  Beaunis).  {*) 
facial  (ci-dessus,  p.  501  ;  voy.  1 ,  fig.  85)  ;  une 
anastomose  avec  le  ganglion  cervical  su-  : 
périeur  du  grand  sympathique (3,  fig.  85)  ;  ; 
une  première  anastomose  avec  le  spinal  ; 
une  anastomose  avec  le  glosso-pharyngien .  , 

La  portion  cervicale  du  pneumo-gastri-  h  anastomose  du  pnci 
que  présente  d’abord,  au  niveau  du  plexus  , 
gangliforme,  de  nombreuses  anastomoses  ’ 
avec  le  ganglion  cervical  supérieur  (â, 
fig.  85),  avec  le  grand  hypoglosse  (xii, 
fig.  85),  avec  l’anse  des  deux  premiers  i 
nerfs  cervicaux,  et  enfin  une  anastomose  ' 


eumo-güstnque  ;  — 
nerf  grand  hypo- 
rvical  supérieur  du 
^rand  sympathique  ; — M,  ganglion  corvicai 
^cn  ;  —  I,  ganglion  cervical  inférieur  ;  —  N, 
fs  splanchniques  (du  sympathique  thora- 


ec  le  ganglion  cer- 
itomose  du  plexus 


très-considérable  avec  le  nerf  spinal  (xr,  i3,  fiicts  œsophï 
fig.  85),  car  toute  la  branche  interne  de  —  i6,Vamcaux^tcr 


ganglion  cervical  supérieur  ;  —  5.  branche  in- 
■  le  du  spinal  ;  —  6,  plexus  pliaryngien  ;  — 
lerf  laryngé  supérieur,  avec  le  laryngé  ex- 
le  (8)  :  —  9,  l’une  des  racines  du  nerf  de 

fs  cardiaques;  —  12,  nerf  récurrent;  — 


506  NERFS.  —  anatomie  dd  système  n.  —  nerfs  crâniens. 

ce  nerf  (5,  fig.  85)  se  jette  dans  le  plexus  gangliforme.  — Au-dessous 
du  plexus  gangliforme,  le  nerf  pneumogastrique  donne  :  des  rameaux 
pharyngiens  (6,  fig.  85);  un  peu  au-dessous,  il  émet  le  nerf  laryngé  supé¬ 
rieur,  dont  une  branche,  dite  laryngé  externe,  donne  quelques  filets  au 
constricteur  inférieur  du  pharynx,  puis  innerve  le  muscle  crico-thyroï- 
dien,  tandis  que  ses  rameaux  terminaux  (laryngé  interne)  pénètrent  dans 
l’intérieur  du  larynx,  en  traversant  la  membrane  thyro-hyoïdienne,  et  se 
distribuent  à  la  muqueuse  laryngienne,  depuis  la  base  de  la  langue 
jusqu’à  la  partie  supérieure  de  la  trachée  et  de  l’œsophage.  —  La  portion 
cervicale  du  pneumogastrique  donne  encore  des  filets  cardiaques  (voy. 
CœuR,  t.  VIII,  p.  278). 

La  partie  thoracique  du  pneumo-gastrique  fournit  :  les  nerfs  récurrents 
(12,  üg.  85,  voy.  L-arynx);  des  nerfs  cardiaques  [voy.  CœuR)  ;  des 
rameaux  pulmonaires  ou  bronchiques,  que  Sappey  a  pu  suivre  sur  les 
bronches  jusqu’au  niveau  des  lobules  pulmonaires  ;  et  enfin  des  rameaux 
œsophagiens,  qui  entourent  le  conduit  alimentaire  d’un  réseau  à  mailles 
elliptiques  allongées  {plexus  œsopha¬ 
gien). 

Dansla  cavité  abdominale,  le  pneumo¬ 
gastrique  gauche  se  ramifie  dans  laparoi 
antérieure  de  l’estomac,  puis,  chemi¬ 
nant  dans  l’épiploon  gastro-hépatique, 
va  pénétrer  dans  le  foie  en  suivant, les 
divisions  de  la  veine  porte;  le  pneumo¬ 
gastrique  droit  donne  à  la  face  posté¬ 
rieure  de  l’estomac  et  va  se  terminer 
dans  le  plexus  solaire  et  le  ganglion 
semi-lunaire  du  grand  sympathique. 

Onzième  paire  :  Nerf  spinal.  —  Le  nerf 
spinal  naît  par  deux  oi’dres  de  racines  : 
—  I  “  Ses  racines  bulbaires  (b,  fig.  86  r 
b’,  fig.  87)  sont  échelonnées  en  une. 
courte  série  au-dessous  des  filets  radi¬ 
culaires  du  pneumo-gastrique  ;  leurs 
origines  réelles  sont  comprises  dans 
les  formations  grises  sensitives  et  mo¬ 
trices  désignées  sous  le  nom  de  colonnes 
des  nerfs  mixtes  [voy.  fig.  64,  en  s  et 
NP  ;  fig.  66,  en  e).  —  2°  Ses  racines  mé¬ 
dullaires  ou  cervicales  (m,  fig.  86  et  B, b, 
fig.  87)  sont  représentées  par  sept  ou 
huit  filets  qui  naissent  des  parties  la¬ 
térales  de  la  moelle  cervicale,  entre 
le  ligament  dentelé  et  les  racines  pos¬ 
térieures  des  nerfs  rachidiens  corres¬ 
pondants  :  ces  filets  (suivis  dans  la  profondeur  de  la  moelle)  parcourent 


Fig.  86.  —  Nerf  spinal  (fig.  schématique. 
—  Beaunis) .  (**) 

(**)  B,  racines  bulbaires  du  spinal  ; —  M,  ra¬ 
cines  cervicales  ;  —  X,  nerf  pneumo-gastrique; 
—  1,  branche  externe  du  spinal  recevant  des 
anastomoses  du  second  (2),  du  troisième  (3),  et 
du  quatrième  (4)  nerf  cervical,  et  donnant  une 
branche  au  trapèze  (5)  et  au  sterno-cléido-mas¬ 
toïdien  (6)  ;  —  7,  branche  interne  du  spinal,  de 
laquelle  dépendent  les  filets  moteurs  du  pneumo¬ 
gastrique,  c’est-à-dire  le  nerf  pharyngien  (8), 
le  laryngé  externe  (9),  le  nerf  récurrent  (10)  et 
les  nerfs  cardiaques  (11). 


507 


NERFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS. 


transversalement  les  cordons  latéraux  de  la  moelle  et  proviennent  d’un 
noyau  situé  à  la  partie 
externe  de  la  base  des 
cornes  antérieures.  Le 
plus  inférieur  de  ces  filets 
émerge  d’ordinaii'e  entre 
le  quatrième  et  le  cin¬ 
quième  nerf  rachidien  : 
il  monte  le  long  de  la 
moelle,  reçoit  les  autres 
racines  cervicales,  et  vient 
se  joindre  aux  fibres  bul¬ 
baires  pour  former 
tronc,  dans  lequel  on  dis¬ 
tingue  facilement  la 
tie  qui  correspond 
originesbulbaires,  etcelle 
qui  est  constituée  par  les 
origines  cervicales  {voy. 
fig.  86  et  87).  Ce  tronc, 
ou  plutôt  ce  double  tronc, 
se  porte  vers  le  trou 
chiré  postérieur,  dans  le¬ 
quel  il  s’engage,  en  se 
plaçant  en  arrière  du 
pneumo-gastrique  et  eu 
avant  de  la  veine  jugu¬ 
laire  interne.  A  sa  sortie 
du  trou  déchiré  posté¬ 
rieur,  le  spinal  se 
aussitôt  en  deux  bran¬ 
ches,  l’une  interne,  l’au¬ 
tre  externe. 

La  branche  interne  du 
spinal  (ou  branche  anas¬ 
tomotique  )  est  formée 
(fig.  86  et  87)  uniquement 

par  les  racines  bulbaires  Fig.  87.  _  Nerfs  pneumo-gastrique  et  spinal.  (*j 
de  ce  nerf.  Le  trajet  de  Ç)  a,  faUceaus  radiculaires  du  pneumo-gastrique;  -  b,  fnisceaux 

,  ,  ,  radiculaires  de  Ja  portion  cervicale  du  spinal  allant  former  la  branche 

cette  branche  est  très-  externe  (s)  de  ce  nerf; —B%  racines  delà  portion  bulbaire  du  spinal, 
allant  former  la  branche  interne  (k)  de  ce  nerf; — C,  racines  du  nerf 
glosso-pharyngicn  ;  —  D,  facial  et  acoustique  ;  —  F.  nerf  grand  hypo- 
.glosse  coupé  à  sa  sortie  du  trou condylien ;  — •  FF,  racines  postérieures  des  nerfs  cervicaux;  —  g,  ganglion 
du  nerf  glosso-pharyngien  ;  —  ganglion  jugulaire  du  pneumo-gastrique  ;  —  i,  rameau  auriculaire  du  pneumo¬ 
gastrique,  s'anastomosant  avecle  facial  ;  —  k,  branche  interne  du  spinal  ;  —  l,  rameau  pharyngien  du  pneumo¬ 
gastrique  provenant  delà  branche  interne  du  spinal  (voyez  figure  schématique  86,  p.  506)  ;  —  n,  nerf  laryngé 
supérieur;  —  n,  nerf  laryngé  inférieur  ou  récurrent;  —  o,  tronc  du  nerf  pneumo-gastrique  coupé  au-dessous 
de  l’origine  du  récurrent;  —  p,  ganglion  cervical  supérieur  du  grand  sympathique;  —  r,  branche  externe 
du  spinal  coupée;  —  t,  calamus  script07’ius ;  —  uu,  coupe  des  pédoncules  du  cervelet;  —  v,  plancher  du 
quatrième  ventricule  —  ce,  corde  du  tympan.  (Cl.  Bernard,  t.  IL) 


508  NERFS.  —  AN>T0.MIE  DD  système  N.  —  nerfs  CRàNIENS. 

court,  car,  presque  immédiatement  après  son  origine,  elle  va  (7,  fig.  86; 
h',  fig.  87)  se  jeter  dans  le  ganglion  plexiforme  de  ce  nerf.  Elle  repré¬ 
sente  ainsi  l’une  des  plus  importantes  racines  motrices  du  pneumo¬ 
gastrique  (5,  fig.  85),  car  les  expériences  de  vivisection  démontrent  que 
c’est  elle  qui  va  plus  loin  former  les  rameaux  moteurs  que  le  pneumo¬ 
gastrique  donne  au  larynx  (nerfs  laryngé  externe  et  récurrent)  et  au  cœur, 
ainsi  que  l’indique  le  schéma  de  la  fig.  86. 

La  branche  externe  du  nerf  spinal  descend  obliquement  en  bas  et  en 
arrière  (1,  fig.  86  ;  sr,  fig.  87),  d’abord  enti-e  l’artère  carotide  et  la  veine 
jugulaire  internes,  puis  longe  l’extrémité  inférieure  de  la  glande  parotide  et 
arrive  ainsi  à  la  face  profonde  du  muscle  sterno-cléido-mastoïdien,  où  elle 
se  divise  en  deux  rameaux,  l’un  pour  ce  muscle,  l’autre  pour  le  trapèze  : 
cette  branche  reçoit,  à  la  face  profonde  de  ces  muscles,  des  anastomoses 
des  premiers  nerfs  cervicaux  (2,3,ù,  fig.  86). 

Douzième  paire  :  Nerf  grand  hypoglosse.  —  L’origine  apparente  de  ce  nerf 
(voy.  p.  433)  se  fait  par  une  séi’ie  de  dix  ou  douze  fibres  radiculaires,  dans 
le  sillon  vertical,  qui,  à  la  face  antérieure  du  bulbe,  sépare  l’olive  de  la 
pyramide  (fig.  53,  en  d).  Son  origine  réelle  se  fait  dans  un  noyau  situé,  sous 
forme  d’une  colonne  grise,  sous  le  plancher  du  quatrième  ventricule,  de 
chaque  côté  de  la  ligne  médiane  (nh,  fig.  64).  Ce  noyau  se  continue  jusque 
dans  les  parties  du  bulbe  situées  au  niveau  de  l’entre-croisement  des  pyra¬ 
mides  (portion  sensitive  des  pyramides  ;  t)0ÿ.  p.  463), c’est-à-dire  qu’il  descend 
jusque  dans  là  région  où  le  canal  central  de  la  moelle  n’ est  pas  encore  élargi  en 
quatrième  ventricule  (c'a',  fig.  63).  Cette  colonne  grise,  connue  dès  les  pre¬ 
mières  x’echerches  de  Stilling,  sous  le  nom  de  noyau  de  l’hypoglosse,  repré¬ 
sente  la  base  delà  corne  antérieure  de  la  substance  grise  médullaire;  mais, 
ainsi, que  nous  l’avons  démontré,  ce  n’est  pas  là  le  seul  noyau  d’origine  de  ce 
nerf  ;  il  faut  encore  considérer  comme  lui  donnant  naissance,  par  des  fibres 
à  trajet  récurrent,  une  partie  des  masses  grises  bulbaires  qui  représentent 
la  tête  de  la  corne  antérieure  de  la  moelle  (ca,  fig.  63),  tête  qui,  après  avoir 
été  séparée  de  la  partie  basilaire  correspondante,  se  divise  plus  haut 
(fig.  64)  en  une  partie  externe  (s,  fig.  64)  formant  le  noyau  moteur 
des  nerfs  mixtes,  et  une  partie  interne  (n'h',  fig.  64)  formant  ce  que  nous 
avons  appelé  le  noyau  accessoire  de  l’hypoglosse.  Quoi  qu’il  en  soit,  les 
fibres  radiculaires  de  l’hypoglosse  partent  en  définitive  du  noyau  situé  sous 
le  plancher  du  quatrième  ventricule,  se  dirigent  en  avant  et  .en  dehors,  pas¬ 
sent  entre  l’olive  et  le  noyau  juxta-olivaire  interne  (fig.  64)  et  émergent 
enfin  au  niveau  du  sillon  sus-indiqué,  en  dehors  des  pyramides  anté¬ 
rieures  (p,  figi  64). 

A  ces  fibres  radiculaires  de  l’hypoglosse,  se  joignent  quelquefois 
des  fibrilles,  qui,  par  leur  origine  sur  les  parties  latérales  du  corps  resti- 
forme,  reproduisent  la  disposition  des  racines  postérieures.  L’existence 
de  racines  semblables  a  été  observée  sur  le  veau  et  le  porc  par  Mayer  de 
Bonn  ;  elle  a  été  constatée  une  fois  par  Vulpian  sur  le  bulbe  de  l’homme  ; 
nous  l’avons  observée,  comme  Mayer,  sur  le  veau  ;  mais  elle  n’est  pas 
constante  :  dans  le  cas  où  elle  se  rencontre,  le  nerf  hypoglosse  est 


ÎNEUFS.  —  ANATOMIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  509 

tout  à  l'ait  assimilable  à  une  paire  rachidienne,  car  sa  racine  postérieure 
présente,  avant  sa  fusion  avec  les  racines  antérieures,  un  petit  ganglion 
étudié  particulièrement  par  Vulpian.  Du  reste,  chez  les  vertébrés  inféi’ieurs, 
chez  la  grenouille  par  exemple,  le  nerf  grand  hypoglosse  ne  constitue  pas 
un  nerf  crânien,  mais  est  représenté,  par  la  première  paire  cervicale  des 
nerfs  rachidiens. 

De  leur  lieu  d’émergence,  les  racines  de  l’hypoglosse  convergent  pour 
former  un  tronc  commun  qui  s’engage  dans  le  trou  condylien  ;  parvenu  à 
la  base  du  crâne,  le  nerf  grand 
hypoglosse  se  dirige  en  bas  et 
en  avant,  en  contournant  le 
paquet  des  nerfs  qui  sortent 
par  le  trou  déchiré  postérieur, 
ainsi  que  l’artère  carotide  in¬ 
terne.  Il  arrive  ainsi  vers  la 
base  de  la  langue  au-dessus  de 
l’os  hyoïde,  entre  le  muscle 
mylo  -  hyoïdien  et  le  muscle 
•hyo-glosse  (fig.  84,  p.  505)  ; 
cheminant  d’avant  en  arrière  et 
de  has  en  hant,  il  va  jusqu’à  la 
pointe  de  la  langue  en  fournis¬ 
sant  de  nombreux  rameaux  ter¬ 
minaux  aux  muscles  de  cet 
organe. 

A  sa  sortie  du  trou  condy- 
iien  le  nerf  grand  hypoglosse 
s’anastomose  ;  1°  avec  le  gan¬ 
glion  cervical  supérieur  du 
grand  sympathique  (fig.  88, 
s);  2“  avec  le  nerf  pneumo¬ 
gastrique,  par  un  filet  souvent 
double  (fig.  88,  x);  3“  avec 
l’anse  des  deux  premiers  nerfs 
cervicaux  (1  et  2,  fig.  88). 

■  Les  branches  collatérales  sont  au  nombre  de  deux  :  1  “  une  branche  des¬ 
cendante  (7,  fig.  88)  qui  se  porte  verticalement  en  bas,  s’anastomose  avec 
la  branche  descendante  interne  du  plexus  cervical  [voy.  p.  490),  et  donne 
des  filets  nerveux  destinés  à  tous  les  muscles  sous-hyoïdiens,  moins  le 
muscle  thyro-hyoïdien  ;  —  2°  une  branche  qui  va  directement  innerver  le 
muscle  thyro-hyoïdien. 

Ses  branches  terminales  vont  se  ramifier  dans  les  muscles  génio-hyoïdien, 
hyo-glosse,  stylo-glosse,  génio-glosse.  Quelques-unes  de  ces  branches,  sur 
la  face  externe  du  muscle  hyo-glosse  (fig.  84),  se  dirigent  en  haut  et 
vont  s’anastomoser  avec  le  nerf  lingual,  branche  du  maxillaire  inférieur 
(5°  paire).' 


Fig.  88.  —  Nerf  grand  hypoglosse  (figure  schéma¬ 
tique. —  Beaunis).  {') 

(*)  X,  nerf  pneurao-gaslrique  ;  —  XII,  nerf  grand  hypo¬ 
glosse;— S,  ganglion  cervical  supérieur  du  grand  sympa¬ 
thique;  —  1,  2,  3,  i,  nerfs  cervicaux;  —  5,  branche 
descendante  de  ces  nerfsformant  une  anse  avec  la  branche 
descendante  (7)  de  l’hypoglosse  et  donnant  des  rameaux 
(6)  aux  muscles  sous-hyoïdiens;  —  8,  'rameau  du  muscle 


510  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CONSIDERAT.  GÉNÉR.ALES. 

PHYSIOI.OU1X;  UV  SYSTÈ.UE  KPBVEICIIL  X;i»'CÉPH.U.O-R.%CBiniE!V.  — 

ConsidépaÉions  gcuépales.  —  division  du  sujet. —  Dans  les  organis¬ 
mes  inférieurs,  dans  ceux  qui  ne  sont  composés  que  d’une  simple  cellule, 
d’un  globule  de  substance  protoplasmatique  (protistes,  amibes),  toutes 
les  fonctions,  que  nous  distinguons  si  bien  chez  les  animaux  supérieurs, 
sont  confondues  et  s’accomplissent  dans  toutes  les  parties  de  l’être  micro¬ 
scopique.  Comme  l’a  dit  Vulpian,  ces  animaux  se  nourrissent  sans  appa¬ 
reil  digestif,  sentent  sans  organes  des  sens,  se  meuvent  sans  système  con¬ 
tractile  particulier.  Mais  à  mesure  que  l’organisme  se  perfectionne,  les  fonc¬ 
tions  se  localisent  en  des  parties  déter¬ 
minées,  et  c’est  là  ce  qu’on  a  désigné 
sous  te  nom  de  loi  de  la  division  du  travail 
dans  l’échelle  de  perfectionnement  des 
êtres.  Pour  nous  en  tenir  au  point  de  vue 
([ui  doit  nous  occuper  ici,  nous  dirons  que 
toutes  les  parties  d’un  organisme  supé¬ 
rieur  ne  sont  pas  aptes  à  recevoir  les  exci¬ 
tations  venues  du  milieu  extérieur  et  à 
réagir  sous  l’influence  de  ces  e.xcitations. 
De  même  que  pour  la  réception  et  l’utili¬ 
sation  des  matériaux  nécessaires  à  la;  nu¬ 
trition  des  tissus,  nous  trouvons  des  par¬ 
ties  distinctes  qui  ont  pour  fonction  de 
présider  à  l’ingestion  de  ces  substances, 
de  les  modifier,  de  les  faire  pénétrer  dans  le  sang,  et,  avec  celui-ci, 
de  les  faire  circuler  et  enfin  de  les  distribuer  à  chaque  organe  situé 
dans  la  profondeur  de  l’organisihe  ;  de  même  nous  trouvons  des  appa¬ 
reils  distincts  qui  président  à  la  réception  des  impressions  extérieures,  à 
leur  élaboration,  à  leur  distribution  dans  les  organes  que  ces  impressions 
doivent  en  définitive  mettre  en  jeu.  L’ensemble  de  ces  appareils  est  représenté 
parle  système  nerveux  et  ses  annexes  :  c’est  là,  en  effet,  que  nous  trouvons  : 
t"  les  organes  des  sens  et  les  surfaces  sensibles  en  général,  contenant  des 
tissus  essentiellement  propres  à  recevoir  les  excitations  extérieures  et  à  les 
communiquer  à  des  conducteurs  particuliers  ;  2“  ceux-ci,  les  nerfs  sensitifs 
ou  centripètes,  conduisent  les  excitations  vers  des  organes  centraux  (cen¬ 
tres  nerveux,  cellules  nerveuses),  qui  les  réfléchissent  dans  diverses  direc¬ 
tions  par  le  moyen  de  nouveaux  conducteurs,  dits  nerfs  moteurs  ou  centri¬ 
fuges;  3°  c’est  en  effet  par  les  nerfs  moteurs  que  l’excitation  arrive  en  défi¬ 
nitive  vers  l’élément  anatomique,  vers  l’organe  {muscle  ou  glande)  dont  elle 
provoque  l’entrée  en  action. 

En  indiquant  ces  trois  phases  successives  de  la  propagation  des  excitations 
extérieures  jusqu’aux  organes  profonds  (sécréteurs,  contractiles  ou  autres), 
nous  donnons  sous  sa  forme  la  plus  schématique  la  définition  la  plus  géné¬ 
rale  du  mode  et  du  but  de  fonctionnement  du  système  nerveux,  lequel  reçoit, 
centralise  et  distribue  les  e.xcitaiions  extérieures.  La  cellule  nerveuse  (fig.  89) 
est  placée  entre  les  conducteurs  centripètes  (A)  et  les  conducteuts  centrifu- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  CONSIDERAT.  GÉNÉRALES.  511 

ges  (G),  et  préside  ainsi  à  l’acte  nerveu.x.  central  le  plus  simple,  à  Vacte  réflexe, 
c’est-à-dire  au  passage  et  à  ta  distribution  de  l’excitation  des  voies  centripètes 
dans  les  voies  centrifuges  {impressionum  sensoriarumin  motorias  reflexio). 
Cette  cellule  nerveuse  peut  avoir  un  rôle  plus  importaut  encore,-  certaines 
cellules  nerveuses,  vivement  ébranlées  en  recevant  l’excitation  des  nerfs 
dits  sensitifs,  peuvent  donner  lieu  à  l’acte  mystérieux  connu  sous  le  nom  de 
sensation-,  de  plus  cet  ébranlement,  cette  excitation  peut  se  conserver  à 
un  état  plus  ou  moins  latent,  prête  à  renaître  sous  l’influence  d’un  nou¬ 
vel  ébranlement  arrivant  par  la  même  voie  ou  par  une  voie  différente, 
et  donnant  ainsi  lieu  aux  phénomènes  qui  caractérisent  plus  spécialement 
les  cellules  des  centres  encéphaliques,  c’est-à-dire  à  la  mémoire,  à  la  con¬ 
servation  et  à  la  réviviscence  des  impressions. 

Cette  manière  générale,  aujourd’hui  classique,  de  concevoir  le  fonction¬ 
nement  de  l’ensemble  du  système  nerveux,  nous  montre  comme  phénomène 
élémentaire  l’acte  réflexe,  c’est-à-dire  la  mise  en  jeu  de  trois  ordres  d’appa¬ 
reils  nécessairement  liés  l’un  à  l’autre  (conducteurs  centripètes,  centres, 
conducteurs  centrifuges);  elle  nous  montre  que  toute  action  nerveuse, 
quoiaue  pouvant  tout  d’abord  paraître  partie  spontanément  d’un  centre,  a 
son  origine  primitive  et  nécessaire  dans  une  excitation  présente  ou  anté¬ 
rieure.  C’est  ainsi  qu’aujourd’hui  le  plus  grand  nombre  des  physiologistes 
localisent  les  actes  de  la  pensée  et  de  l’intelligence  dans  les  cellules  nerveuses 
encéphaliques,  et  ne  xmient  dans  ces  actes  que  des  phénomènes  réflexes,  en 
donnant  à  cette  expression  sa  signification  la  plus  large,  c’est-à-dire  celle 
de  Y  activité  matérielle  de  cellules  nerveuses,  activité  mise  en  jeu  par  des  im  - 
pressions  antérieures  ou  présentes  et  se  traduisant  extérieurement  par  des 
phénomènes  que  leur  apparente  spontanéité  peut  parfois  faire  désigner  sous 
te  nom  d’actes  de  volonté.  Ainsi  se  trouve  définitivement  conçue  l’unité  de 
fonctionnement  du  système  nerveux,  depuis  ses  manifestations  les  plus  in¬ 
férieures,  jusqu’à  ses  activités  les  plus  élevées,  depuis  les  centres  fonction¬ 
nels  dépourvus  de  ce  qu’on  nomme  spontanéité,  jusqu’aux  centres  intellec¬ 
tuels  où  apparaît  la  conscience  et  la  volonté.  Tous  ces  fonctionnements  ont 
pour  origine,  pour  point  de  départ,  les  impressions  extérieures.  Descartes 
lui-même  a  dit  :  «  Penser,  c’est  sentir  »,  indiquant  ainsi  que  la  pensée  elle- 
même  emprunte  à  une  excitation  extérieure,  à  un  phénomène  de  sensibi¬ 
lité,  son  aliment  premier. 

Etudier  la  physiologie  générale  du  système  nerveux,  c’est  donc  étudier 
Yacte  réflexe  élémentaire,  tel  qu'on  l’observe,  dans  ses  formes  les  plus 
simples,  en  ne  faisant  entrer  en -jeu  que  les  centres  nerveux  médullaires 
et  en  examinant  le  mode  de  fonctionnement  de  ces  centres,  de  leurs  nerfs 
afférents  (centripètes  ou  sensitifs),  et  de  leurs  nerfs  efférents  (centrifuges ou 
moteurs).  Quoique  cette  étude  pût  être  faite  à  propos  de  la  physiologie 
spéciale  de  la  moelle  épinière,  nous  préférons  l’esquisser  ici,  aussi  com¬ 
plètement  que  nous  le  permettent  les  limites  de  cet  article,  car  le  phénomène 
médullaire  est  celui  dont  l’analyse  doit  éclairer  tous  les  autres  actes  ner¬ 
veux.  La  différence  essentielle  entre  le  phénomène  nerveux  le  plus  élevé 
(l’acte  intellectuel)  et  le  réflexe  médullaire  coordonné,  c’est  que  ce  dernier 


512  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  système  X.  —  CONSIDÉRÂT.  GÉ.XÉRALES. 

ne  se  produit  que  par  Faction  des  excitations  centripètes  immédiates  et 
actuelles,  tandis  que  le  premier  se  manifeste  par  Faction  d’excitations  cen¬ 
tripètes  passées  depuis  plus  ou  moins  longtemps  ;  c’est  que,  en  un  mot,  les 
cellules  cérébrales,  ce  que  nous  pouvons  appeler  les  organes  de  l’intelli¬ 
gence,  forment  des  appareils  dans  lesquels  les  excitations  centripètes  laissent 
une  modification  durable.  Nous  ne  pouvons  dire  quelles  sont  ces  modifica¬ 
tions,  pas  plus  du  reste  que  nous  ne  pourrions  dire  en  quoi  consiste,  en 
dernière  analyse,  l’acte  réflexe  le  plus  simple  auquel  préside  une  cellule 
nerveuse  médullaire. 

Comme  nous  l’avons  fait  pour  la  partie  anatomique  de  cet  article,  nous 
indiquerons  ici  l'ordre  qui  sera  suivi  dans  ce  rapide  exposé  de  la  physio¬ 
logie  du  système  nerveux  ; 

1°  Physiologie  générale  des  conducteurs  nerveux  (nerfs  centripètes,  nerfs 
centrifuges)  ;  conduction  indifférente  (neurilité)  ;  propriétés  du  nerf  à  l’état 
d’activité  {oscillation  négative)  ;  excitants  des  nerfs  (excitants  chimiques, 
physiques,  physiologiques)  ;  modifications  de  l’excitabilité  des  nerfs  par 
l’influence  de  l’électricité  {électro-tonus)  ;  nature  de  l’agent  nerveux  ;  vitesse 
de  l’agent  nerveux  ;  conductibilité  et  excitabilité  ;  parallèle  des  nerfs  sensi¬ 
tifs  et  des  nerfs  moteurs  (poisons  des  nerfs). 

2°  Physiologie  générale  des  centres  nerveux  (nutrition,  réaction  chimique 
des  centres  nerveux)  ;  étude  générale  des  phénomènes  nerveux  réflexes  ; 
lois  des  phénomènes  réflexes  ;  leur  coordination  ;  conditions  qui  modifient 
le  pouvoir  excito-moteur  des  centres  gris  (sections;  poisons  ;  strych¬ 
nine,  etc.)  ;  durée  des  actes  réflexes  (mesure  du  temps  employé  pour 
la  réflexion  centrale);  classification  des  phénomènes  nerveux  réflexes; 
des  sensations  associées  {synesthésies)  ;  des  mouvements  associés  (syn- 
cinésies). 

3°  Physiologie  spéciale  du  système  nerveux.  —  Parties  périphériques. 
Fonctions  des  nerfs  rachidiens  (sensibilité  récurrente;  fonctions  trophiques 
des  ganglions  spinaux)  ;  fonctions  des  nerfs  crâniens.  —  Parties  centrales. 
—  1“  Moelle  épinière  (ses  fonctions  comme  conducteur  ;  ses  fonctions 
comme  centre)  ;  2“  bulbe,  protubérance  et  pédoncules  cérébraux  ;  â®  cer¬ 
velet;  5°  tubercules  quadrijumeaux,  couches  optiques,  corps  striés;  6°  hé¬ 
misphères,  localisations  cérébrales  (organe  cérébral  de  la  fonction  du  lan¬ 
gage  articulé,  localisations  motrices  corticales). 

I.  Physiologie  géuéeale  des  condnctenes  nerveux.  —  Nous 
avons  parlé  de  conducteurs  centripètes  et  de  conducteurs  centrifuges,  c’est- 
à-dire  de  nerfs  sensitifs  et  de  nerfs  moteurs.  Dans  lesparties  périphériques,  ces 
conducteurs  sont  parfois  distincts,  mais  non  d’une  manière  absolue,  car,  par 
exemple,  les  nerfs  cutanés,  plus  spécialement  sensitifs,  renferment  cepen¬ 
dant  des  fibres  motrices  pour  les  éléments  contractiles  de  la  peau,  et  inver¬ 
sement,  les  nerfs  qui  se  rendent  aux  muscles,  sont  composés  en  majorité  de 
fibres  motrices,  auxquelles  se  trouvent  associés  quelques  filets  sensitifs 
(sensibilité  ou  sens  musculaire.  Voy.  art.  Muscle,  t.  XXIII,  p.  2àl).Dans  les 
plexus  d’oi'igine  des  nerfs  des  membres,  fibres  sensitives  et  fibres  motrices 
sont  intimement  mêlées  les  unes  aux  autres.  La  séparation  ne  se  trouve 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS.  5i3 
effectuée  d’une  manière  à  peu  près  complète  qu’au  niveau  des  racines  des 
nerfs,  et  notamment  au  niveau  des  racines  des  nerfs  rachidiens  ou  médul¬ 
laires.  Nous  avons  vu  que  chaque  nerf  rachidien  naît  par  deux  racines,  l’une 
antérieure,  l’autre  postérieurel;  la  première  est  motrice,  la  seconde  sensi¬ 
tive.  La  découverte  des  propriétés  distinctes  de  conduction  centripète  et  de 
conduction  centrifuge  de  ces  deux  ordres  de  racines  est  due  aux  immor¬ 
telles  expériences  de  Magendie,  et  a  été  le  point  de  départ  de  nos  connais¬ 
sances  les  plus  précises  sur  les  fonctions  du  système  nerveux.  Ces  expé¬ 
riences,  qui  datent  de  1822,  sont  les  suivantes  :  ayant  coupé  une  racine 
rachidienne  antérieure  et  porté  une  excitation  sur  le  bout  central,  Magendie 
constata  que  cette  excitation  ne  provoquait  aucune  réaction  ;  au  contraire, 
en  excitant  le  bout  périphiirique,  il  vit  se  produire  des  contractions  dans  le 
membre  à  l’innervation  duquel  cette  racine  prenait  part.  Donc  les  racines 
antérieures  ne  manifestent  leurs  propriétés  conductrices  que  du  centre  vers 
la  périphérie,  elles  sont  centrifuges  ou  motrices.  En  opérant  d’une  manière 
analogue  sur  une  racine  postérieure,  c’est-à-dire  en  coupant  tout  d’abord 
cette  racine  et  en  portant  l’excitation  sur  son  bout  périphérique,  Magendie 
ne  vit  se  produire  aucune  réaction,  tandis  qu’en  agissant  sur  le  bout 
central  il  provoquait  une  réaction  générale  de  l’animal,  qui  s’agitait, 
criait,  cherchait  à  se  soustraire  à  la  douleur,  qui  sentait  en  un  mot. 
Donc  les  racines  postérieures  ne  manifestent  leur  conductibilité  que  de  la 
périphérie  vers  les  centres,  elles  sont  à  fonctions  centripètes  ou  sensi¬ 
tives. 

Ce  que  nous  avons  vu  en  étudiant  la  composition  histologique  du  nerf 
nous  permet  déjà  de  conclure  que  le  rôle  de  conducteur  appartient  essen¬ 
tiellement  au  cylinder  axis,  car  le  tube  nerveux  peut  être  réduit  à  cette  seule 
partie  constituante,  comme  on  le  voit  vers  ses  extrémités  périphériques 
et  surtout  vers  ses  extrémités  centrales. 

Mais  de  même  qu’il  n’y  a  pas  de  différence  anatomique  essentielle  entre 
les  nerfs  reconnus  sensitifs  et  les  nerfs  moteurs,  il  n’y  a  pas  non  plus,  au 
point  de  vue  des  propriétés  générales,  des  différences  essentielles  entre  les 
conducteurs  centripètes  et  les  conducteurs  centrifuges  ;  les  propriétés  sont  les 
mêmes  dans  les  uns  et  dans  les  autres,  la  fonction  seule  diffère,  sans  doute  à 
cause  des  connexions  périphériques  et  centrales  des  uns  et  des  autres.  Il  est 
même  permis  de  penser  que  chaque  espèce  de  fibres  conduit  aussi  bien  dans 
un  sens  que  dans  l’autre,  et  que  l’une,  par  exemple,  ne  manifeste  un  rôle 
centrifuge  que  parce  qu’elle  estseule  en  connexion  à  la  périphérie  avec  les 
organes  terminaux  propres  à  faire  passer  l’excitation  dans  le  muscle.  Les 
expériences  célèbres  de  Vulpian  (soudure  d’un  nerf  sensitif  avec  un  nerf 
moteur)  avaient  même  paru  propres  à  rendre  évidente  cette  conductibilité 
indifférente  ;  mais  les  nouvelles  recherches  du  même  auteur  ont  montré 
que  ses  premières  expériences  devaient  être  reprises  en  tenant  compte  de 
causes  d’erreur  signalées  par  lui.  Néanmoins  l'hypothèse  de  la  conductibi¬ 
lité  indifférente  n’a  pas  été  abandonnée,  et  c’est  pour  cela  qu’au  lieu 
d’assigner  aux  fibres  centripèies  une  pi’opriété  différente  dite  sensibilité,  et 
aux  fibres  motrices  une  autre  propriété  dite  motricité,  on  se  contente  de 
IR.  xxm.—  33 


514  ■  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS, 
désigner  sous  un  nom  général  (neurilité)  la  propriété  de  conduction  qui  - 
est  commune  aux  deux  ordres  de  fibres. 

Une  démonstration  élégante  de  la  conductibilité  indifférente  a  été  donnée 
récemment  par  P.  Bert,  comme  conclusion  d’expériences  entreprises  par  lui 
depuis  longtemps.  Ces  expériences  consistent  â  greffer  l’extrémité  libre  de 
la  queue  d’un  rat  sous  la  peau  du  dos  du  même  animal  ;  la  queue  est  laissée 
ainsi  en  anse  de  la  région  coccygienne  vers  la  région  dorsale,  jusqu’à  ce 
que  la  gi’effe  se  soit  bien  établie  en  cette  dernière  région.  Alors  on  coupe 
la  queue  vers  sa  base,  et  cet  appendice  ne  se  trouve  plus  adhérer  à  l’animal 
que  par  son  extrémité  greffée  sur  le  dos.  Si  alors  on  porte  une  excitation 
sur  la  queue,  par  exemple  en  la  saisissant  entre  les  mors  d’une  pince,  on 
constate  que  l’animal  a  conscience  de  cette  excitation  et  éprouve  de  la  dou¬ 
leur.  Or,  cette  excitation  est  alors  transmise  par  les  nerfs  sensitifs  de  la 
({ueue,  nerfs  qui  se  sont  soudés  avec  les  nerfs  cutanés  dorsaux,  et  qui  con¬ 
duisent  vers  eux  l’excitation  portée  sur  un  point  de  leur  trajet.  Donc  ces- 
nerfs,  qui,  dans  la  queue  occupant  ses  rapports  normaux,  conduisaient  les; 
excitations  de  la  pointe  vers  la  base,  les  conduisent  maintenant  de 
la  base  vers  la  pointe  devenue  seule  partie  adhérente  à  l’animal ,  c’est-à- 
dire  que  les  nerfs  sensitifs  peuvent  conduire  indifféremment  dans  les 
deux  sens  ;  seulement,  pour  constater  la  conduction  dans  le  sens  inverse 
à  celui  qui  produit  normalement  les  sensations,  il  fallait  mettre  vers  l’extré¬ 
mité  périphérique  de  ces  nerfs  un  centre  perceptif,  un  cerveau  ;  c’est  ce 
qu’a  réalisé  l’expérience  en  soudant  ces  nerfs  avec  ceux  du  dos,  qui  sont 
en  rapport  avec  les  centres  nerveux.  —  Dans  ses  premières  expériences, 
P.  Bert  n’avait  interrogé  la  sensibilité  de  la  queue  greffée  par  sa  pointe  et 
sectionnée  à  sa  base,  qii’après  un  temps  qui  permettait  de  supposer  que 
les  nerfs  dans  lesquels  se  faisait  alors  la  conduction  sensitix'e  étaient  non 
les  anciens  nerfs  de  la  queue,  mais  de  nouvelles  fibres  développées  dans  la 
gaine  de  ces  nerfs  dégénérés.  La  nouvelle  forme  sous  laquelle  ce  même 
physiologiste  a  présenté  récemment  {Société  de  biologie,  décembre  1876) 
cette  expérience  la  met  désormais  à  l’abri  d’une  objection  de  ce  genre; 

.  elle  nous  semble  établir  définitivement  le  fait  de  la  conductibilité  indiffé¬ 
rente  des  nerfs  sensitifs. 

Une  très-curieuse  expérience  de  E.  Cyon  nous  paraît  aussi  de  nature  à  ap¬ 
porter  quelques  éléments  de  preuve  en  faveur  d’une  conductibilité  semblable 
pour  les  nerfs  moteurs.  Cette  expérience  a  pour  objet  l’étude  des  secousses 
musculaires  différentes  obtenues  par  l’excilation  d’un  tronc  nerveux,  ou  par 
l’excitation  des  racines  spinales  de  ce  tronc.  Rappelons  d’abord  qu’ainsl 
que  l’avait  déjà  signalé  ’V^’undt,  tandis  que  l’e.xcitation  d’un  nerf  musculaire, 
près  de  sa  périphérie,  donne  simplement  dans  le  muscle  une  secousse 
très-brève,  l’excitation  de  la  racine  postérieure  du  même  nerf  donne  dans  le 
muscle  une  secousse  réflexe  très-prolongée,  un  véritable  tétanos  physio¬ 
logique  de  courte  durée.  C’est  évidemment  que,  dans  ce  dernier  cas,  l’exci¬ 
tation  communiquée  à  la  substance  grise  centrale  y  persiste,  y  vibre,  pour 
ainsi  dire,  pendant  un  temps  plus  long  que  lorsqu’elle  agit  directement  sur 
la  fibre  nerveuse  motrice.  Ceci  étant  établi,  voici  l’expérience  de  Cyon  :  si 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  .N.  —  PROPIUÉTÉS  DES  NERFS.  515 
on  excite  une  racine  antérieure  encore  en  communication  avec  la  moelle, 
on  obtient,  comme  graphique  de  la  contraction  musculaire,  une  courbe 
identique  à  celle  de  la  secousse  réflexe  ;  mais  si  on  coupe  la  racine  et 
qu’on  n’excite  que  son  bout  périphérique,  la  secousse  devient  très-brève  et 
prend  exactement  le  caractère  de  celle  que  produit  l’excitation  du  tronc 
nerveux  musculaire  près  de  la  périphérie.  N’est-il  pas  très-rationnel  d’ad¬ 
mettre,  pour  expliquer  ces  deux  effets  si  différents,  que  lorsqu’on  excite  la 
racine  antérieure  encore  adhérente  à  la  moelle,  cette  excitation  se  propage 
en  deux  sens  opposés,  d’une  part  vers  le  muscle,  d’autre  part  vers  la  sub¬ 
stance  grise  médullaire,  dans  laquelle  elle  provoque  un  état  d’excitation  qui 
se  réfléchit  par  k  même  racine  sur  le  muscle  et  prolonge  sa  contraction? 
Donc  la  fibre  motrice  (racine  antérieure)  conduirait  à  la  fois  dans  deux  sens. 
Cette  expérience,  qui,  nous  l’avouons,  a  besoin  d’être  confirmée  par  des  re¬ 
cherches  de  contrôle,  semblerait  indiquer  aussi  que  les  cellules  nerveuses 
motrices  sont  susceptibles  d’être  excitées  même  par  des  irritations  amenées 
par  la  voie  de  leurs  propres  fibres  motrices.  Nous  n’avons  pas  à  nous  arrêter 
ici  sur  cette  question  ;  il  nous  suffit  d’avoir  montré  comment  ces  expé¬ 
riences  pouvaient  contribuer  à  établir  l’existence  de  la  conductibilité  indif- 
féi'ente  des  nerfs  moteurs,  et  par  suite  nous  éclairer  sur  la  nature  de  la 
propriété  générale  des  fibres  nerveuses,  sur  ce  qu’on  a  appelé  la  neurüité- 

Ce  n’est  pas  tout  que  d’avoir  établi  cette  propriété  :  pour  pénétrer  aussi 
avant  que  possible  dans  son  analyse  intime,  il  faut  préciser  les  phéno¬ 
mènes  de  différente  nature  que  présentent  les  fibres  nerveuses,  soit  à  Vétat 
de  repos,  soit  à  Vétat  d’activité  :  c’est  ainsi  que  nous  parviendrons  à  ex¬ 
pliquer,  jusqu’à  un  certain  point,  en  quoi  consiste  cette  activité.  Dans 
l’étude  de  ces  propriétés,  nous  nous  trouverons  en  présence  de  phéno¬ 
mènes  électriques  :  nous  serons  très-bref  sur  ces  phénomènes,  n’indiquant 
que  ce  qui  est  indispensable  pour  faire  comprendre  les  rapports  des  pro¬ 
priétés  électriques  des  nerfs  avec  leurs  autres  propriétés  (chimiques),  et 
renvoyant  pour  plus  de  détail  à  l’article  très-complet  consacré  à  ce  sujet 
(voy.  Électricité,  t.  XII,  p.  504). 

Nerfs  à  l’état  de  repos.  —  On  dit  qu’un  nerf  est  à  l’état  de  repos  lorsqu’il 
n’est  soumis  à  aucune  excitation  soit  expérimentale,  soit  physiologique, 
(actes  volontaires  ou  réflexes) .  Dans  cet  état,  le  nerf  n’a  guère  qu’une  pro¬ 
priété  :  il  est,  comme  tous  les  tissus  vivants,  le  siège  de  phénomènes  d’assi¬ 
milation  et  de  désassimilation  ;  en  un  mot,  il  se  nourrit,  il  respire  (expé¬ 
riences  de  P.  Bert.  Leçons  sur  la  Respiration)  ;  cette  activité  nutritive  se  ré¬ 
vèle  notamment  par  un  dégagement  particulier  d’électricité,  par  la  force 
oupouvoir  électro-moteur  dunerf.  C’est-à-dire  que  si,  après  avoir  isolé  et  sec¬ 
tionné  un  nerf  vivant,  on  met  les  deux  fils  d’un  galvanomètre  en  rapport 
l’un  avec  la  surface  longitudinale  naturelle  du  nerf,  l’autre  avec  la  surface 
artificielle  de  section,  on  verra  se  dévier  l’aiguille  du  galvanomètre,  et  cette 
déviation  sera  telle  qu’elle  indiquera  un  courant  allant  de  la  surface  longi¬ 
tudinale  à  la  surface  de  section,  c’est-à-dire  que  la  première  est  positive  et 
la  seconde  négative  {voy.  Muscle,  p. 

Nerfs  à  l’état  d’activité.  —  Ici  encore  se  passent  des  actes  de  nutrition,  mais 


516  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  système  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS, 
ces  actes  sont  plus  intenses  :  la  nutrition  est  assez  active  pour  que,  comme  pour 
le  muscle,  la  réaction  du  tissu  en  activité  devienne  acide,  d’alcaline  qu’elle 
était  précédemment.  Il  paraît  aussi  se  faire  dans  le  nerf  en  activité,  c’est- 
à-dire  soumis  à  des  excitations  qu’il  conduit,  un  dégagement  de  chaleur  que 
Schiff  est  parvenu  à  apprécier  par  une  série  d’expériences  dont  l’installation 
est  trop  délicate  et  trop  complexe  pour  que  nous  puissions  entrer  ici  dans 
leurs  détails.  En  même  temps  l’état  électro-moteur  est  modifié,  la  force 
électro-motrice  diminue  jusqu’à  disparaître,  et  l’aiguille  du  galvanomètre, 
installé  comme  précédemment,  tend  à  revenir  vers  0"  ;  comme  pour  le 
muscle,  ce  phénomène  est  désigné  sous  le  nom  variation  ou  à’ oscillation 

négative,  cette  expression  signifiant  simplement  qu’il  y  a  tendance  à  la  sup¬ 
pression,  mais  non  renversement  du  courant.  Les  électro-physiologistes 
tendent  aujourd'hui  à  considérer  cette  variation  négative  comme  le  crité¬ 
rium  de  l’activité  du  nerf  ;  la  variation  serait  en  rapport  avec  l’intensité  de 
l’excitation,  tel  est  du  moins  le  résultat  des  expériences  récentes  de  James 
Dewar  sur  le  nerf  optique.  Cet  observateur  a  constaté  que  la  force  électro¬ 
motrice  du  nerf  optique  est  diminuée  (variation  négative)  lorsque  la  rétine 
subit  une  excitation  lumineuse,  et  que  cette  variation  négative  est  d’autant 
plus  prononcée  que  l’excitation  lumineuse  est  plus  intense,  par  exemple 
avec  les  rayons  verts  ou  jaunes  du  spectre. 

Excitants  des  nerfs.  Les  excitants  propres  à  mettre  en  jeu  la  neurilité 
peuvent  se  classer  en  excitants  mécaniques,  chimiques,  physiques  et  phy¬ 
siologiques. 

Les  excitants  mécaniques  sont:  le  choc,  la  section,  l’écrasement.  Ainsi,  tout 
le  monde  sait  qu’un  choc  rapide  et  fort,  auquel  on  soumet  le  nerf  cubital 
dans  la  gouttière  épitrochléo-olécrânienne,  donne  lieu  dans  ce  nerf  à  une 
conduction  qui  arrive  jusqu’aux  centres  nerveux  perceptifs,  et  que  ceux-ci, 
par  un  phénomène  d’extérioration  dont  nous  parlerons  plus  loin,  rappor¬ 
tent  la  sensation  aux  régions  où  se  distribuent  les  branches  terminales  du 
nerf  comprimé,  c’est-à-dire  à  la  peau  de  la  moitié  interne  de  la  main.  A 
propos  de  l’écrasement,  nous  ferons  remarquer  que  ce  mode  d’excitation 
détruit  l’excitabilité  dans  le  point  atteint,  et  que  si,  après  avoir  employé  cet 
excitant  mécanique,  on  veut  agir  de  nouveau  sur  le  nerf,  il  faut  le  faire  sur 
un  point  plus  rapproché  de  la  périphérie  pour  un  nerf  moteur,  et  sur  uii 
point  plus  rapproché  des  centres  pour  un  nerf  sensitif,  car  la  con¬ 
ductibilité  a  été  détruite  en  même  temps  que  l’excitabilité  dans  le  point 
écrasé. 

Les  excitants  chimiques  sont  représentés,  pour  le  nerf  comme  pour  le 
muscle,  par  les  acides  et  par  les  hases  alcalines  ;  nous  ferons  seulement  re¬ 
marquer,  à  propos  de  ces  excitants,  qu’ils  doivent  présenter,  pour  agir  sur 
le  nerf,  un  degi’é  de  concentration  plus  considérable  que  pour  agir  sur  le 
muscle.  Les  solutions  de  substances  neutres  provoquent  aussi  l’excitation 
du  nerf,  mais  par  un  mécanisme  particulier,  par  l’effet  de  déshydratation 
qu’elles  produisent  sur  le  tissu  du  nerf  ;  le  sel  marin  est  un  des  agents  les 
plus  actifs  de  ce  genre  ;  une  solution  d’urée  agit  de  même,  mais  bien  moins 
énergiquement  ;  c’est  qu’en  effet  une  solution  saturée  d’urée,  mise  en  con- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS.  5i  7 
tact  avec  un  nerf,  lui  enlève  environ  moitié  moins  d’eau  que  ne  le  fait  une 
solution  saturée  de  sel  marin  (H.  Buchner). 

Le  principal  parmi  les  excitants  physiques,  celui  qui  est  presque  unique¬ 
ment  employé  dans  les  recherches  expérimentales,  c’est  V électricité.  Quelles 
que  soient  les  sources  ou  le  mode  d’emploi  de  l’électricité,  elle  n’excite  le 
nerf  que  par  des  changements  brusques,  c’est-à-dire  que  les  courants  con¬ 
tinus,  parcourant  un  nerf,  ne  produisent  d’excitation  sur  celui-ci  qu’au 
moment  de  l’ouverture  ou  de  la  fermeture  du  circuit,  ou  bien  lorsque  l’in¬ 
tensité  du  courant  est  brusquement  accrue  ou  diminuée  {voy.  Électricité, 
t.XlI,  p.  490).  Une  expérience  très-élégante  est  bien  propre  à  mettre  ce  fait 
en  évidence  :  on  prend  une  patte  de  grenouille  préparée  selon  la  manière 
deGalvani  (patte  àilegalvanoscopique,^^.  90),  de  manière  qu’elle  présente  un 


Fig.  90.  —  Patte  galvanoscopique  (*). 

f*)  Patte  de  grenouille  dotachde  du  corps,  et  à  laquelle  on  a  laissé  adhérer  la  plus  grande  longueur  pos¬ 
sible  du  nerf  sciatique  (n) .  —  La  patte  est  placée  dans  un  cylindre  de  verre  isolant  (T). 

très-long  filet  nerveux.  On  la  place  sur  une  lame  isolante,  en  faisant  décrire 
au  nerf  une  anse  circulaire  complète,  une  boucle.  Prenant  alors  une  pince 
électrique  de  Pulvermacher,  on  en  applique  les  deux  pointes  en  deux  points 
séparés  par  l’anse  :  le  courant,  dont  le  circuit  se  trouve  fermé  par  le  nerf, 
ne  parcourt  pas  celui-ci  en  totalité,  mais  prend  le  chemin  le  plus  court, 
sans  passer  par  l’anse.  Une  contraction  de  la  patte  se  produit  au  moment 
de  l’application  de  la  pince,  puis  plus  rien  ne  se  manifeste,  le  courant 
parcourant  le  nerf  sans  variation  sensible  d’intensité;  mais  si  alors  on 
introduit  une  baguette  de  verre  dans  la  boucle,  de  manière  à  la  soulever 
et  à  détruire  le  contact  entre  les  deux-  chefs  de  l’anse,  le  courant,  obligé 
de  parcourir  un  circuit  plus  long,  diminue  brusquement  d’intensité, 
et  on  observe  une  secousse  (contraction)  dans  les  muscles  de  la  patte. 
En  laissant  les  deux  parties  de  l’anse  revenir  au  contact,  on  produit  une 
nouvelle  contraction  par  augmentation  du  courant  qui  retrouve  son  circuit 
primitif  moins  étendu.  —  D’une  manière  analogue,  on  peut  exciter  un  nerf 
par  le  brusque  changement  de  l’état  électrique  d’un  filet  nerveux  contigu  au 
premier  ;  l’expérience  est  connue  sous  le  nom  à’ eùepérience  de  la  contraction 
paradoxale  (fig.  91).  Nous  avons  vu  qu’un  nerf  excité,  c’est-à-dire  entrant  en 
activité,  présentelephénomènederoscillationnégative(pag.  516),  c’est-à-dire 
un  brusque  changement  dans  son  pouvoir  électro-moteur,  dans  son  état 
électrique  ;  ce  changement  a  lieu  dans  toute  la  longueur  du  nerf,  quel  que  soit 
le  point  excité.  Si  donc  ce  nerf,  à  un  niveau  supérieur  à  celui  du  point  excité, 
est  en  contact  avec  un  autre  filet  nerveux,  son  changement  d’état  électrique 
pourra  agir  sur  ce  filet  nerveux  et  l’exciter,  c’est-à-dire  que  si  pn  prend.le 


518  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  SYSTEME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS. 


nerf  sciatique  d’une  grenouille  (1,  fig.  91)  avec  ses  deux  branches  et  les 
muscles  y  attenant,  et  si  on  excite  par  l’électricité  le  point  (à)  de  la  bran¬ 
che  (3),  on  produit  non-seulement  une  contraction  du  muscle  (6),  mais  en¬ 
core  une  contraction  dans  le  muscle  (5)  innervé  par  la  branche  (2)  non  di¬ 
rectement  excitée  {contraction  •paradoxale). 


g 


Fig.  91.  —  Paradoxe  de  contraction  ('). 

{*)!,  nerf  sciatique,  dont  une  des  branches  (3)  estexcitée  {en  4),  ce  qui  produit  non-seulement  la  contraction 
du  muscle  6  (innervé  par  ce  nerf  3),  mais  encore  celle  du  muscle  5,  dont  la  branche  (2)  n’a  pas  été  direc¬ 
tement  excitée. 

Dans  les  expériences  physiologiques  on  emploie  donc,  pour  produire  une 
série  d’excitations  plus  ou  moins  rapprochées,  des  courants  interrompus 
d’une  manière  plus  ou  moins  rapide  par  des  appareils  dont  la  description  a 
été  donnée  ailleurs  {voy.  Électricité,  t.  XII,  p.  472).  Nous  Indiquerons  seule- 


FiG.  92.  —  Excitation  métallique  du  nerf  de  la  patte  gajvanoscopique  (  ). 


—  i.Le  nerf  étant  étendu  longitudinalement  sur  la  surface  mercurielle,  il  n’y  a  pas  de  con  traction 
de  la  patte,  c’est-à-dire  pas  d’excitation  du  nerf. 

—  2.  On  a  mis  un  petit  cylindre  isolant  de  verre  (â)  ;  ia  portion,  a  du  nerf  est  d’abord  mise  en  contact 
'avec  la  surface  du  mercure  sans  qu’il  y  ait  contraction  de  la  patte  ;  mais  il  y  a  contraction  lorsque  le  nerf 

^  3.  Même  expérience»  le  nerf  étant  soulevé  en  anse  par  un  crochet  de  verre  {c)  entre  deux  points  ,de 

—  4.  On  a  placé  successivement  trois  petits  flotteurs  Isolants,  et  à  chaque  nouveau  contact  {b,  c,  d)  du 
nerf  avec  le  mercure  on  obtient  une  contraction  (Cl.  Bernard,  Leçom  sur  la  physiologie  du  système  ner- 
Vcîm:,  tome  I,  p.  304). 


NEUFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS.  519 
ment  ici,  comme  complétant  les  notions  précédentes,  l’expérience  suivante 
où  on  utilise,  comme  source  d’électricité,  le  pouvoir  électro-moteur  du 
muscle  lui-même.  On  prend  une  patte  galvanoscopique,  onmet  l’extréraitéde 
•  son  nerf  en  contact  avec  la  surface  d’une  cuve  à  mercure  (fig.  92),  et  on  fait 
flotter  près  de  cette  extrémité  une  baguette  de  verre  (i).  Si  alors  on  incline 
le  nerf  (en  baissant  la  patte)  de  manière  que,  par  sa  surface  longitudinale, 
;il  s’appuie  sur  la  baguette  de  verre  et  arrive  de  l’autre  côté  de  celle-ci  à 
loucher  le  bain  de  mercure  (par  le  point  b,  fig.  92  en  2)  ;  on  voit  aussi- 
,tôt  une  secousse  se  produire  dans  les  muscles  de  la  patte.  C’est  que,  comnae 
nous  l’avons  vu  précédemment  en  parlant  du  pouvoir  électro-moteur,  le 
point  a  (surface  de  section)  est  positif  par  rapport  au  point  b  (surface  lon¬ 
gitudinale  naturelle)  ;  au  moment  où  le  mercure  a  fourni  un  bon  conducteur 
entre  ces  deux  points,  il  y  a  eu  passage  du  courant,  brusque  changement 
dans  l’état  électrique  du  nerf,  et  par  suite  excitation  de  celui-ci,  qui  a  pro¬ 
voqué  la  contraction  des  muscles.  On  a  donné  anciennement  à  cette  expé¬ 
rience,  connue  dès  le  temps  de  Galvani,  le  nom  à’ excitation  métalliqiçe  du 
nerf.  Cette  expérience  peut  être  variée  de  plusieurs  manières,  ainsi  que  le 
montrent  les  diverses  formes  où  elle  a  été  représentée  dans  la  fig.  92. 

Parmi  les  faits  relatifs  à  l’excitation  des  nerfs  par  l’électricité,  il  en  est 
deux  d’une  importance  capitale  ;  nous  les  indiquerons  rapidement  :  —  l°Le 
nerf  est  plus  sensible  (plus  excitable)  à  l’électricité  que  le  muscle  (par 
contre  nous  avons  vu  précédemment  que  le  nerf  est  moins  sensible  que  le 
-muscle  à  l’action  excitante  produite  par  le  contact  des  acides  ou  des  bases). 
Cette  excitabilité  plus  grande  du  nerf  par  l’électricité  explique  le  choix  de 
certains  points  d’élection  pour  la  faradisation  des  muscles  à  travers  la  peau  ; 
ces  points  d’élection  ne  sont  autre  chose  que  le  lieu  où  le  muscle  est  abordé 
par  son  nerf  moteur.  Tout  le  monde  connaît  aujourd’hui  le  parti  que  Du- 
chenne  (de  Boulogne)  a  tiré  de  cette  méthode  pour  l’étude  de  la  physiologie 
des  mouvements  en  général,'et  en  particulier  pour  celle  du  mécanisme  de  la 
physionomie  humaine.  —  2°  L’excitation  produite  par  l’électricité  se  traduit 
par  un  changement  d’état  du  nerf:  c’est-à-dire  que  si  Ton  excite  électrique¬ 
ment  un  nerf  en  état  de  repos,  on  le  voit  entrer  en  activité  ;  mais  inverse¬ 
ment,  si  l’on  excite  électriquement  un  nerf  en  activité,  on  le  voit  revenir  à 
l’état  de  repos.  Le  fait  est  facile  à  vérifier  par  de  nombreuses  expériences 
dont  nous  citerons  seulement  la  suivante  :  on  installe  une  patte  galvano- 
scopique,  de  manière  que  son  nerf  plonge  en  partie  dans  une  petite  cupule 
pleine  d’une  dissolution  concentrée  de  chlorure  de  sodium  ;  sous  l’influence 
de  l’excitation  produite  par  le  contact  de  ce  sel,  le  nerf  est  en  activité  et 
provoque  dans  les  muscles  une  série  continue  de  petites  convulsions.  Si 
alors  on  applique  les  électrodes  sur  le  nerf,  on  voit  les  convulsions  des  mus¬ 
cles  s’arrêter  à  chaque  fois  que  le  courant  est  ouvert  ou  fermé,  c’est-à-dire 
que  chaque  excitation  électrique,  au  moment  où  elle  se  produit,  ramène  le 
nerf  à  l’état  de  repos.  Ce  fait  est  d’une  importance  générale,  car  dans  l’his¬ 
toire  du  système  nerveux  il  est  plus  d’une  circonstance  où  l’on  voit  qu’une 
excitation  appliquée  à  un  appareil  nerveux  en  activité  a  pour  résultat  de  le 
faire  lentrer  dans  l’état  de  repos. 


520  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  propriétés  des  nerfs. 

Peut-être  est-ce  ainsi  qu’il  faut  expliquer  les  résultats  expérimentaux 
de  l’excitation  du  nerf  pneumogastrique.  Ce  nerf  se  rend  au  cœur;  quand  on 
'excite  (en  agissant  sur  le  bout  périphérique  du  nerf  coupé),  le  cœur  s’ar¬ 
rête;  ce  résultat  paraît  en  contradiction  absolue  avec  ce  fait  général,  à  savoir 
que  l’excitation  du  bout  périphérique  d’un  nerf  musculaire  produit  des  con¬ 
tractions  dans  ce  muscle;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  le  muscle  cardia¬ 
que  contient  dans  son  épaisseur  des  ganglions  nerveux,  des  petits  centres 
moteurs  à  activité  autonome,  et  grâce  auxquels  le  cœur  continue  à  battre 
même  après  qu’il  a  été  extrait  de  la  cavité  thoracique.  Sans  doute  l’excita¬ 
tion  du  pneumogastrique  interrompt  cette  action  et  ramène  l’état  de  repos, 
comme  dans  l’expérience  précédente  l’excitation  électrique  réduisait  à  zéro 
l’activité  produite  par  le  contact  du  chlorure  de  sodium.  —  Un  phénomène 
semblable  se  produit  dans  l’innervation  des  vaisseaux,  et  la  théorie  que 
nous  venons  d’indiquer  a  été,  dans  ce  cas  particulier,  consacrée  par  Cl. 
Bernard  sous  le  nom  de  théorie  de  V inter férence  nerveuse  :  il  admet,  en 
effet  que  les  éléments  contractiles  des  parois  des  artérioles  sont  dans  un 
état  permanent  de  demi-contraction,  de  tonus,  sous  l’influence  des  nerfs 
vaso-constricteurs  :  lorsque,  par  l’excitation  d’autres  nerfs  dits  vaso-dilata¬ 
teurs,  l’artère  est  paralysée  et  se  laisse  dilater  par  l’afflux  sanguin,  c’est 
que  l’excitation  des  nerfs  vaso-dilatateurs  vient  agir  sur  les  vaso-constric¬ 
teurs  en  supprimant  leur  état  d’activité.  Ici  encore  une  excitation  ajoutée 
à  une  autre  excitation  produit  la  non-activité,  comme,  dans  les  faits  d’opti¬ 
que  désignés  sous  le  nom  d’interférence,  des  vibrations  lumineuses  annu¬ 
lent  d’autres  vibrations  lumineuses  auxquelles  elles  viennent  s’ajouter. 

Pour  en  revenir  à  l’étude  de  l’électricité,  nous  insisterons  sur  ce  point, 
à  savoir  que  cet  agent  est  en  somme  l’excitant  le  plus  énergique  de  l’activité 
nerveuse  :  le  nerf,  sous  l'influence  de  perturbations  fonctionnelles  plus  ou 
moins  connues,  peut  devenir  insensible  à  Faction  de  tous  les  excitants  et 
demeurer  sensible  à  l’électricité  seule.  C’est  ce  qu’a  observé  Ch.  Richet 
chez  les  malades  atteintes  d’hémianesthésie  hystérique  :  en  traversant  avec 
une  épingle  la  peau  de  la  région  anesthésiée,  il  ne  provoquait  aucune  dou¬ 
leur  ;  mais  s’il  faisait  passer  l’électricité  par  deux  épingles  implantées  à  courte 
distance,  il  provoquait  immédiatement  une  sensation  douloureuse  très- 
vive. 

Nous  teiminerons  enfin  cette  rapide  étude  de  Faction  de  l’électricité  sur 
les  nerfs,  en  appelant  l’attention  du  lecteur  sur  les  effets  de  l’excitation 
unipolaire.  Depuis  longtemps  on  avait  remarqué  que  le  pôle  positif  et  le 
pôle  négatif  ne  produisent  pas  toujours  une  excitation  d’égale  intensité  : 
Chauveau  a  précisé  ces  différences  et  leurs  conditions  en  comparant,  au 
moyen  de  l’excitation  unipolaire,  l’activité  des  deux  pôles.  Pour  réaliser 
l’excitation  unipolaire,  Chauveau  place  les  deux  pôles  électrodes  sur  deux 
nerfs  très-éloignés,  de  telle  sorte  que  la  distance  qui  les  sépare  représente, 
par  la  partie  du  corps  qui  la  forme,  un  conducteur  de  section  énorme  : 
il  obtient  ainsi,  à  chaque  ouverture  et  fermeture  du  courant,  deux  excita¬ 
tions  unipolaires  simultanées,  l’une  positive  (produite  par  le  pôle  positif), 
l’autre  négative  (par  le  pôle  négatif).  Dans  ces  circonstances  on  observe  f 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  -■  PliOPIlIÉTÉS  DES  NEUFS.  521 
1°  qu’il  existe  une  valeur  électrique,  variable  selon  les  sujets,  qui  donne 
aux  deux  pôles  le  même  degré  d’activité  sur  les  nerfs  moteurs  (par 
exemple  sur  les  deux  nerfs  faciaux  )  ;  2°  qu’au-dessous  de  cette  valeur 
électrique,  le  pôle  négatif  produit  plus  d’effet  que  le  positif;  tandis 
qu’au-dessus  de  cette  valeur,  c’est  le  pôle  positif  qui  présente  une 
activité  plus  grande,  croissant  assez  régulièrement  avec  l’intensité  du 
courant.  —  Ces  résultats,  qu’on  peut  appeler  les  lois  électriques  de  Chau¬ 
veau,  montrent  assez  quelles  applications  pourront  être  tirées  de  l’étude  de 
l’excitation  unipolaire  et  l’on  conçoit  combien  ces  résultats  doivent  modifier 
l’ancienne  théorie  de  l’électrotonus  {voy.axi.  Électricité,  t.  XII,  pag.  487), 
en  dehors  des  considérations  d’électrolyse  dont  nous  parlerons  plus  loin. 

Les  excitations  physiologiques  des  nerfs  sont  représentées  par  les  causes 
qui,  dans  l’organisme,  provoquent  normalement  leur  activité  :  nous  ne  tien¬ 
drons  pas  compte  ici  du  mode  dont  les  organes  des  sens  reçoivent  les  excita¬ 
tions  extérieures  et  les  transmettent  aux  nerfs,  question  étudiée  dans  les 
articles  consacrés  à  chaque  organe  des  sens  en  particulier  [voy.  Gout,  Ouïe, 
Vision);  les  excitations  physiologiques  nous  seront  donc  représentées  es¬ 
sentiellement  par  les  actes  en  vertu  desquels  l’élément  anatomique  central 
reçoit  l’excitation  apportée  par  le  nerf  sensitif  et  la  transmet  au  nerf  moteur, 
j’est-à-dire  par  Vacle  réflexe,  que  nous  étudierons  plus  loin  dans  ses  princi¬ 
paux  détails. 

Modifications  qu’éprouve  l’excitabilité  des  nerfs  sous  l’influence  de  l’élec¬ 
tricité.  —  Parmi  les  causes  qui  détruisent,  ou  simplement  modifient  l’exci¬ 
tabilité  des  nerfs,  causes  que  nous  étudierons  ultérieurement  à  propos  des 
poisons  des  nerfs,  il  en  est  une  que  nous  devons  dès  maintenant  indiquer, 
parce  qu’elle  complétera  les  considérations  précédentes  relatives  à  l’action 
de  l’électricité  sur  le  nerf.  Nous  voulons  parler  de  ce  fait,  que  le  passage  d’un 
courant  constant  le  long  d’une  partie  d’un  nerfmodifie  l’excitabilité  de  ce  nerf 
d’une  manière  différente  dans  les  divers  points  que  nous  allons  préciser  : 
cette  étude  est  connue  sous  le  nom  de  théorie  de  V électrotonus  ;  elle  a  reçu 
à  l’article  Électricité  (t.  XII,  p.  487)  des  développements  spéciaux  ;  nous  ne 
l’envisagerons  ici  qu’à  un  point  de  vue  plus  restreint,  et  en  cherchant  s’il 
est  nécessaire  d’avoir  recours  à  des  théories  complexes  pour  expliquer  des 
faits  assez  simples  en  eux-mêmes. 

Rappelons  d’abord  les  faits  ;  supposons  un  nerf  parcouru,  dans  une  fai¬ 
ble  étendue  de  sa  longueur,  par  un  courant  constant,  les  deux  électrodes 
d’une  pile  étant  appliqués  sur  ce  nerf  à  une  courte  distance  l’un  de  l’autre. 
Si  alors  on  examine  quel  est  l’état  de  l’excitabilité  du  nerf  au  niveau  des 
points  d’application  des  deux  pôles  du  courant,  on  constate  :  1“  qu’au  niveau 
du  pôle  positif  (ou  anode)  l’excitabilité  est  diminuée,  c’est  ce  qu'on  appelle 
anélectrotones  ou  état  anélectr otonique;  2°  qu’au  point  d’application  du  pôle 
négatif,  l’excitabilité  du  nerf  est  augmentée  ;  c’est  ce  qu’on  appelle  catélec- 
trotonus  ou  état  catélectr otonique.  —  Quant  à  l’explication  de  ces  états,  nous 
croyons,  avec  Malteucci,  Becquerel,  Legros  et  Onimus,  qu’on  doit  la  chercher 
simplement  dans  ces  faits  que  les  pôles  de  la  pile  agissent  ici  par  électrolyse, 
c’est-à-dire  qu’ils  décomposent  les  sels  du  liquide  qui  baigne  le  nerf;  comme  cela 


522  ^;ERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  système  N  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS, 
se  produit  par  l’électrolyse  dans  une  dissolution  des  sels,  les  bases  se  portent 
au  pôle  négatif,  et  les  acides  au  pôle  positif.  Or  nous  savons  qu’un  milieu 
acide  est  peu  favorable  à  la  manifestation  des  propriétés  vitales  des  éléments 
anatomiques,  aussi  bien  des  cellules  vibratiles,  des  spermatozoïdes,  que  des 
fibres  musculaires  ou  nerveuses,  tandis  qu’un  milieu  alcalin  porte  au  plus 
Haut  degré  l’excitabilité  de  tous  les  éléments  anatomiques  :  donc  si  le  pôle 
-positif, dans  le  phénomène  dit  d’ atiélectr otonus,  diminue  l’excitabilité  du  nerf 
en  son  point  d’application,  c’est  que,  par  le  fait  de  l’électrolyse,  il  plonge  cette 
partie  de  la  fibre  conductrice  en  un  milieu  acide;  si  le  pôle  négatif;  dans  le 
mtélectrotonus,  modifie  en  sens  inverse  l’excitabilitéde  la  partie  avec  laquelle 
il  est  en  contact,  c’est  qu’inversement  il  produit  en  ce  point  un  milieu 
alcalin. 

Nous  ne  saurions  entrer  dans  plus  de  détails  sur  l’explication  des  états  dits 
anélectrotoniques  etcatélectrotoniques.  Nous  nous  contenterons  de  signaler 
au  lecteur  désireux  de  pénétrer  plus  avant  dans  la  critique  de  ces  théories, 
un  mémoire  (J/énmtre  sur  la  différence  d'action  des  courants  induits  et  des 
courants  continus)  dans  lequel  Onimus  parvient  à  rendre  compte  de  tous 
les  phénomènes  en  question ,  en  se  basant  uniquement  sur  les  deux  faits, 
ou,  pour  mieux  dire,  sur  les  deux  lois  suivantes  ;  *  1”  le  courant  descen¬ 
dant  ou  direct  est  celui  qui  agit  le  plus  énergiquement  sur  les  nerfs  moj 
teurs  {voy.  ci-dessous  p.  529);  2°  tout  courant  appliqué  sur  un  nerf  déter¬ 
mine,  au  moment  où  il  cesse,  un  courant  en  sens  inverse.  » 

Nous  avons  vu  précédemment  (p.  421)  que  l’imbibition  du  cylindré-axe, 
au  niveau  des  étranglements  annulaires,  diminue  et  même  abolit  l’excita¬ 
bilité  du  nerf,  üne  autre  cause,  qui  agit  semblablement  en  modifiant  l’état 
des  parties  constituantes  du  nerf,  nous  est  représentée  par  l’influence  de  la 
chaleur:  comme  l’a  observé  notamment  Harless,  l’excitabilité  du  nerf  s’ac¬ 
croît  avec  la  température,  comme  presque  tous  les  phénomènes  de  la  vie 
des  éléments  anatomiques;  mais  cet  accroissement  n’a  lieu  que  jusque  vers 
37  degrés  chez  la  grenouille,  52  chez  l’homme,  57  chez  le  pigeon.  A  partir 
de  ces  degrés  de  chaleur,  le  nerf  perd  son  excitabilité;  en  même  temps  son 
aspect  optique  est  modifié,  et  on  constate,  en  effet,  que  sa  myéline  se  tu¬ 
méfie  et  devient  plus  fragile;  d’après  Harless,  les  températures  sus-indiquées 
seraient  précisément  celles  où  se  produit,  chez  les  animaux  cités,  la  fusion 
de  la  moelle  nerveuse  ou  myéline. 

Phénomène  du  nerf  en  activité;  nature  de  l’agent  nerveuse.  —  Pour  termi¬ 
ner  tout  ce  qui  a  trait  à  l’étude  des  rapports  de  l’électricité  et  du  système 
nerveux,  nous  devons  nous  occuper  d’une  question  capitale  qui  a  longtemps 
passionné  les  physiologistes  :  il  s’agit  de  savoir  si  le  phénomène  qui  se 
passe  dans  le  nerf  en  activité  (phénomène  de  conduction)  peut  être  assimilé 
aux  phénomènes  électriques,  ou,  en  d’autres  termes,  si  ce  qu'on  peut  appeler 
l’agent  nerveux,  le  fluide  nerveux,  peut  être  identifié  au  fluide  électrique. 
Cette  question  est  bien  ancienne;  elle  date  de  la  découverte  de  Galvani, 
c’est-à-dire  de  la  découverte  de  l’électricité.  Avant  cette  époque,  on  ne  par¬ 
lait  que  d’esprits  awimawtc  circulant  dans  les  nerfs  et  refluant  par  oscilla¬ 
tions  de  la  périphérie  au  centre  et  du  centre  à  la  périphérie  ;  .contre  cette 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SY3TÈ.ME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS.  523 
théorie  des  esprits  animaux  et  de  leur  circulation  s’est  élevé  Haller,  qui  fai¬ 
sait  remarquer  que,  si  on  place  une  ligature  sur  un  nerf,  il  ne  se  produit 
point  de  gonflement  au-dessus  ni  au-dessous  de  la  ligatoe,  comme  cela 
devrait  arriver  si  les  esprits  animaux  étaient  arrêtés  en  ce  point  dans  leur 
mouvement  de  va-et-vient. 

Tout  le  m-onde  connaît  l’expérience  de  Galvani.  Vers  1794,  le  professeur 
de  Bologne,  voulant  étudier  le  phénomène  du  choc  en  retour,  avait  préparé 
des  pattes  de  gi-enouilles  selon  la  manière  devenue  classique  depuis  cette 
époque,  et  les  avait  suspendues  par  des  crochets  de  cuivre  à  la  barre  de  fer 
du  balcon  de  son  laboratoire.  Lorsque  ces  pattes,  balancées  par  le  vent, 
venaient  à  toucher  les  barres  de  fer,  il  se  produisait  des  contractions  dans 
le  muscle.  Galvani,  en  présence  de  ce  phénomène,  supposa  que  les  muscles 
d’une  part,  et  de  l’autre  les  nerfs,  étaient  chargés  d’électricité  de  nom  con¬ 
traire,  qui,  se  combinant  lorsque  le  contact  métallique  fermait  le  circuit, 
produisait  une  faible  décharge  capable  d’amener  la  contraction  des 
muscles.  Aujourd’hui  que  nous  connaissons  les  propriétés  électro-motrices 
des  nerfs  et  celles  des  muscles,  nous  devons  reconnaître  que  l’hypothèse  de 
Galvani  se  rapprochait  singulièrement  de  la  vérité  {voy.  art.  Muscle, 
ci-dessus,  t.  XXIII,  p.  237).  Mais  à  cette  époque  le  phénomène  était 
difficile  à  comprendre  par  l’explication  de  deux  électricités  préexistantes. 
.4ussi  Volta,  professeur  à  Pavie,  proposa  une  théorie  d’après  laquelle  le 
dégagement  d’électricité,  cause  de  la  contraction  musculaire,  devait  être 
attribué  au  contact  de  deux  métaux  différents  (cuivre  et  fer).  On  sait  que 
les  recherches  entreprises  pour  vérifier  cette  idée  l’amenèrent  à  la  décou¬ 
verte  de  la  pile.  S’en  tenant  à  l’expérjence  faite  avec  la  patte  de  grenouille, 
Galvani  monti-a  qu’on  obtenait  aussi  bien  la  contraction  de  ses  muscles  en 
n’employant  qu’un  seul  métal  comme  conducteur  entre  eux  et  le  nerf  ; 
bien  plus,  il  obtint,  en  rabattant  le  nerf  sur  le  muscle,  la  secousse  caracté¬ 
ristique  qu’on  invoque  à  juste  titre  aujourd’hui  comme  l’une  des  démons¬ 
trations  les  plus  élégantes  du  pouvoir  électro-moteur  des  muscles.  Mais 
cette  expérience  n’eut  alors  pour  résultat  que  d’amener  Galvani  et  ses  élèves 
à  considérer  le  nerf  comme  parcouru  par  un  agent  ou  huide  nerveux  iden¬ 
tique  à  l’agent  électrique. 

•  Nous  ne  retracerons  pas  ici  toutes  les  phases  de  l’histoire  de  cette  célèbre- 
hypothèse.  Il  nous  suffira  de  rappeler  qu’au  commencement  de  ce  siècle 
des  physiologistes  cherchaient  à  aimanter  des  aiguilles  en  les  plongeant 
dans  le  nerf  sciatique  d’un  animal  de  forte  taille,  chez  lequel  on  excitait  ce 
nerf.  Ces  tentatives  ont  toujours  donné  des  résultats  négatifs.  Aujourd’hui 
il  est  toute  une  série  de  faits  propres  à  trancher  la  question.  Nous  rap¬ 
pellerons  d’abord  que  si  le  nerf,  à  l’état  de  repos,  présente  une  certaine 
force  électro-motrice,  loin  de  voir  cette  production  d’électricité  augmenter, 
on  la  voit  tendre  à  se  réduire  à  zéro  lorsque  le  nerf  est  excité,  c’est-à-dire 
est  le  siège  de  phénomènes  de  conduction.  Nous  ferons  ensuite  remarquer 
que  si  on  coupe  un  nerf  et  qu’ ensuite  on  rapproche  jusqu’au  contact  parfait 
4es  deux  surfaces  de  section,  la  conduction  ne  se  fait  plus  d’un  segment 
dans  l’autre,  et  Ton  sait  qu’en  pareil  cas  un  conducteur  électrique  se  com¬ 
porte  tout  différemment. 


524  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  propriétés  des  nerfs. 

Mais  un  fait  d’une  plus  haute  importance  est  le  résultat  des  expériences 
relatives  à  la  vitesse  de  la  conduction  nerveuse,  à  la  vitesse  du  fluide 
nerveux,  puisque  cette  dernière  expression  peut  être  employée  sans  lâen 
préjuger  du  reste  sur  la  nature  de  l’agent  en  question.  La  vitesse  de  l’agent 
nerveux  a  été  étudiée  d’abord  par  Helmholtz,  puis  par  Valentin,  Du  Bois 
Reymond,  Fick,  et  enfin  par  Marey.  Pour  déterminer  cette  vitesse,  on 
emploie  la  méthode  graphique,  dont  Marey  a  si  largement  étendu  et  per¬ 
fectionné  les  applications,  et  qu’il  a  si  heureusement  nommée  le  microscope 
du  mouvement.  Les  instruments  employés  dans  la  méthode  graphique  ont  été 
représentés  et  décrits  dans  l’article  consacré  à  la  physiologie  du  tissu  muscu¬ 
laire  (tioÿ. Muscle,  t.  XXIII,  p.225),etrexpérience  est  ici  conduiteàpeu  près 
comme  pour  déterminer  la  vitesse  de  propagation  de  Fonde  musculaire. 
En  elïét,  on  enregistre  deux  secousses  musculaires  produites  successive¬ 
ment  par  deux  excitations  portées  sur  le  nerf,  l’une  tout  près  de  son  entrée 
dans  le  muscle,  l’autre  plus  loin  sur  la  partie  du  nerf  plus  rapprochée  des 
centres  nerveux.  Si  l’on  a  disposé  l’expérience  de  manière  à  marquer  sur  le 
cylindre  enregistreur  le  moment  précis  où,  dans  chacun  des  cas,  le  nerf  a 
été  excité,  on  constate,  dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  un  retard  notable 
de  la  secousse  sur  l’excitation  du  nerf.  Mais  le  fait  important  est  que  ce 
retard  est  notablement  plus  considérable  lorsque  le  nerf  a,  été  excité  loin 
du  muscle  que  lorsqu’il  a  été  excité  tout  près  de  celui-ci  ;  cette  différence, 
marqué  sur  le  graphique  par  une  longueur  donnée  (facile  à  traduire  en 
fractions  de  seconde)  représente  le  temps  mis  par  le  fluide  nerveux  à  par¬ 
courir  l’espace  qui  sépare  les  deux  points  où  l’excitation  a  été  portée  dans 
les  deux  expériences  successives.  De  cette  donnée,  il  est  facile  de  déduire 
le  trajet  que  parcourt  le  fluide  nerveux  dans  l’unité  de  temps,  c’est-à-dire 
la  vitesse  de  propagation  de  l’excitation  le  long  du  nerf.  On  est  ainsi  arrivé 
à  ce  résultat  que,  dans  les  nerfs  des  mammifères  voisins  de  l’homme,  et 
chez  l’homme  lui-même ,  le  fluide  nerveux  parcourt  60  mètres  par 
seconde.  Mais  cette  vitesse  est  variable  suivant  qu’.on  s’adresse  à  un  animal 
à  sang  chaud  ou  à  un  animal  à  sang  froid  :  elle  est,  par  exemple,  moitié 
moindre,  c’est-à-dire  seulement  de  30  mètres  par  seconde,  chez  la  gre¬ 
nouille.  De  plus  Helmholtz  a  montré  que,  pour  la  grenouille,  ce  chiffre  de 
30  mètres  représente  la  vitesse  de  l’agent  nerveux  en  été,  par  une  tempé¬ 
rature  d’au  moins  15  degrés;  mais  que  chez  la  grenouille  en  hivernation, 
ou  chez  l’animal  artificiellement  refroidi,  cette  vitesse  se  réduit  à  12  mètres. 
Bezold  a  également  observé  que  le  curare,  avant  d’abolir  complètement  les 
propriétés  physiologiques  des  nerfs  moteurs,  affaiblit  tout  d’abord  la 
vitesse  de  propagation  du  courant  nerveux  au  point  de  la  réduire  à  30  et 
même  12  mètres  chez  le  lapin. 

On  a  également  mesuré  la  vitesse  du  courant  nerveux  des  nerfs  sensitifs  ; 
ici  l’expérience  est  faite  sur  l’homme  lui-même.  D’après  Schelske,  l’agent 
nerveux  parcourt  les  nerfs  sensitifs  de  l’homme  avec  une  vitesse  de 
30  mètres  par  seconde;  mais  ce  chiffre  paraît  trop  faible,  puisque,  même 
pour  la  grenouille,  Marey  a  constaté  pour  cette  transmission  une  vitesse 
supérieure  à  30  mètres  ;  il  est  donc  probable  que  cette  vitesse  est  bien  plus 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  -NERFS.  525 
considérable  sur  les  animaux  à  sang  chaud  ;  c’est  ce  qui  résulte  en  effet 
des  recherches  les  plus  récentes.  Pour  donner  une  idée  de  ces  expériences, 
nous  résumerons  à  ce  sujet  les  recherches  de  Bloch.  Le  procédé  expéri¬ 
mental  employé  par  Bloch  est  fondé  sur  la  persistance  des  sensations  :  si 
deux  chocs  sont  reçus  successivement,  un  par  chaque  main,  lorsque  l’in¬ 
tervalle  entre  ces  deux  chocs  est  suffisamment  court  (1/Zi5  de  seconde 
environ),  on  perçoit  les  deux  sensations  en  même  temps,  ce  qui  est  dù  à 
ce  que  la  sensation  du  premier  choc  durait  encore  avec  une  intensité 
sensiblement  égale  à  elle-même,  lorsque  est  arrivée  la  sensation  du  second  ; 
mais  si  on  reçoit  le  second  choc  non  sur  une  main,  mais  sur  une  région 
plus  rapprochée  du  sensorium,  sur  le  lobule  du  nez,  par  exemple,  on  obtient 
alors  ce  synchronisme  des  sensations  en  laissant  entre  les  deux  chocs  un 
intervalle  plus  grand  que  quand  il  s’agissait  des  deux  mains.  Il  est  évident 
que  cette  différence  des  deux  intervalles,  dans  ces  deux  modes  de  l’expé¬ 
rience,  mesure  la  différence  de  durée  des  transmissions  depuis  la  main 
d’une  part,  et  depuis  le  nez  d’autre  part,  jusqu’au  centre  perceptif.  Par 
ces  recherches,  Bloch  arrive  à  cette  conclusion  que  le  chiffre  moyen  re¬ 
présentant  la  vitesse  du  courant  sensitif  est  environ  de  156  mètres  par 
seconde. 

Nous  avons  vu  précédemment  que  la  vitesse  de  conduction  des  nerfs  mo¬ 
teurs  était  variable  selon  certaines  conditions  expérimentales.  Il  nous  faut 
encore,  signaler  plus  particulièrement  à  propos  des  nerfs  sensitifs,  que  cer¬ 
tains  états  morbides  produisent  des  modifications  dans  le  même  sens,  c’est-à- 
dire  diminuent  la  vitesse  de  l’influx  nerveux,  soit  pour  les  nerfs  sensitifs,  soit 
pour  les  nerfs  moteurs.  Cruveilhier  a  le  premier  observé  certaines  formes 
de  névroses  dans  lesquelles  le  malade  n’accusait  une  sensation  de  piqûre 
que  quelques  instants  (une  fraction  appréciable  de  minute)  après  la  piqûre. 
Il  est  vrai  que  ce  retard  des  sensations  dans  différentes  maladies,  constaté 
depuis  par  Charcot,  Naunyn,  Remak,  Vulpian,  etc.,  avait  été  généralement 
attribué  à  un  trouble  siégeant  dans  les  centres  nerveux  ;  mais  les  récentes 
recherches  de  Ch.  Richet,  en  montrant  que  ce  retard  est  d’autant  plus  grand 
qu’on  excite  des  parties  plus  périphériques  (extrémité  des  membres),  nous 
paraissent  indiquer  que  la  cause  de  ce  trouble  est  bien  une  lenteur  anormale 
dans  le  phénomène  de  conduction  nerveuse.—  Des  faits  analogues  ont  été 
plus  récemment  signalés  pour  le  système  nerveux  moteur  par  Leydeii,  qui 
a  donné  l’observation  d’un  malade  chez  lequel  il  se  passait,  entre  l’instant 
de  vouloir  faire  un  mouvement  et  l’instant  de  l’exécution,  un  temps  sensi¬ 
blement  plus  long  qu’à  l’état  normal.  Dans  ce  cas,  dit  l’auteur,  non-seule¬ 
ment  le  mouvement  était  retardé,  mais  il  se  produisait  immédiatement 
après  lui  un  second  mouvement  involontaire  identique,  du  reste  beaucoup 
plus  faible  (comme  le  dicrotisme  de  la  pulsation  artérielle).  Il  semblait,  en 
un  mot,  que  l’influx  nerveux  moteur  était  non-seulement  retardé,  mais 
encore  involontairement  répété  ou  prolongé. 

En  présence  de  ces  faits,  il  est  impossible  de  songer  à  identifier  l’agent 
nerveux  à  l’agent  électrique  :  la  vitesse  de  l’électricité  est  infinie  en  compa¬ 
raison  de  cette  vitesse  de  60  ou  même  150  mètres,  qui  est  le  maximum 


526  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  propriétés  des  nerfs. 
poui’  la  conduction  nerveuse.  La  nature  des  circonstances  qui  diminuent 
encore  la  vitesse  de  l’agent  nerveux  n’a  aucun  rapport  avec  ce  que  nous 
enseigne  la  physique  relativement  à  l’électricité. 

Comme  nouvel  argument,  nous  devons  encore  signaler  un  caractère  par¬ 
ticulier  que  présente  la  marche  du  fluide  nerveux  :  c’est  ce  qu’on  a  appelé 
le  mode  de  propagation  en  avalanche,  c’est-à-dire  que  le  courant  nerveux, 
comme  la  boule  de  neige,  augmente  de  force  à  mesure  qu’il  parcourt  le 
nerf  ;  en  effet,  une  même  excitation  étant  portée,  par  exemple,  sur  un  nerf 
moteur  en  différents  points,  les  effets  (contractions  musculaires)  les  plus 
intenses  correspondront  aux  cas  dans  lesquels  l’excitation  aura  été  portée 
sur  les  points  d.u  nerf  les  plus  éloignés  du  musclé. 

Nous  ne  saurions  formuler  une  conclusion  définitive  à  ce  sujet,  sans  exa¬ 
miner  encore  une  série  de  faits  invoqués  aujourd’hui  encore  par  ceux  qui 
pensent  pouvoir  identifier  le  fluide  nerveux  et  le  fluide  électrique;  nous 
voulons  parler  des  phénomènes  que  présentent  les  poissons  électriques, 
dont  les  plus  connus  sont  la  torpille  et  le  gymnote  ;  presque  toutes  les 
espèces  de  raies  possèdent  aussi,  ainsi  que  l’a  montré  Ch.  Robin,  vers  leur 
extrémité  caudale,  un  organe  électrique,  mais  dont  la  puissance  est  très- 
faible.  L’organe  du  gymnote  se  compose  de  disques  de  tissus  conjonctifs, 
superposés  de  manière  à  rappeler  assez  bien  la  pile  à  colonnes  de  Volta , 
l’un  des  pôles  de  cette  pile  correspondant  au  dos,  l’autre  à  la  surface  ven¬ 
trale  de  l’animal.  La  décharge  que  produit  ce  poisson  a  été  comparée  par 
Faraday  à  la  secousse  que  peut  donner  une  batterie  de  quinze  jarres,  c’est- 
à-dire  que  cette  décharge  peut  renverser  un  homme  et  même  le  tuer.  Or, 
celte  électricité  est  produite  par  l’organe  électrique  dont  le  nerf  vient  pro¬ 
voquer  la  mise  en  activité,  comme  le  nerf  du  muscle  vient  provoquer  la 
contraction  des  fibres  musculaires,  mais  cette  électricité  n’est  point  le 
fluide  nerveux  lui-même  lancé  à  l’extérieur.  Le  nerf  de  l’organe  électrique 
est  volumineux  et  part  d’un  lobe  spécial  situé  à  la  partie  postérieure  de 
l’encéphale  ;  c’est  à  tort  qu’on  a  donné  à  ce  lobe  le  nom  de  lobe  électrique^ 
car  celte  dénomination  semblerait  indiquer  que  l’électricité  est  produite 
dans  ce  lobe,  et  de  là  conduite  à  l’extérieur  par  le  nerf,  tandis  que  ce  lobe 
représente  simplement  le  centre  d’où  partent  les  excitations  qui  amènent 
l’entrée  en  fonction,  la  décharge  de  la  pile  organique  ou  organe  périphé¬ 
rique  ;  il  est,  en  un  mot,  un  lieu  de  localisation  cérébrale  pour  les  décharges 
volontaires  du  poisson,  de  même  que  tels  autres  points  de  l’écorce  encépha¬ 
lique  sont  considérés  aujourd’hui,  ainsi  que  nous  le  verrons  plus  loin, 
comme  les  centres  des  mouvements  soit  de  la  tête,  soit  des  bras,  soit  des 
membres  postérieurs  des  mammifères.  Si  après  la  section  du  nerf  dit  élec¬ 
trique,  l’excitation  de  son  bout  périphérique  provoque  encore  la  décharge 
de  l’organe  électrique,  ce  fait  rentre  dans  la  règle  générale  des  faits  expéri¬ 
mentaux  relatifs  aux  nerfs  moteurs  ou  centrifuges,  et  ne  prouve  nullement 
que  l’électricité  déchargée  par  l’animal  soit  du  fluide  nerveux  émis  à  l’exté¬ 
rieur,  pas  plus  que  le  fait  de  l’excitation  du  bout  périphérique  de  la  corde  du 
tympan  sectionnée,  amenant  la  sécrétion  salivaire,  ne  prouve  que  la  salive 
sécrétée  alors  doive  être  regardée  comme  du  fluide  nerveux  devenu  libre. 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  -NERFS.  527 
En  un  mot,  le  nerf  électrique  agit  sur  l’organe  électrique  comme  le  nerf 
moteur  sur  le  muscle,  comme  le  nerf  sécréteur  sur  la  glande.  C’est  ce  qu’a, 
parfaitement  démontré  Marey  en  appliquant  à  cette  étude  les  mêmes  pro-. 
cédés  d’investigation  qu’à  celle  de  la  contraction  musculaire.  11  a  pu  ainsi 
constater  que  la  décharge  de  la  torpille  est  en  tout  identique  à  la  secousse 
musculaire  :  de  part  et  d’autre,  il  s’écoule  un  certain  temps  entre  le  moment 
de  l’excitation  du  nerf  et  le  moment  où  se  produit  le  phénomène  périphé¬ 
rique  (secousse  musculaire  ou  électrique);  le  curare  possède  une  action, 
paralysante  sur  le  nerf  centrifuge  de  l’un  comme  de  l’autre  organe  ; 
enfin,  si  par  des  excitations  portées  sur  le  nerf  à  très-courts  intervalles, 
on  provoque  la  fusion  des  secousses  musculaires  et  la  production  du  tétanos 
physiologique  {voy.  art.  Muscle,  t.  XXIII,  p.  228),  il  se  produit,  dans 
les  mêmes  circonstances,  un  phénomène  identique  pour  l’organe  élec¬ 
trique,  qui ,  selon  l’heureuse  expression  de  Marey,  entre  en  tétanos  électiâque. 

On  a  voulu  établir  une  séparation  entre  la  conductibililé  et  l’excitabilité 
(expérimentale)  des  nerfs  :  la  conductibilité  ayant  toujours  pour  siège  le 
cylindre-axe,  l’excitabilité  se  trouverait  localisée  dans  la  gaine  de  myéline, 
ou  du  moins  ne  pourrait  être  mise  expérimentalement  en  action  lorsque 
cette  gaine  n’existe  pas.  Ces  tentatives  de  distinction  et  de  localisation  de 
la  conductibilité  et  de  l’excitabilité  ont  eu  pour  point  de  départ  des  expé¬ 
riences  sur  la  dégénération  et  la  régénération  des  nerfs  coupés  ou  lésés. 

Rappelons  donc  ce  fait  de  physiologie  pathologique,  à  savoir  que  lors¬ 
qu’un  nerf  a  été  sectionné,  toute  sa  partie  périphérique  s’atrophie,  parce 
qu’elle  est  séparée  de  ce  qu’on  appelle  ses  centres  trophiques  (moelle  ou  gan¬ 
glions  ;  voy.  ci-après  l’étude  de  la  physiologie  des  Ganglions  spinaux)  :  la 
gaine  de  myéline  qui  entoure  le  cylindre-axe  se  trouble  (quatrième  jour), 
puis  se  fragmente  (sixième  jour),  et  se  réduit  enfin  en  granules  de  plus  en 
plus  ternes,  et  en  granulations  graisseuses  ;  le  tout  est  peu  à  peu  résorbé 
(au  bout  de.  deux  ou  trois  mois)  et  les  fibres  nerveuses  se  présentent  comme 
des  gaines  de  Schwann  vides  ou  ne  contenant  plus  que  quelques  granula¬ 
tions  graisseuses.  On  a  cru  longtemps  que  le  filament  axile  conservait  son 
intégrité  au  milieu  des  tubes  dégénérés  et  vides  de  myéline.  La  régénéra¬ 
tion  qui  se  produit  plus  tard,  quand  les  deux  bouts  du  nerf,  séparés  par  la 
section,  se  sont  réunis,  cette  régénération  aurait  donc  consisté  essentielle¬ 
ment  en  la  reproduction  d’une  gaine  de  myéline.  Or,  Duchenne  (de  Bou¬ 
logne)  avait  dès  longtemps  constaté  le  retour  du  mouvement  volontaire 
dans  des  muscles  qu’on  ne  pouvait  encore  faire  contracter  par  les  excitations 
électriques  portées  sur  leurs  nerfs  ;  plus  récemment  Erb  avait  observé  ce 
fait  singulier,  que  «  peu  de  temps  après  que  la  continuité,  des  fibres  ner¬ 
veuses  sectionnées  ou  écrasées  s’est  rétablie,  les  courants  faradiques  inter¬ 
rompus  exciteraient  plus  facilement  les  contractions  musculaires  lorsqu’ils 
sont  appliqués  sur  les  nerfs  au-dessus  du  lieu  de  la  lésion  que  lorsqu’ils 
sont  appliqués  an  -dessous  ».  Ces  deux  ordres  de  faits  tiendraient,  d’après 
Erb,  à  ce  que  la  partie  périphérique  des  nerfs  lésés  aurait  à  ce  moment 
recouvré  sa  conductibilité  pour  les  excitations  portées  sur  la  partie  centrale 
intacte,  ou  produites  par  les  centres  nerveux  (contractions  volontaires). 


5:28  NERFS.  —  physiologie  dü  système  n.  —  propriétés  des  nerfs. 
tandis  que  sa  réceptivité  pour  les  excitations  électriques  directes  serait 
encore  nulle.  Dans  cette  période,  les  cylindres-axes,  conservés  ou  repro¬ 
duits,  auraient  repris  leurs  propriétés  {conductibilité),  tandis  que  la  gaine 
de  myéline  n’étant  pas  encore  régénérée  ne  pourrait  présider  à  ses  fonc¬ 
tions  propres  (d’où  perte  de  l’excitabilité  au  niveau  de  la  lésion  et  au- 
dessous).  Erb  pensait  donc  que  les  libres  nerveuses  doivent  leur  excita¬ 
bilité  à  la  gaine  de  myéline,  tandis  que  leur  conductibilité  est  le  propre 
de  leur  cylindre-axe.  C’est  ainsi  qu’il  s’expliquait  comment,  à  cette 
période  de  leur  régénération,  les  libres  nerveuses  pouvaient  conduire  aux 
muscles  des  excitations  partant  des  centres  nerveux  ou  des  portions  du 
nerf  situées  au-dessus  de  la  lésion,  tandis  qu’elles  n’étaient  pas  elles-mêmes 
excitables  par  des  courants  électriques.  —  Vulpian  a  montré  que  ces  vues 
subtiles  ne  pouvaient  être  admises  :  il  a  constaté  dans  de  nombreuses  expé¬ 
riences  que,  dans  les  circonstances  étudiées  par  Erb,  le  bout  périphérique 
des  nerfs  lésés  n’est  pas  absolument  inexcitable,  qu’il  est  seulement  plus 
difficile  à  exciter  (par  l’électricité)  que  le  bout  central.  La  différence  entre 
ces  deux  portions  provient  sans  doute  «  de  ce  que,  dans  le  bout  périphé¬ 
rique,  les  fibres  régénérées  étaient  peu  nombreuses,  séparées  les  unes  des 
autres  par  du  tissu  conjonctif  de  nouvelle  formation,  et  par  des  fibres  ner¬ 
veuses  encore  altérées  ;  dans  de  telles  conditions,  le  courant  électrique 
atteignait  peut-être  plus  dilScilement  la  totalité  de  ces  fibres  régénérées 
lorsqu’il  agissait  directement  sur  le  bout  périphérique,  que  lorsqu’il  était 
transmis  par  l’intermédiaire  du  bout  central  ».  Quant  au  fait  observé  par 
Duchenne  (de  Boulogne),  il  ne  saurait  recevoir  l’interprétation  proposée 
par  W.  Erb,  puisque,  ainsi  que  le  fait  remarquer  Vulpian,  ce  fait  a  été  con¬ 
staté  non  pas  seulement  dans  des  cas  de  lésion  traumatique  des  nerfs, 
mais  encore  dans  des  cas  de  paralysie  saturnine  :  or,  dans  ces  derniers  eas, 
l’état  des  fibres  nerveuses  n’est  pas  le  même  que  dans  les  paralysies  par 
lésions  traumatiques  des  nerfs.  —  Enfin,  rien  n’est  moins  exact  que  le  fait 
anatomo-pathologique  qui  a  servi  de  point  de  départ  aux  vues  hypothé¬ 
tiques  de  W.  Erb.  Les  recherches  récentes  de  Vulpian  ont  montré  que  dans 
les  fibres  nerveuses  en  voie  d’atrophie,  ce  n’est  pas  seulement  la  myéline, 
mais  aussi  le  cylindre-axe  qui  disparaît;  ce  cylindre- axe  fait  absolu¬ 
ment  défaut  au  b.out  d’un  mois  ou  six  semaines.  La  gaîne  de  Schwann 
subsiste  seule,  revient  sur  elle-même,  présentant  des  moyaux  multiples 
très-visibles.  Quand  la  régénération  se  produit,  les  fibres  nouvelles  seraient, 
d’après  Vulpian,  les  fibres  anciennes  restaurées,  mais  sans  qu’on  puisse 
dire  encore  comment  le  cylindre- axe  se  régénère,  ni  comment  dispa¬ 
raissent  les  noyaux  multipliés  des  gaines  de  Schwann. 

Parallèle  des  nerfs  sensitifs  et  des  nerfs  moteurs.  —  En  recherchant  les 
différences  que  les  investigations  expérimentales  les  plus  diverses  nous 
révèlent  entre  les  nerfs  sensitifs  et  les  nerfs  moteurs,  nous  ne  trouverons, 
disons-le  tout  d’ahord,  que  des  différences  de  nuances,  ainsi  que  nous  le 
faisions  déjà  prévoir  en  parlant  de  la  neurïlité  (ci-dessus,  pag.  515).  Ces 
différences  portent  :  1°  sur  la  manière  dont  les  excitants  agissent  sur  les 
deux  ordres  de  nerfs  ;  2“  sur  le  mode  selon  lequel  les  nerfs  perdent  leur 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  NERFS.  529 
excitabilité  ;  3°  sur  la  manière  dont  ils  sont  influencés  par  les  substances 
dites  poisons  des  nerfs. 

D’une  part,  les  deux  ordres  de  nerfs  ne  sont  pas  également  sensibles  au.x 
excitations  produites  par  les  courants  qui  les  parcourent  de  la  périphérie  au 
centre  (courants  ascendants)  ou  du  centre  à  la  périphérie  (courants  des¬ 
cendants)  :  les  courants  ascendants  agissent  plus  sur  les  nerfs  sensitifs  que 
sur  les  nerfs  moteurs  ;  les  courants  descendants  agissent  plus  sur  les  nerfs 
moteurs  que  sur  les  nerfs  sensitifs.  —  Une  autre  différence  consiste  dans 
la  manière,  ou  pour  mieux  dire,  dans  le  sens  selon  lequel  les  nerfs  perdent 
leur  excitabilité  :  un  nerf  moteur  d’un  animal  qui  vient  d’être  sacrifié  est 
d'abord  excitable  sur  tous  les  points  de  son  étendue  ;  mais  à  mesure  qu’il 
meurt,  c’est-à-dire  qu’il  perd  ses  propriétés,  et  cette  mort  du  nerf  se  fait 
bien  plus  rapidement  sur  les  animaux  à  sang  chaud  que  sur  les  animaux 
à  sang  froid,  on  constate  que  la  partie  centrale  n’est  plus  excitable,  tandis 
que  la  partie  périphérique  l’est  encore  ;  en  un  mot,  le  nerf  moteur  perd 
son  excitabilité  du  centre  à  la  périphérie,  le  nerf  sensitif  la  perd  de  la 
périphérie  au  centre,  c’est-à-dire  que  c’est  son  extrémité  périphérique  qui 
cesse  la  première  d’être  excitable,  et  que  pour  obtenir  une  réaction  il  faut 
porter  les  excitations  sur  des  parties  d’autant  plus  rapprochées  des  centres 
qu’il  s’est  écoulé  un  temps  plus  considérable  depuis  que  l’animal  a  été 
sacrifié. 

Les  poisons  divers  pour  lesquels  Létude  expérimentale  a  permis  de 
constater  une  action  sur  le  système  nerveux  agissent  les  uns  sur  les 
centres  nerveux  et  les  autres  sur  le  système  nerveux  périphérique.  Les 
premiers  seront  étudiés  plus  loin  ;  c’est  alors  que  nous  parlerons  de  la 
strychnine  qu’on  avait  considérée  comme  agissant  exclusivement  sur  les 
fihres  nerveuses  sensiti\es,  sur  les  racines  postérieures  des  nerfs  rachi¬ 
diens,  mais  qui,  on  le  sait  aujourd’hui,  porte  son  action  élective  sur  la 
moelle  épinière  elle-même.  Quant  aux  seconds,  on  peut  les  diviser  en 
deux  catégories,  selon  .qu’ils  atteignent  plus  spécialement  les  nerfs  sensitifs 
ou  les  nerfs  moteurs  :  par  exemple,  l’aconitine,  tout  en  agissant  sur  les  deux 
ordres  de  nerfs,  porte  plus  spécialement  ses  effets  sur  les  voies  de  conduc¬ 
tion  centripète  ou  sensitive  en  diminuant  leur  excitabilité  (Franceschini)  ; 
aussi  cet  alcaloïde  est-il  employé  aujourd’hui  avec  succès  pour  combattre 
certaines  formes  de  névralgie.  Cependant  cette  action  nettement  localisable 
de  l’aconitine  est  encore  contestée  aujourd’hui,  et  quelques  expérimenta¬ 
teurs  ont  cru  devoir  considérer  cet  alcaloïde  comme  agissant  en  premier 
lieu  sur  le  système  nerveux  central,  dont  il  exciterait  tout  d’abord  et  para¬ 
lyserait  ensuite  l’activité  (Rouget,  Guillaud).  —  Mais  il  est  du  moins  un 
poison  dont  l’action  se  localise  d’une  manière  précise,  poison  dont  les  pro¬ 
priétés  ont  été  si  bien  étudiées  par  Cl.  Bernard  :  c’est  le  curare,  le  poison 
des  nerfs  moteurs,  qui  est  devenu  entre  les  mains  des  expérimentateurs  un 
si  précieux  moyen  d’analyse  physiologique  en  même  temps  qu’un  moyen 
de  contention  journellement  employé  dans  les  vivisections.  L’histoire  de 
ce  poison  a  été  faite  d’une  manière  trop  complète  à  l’article  qui  lui  est 
consacré  {voy.  t.  X,  page  548)  pour  que  nous  ayons  à  y  revenir  ici  autre- 

NODV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXItl.  —  34 


.530  NERFS.  —  physiologie  dü  système  n.  —  propriétés  des  nerfs. 


ment  qu’en  rappelant  les  faits  dont  la  connaissance  est  indispensable  à 
l’étude  de  la  physiologie  générale  du  système  nerveux.  Si  l’on  injecte  une 
solution  de  curare  sous  la  peau  d’une  grenouille,  on  voit  bientôt  l’animal 
demeurer  immobile  et  flasque,  avec  toutes  les  apparences  de  la  mort; 
mais  on  peut  constater  que  son  cœur  continue  à  se  contracter,  et  que  la 
circulation  se  fait  régulièrement  dans  les  vaisseaux  examinés  au  micro¬ 
scope.  L’animal  continue  donc  à  vivre,  et  cette  mort  apparente  n’est  due 
qu’à  la  suppression  des  fonctions  de 
certains  éléments  anatomiques.  Une 
expérience  de  Cl.  Bernard  devenue  au¬ 
jourd’hui  classique  montre  qu’il 
a  qu’une  seule  espèce  d’élément  ana¬ 
tomique  frappé  d’inertie,  c’est  le  nerf 
moteur.  Si  en  effet  on  prépare  une 
grenouille  de  manière  à  séparer  par 
une  forte  ligaturé  le  train  antérieur 
du  train  postérieur  (fig.  93) en  ne  lais¬ 
sant  subsister  comme  trait  d’union 
entre  ces  deux  moitiés  que  la  masse 
des  nerfs  lombaires  (n,  fig.  93),  et  si 
on  injecte  une  dissolution  de  curare 
sous  la  peau  du  train  antérieur,  on 
observe  bientôt  que  cette  moitié  anté¬ 
rieure  présente  toutes  les  apparences 
de  la  mort,  tandis  que  la  moitié  pos¬ 
térieure  peut  être  le  siège  de  mouve¬ 
ments  spontanés, etqu’il  s’y  produit  des 
contractions  musculaires  énergiques 
quand  on  pince  l’extrémité  des  pattes 
I  postérieures  :  ce  premier  fait  prouve 
bien  que  les  centres  nerveux  (moelle 
FIG.  93.  -  Grenouille  préparée  pour  l’étude  épinière),  d’où  partent  les  nerfs  lom- 
de  l’action  des  poisons  sur  les  nerfs.  (Cl.  baires,  bien  que  se  trouvant  dans 
Bernard).  (')  la,  partie  antérieure  empoisonnée, 

subi  aucune  atteinte,  c’est- 

sorte  qu’il  n|y  a  plus,  entre  le  train  antérieur  et  le  à -dire  que  le  CUrare  eSt  SanS  action 

sur  les  centres  nerveux.  Mais  les 
nerfs  sensitifs  eux-mêmes  ont  été 
respectés  par  ce  poison  :  en  effet,  si  on  pince  une  patte  antérieure  du  même 
animal,  il  n’y  a  pas  de  mouvement  dans  cette  patte,  mais  il  s’en  pro¬ 
duit  aussitôt  dans  les  membres  postérieurs  :  le  curare  n’avait  donc 
détruit  que  les  fonctions  des  nerfs  moteurs  de  la  partie  antérieure, 
et  respecté  les  nerfs  sensitifs  correspondants,  lesquels  sont  encore 
aptes  à  conduire  vers  les  centres  une  impression  qui  s’y  réfléchit  dans  les 
nerfs  moteurs  du  membre  postérieur.  Le  curare  est  donc  un  poison  qui 
supprime  uniquement  les  fonctions  des  nerfs  centrifuges.  Il  ne  les  atteint 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  PROPRIÉTÉS  DES  CENTRES.  531 
qüe  lorsqu’il  est  porté  au  contact  de  leur  extrémité  périphérique  :  si  en 
elfet  on  prend  une  patte  galvanoscopique  et  que  l’on  fasse  plonger  son  nerf 
seul  dans  un  verre  de  montre  rempli  d’une  dissolution  de  curare,  on  observe 
que  ce.  nerf,  sous  l’influence  des  excitations,  continue  à  provoquer  les  con¬ 
tractions  musculaires  ;  il  n’a  pas  été  empoisonné,  comme  il  l’aurait  été  si 
le  curare,  introduit  sous  la  peau,  avait  été  amené,  par  l’imbibition  des  tissus 
•et  par  la  circulation,  jusqu’au  contact  des  extrémités  périphériques  des 
filets  nerveux  centrifuges,  jusqu’au  contact  des  plaques  motrices. 

Gomme  poison  des  nerfs  moteurs,  nous  pouvons  encore  citer  la  nicotine, 
la  çonicine,  la  lobéline  (Ott)  ;  ce  n’est  pas  à  dire  toutefois  que  ces  poisons 
ne  portent  leur  action  que  sur  les  nerfs  moteurs  ;  mais  c’est  sur  ce  système 
qu’ils  agissent  tout  d’abord,  avant  d’amener  aucune  modification  dans  les 
autres  parties  de  l’appareil  nerveux,  ou  de  l’économie  en  général.  La 
lycoctonnie  agit  de  même  (alcaloïde  de  l’aconitum  lycoctonum,  —  Ott), 
ainsi  que  la  delphine,  alcaloïde  extrait  des  semences  de  la  staphysaigre 
(Rabuteau). 

IL  Phyiiîologie  générale  des  centres  nerveux.  —  Nous  ne 
possédons  que  peu  de  données  sur  la  nutrition  des  centres  gris  de  l’axe 
cérébro-spinal. 

D’après  Flint,  la  cholestérine  serait  l’un  des  produits  de  désassimilation 
caractéristiques  de  l’activité  de  ces  masses  nerveuses.  Byasson  était,  d’autre 
part,  arrivé  à  ce  résultat,  que  la  quantité  d’urée  sécrétée  par  l’homme  se¬ 
rait  influencée  par  le  fait  de  l’activité  nerveuse,  et  notamment  de  l’activité 
cérébrale  ;  mais  les  recherches  récentes  paraissent  mettre  en  doute  ces  con¬ 
clusions  —  Rien  de  plus  précis  à  signaler,  au  point  de  vuè  de  l’élimination 
4es  phosphates  :  on  sait,  d’une  part,  que  l’acide  phosphorique  forme  une 
notable  proportion  du  contenu  de  l’urine,  et  que,  d’autre  part,  la  substance 
cérébrale  en  est  richement  pourvue;  l’étude  des  rapports  qui  peuvent 
exister  entre  l’état  de  fonctionnement  normal  ou  morbide  des  masses 
nerveuses  centrales  et  notamment  du  cei-veau,  et  la  sécrétion  urinaire, 
pourrait  donc  fournir  des  données  physiologiques  très-instructives.  Mal¬ 
heureusement,  les  recherches  faites  jusqu’à  présent  sur  ce  sujet  sont  peu 
nombreuses.  Dans  un  récent  travail,  Mendel  a  examiné  l’urine  d’un  grand 
nombre  de  malades  et  de  sujets  sains  de  corps  et  d’esprit,  et,  pour  ce  qui 
est  de  ces  derniers,  ses  recherches  confirment  pleinement  les  résultats 
Auxquels  sont  arrivés  d’autres  observateurs,  à  savoir  qu’un  travail 
iintellectuel  intense  serait  suivi  d’une  augmentation  constante  de  la  quan¬ 
tité  d’acide  phosphorique  éliminé  par  les  urines.  Mais  à  côté  de  ce  résultat 
confirmatif  de  ce  que  pouvaient  faire  prévoir  les  idées  théoriques, 
Mendel  signale  des  faits  dont  l’explication  constitue  autant  de  pro¬ 
blèmes  :  le  sommeil,  qui  est  pourtant  l’état  cérébral  directement  opposé  à 
l’activité  des  centres  nerveux,  produirait  également  une  excrétion  considé¬ 
rable  de  phosphates;  dans  l’excitation  maniaque  aiguë  ou  subaiguë,  la 
production  d’acide  phosphorique  serait  moins  considérable  que  chez 
l’homme  sain.  L’auteur  en  question  ayant  expérimenté  sur  les  animaux,  a 
•observé  que  des  chiens  ou  des  lapins,  dont  le  cerveau  a  été  artificiellement 


532  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  propriétés  des  centres. 
blessé,  rendent  par  les  urines  une  quantité  d’acide  phosphorique  bien  plus 
considérable  qu’à  l’état  normal;  ce  qui  semblerait,  en  définitive,  prouver, 
et  c’est  la  seule  conclusion  générale  des  recherches  de  Mendel,  que  les 
altérations  du  cerveau  et  du  système  nerveux  central  ont  une  influence 
marquée  sur  la  sécrétion  de  l’acide  phosphorique. 

Nous  avons  parlé  précédemment  du  pouvoir  électro-moteur  des  nerfs 
périphériques  {voy.  p.  515).  Richard  Caton  dit  avoir  observé  des  propriétés 
semblables  dans  les  centres  nerveux,  dans  les  hémisphères  cérébraux.  Dans 
ces  expériences,  faites  sur  le  lapin  et  le  singe,  la  surface  grise  de  l’hémi¬ 
sphère  s’est  montrée  positive  par  rapport  à  la  coupe  de  l’organe  :  ces  cou¬ 
rants  électriques,  ce  pouvoir  électro-moteur  de  la  substance  grise  corticale 
lui  a  paru  modifié  (oscillation  négative)  par  l’entrée  en  activité  du  centre 
nerveux.  Les  impressions  sensorielles,  ajoute  l’auteur  cité,  influencent  les 
courants  (le  pouvoir  électro-moteur)  de  certaines  régions  :  ainsi  ,1a  partie 
du  cerveau  qui  tient  sous  sa  dépendance  les  mouvements  des  paupières  est 
influencée  manifestement  par  l’excitation  de  la  rétine  du  côté  opposé. 

De  même  que  la  réaction  normale  des  nerfs  à  l’état  de  repos  est  toujours 
alcaline,  de  même  la  substance  blanche  des  centres  nerveux  a  été  toujours 
trouvée  alcaline  dans  les  expériences  instituées  par  Gscheidlen  sur  les  cer¬ 
veaux  et  les  moelles  à  l’état  frais  de  chevaux,  chiens,  lapins  et  pigeons; 
mais,  par  contre,  le  même  expérimentateur  aurait  toujours  trouvé  à  la 
substance  grise  du  cerveau  et  de  la  moelle  uneréaction  acide. 

Les  centres  gris  étaient  regardés  jusqu’à  ces  derniers  temps  comme  non 
excitables  expérimentalement  :  de  nouvelles  recherches  paraissent  devoir 
faire  revenir  sur  cette  opinion  ;  nous  discuterons  la  question  à  propos  de  la 
physiologie  spéciale  de  la  moelle  ;  nous  aurons  surtout  à  y  revenir  à  propos 
des  expériences  de  Hitzig  et  Ferrier  sur  la  couche  grise  corticale  des  hémi¬ 
sphères  cérébraux. 

La  physiologie  générale  des  centres  gris  doit  donc  se  borner  à  l’étude 
des  lois  selon  lesquelles  les  impressions  amenées  par  les  nerfs  centripètes 
sont  réfléchies  dans  les  nerfs  moteurs,  c’est-à-dire  à  l’étude  générale  des 
phénomènes  réflexes.  Dans  quelles  circonstances  et  selon  quel  mode  se  ma¬ 
nifeste  l’activité  réflexe  de  l’axe  gris  central,  quelles  circonstances  la  mo¬ 
difient,  quels  poisons  l’exagèrent  ou  l’affaiblissent?  telles  sont  les  questions 
que  nous  devons  examiner  ici. 

Quoique  Astruc,  dès  1743,  eût  employé  l’expression  de  réflexion  ou  de 
phénomène  réflexe,  en  comparant  la  transformation  d’une  impression  sen¬ 
sitive  en  un  mouvement  à  ce  qui  se  passe  lorsqu’un  rayon  lumineux  se 
réfléchit  sur  une  surface,  ce  n’est  qu’avec  les  recherches  de  Robert  Whytt, 
de  Prochaska,  de  Legallois  sur  la  moelle  et  sur  le  siège  de  ce  qu’on 
appelait  le  sensorium  commune,  que  Prochaska  lui-même  put  nettement 
indiquer  et  le  siège  principal  (moelle  épinière)  et  la  nature  même  des 
phénomènes  qui  prirent  dès  lors  le  nom  de  phénomènes  réflexes  (impres- 
sionum  sensoriarum  in  motoria  reflexio)  (1784);  enfin,  les  études  histolo¬ 
giques,  la  connaissance  des  cellules  nerveuses  et  de  leurs  rapports  avec  les 
fibres  nerveuses  {voy.  ci-dessus  p.  422)  ont  permis  de  concevoir  sinon  le 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉLLEXES.  533 

mode  exact  selon  lequel  se  fait  cette  réflexion,  au  moins  les  conditions 
matérielles  de  son  substratum  anatomique.  Dès  lors  Marshall-Hall,  Mueller, 
Lallemand,  Flourens,  Longet,  Cl.  Bernard,  etc.  enrichirent  la  science  des 
faits  si  nombreux  qui  permettent  aujourd’hui  de  classer  les  réflexes,  de 
préciser  les  ?oîs  de  leur  production,  ainsi  que  les  influences  qui  les  modifient. 

«  Le  phénomène  réflexe  est  un  mouvement  qui  succède  à  une  impres¬ 
sion  non  sentie  »,  telle  est  l’une  des  définitions  classiques,  dont  l’avantage 
est  de  bien  préciser  ce  fait,  que  les  actes  réflexes  médullaires  sont  d’autant 
plus  nets  et  intenses  que  la  moelle  seule  entre  en  jeu,  indépendamment  des 
centres  supérieurs  encéphaliques  (sensoriels  ou  de  perception),  comme  on 
l’observe  expérimentalement  sur  une  grenouille  décapitée.  Mais  l’étemu- 
ment,  amené  par  une  vive  excitation  de  la  muqueuse  nasale,  n’en  est  pas 
moins  un  phénomène  réflexe,  quoique  l’excitation,  qui  en  est  la  cause,  soit 
parfaitement  perçue,  et  nous  pourrions  citer  ici  un  nombre  infini  d’actes 
réflexes  succédant  à  des  impressions  transmises  jusqu’aux  centres  encé¬ 
phaliques.  C’est  pourquoi,  nous  plaçant  à  un  point  de  vue  plus  général, 
nous  dirons  ici  qu’on  doit  désigner  sous  le  nom  de  phénomène  réflexe  tout 
acte  provoqué  par  l’effet  d’une  excitation  qui,  transmise  à  des  centres 
nerveux  quelconques  par  des  nerfs  sensitifs  ou  centripètes,  est  réfléchie 
par  ces  centres  dans  des  nerfs  moteurs  ou  centrifuges.  Marshall-Hall  avait 
proposé,  pour  désigner  ces  divers  éléments  de  l’acte  nerveux  réflexe,  une 
nomenclature  qui  n’a  pas  été  adoptée,  mais  qu’il  est  intéressant  de  rappe¬ 
ler  :  il  appelait  incidentes  oueisodiques  les  fibres  nerveuses  (sensitives,  cen¬ 
tripètes)  qui  portent  les  impressions  de  la  périphérie  du  corps  vers  les 
centres  nerveux  ;  réflexes  ou  exodiques,  les  fibres  nerveuses  (motrices,  cen¬ 
trifuges)  qui  sont  mises  en  activité  par  l’intermédiaire  des  centres  ner¬ 
veux  :  les  fibres  eisodiques  et  exodiques  s’unissent  donc  les  unes  aux  autres 
par  l’intermédiaire  des  parties  grises  des  centres  nerveux  :  c’est  à  cet  en¬ 
semble  que  Marshall-Hall  donnait  le  nom  d’arc  diastaltique  {voy.  fig.  89, 
p.  510). 

Pour  étudier  nettement  les  phénomènes  réflexes,  il  faut  se  placer  dans 
des  conditions  qui  suppriment  de  la  part  de  l’animal  en  expérience  tous 
les  mouvements  spontanés  ou  voulus,  et  ne  laisse  de  manifestes  que  ceux 
qui  sont  le  résultat  direct  des  excitations  que  l’on  porte  sur  ses  surfaces 
sensibles  :  à  cet  effet,  il  faut  supprimer  les  fonctions  de  l’encéphale  en  in¬ 
terrompant  toute  communication  entre  lui  et  la  moelle  épinière,  siège  des 
réflexes  les  plus  élémentaires,  les  plus  simples  et  les  plus  faciles  à  analy¬ 
ser.  On  décapite  donc  l’animal,  s’il  s’agit  d’un  animal  à  sang  froid,  d’une 
grenouille;  s’il  s’agit  d’un  animal  à  sang  chaud,  on  coupe  l’àxe  nerveux 
entre  l’occipital  et  la  première  vertèbre  cervicale,  et,  comme  cette  mutila¬ 
tion  abolit  les  inouvements  respiratoires,  on  pratique  la  respiration  artifi¬ 
cielle  pour  maintenir  l’hématose,  la  circulation,  la  vie  en  un  mot. 

Si,  dans  ces  conditions,  on  porte  une  irritation  faible  sur  la  patte  posté¬ 
rieure  gauche  d’une  grenouille,  on  voit  aussitôt  l’animal  mouvoir  cette 
■patte,  et,  si  elle  était  étendue,  la  ramener  vers  le  corps  ;  si  on  augmente 
l’intensitédel’excitation (graduation  facile  à  obtenir  si  l’on  se  sertd’uncou- 


534  NERFS.  —  physiologie  du  système  n,  —  actes  réflexes. 

rant  électrique  comme  excitant),  on  voit  que  la  patte  gauche  et  la  patte  droite 
sont  toutes  deux  mises  en  mouvement  ;  augmente-t-on  encore  l’intensité 
de  l’excitation,  les  membres  antérieurs  sont  mus  également,  mais  plus  fai¬ 
blement;  et  enfin,  par  l’effet  d’un  nouvel  accroissement  d’excitation,  les 
quatre  membres  se  contractent  avec  ensemble,  et  l’animal  décapité  se  dé¬ 
robe  à  l’excitation  comme  le  ferait  une  grenouille  intacte. 

Ges  faits,  si  faciles  à  vérifier,  se  reproduisent  d’une  manière  analogue 
sur  un  chien  dont  le  bulbe  est  sectionné  et  sur  lequel  on  pratique  la  respi¬ 
ration  artificielle;  si,  dans  ces  conditions,  lors  du  maximum  d’excitation, 
cet  animal  ne  peut  se  dérober  en  prenant  la  fuite,  on  constate  du  moins 
que  les  mouvements  généraux  des  quatre  membres  sont  effectués  de  ma¬ 
nière  à  éloigner  la  cause  d’irritation  expérimentalement  portée  sur  l’un 
d’eux. 

Dans  tous  ces  cas,  il  est  facile  de  se  convaincre  que  le  centre  nerveux  (la 
moelle  pour  les  exemples  cités  ci-dessus)  est  le  lieu  où  les  excitations  cen¬ 
tripètes  se  transforment  en  excitations  centrifuges.  Il  suffit,  en  effet,  de  di- 
lacérer,  de  détruire  d’une  manière  quelconque  la  région  de  la  moelle  épi¬ 
nière  (ou  du  centre  nerveux,  bulbe,  protubérance)  où  se  rendent  les  fibres- 
sensitiY'es  de  la  région  du  corps  excitée,  pour  anéantir  toute  manifestation 
de  mouvement  réflexe  ;  il  n’est  même  pas  nécessaire  de  détruire  toute  l’é¬ 
paisseur  de  la  moelle,  il  suffit  de  dilacérer  son  axe  gris. 

Si  nous  cherchons  à  classer  ces  différentes  séries  de  réactions  correspon¬ 
dant  en  étendue  et  en  intensité  à  l’intensité  de  l’irritation,  nous  pourrons 
les  résumer  dans  les  lois  suivantes,  dites  lois  des  phénomènes  réflexes  :  1°  la 
réaction,  du  moment  qu’elle  se  produit,  est  toujours  plus  considérable  que 
l’excitation,  quelque  faible  que  soit  celle-ci  (loi  de  l’intensité)-,  en  effet, 
en  n’excitant  la  peau  que  sur  une  petite  surface  de  l’un  des  doigts,  on  voit 
la  patte  ou  le  membre  entier  se  contracter,  c’est-à-dire  que  la  réaction  motrice 
s’est  irradiée  dans  une  série  de  nerfs  moteurs  bien  plus  nombreux  que  les 
quelques  filets  sensitifs  de  la  petite  surface  irritée;  —  2°  l’excitation  faible  ne 
cause  de  mouvements  réflexes  que  dans  le  membre  auquel  elle  est  appliquée 
(loi  de  V uni-latéralité)-,  nous  avons  vu,  en  effet,  qu’une  excitation  faible 
portée  sur  la  patte  gauche  n’amène  de  contraction  que  dans  cette  même 
patte  ;  —  3°  quand  la  réaction  sort  de  la  sphère  du  membre  excité,  c’est  sur 
son  homologue  du  côté  opposé  qu’elle  s’étend  tout  d’abord  (loi  de  la  symé¬ 
trie),  c’est-à-dire  qu’une  excitation  plus  forte  portée  sur  la  patte  gauche 
amène  le  mouvement  de  ce  membre  et  de  celui  du  côté  droit;  —  4°  quand 
le  réflexe  commence  à  se  généraliser,  l’intensité  de  la  réaction  (mouve¬ 
ments  des  quatre  membres)  est  plus  marquée  sur  le  membre  où  a  porté 
l’excitation  et  sur  son  homologue;  —  5°  enfin,  la  réaction  complètement 
généralisée  produit  un  mouvement  par  lequel  l’animal  cherche  à  se  défendre 
ou  à  se  soustraire  par  la  fuite. 

Quelques  détails  intimes  des  phénomènes  résumés  par  ces  lois  ont  été 
analysés  par  J.  Rosenthal  (1873).  Cet  auteur  montre  qu’un  laps  de  temps 
appréciable,  qu’il  nomme  temps  de  réflexion,  est  nécessaire  à  la  réflexion 
d’une  irritation  sensitive  sur  un  nerf  moteur.  Cela  était  facile  à  prévoir. 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DD  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉFLEXES.  535 

mais  ce  que  présentent  d’intéressant  les  recherches  de  Rosenthal  est  le 
fait  suivant  :  si  l’on  compare  deux  portions  symétriques  des  téguments  ou 
que  l’on  tienne  note  simultanément  des  contractions  réflexes  de  deux 
muscles  symétriques,  on  reconnaît  qu’il  faut  moins  de  temps  pour  la  ré¬ 
flexion  d’une  excitation  d’une  de  ces  portions  de  peau  sur  le  muscle  du  même 
côté,  que  lorsque  la  transmission  de  l’irritation  se  fait  sur  le  muscle  du  côté 
opposé  ;  c’est  ce  temps  plus  considérable  que  Rosenthal  appelle  temps  de  la 
conductibilité  transverse.  Ainsi,  l’appréciation  du  temps  de  la  conductibilité 
transverse  nous  rend  pour  ainsi  dire  sensible  le  phénomène  qui  se  produit 
dans  la  moelle  en  vertu  de  la  loi  que  nous  avons  désignée  sous  le  nom  de 
loi  de  symétrie. 

D’après  la  dernière  de  ces  lois,  nous  voyons  qu’il  se  produit  chez  les  ani¬ 
maux  en  expérience  une  réaction  appropriée  à  un  but  (défense  ou  fuite).  Cette 
appropriation  des  mouvements  est  un  fait  des  plus  intéressants,  en  ce  qu’il 
indique  que  l’acte  qui  se  passe  dans  les  éléments  nerveux  de  l’axe  gris  de 
la  moelle  se  produit  avec  une  véritable  coordination,  et  qu’on  ne  peut  s’em¬ 
pêcher  de  reconnaître,  dans  des  manifestations  de  ce  genre,  quelque  chose 
d’analogue  à  ce  que  nous  avons  l’habitude  de  considérer  comme  des  actes 
résultant  de  la  perception  et  de  la  mémoire  ;  et  cependant  nous  n’avons  mis 
en  jeu  que  les  centres  nerveux  les  plus  inférieurs ,  ceux  de  la  moelle,  sans 
participation  de  l’encéphale.  —  Il  est,  à  ce  sujet,  une  expérience  des  plus 
curieuses  signalée  par  Pflûger  :  si,  sur  la  racine  du  membre  postérieur 
gauche  ou  sur  le  flanc  gauche  d’une  grenouille  décapitée,  on  dépose  une 
goutte  d’acide,  on  voit  aussitôt,  par  l’effet  d’un  réflexe  très-simple,  le 
membre  correspondant  se  fléchir  et  l’extrémité  de  la  jambe  venir  gratter  le 
point  où  l’acide  cautérise  la  peau  ;  ce  mouvement  est  déjà  bien  coordonné, 
puisqu’il  est  comme  une  tentative  pour  éloigner  la  cause  de  douleur.  Mais 
ün  phénomène  bien  plus  remarquable  se  produit  si  on  coupe  ce  membre 
gauche  au  niveau  du  genou  :  ce  moignon  est  alors  impuissant  à  venir 
atteindre  le  lieu  de  l’irritation  ;  les  membres  restent  un  instant  immo¬ 
biles,  puis  on  voit  tout  d’un  coup  le  membre  du  côté  opposé,  la  patte 
droite,  se  fléchir  et  venir  accomplir  l’action  dont  n’est  plus  capable  le  mem¬ 
bre  mutilé.  Il  semble  que  le  centre  médullaire  s’est  rendu  compte  de  la  né¬ 
cessité  de  substituer  un  membre  à  l’autre.  —  Auerbach  a  signalé  aux  phy¬ 
siologistes  une  expérience  encore  plus  frappante.  Après  avoir  amputé  la 
cuisse  droite  d’une  grenouillé,  il  dépose  une  goutte  d’acide  sur  le  flanc 
droit  de  l’animal;  celui-ci  fait  des  efforts  inutiles  pour  frotter,  avec  le 
membre  amputé,  la  peau  du  tronc  irritée  par  l’acide.  L’expérimentateur 
dépose  alors  une  seconde  goutte  d’acide,  cette  fois  sur  le  flanc  gauche.' 
La  grenouille  frotte  aussitôt  cette  nouvelle  partie  irritée  avec  la  patte 
correspondante,  c’est-à-dire  avec  la  patte  gauche,  demeurée  intacte;  et 
alors,  comme  si  elle  acquérait  (quoique  décapitée  )  la  notion  de  se  servir 
efficacement  de  ce  membre,  elle  le  dirige  de  manière  que  son  pied  vienne 
frotter  le  point  primitivement  excité  du  côté  opposé,  c’est-à-dire  le  flanc 
droit. 

Il  est  facile  d’observer  chez  l’homme  des  mouvements  réflexes  parfaite- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉFLEXES. . 


meut  coordonnés  et  cependant  tout  à  fait  inconscients.  —  D’abord  on 
vérifie  tous  les  jours  en  clinique  les  lois  de  Pflüger  sur  les  sujets  at¬ 
teints  de  paraplégie  :  on  voit,  alors  une  excitation  modérée  de  la  peau 
des,  orteils  déterininer  des  mouvements  réflexes  qui  peuvent,  si  l’exci¬ 
tation  est  faible,  n’avoir  lieu  que  dans  les  muscles  moteurs  des  orteils. 
Ceci  correspond  à  la  seconde  loi  de  Pflüger.  Comme  correspondant  à 
la,troisième  loi,  nous  rappellerons  les  exemples  cités  par  Vulpian,  qui  a 
souvent  observé  nombre  de  cas  d’hémiplégie  incomplète  dans  lesquels 
le  chatouillement  de  la  paume  de  la  main  a  demi  paralysée  provoquait 
un  brusque  mouvement  d’occlusion  des  . doigts,  non-seulement  du  côté 
de  l’excitation,  mais  encore  et  en  même  temps  dans  la  main  saine. 
D’autre  part,  en  considérant  les  mouvements  réflexes  qu’on  peut  provoquer 
dans  les  membres  postérieurs  d’un  sujet  dont  la  moelle  est  comprimée  dans 
la  région  dorsale,  on  observe  que  ces  mouvements  produisent  un  retrait  du 
membre,  comme  pour  le  soustraire  à  la  cause  d’irritation  ;  car  on  ne  peut! 
pas  dire  que  ce  mouvement  tient  à  l’action  prédominante  de  tel  ordre  de 
muscle,  puisque  c’est  précisément  Inflexion  qui  se  produit,  et  qu’en  général, 
et  notamment  au  membre  inférieur,  les  fléchisseurs  sont  moins  puissants 
que  les  extenseurs.  Mais  sans  insister  ici  sur  ces  exemples  cliniques,  qui  ont 
été  mieux  étudiés  ailleurs  (wÿ.  t.  XXII,  art.  Moelle,  Myélites),  et  pour  nous 
en  tenir  à  des  états  physiologiques,  nous  n’avons  qu’à  rappeler  ce  qui  se  passe 
lorsque  le  cerveau  est  absorbé  par  une  méditation  profonde  et  que  le  corps  se 
trouve  ainsi,  qu’onmous  permette  l’expression,  décapité  fonctionnellement  : 
dans  ce  cas,  l’homme  fortement  ahsorhé  par  une  pensée  chasse  une  mouche 
qui  vient  se  poser  sur  sa  main,  écarte  un  objet  importun,  sans  en  avoir 
conscience,  sans  en  garder  aucun  souvenir,  par  le  fait  de  simples  réflexes 
médullaires  parfaitement  coordonnés.  Si  la  pensée  qui  l’absorbe  et  sup¬ 
prime  le  cerveau  comme  source  volontaire  des  mouvements  survient 
pendant  qu’il  est  en  marche,  il  continue  son  ti’ajet  par  simple  réflexe,  l’im¬ 
pression  de  la  résistance  du  sol  à  chaque  pas  suffisant  pour  amener  une 
nouvelle  impulsion,  jusqu’à  ce  qu’un  obstacle  vienne  brusquement  entraver 
sa  miii’che  et  produire  une  excitation  assez  forte  pour  arriver  au  cerveau 
et  le  rappeler  à  la  perception  du  monde  extérieur.  Dans  ce  cas,  l’homme 
ne  se  rend  pas  plus  compte  du  chemin  qu’il  a  parcouru  et  des  mouve¬ 
ments  qu’il  a  exécutés,  qu’un  sujet  endormi,  auquel  on  chatouille  la  plante 
du  pied,  ne  se  rappelle,  à  son  réveil,  qu’jl  a  fléchi  le  membre  sous  l’in¬ 
fluence  d’une  excitation  non  perçue  par  le  cerveau.  , 

Il  est  même  toute  une  série  de  mouvements  réflexes  parfaitement  coor¬ 
donnés  qui  s’accomplissent  non-seulement  sans  l’interventiôn  de  la  volonté, 
mais  qui  ne  sauraient  même  être  entravés  par  l’intervention  de  la  volonté. 
Quand,  par  exemple,  le  bol  alimentaire  a  passé  de  la  base  de  la  langue 
dans  la  partie  correspondante  du  pharynx,  il  est  dès  lors  dégluti  par  une 
série  de  mouvements  péristaltiques  de  nature  réflexe  que  nous  ne  pouvons 
arrêter  lorsqu’ils  sont  commencés.  De  même  la  respiration,  pour  ne  citer 
que  cet  exemple  parmi  tous  ceux  que  nous  pourrions  emprunter  à  l’étude 
des  actes  mécaniques  de  la  vie  organique,  la  respiration  (mouvements  de 


NEdFS.  —  PHYSIOLOGIE  ou  système  N.  —  ACTES  RÉFLEXES.'  537 

dilatation  du  thorax)  s’accomplit  par  acte  réflexe  indépendamment  de  toute 
intervention  de  la  volonté. 

Comment  expliquer  cette  remarquable  et  parfaite  coordination  qui 
caractérise  les  actes  réflexes,  même  les  plus  simples?  Ce  serait  se  payer  de 
mots  que  de  dire,  avec  quelques  auteurs,  que  l’axe  gris  de  la  moelle  pos¬ 
sède  un  peu  de  ce  sensorium  commune  (Prochaska),  de  ce  pouvoir  psy¬ 
chique  (âme  physiologique)  qui  est  le  partage  des  organes  encéphaliques- 
(Robert  Whytt,  Paton,  Pflüger). —  Sans  doute  les  éléments  centraux  (cellules 
nerveuses)  ont  entre  eux  des  connexions  précises  qui  sont  la  base  anato¬ 
mique  de  cette  coordination  ;  mais  sur  ce  sujet  nous  ne  pouvons  encore 
faire  que  des  hypothèses,  et  le  plus  légitime  est  de  nous  borner  à  constater 
les  faits,  surtout  lorsque  nous  nous  trouvons  en  présence  d’expériences 
de  la  nature  de  celles  que  nous  allons  rapporter  dans  un  instant.  En  tout 
cas,  s’il  est  impossible  de  s’empêcher  de  l’approcher  ces  phénomènes 
médullaires  de  ceux  qui  se  passent  dans  l’encéphale,  il  serait  sans  profit 
de  chercher  à  expliquer  lés  premiers  en  attribuant  à  la  moelle  quelque 
chose  des  facultés  psychiques  du  cerveau  ;  mais  il  serait,  par  contre,  plus 
logique  et  plus  en  rapport  avec  les  tendances  de  la  physiologie  moderne 
de  voir  dans  les  réflexes  médullaires  la  forme  élémentaire  des  phénomènes 
nerveux  qui  atteignent  dans  l’encéphale  leur  plus  haut  degré  de  perfec¬ 
tion  èt  de  complication.  On  comprendra  alors  qu’il  faut  rigoureusement 
considérer  comme  résultat  des  fonctions  des  éléments  anatomiques  nerveux 
ce  qu’on  nomme  les  facultés  intellectuelles,  et  qu’on  ne  peut  concevoir  ces 
facultés  dégagées  de  leur  substratum  anatomique,  puisqu’on  les  voit  se  per¬ 
fectionner  et  s’étendre  à  mesure  que  s’étend  et  se  complique  la  substance 
grise  qui  en  est  le  siège. 

Ces  vues  générales,  qui  sont  aujourd’hui  admises  par  la  plupart  des 
physiologistes  et  par  le  développement  desquelles  la  psychologie  rentrera 
nécessairement  un  jour  dans  le  domaine  expérimental  de  la  physiologie, 
sont  encore  confirmées  par  les  expériences  d’Onimus,  montrant  comment 
la  moelle  épinière  peut  perdre,  nous  dirions  volontiers  oublier,  son  pouvoir 
coordinateur.  A  cet  effet,  au  lieu  de  faire  l’expérience  de  Pflüger  sur  une 
grenouille  qui  vient  d’être  décapitée,  on  la  fait  sur  une  grenouille  déca¬ 
pitée  depuis  un  certain  laps  de  temps  et  conservée  parfaitement  vivante,  ce 
qui  est  facile  en  la  maintenant  dans  certaines  conditions  d’humidité  et  de 
basse  température,  même  sans  alimentation  artificielle:  Dans  ce  cas,  l’ex¬ 
périence  de  Pflüger  ne  réussit  jamais  ;  la  coordination  qui  amenait  le  pou-^ 
voir  réflexe  à  se  servir  du  membre  demeuré  intact  lorsque  l’on  amputait 
celui  qu’elle  fléchissait  d’abord  pour  gratter  le  point  irrité  par  le  contact 
d’un  acide,  cette  coordination  a  disparu;  la  moelle,  Sans  altération  anato¬ 
mique  appréciable,  a  perdu,  a  oublié  une  partie  de  ses  facultés.  Frappé  de 
ces  expériences,  un  physiologiste  anglais,  R.  Hammond,  a  publié  récem¬ 
ment  un  mémoire  où  il  cherche  à  démontrer  que  les  facultés  intellectuelles 
s’élàborent  non-seulement  dans  le  cerveau,  mais  encore  dans  la  moelle,  et  il 
discute  à  cet  effet  ce  qui  a  été  observé  chez  les  monstres  anencéphales  et  ce 
qu’où  observe  tous  les  jours  dans  des  cas  de  somnambulisme  etde  catalepsie. 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉFLEXES. 


Sans  aborder  ces  questions  sans  doute  prématurées,  rappelons  encore  que 
la  longue  et  fréquente  pratique  de  certaines  actions  ordonnées  par  le  cer¬ 
veau  arrive  à  habituer  tellement  les  centres  gris  sous-encéphaliques,  à  en 
coordonner  les  mouvements,  que  l’intervention  de  la  volonté  finit  par 
devenir  inutile  pour  en  assurer  l’accomplissement.  Nous  avons  parlé 
déjà  précédemment  de  la  marche  s’accomplissant  automatiquement  et  par 
réflexe  inconscient.  Ne  savons-nous  pas  aussi  que,  par  une  éducation 
appropriée,  on  peut  arriver  à  rendre  inconscients  les  exercices  les  plus  com¬ 
pliqués  ?  L’artiste  exécute  souvent  un  morceau  de  musique  des  plus  diffi¬ 
ciles  et  ses  doigts  courent  sur  le  clavier,  alors  que  sa  pensée,  sa  volonté  est 
occupée  ailleurs  :  évidemment  ce  sont  là  déjà  des  réflexes  qui  ont  leurs 
sièges  dans  des  régions  élevées. de  l’axe  gris,  vers  le  bulbe,  la  protubérance 
et  les  masses  grises  des  pédoncules  cérébraux;  mais  les  hémisphères 
cérébraux  n’entrent  en  jeu  que  pour  commander  le  commencement,  ou 
l’interruption  de  l’action,  dont  le  cours  se  produit  automatiquement  par 
coordination  réflexe,  résultat  d’une  longue  habitude.  Nous  renverrons 
pour  plus  de  détails  sur  ce  sujet  aux  mémoires  que  Luys  et  Onimus  ont 
consacrés  à  l’étude  de  ces  réflexes  d’ordre  supérieur,  nommés  réflexes 
cérébraux,  quoiqu’ils  paraissent  parfaitement  indépendants  de  l’action  des 
hémisphères  cérébraux. 

Pour  revenir  à  l’étude  expérimentale  du  réflexe,  nous  dirons  tout  d’abord 
que  nos  connaissances  sont  à  peu  près  nulles  relativement  à  l’acte  intime 
qui,  au  niveau  des  cellules  nerveuses,  transforme  l’excitation  centripète 
amenée  par  les  nerfs  sensitifs  en  excitation  centrifuge  portée  à  la  périphérie 
par  les  nerfs  moteurs.  Quelques  tentatives  d’analyses  ont  été  faites  dans  ce 
sens  dans  ces  dernières  années,  notamment  par  Spiro,  lequel  a  observé 
que  la  force  des  réflexes  reste  constante  quand,  provoqués  dans  un  point 
déterminé  de  la  peau  (expériences  sur  des  grenouilles),  ils  se  suivent  à  des 
intervalles  toujours  égaux.  L’auteur  a  été  par  suite  amené  à  penser  que, 
par  cette  excitation  périphérique,  les  centres  nerveux  sont  soumis  à  des 
excitations  périodiques,  à  des  oscillations,  ou,  en  d’autres  termes,  qu’ils 
conservent  une  impression  qui  peut  être  négative  ou.positive  selon  le  temps 
qui  s’est  écoulé  après  le  réflexe.  Le  réflexe  est  renforcé,  dit-il,  par  sa  coïn¬ 
cidence  avec  la  période  positive  d’impression  du  réflexe  antérieur,  et  enrayé 
au  contraire  par  sa  coïncidence  avec  une  période  négative  :  il  y  aurait 
donc,  dans  ce  dernier  cas,  une  sorte  d’interférence  dans  les  centres.  C’est 
pour  ce  fait  d’interférence  supposée,  à  rapprocher  de  la  théorie  des  inter¬ 
férences  dans  le  système  nerveux  périphérique  (voy.  ci-dessus,  pag.  520), 
que  nous  avons  tenu  à  citer  ces  conceptions  un  peu  obscures  de  l’auteur 
allemand  cité,  conceptions  qui  nous  apprennent  peu  de  chose  sur  la  na¬ 
ture  intime  de  l’acte  réflexe.  Enfin,  quelle  que  soit  la  nature  de  ce  pouvoir 
de  l’axe  gris,  on  le  désigne  sous  le  nom  de  pouvoir  excüo-moteur,  et  la 
physiologie  expérimentale  permet  de  préciser  les  conditions  qui  influencent 
ce  pouvoir,  c’est-à-dire  qui  modifient  en  plus  ou  en  moins  la  production 
des  phénomènes  réflexes. 

Il  faut  en  première  ligne  tenir  compte  de  la  classe  à  laquelle  appartient 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉFLEXES.  539 

•  l’animal  auquel  on  s’adresse  :  ainsi  l’axe  gris  des  animaux  à  sang  chaud 
a  un  pouvoir  excito-moteur  plus  facile  à  faire  entrer  en  action  que  l’axe 
gris  des  animaux  à  sang  froid.  Mais  ce  sont  là  de  pures  différences  de  nuances 
qui  n’ont  rien  d’essentiel,  car  on  peut  les  faire  disparaître  en  modifiant  les 
conditions  de  température  du  milieu  extérieur  ;  sous  l’influence  de  la  cha¬ 
leur,  la  moelle  de  la  grenouille  devient  comparable,  comme  pouvoir  excito- 
moteur,  à  celle  d’un  animal  à  sang  chaud,  et  inversement  on  transforme 
par  le  refroidissement  un  animal  à  sang  chaud,  un  lapin  par  exemple,  de 
manière  à  donner  à  l’axe  gris,  comme  du  reste  à  tous  ses  autres  tissus,  les 
caractères  physiologiques  que  nous  avons  l’habitude  de  considérer  comme 
propres  aux  animaux  à  température  variable. 

Parmi  les  causes  plus  précises  et  plus  spéciales  qui  modifient  le  pouvoir 
excito-moteur  de  la  moelle,  en  particulier,  nous  devons  insister  sur  la  déca¬ 
pitation,  ou  la  séparation  par  section  de  la  moelle  d’avec  les  centres  encé¬ 
phaliques.  En  clinique,  on  observe  également  l’augmentation  du  pouvoir 
excito-moteur  de  l’axe  gris  de  la  moelle,  lorsqu’une  lésion  détruit  plus  ou 
moins  complètement  la  continuité  de  cet  organe,  comme  dans  les  cas  de 
fracture  de  la  colonne  vertébrale,  dans  les  cas  de  blessure,  de  ramollisse¬ 
ment  de  la  moelle,  etc.  Les  phénomènes  qui  se  présentent  alors  ont  été 
étudiés  à  propos  de  la  symptomatologie  des  affections  spinales  [voy.  art. 
Moelle,  pathologie,  t.XXII,  pag.735).  Nous  nous  arrêterons  ici  seulement  à 
l’étude  des  faits  expérimentaux.  Pour  expliquer  l’augmentation  du  pouvoir 
excito-moteur  médullaire  après  cette  section,  on  a  émis  plusieurs  théories. 

,  D’après  l’une,  il  existerait  dans  les  masses  encéphaliques  des  centres  mo¬ 
dérateurs  qui,  par  leur  activité  constante,  mettraient  une  sorte  de  frein  à 
l’activité  des  parties  nerveuses  sous-jacentes  :  les  principaux  de  ces  centres 
modérateurs  seraient  vers  la  région  des  tubercules  quadrijumeaux  (Setchke- 
now)  ;  c’est  ainsi  que  la  section  du  bulbe,  détruisant  les  connexions  de  ces 
tubercules  avec  la  moelle,  lâcherait,  pour  ainsi  dire,  le  frein  aux  réflexes 
médullaires. 

D’après  une  seconde  hypothèse,  l’augmentation  du  pouvoir  excito-moteur 
de  la  moelle  sectionnée  serait  due,  dans  la  partie  sous-jacente  à  la  section, 
à  ce  que  les  impressions  que  reçoit  ce  segment  médullaire,  au  lieu  de  se 
partager  en  se  distribuant  dans  deux  voies  différentes,  l’une  qui  les  transmet 
à  l’encéphale  (sensations),  l’autre  qui  les  transmet  aux  cellules  des  cornes 
antérieures  (excitations  réflexes),  ne  trouvent  plus  devant  elles  que  cette  der¬ 
nière  voie.  En  un  mot,  les  irritations  centripètes  arrivées  à  la  moelle  se  dissé¬ 
mineraient  moins  ;  elles  se  concentreraient  entièrement  vers  la  voie  réflexe. 
Quoique  cette  théorie  ait  séduit  beaucoup  de  physiologistes  et  des  plus  émi¬ 
nents,  nous  ne  saurions  y  voir  autre  chose  qu’une  sorte  de  raisonnement 
de  métaphysique  :  les  données  anatomiques  qui  pourraient  lui  servir  de 
base  sont  entièrement  hypothétiques  ;  enfin  elle  est  complètement  insoute¬ 
nable  en  présence  de  certains  faits  cliniques  ;  on  voit  en  effet,  dans  certains 
cas  de  compression  de  la  moelle  dorsale,  les  mouvements  volontaires  dis¬ 
paraître  dans  les  membres  inférieurs,  tandis  que  la  sensibilité  de  ces 
membres  demeure  intacte  ;  or,  dans  ces  cas,  l’excitabilité  réflexe  de  la  partie 


540  NERFS.  —  physiologie  du  système  n;  —  actes  réflexes. 
inférieure  de  la  moelle  (au-dessous  du  point  comprimé)  est  très-notable¬ 
ment  augmentée,  comme  dans  le  cas  où  non-seulement  les  mouvements 
volontaires,  mais  aussi  la  sensibilité  consciente  ont  disparu  de  ces  membres. 

Enfin,  une  troisième  théorie,  qu’on  peut  appeler  théorie  Ae.  Y  irritation 
spinale,  attribue  le  fait  de  l’exagération  du  pouvoir  excito-moteur  à  ce  que  la 
moelle  subirait  une  certaine  irritation  par  le  fait  même  de  la  décapitation  ou 
de  la  section,  par  le  fait  du  traumatisme,  en.  un  mot.  Cette  théorie  nous  pa¬ 
raît  beaucoup  plus  satisfaisante  que  la  précédente,  car  elle  permet  de  com¬ 
prendre  comment  des  sections  opérées  successivement  sur  la  moelle,  à  des 
niveaux  de  plus  en  plus  inférieurs,  augmentent  de  plus  en  plus  le  pouvoir 
excito-moteur  des  parties  intactes  sous-jacentes,  sans  que,  pour  cette  expli¬ 
cation,  il  soit  alors  besoin  d'admetti’e  que  tout  segment  de  la  moelle  joue  le 
rôle  de  centre  modérateur  vis-à-vis  des  segments  situés  au-dessous. — Bien 
plus,  la  théorie  de  l’irritation  spinale  est  seule  d’accord  avec  les  faits  signalés 
par  Schiff,  à  savoir  que  les  sections  transversales  faites  sur  la  région  dorsale 
de  la  moelle,  en  arrière  de  l’origine  des  nerfs  des  membres  antérieurs,  aug¬ 
mentent  (chez  la  grenouille)  les  mouvements  réflexes  de  ces  membres, 
c'est-à-dire  le  pouvoir  excito-moteur  de  la  partie  antérieure  de  la  moelle, 
même  lorsque  cette  partie  est  encore  en  connexion  avec  l’encéphale.  —  La 
théox’ie  de  l’irritation  spinale  se  rattache  en  même  temps  à  l’explication 
d’une  série  de  faits  plus  généraux,  dans  lesquels  nous  voyons  toute  section, 
toute  irritation  traumatique  portée  sur  un  nerf,  et  notamment  sur  un  nerf 
sensitif,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  sur  un  nerf  mixte,  se  propager  de.  la 
périphérie  au  centre  et  venir  exagérer  le  pouvoir  médullaire  excito-moteur  : 
telle  est  en  effet,  dans  ses  caractères  essentiels,  la  pathogénie  du  tétanos, 
telle  est  la  physiologie  pathologique  des  désordres  épileptiformes  produits 
artificiellement  chez  les  animaux  par  Brown-Séquard  au  moyen  de  divers 
traumatismes  nerveux,  et  notamment  de  traumatismes  périphériques 
(section  du  nerf  sciatique).  Le  centre  cérébro-spinal,  sous  l’influence 
d’une  irritation  transmise  jusqu’à  lui  par  les  nerfs  centripètes  lésés,  se 
trouve  dans  un  état  d’excitabilité  tel,  qu’il  produit  des  convulsions  géné¬ 
rales  en  recevant  de  légères  excitations  qui,  sur  un  sujet  normal,  pro¬ 
duiraient  à  peine  de  faibles  mouvements  réflexes  :  on  trouvera  à  l’article 
Epilepsie  (t.  XXIII,  p.  606)  l’exposé  de  cés  faits  intéressants;  notons  seu¬ 
lement  ici  que  des  circonstances  semblables ,  et  notamment  l’existence 
d’une  zone  épileptogène  (zone  cutanée  dont  la  plus  légère  excitation  pro¬ 
duit  les  attaques  épileptiques)  ont  été  récemment  observées  chez  l’homme, 
notamment  dans  une  observation  publiée  par  Bochefontalne  (production 
d’attaques  d’épilepsie  par  lé  chatouillement  de  la  peau  du  cou).  —  La 
pithologie  expérimentale  permet  enfin  de  constater  anatomiquement  ce  fait 
qu’une  irritation  portée  sur  un  nerf  périphérique  est  transmise  jusqu’au 
centre  réflexe  médullaire  et  vient  en  troubler  le  fonctionnement  en  portant 
au  plus  haut  degré  son  excitabilité.  En  effet,  Hayem  a  prouvé  que  non- 
seulemént  l’arrachement  ou  la  section  d’un  nerf,  mais  encore  la  com¬ 
pression  énergique,  la  piqûre  avec  une  aiguille  trempée  dans  la  nicotine, 
en  un  mot  les  causes  d’irritation  violente  du  nerf  développent  une  phleg- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  ACTES  -RÉFLEXES.  541 

■masie  médullaire  intéressant  surtout  la  substance  grise  et  ayant  de  la  ten¬ 
dance  à  se  propager  au-dessus  et  au  dessous  du  point  correspondant  aux 
racines  du  nerf  lésé.  A  la  suite  de  toutes  ces  lésions  nerveuses,  Hayem  avait 
constaté  les  accidents  convulsifs  épileptiformes  signalés  par  Brown-Séquard. 

Il  est,  parmi  les  agents  toxiques  qui  portent  leur  action  sur  le  système 
nerveux,  un  certain  nombre  de  substances  qui  agissent  sur  le  pouvoir 
excito-moteur  de  l’axe  gris,  soit  en  l’exagérant,  soit  en  l’affaiblissant. 

Comme  type  des  agents  qui  exagèrent  le  pouvoir  excito-moteur,  il  faut  citer 
lastrychnine.  Chez  un  animal  intoxiqué  par  cet  alcaloïde,  la  moindre  exci¬ 
tation  portée  sur  les  surfaces  sensibles  produit  aussitôt  des  contractions 
réflexes  violentes  et  généralisées.  Les  muscles  se  raidissent,  aussibien  ceux 
du  tronc  que  ceux  des  membres,  et  si  la  mort  arrive,  c’est  que  l’état  tétanique 
des  muscles  respiratoires  suspend  la  respiration  et  met  obstacle  à  l’héma¬ 
tose.  Pour  prouver  que  la  strychnine  n’agit  pas  sur  les  nerfs  moteurs,  mais 
seulement  sur  l’axe  gris  réflecto-moteur,  il  suffit  de  prendre  une  patte  gal- 
vanoscopique  et  de  plonger  son  nerf  dans  un  verre  de  montre  rempli  d’une 
dissolution  de  strychnine  ;  malgré  le  contact  immédiat  du  nerf  avec  le  poi¬ 
son,  on  ne  voit  point  la  patte  entrer  en  convulsion.  Pour  prouver  enfin  que 
cet  alcaloïde  agit  sur  l’axe  gris,  non  pas  en  l’excitant  directement,  mais 
seulement  en  exagérant  son  irritabilité,  c’est-à-dire  son  excito-motricité, 
il  suffit  de  couper  les  racines  postérieures  des  nerfs  rachidiens  et  d’empoi¬ 
sonner  l’animal;  on  ne  voit  pas  alors  survenir  de  convulsions,  parce  que  la 
moelle,  quelque  exagéré  que  soit  virtuellement  son  pouvoir  excito-moteur, 
ne  peut  plus  recevoir  d’excitations  centripètes  qui  mettent  en  jeu  ses  pro¬ 
priétés  excito-motrices.  On  peut  encore  démontrer  ce  fait  en  expérimentant 
sur  un  animal  dont  la  moelle  a  été  divisée  en  trois  tronçons  par  deux  sec¬ 
tions  transversales  (Vulpian)  :  si  l’animal  est  empoisonné  par  une  dose  légère 
de  strychnine,  on  observe  alors  que  les  convulsions  ou  raideurs  musculaires 
ne  se  produisent  que  dans  les  parties  qui  reçoivent  les  nerfs  moteurs  du 
tronçon  médullaire  correspondant  aux  nerfs  sensitifs  de  la  partie  sur  la¬ 
quelle  on  porte  l’excitation.  Ces  convulsions,  dit  Vulpian,  peuvent  être 
ainsi  déterminées  exclusivement  dans  telle  ou  telle  des  trois  régions  du 
corps  possédant  chacune  un  tronçon  distinct  de  moelle  épinière. 

Gomme  ayant  une  action  à  peu  près  identique  à  celle  de  la  strychnine, 
nous  citerons  les  agents  suivants  :  la  brucine,  la  picrotoxine,  la  cicutoxine 
(H.  Bœhm.);  à  côté  de  ces  substances,  il  faudrait  ranger,  d’après  les  recher¬ 
ches  de  Lombroso,  le  principe  toxiqne  que  renferme  le  maïs  avarié,  et  c’est 
ainsi  que  s’expliqueraient  les  symptômes  tétaniques  {trismus,  etc.)  de  la 
pellagre.  D’après  les  expériences  de  M.  Saliet,  la  colchicine  agirait  d’une  façon 
très-analogue  à  la  strychnine  ;  c’est-à-dire  qu’elle  amènerait  une  excita¬ 
bilité  réflexe  très-exagérée,  quatre  ou  cinq  minutes  après  son  injection  sous 
la  peau  (chez  la  grenouille),  puis  des  convulsions  sous  forme  d’accès.  Dans 
une  dernière  période  de  l’empoisonnement,  on  observe  une  résolution 
complète.  Nous  citerons  encore  deux  alcaloïdes  de  l’opium  :  la  thébaïne  et 
la  codéine;  du  reste,  l’opium  lui-même  produit,  chez , les  grenouilles,  des 
accès  tétaniques  analogues  à  ceux  de  la  strychnine. 


542  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  actes  réflexes. 

Une  cause  très-singulière  d’exagération  du  pouvoir  excito-moteur  mé¬ 
dullaire  a  été  signalée  par  Paul  Bert  dans  ses  recherches  sur  l’influence  de 
la  respiration  dans  l’air  comprimé  :  l’oxygène,  suffisamment  condensé, 
exercerait  une  action  toxique  analogue  à  celle  de  la  strychnine.  En  effet, 
lorsqu’on  place  un  animal,  un  chien  par  exemple,  dans  de  l’oxygène  pur 
à  la  pression  de  cinq  à  six  atmosphères,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  dans 
de  l’air  ordinaire  à  la  pression  de  vingt  atmosphères,  l’animal  présente  des 
convulsions  analogues  à  celles  que  produit  la  strychnine,  convulsions  qui 
débutent  dès  que  le  sang  artériel,  au  lieu  de  la  proportion  normale  de  18  à 
20  centimètres  cubes  d’oxygène  pour  100  centimètres  cubes,  en  contient 
28  à  30.  En  étudiant  tous  les  détails  de  ces  phénomènes,  P.  Bert  arrive  à 
cette  conclusion  que  l’oxygène  est  un  poison  du  système  nerveux.  Le  sang 
ne  joue  ici,  comme  toujours,  que  le  rôle  d’un  véhicule  allant  porter  le  poison 
aux  tissus  ;  c’est  ce  qui  explique  pourquoi  l’empoisonnement  produit  par 
l’air  comprimé  apparaît  plus  lentement  lorsqu’une  saignée  a  préalablement 
diminué  la  masse  du  sang,  c’est-à-dire  du  véhicule  qui  sert  d’intermédiaire 
entré  les  masses  nerveuses  centrales  et  le  milieu  gazeux  extérieur.  —  Les 
effets  observés  par  P.  Bert  ne  sont  produits  que  par  l’oxygène  à  .haute  pres¬ 
sion.  Quelques  expériences  de  Tarchanoff montrent,  en  effet,  que  des  gre¬ 
nouilles  soumises  à  des  pressions  de  quelques  atmosphères  d’air  ou  d’oxygène 
pur,  présentaient  une  diminution  très-notable  dans  l’intensité  du  pouvoir 
excito-moteur  de  leur  système  médullaire.  Le  même  expérimentateur  a 
constaté  que  l’activité  réflexe  était  également  diminuée,  chez  les  grenouilles, 
par  l’augmentation  de  la  proportion  d’acide  carbonique  dans  le  sang.  Quoi 
qu’il  en  soit  de  la  signification  exacte  de  ces  recherches,  encore  incom¬ 
plètes  sur  bien  des  points,  elles  suffisent  pour  montrer  que  la  teneur  du 
sang  en  gaz  (oxygène  et  acide  carbonique)  a  une  grande  influence  sur  l’exci¬ 
tabilité  des  centres  nerveux. 

La  congestion  des  vaisseaux  de  l’axe  gris  est  une  cause  d’exagération  du 
pouvoir  réflexe,  et,  par  suite,  une  cause  de  mouvements  convulsifs,  cause 
trop  connue  des  médecins  pour  que  nous  ayons  à  en  parler  longuement  ici. 
Au  niveau  des  régions  encéphaliques,  cette  congestion  produit  les  hallucina¬ 
tions,  le  délire;  au  niveau  des  régions  médullaires,  elle  provoque  des  mou¬ 
vements  convulsifs  ;  aussi  parvient-on  souvent,  notamment  chez  les  enfants, 
à  faire  cesser  des  convulsions  en  substituant  simplement  au  décubitus 
dorsal  la  position  du  décubitus  ventral,  de  manière  à  produire,  par  la 
simple  action  de  la  pesanteur,  une  anémie  relative  de  la  moelle  épinière. 

Si  l’anémie  de  l’axe  gris  central  est  portée  à  un  haut  degré,  le  pouvoir 
excito-moteur  est  complètement  aboli,  du  moins  chez  les  animaux  supé¬ 
rieurs,  chez  l’homme  et  les  mammifères.  On  avait  cependant  cru  observer 
des  mouvements  réflexes  chez  des  décapités,  plusieurs  instants  après  le  sup¬ 
plice,  c’est-à-dire  à  un  moment  où  la  moelle  est  dans  un  état  complet  d’ané¬ 
mie  ;  tout  le  monde  connaît  les  expériences  faites  à  ce  sujet  par  Ch.  Robin 
et  Marcellin  Duval  ;  mais  l’interprétation  qu’ils  ont  donnée  de  ces  faits  n’est 
pas  admise  par  tous.  Vulpian  a  contesté  que  l’on  pût  admettre  une  origine 
réflexe  pour  les  mouvements  observés  par  Marcellin  Uuval  et  Ch.  Robin.  Il 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉFLEXES.  543 

a  constaté,  sur  des  chiens  adultes,  décapités  aussi  rapidement  que  possible, 
que  les  mouvements  réflexes  des  membres  deviennent  impossibles  au  bout 
de  trois  ou  quatre  minutes,  quel  que  soit  le  mode  d’excitation  employé  ; 
bien  plus,  au  bout  d’une  heure,  les  nerfs  des  membres  ne  lui  ont  plus 
montré  aucune  excitabilité.  En  présence  de  ces  résultats,  Vulpian  pense 
qu’il  n’y  a  que  deux  appréciations  à  donner  relativement  aux  observations 
faites  par  Marcellin  Duval  et  Ch.  Robin.  Ou  bien  il  y  aurait  une  différence 
fondamentale  entre  l’homme  et  les  mammifères  supérieurs,  différence  telle 
qu’en  l’absence  d’irrigation  sanguine  artérielle,  les  fonctions  de  la  moelle 
s’éteindraient  en  quatre  minutes  chez  les  mammifères  supérieurs  et  persis¬ 
teraient  pendant  près  de  deux  heures  chez  l’homme  ;  ou  bien,  et  c’est  là 
l’opinion  la  plus  conforme  aux  résultats  généraux  de  la  physiologie,  il  faut 
considérer  les  mouvements  observés  non  point  comme  de  nature  réflexe, 
mais  bien  comme  des  phénomènes  de  contraction  idio-musculaire,  nom 
donné  par  Schiff  aux  mouvements  produits  par  l’excitation  directe  du  tissu 
contractile  {voy.  art.  Muscle,  p.  231). 

Oniraus  a  étudié  l’influence  des  courants  galvaniques  sur  l’activité  réflexe 
des  centres  nerveux  en  général,  et  en  particulier  sur  la  moelle  épinière  : 
d’après  les  résultats  obtenus  dans  les  expériences  sur  les  animaux,  résul¬ 
tats  confirmés  par  les  effets  produits  sur  des  malades,  les  courants  descen¬ 
dants  diminueraient,  les  courants  ascendants  augmenteraient  le  pouvoir 
excito-moteur  de  la  moelle  épiniére  et  en  général  de  l’axe  gris  central. 

Parmi  les  agents  qui  diminuent  le  pouvoir  excito-moteur  de  l’axe  gris,  la 
première  place  appartient  au  bromure  de  potassium.  L’action  de  cette  sub¬ 
stance  diffère  essentiellement  de  celle  des  alèaloïdes  de  l’opium  et  des 
anesthésiques  en  général,  lesquels  agissent  électivement  sur  les  centres 
encéphaliques,  y  suppriment  la  sensibilité  et  n’influencent  l’axe  gris  bulbo- 
médullaire  que  par  l’intermédiaire  du  cerveau,  ainsi  que  l’a  démontré  Cl. 
Bernard  {voy.  art.  Anesthésiques,  t.  11,  p.  230).  Le  bromure  de  potas¬ 
sium,  au  contraire,  modifie  essentiellement  les  réflexes  médullaires,  que 
nous  avons  pris  comme  types  dans  cette  étude  générale  des  actes  nerveux 
centraux.  Ainsi  que  l’a  démontré  Laborde,  ce  sel  agit  primitivement  et  élec¬ 
tivement  sur  la  propriété  excito-motrice  de  la  moelle  épinière  en  l’atté¬ 
nuant  ou  même  en  l’abolissant.  Du  reste,  disons-le  en  passant,  d’après  les 
recherches  de  Decaisne,  l’action  thérapeutique  du  bromure  appartient  essen¬ 
tiellement  au  brome  ;  car  on  obtient  sensiblement  les  mêmes  effets  avec  le 
bromure  de  sodium  qu’avec  celui  de  potassium.  En  étudiant  attentivement 
l’action  de  ces  composés,  on  a  pu  reconnaître  (Laborde)  qu’elle  se  mani¬ 
feste,  chez  l’homme  aussi  bien  que  chez  les  animaux,  par  une  première 
période,  période  d’excitation,  portant  essentiellement  sur  les  fonctions  dans 
lesquelles  la  principale  part  revient  aux  actions  réflexes  (fonctions  géné¬ 
siques,  de  sécrétion,  d’excrétion,  etc.),  et  une  seconde  période,  période  de 
collapsus,  dans  laquelle  les  mêm.es  fonctions  sont  diminuées.  Mais  il  faut 
bien  remarquer  que  si  le  pouvoir  excito-moteur  est  diminué,  la  sensibilité 
n’est  pas  pour  cela  abolie  ;  c’est  ce  dont  il  est  facile  de  se  convaincre  chez 
les  sujets  auxquels  on  administre  le  bromure  à  hautes  doses  :  vient-on  à 


544  NEUFS.  —  physiologie  du  système  —  actes  héelexes. 
titiller  la  luetle  de  ces  individus  saturés  pour  ainsi  dire  de  bromure,  le 
contact  est  senti,  mais  il  ne  se  produit  pas  ces  réactions  convulsives,  ces 
efforts  de  vomissements,  en  un  mot  ces  réflexes  violents  qu’on  observe  en 
pareil  cas  chez  le  sujet  normal,  réflexes  que  la  volonté  elle-même  est 
impuissante  à  maîtriser.  Ainsi  le  bromure  est  un  modérateur  du  pouvoir 
excito-moteur,  mais  il  n’est  pas  à  proprement  parler  un  anesthésique  ;  il 
n’est  pas  à  plus  forte  raison  un  hypnotique.  Son  influence  hypnotique,  qui 
n’est  que  très-secondaire,  est  le  résultat  de  la  sédation  exercée  sur  les 
fonctions  indépendantes  de  la  volonté  et  tributaires  du  mécanisme  réflexe  : 
en  agissant  sur  ces  fonctions,  le  bromure  supprime  les  réactions  produites 
par  les  impressions  du  monde  extérieur,  il  prépare  au  sommeil,  il  y  invite, 
mais  il  ne  le  produit  pas.  (Laborde.) 

Les  substances  qui  agissent  comme  le  bromure  de  potassium  sont, 
d’après  les  expériences  de  Meizhuisen,  l’acétate  de  zinc,  le  chloral  ;  d’après 
R.  Bœhm  etWartmann,  il  faudrait  considérer  également  l’aconitine  comme 
exerçant  aussi  son  action  d’abord  sur  l'organe  nerveux  central,  sur  la 
moelle,  d’où  diminution  du  pouvoir  réflexe  de  la  moelle  ;  mais  cette  action 
de  l’aconitine  n’est  due  peut-être  qu’à  ce  que  ce  poison  agit  primitivement 
sur  les  nerfs  sensitifs  (voy.  plus  haut,  p.  529),  et,  qu’affaiblissant  la  con¬ 
duction  centripète  ,  il  diminue  par  suite  la  réaction  motrice. 

Durée  des  actes  dont  les  centres  gris  sont  le  siège.  —  Nous  avons  vu  que 
les  centres  gris,  par  exemple  l’axe  gris  de  la  moelle  pris  comme  type,  sont 
à  la  fois  le  siège  de  phénomènes  de  conduction  et  de  phénomènes  de 
réflexion  (acte  réflexe).  Comme  pour  les  phénomènes  dont  les  nerfs  péri¬ 
phériques  sont  le  siège,  la  physiologie  expérimentale  a  tenté  de  mesurer  la 
durée  des  actes  qui  se  passent  dans  les  centres  gris.  Pour  ne  pas  scinder 
cette  étude  en  l’exposant  par  fragments  à  propos  de  chacune  des  parties  de 
l’appareil  cérébro-spinal,  nous  en  présenterons  ici  un  rapide  résumé,  envi¬ 
sageant  la  question  sous  sa  forme  la  plus  générale. 

Nous  parlerons  d’abord  de  la  vitesse  de  conduction  dans  les  organes 
centraux  ;  les  expériences  de  ce  genre  ont  porté  à  peu  près  uniquement 
sur  la  moelle  épinière.  S.  Exner  (de  Vienne)  a  mesuré  la  vitesse  de  con¬ 
duction  de  la  moelle  humaine  ;  l’appareil  graphique  employé  à  cet  effet  est 
un  cylindre  tournant,  sur  lequel  vient  s’inscrire  d’abord  le  moment  d’une 
excitation  électrique  portée  sur  un  point  de  la  peau  du  sujet  en  expérience, 
puis  la  réaction  du  sujet  qui  abaisse  brusquement  un  levier  à  l’instant  où  il 
a  conscience  de  l’excitation.  La  distance  qui  sur  le  papier  enfumé  sépare  les 
deux  signaux,  la  vitesse  de  rotation  du  cylindre  étant  connue  à  l’avance, 
permet  dedéterminer  la duréedes divers  éléments  de  laréaction  ;  on  voitque 
ce  procédé  est  identique  au  procédé  classique  que  nous  avons  indiqué  pour 
la  détermination  de  la  vitesse  du  courant  nerveux.  Pour  mesurer  notam¬ 
ment  la  vitesse  de  conduction  de  la  moelle,  vitesse  qu’il  évalue  à  environ 
8  mètres  par  seconde  pour  les  impressions  sensitives,  et  11  à  12  mètres  pour 
les  excitations  motrices,  Exner  procède  de  la  manière  suivante  :  il  excite  la 
main  gauche  ;  la  durée  de  la  réaction  (le  signal  étant  donné  par  la  main 
droite)  est  de  ü',128  ;  il  excite  ensuite  le  pied  gauche,  la  durée  de  la  réaction 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  ACTES  RÉFLEXES.  5i5 

est  alors  de  0',17û9.  Le  retard  de  cette  dernière  est  la  somnae  du  temps  né-  ’ 
cessaire  à  l’excitation  pour  parcourir  la  longueur  de  la  moelle  qui  s’étend 
entre  le  renflement  lombaire  et  le  renflement  cervical,  ajouté  à  celui  qu’il 
lui  faut  pour  franchir  les  30  centimètres  de  nerf  que  le  membre  inférieur 
mesure  en  plus  que  le  membre  supérieur.  Or,  comme  ce  dernier  temps  est 
connu  (voy.  ci-dessus,  p.  524),  une  simple  soustraction  donne  la  durée  que 
met  l’excitation  à  aller  du  renflement  lombaire  au  renflement  cervical  de  la 
moelle.  Un  calcul  analogue  et  dont  nous  avons  déjà  indiqué  les  résultats 
numériques,  portant  sur  la.  différence  de  la  durée  de  la  réaction  selon  que 
le  signal  est  donné  par  la  main  ou  le  pied,  permet  d’évaluer  la  vitesse  de 
transmission  des  excitations  motrices  dans  la  moelle. 

Quant  à  la  durée  que  met  à  se  produire  le  phénomène  central  désigné 
sous  le  nom  de  réflexe,  elle  est  facile  à  apprécier  expérimentalement,  du 
moment  que  l’on  connaît,  comme  nous  l’avons  vu  précédemment  (p.  524), 
la  vitesse  de  conduction  des  nerfs  sensitifs  et  des  nerfs  moteurs.  Du  temps 
qui  s’écoule  entre  l’application  d’une  excitation  et  l’apparition  du  mouve¬ 
ment  musculaii-e  réflexe,  on  retranche  le  temps  qui  a  dû  être  employé  à  la 
conduction  centripète  et  à  la  conduction  centrifuge  ;  on  trouve,  comme  reste 
de  cette  soustraction,  la  valeur  du  temps  nécessaire  pour  la  transformation 
centrale  de  l’e.xcitation  centripète  en  excitation  centrifuge.  D’après  Helm- 
holtz,  ce  temps  est  relativement  considérable,  car  H  serait  près  de  douze  fois 
plus  long  que  celui  nécessaire  à  l’ensemble  des  conductions  centripète  et 
centrifuge.  Dosenthai  d’Erlangen  a  analysé  avec  soin  les  diverses  condi¬ 
tions  qui  peuvent  modifier  ce  qu’il  appelle  le  temps  de  réflexion  {Reflexzeit) 
et  constaté,  entre  autres  résultats,  que  ce  temps  est  d’autant  moins  considé¬ 
rable  que  l’excitation  est  plus  forte  (pour  le  temps  de  la  conduction  trans¬ 
verse,  voy.  ci-dessus,  p.  535). 

Les  actes  nerveux  centraux  qui  se  produisent  dans  les  centres  encépha¬ 
liques  et  qui  peuvent  être  considérés  comme  des  actes  réflexes  complexes 
nnt  également  donné  lieu  à  des  études  ayant  pour  but  de  déterminer  leur 
durée.  C’est  ainsi  que  le  «  temps  physiologique  »  ou  espace  qui  s’écoule 
entre  la  production  d’une  excitation  de  nos  sens  et  la  réaction  (mouvement 
musculaire)  par  laquelle  nous  manifestons  l’existence  d’une  perception  a  été 
mesuré  par  un  certain  nombre  de  physiologistes  allemands. 

Hirsch,  de  Neuchâtel,  a  trouvé  les  valeurs  suivantes  en  secondes  ; 


Ouïe .  0,149 

Vue  (d’un  phénomène  soudain) .  0,200 

Vue  (d’un  phénomène  attendu) .  0,077 

Tact  (main  gauche) .  0,182 

laager  a  surtout  étudié  la  différence  du  «  temps  physiologique  »  selon 
que  le  phénomène  qui  cause  la  sensation  est  ou  n’est  pas  prévu. 

Ouïe  (bruit  attendu) .  0,180 

Ouïe  (bruit  inattendu) .  0,250 

Vue  (étincelle  attendue) . . . . .  0,184 

Vue  (étincelle  inattendue) .  0,356 

Tact  (le  côté  excité  est  connu  d’avance) . . .  0,204 

—  inconnu .  0,272 

NOUV.  DICT.  DE  MF.D.  ET  CIHR.  XXUI.  —  35 


546  .NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  actes  réflexes. 

Mach,  cherchant  àréaliser  les  conditions  où  le  temps  physiologique  devait 
être  aussi  court  que  possible,  a  trouvé  comme  minimum  -• 

Ouïe .  0,0l6 

Tact . !...  0,029 

Vue . . .  0,047 

De  toutes  les  perceptions,  celles  de  l’ouïe  sont  donc  les  plus  promptement 
perçues. 

Nous  devons  encore  une  mention  spéciale  aux  recherches  de  Donders,  en 
insistant  cependant  moins  sur  les  résultats  absolus  qu’il  a  obtenus  que  sur 
le  mode  selon  lequel  étaient  conduites  ses  expériences.  L’appareil  employé 
par  cet  auteur,  tel  que  nous  l’a  fait  connaître  Georges  Pouchet,  est  un 
enregistreur  ordinaire,  sur  lequel  un  diapason  inscrit  les  fractions  de. se¬ 
conde.  L’appareil  est  disposé  de  manière  que  le  phénomène  qui  doit  exciter 
les  organes  du  toucher,  de  la  vue,  de  l’ouïe,  s’enregistre  sur  le  cylindre- 
noir  au  moment  même  de  sa  production.  Le  sujet  en  expérience  doit  à  son 
tour,  aussitôt  l’impresssion  ressentie,  presser  une  détente  qui  marque  sur 
le  cylindre  tournant  un  second  trait.  La  distance  qui  sépare  ces  deux  traits 
marqug,  en  fractions  de  seconde,  le  temps  nécessaire  à  la  transmission  de 
l’impression  au  cerveau,  à  l’acte  nerveux  central,  à  la  transmission  de  la 
volonté  aux  muscles,  à  la  contraction  musculaire.  Si  ces  derniers  acte.s 
restent  toujours  les  mêmes,  si  le  signal  de  la  perception  est  toujours- 
donné  par  la  même  main,  si  la  nature  de  la  perception  varie  seule,  on 
.  conçoit  qu’il  est  facile  de  découvrir  si  une  sensation  lumineuse  est  plus  vite 
ti’ansmise  au  cerveau  qu’une  sensation  acoustique  ou  tactile.  Mais  si  l’on 
fait  varier  les  autres  éléments  de  l’expérience,  on  peut  arriver  à  comparei- 
la  durée  des  deux  actes  cérébraux,  et  non  de  deux  perceptions  simples.  On 
peut  faire  résoudre  au  sujet  en  expérience  une  sorte  de  dilemme,  selon,, 
l’expression  de  Donders  :  par  exemple,  la  lumière  qui  doit  tout  d’un  coup 
exciter  la  rétine  sera  rouge  ou  verte,  et  suivant  que  ce  sera  l’une  ou 
l’aufre,  la  main  gauche  ou  la  main  droite  donnera  le  signal  de  perception  : 
le  sujet  a  donc  à  réfléchir  sur  la  perception  et  à  choisir  la  réaction.  L’ex¬ 
périence  montre  que  cette  opération  exige  beaucoup  plus  de  temps  que  la 
simple  réaction  à  une  excitation  simple.  La  différence  dans  les  deux  expé¬ 
riences  donne  la  durée  nécessaire  pour  l’acte  psychique  d’une  distinction 
simple.  —  Un  autre  appareil  de'  Donders  est  destiné  à  une  analyse  encore 
plus  intime  des  actes  intellectuels.  Il  sert,  dit  Donders,  à  mesurer  le  temps^ 
d'une  pensée  simple.  «  La  pensée  simple  sera  celle-ci,  par  exemple  :  Deux 
sensations,  l’une  acoustique,  l’autre  lumineuse,  arriveront  au  cerveau 
presque  en  même  temps:  laquelle  aura  précédé  l’autre?  L'appareil  n’est 
pas  construit  sur  le  même  principe  que  le  premier  :  un  poids,  en  tombant, 
frappe  un  timbre  et  donne  une  étincelle  presque  dans  le  même  temps. 
L’intervalle  entre  le  son  rendu  et  la  lumière  émise  doit  être  infiniment 
court  et  cependant  toujoui’s  déterminé  avec  une  rigoureuse  précision; 
de  plus  on  doit  pouvoir  à  volonté  le  faire  varier.  Donders,  avec  l’instrument 
ainsi  réglé,  cherche  de  quelle  quantité  il  faut  espacer  l’étincelle  et  le  son 
pour  que  l’esprit  décide  s’il  y  a  eu  antériorité  de  l’une  sur  l’autre.  Il  croit 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  D0  SYSTÈME  X.  —  ACTES  RÉFLEXES.  547 

être  arrivé  à  déterminer  ainsi  le  temps  exigé  pour  une  pensée  simple,  la 
pensée  d’antériorité.  »  Nous  ne  saurions  entrer  ici  dans  plus  de  détails  sur 
l’installation  de  l’expérience;  il  nous  suffira  d’en  avoir  indiqué  le  principe. 

Enfin,  et  c’est  là  une  innovation  que  nous  tenons  à  signaler,  des  recher¬ 
ches  du  même  genre  ont  été  faites  relativement  aux  modifications  que 
divers  états  pathologiques  peuvent  apporter  à  la  durée  des  actes  nerveux 
centraux  plus  ou  moins  complexes.  C’est  ainsi  que  Obersteiner  a  imaginé 
un  appareil  très-simple,  qu’il  appelle  psychoâomètre,  et  au  moyen  duquel 
on  peut  mesurer  également  le  temps  de  la  réaction  psychologique  ;  c’est  un 
ressort  qui,  au  moment  où  on  le  lâche,  vibre  comme  un  diapason,  en 
même  temps  qu’au  moyen  d’un  crin  ou  d’un  poil  de  brosse  fixé  à  son 
extrémité  libre  il  marque  ses  vibrations  sur  une  lame  de  verre  noircie  à  la 
fumée  et  qui  se  met  en  mouvement  au  moment  même  où  le  ressort  part. 
Veut-on  examiner  une  personne,  on  lui  met  le  doigt  sur  un  bouton  dont 
la  pression  arrête  instantanément  le  ressort,  en  lui  disant  de  presser  dès 
qu’elle  l’entend  vibrer;  la  quantité  de  vibrations  inscrites  sur  la  lame  de 
verre  noircie  donnera  le  temps  exact  qu’il  a  fallu  pour  que,  chez  la  personne 
examinée,  la  sensation  se  transforme  en  action.  Chez  une  personne  saine 
d’esprit,  le  temps  de  réaction  varie  suivant  qu’elle  est  plus  ou  moins  fatiguée 
ou  distraite  par  une  conversation  qui  se  fait  près  d’elle  ;  mais  plus  l’intel¬ 
ligence  est  éteinte,  par  exemple  chez  les  aliénés,  plus  le  temps  de  réaction 
est  considérable.  En  revanche,  il  est  curieux  de  remarquer  que  dans  ces 
expériences  l’auteur  n’a  jamais  constaté  que  dans  des  états  d’excitation  et’ 
d’exagération  de  la  sensibilité  ce  temps  fût  diminué  :  il  paraît  donc  exister 
une  moyenne  normale  qui  ne  saurait  être  dépassée  en  moins. 

Classification  des  phénomènes  réflexes.  —  En  terminant  cette  étude  de  la 
physiologie  générale  des  nerfs  et  des  centres  nerveux  par  une  classification 
des  phénomènes  réflexes,  nous  poserons  les  premiers  jalons  qui  devront 
nous  guider  dans  la  physiologie  spéciale  des  centres  nerveux,  en  même 
temps  que  nous  préciserons,  par  de  nombreux  exemples,  là  part  que  pren¬ 
nent  les  phénomènes  réflexes  à  l’accomplissement  de  la  plupart  des  fonc¬ 
tions  de  l’économie.  On  divise  généralement  les  phénomènes  réflexes 
d’après  les  voies  que  suivent  et  la  conduction  centripète  qui  donne  lieu  à 
l’acte  réflexe,  et  la  conduction  centrifuge  qui  en  résulte.  A  chacun  de  ces 
phénomènes  de  conduction  peuvent  appartenir  soit  les  nerfs  du  système 
cérébro-rachidien,  soit  les  filets  du  grand  sympathique. 

Les  phénomènes  réflexes  les  plus  nombreux  ont  comme  voies  centri¬ 
pètes  et  comme  voies  centrifuges  les  filets  nerveux  cérébro-rachidiens.  Tels 
sont  la  plupart  de  ceux  que  nous  avons  cités  précédemment  :  réflexes 
expérimentaux  sur  la  grenouille  (p.  533),  déglutition,  éternument,  marche, 
et  un  grand  nombre  de  réflexes  pathologiques,  tels  que  le  tétanos,  l’épi¬ 
lepsie,  etc. 

Une  seconde  classe  de  phénomènes  réflexes  est  représentée  par  ceux 
dont  la  voie  centripète  est  un  nerf  sensitif  du  système  céphalo-rachidien,  et 
la  voie  centrifuge  un  nerf  moteur  du  système  du  grand  sympathique  (le 
plus  souvent  un  nerf  vaso-moteur).  Tels  sont  les  réflexes  qui  donnent  lieu 


548  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  sensations  associées. 
à  la  plupart  des  sécrétions  (salive,  suc  gastrique,  etc.),  aux  phénomènes  de 
rougeur  ou  de  pâleur  de  la  peau,  à  l’érection,  à  certains  mouvements  de 
l’iris;  tel  est  le  réflexe  qui,  sous  l’influence  de  diverses  impressions,  donne 
lieu  au  phénomène  connu  sous  le  nom  de  chair  de  poule,  c’est-à-dire  à  la 
contraction  des  muscles  des  follicules  pileux  (muscles  lisses  involontaires). 

Une  troisième  classe  renferme  les  réflexes  dont  la  voie  de  conduction 
centripète  est  représentée  par  les  nerfs  du  sympathique  (sensibilité  norma¬ 
lement  obtuse,  dite  organigm,  des  viscères)  et  la  voie  centrifuge  par  les 
nerfs  moteurs  céphalo-rachidiens  (ou  de  la  vie  de  relation)  ;  la  pathologie 
nous  offre  un  grand  nombre  de  phénomènes  de  ce  genre.  Telles  sont  les 
convulsions  que  peut  amener  l’irritation  viscérale  produite  par  la  présence 
devers  intestinaux,  les  éclampsies  réflexes,  l’hystérie;  c’est  ainsi  qu’on 
détermine  chez  les  hystériques  des  accès  convulsifs  en  comprimant  les 
ovaires  ;  comme  phénomène  normal  de  ce  genre,  on  pourrait  citer  le  méca¬ 
nisme  nerveux  de  la  mise  en  jeu  des  appareils  mécaniques  de  la  respiration, 
car  l’impression  que  la  surface  pulmonaire  envoie  au  bulbe  suit  la  voie  du 
nerf  pneumogastrique  qui,  sous  bien  des  rapports,  se  rapproche  des  nerfs 
sympathiques  (moyen  sympathique _  des  anciens).  Nous  citerons  enfin  le 
hoquet  et  le  vomissement  comme  appartenant  à  la  même  classe  de  phéno¬ 
mènes  réflexes.  Expérimentalement  on  produit  sur  la  grenouille  décapitée 
des  mouvements  réflexes  des  muscles  des  membres  et  du  tronc  en  irritant 
la  surface  des  intestins. 

•  Enfin,  on  peut  comprendre  dans  une  quatrième  et  dernière  classe  les 
réflexes  dont  les  voies  de  conduction ,  centripète  comme  centrifuge ,  se 
trouvent  dans  les  filets  du  grand  sympathique  ;  nous  aurons  à  examiner 
plus  tard  (voy.  Vaso-motedrs)  si  pour  ceux-ci  l’action  centrale  se  passe 
dans  les  masses  de  substance  grise  du  système  céphalo-rachidien  ou  dans 
celles  des  ganglions  de  la  chaîne  sympathique.  Tels  sont  les  réflexes  obscurs 
et  encore  difficiles  à  analyser  qui  président  à  la  sécrétion  des  divers  liquides 
versés  dans  l’intestin  ;  ceux  qui  peuvent  nous  expliquer  en  partie  les  sym¬ 
pathies  qui  unissent  les  divers  phénomènes  des  fonctions  génitales,  surtout 
chez  la  femme;  la  dilatation  des  pupilles  par  la  présence  des  vers  intestinaux 
dans  le  canal  digestif  ;  tels  sont  encore  de  nombreux  réflexes  pathologiques 
analogues  à  ceux  que  nous  avons  précédemment  cités ,  et  nombre  de 
réflexes  produits  expérimentalement  et  très-propres  à  montrer  le  méca¬ 
nisme  des  phénomènes  semblables  de  nature  pathologique  :  ainsi  Lépine  a 
montré  que  l’injection  d’un  liquide  irritant  (alcool,  par  exemple)  dans  une 
des  bronches,  détermine  une  demi-occlusion  de  l’œil  du  même  côté,  et  que 
cet  œil  se  remplit  en  même  temps  de  larmes. 

Nous  ne  saurions  terminer  cette  étude  générale  des  actes  réflexes  sans 
nous  expliquer  sur  quelques  phénomènes  qui  ont  été  désignés  à  tort  sous 
le  nom  de  réflexes  :  nous  voulons  parler  des  sensations  associées  et  des  mov^  ■ 
vements  associés. 

Sensations  associées..  — ■  Une  impression,  produite  par  une  excitation 
extérieure,  étant  apportée  par  un  nerf  sensitif  vers  un  centre  nerveux,  peut 
produire  dans  ce  centre  une  excitation  assez  forte  pour  s’irradier  vers  des 


NERFS.' —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  SENSATIONS  ASSOCIÉES.  549' 
centres  voisins  ;  ceux-ci  alors  sont  le  siège  de  sensations  identiques  à  celles 
qui  se  produiraient  s’ils  avaient  été  mis  en  jeu  par  les  nerfs  qui  leur  ap¬ 
portent  normalement  les  impressions  de  certains  points  de  la  périphérie. 
C’est  qu’en  effet,  du  moment  qu’un  centre  nerveux  reçoit  une  excitation, 
aucun  indice  spécial  ne  paraît  pouvoir  permettre  à  ce  centre  de  distinguer 
si  cette  excitation  est  due  réellement  à  une  impression  venue  de  la  péri¬ 
phérie,  ou  si  elle  s’est  produite  sur  place,  c’est-à-dire  par  simple  propaga¬ 
tion  de  l’ébranlement  éprouvé  par  un  centre  voisin.  Un  exemple  fera  bien 
comprendre  notre  pensée.  Il  arrive  souvent  qu’une  personne,  sortant  d’un 
appartement  obscur  et  arrivée  aii  grand  jour,  portant  vivement  les  yeux 
vers  un  ciel  fortement  éclairé,  éprouve  en  même  temps  et  une  violente 
sensation  de  photophobie  et  un  vif  chatouillement  dans  les  fosses  nasales. 
Dans  ce  cas,  l’impression  douloureuse  de  la  lumière  (photophobie)  trans¬ 
mise,  ainsi  qu’on  le  sait  aujourd’hui,  par  les  rameaux  de  l’ophthalmique  de 
Willis,  a  fortement  ébranlé  le  centre  nerveux  de  ce  nerf,  et  cet  ébranle¬ 
ment  s’est  communiqué  jusqu’au  centre  où  aboutissent  d’autres  branches 
sensitives  du  trijumeau,  les  branches  nasales.  Cet  ébranlement  commu¬ 
niqué  par  continuité  ou  contiguïté  de  substance  grise  a  produit  le  même 
effet  que  s’il  eût  résulté  d’une  excitation  apportée  par  les  nerfs  nasaux, 
c’est-à-dire  que  le  sujet  a  eu  la  sensation  d’une  irritation  portée  sur  la  mu¬ 
queuse  nasale.  On  dit  souvent,  par  un  abus  de  langage,  qu’il  y  a  eu  sensa¬ 
tion  réflexe.  Noël  Gueneau  de  Mussy  a  publié  sur  la  sensibilité  réflexe  un 
ti’avail  plein  de  faits  intéressants  et  de  considérations  originales  ;  tout  en  se 
servant  de  l’expression  réflexes,  l’auteur  signale  parfaitement  le  mécanisme 
de  ces  sensations,  et  insiste  particulièrement  sur  ce  fait  que  «  les  excitations 
dirigées  sur  un  nerf  bulbaire  peuvent  produire  des  douleurs  localisées  dans 
un  autre  nerf  bulbaire,  que  les  excitations  des  nerfs  rachidiens  proprement 
dits  peuvent  déterminer  des  douleurs  réflexes  dans  d’autres  nerfs  rachi¬ 
diens.  »  Mais  l’expression  de  réflexe  suppose  un  acte  par  lequel  une  excita¬ 
tion  apportée  de  la  périphérie  au  centre  est  réfléchie  de  ce  centre  vers  la 
périphérie.  Ici  il  n’y  a  pas  à  supposer  que  l’excitation  apportée  par  un  nerf 
sensitif  ait  été  réfléchie  par  le  centre  dans  un  autre  nerf  sensitif  {Dou¬ 
leurs  répercutées,  Gubler,  Société  de  biologie.  Décembre  1876.);  la  sensa¬ 
tion,  rapportée  à  la  périphérie,  résulte  simplement,  nous  le  répétons,  de 
ce  que  les  éléments  centraux  récepteurs,  excités  d’une  manière  secondaire, 
par  effets  de  voisinage,  sont  impressionnés  absolument  comme  si  l’excitation 
leur  était  venue  par  les  voies  ordinaires  qui  les  mettent  en  communication 
avec  la  périphérie.  Il  faut  donc  renoncer  dans  ce  cas  à  l’expression  de 
sensation  réflexe  et  adopter  celle  de  sensation  associée  ou  de  synesthésie; 
cette  dernière  dénomination  exprimant  simplement,  sans  idée  préconçue, 
ce  phénomène  d’une  double  sensation,  rapportée  à  deux  points  du  corps 
distincts  et  plus  ou  moins  éloignés,  sous  l’influence  d’une  excitation  portée 
sur  un  seul  de  ces  points. 

Nous  avons  cité  l’exemple  des  sensations  associées  entre  l’œil  et  la  mu¬ 
queuse  nasale,  dans  le  domaine  du  nerf  trijumeau.  De  semblables  associa¬ 
tions  se  rencontrent  dans  le  domaine  d’un  grand  nombre  d’autres  nerfs  ; 


550  NERFS.  —  physiologie  dü  systé.me  x.  —  mouvements  associés. 
ainsi  un  corps  étranger  introduit  dans  l’oreille  (conduit  auditif  externe)  peut 
produire  comme  sensation  associée  un  sentiment  de  chatouillement  dans 
l’arrière-gorge,  et  par  suite  la  toux  et  même  le  vomissement.  Un  grand 
nombre  de  phénomènes  de  sensations  associées  s’observent  dans  diverses 
maladies  :  telle  est  la  douleur  ressentie  au  niveau  du  gland,  du  méat  uri¬ 
naire,  chez  les  sujets  dont  la  vessie  est  irritée  par  la  présence  d’un  calcul; 
telles  sont  les  névralgies  diverses  associées  aux  affections  du  testicule,  aux 
alîections  utérines,  aux  affections  de  la  plèvre,  du  foie,  des  reins. 

C’est  le  fait  de  la  localisation  périphérique  qui  a  porté  à  rapprocher  ces 
phénomènes  de  ceux  qui  seuls  méritent  le  nom  de  réflexes.  Mais,  on  ne 
saurait  trop  insister  sur  ce  fait,  il  n’y  a  pas  dans  ces  cas  réflexion  de  l’exci¬ 
tation  d’un  nerf  dans  un  autre  nerf,  il  y  a  simplement  extérioralion  de  la 
sensation  produite  par  l’entrée  d’ùn  centre  en  action.  C’est  qu’en  effet  les, 
sensations  que  la  conscience  localise  à  la  périphérie  se  produisent  d’ordi¬ 
naire  sous  l’influence  d’une  action  extérieure  portée  sur  une  partie  déter¬ 
minée  de  nos  surfaces  sensibles  et  amenée  aux  centres  nerveux  par  des 
nerfs  toujours  également  déterminés..  Mais  si  une  cause  vient  agir,  non  plus 
sur  la  périphérie  de  ces  nerfs,  mais  sur  un  point  quelconque  de  leur  trajet, 
ou  môme  sur  leur  extrémité  centrale,  nous  percevons  encore  la  sensation 
qui  en  résulte  comme  se  produisant  vers  le  point  de  la  surface  dont  vien¬ 
nent  les  nerfs  en  question.  Si  l’on  comprime  brusquement  le  nerf  cubital 
vers  la  partie  postérieure  du  coude,  dans  la  gouttière  épitrochléo-olécrâ- 
nienne,  c’est  vers  l’extrémité  cutanée  de  ce  nerf,  c’est-à-dire  vei-s  la  partie 
interne  de  la  main  et  surtout  vers  le  petit  doigt,  que  nous  localisons  l’im¬ 
pression  douloureuse  ainsi  produite.  Ce  phénomène  constitue  ce  qu’on 
nomme  Y extérioration  ou  Vexcentricité  des  sensations,  c’est-à-dire  que, 
quel  que  soit  le  point  où  le  nerf  est  atteint,  la  sensation  est  toujours  excen¬ 
trique,  et  que,  même  quand  le  centre  nerveux  est  directement  excité,  c’est 
dans  l’extrémité  périphérique  du  nerf  sensitif,  en  rapport  avec  ce  centre, 
que  nous  localisons  les  sensations.  Tel  est,  dans  le  cas  d’excitation  anor¬ 
male  des  centres  sensitifs,  le  mécanisme  d’après  lequel  se  produisent  les 
hallucinations  {voy.  Hallucinations,  t.  XVII,  p.  190),  dont  la  cause  réside 
dans  l’encéphale  et  qui  donnent  lieu  à  des  sensations  que  le  malade  rap¬ 
porte  à  la  périphérie.  Tel  est,  dans  le  cas  d’excitation  du  tronc  nerveux  lui- 
même,  le  mécanisme  du  phénomène  bien  connu  sous  le  nom  d’  illusion  des 
amputés:  sous  l’influence  d’une  pression,  d’un  choc  porté  sur  son  moignon, 
l’amputé  éprouve  une  douleur  qu’il  localise  dans  une  partie  périphérique 
du  membre  qui  lui  a  été  enlevé. 

.  Mouvements  associés.  —  Nous  trouvons,  pour  les  phénomènes  de  moti¬ 
lité  en  général,  et  notamment  lors  de  la  production  des  mouvements 
volontaires,  des  associations  analogues  à  celles  que  nous  venons  de  décrire 
pour  la  sensibilité.  Un  centre  moteur,  étant  mis  vivement  en  action,  peut 
être  éhranlé  de  telle  sorte  que  son  excitation  s’irradie  jusque  dans  des 
centres  voisins.  C’est  là  le  mécanisme  de  tous  les  tics  et  de  bien  des  mou¬ 
vements  involontairement  associés.  C’est  ainsi  que  pendant  un  effort 
général  et  intense,  pour  soulever  un  poids  par  exemple,  on  contracte  invo- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  X.  —  DISPOSITIONS  DES  CENTRES.  551 
îontairement  le  muscle  frontal.  Ces  mouvements  sont  faciles  à  observer  chez 
-certains  malades  :  ainsi,  chez  les  hémiplégiques,  il  est  fréquent  de  voirie 
bâillement ,  l’éternument  ou  la  toux  déterminer  un  brusque  mouvement 
■dans  le  bras  ou  dans  la  jambe  du  côté  paralysé;  Jaccoud  rapporte  Fobser- 
-vation  d’un  militaire  amputé  du  bras,  chez  lequel,  chaque  fois  qu’il  tous¬ 
sait,  le  moignon  se  soulevait  par  une  brusque  contraction  du  deltoïde, 
tandis  que  le  bras  sain  restait  complètement  immobile.  Dans  d’autres  cir¬ 
constances,  ajoute  Jaccoud  {Les  paraplégies  et  V ataxie,  1864,  p.  147),  on 
voit,  chez  les  hémiplégiques,  un  mouvement  volontaire  produire  un  mou- 
"vement  passif  (associé)  dans  les  membres  paralysés.  Tous  ces  phénomènes 
ont  été  regardés  à  tort  comme  des  mouvements  réflexes  ;  mais  déjà  Eckhard 
avait  fait  remarquer  que  rien  ne  montre  ici  l’intervention  d’un  acte  réflexe, 
et  qu’il  s’agit  simplement  d’une  excitation  simultanée  involontaire,  c’est- 
à-dire  de  la  propagation  de  l’excitation  d’un  centre  gris  moteur  vers  un 
centre  moteur  voisin.  Ce  sont  des  mouvements  associés  ;  Vulpian  propose 
de  donner  à  ces  phénomènes  le  nom  de  pyncinésies,  de  même  qu’on  a 
nommé  les  précédents  synesthésies. 

C’est  qu’en  effet  les  centres  gris ,  les  sensitifs  comme  les  moteurs ,  sont 
associés,  comme  nous  l’a  montré  l’étude  des  mouvements  réflexes  associés 
■et  adaptés  à  un  but  défini  (ci-dessus,  p.  536).  Or  cette  association  préétablie 
est  telle,  qu’il  est  parfois  très-difficile,  par  l’intervention  de  la  volonté,  de 
produire  simultanément  des  mouvements  autres  que  ceux  dont  l’associa¬ 
tion  paraît  être  facilitée  par  les  rapports  anatomiques  probables  des  cen¬ 
tres.  On  sait,  par  exemple,  combien  il  est  difficile  de  faire  mouvoir  les 
■deux  bras  étendus  en  les  faisant  tourner  l’un  dans  un  sens,  l’autre  dans 
-le  sens  opposé  ;  ou  bien  de  promener  sur  la  poitrine  la  paume  de  la  main 
, gauche  en  lui  faisant  décrire  un  cercle,  tandis  qu’on  meut  verticalement 
la  main  droite  placée  dans  la  même  position.  L’incitation  volontaire,  dit 
Vulpian,  rencontre  ici  un*  obstacle  dans  une  sorte  de  .tendance  (peut-êti’e 
préétablie,  peut-être  contractée  par  habitude)  que  présentent  les  parties 
homologues  de  la  substance  grise  de  la  moelle  à  fonctionner  de  la  même 
façon  lorsqu’elles  reçoivent  une  excitation  quelconque.  Nous  n’insisterons 
pas  davantage  sur  l’étude  de  ces  faits  ;  ce  que  nous  en  avons  vu  nous 
suffit  pour  bien  établir  la  distinction  entre  les  véritables  actes  réflexes 
■et  les  phénomènes  auxquels  on  a  donné  le  nom  de  réflexes  par  abus  de 
langage  :  les  caractères  d’association  de  ces  derniers  phénomèn  es  se  re¬ 
trouvent  également  dans  les  actes  réflexes  proprement  dits,  mais  le  point 
de  départ,  la  cause  première  et  le  mécanisme  général  des  deux  ordres 
•de  phénomènes  sont  complètement  différents. 

,  La  notion  du  phénomène  nerveux  réflexe,  que  nous  venons  d’étudier 
dans  ses  formes  les  plus  simples,  paraît  devoir  dominer  désormais  l’étude 
des  fonctions  du  système  nerveux.  Partout,  dans  les  centres  nerveux,  nous 
trouvons  des  fibres  sensitives  ou  afférentes,  des  masses  ganglionnaires 
(renfermant  des  cellules  nerveuses)  et  des  nerfs  centrifuges  ;  partout  le 
fonctionnement  est  provoqué  par  l’excitation  que  les  fibres  centripètes 


552  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.'  —  DISPOSITIONS  DES  CENTRES 
conduisent  vers  les  masses  ganglionnaires  et  que  celles-ci  réfléchissent  sur 
les  nerfs  moteurs  d’une  manière  directe,  ou  d’une  manière  indirecte,  en 
provoquant  l’activité  de  centres  plus  ou  moins  éloignés.  C’est  qu’en  effet, 
outre  les  fibres  nerveuses  centripètes  et  centrifuges,  il  existe  un  grand 
nombre  de  fibres  commissurales,  c’est-à-dire  unissant  entre  eux  les  divers 
amas  de  cellules  nerveuses  :  l’ensemble  de  ces  dispositions,  dans  tout 
l’ensemble  du  système  cérébro-spinal, 

.  est  représenté  d’une  manière  sché¬ 
matique  par  la  fig.  94.  —  On  voit  que 
les  cellules  nerveuses  de  la  moelle 
(substance  grise)  forment  une  masse 
centrale  continue  s’étendant  d’une 
extrémité  à  l’autre  de  cet  organe;  mais 
si  l’anatomie  place  la  limite  supé¬ 
rieure  de  la  moelle  au  niveau  de  l’ar¬ 
ticulation  occipito-atloïdienne ,  pour 
le  physiologiste  la  moelle  s’étend  jus¬ 
que  dans  l’intérieur  du  crâne,  aussi 
bien  que  dans  le  canal  vertébral  :  elle 
va  jusque  dans  la  région  de  la  selle 
turcique  (tige  pituitaire)  ou  tout  au 
moins  jusqu’au  niveau  où  se  trouvent 
placés  les  noyaux  d’origine  du  nerf 
moteur  oculaire  commun  et  du  pathé¬ 
tique  (pédoncules  cérébraux,  ci-des¬ 
sus  p.  470  et  fig.  69).  — Dans  la  masse 
encéphalique  proprement  dite  (hémi¬ 
sphères  cérébraux,  cervelet),  les  parties 
grises  centrales  sont,  au  contraire, 
disposées  en  couches  isolées  et  forment 
des  îlots  disséminés  ;  ces  masses 
sont  placées  au-dessus  de  l’extrémité 
"nertlTcf  céphalique  (A,  fig.  94)  de  la  moelle  et 

.  ‘  .  Y  forment  comme  des  lames  trans- 

(*)  AA.  Moelle  épmiere  avec  ses  commissures.  ■'  ...  ,  ■  ,  .  , 

-  B.  Région  de  la  protubérance.  —  C.  Cervelet.  VerSaleS  :  amSl  dans  le  pOint  OU  la 
“««He  (substance  grise  de  laprotubé- 

cérébrales.  —  a,  a.  Racines  antérieures  (nerfs  Tance  et  des  pédoncules)  Se  reCOUrbe 

reSt.TFrgu^*lmp™Tée'’rt^  en  avant,  nous  trouvons  un  certain 

de  Kuss  et  Duvai.)  nombre  d’amas  non  continus,  d’archi¬ 

pels  de  substance  grise,  qui  consti¬ 
tuent  dans  la  cavité  crânienne  des  étages  séparés  et  placés  concentrique¬ 
ment  les  uns  au-dessus  des  autres  (fig.  94).  Le  plus  superficiel  de  ces 
étages  se  trouve  en  contact  avec  la  voûte  crânienne  et  se  présente  sous  la 
forme  d’une  nappe  grise  ondulée  qui  enveloppe  les  autres  parties  ;  c’est 
la  substance  corticale  des  hémisphères,  ou  substance  grise  des  circonvolu¬ 
tions  cérébrales  (e,  e,  fig.  94).  Entre  celle-ci  et  le  prolongement  encépha- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SVSTÈ.ME  N.  —  DISPOSITIONS  DES  CENTRES.  553 
lique  de  la  moelle  (.\)  se  trouvent  deux  îlots  importants  (d),  les  corps  striés 
en  avant  et  les  couches  optiques  en  arrière.  Enfin  à  la  partie  toute  posté- 
rieui’e  de  la  masse  encéphalique,  le  cervelet  reproduit,  sur  une  plus  petite 
échelle,  les  dispositions  précédentes  (c,  circonvolutions  grises  périphé¬ 
riques  et  corps  rhomboïdal  central  du  cervelet). 

Nous  savons  de  plus  que  les  cellules  nerveuses  composant  les  centres 
gris  émettent  des  prolongements  qui  les  font  communiquer  les  unes  avec 
les  autres  et  relient  les  centres  entre  eux  :  ainsi  un  groupe  de  ces  prolonge¬ 
ments  fait  communiquer  dans  le  cerveau  la  couche  grise  superficielle  avec 
la  moyenne  {couronne  radiante  ou  rayonnante)  ;  un  autre,  plus  profond, 
lie  la  couche  moyenne  à  la  couche  inférieure  (moelle,  a,  fig.  94).  Dans  le 
cervelet  il  en  est  de  même  :  des  faisceaux  de  prolongements  nerveux  s’éten¬ 
dent,  d’une  part,  de  la  surface  (ou  couche  corticale)  au  corps  rhomboïdal  du 
cervelet,  puis  de  ce  dernier  vers  les  autres  parties  de  l’encéphale  et  de  la 
moelle  {pédoncules  du  cervelet,  distingués  en  supérieur,  moyen,  inférieur). 
En  un  mot,  l’encéphale  est  un  système  très-compliqué  de  petits  continents 
de  substance  nerveuse  grise  ou  centrale,  communiquant  entre  eux  et  avec 
la  moelle  par  de  nombreuses  commissures.  —  La  moelle  présente  égale¬ 
ment  des  commissures  semblables  ;  mais  ici  elles  sont  en  général  longitu¬ 
dinales  et  entourent  le  noyau  gris  de  la  moelle  d’une  enveloppe  de  substance 
blanche  {cordons  antéro-latéral  et  postérieur)  et  font  communiquer  les  cel¬ 
lules  "nerveuses  de  la  moelle  entre  elles  et  avec  celles  des  masses  encépha¬ 
liques.  —  De  plus,  comme  les  masses  nerveuses  médullaires  et  encépha¬ 
liques  présentent  une  disposition  symétrique,  on  constate  l’existence  de 
commissures  transversales  entre  les  masses  du  côté  droit  et  celles  du  côté 
gauche.  Ces  commissures  sont  surtout  faciles  à  constater  entre  les  deux 
hémisphères  cérébraux  (corps  calleux). 

La  moelle  épinière  (portion  rachidienne  et  portion  encéphalique)  paraît 
seule  jouir  de  la  propriété  d’établir  des  communications  entre  les  centres 
nerveux  et  les  divers  organes  sensibles  ou  moteurs  de  l’économie  ;  il  faut 
cependant  excepter  certains  appareils  des  sens  spéciaux,  dont  du  reste  nous 
aurons  peu  à  nous  occuper  ici. —  En  abordant  la  physiologie  spéciale  dusys- . 
tème  nerveux,  nous  aurons  donc  à  nous  occuper  tout  d’abord  des  fonctions 
des  nerfs,  moteurs  et  sensitifs,  qui  établissent  ces  connexions.  Puis  nous 
étudierons  les  fonctions  particulières  de  chaque  partie  des  masses  grises 
centrales  et  des  fibres  qui  les  unissent.  La  plupart  des  faisceaux  blancs  que 
l’on  rencontre  dans  le  cerveau  ou  le  cervelet  sont  en  effet  de  pures  com¬ 
missures,  plus  ou  moins  longues,  allant  réunir  des  îlots  gris  plus  ou  moins 
éloignés.  Si  l’on  discute  et  tend  à  admettre  aujourd’hui  l’existence  de 
fibres  corticales  directes,  ce  n’est  pas  à  dire  qu’on  suppose  l’existence 
de  fibres  allant  directement  de  la  substance  grise  des  circonvolutions  céré¬ 
brales  jusque  vers  les  organes  périphériques  (muscles  ou  surfaces  sensi¬ 
bles),  mais  seulement  l’existence  de  longues  commissures  allant  de  l’écorce 
cérébrale  jusqu’à  des  étages  plus  ou  moins  inférieurs  de  l’axe  gris  médul¬ 
laire,  sans  interruption  au  niveau  des  ganglions  intermédiaires,  tels  que  la 
couche  optique  ou  le  corps  strié.  On  peut  donc  dire  d’une  manière  générale, 


55 i  ÎNEKFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  nerfs  rachidiens. 
à  part  l’exception  faite  pour  les  nerfs  de  quelques  sens  spéciaux  (olfaction, 
vision),  que  ce  n’est  que  d’une  façon  indirecte,  par  l’intermédiaire  de  la 
moelle,  que  les  nerfs  périphériques  peuvent  se  mettre  en  rapport  avec  les 
centres  encéphaliques,  soit  pour  y  amener  des  sensations  (nerfs  centri¬ 
pètes),  soit  pour  conduire  la  volonté  (nei’fs  moteurs). 

III.  Pliysïologîc  spéciale  du  système  nerveux  :  parties  pcri- 
pliériqnes.  —  A.  Des  nerfs  rachidiens.  —  Fonctions  des  racines;  gan¬ 
glions  inter-vertébraux  ;  sensibilité  récurrente.  — Le  fait  que  les  nerfs  rachi¬ 
diens  naissent  toujours  par  deux  racines,  l’uneantérieure,  l’autre  postérieure, 
avait  dès  longtemps  fait  penser  que  chacune  de  ces  racines  pourrait  bien 
présider  à  des  fonctions  différentes;  mais  jusqu’à  Ch.  Bell  et  Magendie  on 
se  borna  à  faire  des  hypothèses  à  ce  sujet.  Alexandre  Walker  avait  bien 
émis  en  1809  la  supposition  que  les  racines  antérieures  seraient  sensitives 
elles  postérieures  motrices,  et  si  cette  formule,  donnée  comme  au  hasard, 
ne  se  fût  pas  trouvée  précisément  le  contraire  de  la  vérité,  c’est  à  Vvalker 
qu’on  n’aurait  pas  manqué  d’attribuer  la  découverte  qui  a  été  l’origlne  de 
toutes  nos  connaissances  précises  sur  la  physiologie  du  système  nerveux. 
Mais  l’histoire  de  l’étude  des  fonctions  des  racines  rachidiennes  ne  com¬ 
mence  réellement  qu’avec  les  auteurs  qui  abordent  expérimentalement  la 
question,  avec  Ch.  Bell  et  Magendie.  Les  vivisections  que  pratiqua  Ch.  Bell 
ne  l’amenèrent  point  à  reconnaître  les  fonctions  opposées  des  deux  ordres  de 
racines;  fidèle  encore  au  système  de  Willis,  d’après  lequel  la  masse  encé¬ 
phalique  était  la  source  de  deux  ordres  d’esprits  animaux,  les  uns  volon¬ 
taires,  produits  par  le  cerveau  et  conduits  par  les  parties  antérieures  de  la 
moelle,  les  autres  involontaires,  produits  par  le  cervelet  et  conduits  par  les 
parties  postérieures  de  la  moelle.  Ch.  Bell  ne  vit  dans  les  racines  anté¬ 
rieures  que  des  nerfs  répondant  au  premier  ordre  d’appareil  nerveux  (sys¬ 
tème  volontaire),  et  dans  les  racines  postérieures  que  des  nerfs  répondant 
au  second  appareil  (système  involontaire,  cervelet).  En  un  mot.  Ch.  Bell 
ne  constata  pas  l’abolition  pure  et  simple  de  la  sensibilité  par  la  section 
des  racines  postérieures.  Cette  question  historique,  dans  laquelle  on  s’était 
plu  à  jeter  la  confusion,  a  été  parfaitement  établie  aujourd’hui  par  les 
recherches  de  Vulpian  et  de  Flint. 

C’est  donc  incontestablement  à  Magendie  que  revient  l’honneur  d’avoir 
reconnu  et  expérimentalement  démontré  la  nature  bien  distincte  des  raci  ¬ 
nes  rachidiennes.  Nous  avons  déjà  (qf.  513)  indiqué  comment  avaient  été 
instituées  ces  expériences,  et  comment  il  fallait,  après  avoir  sectionné  ces 
racines,  appliquer  successivement  les  excitations  sur  leur  bout  central  et 
sur  leur  bout  périphérique,  pour  montrer  que  les  racines  antérieures  sont 
motrices  et  les  postérieures  sensitives.  La  découverte  de  Magendie  fut  suc¬ 
cessivement  confirmée  par  tous  les  physiologistes  et  notamment  par  Mueller 
sur  des  grenouilles,  Panizza  sur  des  chevreaux,  Longet  sur  des  chiens, 
Vulpian  sur  des  oiseaux.  Moreau  sur  des  poissons,  etc. 

Quoique  essentiellement  motrices,  les  racines  antérieures  renferment 
aussi  quelques  fibres  sensitives;  mais  celles-ci  ne  leur  appartiennent  pas 
en  propre,  elles  leur  viennent  des  racines  postérieures  ;  ce  sont  en  effet  des 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DD  SYSTÈME  N.  —  NERFS  RACHIDIENS.  555 
fibres  récurrentes  qui  donnent  lieu  à  ce  qu’on  a  appelé  la  sensibilité  récur¬ 
rente  (Magendie,  Cl.  Bernard).  La  question  de  la  sensibilité  récurrente  des 
racines  antérieures  a  été  dès  le  début  l’objet  de  vives  controverses  :  cette 
découverte,  faite  par  Magendie,  lui  était  disputée  par  Longet,  lequel  fut 
bientôt  le  premier  à  nier  l’existence  de  cette  sensibilité  d’emprunt,  ni  lui 
ni  Magendie  n’ayant  pu  reproduire  les  circonstances  dans  lesquelles  il  leur 
avait  été  donné  de  la  constater  primitivement.  Mais  CL  Bernard,  ayant  ob¬ 
servé  qu’une  condition  nécessaire  à  la  manifestation  du  phénomène  était 
une  certaine  période  de  repos  accordé  à  l’animal  après  l’ouverture  du  canal 
vertébral,  put  reproduire  les  premières  expériences  de  Magendie  et  établir 
définitivement  et  l’existence  et  la  nature  de  la  sensibilité  récurrente,  sensi¬ 
bilité  dont  l’étude  a  amené  aujourd’hui  à  de  si  heureuses  applications  pra¬ 
tiques.  CL  Bernard  a  démontré  que  les  fibres  qui  donnent  à  la  racine  anté- 
tgrieure  sa  sensibilité  d’emprunt  sont  des  fibres  qui,  comme  toutes  les 
fibres  nerveuses  sensitives,  sortent  de  la  moelle  par  les  racines  postérieures. 


'  {*)  Racine  postérieure  sensitive  allant  à  la  peau  (P). —  V.  Racine  antérieure  motrice  allant  au  muscle  (M). 
—  À.  Rameau  qui  se  détache  du  nerf  sensitif  et  remonte  (récurrence)  dans  le  nerf  moteur. 

puis,  à  un  niveau  variable,  soit  vers  l’anastomose  des  deux  racines,  soit  au 
niveau  des  gros  plexus,  soit  même  tout  à  fait  à  la  périphérie,  se  réfléchis¬ 
sent  pour  remonter  en  suivant  de  la  périphérie  au  centre  le  trajet  des  nerfs 
moteurs,  c’est-à-dire  des  racines  antérieures.  La  sensibilité  récurrente, 
observée  au  niveau  des  racines  antérieures,  ne  fait  donc  pas  exception  à  la 
règle  générale  :  tout  dans  ces  racines  est  centrifuge  ;  tout  dans  les  racines 
postérieures  est  centripète.  Aussi,  quand  on  coupe  une  racine  antérieure, 
c’est  son  bout  périphérique  seul  qui  jouit  encore  de  la  sensibilité  d’emprunt 
récurrente.  Cette  expérience  est  la  démonstration  la  plus  nette  de  l’origine 
récurrente  de  cette  sensibilité  des  racines  antérieures,  si  l’on  ajoute  que  la 
section  d’une  racine  postérieure  fait  immédiatement  disparaître  la  sensibi¬ 
lité  récurrente  de  la  racine  antérieure  correspondante. 

Cette  étude  de  la  sensibilité  récurrente  des  nerfs  n’est  pas  seulement  un 
fait  du  plus  haut  intérêt  en  physiologie  expérimentale .  La  constatation  de 
ce  mode  d’anastomoses  nerveuses  est  appelée  à  intervenir  dans  l’interpréta¬ 
tion  d’un  grand  nombre  de  phénomènes  cliniques  en  apparence  énigma¬ 
tiques.  Plusieurs  fois,  chez  l’homme,  le  nerf  médian,  divisé  accidentelle- 


556  KEBFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  nerfs  rachidiens. 
ment,  fut  suturé  par  des  chirurgiens,  et  bientôt  après  on  constata  que  la 
sensibilité  avait  reparu  dans  des  parties  (main  et  doigts)  auxquelles  ce  nerf 
<!onne  des  rameaux  cutanés.  Pour  se  rendre  compte  de  ces  faits  signalés  à 
différentes  reprises  (Laugier,  Richet),  plusieurs  auteurs  crurent  à  une  res¬ 
tauration  de  sensibilité  qu’ils  expliquèrent  par  une  réunion  immédiate. 
Plus  vraisemblable,  plus  en  rapport  avec  la  physiologie  normale  et  la  phy¬ 
siologie  pathologique  des  nerfs,  était  l’hypothèse  d’anastomoses  nerveuses 
venant,  par  un  trajet  récurrent,  ramener  la  sensibilité  dans  les  parties  et 
même  dans  le  tronçon  de  nerf  situé  au-dessous  de  la  section.  C’est  ce  qui 
a  été  démontré  en  effet  par  les  recherches  d’Arloing  et  Tripier.  Dans  un 
article  précédent  {voy.  Main,  t.  XXI,  p.  262),  nous  avons  analysé  les  recher¬ 
ches  de  ces  auteurs  relativement  aux  nerfs  collatéraux  des  doigts,  ainsi  que 
les  autres  travaux  entrepris  à  ce  sujet.  Nous  aurons  à  revenir  sur  cette 
(|uestion  en  indiquant  les  résultats  observés  par  E.  Letiévant  dans  les  cas 
de  section  des  nerfs  de  la  face  {voy.  ci-après  ;  nerf  trijumeau).  Nous  nous 
contenterons  donc  d’ajouter  ici,  que  les  notions  précises,  aujourd’hui  acqui¬ 
ses,  sur  la  récurrence  des  filets  sensitifs  ont  jeté  un  grand  jour  sur  la  patho¬ 
génie  de  certaines  formes  de  névralgie,  et  permis  de  comprendre  comment 
des  névralgies  d’origine  périphérique  subsistaient  malgré  la  section  du  nerf 
douloureux,  et  disparaissaient  par  la  section  d’une  branche  périphérique 
l  espectée  dans  la  pi-emière  opération  {voy.  thèse  de  Cartaz). 

Nous  avons  vu  (p.  /i88)  que  chaque  racine  postérieure  présente  sur  son 
trajet  un  petit  ganglion,  un  peu  avant  le  point  où  elle  se  réunit  à  la  racine 
antérieure;  ce  ganglion  {ganglion  rachidien  ou  intervertébral)  a  été  étudié 
au  point  de  vue  de  ses  fonctions,  mais  les  excitations  portées  sur  lui  n’ont 
donné  aucun  résultat.  Les  faits  pathologiques  ont  porté  quelques  auteurs 
à  lui  assigner  le  rôle  de  centi’e  des  nerfs  dits  trophiques  :  c’est  là  une  ques¬ 
tion  qui  sera  discutée  à  l’article  Vaso-moteurs.  Mais  la  physiologie  expéri¬ 
mentale  a  du  moins  mis  en  évidence  le  rôle  que  ce  ganglion  joue  par  rap¬ 
port  aux  fibres  nerveuses  même  de  la  racine  postérieure  ;  il  s’agit  d’un  rôle 
trophique  découvert  par  Waller  et  vérifié  depuis  par  Cl.  Bernard  et  un 
grand  nombre  de  physiologistes.  Lorsqu’on  coupe  une  racine  antérieure, 
son  bout  périphérique  se  désorganise  (fragmentation  et  résorption  de  la 
myéline  du  tube  nerveux,  multiplication  des  noyaux  de  la  gaine  de 
Schwann,  etc.,  voy.  p.  527),  tandis  que  le  bout  central  reste  intact,  parce 
(|u’il  est  encore  en  connexion  avec  son  centre  trophique,  la  moelle;  au 
contraire,  quand  on  coupe  une  racine  postérieure  entre  la  moelle  et  le  gan¬ 
glion,  c’est  le  bout  resté  en  connexion  avec  le  ganglion  qui  demeure  intact, 
alors  que  le  bout  adhérent  à  la  moelle  subit  les  phases  successives  de  la 
dégénérescence  (fig.  96,  en  1  et  3)  ;  les  ganglions  des  racines  postérieures 
jouent  donc  le  rôle  de  centres  trophiques  vis-à-vis  des  racines  postérieures, 
ou,  ce  qui  revient  au  même,  vis-à-vis  des  nerfs  sensitifs.  En  effet,  il  va 
sans  dire  que  si  Ton  coupe  le  nerf  mixte  au  delà  du  ganglion,  toute  la 
partie  périphérique  s’altère,  aussi  bien  les  fibres  motrices  que  les  fibres 
sensitives  (en  2,  fig.  96)  ;  car  les  unes  et  les  autres  sont  séparées  de  leurs 
centres  trophiques,  qui  sont  :  la  moelle  pour  les  fibres  motrices,  et  le 


NEPiFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  557 

ganglion  rachidien  pour  les  fibres  sensitives.  Dans  les  cas  de  sclérose  des 
cordons  postérieurs,  avec  atrophie  des  racines  postérieures,  Vulpian  a 
toujours  trouvé  les  nerfs  sensitifs  complètement  sains.  Cette  intégrité  des 
fibres  sensitives  au  delà  des  ganglions  spinaux  est  une  confirmation  très- 
importante  des  idées  de  Waller  sur  l'influence  trophique  du  ganglion  sur 
les  fibres  sensitives.  Les  ganglions  ont  opposé  une  barrière  à  la  marche 
progressive  de  l’altération  des  racines  postérieures. 

B.  Des  nerfs  crâniens.  —  Les  nerfs  crâniens  représentent  des  paires 
rachidiennes  dissociées,  c’est-à-dire  dont  les  racines  antérieures  ou  posté¬ 
rieures  demeurent  isolées  et  foi’ment  des  nerfs  qui  peuvent  être  à  leur 
origine  exclusivement  sensitifs  (grosse  portion  du  trijumeau)  ou  exclusive¬ 
ment  moteurs  (facial).  En  se  basant  soit  sur  la  division  vertébrale  du  crâne, 


Fig.  96.  —  Altérations  nerveuses  consécutives  à  la  section  des  diverses  parties 
des  racines  rachidiennes  (^). 

(•)  Fig.  1.  La  section  ayant  porté  sur  la  racine  postérieure  entre  la  moelle  et  le  ganglion  spinal,  la 
po-tion  A,  comprise  entre  la  section  et  la  moelle,  est  seule  altérée.  La  portion  A' (attenant  au  ganglion  tj) 
n’a  pas  subi  d’altération,  non  plus  que  la  racine  antérieure  S. 

Fig,  2.  La  section  a  porté  sur  le  nerf  mixte  immédiatement  après  la  réunion  des  deux  racines  :  le  nerf 
mixte  A  est  en  entier  altéré,  tandis  que  les  deux  racines  (et  notamment  la  postérieure  S  avec  son  gan¬ 
glion  g)  n'ont  subi  aucune  altération. 

Fig,  3.  La  racine  postérieure  a  été  arrachée  de  la  moelle  en  A  :  son  bout  périphérique  S  (rabattit) 
n’offre  pas  d'altération.  (CI.  Bernard,  Leço?is  sur  la  physiologie  du  système  nerveux,  1. 1,  fig.  39.) 

soit  sur  l’anatomie  comparée  des  nerfs  rachidiens,  on  a  émis  diverses  hypo¬ 
thèses  tendant  à  grouper  en  véritables  paires  ces  éléments  épars  et  disso¬ 
ciés.  C’est  ainsi  que,  d’après  quelques  auteurs,  on  pourrait  ramener  les 
nerfs  crâniens  à  deux  groupes  représentant  chacun  une  paire  rachidienne  : 
1°  groupe  trijumeau,  avec  les  moteurs  oculaires  commun  et  externe,  et 
une  partie  du  facial  ;  2“  groupe  pneumogastrique,  avec  une  partie  du 
facial,  le  glosso-pharyngien,  le  spinal.  —  L’hypoglosse  représente  à  lui 
seul  une  véritable  paire  rachidienne,  puisqu’on  l’a  trouvé  parfois  pourvu 
d’une  racine  postérieure  avec  ganglion  {voy.  ci-dessus  p.  .508).  —  Il  va  sans 
dire  que,  dans  ces  rechei’ches  de  groupement,  on  met  toujours  à  part  les 
nerfs  sensoriels  supérieurs,  l’olfactif,  l’optique  et  l’acoustique,  lesquels, 
ainsi  que  l’embryologie  le  démontre,  sont  moins  des  nerfs  que  des  prolon¬ 
gements  directs  de  la  masse  encéphalique  centrale. 

Il  nous  suffira  d’avoir  indiqué  ces  tentatives  de  groupement,  pour  mon¬ 
trer  qu’il  y  a,  en  anatomie  comme  en  physiologie,  une  transition  toute  na¬ 
turelle  des  nerfs  rachidiens  aux  nerfs  crâniens.  Ne  pouvant  ici  entrer  dans 


558  NERFS.  —  physiologie  du  systé.me  —  .nerfs  crâniens. 
les  détails  de  ces  recherches  d’un  caractère  pour  ainsi  dire  philosophique, 
nous  renverrons  le  lecteur  curieux  de  ces  choses  au  travail  que  le  docteur 
François-Franck  a  consacré  à  cette  étude  dans  la  troisième  partie  de  son 
mémoire  sur  les  Nerfs  vasculaires  de  la  tête  {Travaux  du  laboratoire  de 
M.  Marey,  année  1875,  p.  165  et  279). 

Nous  ne  saurions,  dans  les  pages  qui  vont  suivre,  nous  étendre  sur  tous 
les  détails  de  la  physiologie  des  nerfs  crâniens  :  nombre  de  ces  détails  ont 
déjà  trouvé  ou  trouveront  place  dans  les  articles  consacrés  à  la  physiologie 
des  organes  innervés  par  les  branches  de  ces  nerfs.  Nous  nous  attacherons 
donc  surtout  à  présenter  ici  des  vues  d’ensemble,  de  manière  à  bien  mettre 
en  opposition  les  fonctions  distinctes  des  nerfs  sensitifs  et  moteurs  qui 
prennent  naissance  à  la  base  de  l’encéphale.  Grouper  ces  nerfs  d’après  leurs 
fonctions  nous  obligerait  à  des  divisions  peu  naturelles,  vu  la  nature  mixte 
de  quelques-uns  d’entre  eux.  Nous  préférons  donc  les  passer  simplement, 
en  revue  dans  l’ordre  naturel  adopté  pour  leur  description  anatomique. 

1“  Nerf  olfactif.  —  Nous  renvoyons  pour  l’étude  complète  de  ce  nerf  à 
l’article  Glfaction.  Nous  dirons  donc  seulement  ici  que  ce  nerf  est  insen¬ 
sible  aux  excitations  mécaniques  qui,  dans  d’autres  conducteurs  nerveux, 
amèneraient  la  sensation  de  douleur.  Il  paraît  présider  uniquement  à  la 
sensibilité  spéciale  qui  donne  la  sensation  spéciale  des  odeurs.  Nous  di¬ 
sons  paraît,  parce  que  Cl.  Bernard  a  réuni  un. certain  nombre  d’observa¬ 
tions  (et  surtout  le  cas  si  explicite  de  Marie  Lemens),  où  l’absence  complète 
des  nerfs  olfactifs,  constatée  à  l’autopsie,  ne  s’était  point  révélée  pendant  la 
vie  par  l’absence  du  sens  de  l’odorat.  Cependant  il  paraît  établi  aujourd’hui 
que  Magendie  avait  à  tort  confondu  la  sensibilité  spéciale  des  nerfs  olfactifs 
avec  la  sensibilité, générale  que  les  branches  nasales  du  trijumeau  viennent 
donner  à  la  muqueuse  olfactive  [voy.  l’art.  Olfaction). 

2“  Nerf  optique.  —  Ce  nerf  préside  également  à  une  sensibilité  spéciale  : 
il  porte  à  l’encéphale  les  impressions  lumineuses  que  reçoit  la  rétine.  Aussi 
toute  excitation  (section,  compression,  électricité)  portée  sur  ce  nerf  pro- 
dnit-elle,  non  une  sensation  de  douleur,  mais  uniquement  une  sensation 
de  lumière  (phosphènes)  ;  mais  la  lumière,  portée  directement  sur  ses 
fibres,  ne  détermine  aucune  sensation,  car  elle  ne  peut  agir  sur  lui  que  par 
l’intermédiaire  de  la  rétine,  dont  les  organes  (cônes  et  bâtonnets)  sont  seuls 
capables  de  transformer  les  vibrations  lumineuses  en  vibrations  nerveuses. 
(Pour  la  physiologie  du  chiasma  et  des  rapports  du  nerf  optique  avec  les 
centres,  voy.  Visio.n). 

3“  Nerf  moteur  oculaire  commun.  —  Ce  nerf  est  moteur,  mais,  comme 
tous  les  nerfs  moteurs,  il  est  doué  d’une  sensibilité  récurrente  empruntée 
au  trijumeau,  ainsi  que  Cl.  Bernard  l’a  constaté  par  des  vivisections.  — 
Comme  nerf  moteur,  il  innerve  les  muscles  dans  lesquels  nous  avons  vu 
qu’il  se  distribue  (ci-dessus  p.  493),  c’est-à-dire  le  releveur  de  la  paupière 
supérieure,  les  droits  supérieur,  interne,  inférieur,  le  petit  oblique,  et  (par 
la  courte  racine  du  ganglion  ophthalmique)  les  muscles  de  la  pupille  (con¬ 
stricteur)  et  de  la  choroïde  (appareil  de  l’adaptation).  ' 

Ses  lésions  expérimentales  ou  pathologiques  donnent  donc  lieu  aux  trou- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  X.  —  NERFS  CRANIENS.  oSR' 

bles  suivants,  qui  résument  nettement  la  pathologie  du  moteur  oculaire 
commun  et  pourraient  la  plupart  se  déduire  a  priori  de  la  connaissance  de  sa 
distribution  anatomique.  1°  Exophthalmie.  C’est  qu'en  effet  la  contraction,  ou, 
pour  mieux  dire,  l’état  de  tonicité  des  muscles  droits  et  de  l’oblique  inférieur 
maintient  normalement  le  globe  oculaire  en  situation  et  s’oppose  à  ce 
qu’il  soit  refoulé  en  avant  par  la  pression  des  parties  molles  du  fond  de 
l’orbite.  T  Chute  de  la  paupière  inférieure,  qui  ne  peut  se  relever,  quoique 
l’œil  puisse  se  fermer  davantage  par  la  contraction  de  l’orhiculaire  (innervé 
par  le  facial).  3°  Strabisme  externe,  par  le  fait  de  l'action  combinée  du  droit 
externe  et  du  grand  oblique,  dont  l’innervation  ne  provient  pas  du  nerf  en 
question.  4°  Abolition  des  mouvements  de  rotation  de  l’œil  lorsque  la  tête  s’in¬ 
cline  du  côté  opposé  au  côté  lésé,  ou  plutôt,  d’après  les  recherches  récen¬ 
tes,  lorsque  le  regard  se  porte  obliquement  en  haut  et  en  dehors  (Donders). 
Il  y  a  alors  diplopie,  avec  images  croisées  :  l’image  fournie  par  l’œil  du 
côté  lésé  est  inclinée  de  ce  côté  et  située  plus  haut  que  l’image  fournie  par 
le  côté  sain  {voy.  art.  Diplopie,  t.  XI,  p.  635).  5°  Dilatation  de  la  pupille. 
Cependant  la  physiologie  expérimentale  n’a  pas  encore  pu  établir  nette¬ 
ment  la  fonction  du  nerf  moteur  oculaii’e  commun  comme  constricteur  de 
la  pupille  [voy.  art.  Iris,  t.  XIY,  p.  405).  6“  Troubles  dans  le  pouvoir  d’ac¬ 
commodation  [voy.  les  articles  :  Asthénopie,  t.  III,  p.  577,  et  Accommoda¬ 
tion  :  états  pathologiques  de  l’accommodation,  t.  I,  ji.  218). 

4°  Nerf  pathétique.  —  Ce  nom  a  été  donné  au  nerf  de  la  quatrième  paire 
parce  qu’on  le  regardait  comme  ayant  pour  fonction  de  donner  à  l’œil,  à 
la  direction  du  regard,  une  expression  douloureuse.  Ch.  Bell,  vu  l’origine  de 
ce  nerf  sur  le  faisceau  oblique  de  l’isthme  considéré  comme  faisant  suite 
au  faisceau  latéral  de  la  moelle  (faisceau  respiratoire  de  Ch.  Bell),  faisait 
du  nerf  pathétique  le  nerf  respiratoire  de  la  partie  supérieure  de  la  face, 
c’est-à-dire  le  nerf  qui  modifie  la  direction  de  l’œil  dans  l’angoisse  respira¬ 
toire. —  Ce  nerf  est,  comme  le  précédent,  doué  d’une  sensibilité  récurrente 
dont  l’origine  est  facile  à  comprendre  eu  égard  à  ses  nombreuses  anasto¬ 
moses  avec  l’ophthalmique  deWillis.  —  A  part  cette  sensibilité  d’emprunt, 
le  nerf  pathétique  est  uniquement  moteur;  il  préside  à  l’innervation  du 
muscle  grand  oblique.  La  galvanisation  produit  le  strabisme  externe, 
l’abaissemenx  de  la  pupille  et  la  rotation  du  globe  oculaire.  Sa  section  ou 
sa  lésion  pathologique  produisent  les  symptômes  qui  Résultent  du  défaut 
d’action  et  de  tonicité  du  muscle  grand  oblique,  et  qui  sont  précisément 
l’inverse  de  ceux  que  nous  avons  cités  en  quatrième  lieu  pour  la  paralysie 
du  nerf  moteur  oculaire  commun.  Il  y  a  abolition  de  la  rotation  de  l’œil 
lorsque  la  tête  s’incline  du  côté  lésé,  ou  dans  certaines  directions  obliques 
du  regard  (en  bas  et  en  dehors).  De  plus,  à  l’état  de  repos,  l’œil  est  légère¬ 
ment  dévié  en  haut  et  en  dedans.  Il  y  a  donc  diplopie  avec  images  non 
croisées  ;  l’image  fournie  par  l’œil  dont  le  grand  oblique  est  paralysé  est 
située  plus  bas  que  celle  fournie  jiar  le  côté  sain. 

5“  Nerf  trijumeau.  —  Ce  nerf  est  mixte,  car  il  possède  une  racine  sen¬ 
sitive  (grosse  racine)  et  une  racine  motrice  (petite  racine);  cependant  cette 
dernière  racine  ne  prend  part  qu’à  la  constitution  du  nerf  maxillaire  infé- 


560  NERFS.  —  physiologie  du  système  —  nerfs  cranieîis. 
l’ieui’,  de  sorte  que  le  maxillaire  supérieur  et  l’ophthalmique  sont  des  bran¬ 
ches  purement  sensitives  à  leur  sortie  du  ganglion  de  Casser.  Ces  branches 
sensitives  président  encore,  dans  les  régions  où  elles  se  distribuent,  à  des 
phénomènes  de  sécrétion  et  de  nutrition;  nous  indiquerons  les  branches 
sécrétoires  que  fournit  le  trijumeau  et  les  altérations  trophiques  auxquelles 
donne  lieu  sa  section  ;  mais  nous  n’entrerons  pas  dans  l’étude  du  méca¬ 
nisme  de  ces  phénomènes,  dont  la  discussion  trouvera  place  à  l’article  Vaso¬ 
moteurs,  car  les  fibres  sécrétoires  et  trophiques  du  trijumeau  ne  sont  peut- 
être,  en  grande  partie,  que  des  fibres  d’emprunt  venues  de  nombreuses 
anastomes  contractées  avec  le  grand  sympathique. 

Branche  ophthalmique.  —  1°  Elle  donne  la  sensibilité  générale  à  la  peau 
du  front,  de  la  racine  et  du  dos  du  nez,  de  la  paupière  supérieure;  à  la  con¬ 
jonctive,  à  la  cornée,  à  l’iris,  et  même  à  la  rétine  (sensibilité  générale  par 
le  nerf  central  de  la  rétine)  ;  cette  sensibilité  générale  du  globe  oculaire 
peut  être  excitée  par  la  lumière  elle-même,  comme  dans  la  photophobie  ;  la  ' 
branche  ophthalmique  donne  encore  la  sensibilité  au  périoste  et  aux  os  de 
la  région  frontale,  et  peut-être  la  sensibilité  musculaire  aux  muscles  de 
l’orbite  ;  2°  elle  fournit  les  nerfs  sécrétoires  de  la  glande  lacrymale  ;  3°  sa 
section  produit  des  troubles  trophiques,  d’abord  dans  la  cornée,  puis  dans 
tout  le  globe  oculaire. 

Maxillaire  supérieur.  —  1°  Il  donne  la  sensibilité  générale  à  la  peau  de 
la  paupière  inférieure,  de  la  joue,  de  l’aile  du  nez,  de  la  lèvre  supérieure  ; 
à  la  muqueuse  des  régions  nasale,  phai’vngienne,  palatine;  au  sinus 
maxillaire,  aux  gencives,  aux  dents  de  la  mâchoire  supérieure  ;  il  donne 
sans  doute  la  sensibilité  musculaire  à  une  partie  des  muscles  innervés  par 
le  facial  ;  2"  il  donne  des  filets  sécrétoires  aux  glandes  de  ces  diverses  ré¬ 
gions,  et  particulièrement  aux  glandes  de  la  muqueuse  olfactive  ;  3°  enfin , 
il  fournit  les  rameaux  qui  président  à  la  nutrition  de  ces  parties,  et  notam¬ 
ment  à  celle  des  fosses  nasales.  —  Lorsque  le  maxillaire  supérieur  est  dé¬ 
truit,  l’olfaction  peut  encore  s’exercer,  mais  elle  devient  impossible  au  bout 
de  peu  de  temps,  parce  que  la  muqueuse  nasale  s’altère  et  que  les  glandes 
de  la  membrane  olfactive  ne  maintiennent  plus  les  fosses  nasales  dans  l’état 
d’humidité  nécessaire  à  l’olfaction.  Si  donc,  dans  ce  cas,  l’olfaction  est 
abolie,  ce  n’est  pas  que  le  maxillaire  supérieur  préside  directement  à  cette 
fonction,  mais  c’esj  qu’il  préside  aux  phénomènes  de  nutrition  et  de  sécrétion 
qui  sont  indispensables  aux  fonctions  olfactives  de  la  membrane  dans  la¬ 
quelle  se  terminent  les  nerfs  de  la  première  paire.  Enfin,  il  faut  bien  dis¬ 
tinguer,  dans  les  excitations  que  l’on  porte  sur  la  membrane  olfactive, 
celles  qui,  comme  les  vapeurs  d’ammoniaque,  ne  mettent  en  jeu  que  la 
sensibilité  générale  donnée  parle  trijumeau,  et  celles  qui,  comme  les  odeurs 
proprement  dites,  mettent  en  jeu  la  sensibilité  spéciale  donnée  par  le  nerf 
olfactif.  —  Quant  aux  rameaux  moteurs  que  semble  donner  le  nerf  maxil¬ 
laire  supérieur  (azygos  de  la  luette  et  péristaphylin  interne), ce  ne  sont  que 
des  fibres  d’emprunt  qui  lui  viennent  du  facial  par  le  grand  nerf  pétreux  et 
le  nerf  vidien,  et  passent  dans  le  ganglion  de  Meckel  {voy.  la  figure  sché¬ 
matique  ci-dessus,  p.  497). 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  561 

Maxillaire  inférieur.  —  Ce  nerf  présente  une  portion  sensitive  et  une 
portion  motrice  propre. 

La  portion  sensitive  est  elle-même  complexe,  car  elle  donne  des  nerfs  de 
sensibilité  générale  et  des  filets  de  sensibilité  spéciale  ;  ces  derniers  prési¬ 
dent  au  sens  de  la  gustation,  et  nous  renvoyons  pour  leur  étude  à  l’article 
Gout  (t,  XVI,  p.  530).  —  1°  Le  maxillaire  inférieur  donne  la  sensibilité 
générale  à  la  peau  de  la  lèvre  inférieure,  du  menton,  des  joues,  de  la 
région  auriculo-temporale  ;  à  la  muqueuse  des  joues ,  des  lèvres ,  du 
plancher  buccal,  des  gencives  ;  aux  dents  de  la  mâchoire  inférieure  ;  à 
l’articulation  temporo-maxillaire  ;  à  la  muqueuse  de  la  langue  (douée  d’une 
sensibilité  tactile  en  même  temps  que  de  la  sensibilité  gustative  spéciale)  ; 
il  donne  encore  la  sensibilité  à  la  muqueuse  de  la  caisse  du  tympan,  et  peut- 
être  même  aux  parties  molles  de  l’oreille  interne  ;  2“  il  donne  des  filets 
sécrétoires  à  toutes  les  glandes  salivaires  ;  mais  il  est  probable  que  ces  filets, 
même  ceux  qui  de  l’auriculo-temporal  vont  à  la  parotide,  lui  sont  fournis 
par  le  nerf  facial  ;  du  moins  ce  fait  est-il  bien  prouvé  pour  la  corde  du  tym¬ 
pan,  qui  préside  à  la  sécrétion  des  glandes  sous-maxillaire  et  sub-linguale; 
3“  quant  aux  fibres  trophiques  fournies  par  le  maxillaire  inférieur,  les  recher¬ 
ches  expérimentales  n’en  ont  pas  encore  bien  défini  l’existence  ;  ainsi  chez 
le  lapin,  après  la  section  du  maxillaire  inférieur,  les  dents  incisives  de  la 
mâchoire  inférieure  continuent  à  pousser;  mais  on  observe  en  même  temps 
des  altérations  de  la  muqueuse  buccale  et  linguale. 

La  portion  motrice  du  maxillaire  inférieur  (petite  racine  du  trijumeau)  est 
destinée  aux  muscles  masticateurs  :  masséter,  temporal,  ptérygoïdiens, 
mylo-hyoïdien  et  ventre  antérieur  du  digastrique.  Peut-être  ce  nerf  donne- 
t-il  encore  au  muscle  péristaphylin  externe,  et  au  muscle  interne  du  mar¬ 
teau.  On  admet  généralement  que  ces  derniers  filets  sont  plutôt  des  rameaux 
d’emprunt  que  le  maxillaire  inférieur  doit  au  facial  ;  cependant  Politzer  et 
Ludwig  disent  avoir  obtenu  des  contractions  de  ces  muscles  par  l’excitation 
intra-crânienne  du  trijumeau  ;  reste  à  saY'oir  si  l’excitation  intra-crânienne 
du  trijumeau  ne  s’étend  pas  jusqu’au  nerf  petit  pétreux  qui  passe  au- 
dessous  du  ganglion  de  Gasser,  et  qui  représente  précisément  l’une  des 
anastomoses  motrices  que  le  facial  donne  au  ganglion  otique,  c’est-à- 
dire  au  maxillaire  inférieur. 

On  voit,  en  somme,  que  le  nerf  trijumeau  est  particulièrement  important 
comme  nerf  sensitif  des  trois  grandes  régions  de  la  face  ;  sa  situation,  sa 
distribution  par  branches  bien  distinctes,  la  fréquence  des  névralgies  dont 
il  est  le  siège,  les  opérations  de  sections  nerveuses  pratiquées  pour  faire 
cesser  ces.  névralgies,  toutes  cës  circonstances  ont  fait  de  ce  nerf  le  sujet  de 
nombreuses  observations  propres  à  nous  éclairer  sur  le  mode  de  distribu¬ 
tion  périphérique  des  nerfs  sensitifs.  En  donnant  quelques  détails  sur  les 
phénomènes  constatés  dans  ces  circonstances,  nous  compléterons  ce  que 
nous  avons  déjà  dit  de  la  sensibilité  réçurrente,  à  propos  des  nerfs  rachi¬ 
diens,  et  nous  achèverons  de  tracer  l’histoire  des  suppléances  sensitives. 
Nous  emprunterons  ces  détails  au  Traité  des  sections  nerveuses  de  E.  Létié- 
vant.  Parmi  les  nombreuses  observations  publiées  par  ce  chirurgien. 


parties  v 

laireS  dans  ics4uciica  CA«van.  uuo  aimigcaïc  «.uiiijjicro,  i-cii 

pouvait  y  être  enfoncée  jusqu’au  sang  sans  déterminer  de  douleur.  Par 
contre,  les  sensations  tactiles,  quoique  diminuées,  étaient  bien  perçues  sur 
toute  l’étendue  de  la  plaque  marquée  en  demi-teinte  noire.  Pour  expliquer 
cette  restauration  partielle  de  la  sensibilité  dans  le  domaine  de  la  distribu- 


nous  donnerons  comme  type  le  résumé  de  son  observation  LVllI; 
la  figure  qui  l’accompagne  nous  servira  à  bien  préciser  les  phénomènes- 
décrits.  Marie  P.. .  subit  dans  une  même  séance  la  résection  des  nerfs  sous- 
orbitaire  et  buccal  et  la  section  du  nerf  dentaire  inférieur.  Le  soir  de  l’opé¬ 
ration,  toute  espèce  de  sensibilité  est  perdue  sur  la  moitié  gauche  de  la 
lèvre  inférieure  :  ni  piqûre,  ni  contact,  ni  frottement  ne  sont  perçus.  Le 
lendemain,  le  grattage  était  perçu  partout,  mais  avec  incertitude,  c’est-à- 
dire  que  l’opérée  se  trompait  sur  son  siège  ;  quant  aux  piqûres,  elles 
n’étaient  senties  ni  au  niveau  du  trou  mentonnier,  ni  dans  la  partie 
de  la  région  sous-orbitaire  correspondant  aux  branches  descendantes 
du  sous-orhitaire.  La  thermo-esthésie  était  abolie.  Après  quarante-huit 
heures,  on  constatait  que  la  sensibilité  tactile  avait  reparu  sur  toute  l’é¬ 
tendue  des  régions  sous-orbitaire,  buccale  et  dentaire  inférieure  ;  mais  les 
piqûres  d’épingle  n’étaient  pas  senties  dans  quelques  points  limités  des 
régions  sous-orbitaire  et  dentaire  inférieure.  Voici  comment,  un  mois  plus 


NERFS.  PHYSIOLOGIE  DG  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  563 

tion  périphérique  des  nerfs  sectionnés,  restauration  qui  se  montrait  après 
un  laps  de  temps  trop  court  pour  qu’on  puisse  invoquer  la  régénération  des 
nerfs,  d’autant  que  cette  restauration  n’était  pas  complète,  Létiévant  invoque 
un  double  mécanisme  :  ébranlement  des  papilles  nerveuses  distantes  et 
anastomoses  venues  des  nerfs  voisins.  Nous  insisterons  seulement  sur  cette 
dernière  explication  :  l’analyse  de  l’observation  précédemment  résumée 
nous  montre  que  les  petits  domaines  dans  lesquels  se  distribue  chacune 
des  branches  terminales  du  trijumeau  (nerfs  sous-orbitaire,  mentonnier), 
ne  sont  pas  uniquement  et  strictement  circonscrits,  c’est-à-dire  que  chaque 
région  n’est  pas  animée  exclusivement  parce  que  l’anatomie  nous  porte  à 
considérer  comme  son  nerf  propre  ;  car  ce  nerf  propre  a  pu  être  paralysé 
ou  détruit  sans  que  toute  sensibilité  disparaisse  dans  la  région.  Ainsi  le 
nerf  sous-orbitaire  est  le  nerf  propre  de  la  paupière  inférieure,  de  la  peau 
de  la  joue  et  de  la  lèvre  supérieure  ;  mais  si  ces  parties  ne  recevaient  leur 
innervation  que  de  ce  nerf,  l’étendue  de  la  région  anesthésiée  par  sa 
section  serait  plus  considérable  que  ne  le  montre  la  figure  97,  et  l’anesthésie 
serait  plus  complète  que  ne  le  relate  l’observation.  Ce  sont  les  tubes  ner¬ 
veux  irradiés  des  régions  voisines  (innervées  par  le  nasal  externe  ounaso- 
lobaire,  par  le  lacrymal,  le  malaire,  etc.)  qui  viennent  dans  le  district 
cutané  sous-orbitaire  y  entretenir  une  certaine  sensibilité.  Le  facial  lui- 
même  constitue  pour  ces  régions,  par  ses  fibres  sensitives  d’emprunt,  une 
source  importante  de  sensibilité.  [Voy.  ci-dessus  les  anastomoses  du  facial 
avec  des  nerfs  sensitifs  et  notamment  avec  V auriculo-temporal  du  maxil¬ 
laire  inférieur;  fig.  80,  p.  499).  On  peut  donc  dire,  et  c’est  ce  que  nous  dési¬ 
rions  rendre  bien  évident  à  propos  du  nerf  trijumeau,  que  les  branches 
diverses  d’un  nerf  sensitif  qui  concourent  à  former  le  réseau  destiné  à  une 
partie  de  la  peau,  ne  conservent  pas  dans  leurs  terminaisons  des  départe¬ 
ments  entièrement  indépendants  :  les  dispositions  anastomotiques  sont 
telles  qu’il  est,  par  exemple,  impossible  de  produire  l’anesthésie  absolue 
d’une  partie  de  la  face  par  la  section  d’une  seule  des  trois  grandes  branches 
terminales  du  trijumeau. 

6°  Nerf  moteur  oculaire  externe.  Ce  nerf  est  exclusivement  moteur  :  il  in¬ 
nerve  le  muscle  droit  externe  de  l’œil  ;  sa  section  ou  sa  lésion  pathologique 
produit  un  strabisme  interne,  avec  diplopie.  ( Foi/. )art.  Diplopie,  t.XI,  p.  635). 

7°  Nerf  facial.  Le  nerf  facial,  à  son  origine,  est  exclusivement  moteur, 
mais  il  reçoit  une  sensibilité  d’emprunt  par  ses  nombreuses  anastamoses 
avec  des  nerfs  sensitifs  et  notamment  avec  le  trijumeau.  Il  possède  non- 
seulement  des  fibres  motrices  pour  les  muscles  volontaires  de  la  face,  mais 
encore  des  filets  vaso-moteurs  vasculaires,  dont  l’étude  sera  faite  dans 
l’article  consacré  au  système  nerveux  grand  sympathique.  Les  anciens 
donnaient  au  nerf  facial  le  nom  de  petit  sympathique.  Nous  n’étudierons 
ici  le  nerf  facial  qu’au  point  de  vue  de  son  action  sur  les  muscles. 

La  fonction  motrice  du  nerf  facial  a  été  entrevue  par  Ch.  Bell,  qui  faisait 
de  la  septième  paire  le  nerf  moteur  involontaire  ou  respiratoire  de  la  face, 
attribuant  à  la  partie  motrice  du  trijumeau  l’innervation  volontaire  des 
muscles  buccinateur,  orbiculaire  des  lèvres,  etc.  C’est  Magendie  qui  a 


56-i  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  système  N.  —  nerfs  CRANIENS, 

établi  nettement  que,  tandis  que  le  trijumeau  est  le  nerf  sensitif  de  la  face, 
le  facial  en  est  le  nerf  moteur.  En  suivant  l’ordre  des  branches  qu’il  émet 
dans  ses  parties  intra  et  extra-crâniennes,  nous  énumérerons  rapidement 
les  muscles  qu’il  innervé. 

Par  ses  branches  profondes  il  innerve  :  les  muscles  du  voile  du  palais 
(n.  grand  pétreux),  le  muscle  interne  du  marteau,  le  péristaphylin  externe 
(petit  pétreux),  le  muscle  de  l’étrier  (rameau  direct),  l’appareil  vaso-moteur 
et  secrétoire  de  la  partie  antérieure  de  la  langue  et  des  glandes  salivaires 
(corde  du  tympan). 

Par  ses  branches  extra-eraniennes  collatérales,  il  innerve  le  ventre  pos¬ 
térieur  du  digastrique  et  le  stylo-hyoïdien,  c’est-à-dire  qu’il  préside  au 
mouvement  d’élévation  de  l’os  hyoïde  et  de  la  base  de  la  langue.  Par  des 
branches  collatérales  et  surtout  par  ses  rameaux  terminaux,  il  préside  à  la 
contraction  de  tous  les  muscles  peauciers  du  crâne,  de  la  face  et  du  cou, 
depuis  les  muscles  occipitaux  et  frontaux  jusqu’au  peaucier  du  cou,  ycom- 
pris  le  muscle  buccinateur.  Le  facial  est  donc  essentiellement  le  nerf  de 
l’expression  de  la  physionomie  ;  lorsqu’il  est  sectionné  ou  pathologiquement 
paralysé,  la  moitié  correspondante  de  la  face  forme  un  masque  immobile, 
qui  suit  passivement  les  mouvements  de  la  moitié  intacte  ;  même  dans  le 
repos,  les  traits  sont  plus  ou  moins  déviés  du  côté  sain,  parce  que  les  mus¬ 
cles  de  cette  partie  ont  seuls  conservé  toute  leur  tonicité.  Tout  ce  qui  a  trait  à 
la  physiologie  pathologique  de  la  paralysie  faciale  a  reçu  les  développements 
nécessaires  à  l’article  Face  (tioÿ.  Face,!.  XIV.  p. 440,  des  parahjsies  du  nerf 
facial).  Nous  nous  contenterons  donc  de  rappeler  ici  que,  d’après  l’ordre 
même  selon  lequel  nous  avons  groupé  les  branches  émises  par  le  facial,  il 
est  facile  de  comprendre  que  les  paralysies  du  facial  de  cause  superficielle 
(extra-crânienne)  ne  sont  caractérisées  que  par  la  déviation  des  traits  de  la 
face,  tandis  que  les  paralysies  de  cause  profonde  amènent  de  plus  une  dé¬ 
viation  de  la  luette  en  môme  temps  qu’une  certaine  gêne  dans  la  déglutition 
et  l’audition.  Enfin,  comme  le  facial  fournit,  d’après  Sappey  et  Hirschfeld, 
des  rameaux  aux  muscles  stylo-glosse  et  glosso-staphylin,  il  est  possible 
d’observer  dans  les  cas  de  paralysie  de  ce  nerf  une  déviation  de  la  langue. 

En  passant  en  revue  tous  les  muscles  auxquels  se  distribue  le  facial,  on 
constate  que  ce  nerf,  par  les  mouvements  auxquels  il  préside,  prend  une 
part  importante  au  fonctionnement  des  organes  des  sens.  En  effet,  pourtous 
ces  organes  il  innerve  des  appareils  protecteurs  superficiels,  et  pour  beau¬ 
coup  d’entre  eux  il  préside  à  des  mouvements  d’appareils  plus  profonds, 
dont  la  mise  en  jeu  est  nécessaire  au  fonctionnement  régulier  des  organes 
des  sens.  —  Pour  l’appareil  de  la  vision,  le  facial  préside  au  mouvement 
d’occlusion  des  paupières  et  de  clignement,  ainsi  qu’au  mouvement  de 
passage  des  larmes  dans  les  voies  lacrymales  par  la  contraction  de 
l’orbiculaire  et  peut-être  aussi  par  celle  du  muscle  de  Horner.  Aussi 
du  côté  de  la  face  où  le  nerf  facial  est  paralysé,  le  clignement  est-il 
devenu  impossible  et  les  larmes  ne  sont-elles  plus  étalées  uniformément  au 
devant  de  la  cornée,  ce  qui  amène  un  trouble  dans  la  réfraction  des  rayons 
lumineux.  — Pour  l’appareil  de  l’olfaction,  le  facial  préside  d’une  part  au 


NKRFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS.  565 

mouvement  des  narines,  et  d’autre  part  au  mouvement  des  muscles  (voile 
du  palais)  placés  au-dessous  de  l’arrière-cavité  des  fosses  nasales  ;  et  on  sait 
que  les  mouvements  accomplis  par  ces  deux  appareils,  l’un  superficiel, 
l’autre  profond,  sont  également  indispensables  à  l’exercice  normal  et  com¬ 
plet  de  l'olfaction  (voy.  Olfaction).  De  plus,  chez  les  animaux  qui,  comme 
le  cheval,  ne  peuvent  pas  respirer  par  la  bouche,  mais  uniquement  par  les 
narines,  la  section  des  deux  faciaux  est  fatalement  suivie  d’asphyxie,  parce 
que  la  narine,  au  lieu  de  se  dilater  lors  de  l’inspiration,  s’affaisse  au  con¬ 
traire  vu  sa  mollesse,  et,  faisant  l’effet  de  soupape,  s’applique  sur  l’orifice 
antérieur  des  fosses  nasales,  fermant  complètement  le  passage  au  courant 
d’air  inspiré. — Pour  l’appareil  de  l’audition,  le  facial  innerve,  d’une  part,  les 
muscles  du  pavillon  de  l’oreille,  dont  les  mouvements,  à  peu  près  nuis  chez 
l’homme,  sont  d’une  si  grande  importance  pour  la  plupart  des  animaux;  et 
d’autre  part  les  muscles  de  l’oreille  moyenne,  dont  le  rôle  n’est  pas  parfai¬ 
tement  établi,  mais  qui  président  certainement  à  une  sorte  d’adaptation  de 
la  membrane  du  tympan  à  l’intensité  ou  à  la  hauteur  des  sons  qui  viennent 
l’ébranler.  — Pour  l’appareil  de  la  gustation,  l’importance  du  facial  est  encore 
plus  évidente  :  il  met  en  mouvement  les  lèvres  et  les  joues  (muscle  bucci- 
nateur);  aussi  la  mastication  est-elle  très-défectueuse  dans  le  cas  de  para¬ 
lysie  du  facial,  les  joues  ne  pouvant  plus,  comme  à  l’état  normal,  se  con¬ 
tracter  pour  ramener  entre  les  arcades  dentaires  les  parcelles  alimentaires 
qui  sont  tombées  en  dehors  de  ces  arcades.  De  plus,  le  facial  préside  à  une 
partie  des  mouvements  de  la  langue,  à  l’érection  des  papilles  linguales,  à 
la  sécrétion  saÜY'aire,  phénomènes  indispensables  pour  l’exercice  régulier 
de  la  gustation. 

Nous  avons  vm  (pag.  501)  que  le  petit  nerf  intermédiaire  de  Wrisberg  se 
jetait  dans  le  «anglion  géniculé  du  facial.  Quelle  est  la  signification  de  cette 
sorte  de  racine  indépendante  du  facial?  Bien  des  hypothèses  ont  été  faites 
à  ce  sujet.  Pour  Bischoff  et  pour  Cusco  l’intermédiaire  de  Wrisberg  serait 
une  racine  sensitive,  et  le  ganglion  géniculé  représenterait  quelque  chose 
d’analogue  au  ganglion  rachidien  des  racines  postérieures.  Cette  hypothèse 
est  fausse  à  tous  les  points  de  vue  ;  anatomiquement  elle  n’est  pas  soute¬ 
nable,  car  il  faut  forcer  les  analogies  pour  comparer  le  ganglion  géniculé, 
au  niY'eau  duquel  partent  des  rameaux  nerveux  (les  pétreux),  aux  ganglions 
rachidiens  au  niveau  desquels  ne  se  détache  aucune  branche  nerveuse  péri¬ 
phérique.  Physiologiquement  elle  est  également  insoutenable.  Cl.  Bernard 
ayant  démontré  directement  que  l’intermédiaire  de  Wrisberg  ne  jouit  pas 
de  propriétés  sensitives.  Ce  nerf  est  donc  une  racine  motrice;  Longet  en  a 
fait  le  nerf  moteur  tympanique,  supposant  que  c’est  cette  racine  qui  donne 
au  facial  les  filets  qui  s’en  détachent  ensuite  pour  aller  innerver  par  un  trajet 
direct  le  muscle  de  l’étrier,  et,  par  un  trajet  très-complexe  (petit  pétreux  et 
ganglion  otique),  le  muscle  interne  du  marteau.  Mais  les  expériences  de  Cl. 
Bernard  tendent  à  montrer  que  le  nerf  intermédiaire  de  Wrisberg  repré¬ 
sente  une  racine  vaso-motrice;  ce  nerf  est  peut-être  l’origine  de  la  corde 
du  tympan.  Cette  question  sera  discutée  avec  l’étude  des  vaso-moteurs  et 
du  système  grand  sympathique. 


566  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  nerfs  crâniens. 

8°  Nerf  acoustique.  Nerf  de  sensibilité  spéciale,  dont  l’excitation  ne 
donne  lieu  qu’à  des  sensations  auditives  {voy.  Ouïe).  Les  lésions  ou  les  sec¬ 
tions  expérimentales  de  l’auditif  chez  les  animaux  donnent  lieu  à  une  perte 
d’équilibre,  à  des  mouvements  de  rotation  (Flourens),  que  l’on  explique  par 
un  vertige  des  sens.(Gratiolet,  Vulpian). 

9“  Nerf  glosso-pharyngien.  On  a  longtemps  discuté  la  question  de  savoir 
si  ce  nerf  était,  à  son  émergence  du  bulbe,  purement  sensitif,  ou  s’il  était 
mixte  dès  son  origine.  L’excitation  directe  de  ses  racines,  avant  leur  entrée 
dans  le  trou  déchiré  postérieur,  n’a  pas  donné  de  mouvements  des  muscles 
qui  reçoivent  ses  branches  périphériques,  dans  les  expériences  de  Longet 
et  plus  récemmeut  de  Jolyet;  mais  ces  expériences  négatives,  comme  le 
font  remarquer  Biffi  et  Morganti,  ne  sauraient  trancher  la  question,  parce 
que  le  nerf  de  la  neuvième  paire,  comme  du  reste  celui  de  la  dixième,  perd 
très-rapidement  son  excitabilité,  et  qu’il  est  possible  queces  expérimentateurs 
aient  porté  l’excitation  sur  ses  racines  alors  qu’elles  avaient  perdu  leurs 
propriétés  dans  l’espace  de  temps  consacré  à  ouvrir  la  boîte  crânienne  et  à 
écarter  les  masses  encéphaliques.  L’opinion  plus  ancienne  de  Mueller,  qui 
fait  du  glosso-pharyngien  un  nerf  mixte  dès  son  origine,  d’abord  con¬ 
firmée  par  Debrou,  a  aujourd’hui  reçu  de  Chauveau  une  vérification  expé¬ 
rimentale  complète.  Nous  pourrions  enfin  apporter  à  l’appui  de  cette  opi¬ 
nion  les  faits  anatomiques  précédemment  décrits  (pag.  503),  à  savoir  que 
les  fibres  radiculaires  du  glosso-pharyngien  sont,  dans  le  bulbe,  en  rapport 
avec  deux  noyaux  dont  l’un,  le  plus  antérieur  (fig.  64,  S),  présente  tous  les 
caractères  des  noyaux  moteurs  et  n’est  en  effet  autre  chose  qu’une  partie 
des  cornes  antérieures  de  la  moelle  décapitées  au  niveau  du  collet  du  bulbe. 
Nous  dirons  donc  que  le  glosso-pharyngieu  possède  des  fibres  motrices 
dès  son  origine,  ce  qui  ne  nous  empêchera  pas  de  reconnaître  qu’il  reçoit 
ultérieurement  un  grand  nombre  de  nouvelles  fibres  motrices  d’emprunt 
par  ses  anastomoses  avec  les  nerfs  moteurs  voisins.  Il  possède  de  plus  des 
fibres  sensitives  complexes,  les  unes  de  sensibilité  générale,  les  autres  de 
sensibilité  spéciale. 

Les  fibres  sensitives  présidant  à  la  sensibilité  spéciale  de  la  gustation 
pour  le  tiers  postérieur  de  la  langue,  ont  été  étudiées  à  l’article  Godt.  Les 
fibres  de  sensibilité  générale  que  fournit  le  glosso-pharyngien  innervent  les 
muqueuses  du  pharynx,  des  piliers  du  voile  du  palais,  de  la  caisse  du  tym¬ 
pan  (rameau  de  Jacobson)  et  de  la  trompe  d’Eustache.  La  sensibilité  qu’elles 
donnent  à  ces  muqueuses  n’est  en  rien  comparable  à  celle  que  le  triju¬ 
meau  donne  à  la  peau  de  la  face  où  même  à  la  muqueuse  nasale.  En  effet 
l’excitation  du  glosso-pharyngieu  ne  paraît  pas  produire  des  sensations 
nettement  localisées,  comme  celles  du  tact,  où  même  des  sensations 
douloureuses  bien  définies;  ce  sont,  au  contraire, des  sensations  vagues, 
comme  celles  désignées  sous  le  nom  de  nausées,  que  provoque  la  titillation 
de  là  région  de  l’isthme  du  gosier,  et  qui  ont  fait  parfois  nommer  le  nerf  de  la 
neuvième  paire  nerf  nauséeux.  La  fonction  du  glosso-pharyngien,  comme 
nerf  sensitif,  en  dehors  de  la  sensibilité  spéciale  de  la  base  de  la  langue,  est 
donc  une  sorte  de  sensibilité  excito-réflexe,  car  l’excitation  de  ce  nerf  pro- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CR.4.NIENS.  567 

Yoquedes  réflexes  (nausées,  vomissement)  très-violents  et  que  la  volonté  est 
le  plus  souvent  impuissante  à  empêcher  ;  elle  provoque  aussi,  sous  l’influence 
d’excitations  plus  normales,  un  réflexe  organique  important,  le  mouvement 
delà  déglutition,  et  on  peut  nommer  le  glosso-pharyngien  nerf  de  \z. déglu¬ 
tition  :  Waller  et  Prévost  ont  vu  les  mouvements  de  déglutition  se  produire 
par  l’excitation  du  bout  central  de  ce  nerf  chez  le  chien,  le  chat,  le  lapin. 
Enfin,  il  représente  encore  une  des  voies  centripètes  du  réflexe  qui  pro¬ 
voque  la  sécrétion  salivaire. 

Les  fibres  motrices  du  glosso-pharyngien  sont  destinées  à  des  muscles 
-qui  tous  prennent  une  action  plus  ou  moins  directe  à  la  déglutition  (ventre 
postérieur  du  digastrique,  voile  du  palais,  constricteurs  et  élévateurs  du 
pharynx).  Pour  cette  action  motrice,  le  glosso-pharyngien  s’associe  aux 
nerfs  des  paires  suivantes  (plexus  pharyngien)  et  leur  emprunte  des  fibres 
anastomotiques.  Mais  dès  son  origine  il  possède  des  fibres  centrifuges  pour 
la  région  de  l’isthme  du  gosier  et  de  la  partie  supérieure  du  pharynx, 
puisque  Chauveau  a  vu  l’excitation  de  ses  racines  produire  des  contractions 
dans  le  constricteur  supérieur,  et  même  dans  le  voile  du  palais.  Le  nerf 
de  la  neuvième  paire  mérite  donc,  aussi  bien  pour  àa  partie  motrice 
que  pour  sa  partie  sensitive,  le  nom  de  nerf  de  la  déglutition. 

10“  Nerf  pneumo-gastrique.  —  Comme  pour  le  glosso-pharyngien,  Bis- 
■chofif  et  Longet  ne  voulaient  voir  dans  les  racines  de  ce  nerf  que  des 
fibres  sensitives.  Mais  les  expériences  de  Cl.  Bernard,  van  Kempen, 
Vulpian,  Jolyet  prouvent  que  le  pneumo-gastrique  est  mixte,  c’est-à-dire 
■moteur  dès  son  origine;  il  possède,  en  effet,  dans  le  bulbe  un  double  noyau 
moteur,  dont  l’antérieur  présente  tous  les  caractères  des  noyaux  dérivés 
•des  cornes  antérieures  de  la  moelle  (p.  504).  Il  est  vrai  que  le  pneumo-gas¬ 
trique,  outre  ses  fibres  motrices  propres,  en  emprunte  un  grand  nombre 
•d’autres  par  ses  anastomoses  avec  les  nerfs  moteurs  voisins  (p.  505). 

La  physiologie  très-complexe  de  ce  nerf,  vu  sa  distribution  anatomique' 
si  étendue  et  si  variée,  se  trouve  ou  se  trouvera  exposée  dans  les  articles 
consacrés  à  chaque  organe  auquel  il  fournit  des  rameaux  (voy.  :  Coeur, 
Circulation,  Estomac,  Digestion,  Respiration,  etc.).  Nous  ne  pouvons  ici 
que  jeter  un  coup  d’œil  d’ensemble  sur  ses  fonctions.  Le  pneumo-gastrique, 
que  les  anciens  nommaient  moyen  sympathiqm,  peut  être  considéré  comme 
un  nerf  mixte  trisplanehnique,  c’est-à-dire  qu’il  donne  la  sensibilité  et  le 
mouvement  aux  trois  grands  viscères,  le  cœur,  le  poumon  et  l’estomac  :  il 
s’étend  de  plus  jusqu’au  foie  et  à  l’intestin.  Mais  il  faut  remarquer  ici, 
encore  plus  que  pour  le  glosso-pharyngien,  que  la  sensibilité  qu’il  donne  à 
•ces  organes  est  une  sensibilité  obtuse,  nullement  localisée,  le  plus  souvent 
inconsciente,  et  ne  fournissant  en  tout  cas  que  des  sensations  vagues,  de 
l’ordre  de  celles  que  l’on  appelle  sentiments.  On  avait  voulu  localiser  dans 
le  pneumo-gastrique  la  sensation  de  la  faim  :  cette  opinion  a  été  réfutée  à 
l’article  digestion  {voy.  t.  XI,  pp.  483  et  484).  Les  sensations  inconscientes 
auxquelles  il  préside  donnent  lieu  à  un  grand  nombre  de  phénomènes 
réflexes  dont  quelques-uns  ont  été  déjà  analysés  dans  l’étude  générale  que 
•nous  avons  faite  des  actes  nerveux  réflexes.  —  Les  mouvements  viscéraux 


568  ;  NERFS.  —  physiologie  dü  système  n.  —  neufs  crâniens. 

que  produit  le  pneumo-gastrique  sont  également  presque  tous  inconscients, 

c’est-à-dire  purement  réflexes  et  nullement  volontaires. 

A  l’appareil  de  la  respiration  le  pneumo-gastrique  donne  :  la  sensibilité  a 
la  glotte,  à  la  trachée,  au  poumon  ;  le  mouvement  à  la  glotte  (mouvements 
respiratoires  et  non  phonateurs.  Cl.  Bernard)  ;  aux  fibres  musculaires  de  la 
trachée  et  des  bronches  (Williams,  P.  Bert). 

A  l’appareil  central  de  la  circulation,  il  donne  :  des  nerfs  sensitifs  (nerf 
de  Cyon,  nerf  centripète  dépresseurde  la  circulation);  des  nerfs  moteurs 
dits  d’arrêt  ou  modérateurs  cardiaques  («oî/.  CcæoR,  t.  VIII,  p.  31à),  qui 'pa¬ 
raissent  être  en  grande  partie  des  fibres  d’emprunt  fournies  au  pneumo¬ 
gastrique  par  le  spinal  (expériences  de  Waller). 

L’influence  du  pneumo-gastrique  sur  le  cœur  a  été  précédemment 
étudiée  {voy.  Coeür,  Innervation,  t.  VIII,  p.  305).  Nous  ajouterons  seule¬ 
ment  ici  que  l’e.xcitation  du  pneumo-gastrique,  chez  l’homme,  à  travers  la 
peau  du  cou,  donne  les  mêmes  résultats  que  chez  les  animaux;  les  expé¬ 
riences  de  H.  Quincke  sont  très-nettes  à  cet  égard,  et  on  trouvera,  dans  le 
mémoire  de  cet  auteur,  le  résumé  des  expériences  antérieures  faites  chez 
l’homme  par  Czermack,  Concato,  de  la  Harpe  (de  Lausanne),  etc.  Quincke 
a  observé  de  plus  que  l’e.xcitation  portée  sur  le  côté  gauche  du  cou,  n’in¬ 
fluence  que  très-faiblement  ou  même  pas  du  tout  l’action  du  cœur,  fait  qui 
doit  être  rapproché  des  résultats  des  e.xpériences  d’Arloing  et  Tripier,  où  le 
pneumo-gastrique  droit  paraît  agir  sur  le  cœur  bien  plus  que  le  gauche. 

A  l’appareil  digestif,  il  donne  :  la  sensibilité  au  pharynx,  à  l’œsophage,  à 
l’estomac,  et  le  mouvement  à  ces  mêmes  parties.  Il  paraît  de  plus  influer 
sur  les  contractions  de  l’intestin  grêle  :  d’après  Legros  et  Onimus,  l’électri¬ 
sation  du  pneumo-gastrique  avec  des  courants  interrompus  arrête  les 
mouvements  de  l’intestin,  et  les  arrête  non  en  contraction,  mais  dans  un 
état  de  relâchement.  Ce  nerf  serait  donc  modérateur  pour  les  muscles  du 
tube  digestif,  comme  il  l’est  pour  le  muscle  cardiaque. 

Enfin  le  pneumo-gastrique  préside,  avec  le  grand  sympathique,  aux 
sécrétions  des  glandes  annexées  aux  divers  organes  auxquels  il  se  dis¬ 
tribue. 

11®  Nerf  spinal.  —  Le  nerf  spinal,  dit  aussi  accessoire  de  Yillis,  est  con¬ 
sidéré  par  Bischoff  et  Longet  comme  une  racine  accessoire  du  pneumo¬ 
gastrique  ;  mais  si  cette  expression  est  juste  au  point  de  vue  anatomique, 
en  ce  sens  que  le  spinal  représente  une  racine  motrice  du  pneumo-gas¬ 
trique,  elle  n’est  plus  justifiée  par  les  résultats  de  la  physiologie  expérimen¬ 
tale;  car  le  spinal,  aussi  bien  par  sa  branche  externe  que  par  sa  branche 
interne,  est  véritablement,  comme  l’a  montré  Cl.  Bernard,  Vantagoniste  du 
pneumo-gastrique  :  le  spinal  préside  en  effet,  comme  nous  allons  le  voir, 
à  toute  la  série  des  mouvements  phonateurs,  presque  tous  opposés  aux  mou¬ 
vements  respiratoires  et  notamment  aux  mouvements  respiratoires  qui  se 
produisent  au  niveau  de  la  glotte  sous  l’influence  des  fibres  motrices 
propres  au  pneumo-gastrique. 

Par  sa  branche  externe,  comme  par  sa  branche  interne,  le  spinal  est  un 
nerf  purement  moteur.  —  Par  sa  branche  externe,  il  innerve  les  muscles 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  NERFS  CRANIENS  569 

sterno-cléido-mastoïdien  et  trapèze,  lesquels  reçoivent  en  outre  des  branches 
nerveuses  du  plexus  cervical.  L’innervation  donnée  à  ces  muscles  par  le 
spinal  paraît,  ainsi  qu’il  résulte  des  expériences  de  Cl.  Bernai’d,  n’être 
appelée  à  entrer  enjeu  que  dans  la  phonation,  le  chant;  l’émission  du  son 
vocal  nécessite  en  effet  une  certaine  durée  de  l’expiration  pendant  laquelle 
le  son  doit  se  soutenir  ;  c’est  à  cet  effet  que,  pendant  l’expiration  sonore, 
les  muscles  trapèze  et  sterno-cléido-mastoïdien  se  contractent,  pour  mé¬ 
nager  ainsi  le  soufflet  à  air  de  l’appareil  laryngien.  Lorsqu’on  arrache  le 
spinal  sur  un  animal,  on  voit  que  celui-ci  ne  peut  plus  émettre  que  des 
sons  brefs,  que  son  expiration  se  fait  brusquement  et  d’un  seul  coup,  qu’il 
est  essoufflé  après  le  moindre  effort. 

La  branche  interne  du  spinal,  parvenue  dans  le  tronc  du  pneumo-gas- 
trique  (p.  507),  ne  mêle  pas  intimement  ses  fibres  à  celles  de  ce  nerf,  mais, 
après  un  trajet  commun,  s’en  détache  pour  former  le  nerf  réciu’rent  et 
aller  innerver  tous  les  muscles  internes  du  larynx.  C’est  lui  aussi  qui  paraît 
fournir  les  fibres  motrices  que  le  pneumo-gastrique  donne,  par  le  laryngé 
supérieur,  au  muscle  crico-thyroïdien,  car  Buckhardt  a  observé  qu’après 
l’arrachement  du  spinal  le  laryngé  supérieur  contient  des  fibres  dégénérées, 
et  que,  chez  les  animaux  ainsi  opérés,  l’excitation  du  nerf  laryngé  supérieur 
ne  produit  plus  la  contraction  des  muscles  crico-thyroïdiens.  La  branche 
interne  du  spinal  mérite  donc  le  nom  de  nerf  vocal,  puisqu’elle  préside  à  la 
contraction  de  tous  les  muscles  qui  peuvent  modifier  l’ouverture  de  la 
glotte.  —  Mais  les  expériences  de  Cl.  Bernard  montrent  que,  si  le  nerf  ré¬ 
current  est  formé  principalement  par  la  branche  interne  du  spinal,  il  con¬ 
tient  aussi  des  fibres  motrices  propres  au  pneumo-gastrique,  fibres  qui 
vont  également  innerver  les  muscles  du  larynx  :  ici,  comme  pour  les 
muscles  trapèze  et  sterno-cléido-mastoïdien,  cette  double  innervation  a  pour 
but  de  présider  isolément  à  deux  actes  d'ordre  tout  différent  et  jusqu’à  un 
certain  point  en  antagonisme  ;  le  pneumo-gastrique  préside  aux  mouve¬ 
ments  involontaires  de  la  glotte  dans  la  respiration  normale, .  simple, 
aphone  ;  le  spinal  préside  aux  mouvements  volontaires  vocaux  de  la  glotte 
dans  le  cri,  la  parole,  le  chant. 

Le  spinal  est  doué  d’une  sensibilité  récurrente  qu’il  emprunte  à  ses  anas¬ 
tomoses  avec  les  nerfs  cervicaux. 

.  12“  Nerf  grand  hypoglosse.  —  Ce  nerf  est  le  plus  souvent  uniquement 
moteur  à  son  origine,  et  représente  une  racine  antérieure  d’un  nerf  rachi¬ 
dien  incomplet  ;  mais  nous  avons  vu  qu’il  pouvait  parfois  réaliser  le  type 
de  la  paire  spinale  en  présentant  une  racine  postérieure  pourvue  d’un  petit 
ganglion.  Dans  tous  les  cas,  il  est  doué  d’une  sensibilité  récurrente  qu’il 
emprunte  à  ses  anostomoses  avec  les  nerfs  cervicaux,  et  à  ses  relations  péri¬ 
phériques  avec  le  nerf  lingual  (voy.  fig.  8i,  et  p.  509). 

Par  ses  branches  terminales,  ce  nerf  moteur  donne  le  mouvement  à  la 
masse  charnue  de  la  langue.  Ainsi,  quand  le  grand  hypoglosse  a  été  coupé 
chez  un  chien,  l’animal  ne  peut  plus  mouvoir  sa  langue  qui  pend  entre  les 
dents  ;  il  la  mord  dans  les  mouvenqents  des  mâchoires,  il  sent  vivement  la 
douleur  de  ces  morsures,  mais  il  est  impuissant  à  retirer  la  langue  der- 


570  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  moelle  épinière. 
rière  les  arcades  dentaires.  —  Par  ses  branches  collatérales  (anse  du  grand 
hypoglosse),  il  donne  évidemment  aux  muscles  sous-hyoïdiens,  mais  la 
majeure  partie  des  filets  nerveux  moteurs  de  ces  muscles  paraît  venir  de  la 
branche  fournie  par  le  plexus  cervical  (Volkmann). 

Parties  centrales. —  A.  moelle  épinière.  —  La  moelle  épinière,  par 
sa  substance  grise  et  par  sa  substance  blanche,  joue  le  rôle  de  conducteur  ; 
par  sa  substance  grise,  elle  joue  le  rôle  de  centre  excito-moteur. 

La  moelle  comme  conducteur.  —  Pour  établir  les  fonctions  conductrices 
de  la  moelle,  on  expérimente  successivement  sur  les  divers  faisceaux  qui 
la  composent,  en  les  excitant,  en  les  sectionnant,  en  observant  les  troubles 
produits  par  leurs  diverses  lésions  expérimentales  ou  morbides,  et  enfin  en 
étudiant  les  dégénérescences  ascendantes  ou  descendantes  qui  sont  la  con¬ 
séquence  de  ces  lésions.  Nous  allons  passer  en  revue  chaque  cordon  de  la 
moelle  en  indiquant  les  résultats  obtenus  par  ces  divers  modes  d’in¬ 
vestigation  :  ces  résultats  devront  nous  indiquer  à  quelle  espèce  de  con¬ 
duction  (motrice  ou  sensitive)  président  ces  faisceaux,  et  si  cette  conduc¬ 
tion  se  fait  d’une  manière  directe  ou  croisée,  c’est-à-dire  avec  décussation 
partielle  ou  complète  sur  la  ligne  médiane. 

Faisceaux  postérieurs.  —  Tous  les  physiologistes,  depuis  Magendie,  ont 
reconnu  que  les  faisceaux  blancs  postérieurs  sont  directement  excitables 
par  les  irritants  même  les  plus  légers,  et  donnent  alors  lieu,  de  la  part  de 
l’animal,  à  des  réactions  générales  marquant  qu’il  éprouve  de  la  douleur, 
en  même  temps  que  se  produisent  des  mouvements  réflexes  énergiques. 
Mais  on  a  dû  se  demander  si  dans  ces  expériences  on  mettait  réellement  en 
jeu  l’excitabilité  des  cordons  postérieurs,  ou  seulement  celle  des  fibres  des 
racines  postérieures,  et  van  Deen,  Stilling,  Brown-Séquard  n’avaient  pas 
hésité  à  refuser  aux  cordons  postérieurs  toute  excitabilité  propre,  autre  que 
celle  qu’ils  emprunteraient  aux  fibres  radiculaires  correspondantes.  Mais 
les  recherches  de  Longet,  Cl.  Bernard,  Chauveau,  Schiff  ont  mis  hors  de 
doute  l’excitabilité  de  ces  cordons.  Schiff  expérimentait  en  isolant  ces  cor¬ 
dons  dans  une  longueur  de  5  à  6  centimètres,  et  en  excitant  l’extrémité 
inférieure  de  la  bandelette  blanche  qui  n’aVait  plus  alors  de  connexion  avec 
la  moelle  que  par  son  extrémité  supérieure.  Une  autre  expérience  due  à  G. 
Giannuzzi  nous  paraît  très-concluante  à  ce  sujet  :  on  sait  que  lorsque,  chez 
un  chien  par  exemple,  on  a  séparé  les  racines  postérieures  de  leurs  gan¬ 
glions  spinaux,  ces  racines  subissent  une  dégénérescence  complète,  non- 
seulement  dans  leur  portion  libre,  mais  aussi  dans  leur  trajet  intra-spinal 
{voij.  p.  557).  Or,  malgré  cette  complète  destruction  des  racines  postérieures, 
les  cordons  postérieurs  de  la  moelle  continuent  néanmoins  à  rester  sensi¬ 
bles.  Ges  cordons  sont  donc  excitables  par  eux-mêmes,  et  n’empruntent  pas 
cette  excitabilité  aux  racines  sensibles  qui  les  traversent.  Mais  il  ne  faut  pas 
se  hâter  d’en  conclure  que  les  cordons  postérieurs  représentent  uniquement 
des  voies  conductrices  de  la  sensibilité,  ni  surtout  qu’ils  sont  les  conduc¬ 
teurs  de  tous  les  modes  de  sensibilité. 

En  effet,  les  expériences  qui  consistent  à  couper  transversalement  toute 
la  moelle  à  l’excep-tion  des  faisceaux  postérieurs,  ou  bien  à  couper  les  fais- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈ.ME  N.  —  MOELLE  ÉPINIÈRE.  571 

ceaux  jiostérieurs  en  l’espectant  le  reste  de  la  moelle,  prouvent  que  ces 
faisceaux  ne  sont  pas  les  conducteurs  de  toutes  impressions  périphériques 
vers  l’encéphale,  car  dans  la  première  expérience  on  constate  l’aholition 
complète  de  la  sensibilité  à  la  douleur,  tandis  que  dans  la  seconde  cette 
sensibilité  est  conservée. 

A  quoi  servent  donc  principalement  les  cordons  postérieurs?  L’étude 
des  dégénérescences  consécutives  aux  sections  de  ces  cordons  et  des  ra¬ 
cines  correspondantes  répond  jusqu’à  un  certain  point  à  cette  question. 
Quand  on  sectionne  les  racines  postérieures  entre  leur  point  d’émergence 
et  leur  ganglion,  le  tronçon  attenant  à  la  moelle  éprouve  la  dégénérescence 
wallérienne,  ainsi  que  nous  l’avons  vu  plus  haut  (p.  557).  Or,  en  étudiant 
dans  la  moelle,  par  des  coupes  successives,  les  fibres  dégénérées,  on  voit  que 
ces  fibres,  c’est-à-dire  les  racines  postérieures,  nombreuses  d’abord  au 
niveau  de  l’origine  de  la  racine  sectionnée,  deviennent  de  plus  en  plus  rares 
à  des  niveaux  supérieurs  et  s’épuisent  dans  la  substance  grise  à  une  dis¬ 
tance  assez  faible  de  leur  origine,  sans  jamais]  remonter  jusqu’à  la  moelle 
allongée.  Donc  les  conducteurs  centripètes  ou  sensitifs  ne  se  continuent  pas 
directement  avec  les  fibres  des  cordons  postérieurs,  mais  avec  la  substance 
grise  (nous  verrons  bientôt  qu’ils  se  continuent  également  avec  une  partie 
des  cordons  latéraux).—  Après  la  section  des  cordons  postérieurs,  on  voit  se 
produire  en  eux  une  dégénérescence  ascendante  ;  le  faisceau  dégénéré  va  en 
s’atténuant  et  finit  en  pointe  au  contact  de  la  substance)grise,  sans  atteindre 
le  niveau  du  bulbe.  Ces  résultats  obtenus  par  Turk,  Charcot,  Vulpian, 
Bouchard,  et  confirmés  récemment  par  Schiefferdecker,  nous  montrent  donc 
que  les  cordons  postérieurs  doivent  être  considérés  principalement  comme 
des  fibres  longitudinales  commissurales,  reliant,  par  un  trajet  en  arc,  les 
divers  étages  de  Vaxe  gris  de  la  moelle. 

Nous  ne  pensons  pas  cependant  que  cette  conclusion  doive  être  admise  d’une 
manière  trop  absolue,  c’est-à-dire  trop  exclusive.  D’après  Schiff,  les  animaux 
chez  lesquels  on  a  coupé  transversalement  toute  la  moelle,  à  l’exception  des 
cordons  postérieurs,  ont  perdu  toute  sensibilité  à  la  douleur  ;  mais  ils  ont 
conservé  la  sensibilité  de  contact  ;  si  on  cautérise  un  point  de  leur  membre 
postérieur,  ils  ne  crient  pas,  mais  ils  tournent  la  tête  et  regardent  vers  la  région 
cautérisée,  ayant  seulement  conscience  d’un  contact  en  ce  point.  D’après  quel¬ 
ques  données  anatomiques,  nous  adopterions  volontiers  cette  conclusion,  que 
les  cordons  postérieurs,  outre  leurs  fibres  commissurales  en  anse,  possèdent 
encore  des  fibres  conductrices  de  la  sensibilité  tactile.  En  effet,  on  voit  ces 
cordons  postérieurs,  au  niveau  du  collet  du  bulbe,  présenter  un  entre-croise¬ 
ment  qui  va  donner  naissance  à  la  partie  sensitive  des  pyramides,  ainsi  que 
nous  l’avons  décrit  avec  le  professeur  Sappey.  Cet  entre-croisement  de 
fibres  sensitives,  faisant  suite  aux  cordons  postérieurs,  est  relativement 
considérable  chez  Lhomme,  dont  toute  la  surface  du  corps,  et  particulière¬ 
ment  les  extrémités  des  membres,  sont  richement  pourvues  d’organes  du 
tact  ;  il  est  moins  prononcé  chez  les  animaux  et  même  presque  nul  chez  ceux 
qui,  comme  le  rat,  le  lapin,  ont  l’appareil  tactile  plus  spécialement  déve¬ 
loppé  dans  la  peau  de  la  face.  En  présence  de  ces  faits  anatomiques,  il  nous 


572  NEUFS.  —  physiologie  dp  système  n. —  moelle  épinière. 
semble  qu’il  ne  faut  pas  trop  légèrement  condamner  l’opinion  de  Schiff,  et 
que  ses  e.\;périences  sur  les  animaux  devront  être  surtout  contrôlées  par 
Pétude  des  formes  cliniques  que  l’homme  peut  présenter,  il  est  vrai  que 
dans  l’ataxie  locomotrice,  dont  la  lésion  consiste  en  une  atrophie  presque 
complète  des  cordons  postérieurs,  la  sensibilité  à  la  douleur  et  à  la  tempé¬ 
rature  peut  être  conservée  d’une  manière  plus  ou  moins  complète  ;  mais  la 
sensibilité  à  la  pression,  la  sensibilité  tactile  du  pied  est  presque  toujours 
altérée,  et  la  sensibilité  générale  pi'ésente  des  troubles  constants.  Pierret  a 
publié  (1873)  l’observation  d’une  malade  à  l’autopsie  de  laquelle  il  lui  fut 
donné  de  constater  une  sclérose  localisée  dans  les  faisceaux  médians  posté¬ 
rieurs  de  la  moelje.  Il  pense  que  l’on  doit  attribuer  à  cette  sclérose  des 
faisceaux  médians  postérieurs  certains  symptômes  fréquents  dans  l’ataxie 
locomotrice  ;  «  Tantôt  un  sentiment  insolite  de  pesanteur  dans  lespnembres 
inférieurs  ou  une  tendance  marquée  au  recul,  tantôt  une  fatigue  considé¬ 
rable  après  la  moindre  promenade,  une  grande  incertitude  dans  la  station, 
ou  même  un  sentiment  irrésistible  de  propulsion.  » 

Cordons  antérieurs  et  latéraux.  —  Les  cordons  antérieurs  et  latéraux  sont 
excitables,  mais  ce  fait  n’a  été  nettement  démontré  que  par  des  expériences 
récentes  (Vulpian).  Calmeil  et  Flourens  n’avaient  pas  obtenu  de  résultats 
en  portant  l’excitation  sur  ces  cordons  ;  Longet  les  avait  trouvés  excito- 
moteurs  ;  mais  van  Deen,  Brown-Séquard  et  Chauveau,  après  de  nombreuses 
expériences,  étaient  revenus  à  l’ancienne  opinion  de  Flourens  et  de  Calmeil. 
Vulpian  a  montré  que  ces  résultats  contradictoires  tenaient  aux  modes 
divers  d’excitation  mis  en  usage.  Il  a  constaté  qu’il  faut  une  excitation 
très-énergique  pour  déterminer  les  contractions  dans  les  muscles  recevant 
leur  innervation  des  parties  situées  au-dessous  du  faisceau  excité  que  les 
attouchements,  les  piqûres,  les  gi’attages  superficiels  ne  produisent  aucun 
résultat,  mais  qu’on  met  en  jeu  l’excitabilité  de  ces  faisceaux  en  les  pres¬ 
sant  entre  les  moi’s  d’une  pince.  L’expérience  suivante  de  Vulpian  est  on  ne 
peut  plus  explicite  à  ce  sujet  :  «  sur  un  lapin  ou  un  chien,  on  met  à  nu, 
après  éthérisation,  la  partie  postérieure  de  la  région  dorsale  de  la  moelle  et 
la  partie  antérieure  de  la  région  lombaire,  puis  on  coupe  la  moelle  en 
travers  le  plus  en  avant  possible.  On  laisse  reposer  l’animal  pendant  une 
heure  environ,  après  avoir  recousu  la  plaie.  On  ouvre  de  nouveau  cette  plaie, 
on '.coupe  toutes  les  racines  antérieures  et  postérieures  dans  toute  la  lon¬ 
gueur  de  la  portion  de  la  moelle  mise  à  nu  en  ai’rièrede  la  section  transver¬ 
sale,  puis  on  enlève,  soit  par  arrachement,  soit  par  incision,  les  faisceaux 
postérieurs  et  même  une  partie  des  faisceaux  latéraux  dans  toute  cette  lon¬ 
gueur.  Si  l’on  pique  alors  avec  une  grosse  épingie  les  faisceaux  antérieurs 
à  une  faible  distance  de  l’endroit  où  la  moelle  avait  été  préalablement 
coupée  en  travers,  on  détermine  des  contractions  plus  ou  moins  fortes,  un 
soubresaut  plus  ou  moins  violent  dans  le  train  postérieur  de  l’animal, 'sur¬ 
tout  dans  le  membre  correspondant  au  faisceau  piqué.  Les  effets  sont 
encore  plus  accusés  si,  au  lieu  de  piquer  les  faisceaux  subsistants,  on  les 
comprime  entre  les  mors  d’une  pince  à  dissection.  »  Ces  résultats,  obtenus 
par  des  excitations  mécaniques,  ont  une  valeur  incomparablement  supé- 


NERFS. —  PHYSIOLOGIE  DD  SYSTÈME  N. —  MOELLE  ÉPINIÈRE. 


rieure  à  ceux  que,  dans  diverses  expériences,  que  nous  n’analyserons  pas 
ici,  on  a  obtenus  en  employant  l’excitation  électrique  ;  car,  quelque  moyen 
qu’on  emploie  pour  éviter,  dans  des  expériences  de  ce  genre,  les  courants 
dérivés,  on  n’est  jamais  certain  d’avoir  limité  l’excitation  électrique  aux 
parties  directement  excitées.  —  Des  résultats  fournis  par  l’excitation  nous 
pouvons  donc  déjà  conclure  que  les  cordons  antérieurs  et  latéraux  l’epré- 
sentent,  du  moins  pour  leur  plus  grande  partie,  des  conducteurs  centrifuges, 
c’est-à-dire  moteurs. 

L’étude  des  résultats  fournis  par  les  sections  simples  vient  encore  compléter 
cette  première  notion.  Quand  on  coupe  transversalement  la  moelle  épinière 
de  manière  à  ne  laisser  d’intacts  que  les  cordons  antérieurs  avec  une  partie 
des  cordons  latéraux,  lorsque  même  on  ne  laisse,  comme  moyen  d’union 
entre  la  partie  de  la  moelle  située  en  arrière  et  celle  située  en  avant  de  la 
section  transversale,  que  les  faisceaux  antérieurs,  on  voit  que  les  parties 
(membres  postérieurs)  situées  en  arrière  du  lieu  de  section  ont  conservé 
leurs  mouvements  volontaires  (vanDeen).  D’autre  part,  quand  on  coupe 
uniquement  les  faisceaux  antéro- latéraux,  la  mobilité  volontaire  est  abolie 
dans  les  parties  situées  en  arrière  de  la  section.  Donc  les  cordons  antéro¬ 
latéraux  servent,  au  moins  en  grande  partie,  à  conduire  les  ordres  de  la 
volonté  ;  ils  font  communiquer  les  centres  encéphaliques  avec  la  substance 
grise  de  la  moelle. 

On  sadt  que  les  cordons  antérieurs  et  surtout  les  latéraux  se  continuent 
en  haut  avec  les  pyramides  bulbaires,  en  subissant  au  niveau  du  bulbe  un 
entre-croisement  tel  que  l’hémisphère  cérébral  droit  commande  les  mouve¬ 
ments  du  côté  gauche  du  corps.  Au  dessous  de  l’entre-croisement  bulbaire, 
les  cordons  antérieurs,  conducteurs  de  la  volonté,  suivent-ils,  dans  leur 
pai’cours  médullaire,  un  trajet  direct,  c’est-à-dire  restent-ils  toujours  du 
même  côté  ?  Les  observations  cliniques  et  les  vivisections  paraissent  démon¬ 
trer  que  pour  la  majorité  des  fibres  des  cordons  antéro-latéraux  le  trajet 
médullaire  est  direct  et  non  ci’oisé  ;  mais  l’anatomie  microscopique  nous 
montre  qu’il  y  a  cependant,  au  niveau  de  la  commissure  blanche  anté¬ 
rieure,  une  légère  décussation  des  cordons  blancs.  En  tenant  compte  de  ce 
fait  anatomique,  en  ayant  de  plus  égard  à  la  propriété  qu’a  une  moitié 
latérale  de  la  substance  grise  de  transmettre  à  l’autre  moitié  les  excitations 
qu’elle  a  reçues,  on  se  rendra  facilement  compte  des  phénomènes  que  pré¬ 
sentent  les  animaux  sur  lesquels  on  a  pratiqué  une  hémisection  de  la  moelle  : 
dans  ce  cas,  les  mouvements  volontaires  sont  complètement  conservés  dans  la 
moitié  du  corps  opposée  à  l’hémisection  médullaire  ;  mais  ces  mouvements 
ne  sont  pas  complètement  abolis  dans  les  membres  correspondant  au  côté 
lésé  ;  ils  sont  seulement  faibles,  mal  assurés,  incertains. 

Mais  les  cordons  antéro-latéraux  ne  contiennent-ils  que  des  fibres  conduc¬ 
trices  centrifuges  volontaires  ?  Ne  renferment-ils  pas  des  fibres  sensitives 
(centripètes)  et  des  fibres  commissurales  qui  seraient  aux  parties  grises  des 
cornes  antérieures  ce  que  les  cordons  postérieurs  sont  aux  parties  grises 
postérieures  ?  —  D’une  part,  les  expériences  de  vivisection  nous  montrent 
que  l’excitation  directe  de  la  partie  postérieure  des  cordons  latéraux  déter- 


574  NERFS.  —  physiologie  du  système  n _ moelle  épinière. 

mine  une  douleur  vive  ;  cette  partie  renferme  donc  des  fibres  centripètes. 
D’autre  part,  l’étude  des  dégénérescences  succédant  à  une  section  transver¬ 
sale  nous  éclaire  et  sur  la  situation  de  ces  fibres  centripètes,  et  sur  l’exis¬ 
tence  de  fibres  commissurales.  En  effet,  les  lésions  ou  les  sections  trans¬ 
versales  de  la  moelle  produisent  dans  les  cordons  blancs  antéro-latéraux 
une  atrophie  ou  dégénérescence  ascendante  localisée  dans  la  partie  posté¬ 
rieure  du  cordon  antéro-latéral,  contre  la  substance  grise  des  cornes  pos¬ 
térieures  ;  ces  atrophies  ascendantes  atteignent  et  dépassent  le  niveau  su¬ 
périeur  de  la  moelle.  Il  y  a  donc  bien,  dans  cette  partie,  des  cordons  latéraux 
des  voies  conductrices  centripètes  qui  se  continuent  jusque  dans  les  organes 
encéphaliques. 

Pour  résoudre  la  question  de  savoir  si  les  autres  parties  des  cordons 
antéro-latéraux  représentent  uniquement  des  conducteurs  volontaires  centri¬ 
fuges,  il  suffit  d’observer  les  dégénérescences  de  ces  cordons  chez  les 
sujets  atteints  de  lésions  graves  du  corps  strié.  Dans  ces  cas,  une  dégéné¬ 
rescence  qui  commence  au  niveau  des  fibres  pédonculaires  correspondant 
au  corps  strié  lésé  s’étend  aux  fibres  longitudinales  de  la  protubérance  et 
du  bulbe  du  même  côté,  puis  â  une  partie  des  faisceaux  antéro-latéraux  de 
la  moelle  ;  mais  dans  la  moelle  cette  atrophie  descendante  occupe  seulement 
la  partie  moyenne  du  faisceau  latéral  du  côté  opposé  à  la  lésion  cérébrale,  et 
une  petite  partie  du  bord  interne  du  faisceau  antérieur  du  côté  corres¬ 
pondant  à  cette  lésion.  Donc  les  fibres  conductrices  centrifuges  volontaires 
ne  constituent  qu’une  partie  des  cordons  antéro-latéraux  de  la  moelle  ;  elles 
constituent,  après  entre-croisement  au  niveau  du  bulbe,  la  partie  moyenne 
des  cordons  latéraux  proprement  dits,  et,  sans  entre-croisement  au  niveau 
du  bulbe,  la  partie  la  plus  interne  des  cordons  antérieurs  ;  ce  sont  ces  der¬ 
niers  conducteurs  qui  s’entre-croisent,  pendant  leur  trajet  médullaire,  dans 
la  commissure  blanche  antérieure  (pag.  573.) 

Que  représentent  donc  les  autres  parties  des  cordons  blancs  antéro¬ 
latéraux  (à  part  la  partie  sensitive  sus  indiquée),  auxquelles  on  ne  saurait 
attribuer  la  fonction  de  conducteurs  centrifuges  volontaires  ?  Cette  question 
trouve  cette  fois  sa  solution  dans  l’étude  des  atrophies  qui  succèdent  à  une 
lésion  ou  à  une  section  complète  de  la  moelle,  ou  seulement  de  ces  cordons. 
Dans  ces  cas,  l’atrophie  descendante  n’est  pas  limitée,  comme  dans  le  cas 
de  lésion  du  corps  strié  (ou  de  la  capsule  interne),  à  une  faible  partie  du 
cordon  antéro-latéral  ;  elle  occupe  toute  l’épaisseur  de  ce  cordon  au  niveau 
de  la  lésion,  et  descend  depuis  ce  point  en  s’atténuant  successivement 
jusqu’à  l’extrémité  inférieure  de  la  moelle.  Comme  pour  les  cordons  posté¬ 
rieurs,  ces  fibres,  offrant  une  dégénérescence  angulaire,  nous  représentent 
des  fibres  commissui’ales  en  anse,  unissant  les  divers  étages  de  la  substance 
grise  des  cornes  antérieures. 

Substance  grise  de  la  moelle.  —  Tous  les  physiologistes  sont  d’accord 
pour  reconnaître  que  la  substance  grise  de  la  moelle  n’est  pas  excitable 
expérimentalement.  C’est  là,  du  reste,  un  fait  qui  s’observe  dans  tous  les 
autres  amas  de  substance  grise  de  Taxe  nerveux  cérébro-spinal,  et  qui  ne 
perdra  son  caractère  général  que  lorsqu’il  aura  été  bien  prouvé  que  la  sub- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N,  —  MOELLE  ÉPINIÈRE.  575 

stance  grise  corticale  des  hémisphères  est  directement  excitable  par  les 
moyens  expérimentaux.  Les  recherches  faites  par  l’application  d’excitations 
diverses  sont  donc  absolument  impuissantes  à  nous  instruire  sur  les  fonc¬ 
tions  grises  de  l’axe  médullaire.  —  Mais  déjà,  par  exclusion ,  n’ayant  pas 
trouvé ,  dans  les  cordons  postérieurs,  des  voies  suffisantes  de  conduction 
centripète,  et  n’ayant  trouvé,  dans  les  cordons  latéraux,  que  des  voies  cen¬ 
tripètes  insuffisantes,  nous  devons  être  amenés  à  penser  que  c’est  par  l’axe 
gris  que  s’effectue  cette  conduction.  Les  expériences  de  sections  de  la 
moelle  confirment  cette  manière  de  voir,  et  jettent  un  jour  tout  nouveau 
sur  le  mode  selon  lequel  se  fait  la  conduction  de  la  sensibilité  dans  la  moelle. 

L’expérience  montre,  en  effet,  tout  d’abord  que  la  section  des  faisceaux 
postérieurs,  des  faisceaux  latéraux  et  des  faisceaux  antérieurs  laisse 
persister  la  sensibilité.  La  vivisection  la  plus  concluante  serait  celle  qui 
consisterait  à'couper  transversalement  la  substance  grise,  en  laissant  intactes 
les  parties  blanches  qui  l’enveloppent  ;  mais  si  l’on  a  présente  aux  yeux  la 
forme  qu’affecte  l’axe  gris  médullaire  (fig.  SO  et  51,  p.  426  et  427),  on 
comprendra  facilement  qu’une  semblable  opération  peut  être  regardée 
comme  impossible,  et  qu’il  n’y  a  que  peu  de  confiance  à  accorder  aux 
expériences  dans  lesquelles  on  suppose  l’avoir  à  peu  près  correctement 
réalisée.  Mais  on  peut  du  moins,  ainsi  que  l’indique  Vulpian,  «  faire  une 
excision  profonde  des  parties  postérieures  de  la  moelle  dans  une  largeur  de 
.1,2,3  centimètres,  et  lorsque  la  sensibilité  est  conservée  dans  les  membres 
postérieurs,  on  reconnaît,  après  la  mort,  qu’on  a  laissé  en  place,  en  rapport 
avec  les  faisceaux  antérieurs,  une  partie  plus  ou  moins  étendue  de  la  sub¬ 
stance  grise.  »  Ces  expériences,  variées  de  mille  manières,  ne  laissent 
aujourd’hui  aucun  doute  sur  ce  fait,  que  la  conduction  des  impressions  sensi¬ 
tives  se  fait,  dans  la  moelle,  principalement  par  la  substance  grise. 

Mais  les  excitations  sensitives  que  l’axe  gris  médullaire  (ainsi  que  la  partie 
profonde  des  cordons  latéraux)  apporte  à  l’encéphale,  donnent  naissance, 
selon  la  nature  de  l’excitation,  à  des  sensations  bien  différentes  connues  sous 
les  noms  de  sensations  de  douleur,  de  toucher,  de  chaleur,  de  sens  muscu¬ 
laire,  etc.  Y  a-t-il  dans  la  substance  grise,  ou  dans  la  moelle  en  général, 
des  voies  spéciales  pour  la  conduction  de  chacune  de  ces  espèces  de  sensa¬ 
tions?  C’est  là  une  question  depuis  longtemps  discutée,  non  encore  résolue, 
et  sur  laquelle  nous  ne  pouvons  que  résumer  rapidement  les  arguments 
donnés  de  divers  côtés.  Nous  avons  déjà  parlé  de  la  conduction  des  impres¬ 
sions  tactiles  dans  la  moelle  (partie  des  cordons  postérieurs;  ci-dessus, 
p.  57),  et  nous  avons  considéré  comme  assez  probable  l’opinion  deSchiff,|qui 
assigne  à  ces  sensations  des  voies  de  conduction-  spéciales.  Brown-Séquard 
a  poussé  beaucoup  plus  loin  la  distinction  de  conducteurs  spéciaux  pour 
chaque  sorte  de  sensation.  Se  basant  sur  des  observations  cliniques  d’anes¬ 
thésie,  d’hyperesthésie,  et  de  sensations  subjectives  spéciales,  il  admet  des 
conducteurs  spéciaux  pour  les  sensations  de  toucher,  de  chatouillement, 
de  température,  de  douleur.  Nous  avons  parlé  précédemment  (p.  525)  du 
retard  que  peut  éprouver  la  transmission  le  long  des  nerfs  sensitifs.  La  ma¬ 
nière  dont,  dans  certains  cas  pathologiques,  ce  retard  se  manifeste  pour 


576  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  moelle  épinière. 
certaines  sensations  et  non  pour  d’autres,  est  un  phénomène  qui  serait  de 
nature  à  faire  supposer  l’existence  de  conducteurs  différents  pour  ces  divers 
modes  de  sensations.  Ainsi  Remak  a  publié,  enl874,  l’observation  d’un  sujet 
atteint  d’ataxie  locomotrice  progressive,  chez  lequel,  quand  on  piquait  avec 
une  épingle  la  plante  du  pied,  le  dos  du  pied  ou  la  jambe,  la  sensation  de 
douleur  n’était  perçue  que  quelques  secondes  après  la  sensation  du  contact  ; 
de  plus,  les  mouvements  réflexes  du  membre  inférieur  étaient  contempo¬ 
rains  de  la  perception  de  douleur.  D’après  cette  observation,  et  quelques 
autres  analogues  empruntées  à  divers  auteurs,  Remak  regarde  comme 
un  fait  établi  que  les  sensations  douloureuses  seules  subissent  parfois 
un  retard  ;  le  retard  des  perceptions  tactiles  ne  s’observerait  jamais.  — 
Cependant,  la  théorie  de  l’existence  d’une  série  de  conducteurs  spéciaux 
a  été  battue  en  brèche,  surtout  dans  ces  dernières  années,  par  la  plupart 
des  physiologistes.  Vulpian  (art.  Moelle  du  Bict.  encyclopédique)  a  fait  valoir 
contre  elle  une  série  d’arguments  qui  ne  sauraient  trouver  place  ici,  d’autant 
que  ce  que  nous  dirons  bientôt  de  la  conductibilité  indifférente  de  la  moelle 
suffira  pour  renverser  la  théorie  de  Brown-Séquard.  Cet  auteur  lui-même 
paraît  renoncer  aujourd’hui  à  soutenir  ses  premières  opinions.  Un  auteur 
anglais,  qui  s’est  beaucoup  occupé  de  la  physiologie  pathologique  de  la 
moelle  épinière,  Mac  Donnell,  se  refuse  également  à  croire  à  l’existence  de 
conducteurs  distincts  pour  le  sens  du  tact,  de  la  douleur,  de  la  température, 
et  pour  le  sens  musculaire.  —  Si  l’on  n’admet  pas  l’existence  de  variétés- 
distinctes  de  fibres  nerveuses  destinées  à  conduire  les  impressions  de 
contact,  de  chatouillement,  de  température,  etc.,  si  l’on  admet  qu’une 
même  fibre  est  apte  à  transmettre  ces  diverses  impressions,  on  est  forcé, 
pour  expliquer  les  modes  spéciaux  de  ces  sensations  distinctes,  de  supposer 
que  les  centres  nerveux  sensitifs  ressentent  des  ébranlements  particuliers 
en  rapport  avec  les  qualités  physiques  des  ondes  transmises  par  les  fibres 
nerveuses,  et  que  ces  ondes  elles-mêmes  sont  de  vitesses  et  de  longueurs 
différentes,  selon  la  nature  des  impressions  extérieures.  Cette  théorie, 
récemment  développée  par  Mac  Donnell,  est  séduisante  par  sa  simplicité 
et  par  les  analogies  qu’elle  présente  avec  nombre  de  phénomènes  physiques 
(réfrangibilité  des  rayons  lumineux,  par  exemple). 

Ainsi ,  nous  conclurons  en  disant  qu’on  regarde  généralement  aujour¬ 
d’hui,  avec  Vulpian,  la  substance  grise  comme  représentant  la  principale 
voie  de  conduction  centripète  ;  c’est  l’opinion  déjà  ancienne  de  van  Deen 
et  de  Valentin  ;  c’est  celle  qui  a  été  récemment  développée  par  Mac  Donnell. 
Mais  tandis  que  Vulpian  regarde  toute  la  substance  grise  comme  représen¬ 
tant  un  conducteur  sensitif  indifférent,  Mac  Donnell ,  comme  Brown-Sé¬ 
quard,  ne  considère  comme  voies  conductrices,  dans  l’axe  gris,  que  cer¬ 
taines  parties  spéciales  localisées  vers  les  cornes  postérieures  et  en  arrière 
de  l’épendyme,  en  somme,  la  région  de  la  base  des  cornes  postérieures. 

Les  sections  portées  expérimentalement  sur  la  substance  grise  prouvent 
que  cette  substance  grise  ne  conduit  point  les  impressions  sensitives  par 
des  voies  anatomiquement  préétablies,  mais  pour  ainsi  dire  d’une  manière 
indifférente.  Ces  faits  singuliers,  et  qui  renversent  bien  des  théoriès,  entre 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  MOELLE  ÉPINIÈRE.  577 

autres  celle  des  conducteurs  sensitifs  spéciaux,  ont  été  mis  dans  toute  leur 
évidence  par  Vulpian.  Ce  physiologiste  a  montré,  en  effet,  que  la  moelle 
épinière  peut  transmettre  à  l’encéphale  les  impressions  reçues  à  la  péri¬ 
phérie,  même  lorsqu’elle  a  suhi  des  mutilations  expérimentales  considéra¬ 
bles.  S’il  s’agit  seulement  de  sections  transversales,  ces  sections  peuvent 
diviser  la  moelle  épinière  dans  une  grande  partie  de  son  épaisseur,  et  dans 
un  sens  quelconque,  sans  interrompre  la  transmission  des  impressions  sen¬ 
sitives,  à  la  condition  qu’une  petite  partie  de  la  substance  grise  (une  sorte 
de  pont)  ait  été  respectée  par  l’incision.  Quel  que  soit  le  sens  de  l’incision 
transversale  incomplète  de  la  moelle,  l’animal  conserve  incontestablement 
la  possibilité  de  reconnaître  le  point  du  corps  irrité,  c’est-à-dire  qu’il  con¬ 
serve  encore  des  notions  plus  ou  moins  exactes  sur  la  position  respective 
des  diverses  régions  de  son  corps  qui  sont  en  relation,  par  leurs  nerfs,  avec 
la  partie  de  la  moelle  épinière  située  en  arrière  du  siège  de  la  lésion. 

Il  est  impossible  d’accepter,  en  présence  de  ces  faits  si  remarquables, 
l’hypothèse  qui  voudrait  que  chaque  parcelle  d’une  tranche  transversale,  pas¬ 
sant  par  un  point  quelconque  de  la  substance  grise  médullaii’e,  contiennedes 
éléments  conducteurs  en  rapport  avec  toutes  les  fibres  sensitives  des  nerfs 
naissant  en  arrière  de  ce  point.  On  est  donc  conduit  ainsi  à  se  demander  si 
les  iihpressions,  arrivant  dans  la  substance  grise  médullaire,  n’y  provo¬ 
queraient  pas  une  opération  physiologique  spéciale,  se  produisant  dans  la 
région  même  qui  reçoit  l’impression,  variant  suivant  le  lieu  d’où  part  l’ex¬ 
citation,  suivant  l’étendue  de  la  région  impressionnée,  suivant  le  genre 
d’excitation  qui  donne  lieu  à  l’impression  périphérique.  De  cette  opéra¬ 
tion  physiologique  résulterait  une  sorte  d’impression  centrale,  médullaire, 
qui  pourrait  être  ensuite  transmise  à  l’encéphale  par  une  voie  quelconque, 
par  un  petit  nombre  d’éléments  conducteurs  comme  par  un  plus  grand 
nombre,  et  qui  conserverait  plus  ou  moins  exactement,  dans  les  éléments 
conducteurs,  tous  les  caractères  de  forme,  d’intensité,  et  jusqu’à  une  sorte 
d’empreinte  originelle,  permettant  au  sensorium  de  reconnaître  le  siège  du 
point  de  départ  périphérique  de  l’excitation  qui  a  provoqué  la  formation  de 
celte  impression  médullaire.  (Vulpian.) 

Ces  vues  nouvelles,  si  heureusement  exprimées  par  Vulpian,  et  si  bien 
démontrées  par  ses  expériences,  ne  sont  pas  en  désaccord  avec  les  faits 
cliniques.  Nous  citerons,  pour  montrer  comment  chez  l’homme  la  conti¬ 
nuité  physiologique  de  la  moelle  peut  être  rétablie  par  le  fait  d’une  conti¬ 
nuité  anatomique  très-restreinte,  un  fait  qui  nous  paraît  venir  à  l’appui  des 
résultats  expérimentaux.  Charcot  {Leçons  sur  la  compression  lente  de  la 
moelle  épinière)  a  pu  examiner  l’état  de  la  moelle  chez  un  sujet  dont  la 
paraplégie,  suite  du  mal  de  Polt,  avait  disparu  depuis  deux  ans.  Au  niveau 
du  point  de  compression,  la  moelle  n’avait  que  le  volume  d’un  tuyau  de 
plume  d’oie,  et  la  coupe  correspondait  au  tiers  de  la  surface  de  section 
d’une  moelle  normale;  on  pouvait  y  voir,  au  sein  de  tractus  fibreux  durs 
et  épais,  une  grande  quantité  de  tubes  nerveux  munis  de  myéline  et  de 
cylindres-axes  ;  la  substance  grise  n’y  était  plus  représentée  que  par  une 
seule  corne,  où  on  ne  trouvait  qu’un  petit  nombre  de  cellules  intactes, 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  37 


578  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  moelle  épinière. 

Ces  faits  expérimentaux  et  cliniques  ne  permettent  plus  aujourd’hui  do 
considérer  les  voies  conductrices  centripètes  de  la  moelle  comme  suivant 
un  trajet  régulièrement  croisé ,  c’est-à-dire  se  décussant  de  la  moitié  droite 
de  la  moelle  dans  la  moitié  gauche  et  réciproquement.  Brown-Séquard,  qui 
a  soutenu  cette  théorie,  y  avait  été  amené  par  l’observation  de  ce  fait  que, 
si  on  fait  une  section  transversale  de  la  moelle  comprenant  seulement  une 
moitié  latérale  de  cet  organe,  on  constate  de  V anesthésie  du  côté  opposé  à 
la  section,  et  de  l’hyperesthésie  dans  les  parties  du  corps  situées  du  côté  de 
la  section.  Or,  de  ces  deux  phénomènes  signalés  par  Brown-Séquard,  un 
seul  paraît  être  bien  réel,  l’hyperesthésie  :  l’anesthésie  en  est  la  consé¬ 
quence,  c’est-à-dire  qu’elle  n’est  le  plus  souvent  que  relative,  et  que  toutes 
les  fois  que  la  sensibilité  est  augmentée  d’un  côté  du  corps,  elle  paraît,  par 
cela  même,  diminuée  du  côté  opposé.  Quant  à  l’hyperesthésie,  elle  est, 
de  l’aveu  de  tous,  incontestable,  mais  elle  n’est  pas  le  résultat  delà  section; 
elle  est  la  conséquence  de  l’irritation  traumatique,  car  la  simple  piqûre 
d’un  cordon  postérieur  la  détermine,  et,  chose  remarquable,  produit  ces 
mêmes  effets  opposés,  hyperesthésie  dans  la  moitié  du  corps  correspon¬ 
dant  à  la  moitié  de  la  moelle  piquée,  anesthésie  relative  dans  la  moitié  du 
côté  opposé.  Cette  interprétation  est  aujourd’hui  généralement  adoptée, 
quelle  que  soit  la  forme  de  l’hyperesthésie.  Ainsi,  dans  l’hémisection  de  la 
moelle,  il  se  produit  souvent  une  hyperesthésie  des  téguments  même 
immédiatement  au-dessus  du  point  sectionné;  c’est,  d’après  Mac  Donnell, 
parce  que  la  section  entraînerait  une  hyperhémie  dans  le  segment  supérieur 
de  la  moelle,  hyperhémie  qui  amènerait  une  excitabilité  anormale  des  élé¬ 
ments  de  la  substance  grise. 

Nous  résumerons  de  la  manière  suivante  les  fonctions  de  conductibilité 
de  la  moelle  ; 

Les  cordons  postérieurs  jouent  surtout  le  rôle  de  commissures  médul¬ 
laires  longitudinales  ;  mais  il  est  probable  qu’ils  renferment  de  plus  des 
conducteurs  spéciaux  pour  la  sensibilité  tactile. 

Les  cordons  antéro-latéraux  sont  composés  :  1°  de  fibres  centripètes  ou 
conductrices  de  la  sensibilité  (partie  postérieure  et  interne  des  cordons 
latéraux  proprement  dits)  ;  T  de  fibres  centrifuges  motrices  volontaires, 
les  unes  entrecroisées  déjà  au  niveau  du  collet  du  bulbe  (cordons  latéraux), 
les  autres  ne  subissant  leur  décussation  que  dans  leur  trajet  médullaire 
(cordons  antérieurs)  ;  3“  le  reste  des  cordons  antéro-latéraux  est  formé  de 
fibres  commissurales  médullaires  longitudinales. 

Les  cordons  gris  centraux  sont  les  principaux  conducteurs  de  la  sensibi¬ 
lité;  ils  sont  le  siège  d’une  conduction  indifférente,  c’est-à  dire  qui  ne 
permet  de  concevoir  ni  l’existence  de  conducteurs  spéciaux  pour  chaque 
variété  de  sensation,  ni  un  trajet  régulièrement  et  complètement  croisé  pour 
chacun  de  ces  conducteurs. 

B.  La  moelle  considérée  comme  centre. — L’axe  gris  de  la  moelle  est  un  cen¬ 
tre  nerveux  où  se  produisent  la  plupart  des  phénomènes  réflexes  conscients 
ou  inconscients,  c’est-à-dire  que  la  perception  qui  accompagne  certains 
de  ces  mouvements  réflexes  ne  modifie  pas  pour  cela  leur  caractère,  tel 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  MOELLE  ÉPINIÈRE  57& 

que  nous  l’avons  étudié  dans  le  paragraphe  consacré  à  l’histoire  générale 
des  actes  réflexes  (pag.  533)  ;  seulement,  pour  cette  étude  générale,  pre¬ 
nant  les  réflexes  médullaires  comme  type,  nous  en  avions  analysé  le  méca¬ 
nisme  sur  un  homme  endormi,  ou  sur  un  animal  à  sang  froid  décapité; 
car  ce  sont  là  les  conditions  dans  lesquelles  les  actes  réflexes  se  produisent 
de  la  manière  la  plus  nette,  sans  intervention  d’aucune  sensation  consciente 
ni,  par  conséquent,  d’aucun  mouvement  volontaire. —  Cette  étude  générale 
déjà  faite,  nous  permettra  de  présenter  brièvement  l’examen  des  fonctions, 
de  la  moelle  considérée  comme  centre  ;  il  nous  suffira  d’indiquer  les 
caractères  spéciaux  des  réflexes  médullaires,  et  de  signaler  dans  l’axe  gris 
quelques  centres  réflexes  à  fonctions  distinctes  et  plus  ou  moins  spécia¬ 
lisées. 

Nous  avons  énoncé  précédemment  (pag.  53à)  les  lois  générales  d’après  les¬ 
quelles  se  produisent,  s’étendent  et  se  généralisent  les  actes  réflexes.Ilnous 
reste  à  préciser  le  mode  selon  lequels  ces  actes  s’irradient  dans  la  moelle, 
à  mesure  qu’augmente  l’intensité  des  excitations  portées  sur  une  seule 
racine  sensitive.  Cayrade  a  montré  que,  dans  la  moelle,  l’excitation  réflexe 
s’irradie  dans  tous  les  sens,  et  que  sa  propagation  dans  le  sens  longitudi¬ 
nal  est  aussi  facile  de  haut  en  bas  que  de  bas  en  haut.  D’après  Schilf,  cette 
irradiation  se  ferait  par  les  cordons  blancs,  sans  doute  par  les  fibres  longi¬ 
tudinales  en  anse,  qui  forment,  comme  nous  l’avons  vu  (pag.  571  et  574),  des 
commissures  entre  les  divers  étages  de  la  moelle.  Cependant  Vulpian 
a  démontré  que  la  substance  grise  elle-même  prenait  une  grande  part  à  la 
généralisation  des  actions  excito-motrices  ;  et  la  chose  paraît  a  priori  bien 
vraisemblable  si  on  a  égard,  à  ce  fait  qiie  la  substance  grise  est  le  principal 
conducteur  des  impressions  centripètes.  «  Si,  dit  Vulpian,  on  pratique  une 
hémisection  de  la  moelle,  du  côté  droit,  dans  la  région  dorsale,  sur  une 
grenouille  qui  a  subi  préalablement  une  section  transversale  de  la  moelle 
épinière  au  niveau  du  bulbe,  on  pourra  encore,  en  excitant  soit  le  membre 
antérieur,  soit  le  membre  postérieur  du  côté  de  l’hémisection,  déterminer 
des  mouvements  réflexes  des  quatre  membres.  Si,  à  l’exemple  de  Volk- 
mann,  sur  une  grenouille  décapitée,  on  pratique  une  section  longitudinale 
de  la  moelle,  sur  toute  sa  longueur,  en  laissant  entre  les  deux  moitiés  de 
la  moelle  un  petit  pont  commissural  de  substance  grise,  les  actions  réflexes 
produites  par  l’excitation  de  la  peau  de  l’un  des  membres  peuvent  encore 
déterminer  des  mouvements  réflexes  dans  les  quatre  membres.  » 

Mais  lorsque  ces  mouvements  réflexes  ne  s’irradient  pas  de  manière  à 
produire  des  contractions  généi’ales,  lorsqu’ils  restent  circonscrits  dans  un 
domaine  particulier  de  la  sphère  motrice,  ce  domaine  est  toujours  dans  un 
rapport  constant  avec  la  partie  de  la  sphère  sensitive  sur  laquelle  a  été: 
portée  l’excitation,  c’est-à-dire  que  selon  que  telle  ou  telle  partie  de  la  peau 
aura  été  excitée,  ce  sera  toujours  tel  ou  tel  muscle,  tel  ou  tel  groupe  de 
muscles  qui  entrera  en  action.  En  d’autres  termes,  il  y  a  un  groupement,  un 
rapport  anatomique  préétabli  entre  certains  amas  de  cellules  nerveuses  de 
l’axe  gris,  d’une  part,  et  certaines  fibres  centripètes,  et  centrifuges  d’autue 
part;  et  tant  que  le  phénomène  réflexe  reste  circonscrit,  il  est  toujours,  par 


580  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  — moelle  épinière. 
l’excitation  des  mêmes  fibres  sensitives,  localisé  dans  les  mêmes  fibres 
motrices.  Aussi  l’expérimentation  permet-elle  de  distinguer  dans  la  moelle 
des  centres  circonscrits,  c’est-à-dire  des  segments  qui,  avec  leurs  racines 
antérieures  et  postérieures,  représentent  le  type  parfait  do  l’arc  diastal- 
tique  schématisé  par  Marschall-Hall  {voy.  p.  533).  Dès  longtemps,  Legallois 
avait  montré  que,  lorsqu'un  tronçon  de  la  moelle  épinière  a  été  isolé  par 
deux  sections  transversales,  l’excitation  des  nerfs  sensitifs  qui  ont  leurs 
racines  dans  ce  tronçon  donne  lieu  à  des  mouvements  réflexes  dans  les 
muscles  auxquels  se  distribuent  les  nerfs  moteurs  de  ce  même  tronçon. 
Masius  et  van  Lair  ont  cherché  à  localiser  avec  précision  ces  centres  éche¬ 
lonnés  dans  la  moelle  épinière  de  la  grenouille.  Chez  cet  animal,  une  seule 
grosse  paire  rachidienne  donne  tous  les  nerfs  du  bras;  or  Masius  et  Van 
Lair  ont  constaté  que,  si  l’on  isole  le  segment  de  moelle  correspondant  à 
cette  paire  par  deux  sections,  l’une  à  un  millimètre  en  avant,  l’autre  à 
trois  millimètres  en  arrière  d’elle,  on  peut,  par  des  excitations  du  membre 
antérieur,  provoquer  tous  les  mouvements  dont  il  est  susceptible,  c’est-à-dire 
que  dans  le  segment  médullaire  en  question  se  trouve  circonscrit  le  centre 
réflexe  suffisant  et  nécessaire  pour  les  mouvements  du  membre  antérieur. 
Ils  ont  déterminé  de  même  la  situation  des  centres  correspondant  aux  nerfs 
des  membres  postérieurs,  et  sont  ainsi  arrivés  à  cette  conclusion  générale, 
que:  «  chaque  centre,  pour  une  paire  rachidienne  donnée,  occupe  un  seg¬ 
ment  de  moelle  qui  commence  immédiatement  en  arrière  de  l’insertion  de 
cette  paire,  et  se  prolonge,  vers  l’extrémité  céphalique  de  la  moelle,  jusque 
immédiatement  en  arrière  de  l’insertion  de  la  paire  rachidienne  précédente.  » 

Mais  de  plus,  en  présence  des  faits  de  coordination  fonctionnelle  des  actes 
refléxes,  on  est  porté  à  se  demander,  si,  outre  ces  centres  qui  forment  avec 
la  paire  rachidienne  un  arc  diastaltique  bien  défini,  il  n’y  aurait  pas  cer¬ 
tains  groupements  en  vertu  desquels  telle  ou  telle  portion  de  l’axe  gris 
médullaire  présiderait  à  l’ensemble  des  mouvements  de  telle  ou  telle  fonc¬ 
tion.  Des  faits  de  ce  genre  sont  aujourd’hui  parfaitement  établis,  quelques- 
uns  depuis  longtemps,  et  ces  localisations  fonctionnelles  médullaires  for¬ 
ment  comme  le  premier  échelon  de  la  série  des  localisations  plus  élevées 
qu’on  a  établies  dans  les  organes  de  la  base  de  l’encéphale,  et  que  la  phy¬ 
siologie  expérimentale  et  la  physiologie  pathologique  poursuivent  au¬ 
jourd’hui  jusque  dans  les  hémisphères,  jusque  dans  la  couche  grise  cor¬ 
ticale  des  circonvolutions.  Les  différents  centres  fonctionnels  dont  l’existence 
dans  la  moelle  est  aujourd’hui  bien  établie,  sont  : 

Le  centre  cardiaque  (Cl.  Bernard).  —  Ce  centre  correspond  à  la  partie 
inférieure  de  la  région  cervicale  et  à  la  partie  moyenne  de  la  région  dor¬ 
sale;  son  excitation  accélère  les  battements  du  cœur;  la  transmission  de 
cette  excitation  se  fait  par  les  nerfs  cardiaques  sympathiques  qui  émergent 
de  la  moelle  avec  les  racines  du  ganglion  cervical  inférieur;  c’est  le  nerf 
accélérateur  du  cœur  {voy.  Cœur,  t.  VIII,  p.  316,  Vaso-moteurs). 

Le  centre  cilio-spinal.  —  Par  la  précieuse  méthode  d’étude  que  lui  a 
fournie  la  recherche  des  dégénérescences  des  nerfs  sectionnés,  Waller  a  pu 
montrer  que  les  filets  donnés  à  l’iris  par  le  sympathique  cervical  naissent 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  M.  —  MOELLE  ÉPINIÈRE.  581 

de  la  région  cervicale  inférieure  de  la  moelle.  Chauveau  a  montré  qu’à  ce 
niveau  existe  un  centre,  dit  cilio-spinal,  qui  s’étend  de  la  sixième  vertèbre 
cervicale  à  la  deuxième  dorsale,  et  préside  à  la  dilatation  de  l’iris  :  l’excita¬ 
tion  des  racines  sensitives  qui  aboutissent  à  cette  région  de  la  moelle  pro¬ 
duit  la  dilatation  de  l’iris. 

Centre  ano-spinal  (Masius).  —  Ce  centre  siège,  chez  le  lapin,  au  niveau 
du  disque  intervertébral  unissant  les  sixième  et  septième  vertèbres  lom¬ 
baires.  Il  pi’éside  à  la  tonicité  musculaire  et  à  la  contraction  réflexe  du 
sphincter  anal.  La  section  de  la  moelle  faite  au-dessus  de  ce  centre  aug¬ 
mente  les  contractions  toniques  et  réflexes  du  sphincter,  et  nous  savons  en 
effet  (p.  540)  que  toute  section  de  la  moelle  augmente  le  pouvoir  excito- 
moteur  des  régions  sous-jacentes  à  la  section.  Gluge  a  publié  des  expé¬ 
riences  qui  l’ont  amené  à  admettre  l’existence  de  deux  centres  ano-spinaux, 
l’un  présidant  à  la  tonicité,  l’autre  aux  mouvements  réflexes  du  sphincter. 

Centre  vésico-spinal  (Giannuzzi).  —  Ce  centre  est  situé  au-dessus  du 
précédent,  au  niveau  de  la  troisième  et  de  la  cinquième  vertèbre  lombaire  ; 
il  préside  aux  contractions  toniques  et  réflexes  du  sphincter  vésical,  ainsi 
qu’aux  contractions  des  muscles  de  la  vessie.  Chez  un  chien,  dont  la  moelle 
est  coupée  au-dessous  de  la  région  dorsale,  si  on  touche  le  gland  ou  le 
prépuce,  ou  si  on  chatouille  le  pourtour  de  l’anus,  la  vessie  se  vide  par 
suite  d’un  phénomène  réflexe  dont  le  centre  est  dans  la  région  sus-indi¬ 
quée  (Goltz). 

Centre  génito-spinal(^ü.àgé).  —  Ce  centi’e,  situé  au  niv'eau  de  la  quatrième 
vertèbre  lombaire  chez  le  chien,  n’aurait  que  quelques  lignes  de  longueur. 
Il  siège  probablement,  chez  l’homme,  vers  le  milieu  de  la  moelle  dorsale. 
11  préside  à  la  contraction  des  canaux  déférents  et  des  vésicules  séminales 
chez  le  mâle,  à  celle  de  l’utérus  chez  la  femelle.  En  effet,  lorsque  la  moelle 
est  coupée  immédiatement  au-dessus  de  ce  centre,  on  peut  encore,  par  des 
excitations  appropriées,  produire  tous  les  phénomènes  dont  est  normale¬ 
ment  le  siège  l’appareil  génital.  On  détei-mine  chez  le  chien  l’érection  et 
des  mouvements  rhythmiques  du  bassin  en  chatouillant  le  pénis  (Goltz);  une 
chienne,  dont  la  moelle  avait  été  coupée  à  la  hauteur  de  la  première  lom¬ 
baire,  a  présenté  les  phénomènes  du  rut,  a  été  fécondée,  enfin  a  mis  bas, 
comme  une  chienne  dont  la  moelle  est  intacte. 

Enfin,  la  moelle,  par  l’ensemble  de  divers  centres,  préside  à  la  coordina- 
tion  des  mouvements  de  locomotion  ;  nous  avons  déjà  insisté  (p.  536)  sur 
cette  coordination  médullaire  de  réflexes  généraux  adaptés  à  un  but.  Nous 
ajouterons  seulement  ici  qu’après  l’ablation  du  cerveau  sur  une  grenouille, 
non-seulement  l’équilibre  et  les  mouvements  d’ensemble  sont  possibles, 
mais  qu’ils  s’exécutent  avec  une  sorte  de  fatalité,  comme  si  le  libre  fonc¬ 
tionnement  du  cerveau  protégeait  l’indépendance  des  groupes  musculaires. 
Quand  l’un  des  membres  se  meut,  les  autres  se  meuvent  aussitôt.  Quand 
l’un  d’eux  est  mis  au  repos,  les  autres  cessent  également  de  se  mouvoir 
(Onimus).  Mais  nous  verrons  bientôt  que  d’autres  organes,  notamment  le 
cervelet,  jouent,  surtout  chez  les  animaux  supérieurs,  un  rôle  important 
dans  la  coordination  des  mouvements. 


S82  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  bulbe. 

En  résumé,  l’étude  de  la  moelle,  considérée  comme  centre,  nous  montre 
que,  de  même  que  chez  les  articulés  chaque  centre  d’action  du  système 
nerveux  est  distinct  et  que  leur  ensemble  forme  deux  cordons  parallèles  pré¬ 
sentant  des  renflements  successifs,  de  même  le  système  nerveux  cérébro- 
spinal  est  composé  d’un  certain  nombre  de  centres  nerveux  échelonnés, 
ayant  chacun  une  certaine  spécialité,  recevant  chacun  ses  impressions  d’un 
département  déterminé  du  corps,  et  provoquant  par  ses  réactions  le  mou¬ 
vement  dans  un  département  correspondant.  Chacun  de  ces  centres  est  inti¬ 
mement  relié  aux  centres  voisins,  supérieurs  et  inférieurs  ;  mais  il  n’en  est 
pas  moins  vrai  que  l’être  humain  est,  à  ce  point  de  vue ,  une  «  collection 
»  d’organismes,  comme  l’a  dit  Durand  (de  Gros],  donnant  à  cette  concep- 
»  tion  le  nom  de polyzoïsme.  C’est  une  collection  de  moi  distincts,  et  Tunilé 
»  apparente  est  tout  entière  dans  l’hai’monie  d’un  ensemble  hiérarchique 
»  dont  les  éléments,  rapprochés  par  une  coordination  et  une  subordination 
»  étroites,  portent  néanmoins,  chacun  en  soi,  tous  les  attributs  essentiels, 
»  tous  les  caractères  primitifs  de  l’animal  individuel.  » 

Bulbe,  protubérance  et  pédoncules  cérébraux.  —  Nous  avons  vu,  en 
anatomie,  que  le  bulbe,  la  protubérance  et  les  pédoncules  cérébraux  re¬ 
présentent,  d’une  part,  tant  par  leurs  parties  grises  que  par  leurs  parties 
blanches,  la  continuation  des  parties  correspondantes  de  la  moelle  ;  que 
d’autre  part,  ces  masses  nerveuses  renferment  des  formations  nouvelles, . 
soit  de  substances  grises,  soit  de  cordons  blancs. 

La  physiologie  de  l’ensemble  de  l’isthme  de  l’encéphale  se  divise  de  même 
en  deux  parties  bien  distinctes  :  les  fonctions  de  ses  parties  grises  et  blan¬ 
ches  faisant  suite  aux  parties  correspondantes  de  la  moelle  sont  nettement 
établies,  et  pourront  être  brièvement  exposées  ;  mais  les  fonctions  des  pai’- 
ties  nouvelles  qui  apparaissent  dans  cette  région  (pédoncules  cérébelleux, 
masses  grises  olivaires,  etc.),  sont  encore  peu  connues,  et  nous  aurons,  le 
plus  souvent,  à  enregistrer,  une  série  de  faits  complexes  qu’il  ne  sera  pas 
•encore  possible  de  relier  dans  une  vue  d’ensemble. 

k.Fonclions  des  faisceaux  blancs  faisant  suite  à  ceux  delà  moelle.— L’ana¬ 
tomie  suffit,  jusqu’à  un  certain  point,  pour  établir  les  fonctions  des  fais¬ 
ceaux  blancs  du  bulbe,  puisqu’elle  nous  montre  ces  faisceaux,  après  entre¬ 
croisement,  se  continuant  avec  ceux  de  la  moelle,  dont  les  fonctions  sont 
bien  établies.  Du  reste,  l’expérience  directe  confirme  les  inductions  anato¬ 
miques.  Quoique  tous  les  résultats  expérimentaux  ne  soient  pas  bien  con 
cordants,  il  est  suffisamment  établi,  par  les  vivisections  de  Longet,  que 
l’excitation  des  pyramides  antérieures  produit  des  mouvements.  Mais  nous 
savons  qu’en  arrière  et  un  peu  en  dehors  de  la  partie  motrice  des  pyra¬ 
mides  se  trouve  un  cordon  que  l’anatomie  amène  à  considérer  comme  un 
conducteur  sensitif  {voy.  ci-dessus,  p.  462  et  466),  et  en  effet,  d’après 
Vulpian,  lorsqu’on  excite  les  pyramides,  il  se  produit  à  la  fois  des  mouve¬ 
ments  et  de  la  douleur.  Quant  à  la  route  directe  ou  croisée  que  suivent  les 
divers  conducteurs,  nous  savons  qu’au-dessus  du  tiers  inférieur  du  bulbe 
tous  les  cordons  blancs  se  sont  entrecroisés,  les  uns  successivement  dans 
la  moelle  (p.  461),  les  autres  au  niveau  et  un  peu  au-dessus  du  collet  du 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DD  SYSTÈME  N.  —  BDLDE  ET  PROTUBÉRANCE.  583 
3)ulbe.  Aussi  toutes  les  lésions  encéphaliques  unilatérales  frappent-elles  le 
mouvement  et  la  sensibilité  dans  le  côté  opposé  du  corps. 

B.  Fonctions  des  parties  grises  faisant  suite  àl’ axe  gris  de  la  moelle. — Dans 
l’isthme  de  l’encéphale,  l’axe  gris  se  trouve  anatomiquement  divisé  en 
noyaux  distincts;  ces  noyaux  sont  des  centres  réflexes  particuliers,  comme 
•ceux  que  les  expériences  de  Legallois,  de  Masius  et  Van  Lair  ont  déterminés 
dans  la  moelle  épinière.  Ces  centres  réflecteurs  président  au  fonctionne¬ 
ment  des  nerfs  qui  en  partent,  et  les  données  de  l’anatomie  sont  complète¬ 
ment  confirmées,  sur  ce  point,  par  celles  de  la  physiologie  expérimentale 
•et  de  la  physiologie  pathologique. 

Ainsi,  les  vivisections  de  Vulpian  et  Philippeaux  ont  prouvé  que  les  mas¬ 
ses  grises  désignées  sous  le  nom  de  noyau  du  facial  (Vulpian  a  surtout 
•opéré  sur  le  noyau  supérieur  ;  voy.  ci-dessus,  p.  500  etfig.  65),  sont  le 
véritable  centre,  le  vrai  foyer  des  actions  réflexes  du  nerf  facial.  II  suffit  que 
ce  centre  soit  intact  et  que  le  facial  soit  en  relation  avec  lui  pour  que  les 
mouvements  réflexes  des  muscles  faciaux  puissent  être  mis  en  jeu.  C’est 
ainsi  que  l’on  voit,  dans  ces  conditions,  persister  le  clignement  réflexe, 
soit  provoqué,  soit  spontané.  De  plus,  ces  expériences  ont  montré  que  le 
noyau  d’origine  du  facial  du  côté  droit  et  le  noyau  d’origine  du  facial  du  côté 
gauche  sont  mis  en  communication  l’un  avec  l’autre  par  des  fibres  com- 
missurales,  qui  permettent  et  assurent  le  synchronisme  du  clignement  bi¬ 
latéral  :  en  effet,  une  incision  antéro-postérieure  faite  au  milieu  du  sillon 
médian  du  quatrième  ventricule  abolit  ce  synchronisme. 

Le  centre  des  mouvements  réflexes  involontaires,  émotionnels,  qui  suc¬ 
cèdent  à  une  impression  brusque  de  l’ouïe,  ce  centre  est  dans  la  région 
bulbo-protubérantielle,  ainsique  devaient  le  faire  prévoir  les  rapports  anato¬ 
miques  intimes  des  noyaux  de  l’acoustique  avec  les  noyauxmoteurs  voisins. 
Du  reste,  les  expériences  de  Vulpian  sont  très-explicites  à  ce  sujet.  Si  après 
avoir  enlevé  à  un  i-at ,  par  exemple,  le  cerveau  proprement  dit,  les  corps 
striés  et  les  couches  optiques,  on  vient  à  produire  près  de  lui  un  bruit  qu’on 
sait  avoir  habituellement  le  privilège  de  faire  tressaillir  l’animal,  on  voit 
aussitôt  celui-ci,  très -tranquille  depuis  l’opération  qui  lui  a  enlevé  tout 
mouvement  spontané,  faire  aussitôt  un  brusque  soubresaut  qui  se  repro¬ 
duit  chaque  fois  que  le  même  bruit  se  renouvelle.  Le  centre  de  la  sensibilité 
■auditive  excito-réflexe  simple  (sans  participation  de  la  mémoire  et  de  l’in¬ 
telligence)  est  donc  dans  la  protubérance,  d’après  ces  expériences.  Nous 
verrons  plus  loin  que  Luys  en  place  cependant  le  siège  dans  les  couches 
■optiques.  Quant  à  ce  qui  concerne  les  impressions  olfactives  et  visuelles, 
■c’est  à  tort,  et  sans  bases  anatomiques  réelles,  qu’on  a  voulu  faire  jouer  un 
rôle  à  la  protubérance.  Si,  comme  le  fait  observer  Larcher  {Pathologie  de 
la  protubérance  annulaire,  1868),  on  a  observé  chez  l’homme,  dans  certains 
cas  de  lésion  du  mésocéphale,  des  troubles  des  sens  spéciaux,  on  peut  s’en 
rendre  compte  en  se  rappelent  que  le  nerf  trijumeau,  qui  a  sur  la  plupart 
d’entre  eux  [voy.  p.  560)  une  influence  si  considérable,  a  pu  être  com¬ 
promis  à  son  origine. 

La  physiologie  pathologique,  à  son  tour,  nous 


présente  l’analyse  d’affec- 


58i  NEBr O.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  BDLBE  ET  PROTDBÉRANCE. 

tioKA^ien  déterminées  qui  ont  leurs  origines  dans  des  lésions  plus  ou  moins 
circonscL’ites  des  noyaux  gris  bulbaires.  Est-il  besoin  de  rappeler  cette  ma¬ 
ladie  à  symptomatologie  si  curieuse  découverte  par  Duchenne  (de  Boulo¬ 
gne),  et  caractérisée  par  une  paralysie  progressive  des  muscles  de  la  langue, 
du  voile  du  palais  et  des  lèvres  ?  C’est  ce  que  Trousseau  a  appelé  du  nom 
de  parahjsie  glosso-labio-laryngée,  et  que  les  auteurs  allemands  désignent 
sous  le  nom  de  paralysie  bulbaire  progressive.  Les  troubles  liés  à  la  para¬ 
lysie  de  la  langue  constituent  le  principal  symptôme  en  même  temps  que 
le  début  de  la  maladie  ;  Torbiculaire  des  lèvres  ne  tarde  pas  à  se  paralyser  à 
son  tour;  et  enfin,  dans  les  phases  ultimes  de  la  maladie,  des  symptômes 
plus  graves  se  développent:  accès  d’étoull'ement,  syncopes  ;  à  l’autopsie,  on 
constate  que  les  noyaux  bulbaires  de  l’hypoglosse,  du  facial  (noyau  infé¬ 
rieur),  des  nerfs  mixtes,  sont  atteints  d’une  dégénérescence  de  leurs  cel¬ 
lules,  qui  peuvent  avoir  subi  une  atrophie  si  complète  qu’elles  ont  parfois 
complètement  disparu.  Les  noyaux  des  hypoglosses  sont  ceux  que  l’on 
trouve  constamment  le  plus  profondément  altérés;  ceux  du  spinal,  du  fa¬ 
cial  inférieur  et  du  masticateur  sont  pris  plus  ou  moins  profondément. 

La  connaissance  des  noyaux  des  nerfs  bulbaires  et  de  leur  situation  au 
contact  des  fibres  blanches  médullaires  entre-croisées,  permet  de  se  rendre 
compte  de  certaines  formes  de  paralysies  intéressant  la  face  ou  quelques 
muscles  de  la  face  d’ur.  côté,  et  les  membres  du  côté  opposé  [paralysies 
alternes  de  Gubler)  Si,  comme  le  dit  E.  Careldans  son  excellente  monogra¬ 
phie  sur  la  physiologie  pathologique  du  bulhe  rachidien,  nous  nous  rappe¬ 
lons  le  mode  de  gi’oupement  des  noyaux  d’origine  des  nerfs  bulbaires,  voici 
les  déductions  que  nous  en  pouvons  tirer  a  priori  et  que  les  faits  cliniques 
viennent  confirmer  entièrement:  ■ — 1“  Supposons  une  tumeur  ou  une 
lésion  quelconque  désorganisant  une  des  moitiés  latérales  de  la  région  de 
la  protubérance,  ou  de  la  partie  supérieure  du  bùlbe,  ou  de  la  partie  posté¬ 
rieure  des  pédoncules  cérébraux.  A  ces  divers  niveaux  existent,  soit  le 
noyau  du  facial  et  du  moteur  oculaire  externe,  soit  le  noyau  masticateur, 
soit  enfin  le  noyau  du  moteur  oculaire  commun  et  du  pathétique.  Tandis 
que  la  lésion  des  faisceaux  blancs  circonvoisins  produira,  en  raison  de 
l’entre-croisement  de  ces  faisceaux  au  niveau  du  collet  du  bulbe,  une  hémi¬ 
plégie  du  côté  opposé  à  la  lésion  centrale,  cette  même  lésion  atteignant  les 
noyaux  sus-indiqués  produira  une  paralysie  directe  dans  le  domaine  du 
facial  et  du  moteur  oculaire  externe,  une  anesthésie  directe  dans  le  domaine 
du  trijumeau,  avec  une  paralysie  également  directe  du  nerf  masticateur, 
ou  bien  encore,  selon  le  niveau,  une  paralysie  directe  du  moteur  oculaire 
commun  ;  et  toutes  ces  paralysies  directes,  c’est-à-dire  siégeant  du  côté 
même  de  la  lésion  centrale,  présenteront,  parce  qu’elles  attèignent  le  noyau 
même  des  nerfs,  les  caractères  des  paralysies  d’origine  périphérique,  c’est- 
à-dire  qu’elles  s’accompagneront  de  l’atrophie  rapide  des  muscles  et  de  la 
perte  précoce  de  Texcitahilité  électrique.  — 2°  On  pourrait  encore  concevoir 
un  autre  mode  de  paralysie  alterne,  quoiqu’il  n’ait  pas  encore  été  observé 
cliniquement  :  ce  serait  une  hémiplégie  résultant  d’une  lésion  unilatérale 
portant  surl’extrémité  inférieure  du  hulhe.  Dans  ce  cas,  on  constaterait  une 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  BULBE  ET  PROTUBÉRANCE.  585 
hémiplégie  des  membres  du  côté  opposé  et  une  hémiplégie  linguale  du 
même  côté  que  la  lésion. 

Ces  quelques  exemples  nous  suffisent  pour  montrer  le  rôle  des  noyaux 
gris  du  bulbe  comme  centres  de  phénomènes  réflexes  spéciaux  aux  nerfs 
correspondants,  et  pour  faire  sentir  tout  l’intérêt  de  ces  études  au  point  de 
vue  du  diagnostic  des  lésions  localisées  dans  cette  région.  Mais  les  noyaux 
gris  du  bulbe,  par  leur  groupement,’par  leurs  connexions  intimes,  président 
à  quelque  chose  de  plus  qu’à  de  simples  réfle.xes  localisés  dans  le  domaine 
de  tel  ou  tel  nerf  bulbaire  ;  ils  président  encore  à  l’association  des  divers 
actes  de  sensibilité  et  de  mouvement  destinés  à  assurer  l’accomplissement 
de  fonctions  importantes,  telles  que  la  respiration,  la  déglutition,  la  circu¬ 
lation,  etc.  ;  en  un  mot,  le  bulbe,  la  protubérance  et  les  pédoncules  céré¬ 
braux  jouent  le  rôle  de  centres  coordinateurs,  et  nous  allons  rapidement 
passer  en  revue  les  fonctions  qu’ils  dirigent. 

Expressio7is  émotives  excito-réflexes. — Ce  que  nous  avons  dit  précédemment 
sur  le  rôle  de  la  protubérance,  p.  583,  comme  centre  de  la  sensibilité  auditive 
excito-réflexe,  montre  déjà  que  ce  centre  nerveux  est  le  foyer  excitateur 
de  certains  mouvements  émotionnels  ;  c’est  en  effet  à  la  protubérance  que, 
d’une  manière  générale,  on  paraît  être  autorisé  à  faire  jouer  le  rôle  le  plus 
important  dans  les  grandes  expressions  émotionnelles,  dans  le  rire  et  les 
pleurs,  dans  le  cri  de  douleur,  en  un  mot  dans  l’expression  involontaire. 
C’est  dans  ce  sens  qu’il  faut  comprendre  le  nom  de  sensorium  commune 
appliqué  à  la  protubérance.  En  effet,  lorsque,  comme  l’a  fait  Vulpian,  on 
enlève  à  un  animal  successivement  les  corps  striés,  les  couches  optiques, 
les  tubercules  quadrijumeaux  et  le  cervelet,  on  constate  que,  malgré  ces 
mutilations,  l’animal  manifeste  encore,  par  des  agitations  caractéristiques 
et  par  des  cris  d’une  nature  plaintive,  la  douleur  qu’il  ressent  lorsqu’on  le 
soumet  à  de  vives  excitations  extérieures,  lorsqu’on  écrase  une  de  ses  pattes 
entre  les  mors  d’une  forte  pince,  lorsqu’on  excite  un  nerf  mis  à  nu.  Si 
alors  on  détruit  la  protubérance  elle-même  et  la  partie  supérieure  du  bulbe, 
aussitôt  l’animal  cesse  de  répondre  aux  mêmes  excitations  par  les  mêmes 
cris  et  parla  même  agitation.  «  Ce  ne  sont  plus  ces  cris  prolongés  indubi¬ 
tablement  plaintifs,  que  l’animal  pousse  successivement,  au  nombre  de 
plusieurs  pour  une  seule  excitation  ;  c’est  alors  un  cri  bref  qui  se  produit, 
toujours  le  même,  unique  pour  une  seule  excitation,  comparable  enfin  à 
ces  sons  qu’émettent  certains  jouets  d’enfants  ,  dépourvu,  en  un  mot,  d’au¬ 
cune  espèce  d’expression,  et,  par  conséquent,  véritable  cri  réflexe.  »  L’ani¬ 
mal  qui  vient  de  perdre  sa  protubérance  a  donc  perdu  un  centre  perceptif 
des  impressions  sensitives,  tandis  que  l’on  voit  se  continuer  encore  chez 
lui  la  circulation,  la  respiration  et  les  autres  fonctions  dont  les  centres 
coordinateurs  sont  en  partie  dans  la  moelle  et  en  partie,  nous  allons  le 
voir,  dans  les  deux  tiers  inférieurs  du  hulbe.  Donc  les  impressions  sensi¬ 
tives,  perçues  par  la  protubérance,  peuvent  provoquer  des  mouvements 
complexes  sans  la  participation  du  cerveau  proprement  dit,  et,  par  con¬ 
séquent,  sans  intervention  de  la  volonté  :  aussi  a-t-on  très-heureusement 
proposé  d’appliquer  à  ces  phénomènes  le  nom  de  sensitivo-moteurs  ou 


586  NERFS.  —  physiologie  do  système  n.  —  bdlbe  et  protubébance. 
semori-moteurs  (Carpentei-,  Vulpian),  par  opposition  à  l’expression  de 
phénomènes  idéo-moteurs,  rései’vée  pour  les  mouvements  que  provoquent 
les  idées,  c’est-à-dire  le  fonctionnement  des  hémisphères  cérébraux. 

Respiration.  —  Le  rôle  du  bulbe  dans  la  coordination  des  divers  actes 
qui  ont  pour  but  l’hématose  sera  étudié  à  l’article  respiration.  Nous  rap¬ 
pellerons  donc  seulement  ici  que  le  nœud  vital,  découvert  par  Flourens, 
siège  à  la  partie  inférieure  du  plancher  du  quatrième  ventricule  (vers  la 
pointe  du  V  du  calamus  scriptorius).  Le  nom  singulier  donné  par  Flourens 
à  cette  partie  circonscrite  des  centres  nerveux  est  justifié,  jusqu’à  un  cer¬ 
tain  point,  parce  que  la  section,  ou  simplement  la  piqûre  de  cette  région, 
arrête  immédiatement  la  respiration  (et  non,  comme  on  l’a  prétendu,  les 
mouvements  du  cœur)  et  produit  une  mort  subite  chez  les  animaux  à  sang 
chaud;  mais  si  on  supplée  au  manque  de  mouvements  respiratoires  spon¬ 
tanés  par  l’insufflation  du  poumon  et  la  respiration  artificielle,  on  peut 
prolonger  la  vie  des  animaux.  La  mort  n’est  donc  pas  due,  dans  l’expé¬ 
rience  de  Flourens,  à  ce  qu’on  serait  ail  é  atteindre  le  siège  mystérieux 
d’un  principe  inconnu  delà  vie,  mais  simplement  à  ce  qu’on  a  détruit  le 
lieu  ou  s’enchaînent  et  se  coordonnent  les  mouvements  respii’atoires. 

Cœur  et  circulation.  —  L’excitation  du  bulbe  par  un  fort  courant  d’induc¬ 
tion  produit  un  arrêt  du  cœur  ;  nous  avons  vu  que  le  pneumogastrique  est 
le  nerf  modérateur  du  cœur,  et  que  son  excitation  produit  l’arrêt  de  cet 
organe  en  diastole.  Il  est  donc  probable  que  dans  l’expérience  susindiquée 
on  agit  sur  le  noyau  ou  sur  les  fibres  radiculaires  des  pneumogastriques. 
On  n’a  pas  précisé  davantage  les  parties  du  bulbe  qui  seraient  le  centre 
coordinateur  des  mouvements  du  cœur.  —  Quant  à  l’étude  des  centres 
vaso-moteurs  placés  dans  le  bulbe,  nous  renvoyons  au  mot  vaso-moteurs. 

Déglutition,  phonation.  —  On  ne  possède  non  plus  aucune  notion  sur  un 
centre  coordinateur  des  divers  éléments  moteurs  qui,  du  bulbe,  vont  prési¬ 
der  aux  mouvements  de  la  déglutition  et  de  la  phonation. 

Centres  sécrétoires.  • —  Les  expériences  de  Cl.  Bernard  ont  montré  que  la 
lésion  de  certains  points  du  plancher  du  quatrième  ventricule  produit  des 
modifications  bien  déterminées  dans  un  grand  nombre  de  sécrétions. 
Comme  le  mécanisme  de  ces  eliêts  sera  discuté  à  l’article  vaso-moteurs,  nous 
nous  contenterons  d’indiquer  ici  uniquement  les  résultats  obtenus;  1“  la 
piqûre  au  niveau  des  origines  du  pneumogastrique  produit  un  diabète  tem¬ 
poraire;  pour  que  l’opération  sur  le  lapin  l’éussisse  bien,  la  piqûre,  dit  Cl. 
Bernard,  doit  porter  entre  les  tubercules  de  Wenzel  (origine  des  nerfs  acous¬ 
tiques)  et  les  origines  des  pneumogastriques  {voy.  fig.  98)  ;  2°  une  piqûre 
portée  un  peu  plus  bas,  produit  la  polyurie  simple  ;  3“  portée  un  peu  plus 
haut,  elle  produit  l’albuminurie.  On  trouve  donc,  dans  une  étendue  res¬ 
treinte  du  plancher  du  quatrième  ventricule,  une  série  de  points  dont  la 
lésion  influe  sur  la  sécrétion  urinaire,  tantôt  en  en  modifiant  simplement  la 
quantité,  tantôt  en  y  déterminant  la  présence  anormale  du  sucre  ou  de 
l’albumine.  La  clinique  a  présenté  des  faits  de  modifications  semblables  de 
la  sécrétion  urinaire  par  suite  de  lésions  bulba'res  («oÿ.  notamment  diabète 
SUCRÉ,  t.  XI,  p.  302)  ;  4“  une  piqûre  faite  un  peu  plus  haut  que  les  précé- 


NERFS.  —  PAYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  BULBE  ET  PROTUBÉRANCE.  587 
deiites,  au  niveau  de  la  partie  la  plus  large  du  plancher  du  quatrième  ven¬ 
tricule  (région  bulbo-protubérantielle), produit  une  exagération  de  la  sécré¬ 
tion  salivaire. 

Ce  que  nous  venons  de  voir  relativement  aux  fonctions  centrales  du  bulbe 
et  de  la  protubérance  nous  montre  que  ces  parties  représentent  des  centres 
plus  élevés,  plus  nobles,  pour  ainsi  dire,  que  les  centres  inférieurs  ou  mé- 
dullaii’es  ;  ici  les  actes  réflexes  se  combinent,  se  coordonnent,  prennent 
notamment  un  caractère  expressif  et  jusqu’à  un  certain  point  instinctif. 
Encore  quelques  degrés  à  franchir  dans  notre  marche  ascensionnelle  vers 
les  masses  grises  corticales  des  hémisphères,  et  nous  verrons  successive¬ 
ment  apparaître  les  lieux  coordinateurs  des  actes  instinctifs  proprement  dits 
et  des  actes  intellectuels.  Rien  n’est  plus  instructif  que  cette  gradation 
des  centres  échelonnés  dans  Taxe  ner¬ 
veux  cérébro-spinal,  gradation  dont 
Cl.  Bernard  a  si  bien  signalé  la  significa¬ 
tion  générale.  «  Chaque  fonction,  dit-il 
{discours  de  réception  à  l’Acad.  fran¬ 
çaise),  chaque  fonction  du  corps  possède 
ainsi  son  centre  nerveux  spécial,  véri¬ 
table  cerveau  inférieur  dont  la  com¬ 
plexité  correspond  à  celle  de  la  fonction 
elle-même.  Ce  sont  les  centres  orga¬ 
niques  ou  fonctionnels  qui  ne  sont 
pas  encore  tous  connus,  et  dont  la  phy¬ 
siologie  expérimentale  accroît  tous 
les  jours  le  nombre.  Chez  les  animaux 
inférieurs  ,  ces  centres  inconscients 
constituent  seuls  le  système  nerveux  ; 
mais  dans  les  organismes  élevés,  au- 
dessus  des  centres  nerveux  fonction¬ 
nels,  inconscients,  viennent  se  placer  les  centres  instinctifs  proprement  dits. 
Ils  sont  le  siège  de  facultés  également  innées,  dont  la  manifestation  est  invo¬ 
lontaire,  irrésistible  et  indépendante  de  l’expérience  acquise  (ex.  du  canard 
et  du  castor).  — •  Il  y  a  donc  des  intelligences  innées  :  on  les  désigne  sous  le 
nom  d’instincts.  Ces  facultés  sont  invariables  et  incapables  de  perfectionne¬ 
ment;  elles  sont  imprimées  d’avance  dans  une  organisation  achevée  et 
immuable  et  sont  apportées  toutes  faites  en  naissant,  soit  comme  condi¬ 
tions  immédiates  de  viabilité,  soit  comme  moyens  d’adaptation  à  certains 
modes  d’existence  nécessaires  pour  assurer  le  maintien  de  la  fixité  des 
espèces.  » 

G.  Fonctions  des  parties  grises  et  blanches  de  nouvelle  formation  dans  le  bulbe, 
la  protubérance  et  les  pédoncules  cérébraux.  —  Nous  désignons  sous  ce  nom 
les  parties  qui  ont  été  décrites  aux  pages  464  et  475  de  notre  étude  ana¬ 
tomique.  (Parties  blanches  :  pédoncules  cérébelleux-,  parties  grises  :  forma¬ 
tions  olivaires,  noyaux  rouges,  locus  niger,  etc.) 

a.  Quant  aux  parties  grises  en  question  (olives,  locus  niger,  etc.),  nous  ne 


588  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  bulbe  et  protubérance. 
possédons  sur  leurs  fonctions  aucunes  données  expérimentales  ;  il  a  été  fait 
sur  elles  des  hypothèses  plus  ou  moins  ingénieuses,  plus  ou  moins  vrai¬ 
semblables,  lesquelles  ont  uniquement  pour  base  quelques  faits  indécis 
d’anatomie  comparée,  quelquefois  d’anotomie  pathologique,  mais  jamais 
aucun  résultat  expérimental.  C’est  ainsi  que  Schrôder  van  der  Kolk  a  fait 
des  olives  bulbaires  un  centre  de  coordination  pour  les  mouvements  de  la 
parole;  semblablement  les  olives  protubérantielles  {olives  supérieures, 
fig.  67 ,  p.  468)  seraient  pour  le  même  auteur  un  centre  coordinateur  pour 
le  facial,  c’est-à-dire  pour  l’expression  mimique. 

Quant  à  la  substance  grise  du  locus  niger,  à  celle  des  noyaux  rouges  de 
Stilling,  on  a  usé  de  plus  de  réserve  à  leur  égard,  et,  en  l’absence  de  toute 
donnée  physiologique,  on  s’est  abstenu  de  faire  même  des  hypothèses  sur 
leur  fonction. 

è.Les  parties  blanches  qui,  dans l’isthmede  l’encéphale, viennents’ajouter 
aux  cordons  blancs  médullaires  prolongés,  sont  essentiellement  représen¬ 
tées  par  les  trois  ordres  de  pédoncules  cérébelleux  ;  or,  nous  verrons  bien¬ 
tôt  que  les  fonctions  du  cervelet,  quoique  mal  définies  encore,  sont 
certainement  en  rapport  avec  la  motricité  ;  c’est  pourquoi  les  pédoncules 
cérébelleux  paraissent  présider  à  certaines  coordinations  des  mouvements, 
c’est-à-dire  que  leurs  lésions  ou  leur  excitation  unilatérale  produit  une 
perte  d’équilibre  et  des  mouvements  dans  un  sens  plus  ou  moins  nettement 
déterminé.  Ces  mouvements  (de  roulement,  de  rotation  en  rayon,  de  ma¬ 
nège,  etc.)  ont  été  beaucoup  étudiés  par  les  physiologistes,  sans  que  les  tra¬ 
vaux  entrepris  à  ce  sujet  aient  encore  jeté  une  lumière  parfaite  sur  les  fonc¬ 
tions  des  organes  en  question.  D’après  les  recherches  de  Prévost,  les  diverses 
espèces  de  mouvements  circulaires  observés  chez  les  animaux  peuvent  être 
ramenées  à  deux  groupes,  le  mouvement  de  manège  et  le  mouvement  giratoire 
(ou  roulement  sur  l’axe)  ;  tous  les  autres  mouvements  ne  sont  que  des  va¬ 
riétés  de  ces  deux  groupes.  Brown-Séquard  va  plus  loin  encore  ;  pour  lui 
ces  deux  groupes  ne  sont  eux-mêmes  que  le  dérivé  l’un  de  l’autre  ;  «  Le 
roulement  n’est,  en  général,  qu’une  exagération  du  tournoiement  (mouve¬ 
ment  de  manège),  c’est-à-dire  que  lorsqu’il  y  a  une  diminution  d’intensitéde 
la  cause  qui  produisait  le  roulement,  cette  même  cause  produit  le  tournoie¬ 
ment.  »  Quoi  qu’il  en  soit,  il  importe  de  bien  fixer  le  sens  de  ces  expressions  ;  il 
est  très-facile  de  comprendre  ce  qu’on  entend  par  un  mouvement  de  manège 
de  gauche  à  droite,  car  alors  l’observateur  est  censé  placé  au  centre  du 
cercle  décrit  par  l’animal  ;  mais  il  est  souvent  difficile  de  comprendre  ce 
que  dit  l’observateur  en  parlant  de  roulement  de  gauche  à  droite,  ou  de 
droite  à  gauche.  Ainsi  que  l’a  fait  remarquer  L.  Prévost,  quelques  observa¬ 
teurs  paraissent  avoir  décrit  le  mouvement  en  se  substituant  à  la  place  de 
l’animal  en  expérience  ;  d’autres,  au  contraire,  ont  décrit  sous  le  nom  de 
roulement  le  déplacement  de  l’animal  sur  le  sol  par  rapport  à  un  observa¬ 
teur  regardant  le  train  postérieur  de  l’animal.  C’est  ainsi  que  Vulpian  con¬ 
sidère  le  mouvement  de  rotation  quand  il  fait  la  remarque  que  le  roulement 
se  fait  en  sens  inverse  du  mouvement  de  manège  ou  du  tournoiement.  Nous 
dirons  donc,  pour  bien  fixer  les  termes  que,  «  dans  le  mouvement  de  rota- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  BULBE  ET  PROTUBÉRANCE.  589 

tion  (ou  mouvement  giratoire,  ou  roulement),  l’animal  tourne  autour  d’un 
axe  longitudinal  qui  traverserait  le  corps  dans  sa  longueur  ;  cette  rotation 
commence  par  une  chute  sur  un  côté,  et  le  sens  de  la  rotation  est  déter¬ 
miné  par  le  côté  par  lequel  a  débuté  la  chute  »  (Beaunis).  Enfin,  outre  le 
mouvement  de  manège,  qui  n’a  pas  besoin  d’être  défini,  et  le  mouvement 
de  rotation  proprement  dit  (rotation  sur  l’axe),  on  a  encore  décrit  un  mou¬ 
vement  de  rotation  en  rayon  de  roue.  «  Dans  ce  cas,  l’animal  tourne  autour 
du  train  postérieur  qui  sert  d’axe,  la  tête  se  trouvant  à  la  circonférence  du 
cercle.  Ce  mode  de  rotation  ne  se  produit  du  reste  qu’assez  rarement.  » 

Ces  mouvements  de  rotation  se  produisent  dans  les  cas  de  lésions  expé¬ 
rimentales  ou  pathologiques  des  pédoncules  cérébelleux  ;  ils  sont  varia¬ 
bles  selon  que  tel  ou  tel  pédoncule  a  été  atteint,  et  selon  que  la  lésion  a 
porté  sur  telle  ou  telle  de  ses  parties.  —  1°  La  lésion  d’un  pédoncule  céré¬ 
belleux  moyen  détermine  la  rotation  autour  de  l’axe  ;  si  la  lésion  atteint  la 
partie  postérieure,  la  rotation  se  fait  du  côté  lésé  (Magendie)  ;  si  c’est  la 
partie  antérieure  qui  est  atteinte,  la  rotation  se  faitdu  côté  opposé. —  2°  La 
lésion  des  pédoncules  eérébelleux  inférieurs  ne  produit  que  rarement  des 
mouvements  circulaires,  mais  amène  l’animal  à  prendre  une  attitude  par¬ 
ticulière  et  qui  rentre  dans  l’ordré  général  des  phénomènes  précédents  : 
le  chien,  par  exemple  se  roule  en  cercle  du  côté  de  la  lésion,  c’est-à-dire 
que  le  corps  s’incurve  en  arc  de  ce  côté.  Cette  lésion,  comme  l’a  démontré 
Brown-Séquard,  ne  produit  pas  de  trouble  de  la  sensibilité;  on  ne  peut 
donc  considérer  les  corps  restiformes  (pédoncules  cérébelleux  inférieurs) 
comme  des  voies  centi'ipètes  prolongeant  jusque  dans  le  cervelet  les  con¬ 
ducteurs  sensitifs  de  la  moelle,  ainsi  que  l’avait  pensé  Longet.  —  3°  La 
lésion  d’un  pédoncule  cérébelleux  supérieur  produit  un  mouvement  de 
manège  du  côté  opposé  au  pédoncule  atteint  ;  mais  ce  mouvement  ne  se 
produit  que  quand  on  a  lésé  non-seulement  le  pédoncule  cérébelleux  supé¬ 
rieur  {processus  cerebelli  ad  testes),  mais  encore  une  partie  du  pédoncule 
cérébral  sous-jacent.  Lorsque  le  pédoncule  cérébelleux  est  seul  atteint,  les 
phénomènes  seraient  tout  autres,  d’après  Curschmann  :  cé  physiologiste  a 
expérimenté  sur  des  chiens  en  s’efforçant  de  sectionner  uniquement  l’un 
des  pédoncules  cérébelleux  supérieurs,  avec  des  précautions  opératoires 
pour  l’indication  desquelles  nous  renvoyons  le  lecteur  au  mémoire  original. 
Dans  ces  conditions,  il  a  vu  l’animal  tomber  sur  le  côté  correspondant  du 
corps  (n’oublions  pas  que  les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs  s’entre¬ 
croisent  avant  d’arriver  aux  noyaux  encéphaliques,  lesquels  agissent  d’une 
façon  croisée  sur  la  périphérie,  de  sorte  que  ce  double  entre-croisement  se 
détruit)  et  rester  dans  cette  attitude  jusqu’au  moment  delà  mort;  essayait- 
on  de  le  coucher  sur  le  ventre,  il  tournait  sur  lui-même  dès  qu’on  cessait 
de  le  maintenir  et  il  reprenait  sa  première  attitude.  Ce  n’est  que  lorsque  la 
lésion  avait  atteint  en  outre  les  hémisphères  cérébelleux  ou  la  protubé¬ 
rance,  que  l’on  voyait  survenir  des  mouvements  de  rotation  en  même 
temps  que  les  yeux  se  déviaient. 

L’opinion  la  plus  vraisemblable]  pour  expliquer  les  mouvements  de  ro¬ 
tation  déterminés  par  les  lésions  unilatérales  d’une  partie  de  l’encéphale, 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.—  CERVELET. 


est  celle  qui  fait  dépendre  ces  mouvements  d’une  tendance  au  vertige, 
provoquée  par  la  rupture  de  l’équilibre  fonctionnel  des  deux  moitiés  symé¬ 
triques  de  la  région  de  l’encéphale  qui  est  lésée,  soit  qu’on  admette,  dans 
chacun  des  pédoncules  de  chaque  côté,  l’existence  d’une  force  tendant  à 
faire  tourner  l’animal  dans  un  sens,  soit  qu’au  lieu  de  forces  excitatrices, 
on  admette  l’existence  de  forces  modératrices  dans  chaque  ordre  de  pédon¬ 
cules  ;  en  tout  cas,  comme  une  simple  piqûre  peut  produire  les  mouve¬ 
ments  de  roulement  et  que  dans  ce  cas  l’abolition  des  fonctions  de  la  par¬ 
tie  piquée  ne  saurait  être  mise  en  question,  il  semble  plus  rationnel  d’ad¬ 
mettre,  d’une  manière  générale,  que  ces  phénomènes  sont  dus  à  une 
excitation,  plutôt  qu’à  une  paralysie  (suppression  de  fonction)  des  pédon¬ 
cules.  Les  expériences  instituées  à  ce  sujet  par  Vulpian  ont  fait  connaître  un 
certain  nombre  de  faits  non  signalés  as'ant  lui,  entre  autres  la  coexistence 
assez  fréquente  de  la  tendance  au  mouvement  de  rotation  sur  l’axe  lon¬ 
gitudinal  du  corps,  avec  la  tendance  au  mouvement  de  rotation  en  circuit 
plus  ou  moins  restreint,  observation  que  Vulpian  a  faite  sur  les  mammi¬ 
fères,  les  têtards  de  grenouille,  les  grenouilles  elles-mêmes  et  les  poissons, 
et  qui  a  été  plus  tard  faite  aussi  par  Baudelot  sur  ces  derniers  animaux. 
C’est  qu’en  effet  les  mouvements  de  rotation  produits  par  des  lésions  uni¬ 
latérales  del’isthme  encéphalique  sont  aussi  apparents  chez  les  vertébrés  infé¬ 
rieurs  que  chez  les  mammifères  :  ce  sont  tantôt  des  mouvements  de  manège, 
tantôt  un  mouvement  giratoire  ou  de  rotation  sur  l’axe.  D’après  les  recher¬ 
ches  récentes  de  Prévost,  le  sens  du  mouvement  sur  l’axe  est  le  même  que 
celui  de  manège,  et  ces  deux  mouvements  s’exécutent  dans  le  sens  indiqué 
par  la  déviation  des  yeux.  Si  le  sens  de  la  rotation  est  variable  dans  ce  cas, 
suivant  le  point  de  l’isthme  qui  a  été  atteint,  c’est  que  les  entre-croisements 
des  fibres  nerveuses  ne  sont  pas  encore  complets  au  niveau  de  l’isthme; 
ils  se  complètent  à  mesure  que  l’on  monte  vers  les  noyaux  des  hémisphè¬ 
res.  Enfin,  Prévost  a  remarqué  qu’il  n’est  pas  rare  d’observer,  pendant  les 
premiers  moments  qui  suivent  l’opération,  un  mouvement  de  manège  dans 
le  sens  opposé  à  celui  qui  s’établit  définitivement  quelques  instants  plus 
tard. 

Cervelet.  —  Nous  ferons  suivre  l’étude  des  fonctions  des  pédoncules 
cérébelleux  de  celle  de  la  physiologie  du  cervelet,  vu  les  grandes  analogies 
qui  existent  entre  les  phénomènes  que  produisent  les  lésions  de  ces  organes 
voisins. 

L’ablation  du  cervelet  sur  des  pigeons  produit  une  véritable  ataxie  des 
mouvements.  «  Les  mouvements  volontaires  ne  sont  pas  abolis,  mais  ils 
se  font  sans  règle  et  d’une  façon  incertaine  ;  l’animal  s’agite  continuelle¬ 
ment,  mais  il  ne  peut  ni  marcher,  ni  voler,  et  le  trouble  et  le  désordre  des 
mouvements  sont  d’autant  plus  prononcés  que  l’extirpation  est  plus  com¬ 
plète  ))(Beaunis).  Cette  expérience,  qui  réussit  moins  bien  sur  d’autres  ani¬ 
maux,  même  de  la  classe  des  oiseaux,  nous  démontre  en  tout  cas  les  deux 
faits,  en  partie  négatifs,  qui  constituent  ce  que  nous  savons  de  plus  précis 
sur  les  fonctions  du  cervelet  :  1“  cette  masse  encéphalique,  relativement  si 
considérable  sur  les  animaux  supérieurs,  ne  prend  cependant  aucune  part 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N. —  CERVELET.  591 

aux  fonctions  intellectuelles  proprement  dites,  aux  manifestations  de  la  sen¬ 
sibilité,  de  la  mémoire,  de  la  volonté  ;  2“  les  fonctions  du  cervelet  sont  en 
rapport  avec  la  motricité. 

1°  Le  cervelet  ne  prend  aucune  part  aux  actes  de  l’intelligence  pi-opre- 
ment  dite.  Mais  ne  joue-t-il  aucun  rôle  dans  le  mécanisme  de  certains 
instincts?  On  sait  que  Gall  faisait  du  cervelet  le  centre  de  V amour  phy- 
sique,  de  la  passion  érotique.  Malgré  des  expériences  et  des  observations 
contradictoires  de  Leuret,  de  Ségalas,  de  Gombette  et  de  Vulpian,  nous 
voyons  plusieurs  arguments  empruntés  à  l’expérimentation  et  à  la  clinique 
par  Budge,  Valentin,  Wagner,  Lussana,  apporter  peut-être  quelque  appa¬ 
rence  de  réalité  à  l’hypothèse  de  Gall,  et  assigner,  mais  au  lobe  moyen  seu¬ 
lement  (plus  constant  dans  la  série  animale),  un  rôle  important  dans  les 
manifestations  et  l’exercice  de  l’instinct  génital. 

2“  C’est  essentiellement  comme  appareil  coordinateur  des  mouvements, 
que  le  cervelet  paraît  jouer  un  rôle  important.  C’est  ce  qui  résultait  déjà 
anciennement  des  expériences  de  Rolando  et,  plus  tai’d,  des  recherches  si 
nombreuses  de  Flourens  ;  c’est  ce  que  confirme  l’expérience  ■  sus-indiquée 
sur  le  pigeon.  Cette  manière  de  voir  a  été  adoptée  aujourd’hui  par  la  plu¬ 
part  des  physiologistes  ;  mais  quant  au  mode  de  fonctionnement  de  cet 
appareil  coordinateur,  quant  aux  localisations  de  ses  divers  éléments,  nous 
n’avons  encore,  à  ce  sujet,  que  des  résultats  peu  significatifs. 

D’une  part,  on  ne  saurait  plus  aujourd’hui  regarder  le  cervelet  comme 
le  centre  de  la  sensibilité  musculaire,  ainsi  que  Lussana  l’énonçait  récem¬ 
ment  encore;  on  ne  peut  pas  non  plus  admettre,  avecLuys,  qu’il  soit  l’ori¬ 
gine  de  la  force  motrice,  de  «  cette  force  nerveuse  spéciale  qui  se  dépense 
en  quelque  point  que  ce  soit  de  l’économie,  chaque  fois  qu’un  effort  mo¬ 
teur  involontaire  se  produit  »,  car  ce  serait  là  ou  bien  se  payer  de  mots, 
ou  bien  méconnaître  étrangement  le  rôle  des  actes  réflexes  médullaires. — 
D’autre  part,  les  faits  expérimentaux  ne  nous  donnent  que  des  renseigne¬ 
ments  négatifs  sur  les  fonctions  des  parties  grises  des  hémisphères  céré¬ 
belleux,  car  les  troubles  de  la  coordination  locomotrice  ne  se  manifestent 
que  si  les  parties  profondes  du  cervelet  ont  été  lésées  ;  bien  plus,  Vulpian 
etPbilippeaux  n’ont  produit  aucun  trouble  de  locomotion  sur  les  poissons 
par  l’ablation  du  cervelet.  Rappelons  enfin  que  la  physiologie  de  la  moelle 
et  du  bulbe  nous  a  fourni  presque  tous  les  éléments  suffisants  pour  nous 
rendre  compte  du  mécanisme  réflexe  de  la  locomotion,  et  nous  compren¬ 
drons  alors  combien  est  encore  problématique  la  physiologie  du  cervelet. 
—  Des  recherches  plus  récentes,  entreprises  parallèlement  aux  essais  d’ex¬ 
citation  directe  de  la  substance  grise  des  hémisphères,  ont  peut-être  ou¬ 
vert  la  voie  qui  permettra  de  porter  directement  l’expérimentation  sur  la 
lamelle  grise  des  feuillets  cérébelleux  ;  mais  ces  expéi’iences,  notamment 
celles  de  Nothnagel,  nous  laissent  également  indécis  sur  la  nature  précise 
des  fonctions  à  attribuer  au  cervelet.  En  effet,  d’une  part,  cet  auteur  ar¬ 
rive  à  ces  résultats,  à  savoir  que  le  cervelet  est  excitable  mécaniquement 
par  des  piqûres  d’épingle,  et  qu’on  peut  ainsi  déterminer  des  phénomènes 
de  mouvement  en  portant  ces  excitations  sur  diverses  parties  des  hémi- 


592  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  tuberc.  quadrijumeaux. 
sphères  et  du  vermis,  sans  qu’il  soit  nécessaire  d’atteindre  les  parties 
profondes  avoisinant  les  expansions  pédonculaires  ;  mais,  d’auti-e  part, 
après  avoir  constaté  que  l’irritation  mécanique  d’un  hémisphère  provoque 
des  mouvements  d’abord  dans  le  même  côté  du  corps,  puis  dans 
l’autre,  et  que  l’excitation  du  vermis  sur  la  ligne  médiane  produit  des 
mouvements  bilatéraux,  le  même  physiologiste  est  forcé  de  reconnaître 
que  la  destruction  de  la  plus  grande  partie  d’un  hémisphère,  et  même  de 
la  plus  grande  partie  des  deux  hémisphères  peut  avoir  lieu  sans  amener 
aucune  manifestation  particulière.  En  portant  l’excitation  électrique  sur  le 
cervelet,  chez  le  lapin,  D.  Ferrier  pense  avoir  démontré  que  ce  centre 
nerveux  coordonne  les  mouvements  des  globes  oculaires  :  en  effet,  dit-il, 
l’application  des  électrodes  sur  la  partie  antérieure  de  l’un  des  lobes  laté¬ 
raux  s’accompagne  de  nystagmus. 

Tubercules  quadrijumeaux.  —  Les  excitations  portées  dans  la  région  des 
tubercules  quadrijumeaux  donnent  lieu  à  des  troubles  du  mouvement 
(Serres,  Flourens),  mais  ces  effets  paraissent  tenir  à  ce  que  les  pédoncules 
cérébraux,  ou  tout  au  moins  les  pédoncules  cérébelleux  supérieurs  sont 
fatalement  atteints  dans  les  expériences  de  ce  genre.  C’est  qu’en  effet  les 
blessures  des  pédoncules  cérébraux  et  même  celles  des  hémisphères  céré¬ 
braux  (dont  ils  représent  les  fibres  afférentes  et  efférentes)  produisent  aussi, 
soit  dit  en  passant,  des  mouvements  de  rotation  qui,  du  reste,  rentrent 
tous  dans  la  variété  des  mouvements  de  manège,  le  cercle  décrit  étant 
plus  ou  moins  grand.  D’après  les  expériences  de  Prévost,  ce  mouvement 
de  manège  aurait  lieu,  dans  ce  cas,  invariablement  du  côté  de  l’hémisphère 
lésé.  Ce  mouvement  devient  plus  manifeste  quand  on  atteint  les  couches 
profondes  de  l’hémisphère  (corps  strié,  couches  optiques  et  enfin  pédon¬ 
cule  cérébral).  Il  n’y  a  donc  pas  à  parler  avec  certitude  des  tubercules 
quadrijumeaux,  comme  organes  coordinateurs  des  mouvements  généraux. 
—  Il  en  est  tout  autrement  de  leur  fonction  relativement  à  la  coordination 
des  mouvements  particuliers  des  globes  oculaires  ;  toutes  les  expériences 
établissent,  d’une  manière  concordante,  que  les  tubercules  quadrijumeaux, 
dont  l’anatomie  établit  si  nettement,  du  moins  pour  les  tubercules  anté¬ 
rieurs,  les  relations  avec  les  nerfs  optiques,  sont  les  centres  réflexes  des 
mouvements  de  l’iris,  des  mouvements  de  l’accommodation,  c’est-à-dire 
des  mouvements  intra-oculaires,  d’une  part,  et,  d’autre  part,  des  mouve¬ 
ments  du  globe  en  totalité.  Si  on  enlève  à  un  pigeon  toutes  les  parties  de 
l’encéphale  situées  au-dessus  et  en  avant  des  tubercules  quadrijumeaux, 
l’animal,  du  moment  que  ces  tubercules  sont  intacts,  ainsi  que  leurs  con¬ 
nexions  avec  les  nerfs  optiques,  les  pédoncules  cérébraux  et  la  protubé¬ 
rance,  l’animal  présente  encore  des  contractions  de  l’iris  sous  l’influence 
des  variations  de  lumière  :  il  suit  de  l’œil  et  de  la  tête  une  flamme  brillante 
qu’on  fait  mouvoir  devant  lui.  D’après  Adamuck,  «  l’excitation  du  tuber¬ 
cule  antérieur  droit  produit  la  rotation  à  gauche  des  deux  yeux  ;  si  la  par¬ 
tie  antérieure  est  seule  excitée,  les  lignes  du  regard  se  dirigent  horizontale¬ 
ment  ;  si  c’est  la  partie  moyenne,  les  lignes  du  regard  se  dirigent  en  haut 
et  la  pupille  devient  plus  large  ;  si  l’excitation  porte  plus  en  arrière,  cette 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTEME  N.  —  COUCHE  OPTIQUE.  593 

position  s’unit  avec  la  convergence  des  deux  yeux  ;  enfin,  si  la  partie  tout 
à  fait  postérieure  est  excitée,  la  convergence  augmente ,  les  lignes  de  re¬ 
gard  se  dirigent  en  bas  et  la  pupille  se  rétrécit  »  (Beaunis).  Aux  mouvements 
oculaires  que  produit  l’excitation  des  tubercules  quadrijumeaux  se  joignent 
souvent  des  mouvements  des  membres  et  du  tronc,  peut-être  tout  simple¬ 
ment  parce  que  le  courant  électrique  (excitation  électrique)  est  allé 
atteindre  les  parties  sous-jacentes.  C’est  ainsi,  sans  doute,  que  dans  ses  expé¬ 
riences  Ferrier  a  observé  que  l’excitation  électrique  des  tubercules  quadri¬ 
jumeaux  (chez  le  chien)  provoque  instantanément  un  violent  opisthotonos 
avec  serrement  des  mâchoires,  dilatation  des  deux  pupilles.  En  agissant 
isolément  sur  chaque  tubercule,  on  obtient  des  effets  croisés  et  bilatéraux  ;  ' 
l’irritation,  sur  un  lapin,  du  tubercule  antérieur  droit  produit  la  dilatation 
des  deux  pupilles,  l’extension  de  la  nuque,  du  dos  et  des  jambes,  mais  les 
membres  gauches  s’étendent  plus  fortement  que  les  droits. 

Couches  optiques.  —  La  physiologie  des  couches  optiques  est  encore 
aujourd’hui  entourée  d’obscurité,  malgré  les  travaux  nombreux  dont  ces 
gros  noyaux  encéphaliques  ont  été  l’objet.  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  sur 
l’étude  des  mouvements  de  manège  ou  de  rotation  que  leurs  lésions 
peuvent  amener,  parce  que  ces  troubles  du  mouvement  peuvent  être  dus  à 
ce  que  la  lésion  a  atteintiCn  même  temps  les  pédoncules  cérébraux  sous- 
jacents,  ou  les  pédoncules  cérébelleux  qui  pénètrent  les  couches  optiques. 
Nous  ne  nous  arrêterons  pas  non  plus  à  discuter  l’opinion  de  Serres  qui 
plaçait  dans  les  couches  optiques  les  centres  des  mouvements  des  membres 
antérieurs  et  dans  les  corps  striés  ceux  des  mouvements  des  membres 
postérieurs  ;  ni  les  faits  expérimentaux  ni  les  faits  cliniques  n’ont  confirmé 
cette  manière  de  voir. 

Aujourd’hui  deux  opinions  principales,  et  qui  ne  sont  pas  sans  rapport 
i’une  avec  l’autre,  méritent  principalement  d’être  indiquées  ici  relative¬ 
ment  aux  fonctions  des  couches  optiques  :  c’est  l’opinion  de  Luys,  en 
France,  celle  de  Meynert,  en  Allemagne. 

D’après  Luys,  nous  l’avons  dit  précédemment,  la  couche  optique  est 
formée  par  quatre  noyaux  gris  placés  superficiellement  et  qui,  d’après 
leur.situation  et  leurs  rapports  anatomiques,  sont  classés  par  cet  auteur  en  : 

—  1'  Noyau  antérieur  ;  du  volume  d’un  gros  pois,  ce  noyau  reçoit  les 
fibres  blanches  qui  composent  le  tænia  semi-circulaire  et  qui,  par  leur 
■extrémité  inférieure,  plongeraient  dans  un  ganglion  olfactif  placé  dans  le 
point  où  la  racine  blanche  externe  de  l’olfactif  pénètre  dans  la  substance 
cérébrale  (derrière  l’origine  de  la  scissure  de  Sylvius)  ;  ce  noyau  antérieur 
■serait  donc,  dit  Luys,  en  rapport  avec  la  réception  et  l’élaboration  des  im¬ 
pressions  olfactives.  —  2°  Noyau  moyen;  plus  volumineux  que  le  précédent 
et  placé  immédiatement  derrière  lui,  ce  noyau  serait  en  connexion  avec 
les  corps  genouillés,  c’est-à-dire  avec  les  nerfs  optiques,  et  il  serait  un 
lieu  d’élaboration  des  sensations  visuelles,  qui  de  là  seraient  transmises 
■dans  les  circonvolutions  des  régions  antérieures  et  externes  du  cerveau  (?) 

—  3°  Noyau  médian;  placé  profondément  dans  l’épaisseur  des  couches 
optiques,  ce  centre  recevrait  la  plupart  des  fibres  centripètes  médullaires, 

HOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  -  38 


594  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  couche  optique. 
et,  par  suite,  les  impressions  de  la  sensibilité  générale.  —  4“  Noyau  posté¬ 
rieur  ;  placé  en  arrière  et  un  peu  au-dessus  du  précédent,  ce  centre  serait 
spécialement  destiné  à  recevoir  les  impressions  acoustiques.  —  La  couche 
optique,  avec  ses  centres  distincts  pour  chaque  espèce  de  sensibilité,  se¬ 
rait  donc  un  lieu  deréception  des  impi’essions  sensitives  :  «  les  impressions 
sensorielles,  dit  Luys^  soit  qu’elles  émanent  des  plexus  de  la  périphérie 
sensorielle,  soit  qu’elles  soient  irradiées  des  différents  appareils  de  la  vie 
végétative,  traversent  la  série  de  ganglions  qui  se  trouvent  sur  le  trajet  des 
différents  nerfs  sensitifs  et  y  subissent  des  modifications  successives.  Après 
avoir  été  ainsi  successivement  perfectionnées  et  épurées,  ces  impressions 
viennent  toutes  se  concentrer  dans  les  cellules  ganglionnaires  des  différents 
centres  de  la  couche  optique.  Ces  noyaux  absorbent  ces  impressions,  les 
travaillent  en  quelque  sorte,  en  leur  faisant  subir  une  action  métabolique 
qui,  en  leur  donnant  une  forme  nouvelle,  les  rend  plus  perfectionnées  et 
plus  assimilables  pour  les  éléments  de  la  substance  corticale  où  elles  vont 
se  répartir.  »  Peut-êti’e  le  lecteur  sera-t-il  plus  heureux  que  nous,  et 
pourra-t-il  comprendi’e  le  but  et  le  mécanisme  de  cette  sorte  de  digestion 
des  impressions  sensitives.  Pour  notre  part,  nous  concevons  bien  que 
sur  le  trajet  des  conducteurs  sensitifs  se  trouvent  interposées  des  masses 
centrales  dans  lesquelles  ces  impressions  donnent  lieu  à  des  actes  réflexes 
plus  ou  moins  complexes,  plus  ou  moins  coordonnés;  qu’il  y  ait  là  éla¬ 
boration,  on  peut  le  dire,  puisque,  en  un  mot,  la  sensation  y  est  transfor¬ 
mée  en  mouvement  ;  mais  nous  ne  saurions  même  entrevoir  la  nécessité 
de  cette  élaboration,  de  cette  transformation  métabolique  des  sensations,  ■ 
du  moment  qu’elles  restent  sensations  et  doivent  achever  de  parcourir 
leur  trajet  comme  excitations  centripètes  jusqu'aux  centres  perceptifs 
proprement  dits,  c’est-à-dire  jusqu’à  la  substance  grise  des  hémisphères. 
—  Enfin,  nous  devons  ajouter  que  la  théorie  de  Luys  sur  les  fonctions  des 
couches  optiques  est  principalement  déduite  de  connexions  anatomiques 
dont  la  plupart  sont  encore  très-hypothétiques,  dont  quelques-unes,  et  no-, 
tamment  les  connexions  centrales  des  nerfs  olfactifs,  sont  tout  autres  que 
celles  conçues  par  l’auteur. 

Les  faits  pathologiques  invoqués  à  l’appui  de  cette  théorie  sont  difficiles  à 
interpréter,  parce  que  les  lésions  des  couches  optiques  atteignent,  soit  di¬ 
rectement,  ,  soit  indirectement,  les  faisceaux  blancs  (capsule  opto-striée  : 
voy.  ci-dessus,  p.  473]  situés  en  dehors  d’elles,  et  qu’il  paraît  bien  démontré  : 
aujourd’hui  que  ces  faisceaux  blancs  sont  des  conducteurs  des  impressions 
sensitives.— Nous  en  dirons  autant  des  lésions  expérimentales  produitês  par 
E.  Fouvnié  sur  des  animaux,  en  pratiquant  des  injections  interstitielles 
selon  le  procédé  général  déjà  indiqué  par  Beaunis:  en -injectant,  après  perfo¬ 
ration  du  crâne,  dans  la  substance  cérébrale,  quelques  gouttes  d’une  solution 
caustique  de  chlorure  de  zinc,  colorée  en  bleu  avec  de  l'aniline,  ou  une  so¬ 
lution  concentrée  de  soude  caustique  colorée  avec  du  carmin,  on  produit 
sur  des, chiens. des  troubles  divers  qui  ont  été  soigneusement  notés;  puis,  • 
l’animal  ayant  été  sacrifié  et  autopsié,  les  résultats  de  l’observation  des 
symptômes  ont  été  disposés  sous  forme  de  tableau  en  regard  des  lésions  re-  : 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  COUCHE  OPTIQUE.  595 

connues  à  l’autopsie.  De  trente-six  expériences  de  ce  genre,  Fournié  conclut 
que  les  couches  optiques  sont  des  centres  de  perception.  Le  sentiment,  dit 
Fournié,  a  été  aboli  cinq  fois  sur  sept  lorsqu’il  y  a  eu  destruction  totale 
d’une  couche  optique  ;  le  sens  de  l’odorat  a  été  aboli  par  la  lésion  de  la 
partie  antérieure  des  couches  optiques  ;  le  sens  de  l’ouïe  a  été  détruit  avec 
la  lésion  du  tiers  postérieur  de  la  couche  optique.  Mais  ces  injections  de 
substances  caustiques  sont  passibles  d’une  objection  capitale  :  non-seule¬ 
ment  le  caustique  détruit  la  partie  dans  laquelle  il  est  déposé,  mais  il  étend 
son  action  sur  les  parties  voisines  et  jusqu’à  une  distance  qu’il  est  im¬ 
possible  de  préciser,  de  telle  sorte  que  ces  lésions  prétendues  localisées 
sont  au  contraire  extrêmement  diffuses  et  qu’il  est  impossible  d’en  tirer 
des  déductions  rigoureuses.  Comme  preuve  de  cette  extension  extrême  de 
l’action  du  caustique,  nous  nous  contenterons  de  citer  les  lignes  suivantes  ■ 
empruntées  au  mémoire  même  de  Fournié:  «  Dans  les  observations  clini¬ 
ques,  on  ne  voit  jamais  la  destruction  d’une  seule  couche  optique  entraîner 
avec  elle  la  perte  du  sentiment;  cette  abolition  ne  se  manifeste  que  lorsque 
les  deux  couches  optiques  sont  complètement  détruites.  Nous  ne  pouvons 
attribuer  cette  différence  qu’à  la  manière  dont  la  lésion  est  produite  dans 
les  deux  cas  :  les  couches  optiques  sont  unies  l’une  à  l’autre  par  un  pro¬ 
longement  transversal  de  leur  propre  substance,  qui,  chez  le  chien,  est  re¬ 
lativement  très -volumineux.  Ür  il  n’est  pas  possible  d’admettre  que,  dans 
ces  conditions,  l’injection  caustique  borne  son  action  à  un  seul  côté;  soit 
que,  par  une  sorte  de  rayonnement,  l’influence  du  caustique  s’étende  jus¬ 
qu’au  côté  opposé,  soit  que  la  destruction  des  vaisseaux  sanguins  et  des 
tissus  d’un  côté  retentisse  dans  la  partie  homologue  du  côté  opposé,  il 
n’en  est  pas  moins  vrai  que  cette  influence  est  réelle,  car  toutes  les  fois  que 
nous  avons  détruit  une  couche  optique,  nous  avons  trouvé  celle  du  côté 
opposé  fortement  injectée  ou  ramollie.  »  (Fournié,  op.  cit.,  p.  81  et  82.) 

D’autres  expérimentateurs  ont  entrepris  des  recherches  semblables  en 
faisant  usage  de  liquides  caustiques  à  action  peut-être  moins  diffuse..  C’est 
ainsi  que  H.  Nothnagel  a  expérimenté  en  injectant,  au  moyen  d’une  se¬ 
ringue  de  Pravaz,  dans  les  centres  nerveux  une  fraction  de  goutte  d’acide 
chromique  ;  il  a  fait  notamment  plus  de  quarante  expériences  de  ce  genre  : 
sur  les  couches  optiques.  Ces  lésions  ont  donné  lieu  à  quelques  troubles 
moteurs  mal  définis  ;  jamais  il  n’a  eu  à  observer  d’anesthésie,  mais  peut- 
être  parfois  un  peu  d’hyperalgésie  du  côté  opposé  à  la  lésion. 

Meynert,  d’après  des  considérations  anatomiques,  fait  des  couches  opti- , 
ques  un  centre  réflexe  des  mouvements  inconscients.  D’après  cet  auteur  et 
d’après  Wundt,  «  les  couches  optiques  se  comporteraient  ayec  la  surface  ; 
sensible  tactile  comme  les  tubercules  quadrijumeaux  avec  le  nerf  optique  ; 
elles  seraient  les  centres  de  relation  des  impressions, tactiles  et  des  mouve¬ 
ments  de  locomotion.  Les  impressions  tactiles  (etmusculaires?)  ainsi  trans¬ 
mises  à  la  couche  optique  seraient  inconscientes  et  provoqueraient  seule- . 
ment ,  par  action  réflexe,  des  mouvements  de  certains  groupes  de  muscles. . 
Les  transmissions  motrices  qui  partent  des  couches  optiques  subiraient 
un  entre-croisement  partiel.  »  (Beaunis,  Physiologie,  p.  1002). 


596  NERFS.  —  physiologie  du  système  n,  —  hémisphères  cérébraux. 

CORPS  STRIÉS.  —  Les  corps  striés  sont  incontestablement  des  centres  mo¬ 
teurs  ;  à  part  l’opinion  d’Audiffrent,  appuyée  sur  une  observation  cliniquede 
Sémerie,  et  d’après  laquelle  la  partie  externe  du  corps  strié  serait  le  centre 
des  perceptions  de  chaleur,  tous  les  physiologistes  ont  toujours  été  d’ac¬ 
cord  pour  faire  des  corps  striés  des  centres  des  mouvements  des  membres  ; 
les  divergences  se  sont  produites  seulement  quand  on  a  voulu  en  faire 
les  centres  de  certains  mouvements  particuliers  ;  c’est  ainsi  que  Serres  en 
faisait  les  centres  des  mouvements  des  membres  abdominaux;  c’est  ainsi 
que  Magendie  admettait  dans  les  corps  striés  un  centre  présidant  aux  mou¬ 
vements  de  recul.  Aujourd’hui  on  a  renoncé  à  ces  distinctions  trop  subtiles, 
en  désaccord  avec  les  résultats  expérimentaux  et  cliniques,  mais  on  a  nette¬ 
ment  établi  que  les  corps  striés  donnent  passage  et  peut-être  naissance 
aux  fibres  qui  commandent  les  mouvements  volontaires.  Chez  l’homme,  la 
lésion  du  corps  strié  droit  s’accompagne  toujours  d’une  paralysie  du  mou¬ 
vement  du  côté  gauche,  et  vice  versa.  Les  recherches  expérimentales  amè¬ 
nent  à  la  même  conclusion,  pour  le  noyau  caudé  (extra-ventriculaire) 
comme  pour  le  noyau  lenticulaire  (intra- ventriculaire).  Nothnagel  a 
observé,  chez  les  lapins,  qu’après  la  destruction  des  noyaux  lenticulaires, 
l’animal  est  privé  du  mouvement  volontaire;  il  admet,  en  conséquence, 
que  ces  noyaux  constituent  un  carrefour  où  passent  les  nerfs  des  impul¬ 
sions  psycho-motrices.  Les  résultats  sont  les  mêmes  pour  les  noyaux  cau- 
•dés.  D’après  Ferrier,  l’application  des  électrodes  sur  ces  noyaux  détermine 
chez  le  chien  un  pleurosthotonos  très-énergique.  Carville  et  Duret  ont  pra¬ 
tiqué  avec  succès  l’extirpation  complète  du  noyau  et  ont  produit  une  para¬ 
lysie  du  mouvement,  une  hémiplégie  dans  le  côté  opposé. 

HÉMISPHÈRES  cÉRÉBAüx.  —  Les  hémisphères  cérébraux  sont  les  organes 
qui,  sous  l’influence  des  sensations  amenées  par  les  diverses  voies  nerveuses 
centripètes,  deviennent  le  siège  de  phénomènes  centraux  dont  les  mani¬ 
festations  périphériques  sont  désignées  sous  les  noms  de  manifestations  de 
l’instinct,  de  V intelligence,  de  la  volonté. 

Les  vivisections  sont  on  ne  peut  plus  explicites  à  ce  sujet,  et  les  belles 
expériences  de  Flourens  ont  montré  de  la  manière  la  plus  évidente  qu’un 
animal  privé  de  ses  lobes  cérébraux  prend  un. air  assoupi,  n’a  plus  de 
volonté  par  lui-même,  ne  se  livre  plus  à  aucun  mouYement  spontané. 
Ouand  on  le  frappe,  quand  on  le  pique,  il  se  meut  comme  un  animal  qui  se 
réveille,  mais  ces  mouvements  offrent  un  caractère  automatique,  c'est-à- 
dire  qu’ils  sont  directement  en  rapport  avec  le  genre  d’excitation  produite 
et  ne  présentent  jamais  ces  mille  variétés  capricieuses  des  mouvements  de 
f  animal  intact.  Si  c’est  un  oiseau,  il  ne  vole  que  quand  on  le  jette  en  l’air, 
soutient,  par  quelques  battements  d’aile,  sa  chute  vers  la  terre,  et  puis 
retombe  dans  son  immobilité.  Si  c’est  une  grenouille,  elle  ne  saute  que 
quand  on  la  touche.  Ainsi  les  excitations  portées  sur  ces  animaux  produi¬ 
sent  bien  des  réactions;  mais,  ne  se  combinant  pas  avec  des  sensations 
antérieurement  perçues,  les  réactions  qu’elles  produisent  n’ont  plus  aucun 
caractère  de  phénomènes  raisonnés,  voulus,  de  phénomènes  intellectuels, 
en  un  mot.  L’animal  s’échappe  sans  but;  il  n’a  plus  de  mémoire  et  va  se 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈ.WE  N.  —  HÉMISPHÈRES  CEREBRAUX.  597 

heurter  à  plusieurs  reprises  et  indéfiniment  au  même  obstacle.  Un  pigeon 
privé  de  ses  lobes  cérébraux  mourra  de  faim  auprès  d’un  tas  de  graines 
qui  composaient  sa  nourriture  ordinaire  ;  si  même  on  plonge  son  bec  et  sa 
tête  au  milieu  de  ces  graines,  il  n’aura  jamais  l’idée  de  les  saisir  avec  son 
bec  ;  ce  n’est  pas  que  ces  objets  ne  fassent  impression  sur  sa  rétine,  car  il 
suit  encore  de  l’œil  une  lumière  qu’on  promène  devant  lui  ;  mais  les  sensa¬ 
tions  lumineuses  ne  viennent  plus  se  combiner  à  la  sensation  générale  de 
faim,  pour  donner  naissance  à  cette  idée,  résultat  de  l’instinct  ou  de  l’expé¬ 
rience,  à  savoir  que  la  faim  sera  calmée  par  l’ingestion  de  ces  graines.  Mais 
si  l’on  introduit  ces  graines  au  fond  du  bec  de  l’animal,  leur  présence  excite 
les  actes  réflexes  qui  ont  pour  origine  la  sensibilité  de  la  région,  les  graines 
sont  dégluties,  puis  digérées.  On  peut  ainsi  consei’ver  longtemps  les  oiseaux 
privés  de  leurs  lobes  cérébraux,  à  condition  de  suppléer  à  tous  les  actes 
instinctifs  dont  ils  ont  perdu  l’organe. 

Onimus  a  bien  étudié  ce  caractère  de  nou-spontanéité  que  présentent  les 
mouvements  chez  les  animaux  inférieurs  (grenouilles)  après  ablation  des 
hémisphères  cérébraux.  Cette  ablation  ne  rend  impossible  aucun  des  mou¬ 
vements  que  peut  effectuer  l’animal  intact,  mais  ces  mouvements  présen¬ 
tent  alors  des  caractères  particuliers  :  ils  sont  plus  réguliers,  parce  qu’aucune 
influence  psychique  ne  venant  les  modifier,  l’appareil  locomoteur  est  mis 
en  jeu  sans  entraves.  De  plus,  les  mouvements  qui  s’exécutent  alors  se  font 
fatalement  après  certaines  excitations  ;  ils  ne  peuvent  plus  ne  pas  se  faire  : 
il  faut  que,  par  exemple,  la  grenouille  mise  dans  l’eau  nage,  et  que  le 
pigeon  jeté  en  l’air  vole.  La  grenouille  continue  son  mouvement  de  natation 
jusqu’à  ce  qu’elle  rencontre  un  obstacle  :  on  dirait  un  ressort  qui  a  besoin, 
pour  agir,  d’une  première  impulsion  et  qui  s’arrête  à  la  moindre  résistance 
(Onimus). 

Mais  si  nous  constatons  que  l’intelligence,  l’instinct,  la  volonté  ont  pour 
siège  les  hémisphères  cérébraux,  il  devient  plus  difficile  de  préciser  le  méca¬ 
nisme  intime  de  ces  phénomènes,  surtout  lorsqu’on  en  aborde  l’analyse  chez 
des  animaux  supérieurs  où  apparaissent  à  un  plus  haut  degré  les  actes  intel¬ 
lectuels  les  plus  complexes  Ails  phénomènes  psychiques.  Il  est  bien  évident  que 
tous  ces  actes,  par  le  fait  même  de  leur  origine  première  (sensation),  de  la 
manière  dont  sont  reliées  ces  origines  premières  (mémoire  des  sensations  pré¬ 
cédentes),  et  enfin  par  leurs  manifestations  définitives  (mouvements  volon¬ 
taires,  volonté),  tous  ces  actes  intellectuels  ou  psychiques  se  réduisent  à  des- 
phénomènes  de  perception  sensitive,  de  mémoire,  et  de  transforination  de  sen¬ 
sibilité  en  mouvement,  c’est-à-dire  en  définitive  à  des  actes  nerveux  réflexes 
plus  compliqués  que  ceux  que  nous  avons  étudiés  dans  les  autres  parties 
du  système  nerveux.  Mais  en  comparant  ces  actes  réflexes  cérébraux  aux 
autres  actes  réflexes  inférieurs,  il  ne  faut  pas  croire  qu’on  a  immédiatement 
levé  toutes  les  difficultés  de  ces  études  où  la  physiologie  etla  psychologie  se- 
rencontrent  sur  un  terrain  commun,  et  il  faut  surtout  éviter  de  se  payer 
de  mots,  et  de  croire  qu’une  métaphore  est  une  explication.  C’est  ce  que- 
ne  paraît  pas  avoir  toujours  pu  éviter  Luys,  lorsqu’il  dit  que  la  sensibilité' 
consciente  est  la  propriété  en  vertu  de  laquelle  la  cellule  nerveuse  céré- 


598  NERFS.  —  physiologie  dü  système  m.  —  hémisphères  cérébraux. 
braie  sent  l’excitation  et  réagit  en  vertu  de  ses  affinités  intimes  ;  lorsqu’il 
parle,  pour  expliquer  le  phénomène  de  la  mémoire,  d’une  phosphorescence 
organique  par  laquelle  les  éléments  nerveux  conservent  leurs  vibrations  ; 
lorsqu’il  dit  encore,  à  propos  de  phénomènes  plus  généraux  :  «  Cette  espèce 
de  catalepsie  histologique,  qui  polarise  en  quelque  sorte  les  cellules  ner¬ 
veuses  dans  la  situation  où  elles  ont  été  immédiatement  placées  lors  de  leur 
imprégnation  première,  n’est  pas  seulement  un  phénomène  unique  qui  se 
rencontre  dans  les  régions  périphériques  du  système  nerveux;  on  la  ren¬ 
contre  aussi  avec  un  développement  croissant  dans  les  régions  centrales 
du  système  où  alors  elle  apparaît  avec  des  caractères  tellement  accusés, 
tellement  fixes,  que  l’on  peut  dire  que  c’est  elle  qui,  dans  la  moelle,  domine 
les  manifestations  de  la  vie  automatique  et,  dans  le  cervau,  dirige  celles  de 
l’activité  intellectuelle.  «  Un  pareil  langage  donne  trop  facilement  prise  aux 
critiques  des  philosophes,  aujourd’hui  peu  nombreux  du  reste,  qui  ne 
voient  qu’avec  peine  la  physiologie  s’emparer  du  champ  réservé  jusqu’à 
présent  à  la  métaphysique.  —  Avant  d’aborder  l’étude  des  actes  intimes  de 
l’intelligence,  il  faut  préciser  exactement  les  conditions  de  leurs  manifes¬ 
tations  ;  nous  ne  connaissons  en  somme  l’essence  d’aucune  des  propriétés 
des  tissus  ;  nous  ignorons  par  exemple  en  quoi  consiste  le  phénomène  in¬ 
time  de  la  contraction  musculaire  ;  mais  du  moins  nous  avons  déterminé 
toutes  les  conditions  de  sa  manifestation.  Il  faut  procéder  de  même  pour  la 
physiologie  des  centres  encéphaliques,  siège  de  l’intelligence  et  des  actes 
psychiques.  «  Le  physiologiste,  dit  Cl.  Bernard  après  avoir  rappelé  les  diverses 
hypothèses  faites  sur  la  nature  de  la  sensibilité  consciente,  le  physiolo¬ 
giste  ne  doit  pas  s’ari-êter,  pour  le  moment,  à  ces  interprétations  ;  il  lui 
suffit  de  savoir  que  les  phénomènes  de  l’intelligence  et  de  la  conscience, 
quelque  inconnus  qu’ils  soient  dans  leur  essence,  quelque  extraordinaires 
qu’ils  nous  apparaissent,  exigent,  pour  se  manifester,  des  conditions  orpa- 
niques  ou  anatomiques,  à%sconàiXionsphysiques&ichimiques,  qui  sont  acces¬ 
sibles  à  ses  investigations,  et  c’est  dans  ces  limites  exactes  qu’il  circonscrit 
son  domaine  »  (Discours  à  l’Académie  française).  La  manière  dont  ces  pro¬ 
blèmes  se  posent  aujourd’hui,  dans  ce  qu’ils  ont  d’accessible  à  nos  moyens 
et  à  nos  méthodes  de  recherches,  a  été  très-nettement  définie  par  un  auteur 
auquel  nous  emprunterons  dans  la  suite  de  cette  étude  de  nombreuses  cita¬ 
tions  ;  «  Au  xviU  siècle,  dit  Th.  Ribot  {Étude  psychologique  sur  Vhérédité, 
Paris,  1873),  la  question  de  «  l’union  de  l’âme  et  du  corps  »  s’est  posée 
sous  une  forme  qui  la  rendait  insoluble.  C’était  un  problème  de  métaphy¬ 
sique.  On  reconnaissait  deux  substances,  le  corps  et  l’esprit  ;  entre  elles, 
un  abîme  ;  tous  leurs  caractères  s’opposaient  un  à  un  ;  puis,  comme  il  est 
naturel,  on  se  trouvait  incapable  de  réunir  ce  qu’on  avait  si  bien  désuni.  — 
Du  jour  où  les  progrès  de  la  physiologie  ont  montré  que  le  système  nerveux 
est  la  condition  physique  des  phénomènes  moraux,  que  toute  variation  de 
l’un  est  liée  à  une  variation  de  l’autre,  les  recherches  sur  la  corrélation  du 
physique  et  du  moral  ont  eu  une  base  solide,  parce  qu’elles  ont  pu  s’ap¬ 
puyer  sur  quelque  chose  qui  est  le  corps,  tout  en  étant  l’instrument  de 
l’âme.  Ainsi  s’explique  l’invasion  toujours  croissante  de  lanévrologie  dans 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DD  SYSTÈME  N.  —  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRàDX.  599 
la  psychologie.  —  Ce  n’est  pas  tout  :  un  dernier  progrès,  qui  paraît  réalisé 
aujourd’hui  chez  tous  les  partisans  de  l’expérience,  consiste  à  substituer 
m  point  de  vue  métaphysique  le  point  de  vue  expérimental,  à  l’antithèse  de 
deux  substances  l’antithèse  de  deux  groupes  de  phénomènes  ;  en  sorte  que 
le  problème  consiste  à  rechercher  non  plus  quel  rapport  il  y  a  entre  le 
corps  et  l’àme,  mais  quel  rapport  il  y  a  entre  un  groupe  de  phénomènes 
ramenés  à  cette  unité  qu’on  appelle  la  vie,  et  un  groupe  de  phénomènes 
ramenés  à  cette  unité  qu’on  nomme  le  moi.  » 

Malheureusement  si  la  voie  est  nettement  indiquée,  il  faut  reconnaître 
que  ces  études  sont  encore  tout  à  fait  à  leur  début.  Nous  ne  saurions  nous 
arrêter  ici  à  l’analyse  des  travaux  des  psychologues  anglais,  lesquels  se  sont 
le  plus  franchement  engagés  dans  la  voie  physiologique.  Après  avoir  posé 
les  principes  précédents,  nous  nous  contenterons  de  donner  ici  quelques  in¬ 
dications  moins  sur  la  nature  que  sur  les  différentes  [Qvm.&5A&  sensations; 
nous  insisterons  sur  quelques  points  des  phénomènes  de  mémoire  ;  quant 
à.  la  volonté,  sur  laquelle  nous  ne  possédons  aucun  fait  précis  d’analyse  phy¬ 
siologique,  nous  rapporterons  du  moins,  au  paràgi’aphe  consacré  aux  loca¬ 
lisations  cérébrales,  quelques  faits  expérimentaux  ou  cliniques,  qui  seront 
comme  les  pierres  d’attente  de  son  étude  dans  l’avenir. 

Sensations. —  Les  hémisphères  cérébraux  sont  le  siège  du  phénomène  de 
la  perception  des  sensations  sous  l’influence  d’excitations  extérieures  dont 
l’action  est  transmise  à  ces  hémisphères  par  les  nei’fs  périphériques  et  par 
la  moelle  épinière.  En  effet,  la  perception  ne  se  produit  pas  dans  le  som¬ 
meil  pendant  lequel  le  cerveau  est  à  l’état  de  repos. 

Les  phénomènes  de  perception  se  divisent  en  ceux  qui  nous  donnent  des 
renseignements  précis  sur  les  objets  extérieurs  :  ce  sont  les  sensations  spé¬ 
ciales  dont  l’étude  est  faite  à  propos  de  chaque  organe  des  sens  {voy.  Vision, 
Odïe,  etc.)  ;  et  ceux  nommés  sensations  générales,  qui  nous  avertissent 
seulement  des  modifications  que  subissent  nos  organes,  sans  nous  donner 
•de  renseignements  précis  sur  la  nature  des  agents  qui  amènent  ces  modi¬ 
fications  :  la  douleur  est  le  type  de  cette  seconde  espèce  de  sensation.  On 
trouve  du  reste  des  transitions  entre  ces  deux  espèces  de  sensations,  que 
l’on  nomme  encore,  les  premières  oôjecfires,  et  les  secondes  subjectives.  — 
Les  sensations  générales  ou  subjectives  peuvent  elles-mêmes  présenter  deux 
formes  ;  dans  la  première  forme,  la  sensation  (de  douleur  par  exemple)  se 
localise  parfaitement,  comme  la  sensation  d’une  brûlure  sur  un  point  cir¬ 
conscrit  de  notre  surface  cutanée  ;  dans  la  seconde  forme,  au  contraire,  la 
sensation  est  vague  et  difficile  à  localiser,  comme  le  malaise  général  que 
fait  éprouver  le  manque  d’air,  un  commencement  d’asphyxie.  On  a  parfois, 
pour  établir  la  distinction  entre  ces  deux  formes  de  sensations  générales, 
donné  à  ces  dernières  le  nom  de  sentiments  (sentiment  de  la  faim,  de  la 
soif,  etc.),  réservant  aux  premières  celui  de  sensations  générales  propre¬ 
ment  dites.  Nous  avons  vu  précédemment  (p.  550]  que  les  sensations  loca¬ 
lisées,  sur  quelque  partie  du  trajet  nerveux  centripète  que  porte  l’excitation 
initiale,  sont  toujours  rapportées  par  le  cerveau,  par  la  conscience,  à  la 
périphérie  des  nerfs  {sensations  associées,  p.  550;  illusions  des  amputés; 
hallucinations,  etc.). 


600  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  système  N.  —  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX. 

Nous  ne  connaissons  pas  plus  les  actes  intimes  de  la  perception  cérébrale 
que  nous  ne  connaissons  l’acte  intime  de  la  contraction  musculaire;  mais  du 
moins, avons  nous  dit,  l’analyse  expérimentale  nous  permet  de  préciserquel- 
ques-unes  des  conditions  médiates  du  phénomène  dont  le  muscle  est  le  siège; 
il  en  est  de  même  pour  le  phénomène  cérébral.  De  plus  l’expérience  montre 
qu’il  y  a  une  grande  analogie  dans  la  manière  dont  est  réveillée  la  contrac¬ 
tilité  musculaire  et  la  manière  dont  est  mise  en  jeu  la  faculté  sensitive 
des  centres  encéphaliques.  Étudiant  les  manifestations  sensitives  que  pro¬ 
voquent  des  excitations  périphériques  très-faibles,  Ch.  Richet  a  observé 
que  des  excitations  qui,  isolées  ou  séparées  l’une  de  l’autre  par  un  long 
intervalle,  ne  produisent  pas  d’effet  sensitif,  arrivent  au  contraire  à  pro¬ 
duire  une  sensation  lorsqu’elles  sont  très-rapprochées.  Supposons  deux 
excitations,  celles,  par  exemple,  que  provoquent  la  rupture  et  la  clôture 
d’un  courant  de  pile  :  si  ces  deux  excitations  sont  très-éloignées  l’une  de 
l’autre,  le  sujet  en  expérience  ne  percevra  rien,  ni  à  la  rupture,  ni  à  la 
clôture  ;  mais  si  elles  sont  très-proches,  il  y  aura  une  sensation  unique  et 
réellement  perçue,  par  suite  de  l’addition  de  ces  deux  forcés  réunies.  Sur 
le  muscle,  les  phénomènes  sont  tout  à  fait  analogues  ;  aussi  peut-on  très- 
légitimement  comparer  ce  phénomène  d’addition  sensitive,  grâce  auquel 
les  excitations  faibles  s’accumulent  dans  les  centres  nerveux,  au  phéno¬ 
mène  d’addition  motrice,  qui  fait  que  chaque  secousse  musculaire  vient 
s’ajouter  aux  secousses  précédentes  et  finit  par  produire  un  tétanos  plus  ou 
moins  complet.  Règle  générale,  le  nombre  des  excitations  nécessaires  pour 
amener  une  perception  cérébrale  ou  un  mouvement  musculaire  est  inver¬ 
sement  propoi’tionnel  à  l’intensité  et  à  la  fréquence  de  ces  excitations. 
Ainsi,  le  travail  des  centres  nerveux  ressemble  à  beaucoup  d’égards  au 
travail  des  muscles  :  il  semble  qu’il  y  ait  dans  l’intimité  de  ces  deux  tissus 
comme  une  résistance  à  l’excitation,  une  sorte  d’inertie  qui  fait  que  des 
excitations  faibles  n’arrivent  qu’à  la  longue  à  vaincre  cette  résistance. 
Comme  le  dit  Ch.  Richet,  il  ne  faut  pas  attacher  à  ces  expressions  plus  de 
valeur  qu’elles  n’en  méritent;  mais  toujours  est-il  que  l’expérience  montre 
entre  le  sentiment  et  le  mouvement  des  analogies  dont  l’étude  permettra 
de  mieux  comprendre  la  fonction  des  centres  nerveux  sensitifs. 

Mémoire.  —  Arrivées  dans  la  substance  des  hémisphères  cérébraux, 
les  impressions  sensitives  ayant  donné  lieu  à  l’acte  mystérieux  de  la 
■perception  présentent  encore  ce  phénomène  particulier,  qu’après  avoir  dis¬ 
paru,  du  moins  en  apparence,  comme  sensations  présentes,  actuelles,  elles 
peuvent  reparaître  par  un  mécanisme  analogue  à  celui  des  sensations  asso¬ 
ciées  {voy.  p.  550),  c’est-à-dire  sous  l’influence  d’une  nouvelle  excitation  de 
même  nature  ou  de  nature  différente.  Nous  ne  pouvons  donner  une  expli¬ 
cation  de  ce  phénomène,  et  c’est  se  payer  de  mots  que  de  l’attribuer  à  une 
phosphorescence  des  cellules  sensitives  ;  ce  n’est  pas  non  plus  apporter  à 
cette  interprétation  un  grand  élément  de  clarté  que  de  dire  que  les  impres¬ 
sions  sensitives  sont  réviviscentes.  Mais,  quoi  qu’il  en  soit,  le  fait,  tel  que 
nous  venons  de  le  décrire,  sinon  de  l’expliquer,  n’en  est  pas  moins  réel,  et 
il  faut  chercher  à  s’en  faire  une  idée  et  surtout  à  en  saisir  quelques  lois. 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIK  DU  SYSTÈME  N.  —  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX.  601 

Pour  ce  qui  est  de  l’idée  que  nous  pouvons  nous  faire  des  actes  de  mé¬ 
moire,  nous  emprunterons  à  Ribot  le  passage  suivant  :  «  Une  impression 
faite  sur  le  système  nerveux,  dit  cet  auteur  {op.  cit.),  occasionne  un 
changement  permanent  dans  les  éléments  cérébraux  :  l’impression  ner¬ 
veuse  n’est  pas  un  phénomène  momentané  qui  paraît  et  disparaît;  c’est  un 
fait  qui  laisse  après  lui  un  résultat  durable  ;  c’est  quelque  chose  qui  s’ajoute 

à  l’expérience  antérieure  et  y  reste  à  perpétuité . Il  n’est  pas  aisé  de  dire 

en  quoi  consiste  ce  quelque  chose  qui  survit  à  nos  perceptions.  Pour  le 
désigner,  le  terme  le  moins  impropre  qu’on  ait  employé  est  celui  de  résidu, 
parce  qu’il  n’implique  aucune  théorie  quelconque,  parce  qu’il  se  borne  à 
constater  un  fait  incontestable  de  notre  vie  mentale.  Nous  ne  pouvons 
supposer  que  ces  résidus  soient  toujours  présents  à  l’esprit,  mais  nous 
pouvons  supposer  que  tout  acte  mental  laisse  dans  notre  constitution,  à  la 

fois  physique  et  mentale,  une  tendance  à  se  reproduire . L’idée  chassée 

de  la  conscience,  n’est  pas  détruite,  mais  simplement  transformée  ;  au  lieu 
d’être  une  idée  présente,  elle  devient  un  résidu,  représentant  une  certaine 
tendance  de  l’esprit,  laquelle  est  exactement  proportionnée  en  force  à 
l’énergie  de  l’idée  originlele....  L’oubli  tient  à  ce  que  l’idée  d’une  chose  se 
met  en  équilibre  avec  les  autres,  et  la  réminiscence  à  ce  que  cette  idée  sort 
de  l’état  d’équilibre,  pour  passer  à  celui  de  mouvement.  Aucune  idée  ne  se 
perd,  et  toute  opération  de  l’esprit,  en  vertu  de  laquelle  une  idée  latente 

passe  à  l’état  actif,  est  un  état  de  réminiscence . —  L’imagination  passive 

est  cette  propriété  qu’ont  nos  impressions  sensorielles  de  se  reproduire 
d’elles-mêmes,  quoique  affaiblies,  en  l’absence  de  leur  objet.  A  son  plus 
haut  degré,  elle  devient  l’hallucination  qui  objective  nos  états  internes  et 
nous  les  présente  comme  des  réalités  externes  ;  ce  qui  donne  lieu  de  croire 
que  l’imagination  passive  est,  dans  son  mécanisme,  une  perception  ren¬ 
versée,  la  perception  allant  du  dehors  au  dedans,  l’imagination  du  dedans 
au  dehors. — L’imagination  active,  celle  du  poète,  de  l’artiste,  du  savant 
même,  diffère  moins  qu’on  ne  le  croirait  de  l’imagination  passive,  et  la 
langue  commune  n’a  pas  tort  de  les  confondre  sous  un  même  nom.  Ce  qui 
les  caractérise  toutes  deux  essentiellement,  c’est  la  représentation  vive.  De 
là  vient  que  les  grands  artistes  ont  toujours  été  si  près  de  l’hallucination 
et  de  la  folie,  et  que  beaucoup  ont  dépassé  les  bornes  de  la  raison.  » 

Mais  la  manière  dont  les  faits  les  plus  élémentaires  de  mémoire  s’asso¬ 
cient,  se  combinent  pour  donner  lieu  à  des  phénomènes  d’imagination,  est 
soumise  à  des  lois  qui  nous  montrent  combien  toute  manifestation  de 
l’activité  psychique  est  en  rapport  direct  avec  les  connexions  des  éléments 
anatomiques  qui  en  sont  le  substratum,  avec  l’état  de  développement,  d’inté¬ 
grité,  de  dégénérescence  de  ces  éléments  anatomiques.  Un  médecin  anglais, 
Dickson,  s’est  particulièrement  attaché  à  cette  étude  ;  il  fait  remarquer  que 
les  souvenirs,  qui  sont,  dit-il,  le  résultat  de  mouvements  communiqués 
par  une  cellule  à  une  autre  cellule,  se  reproduisent  dans  un  certain  ordre, 
et  cet  ordre  est  toujours  plus  ou  moins  celui  selon  lequel  nos  impressions 
ont  été  acquises.  L’odeur  d’une  rose  nous  rappellera  la  couleur  et  la  forme 
de  cette  fleur,  les  trois  sensations  de  l’odorat,  de  la  vne  et  du  toucher  s’étant 


602  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  — hémisphères  cérébraux. 
antérieurement  produites  ensemble.  Comme  le  dit  Dickson,  le  Inouvement 
de  la  cellule  affectée  ne  va  pas  se  communiquer  indifféremment  à  n’importe 
quelle  autre,  mais  il  suit  une  marche  qu’il  a  déjà  parcourue,  et  c’est  cette 
marche  s’effectuant  dans  un  cerveau  sain  et  peuplé  d’innombrables  impres¬ 
sions  acquises  qui  constitue  le  phénomène  cérébral  que  l’on  peut  appeler 
association  par  relation,  association  d’idées.  —  Mais  si  les  cellules  céré- 
bi’ales  sont  affectées  par  un  état  pathologique  quelconque,  l’imperfection 
du  phénomène  normal  amènera  un  retard  ou  une  imperfection  caractéris¬ 
tique  dans  ces  associations.  L’incohérence  des  idées  peut  s’expliquer  sans 
supposer  une  interruption  des  communications  qui  unissent  les  cellules 
les  unes  aux  autres  ;  il  suffira,  par  exemple,  que  l’excitation  qui  s’étend  des 
unes  aux  autres  rencontre  des  cellules  peu  excitables,  dépourvues  d’énergie 
potentielle,  selon  l’expression  de  Dickson,  et  dans  lesquelles  elle  n’éveillera 
aucun  mouvement,  aucune  impression.  De  là  le  défaut  d’ordre  naturel  ou 
habituel  dans  les  idées,  le  défaut  de  transitions,  l’incohérence  en  un  mot. 
Cet  auteur  qui,  dans  son  travail  sur  la  Matière  et  la  force,  considérées  dans 
leur  relation  avec  les  phénomènes  de  l’ordre  mental  et  cérébral,  a  analysé 
avec  grand  soin  tous  les  phénomènes  de  det  ordre  pathologique,  considère 
la  perte  de  la  mémoire  comme  le  résultat  de  ce  qu’aucune  impression, 
communiquée  par  un  nerf  sensitif,  ne  peut  faire  une  empreinte  durable  sur 
les  cellules.  Dans  ces  conditions,  dit-il,  l’individu  verra  mais  n’observera 
pas,  et  les  images  passagères  du  présent  ne  trouveront  point  de  demeure 
dans  son  esprit.  Les  exemples  sont  communs  :  tel  est  le  cas  des  paralytiques 
généraux  et  des  déments  dont  on  trouve  toujours  après  la  mort  le  cerveau 
graisseux  ou  atrophié.  Quelquefois  leur  esprit  devient  une  simple  surface 
où  les  images  ne  font  que  passer,  et  cela  s’explique  toujours  ;  c’est  que  la 
vitalité  des  cellules  est  amoindrie,  qu’elles  sont  encore  capables  de  recevoir 
le  mouvement  communiqué  de  l’extérieur,  mais  incapables  de  le  commu¬ 
niquer  aux  cellules  voisines,  de  sorte  que  les  impressions  se  produisent 
sans  éveiller  aucun  souvenir,  aucune  association  d’idées. 

De  l’étude  des  faits  de  mémoire  chez  un  même  individu,  c’est-à-dire  des 
faits  d’association  d’idées  dans  un  même  organisme  pensant,  dans  ce  que 
les  psychologues  appellent  un  moi,  nous  pouvons  facilement  passer  à  une 
autre  série  de  phénomènes,  désignés  sous  le  nom  d’imitation,  de  contagion 
nerveuse,  dont  les  médecins  se  sont  beaucoup  occupés  dans  ces  derniers 
temps  et  sur  lesquels  Prosper  Despine  a  publié  récemment  un  travail  riche 
de  faits  et  de  considérations  générales  :  nous  résumerons  seulement  ici  ces 
considérations,  dont  du  reste  nous  ne  nous  dissimulons  pas  le  caractère 
un  peu  hypothétique  ;  mais  ces  études  sont  d’un  trop  grand  intérêt  pour 
que  nous  les  passions- sous  silence.  Employant  une  comparaison  qui  n’a 
d’autre  but  que  de  rendre  sa  pensée  plus  saisissable,  Prosper  Despine  fait 
l’emarquer  que  de  même  que  la  vibration  d’une  note  fait  vibrer  la  môme 
note  dans  un  instrument  voisin,  de  même  aussi  la  manifestation  d’un  sen¬ 
timent,  d’une  passion,  e.xcite  le  même  élément  instinctif,  le  fait  vibrer 
pour  ainsi  dire,  chez  tout  individu  susceptible,  par  sa  constitution  morale, 
d’éprouver  plus  ou  moins  vivement  ce  même  élément  instinctif.  C’est  ce 


NERFS-  —  PHYSIOLOGIE  DD  SYSTEME  N'.  —  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX.  603 

que  Prosper  Despine  appelle  la  contagion  morale.  La  contagion  des  bons 
exemples  est  un  fait  trop  généralement  reconnu  pour  qu’il  soit  nécessaire 
d’insister  sur  sa  démonstration.  Ce  qui  a  lieu  pour  les  bons  sentiments  a 
exactement  lieu  pour  les  mauvais.  Des  faits  nombreux  ont  démontré  que 
lorsqu’un  crime  a  un  grand  retentissement,  on  en  voit  toujours  surgir  un 
grand  nombre  de  semblables.  C’est  à  l’époque  où  l’esprit  public  est  occupé 
par  ces  faits  immoraux  et  par  les  exécutions  capitales  qui  les  rappellent, 
que  se  produisent  le  plus  grand  nombre  de  crimes.  Aussi,  l’auteur  que  nous 
venons  de  citer  a-t-il  cru  devoir  insister  sur  les  dangers  de  la  trop  grande 
publicité  des  procès  criminels.  — Nous  trouvons  ainsi  toute  une  série  de  faits 
physiologiques  qui  nous  amènent  insensiblement  vers  des  cas  patholo¬ 
giques  où  les  actes  d’imitation  prennent  un  caractère  si  important,  qu’on  a 
pu  leur  appliquer  la  qualification  de  contagion  nerveuse.  «  Une  personne 
qui  sourit,  dit  Prosper  Despine,  fait  parfois  sourire  involontairement  les 
personnes  qui  la  regardent,  même  sans  que  celles-ci  s’en  aperçoivent.  Les 
spectateurs  de  scènes  mimiques  prennent  souvent  les  diverses  expressions 
de  physionomie  manifestées  par  l’artiste.  La  vue  de  certaines  contractions 
musculaires  produit  chez  les  témoins  un  état  nerveux  qui  détermine  des 
contractions  musculaires  semblables.  Le  rire,  phénomène  convulsif  physio¬ 
logique,  est  fort  contagieux.  Le  bâillement,  phénomène  spasmodique,  est, 
on  le  sait,  très-contagieux  aussi»  La  toux  opiniâtre  d’un  malade  fait  tousser 
des  personnes  bien  portantes.  La  toux  convulsive  de  la  coqueluche  est  très- 
contagieuse . La  contagion  nerveuse  pathologique  se  mani.feste  princi¬ 

palement  sous  l’influence  d’états  nerveux  morbides,  de  névroses  qui  pro¬ 
duisent  des  phénomènes  spasmodiques,  convulsifs  et  psychiques  anormaux. 
C’est  toujours  sur  les  personnes  les  plus  impressionnables,  les  femmes  et 
les  enfants,  que  la  contagion  nerveuse  pathologique  exerce  ses  plus  grands 
ravages.  Lorsqu’elle  se  produit  chez  des  populations  soumises  à  des  causes 
physiques  débilitantes,  et  que  ces  populations  sont  fortement  impression¬ 
nées  et  absorbées  par  des  causes  morales  qui  excitent  vivement  le  système 
nerveux,  on  voit  se  développer  de  grandes  épidémies  de  névroses  convul¬ 
sives,  accompagnées  de  phénomènes  psychiques  anormaux  qui  ont  dû  les 
faire  appeler  folies  épidémiques.  » 

Nous  ne  pousserons  pas  plus  loin  ces  incursions  sur  le  domaine  de  la 
psychologie  normale  et  pathologique  :  il  nous  reste  à  insister  sur  quelques 
données  physiologiques  ou  même  purement  anatomiques,  propres  à  mettre 
dans  toute  son  évidence  le  rôle  des  hémisphères  cérébraux  dans  les  actes 
de  l’intelligence.  Nous  voulons  parler  du  développement  de  l’encéphale 
(hémisphères),  dans  ses  rapports  avecle  développement  et  l’exercice  des 
facultés  intellectuelles  en  général.  Les  faits  d’anatomie  comparée  nous 
montrent  d’une  manière  évidente  que  ces  facultés  sont  d’autant  plus  éten¬ 
dues  que  les  hémisphères  présentent  eux-mêmes  des  proportions  et  une 
masse  plus  considérables.  Pour  nous  en  tenir  à  ce  qui  résulte  des  pesées 
comparées  d’encéphales  humains  appartenant  à  divers  individus,  il  est  per¬ 
mis  aujourd’hui  d’affirmer,  quoi  qu’on  en  ait  dit,  que  les  hommes  d’une 
intelligence  remarquable  ont  présenté  un  encéphale  remarquable  aussi  par 


604  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  hémisphères  cérébraux. 
son  poids  relativement  considérable.  Proust  {Arch.  génér.  de  médecine, 
1872,  p.  303)  cite  les  exemples  suivants  [voy.  aussi  les  discussions  à  la 
Société  d’anthropologie,  année  1861)  :  Byron  est  mort  à  trente-six  ans,  son 
cerveau  pesait  1,807  grammes;  Cuvier  avait  soixante-trois  ans,  le  poids  de 
son  cerveau  était  de  1,829  grammes;  Bérard  eut  la  curiosité  de  comparer 
au  cerveau  de  Cuvier  celui  d’un  homme  de  quarante  ans,  mort  à  l’hôpital 
Saint-Antoine  ;  l’encéphale  du  grand  homme  dépassait  de  429  grammes 
celui  de  l’homme  ordinaire  ;  et  on  constata  que  cette  supériorité  provenait 
presque  entièrement  des  lohes  cérébraux,  car  le  cervelet,  la  protubérance, 
le  bulbe  et  les  pédoncules  pesés  ensemble  ne  présentaient  qu’une  différence 
de  3  grammes  86  en  faveur  de  Cuvier;  le  reste  de  la  différence,  soit 
423  grammes  77,  portait  sur  le  cerveau  proprement  dit.  —  Ce  n’est  pas  en 
effet  le  poids  entier  de  l’encéphale  dont  il  faut  tenir  compte,  mais  le  poids 
de  certaines  parties  des  hémisphères.  Aussi  les  objections  tirées  des  statis-^ 
tiques  de  Rodolphe  Wagner  et  de  Sims  n’ont  que  peu  de  valeur.  Les  faits 
les  plus  complexes  avaient  été  mêlés,  des  cerveaux  malades  avaient  été 
pesés  avec  des  encéphales  intacts,  et  l’on  arrivait  à  ce  résultat  singulier  :  les 
deux  premiers  placés  sur  la  liste  se  trouvaient  être  un  idiot  et  un  hydrocé¬ 
phale  ;  Cuvier  occupait  la  troisième  place  et  Byron  la  quatrième.  Le  profes¬ 
seur  Broca  a  distrait  de  cette  statistique  les  éléments  étrangers  et  il  en  a 
déduit  une  conclusion  plus  légitime  (Soc.,d’anthropol.,  1861). 

Mais  même  en  opérant  sur  une  échelle  plus  modeste,  sans  aller  chercher 
les  cerveaux  d’hommes  de  génie,  en  s’en  tenant  à  l’étude  des  simples  diffé¬ 
rences  intellectuelles  que  produit  la  différence  de  l’éducation,  on  arrive  à 
des  résultats  qui  confirment  les  précédents  et  nous  montrent  de  plus  que, 
comme  les  muscles,  comme  les  appareils  passifs  de  la  locomotion,  les  os, 
comme  enfin  tous  les  organes,  l’encéphale  obéit  à  cette  loi  généralement 
admise,  d’après  laquelle  le  fonctionnement  régulier  des  organes  favorise 
leur  développement.  La  preuve  directe  en  a  été  donnée  par  les  recherches 
de  Broca.  Voulant  contrôler  les  mensurations  déjà  faites  à  cet  égard  parPar- 
chappe  et  rendre  ses  résultats  plus  démonstratifs  en  les  obtenant  à  l’aide 
de  catégories  plus  comparables,  Broca  choisit  comme  représentants  de  la 
classe  illettrée  les  infirmiers  de  l’hospice  de  Bicêtre,  et  il  les  mit  en  pa¬ 
rallèle  avec  les  internes  de  l’établissement.  Ces  jeunes  gens  formaient  sans 
doute  tous  ensemble  une  catégorie  de  choix,  puisqu’ils  devaient  leur  no¬ 
mination  au  concours  ;  mais  les  positions  qu’ils  occupaient  sont  accessibles 
à  la  plujiart  des  étudiants  laborieux  et  ils  représentaient  très-bien  la  caté¬ 
gorie  des  hommes  qui,  après  avoir  reçu  l’éducation  du  collège,  continuent 
encore  à  cultiver  leur  esprit,  sans  pour  cela  être  des  génies,  ni  même  des 
intelligences  hors  ligne.  Sans  rapporter  ici  les  tableaux  des  chiffres  obtenus 
par  l’auteur,  nous  dirons  que,  comme  résultat  d’ensemble,  la  tête  des  in¬ 
ternes  s’est  trouvée  être  beaucoup  plus  volumineuse  que  celle  des  infir¬ 
miers,  sans  que  cet  excédant  soit  proportionnel  dans  les  différentes 
régions  du  crâne.  Ainsi  par  exemple,  la  circonférence  horizontale  de  la 
tête  étant  partagée  en  deux  portions,  l’une  frontale  ou  antérieure  et  l’autre 
occipitale  ou  postérieure,  il  s’est  trouvé  que  chez  les  infirmiers  la  courbe 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX.  605 
frontale  était  plus  courte  que  l’occipitale,  tandis  que  précisément  le  con¬ 
traire  avait  lieu  chez  les  internes,  ce  qui  prouve  chez  ces  derniers  la  prédo¬ 
minance  du  développement  des  lobes  frontaux.  Nous  verrons  en  effet  plus 
loin  que  les  lobes  frontaux  des  hémisphères  doivent  être  regardés  comme 
plus  spécialement  affectés  aux  facultés  intellectuelles.  L’éducation  qu’ils  ont 
reçue  a  donc  fait  fonctionner  leur  cerveau  et  en  a  favorisé  le  développe¬ 
ment;  mais  le  travail  intellectuel  met  surtout  en  jeu  les  lobes  antérieurs, 
du  cerveau,  et  ce  sont  eux  en  effet  qui  se  sont  développés  davantage. 

Les  hémisphères  cérébraux  sont  au  nombre  de  deux,  placés  symétrique¬ 
ment  de  chaque  côté,  celui  de  droite  présidant  aux  mouvements  volon¬ 
taires  de  la  moitié  gauche  du  corps,  et  celui  de  gauche  aux  mouvements 
de  la  moitié  droite.  Mais  au  point  de  vue  des  facultés  intellectuelles  précé¬ 
demment  définies  (mémoire,  imagination,  conscience  du  moi),  y  a-t-il  une 
distinction  à  faire  entre  l’hémisphère  d’un  côté  et  celui  de  l’autre?  Cette 
question  délicate  n’est  pas  facile  à  résoudre  ;  en  traitant  plus  loin  des  lo¬ 
calisations  cérébrales,  nous  parlerons  des  suppléances  cérébrales  et  par 
suite  nous  aurons  à  indiquer  quelques  points  de  vue  particuliers  et  de 
détails  relativement  aux  rapports  fonctionnels  d’un  hémisphère  cérébral 
avec  l’autre.  Mais  à  un  point  de  vue  général,  nous  ne  pouvons  ici  que 
rapporter  quelques  opinions  mises  en  avant  par  divers  auteurs  et  faire 
ressortir  en  même  temps  et  ce  qu’elles  ont  de  vraisehablable  et  ce  qu’elles 
présentent  de  trop  hypothétique. 

Faut-il  admettre  que  les  deux  hémisphères  fonctionnent  simultanément, 
d’une  manière  parfaitement  égale  et  que  le  corps  calleux,  cette  grande 
commissure  transversale  inter-hémisphérique,  renferme  les  fibres  d’asso¬ 
ciation  enti’e  les  deux  centres  cérébraux  ?  Mais  tous  les  animaux  n’ont  pas 
un  corps  calleux,  et,  chose  plus  singulière,  l’absence  du  corps  calleux  a  été 
observée  sur  des  cerveaux  humains  sans  qu’aucun  phénomène  eût  pu, 
pendant  la  vie,  faire  soupçonner  qu’on  trouverait  à  l’autopsie  de  ces  sujets 
l’encéphale  privé  d’une  partie  à  laquelle  on  croit  devoir  attribuer  un  rôle 
si  important.  Pour  ne  citer  que  les  observations  récentes,  nous  dirons  que 
J.  Sander  a  réuni  les  observations  de  onze  cas  d’absence  du  corps  calleux  et 
que  l’analyse  de  ces  observations  ne  peut  fournir  aucune  donnée  précise 
sur  le  rôle  de  cette  commissure;  quatre  de  ces  sujets  étaient  épileptiques, 
il  est  vrai,  mais  trois  étaient  doués  d’une  certaine  intelligence,  et  deux 
d’entre  eux  remplissaient  les  fonctions  de  messager,  ce  qui  prouve  que 
rien  ne  manquait  à  la  coordination  des  mouvements  volontaires. 

D’autre  part,  il  est  un  grand  nombre  d’observations,  et  celles  par  exemple 
où  l’on  a  trouvé  les  deux  hémisphères  notablement  différents  l’un  de  l’autre 
sous  le  rapport  du  volume  et  de  la  masse,  qui  montrent  que  les  deux 
hémisphères  cérébraux,  quoique  composés  des  mêmes  organes,  quoique 
préposés  aux  mêmes  fonctions,  n’y  prennent  pas  cependant  une  égale  part. 
Pour  les  fonctions  de  mouvement,  c’est  l’hémisphère  gauche  qui  a  un  rôle 
prédominant.  A.  de  Fleury  a  exposé  avec  détails  toutes  les  considérations 
qui  se  rapportent  à  cette  ^étude  du  dynamisme  comparé  des  hémisphères 
cérébraux  ;  mais  nous  ne  saurions  le  suivre  dans  les  explications  qu’il 


606  NERFS.  —  physiologie  du  système  n.  —  hémisphères  cérébraux. 
propose  de  la  prépondérance  fonctionnelle  de  l’hémisphère  gauche,  ratta¬ 
chant  ce  fait  à  la  disposition  des  troncs  artériels  destinés  aux  deux  moitiés 
de  l’encéphale  (le  tronc  brachio-céphalique  droit  entravant  la  vitesse  et 
l’intensité  de  la  circulation,  tandis  que  la  carotide  gauche,  née  directement 
de  l’aorte,  favoriserait  l’abord  du  sang  vers  l’hémisphère  correspondant). 

Toujours  est-il  que  Fhémisphèi’e  gauche,  par  exemple  pour  ce  qui  est 
de  la  faculté  du  langage,  dont  nous  parlerons  plus  loin.  Joue  un  rôle  pré¬ 
dominant  et  peut-être  même  exclusif.  Broca,  cherchant  la  cause  du  siège 
presque  constant  des  lésions  de  V aphémie  dans  une  circonvolution  de 
l’hémisphère  gauche,  commence  par  déclarer  qu’il  ne  peut  y  avoir  aucune 
différence  absolue  entre  les  deux  hémisphères;  mais  il  fait  aussitôt  remar¬ 
quer  que  l’homme  s’habitue  dès  l’enfance  à  répartir  entre  les  deux  hémi¬ 
sphères,  d’une  manière  inégale,  le  travail  relatif  aux  actes  compliqués  et 
difficiles  dont  la  pratique  ne  s’acquiert  que  par  l’éducation.  C’est  ainsi  que 
la  plupart  des  hommes  sont  droitiers,  et  le  choix  exclusif  de  la  main  droite 
n’est  pas  toujours  un  fait  de  pure  imitation,  puisqu’il  y  a  un  certain  nombre 
d’individus  qui  sont  invinciblement  gauchers.  Dans  le  développement  du 
cerveau,  suivant  une  remarque  de  Gratiolet,  les  circonvolutions  de  l’hémi¬ 
sphère  gauche  sont  en  général  en  avance  sur  celles  de  l’hémisphère  droit, 
et  de  là  résulte,  pour  l’hémisphère  gauche,  pendant  les  premiers  temps  de 
la  vie,  une  prédominance  fonctionnelle  qui,  par  suite  de  l’action  croisée  du 
cerveau,  donne  la  prédominance  à  la  main  droite  (Broca,  Soc.  d’anthro¬ 
pologie,  1865). 

Peut-être  faut-il  admettre,  entre  les  deux  hémisphères,  la  polsibilité  d’un 
fonctionnement  absolument  indépendant  et  même  successif.  C’est  là  l’opi¬ 
nion  émise  récemment  par  Huppert  pour  expliquer  certains  phénomènes 
morbides  qui  ont  vivement  attiré  l’attention  des  médecins  dans  ces  der¬ 
nières  années.  Selon  Huppert  {Annales  médico-psychologiques,  1873),  la 
présence  de  deux  hémisphères  cérébraux  et  leur  fonctionnement  distinct 
pourraient  rendrecompte  de  l’intéressant  phénomène  du  dédoublement  de  la 
conception,  que  l’on  observe  chez  quelques  aliénés.  Selon  lui,  la  fonction 
des  grands  hémisphères,  organes  de  la  pensée,  est  double  et  cependant 
simple  dans  son  résultat  final,  c’est-à-dire  que  les  mêmes  conceptions 
naissent  simultanément  dans  les  deux  hémisphères,  mais  dans  l’état  nor- . 
mal  se  réduisent  en  une  seule  pour  la  conscience.  Or,  dans  certains  états 
pathologiques,  par  suite,  dit-il,  apparemment  d’une  désharmonie  dans  le 
fonctionnement  des  deux  hémisphères,  l’une  des  deux  conceptions  arrive 
tardivement  à  la  conscience;  elle  retentit  comme  un  écho  dans  l’oreille  du 
malade,  qui  lui  attribue  dès  lors  une  origine  nouvelle,  étrangère  à  lui- 
même,  et  se  plaint  qu’on  «  répète  tout  ce  qu’il  dit  »  ou  même  «  tout  ce 
qu’il  pense,  j  Ce  sont  là  des  hypothèses  ingénieuses,  mais  qui  sont  loin  de 
répondre  à  la  généralité  des  phénomènes,  et  par  exemple  aux  cas  où  l’on 
observe  un  dédoublement  de  la  personnalité,  comme  dans  l’intéressante 
observation  que  vient  de  publier  Azam  (de  Bordeaux)  {Revue  scientifique, 
1876).  Il  en  est  de  même  lorsque  Huppert  fait  remarquer  que  les  makdes 
n’accusent  jamais  ces  phénomènes  dans  leurs  rêves,  où,  dit-il,  les  concep- 


NERFS.  —  PHYSIOLOÜIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  HÉMISPHÈRES  CÉRÉBRAUX:  607 
lions  sont  toujours  simples,  ce  qui  viendrait,  ajoute-t-il,  confirmer  la  théorie, 
théorie  encore  plus,  hypothétique,  de  Schrœder  van  der  Kolk,  à  savoir  que 
dans  le  sommeil,  dans  le  rêve,  un  hémisphère  cérébral  seul  travaille,  par 
suite  de  la  différence  de  circulation  résultant  de  la  position  de  la  tête  d’un 
seul  côté  (le  sang  affluant  dans  les  parties  déclives,  la  circulation,  et  par 
suite  le  travail  nerveux  serait  plus  actif  du  côté  qui  repose  sur  l’oreiller). 

Nous  venons  de  faire  allusion  à  l’état  de  sommeil.  Ceci  nous  amène  à 
terminer  cette  étude  générale  des  fonctions  des  hémisphères  par  quelques 
mots  sur  leur  état  de  non-fonctionnement,  de  repos,  de  sommeil  en  un 
mot.  On  a  beaucoup  discuté  sur  l’état  de  la  circulation  de  l’encéphale  pen¬ 
dant  le  sommeil;  d’après  les  uns,  il  y  a  pendant  cette  période  congestion 
ou  tout  au  moins  stase  veineuse;  d’après  les  autres,  il  y  aurait  anémie  des 
artérioles  par  contraction  des  vaso-moteurs  ;  ces  questions  de  la  circulation 
encéphalique  seront  étudiées  à  l’article  Som.meil  et  à  l’article  Vaso-moteurs. 
Nous  nous  contenterons  de  signaler  ici  les  rapports  qu’il  y  a,  comme  il 
était  facile  de  le  prévoir,  entre  le  repos  des  hémisphères  cérébraux  et  celui 
de  tous  les  autres  organes;  car,  comme  on  le  sait,  les  fonctions  de  tous  les 
appareils,  et  cela  est  surtout  applicable  aux  appareils  périphériques  èt 
conducteurs  du  système  nerveux,  les  fonctions  de  tous  les  appareils  de  la 
vie  de  relation  ne  peuvent  conserver  leur  intégrité  parfaite  qu’à  condition 
d’être  intermittentes  :  cette  intermittence  est  non  moins  indispensable  aux 
organes  nerveux  centraux  supérieurs,  aux  appareils  de  la  perception,  de  la 
mémoire  et  de  la  volonté.  Quant  aux  causes  mécaniques  ou  physico-chi¬ 
miques  qui  déterminent  cette  nécessité  de  l’intermittence  d’action,  c’est-à- 
dire  du  repos,  elles  nous  paraissent  être  de  même  ordre  pour  tous  les' 
tissus  ;  il  leur  faut  réparer  les  pertes  dont  ils  ont  été  le  siège  par  le  fait  des 
combustions  qui  ont  été  l’origine  de  toutes  les  formes  de  travail  produit 
en  eux,  que  ce  soit  un  dégagement  de  chaleur,  de  force  mécanique,  ou 
d’influx  nerveux  ;  il  leur  faut  éliminer  les  produits  formés  dans  ces  actes 
de  combustion.  Obersteiner  nous  a  paru  avoir  bien  compris,  dans  sa  théorie 
du  sommeil,  les  conditions  que  nous  venons  d’indiquer.  Nous  dirons  donc 
avec  lui  que  le  besoin  de  repos,  c’est-à-dire  le  sommeil,  se  produit  dans  le 
cerveau  par  le  même  mécanisme  que  la  fatigue  se  produit  dans  les  muscles. 
Les  deux  phénomènes  sont  dus  à  l’accumulation  des  produits  de  désassi¬ 
milation,  résultats  des  échanges  nutritifs.  La  somme  des  produits  d’oxyda¬ 
tion  ainsi  laissés  en  arrière,  et  qui  poussent  au  sommeil,  dépend  de  deux 
circonstances  :  la  quantité  de  leur  production  et  la  rapidité  avec  laquelle 
ils  sont  expulsés  du  cerveau  par  le  courant  circulatoire.  Le  premier  point 
est  en  proportion  directe  de  l’activité  relative  du  cerveau.  Quant  au  sepond 
point,  il  varie  suivant  l’état  d’excitation  ou  de  dépression  des  échanges 
nutritifs  dans  le  cerveau  et  suivant  la  composition  chimique  du  sang.  Il 
faut  en  outre,  pour  que  le  sommeil  se  produise,  que  l’on  soit,  autant  que 
possible,  soustrait  d’une  part  à  l’influence  de  toutes  les  impressions  exté¬ 
rieures,  d’autre  part  à  celle  de  toutes  les  images  qui,  en  se  présentant  - 
devant  notre  conscience,  peuvent  s’emparer  de  notre  attention.  Ce  n’est 
qu’autant  que  cet  état- d’isolement  subsiste  que  le  sommeil  se  prolonge. 


608  NERFS.  —  physiolooie  du  .système  n.  —  localisât,  cérébrales. 

Des  localisations  cérébrales  (dans  les  hémisphères). — Les  hémisphères 
cérébraux  reçoivent,  dans  leur  substance  grise  corticale,  les  impressions 
périphériques,  et  sont  le  point  de  départ,  par  cette  même  substance  grise, 
des  mouvements  volontaires  résultant  de  la  combinaison  pins  ou  moins 
complexe  des  impressions  reçues  dans  le  présent  ou  dans  le  passé.  La 
substance  blanche  centrale  de  l’hémisphère,  la  couronne  rayonnante,  en 
continuité  avec  la  çapsule  interne  (p.  472),  représente  les  voies  de  conduc¬ 
tion  centripète  et  centrifuge  de  la  substance  grise  corticale.  Quand  on 
cherche  à  localiser  dans  des  parties  définies  des  hémisphères  les  actes  dont 
ils  sont  le  siège,  il  y  a  donc  à  chercher  une  double  localisation  :  celle  des 
deux  actes  de  conduction  (centripète  et  centrifuge)  dans  la  substance 
blanche  ;  celle  des  actes  centraux,  ou  au  moins  de  certains  actes  centraux, 
dans  la  couche  grise  corticale. 

Localisations  dans  la  substance  blanche  (capsule  interne).  —  Nous  avons 
vu  (p.  A72)  que  la  capsule  interne  forme  une  cloison  s’étendant  des  pédon¬ 
cules  cérébraux  vers  la  substance  blanche  centrale  de  l’hémisphère,  en 
passant  entre  le  noyau  lenticulaire  d’une  part  et  d’autre  part  le  noyau  caudé 
{strié  proprement  dit)  et  la  couche  optique,  de  telle  sorte  qu’on  peut  dis¬ 
tinguer  à  cette  capsule  une  partie  antérieure  ou  lenticulo-striée  et  une 
partie  postérieure  ou  lenticulo-op tique. 

Les  expériences  de  vivisections  aussi  bien  que  les  faits  cliniques  mon¬ 
trent  que  la  région  postérieure  (lenticulo-optique)  renferme  des  conducteurs 
centripètes  ou  sensitifs.  Dans  la  découverte  de  ce  fait  de  localisation,  c’est 
la  clinique  et  l’anatomie  pathologique  qui  ont  ouvert  la  voie.  Turck,  de 
Vienne,  a  été  le  premier  à  constater  dans  quatre  autopsies  que  l’anesthésie 
de  toute  une  moitié  du  corps  avait  été  produite  par  une  lésion  de  la  partie 
postérieure  de  la  capsule  interne  du  côté  opposé.  Ensuite  sont  venues  les 
observations  et  les  nécropsies  confirmatives  de  Jackson,  de  Charcot,  de 
Vulpian;  puis  les  thèses  de  Veyssière  et  de  Virenque,  qui  ont  analysé  et 
présenté  le  tableau  des  cas  les  plus  précis  d’hémianesthésie  par  lésion  céré¬ 
brale  (en  dehors  de  l’hémianesthésie  des  hystériques)  et  ont  confirmé  par 
des  recherches  expérimentales  les  données  fournies  par  la  clinique.  Enfin, 
A. F. Raymond  a  publié  sur  ce  sujet  (thèse,  1876)  le  travail  le  plus  complet. 
De  ces  différentes  recherches,  il  résulte  aujourd’hui  que  l’abolition  de  la 
sensibilité  de  toute  une  moitié  du  corps,  abolition  persistante,  présentant 
les  mêmes  caractères  pendant  toute  sa  durée,  a  pour  origine  des  lésions 
diverses  portant  soit  sur  la  partie  externe  et  supérieure  de  la  couche  op¬ 
tique,  soit  sur  la  partie  postérieure  du  noyau  lenticulaire,  mais  dépassant 
toujours  la  limite  exacte  de  ces  masses  grises  pour  atteindre  dans  une  cer¬ 
taine  étendue  la  capsule  interne  ou  la  hase  de  la  couronne  rayonnante  de 
Reil  ;  que  de  plus  une  lésion  siégeant  uniquement  dans  la  substance  blanche 
de  la  capsule  (A.  F.  Raymond)  produit  cette  même  anesthésie.  Par  des 
vivisections  sur  les  animaux,  "Veyssière  a  confirmé  ces  résultats  de  l’obser¬ 
vation  clinique.  En  se  servant  d’un  trocart  capillaire  muni  d’un  petit  ressort 
qui  redressait  sa  pointe  lorsqu’il  était  enfoncé  à  une  profondeur  déterminée, 
il  est  parvenu  à  couper  circulairement  la  partie  postérieure  de  la  capsule, 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  Dü  SYSTÈME  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR.  609 

et  il  a  toujours  produit  ainsi,  lorsque  la  section  de  cette  partie  de  la  cou¬ 
ronne  de  Reil  se  trouvait  complète,  une  anesthésie  absolue  dans  la  moitié 
opposée  du  corps. 

La  région  antérieure  de  la  capsule  interne  (la  région  lenticulo-striée) 
renferme  au  contraire  les  conducteurs  centrifuges,  les  conducteurs  des 
mouvements  volontaires.  L’hémiplégie  motrice,  sans  accompagnement  de 
troubles  de  la  sensibilité,  est  le  résultat  des  lésions  qui  atteignent  soit  les 
parties  antérieures  des  noyaux  intra  ou  extraventriculaires  du  corps  strié, 
en  intéressant  la  capsule  blanche  qui  les  sépare,  soit  cette  capsule  seule  : 
l’hémiplégie  est  d’autant  plus  prononcée  que  la  capsule  est  plus  complète¬ 
ment  atteinte,  et,  dit  Charcot,  les  lésions  de  cette  capsule  donnent  lieu  à 
une  hémiplégie  motrice  non-seulement  très-prononcée,  mais  encore  de 
longue  durée  et  souvent  même  incurable.  Carville  et  Duret  ont  cherché  à 
produire  sur  des  chiens  des  troubles  analogues,  et  ils  ont  en  effet  observé 
qu’une  lésion  des  parties  antérieures  de  la  capsule  interne  produit  du  côté 
opposé  du  corps  une  paralysie  motrice  bien  caractérisée,  et  qui  rappelle 
l’hémiplégie  motrice  observée  chez  l’homme;  les  membres  affectés  restent 
flasques,  inertes  et  ne  sont  plus  susceptibles  que  de  mouvements  purement 
réflexes  (d’origine  médullaire). 

Localisations  dans  la  substance  grise  corticale.  — Le  système  de  Gall  fut 
une  tentative  célèbre  de  localisation  cérébrale,  tentative  entièrement  hypo¬ 
thétique,  sans  bases  anatomiques  ni  physiologiques  sérieuses.  Ce  système 
devait  être  abandonné  de  tous  les  esprits  sérieux,  et  on  s’étonne  aujourd’hui 
du  succès  immense  qu’il  obtint  pendant  longtemps.  L’insuccès  de  la  phré¬ 
nologie  de  Gall  s’explique  facilement,  car  en  réalité  Gall  est  parti  de  la  crâ- 
nioscopie,  sa  première  hypothèse  étant  que  certaines  dispositions  intellec¬ 
tuelles  répondraient  à  certains  renflements  extérieurs  de  la  tête. 

La  chute  du  système  de  Gall  a  jeté  longtemps  un  profond  discrédit  sur  le 
principe  des  localisations  cérébrales  ;  cette  réaction  fut  trop  absolue.  Broca 
fut  un  des  premiers  à  revenir  à  des  idées  plus  justes,  faisant  remarquer 
qu’un  principe  n’est  pas  démontré  faux  par  cela  seul  qu’il  a  pu  recevoir  de 
fausses  applications.  L’anatomie  humaine  et  l’anatomie  comparée  prouvent 
que  les  circonvolutions  fondamentales  des  hémisphères  sont,  jusqu’à  un 
certain  point,  des  organes  distincts  ;  d’autre  part,  l’analyse  psychologique 
montre  que  les  facultés  cérébrales  ne  sont  pas  absolument  solidaires  les 
unes  des  autres,  et  la  pathologie  cérébrale  nous  fait  assister  à  l’abolition  de 
telle  faculté  isolée.  Il  paraît  donc  probable  que  là  où  il  y  a  à  la  fois  des 
organes  multiples  et  des  fonctions  multiples,  chaque  organe  pourrait  bien 
avoir  des  attributions  particulières,  distinctes  de  celles  des  autres  organes. 

Aujourd’hui  ce  principe  a  reçu  sa  démonstration  par  les  recherches  ana¬ 
tomo-pathologiques  d’une  part,  et  jusqu’à  un  certain  point  par  les  expé¬ 
riences  de  vivisections.  Les  pi-emières  ont  établi  d’une  manière  définitive  et 
incontestable  le  siège  de  la  faculté  du  langage;  les  secondes  tendent  à  établir 
certaines  localisations  des  mouvements  volontaires,  sans  que  cependant  ici 
la  démonstration  soit  encore  aussi  parfaite  que  pour  la  faculté  précédente. 

Mais  avant  de  passer  à  l’étude  des  localisations  circonscrites  dans  un 

NOÜV.  DICT.  DE  MÊD.  ET  CHIB.  XXIII  —  39 


610  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR. 
territoire  étroit,  disons  d’aboi’d  qu’il  existe  en  anatomie  comparée,  en  an¬ 
thropologie,  et  même  en  pathologie,  des  faits  suffisamment  certains,  qui  per¬ 
mettent  de  dire  que  toutes  les  régions  des  hémisphères  cérébraux  n’ont  pas 
les  mêmes  attributions.  L’école  phrénologique,  qui  a  commis  tant  d’erreurs- 
sur  les  localisations  particulières,  l’école  phrénologique,  dit  Broca;  a  du 
moins  prouvé,  par  des  arguments  auxquels  il  est  difficile  de  répondre,  que 
le  développement  des  facultés  les  plus  élevées  de  l’intelligence  est  en  rapport 
avec  le  développement  de  la  région  antérieure  du  crâne.  Aujourd’hui  on 
peut  emprunter  d’autres  preuves  à  l’anthropologie.  Si  les  races  supérieures- 
ont  été  désignées  sous  le  nom  de  races  frontales,  c’est  parce  que  chez  elles 
il  y  a  prédominance  des  lobes  frontaux  des  hémisphères,  tandis  que  les 
races  inférieures,  où  ces  lobes  sont  beaucoup  moins  développés,  et  où  pré¬ 
domine,  au  contraire,  la  partie  postérieure  du  cerveau,  sont  désignées  sous 
le  nom  de  races  occipitales.  Chez  les  races  supérieures,  suivant  une  belle 
découverte  de  Gratiolet,  les  sutures  du  crâne  se  referment  d’arrière  en 
avant,  et  les  lohes  frontaux  des  hémisphères  continuent  à  se  développer 
longtemps  après  que  l’occlusion  des  sutures  postérieures  a  mis  un  terme 
à  l’accroissement  du  reste  du  cerveau.  Chez  les  races  inférieures,  au  con¬ 
traire,  l’ossification  des  sutures  marche  d’avant  en  arrière  et  les  parties- 
antérieures  du  cerveau  sont  arrêtées  les  premières  dans  leur  croissance. 
Enfin,  lorsqu’on  étudie  un  certain  nombre  d’individus  de  même  race,  mais 
inégaux  en  intelligence,  on  reconnaît  aisément,  par  la  mensuration  des 
deux  principales  régions  de  la  tête,  que  la  région  frontale  est  en  moyenne 
sensiblement  plus  développée  chez  les  plus  intelligents,  tandis  que  la  région 
postérieure  est  plus  développée  chez  les  autres.  Nous  avons  déjà  rapporté 
(p.  604)  le  résultat  des  curieuses  recherches  faites  dans  ce  sens  par  Broca 
sur  les  infirmiers  et  les  internes  de  Bicêtre.  De  tous  ces  faits,  qui  déposent 
dans  le  même  sens,  Broca  conclut  que  les  lobes  antérieurs  des  hémisphères 
sont  le  siège  des  facultés  les  plus  élevées  de  l’intelligence.  Mais  à  cette 
époque  Broca  ne  se  prononçait  pas  encore  sur  la  question  de  savoir  si 
chaque  faculté  réside  dans  une  circonvolution  particulière  et  si  les  diverses 
circonvolutions  de  chacun  des  lobes  des  hémisphères  ont  des  attributions 
différentes  de  celles  de  leurs  plus  proches  voisines.  Il  reconnaissait  qu’il 
n’y  avait  encore  dans  la  science  aucun  fait  permettant  de  répondre  affirma¬ 
tivement  à  cette  question.  Il  se  bornait  à  constater,  en  attendant  mieux, 
«  que  l’ensemble  des  circonvolutions  ne  constitue  pas  un  seul  organe, 
mais  plusieurs  organes  ou  plusieurs  groupes  d’organes,  et  qu’il  y  a  dans  le 
cerveau  de  grandes  régions  distinctes  correspondant  aux  grandes  régions 
de  l’esprit.  »  (Broca.  Société  d’anthropologie,  2  mars  1861.) 

1°  Il  est  intéressant,  au  point  de  vue  de  la  méthode,  de  voir  comment 
Broca  est  arrivé  à  établir  la  localisation  de  la  faculté  du  langage.  Après  avoir 
établi,  comme  nous  l’avons  dit  ci-dessus,  combien  était  vraisemblable  le 
principe  des  localisations  cérébrales,  l’auteur  pensa  que  les  observations 
pathologiques  complétées  par  l’autopsie  pourraient  seules  conduire  à  dé¬ 
couvrir  les  localisations  particulières,  à  la  condition  expresse  que  dans- 
ces  observations  on  eût  soin  de  désigner,  par  des  dénominations  anato- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR.  611 
iniques  régulières,  les  circonvolutions  malades,  au  lieu  d’indiquer  vague¬ 
ment,  comme  par  le  passé,  le  siège  des  lésions  dans  telle  ou  telle  région  du 
cerveau.  Broca  étudia  alors  les  cerveaux  des  individus  qui  avaient  présenté 
pendant  leur  vie  le  symptôme  de  V aphémie,  c’est-à-dire  l’abolition  ou  l’alté¬ 
ration  de  la  faculté  du  langage  articulé,  sans  paralysie  des  muscles  de  l’arti¬ 
culation  {voy.  art.  Aphasie),  et  il  arriva  ainsi  à  cette  conclusion,  que  l’exer¬ 
cice  de  la  faculté  du  langage  articulé  est  subordonné  à  l’intégrité  d’une 
partie  très-circonscrite  des  hémisphères  cérébraux  et  plus  spécialement  de 
l’hémisphère  gauche.  Cette  partie  est  située  sur  le  bord  supérieur  de  la 
scissure  deSylvius,  vis-à-vis  l’insula  de  Reil,  c’est-à-dire  dans  la  moitié  ou 
même  seulement  le  tiers  postérieur  de  la  troisième  circonvolution  frontale 
(voy.  ci-dessus  fig.  57,  p.  449).  Cette  localisation  était  plus  précise  que  toutes  les 
tentatives  antérieures  ;  ces  tentatives  antérieures  sont  celles  de  Gall,  de  Dax, 
de  Bouillaiid.  Gall  avait  déjà  enseigné  que  les  lobes  antérieurs  du  cerveau 
sont  le  siège  de  la  parole.  Dax  père,  de  Montpellier,  avait  remarqué  dès  1836 
la  coïncidence  de  l’aphasie  avec  l’hémiplégie  droite  et  assigné  comme 
siège  à  cette  double  affection  l’hémisphère  gauche.  Bouillaud,  sans  désigner 
aucune  circonvolution  en  particulier,  avait  montré,  par  un  grand  nombre 
d’autopsies,  que  les  lésions  cérébrales  qui  détruisent  ou  altèrent  la  parole 
occupent  toujours  les  lobes  antérieurs  du  cerveau.  Mais  ce  n’était  là  que 
confirmer,  pour  un  point  particulier,  ce  fait  relativement  connu  depuis 
longtemps,  à  savoir  que  les  lobes  frontaux  sont  spécialement  le  siège  de 
l’intelligence  et  des  actes  qui  en  sont  la  manifestation. 

Nous  n’avons  pas  à  insister  ici  sur  la  question  pathologique  des  troubles 
du  langage,  tout  ce  qui  se  rapporte  à  cette  étude  ayant  été  traité  à  l’article 
Aphasie.  Nous  plaçant  seulement  au  point  de  vue  de  la  localisation  physio¬ 
logique  prouvée  par  la  coïncidence  toujours  la  même  entre  l’abolition  d’une 
certaine  faculté  et  la  lésion  d’un  certain  point  de  l’encéphale,  nous  dirons 
que  de  nombreuses  observations  cliniques  viennent  tous  les  jours  confir¬ 
mer  la  localisation  établie  par  Broca  ;  pour  ne  citer  que  les  plus  récentes, 
nous  renverrons  le  lecteur  à  celles  publiées  par  P.  Lucas-Championnière, 
par  Wernher,  Lépine,  etc.  Comme  le  dit  ce  dernier  auteur,  la  confirmation 
serait  plus  éclatante  encore,  si  depuis  un  certain  temps  on  ne  tendait  à 
cesser  de  publier  les  faits  à  l’appui,  devenus  trop  vulgaires,  tandis  qu’on 
s’empresse  de  mettre  au  jour  les  faits  contradictoires,  souvent  mal  inter¬ 
prétés,  car  la  littérature  de  l’aphasie  a  été  encombrée  de  faits  sans  rapport 
avec  elle  (ainnésie,  etcw)  au  point  de  vue  clinique  et  observés  sur  le  cadavre 
d’une  manière  plus  qu’insuffisante,  souvent  avec  un  parti  pris  contre  la 
localisation  de  la  faculté  du  langage. 

Mais  on  a  dû  se  demander  pourquoi  la  faculté  du  langage  articulé  est  plus 
particulièrement  en  rapport  avec  la  troisième  circonvolution  frontale  du  côté 
gauche  :  cette  question  devient  surtout  importante  aujourd’hui  que  les  di¬ 
verses  études  entreprises  sur  les  prétendus  territoires  moteurs  de  l’écorce 
tendent  à  nous  montrer  ces  territoires  comme  parfaitement  symétriques  d’un 
côté  à  l’autre.  Dès  1863  (Société  anatomique,  juillet  1863),  Broca  présentait 
de  ce  fait  l’interprétation  qui  est  actuellement  adoptée  :  les  circonvolutions 


612  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DO  SYSTÈME  N.  —  LOC.4LISAT.  CÉRÉBIi. 
frontale  de  droite  et  celle  de  gauche  ont,  disait-il,  comme  toutes  les  parties 
symétriques  des  organes  pairs,  les  mêmes  propriétés  essentielles  ;  mais  le 
langage  articulé  étant  en  quelque  sorte  une  fonction  artificielle  et  conven¬ 
tionnelle,  qui  ne  s’acquiert  que  par  une  éducation  spéciale  et  par  une 
longue  habitude,  on  conçoit  que  l’enfant  puisse  contracter  l’habitude  de 
diriger  de  préférence  avec  l’un  ou  l’autre  des  deux  côtés  la  gymnastique 
toute  spéciale  de  l’articulation.  C’est  ainsi  que  la  plupart  des  actes  qui 
exigent  le  plus  de  force  ou  d’adresse  sont  exécutés  de  préférence  avec  la 
main  droite,  et  dirigés,  par  conséquent,  par  l’hémisphère  g'awcAe  du  cer¬ 
veau;  mais  de  môme  qu'il  y  a  quelques  gauchers  qui  dirigent  ces  mêmes 
actes  avec  l’hémisphère  droit,  de  même  il  y  a  quelques  individus  qui  diri¬ 
gent,  de  préférence  le  langage  articulé  avec  la  troisième  circonvolution 
frontale  droite.  Ces  hypothèses  si  ingénieuses  de  Broca  ont  été  depuis 
confirmées  par  des  observations  qui  parlent  toutes  dans  le  même  sens; 
c’est-à-dire  d’une  part  par  les  observations  où  on  a  vu  des  gauchers  devenus 
aphasiques  après  une  lésion  du  territoire  du  côté  droit  (qui  pour  eux  est 
l’hémisphère  actif),  et  d’autre  part  par  les  observations  de  gauchers  non 
aphasiques  malgré  une  lésion  de  la  troisième  circonvolution  frontale 
gauche  {voy.  thèse  de  Lépine,  p.  25).  Enfin,  lorsqu’un  individu  qui  a  appris 
à  parler  avec  l’hémisphère  gauche  est  privé,  par  S|Uite  d’une  lésion  patho¬ 
logique  ou  traumatique,  de  l’action  de  la  troisième  circonvolution  frontale 
gauche,  il  cesse  de  parler  parce  que  la  circonvolution  du  côté  droit  est 
incapable  de  lui  servir  ;  mais  il  peut  au  bout  d’un  temps  plus  ou  moins 
long,  à  la  suite  d’une  éducation  nouvelle,  le  plus  souvent  insuffisante,  sup¬ 
pléer  en  partie,  à  Taide  de  cette  circonvolution  droite,  aux  fonctions  abolies 
du  côté  opposé.  Ces  observations  rendent  compte  de  tous  les  faits  en  appa¬ 
rence  si  contradictoires  qu’a  fournis  l’étude  de  l’aphasie  (Broca,  Société 
d’anthropologie,  1865). 

2“  Des  localisations  cérébrales  pourraient  être  également  détermi¬ 
nées  et  circonscrites  par  des  excitations  expérimentales  portées  sur  cer¬ 
taines  parties  de  l’écorce  cérébrale,  telle  est  du  moins  l’opinion  professée 
aujourd’hui  par  quelques  physiologistes.  Cette  question  est  encore  à  l’étude  ; 
elle  vient  à  l’encontre  de  ce  qu’on  admettait  généralement  jusqu'à  ce  jour, 
à  savoir  que  la  substance  grise,  à  l’inverse  de  la  substance  blanche,  n’est 
pas  directement  excitable  ;  mais  ce  principe  ne  saurait  être  posé  d’une 
manière  absolue  ;  il  n’y  a  pas  en  physiologie  de  principe  semblable  qui 
puisse  être  considéré  comme  de  nature  à  faire  dire  non  avenus  des  résul¬ 
tats  bien  établis  par  l’expérience.  Malheureusement,  les  expériences  d’exci¬ 
tation  directe  de  l’écorce  cérébrale  ne  sont  pas  à  l’abri  des  objections.  En 
présence  des  résultats  contradictoires  obtenus  par  divers  expérimentateurs, 
nous  devons  procéder  à  un  exposé  méthodique  des  expériences  produites 
et  des  explications  mises  en  avant,  en  discutant  les  objections  faites  à  la 
théorie  des  localisations  corticales;  nous  arriverons  ainsi  à  une  conclusion 
qui,  sans  nier  les  localisations,  attribuera  les  phénomènes  observés  bien 
plus  à  l’excitation  ou  à  la  lésion  de  la  substance  blanche  qu’à  celle  de  la 
substance  grise  corticale. 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  LOCALIS.Vf.  CÉRÉBR.  f>13 

Les  recherches  actuelles  sur  l’excitation  expérimentale  de  certaines  cir¬ 
conscriptions  corticales  des  hémisphères  ont  eu  pour  point  de  départ  les 
expériences  de  Fritsch  et  Hitzig;  Ces  auteurs  auraient  été  amenés  à  l’idée 
de  leurs  recherches  par  l’observation  de  ce  fait  qu’un  courant  galvanique, 
traversant  chez  l’homme  la  partie  postérieure  de  la  tête,  d’une  apophyse 
mastoïde  à  l’autre,  provoque  des  mouvements  des  yeux.  Mettant  alors  à 
nu  une  certaine  étendue  des  hémisphères  d’un  chien,  ils  cherchèrent  s’ils 
ne  pourraient  pas  obtenir  des  mouvements  par  l'e.xcitation  électrique  de 
l’écorce  cérébrale.  Dans  ces  circonstances,  ils  obtinrent  en  effet  des  mouve¬ 
ments  des  membres  et  de  la  face.  Ferrier  institua  à  Londres  des  expériences 
semblables  et  observa  les  mêmes  phénomènes.  Les  résultats  les  plus  sail¬ 
lants  de  ces  recherches  sont  les  suivants  :  les  parties  antérieures  des  hémi¬ 
sphères  sont  les  seules  parties  dont  l’excitation  électrique  produise  des 
mouvements  du  corps  ;  dans  certaines  parties  des  circonvolutions  de  cette 
région  antérieure  se  trouvent  des  lieux  bien  circonscrits  et  tels  que  l’exci¬ 
tation  portée  à  ce  niveau  produit  des  mouvements  isolés  des  paupières,  du 
globe  de  l’œil,  de  la  bouche,  de  la  langue,  du  membre  antérieur,  du  pied, 
de  la  queue,  etc.  ;  Faction  des  hémisphères  est  en  général  croisée.  Il  n’entre 
pas  dans  le  plan  de  cet  article  d’indiquer  ici  les  régions  cérébrales  dont, 
chez  le  chien,  l’excitation  produit  les  résultats  particuliers  sus-indiqués, 
car  le  cerveau  du  chien  est  trop  différent  de  celui  de  l’homme  pour  qu’on 
puisse  conclure  de  la  topographie  de  l’un  à  celle  de  l’autre.  Mais  Hitzig, 
en  187/1,  a  continué  ses  expériences  en  opérant  cette  fois  sur  un  singe 
(Innuus  Rhésus),  dont  le  cerveau  présente,  au  point  de  vue  de  ses  prin¬ 
cipales  divisions  en  lobes  et  lobules,  une  analogie  assez  considérable  avec 
celui  de  l’homme  pour  qu’il  soit  possible  de  tracer,  d’après  les  résultats 
obtenus  sur  l’un,  la  topographie  des  régions  qu’occuperaient  chez  l’autre 
les  points  supposés  homologues  quant  à  leurs  fonctions  motrices.  La 
figure  99  nous  montre  cette  situation  probable  des  centres  moteurs  chez 


(*)  F,  lobe  frontal.  —  P,_  lobe  parieTal,  —  O,  lobe  occipilal.  —  T,  lobe  temporal  (où  sphénoïdal).  — 

supérieur.  —  3,  centre  pour  le  membre  inférieur.  —  4,  centre  pour  les  mouvements  de  la  tête  et  du  cou. — 
5,  centre  pour  les  mouvements  des  lèvres.  —  6,  contre  pour  les  mouvements  des  yeux. 


614  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DÜ  système  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR. 
l’homme.  On  voit  que  tous  ces  centres  seraient  situés  au  niveau  ou  dans 
le  voisinage  immédiat  des  deux  circonvolutions  ascendantes  qui  limitent 
le  sillon  de  Rolande.  Tout  en  haut  de  la  circonvolution  pariétale  ascendante 
serait  le  centre  des  mouvements  du  membre  inférieur  (3,  fig.  99);  en 
avant  de  celui-ci  et  à  cheval  sur  le  sillon  de  Rolande,  le  centre  des  membres 
supérieurs  ;  à  la  partie  postérieure  de  la  première  circonvolution  frontale, 
contre  la  frontale  ascendante,  le  centre  des  mouvements  de  la  tête  et  du 
cou  (4);  un  peu  plus  bas,  le  centre  pour  le  mouvement  des  lèvres;  enfin 
tout  à  fait  en  bas  (en  J  )  le  centre  des  mouvements  de  la  langue  (c’est  le 
lieu  où  siège  la  faculté  du  langage  :  partie  postérieure  de  la  troisième  cir¬ 
convolution  frontale). 

On  sait  qu’il  est  de  règle  en  physiologie  expérimentale,  pour  étudier  les 
fonctions  d’une  partie,  d’observer  non-seulement  les  résultats  de  son  exci¬ 
tation,  mais  encore  ceux  de  sa  destruction.  Carville  et  Duret  ont  entrepris, 
pour  les  centres  désignés  par  Fritsch,  Hitzig  et  Ferrier,  ce  second  ordre  de 
recherches  ;  ils  ont  enlevé,  à  l’aide  d’une  curette,  la  substance  grise  dans 
les  lieux  désignés  comme  centres,  et,  à  la  suite  de  ces  ablations,  ils  ont  ob¬ 
servé  des  paralysies  limitées  à  des  groupes  de  muscles  particuliers. 

Nous  avons  vu  que  les  expériences  sur  le  singe  permettaient  jusqu’à  un 
certain  point  de  déterminer  la  situation  probable  chez  l’homme  des  centres 
appelés  moteurs  (psycho-moteurs)  par  Fritsch,  Hitzig  et  Ferrier.  C’est  ainsi 
que  les  pathologistes  ont  été  amenés  à  rechercher  si,  dans  les  cas  de  con¬ 
vulsions  partielles  avec  lésions  localisées  des  hémisphères,  il  n’y  aurait  pas 
concordance  entre  le  siège  de  ces  lésions  et  le  lieu  indiqué  par  les  expé¬ 
riences  précédentes  comme  centre  moteur  correspondant  aux  troubles  de 
mouvement  observés.  Charcot,  qui  a  poussé  activement  les  recherches  dans 
cette  voie,  a  reconnu  que  dans  ces  cas  les  lésions  siégeaient  toujours  dans 
les  parties  antérieures  du  cerveau;  que  les  convulsions  débutant  par 
le  membre  supérieur  se  rapportaient  à  des  lésions  de  l’extrémité  supé¬ 
rieure  et  postérieure  de  la  première  circonvolution  frontale,  au  voisinage 
de  la  frontale  ascendante  ;  que  dans  plusieurs  cas  d’épilepsie  partielle  dé¬ 
butant  par  la  face,  la  lésion  cérébrale  occupait  la  partie  moyenne  de  la  cir¬ 
convolution  frontale  ascendante  ;  qu’en  un  mot,  la  pathologie,  sans  autori¬ 
ser  encore  des  localisations  précises  et  détaillées,  permet  de  cantonner 
dans  le  voisinage  du  sillon  de  Rolando  les  circonscriptions  corticales  dont 
les  lésions  produisent  les  convulsions  partielles  ou  générales  du  corps  et 
des  membres.  Tout  récemment,  Landouzy,  frappé  des  convulsions  par¬ 
tielles,  des  contractures  localisées  qui  accompagnent  les  méningo-encé- 
phalites  fronto-pariétales,  a  cherché  à  établir,  par  nombre  d’observations 
cliniques  et  de  nécropsies,  que  ces  phénomènes  seraient  dus  à  l’excitation 
des  centres  corticaux  du  cerveau.  Cette  excitation  serait  produite  par  des 
modifications  de  la  circulation.  Si  les  paralysies,  dit-il,  présentent  une 
physionomie  analogue,  c’est-à-dire  une  localisation  dans  tel  ou  tel 
membre,  dans  le  domaine  de  tel  ou  tel  nerf  moteur,  c’est  que  le  maximum 
des  altérations  anatomiques  de  la  méningite  tuberculeuse  siège  dans  la  cir¬ 
conscription  de  l’artère  sylvienne,  au  niveau  du  lobe  fronto-pariétal,  c’est- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR.  615 
à-dire  intéresse  les  centres  moteurs  groupés  dans  cette  région.  Tels  sont 
les  faits  cliniques  et  expérimentaux  invoqués  en  faveur  de  localisations 
autres  que  celle,  aujourd’hui  si  bien  établie,  de  la  faculté  du  langage  arti¬ 
culé.  Mais  il  s’en  faut  de  beaucoup  que  tous  les  physiologistes  et  tous  les 
cliniciens  considèrent  ces  faits  comme  démonstratifs;  nous  allons  donc 
passer  rapidement  en  revue  les  objections]  faites  à  la  théorie  des  loca¬ 
lisations. 

Brown-Séquard  est  un  de  ceux  qui  se  sont  montrés  le  plus  hostiles  à  cette 
théorie.  Il  s’est  principalement  appliqué  à  opposer  aux  faits  cliniques  sus- 
énoncés  des  faits  cliniques  qui  parlent  en  sens  inverse.  Dans  une  série  de 
communications  à  la  Société  de  biologie  (1876),  il  a  développé,  avec  de 
nombreux  exemples  à  l’appui,  cette  thèse  que,  quand  il  s’agit  d’une  lésion 
du  cerveau,  il  n’y  a  pas  de  symptôme  qui  ne  puisse  être  observé,  en  quelque 
endroit  du  cerveau  que  siège  la  lésion;  que  les  lésions  les  plus  considé¬ 
rables  peuvent  ne  donner  lieu  qu’à  des  phénomènes  à  peine  appréciables. 
Brown-Séquard  a  communiqué,  en  effet,  l’observation  d’un  cas  où  il  avait 
trouvé  à  l’autopsie  tout  un  lobe  cérébral  entièrement  détruit,  et  n’avait  ce¬ 
pendant  pas  constaté  pendant  la  vie  d’autres  manifestations  qu’une  amau¬ 
rose  et  quelques  douleurs  de  tête.  Toutes  les  fonctions  dépendant  du  cer¬ 
veau  pourraient  donc  persister,  dit  Brown-Séquard,  malgré  la  destruction 
complète  d’un  lobe  cérébral  entier;  il  serait  donc  impossible  d’admettre 
des  centres  parfaitement  localisés,  c’est-à-dire  répartis  dans  une  portion 
bien  limitée  de  l’encéphale;  au  contraire,  Brown-Séquard  pense  que  les 
cellules  cérébrales  servant  à  une  même  fonction  sont  disséminées  dans  les 
diverses  parties  de  l’encéphale  et  reliées  entre  elles  par  un  enchaînement 
insaisissable  (Société  de  biologie,  27  novembre  1875).  On  trouvera  les  idées 
de  Brown-Séquard  exposées  avec  tous  leurs  développements  dans  la  thèse 
de  son  élève  E.  Dupuy  (Paris,  1873).  —  Nous  croyons  que  l’opinion  du  cé¬ 
lèbre  physiologiste  a  quelque  chose  d’exagéré  :  les  parties  que  la  physiolo¬ 
gie  expérimentale  et  l’observation  clinique  font  désigner  aujourd’hui  sous 
le  nom  de  zones  motrices  sont  très-peu  étendues;  elles  ne  comprennent 
guère  que  la  substance  grise  immédiatement  voisine  du  sillon  de  Rolando  ; 
partout  ailleurs  des  lésions  très-étendues  des  circonvolutions  des  hémi¬ 
sphères  peuvent,  on  le  sait  depuis  longtemps,  ne  s’accompagner  d’aucun 
symptôme  du  côté  de  la  motricité  {voy.  le  mémoire  de  Charcot  et  Pitres. 
—  Revue  mensuelle  de  médecine  et  de  chirurgie,  1877). 

Les  objections  de  Brown-Séquard  visent  surtout  les  faits  cliniques  ;  les 
faits  expérimentaux  ne  sont  pas  moins  susceptibles  de  diverses  inter¬ 
prétations.  C’est  l’excitation  électrique  qui  donne  des  résultats  dans  les 
expériences  instituées  selon  le  procédé  de  Fritsch,  Hitzig  et  Ferrier.  Or 
on  sait  combien  il  est  difficile  de  limiter  l’action  des  courants  électri¬ 
ques  aux  parties  sur  lesquelles  sont  appliqués  les  électrodes  ;  ne  peut-il 
pas  se  faire  que  dans  ces  expériences,  par  le  fait  de  courants  dérivés,  l’ex¬ 
citation  électrique  n’exerce  pas  réellement  son  action  sur  la  substance  grise 
cérébrale,  mais  aille,  à  travers  cette  substance  grise,  exciter  les  fibres 
blanches  sous-jacentes?  Il  nous  paraît  certain  qu’en  réalité  les  choses  se 


616  NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  du  système  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR. 
passent  ainsi.  En  effet,  si  l’on  détruit  par  le  fer  rouge  une  partie  de 
l’écorce  grise  désignée  comme  centre  de  certains  mouvements,  on  obtient 
ces  mêmes  mouvements  en  appliquant  les  électrodes  sur  l’eschare  ainsi 
produite,  c’est-à-dire  en  excitant  les  fibres  blanches  sous-jacentes.  Cette 
expérience,  due  à  Carville  et  Duret,  démontre  que  l’intégrité  de  la  substance 
grise  corticale  n’est  pas  la  condition  nécessaire  de  la  production  expéri¬ 
mentale  des  mouvements  localisés  ;  elle  permet  de  croire  que,  dans  les 
expériences  par  excitation  électrique ,  ce  sont  les  fibres  blanches  sous-ja¬ 
centes  aux  prétendus  centres  coi’ticaux  qui  sont  excitées,  mais  elle  ne  ren¬ 
verse  pas  la  doctrine  des  localisations  motrices  ;  à  la  formule  d’abord  adop¬ 
tée  elle  substitue  celle-ci  :  au-dessous  de  certaines  parties  de  l’écorce 
cérébrale  se  trouvent  des  faisceaux  blancs  . assez  nettement  circonscrits, 
dont  l’excitation  provoque  des  mouvements  localisés  dans  telle  partie  du 
corps,  dans  tel  groupe  de  muscles. 

Ramenée  à  cette  formule,  la  théorie  des  localisations  nous  paraît  parfai¬ 
tement-établie.  Mais  du  moment  qu’on  admet  des  faisceaux  blancs  sous- 
jacents  à  la  substance  grise  et  formant  les  conducteurs  spéciaux  de  cer¬ 
tains  mouvements,  on  peut  se  croire  autorisé  à  considérer  comme  origines, 
comme  centres  de  ces  faisceaux,  la  partie  de  substance  gris.e  immédiate¬ 
ment  superposée.  Cette  induction,  qui  ramène  aux  localisations  corticales, 
n’est  pas  légitime,  ainsi  que  le  démontre  l’étude  des  effets  immédiats  et  ul¬ 
térieurs  produits  par  l’ablation  d’un  de  ces  prétendus  centres  corticaux 
moteurs.  En  effet,  si,  après  avoir  déterminé,  au  moyen  de  l’électricité,  chez 
un  chien ,  le  centre  des  mouvements  de  la  patte  antérieure,  on  enlève,  comme 
l’ont  fait  Carville  et  Duret,  ce  centre  cortical  avec  une  curette,  on  observe  une 
paralysie  des  mouvements  volontaires  dans  les  muscles  dont  la  contraction 
était  précédemment  produite  par  l’excitation  électrique  appliquée  sur  la 
région  en  question  ;  mais  cette  paralysie  guérit  au  bout  de  peu  de  jours.  En 
présence  de  ce  fait,  nous  ne  voyons  que  deux  interprétations  possibles  :  ou 
bien  la  lésion  produite  par  l’ablation  de  la  substance  grise  a  compromis 
momentanément  le  fonctionnement  du  faisceau  blanc  sous-jacent,  qui 
est  un  conducteur  dans  lequel  se  localisent  spécialement  certains  actes 
-moteurs  ;  ou  bien  l’ablation  de  substance  grise  a  réellement  détruit  un 
centre  cortical  moteur,  dont  la  fonction  a  été  suppléée  par  le  fonc¬ 
tionnement  plus  énergique  du  centre  correspondant  dans  l’hémisphère 
opposé  ;  il  y  a  eu  suppléance.  Or  cette  dernière  interprétation  n’est  pas 
■admissible,  en  présence  des  résultats  suivants  :  si,  après  guérison  de  la 
paralysie  produite  par  l’ablation  d’un  centre  cortical  du  côté  droit,  on  en¬ 
lève  le  centre  cortical  homologue  du  côté  gauche,  la  paralysie  se  produit 
de  nouveau,  mais  elle  guérit  aussi  dans  un  temps  relativement  court; 
si  alors  les  mouvements  reparaissent  malgré  l’ablation  bilatérale  de 
leurs  prétendus  centres  corticaux,  il  n’y  a  plus  lieu  d’admettre  l’existence 
réelle  de  ces  centres.  Les  vivisections  de  Carville  et  Duret  nous  paraissent 
très-explicites  à  ce  sujet;  d’autres  physiologistes  en  ont  publié  de  non 
moins  probantes.  Ainsi  Rouget  a  publié  le  fait  suivant  :  sur  un  chat  qui 
avait  subi  la  destruction  du  centre  des  pattes  antérieures,  suivie  de  para- 


NERFS.  —  PHYSIOLOGIE  DU  SYSTÈME  N.  —  LOCALISAT.  CÉRÉBR.  617 
lysie  partielle  de  la  patte  du  côté  opposé,  après  le  retour  complet  de  ce 
membre  à  l’état  normal,  l’extirpation  du  centre  des  pattes  antérieures  du 
côté  sain  ne  fut  suivie  que  de  troubles  très-légers  et  peu  persistants  dans 
les  mouvements  des  membres  antérieurs,  bien  que  les  deux  centres  mo¬ 
teurs  des  pattes  antérieures  fussent  alors  détruits  dans  l’écorce  cérébrale, 
des  deux  côtés  à  la  fois. 

Si  dans  ce  cas  on  admet  que  les  centres  détruits  bilatéralement  ont  été 
suppléés  par  des  parties  voisines  de  l’écorce  grise  des  hémisphères,  c’est-à- 
dire  qu’un  centre  peut  être  remplacé,  dans  sa  fonction,  par  une  autre 
partie  de  l’écorce  du  même  hémisphère,  on  émet  une  hypothèse  qui  n’est, 
autre  chose  que  la  négation  même  des  localisations  corticales. 

Nous  arrivons  donc,  en  définitive,  à  ne  pas  trouver  dans  les  faits  expéri¬ 
mentaux  et  cliniques  des  preuves  suffisantes  de  localisations  motrices  dans 
la  substance  grise  corticale  :  ce  résultat  n’est  nullement  en  contradiction 
avec  le  fait  qu’une  localisation  très-précise,  celle  de  la  faculté  du  langage, 
est  aujourd’hui  parfaitement  établie  et  admise  par  tous  :  dans  le  cas  du 
langage,  il  s’agit  de  la  localisation  d’une  faculté  intellectuelle  complexe, 
d’un  centre  coordinateur  ;  dans  le  cas  délocalisations  motrices  corticales, 
il  s’agirait  purement  et  simplement  de  centres  moteurs.  Or.les  mouvements 
du  membre  antérieur  ou  postérieur,  de  la  face,  des  yeux,  ont  pour  origine 
des  phénomènes  psychiques  complexes,  ayant  eux-mêmes  leur  point  de 
départ  dans  les  impressions  apportées  par  les  divers  organes  des  sens  ;  les 
sources  de  ces  mouvements  doivent  donc  être  multiples.  On  comprend  bien 
que  leurs  conducteurs,  provenant  de  parties  corticalés  multiples,  se  groupent 
en  faisceaux  particuliers,  pour  venir  ensuite  prendre  part  à  la  constitution 
de  la  capsule  interne,  lieu  de  passage  de  tous  les  conducteurs  des  mouve¬ 
ments  volontaires,,  mais  on  ne  voit  pas  à  priori  la  nécessité  de  centres 
moteurs  corticaux  distincts. 

A  part  la  question  des  localisations  corticales ,  les  expériences  de  Fritsch, 
Hitzig,  F errier,  etc. ,  ont  également  soulevé  la  question  plus  générale  de  l’exci¬ 
tabilité  directe  de  la  substance  grise  cérébrale.  Ce  que  nous  avons  dit  précé¬ 
demment  montre  que  cette  excitabilité  n’est  nullement  démontrée,puisque 
dans  ces  expériences  l’électricité  agirait  sur  les  faisceaux  blancs  sous-jacents 
à  la  substance  grise.  Tout  récemment  Bochefontaine  a  communiqué  à  l’Aca¬ 
démie  des  sciences  une  série  de  recherches  qui  montrent  combien  il  s’en  faut, 
que  l’excitabilité  de  la  substance  grise  soit  mise  en  jeu  dans  les  vivisections 
de  Hitzig,  Ferrier,  etc.  Il  faut  en  effet,  dit  Bochèfontaine,  il  faut  pour 
obtenir  dans  ces  expériences  les  mouvements  des  membres,  faire  usage 
d’excitations  électriques  assez  intenses  :  or  ce  fort  courant  faradique,  qui 
fait  mouvoir  les  membres  (et  contracter  la  rate)  quand  il  est  appliqué  sur 
la  circonvolution  du  gyrus,  ce  même  courant  est  capable  d’exciter  le  nerf 
radial  à  travers  les  tissus  qui  le  recouvrent  au  niveau  du  tiers  inférieur  du 
bras.  Il  est  indubitable  que  le  courant  faradique  diffuse  à  travers  l’écorce 
grise  du  cerveau,  et  va  exciter  la'  substance  blanche  sous-jacente,  dans 
laquelle  se  trouvent  des  fibres  dont  les  extrémités  profondes  sont  en  rapport 
avec  les  centres  d’excitation  directe  des  muscles  striés  et  lisses  et  des 


NERFS.  —  ANATOMIE  DU  SYSTEME  N.  —  BIBLIOGRAPHIE. 


glandes.  Or,  si  l’excitabilité  de  la  substance  grise  corticale  n’est  pas  démon¬ 
trée,  l’existence  de  centres  moteurs  des  membres,  localisés  dans  des  points 
spéciaux  de  cette  substance,  n’est  pas  prouvée  non  plus.  Ce  ne  sont  pas  là 
les  seules  causes  d’interprétations  erronées  signalées  par  Bochefontaine  ; 
ee  physiologiste  a  de  plus  observé  des  phénomènes  qui  sont  de  nature  à 
nous  donner  quelques  indications  sur  le  mécanisme  des  faits  pathologiques 
invoqués  à  l’appui  de  la  thèse  des  localisations  corticales  [voy.  ci-dessus 
page  61à  :  convulsions  partielles  dans  les  méningites  fronto-pariétales)  ; 
■c’est  que  les  méninges,  par  le  fait  de  leur  sensibilité  propre,  peuvent  être  le 
.  point  de  départ  de  mouvements  réflexes  particuliers.  L’excitation  mécanique 
de  la  dure-mère,  dit  Bochefontaine  (Académie  des  sciences,  août  1876), 
l’excitation  mécanique  de  la  dure-mère  peut  déterminer  les  contractions 
d’un  ou  de  quelques  muscles  de  la  face,  seulement  du  côté  correspondant 
si  l'excitation  est  faible.  Si  on  augmente  l’intensité  de  l’irritation,  on  voit  se 
produire  des  mouvements  des  membres  du  côté  correspondant,  et  enfin  des 
mouvements  dans  les  quatre  membres  ;  ces  résultats  s’observent  même  en 
excitant  la  dure-mère  sectionnée  et  rabattue  en  lambeaux,  ce  qui  prouve 
que  l’excitation  de  la  substance  grise  corticale  n’entre  pour  rien  dans  la  pro¬ 
duction  de  ces  phénomènes,  d’autant  plus  que  cette  substance  est  reconnue 
absolument  insensible  aux  excitations  mécaniques.  Du  reste  les  mêmes 
résultats  sont  obtenus  après  ablation  de  là  substance  blanche  et  de  la 
substance  grise  de  la  calotte  des  hémisphères.  Ces  faits  sont  de  la  plus  haute 
importance  pour  l’appréciation  des  expériences  sur  lesquelles  on  s’est  appuyé 
pour  admettre  l’existence  de  centres  psycho-moteurs  dans  l’écorce  grise  du 
cerveau.  Ils  sont,  de  plus,  dénaturé  à  jeter  un  certainjour  sur  la  pathogéniedes 
mouvements  convulsifs,  généraux  ou  partiels,  qui  accompagnent  l’inflamma¬ 
tion  de  la  dure-mère  crânienne  et  les  irritations  méningitiques  en  général. 

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Sappey,  Traité  d’anatomie.  3*  édit.,  1877,  t.  III  (ce  volume  contient  un  grand  nombre  de 
résultats  nouveaux  sur  le  trajet  des  cordons  blancs  cérébro-spinaux,  sur  les  noyaux  des 
nerfs,  etc.). 

PoiNCAP.É,  Leçons  sur  la  physiologie  normale  et  pathologique  du  système  nerveux.  Paris, 
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rayé  de  Vicq  d’Azyr  (Bull,  de  la  Soc.  d' Anthropologie,  1861,  t.  Il,  p.  313).  —  Sur  les 
rapports  anatomiques  des  divers  points  de  la  surface  du  crâne  et  les  diverses  parties 
des  hémisphères  cérébraux  {Bulletin  de  la  Société  anatomique,  1861,  t.  XXXVI, 
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62i  NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIÜUES. 


Localisations  cérébrales. 

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vations  d’aphémie  (Bulletins  de  la  Société  anatomique:  1861,  p.  330  et  398;  1863,  p.  379 
et  393).  —  (Bulletins  de  la  Société  d’anthropologie:  1863,  p.  200;  1865,  p.  377;  1866, 
p.  377  et  396). 

DuPUï  (E.),  Examen  de  quelques  points  de  la  physiologie  du  cerveau;  thèse,  Paris,  1873. 

BoLTLt.AüD,  Nouvelles  recherches  cliniques  sur  la  localisation,  dans  les  lobes  cérébraux  anté¬ 
rieurs,  de  l’action  par  laquelle  le  cerveau  concourt  à  la  faculté  psycho-physiologique  de  la 
parole  (Compt.  rend.  Acad,  des  sciences,  juin  et  juillet  1873). 

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C.ARVILLE  et  Duret,  Critique  expérimentale  des  travaux  de  Fritseh,  Hitzig  et  Perrier  (Soc. 
de  biologie,  déc.  1873  et  janv.  1874). 

Hitzig  (Ed.),  Weitere  üntersuchungen  zur  Physiologie  des  Gehirns  (Arch.  fur  Anatomie  de 
Reichert  et  Du  Bois-Reymond,  1873,  p.  397). — üeber  die  Resultate  der  elektrischen 
üntersuchungen  der  Hirnrinde  eines  Affen  (Berlin,  klin.  Wochenschrift,  1874,  n°  6). 

PUTNAM  (J.-J.),  Contrihution  to  the  physiology  of  the  Cortex  cerebri  (The  Boston  med.  and 
surg.  journ..,  juillet  1874). 

ViRENQUE  (L.-A.),  De  la  perte  de  la  sensibilité  générale  et  spéciale  d’un  côté  du  corps,  ou 
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Veyssière,  Recherches  expérimentales  à  propos  de  l’hémianesthésie  de  cause  cérébrale  (Arch. 
de  physiologie,  1874,  et  thèse,  Paris,  1874). 

Rouget  (Ch.),  Contrôle  expérimental  des  recherches  de  Fritseh  et  Hitzig,  Ferrier,  etc.,  sur 
les  centres  moteurs  du  cerveau  (Société  de  biologie,  avril  1875). 

SOLTMANN  (O.),  Zur  electrischen  Reizbarkeit  des  Grosshirnrinde  (Centrbl.,  i815,  n”  14,  p.  209). 

Bochefontaine,  Contractions  de  la  rate,  des  intestins,  de  la  vessie,  par  l’excitation  électrique 
du  cerveau  (Soc.  de  biologie,  juillet  1875). 

Ldcas-Championkiere,  Aphasie;  lésion  de  la  troisième  circonvolution  frontale  gauche  (Bull, 
de  la  Soc.  anat.  de  Paris,  1875,  p.  202). 

Parant  (Victor),  De  la  possibilité  des  suppléances  cérébrales,  thèse,  Paris,  1875,  n°  186. 

Lépine  (R.),  .De  la  localisation  dans  les  maladies  cérébrales,  thèse  de  concours,  Paris,  1875. 

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juillet  1875). 

Charcot  (J.-M.),  Leçons  sur  les  localisations  dans  les  maladies  du  cerveau,  1"  fascicule. 
Paris,  1876. 

R.aymond  (F.),  Étude  anatomique,  physiologique  et  clinique  sur  l’hémichorée  et  l’hémia¬ 
nesthésie,  thèse,  Paris,  1876. 

Rendu  et  Gombault,  Revue  générale  sur  les  localisations  cérébrales  (Revue  des  sciences  mé¬ 
dicales  de  G.  Hayem,  1876,  t.  VII,  p.  326  et  765). 

L.andoüzy  (L.),  Contribution  à  l'étude  des  convulsions  et  des  paralysies  liées  aux  méningo- 
encéphalites  fronto-pariétales,  thèse,  Paris,  1876. 

Bochefontaine,  Sur  quelques  particularités  des  mouvements  réflexes  déterminés  par  l’excitation 
mécanique  de  la  dure-mère  crânienne  (Compt.  rend,  de  l’Acad.  des  sciences,  7  août  1876). 

Charcot  et  Pitres,  Contribution  à  l’étude  des  localisations  dans  l’écorce  des  hémisphères  du 
cerveau  (Revue  mensuelle  de  médecine  et  de  chirurgie,  janvier  1877). 

Mathias  Ddval. 


PATHoi^octiE  C1UK1JRGIC.AI.E:  UES  A'ERFS.  —  Les  nei'fs,  comme  les 
autres  organes  de  l’économie,  sont  exposés  à  l’action  des  violences  exté¬ 
rieures.  Ils  peuvent  aussi  devenir  le  siège  de  dégénérescences,  de  tumeurs 
diverses.  L’étude  des  affections  locales  des  nerfs  doit  donc  comprendre  deux 
chapitres  distincts  :  celui  des  lésions  physiques,  qui  menacent  plus  ou  moins 
la  continuité  de  l’organe  et  viennent  brusquement  suspendre  ou  au  moins 
modifier  ses  fonctions  ;  celui  des  lésions  organiques,  dont  le  développement 
se  fait  toujours  avec  lenteur  et  qui  ne  déterminent  de  modifications  fonc¬ 
tionnelles  qu’à  une  époque  plus  ou  moins  avancée  de  leur  existence. 

Lésionis  physiques  on  hlessupes. —  Toute  plaie,  mèmen’intéres- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIOCES.  625- 

sant  que  l’épaisseur  de  la  peau,  s’accompagne  de  lésion  nerveuse,  mais  celle 
lésion  demeure  ignorée  tant  que  le  nerf  blessé  n’a  pas  une  importance  physio¬ 
logique  assez  grande  pour  que  la  suspension  de  ses  fonctions  provoque  dea 
troubles  spéciaux.  C’est  dans  cette  dernière  condition  seulement  que  l’atten¬ 
tion  du  chirurgien  est  éveillée  et  qu’il  peut  avoir  à  intervenir  ;  il  ne  saurait 
donc  être  ici  question  que  des  blessures  atteignant  un  tronc  nerveux  ou 
une  branche  importante. 

Les  différents  nerfs,  à  quelque  ordre  qu’ils  appartiennent,  qu’ils  soient 
moteurs,  sensitifs  ou  mixtes,  peuvent  également  être  lésés.  Le  grand  sympa¬ 
thique  même  ne  jouit  pas  d’une  indemnité  absolue.  Weir  Mitchell  a  vu  une 
blessure  du  cou,  produite  par  une  arme  à  feu,  être  suivie  des  phénomènea 
caractérisques  que  les  expériences  de  CL  Bernard  ont  fait  connaître 
comme  provenant  de  la  section  du  cordon  cervical.  Les  effets  de  la  com¬ 
pression  ont  été  plusieurs  fois  observés  sur  les  nerfs  crâniens  que  le  sque¬ 
lette  de  la  tête  défend  contre  les  autres  lésions  physiques.  Toutefois  ce  sont 
là  des  faits  en  quelque  sorte  exceptionnels  ;  et  de  plus,  les  troubles  qui  les 
marquent  ont  une  physionomie  trop  spéciale  pour  pouvoir  rentrer  dans  une 
description  d’ensemble.  Il  n’en  est  pas  de  même  des  blessures  intéressant 
les  nerfs  périphériques  qui  président  au  mouvement  et  à  la  sensibilité  des 
extrémités.  Leur  fréquence  relative,  l’identité  à  peu  près  constante  des  phé¬ 
nomènes  morbides  qui  les  suivent,  permettent  de  les  prendre  pour  types. 

iliSTORiQüE.  —  Les  conséquences,  immédiates  ou  éloignées,  du  trau¬ 
matisme  des  nerfs  n’avaient  point  échappé  aux  anciens  :  dès  Hippo¬ 
crate,  c’est  à  la  compression  de  branches  nerveuses  que  sont  rattachées  la 
suppression  d’urine,  l’atrophie  du  membre  inférieur,  «  surtout  marquée 
par  deiTière  »,  qui  s’observent  dans  certaines  luxations  anciennes  du  fémur. 
Galien  proclame,  d’après  des  expériences  de  vivisection,  que  la  ligature  ou 
la  section  des  nerfs  récurrents  rend  l’animal  aphone  au  même  titre  que 
l’incision  des  muscles  de  la  glotte.  Appelé  auprès  d’un  malade  qui,  à  la 
suite  d’une  contusion  de  la  partie  supérieure  du  dos,  avait  perdu  le  sen¬ 
timent  de  trois  doigts  de  la  main,  le  mouvement  restant  intact,  il  n’hési¬ 
tait  pas  à  expliquer  ces  phénomènes  par  la  contusion  des  origines  du  plexus 
brachial.  Toutefois  le  mode,  la  possibilité  même  de  la  réparation  des  lésions 
nerveuses  demeuraient  absolument  ignorés,  et  pour  Galien,  comme  pour 
Hippocrate,  «  un  nerf  coupé  ne  peut  croître  ni  se  réunir  ». 

Avicenne,  on  ne  sait  sur  quels  fondements,  conteste  l’exactitude  de  ce 
yironostic  fâcheux,  et  bien  loin  de  croire  à  l’impossibilité  d’un  pi’ocessus 
réparateur,  il  conseille  de  le  favoriser  en  suturant  les  deux  bouts  du  nerf 
divisé.  Blâmée  par  Théodoric  de  Cervia  et  par  Rulandus  qui  cautérise  les 
extrémités  correspondantes  des  deux  segments  nerveux,  la  suture  trouve 
des  défenseurs  opiniâtres  dans  Guillaume  de  Salicet,  Lanfranc  et  surtout 
Guy  de  Chauliac.  Cet  empressement  des  arabistes  à  préconiser  la  suture  ^ 
des  nerfs,  en  ferait  sans  conteste  les  premiers  partisans  de  la  régénération 
nerveuse,  si  on  ne  se  rappelait  la  confusion  faite  à  cette  époque  entre  les  nerfs 
et  les  tendons.  S’agit-il  bien  d’une  suture  des  nerfs  ou  simplement  de  la 
réunion  des  deux  bouts  d’un  tendon  divisé  ?  Nous  devons  dire  que  Sprengel 

KOUV.  DICT.  DE  MED.  ET  CHIE.  XXIII.  —  40 


626  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
se  prononce  pour  le  premier  sens  et  regarde  Avicenne  et  Lanfranc  comme 
les  promoteurs  de  la  suture  nerveuse.  Quoi  qu’il  en  soit,  la  méthode  ne 
tarda  pas  à  tomber  dans  l’oubli  et  elle  attendit  pour  reparaître  une  époque 
encore  récente.  C’est  à  peine  si  l’on  en  trouve  une  mention  dans  Fabrice 
de  Hilden,  qui  lui  est  favorable,  et  A.  Paré  n’en  parle  même  pas. 

Paré,  comme  Vésale,  en  est  toujours  aux  idées  hippocratiques  sur  les 
blessures  des  nerfs;  et,  à  propos  de  la  saignée  malheureuse  faite  à 
Charles  IX,  il  confond  absolument  les  accidents  phlegmoneux  avec  ceux 
résultant  de  la  lésion  nerveuse. 

La  paralysie  du  mouvement  et  de  la  sensibilité,  succédant  aux  blessures 
des  nerfs,  avait  surtout  attiré  l’attention  des  anciens  chirurgiens,  qui  en 
trouvaient  une  explication  plausible  dans  la  suppression  de  Faction  ner¬ 
veuse  :  mais  il  était  plus  difficile  de  l’endre  compte  des  accidents  névral¬ 
giques  qui  peuvent  se  montrer  dans  ces  conditions.  Boerhaave  l’essaya  en 
s’appuyant  sur  des  considérations  d’ordre  purement  mécanique.  La  rétrac¬ 
tion  du  nerf  coupé  occasionne  un  tiraillement  des  petites  branches  situées 
au-dessus  de  la  lésion,  et  l’irritation  de  ces  branches  donne  lieu  aux  con¬ 
tractures  et  à  la  douleur. 

Van  Swieten,  qui  a  entrevu  le  rôle  joué  par  certains  nerfs  dans  les  phé¬ 
nomènes  nutritifs,  ne  tire  aucun  parti  de  cette  donnée  importante.  Le  pre¬ 
mier,  cependant,  il  étudie  d’une  manière  un  peu  complète  les  paralysies  du 
membre  supérieur  consécutives  aux  luxations  de  l’épaule  et  qu’il  regarde 
comme  produites  par  la  compression  du  plexus  brachial.  La  paralysie 
résultant  de  la  section  d’un  nerf  principal  est  incurable,  «  à  moins  que 
quelques  branches  sorties  du  tronc  au-dessus  de  la  plaie  ne  se  rendent  aux 
parties  inférieures  ou  que  d’autres  troncs  n’y  envoient  des  leurs.  ». 

La  confusion  faite  par  A.  Paré  entre  les  accidents  purement  phlegmo¬ 
neux  et  les  suites  ordinaires  des  blessures  nerveuses  se  retrouve  dans  Mau- 
quest  de  la  Motte,  qui  range  parmi  ces  suites  «  les  inflammations,  les  dépôts 
énormes  et  les  abcès  si  considérables  qu’ils  font  souvent  tomber  la  partie 
en  mortification  ».  Il  est  vrai  que  plus  loin  il  avoue  n’avoir  jamais  observé 
par  lui-même  aucun  cas  de  plaie  d’un  nerf  important. 

Louis,  étudiant  «  la  consolidation  des  plaies  avec  perte  de  substance  », 
posait  en  principe  que  le  tissu  nerveux  n’est  pas  susceptible  de  cicatrisa¬ 
tion.  La  conclusion  clinique  devait  être  que  toute  paralysie  résultant  de  la 
section  d’un  tronc  nerveux,  demeurait  au-dessus  des  ressources  de  la 
nature  et  de  l’art  :  elle  fut  établie,  dans  toute  sa  rigueur,  par  Heister  et  par 
Hévin.  Heister,  cependant,  frappé  des  conséquences  fâcheuses  des  plaies 
n’intéressant  qu’une  partie  de  l’épaisseur  d’un  nerf,  n’hésitait  pas  à  con¬ 
seiller,  comme  traitement,  de  rendre  la  section  cqmplète. 

Dès  A.  Paré,  on  avait  reproché  à  la  ligature  immédiate  des  vaisseaux,  après 
l’amputation,  de  rendre  plus  fréquents  les  accidents  convulsifs  en  expo¬ 
sant  à  prendre  un  nerf  dans  le  lien  constricteur.  Sharp  s’éleva  contre  cette 
accusation  :  ce  sont  les  conditions  extérieures  prédisposant  le  sujet,  et  non 
la  ligature,  qu’il  faut  alors  incriminer. 

Dans  cette  première  époque  de  la  chirurgie,  les  idées  hippocratiques 


NERFS.  —  P.4.TH0L0GIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  627 

avaient  régné  sans  conteste  ;  le  moment  était  venu  où  des  expériences  sage¬ 
ment  conduites  allaient  en  démontrer  toute  la  fausseté.  C’est  à  Cruikshank 
■que  revient  l’honneur  d’avoir  le  premier  établi  d’une  façon  indiscutable  la 
réalité  de  la  cicatrisation  des  nerfs.  Ses  expériences  sur  le  pneumogastrique, 
répétées  par  Fontana,  donnèrent  à  ce  physiologiste  des  résultats  analogues, 
mais  Fontana  alla  plus  loin  et  proclama  la  nature  nerveuse  du  tissu  cica¬ 
triciel  :  de  ces  faits  expérimentaux,  il  tirait  l’indication  clinique  de  rappro¬ 
cher  exactement  les  extrémités  des  nerfs  coupés. 

Acceptée  par  Monro  et  Michaëlis,  la  cicatrisation  nerveuse  fut  niée  d’une 
manière  absolue  par  Arnemann.  Celui-ci  admit  bien  comme  possible  la 
réunion  des  deux  bouts  du  nerf,  mais  il  contesta  que  la  substance  nouvel¬ 
lement  formée  entre  ces  extrémités  contînt  des  éléments  nerveux.  A  quoi 
Haighton  répondit  en  faisant  observer  qu’il  fallait  avoir  égard  aux  fonctions 
de  la  cicatrice  et  non  à  sa  structure,  et  que,  si  l’action  d’un  nerf  supprimée 
après  sa  section  se  trouve  rétablie  après  sa  réunion,  le  moyen  de  cette  réu¬ 
nion  devait  être  considéré  comme  nerveux. 

Reil,  tout  en  penchant  vers  les  idées  d’ Arnemann,  avait  conseillé  de  sou¬ 
mettre  la  cicatrice  des  nerfs  à  Faction  de  l’acide  nitrique  pour  déterminer 
si  elle  contenait  réellement  des  éléments  nerveux.  Grâce  à  ce  moyen 
■d’investigation,  Meyer  put  donner  une  éclatante  confirmation  de  la  théorie 
■de  la  régénération  nerveuse,  à  laquelle  se  rattachèrent  Zimmermann  etMec- 
kel,  mais  que  combattit  Sœmmering. 

Malgré  ces  laborieuses  recherches,  l’histoire  clinique  des  blessures  des 
nerfs  demeurait  toujours  très-obscure.  La  Roche  et  Petit-Radel  les  con¬ 
fondent  avec  celles  des  tissus  fibreux,  tendons  ou  aponévroses.  B.  Bell,  à 
propos  de  la  saignée,  attribue  à  la  piqûre  de  branches  nerveuses  les  phéno¬ 
mènes  rapportés  par  Hunter  à  la  phlébite.  Enfin,  Sabatier  déclare  qu’il  est 
difficile  de  distinguer  d’une  manière  précise  les  blessures  des  nerfs  de  celles 
des  autres  organes  «  parce  qu’elles  sont  toutes  suivies  d’accidents  à  peu  près 
semblables  ».  A  la  même  époque,  cependant,  Wolff  entreprenait  quelques 
études  anatomo-pathologiques  sur  la  piqûre  des  nerfs  qui,  à  cause  de 
ses  relations  avec  la  saignée,  avait  surtout  le  privilège  d’attirer  l’atten¬ 
tion. 

Le  pronostic  des  lésions  traumatiques  des  nerfs  ne  demeurait  pas  moins 
obscur  que  leur  symptomatologie.  Si  Callisen  admet  comme  possible  le 
retour  des  fonctions  abolies  par  la  section  nerveuse,  en  le  regardant  comme 
produit  par  les  anastomoses,  Boyer,  et  après  lui,  Richerand,  déclarent  in¬ 
curable  toute  paralysie  de  cette  nature.  Cette  opinion  décourageante  fut 
d’abord  partagée  par  Delpech  ;  mais,  vers  la  fin  de  sa  carrière,  le  chirur¬ 
gien.  de  Montpellier  admit  la  cicatrisation  des  nerfs,  et  s’en  servit  comme 
d’un  argument  pour  faire  préférer,  dans  le  traitement  chirurgical  des  né¬ 
vralgies,  la  résection  à  la  section  simple  des  cordons  affectés. 

En  1822,  avec  Descot,  les  lésions  traumatiques  des  nerfs  sont,  pour  la 
première  fois,  l’objet  d’une  étude  d’ensemble.  Descot  examine,  avec  les  plus 
grands  détails,  le  mode  pathogénique  de  ces  blessures,  parmi  lesquelles  il 
range  la  ligature  et  la  cautérisation.  Des  expériences  personnelles,  faites 


628  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
sous  la  direction  de  Béclard,  lui  ont  démpntré  la  réalité  incontestable  de  la 
cicatrisation  des  nerfs.  Celle-ci  se  produit  plus  ou  moins  facilement,  sui¬ 
vant  la  nature  de  la  lésion  :  à  ce  point  de  vue,  la  ligature  comporte  le  pro¬ 
nostic  le  plus  favorable,  tandis  qu’après  l’excision  ou  la  cautérisation  d’une 
certaine  étendue  du  nerf,  il  faut  s’attendre  à  ce  que  le  l’établissement  fonc¬ 
tionnel  soit  toujours  très-tardif,  ou  même  à  ce  qu’il  fasse  défaut. 

Pour  Descot,  comme  pour  Svvan,  la  cicatrice,  nécessaire  à  ce  rétablisse¬ 
ment,  est  formée  d’un  tissu  réellement  nerveux.  Larrey,  sans  contester  le 
fait,  rendu  indiscutable  par  l’examen  anatomo-pathologique,  ne  croit  pas 
cependant  qu’il  soit  indispensable  au  retour  des  fonctions.  Pour  que  ce  re¬ 
tour  ait  lieu,  il  suffit,  en  effet,  que  le  nerf  reprenne  sa  continuité  :  peu  im¬ 
porte  la  nature  propre  de  la  substance  intermédiaire.  Mais,  sans  continuité 
du  nerf,  pas  de  rétablissement  fonctionnel,  car  Larrey  ne  croit  pas’  discu¬ 
table  la  possibilité  d’une  suppléance  par  les  anastomoses. 

Telle  n’est  pas  l’opinion  de  Dupuytren,  qui,  ayant  vu  la  sensibilité  et  le 
mouvement  persister  chez  une  dame  à  laquelle  il  avait  réséqué  le  nerf  cubi¬ 
tal  pour  une  tumeur  névromateuse,  explique  le  fait  par  l’influence  des  filets 
anastomotiques.  Toutefois,  il  conseille,  dans  le  cas  de  section  simple  des 
nerfs,  le  rapprochement  des  deux  bouts,  et  croit  à  l’existence  d’éléments 
nerveux  dans  le  tissu  de  cicatrice. 

Des  faits  analogues  à  celui  observé  par  Dupuytren  conduisirent  Horte- 
loup  à  nier  le  rôle  de  la  cicatrice  des  nerfs  dans  le  rétablissement  des  fonc¬ 
tions,  qu’il  faisait  dépendre  entièrement  des  anastomoses.  .Mais,  ainsi  que 
l’ont  fait  observer  les  auteurs  du  Compendium,  de  telles  observations  ne 
prouvent  rien  contre  la  régénération  du  tissu  nerveux;  elles  établissent  seu¬ 
lement  que  cette  régénération  n’est  pas  le  seul  mécanisme  du  retour  fonc¬ 
tionnel. 

Ollivier  combattit  également  les  idées  de  Horteloup.  La  cicatrisation,  la 
régénération  nerveuse,  sont  nécessaires  pour  que  la  paralysie  disparaisse. 
La  perte  des  fonctions  persiste  quand  les  extrémités  du  nerf  sectionné  se 
cicatrisent  isolément.  C’était  tomber  d’une  exagération  dans  une  autre,  et 
méconnaître  des  faits  bien  établis. 

Vers  la  même  époque,  Hamilton,  étudiant  les  suites  éloignées  de  la 
blessure  des  nerfs,  signalait,  entre  autres  troubles  nutritifs,  l’aspect  luisant 
et  violacé  de  la  peau,  analogue  à  celui  qu’elle  présente  au  niveau  d’un 
abcès. 

La  théorie  de  la  régénération  nerveuse  reçut  bientôt,  avec  Steinruck,  sa 
consécration  scientifique,  qu’avaient  déjà  préparée  les  expériences  de  Flou- 
rens,  Tiedemann  et  Prévost.  Quelques  dissidences  continuèrent  bien  à  se 
montrer  parmi  les  chirurgiens,  et  Jobert,  Scrive,  et  plus  tard  Hutin 
nièrent  encore  la  reproduction  des  éléments  nerveux;  mais  ce  ne  furent  là 
que  des  protestations  isolées.  D’ailleurs  Jobert  ne  contestait  pas  le  rétablis¬ 
sement  des  fonctions,  qu’il  attribuait  à  l’action  «  d’une  atmosphère  sensible 
se  produisant  autour  des  nerfs  et  pouvant  impressionner  les  chairs  à  dis¬ 
tance.  >'  Au  contraire,  Bégin,  plus  hardi  ou  moins  avisé,  qualifiait  le  l’etour 
fonctionnel  de  «  désirable  exception  »,  tandis  que  Lisfranc,  fort  de  nom- 


^■ERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  629 

breuses  observations  personnelles,  proclamait  la  fréquence  de  ce  phéno¬ 
mène,  alors  même  qu’une  portion  assez  étendue  du  nerf  a  été  excisée  ;  il 
admettait  pour  ces  cas  l’influence  des  anastomoses. 

La  réalité  de  la  cicatrice  nerveuse  et  la  nature  du  tissu  qui  la  forme  étant 
démontrées  expérimentalement,  on  étudia  les  phénomènes  qui  se  passent 
dans  le  nerf  lui-même  après  la  section.  Nasse,  puis  Gunther  et  Schonn 
signalèrent  dans  le  bout  périphérique  une  altération  des  fibres  primitives  ; 
mais  c’est  à  Waller  que  revient  le  mérite  d’avoir  établi  la  nature  exacte  de 
cette  altération  et  d’en  avoir  donné  la  signification  vraie,  en  la  considérant 
comme  une  lésion  d’ordre  trophique  {voy.  Physiologie).  Pour  Waller,  la 
portion  de  nerf  dégénérée  est  susceptible  d’un  travail  de  régénération, 
mais  à  la  condition  de  reprendre  ses  rapports  primitifs  avec  les  centres 
trophiques  des  ganglions  rachidiens. 

L’histoire  clinique  des  lésions  traumatiques  des  nerfs  s’enrichissait  ainsi 
de  données  importantes.  La  paralysie  observée  à  la  suite  des  luxations  de 
l’épaule  avait  été  rapportée  par  les  anciens  auteurs  à  une  contusion  des 
nerfs  de  la  région.  Flaubert  (de  Rouen)  voulut  en  trouver  la  cause  dans  la 
rupture  ou  même  dans  l’arrachement  des  racines  du  plexus  brachial  par 
les  efforts  de  la  réduction.  Malgaigne  objecta  que  la  paralysie  était  le  plus 
souvent  primitive,  et  se  montrait  immédiatement  après  l’accident  :  c’est  la 
commotion  nerveuse  qui  doit  rendre  compte  de  ces  troubles  fonctionnels. 
Défendue  par  Simonin  Empis,  cette  théorie  ne  Jarda  pas  à  être  abandonnée 
par  son  auteur,  qui  admit,  d’après  les  expériences  de  Nélaton,  la  possibilité 
d’une  contusion  du  plexus.  Telle  fut  aussi  la  conclusion  générale  de  la 
discussion  qui  s’éleva,  en  1851,  devant  la  Société  de  chirurgie,  à  la  suite 
d’une  communication  de  Chassaignac. 

Debout,  dans  la  même  assemblée,  exposant  les  résultats  obtenus  par 
Duchenne  (de  Boulogne),  établissait  la  valeur  du  traitement  électrique  dans 
les  paralysies  de  cause  traumatique,  et,  deux  ans  plus  tard,  Duchenne, 
dans  un  mémoire  couronné  par  la  Société  de  médecine  de  Gand,  en  expo¬ 
sait  nettement  les  indications,  et  notait  les  signes  sur  lesquels  doit  s’ap¬ 
puyer  le  pronostic.  Enfin,  Bastien  et  J.  M.  Philipeaux  suivaient  les  effets  de 
la  compression  des  nerfs,  tandis  que  Gausart  consacrait  à  leur  contusion 
un  mémoire  important. 

D’après  Waller  et  Schiff,  la  régénération  du  bout  périphérique  d’un  nerf 
sectionné  ne  saurait  avoir  lieu  tant  que  la  continuité  de  ce  cordon  n’est  pas 
rétablie.  J.  M.  Philipeaux  et  Yulpian  s’élevèrent  contre  cette  doctrine.  Ils  sou¬ 
tinrent  que  la  régénération  est  autogénique,  c’est-à-dire  indépendante  de 
toute  influence  du  système  central,  opinion  qui  fut  vivement  attaquée  par 
Schiff,  Landry,  Holt,  Magnien,  Laveran. 

La  guerre  des  États-Unis  fut  suivie  de  la  publication  d’un  travail  consi¬ 
dérable  sur  les  «  Blessures  des  nerfs  par  armes  à  feu.  »  Les  auteurs,  Mit¬ 
chell,  Morehouse  et  Keen  y  signalaient  un  grand  nombre  de  faits  entièrement 
nouveaux;  malheureusement,  cet  ouvrage  demeura  plusieui’s  années  à  peu 
près  inconnu  en  France.  C’est  à  peine  si  Tillaux  (1866)  en  fait  une  courte 
mention. 


630  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physioues. 

La  communication  par  Nélaton  et  Houel  d’un  fait  de  suture  nerveuse  ^ 
suivie  du  rétablissement  rapide  des  fonctions,  provoqua,  au  sein  de  la  Société- 
de  chirurgie,  une  discussion  intéressante  sur  la  valeur  de  cette  opération- 
que  J.  Guérin  qualifiait,  dans  la  Gazette  médicaZe,  d’anachronisme  physiolo¬ 
gique.  Verneuil  nia  que  la  restauration  des  fonctions  fût  due  à  la  suture 
et  montra,  par  des  faits  de  Horteloup,  de  Lenoir  et  de  von  Bruns,  que  le 
même  phénomène  peut  se  produire  en  l’absence  de  réunion.  Les  expérien¬ 
ces  de  vivisection  vinrent  à  l’appui  de  ces  objections,  et  Eulenburg  et 
Landois,  comme  Dubrueil  et  Magnien,  ne  purent  obtenir  la  réunion  immé¬ 
diate  des  nerfs  ;  seul,  Forster  crut  être  arrivé  à  la  produire. 

Il  existait  cependant  un  certain  nombre  de  faits  indiscutables  où  la  sec¬ 
tion,  l’excision  même  d’une  portion  d’un  nerf  n’avaient  point  déterminé  de 
paralysie.  Paulet  les  réunit  tous  dans  un  mémoire,  mais  sans  arriver  à 
donner  une  explication  satisfaisante.  Ce  travail  de  Paulet  fut  l’objet,  à- 
la  Société  de  chirurgie,  d’un  rapport  de  Tillaux  qui  imita  la  réserve  de 
J’auteur.  Dans  la  discussion  qui  suivit,  Liégeois  soutint  que  le  rétablissement 
rapide  des  fonctions  se  faisait  par  l’intermédiaire  d’anastomoses,  les  impres¬ 
sions  pouvant  se  transmettre  par  le  réseau  périphérique  d’un  nerf  voisin  de 
celui  qui  a  été  coupé. 

Arloing  et  Tripier  complétèrent  la  théorie  de  Liégeois,  en  lui  apportant 
l’appui  d’expériences  nombreuses  ;  de  son  côté,  Letiévant  rendait  compte- 
des  mêmes  faits  à  l’aide  de  la  suppléance  sensitivo-motrice. 

A  ce  moment,  l’attention  des  cliniciens  se  porte  d’une  manière  spéciale- 
sur  les  troubles  nutritifs  qui  suivent  les  blessures  des  nerfs.  Charcot,  qui  a> 
déjà  inspiré  la  thèse  de  Mougeot,  fait  de  ces  troubles  une  histoire  complète,, 
et  les  rattache  à  un  travail  irritatif,  bien  loin  qu’ils  soient  dus,  comme  le- 
croyaient  Samuel  et  Romberg,  à  l’absence  de  communication  avec  les  centres 
trophiques.  Couyba  reproduit  les  idées  de  Charcot  et  apporte  quelques  nou¬ 
veaux  faits;  des  articles  de  May  et  (de  Lyon),  un  mémoire  de  Fischer,  quel¬ 
ques  observations  de  Schiefferdecker,  ajoutent  aux  données  déjà  existantes. 

Les  études  anatomo-pathologiques  ne  sont  point  négligées.  Vulpian,  Ran- 
vier  précisent  le  mode  d’altération  du  bout  périphérique  des  nerfs  après- 
leur  section.  Vulpian  étudie,  en  outre,  d’après  Mantegazza  et  Erb,  les  alté¬ 
rations  des  muscles,  et  aussi  l’action  de  l’électricité  sur  les  organes  paralysés. 

Enfin,  paraît  le  travail  de  Weir  Mitchell  sur  les  «  Lésions  des  nerfs,  »  ou¬ 
vrage  considérable  auquel  nous  aurons  à  faire  de  nombreux  emprunts.. 
Signalons,  en  terminant,  les  travaux  de  Hayem  sur  les  altérations  de  la 
moelle  consécutives  aux  lésions  des  nerfs  (1875). 

Si  maintenant  nous  jetons  un  regard  d’ensemble  sur  l’historique  des  bles¬ 
sures  nerveuses,  nous  voyons  qu’il  peut  être  divisé  en  trois  périodes.  Dans 
la  première  qui  s’étend  des  temps  hippocratiques  jusqu’à  Cruikshank,  ces- 
lésions  sont  confondues  avec  celles  des  organes  voisins  :  la  cicatrisation  des¬ 
nerfs  est  absolument  niée.  Dans  la  seconde  période  (de  Cruikshank  à 
1864,  époque  où  est  publié  le  travail  de  Weir  Mitchell,  Morehouse  et 
Keen),  les  conditions  de  la  cicatrisation,  la  nature  du  tissu  cicatriciel,  sont 
étudiées  avec  soin  ;  il  en  est  de  même  des  altérations  des  nerfs  après  la  sec- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  631 

lion.  Cette  période  peut  être  dite  période  physiologique.  La  troisième  période, 
ou  période  clinique,  est  marquée  par  des  travaux  sur  le  mode  de  rétablis¬ 
sement  des  fonctions,  et  aussi  sur  les  troubles  de  nutrition  observés  dans 
les  régions  privées  de  l’influence  nerveuse. 

Division.  —  Les  blessures  des  nerfs  se  distinguent  naturellement  entre 
elles  par  la  nature  de  la  cause  qui  les  a  produites.  Tantôt  le  nerf  sera  sim¬ 
plement  piqué;  tantôt  un  instrument  tranchant  aura  lésé  le  nerf  qui  sera 
intéressé  dans  toute  son  épaisseur  ou  seulement  dans  une  partie.  Dans 
d’autres  cas,  le  chirurgien  se  trouvera  obligé  de  rapporter  les  troubles  notés 
à  la  contusion  ou  bien  encore  à  la  compression  d’une  branche  nerveuse. 
Les  plaies  par  arrachement,  la  commotion  ont  été  également  obser¬ 
vées. 

Chacun  de  ces  traumatismes  détermine  l’apparition  de  phénomènes  que 
les  auteurs  s’accordent  à  déclarer  caractéristiques  ;  mais  ils  en  ont  en  même 
temps  de  communs  et  qui  peuvent  rentrer  dans  un  exposé  d’ensemble. 
Notre  voie  se  trouve  ainsi  tracée.  Nous  commencerons  par  une  étude  géné¬ 
rale  des  lésions  physiques  des  nerfs,  nous  proposant  de  revenir  ensuite  sur 
ces  lésions  prises  isolément,  et  de  rappeler  les  symptômes  qui  permettent 
d’affirmer  leur  nature. 

Lésions  physiques  des  nerfs  en  général.  —  physiologie  pathologique. — 
Les  lésions  traumatiques  des  nerfs,  ainsi  qu’on  peut  en  juger  par  l’exposé 
que  nous  en  avons  fait  précédemment,  agissent  sur  ces  organes  en  inter¬ 
rompant  la  continuité  d’un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  fibres  ner¬ 
veuses.  (La  commotion  échappe,  il  est  vrai,  à  cette  règle;  mais  elle  n’est 
point  acceptée  de  tous.)  C’est  là  une  première  cause  bien  évidente  des  alté¬ 
rations  fonctionnelles  qui  se  manifestent  immédiatement.  Mais,  ainsi  que 
le  fait  remarquer  Weir  Mitchell,  il  s’y  ajoute  bientôt  de  nouvelles  condi¬ 
tions  étiologiques,  dont  le  rôle  est  plus  ou  moins  important  et  l’entrée  en 
action  plus  ou  moins  prompte.  Telles  sont  la  congestion,  l’inflammation  et 
la  sclérose  qui,  pour  le  chirurgien  américain,  serait,  dans  certains  cas,  in¬ 
dépendante  de  tout  travail  phlegmasique  concomitant.  De  cet  ordre  de 
causes  dépendent  les  phénomènes  secondaires  qui  nécessitent  plus  souvent 
l’intervention  de  l’art  que  les  accidents  primitifs. 

Dans  révolution  des  faits  consécutifs  à  la  blessure  d’un  nerf,  il  en  est 
encore  un  purement  anatomique  qui  domine  la  scène  morbide;  je  veux 
parler  des  modifications  de  structure  qui  se  produisent  dans  le  segment 
périphérique,  dès  que  le  nerf  a  perdu  sur  un  point  son  pouvoir  conducteur, 
et  quelle  que  soit  la  cause  qui  le  lui  ait  fait  perdre. 

La  névrite  et  ses  conséquences  devant  être  étudiées  dans  l’article  suivant, 
la  congestion  et  les  altérations  histologiques  attireront  seules  notre 
attention. 

1°  Congestion.  —  D  est  notoire  que  les  tissus  refroidis  ou  congelés  ne 
reviennent  à  une  température  ordinaire  qu’en  passant  par  un  état  de  con¬ 
gestion  plus  ou  moins  marquée.  C’est  en  partant  de  ce  principe  que  Waller 
et  Weir  Mitchell  ont  entrepris  leurs  expériences  sur  la  congestion  nerveuse. 
Bien  que  jugées  par  Vulpian  «  insuffisantes  pour  faire  admettre  qu’un  état 


032  NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIOUES. 

morbide  de  ce  genre  puisse  engendrer  cliez  l’homme  des  accidents  bien 
définis,  »  ces  expériences  méritent  cependant  d’être  signalées,  ne  fût-ce 
qu’à  cause  de  l’importance  qu’on  a  voulu  leur  attribuer. 

Weir  Mitchell  a  opéré  sur  lui-même  et  choisi  pour  lieu  d’expérience  le 
nerf  cubital  qu’il  refroidissait  avec  un  mélange  de  glace  et  de  sel.  A  mesure 
que  la  réfrigération  était  poussée  plus  loin,  apparaissaient  dans  l’ordre  d’énu¬ 
mération,  les  phénomènes  suivants  :  douleur,  engourdissement,  disparition 
de  la  sensibilité,  puis  du  mouvement;  enfin  sensation  de  chaleur  avec 
sudation  abondante.  En  même  temps,  l’irritahiiité  du  nerf  est  extrême  au 
niveau  du  point  refroidi  et  le  moindre  choc  détermine  dans  sa  sphère 
d’action  de  la  douleur  et  des  contractions  brusques  des  muscles. 

Lorsque  l’agent  réfrigérant  a  été  éloigné,  ces  phénomènes  durent  quel¬ 
que  temps  encore,  puis  ils  sont  remplacés  par  de  l’hyperesthésie,  des  four¬ 
millements,  des  picotements  légers,  la  perte  plus  ou  moins  complète  de  la 
motilité  persistant  seule. 

Cet  ensemble  symptomatique,  qui,  d’après  Weir  Mitchell,  permet 
dans  la  pratique  d’affirmer  l’existence  d’un  travail  congestif,  est  en  réalité 
vague  et  fort  mal  déterminé.  On  ne  voit  pas  bien  ce  qui  revient,  dans  la 
production  deces  phénomènes,  aux  effets  prolongés  de’la  réfrigération,  ni 
la  part  qu’il  faut  faire  à  la  congestion  même.  En  présence  de  résultats  aussi 
incomplets,  on  ne  peut  qu’imiter  la  réserve  de  Vulpian. 

2“  Névrite.  —  Sans  empiéter  sur  le  terrain  de  la  névrite,  il  faut  cepen¬ 
dant  mentionner  le  rôle  considérable  qu’on  lui  faitjouerdans  la  production 
des  troubles  de  nutrition,  consécutifs  aux  lésions  nerveuses.  On  a  même 
voulu  en  faire  la  condition  pathogénique,  depuis  les  travaux  de  Charcot. 
Si  la  nutrition  demeure  intacte  après  les  lésions  expérimentales  des  nerfs, 
c’est  que  dans  ces  conditions  l’irritation  neurale  fait  défaut,  le  traumatisme 
étant  en  pareil  cas  trop  simple  et  trop  léger.  Ainsi  s’explique  l’observation 
faite  par  Weir  Mitchell,  Morehouse  etKeen,  sur  la  section  complète  dunerf, 
qu’ils  n’ont  jamais  vue  déterminer  d’altération  dans  les  fonctions  nutritives. 
Ces  altérations  se  développent  au  cpntraire  le  plus  habituellement  après  des 
contusions,  des  piqûres,  des  sections  incomplètes,  c’est-à-dire  à  la  suite  des 
causes  traumatiques  les  plus  propres  à  produire  la  névrite  ou  tout  au  moins 
l’état  névralgique.  11  est  vrai  que  Charcot,  recherchant  s’il  n’existe  pas  dans 
les  nerfs  affectés  une  lésion  anatomique  constante  en  rapport  avec  la  mani¬ 
festation  des  lésions  périphériques,  se  borne  à  signaler  une  lacune  que  des 
études  ultérieures  devront  combler.  De  son  côté,  Vulpian,  sans  nier  abso¬ 
lument  l’intervention  de  la  névrite,  pense  que  les  troubles  trophiques  sont 
dus  surtout  à  l’affaiblissement  ou  à  l’abolition  d’une  influence  exercée  par 
les  centres  nerveux  sur  la  nutrition  des  organes.  Les  esprits  sont  donc  bien 
loin  d’être  fixés  et  des  études  sérieuses  d’anatomie  pathologique  sont  néces¬ 
saires  pour  élucider  cette  question  encore  entourée  d’obscurités. 

Le  :  rôle  qu’a  fait  jouer  Hayem  à  la  névrite  dans  la  production  des 
■paralysies  dites  autrefois  d’ordre  réflexe  est  exposé  à  la  Pathologie 
médicale. 

3“  Dégénérescence  et  régénération.  —  Lorsqu’un  nerf  mixte  a  été  sec- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRCRGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  633 

tionné,  les  fibres  du  segment  périphérique  subissent  des  modifications 
importantes  dans  leur  constitution  :  concurremment  les  propriétés  du  tissu 
nerveu.x:  se  perdent  et  il  arrive  un  temps  où  il  demeure  insensible  aux;  exci¬ 
tants  habituels.  Puis,  au  bout  d’un  temps  variable  suivant  les  conditions  de 
l’expérience,  le  segment  altéré  devient  le  siège  d’un  travail  inverse,  en 
vertu  duquel  se  reproduisent  les  fibres  qui  avaient  disparu.  11  reprend  en 
même  temps  son  activité  fonctionnelle. 

Signalé  avant  Waller,  ce  double  processus  n’a  acquis  de  signification 
clinique  que  depuis  les  travaux  du  physiologiste  anglais.  Les  idées  émises 
par  lui  ont  été  cependant  modifiées  sur  bien  des  points. 

Vulpian  donne  des  altérations  observées  la  description  suivante  :  «  Les 
premiers  indices  d’altération  ne  consistent  qu’en  une  diminution  de  la 
transparence  des  fibres  nerveuses  ;  leur  contenu  semble  tendre  à  devenir 
un  peu  nuageux  ;  les  bords  des  fibres  sont  moins  nettement  dessinés  :  tou¬ 
tefois,  je  vous  le  répète,  ce  ne  sont  là  que  des  indices  très-légers  et  qui  ne 
peuvent  d’abord  être  reconnus  que  par  comparaison.  Vers  le  huitième  jour 
de  la  section  d’un  nerf,  les  fibres  de  son  bout  périphérique  sont  déjà  bien 
modifiées  ;  leur  contenu  ofire  un  aspect  manifestement  trouble;  le  double 
bord,  qui  limite  les  fibres  de  chaque  côté,  est  irrégulier,  interrompu  par 
places  ;  il  semble  que  la  substance  médullaire  devient  comme  étranglée  de 
distance  en  distance  et  qu’elle  est  sur  le  point  de  se  segmenter.  En  effet, 
c’est  ce  qui  ne  tarde  pas  à  arriver,  et  le  dixième  jour,  quelquefois  même 
plus  tôt,  cette  substance  est  comme  disloquée,  divisée  en  segments  de  lon¬ 
gueur  variable.  11  y  a  une  sorte  de  coagulation  de  cette  substance  en  peti¬ 
tes  masses.  Les  jours  suivants,  la  segmentation  fait  de  nouveaux  progrès, 
et  la  gaine  de  Schwann  de  chaque  tube  nerveux  renferme  des  gouttes 
d’aspect  graisseux  plus  ou  moins  régulièrement  arrondies,  d’abord  assez 
grosses,  puis  devenant  de  plus  en  plus  petites  par  suite  de  la  division  qui 
continue  à  s’y  opérer.  Après  un  mois  ou  six  semaines,  cette  segmentation 
est  devenue  plus  complète,  la  matière  médullaire  est  réduite  en  globules  de 
faibles  dimensions.  Ces  granulations  de  la  matière  médullaire  diminuent 
de  plus  en  plus  de  volume,  et,  après  deux  autres  mois,  l’on  ne  voit  plus 
dans  la  fibre  nerveuse  que  des  granulations  si  fines  qu’elles  ressemblent  à 
une  poussière  qui  remplirait  la  gaine  conjonctive.  Enfin  ces  granulations 
disparaissent.  Nous  arrivons  alors  à  l’altération  ultime.  La  gaine  deSchwann 
revient  sur  elle-même  et  se  plisse,  si  bien  que,  lorsqu’on  examine  un  cer¬ 
tain  nombre  de  fibres  nerveuses  primitives  juxtaposées,  on  croirait  voir, 
sur  le  champ  du  microscope,  un  faisceau  de  tissu  conjonctif  filamenteux. 
La  coloration  blanche  des  fibres  nerveuses  est  détruite  par  la  disparition  de 
la  matière  médullaire,  les  nerfs  deviennent  grisâtres,  les  gaines  peuvent 
persister  dans  cet  état  indéfiniment.  »  (Vulpian,  Leçons  sur  la  physiologie 
du  système  nerveux,  p.  236-237.)  Il  en  est  de  môme  du  cylindre-axe,  qui 
n’éprouve  aucune  altération. 

Vulpian  a  modifié  son  opinion  sur  ce  dernier  point  :  il  ne  croit  plus 
aujourd’hui  à  l’intégrité  du  cylindre-axe  et  explique  l’erreur,  qu’il  a  long¬ 
temps  partagée,  par  l’aspect  que  prend  la  gaine  de  Schwann  revenue  sur 


63  i  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
elle-même  et  absolument  semblable  à  un  filament.  Ce  qu’il  croyait  être  la 
gaine  de  Schwann  ne  serait  autre  que  l’enveloppe  du  faisceau  primitif.  Le 
cylindre-axe  disparaîtrait  du  15' au  20' jour.  {Archives  de  phy s.,  1869, p.  760). 

Ranvier  avait  déjà  entrevu  le  fait  :  depuis  il  a  donné  un  exposé  complet 
de  ses  idées  sur  la  dégénérescence  nerveuse  dans  une  note  adressée  à 
l’Académie  des  sciences.  11  y  établit  la  fragmentation  de  la  myéline  et  du 
cylindre-axe  :  la  gaine  de  Schwann,  revenue  sur  elle-même,  persiste  seule 
sous  l’aspect  d’un  véritable  filament  {voy.  Histologie,  p.  419). 

Le  bout  périphérique  n’est  pas  seul  à  se  modifier  :  le  bout  central  éprouve 
également  quelques  altérations.  Déjà  Laveran  avait  signalé  cette  excep¬ 
tion  à  la  loi  généralement  acceptée.  Dans  le  bout  central  il  avait  trouvé 
quelques  fibres  en  dégénérescence,  et  au  contraire  un  certain  nombre  de 
fibres  saines  dans  le  bout  périphérique.  Il  en  donnait  l’explication  suivante  : 
le  fibres  dégénérées  du  segment  attenant  encore  aux  centres  nerveux 
représenteraient  les  filets  de  la  sensibilité  récurrente  dont  le  trajet  est 
interrompu  par  la  section,  en  sorte  que  la  portion  à  direction  rétrograde  se 
trouve  séparée  du  centre  trophique  et  dès  lors  peut  s’altérer.  Quant  aux 
filets  nerveux  qui  demeurent  intacts  au  milieu  du  bout  périphérique  dégé¬ 
néré,  ils  proviendraient  d’anastomoses  fournies  par  les  troncs  voisins  et 
ayant  conservé  leurs  communications  avec  les  centres.  Weir  Mitchell  se 
contente  de  noter  la  dégénérescence  d’un  certain  nombre  de  fibres  cen¬ 
trales.  Ranvier  le  distingue  de  celui  qu’on  observe  dans  le  segment  périphé¬ 
rique  (1872  et  1873).  Dans  la  portion  centrale,  en  effet,  la  myéline  au  lieu 
de  se  fragmenter,  se  réduit  en  granulations  fines  qui  forment  des  masses- 
ovalaires.  Le  cylindre-axe  reste  intact  jusqu’au  niveau  de  la  section  du 
tube  nerveux,  et  par  suite  conserve,  pour  toute  son  étendue,  ses  relations 
avec  les  centres. 

Ainsi,  fragmentation  de  la  myéline  et  du  cylindre-axe  dans  le  segment 
périphérique,  intégrité  du  filament  axile  et  décomposition  de  la  substance 
médullaire  dans  le  segment  central,  telles  sont  les  altérations  subies  par 
les  tubes  nerveux.  On  a  pu  se  demander  si,  dans  le  dernier  cas  au  moins, 
il  ne  s’agissait  pas  pour  la  myéline  d’une  véritable  dégénérescence  grais¬ 
seuse  ;  mais ,  pour  répondre  négativement  à  cette  question ,  il  suffit  de  se 
rappeler  que  cette  substance  est  à  l’origine  de  nature  grasse  :  ses  change¬ 
ments  se  réduisent  dès  lors  à  une  simple  dissociation. 

La  dégénérescence  s’étend-elle  d’emblée  à  toute  la  longueur  des  fibres 
affectées  ouïes  envahit-elle  progressivement?  C’est  sur  le  bout  périphé¬ 
rique  que  sa  marche  a  été  surtout  étudiée.  Les  expériences  physiologiques 
tendaient  à  faire  admettre  que  l’altération  se  prononçait  du  centre  à  la  péri¬ 
phérie  :  mais  Waller,  Krause,  J.  M.  Philipeaux  et  Vulpian  ont  toujours 
constaté  que  la  dégénérescence  était  aussi  avancée  dans  les  extrémités- 
terminales  des  nerfs  que  dans  les  points  les  plus  rapprochés  de  la  section. 
Vulpian,  par  des  recherches  encore  récentes,  a  également  démontré  que  la 
dégénérescence  pouvait  remonter  assez  haut  sur  le  segment  central  et 
même  affecter  le  faisceau  de  la  moelle  où  le  nerf  sectionné  prend  ses 
racines.  Il  rejette  l’opinion  de  Brown-Séquard,  qui  veut  voir  dans  cette 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRÜRGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIOEES.  635 

lésion  le  résultat  d’une  ischémie  médullaire  par  action  vaso-motrice  réflexe, 
et  croit  à  une  propagation  directe  de  l’irritation  résultant  du  traumatisme. 
C’est  aussi  dans  ce  sens  que  parlent  les  récentes  recherches  de  Hayem. 

Diverses  théories  ont  été  proposées  pour  expliquer  la  dégénérescence  du 
bout  périphérique  des  nerfs  sectionnés.  Waller  l’attribua  à  la  séparation 
des  éléments  nerveux  d’avec  les  centres  trophiques  ;  mais  le  fait  de  la  régé¬ 
nération  autogénétique,  qui  paraissait  résulter  évidemment  des  expériences 
de  Philipeaux  et  Vulpian,  vint  porter  à  la  théorie  wallérienne  un  coup 
fâcheux.  On  invoqua  alors  l’irritation  résultant  de  la  section,  du  trauma¬ 
tisme.  Les  altérations  observées  récemment  par  Ranvier  sur  le  bout  central 
venaient  en  aide  à  cette  explication,  puisque  l’intégrité,  longtemps  acceptée 
de  ce  segment  du  nerf,  avait  servi  d’argument  contre  elle.  Mais  on  n’a  pas 
assez  remarqué  la  différence  des  altérations  dans  le  bout  central  et  dans  le 
bout  périphérique.  Les  tubes  nerveux  du  premier  perdent  bien  leur  myé¬ 
line,  mais  conservent  leur  cylindre-axe  ;  le  phénomène  est  identique  avec 
celui  qui  se  produit  dans  les  scléroses  médullaires ,  tandis  que ,  dans  le 
bout  périphérique  comme  dans  le  .faisceau  de  la  moelle  affecté  de  dégéné¬ 
rescence  secondaire,  les  cylindres-axes  disparaissent  constamment.  Quant 
à  l’autogénisme  de  la  régénération,  nous  verrons  tout  à  l’heure  qu’il  est 
fort  contesté  ;  et  ensuite  il  ne  contredit  plus  les  idées  de  Waller,  si  l’on 
admet,  d’après  Schiff  et  avec  Laveran,  qu’il  y  a  des  centres  trophiques 
très-nombreux,  et  que,  grâce  aux  anastomoses,  les  centres  trophiques  des 
nerfs  voisins  viennent,  au  bout  d’un  certain  temps,  présider  à  la  nutrition 
du  segment  périphérique  demeuré  sans  communication  avec  son  centre 
ordinaire.  Il  s’agirait  d’une  suppléance  nutritive. 

La  théorie  de  l’inertie  fonctionnelle,  imaginée  par  Legros  et  Onimus,  ne 
saurait  être  acceptée  davantage.  Si  elle  est  recevable  pour  les  fibres  motrices 
qui,  dans  le  bout  périphérique,  ne  reçoivent  plus  l’excitation  accoutumées 
elle  ne  peut  rendre  compte  de  la  dégénérescence  des  fibres  sensitives  qui 
continuent  à  subir  les  impressions  venant  de  l’extérieur.  La  doctrine  wallé¬ 
rienne  reste  donc  seule  debout. 

Au  moment  où  la  dégénérescence  affecte  la  totalité  des  fibres  périphéri¬ 
ques,  commence  un  travail  inverse  qui  s’établit  en  quelque  sorte  parallèle¬ 
ment  et  aboutit  à  la  régénération  du  nerf.  L’examen  microscopique  fait 
alors  reconnaître,  au  milieu  des  tubes  détruits,  d’autres  pourvus  de  myéline 
et  possédant  un  cylindre-axe.  Diverses  opinions  ont  été  émises  sur  la  nature 
de  ce  processus  régénérateur.  Waller  pensait  qu’il  se  formait  alors  et  de 
toutes  pièces  des  tubes  nouveaux.  Schiff,  dont  les  idées  furent  reprises  et 
complétées  par  Philipeaux  et  Vulpian,  soutint  au  contraire  que  la  régéné¬ 
ration  consistait  uniquement  en  la  réapparition  de  la  myéline  dans  les  tubes 
altérés.  Laveran  crut  même  pouvoir  affii'mer  que  la  substance  médullaire 
était  sécrétée  par  les  noyaux  de  la  gaine  celluleuse.  Les  travaux  de  Ranvier 
ont  encore  ruiné  cette  théorie.  Les  fibres  nerveuses  qui  se  montrent  dans 
le  bout  périphérique  d’un  nerf  en  voie  de  régénération  sont  bien  de  forma¬ 
tion  nouvelle.  Elles  se  développent  soit  dans  l’intérieur  même  des  anciennes 
fibres  dégénérées,  soit  dans  leur  intervalle.  C’est  autour  de  cylindres-axes 


{}36  NEUFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES, 

anciens  qu’a  lieu  leur  formation  et  voici  de  quelle  manière  :  le  cylindre- 
axe  des  fibres  du  bout  central  s’allonge,  et,  marchant  vers  le  bout  opposé, 
constitue  ce  que  Ranvier  appelle  le  filament  cicatriciel.  Lorsqu’il  est  arrivé 
à  la  surface  de  section  du  segment  périphérique,  les  éléments  axiles  y 
pénètrent  et  deviennent  en  quelque  sorte  les  centres  du  processus  répara- 
.teur.  Autour  d’eux  ne  tarde  pas  à  apparaître  de  la  myéline,  contenue  dans 
une  gaine  de  Schwann  soit  ancienne,  soit  nouvelle. 

A  quelles  conditions  a  lieu  cette  régénération  du  tissu  nerveux?  Peut-elle 
être  indépendante  de  l’action  du  système  central  ou  bien  exige-t-elle  le 
rétablissement  des  communications  du  bout  périphérique  avec  ce  système? 
C’est  à  cette  dernière  opinion  que  s’arrêtèrent  les  premiers  observateurs, 
Waller,  Schiff,  etc.  Les  expériences  de  Philipeaux  et  Vulpian  abouti¬ 
rent  à  un  résultat  absolument  opposé  ;  elles  montrèrent  que,  en  l’absence 
de  réunion  des  deux  fragments  du  nerf  sectionné,  l’extrémité  périphérique 
devient  le  siège  d’un  travail  de  réparation  absolument  analogue  à  celui  qui 
se  produit  quand  la  réunion  a  eu  lieu.  Il  en  est  de  même  pour  une  portion 
de  nerf  isolée,  par  une  double  section,  du  reste  du  tronc.  Le  travail  répa¬ 
rateur  peut  encore  se  produire  lorsque  le  segment  nerveux  a  été  transporté 
et  greffé  loin  de  la  région  où  il  se  trouvait  antérieurement.  La  régénération 
nerveuse  est  donc  en  dehors  de  toute  action  des  centres  nerveux  et  mérite 
bien  la  qualification  à’ autogénique. 

Ces  conclusions  furent  repoussées  par  Schiff  et  par  Landry.  Schiff,  répé¬ 
tant  les  expériences  de  Philipeaux  et  Vulpian, n’a  pu  obtenir  la  reproduc¬ 
tion  du  tissu  nerveux  dans  le  bout  périphérique,  tant  que  celui-ci  est 
demeuré  séparé  du  bout  central.  Il  rend  compte  de  la  différence  de  ce 
résultat  par  ce  fait,  qu’il  a  opéré  sur  des  sujets  adultes,  tandis  que  les  ani¬ 
maux  ayant  servi  à  ses  contradicteurs  étaient  encore  très-jeunes.  De  son 
côté,  Landry  se  demande  comment  on  pourrait  constater  la  régénération 
nerveuse  en  l’absence  de  cicatrisation  du  nerf,  quand  les  muscles  sont 
dégénérés  et  ne  sauraient  réagir  contre  les  excitations  du  galvanisme.  Plus 
récemment  Magnien  et  Laveran  ont  également  nié  la  régénération  au¬ 
togénique. 

Magnien  pense  que  des  fibres  nerveuses,  allant  du  bout  central  au  bout 
périphérique,  ont  échappé  à  Vulpian,  et  que  dans  les  cas  invoqués  par  cet 
expérimentateur  en  faveur  de  sa  théorie,  la  réunion  existait  au  moins  en 
partie.  Cette  argumentation  fut  reproduite  par  Laveran  qui,  après  une 
minutieuse  analyse  des  expériences  de  Vulpian,  déclare,  comme  seule  con¬ 
clusion  permise  et  logique,  que  l’autogénie  des  nerfs  mixtes  est  nulle. 

Ces  objections  ne  sont  pas  toutes  fondées.  Il  est  difficile,  par  exemple, 
d’admettre  que  des  fibres  nerveuses  aient  pu  être  méconnues  par  un  obser¬ 
vateur  tel  que  Vulpian,  et  à  coup  sûr  l’argument  demeure  sans  valeur  pour 
les  cas  de  transplantation  nerveuse.  L’impuissance  musculaire  importe  peu  ; 
car  il  s’agit  de  démontrer  en  ce  moment,  non  la  restauration  fonction¬ 
nelle,  mais  la  reproduction  du  tissu.  Mais  les  critiques  de  Schiff  ont  une 
grande  valeur  et  il  ne  faut  pas  oublier  que  personne  n’a  pu  constater  sur 
des  animaux  âgés  la  régénération  autogénique  d’un  nerf.  De  plus,  les  idées 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  6:^7 

de  Ranvier  sur  le  mode  de  la  reproduction  nerveuse  ne  sont  point  favorables 
à  la  théorie  de  Vautogénisme.  Sur  ce  point,  comme  sur  tant  d’autres,  le  jour 
n’est  donc  pas  encoi’e  fait  et,  imitant  la  réserve  de  Mitchell,  nous  ne 
retiendrons  de  ce  débat  qu’un  enseignement,  «  à  savoir  que,  si  altéré  que 
soit  un  nerf  séparé  de  ses  connexions  ordinaires,  il  ne  faut  pas  désespérer 
de  sa  régénération  ni  omettre  d’employer  tous  les  moyens  possibles, 
rapprochement,  suture,  etc.,  pour  le  remettre  en  rapport  avec  le  tronc 
d’où  il  provient.  » 

Philipeaux  et  Vulpian,  tout  en  proclamant  l’autogénie  des  éléments  ner¬ 
veux,  n’avaient  point  manqué  de  constater  que  la  réunion  des  deux  seg¬ 
ments  du  nerf  divisé  activait,  hâtait  la  régénération  du  bout  périphérique. 

Cette  réunion  nécessite,  pour  être  obtenue,  le  concours  de  circonstances 
que  l’expérimentation  a  mises  en  lumière  ;  elle  se  fait  d’autant  mieux  que 
l’animal  est  plus  jeune,  que  les  bouts  sont  moins  écartés,  que  l’immobilité 
est  plus  complète,  que  l’inflammation  des  bords  de  la  plaie  est  moins  vio¬ 
lente.  L’étendue  de  la  perte  de  substance,  au  delà  de  laquelle  la  cicatri¬ 
sation  nerveuse  devient  impossible,  ne  saurait  être  fixée  d’une  manière 
précise.  Weir  Mitchell  rapporte  que,  chez  l’homme,  on  a  vu  des  exemples  de 
reproduction  du  nerf  sur  une  longueur  de  sept  centimètres.  L’influence  de 
l’àge  sur  la  rapidité  de  la  reproduction  du  tissu  nerveux  est  incontestable  ; 
c’est  ainsi  que  Yulpian  et  Philipeaux  ont  vu  la  continuité  du  nerf  sciatique 
se  rétablir  en  moins  de  dix-sept  jours  sur  de  très-jeunes  rats  qui  avaient 
subi  l’excision  d’un  segment  de  ce  nerf  long  de  six  millimètres.  Schiff  a  vu 
des  résultats  semblables  sur  le  nerf  lingual  de  jeunes  chats.  Mais  chez 
l’homme  ce  travail  exige  toujours  un  temps  beaucoup  plus  long,  d’ordinaire 
plusieurs  mois,  et  les  prétendus  faits  de  réunion  immédiate  signalés 
par  Paget,  Laugier,  Houel,  Foerster  s’expliquent  par  une  erreur  d’interpré¬ 
tation. 

Quel  est  le  mécanisme  de  cette  cicatrisation  des  nerfs  ? 

Quand  un  nerf  a  été  divisé,  les  deux  bouts  s’écartent  faiblement  et  il 
s’épanche  entx’e  eux  une  petite  quantité  de  sang.  Au  bout  d’un  certain 
temps,  celui-ci  se  résorbe  en  partie,  cependant  le  caillot  restant  s’organise, 
et  les  débris  du  névrilème  et  le  tissu  conjonctif  avoisinant  commencent  à 
proliférer.  Ainsi  se  constitue  un  exsudât  plastique  qui  forme  une  sorte  de 
gangue  aux  deux  bouts  du  nerf.  Ceux-ci  ne  demeurent  point  indifférents 
à  ce  processus  ;  sous  l’influence  de  l’irritation  qu’entraîne  le  traumatisme, 
le  tissu  conjonctif  interstitiel  subit  un  travail  de  prolifération  et  concourt 
ainsi  à  la  production  de  l'exsudât.  Les  bouts  du  nerf  se  tuméfient  alors, 
le  bout  central  plus  que  le  bout  périphérique,  ce  que  Follin  explique  parce 
que  le  premier  conserve  -intacts  ses  vaisseaux  nourriciers,  tandis  que  le 
second  se  trouve  dans  des  conditions  tout  opposées  par  suite  de  la  division 
de  ces  vaisseaux. 

L’exsudât,  destiné  à  devenir  le  point  de  départ  de  la  cicatrice,  ne  montre 
d’abord  que  des  cellules  embryonnaires:  bientôt  y  apparaissent  des  cellules 
conjonctives  et  bientôt  après  des  stries  blanchâtres  qui  ne  sont  autres  que 
des  fibres  nerveuses  réunies  par  faisceaux.  L’origine  de  ces  fibres  a  été 


•638  ^'ERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSiaUES. 

très-diversement  interprétée  par  les  auteurs.  Robin  soutient  qu’elles  naissent 
par  genèse  spontanée  dans  le  tissu  cicatriciel  et  se  prolongent  vers  l’un  et 
l’autre  bout.  Pour  Follin,  elles  ne  sont  que  l'expansion  des  fibres  des  deux 
bouts  qui  concourent  également  à  la  reproduction.  Mais,  d’après  Vulpian, 
c’est  du  bout  central  seul  que  partirait  le  faisceau  nerveux.  Cette  dernière 
opinion  a  été  confirmée  par  les  recherches  de  Laveran  et  de  Ranvier.  Nous 
avons  déjà  vu  que  Ranvier  attribuait  la  formation  du  filament  cicatriciel  à 
l’expansion  du  cylindre-axe  des  fibres  du  segment  central.  La  marche  de 
ce  filament  dans  le  tissu  de  la  cicatrice  a  été  mis  en  lumière  par  Laveran. 
D’après  lui,  les  cellules  plasmatiques  s’unissent  bout  à  bout  pour  former 
des  canaux  dans  lesquels  viennent  s’engager  les  filaments  axiles. 

L’apparition  de  fibres  nerveuses  dans  la  cicatrice,  bien  que  formant  la 
règle,  n’est  pourtant  pas  constante  ;  il  peut  arriver  que  le  tissu,  unissant 
les  deux  segments  du  nerf  divisé,  demeure  purement  fibreux,  ce  qui  n’a  pas 
manqué  de  faire  établir  une  analogie,  fausse  à  notre  sens,  avec  le  cal  fibreux 
de  certaines  fractures.  Cette  absence  de  reproduction  nerveuse  peut  tenir  à 
ce  qu’une  des  conditions,  que  nous  avons  dit  influer  sur  la  réunion  des 
nerfs,  ne  s’est  pas  trouvée  remplie  ;  mais  c’est  surtout  à  l’écartement  des 
deux  bouts  qu’il  faut  faire  la  plus  large  part.  11  n’est  pas  rare  de  trouver 
alors  une  cicatrice  difforme,  très-volumineuse,  faisant  masse  avec  les  tissus 
avoisinants. 

Enfin  toute  réunion  peut  manquer  et  chacun  des  deux  segments  s’être 
cicatrisé  isolément  par  un  renflement  qui  est  plus  prononcé  pour  le  bout 
central,  que  pour  le  bout  péi’iphérique.  Dans  ces  renflements  de  nature 
fibreuse,  Follin  a  décrit  des  filaments  nerveux  projetés  sous  forme  conique. 

Symptomatologie.  —  La  blessure  d’un  nerf,  quelle  que  soit  la  nature  de  la 
cause  qui  l’ait  produite,  entraîne  l’apparition  de  symptômes  qui,  pour  n’être 
pas  pathognomoniques  de  l’espèce  même  de  la  lésion,  permettent  cepen¬ 
dant  d’affirmer  l’existence  du  traumatisme  nerveux.  De  ces  symptômes, 
les  uns  se  montrent  immédiatement  après  l’accident  ;  les  autres  ne  sont 
observés  qu’au  bout  d’un  temps  plus  ou  moins  long. 

A.  Symptômes  primitifs. —  Les  symptômes  primitifs  des  lésions  nerveuses 
peuvent  être  distingués  en  locaux  et  généraux. 

1°  Locaux.  —  Le  premier  phénomène  qui  résulte  de  la  blessure  d’un  nerf 
est  la  douleur.  Celle-ci,  variable  d’intensité  depuis  l’engourdissement 
jusqu’à  la  sensation  de  brûlure  la  plus  pénible,  est  tantôt  limitée  au  point 
même  qui  a  été  lésé,  tantôt  se  prolonge  suivant  les  diverses  ramifications 
du  cordon  nerveux.  Il  peut  même  arriver  que  la  douleur  soit  ressentie  dans 
un  endroit  plus  ou  moins  éloigné  de  celui  sur  lequel  a  porté  la  violence 
traumatique.  C’est  ainsi  que  Weir  Mitchell  a  vu  Jes  blessures  de  la  partie 
supérieure  du  sciatique  déterminer  un  retentissement  douloureux  dans  le 
testicule.  Un  officier,  blessé  à  la  cuisse  droite,  ne  souffrait  que  du  membre 
opposé.  (Weir  Mitchell,  p.  -109  et  150.) 

En  même  temps,  les  fonctions  auxquelles  présidait  le  nerf  affecté  sont 
suspendues  ;  il  y  a  paralysie  de  la  motilité  et  de  la  sensibilité,  cette  dernière 
se  trouvant  seule  modifiée  quand  la  lésion,  que  nous  supposons  porter  sur 


XERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  639 

un  nerf  mixte,  a  été  légère.  La  paralysie  peut  cesser  en  peu  d’instants  ou, 
au  contraire,  persister  et  prendre  alors  le  caractère  de  phénomène  consé¬ 
cutif.  Il  peut  également  se  faire  que  l’une  des  deux  fonctions  altérées 
reparaisse  à  l’exclusion  de  l’autre. 

Dans  certains  cas,  les  phénomènes  paralytiques  se  montrent,  comme  la 
douleur,  en  dehors  du  département  innervé  par  le  tronc  qui  a  reçu  la  bles¬ 
sure;  Weir  Mitchell  rapporte  cinq  exemples  bien  nets  de  cette  sorte  de 
paralysie,  qu’il  désigne  sous  le  nom  de  paralysie  par  irritation  périphé¬ 
rique.  Dans  une  de  ces  observations,  une  plaie  du  cou,  n’intéressant  pro¬ 
bablement  aucun  nerf  important,  entraîne  une’paralysie  des  deux  bras.  Un 
autre  fait  nous  montre  la  blessure  des  parties  molles  de  la  cuisse  sans  lésion 
de  tronc  volumineux,  suivie  d’une  paralysie  des  quatre  membres.  De  tels 
faits  ne  laissent  pas  que  de  paraître  singuliers  et  méritent  de  fixer  l’atten¬ 
tion  du  physiologiste. 

Diverses  théories  ont  été  proposées  pour  en  rendre  compte  :  les  uns 
(Bro'wn-Séquard)  ont  admis  une  ischémie  réflexe  par  exagération  de  l’in¬ 
fluence  vaso-motrice  ;  d’autres  (Jaccoud,  Weir  Mitchell)  croient  au  contraire 
à  une  névrolysie  ou  paralysie  vaso-motrice  par  épuisement  nerveux  ;  enfin 
les  dernières  recherches  semblent  devoir  faire  admettre  l’existence  d’une 
influence  irritative  à  marche  centripète,  gagnant  et  modifiant  un  certain 
département  des  centres  nerveux  médullaires  (Vulpian,  Hayem).  L’étude 
critique  de  ces  théories  trouvera  sa  place  plus  loin  [voy.  Path.  méd.). 

Au  lieu  des  phénomènes  paralytiques,  on  observe  quelquefois  une 
exagération  de  la  motilité  se  traduisant  par  des  contractions  musculaires 
soudaines,  auxquelles  succède  une  contracture  plus  ou  moins  persistante. 

C’est  encore  à  Weir  Mitchell  que  nous  emprunterons  les  exemples  de  cet 
accident.  Un  soldat,  qui  avait  reçu  une  blessure  dans  le  plexus  brachial,  fut 
obligé  de  s’adresser  à  un  camarade  pour  dégager  son  fusil  que  sa  main 
raidie  serrait  convulsivement.  Un  autre  eut  le  bras  traversé  ;  au  moment  de 
l’accident,  le  pouce  se  fléchit  en  dedans  avec  une  telle  force  que  l’ongle  tra¬ 
versa  la  peau  de  la  main.  (Weir  Mitchell,  p.  151 .)  La  nature  de  ces  accidents 
ne  saurait  être  méconnue  et  l’action  réflexe  reprend  ici  tous  ses  droits. 

2°  Généraux.  —  Les  blessures  des  nerfs  peuvent  déterminer  dans  tout 
l’organisme  un  ébranlement  qui  se  ti’aduit  par  l’ensemble  de  phénomènes 
décrit  par  les  auteurs  sous  le  nom  de  shock  traumatique. Le  sujet  paraît  sur 
le  point  de  perdre  connaissance  ;  une  sueur  froide  et  profuse  inonde  son 
corps  ;  on  constate  même  un  relâchement  des  sphincters  et  une  diminution 
de  la  sensibilité  générale. 

Ces  symptômes  s’observent  surtout  à  la  suite  de  plaies  par  armes  à  feu, 
mais  ils  ne  sont  pas  rares  après  les  lésions  les  plus  simples.  J’ai  vu  la  cou¬ 
pure  d’un  nerf  collatéral  de  l’index  être  suivie  de  lipothymie  avec  selles 
involontaires  et  sueurs  profuses  :  le  blessé  était  cependant  d’un  incontes¬ 
table  courage,  et,  dans  une  affaire  d’honneur  il  avait  montré  le  plus  magni¬ 
fique  sang-froid. 

Plus  rarement  l’impression,  tout  en  demeurant  générale,  semble  porter 
plus  spécialement  sur  les  centres  intellectuels.  C’est  ainsi  qu’un  colonel. 


640  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
blessé  au  poignet  droit  par  une  balle  qui  avait  lésé  les  nerfs  médian  et 
cubital,  courait  comme  un  furieux  sur  le  front  de  son  régiment,  jusqu’à  ce 
qu’il  tombât  sans  connaissance.  Un  officier,  blessé  au  talon,  fut  pris  subite¬ 
ment  d’un  tremblement  excessif,  et  il  se  mit  à  se  comporter  comme  un 
homme  qui  a  perdu  la  tête.  Son  courage  était  au-dessus  de  tout  soupçon, 
et  un  conseil  d’enquête  devant  lequel  il  avait  demandé  à  être  traduit,  consi¬ 
déra  le  fait  comme  purement  pathologique.  (Weir  iAIitchell,  page  159.) 

Pour  rendre  compte  de  ces  troubles  nerveux,  nous  sommes  obligés 
d’avoir  recours  à  la  théorie  de  l’épuisement  ;  seulement  ici  l’impression  a 
été  assez  forte  ou  a  trouvé  le  sujet  assez  préparé  pour  s’étendre  à  la 
plupart  des  centres  ganglionnaires  et  produire  ainsi  cette  sorte  de  paralysie 
générale. 

B.  Symptômes  consécutifs. — Les  symptômes  consécutifs  sont  de  beaucoup 
les  plus  importants  à  considérer  ;  seuls,  ils  ont  jusqu’à  ces  derniers  temps 
attiré  l’attention  des  auteurs  qui  ont  écrit  sur  la  matière. 

Pour  la  plus  grande  facilité  de  leur  étude,  nous  les  diviserons  en  : 

1“  Troubles  de  la  motilité  ; 

2°  Troubles  de  la  sensibilité  ; 

Z”  Troubles  de  la  nutrition. 

1“  Troubles  de  la  motilité.  La  perte  du  mouvement  est  le  résultat  le  plus 
ordinaire  de  la  lésion  des  nerfs  ;  les  muscles  situés  dans  le  département  du 
tronc  afïècté  ont  cessé  d’obéir  à  la  volonté  et  demeurent  inertes.  Tous  ne 
sont  pas  également  atteints,  ce  que  démontre  la  manière  différente  dont  ils 
se  comportent  vis-à-vis  de  l’excitant  électrique,  et  aussi  la  rapidité  variable 
avec  laquelle  ils  récupèrent  leur  aptitude  fonctionnelle. 

En  même  temps  que  celle-ci,  la  contractilité  électrique  du  muscle  se 
trouve  plus  ou  moins  altérée.  Duchenne,  de  Boulogne,  a  fait  remarquer 
que  ce  phénomène  était  loin  de  se  représenter  toujours  dans  les  mêmes 
conditions.  Tantôt  les  muscles  paralysés  sont  insensibles  à  l’agent  élec¬ 
trique,  tantôt,  bien  que  frappés  au  même  degré  de  la  perte  des  mouvements 
volontaires,  les  muscles  ont  perdu  fort  inégalement  la  faculté  de  se  con¬ 
tracter  par  cette  excitation  ;  d’autres  fois  la  contractilité  électrique  sera 
conservée  tout  entière  alors  que  tout  mouvement  aura  disparu.  Il  n’est  pas 
sans  intérêt  de  noter  que  la  perte  de  cette  contractilité  n’entraîne  pas 
nécessairement  et  comme  phénomène  corrélatif  la  paralysie  motrice. 

L’incapacité  musculaire,  lorsqu’elle  est  bornée  à  un  groupe  de  muscles, 
a  pour  résultat  des  déviations  caractéristiques  du  membre. 

Ces  déviations  ne  reconnaissent  pas  toujours  la  même  cause:  le  plus 
souvent  elles  sont  à  peu  près  immédiates  et  tiennent  uniquement  à  la  pa¬ 
ralysie  complète  de  certains  muscles  et  à  la  prédominance  d’action  des 
antagonistes.  Quelquefois,  au  contraire,  elles  se  produisent  un  certain  temps 
après  la  blessure,  c’est  alors  la  rétraction  des  muscles  frappés  de  paralysie 
qui  entre  en  jeu  et  l’emporte  sur  la  résistance  des  muscles  sains.  Par  suite 
de  l’immobilité  dans  une  position  vicieuse,  les  articulations  du  membre  ne 
tardent  pas  à  se  prendre,  et  ces  désordres  nouveaux  mettent  alors  le  mal 
au-dessus  des  ressources  de  l’ai’t. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LESIONS  PHYSIQUES.  6il 

Comme  dans  toutes  les  affections  du  système  nei’venx,  en  regard  de  la 
paralysie,  il  faut  mettre  l’exagération  de  la  motilité  se  traduisant  par  des 
spasmes,  des  contractions  toniques.  Une  piqûre,  la  section  incomplète,  la 
contusion  d’un  nerf  peuvent,  en  irritant  les  fibres  dont  la  continuité  n’a 
pas  été  intéressée,  déterminer  des  contractions  dans  les  muscles  où  ces 
fibres  se  rendent  ;  mais  le  plus  souvent  c’est  une  action  réflexe  qui  se  pro¬ 
duit.  Les  contractions  peuvent  même  se  montrer  dans  le  domaine  d’un 
nerf  qui  n’a  pas  été  affecté. 

Elles  apparaissent  tantôt  sous  forme  de  spasmes,  tantôt  sous  forme 
tonique  ou  de  contracture. 

Les  spasmes,  de  beaucoup  les  plus  fréquents,  accompagnent  d’ordinaire 
les  paroxysmes  douloureux.  Ils  peuvent  être  limités  à  un  groupe  de  mus¬ 
cles  ou  s’étendre  au  membre  tout  entier  et  même  à  plusieurs  membres  ; 
c’est  ainsi  qu’on  a  vu  la  lésion  des  nerfs  médian  et  cubital  d’un  côté  être 
suivie  de  l’apparition  de  contractions  spasmodiques  dans  les  deux  bras.  Les 
spasmes  sont  spontanés  dans  la  grande  majorité  des  cas,  rarement  ils  ont 
besoin,  pour  se  produire,  d’une  excitation  venant  de  l’extérieur.  Weir 
Mitchell  a  décrit  ce  dernier  état  sous  le  nom  de  tendance  au  spasme  :  «  Le 
muscle  est  le  siège  d’un  tremblement  particulier,  il  offre  une  résistance 
spéciale.  Cet  état  se  résout  en  contraction  véritable,  lorsque  l’effort  du  chi¬ 
rurgien  vient  à  produire  une  extension  brusque.  » 

Aux  spasmes  succèdent  quelquefois  des  contractions  toniques,  qui  peu¬ 
vent  également  se  montrer  d’emblée.  Chez  le  royal  malade  d’Â.  Paré,  il  se 
produisit  une  flexion  de  l’avant-bras  sur  le  bras  qui  ne  disparut  qu’au  bout 
de  plusieurs  mois.  Dans  un  cas  de  Molinelli,  cité  par  Descot,  pareil  fait  fut 
la  conséquence  d’une  ligature  appliquée  sur  le  médian.  Cline,  Crampton  ont 
observé  la  contracture  du  membre  supérieur  à  la  suite  d’une  coupure  au 
doigt,  d’une  saignée  malheureuse.  Les  contractions  toniques  s’associent 
toujours  dans  une  certaine  mesure  aux  spasmes,  car  l’effort  ayant  pour  but 
de  vaincre  la  contracture  musculaire  provoquera  une  action  réflexe  dont 
l’effet  s’ajoutera  à  la  résistance  déjà  existante. 

La  contracture  musculaire  doit  être  distinguée  de  la  rétraction  consécu¬ 
tive  que  nous  avons  signalée  dans  les  muscles  paralysés.  Le  diagnostic 
différentiel  ne  saurait  être  malaisé  ;  l’exagération  de  la  motilité  s’accom¬ 
pagne  d’une  plus  grande  sensibilité  à  l’excitant  électrique,  et  l’anesthésie, 
qui  fait  disparaître  la  contracture  sans  rien  pouvoir  contre  la  rétraction, 
dissiperait  les  dernières  hésitations. 

L’excitation  musculaire,  bornée  dans  le  spasme  et  dans  la  contracture  à 
un  certain  nombre  de  muscles,  peut  se  généraliser,  et  parmi  les  accidents 
consécutifs  aux  lésions  nerveuses,  il  faut  citer  le  tétanos  et  la  chorée. 
Loing  a  même  observé  une  épilepsie  occasionnée  par  la  blessure  des 
nerfs  de  la  main. 

De  tout  temps,  on  a  voulu  faire  jouer,  dans  la  pathogénie  du  tétanos,  un 
rôle  considérable  à  la  lésion  nerveuse  ;  déjà  Sharp  s’élevait  contre  cette 
opinion.  C’est  surtout  la  ligature  d’une  branche  nerveuse  dans  les  ampu¬ 
tations,  qui  a  été  incriminée  ;  nous  devons  dire  que,  chez  un  sujet  mort  du 

NOUV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CUIR.  II.  —  41 


642  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
tétanos  à  la  suite  d’une  amputation  de  jambe,  l’autopsie  nous  fit  voir  le  nerf 
tibial  antérieur  engagé  dans  la  ligature  qui  enserrait  l’artère  du  même  nom. 
De  pareils  exemples  ne  sont  pas  rares,  mais  ils  sont  en  même  temps  peu 
concluants.  La  physiologie  expérimentale  est  bien  loin  de  les  confirmer. 
Friederich,  avant  1834,  avait  essayé  de  produire  le  tétanos  chez  des  chiens, 
des  chats  et  des  lapins,  en  mettant  un  nerf  à  nu,  et  en  l’irritant  à  l’aide  de 
ligatures  et  de  tractions  répétées  pendant  plusieurs  jours.  Ce  moyen  ne 
suffisant  pas,  il  y  ajouta  des  aspersions  d’eau  froide  pour  favoriser  le  déve¬ 
loppement  de  la  maladie;  ce  fut  en  vain.  Une  fois  cependant,  il  observa  du 
pleurothotonos  chez  un  lapin  qui  succomba  rapidement.  Depuis  longtemps 
déjà,  Brown  Sequard  a  fait  de  nombreux  essais  dont  un  seul  a  réussi 
(il  avait  enfoncé  un  clou  rouillé  dans  le  pied  d’un  chien)  ;  encore 
attribue-t-il  le  succès  au  hasard  et  aux  conditions  de  milieu  :  l’animal  se 
trouvait  dans  une  chambre  carrelée,  humide,  très-mal  nettoyée.  Un  fait  cli¬ 
nique  dont  nous  avons  été  témoin  paraît  cependant  faire  une  plus  large 
part  à  la  blessure  du  nerf .  Un  homme  jeune,  marchant  sur  une  planche, 
fut  blessé  à  la  plante  du  pied  par  un  clou  qui  traversa  sa  chaussure.  Il  fut 
pris  de  tétanos  et  succomba.  A  l’autopsie,  on  trouva  que  le  clou  avait  inté¬ 
ressé  une  des  branches  du  ,  plantaire  interne,  à  laquelle  se  trouvait  accolé 
un  petit déhris  de  cuir.  Quoi  qu’il  en  soit,  Arloing  et  Tripier,  Weir  Mitchell 
n’ont  pas  été  plus  heureux  dans  les  expériences  que  leurs  prédécesseurs  : 
plus  de  70  vivisections’,  dans  lesquelles  des  lésions  nerveuses  ont  été  effec¬ 
tuées  sur  différents  animaux,  n’ont  donné  aucun  résultat  au  chirurgien 
américain.  Même  sur  le  grand  nombre  de  malades  qui  ont  passé  sous  ses 
yeux,  il  n’a  rencontré  qu’un  seul  cas  de  trismus.  Aussi  n’hésite-t-il  pas  à 
déclarer  que,  dans  le  cas  de  tétanos  où  une  lésion  nerveuse  peut  être  invo¬ 
quée,  l’irritation  siège  dans  les  dernières  ramifications  du  nerf,  mais 
jamais  dans  le  tronc.  La  grande  fréquence  des  accidents  convulsifs  à  la 
suite  des  traumatismes  du  pied  ou  de  la  main,  et  Surtout  des  orteils  et  des 
doigts,  vient  à  l’appui  de  cette  opinion.  C’est  surtout  dans  ces  conditions  que 
des  déchirures,  des  compressions,  des  contusions  de  plusieurs  ramuscules 
nerveux  sont  possibles. 

La  chorée  est  un  accident  encore  plus  rare  ;  Weir  Mitchell  l’a  rencontrée 
pourtant  dans  quelques  cas,  particulièrement  chez  un  homme  qui  avait 
reçu  une  balle  au  niveau  des  malléoles.  Packard  a  publié  une  observation 
dans  laquelle  la  chorée  avait  eu  pour  origine  une  lésion  des  filets  termi¬ 
naux  du  nerf  médian  dans  le  pouce.  La  guérison  fut  obtenue  par  l’excision 
de  la  cicatrice.  (Weir  Mittchell,  p.  163). 

La  blessure  des  gros  troncs  ne  paraît  point  avoir  une  plus  grande 
influence  sur  le  développement  de  la  chorée  que  sur  l’apparition  du  tétanos. 

2“  Troubles  de  la  sensibilité.  —  Comme  la  motilité,  la  sensibilité  peut 
être  abolie,  diminuée,  exagérée  ;  elle  peut  également  offrir  diverses  per¬ 
versions.  Mais  il  est  à  remarquer  que  des  troubles  sensitifs  n’accompagnent 
pas  fatalement  les  désordres  du  mouvement  ;  les  lésions  peu  marquées  des 
nerfs  mixtes  font  disparaître  ce  dernier  sans  intéresser  lé  plus  souvent  la 
sensibilité  des  parties. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  643 

Celte  inégalité  des  résultats  de  la  violence  sur  les  fonctions  diverses 
auxquelles  préside  le  nerf  blessé  a  frappé  de  bonne  heure  les  chirurgiens 
qui,  après  quelques  tentatives  infructueuses,  ont  renoncé  à  s’en  rendre 
compte.  Dernièrement,  Weir  Mitchell  en  a  proposé  une  double  explication  : 
tout  d’abord  il  insiste  sur  la  différence  d’intensité  qui  peut  exister  entre 
deux  impulsions,  dont  l’une  est  destinée  à  faire  entrer  les  muscles  en 
action,  tandis  que  l’autre  transmet  au  cerveau  les  impressions  extérieures, 
•cette  dernière  pouvant  être  perçue  à  un  faible  degré,  qui  ne  saurait  suffire 
à  une  impulsion  motrice  pour  remplir  son  action;  témoin ,  l’exemple  du 
nerf  cubital  dont  une  légère  irritation  au  niveau  du  coude  éveille  la  sen¬ 
sibilité  sans  pouvoir  mettre  en  jeu  sa  motricité.  Un  fait  anatomique  mérite 
aussi  d’être  considéré:  chez  les  animaux  inférieurs,  la  distinction  des  fibres 
■d’un  nerf  mixte  en  groupes,  les  uns  seasitivo-moteurs,  les  autres  exclusi¬ 
vement  sensitifs  ou  exclusivement  moteurs,  se  fait  très-haut  sur  le  tronc. 
Une  pareille  disposition  n’a  point  été  observée  chez  l’homme,  mais  les  faits 
•cliniques  plaident,  dans  l’opinion  de  Weir  Mitchell,  pour  un  groupement 
analogue.  Sans  accepter  aucune  de  ces  théories ,  dont  la  seconde  surtout 
nous  paraît  plus  qu’hypothétique,  nous  croyons  qu’il  faut  ici  invoquer 
irinfluence  des  anastomoses,  auxquelles  Liégeois  et  Letiévant  ont  accordé  une 
•si  grande  importance  dans  le  rétablissement  rapide  des  fonctions.  Nous 
aurons  à  revenir  sur  ce  sujet  quand  nous  étudierons  la  suppléance  sensitivo- 
motrice. 

L’abolition  de  la  sensibilité  peut  porter  sur  ses  différentes  formes  :  sen¬ 
sibilité  tactile,  sensibilité  à  la  douleur,  sens  de  la  température.  On  com¬ 
prend  que  lorsqu’un  nerf  purement  sensitif  a  été  gravement  intéressé, 
toutes  ces  formes  sont  également  altérées  et  que  l’insensibilité  est  com- 
iplète.  Au  contraire,  lorsque  la  lésion  porte  sur  un  nerf  mixte,  telle  forme 
•de  la  sensibilité  pourra  disparaître  avec  conservation  des  autres  formes. 

La  constatation  des  troubles  sensitifs  ne  laisse  pas  que  d’offrir  certaines 
difficultés,  car  tous  les  malades  ne  sont  pas  en  état  de  définir  nettement 
les  sensations  qu’ils  éprouvent.  C’est  ce  qui  arrive  pour  la  sensibilité 
stactile  ;  l’épreuve  la  plus  délicate  à  laquelle  on  puisse  la  soumettre  consiste 
•à  redresser  légèrement,  avec  le  doigt  ou  une  plume,  les  poils  de  la  région 
•que  l'on  suppose  affectée.  Le  mouvement  imprimé  aux  bulbes  détermine 
une  sensation  très-appréciable  à  l’état  sain,  mais  qui  disparaît  dès  que  la 
•sensibilité  tactile  est  altérée.  Toutefois  ce  moyen  d’investigation  ne  saurait 
donner  de  résultats  que  chez  les  gens  doués  d’une  grande  acuité  de  sens. 
L’æsthésiomètre  ou  compas  dont  les  pointes  sont  munies  de  petites  boules 
arrondies  et  qui  porte  une  échelle  permettant  d’apprécier  l’écartement 
des  branches  conduit  à  des  conclusions  plus  exactes,  malgré  les  variations 
individuelles  qui  ôtent  de  leur  valeur  aux  tables  construites  pour 
•établir  l’état  comparatif  de  la  sensibilité  dans  les  différentes  régions  du 
•corps.  Encore  bien  des  erreurs  sont-elles  possibles:  ainsi,  les  mouvements 
•exécutés  par  la  partie  que  l’on  examine  modifieront  notablement  les 
résultats  de  l’observation.  Verneuil  a  observé,  à  la  suite  d’une  section  du 
médian,  que  le  malade  percevait  le  plus  léger  contact  si  le  doigt  était  libre; 


644  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
venait-on  à  le  rendre  immobile  en  le  fixant  sur  un  plan  résistant,  toute 
sensibilité  disparaissait  dans  le  domaine  du  nerf.  Il  est  donc  essentiel,  à 
chaque  examen,  de  s’assurer  que  le  patient  ne  remue  pas.  Les  déviations 
des  membres  jouent  encore  un  certain  rôle  dans  la  production  des  désordres 
sensitifs  ;  tout  le  monde  connaît  cette  expérience  qui  consiste  à  faire  rouler 
une  bille  sous  deux  doigts  croisés  l’un  sur  l’autre  ;  au  bout  de  quelques 
minutes,  on  a  la  sensation  de  deux  billes  en  vertu  de  ce  que  le  professeur 
Alexander  appelle  heureusement  le  strabisme  tactile.  L’observation  suivante 
rapportée  par  Mitchell  est  encore  plus  convaincante:  placez  vos  mains 
derrière  vous  dos  à  dos,  en  entremêlant  les  doigts  irrégulièrement  et  leur 
donnant  des  positions  inusitées.  Si  après  quelques  instants  on  vient  à 
toucher  un  de  vos  doigts,  il  vous  sera  difficile  de  rendre  compte  de  ce  qui 
est  arrivé  et  de  préciser  quel  doigt  a  été  impressionné.  On  comprend  dès 
lors  combien  une  position  vicieuse  peut  tromper  sur  l’origine  des  sensations 
éprouvées.  (  Weir  Mitchell,  p.  221). 

L’analgésie  est  plus  rarement  méconnue  que  l’anesthésie  :  il  suffit,  pour 
la  rendre  évidente,  d’avoir  recours  à  la  piqûre,  au  pincement.  La  brosse 
électrique,  employée  sur  la  peau  sèche  suivant  la  recommandation  de 
Mitchell,  ne  sert  que  dans  les  cas  douteux  et  pour  rechercher  les  vestiges 
de  sensibilité  normale. 

La  lésion  nerveuse  a  sur  le  sens  de  la  température  la  même  influence 
que  sur  la  sensibilité  tactile  et  la  sensibilité  à  la  douleur  :  comme  ces  dei- 
nièi’es,  il  est  plus  ou  moins  diminué ,  mais  jamais  on  ne  l’a  vu  altéré 
isolément. 

Enfin  la  sensibilité  particulière  du  muscle  ou  sens  musculaire  peut 
également  souffrir.  Cl.  Bernard  a  établi  par  de  nombreuses  expériences  que 
l’animal  n’a  plus  conscience  de  ce  qui  se  passe  dans  ses  muscles. 

Nous  avons  dit  que  la  motilité  et  la  sensibilité  étaient,  dans  certains  cas, 
lésées  l’une  indépendamment  de  l’autre;  quand  elles  le  sont  à  la  fois,  leur 
retour  ne  se  fait  pas  simultanément  et  la  sensibilité  reparaît  la  première. 
Ce  fait  trouve  sa  raison  d’être  dans  les  troubles  trophiques  que  subissent 
les  muscles  à  la  suite  de  la  division  du  nerf  qui  les  anime.  L’atrophie  qui 
en  résulte  met  le  tissu  musculaire  dans  l’impossibilité  d’obéir  aux  premières 
incitations  que  laisse  passer  le  tronc  dont  la  continuité  vient  d’être  rétablie. 
Au  contraire,  pour  la  sensibilité,  la  peau  où  se  produisent  les  impressions 
et  la  moelle  qui  les  reçoit  étant  indemnes,  le  rétablissement  de  la  conti¬ 
nuité  du  tronc  et  la  régénération  nerveuse  coïncident  avec  le  retour  de  la 
fonction.  A  cette  théorie  anatomo-pathologique,  Mitchell  en  oppose  une 
autre  purement  physiologique.  La  peau  reçoit  des  stimulations  accidentelles, 
qu’on  le  veuille  ou  qu’on  ne  le  veuille  pas.  Les  muscles,  sur  lesquels  la 
volonté  n’exerce  plus  une  action  facile,  ne  reçoivent  aucun  stimulus 
accidentel.  Aussi  la  peau  conserve-t-elle  son  excitabilité  normale,  que  les 
muscles  perdent  rapidement.  C’est  ce  qui  explique  pourquoi,  lorsque  le 
nerf  a  repris  sa  continuité,  la  réapparition  des  phénomènes  sensibles  se  fait 
plus  rapidement. 

L’hyperesthésie  se  rencontre  fréquemment  à  la  suite  de  la  blessure  des 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  645 

nerfs  ;  seulement  elle  ne  se  manifeste  que  comme  exaltation  de  la  sensibi¬ 
lité  à  la  douleur  et  peut  accompagner  la  diminution  ou  même  l’anéantisse¬ 
ment  du  sens  du  toucher.  Ce  dernier  ne  présente  jamais  une  acuité  plus 
grande  qu’à  l’état  normal  et  on  n’a  jamais  vu  le  malade  apprécier  comme 
distinctes  les  piqûres  des  deux  pointes  du  compas  de  Weber,  si,  en  santé, 
il  confondait  les  deux  impressions  .'Sous  l’influence  de  l’hyperesthésie,  le 
moindre  contact  devient  douloureux,  au  point  d’arracher  quelquefois  des 
cris  au  patient  et  de  provoquer  des  mouvements  réflexes  étendus.  Cet  état 
peut  occuper  une  plus  ou  moins  grande  étendue  du  membre  blessé  et  même 
se  montrer  isolément  dans  des  points  éloignés  du  siège  de  la  lésion.  Rare¬ 
ment  immédiat,  il  se  montre  habituellement  plusieurs  jours  après  la  bles¬ 
sure  et  peut  être  attribué  à  l’inflammation  du  cordon  nerveux  ;  chez  certains 
sujets,  il  semble  que  le  travail  irritatif  se  propage  aux  centres  nerveux,  et 
on  voit  se  développer  une  hyperesthésie  générale,  un  tétanos  sensoriel, 
pour  employer  l’expression  de  Mitchell,  hyperesthésie  que  réveille  le  plus 
léger  contact,  le  hruit  des  pas,  le  froissement  d’un  papier. 

Les  perversions  de  la  sensibilité  se  traduisent  par  des  fourmillements, 
des  névralgies,  la  causalgie.  Quelle  que  soit  la  forme  qu’elles  affectent,  elles 
se  ramènent  toutes  à  un  phénomène  commun,  qui  est  la  douleur.  Celle-ci 
apparaît  tantôt  spontanément,  tantôt  sous  l’influence  d’une  irritation  exer¬ 
cée  sur  le  tronc  affecté.  Dans  ce  dernier  cas,  le  sujet  apprécie  d’ordinaire 
et  localise  l’irritation  causatrice,  en  même  temps  qu’il  éprouve  dans  le 
domaine  du  nerf  des  sensations  diverses;  mais  il  amve  quelquefois,  surtout 
quand  l’irritation  agit  en  se  prolongeant,  que  les  impressions  périphériques 
dominent  la  scène  morbide  et  attirent  seules  l’attention.  Le  malade  se  trouve 
dans  l’impossibilité  de  préciser  le  point  irrité  qui  est  l’origine  des  phéno¬ 
mènes  douloureux  ;  circonstance  fâcheuse,  puisqu’elle  empêche  le  chirur¬ 
gien  de  déterminer  exactement  où  doit  porter  son  action,  quand  il  veut 
intervenir  directement. 

Les  fourmillements  se  montrent  à  la  suite  des  lésions  les  plus  simples 
d’un  nerf,  comme  celles  que  produit  une  contusion  légère,  l’application 
locale  du  froid.  Il  n’est  personne  qui  n’eri  ait  éprouvé  après  un  choc  de  la 
partie  interne  du  coude,  où  le  nerf  cubital  est  le  plus  accessible.  Les  four¬ 
millements  sont  alors  passagers  ;  ils  peuvent  également,  quoique  dans  des 
circonstances  rares,  persister  assez  longtemps.  Ils  s’accompagnent  alors 
d’un  affaiblissement  de  la  motilité  et  de  troubles  nutritifs. 

Toutefois,  quand  la  perversion  de  la  sensibilité  a  une  certaine  durée,  elle 
se  présente  le  plus  souvent  sous  le  type  névralgique.  On  a  voulu  faire  jouer 
à  la  nature  de  la  lésion  un  certain  rôle  dans  la  production  de  ce  dernier 
accident.  Londe  a  môme  tracé  un  tableau  destiné  à  établir  la  fréquence 
relative  des  névralgies  consécutives  à  telle  ou  telle  opération,  tel  ou  tel 
traumatisme  ;  mais  cette  statistique,  basée  sur  un  nombre  de  faits  très-res- 
treint,  ne  nous  paraît  avoir  qu’une  importance  minime.  Quant  au  mode 
pathogénique  des  névralgies  traumatiques ,  les  uns  ont  voulu  n’y  voir  que 
le  résultat  du  tiraillement  exercé  par  le  névrilème  rétracté  et  les  fibres  cou¬ 
pées  sur  celles  demeurées  saines,  théorie  purement  mécanique,  et  qui 


646  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 
aurait  besoin  d’établir  par  avance  la  rétraction  des  fibres  nerveuses  et  du 
névrilème;  d’autres  ont  invoqué  la  névrite,  mais  bien  que  Peter-Pineo,  dans- 
un  cas,  ait  trouvé  le  névrilème  très-rouge  et  fort  injecté,  la  plupart  des 
observateurs  n’ont  noté  aucun  phénomène  inflammatoire.  Quelquefois, 
c’est  à  la  présence  d’un  corps  étranger  que  sont  rapportés  les  troubles  sensi¬ 
tifs,  mais  ce  n’est  là  qu’une  constatation  de  fait  et  nullement  une  explica¬ 
tion.  Le  mécanisme  pathogénique  est  alors  le  même  que  pour  les  piqûres- 
ou  sections  nerveuses.  L’irritation  du  bout  central  détermine  des  impres¬ 
sions  douloureuses  que  le  sensorium  rapporte  soit  au  trajet  tout  entier  du 
nerf,  soit  à  ses  branches  terminales. 

Telles  sont  en  effet  les  deux  formes  sous  lesquelles  se  manifestent  les 
accidents  névralgiques  :  tantôt  ils  suivent  le  trajet  du  nerf  et  constituent  ces 
douleurs  atroces  caractérisées  par  Cotugno  sous  la  dénomination  de  fulgurw 
doloris  et  que  Londe  compare  à  un  trait  de  feu  ;  tantôt  elles  occupent  une 
portion  limitée  du  membre,  habituellement  son  extrémité.  Il  ne  faut  pas- 
aussi  oublier  que  les  cellules  ganglionnaires  auxquelles  aboutissent  les 
tubes  du  nerf  affecté,  irritées  par  propagation,  peuvent  influencer  à  leur 
tour  des  cellules  voisines.  De-làdes  douleurs  névralgiques  qui  ne  paraissent 
avoir  aucun  rapport  avec  le  siège  de  la  lésion. 

La  marche  des  névralgies  traumatiques  varie  suivant  les  cas  ;  c’est  ainsi 
que  la  douleur  peut  se  montrer  immédiatement  après  la  blessure,  comme 
dans  la  saignée,  ou  apparaître  consécutivement.  Quelquefois  continues,  ces 
névralgies  sont  fréquemment  intermittentes  ;  elles  peuvent  même  affecter- 
un  type  régulier  en  dehors  de  toute  influence  palustre,  et,  remarque  im¬ 
portante,  elles  sont  alors  quotidiennes, 

La  causalgie  n’est  à  proprement  parler  qu’une  manifestation  spéciale  des 
accidents  névralgiques,  auxquels  il  convient  de  la  rattacher.  Elle  est  carac¬ 
térisée  par  des  douleurs  très-vives  que  les  malades  comparent  eux-mêmes 
à  une  brûlure  ou  à  l’action  d’un  sinapisme  très-chaud,  ou  à  l’effet  d’une 
lime  rougie  au  feu  qui  éroderait  la  peau,  et  par  un  état  particulier  des  té¬ 
guments  que  les  auteurs  désignent  sous  le  nom  «  d’aspect  luisant  ».  Telles 
sont  les  deux  conditions  ordinaires  de  la  causalgie;  la  sensation  spéciale  de 
brulûre  a  pu  cependant  être  observée  indépendamment  de  toute  altération 
cutanée.  Cette  dernière  ne  serait  que  la  conséquence  des  troubles  tro¬ 
phiques  que  la  lésion  nerveuse  détermine  à  la  longue  du  côté  des  différents- 
appareils.  Weir  Mitchell,  cependant,  pense  que  l’amincissement  de  la  peau 
qu’entraîne  «  l’état  luisant  »  n’est  pas  sans  influence  sur  la  production  des 
accidents  causalgiques  en  ne  protégeant  plus  que  d’une  manière  insuffi¬ 
sante  les  terminaisons  nerveuses.  (Weir  Mitchell,  p.  233). 

La  causalgie  n’apparaît  pas  indifféremment  sur  tel  ou  tel  point  du 
membre.  Elle  attaque  rarement  le  bras  ou  la  cuisse,  plus  souvent  la  jambe 
ou  l’avant-bras,  mais  de  préférence  la  main  ou  le  pied;  encore,  là  affectionne- 
t-elle  les  parties  qui  subissent  les  altérations  nutritives  les  plus  considé¬ 
rables,  la  paume  de  la  main,  la  face  palmaire  des  doigts,  la  face  dorsale  du 
pied. 

Son  intensité  est  variable  depuis  la  simple  cuisson  jusqu’à  un  état  de 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRÜRGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  647 

torture  à  peine  croyable,  capable  de  réagir  sur  toute  l’économie.  L’expo¬ 
sition  à  ’air  est  des  plus  pénibles  au  malade,  qui  prend  pour  s’y  soustraire 
mille  précautions.  D’autres  fois,  la  sécheresse  de  la  peau  exaspère  les  dou¬ 
leurs  que  diminuent  les  lotions  à  l’eau  fraîche.  Londe  rapporte  l’observation 
d’un  jeune  homme  qui,  souffrant  de  douleurs  causalgiques  dans  la  main, 
n’éprouvait  du  soulagement  qu’en  frappant  violemment  contre  un  corps 
résistant  la  partie  malade. 

On  comprend  quel  retentissement  de  semblables  souffrances  doivent 
avoir  sur  l’état  général  du  malade.  Le  caractère  s’aigrit,  le  visage  prend 
une  expression  anxieuse,  le  regard  est  inquiet.  Les  précautions  nécessaires 
pour  atténuer  la  douleur  donnent  à  la  démarche  un  caractère  particulier 
d’hésitation.  Enfin,  la  privation  de  sommeil  ajoute  à  toutes  ces  causes  de 
débilitation.  Le  patient  arrive  ainsi  à  une  sorte  de  nervosisme  qui  constitue 
à  son  tour  une  véritable  maladie. 

Suppléance  sensitivo-motrice.  —  La  section  et  même  l’excision  d’un  nerf 
mixte  n’abolissent  pas  toujours  absolument  dans  son  domaine  le  mouve¬ 
ment  et  la  sensibilité.  Cette  exception,  notée  par  Dupuytren  et  Horteloup, 
fut  également  observée  par  Paget.  Laugier  et.  Nélaton,  ayant  vu  les  fonc¬ 
tions  se  rétablir  presque  immédiatement  après  le  rapprochement  des  deux 
bouts  du  nerf  par  une  suture,  avaient  attribué  ce  succès  au  mode  de  trai¬ 
tement  mis  en  usage;  mais  Richet,  avecPajot  et  Denonvilliers,  constatait 
la  persistance  du  mouvement  et  du  sentiment  dans  un  cas  où  le  nerf  divisé 
était  visible  au  fond  de  la  plaie.  De  nombreux  chirurgiens,  ayant  pratiqué 
la  résection  nerveuse  pour  cause  de  névralgie,  voyaient  les  accidents  repa¬ 
raître  au  bout  d’un  temps  variable,  sans  que  jamais  on  pût  admettre  la 
possibilité  d’une  réunion  par  cicatrice.  Tous  ces  faits  fournirent  à  Paulet 
le  sujet  d’un  intéressant  mémoire,  où  il  réunit  les  observations  publiées 
jusqu’en  1868,  au  nombre  de  vingt-cinq.  Dans  toutes,  les  fonctions  ont 
reparu  quelquefois  au  bout  d’un  temps  très-court,  d’autres  fois  après  plu¬ 
sieurs  mois,  il  est  vrai,  mais  alors  que  la  perte  de  substance  faite  au  tronc 
nerveux  égalait  trois  ou  quatre  pouces,  ce  qui  exclut  toute  idée  de  restau¬ 
ration  d’après  les  lois  posées  par  la  physiologie.  Enfin,  dans  certains  cas,  la 
résection  d’un  nerf  important  n’a  troublé  en  rien  la  sensibilité  ni  le  mou¬ 
vement  volontaire. 

Les  théories  n’ont  point  manqué  pour  expliquer  ces  résultats  inattendus  : 
la  première  en  date  est  celle  des  anastomoses,  proposée  par  Horteloup,  qui 
alla  jusqu’à  nier,  en  s’appuyant  sur  elle ,  la  cicatrisation  nerveuse.  Mais 
bientôt,  avec  Steinruck,  celle-ci  fut  établie  d’une  manière  incontestable,  et, 
sous  l’influence  des  idées  du  moment,  on  passa  d’une  exagération  à  une 
autre.  Le  rôle  des  anastomoses  fut  réduit  à  rien,  et  on  invoqua  la  l’éunion 
immédiate  des  nerfs.  Telle  est  la  conclusion  de  Paget,  Laugier,  Nélaton, 
Houel.  Malheureusement  elle  ne  se  trouvait  appuyée  ni  sur -des  faits  clini¬ 
ques  certains,  ni  sur  des  données  expérimentales. 

La  théorie  des  anastomoses  fut  bientôt  reprise,  et  Liégeois  la  soutint  de¬ 
vant  la  Société  de  chirurgie.  Arloing  et  Tripier,  par  leurs  recherches  sur  la 
sensibilité  des  nerfs  de  la  main,  apportèrent  à  l’appui  de  sérieux  argu- 


648  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques.  ‘ 
ments.  Enfin,  Letiévant  exposa  sa  théorie  de  la  suppléance  semitivo- 
motrice. 

Voici  en  quels  termes  il  l’a  résumée  : 

«  Malgré  la  section  d’un  nerf,  il  reste  toujours,  dans  sa  région,  de  la 
sensibilité,  quand  la  division  a  porté  sur  un  nerf  sensitif;  de  la  motilité, 
quand  la  division  a  porté  sur  un  nerf  moteur;  l’une  et  l’autre  de  ces  fonc¬ 
tions,  s’il  s’agit  d’un  nerf  mixte.  Ces  fonctions  motrices  et  sensitives,  con¬ 
sidérablement  amoindries,  résultent  de  l’intervention  d’agents  étrangers 
au  nerf  sectionné  :  muscles,  anastomoses,  papilles  nerveuses.  Ces  fonc¬ 
tions  suppléées  sont  très-imparfaites;  mais,  à  mesure  qu’on  s’éloigne  du 
moment  de  la  section,  elles  acquièrent,  par  l’usage,  plus  de  développement. 
On  voit  cette  période  de  développement  coïncider  parfois  avec  une  remar¬ 
quable  atrophie  musculaire.  Ainsi,  la  motilité  conservée  coexiste  tantôt 
avec  une  paralysie  absolue  des  muscles  influencés  par  le  nerf  sectionné, 
tantôt,  à  une  période  plus  éloignée  (deuxième  période),  avec  l’atrophie  des 
mêmes  muscles.  Elle  n’atteint  jamais,  dans  son  développement,  le  degré 
de  perfection  de  la  motilité  norniale.  La  sensibilité  suppléée  est  relativement 
plus  marquée  que  la  motilité,  dans  la  région  du  nerf  divisé,  ce  qui  résulte 
de  l’action  combinée  du  double  mode  suivant  lequel  elle  se  produit.  Elle 
n’atteint  jamais  non  plus  les  limites  de  la  perfection.  Elle  peut  être  modi¬ 
fiée  par  l’influence  de  conditions  pathologiques  locales  particulières.  Ainsi, 
après  certaines  divisions  nerveuses,  pratiquées  notamment  pour  des  né¬ 
vralgies,  il  se  produit  quelquefois  une  sorte  de  stupeur  locale  qui  masque 
la  sensibilité  suppléée,  les  premiers  jours  de  la  section.  La  sensibilité  repa¬ 
raît  ensuite  graduellement,  à  mesure  que  la  stupeur  se  dissipe.  Dans 
d’autres  cas,  un  engorgement  inflammatoire,  compliquant  les  suites  de  la 
section,  altère  la  sensibilité  suppléée,  la  fait  disparaître  même  pendant 
quelque  temps  ou  pour  toujours,  en  déterminant  la  compression  ou  la  des¬ 
truction  des  éléments  de  sensibilité  appartenant  aux  nerfs  voisins.  La  mo¬ 
tilité  et  la  sensibilité  suppléées  ont  une  durée  variable.  Temporaires  dans 
quelques  cas,  elles  sont  permanentes  dans  d’autres.  Une  troisième  période 
se  présente,  quelquefois,  après  les  sections  nerveuses,  celle  de  la  guérison 
complète.  Elle  est  caractérisée  par  la  restauration  de  la  fonction,  consé¬ 
quence  de  la  régénération  du  nerf.  La  motilité  et  la  sensibilité  par  régéné¬ 
ration  nerveuse  apparaissent  longtemps  après  la  section  :  douze,  quinze 
mois,  terme  plus  long  que  celui  des  expériences  sur  l’animal.  Ces  fonctions 
sont  toujours  précédées  par  une  période  de  motilité  et  de  sensibilité  sup¬ 
pléées.  Elles  se  manifestent  :  la  motilité,  par  le  réveil  et  la  reconstitution 
des  muscles  paralysés  et  atrophiés  après  la  section;  la  sensibilité,  par  la 
perfection  de  l’état  esthésique  de  la  région  du  nerf  jadis  divisé.  » 

3°  Troubles  de  la  nutrition.  Les  parties  que  la  lésion  du  nerf  a  sous¬ 
traites  à  l’influence  nerveuse  ne  tardent  pas  à  éprouver  dans  leur  nutrition 
des  troubles  marqués.  Les  muscles  s’atrophient  ;  la  peau,  sèche,  rude,  de¬ 
vient  le  siège  d’éruptions  diverses;  les  sécrétions,  la  calorification,  sont 
modifiées,  etc. 

Nous  avons  déjà  dit,  en  physiologie  pathologique,  quelle  part  on  avait 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  649 

attribuée  à  la  névrite  dans  la  production  de  ces  troubles.  Les  élèves  de 
Charcot  ont  été,  s’il  est  possible,  plus  affirmatifs  que  le  maître.  Celui-ci  re¬ 
connaissait  une  lacune  dans  l’absence  d’une  lésion  anatomique  constante 
du  tissu  nerveux,  en  rapport  avec  la  manifestation  des  lésions  périphéri¬ 
ques  ;  il  proclamait  que  «  toute  névrite  n’entraîne  pas,  tant  s’en  faui,  né¬ 
cessairement  la  manifestation  des  troubles  trophiques;  il  faut,  pour  que 
ceux-ci  se  produisent,  l’intervention  de  circonstances  que  l’analyse  n’a 
pas  encore  permis  de  dégager.  »  Pour  Mougeot  et  Couyba,  la  névrite  est 
l'unique  cause  du  développement  des  lésions  nutritives.  Couyha  a  toujours 
vu  les  symptômes  de  la  névrite  précéder  les  troubles  de  la  nutrition,  qui 
apparaissent  dans  la  sphère  d’action  du  nerf  en  suivant  les  progrès  de  l’ir¬ 
ritation.  Dans  un  cas  où  l’examen  microscopique  put  être  fait,  le  même 
observateur  a  trouvé  tous  les  caractères  de  la  névrite.  Poincaré  (de  Nancy) 
s’est  également  rallié  aux  idées  de  Charcot,  tout  en  poussant  plus  loin  l’ex¬ 
plication  pathogénique.  «  Il  est  facile  de  comprendre,  dit-il,  que  l’irritation 
des  éléments  sensitifs  peut  ébranler  les  cellules  nerveuses  cutanées,  abso¬ 
lument  comme  une  cause  irritante  extérieure,  et  qu’elle  peut  ainsi  déter¬ 
miner  des  troubles  nutritifs  dans  leur  département.  C’est  alors  un  sina¬ 
pisme  venant  de  l’intérieur,  et  non  de  l’extérieur.  » 

La  théorie  de  la  névrite  se  trouve  en  présence  de  deux  théories  rivales  : 
l’une,  qui  se  couvre  (te  l’autorité  de  BroAvm-Séquard,  invoque  le  défaut 
d’action  des  vaso-moteurs  et  la  paralysie  vasculaire  qui  en  résulte,  pour 
expliquer  les  modifications  nutritives.  Attaquée  par  Vulpian  et  Jaccoud, 
elle  a  contre  elle  les  résultats  de  l’expérimentation  physiologique.  Jamais 
Vulpian  n’a  produit  l’atrophie  musculaire  d’un  côté  de  la  face  par  la  section 
du  cordon  cervical  correspondant. 

L’autre  théorie,  présentée  par  Samuel,  veut  que  les  désordres  de  la  nu¬ 
trition  soient  dus  à  la  diminution  ou  au  défaut  d’action  trophique  des  cen¬ 
tres  nerveux.  Samuel  supposait  que  cette  action  s’exerçait  par  des  fibres 
spéciales;  mais,  si  la  démonstration  de  ces  fibres  est  encore  à  donner,  la 
doctrine  n’en  a  pas  moins,  pour  cela,  été  abandonnée.  C’est  à  elle  que  se 
rattache  Vulpian,  tout  en  professant  que  l’influence  trophique  a  pour  agents 
de  transmission  les  fibres  mêmes  qui  servent  déjà  à  la  sensibilité  et  au 
mouvement. 

Vulpian  trouve  exagérée  l’importance  donnée  à  la  névrite  dans  cette 
question,  surtout  quand  on  n’est  pas  assuré  que  l’excitation  phlegmasique 
puisse  exister  dans  les  nerfs  sectionnés  avec  tous  ses  caractères.  Prenant  le 
cas  particulier  des  altémtions  musculaires,  il  se  demande  comment  cette 
excitation  supposée  produit  et  surtout  entretient  une  irritation  quelcon¬ 
que  dans  les  muscles,  alors  que  les  nerfs  divisés,  au  bout  de  quelques 
jours,  perdent  incontestablement,  en  même  temps  que  leur  structure  nor¬ 
male,  leurs  propriétés  physiologiques  :  objection  que  Charcot  a  essayé  de 
réfuter  en  faisant  remarquer  que  l’irritation  neurale  date  du  moment  même 
de  la  lésion.  Vulpian  s’appuie  ensuite  sur  la  nature  même  de  ces  lésions 
musculaires  qui,  loin  de  présenter  le  caractère  phlegmasique,  sont  essen¬ 
tiellement  atrophiques.  Pour  toutes  ces  raisons,  il  rejette,  en  partie  du 


650  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physioues. 
moins,  l’idée  de  la  névrite  présidant  aux  troubles  trophiques.  La  névrite, 
lorsqu’elle  a  été  observée,  n’étant  qu’un  phénomène  concomitant, tout  au 
plus  a-t-elle  pu  contribuer  dans  une  certaine  mesure  à  l’all'aiblissement  de 
l’action  trophique  des  centres.  Vulpian  étend  cette  conclusion  des  lésions 
des  muscles  à  celles  des  autres  tissus;  d’après  lui,  «  les  altérations  de  la 
peau,  de  ses  annexes,  du  tissu  cellulaire  sous-cutané,  etc. ,  nées  sous  l’in¬ 
fluence  de  celles  des  centres  nerveux,  ganglions  rachidiens  et  axe  hulho- 
spinal,  dépendent  le  plus  souvent,  sinon  toujours,  d’une  diminution  ou 
d’un  défaut  d’action  trophique  des  centres  nerveux.  » 

Il  nous  a  paru  utile  d’opposer  ces  théories  diverses  pour  montrer  com¬ 
bien  ce  point  de  physiologie  pathogénique  demeure  encore  dans  l’obscu¬ 
rité.  Ainsi  se  trouve  Justifiée  la  place  que  nous  avons  réservée  ici  aux 
troubles  trophiques,  en  les  séparant  de  l’histoire  de  la  névrite. 

Les  altérations  que  la  blessure  d’un  nerf  entraîne  dans  les  différents  tis¬ 
sus  de  la  région  qu’il  anime,  variant  avec  chacun  d’eux,  il  convient  de  les 
étudier  séparément. 

Nous  diviserons,  avec  Couyba,  les  lésions  de  la  peau  en  trois  espèces  : 
1°  Érythème  et  les  ulcérations  qui  l’accompagnent;  2“ affections  vésiculaires 
et  bulleuses  ;  3“  altérations  de  la  cuticule  épidermique,  des  ongles  et  des 
appareils  glandulaires  du  tégument. 

Signalé  par  Denmark  et  Paget,  l’érythème  n’a  été  complètement  décrit  que 
par  Mitchell,  Morehouse  et  Keen,  qui  l’ont  désigné  sous  le  nom  d’état  lui¬ 
sant  ou  glossy  skin.  «  Dans  les  cas  soumis  à  nos  soins,  disent  ces  auteurs, 
la  peau  aflèctée  était  d’un  rouge  vif  ou  marbrée  de  taches  rouges  et  blan¬ 
ches.  L’épithélium  semblait  avoir  disparu  par  places,  de  façon  que  le  derme 
était  à  nu.  Les  tissus  sous-épidermiques  étaient  tendus...  Des  crevasses  se 
montraient  en  différents  points  et  il  semblait  que  les  téguments  eussent  été 
fortement  serrés  autour  des  tissus  sous-jacents.  La  surface  était  luisante 
partout  et  comme  recouverte  d’une  couche  de  vernis.  Rien  de  plus  singu¬ 
lier  que  cet  aspect  rouge  et  poli.  Le  plus  souvent,  absence  complète  de  rides 
et  de  poils.  »  L’aspect  est  absolument  le  même  que  sur  les  parties  atteintes 
d’engelures. 

L’état  luisant  accompagne  la  causalgie  et  affecte,  avec  elle,  de  préférence 
certains  points  que  nous  avons  déjà  indiqués  ;  face  palmaire  de  la  main  et 
des  doigts,  face  dorsale  du  pied.  Couyba  l’a  cependant  vu  occuper  la  face 
plantaire.  Tantôt  la  région  malade  est  envahie  également  et  présente  une 
surface  lisse  et  également  rouge  ;  tantôt,  au  contraire,  la  rougeur  se  pré¬ 
sente  sous  forme  de  petits  îlots  séparés  par  des  intervalles  de  peau  saine. 

La  nature  de  cette  altération  a  été  diversement  indiquée.  Pour  Paget  et 
’Weir  Mitchell,  c’est  un  amincissement,  une  atrophie  de  la  peau.  Même 
Mitchell  rejette  la  dénomination  d’érythème,  aucune  forme  de  cette  affec¬ 
tion  cutanée  ne  correspondant  exactement  à  l’état  luisant.  Couyha,  au  con¬ 
traire,  croit  à  une  lésion  de  nature  irritative,  inflammatoire.  Les  recherches 
microscopiques  de  Fischer  montrent  que,  dans  certains  cas  au  moins,  cette 
opinion  se  trouve  fondée.  «  La  section  de  la  main  érythémateuse  fait  alors 
voir  sur  la  peau  et  son  tissu  cellulaire  une  opacité  et  un  brillant  particulier. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  651 

La  sérosité  qui  s’écoule  contient  un  grand  nombre  de  leucocytes,  et  au 
microscope  on  observe  une  infiltration  de  très-jeunes  cellules,  comme 
celles  que  Wolkmann  et  Stendiner  ont  décrites  dans  l’érysipèle.  » 

Avec  l’érythème  coïncident  fréquemment  des  ulcérations.  Du  pus  se  forme 
sous  l’épiderme,  le  soulève,  le  rompt,  et  l’ulcération  est  établie.  Ces  ulcères 
siègent  ordinairement  aux  extrémités  des  doigts  et  des  orteils,  autour  de 
l’ongle  :  on  les  a  vus  occuper  tous  les  plis  articulaires. 

Les  éruptions  qui  se  montrent  à  la  peau  sont  de  deux  ordres  :  vésicu- 
leuses,  et  elles  se  présentent  sous  forme  d’eczéma  et  d’berpès  ;  bulleuses, 
comme  le  pemphigus. 

L’eczéma  traumatique  a  été  contesté  par  Charcot,  qui  veut  n’y  voir 
qu’une  manière  d’herpès,  mais  les  descriptions  des  chirurgiens  américains 
sont  si  nettes  qu’elles  ne  sauraient  laisser  place  au  doute.  L’éruption  con¬ 
siste  en  de  petites  vésicules  nées  simultanément,  ou  en  des  vésicules  plus 
larges  arrivant  par  poussées  successives.  Les  unes  et  les  autres  sont  dispo¬ 
sées  autour  des  parties  altérées  et  spécialement  dans  le  voisinage  du  trajet 
du  nerf  altéré.  Il  n’est  pas  rare  de  les  voir  précédées  d’érythème.  Dans  quel¬ 
ques  cas  on  a  constaté  un  rapport  très-net  entre  l’éruption  et  les  phéno¬ 
mènes  douloureux,  la  disparition  de  l’eczéma  entraînant  un  affaiblissement 
de  la  douleur.  Annandale,  Couyba  ont  vu  l’affection  exanthémateuse  se 
présenter  non-seulement  sur  le  membre  qu’animait  le  nerf,  mais  aussi  sur 
le  membre  opposé.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  une  explication  déjà 
donnée  plusieurs  fois. 

L’influence  des  lésions  nerveuses  sur  l’apparition  d’un  herpès  a  été 
signalée  pour  la  première  fois  par  Charcot .  Depuis  cette  époque,  des  obser¬ 
vations  analogues  ont  été  publiées  par  Rouget,  Raynaud,  Oppolzer,  Onimus  ; 
bien  que  nié  par  Fischer,  l’herpès  traumatique  est  aujourd’hui  bien  vérifié. 
’Ferneuil  en  a  décrit  les  trois  variétés  suivantes  dont  le  mode  pathogénique 
différerait  un  peu  : 

1"  Le  tronc  d’un  nerf  est  lésé  ou  son  origine  centrale  :  il  en  résulte,  dans 
la  région  où  ce  nerf  se  rend,  un  herpès  périphérique. 

2“  Dans  une  amputation,  d’un  nerf  coupé  il  ne  reste  que  le  bout  central  : 
soit  par  une  névrite  ascendante  et  récurrente,  soit  par  inflammation  de 
voisinage,  un  herpès  se  montre  sur  le  territoire  des  lambeaux  innervés 
par  des  filets  nés  du  bout  central  à  une  certaine  distance  de  la  plaie  :  herpès 
de  voisinage. 

3"  Les  extrémités  périphériques  d’un  nerf  sont  blessées  :  dans  un  autre 
département  nerveux  plus  ou  moins  éloigné  (par  action  réflexe,  pense 
’Ferneuil  ;  par  irritation  propagée,  dirions-nous  plutôt)  se  fait  un  herpès 
à  distance,  toujours  accompagné  de  fièvre  et  pendant  la  période  de  répara¬ 
tion  de  la  plaie. 

Il  faut  reconnaître,  avec  Parrot,  que  toutes  ces  variétés  d’herpès  ne 
se  rapprochent  guère  des  cas  publiés  par  les  autres  observateurs  et  semblent 
plutôt  se  rattacher  à  la  fièvre  herpétique.  D’ordinaire  l’herpès,  soit  disposé 
par  points  bien  limités,  soit  étendu  sous  forme  rubanée,  suit  exactement 
le  trajet  du  nerf  et  demeure  borné  à  son  département. 


652  NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRÜRGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES. 

Quant  aux  éruptions  pemphigoïdes,  beaucoup  plus  rares,  elles  sont  carac¬ 
térisées  par  des  bulles  se  développant  très-rapidement  et  reparaissant  de 
temps  à  autre  sur  divers  points  de  la  partie  des  téguments  qui  correspond 
à  la  distribution  du  nerf  lésé;  elles  laissent  après  elles  des  cicatrices  à  peu 
près  indélébiles. 

Le  revêtement  épidermique  de  la  peau  ne  laisse  pas  que  d’être  influencé 
à  son  tour  par  les  lésions  nerveuses  :  il  s’épaissit  et  tantôt  se  desquame  par 
écailles  plus  ou  moins  larges,  tantôt  s’enlève  par  bandes  véritables,  comme 
dans  la  scarlatine.  La  cause  de  ce  phénomène  est  des  plus  nettes  chez  cer¬ 
tains  sujets.  C’est  ainsi  que  Fischer  a  vu  l’exfoliation  épidermique  suivre 
en  lignes  fixes  le  trajet  des  nerfs  blessés.  Entre  ces  lignes  de  desquamation, 
la  peau  était  parfaitement  saine. 

En  même  temps  les  ongles  et  le  système  pileux  éprouvent  des  modifica¬ 
tions  singulières. 

Les  ongles  s’incurvent  à  la  fois  dans  le  sens  latéral  et  suivant  leur  lon¬ 
gueur  :  cette  déformation  est,  d’après  Weir  Mitchell,  tellement  caracté¬ 
ristique,  qu’à  sa  seule  vue  une  personne  familiarisée  avec  cet  aspect  étrange 
pourrait  diagnostiquer  la  blessure  d’un  nerf.  Avec  les  névralgies,  on  ren¬ 
contre  fréquemment  une  hypertrophie  des  ongles  qui  sont  tantôt  renflés  en 
forme  de  massue,  tantôt  desséchés,  squameux,  fragiles  ;  d’autres  fois  c’est 
le  phénomène  inverse  qui  a  lieu  et  l’ongle  devient  aminci,  comme  atrophié, 
et  toujours  alors  douloureux. 

Les  poils  disparaissent  ordinairement  sur  les  parties  affectées  de  causal- 
gie  et  présentant  l’état  luisant.  11  semble,  dit  Couyba,  toujours  fidèle  à  sa 
théorie  de  l’inflammation  considérée  comme  cause  des  troubles  trophiques, 
qu’il  y  ait  là,  sous  l’influence  du  gonflement  cutané,  une  atrophie  des  bulbes 
pileux  due  à  la  compression  inflammatoire  du  tissu  dermique  environnant. 
D’autres  fois,  c’est  l’hypertrophie  des  poils  qui  se  produit  :  Mougeot,  Fischer 
en  citent  des  exemples.  L’accroissement  du  système  pileux  que  déterminent 
certains  anévrysmes  paraît  dû  à  l’irritation  exercée  par  la  poche  sur  les  nerfs 
voisins  que  comprime  chaque  diastole  artérielle  (Couyba). 

La  division  complète  d’un  nerf  entraîne,  en  même  temps  que  la  perte 
absolue  des  fonctions,  une  diminution  et  même  la  cessation  de  la  sueur  : 
la  peau  demeure  sèche,  alors  même  que  les  parties  voisines  se  recouvrent 
d’une  sueur  abondante. 

Au  contraire  le  nerf  est-il  sectionné  incomplètement,  observe-t-on  les 
phénomènes  de  la  névrite,  la  sueur  est  très-augmentée  et  répand  une  odeur 
acide,  quelquefois  insupportable. 

Comme  la  peau,  le  tissu  conjonctif  subit,  après  les  blessures  des  nerfs, 
diverses  altérations.  Tantôt  il  participe  à  l’atrophie  générale  du  membre  ; 
tantôt,  au  contraire,  il  prend  un  acci’oissement  inusité  et  qui  peut  être  qua¬ 
lifié  d’hypertrophie  (Weir  Mitchell,  Hitzig). 

11  n’est  pas  rare  que  ce  dernier  état  revête  l’aspect  d’un  empâtement 
phlegmoneux,  si  bien  que  quelques  chirurgiens,  croyant  à  un  travail  pure¬ 
ment  inflammatoire,  se  sont  crus  obligés  de  pratiquer  des  débridements 
étendus.  L’erreur  est  excusable,  car  on  a  vu  dans  quelques  cas  la  suppu- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  653 

ration  devenir  le  dernier  terme  de  ce  processus.  Aussi  Couyba  décrit-il  deux 
variétés  de  lésions  conjonctives;  1°  variété  subinflammatoire;  2“  variété 
franchement  phlegmoneuse,  aboutissant  à  la  purulence.  Il  cite,  comme 
exemples  de  cette  dernière,  les  panaris  se  montrant  aux  doigts  etaux  orteils 
sous  l’influence  du  traumatisme  des  nerfs,  et  aussi  les  vastes  abcès  de  la 
joue,  consécutifs  à  certaines  névralgies  de  la  cinquième  paire. 

L’altération  nutritive,  résultant  de  la  suspension  de  l’influence  nerveuse, 
a  pu  aller  jusqu’à  une  véritable  mortification  des  tissus.  Paget  raconte  qu’un 
homme,  après  une  fracture  du  radius,  eut  le  nerf  médian  comprimé  par  le 
cal.  Le  pouce  s’ulcéra,  ainsi  que  l’index  et  le  médius  ;  les  ulcérations,  occu¬ 
pant  de  préférence  le  bord  unguéal  des  doigts,  résistèrent  à  tout  traitement 
et  ne  se  cicatrisèrent  que  lorsqu’on  maintint  l’avant-bras  dans  la  flexion.  Les 
ulcérations  reparurent  quand  le  malade,  pour  travailler,  étendit  le  bras  et 
renouvela  ainsi  la  compression  :  fait  remarquable,  qui  ne  saurait  être  ex¬ 
pliqué  par  une  action  mécanique,  et  dans  lequel  le  retour  des  accidents 
toutes  les  fois  que  le  nerf  se  trouvait  soumis  à  une  cause  d’irritation  dé¬ 
montre  bien  leur  origine  nerveuse.  Les  lésions  des  gros  troncs  par  armes  à  feu 
paraissent  avoir,  dans  quelques  cas,  donné  lieu  à  une  gangrène  foudroyante  ; 
«  Pendant  le  siège  de  Paris,  dit  Maurice  Raynaud,  j’ai  entendu  un 
chirurgien  militaire  anglais  fort  distingué,  le  docteur  Wyatt,  qui  suivait  assi¬ 
dûment  nos  ambulances,  émettre  sur  la  variété  de  gangrène  qui  nous  occupe 
en  ce  moment  (gangrène  traumatique  foudroyante)  une  opinion  qui  mérite 
d’être  consignée  ici.  Selon  lui,  cet  accident  appartient  uniquement  au  mem¬ 
bre  inférieur,  il  indique  que  le  tronc  du  nerf  sciatique  a  été  sectionné  par  un 
coup  de  feu.  Dans  quatre  faits  dont  j’ai  eu  connaissance  et  dont  un  s’est 
passé  dans  mon  service,  les  choses  se  sont  passées  ainsi  et  j’avoue  avoir  été 
impressionné  en  voyant  à  l’amphithéâtre  notre  confrère,  à  la  simple  vue  d’un 
membre  gangrené,  annoncer  l’existence  de  cette  lésion,  qui  se  vérifiait  à 
l’autopsie.  »  Cependant  le  fait  est  loin  d’être  constant,  car  nous  ne  le  voyons 
mentionné  ni  dans  l’observation  de  Mitchell  (obs.  54,  p.  340),  ni  dans  celles 
publiées  par  Porson  et  où  la  lésion  du  sciatique  ne  saurait  être  contestée, 
puisque  l’autopsie  fut  faite. 

L’étude  des  troubles  de  la  motilité,  survenant  après  les  blessures  des 
nerfs,  nous  a  montré  que  les  phénomènes  les  plus  fréquents  sont  la 
paralysie  motrice  et  la  perte  de  la  contractilité  électrique  des  muscles 
privés  de  la  stimulation  nerveuse.  En  outre,  ces  muscles  ne  tardent  pas  à 
subir  une  atrophie  qui  devient  parfois  très-rapidement  appréciable. 

La  nature  de  ces  lésions  est-elle  purement  régressive,  dégénérative,  ou 
bien  s’agit- il  là  de  processus  irritatifs  autant  qu’atrophiques?  Telle  est  la 
question  qui  a  été  l’objet  d’intéressantes  recherches  de  Brown-Sequard, 
Charcot,  Vulpian,  Erb,  etc.,  recherches  que  l’on  trouvera  exposées  tout  au 
long  à  l’article  Muscle  {Pathologie,  p.  318  et  suiv.).  Qu’il  nous  suffise  de 
rappeler  ici  que,  même  d’après  la  nouvelle  manière  de  voir  de  Charcot,  la 
distinction  entre  les  effets  résultant  de  la  simple  section  et  de  l’irritation 
des  nerfs  sur  les  muscles  n’est  pas  aussi  profonde  qu’on  le  pensait  à  la  suite 
surtout  des  premières  publications  de  Brown-Sequard. 


654  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale,  —lésions  physiodes. 

Les  lésions  des  articulations,  si  elles  ne  sont  pas  les  plus  fréquentes,  sont 
du  moins  les  plus  persistantes  et  les  plus  fâcheuses  de  toutes  celles  qui 
succèdent  aux  blessures  des  troncs  nerveux.  Signalées  par  J. -K.  Mitchell, 
dès  1831,  mieux  étudiées  par  Weir  Mitchell  et  surtout  Charcot,  elles  ont 
pour  caractère  de  siéger  au-dessous  de  la  lésion  nerveuse  et  d’occuper  soit 
une  seule  articulation,  soit ,  et  plus  ordinairement,  toutes  les  articulations 
d’un  doigt,  de  la  main,  du  bras.  Leur  nature  inflammatoire  ne  saurait  être 
contestée  ;  l’épanchement  articulaire,  l’épaississement  des  tissus  avoisinant 
l’article,  le  gonflement  ostéitique  la  révèlent  clairement.  Une  preuve  nou¬ 
velle  est  donnée  par  la  présence  dans  la  cavité  articulaire  de  fausses  mem¬ 
branes  pouvant  s’organiser  et  produire  l’ankylose. 

Telle  est  en  effet  la  terminaison  habituelle  de  ces  arthropathies  ;  très- 
douloureuse  au  début,  l’articulation  affectée  cesse  à  ce  moment  d’être  sen¬ 
sible,  mais,  fixée  dans  une  position  vicieuse,  elle  rend  le  membre  impropre 
à  remplir  ses  fonctions. 

La  guérison  peut  être  opérée  dans  quelques  circonstances  heureuses, 
mais  jamais  Weir  Mitchell  n’est  arrivé  à  un  succès  toutes  les  fois  que,  dès 
son  origine  le  cas  était  véritablement  grave. 

Il  est  impossible  de  séparer  des  troubles  nutritifs  ceux  apportés  dans  la 
calorification  du  membre  blessé.  Celui-ci  se  refroidit  et  devient  plus  sen¬ 
sible  aux  abaissements  de  température.  Letiévant  a  cependant  noté  dans 
un  cas  que,  sous  l’influence  des  moindres  efforts,  le  membre  blessé  pré¬ 
sentait  une  notable  augmentation  de  chaleur  qui  ne  se  montrait  pas  du 
côté  opposé. 

DIAGNOSTIC  et  pronostic.  Les  désordres  fonctionnels  que  déteimine  la 
blessure  d’un  nerf,  et  qui  portent  à  des  degrés  divers  sur  le  mouvement  et 
la  sensibilité,  permettent  d’apprécier,  dès  les  premières  heures  de  l’accident, 
la  nature  nerveuse  de  la  lésion;  plus  tard,  les  troubles  nutritifs  viennent 
encore  aider  le  diagnostic,  mais,  il  faut  bien  le  reconnaître,  la  cause  en  a 
été  souvent  méconnue. 

La  localisation  bien  nette  des  troubles  observés  indique  au  début  quel 
nerf  a  été  intéressé.  La  suppléance  sensitivo-motrice  peut  bien  contribuer 
à  l’erreur  dans  un  examen  superficiel  ;  mais  le  chirurgien,  prémuni  par 
l’expérience,  ne  tardera  pas  à  faire  à  chaque  branche  nerveuse  sa  part  dans 
l’innervation  de  la  région  malade.  A  mesure  qu’il  s’éloignera  de  l’époque 
de  la  blessure,  les  difficultés  croîtront.  C’est  ainsi  que  les  phénomènes  dits 
communément  d’origine  réflexe  et  que  nous  avons  expliqués  par  la  propa¬ 
gation  de  l’irritation  à  une  étendue  plus  grande  du  nerf  ou  même  à  ses 
origines,  pourront  dans  une  certaine  mesure  égarer  ses  investigations.  La 
connaissance  exacte  du  point  où  a  porté  l’agent  vulnérant  sera  alors  d’un 
grand  secours. 

Quand  un  tronc  important  a  été  intéressé  au  niveau  de  la  racine  du 
membre  auquel  il  se  distribue,  il  peut  être  douteux  de  savoir  si  les  désordres 
qui  se  manifestent  sont  dus  à  quelque  affection  du  système  nerveux  cen¬ 
tral,  ou  à  une  cause  périphérique.  Il  peut  arriver  en  effet  que,  dans  une 
tumeur  intra-pelvienne,  la  compression  porte  également  des  deux  côtés, 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  655 

comme  aussi  on  a  vu  la  blessure  d’un  nerf  du  membre  supérieur  entraîner 
des  désordres  du  côté  de  la  jambe  correspondante. 

En  général,  tant  qu’il  s’agit  de  décider  entre  la  lésion  d’un  nerf  et  une 
affection  cérébrale,  la  distinction  est  facile. 

L’invasion  des  phénomènes  d’origine  cérébrale  est  brusque,  tandis  que  les 
symptômes  qui  pourraient,  dans  une  affection  du  système  nerveux  périphé¬ 
rique,  laisser  place  au  doute,  ne  se  montrent  que  lentement.  Les  paralysies 
cérébrales  portent  surtout  sur  le  mouvement,  rarement  le  mouvement  et  la 
sensibilité  disparaissent  à  la  fois.  Enfin,  elles  ne  diminuent  point  l’excita¬ 
bilité  électrique  du  muscle  qui,  dans  les  paralysies  périphériques,  peut  être 
considérée,  tant  les  exceptions  sont  rares,  comme  constamment  amoindrie, 
■sinon  abolie.  Weir  Mitchell  a  insisté  sur  un  autre  caractère  différentiel 
auquel  il  attribue  une  grande  valeur  :  «  Les  ongles,  dit-il,  croissent  encore 
après  les  lésions  périphériques,  tandis  que  dans  les  cas  de  paralysies  céré¬ 
brales  leur  croissance  est  entièrement  suspendue.  »  Toutefois,  le  fait  n’a 
été  constaté  par  aucun  autre  observateur  et  Vulpian  le  nie  formellement. 

Quant  aux  paralysies  d’origine  spinale,  elles  occupent  à  un  même  degré, 
chez  la  pluralité  des  sujets,  les  deux  côtés  du  corps.  Quand  elles  succèdent 
à  un  traumatisme  (seul  cas  que  nous  ayons  à  examiner),  les  muscles  con¬ 
servent  leur  irritabilité  électrique.  Celle-ci  disparaît,  il  est  vrai,  au  bout 
d’un  certain  temps  et  le  diagnostic  perd  ainsi  un  complément  de  certitude. 

La  conservation  des  mouvements  réflexes  est  de  la  plus  haute  importance 
au  point  de  vue  de  ce  diagnostic  différentiel  ;  toutes  les  fois  qu’on  pourra 
les  constater,  on  sera  en  droit  d’affirmer  une  lésion  centrale,  puisque  l’inci¬ 
tation  ne  peut  être  transmise  à  la  moelle  que  si  les  conducteurs  périphé¬ 
riques  sont  intacts.  Dans  le  cas  contraire,  il  faut  suivre  le  trajet  du  nerf  en 
se  rapprochant  des  origines  et  voir  si,  en  quelque  point  de  son  trajet,  les 
excitants  ne  peuvent  provoquer  de  phénomènes  en  retour.  L’épreuve  est- 
elle  affirmative,  on  est  en  droit  de  présumer  une  lésion  périphérique.  Mais 
un  résultat  négatif  ne  permet  aucune  conclusion,  l’absence  des  mouve¬ 
ments  réflexes  étant  également  compatible  avec  une  dégénérescence  des  con¬ 
ducteurs  périphériques  et  une  altération  étendue  des  centres  médullaires. 

Enfin,  il  est  un  caractère  signalé  par  Cruveilhier  comme  propre  aux  para¬ 
lysies  produites  par  une  lésion  de  l’axe  cérébro-spinal  :  c’est  le  retard 
apporté  à  la  transmission  des  impressions  tactiles,  tandis  que,  dans  les 
lésions  des  nerfs,  le  toucher,  lorsqu’il  est  intéressé,  disparaît  complè¬ 
tement. 

La  paralysie  saturnine  pourrait  prêter  à  la  confusion,  parce  qu’elle  siège 
dans  le  domaine  du  nerf  radial  et  que,  comme  les  paralysies  traumatiques, 
elle  entraîne  la  disparition  du  pouvoir  excito-moteur  des  muscles.  Les  anté¬ 
cédents  rendent  même  quelquefois  l’erreur  fort  excusable.  Nous  l’avons  vu 
commettre  chez  un  chauffeur  de  bord,  qui  présentait  une  paralysie  des 
muscles  extenseurs  de  l’avant-bras  gauche. 

Il  fut  traité  pour  des  accidents  saturnins  jusqu’au  moment  où,  dans  un 
interrogatoire  plus  complet,  il  accusa,  comme  ayant  précédé  le  début  de  son 
affection,  une  contusion  violente  de  la  partie  externe  du  bras.  Ajoutons 


656  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  physiques. 

que,  en  dehors  de  l’accident  initial,  l’unilatéralité  des  phénomènes,  dans 

la  paralysie  traumatique,  doit  mettre  en  garde  le  praticien. 

Les  déformations,  les  positions  vicieuses  qui  résultent  de  la  cessation 
d’action  des  muscles,  et, dans  les  cas  .moins  accusés,  la  gêne  des  mouve¬ 
ments,  la  faiblesse  du  membre  affecté  décèlent  aisément,  à  un  observateur 
même  inattentif,  les  troubles  de  la  motilité.  Ceux  de  la  sensibilité  sont  sou¬ 
vent  moins  faciles  à  reconnaître.  L’hyperesthésie,  la  causalgie,  par  les  souf¬ 
frances  qu’elles  occasionnent  au  malade,  échappent  rarement  ;  mais  il  n’en 
est  plus  de  même  de  l’anesthésie,  surtout  quand  elle  porte  exclusivement 
sur  la  sensibilité  tactile.  C’est  alors  surtout  que  le  chirurgien  doit  s’entou¬ 
rer  des  précautions  que  nous  avons  déjà  signalées. 

hB pronostic  des  lésions  physiques  des  nerfs  est  toujours  grave;  mais, 
variant  avec  le  degré  et  l’espèce  de  ces  lésions,  il  ne  saurait  se  prêter  à  des 
considérations  d’ordre  général.  Les  faits  cliniques  autorisent  cependant  à 
dire  que  les  blessures  exposant  le  plus  le  nerf  à  un  travail  irritatif  (contu¬ 
sions,  plaies  contuses,  sections  incomplètes)  doivent  surtout  être  considé¬ 
rées  comme  dangereuses  à  cause  de  l’apparition  rapide  de  troubles  de  la 
nutrition.  Quant  aux  plaies  avec  perte  de  substance,  les  exemples  bien 
observés  de  régénération  nerveuse  montrent  que,  même  dans  ces  cas,  il  est 
permis  d’espérer  le  rétablissement  des  fonctions.  D’autre  part,  la  suppléance 
sensitivo-motrice,  signalée  par  Letiévant,  vient  toujours  diminuer  en  peu  de 
temps  l’étendue  du  domaine  où  se  rencontrent  les  phénomènes  paraly¬ 
tiques. 

Lorsque  ces  phénomènes  persistent,  il  serait  important  pour  le  chirur¬ 
gien  de  pouvoir  à  l’avance  déterminer  l’état  final  auquel  le  membre  doit 
arriver,  annoncer  s’il  s’atrophiera,  ou  si  la  paralysie  est  curable.  Duchenne 
(de  Boulogne)  a  fourni  à  la  solution  du  problème  ses  éléments  les  plus 
importants,  en  établissant  la  valeur  incontestable  des  résultats  que  fournit 
alors  l’exploration  électrique.  Voici  les  conclusions  posées  à  cet  égard 
par  le  savant  clinicien  :  «  1°  La  gravité  d’une  paralysie  consécutive  à  la 
lésion  d’un  nerf  mixte  est  en  raison  directe  de  l’affaiblissement  de  la  con¬ 
tractilité  et  de  la  sensibilité  électriques  des  muscles  auxquels  ce  nerf  con¬ 
duit  l’excitant  nerveux  ;  2“  Le  pronostic  de  ces  paralysies  traumatiques  est 
beaucoup  moins  grave  quand,  la  contractilité  électro-musculaire  étant 
éteinte,  la  sensibilité  des  muscles  est  conservée  ou  seulement  faiblement 
diminuée.  »  (Duchenne,  1852,  p.  68ù;  1872,  p.  342,  343.) 

Weir  Mitchell  a  signalé,  comme  symptôme  défavorable,  la  contracture 
des  muscles  atrophiés. 

Cependant,  le  chirurgien  doit  se  garder  de  porter  trop  tôt  un  pronostic 
définitif.  Si  d’heureux  changements  peuvent  se  produire  au  bout  d’un 
temps  plus  ou  moins  long  dans  les  parties  affectées,  en  revanche,  l’appa¬ 
rition  des  troubles  trophiques  peut  être  assez  tardive  pour  se  faire  au 
moment  où  tout  danger  semblait  avoir  disparu. 

Traitement.  —  La  symptomatologie  des  blessures  des  nerfs  nous  a 
montré  deux  ordres  de  phénomènes  :  les  uns  primitifs,  les  autres  appa¬ 
raissant  à  une  époque  plus  ou  moins  éloignée  de  l’accident. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRÜRGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  657 

Le  traitement  qu’il  convient  d’instituer  contre  les  premiers  est  telle 
ment  modifié  par  la  nature  même  de  la  lésion,  qu’on  ne  saurait  s’en  occuper 
utilement  avant  d’avoir  étudié  en  particulier  chaque  espèce  de  blessures 
nerveuses.  Il  n’en  est  pas  de  même  des  phénomènes  consécutifs  qui,  do¬ 
minant  la  scène  morbide,  doivent  attirer  l’attention  du  chirurgien  à  l’ex¬ 
clusion  de  la  cause  qui  en  a  été  le  point  de  départ. 

Parmi  ces  phénomènes,  un  des  plus  fâcheux  est  la  paralysie  musculaire. 
Les  travaux  de  Duchenne,  longuement  exposés  à  l’article  Muscle,  ont  mon¬ 
tré  que  l’électricité  en  est  également  le  mode  de  traitement  le  plus  sûr. 
Dès  le  début  de  son  application,  la  sensibilité  des  muscles,  diminuée  ou 
anéantie,  reparaît,  le  malade  accuse  des  douleurs  vives  dans  les  muscles, 
la  pression  réveille  des  sensations  pénibles  au  niveau  des  points  électrisés. 
Cette  exagération  du  sens  musculaire  a  été  signalée  par  '  Duchenne  comme 
étant  du  plus  heureux  augure.  En  même  temps,  la  température  des  parties 
affectées  revient  à  son  degré  normal  ;  les  troubles  de  la  circulation  locale 
s’atténuent,  la  peau  cesse  d’être  livide,  les  veines  se  remplissent  de  nouveau. 
La  nutrition  subit  le  contre-coup  de  ces  modifications,  et  le  membre 
reprend  son  volume.  Déjà  la  contractilité  est  influencée;  les  muscles  ne 
répondent  point  encore  aux  incitations  de  la  volonté,  mais,  par  la  tonicité 
qui  leur  a  été  rendue,  ils  peuvent  fixer  les  différents  segments  du  membre. 
Enfin  le  retour  des  mouvements  volontaires  vient  démontrer  que  la  restau¬ 
ration  fonctionnelle  du  muscle  est  complète. 

L’électricité  dynamique  est-elle  applicable,  sous  toutes  ses  foi’mes,  au 
traitement  des  paralysies  traumatiques?  Pour  Duchenne  et  la  grande  majo¬ 
rité  des  praticiens,  c’est  aux  courants  induits  que  la  préférence  doit  être 
donnée  (voy.  Électricité,  t.  XII,  p.  517).  Toutefois  la  galvanisation  paraît 
avoir  quelques  indications.  Weir  Mitchell  veut  qu’on  y  ait  recours  dans  les 
cas  douteux,  où  les  courants  d’induction  sont  sans  effet  appréciable  ;  il  veut 
également  qu’on  l’emploie  après  ces  derniers  et  pour  achever  la  cure. 
MM.  Legros  et  Onimus,  comparant  la  valeur  thérapeutique  des  différents 
courants,  sont  arrivés  aux  conclusions  suivantes  :  Lorsqu’on  voudra  ralen¬ 
tir  la  circulation  périphérique,  régulariser  la  nutrition,  agir  sur  l’élément 
musculaire ,  on  devra  employer  les  courants  d’induction  ;  si  l’on  veut 
rendre  la  circulation  plus  active,  ramener  le  sang  dans  les  vaisseaux  con¬ 
tracturés,  déterminer  de  l’hyperhémie  dans  un  organe,  les  courants  continus, 
surtout  les  courants  centrifuges,  conviennent  le  mieux. 

  quelle  époque  le  chirurgien  doit-il  commencer  l’emploi  de  l’électricité? 
Telle  est  la  question  que  nous  devons  examiner  en  dernier  lieu.  On  sait  que 
les  muscles,  dès  qu’ils  ne  reçoivent  plus  l’incitation  nerveuse,  cessent  de 
réagir  sous  l’influence  des  courants.  Cette  perte  de  leur  irritabilité  est  même 
très-prompte  ;  elle  a  lieu  en  six  jours,  d’après  Landry  ;  en  cinq  jours,  d’après 
Duchenne.  Elle  continue  jusqu’à  extinction  totale,  et  alors  l’irritabilité  ne 
peut  plus  reparaître  qu’après  la  réparation  des  nerfs  correspondants.  Ce 
dernier  fait  avait  permis  à  Duchenne  d’établir  l’axiome  suivant  :  «  L’action 
de  la  faradisation  est  plus  rapide  dans  les  anciennes  paralysies  trauma¬ 
tiques  des  nerfs  mixtes  que  dans  celles  qui  sont  récentes.  »  Aussi  recom- 

NOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHI8.  XXIII  —  42 


658  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale-  —  lésions  phisioues. 
mande-t-il,  dans  les  paralysies  où  la  contractilité  électro-musculaire  est 
perdue,  d’attendre,  pour  commencer  le  traitement,  que  la  lésion  nerveuse 
soit  guérie,  c’est-à-dire  quatre,  six  ou  huit  mois,  d’autant  plus  tard  que  la 
sensibilité  musculaire  est  plus  diminuée.  «  Jusqu’à  ce  moment,  dit-il,  la 
faradisation  localisée  est  parfaitement  inutile.  Elle  est  même  nuisible,  car 
elle  fatigue  le  malade,  qui  ne  voudra  pas  s’y  soumettre  de  nouveau  quand  le 
moment  opportun  sera  arrivé.  »  Cette  opinion  n’est  point  partagée  par 
Weir  Mitchell,  qui  emploie  l’électricité  dès  le  début,  trouvant  plus  sage  dé¬ 
faire  agir  ce  stimulant  trop  tôt  que  trop  tard.  Duchenne  reconnaît  d’ailleurs- 
une  exception  à  la  règle  qu’il  a  posée,  car  pour  lui  aussi,  «  toute  paralysie 
traumatique,  dans  laquelle  la  contractilité  électro-musculaire  n’est  pas 
abolie,  doit  être  soumise  le  plus  tôt  possible  au  traitement  par  la  faradisa¬ 
tion  localisée.  » 

L’électricité  peut  être  aidée,  dans  son  action  thérapeutique,  par  quelques- 
moyens  accessoires  dont  l’efficacité  paraît  suffisamment  établie.  Tels  sont, 
le  massage,  préconisé  par  Mitchell  qui  assure  lui  avoir  dû  plusieurs  succès,, 
la  strychnine  donnée  par  la  voie  stomacale  (Mitchell),  ou  en  injections 
hypodermiques  faites  ipso  loco  (Courty).  Les  moxas,  conseillés  par  Larrey, 
ne  sont  plus  dans  la  pratique. 

La  contracture  affectant  les  muscles  privés  de  l’influence  nerveuse  ne  se 
rencontre  que  rarement  :  les  courants  galvaniques  ont  pu  souvent  l’amoin¬ 
drir  (Le  Fort),  mais  quelquefois  le  chirurgien  est  obligé  d’en  venir  à  la  téno¬ 
tomie  et  à  l’emploi  d’appareils  prothétiques  pour  combattre  les  difformités, 
qui  en  résultent.  Quant  aux  spasmes  consécutifs  à  la  blessure  d’un  nerf, 
les  injections  d’atropine  en  auraient,  d’après  Mitchell,  prompte  raison  dans, 
la  plupart  des  cas. 

Le  traitement  des  troubles  trophiques  se  confond  avec  celui  que  l’on, 
dirige  contre  les  troubles  de  la  sensibilité  ;  seules,  les  manifestations  articu¬ 
laires  paraissent  susceptibles  d’une  médication  spéciale,  que  constituent, 
les  vésicatoires  répétés,  la  compression,  les  mouvements  méthodiques, 
imprimés  à  l’article  affecté  pendant  le  sommeil  chloroformique. 

L’anesthésie  dépendant  de  la  blessure  d’un  nerf  résiste  d’ordinaire  à  tous- 
les  traitements  :  cependant  il  est  quelquefois  possible  d’obtenir  une  amé¬ 
lioration  à  l’aide  de  l’électricité  (brosse  électrique)  et  des  frictions  stimu¬ 
lantes,  par  exemple  avec  l’huile  de  térébenthine  que  préconise  Mitchell. 
L’application  répétée  de  vésicatoires  est  souvent  suivie  de  succès. 

Les  accidents  névralgiques,  pouvant  au  début  tenir  au  développement 
d’un  travail  irritatif,  ont  été  considérés  par  quelques  chirurgiens,  Larrey 
entre  autres,  comme  justiciables  des  moyens  antiphlogistiques  ;  mais  les 
émissions  sanguines  locales,  les  onctions  de  pommade  mercurielle,  les  cata¬ 
plasmes  chauds  sur  le  lieu  de  la  blessure  ou  le  trajet  du  nerf  affecté  n’ont 
jamais  produit  de  résultats  indiscutables.  La  glace  a  donné  quelques  succès 
aux  chirurgiens  américains,  mais  ce  sont  surtout  les  injections  hypoder-- 
miques  de  sels  de  morphine  qui,  entre  les  mains  de  Mason  Warren,  de 
Keen,  Morehouse  et  Mitchell,  ont  été  suivies  des  meilleurs  effets.  L’expé¬ 
rience  a  démontré  à  ces  chirurgiens  qu’il  était  absolument  indifférent  de- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  PHYSIOüÉS.  659 

pratiquer  ces  injections  aux  environs  de  la  blessure  ou  dans  un  point  plus 
ou  moins  éloigné. 

Le  pansement  à  l’eau,  constamment  renouvelé  et  sous  forme  de  lotions, 
procure  un  soulagement  réel  aux  malades  affectés  de  causalgie.  «  Je  n’ai 
pas  connu,  dit  Mitchell,  de  malade  qui  n'en  ait  reconnu  de  bonne  heure 
l’efficacité.  »  Un  malade  de  Huguier,  affecté  d’hyperesthésie  générale  à  la 
suite  d’une  blessure  du  sciatique  par  arme  à  feu,  ne  se  calmait  qu’en  se 
rafraîchissant  le  visage  avec  une  éponge  mouillée.  L’application  répétée  de 
vésicatoires  sur  la  partie  où  siège  la  sensation  de  cuisson  a  souvent  déter¬ 
miné  une  notable  amélioration. 

L’acupuncture  aurait,  au  dire  de  Tillaux,  également  réussi  chez  un 
malade  de  Riberi  :  toutefois  Mitchell  en  conteste  l’efficacité. 

Quant  à  la  cautérisation  du  lieu  de  la  blessure,  soit  avec  le  fer  rouge  (Lar¬ 
rey,  ^^erpinet)  soit  avec  la  potasse  caustique  (Fabre),  elle  est  généralement 
abandonnée  comme  sans  effets  et  de  nature  à  exagérer  les  accidents. 

En  présence  des  nombreux  insuccès  que  comptent  les  diverses  méthodes, 
quelques  chirurgiens  ont  voulu  s’adresser  à  la  source  même  du  mal,  en 
pratiquant  la  section  du  nerf  au-dessus  du  point  affecté.  La  première  idée 
de  ce  mode  de  traitement  se  trouve  dans  la  pratique  des  anciens  chirur¬ 
giens,  traitant  les  névralgies  consécutives  aux  plaies  de  tête  par  de  longues 
et  profondes  incisions  circonscrivant  la  blessure.  Mais  il  faut  arriver  au  tra¬ 
vail  de  Descot,  en  i  822,  pour  trouver  l’histoire  détaillée  d’une  section  ner¬ 
veuse  faite  à  l’occasion  d’une  névralgie  traumatique.  Il  s’agit  d’une  résec¬ 
tion  du  nerf  sciatique  poplité  externe  ;  l’opération  fut  proposée  et  exécutée 
par  Yvan,  chirurgien  des  Invalides.  Dix  ans  plus  tard,  Delpech  sectionnait 
le  tibial  postérieur  pour  une  névralgie  de  la  jambe  et  du  pied.  Hélie,  de 
Nantes,  publiait  à  son  tour  dans  la  Gazette  médicale  de  1837  une  observa¬ 
tion  de  section  du  nerf  radial.  Pareille  opération  avait  été  pratiquée  par 
Teevan,  qui  en  donnait  le  récit  dans  The  Lancet  de  1833.  A  partir  de  ce 
moment,  les  faits  abondent.  Il  nous  suffira  de  citer  Malagodi,  Swann, 
Wardrop,  Schuh,  Marton,  Mason  Warren,  Peter  Pinéo,  Michon,  Callender, 
Paulet,  Richet,  parmi  les  chirurgiens  qui  ont  eu  recours  à  la  névrotomie 
contre  les  accidents  nerveux  consécutifs  à  la  lésion  des  nerfs. 

Cependant,  malgré  de  nombreux  et  incontestables  succès,  cette  opération 
est  demeurée  fort  longtemps  bannie  du  domaine  des  ressources  utiles. 
«  Qu’on  resèque,  dit  Alphonse  Guérin,  un  nerf  de  sentiment  pour  une 
névralgie,  passe  encore,  mais  un  nerf  mixte  qui  donne  le  mouvement  à  un 
membre,  je  ne  le  comprendrai  jamais  !  »  Et  plus  loin,  dans  le  même  ouvrage  : 
«  Ce  ne  sont  pourtant  pas  les  accidents  de  ces  opérations  et  les  infirmités 
qu’elles  entraînent  qui  les  ont  le  plus  discréditées,  c’est  qu’elles  guérissent 
rarement  le  mal  qu’elles  sont  destinées  à  faire  cesser.  »  De  son  côté,  Stro- 
meyer  attaque  très-vivement  la  section  nerveuse  qu’il  accuse  de  ne  procurer 
que  des  guérisons  momentanées.  «  L’opération,  écrit  Follin,  n’éteindra  pas 
d’une  façon  durable  la  névi’algie,  car  la  cicatrice  du  nerf  permet  le  retour 
des  sensations.  » 

La  névrotomie  trouve  d’autre  part  des  défenseurs  convaincus  dans  SédiL 


600  .NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS- PHYSIQUES, 
iot  et  Nélaton  qui  lui  reconnaissent  de  sérieux  avantages.  Weber  (de  Bonn) 
l’accepte  pour  les  névralgies  traumatiques;  Mekel,  Bœckel  en  vantent 
l’efficacité  dans  ces  cas,  et  leurs  idées  se  trouvent  reproduites  dans  la  thèse 
inaugurale  de  Faucon.  Mais  c’est  à  Letiévant  qu’était  réservé  l’honneur  de 
faire  entrer  définitivement  dans  la  pratique  la  méthode  des  sections  ner¬ 
veuses. 

Dans  l’important  travail  qu’il  a  consacré  à  cette  question,  le  chirurgien 
lyonnais,  rassemblant  tous  les  faits  connus,  a  montré  combien  mal  fondés 
étaient  les  reproches  adressés  à  la  névrotomie.  De  plus,  il  a  fait  voir  qu’au 
point  de  vue  théorique,  comme  au  point  de  vue  clinique,  celte  méthode 
trouvait  sa  justification.  Le  traumatisme  du  nerf  agit  dans  la  production 
des  accidents  névralgiques,  en  déterminant  une  irritation  locale  ;  cette  irri¬ 
tation  tantôt  se  transmettra  à  la  périphérie,  tantôt  gagnera  la  partie  supé¬ 
rieure  du  tronc,  tantôt  enfin  ira  réveiller  le  pouvoir  réflexe  de  la  moelle. 
Quel  que  soit  celui  de  ces  trois  modes  pathogéniques  dont  il  s’agisse,  la  con¬ 
tinuité  de  la  portion  du  nerf  située  entre  la  blessure  et  les  centres  et  qui 
sert  d’agent  conducteur  à  la  sensation  ou  à  l’irritation,  sera  absolument 
nécessaire.  La  névrotomie,  qui  fait  disparaître  cette  continuité,  est  donc 
rationnellement  le  moyen  le  plus  sûr  à  mettre  alors  en  usage. 

Pour  la  section  des  nerfs,  comme  pour  celle  des  tendons,  deux  méthodes 
se  trouvent  en  présence  ;  la  méthode  sous-cutanée,  et  la  méthode  ordinaire 
ou  à  ciel  ouvert. 

-  Méthode  sous-cutanée.  —  «  Le  nerf  étant  soumis  à  une  tension,  en  même 
temps  que  les  parties  molles  au  milieu  desquelles  il  est,  on  engage  au- 
dessous  de  la  peau,  par  ponction,  un  ténotome  très-étroit,  ayant  son  tran¬ 
chant  tourné  à  plat.  On  le  fait  glisser  au-devant  du  nerf.  Quand  la  pointe 
de  l’instrument  a  dépassé  les  limites  de  ce  dernier,  on  l’edresse  le  tranchant 
qui  devient  perpendiculaire  au  nerf,  puis,  par  des  mouvements  de  va-et- 
vient,  on  sectionne  en  divisant  tout  jusqu’à  l’os.  On  fait  encore  la  névro¬ 
tomie  sous-cutanée  en  introduisant  le  ténotome  en  arrière  du  nerf  et  en 
coupant  d’arrière  en  avant  jusqu’à  la  face  profonde  de  la  peau,  qui  ne  doit 
jamais  être  divisée.  »  Au  dire  de  Tillaux,  Desmarres  aurait  guéri  ainsi 
une  névralgie  sus-orbitaire  déterminée  par  une  chute  sur  le  front.  Mais,  on 
le  comprend,  la  méthode  sous-cutanée  ne  saurait  convenir  qu’aux  nerfs 
de  la  face  ou  du  crâne  ;  aux  membres,  elle  serait  incertaine  et  offrirait  trop 
de  dangers. 

La  méthode  ordinaire  n’est  autre  que  celle  suivie  pour  la  ligature  des 
artères.  Le  nerf  mis  à  nu  est  sectionné  et  abandonné  dans  la  plaie.  Quelques 
chirurgiens,  craignant  une  cicatrisation  trop  rapide  que  suivrait  la  réappa¬ 
rition  des  phénomènes  névralgiques,  ont  conseillé,  pour  l’éviter,  diverses 
précautions.  Boyer  voulait  que  l’on  cautérisât  le  bout  inférieur.  Malgaigne 
a  conseillé  d’interposer  entre  les  deux  segments  une  portion  de  muscle  ; 
enfin  Wagner  excise  une  portion  du  nerf.  C’est  à  cette  dernière  pratique 
qu’il  convient  de  donner  la  préférence.  Elle  met  plus  sûrement  à  l’abri 
des  récidives  et  rend  le  succès  plus  certain  en  enlevant  la  portion  malade 
jiu  tronc  nerveux. 


ÎS’ERFS.  —  PATHOL.  CHIRDRG.  —  LÉSIONS  PHYSIÛUES.  CONTUSIONS.^  661 

Il  est  des  cas  où  la  névrotomie  elle-même  est  impuissante,  et  où  le  chi¬ 
rurgien  se  voit  obligé  d’en  arriver  au  sacrifice  d’un  membre  pour  délivrer 
le  malade  des  souffrances  qui  le  torturent.  Denmark,  G.  Bell,  Tyrell, 
Mayor  de  Lausanne ,  Ghérini ,  Nélaton  ont  publié  l’histoire  de  malades 
auxquels  ils  durent  pratiquer  une  ou  plusieurs  amputations  pour  des 
névralgies  traumatiques  ayant  résisté  à  tous  les  moyens. 

Variétés  des  lésions  physiques.  —  Les  lésions  physiques  des  nerfs, 
examinées  au  point  de  vue  du  mode  d’action  de  la  cause  qui  les  a  produites, 
présentent  les  variétés  suivantes  ; 

1°  Contusions  et  plaies  contuses  ;  2°  compression  ;  3»  distension  et  arra¬ 
chement  ;  4°  piqûres  ;  5”  plaies  par  instrument  tranchant  ;  6"  lésions 
diverses,  avec  séjour  de  corps  étrangers. 

La  brûlure  et  la  cautérisation  des  nerfs  méritent  également  une  mention 
spéciale. 

Quant  à  l'ulcération,  décrite  par  Sviann  et  par  Tillaux,  elle  ne  me  paraît 
avoir  été  admise  que  par  analogie  avec  ce  qui  se  passe  dans  les  autres 
tissus  ;  aussi  ne  nous  en  occuperons-nous  point. 

1“  Contusions  et  plaies  contuses.  —  La  contusion  est  la  plus  fréquente  des 
blessures  nerveuses  ;  il  n’est  personne  qui  n’ait  éprouvé  les  effets  de  celle 
du  nerf  cubital  au  coude. 

Cette  contusion  résulte  le  plus  souvent  d’un  choc  direct  sur  le  nerf 
soutenu  par  un  plan  résistant  (cubital  au  coude,  radial  au  bras).  Jobert  a 
vu  une  paralysie  incomplète  et  l'atrophie  du  membre  inférieur  persister 
chez  un  homme  qui  avait  reçu  un  coup  de  crosse  de  fusil  sur  la  grande 
échancrure  sciatique. 

Les  projectiles  de  guerre  produisent  aussi,  dans  un  grand  nombre  de 
cas,  la  contusion  du  nerf,  celui-ci  gi'âce  à  sa  mobilité  pouvant  dans  une 
certaine  mesure  échapper  à  leur  action  et  conserver  sa  continuité,  sinon 
son  intégrité  absolue.  Certains  nerfs ,  par  leur  voisinage  du  squelette , 
doivent  être  intéressés  dans  les  fractures  des  os  avec  lesquels  ils  sont  en 
rapport.  C’est  ce  qui  arrive  pour  le  nerf  radial  -dans  les  fractures  de  la 
diaphyse  humérale  ;  c’est  ce  que  l’on  a  observé  pour  le  nerf  grand  sciatique 
dans  une  fracture  du  col  du  fémur  (Swann)  et  dans  une  fracture  du 
bassin  (Keen),  pour  le  tibial  antérieur  dans  une  fracture  des  os  de  la  jambe 
(Smith,  Alquié).  Quand  la  fracture  a  été  produite  par  un  coup  de  feu,  il 
peut  se  faire  qu’une  esquille  détachée  aille  léser  un  nerf  plus  ou  moins 
éloigné.  C’est  ainsi  que  Mitchell  a  vu  un  fragment  de  l’angle  de  la  mâchoire, 
entraîné  par  une  balle,  blesser  la  branche  inférieure  de  la  cinquième 
paire.  .  •  • 

Les  paralysies  consécutives  à  certaines  luxations  sont  aujourd’hui  ratta¬ 
chées  à  la  contusion  d’une  ou  plusieurs  branches  nerveuses.  Le  fait  a  été 
bien  établi  par  Nélaton  pour  les  luxations  scapulo-humérales.  L’illustre 
chirurgien  a  fait  voir,  par  de  nombreuses  expériences,  que  le  plexus  bra¬ 
chial  pouvait  être  saisi  entre  la  clavicule,  la  première  côte  et  la  tête  de 
l’os  luxé.  Cette  explication  pathogénique  a  été  reproduite  par  Malgaigne 
qui,  après  avoir  professé  que  la  paralysie  était  alors  due  à  une  commotion 


662  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  — lésions  physjques.  contusions; 
nerveuse  et  avoir  inspiré  dans  ce  sens  la  thèse  de  Simonin  Empis,  a  publi¬ 
quement  reconnu  son  erreur.  Telle  n’est  point  d’ailleurs  la  seule  cause  de 
l’impuissance  musculaire  qu’on  observe  après  les  déplacements  de  la  tête 
humérale  ;  on  a  pu  voir  des  paralysies  isolées  du  deltoïde  qui  tenaient  bien 
évidemment  à  une  lésion  du  nerf  circonflexe.  Hilton  a  constaté  le  fait  à 
l’autopsie  d’un  malade  atteint  de  luxation  en  bas  dans  l’aisselle.  Les  luxa¬ 
tions  du  coude  partagent,  avec  celles  de  l’épaule,  le  fâcheux  privilège  de 
donner  lieu  à  des  phénomènes  de  pai’alysie.  C’est  ainsi  que  Tailhé  a  con¬ 
signé  dans  sa  thèse  inaugurale  l’observation  d’un  malade  affecté  de  para¬ 
lysie  de  l’avant-bras  à  la  suite  d’une  luxation  du  coude.  Les  rapports  du 
médian  et  du  cubital  avec  l’articulation  huméro-cubitale  suffisent  à  expli¬ 
quer  le  fait. 

Les  seules  données  d’anatomie  pathologique  que  nous  possédions  sur  la 
contusion  des  nerfs  sont  dues  à  Tillaux.  Les  expériences  furent  faites  sur 
des  lapins,  quatre  fois  sur  le  nerf  sciatique  et  trois  fois  sur  les  nerfs  du 
plexus  brachial.  Les  contusions  étaient  produites  avec  l’extrémité  mousse 
d’un  marteau,  à  l’aide  duquel  on  frappait  modérément  sur  le  nerf  préala¬ 
blement  mis  à  nu  et  soutenu  par  un  corps  solide.  L’examen  microscopi¬ 
que,  fait  immédiatement,  a  permis  de  constater  les  lésions  suivantes  :  «  Le 
névrilème  n’était  pas  rompu,  mais  dans  l’intérieur  de  la  gaîne  il  s’était  fait 
des  hémorrhagies  qui  la  décollaient  au  delà  des  limites  de  la  contusion.  De 
petits  foyers  pénétraient  également  les  enveloppes  du  périnèvre  ;  d’autres 
traversaient  des  déchirures  de  ce  périnèvre  et  venaient  s’insinuer  au  milieu 
des  tubes  nerveux.  Ces  derniers  ont  présenté  des  désordres  importants  à 
signaler.  En  certains  points,  à  mesure  qu’ils  approchent  du  lieu  contus,  on 
voit  leur  calibre  s’effiler,  devenir  le  1/3,  la  1/2  de  la  dimension  primitive; 
plus  loin  au  contraire,  on  les  voit  dilatés,  ampullaires.  Ailleurs  la  contusion 
a  été  plus  intense,  et  les  tubes  nerveux  sont  tous  rompus.  »  Au  bout  de  trois 
ou  quatre  jours,  des  phénomènes  importants  se  sont  produits  :  au  lieu 
précis  de  la  contusion,  les  tubes  nerveux  viennent  se  perdre  dans  un  amas 
granulé  en  voie  de  métamorphose  ;  au-dessous  du  point  contus,  on  constate 
une  coagulation  de  la  myéline  se  présentant  sous  l’aspect  de  fragments 
granuleux. 

Weir  Mitchell  a  obtenu  les  mêmes  résultats.  Il  en  a  été  de  même  dans  les 
quelques  expériences  que  nous  avons  entreprises  sur  ce  sujet  ;  comme  le 
chirurgien  américain,  nous  avons  en  outre  pu  voir  que  la  contusion  légère 
ne  laissait  après  elle  d’autres  désordres  qu’une  irrégularité  de  contours  et 
un  aspect  moniiiforme  des  fibres  nerveuses.  Encore  n’est-ce  là  qu’un 
phénomène  très-passager,  disparaissant  sans  aucune  trace  en  peu  de 
jours. 

Comme  l’expérimentation  pouvait  le  faire  prévoir,  les  effets  de  la  contu¬ 
sion  diffèrent  beaucoup  suivant  l’intensité  avec  laquelle  a  agi  la  violénce 
traumatique  ;  aussi  les  auteurs,  Gerdy,  Ollivier,  Causard  ont-ils  eu  soin  de 
décrire  deux  formes  de  la  contusion  :  contusion  légère,  contusion  forte  ou 
par  écrasement,  dans  laquelle  doivent  rentrer  les  plaies  contuses. 

Le  premier  degré  de  la  contusion  ne  présente  aucune  gravité.  Il  est 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  PHYSIQUES.  COMPRESSION.  663 
•caractérisé  par  une  douleur  vive,  puis  un  engourdissement  et  des  four¬ 
millements  de  la  région  innervée  par  le  tronc  contus.  Ces  phénomènes 
disparaissent  en  peu  d’instants  sans  influencer  en  rien  l’aptitude  fonction¬ 
nelle  du  membre. 

Dans  la  contusion  forte,  suivant  que  le  nerf  est  simplement  contus  ou 
désorganisé,  le  malade  tantôt  éprouve  une  douleur  vive  et  persistante  avec 
■engourdissement  marqué,  tantôt  au  contraire  perd  brusquement  l’usage 
des  parties  où  se  rend  le  nerf,  sans  ressentir  d’autre  souffrance  que  celle 
résultant  du  choc.  Cette  paralysie  peut  également  apparaître  au  bout  d’un  ' 
certain  temps  dans  des  cas  dont  rien  ne  faisait  au  début  soupçonner  la 
gravité.  Ainsi,  une  contusion  du  nerf  cubital,  au  lendemain  de  laquelle  le 
malade  avait  pu  se  servir  de  son  membre,  détermina  au  bout  de  quatre 
mois  une  paralysie  du  poignet  et  de  la  main  (Mitchell). 

Ces  accidents  tardifs  tenant  à  une  altération  sourde  du  nerf  ne  sauraient 
•être  prévus  ;  mais,  dans  le  cas  où  la  paralysie  est  immédiate,  il  serait  impor¬ 
tant  de  savoir  à  quel  degré  la  continuité  du  nerf  est  intéressée.  Duchenne  a 
■cru  trouver  la  solution  du  problème  dans  la  manière  dont  les  muscles  réa¬ 
gissent  sous  l’excitation  électrique  :  la  perte  de  la  contractilité  électro-mus- 
-culaire  annoncerait  l’écrasement  complet  du  tronc  nerveux. 

Les  plaies  contuses,  surtout  celles  produites  par  armes  à  feu,  s’accompa- 
:gnent  toujours  de  désordres  immédiats  du  côté  du  sentiment  ou  du  mou- 
•vement.  Aussi  le  pronostic  en  est-il  toujours  sérieux.  Ce  qui  ajoute  encore  à 
•leur  gravité,  c’est  la  grande  fréquence  des  troubles  trophiques;  ceux-ci  se 
montrent  d’ailleurs  quelquefois  après  une  simple  contusion.  Remarquons 
que  ces  plaies,  avec  perte  de  substance  ou  du  moins  désorganisation  d’une 
certaine  étendue  du  nerf,  se  prêtent  difficilement  au  travail  de  cicatri¬ 
sation. 

Le  traitement  de  la  contusion  nerveuse  comprend  deux  périodes  ;  dans 
^la  première,  c’est  à  prévenir  ou  à  combattre  la  névrite  que  le  chirurgien 
devra  surtout  s’attacher.  Velpeau  conseillait  les  vésicatoires  volants  sur  le 
trajet  du  nerf;  Jobert  vit,  chez  le  malade  déjà  cité,  tous  les  accidents  dispa¬ 
raître  sous  l’influence  des  ventouses  scarifiées  et  des  moxas.  Malgaigne  dit 
•s’être  bien  trouvé  de  l’emploi  des  topiques  émollients.  Enfin  le  repos  absolu, 
aidé  des  sangsues  et  de  l’eau  froide,  paraît  à  Weir  Mitchell  constituer  le 
■traitement  le  plus  avantageux.  La  seconde  période  n’offre  à  soigner  que  des 
phénomènes  de  paralysie,  sur  le  traitement  desquels  nous  n’avons  pas  à 
revenir.  Rappelons  que  Legendre  dut  un  succès  à  l’usage  des  eaux  de 
Baréges,  et  que  la  strychnine,  par  la  méthode  endermique,  donna  à  Malgaigne 
■des  résultats  heureux. 

2°  Compression.  — La  compression  des  nerfs  reconnaît  des  causes  telle¬ 
ment  variées,  que  même  une  simple  énumération  serait  fastidieuse.  Nous 
•nous  contenterons  d’énoncer  les  principales. 

Les  douleurs  qui  ont  pour  siège  certaines  cicatrices  ont  été  rapportées  à 
la  compression  des  filets  nerveux  enserrés  par  la  rétraction  du  tissu  ino- 
■dulaire.  Toutefois  la  compression  ne  nous  paraît  pas  devoir  être  seule 
incriminée,  car  il  n’est  pas  bien  démontré  que  les  extrémités  de  ces  nerfs 


664  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  —  lésions  PHYSiauES.  compression. 
n’eussent  pas  subi  une  hypertrophie  capable  d’expliquer,  en  dehors  de 
toute  autre  cause,  les  accidents  observés. 

Malgré  leurs  rapports  de  voisinage  avec  le  squelette  de  quelques  régions, 
les  nerfs  sont  rarement  comprimés  par  le  cal,  alors  même  qu’ils  y  sont 
englobés.  «  La  masse  du  cal  ne  se  resserre  pas  sur  elle-même,  dit  Olli- 
vier,  quoique  traversée  par  des  vaisseaux  et  des  nerfs,  elle  ne  comprime 
pas  ces  organes  ;  elle  les  englobe  comme  une  substance  inerte  sans  les  gêner 
dans  leur  fonction...  Jamais  je  n’ai  observé  de  paralysie  dans  ces  cas.  » 
D’après  Ferréol  Reuillet,  le  cal  ne  peut  pas  davantage  comprimer  les  nerfs 
qu’il  emprisonne  et  dont  la  blessure,  coïncidant  avec  la  fracture,  aurait  été 
produite  par  une  cause  dont  l’action  a  cessé  aussitôt.  Mais  il  n’en  est  plus  de 
même  quand  le  tronc  nerveux  est  saisi  entre  deux  fragments  ou  maintenu 
et  piqué  par  une  pointe  osseuse.  Cette  irritation  prolongée  a  pour  consé¬ 
quence  une  augmentation  progressive  du  volume  du  nerf  qui  peut  ainsi  se 
trouver  étranglé  par  le  cal.  Tel  est  le  fait  d’Ollier  qui,  dans  un  cas  de  frac¬ 
ture  de  l’humérus  s’accompagnant  de  douleurs  très-vives  et  lancinantes, 
trouva  le  nerf  radial  «  tuméfié  comme  un  ganglion  et  étranglé  par  une 
esquille  »  (Ollier,  1865).  Le  cal  peut  agir  sur  les  nerfs  par  son  volume  et  en 
tant  que  tuméfaction  anormale,  comme  l’ont  vu  Paget,  Swann  et  Vemeuil. 
L’observation  de  ce  dernier  est  curieuse  en  ce  sens  qu’il  s’agissait,  non 
d’un  cal  véritable,  mais  d’une  masse  osseuse  résultant  de  l’ossification  d’un 
morceau  de  périoste  transporté  à  distance. 

Au  même  titre  que  le  cal,  les  tumeurs  peuvent  donner  lieu  à  la  compres¬ 
sion  des  nerfs;  même  par  leur  accroissement  continu,  elles  exposent 
fréquemment  à  cet  accident,  surtout  lorsque,  bridées  par  une  aponévrose 
résistante ,  elles  trouvent  derrière  elles  un  plan  osseux  résistant  (fait  de 
Hayes  Agnews  :  tumeur  siégeant  au  pli  du  coude,  sous  l’aponévrose,  et  com¬ 
primant  le  médian; —  fait  de  Packard:  tumeur  développée  sur  le  bord 
inférieur  du  grand  fessier  et  comprimant  le  sciatique) .  On  a  expliqué,  par 
la  compression  des  nerfs  voisins  d’une  tumeur  anévrysmale,  le  développe¬ 
ment  exagéré  que  prend  alors  le  système  pileux. 

C’est  à  cette  même  cause  que  Morgagni,  Scarpa,  Brodie  durent  rapporter 
les  douleurs  atroces  occupant  toute  l’étendue  du  membre  où  siégeait  un 
anévrysme.  Brodie  rapporte  encore  un  cas  de  névralgie  très-douloureuse  du 
pied,  déterminée  par  la  sortie  et  la  compression  d’hémorrhoïdes  internes 
après  chaque  évacuation  intestinale;  et  Romberg  a  appelé  spécialement 
l’attention  sur  la  névralgie  du  nerf  obturateur  causée  par  la  hernie  crurale. 

Le  séjour  de  la  tête  de  l’enfant  dans  l’excavation  pelvienne,  pendant  un 
accouchement  laborieux,  détermine  quelquefois  la  compression  du  nerf 
grand  sciatique.  Celle-ci  se  traduit  par  une  paralysie  presque  toujours  uni¬ 
latérale  et  limitée  à  la  sphèi’e  d’action  du  nerf.  La  paralysie  est  d’ordi¬ 
naire  incomplète  et  temporaire,  mais  elle  peut  persister  et  se  compliquer 
de  l’atrophie  des  muscles  intéressés.  Entrevue  par  Imbert-Gourbeyre,  mise 
en  doute  par  Churchill,  elle  n’est  bien  connue  que  depuis  le  travail  de 
Blanchi.  Cet  auteur  l’attribue  moins  à  la  compression  exercée  par  la  tête 
qu’à  la  violence  traumatique  produite  par  l’application  du  forceps.  Il  ne 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  PHYSIOHES.  COMPRESSION.  665 
l’a  jamais  observée  que  dans  les  cas  où  l’intervention  active  de  l’accou¬ 
cheur  avait  été  jugée  nécessaire.  Cette  explication  se  trouve  réfutée  par 
l’expérience  clinique  :  Jaccoud  et  Mitchell  ont  vu  la  paralysie  des  membres 
inférieurs  survenir  à  la  suite  d’un  accouchement  terminé  naturellement. 

Landouzy  a  appelé  l’attention  sur  un  accident  de  même  nature  résultant 
de  l’application  du  forceps  sur  la  tête  de  l’enfant  ;  je  veux  parler  de 
l’hémiplégie  faciale  due  à  la  compression  du  nerf  de  ce  nom.  Les  cuillers 
de  l’instrument  peuvent  même  appuyer  sur  le  plexus  brachial  et  entraîner 
la  paralysie  du  membre  correspondant  (Danyau). 

L’usage  des  béquilles  entraîne  assez  souvent  des  accidents  de  paralysie 
du  côté  du  membre  supérieur,  par  suite  de  compression  d’un  des  nerfs 
qui  traversent  le  creux  axillaire.  Laferon,  dans  des  expériences  entreprises 
sur  ce  sujet  avec  Nicaise,  a  vu  que  le  radial,  entre  les  muscles  coraco- 
brachial  et  biceps  repoussés  en  avant  et  le  triceps  repoussé  en  arrière,  se 
trouvait  comprimé  entre  la  béquille  et  l’os.  Ce  n’est  qu’à  la  suite  de 
longues  marches,  et  dans  le  cas  où  la  fatigue  des  muscles  formant  les 
parois  antérieure  et  postérieure  de  l’aisselle  les  rendrait  dépressibles,  que 
le  nerf  circonflexe  pourrait  être  comprimé.  La  paralysie  ainsi  produite 
affecte  toujours  un  des  bras  à  un  degré  plus  prononcé.  Le  début  en  est 
tantôt  lent  et  marqué  par  un  engourdissement,,  des  fourmillements  se 
montrant  à  l’extrémité  du  membre  ou  même  se  bornant  à  quelques  doigts 
isolés  ;  tantôt  au  contraire  brusque,  comme  dans  le  cas  de  Duchenne,  où 
un  malade  voulant  éviter  une  voiture  et  appliquant  avec  force  sa  béquille 
dans  l’aisselle,  sentit  son  bras  s’engourdir  et  demeurer  inerte. 

La  compression  doit  encore  être  invoquée  pour  expliquer  les  paralysies 
du  bras  consécutives  à  certaines  positions  gardées  longtemps,  lorsque  le 
malade  s’est  endormi,  la  tête  reposant  sur  le  membre  replié  et  servant  de 
coussin.  Signalées  pour  la  première  fois  en  1835  par  Bégin,  elles  ont  été 
depuis  notées  par  un  assez  grand  nombre  d’auteurs,  en  autres  par  Althaus, 
Mitchell,  Bachon.  Ce  dernier  a  étudié  une  paralysie  par  compression  à 
laquelle  sont  sujets  les  porteurs  d’eau  de  Rennes.  L’usage  serait,  dans 
cette  ville,  de  se  servir  d’un  énorme  seau  reposant  par  sa  panse  sur  la 
poitrine  et  dont  la  poignée  unique,  située  en  dehors  et  laissant  passer  le 
bras,  appuyerait  sur  le  membre  en  croisant  la  direction  du  nerf  radial. 

Les  effets  de  la  compression  ont  été  bien  étudiés  en  1855  par  Bastien  et 
Philipeaux,  et  en  1862  par  A.  Waller.  Bastien  et  Philipeaux  divisent  les 
phénomènes  de  la  compression  en  deux  périodes.  La  première  s’étend 
depuis  l’instant  où  la  compression  commence  à  s’exercer  jusqu’au  moment 
où  elle  cesse.  La  seconde  s’étend  depuis  la  cessation  jusqu’au  retour  à 
l’état  normal.  Chacune  de  ces  deux  périodes  peut  elle-même  se  subdiviser  en 
plusieurs  stades.  Le  premier  stade  de  la  période  d’invasion  est  caractérisé 
par  des  fourmillements,  des  picotements,  des  espèces  de  fausses  crampes 
et  quelquefois  une  sensation  de  chaleur.  11  ne  dure  pas  plus  de  dix  minutes, 
et  l’on  ne  trouve  encore  aucune  altération  de  la  motilité  et  de  la  sensi¬ 
bilité.  Ces  phénomènes  initiaux  développés,  vient  un  stade  intermédiaire 
où  tout  semble  rentrer  dans  l’état  normal  ;  mais  bientôt,  la  compression 


•666  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  —  lésions  physiques,  distension. 
continuant,  on  arrive  à  un  stade  d’hyperesthésie.  La  sensibilité  du  tact,  du 
chatouillement,  de  la  température  s’exalte  ;  il  n’y  a  encore  rien  dans  les 
muscles.  Enfin,  dans  un  dernier  stade,  les  sensibilités  diverses  se  perver¬ 
tissent,  l’hyperesthésie  disparaît  des  parties  superficielles  aux  parties 
profondes^  et  est  remplacée  par  l’anesthésie  et  la  paralysie  musculaire. 

La  compression  vient-elle  à  cesser,  les  phénomènes  du  dernier  stade 
■durent  encore  quelque  temps,  puis  des  mouvements  peu  étendus  renais¬ 
sent  avec  les  différentes  sensibilités  qui  ont  d’abord  été  perverties.  Dans  le 
dernier  stade  de  cette  période  de  retour,  Bastien  et  Philipeaux  ont 
constaté  une  invasion  rapide  et  centrifuge  de  froid  ;  à  ce  froid  succède  une 
pesanteur  extrême  qui  immobilise  le  membre.  C’est  quelquefois  alors  un 
malaise  inexprimable,  lipothymique,  des  contractions  spontanées,  des 
■crampes,  puis  des  mouvements  indécis  et  mal  réglés;  enfin  tout  se  régu¬ 
larise,  mais  la  sensibilité  à  la  température  revient  la  dernière. 

La  disparition  rapide  des  effets  de  la  compression  ne  saurait  comporter 
l’existence  de  lésions  anatomo-pathologiques  dans  le  nerf  affecté.  Weir 
Mitchell,  ayant  entrepris  des  expériences  sur  la  question,  n’a  constaté 
qu’un  changement  dans  la  distribution  du  contenu  des  tubes  nerveux  ;  les 
explications  qu’il  fournit  sont  du  reste  assez  peu  nettes.  La  pression  d’une 
colonne  de  mercure  haute  de  50  centimètres  lui  a  toujours  suffi  pour  faire 
disparaître  la  contractilité  électrique  d’un  gros  tronc. 

Le  diagnostic  de  la  compression  repose  entièrement  sur  la  considéra¬ 
tion  des  commémoratifs  et  des  symptômes  concomitants. 

Le  traitement  aussi  ne  s’adresse  qu’à  la  cause,  quand  elle  est  accessible. 
Enlever  la  tumeur  qui  presse  sur  le  nerf,  comme  le  firent  Agnews  et 
Packard,  sculpter  le  cal  à  l’exemple  d’Ollivier,  ne  point  abandonner  trop 
longtemps  la  tête  de  l’enfant  dans  l’excavation  lors  de  l’accouchement, 
telles  sont  les  indications  à  remplir. 

Hâtons-nous  de  dire  que  la  suppi’ession  de  la  cause  est  le  plus  souvent 
suivie  de  la  cessation  des  effets  et  qu’en  tous  cas  la  paralysie  persistante 
demeure  justiciable  du  traitement  déjà  énoncé. 

3“  Distension  et  arrachement.  ■ —  Le  déplacement  d’une  extrémité  articu¬ 
laire,  la  traction  rendue  nécessaire  par  la  réduction  de  ce  déplacement 
peuvent  avoir  pour  conséquence  la.  distension  des  nerfs  voisins.  Même,  si  la 
violence  est  portée  à  un  assez  haut  point,  elle  pourra  déterminer  une 
déchirure  ou  un  arrachement  de  ces  cordons. 

Ce  dernier  accident,  dont  la  distension,  suivant  la  remarque  de  Follin, 
n’est  à  proprement  parler  que  le  premier  degré,  a  été  observé  un  grand 
nombre  de  fois.  Il  se  produit  dans  deux  circonstances  différentes  :  tantôt  le 
membre  est  séparé  violemment  du  tronc,  toutes  les  parties  molles  sont 
arrachées,  et  au  milieu  de  cé  désordre  la  lésion  nerveuse  passe  inaperçue. 
Tillaux,  de  concert  avec  Lannelongue,  a  recherché  quelle  était  dans 
ce  cas  la  résistance  que  le  nerf  opposait  aux  tractions,  et  il  a  été  obligé 
d’employer,  pour  le  rompre,  une  force  variant  entre  54  et  58  kilogrammes 
pour  le  sciatique,  entre  20  et  25  kilogrammes  pour  le  médian  et  le  cubital. 
Le  nerf  semble  avoir  une  sorte  de  point  d’élection  pour  céder  aux  vio- 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRDRG.  — .LÉSIONS  PHYSIftUES.  PIQÛRES.  667 
îences  qu’on  exerce  sur;  lui;  c’est  ainsi  que  Tillaüx  et  Jarjavay  ont 
constaté  que  le  nerf  s  ciatique  s’arrachait  au  niveau  de  la  fesse,  alors  même 
que  le  traumatisme  intéressait  les  autres  .parties  molles  au  niveau  de  la 
Jambe.  Pour  les  nerfs  comme  pour  les  artères,  la  déchirure  est  précédée 
par  un  allongement  pouvant  atteindre  15  ou  20  centimètres.  La  pulpe 
cède  la  première,  le  névrilème  demeurant  encore  intact  et  s’effilant  comme 
un  tube  de  verre  chauffé  à  la  lampe. 

La  seconde  circonstance  dans  laquelle  se  produit  l’arrachement  des  nerfs 
est  plus  intéressante  pour  le  chirurgien,  en  ce  que  la  cause  des  accidents 
n’apparaît  pas  nettement.  La  peau  etles  autres  parties  molles  restent  intactes, 
les  nerfs  seuls  sont  lésés.  C’est  ce  qui  arrive  à  la  suite  des  efforts  de  traction 
ayant  pour  but  de  réduire  certaines  luxations,  surtout  celles  de  l’épaule. 
Dans  un  cas  suivi  d’autopsie,  Flaubert,  cité  par  Empis,  trouva  arrachées  les 
racines  du  plexus  brachial  :  «  la  moelle,  à  ce  niveau,  était  plus  grosse  que 
dans  l’état  normal  et  présentait  un  ramollissement  tel,  qu’elle  n’offrait  plus 
que  la  consistance  d’une  bouillie  brun  rougeâtre  où  la  substance  grise 
semblait  confondue  avec  la  surface  blanche  ».  La  paralysie  affectait  le 
membre  inférieur  correspondant  au  même  degré  que  le  membre  supérieur. 

La  perte  absolue  des  fonctions  auxquelles  préside  le  nerf,  tel  est  en 
effet  le  résultat  constant  de  l’arrachement  du  nerf,  et  la  nature  même  de  la 
lésion  fait  prévoir  combien  le  traitement  a  peu  de  chances  d’aboutir.  Tou¬ 
tefois  les  causes  que  nous  venons  d’énumérer  peuvent  se  borner  et  se  bor¬ 
nent  souvent  à  amener  la  distension  du  nerf,  et  la  pai’alysie  qui  en  résulte, 
comme  l’ont  fait  voir  Debout  et  Duchenne,  a  fourni  à  la  faradisation  loca¬ 
lisée  ses  plus  beaux  succès.  Notons  que,  dans  ces  derniers  temps,  l’élon¬ 
gation  des  nerfs  a  été  préconisée  par  Nussbaum  comme  efficace  pour  faire 
disparaître  des  accidents  névralgiques  rebelles. 

â”  Piqûres.  —  La  piqûre  des  nerfs  vient  immédiatement  après  la  contu¬ 
sion,  au  point  de  vue  de  la  fréquence.  C’est  à  elle  qu’il  faut  rapporter  les 
douleurs  vives  et  persistantes  qui  accompagnent  parfois  les  plaies  par  instru¬ 
ment  piquant  et  la  phlébotomie.  Ces  douleurs  se  calment  d’ordinaire  en  un 
temps  relativement  court,  et  le  malade  ne  garde  que  le  souvenir  de  sa  bles¬ 
sure.  Mais  les  suites  peuvent  en  être  plus  durables.  Ce  sont  tantôt,  dans  le 
membre  blessé,  des  douleurs  atroces,  des  mouvements  convulsifs,  une  con¬ 
tracture  musculaire  que  rien  ne  peut  vaincre  (cas  de  Crampton,  cité  par 
Hamilton)  ;  tantôt  des  spasmes  s’étendant  à  tout  le  corps,  des  névralgies 
plus  ou  moins  étendues  et  gagnant,  par  propagation,  les  branches  voisines 
du  nerf  intéressé;  enfin  le  tétanos  a,  dans  quelques  cas,  entraîné  la  perte 
du  blessé. 

L’apparition  de  ces  accidents  peut  être  tardive  ;  ainsi  Bérard,  affecté  de 
névralgie  frontale  consécutivement  à  la  piqûre  du  nerf  sous-orbitaire, 
n’éprouva  les  premières  atteintes  de  son  mal  qu’au  bout  de  quatre  mois. 

On  peut  supposer  qu’un  instrument  très-délié,  pénétrant  dans  un  tronc 
nerveux,  écarte  les  fibres  sans  en  intéresser  ,  aucune  ;  mais  c’est  là  une 
lésion  idéale,  toujours  quelques  tubes  nerveux  sont  divisés,  et  en  réalité 
la  piqûre  n’est  jamais,  en  anatomie  pathologique,  qu’une  section  incom- 


668  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  lésions  physiques,  piqûres. 

plète.  Les  tubes  divisés  doivent  subir  les  modifications  que  nous  avons 
précédemment  signalées  ;  mais  ce  n’est  encore  là  qu’une  probabilité,  car 
nous  en  sommes,  sur  ce  sujet,  aux  données  établies  par  Wolff  et  par 
Béclard  et  Descot.  D’après  ces  auteurs,  les  plaies  par  piqûre  déterminent 
dans  le  tissu  du  nerf  une  tuméfaction  circonscrite,  avec  effusion  de  sang 
dans  le  tissu  intermédiaire  aux  fibres  nerveuses,  et  dans  l’enveloppe  névri- 
lématique.  Quand  les  phénomènes  de  l’inflammation  aiguë  sont  dissipés  et 
que  la  résorption  des  liquides  épanchés  est  effectuée,  il  reste  soit  dans 
toute  l’épaisseur  du  cordon  nerveux,  soit  dans  un  point  de  sa  circonférence 
si  la  piqûre  a  été  très-circonscrite,  un  renflement  dur,  opaque,  de  con¬ 
sistance  fibreuse.  Ce  renflement  n’a  été  rencontré  que  chez  les  animaux,  et 
les  auteurs  du  Cowîpewdm»!  en  contestent  l’existence  chez  l’homme.  ' 

Le  diagnostic  de  la  piqûre  d’un  nerf  est  aisé  ;  la  nature  des  accidents,  les 
commémoratifs  mettent  toujours  sur  la  voie.  Personne  ne  confondrait  plus 
aujourd’hui  les  suites  d’une  piqûre  nerveuse  avec  les  accidents  phlegmo- 
neux  déterminés  par  une  saignée,  ou  avec  la  phlébite,  comme  le  firent 
B.  Bell  et  Bosquillon.  ■ 

Dans  la  grande  majorité  des  cas,  la  piqûre  d’un  nerf,  par  son  peu  de  gra¬ 
vité,  n’exige  aucun  traitement;  mais,  dans  certains  cas  aussi,  elle  défie,  par 
la  ténacité  des  accidents  qu’elle  provoque,  les  ressources  de  la  thérapeu¬ 
tique.  Son  pronostic  devient  alors  des  plus  fâcheux,  puisque  le  chirurgien 
à  pu  être  obligé  d’en  venir  au  sacrifice  de  la  partie  blessée.  En  1805, 
B.  Bell,  de  concert  avec  Monro,  pratiqua  l’amputation  d’un  pouce  chez  la 
femme  d’un  chirurgien  du  Lincolnshire,  pour  une  névralgie  consécutive 
aune  piqûre.  Swann,  cité  par  Tillaux,  amputa  l’indicateur  gauche  à  une 
femme  qui,  à  la  suite  d’une  piqûre  de  la  deuxième  phalange  de  ce  doigt, 
avait  été  prise  de  douleurs  névralgiques  extrêmement  violentes.  > 

Les  accidents  immédiats  qui  se  montrent  après  la  piqûre  d’un  nerf  sont 
avantageusement  combattus  par  les  fomentations  émollientes,  les  bains 
prolongés  et  les  applications  opiacées.  Ces  moyens,  aidés  du  repos  de  la 
partie  blessée,  amenèrent  la  guérison  du  royal  malade  dont  A.  Paré  nous  a 
légué  l’histoire.  Weir  Mitchell  préconise  alors  les  injections  sous-cutanées 
de  morphine,  et  Pearson  a  publié  quelques  succès  dus  à  l’emploi  d’un 
liniment  composé,  en  parties  égales,  d’huile  d’olive,  d’huile  de  térébenthine 
et  d’acide  sulfurique. 

Pour  les  accidents  consécutifs,  l’intervention  directe  du  chirurgien  devient 
inévitable  dans  la  plupart  des  cas.  On  a.proposé,  pour  combattre  les  névral¬ 
gies  et  la  contracture,  la  cautérisation  de  la  plaie,  l’mcfsiow  et  l’excision  du 
nerf. 

hd.  cautérisation  a  fourni  quelques  ré.sultats  heureux;  à  la  suite  d’un 
coup  de  canif  reçu  à  l’avant-bras,  une  jeune  fille  avait  été  prise  de  douleurs 
excessives  et  de  spasmes  qui,  d’abord  localisés  au  membre  blessé,  n’avaient 
pas  tardé  à  s’étendre  à  tout  le  corps  et  revenaient  par  crises.  Ant.  Petit,  de 
Lyon,  cautérisa  la  plaie  avec  la  potasse  caustique,  et  la  guérison  fut  obtenüê 
(fait  de  Verpinet). 

Toutefois  la  cautérisation  est  très-douloureuse  et  nécessite  souvent  plu- 


NERFS.  —  PATHOL;  CHIRURG.  — -  LÉSIONS  PHYSIQUES.  PLAIES.  669 

sieurs  séances.  Aussi  lui  préfère-t-on  généralement  la  résection  du  tronc 
au-dessus  de  la  blessure.  A.  Cooper,  Carie  réséquèrent  le  nerf  radial  pour 
une  névralgie  consécutive  à  un  traumatisme  du  pouce.  Chez  le  malade  de 
Crampton,  la  résection  du  musculo-cutané  amena  la  disparition  de  la  dou¬ 
leur  et  la  cessation  d’une  contracture  qui  était  poussée  à  uu  point  tel,  que, 
malgré  toutes  les  précautions  et  l’emploi  d’instruments  spéciaux,  les  ongles 
des  doigts  fléchis  s’enfonçaient  dans  la  paume  de  la  main.  Burn,  Mason 
Warren  obtinrent  une  guérison  complète,  par  la  résection  du  nerf  digital, 
dans  des  névralgies  reconnaissant  pour  cause  la  piqûre  d’un  doigt. 

La  section  simple  pourrait  être  suivie  d’une  amélioration,  mais  il  serait  à 
craindre  de  voir  les  accidents  se  reproduire  (cas  de  Swann). 

.  5°  Plaies  par  instrument  tranchant.  —  Leur  histoire  ne  nous  arrêtera 
pas  ;  en  elTet  ces  plaies  ou  bien  intéressent  toute  l’épaisseur  du  nerf  en 
interrompant  sa  continuité,  ou  bien  ne  portent  que  sur  une  partie  de  sa 
.circonférence.  Les  sections  incomplètes  comprenant,  à  notre  point  de  vue, 

.  les  piqûres,  on  peut  leur  appliquer  tout  ce  que  nous  avons  dit  de  ces  der- 
jiières.  Quant  aux  sections  complètes,  elles  ont  été  prises  pour  types  de 
notre  description  générale  des  phénomènes  produits  par  les  lésions  ner¬ 
veuses,  et  des  redites  seraient  inévitables. 

Nous  nous  contenterons  de  signaler  la  bénignité  relative  des  sections 
complètes.  Sans  doute  elles  peuvent  laisser  après  elles  des  paralysies  incu¬ 
rables,  mais  les  accidents  névralgiques  sont  rares  à  leur  suite,  et  les  trou¬ 
bles  nutritifs  autres  que  l’atrophie  musculaire  n’ont  été  observés  qu’excep- 
tionnellement. 

,  Le  seul  point  du  traitement  sur  lequel  il  soit  intéressant  d’insister  est 
relatif  à  la  suture  nerveuse. 

.  La  suture  nerveuse,  pratiquée  par  Nélaton  et  un  peu  plus  tard  par 
Laugier,  avait  pour  hut  avoué  par  ces  deux  chirurgiens  d’amener  la  réu¬ 
nion  immédiate  des  deux  bouts  du  nerf  divisé.  Celle-ci  parut  même  avoir 
.été  obtenue  dans  les  deux  cas,  car  le  retour  des  fonctions  se  fit  avec  une 
rapidité  inusitée.  D’autres  faits  cliniques  plaidaient  en  faveur  de  cette  opi¬ 
nion.  Ainsi  Paget  avait  vu  deux  fois  la  sensibilité  et  le  mouvement  revenir 
en  quinze  jours,  après  la  lésion  des  nerfs  cubital  et  médian,  dans  les 
parties  auxquelles  se  rendent  ces  deux  troncs.  Paulet,  dans  son  mé¬ 
moire,  rapporte  une  observation  analogue,  due  à  Fenin,  et  qui  pourrait 
au  premier  abord  être  invoquée  comme  un  exemple  de  réunion  immé- 
,diate.  '  - . 

La  dégénérescence  du  bout  périphérique  d’un  nerf  sectionné  n’est-elle 
donc  pas  un  phénomène  constant  et  doit-on  espérer,  en  mettant  bout  à  bout 
les  deux  segments  nerveux,  d’obtenir  leur  rapprochement  par  première 
intention?  Les  physiologistes  sont  unanimes  à  répondre  par  la  négative  : 
Eulenburg  et  Landois,  Vulpian,  Magnien,  Laveran  n’ont  jamais  vu,  dans 
■leurs  expériences,  la  dégénérescence  manquer  et  la  réunion  immédiate 
avoir  lieu.  Dubrueil  est  arrivé  aux  mêmes  résultats.  L’occasion  était  belle 
pour  les  ennemis  de  l’expérimentation,  et  on  n’a  pas  négligé  de  dire  que  : 
«  la  Pathologie  était  quelquefois  en  désaccord  avec  la  Physiologie.  »  Heu- 


670  NERFS.  —  pathol.  chirürg.  —  lésions  physioues.  corps  étrangers. 
reusement  le  désaccord  n’existe  ici  qu’en  apparence  et  le  seul  tort,  en  cette 
affaire,  a  été  de  conclure  du  retour  rapide  des  fonctions  à  la  réunion  immé¬ 
diate.  Le  retour  fonctionnel  s’est  opéré  non  moins  rapidement  dans  des  cas- 
où  l’examen  direct  a  démontré  que  les  deux  bouts  du  nerf  étaient  encore 
séparés.  Richet  a  observé  un  cas  de  division  complète  du  médian  dans  lequel 
la  sensibilité  du  pouce,  de  l’index,  du  médius  et  de  l’annulaire  fut  con¬ 
servée  ;  le  fait  fut  constaté  par  Denonvilliers  et  Pajot.  Baudens  a  vu  la  sen¬ 
sibilité  persister  malgré  la  section  de  toutes  les  branches  nerveuses  du  bras, 
sauf  le  radial.  Leudet  et  Delabost  (de  Rouen)  ont  eu  l’occasion  de  faire 
l’autopsie  d’un  homme  chez  qui  le  nerf  médian  avait  été  divisé;  l’accident 
remontait  à  trente-sept  ans.  Depuis  cette  époque  la  sensibilité  était  restée 
entière  dans  la  sphère  de  distribution  du  nerf,  et  pourtant  l’examen  nécros¬ 
copique  prouva  qu’il  n’y  avait  jamais  eu  de  réunion.  Les  faits  de  Lenoir,  de 
Horteloup,  de  von  Burns  cités  par  Verneuil,  ne  sont  pas  moinsconcluants.  il 
denaeure  aujourd’hui  bien  avéré  que  la  restauration  fonctionnelle  ne  sup¬ 
pose  en  aucune  façon  le  rétablissement  de  la  continuité  du  nerf.  L’explica¬ 
tion  fournie  par  Letiévant  suffit  à  rendre  compte  de  ces  prétendues  contra¬ 
dictions. 

La  suture  des  nerfs,  si  elle  ne  saurait  être  suivie  de  la  réunion  immédiate, 
n’est  pas  cependant  sans  influence  sur  le  travail  de  cicatrisation.  Vulpian, 
Magnien,  Dubrueil  ont  vu  la  régénération  nerveuse  se  faire,  grâce  à  elle, 
dans  un  laps  de  temps  infiniment  plus  court  ;  aussi  n’hésitent-ils  pas  à  la 
conseiller  dans  les  cas  de  section  complète.  La  clinique  vient  en  aide  à  cette 
opinion  ;  chez  un  malade  qui  avait  eu  le  nerf  cubital  et  le  nerf  médian 
divisés,  Verneuil  pratiqua  la  suture  de  ce  dernier.  Le  rétablissement  fonc¬ 
tionnel  se  fit  pour  ce  nerf  promptement,  tandis  qu’il  fut  très-long  pour 
le  cubital  dont  la  réunion  avait  été  négligée.  On  a  reproché  à  la  suture  ner¬ 
veuse  d’exposer  à  des  accidents,  même  au  tétanos,  en  laissant  un  corps 
étranger  dans  la  plaie  (Follin)  ;  mais  ces  craintes  ont  été  démenties  par  les 
faits  et,  comme  l’écrit  Mitchell,  l’innocuité  de  cette  opération  est  absolu¬ 
ment  démontrée. 

Pour  Tillaux  et  Letiévant,  la  suture  ne  serait  pas  applicable  seulement  aux 
sections  nettes  et  récentes  des  nerfs;  elle  trouverait  aussi  son  indication  dans 
les  plaies  par  armes  à  feu  et  dans  celles  déjà  anciennes,  sous  la  seule  réserve 
d’enlever  les  parties  contuses  ou  d’aviver  les  extrémités  en  regard  des  deux 
segments. 

Le  procédé  opératoire,  tel  qu’il  a  été  employé  par  Nélaton,  Laugier,  Ver¬ 
neuil,  est  des  plus  simples  ;  une  anse  métallique  traverse  les  deux  bouts  du 
nerf,  que  l’on  met  en  rapport  par  le  rapprochement  et  la  torsion  des  deux 
chefs  du  fil.  Letiévant  a  proposé  plusieurs  modifications  applicables  à  des  cas 
particuliers  :  c’est  ainsi  qu’il  décrit  V autoplastie,  nerveuse  à  deux  lambeaux 
taillés  sur  chacune  des  extrémités  du  nerf  et  repliés  de  manière  à  s’appliquer 
l’un  sur  l’autre  par  leur  surface  avivée  ;  la  greffe  nerveuse  destinée  à  réunir 
deux  segments  nerveux  appartenant  à  des  troncs  différents. 

6°  Lésions  avec  corps  étrangers.  —  Les  blessures  des  nerfs  peuvent,  mal¬ 
gré  le  petit  volume  de  ces  cordons,  se  compliquer  de  la  présence  de  corps 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  PHYSIÜUES.  CORPS  ÉTRANGERS.  67! 
étrangers.  Ceux-ci  deviennent  le  point  de  départ  d’un  travail  irritatif  se  tra¬ 
duisant  par  des  névralgies  souvent  intolérables  et  de  la  contracture. 

Des  faits  cités  par  les  auteurs,  le  premier  en  date  est  celui  de  Denmark,. 
relatif  à  une  plaie  du  bras  par  arme  à  feu,  qui  donnait  lieu  à  des  accès 
névralgiques  et  à  la  contracture  d’une  partie  des  muscles  de  l’avant-bras. 
Sur  les  instances  du  malade,  l’amputation  fut  pratiquée.  A  l’examen  du  mem¬ 
bre,  on  trouva  logé  dans  le  radial  un  petit  fragment  de  plomb,  séparé  du 
projectile  en  rasant  l’humérus. 

Dupuytren  a  trouvé  une  mèche  de  fouet  dans  le  nerf  cubital.  Le  malade 
était  mort  du  tétanos.  Le  sujet  de  l’observation  recueillie  par  Jobert  avait 
reçu  à  la  jambe  un  coup  de  feu  tiré  à  plomb.  Un  grain,  enchâssé  dans  le 
nerf  saphène  interne,  provoquait  des  douleurs  très-aiguës  dans  toute  la  sphèro 
du  nerf,  à  la  cuisse,  à  la  jambe  et  au  pied. 

Les  faits  de  Jeffreys  et  deGalezowski  sont  cités  partout  :  dans  le  premier,  il 
s’agit  d’un  fragment  de  porcelaine  demeuré  dans  une  plaie  de  la  face  et  en¬ 
tretenant  une  névralgie  faciale  depuis  quatorze  ans;  pour  le  second,  la 
névralgie  dépendait  d’un  fragment  de  bois  introduit  profondément  dans  une 
dent  cariée,  où  il  s’ était  brisé  et  mis  en  contact  avec  des  filets  de  la  cinquième 
paire. 

Bonnafont  a  enlevé  à  un  malade,  affecté  de  névralgie  sus-maxillaire  con¬ 
sécutivement  à  une  blessure  de  la  face,  un  fragment  de  balle,  ayant  l’épais¬ 
seur  d’un  grain  d’avoine,  qui  avait  pénétré  dans  le  tissu  osseux  de  la  fosse 
canine  et  comprimait  le  nerf  sous-orbitaire.  Richet  raconte  l’histoire  d’un 
jeune  homme  qui  eut  le  bassin  traversé  par  une  balle  ;  le  nerf  crural  fut  in¬ 
téressé.  Le  blessé  vécut  huit  jours,  et,  malgré  les  opiacés  à  haute  dose,  il 
était  pris,  trois  ou  quatre  fois  en  vingt-quatre  heures,  d’atroces  douleurs  s’ir¬ 
radiant  dans  la  cuisse  et  revenant  par  crises  qui  duraient  de  vingt  à  vingt- 
cinq  minutes.  A  l’autopsie  on  trouva  une  petite  esquille  implantée  dans  le 
nerf.  Le  même  accident  a  été  observé,  pour  le  nerf  péronier,  par  Wutzer  et 
0.  Weber. 

Vernois,  cité  par  Follin,  a  vu  l’invasion  du  tétanos  déterminée  par  la 
présence  dans  le  nerf  plantaire  externe  d’un  fragment  de  chaussure  ayant, 
pénétré  avec  un  clou  sur  lequel  avait  marché  le  malade.  Nous  avons  déjà 
cité  un  fait  analogue. 

Enfin  Ch.  Sarazin,  dans  une  clinique  faite  à  l’hôpital  de  Strasbourg,  a  rap¬ 
porté  l’observation  d’un  officier  blessé  à  Solférino  et  chez  lequel  une  balle 
s’était  logée  sous  le  nerf  médian.  L’avant-bras  s’était  aussitôt  fléchi  sur  le 
bras  et  cette  contracture  dura  quarante  jours. 

En  résumé,  l’existence  de  corps  étrangers  dans  les  blessures  des  nerfs, 
tout  en  augmentant  leurs  dangers,  ne  fournit  aucune  donnée  nouvelle  au 
point  de  vue  de  la  symptomatologie  et  du  traitement.  La  seule  indication 
spéciale  serait  d’enlever  le  corps  étranger,  dans  les  cas  très-rares  où  on 
aurait  pu  le  constater  par  le  toucher  ou  par  la  vue. 

La  ligature  des  nerfs  nous  paraît  devoir  rentrer  dans  la  catégorie  que 
nous  examinons  :  soit  que  le  lien  soit  appliqué,  dans  une  plaie  d’amputation, 
sur  l’extrémité  d’un  nerf  divisé  (cas  de  Portai,  de  Hennen),  soit  qu’il  enserre 


67:2  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  organiques. 
un  tronc  dont  la  continuité  persiste  (faits  de  Molinelli,  Richerand,  Moreau), 
il  n’en  constitue  pas  moins  un  corps  étranger.  Les  effets  de  la  ligature  peu¬ 
vent  être  assimilés  à  ceux  de  la  section  complète  :  c’est  parce  que  la  ligature 
avait  été  faite  très-làchement  que  Vesale  et  Colombus  ont  vu  les  fonctions, 
un  instant  interrompues,  reparaître  dès  que  le  fil  avait  été  desserré  ;  et  si 
Richerand  et  Moreau  ont  constaté  l’absence  de  toute  paralysie,  les  expé¬ 
riences  de  Descot  ont  montré  qu’il  en  était  autrement  dans  la  majorité  des 
cas.  Les  résultats  de  l’anatomie  pathologique  sont  d’ailleurs  en  faveur  de 
cette  assimilation  ;  le  nerf,  au  niveau  de  la  ligature,  présente  au  bout  d’un 
certain  temps  un  gonflement  fusiforme  s’étendant  au-dessus  et  au-dessous, 
mais  toujours  plus  marqué  au-dessus,  dans  ce  que  l’on  pourrait  considérer 
comme  le  segment  supérieur. 

Rappelons  que  la  ligature  des  nerfs  à  la  suite  des  amputations  a  été 
signalée  comme  une  cause  fréquente  de  tétanos. 

Les  nerfs  sont  exposés  aux  brûlures  comme  tous  les  autres  organes.  Ces 
lésions,  qui  peuvent  intéresser  superficiellement  le  tissu  nerveux  ou  le  dé¬ 
sorganiser  complètement,  n’offrent  rien  de  particulier  à  signaler.  Dupuy- 
tren  a  vu  cependant  une  névralgie  rebelle  succéder  à  une  brûlure  de 
l’index. 

La  cautérisation,  ne  nous  occupera  pas  davantage  ;  elle  peut  aussi  pro¬ 
duire  des  accidents  redoutables  et  même  la  mort  par  tétanos,  comme  dans 
le  cas  de  Frère,  signalé  par  Tillaux.  Ces  dangers  expliquent  son  abandon 
dans  la  thérapeutique  des  névralgies. 

l.ésioiis  orgauiqaes  ou  tnmeni's.  —  Historique.  —  Cheselden,  le 
premier,  a  établi  nettement  l’existence  de  tumeurs  sur  le  trajet  d’un  tronc 
nerveux.  Il  s’agit  d’une  tumeur  qui  «  développée  dans  le  centre  du  nerf  cubi  ¬ 
tal,  un  peu  au-dessus  du  pli  du  bras,  était  de  la  nature  des  kystes  et  contenait 
une  gelée  transparente.  »  Un  contemporain  de  Cheselden,  Camper,  est  aussi 
le  premier  qui  ait  proclamé  l’origine  nerveuse  des  tubercules  sous-cutanés 
douloureux,  qu’il  assimile  à  des  ganglions,  opinion  reproduite  par  Marc- 
Antoine  Petit  dans  son  discours  sur  la  douleur,  et  par  Oppert. 

A  partir  de  ce  moment,  tes  observations  deviennent  moins  vagues.  Les 
unes  ont  trait  aux  tumeurs  sous-cutanées  :  Short  rapporte  l’histoire  d’une 
femme  épileptique,  chez  laquelle  les  accès  débutaient  par  l’endolorissement 
e.xtrême  d’une  petite  tumeur  située  au  mollet.  L’ablation  de  cette  tumeur 
montra  qu’elle  siégeait  sur  un  nerf  et  fit  cesser  les  accidents  convulsifs. 
Siebold,  Neumann  ont  eu  à  extirper  des  tumeurs  analogues.  Pour 
les  tumeurs  développées  sur  un  gros  tronc  nerveux,  il  convient  de  citer, 
d’après  Descot,  les  observations  d’E.  Home,  de  Louis,  d’A.  Dubois,  de 
Reichius,  etc. 

Alexander  profita  des  matériaux  ainsi  préparés  pour  donner  la  première 
étude  spéciale  sur  les  tumeurs  des  nerfs  ;  il  essaya  même  de  déterminer  la 
pathogénie  de  ces  lésions,  et  déclara  qu’elles  pouvaient  prendre  naissance 
■dans  le  névrilème,  dans  la  moelle  du  nerf,  dans  les  artères,  les  veines,  les 
lymphatiques  de  la  gaine  ou  des  différents  filets,  ou  enfin  dans  la  substance 
nerveuse  elle-même. 


iNERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  673 

Avec  Odier  (de  Genève),  les  tumeurs  des  nerfs  reçurent  le  nom  qui  sert 
encore  à  les  désigner,  celui  de  névromes.  Odier  décrit  sous  ce  titre  «  une 
espèce  d’anévrysme  du  nerf,  dont  les  fibres  auraient  été  disjointes  en  ma¬ 
nière  de  parapluie  ou  de  melon,  par  une  matière  blanchâtre,  jaunie  par  pla¬ 
ces  et  parcourue  par  de  nombreux  vaisseaux  ».  La  tumeur  procède  donc  de 
la  substance  du  nerf.  Pour  Oppert,  au  contraire,  revenant  aux  idées  de 
Camper  et  d’Alexander,  le  névrome  comprend  trois  espèces  :  4°  ganglions 
anormaux;  2°  tuméfactions  des  nerfs  eux-mêmes;  et  3“  tuméfactions  de 
leur  gaine. 

Si  le  point  de  départ  des  tumeurs  des  nerfs  était  ainsi  controversé,  il  n’en 
était  point  de  même  de  leur  structure,  que  l’on  s’accordait  à  reconnaître 
cancéreuse.  Telle  est  l’opinion  soutenue  par  Delpech,  Breschet,  Bayle  et 
Cayol  dans  des  articles  sur  le  cancer,  par  Maunoir,  etc.  Descot  la  reproduisît 
dans  sa  thèse.  «  Ces  tumeurs,  dit-il,  consistent  ordinairement  en  un  tissu 
squirrheux  plus  ou  moins  ferme,  parsemé  de  vésicules  ou  de  petits  kystes, 
renfermant  le  liquide  d’apparence  sirupeuse  qui  appartient  au  squirrhe 
ramolli.  D’autres  fois,  la  tumeur  a  paru  consister  en  tissu  encéphaloïde, 
avec  des  circonvolutions  et  des  contours  vermiculaires,  comme  on  en  ren¬ 
contre  dans  ce  tissu  morbide.  »  Descot  rattache  aux  névromes  les  tubercules 
douloureux  qu’il  dit  adhérer  à  des  filets  nerveux  ou  même  être  constitués 
par  leur  expansion.  C’était  l’époque  où  Dupuytren  professait  que  ces 
tubercules  sont  de  nature  fibreuse  et  niait  tout  rapport  entre  eux  et  les 
nerfs. 

Aronssohn  (1822)  s’écarta  des  idées  généralement  admises.  Ce  n’est  pas 
au  cancer,  mais  bien  à  certaines  altérations  syphilitiques  que  le  névrome 
doit  être  comparé.  Il  simplifie  la  division  d’Oppert  en  la  rendant  plus  pré¬ 
cise,  et  distingue  des  tumeurs  provenant  de  la  moelle  des  nerfs,  et  des 
tumeurs  provenant  de  l’interstice  des  nerfs  et  de  leur  névrilème.  La  pro¬ 
testation  d’Aronssohn,  le  fait  de  Bertrand,  relatif  à  un  kyste  du  médian, 
n’eurent  qu’un  retentissement  médiocre,  et  l’on  continua  à  regarder  comme 
cancéreuses  les  tumeurs  développées  dans  les  nerfs.  C’est  ce  que  fait 
Lisfranc  dans  sa  Médecine  opératoire;  c’est  dans  ce  même  sens  que  Roux 
inspire  les  thèses  de  ses  élèves  Facieu  et  Giraudet.  Enfin  Lenoir,  à  la 
.Société  de  chirurgie  (18ù9),  conteste  la  nature  névromateuse  des  tumeurs 
qui  ne  sont  pas  constituées  par  un  tissu  anormal,  comme  le  cancer. 

Dès  4818,  Schiffner  avait  publié  deux  observations  de  névromes  multi¬ 
ples  :  un  fait  du  même  genre  observé  dans  le  service  de  Nélaton  fournit  à 
Houel  le  sujet  d’un  mémoire  sur  le  névrome.  Houel  y  exposait  ses 
idées  sur  la  structure  intime  de  ces  tumeurs,  dans  lesquelles  il  admettait 
deux  types  principaux  :  tumeurs  fibreuses,  tumeurs  fibro-plastiques.  Les 
tabercules  douloureux  sont  pour  lui  de  petits  névromes  ;  s’il  n’est  pas 
toujours  facile  de  constater  leur  relation  avec  les  filets  nerveux,  cela  tient 
à  la  ténuité  de  ces  derniers. 

Ch.  Robin  et  Broca,  examinant  certaines  tumeurs  dont  la  connexion  avec 
le  tissu  nerveux  ne  pouvait  être  niée,  les  avaient  trouvées  constituées  par 
du  tissu  fibro-plastique.  Malgré  ces  faits,  malgré  l’affirmation  de  Houel, 
NOÜV.  mCT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXII  .  —  43 


674  NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  lésions  ORGANiaOES.  —  NEVROMES. 

Lebert,  dans  un  remarquable  rapport  sur  le  mémoire  de  ce  dernier,  ne 
voulut  voir  dans  les  névromes  que  des  tumeurs  fibreuses,  dues  à  l’byper- 
trophie  de  l’enveloppe  des  nerfs,  du  névrilème. 

C’était  méconnaître  des  faits  bien  observés.  Lebert  ne  fut  pas  plus 
heureux  en  proclamant  l’indépendance  des  tumeurs  sous-cutanées  vis-à-vis 
du  système  nerveux. 

En  185à,  Mott,  de  New-York,  décrivait  sous  le  nom  de  pachydermatocèle 
un  épaississement  de  la  peau  formant  tumeur  et  caractérisé  par  l’inégalité 
de  sa  surface  et  la  sensation  de  cordons  au  toucher.  Malheureusement  l’exa¬ 
men  microscopique  n’eut  pas  lieu,  et  le  fait  passait  inaperçu,  lorsque,  en 
1857,  Depaul  et  Verneuil,  se  trouvant  en  présence-  d’un  cas  analogue  en 
apparence,  enlevèrent  la  tumeur  et  découvrirent  qu’elle  était  constituée 
par  l’hypertrophie  des  cordons  nerveux  formant  sous  la  peau  un  plexus 
serpentin.  De  là  le  nom  de  névrome  plexiforme  donné  à  ces  tumeurs  par 
Verneuil. 

L’attention  éveillée,  un  certain  nombre  de  faits  furent  observés,  et,  en 
1867,  Margerin,  dans  sa  thèse  inspirée  par  Verneuil,  en  rassemblait  six 
bien  établis. 

La  même  année,  Cayzergues  publiait  un  travail  apprécié. 

Une  réaction  commençait  à  se  produire  en  Allemagne  contre  les  idées 
trop  exclusives  de  Lebert,  pour  aboutir  aussi  à  l’exclusivisme.  Les  travaux 
de  Remak  sur  l’anatomie  du  système  nerveux  en  furent  le  point  de  départ. 
Fuhrer  avait  été  amené  par  ses  recherches  microscopiques  à  penser  que 
certaines  tumeurs  des  nerfs  renfermaient  des  fibres  nerveuses,  et  Virchow 
professait  que  les  névromes  d’amputation  étaient  en  grande  partie  formés 
de  ces  éléments.  Foerster,  en  1865,  donna  un  corps  à  cette  théorie  en 
établissant  deux  variétés  de  tumeurs  proprement  nerveuses;  1“  celles 
formées  par  une  substance  analogue  à  la  substance  grise  du  cerveau; 
2°  celles  constituées  par  des  fibres  nerveuses,  lesquelles  peuvent  contenir 
de  la  moelle  ou  en  être  privées.  Dans  ce  dernier  cas,  la  confusion  avec  le 
fibrome  ne  peut  être  évitée  à  un  examen  superficiel. 

La  doctrine  allemande  trouva  dans  Virchow  un  défenseur  autorisé.  Les 
travaux  de  Léon  Labbé  et  Legros  sur  les  névromes  sous-cutanés ,  de 
Christot  sur  le  névrome  plexiforme,  ont  donné  à  ces  idées  l’appui  de  la, 
clinique. 

Terminons  cette  revue  historique  en  citant  la  thèse  d’agrégation  de 
Tillaux,  et  une  thèse  inaugurale  récente,  de  Paul  Foucault  (1872),  qui 
donne  sur  la  question  le  dernier  mot  de  la  science. 

Définition.  —  Lorsqu’Odier  eut  proposé  d’appeler  névromes  les  tumeurs 
des  nerfs,  cette  dénomination  prit  un  sens  générique  et  l’on  décrivit  suc¬ 
cessivement  des  névromes  fibreux,  des  névromes  fibro-plastiques,  des 
névromes  cancéreux,  etc. 

Foerster  et  Virchow ,  après  avoir  démontré  l’existence  de  productions 
formées  par  des  éléments  nerveux,  trouvèrent  qu’il  y  avait,  dans  cet  usage 
du  mot  névrome,  un  abus  de  langage  et  l’appliquèrent  seulement  aux  tu¬ 
meurs  de  structure  nerveuse,  les  autres  tumeurs  n’étant  que  des  pseudo- 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRORG.  —  LÉSIONS  ORGANIÜÜES.  —  NÉVROMES.  675 
iiévromes.  L’acquiescement  à  cette  terminologie  fut  unanime,  et  Foucaut  s’y 
-est  fidèlement  conformé  dans  son  travail. 

La  question  ainsi  résolue,  nous  paraît  l’être  arbitrairement  et  sans  qu’on 
-ait  tenu  compte  des  conditions  dans  lesquelles  l’adoption  du  terme  névrome 
a  eu  lieu.  Pour  Odier,  il  désignait  une  tumeur  née  dans  le  nerf,  ayant,  par 
suite,  avec  lui  des  connexions  intimes,  mais  il  ne  préjugeait  nullement  la 
nature  de  cette  tumeur.  Cela  est  si  vrai  que,  les  théories  se  modifiant,  on 
croit  tantôt  à  du  cancer,  tantôt  à  des  tumeurs  fibreuses  ;  le  terme  névrome 
•est  toujours  employé. 

Pourquoi  vouloir  donner  à  cette  détermination  générique,  j’insiste  à 
dessein  sur  le  mot,  un  sens  restreint  ?  Ne  craint-on  pas  qu’il  ne  naisse  de 
là  une  confusion  regrettable,  alors  que  même  des  auteurs  récents  emploient 
le  mot  névrome  dans  sa  signification  étendue  ?  La  confusion  des  mots 
•entraîne  inévitablement  celle  des  idées  ;  l’histoire  des  tumeurs  en  est  la 
preuve.  Pour  les  tumeurs  des  nerfs,  le  pathologiste  avait  le  rare  bonheur  de 
posséder  une  expression  claire,  signifiant  bien  ce  qu’on  voulait  lui  faire  dire, 
et  il  se  hâterait  d’en  changer  pour  retomber  dans  le  chaos  terminologique. 
Objectera-t-on  la  difficulté  de  nommer  clairement  l’espèce  de  tumeur  nouvel¬ 
lement  observée?  mais  cette  difficulté  n’existe  pas,  car,  si  on  repousse,  par 
•crainte  du  pléonasme,  l’expression  de  névrome  nerveux  (Weber),  n’a-t-on 
pas  celle  de  névrome  hyperplasique  proposée  par  Virchow? 

Pour  ces  raisons,  le  mot  névrome  prendra  dans  cet  article  la  signification 
•qu’il  a  conservée  pendant  plus  de  quarante  ans  ;  il  servira  à  désigner  «  toute 
production  anormale  développée  dans  ou  sur  le  nerf  et  constituant  une 
tuméfaction  plus  ou  moins  limitée  ». 

Anatomie  p.athologiqoe.  —  Certaines  tumeurs  des  ‘nerfs  sont  constituées 
par  une  production  anormale,  hyperplasique  du  tissu  nerveux  ;  mais  on  a 
trouvé  également  dans  l’épaisseur  de  ces  organes,  ou  en  connexion  intime 
avec  eux,  des  tumeurs  diverses,  telles  que  fibromes,  sarcomes,  gliomes, 
myxomes,  kystes,  carcinomes  et  épithéliomes. 

1°  Névrome  hyperplasique.  —  Les  éléments  divers  (cellules  ganglion¬ 
naires,  tubes  à  myéline,  fibres  de  Remak)  qui  entrent  normalement  dans  la 
constitution  du  tissu  nerveux,  peuvent  se  rencontrer  dans  le  névrome 
hyperplasique.  De  là  une  division  de  ces  tumeurs  en  trois  groupes  ;  1“  né- 
■vrome  médullaire  ou  ganglionnaire  ;  T  névrome  fasciculé  myélinique  ; 
3°  névrome  fasciculé  amyélinique. 

A.  Névrome  ganglionnaire.  —  Serres,  publiant  deux  observations  de 
névromes  multiples,  croyait  avoir  affaire  à  une  transformation  ganglion¬ 
naire  des  nerfs  et  donnait  à  l’affection  le  nom  de  névroplasie.  Cette  opinion, 
-adoptée  pendant  assez  longtemps,  n’a  pas  survécu  aux  progrès  de  l’ana¬ 
tomie  pathologique  ;  bien  loin  de  regarder  une  telle  transformation  comme 
fréquente,  on  en  est  aujourd’hui  à  se  de;nander  si  elle  existe.  Virchow, 
tout  en  l’admettant  comme  probable,  demeure  dans  une  réserve  prudente 
et  conseille  d’attendre  la  démonstration  ultérieure  de  la  nature  ganglion¬ 
naire  des  cellules  qui  ont  été  découvertes  et  données  comme  nerveuses. 
Cependant  il  rapporte  deux  faits  dus  à  Günsburg  et  à  Bischoff,  qui  pour- 


676  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  —  lésions  organiques.  —  névromes. 
raient  être  regardés  comme  concluants.  Dans  le  cas  de  Günsburg,  les 
tumeurs  observées  sur  le  troisième  et  le  quatrième  nerfs  sacrés,  se  compo¬ 
saient  d’un  feutrage  de  fibres  nerveuses  et  de  tissu  interstitiel,  et  de  nom¬ 
breuses  cellules  plates,  transparentes,  «  présentant  la  plus  grande  analogie 
avec  les  cellules  ganglionnaires  ».  Bischoff,  dans  un  cas  de  névromes 
multiples  congénitaux,  vit  surtout  la  disposition  du  tissu  conjonctif  qui 
s’observe  dans  les  gaines  des  cellules  ganglionnaires;  mais  en  outre  il 
découvrit,  dans  de  petites  nodosités  de  la  queue  de  cheval,  «  des  produits 
très-pâles,  très-délicats  et  transparents,  qui  avaient  la  plus  grande  analogie 
avec  les  cellules  ganglionnaires  » .  Le  fait  publié  par  Robin  lève  les  derniers 
doutes  qui  pourraient  exister  au  sujet  de  la  réalité  du  névrome  ganglion¬ 
naire.  Dans  un  cas  de  dégénérescence  du  plexus  solaire,  le  savant  micro¬ 
graphe  a  noté  expressément  la  présence  de  cellules  de  cet  ordre.  Anté¬ 
rieurement  Foerster  avait  affirmé  l’existence  de  cette  espèce  de  tumeurs 
sur  les  nerfs  périphériques,  mais  sans  donner  aucune  observation  à 
l’appui. 

B.  Névrome  fasciculê.  —  Les  névromes  fasciculés,  suivant  que  les  fibres 
qui  les  constituent  présentent  ou  non  de  la  myéline,  sont  distingués  en 
myéliniques  et  amyéliniques.  Mais  il  ne  faudrait  pas  croire  que  ce  soient  là 
deux  espèces  absolument  distinctes  :  il  ne  s’agit  que  des  deux  stades  d’une 
même  affection,  pouvant,  il  est  vrai,  s’arrêter  au  premier. 

Ainsi  que  l’ont  fait  observer  Wedl  et  Virchow,  les  névromes  myéliniques 
ont  une  période  dans  laquelle  on  ne  rencontre  que  des  fibres  pâles  et  sans 
moelle  au  milieu  d’une  masse  gélatineuse  encore  molle.  Les  névromes  amyé¬ 
liniques  ne  se  distinguent  donc  des  névromes  myéliniques  qu’en  ce  qu’ils 
ne  dépassent  jamais  ce  stade,  bien  que  leur  tissu  interstitiel  augmente  et  se 
consolide. 

Les  névromes  fasciculés  ont  été  pendant  longtemps  regardés  comme  fort 
rares  :  Billroth  doute  même  qu’il  puisse  en  exister  ailleurs  que  sur  les  nerfs 
des  moignons .  Au  contraire,  Foerster  et  Virchow  en  proclament  la  fréquence 
et  expliquent  l’opinion  contraire  par  la  confusion  faite  jusqu’à  eux  avec  le 
squirrh.e  et  surtout  le  fibrome. 

En  effet,  incisés  et  examinés  à  l’œil  nu,  les  névromes  fasciculés  offrent 
l’aspect  des  tumeurs  fibreuses.  «  La  surface  de  section  apparaît  blanche  ou 
jaunâtre,  exsangue,  souvent  lobée  ;  cependant  elle  présente  aussi  un  feu¬ 
trage  épais,  assez  souvent  fibro- cartilagineux.  Quelquefois  les  couches 
extérieures  ont  une  disposition  plutôt  concentrique  ;  la  plus  grande  partie 
de  la  masse  interne  présente  hahituellement  des  traînées  et  des  faisceaux 
sinueux,  en  même  temps  que  des  mailles  qui  renferment  des  dépôts  lisses 
ou  faisant  une  saillie  légère.  Les  petits  faisceaux  où  sont  contenues  les 
fibres  nerveuses  s’entrelacent  dans  toutes  les  directions,  de  telle  sorte 
que,  dans  quelque  direction  que  l’on  fasse  la  section,  on  obtient  des 
coupes  longitudinales,  transversales  ou  obliques  de  ces  faisceaux.  » 
(Virchow,  Traité  des  tumeurs.) 

Un  examen  microscopique,  fait  superficiellement,  peut  même  confirmer 
l’idée  d’une  tumeur  fibreuse,  quand  on  a  réellement  devant  soi  un  né- 


NERFS.  --  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  677 
vrome  fasciculé.  La  difficulté  d’un  diagnostic  précis  est  d’ailleurs  plus 
grande  pour  les  névromes  amyéliniques  que  pour  les  névrômes  myéli- 
niques.  Dans  ce  dernier  cas,  il  suffit  de  pratiquer  des  coupes  minces  et  de 
les  traiter  par  la  soude  ou  l’acide  acétique  ;  rendues  plus  transparentes, 
elles  laissent  facilement  apercevoir  les  fibres  à  contenu  médullaire. 

Pour  les  névromes  amyéliniques,  il  est  indispensable  d’avoir  recours  au 
procédé  employé  par  Reil  dans  le  but  de  distinguer  les  nerfs  du  tissu  con¬ 
jonctif  et  consistant  à  faire  macérer  la  pièce  dans  de  l’acide  nitrique 
étendu.  De  cette  manière,  on  détache  les  fibres  nerveuses  de  leur  stroma 
conjonctif.  Si  on  examine  une  coupe  de  la  pièce  ainsi  préparée,  après  addi¬ 
tion  d’acide  acétique,  «  on  n’y  découvre  qu’une  masse  considérable  de 
noyaux  allongés  dans  une  substance  fondamentale  solide,  fibrillaire  ou 
striée.  Quand  on  étire  cette  masse,  beaucoup  de  ces  noyaux  deviennent 
libres.  Mais  en  traitant  ces  préparations  avec  plus  de  précaution,  on  re¬ 
marque  que  ces  noyaux  sont  contenus  dans  les  fibres,  qu’un  grand  nombre 
de  ces  fibres  sont  parallèles  entre  elles,  qu’elles  forment  des  faisceaux  tout 
à  fait  particuliers,  qui  se  distinguent  des  faisceaux  de  tissu  connectif  par 
l’abondance  et  l’uniformité  de  noyaux  étroits,  de  forme  ovale  allongée  ». 
(Virchow.) 

Telles  sont  les  difficultés  de  cet  examen,  que  l'on  est  autorisé  à  croire 
que  bon  nombre  de  névromes  fasciculés  ont  été  pris  pour  des  tumeurs  fi¬ 
breuses  ;  ils  s’en  distinguent,  cependant,  en  ce  que  les  noyaux  s’y  trouvent 
contenus,  non  pas  dans  de  simples  cellules,  mais  dans  des  fibres  à  contour 
double,  que  l’on  peut  suivre  sur  de  longs  parcours.  La  coupe  transversale 
de  ces  fibres  est  ronde  ou  au  moins  arrondie  ;  jamais  on  ne  trouve,  comme 
.dans  les  fibromes,  de  coupes  étoilées  ou  réticulées. 

On  s’est  demandé  si  les  fibres  constituant  la  tumeur  ne  provenaient  pas 
de  la  division  plus  ou  moins  étendue  des  fibres  mêmes  du  nerf  ;  pour 
Virchow,  cette  question  doit  être  résolue  négativement.  C’est  aux  dépens 
du  tissu  conjonctif  en  voie  de  prolifération,  spécialement  du  périnèvre,  par 
transformation  directe  des  cellules  fusiformes  entrant  dans  le  sens  de  leur 
longueur  en  connexion  les  unes  avec  les  autres,  que  se  produisent  les 
fibres  nerveuses. 

Le  type  du  névrome  fasciculé  est  formé  par  le  névrome  d’amputation. 
Celui-ci  se  montre  à  l’extrémité  des  nerfs  du  moignon  sous  forme  de  nodo¬ 
sités  affectant  une  forme  tantôt  globuleuse,  tantôt  ronde  et  aplatie,  parfois 
piryforme  ou  ovoïde.  Le  volume  est  celui  d’une  balle  ou  d’une  prune  ordi¬ 
naire.  Chacune  de  ces  nodosités  peut  être  absolument  indépendante,  ou 
bien  se  relier  aux  nodosités  voisines  par  des  cordons  anastomotiques; 
quelquefois  les  différentes  tumeurs  se  réunissent  pour  ne  constituer  qu’une 
masse  unique.  Le  névrome  d’amputation  est  d’ordinaire  assez  rfche  en 
fibres  à  contenu  médullaire,  ce  qui  a  permis  de  reconnaître  plus  tôt  sa  nature 
nerveuse. 

Au  névrome  fasciculé  se  rattachent  aussi  certains  tubercules  sous- 
cutanés  douloureux.  Ce  fait,  contesté  par  Dupuytren,  Meckel,  Lebert,  Follin, 
qui  veulent  ne  voir  dans  ces  tubercules  que  des  fibromes  simples,  est  au- 


678  NERFS.  —  pathol.  chircrg.  —  lésions  organiques.  —  névromes. 
jourd’hui  mis  hors  de  doute  par  les  recherches  de  Virchow  et  de  Léon  Labbé 
et  Legros.  Virchow,  sur  un  tubercule  douloureux  qui  siégeait  à  la  région 
malléolaire,  a  vu  que  non-seulement  la  tumeur  était  située  sur  le  trajet  et 
dans  l’épaisseur  d’un  nerf,  mais  qu’elle  était  presque  tout  entière  constituée- 
par  des  fibres  nerveuses  amyéliniques. 

Dans  les  trois  cas  observés  par  Léon  Labbé  et  Legros,  l’examen  micro¬ 
scopique  faisait  reconnaître  des  tubes  nerveux  à  double  contour,  tantôt 
disposés  en  faisceaux,  comme  dans  les  nerfs  de  sensibilité,  tantôt  formant 
une  sorte  de  plexus  indéchiffrable.  Çà  et  là  apparaissaient  des  tubes  variqueux 
dont  le  volume  était  cinq  ou  six  fois  plus  considérable  qu’à  l’état  normal. 
Des  fibres  de  Remak  se  rencontraient  aussi  ;  dans  certains  points,  elles 
étaient  même  extrêmement  nombreuses.  Sur  une  pièce,  les  corpuscules  du 
tact  étaient  augmentés  de  volume,  ce  qui  explique  l’opinion  d’Axmann, 
regardant  les  tubercules  sous-cutanés  comme  dus  à  une  hypertrophie  dès^ 
corpuscules  de  Paccini.  Un  nouveau  fait  de  tubercule  névromateux  a  été- 
publié  par  Foucaut,  qui  l’a  observé  dans  le  service  de  Trélat  ;  la  description 
histologique  de  la  tumeur  a  été  donnée  par  Muron.  «  Sous  la  membrane 
d’enveloppe,  on  trouvait  uniquement,  comme  éléments  constituants,  des 
tubes  nerveux  à  double  contour,  disposés  très-irrégulièrement  et  à  peine 
séparés  par  un  très-mince  réseau  celluleux.  » 

Il  ne  faut  pas  oublier,  cependant,  que  des  observateurs  consciencieux,. 
Schuch,  Bærensprung,  Lebert,  Billroth,  n’ont  pu,  dans  bon  nombre  de  cas, 
démontrer  ni  la  connexion  du  tubercule  sous-cutané  avec  les  nerfs,  ni  la 
présence  d’éléments  nerveux  parmi  les  éléments  constitutifs  de  la  néoplasie. 
La  structure  des  tubercules  douloureux  n’est  donc  pas  constamment  la 
même,  et  si  certains  d’entre  eux  doivent  être  rangés  parmi  les  névromes- 
fasciculés,  le  chirurgien  doit  cependant  toujours  garder  une  prudente 
réserve  jusqu’à  ce  que  le  microscope  ait  prononcé. 

Il  en  est  de  même  à  l’égard  de  cette  forme  de  tumeur  nerveuse  que  Ver- 
neuil  a  dénommée  névrome  cylindrique  plexi forme,  et  qui  tantôt  se  présente 
sous  forme  de  névrome  fasciculé,  tantôt  n’est,  à  proprement  parler,  qu’une 
tumeur  fibreuse  périneurale.  La  première  variété  n’a  été  observée  d’une 
manière  incontestable  que  par  Verneuil  et  Depaul,  par  Bruns  et  par  Bizzoli. 
Chez  le  malade  de  Verneuil  et  Depaul,  «  la  masse  de  la  tumeur  est  formée- 
de  nerfs  allongés,  contournés  sur  eux-mêmes,  comme  des  pelotons  vari¬ 
queux,  présentant  à  leurs  extrémités  beaucoup  d’anastomoses  et  portant 
sur  leur  trajet  des  renflements  analogues  à  des  ganglions , .  .  les  nerfs  en¬ 
trent  pour  plus  des  deux  tiers  dans  la  formation  de  la  masse  totale,  .  .  . 
certains  cordons  contiennent  un,  deux  ou  trois  tubes  nerveux  hypertrophiés, 
tandis  que  les  autres  sont  remplis  complètement  par  des  tubes».  La  tumeur 
enlevée  par  Bizzoli  était  constituée  «  par  des  cordons  racémiformes  entre 
lesquels  se  trouvaient  en  abondance  des  fibres  nerveuses  libres,  minces, 
semi-transparentes,  amyéliniques  ».  Suivant  la  remarque  de  Bruns,  les 
tubes  nerveux  des  cordons  ne  sont  ni  parallèles,  ni  équidistants,  ni  régu¬ 
lièrement  ondulés;  leur  disposition  ne  suit  aucun  ordre;  tantôt  ils 
s’entrecroisent,  tantôt  ils  forment  des  anses,  jamais  des  anastomoses. 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  679 

2“  Névrome  fibreux.  —  Le  névrome  fibreux  existe-t-il,  ou  bien  ne  faut-il 
voir  dans  les  tumeurs  des  nerfs  décrites  comme  fibreuses  que  des  névromes 
hyperplasiques  à  tubes  de  Remak?  Telle  est  l’opinion  soutenue  parFoerster 
et  Virchow  dans  ces  dernières  années.  Cependant  d’habiles  micrographeSj 
Lebert,  Robin ,  n’avaient  trouvé,  dans  des  pièces  soumises  à  leur  examen, 
que  du  tissu  fibreux  avec  quelques  éléments  fibro-plastiques,  et  ces  faits, 
émanant  de  telles  autorités,  commandaient  le  respect.  Virchow  leur  opposa 
la  difficulté  de  distinguer  les  fibres  conjonctives  d’avec  les  fibres  de  Remak; 
mais  cette  objection  peut  lui  être  retournée,  car  Cornil  et  Ranvier  s’appuient 
sur  la  difficulté  même  de  l’examen  microscopique  pour  mettre  en  doute, 
jusqu’à  des  recherches  plus  concluantes,  l’existence  du  névrome  fasciculé 
amyélinique.  Aujourd’hui  la  science  possède  quelques  observations  incon¬ 
testables  de  névrome  fibreux,  dans  lesquelles  se  trouvent  notées  et  l’existence 
d’un  petit  nombre  de  tubes  de  Remak  et  la  prédominance  de  fibres  con¬ 
jonctives.  L’opinion  exclusive  des  micrograpbes  allemands  ne  saurait  donc 
être  acceptée. 

Le  névrome  fibreux  est  constitué  par  l’hypertrophie  du  tissu  conjonctif 
normal  qui  entre  dans  la  constitution  du  cordon  nerveux  affecté  ;  l’altéra¬ 
tion  porte  tantôt  sur  l’enveloppe  conjonctive  du  nerf  (névrilème),  tantôt  sur 
les  cloisons  séparant  les  faisceaux  primitifs  de  fibres  (périnèvre).  De  là  la 
division  proposée  par  Lebert  :  1°  Névromes  interfibrillaires  ou  centraux; 
1°  Névromes  périphériques  ;  3“  Névromes  mixtes  (quand  tout  le  tissu  con¬ 
jonctif  du  nerf  est  également  affecté).  Des  recherches  récentes  ont  démontré 
à  Christot  que  la  gaine  de  Schwann  et  ses  noyaux  contribuent  pour  une 
part,  après  résorption  du  contenu  médullaire,  à  la  fox'mation  du  tissu  fibreux 
nouveau. 

Développé  dans  la  continuité  d’un  nerf,  le  névrome  fibreux  se  présente 
sous  l’aspect  d’une  tumeur  généralement  petite,  mais  dont  les  dimensions 
-peuvent  varier  depuis  un  grain  de  millet  jusqu’au  volume  du  poing.  La 
forme  est  le  plus  souvent  allongée  dans  la  direction  du  cordon  nerveux 
qui  semble  plonger  dans  son  épaissepr  ;  d’autres  fois  la  tumeur  est  déjetée 
latéralement  et  plus  ou  moins  aplatie  sur  ses  faces.  Elle  peut  être  libre  de 
toute  adhérence  avec  les  organes  voisins,  mais  le  contraire  est  fréquemment 
observé. 

La  tumeur,  incisée,  se  montre  constituée  par  un  tissu  homogène,  luisant, 
d’un  blanc  jaunâtre  ou  avec  un  reflet  bleuâtre,  et  ne  donnant  à  la  pression 
qu’une  petite  quantité  d’un  suc  transparent.  Bien  que  renfermant  une 
multitude  énorme  de  fibres,  l’aspect  fibreux  n’y  est  guère  appréciable  à 
l’œil  nu,  ce  qui  tient  à  l’existence  d’une  gangue  amorphe  et  finement 
granuleuse,  partout  interposée  entre  les  fibrilles  très-fines,  isolées  ou 
réunies  en  faisceaux  et  offrant  les  caractères  ordinaires  des  fibres  du  tissu 
connectif.  Nous  avons  déjà  insisté  sur  la  similitude  de  cet  aspect  avec  celui 
présenté  par  le  névrome  hyperplasique  fasciculé,  et  signalé  les  différences 
qui  permettent,  d’après  Virchow,  d’établir  une  distinction  à  l’aide  du  mi¬ 
croscope. 

Au  milieu  des  fibres  conjoncives,  il  n’est  pas  rare  de  rencontrer  des 


680  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  —  lésions  organiques.  —  névromés. 
éléments  fibro-plastiques  sous  forme  de  noyaux  ou  de  corps  fusiformes. 
Smith  et  Houel  ont  noté,  dans  certains  cas  de  névrome  fibreux,  l’existence 
de  petits  kystes  contenant  un  liquide  de  nature  diverse,  tantôt  séreux, 
tantôt  sanguin  ou  même  purulent.  Un  fait  du  même  genre  s’est  présenté  à 
nous  :  sur  une  tumeur  mixte,  dans  la  composition  de  laquelle  entraient  à 
portions  égales  du  tissu  fibreux  et  des  éléments  fibro-plastiques  disposés 
en  deux  zones  très-distinctes,  nous  avons  vu  un  certain  nombre  de  cavités 
kystiques  contenant  un  liquide  séreux. 

Le  névrome  fibreux  n’apparaît  pas  seulement  sur  la  continuité  des  nerfs  ; 
il  peut  encore  se  montrer  à  l’extrémité  des  nerfs  sectionnés  et  rentrer  ainsi 
dans  la  catégorie  des  névromés  d’amputation.  Ceux-ci  appartiennent  cepen¬ 
dant,  dans  la  majorité  des  cas,  à  la  classe  des  névromés  hyperplasiques 
(fasciculés  myéliniques). 

-  Ainsi  que  nous  l’avons  dit,  une  variété  du  névrome  cylindrique  plexiforme 
doit  être  décrite  avec  le  névrome  fibreux.  C’est  ce  que  démontrent  la  se¬ 
conde  observation  de  Verneuil  et  quelques  faits  de  Billroth,  Christot, 
Rizzoli.  Dans  tous  ces  cas,  la  néoplasie  résultait  du  développement  hyper¬ 
plasique  du  tissu  conjonctif  des  nerfs.  La  tumeur  enlevée  par  Billroth  se 
composait  de  petits  cordons  durs  et  de  petites  nodosités,  «  renfermant  toutes 
sortes  de  conglomérats  tubéreux,  ramifiés,  au  centre  desquels  se  trouvait 
un  nerf  très-fin,  généralement  en  cours  de  dégénérescence  graisseuse, 
entouré  de  couches  concentriques  de  tissu  connectif  » .  Taraffi ,  après 
avoir  examiné  une  pièce  de  Rizzoli,  conclut  que  le  néoplasme  était  spécia¬ 
lement  formé  de  tissu  connectif  de  production  récente,  de  nerfs  et  de 
tissus  hypertrophiés.  «  Les  cordons  de  la  plus  grande  partie  de  la  tumeur, 
dit  Christot  rapportant  une  observation  personnelle,  étaient  constitués 
exclusivement  par  un  tissu  fibroïde  et  lamelleux.  Les  tubes  nerveux,  tou¬ 
jours  très-rares,  puisque  nous  n’en  avons  compté  que  de  six  à  dix  pour  des 
cordons  qui  égalaient  en  volume  le  radial,  s’effilaient  fréquemment  en 
.pointe  et  disparaissaient,  laissant  ainsi  des  portions  considérables  de  cor¬ 
dons  sans  axe  nerveux.  » 

3“  Névrome  sarcomateux.  —  Le  néxTome  sarcomateux,  comme  le  fibrome 
des  nerfs,  a  été  nié  par  Virchow  et  son  école  ;  mais,  comme  pour  le  fibrome, 
des  observations  récentes  sont  venues  démontrer  la  réalité  de  son  existence. 
Sans  parler  des  faits  présentés  à  la  Société  anatomique  par  Broca  (1851)  et 
par  Verneuil  (185h),  nous  devons  citer  ceux  de  Grohe  (névrome  sarcoma¬ 
teux  du  médian,  siégeant  à  la  paume  de  la  main  et  ulcéré),  de  Volkmann, 
celui  de  Verneuil,  communiqué  à  la  Société  anatomique  par  Muron.  Tou¬ 
jours  il  s’agissait  de  sarcome  fasciculé.  A  côté  d’un  nombre  plus  ou  moins 
considérable  de  noyaux  libres,  le  microscope  faisait  voir  des  faisceaux  de 
.  cellules  fusiformes  s’entre-croisant  dans  différents  sens  et  dont  quelques- 
;  unes  avaient  subi  la  dégénérescence  granulo-graisseuse.  Çà  et  là  se  mon- 
;  traient  des  foyers  hémorrhagiques  ;  la  tumeur  étudiée  par  Muron  offrait 
'  une  infiltration  muqueuse  générale. 

Le  tissu  fibreux  peut  aussi  s’associer  au  tissu  embryoplastique  pour  con¬ 
stituer  une  tumeur  mixte,  dite  fibrô-sarcome.  C’est  à  ce  type  que  se  rat- 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRÜRG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  681 
tachent  le  fait  de  Sottas,  publié  dans  ïünion  médicale  de  186é,  t.  XXIV,  et 
celui  rapporté  par  P.  Foucault.  Nous  devons  y  joindre  un  troisième  fait 
observé  par  nous-mêrae  dans  le  service  du  professeur  Lanelongue  (de 
Bordeaux).  La  tumeur  siégeait  sur  le  nerf  médian,  au  niveau  du  pli  du 
coude,  et  avait  le  volume  d’un  gros  œuf. 

Au  microscope,  elle  se  montra  formée  de  deux  zones  :  l’une  périphérique, 
formée  de  faisceaux  entre-croisés  de  tissu  connectif;  l’autre,  centrale,  ne 
présentant  que  des  cellules  fusiformes  avec  une  grande  quantité  d’éléments 
nucléaires  en  liberté.  Dans  les  faits  de  Sottas  et  de  P.  Foucault,  la  sépara¬ 
tion  des  deux  tissus  n’avait  pas  lieu,  et  les  éléments  fibro-plastiques 
étaient  disséminés  entre  les  mailles  du  tissu  connectif  réticulé. 

Le  névrome  sarcomateux  n’atteint  jamais  un  volume  considérable  ;  il  ne 
dépasse  pas  le  volume  du  poing  ;  le  plus  souvent  il  égale  celui  d’une  petite 
noix.  Son  aspect,  à  l’œil  nu,  varie  avec  la  nature  des  éléments  constitutifs: 
tantôt  kystique,  tantôt  gélatiniforme,  colloïde,  tantôt  lipomateux,  tantôt 
fibreux.  On  l’a  rencontré  sur  le  nerf  tibial  postérieur  (Broca)  ;  sur  le  nerf 
sciatique  poplité  externe  (Verneuil)  ;  sur  le  nerf  médian  au  poignet  (Grohe, 
Volkmann)  ;  au  pli  du  coude  (Lanelongue)  ;  sur  un  filet  du  nerf  cubital 
(Verneuil  et  Muron)  ;  sur  le  nerf  cubital  au  bras  (Demarquay  et  P.  Fou¬ 
cault);  sur  le  pneumogastrique  (Sottas,  Union  médicale,  186Zi.). 

4°  Névrome  gliomateux.  —  Virchow  signale  une  forme  de  gliome  qui  se 
présente  dans  les  nerfs  crâniens  et  particulièrement  dans  le  nerf  auditif. 
L’apparition  de  tumeurs  analogues  sur  les  nerfs  périphériques  lui  paraît 
seulement  probable.  Il  explique  la  prédilection  du  gliome  pour  les  nerfs 
crâniens,  parce  que  ces  derniers  sont  «  comme  des  émergences  immédiates 
de  la  substance  cérébrale  ». 

:  5°  Névrome  myxomateux.  —  Le  névrome  myxomateux  se  présente  sous 
forme  d’un  gonflement  fusiforme,  sphérique  ou  noueux  du  nerf  :  ce  qu’ex¬ 
plique  son  développement  constant  aux  dépens  du  périnèvre.  La  surface  de 
-la  tumeur  est  d’ordinaire  lobée,  mais  sans  que  les  différents  lobes  soient 
très-accusés  ;  la  masse  entière  est  transparente  et  de  consistance  gélatini- 
forme.  Sur  une  coupe,  le  tissu  de  la  néoplasie  offre  une  coloration  jaune 
ou  verdâtre  ;  la  pression  en  fait  écouler  un  liquide  filant,  incolore  ou  légè¬ 
rement  jaunâtre,  et  qui  n’est  autre  que  la  mucine  :  il  contient  les  éléments 
cellulaires  ou  nucléaires  du  tissu  muqueux.  Ces  éléments  sont  contenus 
dans  les  mailles  plus  ou  moins  distinctes  d’un  tissu  conjonctif  jeune. 
L’aspect  et  la  consistance  de  la  tumeur  sont,  du  reste,  variables  ;  c’est  ainsi 
que,  par  la  dégénérescence  graisseuse  des  corpuscules  muqueux,  la  tumeur 
se  présente  sous  forme  de  myxome  lipomateux  ou  qu’elle  prend  une  résis¬ 
tance  plus  marquée  par  la  prédominance  du  stroma  (fibro-myxome).  Un 
exemple  de  cette  dernière  variété  a  été  observé  par  Dolbeau  (thèse  de 
Paul  Foucault., Paris,  1872,  p.  43.) 

Le  diagnostic  du  névrome  myxomateux  est  toujours  difficile,  et  quelque¬ 
fois  même  après  l’ablation  ;  ’Wilms,  cité  par  Virchow,ne  put,  dans  ces  con¬ 
ditions,  éviter  la  confusion  avec  un  kyste.  On  s’est  même  demandé  si  les 
faits  de  névrome  kystique,  cités  par  les  auteurs,  n’étaient  pas  relatifs  à  des 


682  NERFS.  —  pathol.  chirdrg.  —  lésions  organiques.  —  nêvromes, 
myxomes  ;  mais,  la  question  ne  nous  paraît  pas  susceptible  de  recevoir  une 
solution  définitive. 

Le  névrome  myxomateux  a  été  observé  sur  les  nei’fs  crâniens  (nerf 
optique,  branche  superficielle  du  nerf  maxillaire  inférieur,  Virchow)  ;  mais 
la  plupart  des  laits,  peu  nombreux  d’ailleurs,  sont  relatifs  à  des  tumeurs 
développées  sur  un  nerf  périphérique,  comme  le  radial  (Wilms)  ;  le  péro¬ 
nier  (Virchow,  Gutteridge);  le  tibial  postérieur  (Dolbeau);  le  cubital  (La¬ 
forgue,  de  Toulouse). 

go  j^évrome  kystique.  —  Le  névrome  kystique  est  rare  ;  nous  ne  pouvons 
en  citer  que  deux  observations  :  celle  de  Beauchêne,  présentée  à  la  Société 
de  la  Faculté  de  Paris  en  1810,  et  celle  rapportée  par  Bertrand  dans  sa  thèse 
inaugurale  (1837)  et  reproduite  par  le  Compendium.  Dans  Je  premier  cas, 
il  s’agissait  d’un  kyste  formé  dans  l’épaisseur  du  nerf  cubital  chez  un 
homme  d’environ  quarante  ans  ;  dans  le  fait  de  Bertrand,  le  kyste  siégeait 
sur  le  nerf  médian  et  ne  fut  trouvé  qu’à  l’autopsie.  Lockhart  Clarke  dit  qu’il 
existe  au  musée  de  l’hôpital  Saint-Georges,  de  Londres,  une  préparation  rela¬ 
tive  à  un  kyste  du  nerf  médian  ;  le  malade  avait  éprouvé  dans  le  bras 
d’atroces  douleurs. 

7“  Névrome  carcinomateux  et  névrome  épithélial.  —  Le  carcinome  et 
l’épithélioma  peuvent-ils  affecter  primitivement  un  tronc  nerveux?  A 
l’encontre  de  l’opinion  professée  pendant  les  vingt  premières  années  du 
siècle,  c’est  par  la  négative  qu’il  faut  répondre  aujourd’hui  à  cette  ques¬ 
tion. 

Le  cancer  du  nerf  optique,  donné  par  Tillaux  comme  exemple  de  can¬ 
cer  primitif,  débute  en  réalité  par  la  rétine,  et,  en  l’absence  de  données 
micrographiques,  l’unique  observation  de  tumeur  cancéreuse  développée 
d’emblée  sur  un  nerf  périphérique  (thèse  de  Tillaux,  —  cancer  mélanique 
du  nerf  cubital,  opéré  par  Velpeau),  ne  saurait  être  prise  en  considé¬ 
ration. 

C’est  toujours  secondairement  que  les  éléments  carcinomateux  et  épithé¬ 
liaux  envahissent  les  nerfs.  Les  travaux  de  Weber  sur  la  lésion  des  branches 
nerveuses  dans  Tépithélioma  des  lèvres,  ceux  de  Schrœder  van  der  Kolk  et 
de  Cornil  -ont  mis  en  évidence  le  mode  suivant  lequel  a  lieu  cette  propaga¬ 
tion.  c  On  voit,  dit  Weber,  les  cellules  épithéliales  s’insinuer  dans  la  gaine 
propre  du  nerf  ;  elles  serpentent  le  long  des  tubes  nerveux  qu’elles 
recouvrent  et  qui  finissent  par  disparaître.  Mais  déjà  le  névrilème  a  été 
envahi  plus  loin,  et  il  s’est  développé  une  végétation  cancéreuse  qui  a  pour 
effet  la  formation  de  noeuds  sur  le  trajet  des  nerfs,  et  ainsi  se  produisent  les 
nêvromes  cancéreux.  »  (Weber,  Handbuch  der  Chirurgie.) 

L’envahissement  du  nerf  se  fait  donc  de  deux  manières  :  1“  par  propa¬ 
gation  directe  ;  2“  par  formation  de  tumeurs  plus  ou  moins  éloignées  de  la 
tumeur  primitive,  c’est-à-dire  par  un  fait  de  généralisation. 

Lepremier  mode  s’observe  quand  une  tumeur  maligne  englobe  dans  son 
épaisseur  un  tronc  nerveux  :  tantôt  le  névrilème  subit  la  transformation 
cancéreuse,  le  nerf  lui-même  restant  sain,  mais  ne  pouvant  être  séparé  de 
la  masse  morbide  que  par  une  dissection  minutieuse  ;  tantôt  le  périnèvre  se 


NERtS.  —  PATHOL.  CHIRÜRG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  683 
prend  le  premier,  le  nerf  demeure  alors  libre  au  milieu  de  la  tumeur,  mais 
il  présente  à  ce  niveau  une  ou  plusieurs  nodosités. 

Dans  le  second  mode,  l’apparition  du  névrome  cancéreux  indique  que  le 
produit  néoplasique  se  généralise;  c’est  par  le  périnèvre  que  débute  le  mal. 
Rappelons,  comme  exemple,  l’observation  bien  connue  de  Cornil  et  rela¬ 
tive  à  deux  névromes  cancéreux  développés  sur  les  nerfs  crural  et  sciatique 
gauches  chez  une  femme  affectée  de  cancroïde  du  col  utérin. 

Sur  la  portion  du  nerf  envahie,  les  lésions  des  tuhes  nerveux  peuvent 
manquer;  dans  le  cas  contraire,  elles  consistent,  d’après  Cornil,  en  une 
fragmentation  de  la  substance  médullaire  qui  devient  granuleuse  ;  ces  gra¬ 
nulations  sont  parfois  réunies  en  petites  masses.  Dans  une  tumeur  cancé¬ 
reuse  placée  sur  un  gros  tronc  nerveux,  les  lésions  des  éléments  nerveux 
peuvent  être  limitées  à  un  petit  nombre  de  tubes. 

En  dehors  des  différentes  tumeurs  qui  viennent  d’être  passées  en  revue, 
il  convient  de  citer,  simplement  pour  mémoire,  une  observation  de  tu¬ 
bercule  (?)  du  nerf  optique,  présentée  à  la  Société  anatomique  (1859) 
par  Ladreit  de  Lacharrière.  La  tumeur  ne  fut  point  examinée,  et  le  diag¬ 
nostic  se  basa  sur  l’existence  d’une  méningite  tuberculeuse  concomi¬ 
tante. 

Rapports  de  la  tumeur  névromateuse  avec  le  nerf.  —  Le  névrome  affecte 
avec  le  nerf  sur  lequel  il  siège  des  rapports  très-différents,  suivant  les  cas 
et  probablement  aussi  suivant  le  point  de  départ  de  la  néoplasie.  Virchow 
dit  avoir  observé  des  névromes  hyperplasiques  dont  il  était  impossible  de 
découvrir  la  moindre  connexion  avec  les  branches  nerveuses  de  la  région. 
L’indépendance  du  névrome  est  cependant  moins  accusée  d’ordinaire  ;  c’est 
ainsi  que  la  tumeur  se  reliera  au  nerf,  comme  dans  une  observation  de 
Leboucq,  par  un  simple  pédicule  qu’il  suffit  de  couper,  ou  bien  elle  lui  sera 
tangente  dans,  une  certaine  étendue  de  sa  surface.  D’autres  fois,  au  con¬ 
traire,  et  c’est  ce  qu’ont  observé  Lebert,  Michon,  Verneuil,  la  tumeur  est 
encagée  dans  l’épaisseur  du  nerf,  dont  les  filets  écartés  s’épanouissent 
«  comme  les  côtes  d’une  bourriche  d’huîtres  » ,  pour  employer  l’expression 
de  Velpeau.  Telle  était  la  situation  du  fibro-sarcome  enlevé  par  Lanelon- 
gue  (de  Bordeaux).  Laforgue  (de  Toulouse)  a  vu  les  fibres  nerveuses  tapis¬ 
ser  la  face  profonde  et  non  pas  la  face  externe  de  l’enveloppe  du  névrome. 

11  est  des  cas  où  la  tumeur  semble  embrochée  par  le  nerf,  et  ici  doivent 
être  signalées  plusieurs  dispositions  principales  :  tantôt,  en  effet,  le  nerf 
se  trouve  contenu  dans  une  gouttière  véritable  que  présente  la  tumeur, 
disposition  heureuse,  puisqu’elle  permet  l’énucléation  du  nerf,  comme  la 
pratiquèrent  Duncan  et  Velpeau  ;  tantôt  le  nerf,  après  avoir  pénétré  dans  la 
tumeur,  disparaît  au  milieu  du  tissu  morbide,  sans  que  l’on  puisse  retrouver 
,  trace  de  ses  éléments  ;  c’est  ce  qu’a  noté  Wietfeldt  dans  un  fibrome  du  mé¬ 
dian  ;  tantôt  enfin  le  nerf  s’étale  à  la  face  profonde  de  la  tumeur  et  con¬ 
stitue  un  réseau  à  larges  mailles  (fait  de  Foucault). 

C’est  en  se  basant  sur  ces  rapport  de  la  tumeur  avec  le  nerf  qui  la  sup¬ 
porte  que  Lebert  a  établi  sa  classification,  reproduite  par  Follin,  et  dans 
laquelle  il  divise  les  névromes  en  :  1°  névrome  périphérique;  2°  névrome 


.684  NERFS.  —  pathol.  chirdrg.  —  lésions  organiüues.  —  névromes. 
inter fibrillaire  ou  névrome  central;  3“  névrome  latéral;  névrome  dia¬ 
gonal,  dans  lequel  le  nerf  traverse  la  tumeur  suivant  la  diagonale  et  non 
plus  suivant  son  grand  axe  comme  dans  le  névrome  central. 

Les  faits  manquent  pour  apprécier  l’influence  que  le  développement  de 
la  tumeur  névromaleuse  peut  avoir  sur  la  portion  de  nerf  située  au-des¬ 
sous.  Il  est  permis  de  penser  que,  dans  les  cas  analogues  à  celui  de  Wiet- 
feldt,  cette  portion  subit  en  partie  la  dégénérescence  wallérienne.  Les  faits 
de  rétablissement  des  fonctions,  après  l’ablation  de  la  tumeur,  ne  sauraient 
être  invoqués  contre  cette  opinion,  puisque  la  suppléance  sensitivo-motrice 
suffit  à  les  expliquer.  Lorsque  la  continuité  du  nerf  n’est  pas,  à  proprement 
parler,  interrompue  et  que  ses  fibres,  simplement  dissociées,  se  réunissent 
au  delà  de  la  tumeur,  le  nerf,  ainsi  que  l’a  démontré  Vulpian,  n’est  le 
siège  d’aucune  altération, 

Houel  a  signalé,  sur  les  troncs  présentant  plusieurs  tumeurs  névro- 
mateuses,  une  élongation  assez  marquée  qui  a  pour  résultat  de  donner  à  ces 
troncs  une  direction  serpentine,  analogue  à  cellè  des  veines  variqueuses. 
De  l’inflexion  du  nerf  résultent  un  grand  nombre  de  nodosités  qui  ne  sont 
qu’apparentes,  car  lorsqu’on  vient  à  le  déplier,  à  l’exception  des  points  qui 
sont  le  siège  des  névromes,  son  volume  est  partout  uniforme. 

Multiplicité  des  névromes.  —  Le  névrome,  sans  acquérir  jamais  de  pro¬ 
priétés  réellement  infectieuses,  peut  cependant  se  montrer  sous  forme  de 
tumeurs  multiples  ;  mais,  même  dans  ce  cas,  il  ne  sort  point  du  domaine 
des  appareils  nerveux. 

La  multiplicité  des  névromes  peut  se  présenter  sous  un  triple  aspect;  il 
peut  en  effet  se  développer  des  nodosités  sur  plusieurs  points  du  même 
nerf,  qui  prend  ainsi  l’aspect  d’un  chapelet,  ou  sur  plusieurs  de  ses  branches  ; 
d’autres  fois  ce  sont  les  nerfs  d’une  même  région  qui  sont  affectés  à  la  fois  ; 
ou  bien  enfin,  chez  le  même  individu,  il  se  forme  des  névromes  dans  une 
série  de  nerfs  des  régions  les  plus  différentes. 

De  là  deux  formes  principales  de  névromes  multiples  ; 

1“  Névromes  à  multiplicité  locale,  comprenant  deux  variétés  :  A.  névromes 
multiples  d’un  nerf;  B.  névromes  multiples  d’une  région;  2°  névromes  à  multi¬ 
plicité  générale. 

A.  —  Les  exemples  de  névromes  multiples  d'un  nerf  sont  rares  :  Virchow 
rapproche  ces  faits  d’autres  états  d’irritation  qui  se  propagent  dans  un  tissu 
déterminé  et  donnent  lieu,  d’espace  en  espace,  à  des  points  d’éruption.  Sur 
onze  observations  authentiques  qu’il  nous  a  été  donné  de  rassembler,  les 
tumeurs  siégeaient  sur  le  grand  splanchnique  (Lohstein),  sur  le  pneumo¬ 
gastrique  (Sottas),  sur  le  médian  ou  un  nerf  du  hras  (A.  Bonnet,  Piorry, 
Roux),  sur  le  périnéal  (Passavant),  sur  le  sciatique  (Louis),  sur  le  tibial 
antérieur  (Demeaux),  sur  le  tibial  postérieur  (Dupuytren,  van  der  Byl,, 
Dolbeau,  Polaillon). 

—  B.  C’est  surtout  au  membre  supérieur,  et  particulièrement  sur  les  filets 
cutanés  de  l’avant-bras  et  de  la  main  qu’ont  été  observés  les  névromes  mul¬ 
tiples  d’une  région.  Tel  était  leur  siège  dans  les  cas  de  Stromeyer,  Robert, 
Jacquart,  Blasius  et  Volkmann,  Blasius,  Leboucq,  Huguier  et  Nélaton. 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  685 
E.  Home  a  noté  l’existence  de  ces  tumeurs  multiples  sur  le  plexus  bra¬ 
chial.  Chez  un  malade  de  Lanelongue  (de  Bordeaux),  le  médian  et  le  cuhi- 
tal,  à  la  partie  supérieure  de  l’avant-bras,  portaient  chacun  une  tumeur. 
Cependant  il  existe  des  observations  où  des  névromes  multiples  se  rencon¬ 
traient  sur  les  branches  du  plexus  sacré  (Gunsburg),  sur  les  nerfs  saphènes 
(Virchow),  sur  les  nerfs  intercostaux  (Heirienche).  A  cette  variété  de  la 
multiplicité  locale,  nons  rattacherons,  avec  Virchow,  l’espèce  de  névrome 
dite  plexiforme.  En  dehors  des  faits  partout  cités  de  Depaul  et  Verneuil, 
Margerin,  Ch.  Robin  (1854),  il  convient  de  rappeler  les  observations 
moins  connues  de  Billroth  ,  Laroyenne,  Christot,  Bruns,  Rizzoli,  Cartaz 
(1872),  Czerny  (187i),  Winiwarter.  (1876),  Garel  (de  Lyon)  (1877).  Dans 
ces  différents  cas,  le  chiffre  des  névromes  de  la  tête  s’équilibre  avec  le 
chiffre  des  névromes  du  tronc  ou  des  membres. 

C. — La  mwitipZfafe'g'éttéraüe,  comme  nous  l’avons  déjà  dit,  n’a  par  elle-même 
et  malgré  les  apparences,  rien  d’infectieux  ou  de  métastatique.  C’est  à  toi't 
qu’on  a  voulu  en  faire  l’expression  d’une  diathèse  (diathèse  névromateuse) , 
car,  suivant  la  remarque  de  Virchow,  on  n’a  aucune  raison  de  la  rapporter 
à  une  dyscrasie  ou  à  un  contagium  déterminé'.  Malgré  la  rareté  relative’ de 
cette  affection,  nous  avons  pu,  en  y  comprenant  les  faits  déjà  réunis  par 
Lebert,  en  rassembler  trente  et  une  observations.  Elles  varient  beaucoup 
entre  elles,  en  ce  que  l’affection  s’étend,  dans  certains  cas,  outre  les  nerfs 
spéciaux,  aux  nerfs  sympathiques,  rarement  aux  nerfs  crâniens,  quelque¬ 
fois  aux  racines  nerveuses  dans  la  cavité  crânienne  et  dans  le  canal  rachi¬ 
dien,  quelquefois  enfin  jusqu’aux  nerfs  cutanés  les  plus  fins.  En  général,  les 
nerfs  périphériques  de  la  surface  du  corps  étaient  surtout  affectés,  tandis  que 
les  nerfs  des  organes  splanchniques  n’y  prenaient  qu’une  part  très  -faible 
(Vii’chow). 

Etiolooie.  —  L’étiologie  du  névrome  est  incertaine,  et,  dans  la  plupart 
des  cas,  il  est  impossible  de  remonter  à  la  cause  qui  tient  sous  sa  dépen¬ 
dance  immédiate  l’apparition  de  la  tumeur.  Ce  n’est  guère  que  dans  la 
catégorie  de  névromes  désignés  par  Smith  sous  le  nom  de  névromes 
traumatiques,  que  cette  cause  appai’aît  avec  évidence.  Alors,  en  effet,  la 
tumeur  est  consécutive  à  la  section  d’un  nerf  (N.  cicatriciel,  des  moignons), 
à  sa  ligature,  sa  piqûre,  etc.  • 

L’existence,  dans  des  parties  voisines,  à’ altérations  inflammatoires  chro¬ 
niques  n’est  pas  sans  exercer  une  certaine  influence  sur  la  production  de 
tumeurs  dans  les  nerfs.  Fuhrer,  cité  par  Virchow  (t.  III,  p.  447),  a  vu,  sur 
uft  membre  amputé  pour  carie  du  poignet,  un  névrome  du  médian  sié¬ 
geant  au  niveau  du  point  malade. 

L’épaississement  des  nerfs  dans  les  parties  affectées  à’ éléphantiasis  con¬ 
génital  ou  acquis,  est  de  nature  à  faire  admettre  que  cette  maladie  pour¬ 
rait  jouer  un  certain  rôle  dans  la  pathogénie  du  névrome  ;  mais  il  faut  bien 
reconnaître  qu’il  est  difficile  de  faire  dans  cet  épaississement  la  part  du 
nerf  et  celle  du  tissu  conjonctif  avoisinant.  Rappelons  cependant  qu’on  a 
noté  la  fréquence  des  névromes  dans  la  lèpre-,  même  Brown  Sequard 
insiste  sur  l’existence,  chez  les  lépreux,  d’une  tumeur  du  nerf  cubital. 


686  NERFS.  —  pathol.  chirurg.  —  lésions  organioues.  —  névromes. 


qu’il  déclare  constante,  mais  Paul  Foucault  n’a  rien  observé  de  semblable 
chez  huit  malades  passés  sous  ses  yeux. 

La  syphilis  a  dominé  un  instant  l’étiologie  du  névrome,  et  Aronssohn  ne 
voulait  voir  dans  les  tumeurs  des  nerfs  que  des  manifestations  de  cette  dia¬ 
thèse.  C’est  là  sans  doute  une  exagération  ;  mais  une  exagération  non  moins 
grande  serait  de  dénier  toute  influence  à  l’affection  syphilitique.  Comme 
le  dit  Virchow,  «  il  n’y  a  aucun  doute  qu’il  existe  des  névromes  syphi¬ 
litiques,  c’est-à-dire  des  tumeurs  développées  dans  les  nerfs  ou  contre  eux. 
à  la  suite  de  la  syphilis  constitutionnelle  ;  ce  sont  des  tumeurs  gommeuses  ». 
Lehoucq,  dans  sa  thèse,  en  a  rapporté  un  exemple  concluant  ;  la  tumeur 
disparut  à  la  suite  d’un  traitement  par  l’iodure  de  potassium. 

Le  névrome  a  été  observé  à  tous  les  âges  de  la  vie;  on  l’a  vu  congénital, 
comme  aussi  on  a  pu  le  rencontrer  dans  la  vieillesse  la  plus  avancée.  Il 
convient  de  faire  remarquer,  pour  ces  derniers  cas,  que  l’âge  noté  dans 
l’observation  ne  correspond  jamais  à  la  date  de  l’apparition  de  la  tumeur, 
qui  est  plus  ou  moins  antérieure.  Le  relevé  de  104  faits  nous  a  donné  les 
chiffres  suivants  ; 


De  1  à  5  ans  1 

De  5  à  10  ans  i 

De  10  à  20  ans  6 

De  20  à  30  ans  16 

De  30  à  40  ans  20 

De  40  à  50  ans  U 

De  50  à  60  ans  5 

De  60  à  70  ans  7 

A  «1  ans  » 

73 


Sexe  féminin.  Total. 


31  104 


Le  névrome  serait  donc  plus  fréquent  chez  l’homme  de  20  à  50  ans,  et 
chez  la  femme  de  10  à  40  ans. 

Contrairement  à  l’opinion  de  Foucaut,  qui  avance  que  a  presque  tous 
les  cas  de  névromes  généralisés  ont  été  observés  chez  des  jeunes  gens  », 
c’est  surtout  dé  30  à  40  ans  que  se  rencontrent  les  tumeurs  multiples.  Le 
tableau  suivant,  basé  sur  la  considération  de  20  faits,  en  est  une  preuve  ; 


De  10  à  20 
De  20  à  30 
De  30  à  40 
De  40  à  50 
De  50  à  60 
A  81  ans 


Pour  le  névrome  plexiforme,  d’après  l’étude  des  28  faits  que  nous  avons  pu 
réunir,  la  fréquence  va  en  croissant  depuis  la  naissance  jusqu’à  l’âge  de 
20  ans  ;  elle  tombe  ensuite  et  ne  reprend  que  de  40  à  50  ans.  Sur  ces 
28  faits,  6  sont  relatifs  à  des  tumeurs  congénitales  ;  dans  4  autres,  la  date 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  —  NÉVROMES.  687 

de  l’apparition  est  plus  ou  moins  éloignée  de  la  naissance.  Voici  comment 
se  classent  le  reste  des  observations  au  point  de  vue  de  l’âge  : 


Sexe  mascalin. 

De  1  à  5  ans  1 

De  5  à  10  ans  2 

De  10  à  20  ans  3 

De  20  à  30  ans  1 

De  30  à  40  an.s  » 

De  40  à  50  ans  3 

De  50  à  60  ans  » 

De  60  à  70  ans  2 

12 


Sexe  féminin 


Les  tableaux  précédents  montrent,  sous  le  rapport  du  sexe,  que  les 
hommes  sont  plus  souvent  affectés  de  névromes.  La  différence  en  leur 
faveur  est  surtout  marquée  pour  les  névromes  généralisés,  où  elle  atteint 
la  proportion  de  17  :  3  ;  tandis  qu’elle  est  seulement  d’un  peu  plus  de  2  :  1- 
pour  les  névromes  considérés  dans  l’ensemble  des  faits,  et  juste  de  2  ;  1 
pour  le  névrome  plexifbrme. 

Symptomatologie.  —  Gomme  nous  l’avons  déjà  vu,  le  névrome  peut  se 
montrer  sous  forme  de  tumeurs  isolées  siégeant  sur  le  trajet  d’un  nerf  ou 
même  de  plusieurs  nerfs  d’une  même  région,  ou  au  contraire  envahir 
simultanément  l’ensemble  du  système  nerveux.  11  s’accompagne  alors  de 
phénomènes  généraux  graves  qui  manquent  dans  le  premier  cas.  li’his- 
toire  de  ces  deux  espèces  de  névromes  doit  donc  être  faite  séparément  ; 
mais  il  est  aussi  une  variété  de  névromes  qui,  tout  en  nous  paraissant 
devoir  être  rangée  parmi  les  tumeurs  à  multiplicité  locale,  mérite,  par  son 
aspect  caractéristique,  une  description  spéciale.  C’est  le  névrome  plexi- 
forme. 

Nous  étudierons  ainsi  d’une  manière  successive  ;  1“  les  névromes  isolés 
d'un  nerf  ou  d’une  région;  2“  les  névromes  plexiformes;  S"  les  névromes 
généralisés. 

.  1*  Névromes  isolés  d’un  nerf  ou  d’une  région.  —  L’apparition  de  la 
tumeur,  qui  donne  à  l’affection  son  véritable  caractère,  est  souvent  pré¬ 
cédée  par  des  troubles  de  la  sensibilité,  qui  tantôt  consistent  en  un  simple 
engoui’dissement,  tantôt  prennent  les  apparences  d’une  névralgie  fort  dou¬ 
loureuse.  Ces  troubles  attirent  seuls  l’attention  jusqu’au  moment  où  la 
tumeur  est  reconnue  ;  mais  ce  moment  peut  être  assez  éloigné  si  la  tumeur 
occupe  une  situation  profonde,  ou  est  bridée  par  une  aponévrose,  ou 
encore  si  l’altération  envahit  une  grande  étendue  du  nerf  avant  de  former 
sur  un  point  de  son  trajet  une  tuméfaetion  appréciable.  Toutefois  la  dou¬ 
leur  n’est  pas  un  phénomène  constant  au  début  de  la  maladie,  et  le 
névrome,  si  son  accroissement  n’est  pas  trop  rapide,  peut  demeurer  long¬ 
temps  sans  modifier  en  rien  la  sensibilité  de  la  région  où  il  siège. 

L’existence  d’une  tumeur  est  alors  le  premier  phénomène  pour  lequel 
est  consulté  le  chirurgien.  Cette  tumeur  se  trouve  sur  le  trajet  d’un  nerf  ; 


NERFS.  —  PATHOL.  CHIRURG.  —  LÉSIONS  ORGANIOUES.  —  NÉVROGLIE. 


de  forme  arrondie  et  le  plus  ordinairement  ovoïde,  elle  est  solide,  résis¬ 
tante,  douée  d’une  certaine  élasticité  ;  à  moins  qu’elle  n’ait  acquis  des 
dimensions  considérables,  sa  surface  est  égale  et  ne  présente  que  rare¬ 
ment  des  nodosités.  Parfois  ces  nodosités  offrent  une  certaine  fluctuation, 
ce  qui  s’explique  par  l’existence  de  poches  cystiques.  La  tumeur  est 
généralement  mobile,  quand  on  cherche  à  la  déplacer  suivant  un  plan 
perpendiculaire  à  la  direction  du  nerf  ;  sa  fixité  dans  cette  direction  pré¬ 
cise  constitue  un  signe  important.  Les  téguments  qui  la  recouvrent  ont 
conservé  leur  aspect  normal  ;  la  peau  glisse  facilement  et  on  n’y  remarque 
ni  coloration  spéciale,  ni  dilatations  vasculaires. 

Les  manœuvres  ayant  pour  but  de  délimiter  ou  de  déplacer  la  tumeur 
éveillent  plus  ou  moins  la  sensibilité  de  la  région.  Le  malade  éprouve 
alors,  dans  les  parties  qu’anime  le  tronc  nerveux  affecté,  tantôt  un  simple 
engourdissement  ou  des  fourmillements  analogues  à  ceux  que  détermine 
la  contusion  d’un  nerf,  tantôt  des  douleurs  très-vives,  qui  le  font  se  prêter 
difficilement  à  un  examen  prolongé.  Même  alors,  la  tumeur  peut  demeurer 
indolente.  Ces  accidents  douloureux  sont  aussi  déterminés  par  un  choc 
même  léger,  comme  une  chiquenaude,  par  certains  mouvements  du 
membre  (les muscles  dans  leur  contraction  comprimant  la  masse  morbide), 
enfin  par  le  simple  contact  des  vêtements.  P.  Foucault  a  voulu  expliquer 
cette  constance  de  la  douleur  provoquée,  par  la  situation  superficielle  des 
blets  nerveux  qui  le  plus  souvent  englobent  la  tumeur.  Un  fait  remar¬ 
quable,  signalé  par  J.  L.  Aronssohn,  a  étéconbrmé  depuis  par  tous  les  clini¬ 
ciens  ■:  c’est  que  la  pression  exercée  sur  le  nerf  au-dessus  du  névrome 
permet  d’explorer  celui-ci  sans  que  le  malade  éprouve  aucune  sensation 
pénible. 

La  douleur  spontanée,  que  nous  avons  dite  précéder  quelquefois  l’appari¬ 
tion  de  la  tumeur,  se  montre  d’une  manière  certaine  quand  celle-ci  a  pris 
un  volume  notable  et  dans  un  temps  relativement  court.  Le  tableau  qu’en 
a  tracé  Paul  Foucault  en  donne  une  idée  exacte.  D’abord  tolérable  et  se 
montrant  à  des  intervalles  éloignés,  «  cette  douleur  devient  peu  à  peu  plus 
fréquente  et  aussi  plus  intense.  Quelquefois  les  malades  apprennent  à  la 
calmer,  soit  par  la  compression  exercée  au-dessus  de  la  tumeur  (Aronssohn), 
soit  par  l’immersion  dans  l’eau  de  la  partie  affectée  (Dolbeau).  Ils  ne  tar¬ 
dent  pas  non  plus  à  s’apercevoir  que  certaines  circonstances  en  rendent  les 
manifestations  plus  répétées  :  tantôt  les  variations  atmosphériques  (Demar- 
quay,  Giraudet,  Lebert)  et  particulièrement  les  temps  froids  et  humides, 
tantôt  la  chaleur  du  lit  ;  dans  quelques  cas  les  douleurs  sont  surtout  noc¬ 
turnes  ;  s’il  s’agit  d’une  tumeur  du  nerf  sciatique,  la  station  debout,  la  marche, 
augmentent  les  douleurs  et  occasionnent  des  douleursdans  le  pied,  etc.  Une 
cause  d’aggi’avation  des  douleurs  que  nous  n’avons  vue  signalée  nulle  part, 
et  qui  était  bien  évidente  dans  un  câS  de  tumeur  sciatique,  au  creux  pro- 
plité,  est  l’apparition  des  règles.  Dans  ce  fait,  les  douleurs  spontanées  exis¬ 
taient  uniquement  aux  époques  menstruelles  et  elles  décidèrent  la  ma¬ 
lade,  contre  l’avis  de  plusieurs  chirurgiens,  à  subir  une  opération  grave. 
(Demarquay,  communication  orale). 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRDRGICALE.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  689 

«  Cette  douleur  consiste  le  plus  souvent  en  une  série  d’élancements  qui, 
partant  de  la  tumeur,  sont  ressentis  à  l’extrémité  du  membre  ;  rai’ement  le 
malade  la  compare  à  des  charbons  ardents,  à  une  décharge  électrique 
(Aronssohn,  Cabaret).  Bientôt  les  accès  prennent  une  violence  extrême; 
ils  débutent  brusquement,  puis  laissent,  après  quelques  secondes,  une  demi- 
minute  d’une  souffrance  intolérable,  un  état  d’endolorissement  non-seule¬ 
ment  de  la  partie  qu’est  venu  frapper  l’éclair  douloureux,  mais  encore 
qui  se  diffuse  aux  parties  voisines;  cela  dure  une  demi-heure  environ. 
Enfin  un  jour  arrive  où  les  accès  se  précipitent,  où  le  suivant  n’attend 
pas  la  fin  du  précédent,  et  ainsi  plonge  le  malade  dans  une  torture  sans 
fin.  « 

Pendant  l’accès,  on  a  quelquefois  observé  une  augmentation  de  volume 
de  la  tumeur  qui  paraît  éprouver  une  sorte  d’érection.  Labbé  et  Legros  ont 
trouvé  alors  que  la  tumeur  s’implantait  par  sa  base  sur  du  tissu  caverneux. 
L’explication  fournie  pour  des  cas  analogues  par  Foucault,  qui  croit  à 
une  contraction  locale  de  la  peau  s’appliquant  plus  e.xactement  sur  la  tu¬ 
meur,  ne  nous  paraît  pas  acceptable. 

Comme  la  sensibilité,  la  motilité  peut  être  affectée  dans  le  département 
du  nerf  malade.  Tantôt  les  muscles  qu’il  anime  sont  agités  de  tressaille¬ 
ments  spasmodiques,  tantôt  au  contraire  ils  présentent  de  la  contracture 
soit  passagère,  sous  forme  de  crampes,  soit  permanente.  Quelquefois  ce 
sont  tous  les  muscles  du  membre  qui  sont  pris  à  la  fois,  ce  qui  ne  peut  être 
expliqué  que  par  une  action  réflexe.  Celle-ci  devient  évidente  pour  les  cas 
où  l’accès  douloureux  s’accompagne  ou  est  suivi  de  convulsions  générales 
simulant  l’épilepsie.  Cayzergues  a  vu,  chez  un  de  ses  malades,  l’accès  se 
montrer  avec  les  caractères  de  l’anginé  de  poitrine. 

Des  lésions  de  la  nutrition  ont  été  exceptionnellement  observées  sur  les 
membres  où  siégeait  un  névrome  ;  en  effet,  la  continuité  du  nerf  n’est  pas 
le  plus  souvent  intéressée  et  le  tronc  au-dessous  de  la  tumeur  ne  présente, 
ainsi  que  l’a  constaté  Vulpian,  aucun  signe  de  dégénération.  Cependant 
Volkmann  a  signalé,  chez  le  malade  qui  se  présenta  à  son  examen,  une  atro¬ 
phie  des  doigts  qui  étaient  moins  longs  de  1  à  2  centimètres  ;  d’autre  part, 
Jacquart  a  trouvé,  dans  un  cas  de  névrome  du  médian,  que  «  l’atrophie 
avait  suivi  tous  les  filets  du  nerf,  pour  frapper  tous  les  muscles  ou  faisceaux 
de  muscles  auxquels  ils  se  rendent.  »  La  sécheresse  et  la  desquamation  de 
la  peau  ont  été  notées  par  plusieurs  autres,  entre  autres  par  EverardHome  ; 
mais  il  n’est  fait  nullement  mention  des  éruptions  cutanées  si  fréquentes  à 
la  suite  des  blessures  des  nerfs. 

Au  névrome  isolé  se  rattache  le  tubercule  sous-cutané  douloureux,  qui 
n’en  diffère  que  par  son  petit  volume,  sa  situation  superficielle,  son  siège 
éloigné  des  gros  troncs  nerveux  de  la  région  ;  cette  dernière  circonstance, 
seule,  peut  empêcher  de  reconnaître  si  on  a  véritablement  affaire  à  un  né¬ 
vrome  ou  à  un  fibrome  simple.  Quant  aux  phénomènes  cliniques,  ils  sont 
absolument  analogues  à  ceux  dont  l’histoire  vient  d’être  esquissée. 

La  même  réflexion  est  applicable  aux  névromes  d’amputation  ;  ici  cepen¬ 
dant  une  remarque  est  à  faire.  La  cause  de  la  douleur  névralgique,  qui  nous 
NOUV.  DICT.  DE  MÊD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  44 


690  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  organiques. 
échappe  dans  les  autres  cas,  apparaît  avec  évidence  :  suivant  la  remarque- 
de  ¥erneuil,  elle  se  trouve  dans  la  compression  du  névrome  entre  la  cica¬ 
trice  ou  le  lambeau  et  les  extrémités  osseuses.  L’éminent  clinicien  a  été 
conduit  ainsi  à  formuler  deux:  propositions  importantes  au  point  de  vue  du 
mode  d’amputation  ;  «  Toutes  les  fois  que  l’extrémité  d’un  moignon  sera 
destinée  à  supporter  directement  une  pression  continue,  il  faudra  rejeter 
les  procédés  à  lambeaux,  lorsque  l’inflexion  de  ces  derniers  placera  de  gros 
troncs  nerveux  dans  une  situation  telle  que  leur  renflement  terminal  aura 
à  supporter  cette  pression.  »  Et  plus  loin  :  «  Les  procédés  opératoires  pour¬ 
ront  être  conservés,  à  la  condition  qu’on  réséquera  dans  une  certaine 
étendue  les  gros  troncs  nerveux  dont  la  conservation  pourrait  amenèr  les 
accidents  précités.  » 

2“  Névrome  plexiforme.  —  Le  névrome  plexiforme  affecte  de  préférence 
les  régions  de  la  tête,  de  la  face  ou  du  cou  ;  il  est  le  plus  souvent  isolé, 
mais  on  l’a  vu  également  multiple  (Verneuil,  Margerin).  Son  début  a  lieu 
par  un  gonflement  peu  étendu  et  mal  limité,  sans  induration  ni  saillie 
manifeste.  On  ne  saurait  mieux  le  comparer  alors  qu’à  une  sorte  d’éléphan- 
tiasis.  Cette  tuméfaction  s’accroît  lentement  et,  avec  son  volume,  sa  mol¬ 
lesse  augmente.  Son  poids  semble  l’entraîner  et  là  où  elle  s’arrête,  il  se 
forme  un  pli  qui  recouvre  les  parties  voisines.  11  n’est  pas  rare  de  rencontrer 
au  bout  d’un  certain  temps,  des  plis  étagés  donnant  à  la  tumeur  une  phy- 
siononqie  particulière.  Par  suite  de  l’hypertrophie  des  éléments  glandulaires, 
la  peau  prend  un  aspect  rugueux,  comparé  à  celui  d’une  peau  d’orange. 
Si  la  tumeur  est  couverte  de  poils,  ceux-ci  deviennent  plus  longs,  plus 
nombreux  et  même  frisés  (Verneuil].  La  palpation  fournit  le  caractère  es¬ 
sentiel  de  ces  tumeurs.  Celui  qui  a  paru  pathognomonique  à  Burns,  à 
Billroth  et  à  Rizzoli,  c’est  une  irrégularité  de  la  masse  néoplasique,  dans^ 
laquelle  on  sent  des  cordons  noueux,  durs,  mobiles  au  milieu  d’une  subs¬ 
tance  moins  consistante  ou  même  molle.  Cette  disposition  racémiforme, 
semblable  à  celle  des  veines  du  cirsocèle  ou  à  celle  des  artères  de  l’ané¬ 
vrysme  cirsoïde,  a  fait  donner  par  Burns  à  ces  tumeurs  le  nom  de  névrome 
cirsoïde,  adopté  également  par  Rizzoli. 

Si  la  douleur,  tant  spontanée  que  provoquée,  est  le  symptôme  en  quel¬ 
que  sorte  obligé  du  névrome  simple,  elle  fait  complètement  défaut  dans  le 
névrome  plexiforme.  Dans  aucune  des  observations  que  nous  avons  con¬ 
sultées,  ce  symptôme  ne  se  trouve  noté.  Le  malade  n’est  gêné  que  par  la 
difformité  résultant  de  l’aspect  «  hideux  »  de  la  tumeur,  et  aussi  par  son 
volume,  qui  est  quelquefois  considérable.  Dans  un  cas  que  nous  avons  ob¬ 
servé  à  l’hôpital  Saint-André,  la  tumeur,  qui  siégeait  à  la  partie  gauche  du 
cou  (chez  une  jeune  fille  de  dix-neuf  ans),  s’étendait  de  l’épine  de  la  qua¬ 
trième  vertèbre  cervicale  à  la  région  mastoïdienne  ;  son  volume  égalait  ce¬ 
lui  des  deux  poings. 

3“  Névromes  généralisés.  —  L’absence  de  douleur  est  encore  la  règle 
dans  les  cas  de  névromes  généralisés.  Le  fait  a  frappé  tous  les  observa¬ 
teurs,  car  il  est  difficile  de  s’expliquer  cette  indolence  accompagnant  une 
altération  aussi  profonde  de  tout  le  système  nerveux,  quand  une  tumeur 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  ORGANIQUES.  691 

isolée  détermine  quelquefois  des  souffrances  atroces.  C’est  à  peine  si  chez 
certains  malades  on  a  observé  des  douleurs  de  caractère  rhumatoïde  ;  un 
malade  de  Houel  est  le  seul  qui  ait  vraiment  été  en  proie  à  une  véritable 
névralgie,  mais  dans  les  derniers  temps  seulement. 

L’affection  peut,  du  reste,  demeurer  longtemps  méconnue,  et,  sous  ce  rap¬ 
port,  il  convient  de  distinguer  deux  périodes  qui  sont  fort  tranchées.  La 
première  n’existe,  à  vrai  dire,  qu’au  point  de  vue  anatomo-pathologique, 
les  symptômes  cliniques  passant  d’ordinaire  inaperçus.  Les  convulsions 
auxquelles  étaient  sujets  certains  malades  (Schiffner,  Sangalli)  doivent  être 
rapportées  à  une  affection  congénitale  (crétinisme),  ou  à  une  lésion  de 
l’encéphale  (cysticerques).  La  paralysie  des  membres  observée  dans  quel¬ 
ques  cas  dépendait  non  point  de  l’altération  même  des  nerfs,  mais  de  leur 
compression  par  des  tumeurs  intra-rachidiennes.  Même  alors  que  les  deux 
pneumogastriques  étaient  affectés,  on  a  pu  ne  voir  aucun  trouble  de  la 
phonation,  de  la  respiration  ou  de  la  circulation  ;  cependant  une  malade 
de  Schenlein  (hypertrophie  considérable  du  ganglion  cervical,  névi’omes 
multiples  du  pneumogastique)  éprouvait  de  violents  accès  d’étouffe¬ 
ment. 

Dans  la  deuxième  période,  la  scène  change,  et  les  phénomènes  généraux 
sont  tout  prédominants.  Pâleur,  maigreur,  anorexie  quelquefois  accompa¬ 
gnée  de  vomissements,  diarrhée,  prostration  des  forces,  avec  agitation  et 
insomnie,  tel  est  te  cortège  des  symptômes  qui  précèdent,  chez  presque 
tous  les  malades,  la  terminaison  fatale.  Il  a  pu  faire  croire  à  des  accidents 
typhoïdes,  qui  n’étaient  en  réalité  que  la  conséquence  de  la  perturbation 
fonctionnelle  déterminée  par  l’évolution  de  la  maladie  antécédente  ;  c’est 
ce  qui  est  arrivé  à  Maher  et  Payen  pour  le  malade  dont  ils  ont  laissé  l’his¬ 
toire.  Cette  seconde  période,  qui  pourrait  être  dite  période  de  dépérisse¬ 
ment,  n’a  pas  beaucoup  varié  et  n’a  guère  dépassé  cinq  ou  six  mois  en  tout. 
Quant  à  la  première,  on  comprend,  pour  les  raisons  déjà  données,  que  l’on 
ne  puisse  exactement  déterminer  sa  durée. 

Follin,  s’appuyant  sur  les  recherches  de  Lebert,  a  donné  de  la  léthalité 
du  névrorae  généralisé  une  explication  que  nous  repi'oduisons  pour  mé¬ 
moire  :  «  Les  troubles  profonds  de  la  nutrition  qui  signalent  la  diathèse 
névromateuse,  se  comprendraient,  dit-il,  parfaitement,  si  l’observation  ul¬ 
térieure  permettait  de  généraliser  les  remarques  de  Lebert  sur  la  dispari¬ 
tion  des  cellules  nerveuses  ganglionnaires;  car  le  grand  sympathique  te¬ 
nant  la  nutrition  sous  sa  dépendance,  cette  nutrition  doit  alors  s’ai-rêter, 
ou  tout  au  moins  s’altérer  plus  ou  moins  profondément.  » 

■  Diagnostic  et  pronostic.  —  Le  névrome,  lorsqu’il  siège  sur  un  nerf  su¬ 
perficiel  d’un  certain  volume  et  qu’il  détermine  des  douleurs  névral¬ 
giques,  n’est  pas  difficile  à  reconnaître  ;  la  cessation  même  des  accidents 
douloureux  par  la  compression  du  nerf  au-dessus  de  la  tumeur  est  de  na¬ 
ture  à  éclairer  le  chirurgien  hésitant.  La  confusion  n’est  guère  possible 
qu’avec  une  tumeur  fibreuse,  voisine  d’un  tronc  nerveux  et  appuyant  sur 
lui  ;  mais  il  suffirait  de  la  déplacer  pour  qu’elle  devînt  indolente,  même  à 
la  palpation.  Quant  au  diagnostic  différentiel  d’avec  l’anévrysme,  les 


692  NERFS.  —  pathologie  chirurgicale.  —  lésions  organiques. 
symptômes  de  cette  dernière  affection  sont  tellement  tranchés  qu’il  serait 
oiseux  d’y  insister. 

Une  seule  variété  de  névrome  pourrait  prêter  à  l’erreur,  à  cause  de  sa 
rareté  :  c’est  le  kyste,  dont  Bertrand  a  rapporté  une  observation  dans  sa 
thèse;  mais,  dans  ce  cas,  l’affection  ne  s’était  annoncée  par  aucun  signé, 
et  fut  reconnue  seulement  à  l’autopsie.  De  plus,  le  fait  est  exceptionnel, 
ce  qui  ne  permet  pas  au  clinicien  de  s’arrêter  à  l’idée  d’une  tumeur  de 
cette  espèce,  car  le  diagnostic  ne  se  fait  pas  avec  des  exceptions. 

La  situation  profonde  du  nerf  sur  lequel  siège  la  tumeur  est,  on  le  com¬ 
prend,  de  nature  à  rendre  les  difficultés  plus  grandes;  c’est  à  peine  si  on 
pouri-a  la  soupçonner  d’après  les  troubles  apportés  à  la  fonction  de  ce  nerf. 
Rappelons,  comme  exemple,  le  fait  de  P.  Bérard,  cité  dans  le  Compendium, 
d’un  névrome  siégeant  sur  le  nerf  phrénique  et  donnant  lieu  à.  tous  les 
signes  de  l’angine  de  poitrine. 

Au  point  de  vue  clinique,  le  tubercule  sous-cutané  douloureux  sera  im¬ 
médiatement  reconnu  aux  caractères  suivants  :  tumeur  petite,  dure,  su¬ 
perficielle,  douloureuse  à  la  pression  et  servant  de  point  de  départ  à  des 
irradiations  névralgiques;  mais  il  sera  malaisé  de  dire  si  l’on  a  affaire  véri¬ 
tablement  à  un  névrome.  La  difficulté  ne  saurait  être  résolue  que  pendant 
l’extirpation  de  la  tumeur,  le  fibrome  donnant  lieu  à  des  phénomènes  abso¬ 
lument  analogues. 

Quant  au  névrome  plexiforme,  la  date  de  son  apparition,  qui  a  lieu  soit 
à  la  naissance,  soit  dans  le  jeune  âge,  son  siège,  son  aspect  irrégulier  dû 
aux  plicatures  de  la  surface,  enfin,  et  surtout,  la  sensation  de  cordons  durs, 
mobiles  et  noueux,  ne  laissent  pas  de  place  à  l’hésilation. 

11  n’existe  pas  de  signes  susceptibles  de  faire  diagnostiquer  les  névromes 
généralisés,  si  les  tumeurs  ne  sont  pas  accessibles  aux  moyens  ordinaires 
d’exploration.  Même  dans  ce  dernier  cas,  on  pourra  tout  au  plus  reconnaître 
la  période  à  laquelle  est  arrivé  le  mal,  quand  apparaîtront  les  symptômes 
de  dépérissement. 

Le  pronostic  du  névrome  est  toujours  grave.  A  l’état  isolé,  la  tumeur 
donne  lieu  à  des  accidents  sérieux,  qui  ne  peuvent  disparaître  que  par  une 
intervention  chirurgicale  :  le  plus  ou  moins  de  facilité  de  cette  intervention 
diminue  ou  augmente  la  gravité  du  pronostic  ;  il  en  est  de  même  de  l’in¬ 
tensité  plus  ou  moins  vive  des  douleurs,  de  la  rapidité  plus  ou  moins 
grande  du  développement  de  la  tumeur. 

D’après  les  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  la  question,  la  généralisation 
du  névrome  entraînerait  presque  nécessairement  la  mort. 

Traitement.  —  «  Si  l’on  assistait,  dit  Tillaux,  au  début  de  la  formation 
d’un  névrome,  suite  de  contusion,  on  pourrait  peut-être,  par  des  émissions 
sanguines  locales,  arrêter  le  développement  de  la  tumeur,  et  plus  tard,  par 
des  topiques,  essayer  d’en  obtenir  la  résolution.  »  Ce  conseil  a  été  reproduit 
par  Follin;  mais  on  peut  affirmer  qu’il  est  uniquement  fondé  sur  des  vues 
théoriques,  la  guérison  du  névrome  n’étant,  suivant  la  remarque  de  Vir¬ 
chow,  pas  plus  à  espérer  que  sa  résolution  spontanée. 

L’intervention  directe  du  chirurgien  est  la  seule  méthode  de  traitement 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  LÉSIONS  ORGANIOUES.  693 

rationnelle  :  si,  dans  certains  cas,  elle  est  offerte  au  malade  dans  le  but  de 
prévenir  une  aggravation  de  ses  peines,  elle  est  le  plus  souvent  exigée  par 
lui  comme  l’unique  moyen  de  le  débarrasser  des  affreuses  souffrances  quïl 
endure. 

La  douleur,  telle  est  donc  l’indication  principale  d’après  laquelle  le  chi¬ 
rurgien  doit  se  décider  ;  mais  n’existe-t-il  pas  des  circonstances  qui  puis-, 
sentie  faire  hésiter  devant  l’opération  qu’on  réclame?  N’y  a-t-il  pas,  en  un 
mot,  de  contre-indications  de  l’intervention  directe?  On  a  voulu  en  voir 
dans  le  volume  de  la  tumeur,  dans  son  siège  sur  un  nerf  important,  dans 
ses  rapports  avec  de  gros  troncs  vasculaires  :  mais  aucune  de  ces  conditions 
n’est  de  nature  à  commander  l’abstention.  Le  volume  d’une  tumeur,  dans 
les  limites  où  se  renferme  celui  du  névrome,  n’arrêtera  jamais  un  chirur¬ 
gien,  à  moins  que  la  tumeur  ne  pousse  au  loin  des  prolongements,  ce  dont 
on  ne  s’apercevra  point  avant  l’opération,  et  ce  qui,  dans  le  cas  actuel, 
n'a  jamais  été  observé.  L’importance  du  nerf  affecté  n’a  pas  une  valeur  plus 
grande,  lors  même  qu’on  sera  obligé  d’en  réséquer  une  certaine  étendue  ; 
les  faits  recueillis  par  Letiévant,  celui  de  Hédenus  cité  par  Virchow,  l’ob¬ 
servation  de  Lanelongue,  sont  là  pour  prouver  que  le  rétablissement  des 
fonctions  s’opère  alors  très-bien.  Quant  à  la  proximité  des  vaisseaux,  c’est 
là  une  contre-indication  qui  peut  se  rencontrer  avec  toutes  les  tumeurs, 
lorsqu’elles  siègent  dans  certaines  régions,  et  dont  il  est  toujours  fort  diffi¬ 
cile  d’apprécier  la  rigueur.  La  seule  contre-indication  qui,  suivant  nous, 
doive  être  respectée,  est  celle  que  l’on  tire  de  l’existence  de  plusieurs  tu¬ 
meurs  sur  le  même  nerf;  encore,  dans  ce  cas,  le  chirurgien  peut-il  prati¬ 
quer  une  opération  palliative,  la  section  du  nerf.  Même  la  généralisa¬ 
tion  des  tumeurs  n’est  pas  un  obstacle  à  toute  intervention  :  l’ablation 
d’une  tumeur  que  son  siège  ou  d’autres  circonstances  rendaient  très-dou¬ 
loureuse,  a  pu  adoucir  les  derniers  mois  de  l’existence  d’un  malade. 

L’opération  décidée  peut  s’exécuter  d’après  des  procédés  différents,  qui 
sont  ; 

1°  L’énucléation,  consistant  à  extirper  le  névrome  en  épargnant  le 
nerf  ; 

2°  L’extirpation,  dans  laquelle  est  sacrifiée  la  portion  du  nerf  où  siège 
la  tumeur  ; 

3®  La  section  du  nerf  au-dessus  de  la  tumeur  ; 

4°  La  destruction  de  la  tumeur  par  les  caustiques. 

L’amputation,  qui  a  été  de  rigueur  dans  certains  cas,  n’est  pas  un 
mode  de  traitement  du  névrome  ;  ce  n’est  qu’un  aveu  d’impuissance  de 
l’art. 

1°  Enucléation. —  L’énucléation  est,  de  toutes  les  méthodes  que  nous  ve¬ 
nons  d'énumérer,  la  plus  généralement  applicable  aux  névromes;  c’est 
elle  que  le  chirurgien  qui  se  décide  à  intervenir  activement  doit  avoir  en 
vue,  car  elle  permet  de  conserver  la  plus  grande  pai'tie  des  voies  naturelles 
de  transmission  nerveuse.  Le  procédé  opératoire  est  des  plus  simples  ;  la 
tumeur  mise  à  nu,  une  incision,  dirigée  suivant  l’axe  du  nerf,  ouvre  la 
capsule  fibreuse  où  elle  est  contenue  et  sur  laquelle  rampent  les  filets 


694  NERFS.  —  pathologie  chirurgic.ale.  —  lésions  organiüues. 
nerveu.K  dissociés.  Le  décollement  et  l’énucléation  de  la  masse  morbide 
s’exécutent  alors  très-facilement.  La  coque  peut  être  respectée,  mais  on 
peut  aussi  en  réséquer  une  partie,  en  ayant  soin  de  rejeter  de  côté  les  filets 
nerveux. 

L’énucléation  a  été  pratiquée  par  Roux  pour  une  tumeur  du  nerf  poplité 
externe,  par  Velpeau  et  Bickersteth  pour  des  tumeurs  du  grand  nerf  scia¬ 
tique,  par  Bonnet  pour  un  névromedu  sciatique  poplité  interne.  Letiévant, 
Lanelongue  (de  Bordeaux)  y  ont  eu  également  recours  chez  leurs  ma¬ 
lades. 

Il  faut  rapprocher  de  l’énucléation  le  procédé  qui  consiste  à  enlever  le 
névrome,  tout  en  respectant  le  tronc  nerveux  qu’il  englobe.  Ce  n’est  même 
à  proprement  parler  qu’une  énucléation  du  nerf.  Tel  fut  le  procédé  suivi 
par  Roux  et  par  Duncan  dans  deux  cas  de  tumeurs  du  sciatique,  par  Virchow, 
pour  un  myxome  du  nerf  péronier. 

C’est  encore  à  l’énucléation  que  se  rattache  Tablation  du  névrome  latéral 
par  section  du  pédicule  qui  l’unit  au  nerf.  Leboucq  a  publié  dans  sa  thèse 
une  observation  de  cette  nature  empriintée  à  ta  pratique  de  \T)illemier.  Le 
môme  auteur  rapporte  un  fait  qui  prouve  que  l’énucléation  offre  quelquefois 
des  difficultés  insurmontables.  Il  s’agit  d’un  névrome  du  médian  que 
Chassaignac  essaya  vainement  d’énucléer.  L’opération  dut  être  abandonnée, 
le  chirurgien  ne  voulant  pas  sacrifier  le  nerf. 

Rappelons,  pour  en  terminer  avec  l’énucléation,  le  conseil  étrange 
donné  par  Bickersteth  qui,  pour  diminuer  les  dangers  de  l’opération, 
veut  que  l’on  coupe  le  nerf  à  une  certaine  distance  au-dessus  de  la  tu¬ 
meur. 

2“  Extirpation.  —  Quand  le  nerf  a  complètement  disparu  au  milieu  de 
la  masse  du  névrôme,  l’énucléation  est  devenue  impossible,  et  le  chirur¬ 
gien  doit  se  résigner  au  sacrifice  de  la  portion  de  nerf  sur  laquelle  repose 
la  tumeur.  Le  manuel  de  l’opération  ne  présente  rien  de  particulier  ;  il 
convient  cependant,  pour  prévenir  la  douleur,  de  pratiquer  préalablement 
la  section  du  nerf  au-dessus  du  névrome.  Nélaton  a,  dans  un  cas,  employé 
la  suture  des  deux  bouts.  Sans  accorder  à  ce  moyen  toute  l’importance 
que  son  auteur  voulait  lui  attribuer,  il  n’est  pas  inutile  d’y  avoir  recours,  la 
suture  rendant  plus  rapide  la  régénération  nerveuse. 

L’extirpation,  en  dehors  de  la  condition  que  nous  venons  de  dire, 
s’impose  pour  le  tubercule  douloureux  et  pour  le  névrome  plexiforme. 
Sa  bénignité  est  alors  remarquable,  car  elle  n’a  guère  donné  que  des 
succès. 

3°  Section  du  nerf  au-dessus  de  la  tumeur.  —  Le  siège  du  névrome  sur 
un  nerf  profondément  situé,  l’existence  de  plusieurs  tumeurs  sur  un  même 
tronc  peuvent  rendre  impossible  l’application  des  deux  précédentes  mé¬ 
thodes.  Gu  bien  encore  le  chirurgien  peut  avoir  affaire  à  un  cancer  du  nerf 
développé  secondairement  et  donnant  lieu  à  des  douleurs  névralgiques 
violentes,  sans  que  Ton  puisse  en  tenter  l’ablation.  Nécessité  est  donc  de 
recourir  à  une  opération  palliative,  la  section  ou  mieux  la  résection  du 
tronc  affecté.  Malheureusement,  le  bénéfice  de  cette  opération  n’est  sou- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  CHIRURGICALE.  —  BIBLIOGRAPHIE.  695 

■vent  que  temporaire,  et  le  chirurgien  se  voit  dans  l’obligation  de  pratiquer 
une  section  nouvelle  sur  un  point  plus  élevé,  ou  même  de  sacrifier  le 
membre.  Azam  a  publié,  en  186ü,  une  observation  de  névralgie  du  moi¬ 
gnon,  intéressante  au  point  de  vue  qui  nous  occupe.  11  s’agit  d’un  homme 
-qui,  ayant  subi  l’amputation  de  la  jambe  au  lieu  d’élection,  fut  pris,  trois 
mois  après,  de  douleurs  très-violentes  du  moignon  avec  irradiations  dans 
toute  la  cuisse.  Une  première  résection  du  sciatique  poplité  externe 
n’amena  aucun  résultat.  Une  seconde  résection  pratiquée  sur  le  tronc  même 
•du  grand  nerf  sciatique,  à  la  partie  moyenne  de  la  cuisse,  amena  la  guéri¬ 
son  définitive. 

Cautérisation.  — ■  La  cautérisation  qui,  au  dire  de  Virchow,  aurait 
■été  fort  en  vogue  autrefois,  a  été  récemment  préconisée  par  Legrand.  Elle  a 
le  double  inconvénient  d’être  fort  douloureuse  et  de  ne  pouvoir  être 
limitée  dans  son  action,  exposant  ainsi  à  détruire  des  organes  impor¬ 
tants  ;  en  outre,  elle  nécessite  des  applications  réitérées  du  caustique  et 
donne  lieu  à  des  pertes  de  substance  notables  et  à  des  suppurations  très- 
longues. 

Les  résultats  cliniques  n’ont  rien  d’encourageant  :  pour  un  névrôme  du 
saphène,  Legrand  dut  s’y  reprendre  à  seize  fois.  :  pour  un  névrome  du 
sciatique,  il  avait  fait  sept  cautérisations  et  voulait  en  pratiquer  de  nou¬ 
velles,  quand  il  en  fut  empêché  par  un  chirurgien  consultant.  On  fit  alors 
l’extirpation  de  la  tumeur  avec  résection  du  nerf. 

Enfin,  quand  tous  les  moyens  ont  échoué,  que  la  section  du  nerf  demeure 
impuissante  à  calmer  les  douleurs,  l’amputation  peut  venir  en  question. 
Mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  c’est  là  une  méthode  exceptionnelle  qui  sera 
mise  en  usage  seulement  après  des  tentatives  moins  radicales,  où  lorsque, 
pendant  un  essai  d’extirpation,  le  chirurgien  découvre  des  altérations  inat¬ 
tendues  (Blandin). 

Nous  sommes  loin,  on  le  voit,  de  l’époque  où,  en  vertu  de  l’opinion 
généralement  acceptée  sur  la  nature  cancéreuse  du  névrome,  le  saci’ifice 
du  membre  était  posé  en  principe. 

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Georges  Poinsot. 


PATHOLOCrIE  MÉDICALE.  —  Congestion  des  neefs.  —  Les 

nerfs  sont  vasculaires  et,  partant,  sont  exposés  à  toutes  les  modifications 
pathologiques  inhérentes  à  la  présence  des  vaisseaux. 

A  ce  titre,  la  congestion  doit  figurer  au  premier  rang  des  états  morbides 
dont  les  nerfs  peuvent  être  le  siège. 

Quoique  très-fréquente,  cette  condition  pathologique  n’a  pas  été  signalée 
par  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  les  affections  des  nerfs  ;  elle  mérite  cepen¬ 
dant  une  description  spéciale,  et  l’on  doit  savoir  gré  à  Weir  Mitchell  d’avoir 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  CONGESTION.  699 

essayé  d’éclairer,  par  ses  recherclies  personnelles,  ce  point  important  de, 
névrologie  pathologique.  «  Une  congestion  plus  ou  moins  intense,  écrit-.il 
dans  sa  remarquable  monographie,  se  produit  toujours  lorsque  des  tissus 
refroidis  ou  congelés  par  quelque  moyen  que  ce  soit  reviennent  à  une 
température  ordinaire.  Le  tissu  nerveux  ne  fait  pas  exception  à  cette  loi. 
Dans  le  cerveau,  dans  la  moelle,  dans  les  troncs  nerveux,  le  retour  de  la 
chaleur  s’annonce  toujours  par  une  congestion  sanguine,  dont  les  symp¬ 
tômes  varient  avec  la  région  atteinte.  Les  altérations  de  tissu  produites 
directement  par  la  congélation  interviennent  sans  doute,  mais  à  un  faible 
degré,  dans  la  production  de  ces  symptômes.  On  a  observé,  en  effet,  que 
l’intensité  de  ces  accidents  et  le  moment  de  leur  apparition  sont  dans  un 
rapport  étroit  avec  l’apparition  et  l’intensité  de  la  congestion.  » 

Weir  Mitchell,  à  l’aide  de  procédés  de  réfrigération,  a  pu  produire  des 
congestions,  dont  il  a  étudié  le  complexus  symptomatique  chez  l’homme  et 
l’anatomie  pathologique  chez  les  animaux.  Lorsque  l’action  du  froid  est  de 
courte  durée,  elle  détermine  une  congestion  qui  disparaît  bientôt,  et  ne 
laisse  ordinairement  après  elle  aucun  signe  physique  que  l’on  puisse 
apercevoir  à  la  loupe! 

Si  la  réfrigération  est  plus  prolongée,  ou  souvent  répétée,  les  altérations 
auxquelles  elle  donne  lieu  sont  les  suivantes  :  le  nerf  paraît  plus  volu¬ 
mineux  et  de  coloration  plus  sombre  qu’à  l’état  normal.  Les  coupes  rendent 
manifeste  l’accroissement  dans  le  nombre  des  vaisseaux  et  des  ruptures 
vasculaires  nombreuses  qui  ont  donné  naissance  à  des  caillots  interfibril- 
laires  ;  dans  quelques  cas,  des  stries  rougeâtres  témoignent  que  l’épanche¬ 
ment  sanguina  suivi  les  interstices  cellulaires  qui  séparent  les  filets  nerveux. 

Lorsqu’on  soumet  le  nerf  cubital  de  l’homme,  au  niveau  du  coude,  à  un 
froid  considérable ,  en  projetant  sur  ce  point,  à  l’aide  du  pulvérisateur  de 
Richardson,un  jet  d’éther  ou  bien  de  rhigolène  (Bigelow,  Hammond),  l’acti¬ 
vité  fonctionnelle  du  nerf  est  tout  d’abord  suspendue;  puis  lorsque  le  ré¬ 
chauffement  commence  à  se  produire,  apparaît  un  groupe  de  symptômes, 
que  Weir  Mitchell  et,  avant  lui,  Waller  ont  avec  raison  rapporté  à  la 
congestion  consécutive  du  nerf. 

C’est,  en  premier  lieu,  une  douleur  très-vive  dans  le  membre  correspon¬ 
dant,  surtout  marquée  dans  le  petit  doigt,  le  côté  interne  du  médius  et 
l’éminence  hypothénar.  Lorsque  le  refroidissement  a  atteint  un  certain 
degré,  la  douleur  cesse  subitement,  et  il  semble  que  le  membre  soit  dans 
son  état  normal.  Alors  commence  un  engourdissement  qui  s’étend  à  toutes 
les  parties  innervées  par  le  cubital,  et  qui  s’accroît  jusqu’à  ce  que  les  sen¬ 
sibilités  générale,  tactile  et  thermique  aient  entièrement  disparu.  La  moti¬ 
lité,  qui  est  légèrement  compromise  dès  le  début,  persiste  la  dernière  ;  elle 
diminue  enfin  et  disparaît  complètement.  Bientôt  après,  il  se  produit  une 
sensation  d’engourdissement  qui  va  croissant  ;  la  température  s’élève  len¬ 
tement;  une  sensation  de  chaleur  se  manifeste  dans  la  région  cubitale,  en 
même  temps  qu’une  abondante  sudation.  Avec  ces  changements  coïncident, 
dans  la  région  du  coude,  des  phénomènes  intéressants  présentés  par  le 
nerf  cubital.  Son  irritabilité  devient  extrême,  le  moindre  choc  détermine 


700  NERFS.  —  PATHOLOGIE  médicale.  —  CONGESTION, 

une  douleur  légère  dans  le  troisième  et  le  quatrième  doigt,  et  une  flexion 
subite  de  la  première  phalange  de  tous  les  doigts,  sauf  le  pouce,  pour 
lequel  ce  mouvement  est  remplacé  par  l’adduction. 

Weir  Mitchell,  attribuant  à  la  congestion  du  nerf  les  symptômes  qui 
accompagnent  le  réchauffement,  les  décrit  ainsi  :  «  Le  nerf  reste  doulou¬ 
reux  dans  la  région  du  coude  et  à  quelque  distance  au-dessus  et  au-dessous 
de  l’articulation,  le  plexus  brachial  devient  plus  sensible  (Waller)  ;  dans 
cette  période,  on  peut  observer  un  affaiblissement  du  cœur  et  même  une 
syncope  ;  d’autres  fois,  quelques  sensations  vertigineuses.  » 

Lorsque  la  réfrigération  a  été  intense,  des  désordres  se  produisent  dans 
la  sphère  de  distribution  du  nerf  :  après  plusieurs  heures  ou  plusieurs 
jours,  il  y  a  encore  une  hyperesthésie  superficielle,  de  l’engourdissement, 
des  picotements,  une  perte  partielle  des  propriétés  fonctionnelles,  en 
même  temps  qu’une  légère  tuméfaction,  perçue  comme  sensation  distincte 
et,  du  reste,  parfaitement  appréciable  à  l’œil. 

Si  la  réfrigération  a  été  moins  intense,  il  subsiste  pendant  quelques 
heures  un  sentiment  de  malaise  et  des  sensations  variées  qui  échappent  à 
toute  description.  Dans  un  cas  rapporté  par  Waller,  ces  symptômes  per¬ 
sistèrent  pendant  onze  jours;  dans  les  expériences  de  W.  Mitchell,  leur 
durée  hahituelle  oscillait  entre  dix  et  quatorze  jours. 

Telles  sont  les  précieuses  données  fournies  par  les  expériences  de  ces 
deux  physiologistes  éminents,  et  l’on  peut  conclure  avec  eux  que  les  symp¬ 
tômes  de  la  congestion  des  gros  troncs  nerveux  sont  :  l’engourdissement, 
l’hyperesthésie,  les  fourmillements,  les  picotements  légers,  la  perte  plus 
ou  moins  complète  de  la  motilité.  Si  donc  on  rencontre,  dans  la  pratique, 
un  pareil  complexus  de  symptômes  dans  le  domaine  d’un  nerf,  joint  à  de 
la  douleur  à  la  pression  sur  un  ou  plusieurs  points  de  son  trajet,  on  sera 
en  droit  de  conclure,  en  se  fondant  sur  ces  prémisses  pathologiques,  qu’il 
existe  une  hyperémie  de  ce  tronc  nerveux. 

Le  processus  pathologique,  provoqué  par  Weir  Mitchell,  comprend 
deux  termes  essentiellement  différents  :  d’une  part,  la  réfrigération,  qui 
n’est  à  proprement  parler  qu’un  premier  degré  de  congélation  du  nerf  et 
des  tissus  ambiants  ;  et,  d’autre  part,  la  congestion  réflexe  qui  succède  au 
refroidissement.  Or,  le  froid  excessif,  appliqué  sur  un  tronc  nerveux,  peut 
modifier  directement  la  constitution  physique  et  chimique  des  tubes  eux- 
mêmes.  Dans  ses  études  sur  la  congélation,  Crecchio  a  vu  que  la  moelle 
des  tubes  nerveux  se  solidifiait,  et  qu’il  en  résultait  immédiatement  la 
suppression  de  toute  manifestation  nerveuse  dans  le  membre  soumis  à  la 
glace.  Il  est  probable,  d’après  ce  que  nous  savons  des  rôles  respectifs  de  la 
myéline  et  du  cylindre  axile,  que  celui-ci  est  atteint  dans  ce  cas.  Ne  sait- 
on  pas  inversement  que  l’excès  de  calorique  fait  fondre  la  myéline.  Wôhler 
a  constaté,  par  des  expériences  directes,  que  le  degré  de  fusion  de  cette 
substance  varie  avec  l’espèce  animale,  et  qu’il  y  a  toujours  une  relation 
constante  entre  ce  point  de  fusion  et  le  moment  où  le  nerf  perd  toute  son 
irritabilité.  De  son  côté,  Ranke  a  été  conduit  à  admettre  la  rigidité  des 
nerfs  par  la  chaleur,  au  même  titre  que  la  rigidité  musculaire. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  701 

Il  est  évident  qu’il  y  a  là,  comme  le  fait  très-judicieusement  observer 
Poincaré,  une  question  de  plus  ou  de  moins,  et  que  si  les  variations  de 
température  s’effectuant  sous  une  faible  échelle  ne  peuvent  pas  enrayer 
complètement  le  fonctionnement  des  nerfs,- elles  sont  toutefois  capables  de 
le  modifier.  Indépendamment  de  ce  processus  purement  physico-chimique 
de  la  réfrigération,  on  ne  saurait  nier  l’existence  des  phénomènes  liés  au 
travail  dynamique  de  la  congestion  des  nerfs. 

Cette  hyperémie  active  des  troncs  nerveux  peut  être  spontanée.  Il  paraît 
en  être  ainsi  dans  les  cas  de  douleurs  .nerveuses  qu’on  attribue  au  froid,  et 
qn’on  désigne  improprement  sous  le  titre  de  Névralgies  rhumatismales. 
Il  y  aurait  là  une  action  vaso-motrice  réflexe.  La  sensation  cutanée, 
apportée  par  les  tubes  sensitifs,  réagirait  sur  les  centres  vaso-moteurs 
correspondant  aux  vaisseaux  du  même  cordon  nerveux,  de  même  que  la 
piqûre  d’un  doigt  dilate  les  vaisseaux  autour  du  point  piqué.  Le  courant 
centripète  appartiendrait  aux  tubes  propres  du  nerf,  le  courant  centrifuge 
aux  nervi  nervorum,  qui  ont  probablement  pour  mission  d’animer  les 
vaisseaux  des  nerfs  {voy.  Névralgies).  Les  tubes  moteurs  n’échappent  pas 
plus  que  les  sensitifs  à  cette  action  réflexe  du  froid.  Les  faits  cliniques, 
tout  en  confirmant  les  données  expérimentales  de  W.  Mitchell,  montrent, 
en  effet,  que  cet  agent  peut  rendre  le  système  nerveux  périphérique  inca¬ 
pable  de  remplir  le  rôle  indispensable  qu’il  joue  dans  l’exercice  de  la  mo¬ 
tilité.  Capozzi  a  fourni  une  observation  qui  est  de  nature  à  démontrer  que 
la  cause  de  certaines  paralysies  a  frigore  réside  bien  dans  le  système  ner¬ 
veux  périphérique.  Le  sujet,  qui  fut  atteint  de  cette  affection  pour  être  resté 
couché  en  hiver  avec  les  fenêtres  ouvertes,  n’avait  de  paralysé  absolument 
que  les  muscles  des  membres.  Ceux  du  tronc  et  du  cou  étaient  restés  par- 
simplement  libres  de  fonctionner.  Ce  cas  ne  peut  donc  s’expliquer  que  par 
une  influence  purement  périphérique.  Cette  influence  du  froid  est-elle 
purement  fonctionnelle  ou  altère-t-elle  réellement  les  tubes  nerveux?  La 
constance  de  la  guérison  de  telles  paralysies  fait  repousser  l’hypothèse 
d’une  lésion  matérielle  profonde,  et  semble  militer  en  faveur  de  l’hyperé- 
mie  réflexe  des  troncs  nerveux.  On  a  fait  dériver  certaines  contractures 
partielles  considérées  comme  une  forme  du  rhumatisme,  d’une  hyperémie 
et  d’un  œdème  des  nerfs.  Certains  auteurs  ont  voulu  faire  jouer  un  rôle 
prépondérant  à  l’hyperémie  locale  du  cordon  nerveux  et  à  son  extension 
ultérieure  dans  la  pathogénie  du  tétanos  (Jobert,  Lepelletier  de  la  Sarthe, 
Froriep,  Wunderlich,  Bro-vvn  Sequard)  ;  mais  nous  nous  garderons  bien  de 
les  suivre  dans  cette  voie  pleine  d’obscurités,  où  les  théories  décevantes 
remplacent  la  saine  et  judicieuse  observation  des  faits. 

Quelle  que  soit  l’importance  pathologique  réservée,  dans  l’avenir,  à  la 
congestion  des  nerfs,  l’impossibilité  du  contrôle  anatomique  de  cet  état 
morbide  en  rend  l’observation  difficile,  et  oblige  à  n’accepter  qu’avec  ré¬ 
serve  les  accidents  qui  lui  ont  été  attribués.  Mais  si  l’on  peut  encore  sus¬ 
pecter  sa  fréquence,  nul  ne  saurait  aujourd’hui  mettre  en  doute  sa  réalité. 

IVévs'ite.  —  La  congestion  des  nerfs  peut  être  suivie  de  leur  inflamma¬ 
tion,  et  il  en  résulte  ce  que  les  pathologistes  ont  appelé  une  névrite.  C'est 


702 


NEUFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE. 


une  histoire  obscure  et  difficile  entre  toutes  que  celle  de  la  névrite  ;  malgré 
le  nombre  et  l’importance  des  travaux  publiés  sur  cette  question,  malgré 
l’habileté  consciencieuse  de  ceux  qui  les  ont  entrepris,  il  est  encore  impos¬ 
sible,  dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  de  présenter  une  étude  com¬ 
plète  de  la  névrite;  mais  les  sérieuses  recherches  de  nos  pathologistes 
contemporains  permettent  d’entrevoir,  dans  un  avenir  plus  ou  moins 
éloigné,  la  possibilité  d’une  description  exacte.  Déjà  même  on  doit  con¬ 
stater  combien  le  champ  de  la  névrite,  naguère  si  restreint  et  si  obscur, 
s’est  élargi,  en  s’éclairant  des  lumières  de  la  physiologie  et  de  l’anatomie 
pathologiques. 

Boerhaave  avait  déjà,  au  siècle  dernier,  entrevu  le  rôle  quejoue  l’inflam¬ 
mation  locale  dans  les  affections  des  nerfs  ;  mais  il  avait  eu  le  tort  de  con¬ 
tester  à  ces  organes  eux-mêmes  la  faculté  de  s’enflammer.  Suivant  lui, 
l’inflammation  n’envahissait  jamais  les  tubes  nerveux,  et  restait  toujours 
limitée  au  névrilème  :  «  Nemo  forte  unquam,  »  écrit-il,  «  vidit  inflamma- 
tionem  in  nervo,  hæc  vero  si  contingat,  in  sola  tunica  «  vaginali  hæret.  » 
Et  plus  loin  il  émet  l’opinion  que  cette  lésion,  comprimant  le  nerf,  c’est- 
à-dire  sa  pulpe,  peut  produire  une  paralysie  qui  cesse  avec  sa  cause. 

De  son  côté,  l’illustre  Cotugno  soupçonna  l’importance  du  processus 
phlegmasique  dans  certaines  névralgies  sciatiques,  et  rapporta  la  variété 
arthritique  de  cette  affection  à  la  présence  d’un  exsudât  ou  d’une  exhala¬ 
tion  séreuse  dans  la  gaine  des  cordons  nerveux. 

Plusieurs  années  après,  Ploucquet  etNasse  établirent  l’existence  et  tracèrent 
les  caractères  de  l’inflammation  du  tissu  nerveux.  Joseph  Frank,  de  son  côté, 
présenta  quelques  considérations  sur  la  névrite,  qu’il  distingua  de  la 
névralgie  ;  mais  il  eut  soin  d’ajouter  :  «  Que  cette  partie  de  la  pathologie  qui 
s’occupe  des  maladies  de  chaque  nerf  en  particulier  est  tellement  pauvre, 
que  si  l’on  en  excepte  les  maladies  des  nerfs  de  la  face  et  des  extrémités, 
et  surtout  des  extrémités  inférieures,  il  existe  un  si  petit  nombre  de  faits 
relatifs  aux  maladies  spéciales  des  nerfs  intercostaux,  des  nerfs  vagues, 
que  l’on  pourrait  à  peine  en  remplir  deux  pages  ». 

Hildenbrand,  dans  le  court  chapitre  qu’il  consacre  à  la  névrite,  distingue 
l’inflammation  du  névrilème  (névrilémite,  névrite  de  Boerhaave),  de  la 
névromyélite  ou  inflammation  de  la  pulpe  nerveuse  (névrite  parenchyma¬ 
teuse  des  auteurs  modernes). 

Jusque-là,  l’existence  de  la  névrite  était  entrevue,  soupçonnée  plutôt  que 
démontrée.  Les  faits  anatomo-pathologiques,  rapportés  par  Yan  de  Kier, 
Martinet  et  Swan,  viennent  en  affirmer  l’existence  ;  et  Gendrin,  dans  son 
remarquable  traité  des  inflammations,  consacre  un  double  chapitre  aux 
névrites  aiguës  et  chroniques,  dont  il  étudie  avec  soin  les  lésions  macro¬ 
scopiques.  Quelques  années  avant  lui,  Dugès,  dans  son  Blémoire  sur  la 
névrite  puerpérale,  en  avait  admis  cinq  espèces  :  1°  simple,  2“  œdéma¬ 
teuse,  3“  phlegmoneuse,  4°  œdémato-phlegmoneuse,  5°  gangréneuse;  mais 
les  quatre  dernières  variétés  décrites  par  cet  auteur  ne  se  rapportent 
pas  à  la  névrite,  nous  n’en  prendrons  pour  exemple  que  la  phlegmatia 
alba  dolens,  que  Dugès  a  confondue  avec  l’infl  ammation  du  nerf  sciatique. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  703 

La  névrite  fut  étudiée  et  décrite,  à  Turin,  par  Griffa  et  par  Ascanius  So- 
brero  ;  à  Utrecht,  par  Van  der  Lith  ;  à  Vienne,  par  Rokitansky  ;  à  Berlin,  par 
Romberg  ;  à  Montpellier,  par  Dubreuilh  ;  à  Paris  enfin,  par  Ollivier  (d’An¬ 
gers),  Beau  et  Valleix. 

En  dépit  des  recherches  de  ces  derniers  auteurs,  l’étude  de  la  névrite  resta 
à  peu  près  stationnaire  jusque  dans  ces  dix  dernières  années.  En  1862,  les 
admirables  recherches  d’Auguste  Waller  vinrent  éclairer  d’un  jour  tout  nou¬ 
veau  la  question  à  peine  entrevue  jusque-là  de  la  dégénérescence  et  des  régé¬ 
nérations  nerveuses.  Sous  l’impulsion  puissante  de  ce  physiologiste  éminent, 
les  recherches  se  multiplient,  le  cadre  s’élargit,  des  problèmes  nouveaux 
et  importants  sont  posés,  sinon  résolus,  la  pathologie  expérimentale  et 
l’histologie  viennent  prêter  leur  concours  éclairé  à  la  clinique,  et  l’étude 
complète  des  lésions  traumatiques  des  nerfs  est  magistralement  tracée  par 
les  chirurgiens  américains  et  français,  en  même  temps  que  la  pathologie 
nerveuse  s’enrichit  des  admirables  investigations  des  observateurs  les  plus 
compétents,  enFrance  :  Leudet,  Dumesnil,  Duchenne  [deBoulogne],  Charcot, 
Vulpian,  Jaccoud,  Ranvier,  Cornil  et  Poincaré;  en  Allemagne  :  Wundt, 
Bærensprung,  Remak,  Benedikt,  Samuel,  Basse,  Rosenthal,  Leyden,  Erh. 
0.  Wyss  etNothnagel.  Sous  l’inspiration  de  ces  maîtres,  leurs  dignes  élèves 
viennent  apporter  de  nouveaux  et  utiles  matériaux  à  l’édifice  en  construc¬ 
tion  et  Ton  voit  ainsi  se  succéder  les  intéressantes  recherches  de  Cotard, 
de  Mougeot,  d’Hayem,  de  Couyba,  de  H.  Fremy,  d’Albert  Hy bord,  de  Lan- 
douzy,  de  Cartaz,  de  Pierret,  de  Dejérine  en  même  temps  que  Tiesler, 
Klemm,  Feinberg  et  tous  les  disciples  des  expérimentateurs  d’outre-Rhin 
suivent  la  voie  tracée  par  leurs  devanciers.  —  La  seule  énumération  des 
noms  qui  précèdent  suffit  déjà  à  prouver  la  multiplicité  des  travaux  dont 
la  pathologie  médicale  des  nerfs  a  été  récemment  l’objet.  Mais  sous  cette 
apparente  richesse  se  cache  encore  une  réelle  pauvreté  ;  car  en  dépit  de 
ces  documents  aussi  précieux  qu’innombrables,  que  de  problèmes  ne 
i‘este-t-il  pas  encore  à  résoudre,  que  de  lacunes  à  combler,  que  d’obscurités 
à  éclaircir  !  Aussi,  dans  l’état  actuel  de  nos  connaissances,  nous  semble-t-il 
presque  impossible  de  présenter  ici  une  étude  complète  de  la  névrite 
spontanée.  ;  nous  nous  bornerons  donc  à  tracer  simplement  l’esquisse  d’un 
tableau  pathologique. 

ÉTIOLOGIE.  —  «  La  névrite  spontanée,  écrit  notre  savant  maître,  Jaccoud, 
est  dite  rare  et  même  exceptionnelle  :  cela  est  vrai,  si  l’on  ne  tient  compte 
que  des  faits  complétés  par  l’examen  anatomique;  mais,  si  on  se  laisse 
guider  par  l’analogie  des  symptômes,  on  doit,  ce  me  semble,  arriver  à  une 
autre  conclusion.  Je  suis  convaincu  que  bon  nombre  de  paralysies  et  de 
névralgies  circonscrites,  qui  passent  pour  essentielles  ou  rhumatismales, 
sont  l’effet  d’une  inflammation  dans  les  nerfs  correspondants.  Les  rapports 
récemment  découverts  entre  la  néviûte  et  le  zona  sont  un  puissant  argu¬ 
ment  en  faveur  de  cette  proposition.  » 

Nous  nous  associons  pleinement  à  l’opinion  émise  par  cet  éminent  pro¬ 
fesseur,  et  déjà,  depuis  sept  ans  que  les  précédentes  lignes  ont  été  écrites, 
un  certain  nombre  de  faits  nouveaux  et  bien  observés  sont  venus  confirmer 
en  partie  la  vérité  de  ses  assertions. 


70-4  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite. 

Au  point  de  vue  étiologique,  la  névrite  comprend  deux  variétés  impor¬ 
tantes,  dont  l’une  provient  de  la  lésion  mécanique  des  nerfs  et  a  été  étudiée 
en  détail  dans  le  précédent  chapitre  {voy.  Névrite  traumatique)  ;  l’autre, 
beaucoup  moins  connue,  et  qui  fait  le  sujet  de  notre  étude,  est  la  Névrite 
spontanée. 

Celle-ci  doit  être  distinguée  en  : 

1°  Primitive  ; 

2“  Secondaire. 

1.  Névrite  PRIMITIVE.  —  La  seule  cause  positive  de  la  névrite  idiopa¬ 
thique  est  l’impression  subite  du  froid  humide.  On  a  vu  le  séjour,  princi¬ 
palement  la  nuit,  dans  des  localités  ou  des  habitations  malsaines,  dont  l’air 
se  renouvelle  mal  et  est  chargé  d’humidité,  amener  l’inflammation  d’un 
nerf  et  celle-ci  guérir  à  la  suite  d’un  changement  d’appartement.  Descot 
raconte  que  Béclard,  étant  interne  à  l’Hôtel-Dieu  d’Angers,  habitait  un 
appartement  situé  à  plusieurs  pieds  au-dessous  du  sol  de  la  cour  et  couchait 
dans  une  alcôve  creusée  dans  l’épaisseur  du  mur  de  l’hôpital.  Il  eut  au 
bout  de  quelques  mois  une  arthrite  au  gros  orteil  et,  peu  de  temps  après, 
il  se  développa  sous  la  peau  qui  recouvre  la  veine  et  le  nerf  saphène  interne 
une  tumeur  dure,  grosse  comme  un  grain  de  blé,  et  qui,  toutes  les  fois 
qu’elle  était  touchée,  occasionnait  une  douleur  propagée  comme  un  choc 
électrique  sur  le  pied,  dans  la  direction  des  rameaux  du  nerf.  L’illustre 
malade  guérit,  après  quelques  mois,  par  le  changement  d’appartement.  — 
Plusieurs  exemples  rapportés  par  Martinet  et  les  faits  observés  par  Rom- 
berg,  Aran,  ’i’'erdureau,  etc.  ne  permettent  pas  de  mettre  en  doute  l’exis¬ 
tence  de  la  névrite  a  frigore.  C’est  surtout  quand  le  corps  est  fortement 
échauffé  et  en  transpiration  qu’un  changement  brusque  de  température  est 
le  plus  apte  à  impressionner  les  nerfs  périphériques.  Les  troubles  provo¬ 
qués  par  l’application  du  froid  ou  de  l’humidité  se  limitent  généralement  à 
une  partie  limitée  du  corps,  et  consistent  en  paralysies  que  l’on  a  impropre¬ 
ment  qualiflées  de  rhumatismales  et  auxquelles  il  faut  réserver,  pour  éviter 
toute  erreur,  la  dénomination  de  paralysies  «  a  frigore  «  ou  par  réfrigéra¬ 
tion. 

Nous  avons  déjà  eu  l’occasion  de  citer  dans  le  précédent  paragraphe  les 
recherches  de  ’^Veir  Mitchell  et  de  Waller  relatives  aux  effets  de  la  congéla¬ 
tion  locale  ;  récemment  Eckhardt,  Rosenthal  et  Afanatieff  ont  cherché  à  étudier 
expérimentalement  la  marche  des  phénomènes  qui  succèdent  aux  applica¬ 
tions  locales  du  froid  sur  les  nerfs.  Panas  a  soutenu,  dans  un  intéressant 
mémoire,  que  presque  toutes  les  paralysies  radiales  et  cubitales,  attribuées 
à  l’action  du  froid  humide,  reconnaissaient  pour  cause  une  compression 
légère  et  temporaire  du  tronc  nerveux  et  rentraient  par  conséquent  dans 
le  domaine  de  la  névrite  traumatique.  Cette  compression  agirait  invaria¬ 
blement  sur  la  portion  du  nerf  où  celui-ci  devient  superficiel  et  repose  sur 
le  plan  résistant  de  l’humérus,  d’où,  suivant  lui,  la  délimitation  exacte  de 
cette  paralysie.  L’agent  de  la  compression  serait  représenté  par  le  poids 
du  corps  ou  bien  par  la  tête  appuyée  sur  le  bras  qui  lui  sert  d’oreiller. 
a  Pour  notre  compte,  ajoute-t-il,  nous  n’avons  jamais  rencontré  jusqu’ici 


NERFS.  —  P.iTHOLOGlE  MÉDICALE.  —  NÉVltlTE  PRIMITIVE.  705 

un  seul  fait  devant  se  rapporter  au  froid  et  le  nombre  que  nous  avons  ob-, 
servé  dépasse  la  trentaine.  » 

Les  faits  réunis  par  Lesquesne,  Bourgeot,  Chapoy  et  Vicente  ne  per¬ 
mettent  pas  de  douter  de  la  réalité  de  ces  paralysies  en  dehors  de  toute 
intervention  thérapeutique.  D’autre  part,  Vulpian  a  découvert  récemment 
que,  dans  les  paralysies  a  frigore,  le  nerf  radial  excité  par  les  courants 
faradiques  avait  perdu  le  pouvoir  de  faire  contracter  les  muscles  dans  les¬ 
quels  il  se  distribue.  Ce  fait  a  une  importance  considérable,  car  rien  de 
semblable  n’existant  dans  la  paralysie  par  compression,  il  peut  êli’e  con¬ 
sidéré  comme  le  signe  pathognomonique  de  la  paralysie  déterminée  par  le 
froid. 

Vulpian,  pour  expliquer  cette  singularité  pathologique,  a  émis  l’hypothèse 
d’une  action,  soit  directe,  soit  par  mécanisme  réflexe,  du  froid  sur  les  extré¬ 
mités  périphériques  du  nerf  paralysé.  —  Il  est  conduit  à  admettre,  dans  le 
cas  intéressant  observé  par  lui,  que  la  paralysie  du  nerf  radial  tient  à  une 
modification  siégeant  au  niveau  des  points  où  les  fibres  nerveuses  mo¬ 
trices  entrent  en  connexion  intime  avec  les  faisceaux  primitifs  des  muscles 
extenseurs.  Cette  modification  serait  donc  plus  ou  moins  analogue  à  celle 
qui  existe  chez  les  animaux  profondément  curarisés. 

Quel  que  soit  le  mode  d’action  du  froid  sur  les  troncs  nerveux  ou  sur 
leurs  ramifications,  l’influence  fâcheuse  de  cette  cause  est  encore  rendue 
plus  évidente  par  la  fréquence  de  la  névrite  en  hiver.  Sur  17  cas  de 
névrite  rassemblés  par  E.  Gintrac  et  dans  lesquels  il  est  fait  mention  de 
l’époque  où  la  maladie  s’est  déclarée,  il  en  compte  13  depuis  le  mois  de 
novembre  jusqu’au  mois  d’avril  et  seulement  /i  du  mois  de  mai  à  celui 
d’octobre. 

L’érudit  médecin  bordelais  a  recherché  avec  soin  l’influence  de  certaines 
conditions  prédisposantes,  telles  que  le  sexe,  l’âge,  la.  constitution;  mais  les 
cas  authentiques  de  névrite  sont  encore  trop  peu  nombreux  pour  que  l'on 
puisse  induire,  de  ces  relevés  statistiques  insuffisants,  des  conclusions  ri¬ 
goureuses. 

Sur  observations  de  névrite,  E.  Gintrac  compte  27  cas  observés  sur  des 
individus  du  sexe  masculin  et  15  sur  des  femmes.  L’âge  peut  être  précisé 
chez  38  sujets  ;  il  se  classe  ainsi  : 

3  individus  avaient  8  mois,  20  mois,  6  ans. 

2  —  l’un  12,  l’autre  20  ans. 

8  —  de  21  à  30  ans. 

.6  —  de  31  à  40  ans. 

11  —  de  41  à  50  ans. 

3  -  de  51  à  60  ans. 

3  —  de  61  à  70  ans. 

2  —  l’un  72,  l’autre  78  ans. 


Ainsi  la  névrite  semble  affecter  surtout  les  adultes  de  vingt  et  un  à  cin¬ 
quante  ans  ;  elle  est  plus  rare  avant  vingt  ans  ou  après  cinquante  ;  mais 
contrairement  à  ce  qui  a  été  avancé,  l’enfance  et  l’extrême  vieillesse  n’en 
sont  pas  à  l’abri. 


XXIII.  —  45 


706  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite  secondaire. 

.  La  constitution  ne  paraît  jouer  aucun  rôle.  Les  grandes  fatigues  corpo¬ 
relles,  les  marches  forcées,  les  exercices  violents  ont,  dans  certains  cas, 
contribué  à  la  production  de  la  névrite  (Martinet,  Gendrin).  On  cite  encore, 
parmi  les  causes  occasionnelles,  un  certain  nombre  de  conditions  qui  figu¬ 
rent  dans  l’étiologie  banale  de  toutes  les  affections  mal  connues,  telles  que 
la  suppression  d’une  hémorrhagie  habituelle  ou  d’évacuations  sanguines 
naturelles,  que  nous  ne  mentionnons  ici  que  pour  mémoire. 

11.  Névrite  secondaire.  Névrite  par  propagation.  —  Une  seconde 
espèce  étiologique  de  la  névrite,  qui  devrait  figurer  au  premier  rang  au 
point  de  vue  de  la  fréquence,  est  la  névrite  par  propagation,  dont  nous  dis¬ 
tinguons  deux  variétés  :  l’une,  provoquée  par  l’inflammation  des  tissus  qui 
entourent  les  nerfs  (névrite  par  contiguïté),  l’autre  par  propagation  immé¬ 
diate  des  altérations  des  centres  nerveux  eux-mêmes  (névrite  descendante). 

a.  La  névrite  par  contiguïté  est  assurément  plus  fréquente  que  certains 
auteurs  ne  semblent  l’admettre.  Dès  1847,  Beau,  dans  un  remarquable  tra¬ 
vail,  avait  cherché  à  démontrer  que  la  névrite  intercostale  était  constante 
dans  la  pleurésie  et  chez  les  phthisiques  qui  se  plaignent  de  douleurs  thora¬ 
ciques.  Les  nerfs  intercostaux  sont  plus  ou  moins  enflammés,  écrivait-il, 
dans  tous  les  cas  d’inflammation  de  la  plèvre,  soit  simple,  soit  compliquée 
de  pneumonie.  L’inflammation  occupe  ordinairement  toute  la  portion  du 
nerf  qui  touche  la  plèvre,  mais  ne  s’étend  pas  au  delà.  Elle  est  caractérisée 
par  une  injection  souvent  intense,  non-seulement  du  névrilème,  mais  du 
nerf  lui-même,  qui  est  augmenté  de  volume,  sans  être  pour  cela  ni  plus 
mou  ni  plus  friable  qu’un  nerf  sain.  Quelquefois  il  adhère  légèrement  à 
la  portion  de  plèvre  costale.  -> 

Longtemps  avant  Beau,  Bouillaud  avait  déjà  rapporté  la  douleur  de  la 
pleurésie,  non  pas  à  la  plèvre,  mais  aux  nerfs  des  parois  thoraciques  com¬ 
primés  ou  souffrants  par  suite  de  la  phlegmasie  ou  de  l’épanchement.  De 
son  côté,  Piorry  était  arrivé  aux  mêmes  conclusions.  Les  observations  de 
Schrœder  vanderKolk  et  de  Wundt  établissent,  pour  quelques  cas,  la  réalité 
de  ce  rapport  étiologique  dont  on  ne  saurait  admettre,  toutefois,  la  con¬ 
stance. 

Foa,  chez  une  femme  morte  de  pneumonie  tuberculeuse  du  sommet,  a 
trouvé  les  quatre  premiers  nerfs  intercostaux  considérablement  hypertro¬ 
phiés.  Leur  névrilème  était  très-hyperplasié.  Il  est  probable  que,  dans  ce 
cas,  il  y  avait  eu,  à  travers  plusieurs  années,  une  série  de  névrites  provo¬ 
quées  par  l’atmosphère  des  tubercules  et  ayant  amené  peu  à  peu  ce  résul¬ 
tat  :  dans  quelques  autopsies  de  pneumonie  franche,  selon  Poincaré,  on  a 
pu  constater  les  signes  matériels  d’une  névrite,  mais  les  faits  ne  sont  pas 
encore  assez  nombreux  pour  asseoir  complètement  cette  opinion.  Les  in¬ 
vestigations  cadavériques  ont  même  fourni  un  certain  nombre  de  cas  tout 
à  fait  négatifs.  Ainsi,  plusieurs  médecins  pensent  que  si  la  douleur  de  côté 
doit  être  attribuée  aux  nerfs  intercostaux,  elle  est  alors  le  résultat  d’une 
simple  névralgie  sine  materiâ.  Axenfeld  fait  observer  que  la  sensation  du 
point  de  côté  ne  ressemble  en  rien  à  celles  que  fournissent  habituellement 
les  névralgies,  et  il  pense  que  si  le  nerf  n’est  pas  congestionné  ou  enflammé 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  SECONDAIRE.  707 

-en  lui-même,  il  est  tout  au  moins  gêné  et  comprimé  par  l’intlammation  de 
la  plèvre  et  du  tissu  cellulaire  ambiant. 

Dans  ses  remarquables  leçons  cliniques,  M.  Peter  a  fait  brillamment  res¬ 
sortir  l’importance  clinique  de  la  névrite  par  contiguïté. 

La  gravité  de  l’inflammation  d  une.membrane  séreuse  est,  suivant  lui,  en 
raison  directe  de  l’importance  et  du  nombre  des  organes  auxquels  elle  con¬ 
fine,  ainsi  que  de  son  voisinage  avec  les  troncs  ou  les  plexus  nerveux  ; 
«  La  péricardite,  dit-il,  entrave  plus  ou  moins  les  contractions  du  cœur  par 
une  myocardite  corticale  de  voisinage  ;  mais  lorsqu’elle  est  générale,  elle 
menace  bien  autrement  les  fonctions  circulatoires  e.t  la  vie  par  la  névrite 
uigué  du  plexus  cardiaque.  La  péritonite  trouble  les  fonctions  des  organes 
les  plus  nombreux  comme  les  plus  importants,  et  particulièrement  celles 
de  l’appareil  digestif  tout  entier  qu’elle  enveloppe  d’une  véritable  tunique 
■de  Nessus  ;  mais  alors  qu’elle  est  généralisée  et  rapide  dans  ses  allures,  il  y 
n  embrasement  de  la  totalité  du  système  nerveux  de  la  vie  végétative,  du 
plexus  solaire  à  ses  dernières  ramifications  ;  aussi  apparaissent  les  phé¬ 
nomènes  de  sidération,  conséquence  des  troubles  de  ce  système. 

»  La  pleurésie  diaphragmatique  peut  être  directement  redoutable,  en  rai¬ 
son  du  trouble  fonctionnel  qui  résulte,  pour  l’hématose,  de  l’inflammation 
trop  intense  du  diaphragme,  ainsi  que  du  nerf  qui  l’anime.  Ce  sont  là,  tou¬ 
tefois,  des  cas  infiniment  plus  l’ares  qu’on  ne  l’a  dit.  » 

Les  vues  ingénieuses  de  ce  savant  maître  sont  développées  dans  le  cou¬ 
rant  de  ses  leçons  ;  nous  ne  pouvons  malheureusement  pas  le  suivre  dans 
toutes  les  déductions  qu’il  en  a  tirées  ;  bornons-nous  à  indiquer  ici  le  rôle 
important  qu’il  a  fait  jouer  à  la  névrite  du  plexus  cardiaque  et  à  la  névrite 
diaphragmatique  dans  la  pathogénie  du  complexus  symptomatique  de  Van- 
gor  pectoris. 

Suivant  ce  judicieux-  observateur,  la  symptomatologie  si  complexe  et 
d’apparence,  contradictoire  ou  désordonnée  de  l’angine  de  poitrine  s’expli¬ 
que  à  merveille,  et  la  terminaison  par  mort  subite  ou  rapide  se  comprend 
elle-même  parfaitement.  Dans  le  fait  cité  par  Lancereaux,  il  y  avait  névrite 
cardiaque  et  aortite:  dans  les  deux  cas  observés  par  Peter,  en  même 
temps  que  les  lésions  précédentes,  setfouvent  indiquées  la  dégénérescence 
granuleuse  du  cœur,  les  altérations  chroniques  du  péricarde  et,  enfin,  la 
névrite  diaphragmatique.  «  Il  n’est  pas  douteux,  dit  l’éminent  professeur, 
■que  dans  ces  cas  les  troubles  nerveux  de  l’angine  de  poitrine  ne  tinssent  à 
■des  lésions  matérielles  des  nerfs  ;  il  n’est  pas  douteux  davantage  que  ces 
lésions  ne  provinssent,  celles  des  nerfs  cardiaques,  d’une  inflammation 
primitive  de  l’aorte  ;  celles  des  nerfs  phréniques,  d’une  lésion  du  péri¬ 
carde  qui  a  servi  de  trait  d’union  pathologique  entre  l’aorte  et  les  nerfs 
diaphragmatiques.  »  Ainsi  donc,  selon  lui,  l’angine  de  poitrine  peut  être 
due  à  une  névrite  du  plexus  cardiaque  avec  ou  sans  névrite  concomitante 
des  phréniques. 

L’inflammation  secondaire  des  nerfs  peut  se  trouver  comme  perdue 
dans  un  ensemble  pathologique  complexe,  et  son  rôle  en  clinique  n’est  pas 
toujours  aussi  important  ;  mais  on  ne  doit  cependant  pas,  pour  cela,  mé- 


708  NERFS.  —  pathologik  médicale.  —  névrite  secondaire. 
connaître  la  part  qu’elle  prend  dans  la  symptomatologie  de  l’affection  pro- 
topathique. 

Le  mal  de  Pott  devient  parfois  l’origine  de  la  compression,  de  l’altéra¬ 
tion  profonde  par  ramollissement  ou  inflammation  des  racines  nerveuses  à 
leur  passage  dans  les  trous  de  conjugaison  ou  dans  le  canal  rachidien  (Des¬ 
nos). 

Dans  un  cas  de  névrite  intercostale  avec  zona,  où  Wagner  a  fait  l’examen 
histologique  des  nerfs  malades,  il  existait  une  carie  des  vertèbres  avec  pa- 
chyméningite  rachidienne.  Les  altérations  des  os,  leur  carie,  la  périostite 
peuvent  réagir  sur  la  constitution  anatomique  du  nerf  et  donner  lieu  à  la 
névrite.  Qui  ne  connaît  la  fréquence  de  la  névrite  faciale  dans  la  carie  du 
rocher,  de  la  névrite  du  trijumeau  dans  l’ostéite  du  sphénoïde,  de  la  né¬ 
vrite  sciatique  ou  crurale  dans  les  inflammations  de  l’os  iliaque? 

Chacun  sait  combien  la  névrite  est  fréquente  à  la  suite  de  la  périostite 
alvéolo-dentaire.  Les  phlegmasies  des  articulations  peuvent  également  se  pro¬ 
pager  aux  troncs  ou  aux  filets  nerveux  qui  les  avoisinent.  Il  n’est  pas  abso¬ 
lument  rare  d’observer  l’inflammation  secondaire  des  nerfs  à  la  suite  d’une 
phlegmasie  des  tendons,  consécutive  elle-même  à  la  ténotomie  (Erb) .  Dans  le 
phlegmon  périnéphrétique  et  dans  la  psoïtis,  on  sait  aussi  combien  sont 
communes  les  altérations  des  troncs  ou  des  filets  nerveux  qui  traversent  ou 
avoisinent  les  parties  phlogosées. 

Nous  pourrions  encore  multiplier  les  exemples  de  névrite  par  propagation 
inflammatoire,  si  les  nombreux  faits  précédents  ne  suffisaient  pas  à  en  mon¬ 
trer  à  fa  fois  la  réalité  et  la  fréquence. 

Les  irritations  déterminées  par  la  présence  d’une  tumeur  avoisinant  les 
nerfs  ou  toute  autre  cause  de  compression  exercée  sur  ces  organes,  peuvent 
occasionner  leur  inflammation  au  point  irrité  et  celle-ci  retentit  ultérieure¬ 
ment  sur  le  trajet  du  tronc  nerveux  lui-même. Tel  est  le  cas  des  anévrysmes, 
des  tumeurs  diverses  situées  dans  le  voisinage  des  nerfs  ;  nous  n’en  prendrons 
pour  exemples  que  les  anévrysmes  de  la  crosse  de  l’aorte  et  les  adénopathies 
bronchiques  ou  les  tumeurs  du  médiastin  provoquant  des  altérations  des 
nerfs  récurrents,  si  bien  décrites  par  Jollivet.  Citons  aussi  l’inflammation 
chronique  du  nerf  crural  observée  par  Coimil  chez  une  femme  de  trente- 
trois  ans  atteinte  d’un  cancroïde  utérin  et  d’un  phlegmon  de  la  fosse  iliaque. 
Cet  infatigable  investigateur  a  également  observé  et  décrit  le  fait  d’une  né¬ 
vrite  intercostale  consécutive  à  une  tumeur  cancéreuse  du  sein. 

b.  Névrite  descendante.  —  11  est  une  variété  remarquable  de  névrite  par 
propagation  consécutive  aux  affections  cérébro-spinales.  C’est  la  névrite 
descendante,  entrevue  par  Leubuscher  en  1854,  signalée  par  Remalc,  bien 
étudiée  par  Charcot,  Cornil  et  Bouchard,  et  queVulpian  dit  avoir  eu  souvent 
l’occasion  d’observer  ;  elle  se  pi’oduit  dans  les  cas  de  sclérose  descendante 
de  la  moelle,  à  la  suitede  lésions  de  certaines  parties-de  l’encéphale.  Vulpian, 
dans  sa  préface  au  traité  de  Weir  Mitchell,  en  a  tracé  les  caractères  en  ter¬ 
mes  saisissants  ;  «  Ou  sait  qu’il  s’agit,  dans  ces  cas,  d’une  véritable  névrite 
interstitielle,  qui  ne  détermine  point  nécessairement  l’atrophie  et  la  des¬ 
truction  des  fibres  nerveuses,  mais  qui  donne  lieu  à  une  augmentation 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICAIÆ.  —  NÉVRITE  SECONDAIRE.  709 

plus  OU  moins  considérable  du  volume  du  nerf,  et  s’accompagne  souvent 
de  douleurs  spontanées  sur  le  trajet  du  cordon  nerveux,  en  même  temps 
que  d’un  état  de  sensibilité  très-vive  de  ce  cordon  à  la  pression.  Cette 
lésion  des  nerfs  se  constate  surtout  facilement  dans  les  nerfs  des  mem¬ 
bres.  J’ai  vu  maintes  fois  que,  dans  les  nerfs  ainsi  altérés,  les  excitations 
mécaniques,  telles  que  le  froissement  ou  la  compression  du  nei’f,  non- 
seulement  produisent  des  douleurs  vives,  mais  encore  déterminent,  bien 
plus  facilement  que  dans  l’état  sain,  des  contractions  des  muscles  animés 
par  les  nerfs  excités.  C’est  ce  qu’on  peut  surtout  observer  clairement,  en 
froissant  dans  la  gouttière  oléci’anienne  le  nerf  cubital  sur  les  deux  mem¬ 
bres  supérieurs  d’un  sujet  atteint  d’hémiplégie.  Si  l’hémiplégie  date  déjà 
de  plusieurs  semaines,  s’il  y  a  un  certain  degré  de  contracture  dans  les 
membres  du  côté  paralysé,  le  froissement  du  nerf  cubital  de  ce  côté  pro¬ 
duira  non-seulement  la  sensation  bien  connue  d’engourdissement  pé¬ 
nible,  se  propageant  jusqu’à  l’extrémité  du  petit  doigt  et  de  l’annulaire, 
mais  encore  une  assez  vive  douleur  locale,  et,  de  plus,  des  contractions 
dans  tous  les  muscles  innervés  par  ce  nerf  :  du  côté  sain,  au  contraire, 
tout  se  bornera,  en  général,  à  la  sensation  d’engourdissement  que  nous 
venons  de  rappeler.  J’ajoute  que  l’on  peut  obtenir  les  mêmes  contractions 
musculaires,  bien  que  peut-être  à  un  moindre  degré,  en  froissant  le  nerf 
cubital  du  côté  paralysé,  dans  certains  cas  d’hémiplégie  avec  flaccidité  des 
membres.  Doit-on  admettre  qu’il  y  ait  seulement,  dans  ces  différents 
cas,  exaltation  de  la  motricité  des  nei’fs  ?  Les  contractions  muscu¬ 
laires  déteiminées  par  le  froissement  du  nerf  cubital  sont -elles 
dues  exclusivement  à  une  excitation  centrifuge  allant  du  point  irrité 
du  nerf  jusqu’aux  muscles  ?  On  ne  saurait  l’affirmer.  Ces  contractions 
peuvent,  en  effet,  résulter  aussi  d’une  stimulation  réflexe  des  muscles 
innervés  par  le  nerf  cubital  :  on  le  comprend  bien  quand  on  tient 
compte  de  l’état  d’excitabilité  exagérée  dans  lequel  se  trouve  toujours, 
chez  les  hémiplégiques,  la  moitié  de  la  moelle  épinière  du  côté  de  la  para¬ 
lysie,  c’est-à-dire  du  côté  opposé  au  siège  de  la  lésion.  » 

Enl864,  Lancereaux  comparaît  l’atrophiedes  nerfs  optiques  dans  l’amau¬ 
rose  cérébrale  aux  dégénérescences  descendantes  de  la  moelle  signalées  par 
Cruveilhier  et  par  Turck  et  que  Bouchard  devait,  deux  ans  plus  tard,  dé¬ 
crire  d’une  façon  magistrale;  or' les  recherches  des  ôphthalmologistes 
modernes  et  au  premier  rang  desquels  nous  citerons  de  Graefe,  Stei- 
wag  von  Cariori  et  Galezowski,  ont  montré  la  relation  qui  existe  entre 
l’inflammation  du  nerf  optique  et  les  lésions  de  l’encéphale  et  de  ses  en¬ 
veloppes  ;  de  son  côté  notre  maître  Bouchut  a  étendu  le  champ  de  la  né¬ 
vrite  et  de  la  périnévrite  optiques  en  multipliant  des  investigations  ophthal¬ 
moscopiques  dans  les  diverses  maladies  des  centres  nerveux. 

Il  a  décrit  dans  la  méningite  tuberculeuse  des  enfants,  comme  lésion 
pi’esque  constante,  un  état  de  la  papille  qu’il  qualifie  de  névrite  optique.  Mais 
les  recherches  microscopiques  récentes  semblent  démontrer  qu’il  n’y  a 
pas,  en  pai’eils  cas,  de  névrite  véritable,  et  que  c’est  plutôt  à  des  troubles 
vasculaires,  à  des  exsudations  séreuses  qu'il  faut  rapporter  la  cause  de 


710  NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  SECONDAIRE. 

l’image  ophthalmoscopique  delà  méningite.  Le  nom  d’hyperhémie  papillaire- 
avec  ou  sans  œdème  conviendrait  mieux  que  le  mot  névrite.  C’est  proba¬ 
blement  pour  avoir  recherché  dans  la  méningite  tuberculeuse  des  enfants- 
la  figure  typique  de  la  névrite  optique  et  ne  l’avoir  presque  jamais  ren¬ 
contrée,  que  certains  auteurs  sont  allés  jusqu’à  nier  l’existence  des  sym¬ 
ptômes  ophthalmoscopiques  de  la  méningite  des  enfants. 

Mais  en  dehors  de  la  fausse  névrite  (Staungspapill  des  auteurs  allemands), 
la  névrite  optique  vraie,  souvent  appelée  névrite  descendante,  se  rencontre 
assez  fréquemment.  Elle  est  très-commune  dans  certaines  inflammations 
méningées  qui  présentent,  comme  dans  la  syphilis,  des  conditions  favorables- 
de  situation,  de  durée  et  d’activité.  Lq  méningite  chronique  de  la  base  du 
crâne,  qui  est  accompagnée  d’une  pi’olifération  active,  produit  le  plus  ha¬ 
bituellement  une  névrite  optique.  Les  inflammations  qui,  tout  en  étant  con¬ 
tiguës  au  nerf  optique,  sont  de  courte  durée  et  d’un  processus  très-actif 
comme  la  méningite  tuberculeuse  ou  traumatique  déterminent,  au  con¬ 
traire,  rarement  la  névrite  optique  vraie. 

Le  type  mixte  de  névrite  optique  vraie,  accompagnée  d’une  stase  pronon¬ 
cée,  offre  des  caractères  qui  participent  de  l’une  et  de  l’autre  des  deux  varié¬ 
tés  précédentes.  On  trouve,  en  effet,  une  saillie  moyenne  du  nerf  optique- 
avec  des  vaisseaux  capillaires  nombreux,  des  ti’oncs  artériels  et  veineux 
tortueux  et  une  diminution  considérable  de  la  vision,  en  rapport  avec  le 
nombre  peu  considérable  de  tubes  nerveux  conservés.  Ce  type  mixte  se 
rencontre  surtout  dans  les  cas  de  tumeurs  intra-crâniennes  avec  prédomi¬ 
nance  de  phénomènes  d’irritation,  envahissant  les  bandelettes  du  nerf  op¬ 
tique  ;  dans  ce  cas,  aux  symptômes  de  la  stase  s’ajoutent  ceux  de  l’inflam¬ 
mation  du  nerf.  Cliniquement,  la  distinction  de  la  névrite  vraie  et  de  la 
fausse  névrite  n’est  possible  que  dans  les  cas  bien  tranchés  et  lorsque  l’atro¬ 
phie  consécutive  du  nerf  optique  n’a  pas  encore  altéré  les  cai’actères  de 
l’image  ophthalmoscopique. 

Cet  intéressant  sujet  ayant  été  traité  par  nous  dans  un  article  précédent 
{Voy.  t.  XXII,  p.  243),  nous  nous  bornons  ici  à  indiquer  la  fréquence  de 
cette  névrite  descendante  spéciale. 

Quoique  la  pathogénie  des  troubles  nerveux  périphériques  de  l’ataxie  lo¬ 
comotrice  soit  encore  très-obscure,  il  nous  semble  permis  de  rapprocher  ces- 
désordres  de  la  névrite  descendante  que  nous  venons  de  mentionner.  Les 
récentes  recherches  de  Pierret  ont  démontré  l’existence  d’une  sclérose 
des  noyaux  sensitifs  du  trijumeau  en  même  temps  que  celle  des  zones 
radiculaires.  Cette  inflammation  chronique  peut  atteindre  l’origine  deq 
derniers  nerfs  moteurs  de  la  face,  moteur  oculaire  commun  et  pathétique, 
et  rend  aisément  compte  des  troubles  fonctionnels  qui  surviennent  dans  le 
domaine  des  nerfs  moteurs  du  groupe  trijumeau  chez  les  malades  atteints  de 
tabes;  de  plus  on  sait  que  les  nerfs  spéciaux  (auditifs  et  optiques)  sont 
très-souvent  lésés  dans  l’ataxie  locomotrice.  Les  faits  précédents  démon¬ 
trent,  ce  nous  semble,  la  réalité  de  la  névrite  descendante  ;  et  s’il  était  be¬ 
soin  d'invoquer  des  preuves  nouvelles,  nous  pourrions  citer  les  cas  de  né¬ 
vrite  descendante  consécutive  à  la  méningo-myélite  dans  le  mal  de  Pott 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  SECONDAIRE.  711 

dont  Michaud  a  rapporté  de  si  intéressants  exemples  ;  il  en  est  de  même 
dans  la  pachyméningite  cervicale  hypertrophique  décrite  par  Charcot  et 
soigneusement  étudiée  par  Joffroy.a  II  se  produit  dans  ce  cas,  ditcet  auteur, 
une  inllammation  soit  par  continuité,  soit  par  compression  ;  de  là  des  alté¬ 
rations  dans  les  tubes  nerveux  jusqu’à  leur  terminaison  dans  les  muscles 
lorsque  la  compression  porte  sur  les  racines  motrices.  » 

c.  Névrite  ascendante.  —  Les  observations  cliniques  de-  Lepelletier  et 
surtout  celles  de  Graves,  en  montrant  la  transmission  possible  du  processus 
inflammatoire  des  nerfs  à  la  moelle  épinière,  ont  établi  l’existence  d’une 
névrite  que  l’on  pourrait  appeler  ascendante,  par  opposition  à  la  névrite 
descendante,  dans  laquelle  l’inflammation  se  transmet  inversement  de  l’ap¬ 
pareil  central  aux  nerfs  périphériques,  et  même  de  ceux-ci  aux  muscles, 
ainsi  que  l’a  récement  démontré  Klemm. 

«  Si  une  altération  quelconque,  après  avoir  atteint  en  un  point  les  extré¬ 
mités  terminales  des  nerfs,  dit  l’illustre  clinicien  de  Dublin,  vient  faire 
sentir  son  influence  sur  un  autre  point,  la  translation  est  au  moins  étrange, 
et  il  nous  est  fort  difficile  de  concevoir  pourquoi  la  paralysie  d’une  partie 
en  produit  une  ailleurs.  — ■  Une  question  se  présente  tout  naturellement 
ici  :  une  paralysie  locale  peut-elle,  en  s’étendant  au  côté  des  centres  ner¬ 
veux,  déterminer  une  paralysie  secondaire  sur  un  point  plus  ou  moins 
éloigné?  Or,  je  dois  le  dire,  on  ne  se  préoccupe  pas  assez  de  cetie  question  ; 
elle  ne  me  paraît  pas  avoir  été  jamais  l’objet  d’une  étude  attentive,  et 
cependant  ces  recherches  sont  d’une  importance  considérable  au  point  de 
vue  pratique;  elles  pourraient  jeter  un  nouveau  jour  sur  certaines  mani¬ 
festations  morbides  fort  obscures  et  fort  embarrassantes.  » 

Et  plus  loin  il  ajoute  : 

«  Si  vous  maniez  de  la  neige,  si  vous  plongez  vos  mains  dans  un  mé¬ 
lange  l’éfrigérant  ou  dans  un  liquide  d’une  basse  température,  au  bout  de 
quelque  temps  les  parties  refroidies  perdent  leur  sensibilité,  puis  leur 
motilité,  et  vous  avez  ainsi  produit  une  paralysie  locale  momentanée,  mais 
complète.  Ces  faits  sont  connus  de  tous.  Mais  il  est  un  point  qui  n’a  pas  été 
signalé  et  qui  se  rattache  directement  à  notre  sujet.  Cette  paralysie  n’est 
pas  limitée  aux  doigts  et  aux  mains;  elle  s’étend  plus  loin  ;  faites  l’expé¬ 
rience,  et  vous  verrez  que  les  muscles  de  l’avant-bras  ne  peuvent  plus 
exécuter  les  mouvements  de  flexion  et  d’extension,  et  que  l’articulation  du 
poignet  est  presque  immobilisée.  Ces  muscles  sont  donc  atteints  par  l’aft'ec- 
tion  paralytique  des  parties  refroidies,  et  cependant,  profondément  situés, 
protégés  par  les  vêtements,  ils  sont  restés  complètement  à  l’abri  du 
froid  ». 

Ce  seul  exemple  suffit  à  Graves  pour  confii’mer  sa  première  proposition, 
à  savoir  :  que  les  causes  qui  frappent  de  paralysie  les  extrémités  périphéri¬ 
ques  des  nerfs  n’ont  pas  toujours  une  influence  purement  locale;  qu’elles 
peuvent  étendre  leur  action,  du  côté  des  centres  nerveux  et  atteindre  des 
parties  plus  ou  moins  éloignées. 

En  dépit  des  nombreux  et  intéressants  faits  cliniques  invoqués  par  l’im¬ 
mortel  médecin  irlandais,  son  ingénieuse  théorie  était  passée  presque  ina- 


H2  NERFS.  —  PATHOLOGIE  médicale.  —  NÉVRITE  SECONDAIRE, 

perçue  et  serait  restée  encore  aujourd’hui  à  l’état  de  lettre  morte,  si  les 
récentes  recherches  anatomo-pathologiques  et  expérimentales  n’étaient 
venues  en  démontrer  la  vérité. 

Gull,  un  des  premiers,  a  fait  remarquer  que  la  paraplégie  urinaire  se  ren¬ 
contre  presque  exclusivement  chez  des  individus  qui  depuis  nombre 
d’années  sont  affectés  de  maladies  de  la  vessie,  de  rétrécissements  de  l’urè¬ 
thre,  et  chez  lesquels,  par  conséquent,  les  filets  nerveux  de  la  muqueuse 
uréthro-vésicale  sont  plus  ou  moins  altérés.  Partant  de  ces  principes,  il 
conclut  que  l’inflammation  des  organes  urinaires  se  propage  en  pareil  cas 
à  la  moelle  par  l’intermédiaire  des  nerfs,  et  comme  preuve  à  l’appui  de 
son  opinion  pathogénique,  il  cite  l’observation  d’un  malade  qui,  à  la  suite 
d’une  blennorrhagie  compliquée  d’accidents  syphilitiques,  lut  frappé  de 
paraplégie,  et  chez  lequel  la  moelle  épinière  paraissait  avoir  conservé  son 
intégrité  parfaite  ;  mais  l’examen  microscopique  dévoila  l’existence  d’une 
dégénérescence  graisseuse  assez  étendue,  dans  le  cordon  spinal  au  niveau 
de  la  sixième  vertèbre  dorsale. 

Après  Gull,  Remak  rapporta  la  paralysie  uro-génitale  à  une  névrite  ascen¬ 
dante,  en  se  fondant  sur  une  série  de  cas  dans  lesquels  les  troubles  de  la 
motilité  reconnaissaient  bien  et  dûment  pour  cause  une  inflammation  des 
gros  troncs  nerveux  ;  il  pense  même  que  la  plupart  des  observations  de 
Leroy  doivent  reconnaître  un  semblable  processus,  et  suivant  lui,  même 
quand  la  paralysie  vésicale  avec  néphrite  consécutive  complique  une  para¬ 
plégie  avancée,  celle-ci  est  impntable  à  une  névrite  qni,  partant  des  nerfs 
dombo-sacrés,  se  propagerait  jusqu’aux  nerfs  plantaires. 

Dans  un  récent  mémoire  sur  les  paraplégies  réflexes,  Laveran  a  proposé 
une  tout  autre  interprétation  pathogénique  de  ces  accidents.  Il  semble  croire 
qu’on  ait  trop  facilement  accepté  jusqu’ici  le  diagnostic  de  paraplégie 
réflexe  consécutive  à  une  maladie  des  organes  génito-nrinaires,  et  il  admet 
que  presque  tous  les  cas  terminés  par  la  mort  et  donnés  par  les  auteurs 
comme  des  exemples  de  ces  paraplégies  réflexes  doivent  rentrer  dans  le  cadre 
des  myélites.  L’observation  qu’il  rapporte  prouve  bienquelanéphro-cystite 
notée  dans  ce  cas  était  consécutive  à  une  myélite  centi’ale  méconnue,  mais 
ce  seul  fait,  tout  en  montrant  une  modalité  pathogénique  nouvelle,  ne  sau¬ 
rait  suffire  pour  faire  contester  l’existence  de  la  névrite  ascendante  dans 
certains  cas  bien  observés  de  paralysies  dites  réflexes.  Les  faits  suivants 
serviront  de  preuve  à  l’appui  de  notre  assertion  ; 

En  1863,  Kussmaul  a  décrit  un  cas  de  paraplégie  urinaire  où  il  put 
constater  à  l’autopsie,  outre  une  dégénérescence  athéromateuse  des  artères 
du  bassin,  une  altération  manifeste  des  deux  nerfs  sciatiques,  reconnaissant 
pour  cause,  à  son  sens,  l’extension  de  laphlegmasie  dn  tissu  cellulaire  du 
bassin  à  la  gaine  du  nerf  et  jusque  dans  les  tubes  nerveux  eux-mêmes. 

Quelques  années  après,  Leyden,  dans  sa  dissertation  inaugurale,  rapporta 
trois  cas  de  paraplégie  urinaire,  dont  deux  terminés  par  la  mort,  et  dans 
lesquels  il  trouva  à  l’autopsie  les  lésions  de  la  myélite  ;  mais  il  lui  fut  im¬ 
possible  de  constater  la  moindre  altération  des  nerfs. 

Les  faits  précédents  avaient  servi  d’arguments  aux  adversaires  de  la 


NERFS.  —  P.4TH0L0GIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  SECONDAIRE.  713 

théorie  des  paralysies  réflexes,  brillamment  développée  parBi’own-Séquai’d, 
mais  ils  n’étaient  pas  suffisants  pour  la  battre  en  brèche;  il  était  réservé  à 
la  physiologie  expérimentale  elle-même  de  réfuter  les  assertions  de  son 
illustre  promoteur  en  déterminant  artificiellement  des  névrites  à  marche  pro- 
gi’essive.  et  ascendante.  Les  travaux  de  ïiesler,  de  Feinberg  et  de  Klemm 
ont  mis  le  fait  hors  de  doute.  "Voici  du  reste,  pour  plus  ample  informé,  le 
résumé  de  leurs  conclusions  :  La  névrite  peut  se  propager  dans  une  direc¬ 
tion  ascendante,  et  atteindre  secondairement  la  moelle  épinière  et  ses  en¬ 
veloppes  ;  le  plus  souvent,  c’est  la  dure-mère  qui  est  intéressée  (péri- 
pachy-méningite),  ainsi  que  le  tissu  conjonctif  environnant;  cependant  la 
moelle  elle-même  peut  être  directement  affectée  avec  ou  sans  participation 
de  la  pie-mère. 

Dans  certaines  expériences  de  Feinberg  et  de  Klemm,  le  processus  in¬ 
flammatoire  s’est  propagé  Jusque  dans  la  cavité  crânienne. 

Ce  qu’il  y  a  de  plus  remarquable  dans  ces  faits  expérimentaux,  c’est  que 
l’affection  spinale  secondaire  n’a  pas  besoin,  pour  se  manifester,  d’une  pro¬ 
pagation  continue  du  travail  phlegmasique  ;  elle  serait  liée  encore  plus  sou¬ 
vent,  d’après  ces  observateurs,  à  une  névrite  diffuse  ou  disséminée. 

Selon  Klemm,  l’inflammation  d’un  tronc  nerveux  peut  se  propager  dans 
les  deux  sens  (centripète  et  centrifuge)  et  même  s’étendre  au  nerf  homo¬ 
logue  du  côté  opposé.  Le  plus  souvent,  on  observerait  dans  ce  cas  une  par¬ 
ticipation  de  la  moelle  épinière,  mais  cette  dernière  peut  aussi  faire  défaut. 
Cette  éventualité  pathologique  correspond  aune  forme  spéciale  que  Klemm 
a  décrite  sous  le  nom  de  névrite  sympathique.  D’autre  part,  Tiesler,  en  déter¬ 
minant  expérimentalement  l’inflammation  du  nerf  sciatique  chez  des  lapins 
et  chez  des  chiens,  a  constaté  à  l’autopsie  l’existence  d’un  foyer  purulent  au 
point  où  le  nerf  avait  été  irrité  et  un  second  dans  l’intérieur  du  canal  mé¬ 
dullaire,  au  niveau  de  l’origine  du  nerf  sciatique  ;  mais  la  portion  de  ce  nerf 
comprise  entre  les  deux  foyers  purulents  ne  présentait  aucune  altération 
appréciable.  Cette  expérience  démontre  qu’une  névrite,  même  localisée  en 
un  point  circonscrit,  peut  déterminer  à  distance  une  myélite  avec  para¬ 
plégie. 

Plus  récemment  enfin,  notre  excellent  ami  Hayem  a  démontré  que  l’ar¬ 
rachement  ou  la  section  du  nerf  sciatique  donnait  lieu  à  une  myélite  inté¬ 
ressant  surtout  la  substance  grise  et  ayant  de  la  tendance  à  se  propager 
au-dessus  et  au-dessous  du  point  correspondant  aux  racines  du  nerf  lésé. 
Il  résulte  de  ses  intéi’essantes  recherches  que  les  altérations  de  la  substance 
grise  ont  aussi  de  la  tendance  à  se  généraliser,  non-seulement  du  côté  lésé, 
mais  aussi  du  côté  opposé.  Dans  certains  cas,  cependant,  il  n’a  observé, 
consécutivement  à  ces  lésions  traumatiques  et  expérimentales  des  nerfs, 
qu’une  simple  atrophie  des  cellules  nerveuses  au  point  d’émergence  des 
racines  du  nerf  lésé;  d’autres  fois,  au  contraire,  il  a  vu  se  produire  une 
myélite  aiguë  rapidement  mortelle. 

Mais  en  serrant  fortement  les  nerfs  entre  les  mors  d’une  pince,  en  les 
irritant  par  le  contact  de  cristaux  de  bromure  de  potassium  ou  par  la  pi¬ 
qûre  d’une  aiguille  trempée  dans  la  nicotine,  il  a  reconnu  qu’on  provo- 


714  NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE, 

qukit,  à  coup  sûr,  le  développement  d’une  phlegmasie  médullaire  plus 
intense  et  plus  étendue,  à  marche  plus  rapide  que  dans  les  premières  expé¬ 
riences.  Un  mois  après  l’opération,  on  pouvait  constater  de.s  altérations 
phlegmasiques  dans  la  portion  de  la  moelle  correspondante  au  nerf  lésé; 
elles  n’étaient  pas  limitées  à  la  substance  gi’ise,  mais  atteignaient  aussi  la 
substance  blanche  et  ces  altérations  étaient  celles  de  la  myélite  aiguë, 
llayem  pense  que  l’irritation  des  nerfs  se  pi’opage  peu  à  peu  à  la  moelle,  à 
la  fois,  par  l’intermédiaire  des  tubes  nerveux  et  de  leur  tissu  conjonctif.  11 
a  pu  voir  dans  les  racines  et  dans  la  substance  blanche  de  la  moelle,  parti¬ 
culièrement  à  la  périphérie,  des  cylindres  d’axe  tuméfiés  et  granuleux,  et 
dans  presque  tous  ces  cas  il  existait  concurremment  de  la  méningite.  Ces. 
faits  expérimentaux  mis  en  lumière  par  un  observateur  aussi  judicieux 
que  compétent  présentent  une  haute  portée  clinique,  car  ils  démontrent  le  ' 
rôle  important  qu’est  appelée  à  jouer  la  névrite  ascendante  et  centripète 
dans  la  pathogénie  des  myélites  en  général  et  notamment  des  phlegmasies 
médullaires  consécutives  aux  affections  des  viscères  pelviens. 

L’existence  de  la  névrite  étant  ainsi  établie,  le  cadre  pathologique  decette 
affection  ne  tardera  pas  sans  doute  à  s’élargir  et  à  franchir  les  limites  des 
paralysies  dites  réflexes. — Déjà  il  y  a  bientôt  cinq  ans,  Bouchut  avait  entrevu 
les  applications  pathogéniques  de  cette  variété  de  névrite,  quand  il  disait 
dans  une  leçon  clinique  que  j’ai  recueillie  et  publiée  :  «  Ce  processus  dont 
je  vous  résume  ici  les  traits  principaux  présente  de  nombreuses  modalités, 
suivant  les  variétés  du  nerf  atteint  et  peut-être  aussi  suivant  la  nature 
du  travail  morbide  dont  il  est  le  siège.  Vous  connaissez  tous  l’histoire  des 
ophthalmies  dites  réflexes  et  des  amauroses  qui  succèdent  aux  plaies  du 
sourcil.  C’est  encore  ici  dans  une  névrite  ascendante  que  nous  retrouverons 
le  chaînon,  l’intermédiaire  entre  la  lésion  traumatique  primitive  et  la  lésion 
secondaire  qui  aboutit  souvent  à  l’amaurose.  Que  se  passe-t-il  en  effet  en 
pareil  cas?  Le  nerf  sus-orbitaire  contus,  tiraillé,  lacéré,  rompu  par  le  trau¬ 
matisme,  s’enflamme;  l’irritation  suit  les  tubes,  nerveux  pour  gagner  le 
centre  encéphalique,  et  en  vertu  des  nombreux  et  inextricables  filets  anas¬ 
tomotiques  dont  la  protubérance  est  sillonnée,  cette  névrite  ascendante, 
arrivée  aux  cellules  d’origine  du  trijumeau,  ne  peut-elle  pas  se  réfléchir  sur 
une  de  ses  branches  ou  même  gagner  de  proche  en  proche  et  atteindre 
enfin,  dans  sa  marche  sourde  et  comme  larvée,  les  filets  d’origine  du  nerf 
optique  où  elle  développera  uùe  névrite  secondaire  à  extension  centrifuge? 
Depuis  que  j’ai  appliqué  l’ophthalmoscope  au  diagnostic  des  maladies  du 
cerveau  et  des  nerfs,  j’ai  pu  voir  chez  un  enfant  de  l’École  des  frères  Saint- 
Nicolas,  atteint  d’une  plaie  du  sourcil,  une  névrite  optique  dans  l’œil  affecté, 
une  hyperhémie  excessive  de  la  papille  se  confondant  avec  la  rougeur  uni¬ 
forme  de  la  choroïde.  J’ai  repi-oduit,  dans  mon  ouvrage,  le  dessin  de  la  rétine 
dans  le  cas  de  névrite  optique  consécutive  à  une  lésion  traumatique  du 
nerf  frontal.  Je  crois  donc  avoir  fourni  le  premier  la  preuve  anatomique  de 
ces  névrites  ascendantes.  » 

‘Partout  même  processus,  la  lésion  initiale  reste  toujours  la  même,  la 
manifestation  secondaire  seule  diffèi’e,  en  l’aison  de  la  diversité  des  loca- 


NERFS.  —  P.4.TH0L0G1E  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  715 

lisations  anatomiques.  Ici  comme  là,  nous  retrouvons  toujours  la  névrite 
ascendante  comme  anneau  principal  de  la  chaîne  pathologique. 

S’il  était  besoin  démultiplier  les  exemples,  ne  trouverions-nous  pas  dans 
les  faits  observés  par  Duménil,  Weber,  Benedikt,  Nothnagel,  Leyden  et 
Bærwinkel,  de  nouvelles  preuves  de  la  vérité  de  nos  assertions? 

Le  malade  dont  Leyden  a  rapporté  l’histoire  dans  son  récent  mémoire 
sur  les  paralysies  réflexes  fut  pris,  dans  le  cours  d’une  dysentérie,  de  dou¬ 
leurs  violentes  dans  les  membres  inférieurs,  bientôt  suivies  d’une  para¬ 
plégie. —  Suivant  Leyden,  l’étude  attentive  des  phénomènes  observés  dans 
ce  cas  démontre  clairement  que  le  processus!  dysentérique  a  retenti  sur  le 
tissu  cellulaire  du  petit  bassin,  qu’il  a  engendré  par  propagation  une  névrite 
sacro-lombaire  avec  participation  de  la  moelle  jusqu’à  la  région  cervicale. 

De  son  côté,  Duménil  a  observé  un  fait  plus  concluant,  puisqu’il  a  été 
contrôlé  par  l’examen  nécroscopique  :  à  la  suite  d’un  traumatisme,  une 
névrite  du  sciatique  s’était  développée  avec  tous  les  symptômes  classiques. 
Peu  à  peu,  dans  le  cours  d’une  année,  il  survint  une  inflammation  ana- 
ogue  dans  le  tronc  nerveux  du  membre  inférieur  du  côté  opposé.  A  l’au¬ 
topsie,  Duménil  trouva,  outre  les  lésions  d’une  double  névrite  sciatique, 
des  altérations  notables  dans  la  moelle  épinière  et  dans  les  enveloppes 
(épaississement  des  méninges  rachidiennes,  atrophie  des  racines  desnerfs). 

Plus  récemment,  enfin,  Bærwinkel  a  publié,  dans  ses  contributions  nervo- 
pathologiques,  plusieurs  cas  de  névrite  ascendante  des  nerfs  péroniers, 
intercostaux,  du  plexus  brachial,  du  nerf  médian. 

Sans  méconnaître  l’importance  de  la  névrite  ascendante,  on  doit  bien  se 
garder  d’en  étendre  les  applications  au  delà  des  limites  permises  par  la 
saine  interprétation  des  faits.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que  Friedreich  a 
édifié  une  théorie  erronée  de  l’atrophie  musculaire  progressive  en  voulant 
agrandir  outre  mesure  le  domaine  de  la  névrite.  —  Pour  le  professeur  de 
Heidelberg,  l’affection  protopathique  est,  en  pareil  cas,  une  myosite  chro¬ 
nique-  déterminant  ultérieurement  une  névrite  des  filets  intramusculaires, 
qui  se  propagerait  ensuite  vers  le  centre  en  suivant  le  trajet  des  cordons 
nerveux  et  atteindrait  enfin  la  moelle,  où  elle  pi’ovoquerait  une  myélite 
chronique  secondaire. 

Les  travaux  de  l’école  anatomo-pathologique  française  ont  suffisamment 
éclairé  cette  question  pour  qu’il  nous  semble  Inutile  de  réfuter  ici  la  thèse 
de  Friedreich. 

Nous  en  dirons  de  môme  de  la  prétendue  névrite  ascendante  admise  plus 
ou  moins  hypothétiquement  par  Curling,  Froriep,  Rokitansky,  etc.,  dans 
le  tétanos  traumatique. 

Le  rôle  pathogénique  de  la  névrite,  dans  la  chorée,  est  plus  douteux  en¬ 
core,  en  dépit  des  assertions  d’Elischer.  Cet  expérimentateur  a  trouvé,  chez 
les  choréiques,  de  la  névrite  et  de  la  périnévrile  des  nerfs  médian  et  scia¬ 
tique  concurremment  avec  des  altérations  histologiques  diffuses  dans  le 
cerveau  et  dans  la  moelle];  mais  il  n’est  nullement  prouvé  que  ces  lésions 
soient  constantes,  et,  en  second  lieu,  que  l’inflammation  du  nerf  ait  joué 
en  pareil  cas  un  rôle  primitif.  —  Nothnagel  semble  cependant  incliner  vers 


1\Q  NEUFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  DAMS  LES  MAL.  GÉN. 

cette  dernière  théorie,  et  rapporte,  à  l’appui  de  son  opinion,  le  cas  d’une 
jeune  fille  choréique,  observée  par  Rosenbach,  chez  laquelle  ce  dernier  avait 
noté  l’existence  de  points  douloureux  au  courant  constant  sur  le  trajet  de 
certains  troncs  nerveux.  L’application  de  vésicatoires  surces  points  mêmes 
fit  disparaître  l’apidement  la  chorée.  —  L’efficacité  de  cette  révulsion  loco 
dolenti  ne  suffit  pas,  à  notre  sens,  pour  affirmer  qu’il  y  ait  eu  de  la  névrite 
dans  ce  cas.  Nous  devons  toutefois  reconnaître  qu’à  l’exemple  de  notre  cher 
maître  Triboulet,  nous  avons  fréquemment  constaté  la  présence  de  points 
douloureux  à  la  pression  sur  le  trajet  de  certains  nerfs  chez  les  choréiques; 
mais  jamais  il  ne  nous  a  été  pei’inis  de  confirmer  par  l’examen  nécroscopi¬ 
ques  l’existence  d’un  processus  congestif  ou  phlegmasique,  que  les  douleurs 
provoquées  nous  avaient  fait  soupçonner  chez  nos  malades  atteints  de  chorée. 

Ces  théories  hypothétiques  loin  de  démontrer  la  réalité  de  la  névrite  as¬ 
cendante,  pourraient  faire  naître  des  doutes  dans  l’espiât  des  moins  incré¬ 
dules. 

Névrite  dans  les  maladies  générales.  —  L’influence  des  maladies  géné¬ 
rales  infectieuses  sur  la  production  de  la  névrite  est  encore  un  sujet  à 
l’étude  et  ne  saurait  être  admise  qu’avec  réserve,  car  c’est  à  peine  s’il  existe 
dans  la  science  une  dizaine  de  faits  probants.  La  rareté  des  autopsies  et 
l’absence  d’examen  microscopique  des  troncs  nerveux  dans  les  cas  de  para¬ 
lysie  consécutive  aux  maladies  aigües,  autant  que  la  multiplicité  des  alté¬ 
rations  anatomiques,  rendent  aisément  compte  de  la  complexité  du  pro¬ 
blème  pathologique. 

.4.  — Dans  hs  pyrexies  dans  les  fièvres  éruptives,  par  exemple,  les  para¬ 
lysies  sont  imputables,  suivant  les  uns,  aux  altérations  des  muscles  liées 
au  processus  fébrile,  et  particulièrement  à  l’élévation  de  la  température 
(Liebermeistei’) ;  elles  se  rattacheraient,  suivant  d’auti’es  auteurs,  plutôt  à 
l’altération  du  sang,  et  seraient  la  conséquence  des  perturbations  profondes 
que  subit  la  nutrition  des  tissus  sous  l’influence  des  maladies  généralisées. 

D’autre  part,  un  bon  nombre  d’observateurs  ont  signalé,  dans  ces  cas, 
des  altérations  des  centres  nerveux,  et  déjà  le  professeur  Gubler,  dans  son 
etude  des  paralysies  amyotrophiques  (1861),  n’avait  pas  hésité  à  ratta¬ 
cher  un  certain  nombre  d’enti'e  elles  à  une  lésion  de  la  moelle.  —  Dans  sa 
thèse  (1872),  U.  Bailly  a  pu  rassembler  diverses  observations  dans  lesquelles 
la  paralysie  reconnaissait  incontestablement  une  origine  centrale,  et  a 
donné  une  éclatante  confirmation  aux  idées  de  ce  maître  éminent,  dont  les 
prévisions  se  sont  réalisées  à  vingt  années  de  distance.  Mais  jusqu’ici  il 
n’est  point  question  des  lésions  des  nerfs  eux-mêmes. 

Le  fait  le  plus  probant  a  été  publié  par  Bernhardt  : 

A  la  suite  du  typhus  exanthématique,  un  individu  fut  atteint  d’une  para¬ 
lysie  isolée  du  nerf  radial.  La  mort  étant  survenue  accidentellement,  on  put 
constater  que  ce  nerf  était  altéré  jusque  dans  ses  plus  fines  ramifications. 
Partout  le  névrilème  était  œdématié  et  injecté.  Nulle  part  il  ne  restait  un  tube 
intact.  La  dégénérescence  granulo-graisseuse  consécutive  au  travail  phleg¬ 
masique  était  complète.  Ne  pourrait-on  pas  rapprocher  de  ce  fait  anatomo- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  DANS  LES  MAL.  GÉN.  717 
pathologique  indéniable  le  cas  rapporté  par  Eisenlohr,  dans  lequel  les  phé¬ 
nomènes  morbides,  en  connexion  étiologique  étroite  avec  la  fièvre  typhoïde, 
présentaient  des  caractères  cliniques  suffisants  pour  faire  admettre  l’exis¬ 
tence  d’une  névrite  secondaire  du  nerf  péronier  gauche. 

De  son  côté,  Nothnagel  a  publié  un  certain  nombre  d’observations  de 
paralysies  consécutives  à  la  fièvre  typhoïde,  qui  semblent  reconnaître  un 
semblable  processus  (paralysies  du  grand  dentelé,  paralysies  des  nerfs  cubi¬ 
tal  et  péronier)  ;  mais  en  l’absence  du  contrôle  nécroscopique,  la  névrite  ne 
saurait  être  admise  ici  qu’avec  réserve.  Cependant,  l’auteur  fait  ressortir 
l’analogie  que  présentent  les  paralysies  qu’il  a  observées  dans  ces  cas  avec 
celles  qui  tiennent  aune  névrite  traumatique;  en  effet,  les  phénomènes 
n’affectent  pas  de  localisation  déterminée  ;  le  degré  de  la  paralysie  est  très- 
variable  dans  les  différents  cas.  Le  plus  souvent,  la  paralysie  ne  progresse 
qu’avec  lenteur  et  peut  rétrocéder  complètement.  Elle  est  précédée,  accom¬ 
pagnée  ou  suivie  de  douleurs  violentes,  d’insensibilité,  et  parfois  même  de 
troubles  trophiques;  enfin,  Nothnagel  a  noté  une  diminution  de  l’excitabi¬ 
lité  électrique.  Mais,  nous  le  répétons,  la  question  reste  encore  en  suspens, 
l’auteur  n’ayant  pas  eu  l’occasion  de  pratiquer  l’autopsie  dans  aucun  des 
nombreux  faits  qu’il  a  observés. 

Ulysse  Bailly,  dans  son  intéressante  thèse  sur  les  paralysies  consécutives 
aiguës,  a  rassemblé  un  certain  nombre  de  paralysies  typhiques  (55  cas)  qu’il 
divise  au  point  de  vue  pathogénique  en  plusieurs  groupes. 

Dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  elles  sont  dues  à.  des  lésions  maté¬ 
rielles  des  centres  nerveux  ou  de  la  périphérie,  altérations  de  tissu  direc¬ 
tement  liées  à  la  période  active  de  la  maladie,  mais  dont  les  manifestations 
sont  plus  ou  moins  tardives.  Dans  quelques  autres  moins  nombreux,  la 
lésion  ne  se  déclare  que  vers  la  fin  de  l’alîection  primitive  ou  dans  les  pre¬ 
miers  jours  de  la  convalescence,  sous  des  influences  occasionnelles  le  plus 
souvent  inconnues;  mais  le  mécanisme  de  la  paralysie  est  évident.  Dans  un 
petit  nombre  de  cas  seulement,  le  mécanisme  ne  peut  être  établi  :  encore 
les  renseignements  sont-ils  véritablement  insuffisants. 

Quant  aux  lésions  anatomiques  qui  constituent,  dans  la  majorité  des  cas, 
la  pathogénie  de  ces  paralysies  consécutives,  voici  comment  il  s’exprime  : 
«  Quand  on  voit  la  dégénérescence  pénétrer  les  parois  des  petits  vaisseaux 
de  la  peau  et  des  muscles,  envahir  les  plus  fines  fibres  musculaires  et 
les  infiltrer  de  noyaux,  on  a  de  bonnes  raisons  de  croire  que  le  même 
processus  n’est  pas  sans  attaquer  en  même  temps  les  centres  ner¬ 
veux,  comme  aussi  les  filets  qui  s’épanouissent  dans  la  peau  et  ceux 
qui  plongent,  en  venant  se  confondre  avec  elle,  dans  la  fibre  contrac¬ 
tile. 

»  Mais  on  conçoit  qu’il  faille  quelquefois,  pour  découvrir  ces  lésions,  un 
examen  microscopique,  de  même  que  pour  constater  celle  des  muscles, 
des  vaisseaux  et  des  glandes  :  cet  examen  est  encore  à  faire. 

»  Si  donc,  à  la  dégénérescence  des  petits  vaisseaux  qui  arrosent  et  nour¬ 
rissent  le  tissu  nerveux,  vient  s’ajouter  celle  de  la  substance  propre  elle- 
même,  il  n’y  a  plus  lieu  de  s’étonner  de  tous  les  troubles  sensitifs  et 


718  ÎSERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  DANS  LES  MAL.  GÉN. 
moteurs  qui  constituent  le  tableau  des  paralysies  consécutives  aux  fièvres 
graves.  »  (Ulysse  Bailly,  thèse  de  1872.) 

B. —  Dans  la  dip/it/ime,  la  dégénérescence  des  fibres  nerveuses  est  un  fait 
aujourd’hui  définitivement  établi.  Charcot  et  Vulpian,  en  1862,  ont  signalé, 
dans  un  cas  de  paralysie  diphthériitque  du  voile  du  palais,  des  altérations 
des  nerfs  sous-jacents  aux  plans  musculaires  paralysés,  et  surtout  des  infil¬ 
trations  partielles  des  gaines  nerveuses  par  une  prolifération  nucléaire  du 
tissu  conjonctif  capable  d’entraver  les  fonctions  des  tubes  nerveux.  Lorain 
et  Lépine  ont  relaté  un  fait  analogue  (voy.  t.  XI,  p.  608)  ;  de  son  côté, 
Liouville  a  trouvé,  dans  un  cas  de  diphthérie,  les  nerfs  phréniques  altérés. 

En  1867,  une  observation  nécroscopique  de  Buhl  a  montré  que  l’altéra¬ 
tion  des  nerfs  pouvait  s’étendre  jusqu’aux  racines  spinales  elles-mêmès  et 
aux  ganglions  rachidiens.  Cet  observateur  constata,  par  l’examen  micro¬ 
scopique,  une  prolifération  nucléaire  dans  la  gaine  des  nerfs,  entre  les  fais¬ 
ceaux  de  fibres  et  entre  les  cellules  ganglionnaires  des  racines  postérieures. 
A  ces  premiers  faits  anatomo-pathologiques  indéniables,  nous  ajouterons 
le  résultat  de  quatre  autopsies  de  paralysie  diphthéritique  dans  lesquelles 
Roger  et  Damaschino  ont  trouvé  des  lésions  analogues,  ainsi  que  le  prouve 
la  note  communiquée  par  eux  à  Rathery,  et  que  nous  trouvons  consignée 
dans  sa  thèse  d’agrégation,  (1875)  :  «  Quant  aux  nerfs,  ils  présentent  un 
état  d’atrophie  marqué  des  tuhes  nerveux.  Cette  atrophie  tient  à  la  dis¬ 
parition  partielle  de  la  myéline,  qui,  en  certains  points,  paraît  granu¬ 
leuse  :  les  cylindres  d’axe  ont  conservé  leur  aspect  normal.  Cette  altéra¬ 
tion  se  rencontre  avec  la  même  évidence  sur  les  racines  antérieures  des 
nerfs  rachidiens.  » 

Déjà,  depuis  quelques  années,  en  .411emagne,  Weber  avait  invoqué  hypo¬ 
thétiquement,  il  est  vrai,  une  altération  des  nerfs  périphériques  se  propa¬ 
geant  lentement  vers  la  moelle;  et  les  lésions  médullaires  constatées 
récemment  par  Oertel,  dans  un  cas  de  paralysie  diphthéritique,  semblent 
venir  confirmer  la  justesse  de  ces  vues. 

A  défaut  du  contrôle  nécroscopique,  certains  observateurs  se  sont  appuyés 
sur  les  caractères  cliniques  de  ces  paralysies  pour  les  rattacher  à  des  alté¬ 
rations  matérielles  des  nerfs.  Sansparler  .de  la  névrite  optique  constatée 
par  Mulke  et  par  d’autres  ophthalmologistes  dans  le  cours  de  la  diphthérie, 
Acker  et  Krafft-Ebing  ont  rapporté  plusieurs  observations  de  paralysie 
diphthéritique  qu’ils  croient  pouvoir  rattacher  à  des  névrites  secondaires, 
d’après  la  marche  suivie  par  les  troubles  de  la  contractilité  musculo- 
électrique. 

En  résumé,  malgré  le  petit  nombre  de  faits  bien  observés,  nous  ci'oyons 
que  le  processus  névritique  peut  quelquefois  rendre  compte  de  la  produc¬ 
tion  des  accidents  paralytiques  observés  à  la  suite  ou  dans  le  cours  des  mala¬ 
dies  aiguës  fébriles  ou  inl'ectieuses. 

G.  —  Les  maladies  constitutionnelles  peuvent-elles  donner  lieu  à  la  névrite? 

Et,  en  premier  lieu,  existe-t-il  une  névrite  rhumatismale  dans  le  vrai  sens 
du  mot,  c’est-à-dire  une  inflammation  du  nerf  liée  au  rhumatisme  consi¬ 
déré  lui-même  comme  maladie  générale  et  constitutionnelle? 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  DANS  LES  MAL.  GÉN.  719 

Celte  question  préliminaire  est  difficile  à  résoudre  dans  l’état  actuel  de 
nos  connaissances,  car  l’anatomie  pathologique  de  l’altération  rhumatis¬ 
male  des  nerfs  n’est  pas  faite  encore  et  ne  peut  être,  on  le  conçoit,  édifiée 
■expérimentalement.  Dans  son  savant  article,  Besnier  a  consacré  un  inté¬ 
ressant  chapitre  au  rhumatisme  des  nerfs.  Nous  sommes  heureux  de  lui 
emprunter  les  lignes  qui  vont  suivre,  car  elles  résument  merveilleusement 
l’état  de  la  science  sur  ce  point  encore  fort  peu  connu. 

«  Le  rhumatisme  détermine  dans  les  nerfs,  comme  ailleurs,  des  phéno¬ 
mènes  congestifs,  suhinflammatoires,  ou  même  franchement  inflamma¬ 
toires,  ces  derniers  étant,  de  toute  évidence,  les  moins  ordinaires, 
et  les  premiers  les  plus  communs;  la  névralgie  rhumatismale  se  relie  à 
une  congestion  névrique  on  périnévrique,  à  une  névrite  ou  périnévrite, 
lésions  qui  participent,  dans  leur  degré  et  dans  leur  évolution,  à  la  fois  de 
leur  nature,  qui  est  rhumatismale,  et  de  leur  siège  anatomique,  les 
cordons  nerveux.  Aux  premières  altérations  appartiennent  les  névral¬ 
gies  rhumatismales  communes,  éphémères,  atteignant  rapidement  un 
paroxysme  suivi  lui-même,  à  très-courte  échéance,  de  la  cessation  com¬ 
plète  des  accidents  ;  aux  secondes  se  rapportent  les  névralgies  rhumatis¬ 
males  rémittentes,  prolongées,  subaiguës  souvent,  mais  extraordinai¬ 
rement  rebelles,  amenant  des  troubles  trophiques  manifestes  dans  les 
régions  qu’animent  les  nerfs  atteints  ;  aux  troisièmes  se  rattachent  les 
faits  plus  rares  de  névrite  vraie  dont  la  gravité  est,  à  tous  égards,  plus 
grande,  et  qui  ont  depuis  longtemps  été  signalés  avec  toutes  les  consé¬ 
quences  qu’ils  peuvent  entraîner,  même  les  plus  éloignées,  ainsi  qu’en 
témoigne,  par  e.xemple,  le  fait  suivant  que  C.  Saucerotte  rapportait  à.la 
Société  anatomique,  en  1827,  et  qui  venait  d’être  observé  à  la  Charité  : 
Un  acteur  gagna  un  rhumatisme  pendant  de  longues  répétitions  aux¬ 
quelles  il  assista  en  hiver.  Ce  rhumatisme,  qui  rendait  toute  la  cuisse 
douloureuse,  prit  ensuite  les  formes  d’une  sciatique  qui  fut  rebelle  à  tous 
les  moyens  de  traitement  employés.  La  douleur  persista  pendant  long¬ 
temps  avec  une  grande  intensité,  puis  survint  une  paralysie  du  membre 
affecté,  puis  une  paraplégie,  avec  rétention  d’urine  et  des  matières  fé¬ 
cales.  Le  nerf  sciatique  fut  trouvé  rougeâtre  et  ramolli;  on  suivait  les 
mêmes  altérations  jusqu’à  la  moelle  épinière,  dont  la  partie  inférieure 
était  dans  un  état  de  ramollissement  inflammatoire  non  équivoque. 

»  Les  localisations  du  rhumatisme  sur  les  cordons  nerveux  peuvent  pro¬ 
duire  après  une  assez  longue  durée,  ou  dans  les  cas  intenses,  des  lésions 
trophiques  plus  ou  moins  considérables  dans  les  parties  gouvernées  par 
le  nerf  atteint  (atrophie  sciatique)  ;  il  est  tout  à  fait  exceptionnel  qu’elles 
produisent  des  altérations  capables  d’atteindre  d’emblée  le  pouvoir  mo¬ 
teur  du  nerf,  de  produire  la  paralysie  du  mouvement.  Les  paralysies  ner¬ 
veuses  proprement  dites  ne  sont  pas  des  paralysies  rhumatismales  di¬ 
rectes,  au  vrai  sens  du  mot;  telle  la  paralysie  du  nerf  radial,  par  exemple, 
que  Panas  a  bien  montrée  être  une  paralysie  traumatique  ;  la  paralysie 
faciale  qui  dépend  des  conditions  anatomiques  particulières  et  non  de  la 
nature  de  la  lésion  nerveuse  du  nerf  facial,  etc.;  d’autres  sont  des  para- 


720  KERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  DANS  LES  MAL.  GÉN. 

lysies  musculaires  dont  l’origine  n’est  pas  encore  bien  connue  (rhuma¬ 
tisme  deltoïdien).  Nous  verrons  plus  loin  que  l’hémiplégie  et  la  paraplégie 
rhumatismales  sont  infiniment  moins  communes  qu’on  ne  l’a  pensé, 
et  que  lorsqu’elles  dépendent  réellement  du  rhumatisme,  c’est  presque 
toujours  secondairement  et  par  voie  indirecte.  »  (Besnier.) 

Les  mêmes  considérations  sont  applicables  à  la  névrite  goutteuse.  Dans 
un  précédent  article,  nous  avons  déjà  signalé  la  fréquence  des  névralgies, 
et  en  particulier  de  la  sciatique  chez  les  goutteux,  en  indiquant  la 
théorie  pathogénique  invoquée  par  Graves  en  pareil  cas.  Suivant  lui 
lorsque  la  goutte  intéresse  les  nerfs  elle  donne  lieu  à  une  congestion 
ou  à  une  inflammation  de  nature  spéciale;  cette  affection  se  traduit 
par  des  paroxysmes  de  plus  en  plus  fréquents,  de  plus  en  plus  doulou¬ 
reux;  puis,  après  quelques  années,  souvent  même  au  bout  de  quelques 
mois,  la  détermination  morbide  étend  son  domaine  et  gagne  la  moelle  épi¬ 
nière  où  elle  peut  produire  des  modifications  qui  aboutissent  au  ramol¬ 
lissement  et  à  la  dégénérescence.  Quelque  ingénieuse  que  soit  l’hypothèse 
de  Graves,  elle  n’a  pas  encore  reçu  la  consécration  des  faits,  et  l’on  peut  se 
demander  si  les  névralgies  goutteuses  relèvent  directement  de  l’altération 
du  sang  par  excès  d’acide  urique,  ou  bien  si  elles  sont  la  conséquence 
d’un  travail  inflammatoire  qui  occuperait  soit  la  gaine  des  nerfs,  soit  les 
enveloppes  de  la  substance  même  de  la  moelle.  D’après  Garrod,  les  affec¬ 
tions  goutteuses  des  nerfs  dépendent  très-pi’obablement  de  l’inflammation 
de  leur  névrilème.  Les  diverses  paralysies  partielles  observées  chez  les 
goutteux  doivent  apparemment  reconnaître,  selon  lui,  une  cause  ana¬ 
logue.  Eulenburg,  tout  en  contestant  la  fréquence  des  affections  goutteu¬ 
ses  des  nerfs,  admet  deux  modalités  différentes  dans  le  processus  patholo¬ 
gique  ;  tantôt  elles  relèveraient,  à  son  sens,  d’une  inflammation  véritable, 
tantôt  du  dépôtd’urate  de  soude  dans  le  tronc  nerveux  lui-même.  Sans  nier, 
a ‘priori,  la  possibilité  de  cette  dernière  altération,  nous  devons  recon¬ 
naître  que  les  dépôts  uratiques  dans  les  viscères  sont  encore  aujourd’hui 
des  raretés  pathologiques.  Cela  tient  peut-être  à  ce  que  l’attention  n’a 
pas  encore  été  suffisamment  attirée  sur  ce  point,  et  à  ce  que  les  faits  rappor¬ 
tés  par  les  auteurs  anciens  sont  rendus  suspects  par  l’insuffisance  même  de 
leurs  connaissances  chimiques. 

D. —  L’influence  de  la  Syphilis  dans  l’étiologie  de  la  névrite  ne  saurait  être 
méconnue,  mais  il  est,  au  point  de  vue  pathogénique,  un  certain  nombre 
de  distinctions  à  établir  :  Les  troncs  nerveux,  en  effet,  peuvent  être  affectés 
primitivement  par  le  fait  d'une  lésion  qui  porte  sur  une  plus  ou  moins 
grande  partie  de  leur  étendue,  ou  secondairement  par  suite  de  la  compres¬ 
sion  exercée  par  des  altérations  des  organes  de  voisinage  et  des  os  tout 
particulièrement.  Lancereaux,  dans  son  savant  Traité  de  la  syphilis,  a  consa¬ 
cré  un  intéressant  chapitre  aux  affections  syphilitiques  des  nerfs,  et  les  faits 
nombreux  consignés  dans  les  monographies  de  Lagneau,  de  Zambaco  et  de 
Bertrand,  témoignent  de  la  fréquence  de  ces  manifestations;  mais  dans  la 
majorité  des  cas  cités  par  ces  derniers  auteurs  le  contrôle  nécroscopique  fait 
défaut. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  jNÉVRITE  DANS  LES  INTOKICATIONS.  721 

Les  nerfs  cérébraux  sont  le  siège  le  plus  habituel  des  localisations  syphi¬ 
litiques,  qui  se  montrent  surtout  à  leur  point  d’émergence. 

Plus  rares  sont  les  lésions  des  nerfs  rachidiens.  Le  sciatique,  en  raison 
sans  doute  de  son  volume  et  de  sa  vascularité,  les  cordons  nerveux  du 
plexus  brachial,  tels  sont  par  ordre  de  fréquence  ceux  de  ces  organes  dont 
les  troubles  ont  pu  être  rattachés  à  la  syphilis;  mais  les  altérations  dont  ils 
peuvent  être  le  siège,  dit  Lancereaux,  n’ont  pas  été,  que  je  sache,  vérifiées 
par  l’autopsie.  Conformément  à  l’assertion  émise  par  ce  judicieux  observa¬ 
teur,  nous  sommes  disposé  à  admettre  que  les  modifications  anatomiques 
des  cordons  nerveux  intéressés  sont  de  deux  ordres,  et  se  traduisent  soit  par 
l’épaississement  de  la  trame  conjonctive  (névrite  interstitielle  —  hyperplasie 
diffuse),  soit  par  la  présence  de  nodules,  comparables  auxnevromes,  mais 
qui  en  réalité  ne  sont  que  des  tumeurs  gommeuses.  A  la  première  caté¬ 
gorie  de  lésions  appartiennent  les  faits  observés  par  Todd,  Bayle  et  Kerga- 
radec,  Meyer,  Esmarch  et  Jessen.Dittrich,  Virchow,  etc...  :  le  second  groupe 
d’altérations  comprend  un  plus  grand  nombre  de  cas,  parmi  lesquels  nous 
nous  bornerons  à  citer  ceux  de  Portai,  de  Dixon  et  de  Rayney. 

Le  miasme  paludéen  qui  produit  la  fièvre  intermittente  peut  causer, 
comme  on  sait,  des  troubles  morbides  extrêmement  variés.  Les  symptômes 
nerveux  et  en  particulier  les  névralgies,  surtout  celles  de  la  cinquième 
paire,  sont  de  beaucoup  les  plus  fréquents.  Ces  manifestations  que  certains 
auteurs  rattachent  à  un  principe  congestif,  peuvent-elles  aboutir  à  des 
phlegmasies?  En  d’autres  termes,  existe-t-il  une  névrite  liée  à  Yimpalu- 
disme?  Nous  en  avons  vainement  recherché  des  exemples  et  le  seul  fait  qui 
puisse  trouver  place  ici  est  l’observation  de  perinévrite  optique  double  avec 
apoplexie  rétinienne,  relatée  par  notre  très-honoré  maître  Gueneau  de 
Mussy,  dans  le  premier  volume  de  sa  Clinique  médicale  (page  138).  Le 
prompt  effet  du  traitement  quinique,  institué  dans  ce  cas,  nous  semble 
justifier  l’opinion  que  l’éminent  clinicien  de  l’Hôtel-Dieu  avait  émise  sur 
-  la  nature  paludéenne  de  cette  affection. 

5"  Névrite  dans  les  intoxications.  —  En  premier  lieu,  peut-elle  déter¬ 
miner  une  névrite?  Cette  question  est  difficile  à  résoudre  dans  l’état 
actuel  de  la  science  ;  car  il  règne  encore  à  ce  sujet  des  théories  con- 
ti-adictoires.  Les  uns,  comme  Charcot,  admettent  une  lésion  périphérique 
des  nerfs  radiaux  dans  la  paralysie  des  extenseurs  chez  les  saturnins  {Cours 
inédit  de  la  Faculté,  1874)  et  pensent  que  cette  paralysie,  au  point  de  vue 
nosologique,  doit  êti’e  rapprochée  des  paralysies  faciales  à  frigore,  en  ce 
sens  que  toutes  les  réactions  électriques  donnent  des  courbes  analogues  à 
celles  fournies  par  cette  dernière.  —  La  lésion  nerveuse,  dans  cette  sédui¬ 
sante  hypothèse,  tiendrait  tous  les  phénomènes  sous  sa  dépendance  et 
pourrait  même  rendre  compte  de  la  tumeur  dorsale  de  la  main  que  Charcot 
et  Hue-Mazelet  n’hésitent  pas  à  considérer  comme  une  altération  trophique 
consécutive. 

Les  autres  ont  invoqué  une  lésion  des  muscles  (Gusserow)  relevant  de 
l’action  directe  du  plomb  ;  d’autres  plus  récemment  ont  signalé  des  lésions 
vasculaires  (Hitzig,  Kussmaul,  Duroziez)  ;  enfin  Raymond  croit  que  la  para- 


722  NERES-.-.-— :  pathologie  médicale.  —  névrite  dans  les  intoxications. 
lysie  est  de  cause  médullaire  et,  suivant  lui,  l’atrophie  musculaire  serait, 
consécutive  à  une  lésion  des  cornes  antérieures,  semblable  en  cela  aux 
autres  atrophies  musculaires  causées  par  une  lésion  centrale. 

Notre  collègue  et  ami  J.  Renaut,  dans  sa  remarquable  thèse  d’agrégation,, 
a  passé  successivement  en  revue  toutes  ces  opinions  opposées,  en  faisant 
valoir  tour  à  tour  les  arguments  invoqués  en  faveur  de  chacune  d’elles. 

Sans  admettre  d’une  façon  exclusive  et  absolue  la  théorie  défendue  par 
Charcot,  nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  les  faits  signalés  par  Westphal 
et  par  Gombault,  qui  semblent  militer  puissamment  en;faveur  de  cette  doc¬ 
trine  neuropathique.  Ce  dernier,  dans  une  autopsie  récente,  a  trouvé  en 
effet  les  nerfs  des  muscles  très-altérés  tandis  que  leurs  racines  étaient  saines.. 
La  lésion  portant  sur  les  nerfs  radiaux  était  tout  à  fait  identique  à  celle 
qu’on  observe  dans  le  bout  inférieur  d’un  nerf  après  sa  section.  Cet  habile- 
investigateur  a  en  outre  signalé,  dans  ce  cas,  une  altération  vasculaire,  sur 
laquelle  du  reste  il  ne  s’explique  pas  ;  mais  il  décrit  en  revanche  très-nette¬ 
ment  les  altérations  microscopiques  de  la  névrite  périphérique  qu’il  a  con¬ 
statées  à  l’autopsie.  «  Un  grand  nombre  de  tubes,  dit-il,  considérablement 
réduits  de  volume  ne  contiennent  plus  qu’une  petite  quantité  de  myéline 
granuleuse  et  sont  mélangés  à  des  gaines  complètement  revenues  sur  elles- 
mêmes,  renfermant  des  séries  de  noyaux  ovoïdes.  Sur  des  coupes  longitu¬ 
dinales,  on  ne  rencontre,  dans  les  portions  les  plus  altérées,  que  quelques, 
rares  libres  nerveuses  demeurées  saines,  et  la  pi’éparation  tout  entière  se- 
colore  vivement  par  la  solution  ammoniacale  de  carmin.  Sur  les  coupes  trans¬ 
versales,  on  peut  se  rendre  un  compte  assez  exact  de  la  nature  et  de  l’éten¬ 
due  des  lésions.  On  constate  de  cette  façon  une  augmentation  notable  du 
nombre  de  noyaux  de  tissu  conjonctif  intra-fasciculaire,  et  celte  prolifération 
nucléaire  est  surtout  active  au  voisinage  des  vaisseaux,  dont  les  parois  ma¬ 
nifestement  irritées  ont  augmenté  d’épaisseur.  Indépendamment  de  ces- 
noyaux,  on  en  rencontre  un  grand  nombre  d’autres  qui  appartiennent  aux 
éléments  nerveux  eux-mêmes.  Accolés  à  la  face  interne  de  la  gaine  de- 
Schwann,  ils  font  saillie  dans  la  cavité  qu’elle  limite  et  la  remplissent  par¬ 
fois  complètement.  Cependant,  dans  la  plupart  des  tubes,  le  cylindre-axe- 
est  encore  reconnaissable  et  demeure  entouré  d’une  petite  quantité  de 
myéline.  Les  lésions  n’atteignent  pas  du  reste  au  même  degré  tous  les 
faisceaux,  et  il  n’esl  pas  très-rare  d’en  rencontrer  qui  soient  complètement 
indemnes.  » 

L’année  suivante  (1874),  Westphal  décrivit,  dans  un  cas  de  paralysie 
saturnine,  une  série  de  modifications  des  tubes  nerveux  du  radial,  donnant, 
selon  lui,  la  notion  d’une  affection  primitive  du  nerf,  et  il  conclut  de  ses- 
obsei’vations  microscopiques  que,  dans  les  cas  de  paralysie  radiale  satur¬ 
nine,  il  se  produit  d’abord  une  atrophie  du  nerf,  suivie,  quand  le  malade 
guérit,  d’une  régénération  des  tubes  nerveux. 

Les  altérations  musculaires,  à  son  sens,  seraient  consécutives  et  l’état  de 
la  contractilité  électro-musculaire  viendrait  à  l’appui  de  son  opinion. 

Les  troubles  de  la  vue  que  l’on  observe  chez  les  saturnins  sont  sympto- 
inatiques  d’afi'eçtions  variées  ayant  pour  siège  exclusif  le  système  nerveux 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE  DANS  LES  INTO.KICATIONS.  723 
central  ou  périphérique  ;  au  nombre  de  ces  altérations  diverses,  nous  cite¬ 
rons  l’inflammation  simple  ou  atrophique  du  nerf  optique  observée  par 
Schweller  et  Hutchinson  et  que  J.  Renaut  a  soigneusement  distinguée  de  la 
fausse  névrite  et  des  altérations  consécutives  à  l’albuminurie  saturnine. 
Malgré  le  petit  nombre  de  névrites  optiques  observées  jusqu’à  ce  jour  dans 
l’intoxication  saturnine,  les  faits  auxquels  nous  venons  de  faire  allusion 
nous  paraissent  suffisamment  probants  pour  établir  la  réalité  de  cette 
névrite  toxique. 

L'intoxication  par  la  vapeur  du  charbon  peut  déterminer  des  troubles 
nerveux  périphériques  que  E.  Leudet  n’a  pas  hésité  à  rattacher  à  la  névrite. 
En  se  fondant  sur  l’examen  clinique  aussi  bien  que  sur  l’investigation  ana¬ 
tomique,  le  savant  médecin  de  Rouen  termine  son  travail  par  les  conclu¬ 
sions  suivantes  : 

1“  L’asphyxie  par  la  vapeur  du  charbon  détermine  des  troubles  dans 
les  nerfs  périphériques; 

2°  Les  nerfs  moteurs,  sensitifs  et  vaso-moteurs  peuvent  être  affectés 
isolément  ou  simultanément  ; 

3°  Ces  troubles  périphériques  donnent  lieu,  pendant  la  vie,  aux  sym¬ 
ptômes  locaux  de  la  névrite,  douleur,  tumeur  simulant  un  phlegmon, 
causant  même  un  abcès  ;  dans  les  nerfs  vaso-moteurs,  à  la  rougeur  et  au 
développement  d’éruptions  bulleuses  et  herpétiques  que  l’observation  mo¬ 
derne  a  rattachées  cliniquement  et  anatomiquement  à  des  lésions  des  nerfs 
vaso-moteurs  ; 

à»  Les  troubles  nerveux  périphériques  peuvent  apparaître  immédiate¬ 
ment  après  l’asphyxie,  se  développer  au  bout  de  quelques  jours  ou  même 
récidiver,  ce  qui  a  lieu  surtout  pour  les  lésions  des  nerfs  vaso-moteurs  ; 

5“  L’anatomie,  pathologique  a  démontré  une  lésion  dans  un  nerf 
atteint.  (Leudet,  Archives,  1865,  p.  529.) 

Dans  l’observation  XXXV  de  son  mémoire,  Leudet  put  en  effet  constater 
l'existence  d’uue  périnévrite  du  nerf  sciatique  droit  ;  de  son  côté.  Rendu 
dit  avoir  observé  à  l’hôpital  Saint-Antoine,  en  1870,  un  phlegmon  de  la 
cuisse,  consécutif  à  l’intoxication  par  la  vapeur  de  charbon  et  qui  était  éga¬ 
lement  accompagné  de  lésions  apparentes  du  même  nerf;  mais  en  regard 
de  ces  faits,  il  en  est  d’autres  qui  paraissent  mettre  hors  de  doute  des 
lésions  centrales  du  système  nerveux. 

Laroche  cite  en  effet,  dans  sa  thèse,  des  exemples  d’hémiplégie  avec  obtu¬ 
sion  de  la  sensibilité  dans  tout  le  côté  paralysé,  persistant  au  bout  de  plu¬ 
sieurs  semaines.  Dans  un  cas,  Rourdon  a  constaté  l’existence  d’une  congestion 
intense,  étendue  à  tous  les  centres  nerveux,  lésions  confirmatives  des  expé¬ 
riences  de  Cl.  Bernard.  De  tous  ces  faits,  il  croit  pouvoir  conclure  que  la  para¬ 
lysie  est  plutôt  d’origine  centrale,  ainsi  que  les  troubles  de  la  sensibilité. 
C’est  là,  comme  on  le  voit,  une  question  qui  appelle  de  nouvelles  recherches. 

L'alcoolisme  chronique,  dans  presque  toutes  ses  formes,  détermine  des 
troubles  profonds  de  la  sensibilité,  parmi  lesquels  l’anesthésie  prédomine. 
Si,  dans  la  majorité  des  cas,  ces  troubles  de  la  sensibilité  relèvent  des 
désordres  matériels  que  l’alcool  amène,  à  la  longue,  dans  les  centres  ner- 


72i  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  .névrite  lépreuse. 

veux,  ils  peuvent  quelquefois  aussi  résulterde  la  lésion  des  nerfs  eux-mêmes. 

Notre  excellent  ami  Magnan  a  démontré,  en  effet,  chez  les  alcooliques, 
l’existence  de  névrites  interstitielles  tout  à  fait  analogues  à  la  sclérose 
des  nerfs  sensoriels  ou  périphériques  qu’il  a  eu  l’occasion  d’observer  au 
début  ou  dans  le  cours  de  la  paralysie  générale. 

Il  est  probable  que  des  lésions  analogues  seront  l’encontrées  dans  beau¬ 
coup  d’autres  variétés  d’intoxication  chronique,  lorsqu’on  portera  une 
attention  plus  rigoureuse  dans  l’examen  des  lésions  anatomiques  en 
général  et  de  l’état  des  nerfs  en  particulier;  mais  combien  d’autopsies  sont 
encore  aujourd’hui  qualifiées  de  complètes,  bien  que  les  caractères  macro¬ 
scopiques  des  nerfs  ne  soient  même  pas  signalés!  En  l’absence  de  ces 
données  anatomiques  qui  pourraient  être  si  fécondes,  nous  nous  borne¬ 
rons  à  rapprocher  des  névrites  d’origine  toxique  certains  troubles  moteurs 
ou  sensitifs  signalés  dans  la  pellagre  et  dans  V ergotisme  chronique,  que  l’on 
lie  peut  encore  faire  figurer  dans  l’histoire  générale  de  la  névrite,  vu  l’in¬ 
suffisance  de  nos  connaissances  anatomo-pathologiques  sur  ce  point.  Nous 
en  dirons  de  même  de  Vacrodynie  (voy.  les  articles  Acrodi.nie,  t.  I,  p.  377  ; 
Ergotisme,  t.  XIII,  et  Pellagre). 

«  Tout  en  reconnaissant,  dit  Mougeot,  l’obscurité  qui  enveloppe  bien  des 
points  de  l’histoire  de  l’acrodynie,  et  en  particulier  son  étiologie  et  son  ana¬ 
tomie  pathologique,  nous  voyons  nettement  que  le  principe  morbide,  quel 
^gu’il  soit,  porte  principalement  son  action  sur  le  système  nerveux.  D’après  les 
r^ymptômes  divers  que  nous  avons  vus  résulter  des  troubles  des  nerfs  péri¬ 
phériques,  nous  pensons  pouvoir  ici  subordonner  les  affections  cutanées  à 
iles  modifications  (inconnues,  il  est  vrai,  dans  le  cas  particulier)  du  sys¬ 
tème  nerveux.  L’érythème,  en  effet,  les  éruptions  vésiculaires,  l’exagéra-  ■ 
tion  de  la  production  de  l’épiderme  et  du  pigment,  tout  cela,  nous  l’avons 
vu,  est  parfois  un  symptôme  bien  net  et  bien  précis,  soit  des  blessures  des 
iSroncs  nerveux,  soi!  de  la  névrite,  ou  de  maladies  essentielles  et  indéler- 
Tifinées.  »  (Mougeot,  thèse,  -1867.) 

Périnévrite  lépreuse.  —  Les  premièi’es  recherches  de  Danielssen  et  de 
Boëclc,  et  celles  jilus  récentes  de  Virchow  et  de  Berkmann,  ont  démonti’é 
l’existence  d’une  véritable  périnévrite  dans  la  lèpre  tuberculeuse  ou  élé- 
phantiasis  des  Grecs;  et  cette  altération  nerveuse  rendrait  compte,  suivant 
eux,  non-seulement  de  l’anesthésie  cutanée,  mais  encore  d’un  certain 
nombre  de  troubles  de  nutrition  habituels  dans  cette  maladie.  Ces  faits  ont 
rété  vérifiés  en  France  à  plusieurs  reprises  par  Ranvier,  Carville,  Grancher, 
?oncet,  et  sont  consignés  dans  l’intéressante  thèse  de  Lamblin.  Il  n’est  plus 
permis  aujourd'hui  d’en  suspecter  l’exactitude;  nous  aurons  bientôt  l’occa¬ 
sion  de  revenir  sur  cette  variété  de  névrite,  qui  représente,  au  point  de  vue 
anatomo-pathologique,  le  type  de  la  périnévrite  chronique,  ou  mieux  de 
la  névrite  interstitielle  proliférante. 

Telles  sont  les  principales  espèces  étiologiques  de  la  névrite  en  général, 
et,  bien  que  leur  nombre  soit  déjà  considérable,  tout  porte  à  penser  qu’il 
se  multipliera  plus  encore  lorsque  l’attention  des  nosologistes  sera  dirigée 
plus  spécialement  vers  ce  point  impoi’tant  de  la  pathologie. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE.  725 

Anatomie  pathologique.  —  Les  lésions  anatomiques  de  la  névrite  trau¬ 
matique  ayant  été  décrites  dans  l’article  qui  précède  (voy.  p.  632  et  suiv.), 
nous  croyons  préférable,  pour  éviter  d’inutiles  redites,  d’insister  plus  pai- 
ticulièrement  sur  les  altérations  que  l’on  peut  considérer  comme  propres 
et  intrinsèques  de  la  névrite  spontanée  dans  sa  modalité  la  plus  fréquente, 
c’est-à-dire  dans  sa  forme  chronique. 

L’inflammation  peut  rester  bornée  au  névrilème,  c’est  la  périnévrite; 
ou  bien  elle  atteint  les  coi'dons  nerveux.  Deux  variétés  doivent  ici  être  dis¬ 
tinguées,  suivant  la,  localisation  du  processus  :  Si  la  trame  conjonctive  qui 
sépare  les  tubes  nerveux  est  primitivement  atteinte,  on  dit  alors  que  la 
névrite  est  interstitielle;  si  l’inflammation  porte  sur  les  éléments  nerveux 
eux-mêmes,  la  névrite  est  appelée  parenchymateuse;  mais  il  est  souvent 
difficile  de  spécifier  la  véritable  nature  du  travail  phlegmasique,  en  l’ab¬ 
sence  d’un  examen  microscopique  suffisant. 

D’autres  fois,  enfin,  la  phlegmasie  est  si  intense  et  si  étendue  dans  ses. 
ravages,  qu’il  est  impossible  de  préciser  le  siège  initial  du  processus, 
morbide. 

Si  l’inflammation  des  nerfs  caractérisée  par  la  congestion,  par  la  con¬ 
gestion  et  par  l’exsudation  séreuse  est  fréquente,  il  n’en  est  plus  de  même- 
de  l’inflammation  suppurative,  que  l’on  peut  considérer  comme  une  rareté, 
dans  les  faisceaux  nerveux.  La  gaine  lamelleuse,  en  effet,  ainsi  que  le 
font  remarquer  Cornil  et  Ranvier,  forme  à  la  diffusion  du  pus  dans  l’in¬ 
térieur  de  ces  faisceaux  une  barrière  à  peu  près  infranchissable;  aussi, 
voit-on,  compris  dans  un  foyer  en  pleine  suppuration,  des  nerfs  dont  le  tissu 
péri-fasciculaire  est  le  siège  d’hyperhémie,  d’exsudation  séreuse,  et  même 
de  suppuration  diffuse,  et  qui  ont  conservé  leurs  propriétés.  «  Si  l’on  exa¬ 
mine  au  microscope  les  nerfs  compris  dans  un  foyer  purulent,  ajoutent 
ces  savants  observateurs,  ce  n’est  pas  sans  un  certain  étonnement  que  l’on 
y  trouve  des  tubes  nerveux  normaux.  La  résistance  des  nerfs  à  la  diffusion 
du  pus  dans  leurs  faisceaux  est  liée  d’une  part  à  la  gaîne  lamelleuse, 
d’autre  part  aux  nombreuses  anastomoses  des  vaisseaux  soit  dans  le  tissu 
conjonctif  péri-fasciculaire,  soit  dans  le  tissu  conjonctif  intra-fasciculaire  ; 
ainsi  se  trouve  assurée  l’indépendance  de  la  circulation. 

Cette  indépendance  peut  être  démontrée  par  l’expérience.  En  effet,  il  est 
possible  de  dénuder  et  de  séparer  le  nerf  sciatique  dans  toute  son  étendue, 
chez  un  animal  vivant,  sans  que  les  fonctions  du  nerf  en  soient  troublées- 
et  sans  qu’il  survienne  d’accidents,  si  toutefois  on  s’est  mis  à  l’abri  d’une 
inflammation  suppurative  intense. 

Par  une  expérience  analogue,  il  est  possible  de  prouver  la  résistance  de 
la  gaîne  lamelleuse  à  la  suppuration  :  lorsqu’après  avoir  dénudé  le  nerf 
sciatique,  on  répand  dans  la  plaie  du  vermillon  délayé  dans  l’eau,  les  glo¬ 
bules  de  pus  se  chargent  de  gi'anulations  colorées  et  les  transportent  dans- 
diverses  directions  ;  mais  jamais  les  globules  purulents  porteurs  de  ver¬ 
millon  ne  traversent  la  gaîne  lamelleuse  et  ne  viennent  se  fixer  entre  les 
ubes  nerveux.  11  n’en  est  plus  de  même  si  la  gaîne  a  été  déchirée  ; 
exemple,  si  on  a  placé  un  fil  à  travers  le  nerf,  les  globules  chargés  de  gra- 


726  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite.  —  anatomie  pathologique. 
nulations  trouvent  alors  une  voie  ouverte  et  gagnent  le  tissu  conjonctif 
intra-fasciculaire. 

Les  inflammations  de  longue  durée  et  les  néoplasmes  à  développe¬ 
ment  continu  ont  sur  les  nerfs  une  action  bien  plus  grande  :  la  néofor¬ 
mation  cel  lulaire  qui  caractérise  leur  évolution,  se  poursuivant  dans  le 
tissu  conjonctif  péri-fasciculaire  et  enti’e  les  lames  de  la  gaine  lamel- 
leuse  des  faisceaux  nerveux,  les  écarte,  comprime  ces  faisceaux,  et  les 
tubes  nerveux  subissent  au-dessous  du  point  altéré  une  série  de  transfor¬ 
mations  que  l’on  observe  dans  le  bout  périphérique  du  nerf  sectionné 
(Cornil  et  Ranvier). 

Ces  données  expérimentales,  jointes  aux  faits  intéressants  fournis  par  les 
lésions  traumatiques  des  nerfs,  constituent  de  précieuses  acquisitions,  mais 
n’épuisent  pas  le  sujet,  et,  malgré  les  nombreuses  lacunes  que  présente 
encore  aujourd’hui  l’étude  anatomo-pathologique  de  la  névrite  spontanée,  il 
est  un  certain  nombre  de  détails  histologiques  que  nous  ne  pouvons  passer 
sous  silence. 

Mais  d’abord  il  importe  de  faire  remarquer  que  la  simple  hyperhémie  qui 
se  produit  dans  la  gaine  du  nerf  ou  bien  les  extravasations  sanguines  puncti¬ 
formes  ou  striées  dont  elle  peut  être  le  siège  ne  constituent  pas  une  preuve 
suffisante  d’inflammation. 

Les  épanchements  sanguins  supposent  presque  toujours  une  congestion 
préalable  et  simultanée,  qui  est  venue  augmenter  à  la  fois  la  masse  san¬ 
guine  locale  et  les  chances  de  rupture.  Ils  sont  le  plus  souvent  très- 
minimes,  mais  multipliés,  en  un  mot,  miliaires.  Exceptionnellement,  ils 
forment  des  accumulations  plus  considérables.  L’œdème  est,  plus  que  les 
hémorrhagies  encore,  la  conséquence  de  la  congestion.  Ou  bien  celle-ci  est 
active,  et  l’augmentation  de  la  tension  sanguine  donne  lieu  à  une  exhala¬ 
tion  séreuse  qui  naît  sur  place  et  reste  limitée  aux  nerfs,  dont  elle  refoule 
les  éléments  ;  ou  bien  il  e.xiste  une  gêne  générale  de  la  circulation,  et  les 
nerfs  prennent  part,  au  même  titre  que  les  autres  tissus,  à  la  transsudation 
séreuse  qui  en  résulte.  Dans  ce  cas,  une  véritable  dissection  des  tubes  ner¬ 
veux  peut  en  être  la  conséquence. 

Mais  à  côté  de  cette  congestion  hémorrhagipare  et  hydropigène  vient  se 
placer  l’hyperhémie  phlegmasique.  qui  rend  compte  des  altérations  initiales 
observées  dans  la  névrite  aiguë  :  rougeur,  ecchymoses  ponctuées,  exsuda¬ 
tion  séreuse  ou  séro-fibrineuse  épanchée  dans  le  né\Tilème  seulement,  ou 
dans  les  interstices  des  tubes  nerveux;  d’où  l’augmentation  de  volume,  et 
parfois  même  un  ramollissement  proportionnel  à  l’abondance  de  cette 
exsudation. 

Gendrin,  dans  son  remarquable  Traité  des  inflammations,  avait  déjà,  dès 
'1826,  décrit  les  lésions  macroscopiques  de  la  névrite  d’une  façon  tellement 
saisissante  que,  jusqu’à  ces  deimiers  temps,  on  n’avait  rien  trouvé  à  ajouter 
au  tableau  fidèle  qu’il  en  avait  tracé;  il  avait,  en  effet,  distingué  trois' 
modalités  différentes  de  l’inflammation  des  nerfs,  subordonnées  à  l’intensité 
du  processus. 

1“  L’inflammation  aiguë  des  nerfs,  d’une  intensité  moyenne,  se  recon- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGiQUE.  T27 

naît,  suivant  cet  éminent  anatomo-pathologiste,  aux  caractères  suivants  : 
Le  nerf  est  d’un  rouge  vif;  il  est  tuméfié  ;  ses  filets  sont  plus  écartés  les  uns 
■des  autres  que  dans  l’état  sain.  Le  névrilème  présente  une  injection  vascu¬ 
laire  d’autant  plus  serrée  que  l’on  est  plus  près  du  foyer  de  la  phlegmasie. 
On  distingue  cependant  toujours,  dit-il,  même  dans  l’endroit  où  la  rougeur 
est  la  plus  grande,  un  réseau  vasculaire  serré,  que  l’on  retrouve  par  la  dis¬ 
section  jusque  sur  les  filets  qui  forment  le  centre  du  cordon  nerveux.  En 
■examinant  à  la  loupe  ce  l’éseau  vasculaire  naturellement  injecté,  on  voit 
une  multitude  de  filets  capillaires  qui  unissent  transversalement  les  capil- 
■laires  principaux  qui  suivent  la  direction  du  nerf,  soit  en  rétrogradant, 
soit  en  se  dirigeant  vers  sa-  terminaison.  Aucune  injection  artificielle  ne 
peut,  dans  l’état  sain,  mettre  en  évidence  ces  capillaires  transversaux.  Le 
tissu  cellulaire  interstitiel  des  cordons  nerveux  est  lui-même  fort  injecté  et 
très-inliltré  de  sérosité. 

A  ce  degré  de  l’inflammation,  la  pulpe  nerveuse  ne  présente  encore  au¬ 
cune  altération  apercevable  :  les  filets  nerveux  ne  semWent  pas  augmentés 
d’épaisseur  ;  ils  paraissent  dans  l’état  physiologique. 

2°  Quand  l’inflammation  d’un  nerf  a  acquis  plus  d’intensité,  le  cordon 
nerveux  est  d’un  rouge  uniforme ,  brunâtre  ou  violet  ;  du  sang  pur  est 
extravasé  ou  infiltré  dans  le  névrilème.  Le  cordon  nerveux  gonflé  paraît 
homogène  dans  sa  texture  et  d’une  moins  grande  densité  que  dans  l’état 
sain  ;  on  ne  distingue  plus  le  réseau  vasculaire  injecté  que  sur  les  limites 
ùe  la  phlegmasie.  Le  nerf,  en  cet  état,  se  déchire  presque  aussi  facilement 
en  travers  qu’en  long  ;  c’est  un  tissu  spongieux,  rouge,  qui  ressemble  à 
un  cordon  de  tissu  cellulaire  enflammé.  Par  une  section  transversale,  on 
ne  distingue  la  pulpe  qu’à  une  matière  rouge  demi-liquide  qui  forme  des 
points  dans  l’épaisseur  du  cordon  nerveux. 

Aux  limites  de  l'inflammation,  on  remarque  facilement  que  la  pulpe 
nerveuse  est  rouge  et  comme  ramollie  ;  il  y  a  des  filets  qui  semblent  rem¬ 
plis  de  sang.  En  s’éloignant  de  l’inflammation  jusqu’aux  points  où  l’injec¬ 
tion  vasculaire  est  très-légère,  le  nerf  paraît  comme  disséqué,  les  filets  semblent 
séparés  les  uns  des  autres  par  une  sérosité  assez  abondante  :  on  remarque 
aussi  la  disparition  complète  des  vésicules  adipeuses  dans  le  tissu  cellu¬ 
laire  qui  environne  le  nerf  ou  qui  pénètre  dans  son  épaisseur. 

Dans  le  premier  stade,  la  T’ésolution  du  processus  est  encore  pos¬ 
sible,  l'hyperhémie  disparaît,  les  éléments  émigrés  sont  éliminés  ou 
subissent  la  dégénérescence  graisseuse,  l’exsudât  séreux  est  résorbé,  les 
fibres  plus  ou  moins  altérées  se  régénèrent  et  le  nerf  revient  ainsi  peuà 
peu  à  l’état  normal.  Mais  il  est  plus  fréquent  d’observer  le  passage  à  l’état 
chronique. 

3“  Dans  cette  névrite  chronique,  qui  survient  souvent  d’emblée,  oi,i 
observe  surtout  la  tendance  à  la  néoplasie  conjonctive,  à  l’induration,  eii 
un  mot,  à  la  sclérose.  Cette  néoplasie  conjonctive  épaissit  le  névrilème  et 
ses  prolongements,  et  produit,  comme  toutes  les  scléroses  interstitielles, 
l’atrophie  secondaire  de  l’élément  parenchymateux.  —  Ce  dernier  dis¬ 
paraît  quelquefois  par  résorption,  et  le  nerf  est  transformé  de  la  sorte 


728  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite.  —  anatomie  pathologique. 
en  lin  simple  cordon  de  tissu  conjonctif,  friable,  grisâtre,  souvent  pig¬ 
menté,  adhérant  intimement  aux  tissus  voisins.  On  ne  peut  distinguer  la 
gaine  du  nerf  lui-même.  Ces  deux  éléments  confondus  forment  une  masse 
d’apparence  conjonctive  dans  laquelle  on  ne  trouve  plus  traces  de  fibres 
nerveuses,  ou,  du  moins,  on  n’observe  que  quelques  tubes  nen'eux  en  voie 
de  dégénérescence  ou  de  l’éparation. 

r  Périnévrite. —  Névrite  interstitielle.  —  Souvent  l’épaississement  et  les 
adhérences  n’intéressent  que  les  couches  externes  du  nerf  qui,  quoique 
comprimé,  se  meut  cependant  dans  sa  gaine  ;  exceptionnellement,  la  pi'o- 
lifération  du  névrilème  peut  aboutir  à  la  formation  de  petites  plaques  sclé¬ 
reuses  ou  cartilagineuses.  Le  fait  a  été  observé,  entre  autres,  par  -Mayo, 
sur  des  racines  rachidiennes.  Exceptionnellement  aussi,  ce  travail  de  pro¬ 
lifération  conjonctive  peut  rester  limité  à  un  point  et  prendre  là  des  pro¬ 
portions  considérables.  Il  en  résulte  la  production  de  petites  tumeurs 
(fibromes  ou  myxomes),  confondues  à  tort  avec  d’autres  néoplasies  très- 
différentes  connues  sous  le  nom  générique  de  néiTomes  (Poincaré). 

Lorsque  la  sclérose  a  une  marche  très-lente,  elle  peut  respecter  les  tubes 
nerveux,  parce  que  ceux-ci,  n’étant  point  surpris  par  un  développement  trop 
rapide  de  leur  contenant,  échappent  à  la  compression.  Ce  fait  se  renconti’e 
surtout  chez  les  malades  atteints  d’une  hémiplégie  ancienne.  Charcot  et 
Cornil  ont  vu  ainsi  le  nerf  médian  du  côté  malade  offrant  un  volume 
deux  fois  plus  considérable  que  celui  du  côté  sain,  sans  la  plus  légère  alté¬ 
ration  des  tubes  nerveux.  Dans  certains  cas,  la  prolifération  cellulaire  du 
névrilème  et  du  périnèvre  est  si  active,  qu’elle  forme  une  gangue  scléreuse 
additionnée  de  travées  conjonctives  épaisses  qui  emprisonnent,  enserrent 
et  étouffent,  pour  ainsi  dire,  les  tubes  nerveux  et  ceux-ci  ne  tardent  pas 
à  subir  la  dégénérescence  granulo-graisseuse.  Telle  est  la  névrite  intersti¬ 
tielle  proliférante,  décrite  par  Tirchovv;  telle  est  aussi  la  périnévrite 
lépreuse,  dont  nous  allons  tracer  les  caractères,  d’après  la  description  de 
Lamblin. 

Dans  la  lèpre  tuberculeuse,  les  nerfs  cutanés  et  sous-cutanés  sont  épais¬ 
sis  :  cette  altération  siège  dans  leur  gaine  protectrice.  Pendant  la  vie,  cette 
modification  peut  être  constatée  par  le  toucher  sur  les  nerfs  très-superfi¬ 
ciels,  aussi  bien  quand  le  lépreux  porte  des  nodosités  tuberculeuses  que 
quand  il  en  est  exempt  et  n’a  encore  que  de  l’anesthésie. 

C’est  une  sclérose  pure  ou  une  périnévrite  chronique,  caractérisée 
par  une  prolifération  du  tissu  conjonctif  nouveau,  qui  siège  dans  l’inter¬ 
valle  des  tubes  nerveux  et  dans  le  névrilème  considérablement  épaissi.  Les 
vaisseaux  sont  plus  volumineux  et  à  parois  plus  épaisses,  entourés  d’une 
prolifération  cellulaire  analogue  à  celle  qui  environne  les  tubes  nerveux 
ou  les  nerfs  eux-mêmes.  Dans  la  peau,  on  aperçoit  aussi  un  épaississenaent 
de  la  gaine  névrilématique  des  petits  filets  nerveux  qui  tombent  sous  le 
champ  du  microscope.  (Lamblin,  p.  58). 

La  coloration  des  nerfs  atteints  présente  de  nombreux  changements  : 
tantôt  la  teinte  blanche  passe  peu  à  peu  au  gris,  tantôt  elle  tire  sur  le 
brun,  quelquefois  même  elle  est  noirâtre.  —  D’autres  fois,  le  nerf  devient 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  ANATOMIE  PATHOLOGIQUE.  729 
plus  compacte  et  môme  dur.  A  la  coupe,  la  partie  interne  paraît  plus  ho¬ 
mogène  qu’à  l’état  normal. 

A  l’e.vamen  microscopique,  on  voit  déjà,  à  un  faible  grossi ssenaent, 
les  principales  altérations  :  le  tissu  connectif  lâche  (gaine  extérieure  des 
nerfs)  qui  renferme  plusieurs  faisceaux  réunis,  n’est  presque  pas  modifié  ; 
c’est  tout  au  plus  si  les  vaisseaux  qui  y  sont  contenus  ont  des  parois 
épaissies.  La  gàîne  propre  des  nerfs  (névrilème)  est  habituellement  alté¬ 
rée  ;  cependant  les  cas  particuliers  varient,  car  les  modifications  sont  quel¬ 
quefois  très-insignifiantes,  et  d’autres  fois  le  névrilème  est  transformé  en 
une  masse  très-dure,  calleuse,  épaisse.  Les  modifications  les  plus  impor¬ 
tantes  se  trouvent  plus  profondément  dans  les  cloisons  intérieures  des 
faisceaux  nerveux  et  dans  la  substance  interstitielle  proprement  dite  des 
nerfs  (périnèvre).  Elles  commencent  souvent  immédiatement  au-dessous 
du  névrilème,  où  se  trouve  déposée  une  masse  qui  réfracte  plus  fortement 
la  lumière,  et  elles  se  continuent  de  là  dans  les  plus  grandes  cloisons  qui 
décomposent  les  faisceaux  nerveux  en  une  série  de  faisceaux  plus  petits. 

Quand  on  examine  à  un  grossissement  plus  fort,  on  voit  de  suite, 
que  la  masse  foncée  qui  remplit  ces  parties  se  compose  d’un  amas  très- 
épais  de  cellules  et  que  cet  amas  n’est  pas  seulement  dans  la  direction 
des  cloisons  plus  grandes  du  tissu  connectif,  mais  partout  entre  les 
fibres  primitives  isolées  des  nerfs,  qu’elles  ombragent  et  qu’elles  envelop¬ 
pent.  Il  en  résulte  une  image  très-nette,  chaque  fibre  nerveuse  formant, 
pour  ainsi  dire,  une  maille,  au  centre  de  laquelle  se  trouve  le  cylin¬ 
dre  axile,  et  autour  de  laquelle  est  disposé  le  réseau  des  cellules  lépreuses. 
Quand  l’affection  était  de  plus  ancienne  date,  Virchow  a  observé  deux  mo¬ 
difications  principales  :  1“  Une  métamorphose  graisseuse  très-prononcée, 
provenant  des  cellules  lépreuses  et  conduisant  à  la  production  de  grandes 
cellules  granuleuses  (Danielssen)  ;  2°  Une  atrophie  complète  des  fibres  ner¬ 
veuses  primitives.  On  comprend  que  la  cessation  de  la  fonction  des  fibres 
nerveuses  affectées  marche  parallèlement  avec  leur  destruction  progres¬ 
sive.  «  Ce  qui  peut  paraître  sm-prenant,  dit  Virchow,  c’est  que  la  sensibi¬ 
lité  se  trouve  tellement  atteinte,  que  l’on  ait  désigné  par  là  le  nom  de  l’es¬ 
pèce.  Contrairement  à  cela,  je  dois  remai’quer  qu’il  se  présente  aussi  des 
paralysies  des  nerfs  moteurs.  (C.-W.  Bœck),  et  que,  dans  certains  cas,  elles 
prédominent.  »  (Virchow,  t.  11,  p.  514-516.) 

Tels  sont  les  caractères  anatomo-pathologiques  assignés  à  la  périnévrite 
lépreuse  qui  représente  un  des  types  les  mieux  étudiés  de  la  névrite  inter¬ 
stitielle  proliférante.  A  la  lèpre  nerveuse  se  rattache  une  série  très-impor¬ 
tante  de  symptômes  bien  décrits  par  Lamblin  et  dont  l’étude  détaillée  a 
été  faite  dans  un  précédent  article  (voy.  Lèpre,  t.  XX,  p.  368). 

2°  Névrite  parenchymateuse.  —  La  description  de  Virchow  ne  s’applique 
qu’à  la  névrite  interstitielle,  c’est-à-dire  à  l’inflammation  du  tissu  connectif 
qui  entre  dans  la  composition  des  troncs  nerveux;  mais  la  phlegmasie  ne 
peut-elle  pas  aussi  atteindre  les  éléments  nerveux  eux-mêmes?  De  même 
qu’il  existe  des  myélites  parenchymateuses  affectant  primitivement  les 
cellules  médullaires ,  de  même  semble-t-il  rationnel  d’admettre  une 


730  NERFS.  —  p.\thoi.ogie  médicale.  —  névrite.  —  .an.atomie  pathologique. 
inflammation  directe  et  parenchymateuse  des  nerfs.  Cette  question,  née 
pour  ainsi  dire  d’hier,  a  été  sérieusement  examinée  depuis  les  recher¬ 
ches  histologiques  de  lîanvier,  d’Axel  Key,  de  Neumann,  d’Eichorst  et  de 
Vulpian.  C’est  en  s’appuyant  sur  la  coexistence  de  la  prolifération  des 
cellules  propres  à  chaque  segment  interannulaire  et  d’un  fragment 
destructif  de  l’élément  spécial  du  tube  nerveux  (cylindre-axe)  que  notre 
savant  maître  Charcot  s’est  élevé  à  la  conception  de  la  névrite  parenchy¬ 
mateuse  aiguë.  Il  a  montré,  par  une  heureuse  comparaison,  combien  est 
grande  l’analogie  entre  l’inflammation  aiguë  de  l’élément  musculaire  et 
celle  de  l’élément  nerveux,  et  par  cela  même  a  justifié  l’emploi  du  mot 
névrite  pour  caractériser  l’altération  dont  il  s’agit.  Un  de  ses  dignes  élèves, 
Pierret,  a  récemment  étudié  et  très-exactement  décrit  les  lésions  propres 
à  la  névrite  parenchymateuse  ;  aussi  ne  saurions  nous  mieux  faire  que 
d’emprunter  à  son  intéressant  travail  les  lignes  qui  vont  suivre. 

L’examen  des  nerfs  a  été  fait  suivant  le  procédé  employé  par  Ranvier, 
c’est-à-dire  que  les  nerfs,  aussitôt  enlevés,  ont  été  placés  dans  une 
solution  d’acide  osmique  au  1/100,  puis  coloriés  par  le  picro-carminate 
d’ammoniaque.  Ce  procédé  a  permis  à  Pierret  de  constater  l’existence 
d’une  névrite  parenchymateuse  très-nettement  caractérisée  ; 

«  A  côté  de  tubes  nerveux  sains  ou  dans  lesquels  les  cellules  intra- 
tubulaires  présentent  seulement  une  tuméfaction  légère,  on  trouve  des 
tubes  gonflés  et  d’aspect  moniliformes.  Les  gaines  de  Schwann  sont 
absolument  l’emplies  de  noyaux  entourés  seulement  d’une  très-faible 
quantité  de  protoplasma,  d’autres  contiennent  en  même  temps  des  débris 
de  myéline,  sous  la  forme  de  blocs  plus  ou  moins  gros,  et  des  granulations 
graisseuses.  Lecylindre-axea  disparu.  Les  cellules  plates  de  l’endonèvre  sont 
un  peu  tuméfiées  et  quelques-unes  sont  remplies  de  granulations  grais¬ 
seuses.  Quant  au  périnèvre,  il  ne  paraît  pas  avoir  beaucoup  participé  à 
l’inflammation.  » 

Il  est  donc  bien  établi,  comme  le  démontre  le  fait  observé  jiar  Pierret, 
que  l’inflammation  aigüe  du  tube  nerveux  est  une  affection  caractérisée 
anatomiquement  par  la  destruction  rapide  du  cylindre-axe,  la  disparition 
de  la  myéline  et  surtout  le  pi’olifération  des  cellules  qui  existent  norma¬ 
lement  à  l’intérieur  de  la  gaîne  de  Schwann. 

Déjà,  dès  1871,  Pierret  avait  observé  des  lésions  analogues  chez  un 
cochon  d’Inde  auquel  le  professeur  Brown  Séquard  avait  fait  subir  une 
section  de  la  moelle.  Le  jeune  investigateur  constata  en  effet,  dans  ce  cas, 
l’exisience  d’une  méningo-myélite  accompagnée  de  névrite.  Cette  dernière 
était  caractérisée  par  la  destruction  des  cylindres-axes,  la  tuméfaction  des 
fibres  et  l’apparition  de  nombreux  noyaux  dans  l’intérieur  des  gaines  de 
Schwann.  L’analogie  de  ces  deux  observations  anatomo-pathologiques  se 
complète  par  la  comparaison  de  l’état  des  muscles  qui,  dans  les  deux  cas, 
présentaient  les  caractères  les  moins  douteux  d’une  myosite  parenchyma¬ 
teuse.  A  ces  deux  premiers  faits,  nous  pouvons  en  ajouter  un  troisième, 
également  relaté  par  Pierret  et  qui  a  trait  à  une  femme  morte  dans  le 
service  du  professeur  Charcot.  Cette  malade  éprouvait  des  douleurs  atroces 


^’ERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  SYMPTOMES.  731 

dans  toute  la  région  animée  par  la  branche  occipitale  d’Arnold.  L’examen 
nécroscopique  fit  constater,  outre  une  véritable,  inflammation  des  muscles 
auxquels  ce  nerf  fournit  des  rameaux,  une  névrite  des  plus  réelles  qui 
trouvait  sa  raison  d'être  dans  la  compression  exercée  sur  le  nerf  par  les 
vertèbres  malades. 

Cette  observation  constitue  un  exemple  certain  de  névrite  parenchy¬ 
mateuse,  anatomiquement  constatée  chez  l’être  humain,  et  ce  seul  fait  suffit 
déjà  à  démontrer  l’existence  de  cette  modalité  pathologique,  dont  la  rareté 
■est  plus  apparente  que  réelle  ;  car  jusqu’ici  le  contrôle  anatomique  a  été, 
en  pareils  cas,  insuffisant  ou  nul,  et  tout  nous  porte  à  supposer  que,  dans 
un  très-bref  délai,  les  observations  ultérieures  en  établiront  la  fréquence. 

Sy.mptômes.  —  La  diversité  des  attributions  fonctionnelles  des  nerfs 
explique  à  la  fois  la  multiplicité  des  symptômes  observés  et  la  difficulté 
d’une  description  générale  applicable  à  tous  les  cas  de  névrite.  Un  autre 
élément  vient  encore  compliquer  le  problème  pathologique  et  le  rendre 
parfois  même  presque  insoluble  :  c’est  l’absence  de  symptômes  suffisam¬ 
ment  caractéristique,  permettant  d’établir  et  d’affirmer  la  réalité  d’une 
inflammation  des  troncs  ou  des  filets  nerveux.  On  a  mis,  en  effet,  sur  le 
compte  de  la  névrite  les  phénomènes  les  plus  divers  ;  notamment  à 
l’époque  où  la  doctrine  de  Broussais  régnait  en  souveraine,  la  plupart  des 
souffrances  ressenties  dans  un  organe  étaient  rapportées  à  l’inflammation 
des  nerfs;  elméme  encore  aujourd’hui,  le  clinicien  le  plus  expérimenté  se 
trouve  souvent  dans  l’embarras  pour  poser  un  diagnostic  certain.  Que  de 
fois  n’avons-nous  pas  vu  nos  maîtres  eu-x-mêmes  hésiter  à  prononcer  le 
nom  de  névrite  en  face  des  douleurs  les  plus  cruelles  chez  des  malades 
réputés  atteints  de  névralgies  ? 

Une  étude  collective  des  symptômes  de  la  névrite  est  difficile,  je  le 
répète,  en  raison  de  la  dilîérence  de  fonction  physiologique  propre  à 
chacun  des  organes  affectés,  fl  en  est,  en  effet,  dont  l’altération  amène 
presque  invariablement  des  troubles  de  la  motilité  ;  d’autres,  au  contraire, 
dont  l’inflammation  se  traduit  de  préférence  par  des  phénomènes  doulou¬ 
reux  ;  d’autres,  enfin,  qui  déterminent  des  troubles  sensoriels.  Bref,  la  diver¬ 
sité  même  de  l’expression  symptomatique  échappe  à  toute  tentative  de 
généralisation  ou  de  synthèse. 

A  l’exemple  de  Nothnagel,  qui  a  récemment  publié  un  très-intéressant 
mémoire  sur  ce  sujet,  nous  aurons  à  étudier  la  névrite  localisée  :  1°  dans 
les  nerfs  sensitif  s  : dans  les  nerfs  moteurs;  3°  dans  les  n&ch  mixtes, 
renvoyant  le  lecteur  aux  articles  spéciaux  pour  la  connaissance  des  inflam¬ 
mations  de  chaque  nerf  en  particulier  {voy.  les  articles  Diaphragme, 
F.ace,  Intercostal,  Ocülo-moteur,  Olfaction,  Oreille,  Sciatiqüe,  Vaso- 
MOTEDR,  etc...). 

1“  Névrite  des  nerfs  sensitifs.  —  Bouillaud,  l’un  des  premiers,  a  décrit 
isolément  les  phlegmasies  des  filets  sensitifs  que  l’on  pourrait,  dit-il,  natu¬ 
rellement  diviser  en  deux  groupes,  sous  les  noms  de  névrite  des  nerfs  sen¬ 
sitifs  extérieurs  ou  cutanés  et  de  névrite  des  nerfs  sensitifs  intérieurs. 
Comme  toutes  les  névrites,  elles  peuvent  exister  concurremment  avec  une 


732  NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDIC.ALE.  —  NÉVRITE.  —  .SYMPTOMES 
phlegmasie  des  tissus  OÙ  se  ramifient  les  nerfs  qu’elles  intéressent;  elles 
sont  alors  secondaires  ou  symptomatiques,  ou  bien  elles  se  montrent  isolées 
et  primitives.  L’éminent  professeur  insiste  avec  soin  sur  cette  coïncidence 
des  névrites  ou  irritations  nerveuses  continues  avec  les  phlegmasies  des 
divei’s  organes  doués  de  nerfs  sensitifs.  Cette  irritation  est  pour  lui  la  cause 
réelle,  essentielle  de  la  douleur  qui  accompagne  ce  genre  de  phlegmasie. 

La  douleur  est  en  effet  le  premier  et  le  plus  important  des  phénomènes 
auxquels  donne  lieu  l’irritation  phlegmasique  des  nerfs  sensitifs.  Le  même 
symptôme  accompagne  aussi  l’irritation  simple  ou  la  névralgie  des  mêmes 
filets  nerveux.  Peut-on  trouver  dans, les  caractères  de  la  douleur  dans  la 
névrite  des  éléments  suffisants  pour  en  éclairer  le  diagnostic  ou  pour  en 
affirmer  l’existence  ? 

Notre  excellent  collègue  et  ami  Cartaz  qui  a,  dans  un  récent  travail,  fait 
une  remarquable  étude  des  névralgies  envisagées  au  point  de  vue  de  la 
sensibilité  récurrente,  admet  qu’il  y  a  entre  ces  deux  affections  une  rela¬ 
tion  plus  intime  et  plus  fréquente  qu’on  ne  le  suppose  ;  en  dehors  des  cas 
de  névrite  aiguë  qui  sont  accompagnés  de  symptômes  locaux  et  généraux 
avec  fièvre,  il  est  impossible,  dit-il,  dans  certaines  circonstances,  d’établir 
une  différence  tranchée.  La  douleur  continue  et  sans  paroxysme  est  cer-- 
tainement  un  bon  signe  lorsqu’elle  existe  ;  mais  il  n’est  pas  e.xtrêniement 
rare  d’observer  de  véritables  névrites  qui  provoquent  des  douleurs  exacer¬ 
bantes  constituant  positivement  des  accès.  D’un  autre  côté,  cette  même 
douleur  continue  se  voit  aussi  dans  les  névralgies  d’origine  intra-crânienne  ; 
il  est  vrai  qu’il  y  a  d’autres  signes,  mais  le  phénomène  spécial  de  la  dou¬ 
leur  ne  peut  pas  être  considéré  comme  pathognomonique  de  la  névrite  dans 
les  formes  suhaiguës  ou  chroniques. 

On  a  également  avancé  que  dans  la  névrite  le  simple  contact  est  impa¬ 
tiemment  supporté  et  correspond  au  point  du  nerf  enflammé  ;  mais  il  n’y 
a  là  rien  de  bien  caractéristique,  car,  dans  les  névralgies,  on  trouve  sou¬ 
vent  un  fait  analogue.  Ainsi,  dans  la  névralgie  trifaciale,  il  est  fréquent 
de  voir  un  contact  léger,  le  moindre  frôlement  déterminer  des  douleurs 
ati'oces  (Cartaz). 

Tout  en  nous  associant  pleinement  à  ces  vues,  dont  nul  ne  saurait  mé¬ 
connaître  la  justesse,  nous  renvoyons  le  lecteur  à  l’article  Névralgies,  où 
les  caractères  distinctifs  de  ces  deux  affections  se  trouvent  longuement 
exposés. 

Pour  l’instant,  bornons-nous  à  constater  que  les  douleurs  dans  la  névrite 
suivent  le  trajet  du  nerf  enflammé  et  s’étendent  jusque  dans  ses  ramifications 
périphériques  ;  que  d’autres  fois,  au  contraire,  elles  semblent  suivre  une 
voie  récurrente  et  centripète  ;  qu’elles  sont  exaspérées  par  la  pression,  alors 
même  que  celle-ci  ne  porte  point  sur  le  point  enflammé.  Dans  la  névrite 
aiguë,  la  douleur  est  déchirante,  lancinante  ou  gravative  et  généralement 
continue  ;  cependant  elle  peut  présenter  des  rémissions  et  des  exacerba¬ 
tions,  mais  presque  jamais  d’intermittence  réelle,  point  de  cessation 
absolue.  Les  paroxysmes  ont  rarement  lieu  pendant  le  jour  et  se  montrent 
de  préférence  vers  le  soir  ou  dans  la  nuit. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  --  NÉVRITE.  —  SY.MPTOMES.  733 

La  cause  la  plus  insignifiante  suffit  souvent  pour  les  faire  naître  et 
exaspérer  au  plus  haut  point  la  douleur.  Sans  parler  du  simple  frôlement 
ou  de  la  pression  même  la  plus  légère  sur  le  trajet  du  nerf  malade,  une 
exacerbation  douloureuse  est  presque  inévitablement  produite  par  un 
mouvement  quelconque  imprimé  à  la  partie  qui  dessert  le  tronc  nerveux 
enflammé,  par  les  quintes  de  toux,  les  efforts,  par  l’impression  du  froid  ou 
par  toute  autre  cause  extérieure. 

Chez  les  sujets  impressionnables  et  chez  les  femmes  nerveuses  notam¬ 
ment,  la  douleur  peut  occasionner  une  agitation  extrême,  parfois  même 
du  délire  ou  des  accidents  hystériformes. 

Dans  la  névrite  chronique,  les  douleurs  sont  beaucoup  moins  violentes, 
mais  pi’ésentent,  en  général,  une  certaine  continuité  avec  ou  sans  exacer¬ 
bations. 

Nothnagel,  dans  son  intéressant  travail  auquel  nous  avons  déjà  fait 
d’assez  nombreux  emprunts,  rapporte  le  fait  d’une  jeune  fille  de  vingt- 
deux  ans,  de  constitution  robuste  et  bien  portante  auparavant,  qui  fut 
prise  sans  cause  connue  d’une  sciatique  gauche.  Les  douleurs  étaient 
paroxystiques  et  irradiaient  de  la  région  ti’ochantérienne  le  long  du  nerf 
sciatique  jusqu’au  pied,  par  voie  centrifuge.  Mais  durant  les  rémissions 
même  les  plus  complètes  en  apparence,  elle  ressentait  une  douleur  spon¬ 
tanée  et  continue  en  un  point  circonscrit  au  niveau  et  en  arrière  du  grand 
trochanter  gauche.  Cette  région  limitée  restait  toujours  sensible  à  la 
pression,  môme  dans  les  intervalles,  et  c’est  en  ce  point  précis  que  la 
douleur  avait  siégé  dès  le  début  de  la  maladie.  L’examen  le  plus  minutieux 
ne  fit  découvrir  ni  périostite  ni  aucune  autre  lésion  locale  qui  aurait  pu 
comprimer  le  nerf  sciatique.  Les  médications  les  plus  diverses,  mises  en 
œuvre  durant  huit  mois,  étant  restées  sans  effet,  on  eut  recours  à  une 
application  de  quatre  sangsues  loco  dolenti  :  la  douleur  s’apaisa  bientôt 
et  la  malade,  encouragée  par  ce  premier  et  favorable  résultat,  redemanda 
l’emploi  du  même  moyen  ;  vingt  sangsues  furent  mises  sur  le  point  dou¬ 
loureux  et  amenèrent  la  guérison  radicale. 

Quoique  l’on  ne  puisse  tirer  de  ce  cas,  incomplètement  observé,  aucune 
conclusion  rigoureuse,  néanmoins  l’idée  d’une  névrite  circonscrite  ou 
plutôt  d’une  périnévrite  semble,  dans  l’espèce,  assez  probable;  et  en  admet¬ 
tant  ces  prémisses,  on  peut  aisément  déduii’e  cette  proposition  formulée 
par  Nothnagel,  à  savoir;  que  dans  une  névrite  circonscrite,  il  y  a  des 
paroxysmes  névralgiques  sur  tout  le  trajet  du  nerf  avec  des  périodes  de 
rémission  complète  en  apparence,  mais  durant  lesquelles  la  douleur  conti¬ 
nue  persiste  au  niveau  du  point  enflammé. 

Un  peu  plus  lard,  lorsque  la  lésion  compromet  la  conductibilité,  les 
excitations  périphériques  n’ont  plus  d’effet  sur  la  douleur  ;  loin  de  là,  la 
sensibilité  tactile  s’émousse  gi’aduellernent,  puis  elle  disparaît  et  s’éteint 
quoique  la  douleur  spontanée  persiste  ;  c’est  une  des  formes  de  l’anesthésie 
douloureuse  :  l’interruption  de  la  conductibilité  empêche  l’arrivée  à  l’encé¬ 
phale  des  impressions  portées  sur  le  nerf  au-dessous  du  point  malade,  de 
là  l’anesthésie  ;  mais  au-dessus  de  ce  point,  les  voies  de  transmission  sont 


734  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite.  —  symptômes. 
libres  et  le  cerveau  perçoit  la  sensation  anormale  pi’ovoquée  par  le  travail 
pathologique;  de  là,  la  persistance  de  la  douleur.  Ce  complexus  de  phéno¬ 
mènes  est  passager;  si  l’inflammation  guérit,  l’anesthésie  et  la  douleur 
disparaissent  en  même  temps  ;  si  la  lésion  aboutit  à  la  désorganisation  du 
nerf,  l’anesthésie  est  permanente,  mais  la  douleur  cesse  avec  la  phase 
irritative  du  processus  (Jaccoud). 

L’analyse  des  observations  de  névrite  vraie  des  nerfs  sensitifs  ou  mixtes 
nous  apprend  que  l’on  peut  de  bonne  heure  déjà  constater  une  diminution 
de  Insensibilité  cutanée,  dans  le  territoire  desservi  par  le  tronc  aflècté,  en 
même  temps  que  de  violentes  douleurs  spontanées  ou  provoquées  par  la 
pression  ;  c’est  notamment  ce  qui  a  lieu  dans  le  zona  pendant  la  durée  de 
l’éruption  spéciale. 

Notre  collègue  et  ami  Rendu  a  fait  à  cet  égard  des  recherches  pleines 
d’intérêt.  Dans  bon  nombre  de  cas  de  zona,  il  a  en  effet  rencontré  à  peu 
près  constamment,  au  milieu  des  douleurs  hyperesthésiques,  des  points 
totalement  ou  presque  totalement  insensibles.  Ces  localisations  singulières 
n’ont  pas  de  siège  précis  :  suivant  lui,  on  les  rencontre  aussi  bien  en  dehors 
de  la  zone  de  l’éruption  qu’au  milieu  des  groupes  herpétiques  ;  en  un  mot, 
il  est  impossible  de  les  rattacher  à  la  circonscription  des  branches  nerveuses 
bien  définies.  «  Toutefois,  ce  qui  me  fait  croire,  ajoute- t-il,  qu’il  se  produit 
dans  l’intimité  des  filets  du  nerf  des  modifications  profondes,  c’est  qu’il 
reste  souvent,  au  niveau  des  cicatrices  du  zona,  une  anesthésie  et  une 
analgésie  à  jamais  permanente.  J’ai  cité  à  cet  égard  l’observation  curieuse 
d’un  inürmierà  l’hôpital  Saint-Louis  qui  eut  un  zona  du  plexus  cervical 
en  1873;  je  Tai  revu  à  la  fin  de  l’année  187/i,  et  chez  lui,  l’insensibilité  était 
aussi  prononcée  que  le  premier  jour.  Damaschino  a  observé  un  fait 
absolument  identique.  C’est  là  d’ailleurs  ce  que  l’on  observe  fréquemment 
dans  les  zonas  symptomatiques,  et  Charcot  a  signalé  ces  plaques  d’anes¬ 
thésie  circonscrite  qui  se  développent  avec  ou  sans  éruption  cutanée,  dans 
les  périodes  avancées  de  la  paraplégie  douloureuse  des  cancéreux.  » 

L’état  de  la  sensibilité  cutanée  après  une  attaque  de  zona  ophthalmique 
fournit  également  des  renseignements  fort  intéressants.  Ainsi  qu’Hut- 
chinson  et  plus  récemment  .4.  Hybord  l’ont  parfaitement  indiqué,  la  sen¬ 
sibilité  tactile  peut  être  diminuée  ou  abolie  complètement  ;  cette  modifica¬ 
tion  de  la  sensibilité  est  limitée  habituellement  au  territoire  des  nerfs  sur 
le  trajet  desquels  s’est  développée  l’éruption.  Dans  le  premier  cas,  les  ma¬ 
lades  s'e  plaignent  souvent  d’une  sensation  d’engourdissement  de  la  région,  et 
suivant  l’expression  d’Hutchinson,  leur  peau  leur  semble  engourdie  et  roide 
comme  du  parchemin.  L’anesthésie  complète  peut  être  quelquefois  accom¬ 
pagnée  d’analgésie  et  de  thermo-paralysie.  Nous  avons  pour  notre  part  eu 
l’occasion  de  constater  deux  fois  la  perte  de  la  sensibilité,  dans  tous  ses 
modes,  chez  deux  malades  atteintes  de  zona  frontal,  et  cette  anesthésie  totale 
persista  deux  mois  après  la  disparition  de  l’éruption. 

L’anesthésie  liée  au  zona  ophthalmique  ou  autre  présente  deux  formes 
distinctes:  tantôt  elle  existe  seule,  sans  aucune  douleur  ;  tantôt, 
au  contraire,  elle  coexiste  avec  des  phénomènes  douloureux,  spon- 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  SY.MPTOMES.  735 

tanés,  continus  ou  intermittents  ;  elle  revêt  alors  cette  forme  spé¬ 
ciale  connue  sous  le  nom  d'anesthésie  douloureuse,  dont  nous  avons  pré- 
demment  fait  mention,  que  Léon  Hubert- Valleroux  a  si  heureusement  décrite 
dans  sa  thèse  inaugurale  (1870).  L’anesthésie  se  trouve  combinée  avec  le 
symptôme  douleur  quand  la  conductibilité  des  tubes  nerveux  est  déjà 
compromise  dans  leur  portion  périphérique,  alors  qu’au-dessus  l’inflam¬ 
mation  moins  avancée  ne  fait  que  les  rendre  plus  excitables.  A  quel  mo¬ 
ment  cette  perversion  de  la  sensibilité  cutanée  apparaît- elle?  L’insuffisance 
des  renseignements  fournis  à  cet  égard  par  les  observateurs  ne  permet  pas 
de  répondre  encore  à  cette  question  avec  exactitude,  mais  il  ne  paraît  pas 
impossible  que  la  diminution  de  la  sensibilité  cutanée  puisse  exister  quel¬ 
quefois  pendant  l’éruption  de  zona  ;  ce  fait  a  d’ailleurs  été  constaté  par  Cohn, 
Jacksch,  Kocks  et  Sæmisch.  —  De  son  côté,  Notlmagel  attache  une  grande 
importance  à  l’apparition  précoce  de  l’anesthésie  dans  le  cours  de  la 
névrite.  ,, 

Ces  mêmes  ti’oubles  de  la  sensibilité  se  retrouvent  dans  la  périnévrite 
lépreuse  et  reconnaissent  une  origine  analogue.  Les  papilles  nerveuses  se 
détruisent  ou  sont  étouffées,  d’où  résulte  l’anesthésie  cutanée  qui  est  un  des 
caractères  les  plus  importants  de  l’éléphantiasis  des  Grecs.  D’un  autre 
côté,  le  tronc  du  nerf  est  altéré,  de  telle  sorte  que  chacun  des  tubes  nerveux 
est  comprimé  ou  détruit  par  le  tissu  conjonctif  de  nouŸelle  formation.  Ce 
fait  aide  à  comprendre  les  sensations  de  fourmillements  ou  de  picotements, 
ainsi  qne  l’exagération  de  la  sensibilité  à  la  pression  dont  se  plaignent  la 
plupart  des  lépreux. 

Rendu,  qui  a  tracé  en  quelques  lignes  une  excellente  description  de  cette 
anesthésie  spéciale,  se  demande  si,  toutes  les  fois  que  l’on  trouve  des 
plaques  d’anesthésie  dans  la  lèpre,  il  existe  bien  véritablement  une  infil¬ 
tration  de  tissu  morbide  dans  les  nerfs  afférents  à  la  région,  et  si  parfois 
les  troubles  sensitifs  constatés  dans  cette  maladie  ne  seraient  pas  dus  .à 
une  cause  centrale.  «  Il  y  aurait,  dit-il,  certainement  à  cet  égard  de  nou¬ 
velles  recherches  à  faire,  car  on  trouve  signalées  des  observations  où  l’in¬ 
sensibilité  était  presque  générale  dès  les  premières  péi’iodes  de  la  maladie; 
et  d’autre  part,  j’ai  pu  vérifier  par  moi-même  que,  sur  les  excroissances 
de  la  lèpre  tuberculeuse  (où  bien  certainement  il  existe  une  infiltration  de 
tissu  morbide  qui  devrait,  ce  semble,  altérer  la  nutrition  des  nerfs  cutanés), 
la  sensibilité  persiste  souvent  comme  à  l’état  normal.  Il  y  a  donc  là  quel¬ 
ques  anomalies  peu  explicables.  Pour  le  moment,  il  faut  s’en  tenir  à  ce 
qui  a  été  vérifié  et  admettre,  avec  la  plupart  des  auteurs  modernes,  que 
la  lésion  des  nerfs  (périnévrite  lépreuse)  est  la  cause  immédiate  de  l’anes¬ 
thésie.  D’ailleurs,  les  troubles  trophiques  que  l’on  remarque  chez  les 
lépreux  ont  avec  ceux  de  la  névrite  une  analogie  singulière.  Poncet  a 
montré  la  fréquence  du  mal  perforant  chez  ces  malades,  symptôme  déjà 
expressément  indiqué  dans  l’ouvrage  de  Danielssen.  Or,  Duplay  etMoratont 
précisément  fait  voir  que,  dans  le  mal  perforant  chirurgical,  il  existe  une 
névrite  souvent  étendue,  caractérisée  d’ailleurs,  indépendamment  de  l’ul¬ 
cère,  par  des  troubles  profonds  de  la  sensibilité. 


736  NERFS.  —  p.4.thologie  médic.\le.  —  néveute.  —  symptômes. 

2”.  Névrite  des  nerfs  moteurs  et  des  nerfs  mixtes.  —  L’élude  de  la  névrite 
spontanée  des  nerfs  moteurs  est  à  peine  ébauchée  ;  celle  des  nerfs  oculo- 
moteurs  et  du  grand  hypoglosse  n’est  pas  encore  décrite;  la  phlegmasie 
du  nerf  spinal  a  été  quelquefois  admise,  mais  cela  sans  preuves  suffi¬ 
santes  :  reste  donc  la  névrite  du  facial.  —  Le  facial  est  peut-être  le  nerf 
qui  subit  le  plus  facilement  l’influence  morbide  du  froid  :  il  faut  sans  doute 
tenir  compte  de  cette  circonstance  qu’il  étale  ses  nombreuses  ramifications 
dans  une  région  qui  est  toujours  découverte.  Mais  les  hémiplégies  faciales, 
si  improprement  qualifiées  de  rhumatismales,  sont  tellement  fréquentes, 
qu’il  doit  y  avoir  là,  en  outre,  le  concours  de  conditions  plus  spéciales 
encore,  d’autant  plus  qu’on  observe  beaucoup  plus  rarement  des  consé¬ 
quences  analogues  dans  des  régions  tout  aussi  exposées  à  l’air,  telles  que 
le  cou  et  les  mains. 

En  dehors  des  cas  où  le  facial  a  subi  l’action  réflexe  du  froid,  en  dehors  de 
ceux  où  il  a  été  blessé  et  contusionné  directement,  on  peut  dire  qu’il  est 
toujours  compromis  secondairement  par  une  lésion. des  parties  ambiantes: 
sclérose  du  bulbe,  dépôts  méningitiques,  tumeurs  intra-crâniennes,  tuber¬ 
cules  et  carie  du  rocher,  fractures  du  crâne,  hémorrhagies  dans  l’acqueduc 
de  Fallope,  tumeurs  ganglionnaires  et  parotidiennes.  Dans  toutes  ces  circon¬ 
stances,  il  survient  une  atrophie  ou  un  oedème,  ou  une  congestion,  ou  bien 
enfin  une  inflammation  du  nerf  (Erb,  Poincaré).  11  semblerait  à  priori  que 
la  paralysie  de  la  septième  paire  ne  dût  donner  lieu  qu’à  des  troubles  de  la 
motilité  ;  mais  la  sensibilité  d’emprunt  que  le  facial  doit  à  ses  anastomoses 
avec  le  trijumeau  et  le  pneumogastrique  fait  qu’il  peut,  lorsqu’il  est  atteint, 
engendrer  des  phénomènes  sensitifs  en  même  temps  que  des  troubles 
moteurs.  C’est  ainsi  que  la  paralysie  d’origine  syphilitique  est  presque 
toujours  précédée  de  douleurs  excessivement  vives.  Partant,  il  serait  erroné 
de  prendre  pour  type  de  la  névrite  des  nerfs  purement  moteurs  rinflam- 
mation  spontanée,  plus  ou  moins  bien  démontrée,  du  nerf  facial. 

La  méthode  expérimentale  ne  peut  fournir  à  ce  sujet  que  des  données 
imparfaites,  car  Arloing  et  Tripier  ont  prouvé  que  chez  les  chiens  et  chez 
les  lapins  le  facial  et  l’accessoire  conteiraient  des  fibres  sensitives.  On  ne 
peut  donc  étudier  la  névrite  des  filets  moteurs  que  sur  les  nerfs  mixtes. 

D’après  Erb,  la  pai’alysie  faciale  engendrée  par  le  froid  pourrait  offrir  des 
caractères  difl'érents,  suivant  que  l’inflammation  aurait  envahi  telle  ou 
telle  portion  du  nerf. 

Lorsque  le  gonflement  reste  limité  à  la  partie  extra -pétreuse  du  facial, 
les  motilités  volontaii’e  et  réflexe  sont  seules  supprimées  ;  mais  l’électricité 
appliquée  peut  encore  provoquer  des  contractions.  L’excitabilité  électrique 
est  elle-même  perdue  lorsque  la  lésion  s’étend  jusque  dans  le  canal  de 
Fallope.  Cette  différence  dans  les  résultats  tiendrait,  suivant  le  même  obser¬ 
vateur,  à  ce  que  la  compression  subie  par  les  tubes  nerveux  serait  beaucoup 
moins  considérable  dans  le  premier  cas  que  dans  le  second,  parce  qu’à  la 
face  le  nerf  est  plongé  dans  un  tissu  cellulaire  assez  lâche  où  le  névrilème 
peut  se  développer  excentriquement  et,  par  suite,  ne  pas  étrangler  autant 
les  éléments  nerveux,  tandis  que,  dans  un  canal  osseux  inextensible,  ce  nerf. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  SYMPTÔMES.  737 
n’arrive  à  se  gorger  de  sucs  qu’en  se  tassant.  L’explication  est  assez 
rationnelle,  mais  elle  n’est  appuyée  par  aucune  investigation  directe.  Tout 
ce  que  l’on  peut  dire,  c’est  que  l’excitabilité  électrique  n’est  pas  toujours 
respectée  dans  les  paralysies  a  frigore  (Poincaré). 

La  névrite  des  filets  moteurs  donne  lieu  à  des  spasmes,  à  des  mouvements 
convulsifs,  à  des  crampes ,  enfin ,  à  une  contracture  plus  ou  moins  pro¬ 
noncée  des  muscles  où  se  distribuent  les  filets  affectés. 

La  contraction  est  provoquée  par  toute  excitation  d’un  nerf  moteur , 
donc  toute  irritation  pathologique  d’un  nerf  moteur  produira  de  la  contrac¬ 
ture.  Onimus,  dans  son  intéressant  article  sur  les  contractures,  pose  en 
principe  que  toute  lésion,  ou  tout  travail  irritatif  des  nerfs  périphériques, 
ou  toute  augmentation  d’excitabilité  des  nerfs  moteurs,  produisent  con¬ 
sécutivement  des  phénomènes  de  contracture.  Ceux-ci  ne  disparaissent 
complètement  que  lorsque  les  filets  nerveux  ont  repris  absolument  leur 
état  normal. 

La  pathogénie  de  ces  contractures  a  donné  lieu  à  de  nombreuses  inter¬ 
prétations.  Erb  les  attribue  à  une  altération  histologique  qu’il  suppose  être 
identique  à  celle  qui  se  développe  dans  les  muscles  dont  les  nerfs  ont  été 
sectionnés.  Mais  dans  les  paralysies  faciales  déterminées  chez  les  animaux 
par  la  section  du  nerf,  on  n’a  jamais  pu  constater  l’existence  de  cette 
contracture,  ainsi  que  le  fait  très-judicieusement  observer  Straus.  Selon 
lui,  la  contracturé  qui  se  montre  comme  terminaison  fréquente  de  la  para¬ 
lysie  a  frigore  de  la  septième  paire  se  produit,  non  pas  dans  les  processus 
destructifs  du  nerf,  mais  dans  ceux  qui  sont  accompagnés  d’une  certaine 
irritation  développée  sur  son  trajet.  «  Or,  il  est  probable,  ajoute-t-il,  que 
la  lésion  anatomique  qui  entraîne  après  elle  la  paralysie  a  frigore  est  une 
lésion  de  ce  genre.  Selon  nous,  et  Hitzig,  du  reste,  émet  une  opinion 
analogue,  cette  contractoe  est .  liée  à  des  lésions  centripètes  qui,  du  nerf 
facial,  se  sont  propagées  à  son  noyau  d’origine.  On  sait,  en  elfet,  ainsi  que 
l’ont  établi  les  intéressantes  recherches  expérimentales  de  G.  Hayem,  que 
toute  lésion  ou  tout  traumatisme  des  nerfs  périphériques  moteurs  ou  sen¬ 
sitifs  retentit  sur  son  origine  centrale.  C’est  cette  altération  centrale  qui 
peut  produire  la  contracture  consécutive  à  la  paralysie  faciale  ».  De 
son  côté,  Nothnagel,  tout  en  reconnaissant  la  fréquence  des  contractures 
dans  la  névrite,  n’ose  pas  se  prononcer  sur  leur  valeur  séméiologique  ni 
sur  leur  mode  d’origine.  La  contracture  résulte-t-elle  de  l’irritation  directe, 
centrifuge,  des  filets  moteurs  atteints,  ou  est-elle  de  nature  réflexe  ?  Telle 
est  la  question  qu’il  se  pose  sans  y  répondre.  Cette  dernière  hypothèse  pour¬ 
rait  être  invoquée  dans  certains  cas,  et  notamment  dans  le  fait  rapporté 
par  Gillet  de  Grandmont,  où  une  éruption  de  zona  vint  se  compliquer  de 
contracture  dans  le  membre  affecté. 

Cette  intéressante  observation  a  trait  à  un  garçon  de  treize  ans  chez  le¬ 
quel  une  éruption  vésiculeuse,  accompagnée  de  douleurs  vives,  apparut  sur 
le  bord  radial  de  l’avant-bras  gauche  et  de  leminence  thénar.  En  même 
temps,  le  pouce  et  les  doigts  de  la  main  gauche  se  fléchirent  en  griffe. 
La  contracture  des  muscles  ainsi  que  les  douleurs  persistèrent  pendant 

NOÜV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  DE  CHIR.  XXIIÎ.  —  47 


'738  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite. 

quinze  jours,  malgré  l’emploi  du  courant  continu  et  les  injections  hypoder¬ 
miques.  La  contracture  commençait  à  rétrocéder  quand,  dans  la  nuit' sui¬ 
vante,  survint  une  nouvelle  éruption  de  zona  sur  l’éminence  thénar,  et  en 
même  temps  une  recrudescence  manifeste  de  la  contracture.  Le  jeune  ma¬ 
lade  entra  dans  le  service  de  Barthez  :  la  contracture,  toujours  localisée 
•dans  les  muscles  fléchisseurs  des  doigts,  ne  céda  qu’au  bout  d’un  mois  aux. 
injections  sous-cutanées  d’atropine.  Pendant  une  nuit,  subitement,  un 
;spasme  de  la  glotte  ayant  éclaté  mit  la  vie  du  sujet  en  danger  (Straus, 
thèse  de  concours). 

ha. paralysie  du  mouvement  peut  succéder,  au  bout  d’un  certain  temps, 
à  la  névrite  des  filets  moteurs,  comme  la  paralysie  du  sentiment  peut  être 
consécutive  à  la  névrite  des  filets  sensitifs.  Dans  un  cas  comme  dans  l’au¬ 
tre,  cette  paralysie  s’établit  quelquefois  d’emblée. 

Dans  les  nerfs  purement  moteurs,  la  période  d’excitation  initiale,  carac¬ 
térisée  par  les  contractures  peut  faire  défaut  si  l’exsudation  est  rapide  et 
abondante. 

La  maladie  produit  alors  d’emblée  la  paralysie  avec  ses  caractères  spé¬ 
ciaux  :  abolition  des  mouvements  réflexes  et  de  la  contractilité  électrique 
•dès  les  premiers  jours  qui  suivent.  11  importe  tout  d’abord  de  distinguer 
l’akinésie  confirmée. 

Ici,  deux  cas  particuliers  :  les  troubles  de  la  motilité  peuvent  résulter  de 
la  compression  des  tubes  nerveux  exercée  par  le  processus  périnévritique, 
ou  bien  être  occasionnés  par  l’altération  phlegmasique  propre  des  tubes 
eux-mêmes  (névrite  parenchymateuse). 

Or,  l’expérience  nous  apprend  que  généralement  les  paralysies  gi’av'es 
•et  rebelles  se  rencontrent  dans  ces  derniers  cas,  tandis  que  les  troubles 
parétiques,  plus  légers,  se  montrent  de  préférence  dans  la  périnévrite. 

La  paralysie  n’est  pas,  toutefois,  le  corollaire  pathologique  obligé  de  la 
névrite  des  filets  moteurs  ou  des  nerfs  mixtes.  Si  les  tubes  nerveux  ne 
prennent  pas  directement  part  à  l’inflammation,  et  que  celle-ci  n’atteigne 
que  faiblement  les  gaines  conjonctives,  les  troubles  de  la  motilité  peuvent 
faire  presque  complètement  défaut. 

Tel  est  le  cas  dans  un  grand  nombre  de  périnévrites,  et  notamment  dans 
.la  périnévrite  lépreuse. 

Toutefois,  dans  cette  dernière  affection,  on  observe  des  troubles  para¬ 
lytiques  quand  la  prolifération  conjonctive  interstitielle  a  étouffé  les  tubes 
merveux. 

Dans  la  névrite  des  nerfs  moteurs  ou  mixtes ,  il  est  un  autre  symptôme 
dont  l’importance  clinique  est  restée  longtemps  méconnue,  et  que  certains 
observateurs  ont  récemment  mise  en  lumière  :  je  veux  parler  de  l’airop/M’e, 
•ou  mieux,  de  la  dystrophie  des  muscles  animés  par  le  nerf  enflammé. 

Les  expériences  de  Klemm,  entreprises  sur  des  lapins  et  sur  des  chats, 
ont  clairement  montré  la  participation  secondaire  des  muscles  au  travail 
phlegmasique  primitivement  localisé  sur  le  tronc  nerveux  con-espon- 
dant. 

Dans  les  cas  aigus,  les  muscles  présentaient  tous  les  caractères  de  la 


NERFS.  —  P.4TII0L0GIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  SYMPTÔMES.  739 

myosite,  et,  dans  les  cas  chroniques,  leurs  fibres  étaient  manifestement 
atrophiées. 

Les  observations  cliniques  de  Lasègue  et  celles  plus  récentes  encore  de 
Landouzy  ont  établi  la  réalité  de  l’atrophie  musculaire,  consécutive  à  cer¬ 
taines  sciatiques  qu’ils  nomment  dystrophiques  ou  névritiques. 

Voici,  du  reste,  les  conclusions  qui  terminent  l’intéressant  travail  de 
L.  Landouzy  : 

1°  L’atrophie  musculaire  complique  la  sciatique  beaucoup  plus  fréquem¬ 
ment  qu’on  ne  le  croit  généralement  :  elle  résulte  non  de  la  durée  ou  de 
l’intensité  de  l’affection  douloureuse,  mais  de  la  nature  de  celle-ci. 

2“  La  cause  de  la  dystrophie  qu’on  ne  peut  trouver  ni  dans  l’immo¬ 
bilité  du  membre,  ni  dans  l’action  réflexe,  doit  être  cherchée  dans  la  sup¬ 
pression  de  l’influence  trophique  exercée  normalement  par  la  moelle  sur 
les  nerfs  et  sur  les  muscles. 

3°  Cette  suppression  est  la  conséquence  fatale  d’altérations  des  nerfs, 
quelles  qu’elles  soient.  Ces  altérations  s’affirmeront  par  l’atrophie  muscu¬ 
laire. 

L’atrophie  musculaire  ne  se  montre  pas  indistinctement  dans  toutes 
les  sciatiques;  les  sciatiques  suivies  de  dystrophie  musculaire  n’ont  pas 
les  mêmes  allures  que  les  sciatiques  indemnes  de  troubles  nutritifs.  Les 
premières,  par  les  caractères  de  leurs  douleurs,  rappellent  la  symptomato¬ 
logie  de  la  névrite  subaiguë.  Les  secondes  rappellent  les  névralgies  par 
leurs  douleurs  d'accès. 

5“  Un  parallèle,  établi  entre  les  sciatiques  atrophiques  et  les  sciatiques 
classiques,  montre  la  ressemblance,  si  ce  n’est  l’identité  des  deux  affec¬ 
tions.  Névrites  par  leurs  caractères  symptomatiques,  névrites  par  leur 
allure,  ces  sciatiques  le  sont  encore  par  les  troubles  trophiques  qui  les 
a;ccompagnent. 

6°  L’intérêt  de  l’atrophie  des  sciatiques  est  tout  entier  dans  ce  fait,  qu’elle 
décèle,  dans  un  grand  nombre  au  moins  de  ces  affections,  un  trouble  ma¬ 
tériel,  une  maladie  du  nerf.  Celle-ci  est  la  conséquence  du  rhumatisme,  du 
froid,  d’une  compression,  d’une  inflammation  de  voisinage;  elle  résulte, 
en  un  mot,  de  toutes  les  causes  admises  pour  la  névrite  proprement  dite. 

7“  Si  la  névrite  s’accuse,  dans  les  affections  douloureuses  du  sciatique 
plus  fréquemment  et  plus  nettement  que  partout  ailleurs,  cela  tient  vrai¬ 
semblablement  à  la  position  superficielle,  au  volume  du  nerf  et  aux  facilités 
qu’il  présente  à  être  enflammé  par  contiguïté  (affections  pelviennes)  ou 
bien  à  être  comprimé. 

8°  La  sciatique  n’étant  pas  une  affection  univoque,  le  médecin  devra 
rechercher,  par  l’étude  attentive  des  manifestations  douloureuses,  s’il  a 
affaire  à  une  névralgie  ou  à  une  névrite. 

Toutefois,  nous  pensons  qu’il  n’y  a  qu’un  pas  à  faire  pour  tomber 
du  domaine  de  la  névralgie  dans  celui  de  la  névrite.  Nous  croyons,  dans 
les  deux  cas ,  à  des  troubles  passagers  et  peu  profonds  (congestion  du 
nerf?)  dans  le  premier,  durables  et  sérieux  (dystrophie  nerveuse)  dans  le 
cas  de  névrite. 


740  NERFS'.  —  pathologie  médicale.  —  névrite.  —  symptômes. 

9°  L’amendement,  la  guérison  même,  obtenue  dans  les  sciatiques  com¬ 
pliquées  d’atrophie  musculaire,  ne  vont  pas  à  l’encontre  des  lésions  du  nerf; 
on  sait  que  la  régénération  des  nerfs  peut  se  faire  complète  et  que  les  cor¬ 
dons  nerveux  redevenus  perméables,  toute  dystrophie  musculaire  disparaît. 

10°  La  distinction  des  sciatiques  en  névralgies  et  en  névrites  n’intéresse 
pas  seulement  leur  physiologie  pathologique,  elle  commande  la  thérapeu¬ 
tique.  On  luttera,  sans  se  lassercontre  la  maladie  du  nerf;  quant  à  ses  con¬ 
séquences  (dystrophie),  elles  seront  traitées  par  les  courants  continus  (Lan- 
douzy,  1875). 

Nous  n’avons  pas  hésité  à  rapporter  intégralement  les  propositions  qui 
terminent  cet  intéressant  travail,  car  elles  résument  l’étude  la  plus  complète 
qui  ait  été  faite  jusqu’ici  sur  les  caractères  cliniques  de  la  névrite. 

Sans  nier  la  portée  séméiologique  du  symptôme  dystrophie  musculaire, 
si  consciencieusement  décrit  par  L.  Landouzy,  nous  devons  toutefois  faire 
remarquer  que  si,  dans  les  cas  certains  des  lésions  périphériques  d’un  nerf 
moteur  ou  mixte,  l’atrophie  survenant  dans  le  territoire  fonctionnel  du 
tronc  nerveux  affecté  permet  de  soupçonner  une  névrite,  l’absence  de  ce 
phénomène  n’autorise  pas  à  conclure  à  l’intégrité  absolue  du  nerf. 

Tels  sont  les  symptômes  principaux  et  essentiels  de  la  névrite  des  nerfs 
moteurs  et  sensitifs.  11  est  clair  que  ces  symptômes  peuvent  se  combiner 
quand  il  s’agit  d’un  nerf  mixte.  Cependant,  il  faut  remarquer  que  généra¬ 
lement,  dans  l’inflammation  d’un  nerf  mixte,  les  troubles  de  la  sensibilité 
prédominent,  au  moins  au  début,  et  peuvent  revêtir  ainsi  l’aspect  sympto¬ 
matique  d’une  névralgie. 

Pour  com  pléter  le  tableau  clinique,  il  conviendrait  de  placer  ici  les  lésions 
de  nutrition  que  l’on  observe  fréquemment  sur  les  téguments  de  la  région 
innervée  par  le  nerf  malade;  mais  ces  troubles  trophiques  et  leur  patho¬ 
génie  ayant  été  longuement  exposés  dans  le  précédent  article  (voy.  p.  648, 
653),  il  ne  nous  paraît  pas  utile  de  les  décrire  à  nouveau,  car  ils  offrent  la 
plus  parfaite  analogie  dans  les  deux  cas;  qu’il  s’agisse  de  la  névrite  spon¬ 
tanée,  aussi  bien  que  de  la  névrite  traumatique,  les  altérations  cutanées, 
musculaires  et  articulaires  présentent  les  mêmes  caractères  et  reconnais¬ 
sent  le  même  processus  pathogénique. 

L’exploration  électrique  fournit  dans  certains  cas  d’importantes  données 
au  diagnostic,  mais  les  résultats  sont  d’autres  fois  trop  incertains  et  trop 
variables  pour  être  admis  sans  réserve.  D’une  façon  générale,  on  peut  dire 
que  dans  la  période  d’excitation,  on  trouve  une  irritabilité  accrue  apssi 
bien  à  l’électricité  faradique  que  galvanique.  Erb  dit  avoir  constaté  cette 
augmentation  de  la  contractilité  électrique  d’une  façon  très-nette  dans  un 
cas  de  névrite  du  nerf  médian. 

La  névrite  est-elle  accompagnée  de  paralysie  motrice  (et  ce  n’est  géné¬ 
ralement  que  dans  ce  cas  que  l’on  a  recoui’s  à  l’exploration  électrique), 
l’irritabilité  électrique  peut  être  normale  comme  dans  une  légère  paralysie 
par  compression;  mais  si  le  travail  phlegmasique  du  nerf  a  entraîné  sa 
dégénérescence,  on  remarque  alors  une  diminution  de  la  réaction  électri¬ 
que,  comme  Erb  et  Bernhardt  l’ont  noté  dans  plusieurs  cas. 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE,  —  NÉVRITE.  —  SYMPTÔMES.  741 

Le  premier  de  ces  observateurs  a  distingué  plusieurs  formes  de  névrite 
faciale  à  frigore,  en  se  fondant  sur  les  signes  fournis  par  l’exploration  élec¬ 
trique. 

1"  Une  forme  légère,  dans  laquelle  l’excitabilité  faradique  et  galvanique 
du  nerf  et  des  muscles  correspondants  reste  entièrement  normale.  Parfois 
il  a  noté,  le  premier  ou  le  second  jour  de  la  paralysie,  une  exagération  pas¬ 
sagère  de  l’excitabilité  du  nerf,  jamais  une  diminution  ni  une  modification 
quantitative  ou  qualitative  de  la  contractilité  électro-musculaire.  Le  pro¬ 
nostic  de  cette  forme  est  éminemment  favorable. 

2°  Dans  la  forme  grave,  le  nerf  et  le  muscle  se  comportent  différemment 
vis-à-vis  du  courant  électrique.  Le  nerf  subit,  quatre  ou  six  jours  après  le 
début  de  la  paralysie,  une  diminution  rapide  de  son  excitabilité  faradique 
et  galvanique  et  qui  devient  complète  vers  le  neuvième  ou  le  douzième 
jour  ;  cette  abolition  persiste  jusqu’au  retour  de  la  contractilité  volon¬ 
taire. 

L’excitabilité  faradique  du  muscle  s’affaiblit  graduellement  et  finit  par 
disparaître  d’une  façon  complète.  La  contractilité  galvanique  qui  diminue  au 
début  s’exagère  au  contraire  dès  la  deuxième  ou  la  troisième  semaine  et 
ne  s’éteint  que  peu  à  peu.  Dans  cette  forme,  le  pronostic  est  relativement 
défavorable  ;  la  guérison  se  fait  attendre  des  semaines,  des  mois  entiers  et 
quelquefois  même  elle  n’est  jamais  complète. 

3°  Erb  admet  en  outre  une  forme  de  paralysie  intermédiaire  aux  deux 
précédentes  et  dans  laquelle  l’excitabilité  galvanique  et  électrique  du  nerf 
ne  subit  qu’une  faible  diminution,  tandis  que  l’exagération  de  la  contracti¬ 
lité  galvanique  musculaire  survient  ici  comme  dans  la  forme  grave.  Dans 
ce  cas,  le  pronostic  est  encore  assez  favorable,  mais  la  guérison  est  moins 
rapide  que  dans  la  forme  légère.  La  diminution  de  l’excitabilité  électrique 
du  nerf  n’est  pas  toujours  facile  à  constater  et  ne  peut  souvent  être  établie 
que  par  l’exploration  comparative  du  côté  sain.  La  contractilité  musculo- 
faradique  suit  les  mêmes  phases  que  l’excitabilité  du  nerf  ;  quant  à  l’exal¬ 
tation  de  l’excitabilité  galvanique,  elle  dure  bien  au  delà  de  l’époque  où  les 
mouvements  volontaires  sont  revenus  et  peut  être  aussi  prononcée  que 
dans  la  forme  grave. 

Les  résultats  d’Erb  n’ont  point  été  entièrement  confirmés  par  Benedikt. 
Suivant  lui,  la  contractilité  farado-musculaire  est  généralement  normale 
au  début  de  la  paralysie  faciale,  pour  s’affaiblir  ensuite  plus  ou  moins  rapi¬ 
dement  et  même  s’éteindre  complètement,  quand  la  maladie  est  abandon¬ 
née  à  elle-même.  Dans  certains  cas,  on  observe,  dit-il,  une  réaction 
exagérée  dans  les  premiers  temps,  ou  plutôt  quelques  jours  après  le 
début. 

Le  nerf  se  comporte  comme  le  muscle  à  l’égard  du  courant  induit  et  son 
excitabilité  galvanique  suit  une  marche  parallèle  à  l’excitabilité  faradique. 
Exceptionnellement,  on  voit  une  exagération  peu  marquée  de  la  réaction 
galvanique.  Quant  au  muscle,  sa  contractilité  galvanique  est  accrue  alors 
que  l’excitabilité  faradique  est  encore  considérablement  affaiblie.  Plus  tard, 
la  contractilité  galvanique  s’abaisse  à  son  tour.  Pendant  la  période  de 


742  NERFS.  —  pathologie  médicale.  —  névrite,  marche,  durée. 
guérison,  les  réactions  électriques  se  rétablissent  dans  l’ordre  inverse  de 
leur  disparition. 

Erdmann  a  récemment  signalé  une  particularité  intéressante,  dans  un 
cas  de  névrite  faciale  :  l’excitabilité  par  les  courants  continus  était  diminuée 
quand  on  électrisait  directement  les  muscles,  et  se  montrait  au  contraire 
accrue  quand  on  excitait  le  nerf.  Le  sens  du  courant  n’influait  pas  sur  les 
résultats. 

Les  propositions  suivantes  résument  assez  exactement  les  données  four¬ 
nies  par  l’examen  comparatif  des  deux  espèces  de  contractilité  électrique. 

1“  Lorsque  la  contractilité  galvano-musculaire  est  normale  ou  augmentée, 
tandis  que  la  contractilité  farado-musculaire  est  diminuée,  les  fibres  mus¬ 
culaires  n’ont  subi  encore  que  de  faibles  altérations. 

2“  La  contractilité  galvano-musculaire  est-elle  augmentée,  tandis  que 
la  contractilité  farado-musculaire  paraît  diminuée  ou  abolie,  les  fibres 
musculaires  sont  atrophiées,  mais  leurs  altérations  sont  partielles  ou  peu 
gi’aves.  Ces  détails  indiquent  particulièrement  une  destruction  des  nerfs 
moteurs. 

3“  Dans  les  cas  enfin  où  les  deux  espèces  de  contractilité  sont  toutes  les  deux 
affaiblies  ou  même  complètement  abolies,  on  doit  admettre  les  altérations 
graves  des  muscles  consécutives  à  la  destruction  de  leurs  centres  moteurs  et 
nutritifs,  à  moins  que  la  contractilité  volontaire  ne  soit  conservée  (Hayem). 

La  question  de  l’électro-diagnostic  a  vivement  occupé  les  physiologistes 
et  les  médecins  dans  ces  dernières  années  (Remak,  Baierlacher,  Schulz, 
Ziemssen,  Benedikt,  Meyer,  Duchenne  (de  Boulogne),  Vulpian,  Charcot, 
Legros  et  Onimus,  etc.);  malheureusement,  en  dépit  d’aussi  nombreuses 
recherches,  cette  étude  est  encore  entourée  de  points  obscurs  ou  litigieux. 
{Voy.,  pour  plus  amples  détails,  les  articles  ;  Électricité,  Muscles  (pa¬ 
thologie  médicale,  t.  XXIIl,  p.  264  et  324,  et  Paralysies.) 

Marche.  Durée.  Terminaisons.  —  Formes  et  variétés  cliniques.  —  La 
névrite  a  une  marche  aiguë  ou  chronique.  Dans  le  premier  cas,  d’ailleurs 
assez  rare,  du  moins  pour  la  névrite  spontanée  (la  seule  dont  il  soit  ques¬ 
tion  dans  cet  article),  la  maladie  dure  en  général  plusieurs  jours  ou  quel¬ 
ques  semaines  et  se  termine  soit  par  la  guérison  complète,  c’est-à-dire 
par  la  cessation  des  douleurs  et  le  retour  de  la  fonction  normale,  soit  par 
une  paralysie  de  la  sensibilité  et  du  mouvement  quand  elle  intéressé  un 
nerf  mixte. 

La  névi’ite  chronique  peut  succéder  à  la  forme  aiguë  ou  se  montrer 
d’emblée.  Sa  durée  est  difficile  à  préciser,  mais  toujours  longue,  quel  que 
soit  le  département  nerveux  qu’elle  affecte.  On  l’a  vue  persister  des  mois 
et  même  des  années;  dans  certains  cas  mêmes,  elle  ne  disparaît  jamais 
complètement,  et  la  cause  la  plus  légère  suffit  à  réveiller  des  paroxysmes 
douloureux.  Quelquefois  sa  durée  est  composée  de  plusieurs  exacerbations 
successives,  ou  même  de  véritables  l’écidives,  séparées  par  des  intervalles 
plus  ou  moins  longs  (Gintrac).  Cependant,  lorsque  l’inflammation  n’atteint 
qu’une  faible  intensité,  les  troubles  fonctionnels  disparaissent  rapidement, 
parce  que  les  faisceaux  primitifs  des  tubes  nerveux  sont  restés  intacts  ; 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  FORMES  CLINIttUES.  74R: 

mais  quand  l’exsudât  interstitiel  ou  périnévTi tique  a  comprimé  pendant 
longtemps  les  fibres  nerveuses,  les  douleurs  et  les  phénomènes  d’irradia¬ 
tion  (s’il  s’agit  d’un  nerf  sensitif  ou  mixte)  sont  remplacés  par  une  abo¬ 
lition  fonctionnelle  durable  et  persistante,  qui  trahit  la  désorganisation 
complète  du  tronc  nerveux  intéressé.  L’anesthésie  et  l’akinésie  avec  atro¬ 
phie  musculaire  sont  les  conséquences  presque  irrémédiables  de  ce  pro¬ 
cessus  destructeur. 

Dans  quelques  cas,  la  névrite,  débutant  par  les  ramifications  tei’minales 
des  nerfs,  envahit,  par  une  progression  ascendante  et  centripète,  le  cordon 
nerveux  et  la  région  de  la  moelle  d’où  il  émerge  (Rokitansky,  Fi’oriep, 
Weir  Mitchell,  Leyden,  Remak,  Duménil,  Ferréol-Reuillet,  Webber, 
Friedreich,  Jaccoud).  Un  certain  nombre  de  faits  pathologiques  bien  obser¬ 
vés  tendent  même  à  prouver  qu’en  dehors  de  cette  propagation  directe  et 
continue  du  processus  phlegmasique  le  long  du  trajet  du  nerf  jusqu’à  la. 
moelle  épinière,  des  foyers  de  myélite  peuvent  se  produire  sans  l’inter¬ 
médiaire  d’une  névrite  ascendante  (Erb,  Leyden,  Tiesler,  Feinberg)  ;  mais 
le  mécanisme  de  cette  inflammation  se  portant  d’un  point  périphérique  au 
centre  spinal  reste  encore  ignoré. 

Il  importe,  au  point  de  vue  clinique,  de  distinguer  deux  formes  de  né¬ 
vrite,  suivant  que  celle-ci  est  circonscrite  et  limitée  à  un  tronc  nerveux  et 
à  ses  branches,  ou  bien  selon  qu’elle  est  diffuse  et  disséminée  à  un  plus, 
ou  moins  grand  nombre  de  nerfs  périphériques. 

La  première  variété  {névrite  circonscrite  ou  localisée)  ne  saurait  être 
étudiée  ici,  car  ses  symptômes  sont  subordonnés  aux  attributions  fonc¬ 
tionnelles  du  nerf  qu’elle  frappe,  et  partant  ne  peuvent  figurer  dans  cette 
étude  synthétique  ;  nous  renvoyons  donc  le  lecteur  aux  articles  consacrés 
à  la  pathologie  de  chaque  nerf  en  particulier. 

Quant  à  la  névrite  diffuse,  sa  description  est  à  peine  esquissée  ou  se 
trouve  confondue  avec  celle  de  la  myélite  secondaire  qui  l’accompagne  ou 
lui  succède.  La  plupart  des  auteurs  n’en  ont  pas  même  fait  mention,  et 
nous  sommes  heureux  *de  l'endre  ici  hommage  à  notre  savant  maître  Jac¬ 
coud,  auquel  revient  le  mérite  d’avoir  présenté  la  première  description 
didactique  de  cette  forme  morbide,  qu’il  a  pour  ainsi  dire  individualisée 
par  la  désignation  anatomique  et  clinique  à' atrophie  nerveuse  progressive-. - 

Dans  une  remarqnable  leçon  cliniqne,  qui  date  déjà  de  dix  années,  il  a- 
étudié  les  caractères  propres  et  différentiels  de  ce  nouveau  type  morbide, . 
en  démontrant  que  la  lésion  disséminée  des  racines  produit  à  la  périphérie- 
les  mêmes  effets  que  l’altération  diffuse  des  branches  terminales. 

En  1864,  Duménil  avait  admis  que  la  condition  pathogénique  de  cette 
atrophie  diffuse  des  nerfs  rachidiens  était  une  névrite  disséminée  et  pro¬ 
gressive;  à  cette  cause,  Jaccoud  ajoute  la  compression  généralisée  des. 
racines  nerveuses  dans  le  canal  vertébral,  et  dans  le  fait  qu’il  a  observé, 
des  plaques  arachnoïdiennes,  disséminées  à  partir  du  cinquième  nerf  cer¬ 
vical,  comprimaient  la  plupart  des  racines  antérieures  qui  étaient  atro¬ 
phiées  à  leur  niveau  et  atteintes  de  dégénérescence  granulo-graisseuse.  Or 
il  résulte  des  considérations  anatomo-pathologiques  exposées  dan*  le 


lil  NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE. —  NÉVRITE,  FORMES,  CLINIQUES, 
précédent  paragraphe,  que  cette  distinction  étiologique  n’est  pas  justifiée, 
car  les  deux  processus  sont  identiques  dans  leur  nature,  et  reconnaissent 
la  même  origine  inflammatoire.  Ainsi  donc,  l’atrophie  nerveuse  progressive 
se  confond  avec  la  forme  généralisée  et  grave  de  la  névrite,  dont  nous 
allons  sommairement  exposer  les  caractères,  d’après  la  magistrale  des¬ 
cription  de  Jaccoud. 

Des  douleurs  dans  la  sphère  des  nerfs  malades  marquent  habituellement 
le  début  des  accidents  ;  tôt  ou  tard  surviennent  des  paralysies  résultant  de 
la  dégradation  des  troncs  nerveux.  Quelle  que  soit  leur  distribution,  ces 
paralysies  ont  toujours  les  mêmes  caractères.  S’il  s’agit  d’anesthésie, 
l’abolition  est  complète  et  porte  sur  tous  les  modes  de  sensibilité;  de  plus, 
ajoute  notre  savant  maître,  comme  c’est  le  coi’don  conducteur  lui-même  qui 
est  altéré  et  non  pas  son  centre  récepteur,  ce  n’est  pas  seulement  la  percep¬ 
tion  qui  est  éteinte,  l’impression  consciente  l’est  aussi:  et  quand  bien  même 
le  centre  de  réception  et  le  nerf  moteur  accouplé  au  nerf  sensitif  sont  par¬ 
faitement  intacts,  il  est  impossible  de  provoquer  des  mouvements  réflexes 
en  excitant  le  territoire  périphérique  du  nerf  sensible  paralysé. 

S’il  s’agit  d’une  paralysie  motrice,  les  caractères  ne  sont  pas  moins 
nets,  ils  nous  sont  déjà  connus  :  c’est  l’abolition  du  mouvement  volon¬ 
taire,  c’est  l’extinction  du  mouvement  réflexe  et  de  la  contractilité  élec¬ 
trique,  qui  diminuent  du  quatrième  au  sixième  jour  et  peuvent  disparaître 
dès  le  milieu  du  second  septénaire,  c’est  enfin  l’atrophie  rapide  des  mus¬ 
cles  paralysés.  Ces  caractères  sont  constants  et  la  valeur  diagnostique  en 
est  absolue,  ils  n’appartiennent  qu’aux  nerfs  périphériques.  La  paralysie 
dans  la  névrite  présente  une  autre  particularité,  qu’il  est  presque  banal  de 
signaler  :  c’est  que,  circonscrite  ou  diffuse,  elle  est  toujours  répartie  selon 
la  sphère  de  distribution  des  nerfs  malades:  elle  n’a  pas  cette  distribution 
irrégulière  et  désordonnée  que  l’on  observe  dans  l’atrophie  musculaire 
primitive  (Jaccoud).  Dans  quelques  cas,  la  névrite  envahissante  dépasse  le 
domaine  des  nerfs  rachidiens  et  atteint  quelques-uns  des  nerfs  crâniens 
moteurs  :  de  là  des  paralysies  céphaliques  caractérisées,  comme  les  rachi¬ 
diennes,  par  l’abolition  rapide  des  mouvements  réflexes  et  de  la  contrac¬ 
tilité  électrique. 

Lorsque  la  névrite  intéresse  les  nerfs  crâniens  seuls,'  et  se  circonscrit 
aux  nerfs  moteurs  émanés  du  bulbe  (facial,  glosso-pharyngien,  hypo¬ 
glosse,  spinal)  qu’elle  occupe  symétriquement,  elle  peut  donner  lieu  au 
complexus  symptomatique  improprement  qualifié  de  paralysie  labio- 
glosso-pharyngée  (voy.  Paralysie),  ainsi  que  Benedikt,  Wachsmuth,  Ziemssen 
et  Bærvûnkel  en  ont  publié  des  exemples.- 

La  névrite  diffuse  des  nerfs  rachidiens  peut  présenter,  au  point  de  vue 
de  sa  marche  et  de  sa  durée,  deux  modalités  intéressantes  :  tantôt  et  le 
plus  souvent  lente  et  graduelle,  elle  persiste  durant  des  mois  (Jaccoud, 
Hallopeau)  ou  même  des  années  (cinq  ans,  DuméniJ)  ;  tantôt  aiguë  et  ra¬ 
pide,  elle  entraîne  la  mort  au  bout  de  quelques  jours  (huit  jours,  Landry) 
ou  de  quelques  semaines  [[luchenne  (de  Boulogne),  six  semaines,  Eichorst] . 
Si  l’on  peut  élever  quelques  doutes  sur  la  nature  des  affections  décrites  par 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  NÉVRITE.  —  FORMES  CLINIQUES.  745 

ces  deux  premiers  observateurs,  sous  les  noms  de  paralysie  ascendante  ai¬ 
guë  et  de  paralysie  spinale  aiguë  (Duchenne),  il  n’en  peut  être  de  même 
pour  le  cas  tout  récemment  publié  par  Eichorst,  sous  le  titre  de  né¬ 
vrite  aiguë  progressive.  Les  symptômes  notés  dans  ce  dernier  cas  pré¬ 
sentent  la  plus  parfaite  analogie  avec  ceux  que  Jaccoud  a  tracés  comme 
caractéristiques  de  l’atrophie  nerveuse  progressive,  et  l’examen  microsco¬ 
pique,.  en  démontrant  la  réalité  des  lésions  phlcgmasiques  des  troncs 
nerveux,  justifient  l’identité  que  nous  cherchons  à  établir  entre  ces  deux 
formes  morbides,  qui  ne  constituent,  à  notre  sens,  que  deux  phases  diffé¬ 
rentes  d’un  même  processus. 

L’intéressante  observation  d’Eichorst,  relative  à  une  femme  de  soixante-six 
ans,  est  un  exemple  indéniable  d’une  inflammation  aiguë  développée  dans 
un  nerf  périphérique  (nerf  péronier  gauche),  qui,  en  quelques  jours, 
envahit  les  nerfs  du  membre  inférieur  correspondant,  puis  ceux  des 
membres  supérieurs,  et,  dans  sa  marche  envahissante,  atteignit  les 
nerfs  optiques  et  le  nerf  vague.  —  Au  point  de  vue  clinique,  la  si¬ 
militude  des  symptômes  notés  dans  ce  cas  et  dans  celui  de  Jaccoud  est 
frappante  :  douleur  au  début,  paralysie  motrice,  anesthésie  complète,  abo¬ 
lition  des  mouvements  réflexes  et  de  la  contractilité  électrique,  exacte  lo¬ 
calisation  des  désordres  dans  la  sphère  de  distribution  des  nerfs  ;  n’y  a-t-il 
pas  là  autant  de  preuves  à  l’appui  de  la  thèse  que  nous  soutenons  ? 

Diagnostic.  —  Pronostic.  —  Traitement.  —  La  névrite  envahissante  ou 
progressive  ne  peut  être  confondue  qu’avec  Y  atrophie  musculaire  progres¬ 
sive  et  avec  la  sclérose  diffuse  de  la  moelle.  Elle  diffère  de  la  première  par 
les  trois  caractères  suivants  : 

1°  L’inertie  précède  la  diminution  de  volume  des  muscles. 

2“  Tous  les  muscles  atrophiés  à  un  degré  quelconque  ont  perdu  leur 
contractilité  électrique. 

3“  Les  désordres  sont  strictement  groupés  selon  la  distribution  des  nerfs. 

Ces  trois  caractères  distinctifs  ne  sont-ils  pas  complètement  suffisants 
pour  éliminer  l’atrophie  musculaire  progressive? 

Le  diagnostic  différentiel  de  la  sclérose  diffuse  de  la  moelle  pourrait  de 
prime  abord  offrir  de  plus  grandes  difficultés.  Les  troubles  fonctionnels  des 
myélites  diffuses  et  des  névrites  semblent,  en  effet,  identiques,  les  paraly¬ 
sies  sont  disséminées  dans  les  deux  cas  :  mais,  à  moins  que  les  racines  des 
nerfs  ne  participent  à  l’altération  médullaire,  on  n’observe  pas  dans  la 
myélite  l'atropbie  précoce  des  muscles,  non  plus  que  la  disparition  des 
mouvements  réflexes  et  de  la  contractilité  électro-musculaire  ;  de  plus,  il 
y  a  ordinairement  dans  cette  affection  des  douleurs  dorso-lombaires,  de 
l’incontinence  d’urine  et  des  matières  Técales  (t.  XXII,  voy.  article  Moelle, 
p.  615-653). 

Quant  aux  lésions  circonscrites  de  la  partie  cervicale  de  lamoelle,  et  en 
particulier  la  pachyméningite  cervicale  hypertrophique  décrite,  par  Charcot 
et  Joffroy,  elles  déterminent  une  paralysie  des  quatre  membres,  qui  frappe 
également  et  du  même  coup  la  totalité  des  muscles  innervés  par  la  portion 
de  la  moelle  située  au-dessous  de  la  lésion.  Il  n’y  a  plus  ici  la  dissémina- 


746  NERFS.  —  pathologie  médicale.  — -névrite.  —  pronostic. 
lion  caractéristique  du  phénomène  akinésie;  enfin,  l’atrophie  musculaire 
et  la  perte  de  la  contractilité  électrique  sont  beaucoup  plus  tardives  que 
dans  l’atrophie  diffuse  des  nerfs  rachidiens  (Jaccoud). 

Enfin,  non-seulement  les  phénomènes  réflexes  persistent  dans  les 
membres  paralysés,  mais  encore  ils  s’y  montrent  quelquefois  manifeste¬ 
ment  augmentés  (Budd,  Radcliffe,  Rollet).  Dans  les  cas  douteux,  un  cer¬ 
tain  nombre  de  symptômes  propres  aux  lésions  spinales  par  compression 
peuvent  encore  être  invoqués,  tels  sont  :  les  troubles  oculo-pupillaires,  la 
toux,  la  dyspnée,  les  vomissements  à  retours  fréquents,  la  dysphagie,  le 
hoquet,  les  attaques  épileptiformes,  le  ralentissement  du  pouls,  tous  phé¬ 
nomènes  récemment  mis  en  lumière  par  Charcot,  et  que  les  lésions  des 
nerfs  rachidiens  ne  peuvent  jamais  provoquer. 

Pronostic.  —  Le  pronostic  de  la  névrite  diffuse  est  des  plus  graves;  la 
rapidité  avec  laquelle  les  accidents  s’étendent  est  variable,  mais  la  progres¬ 
sion  en  elle-même  est  fatale  ;  au  bout  d’un  temps  plus  ou  moins  long,  les 
muscles  respiratoires  se  paralysent,  et  le  malade,  au  dernier  terme  de  l’éma¬ 
ciation  atrophique,  succombe  à  une  asphyxie  lente  ;  la  miction  et  la  déféca¬ 
tion  peuvent  rester  normales  jusqu’à  la  fin  ;  mais  d’autres  fois  elles  sont 
troublées  et,  dans  ce  dernier  cas,  les  lésions  de  la  moelle  coïncident  avec 
l’altération  des  nerfs  rachidiens.  Rokitansky  a  signalé  deux  modalités  diffé¬ 
rentes  dans  le  rapport  de  ces  deux  ordres  de  lésions  :  tantôt  la  lésion  de  la 
moelle  est  la  première  en  date ,  et  l’atrophie  des  nerfs  qui  partent  du  point 
altéré  est  un  fait  secondaire  (né\Tite  descendante)  ;  tantôt  ce  sont  les  nerfs 
qui  sont  pris  les  premiers,  et  la  région  spinale  d’où  ils  émergent  est  atteinte 
par  l’extension  de  l’altération  qui  gagne  de  proche  en  proche  (névrite  ascen¬ 
dante).  —  Nous  nous  sommes  déjà  assez  longuement  étendu]  sur  la  propa¬ 
gation  centripète  ou  centrifuge  de  la  névrite,  confirmée  par  les  résultats  de 
la  pathologie  expérimentale  et  de  la  clinique  pour  qu’il  soit  inutile  de  reve¬ 
nir  sur  ce  point. 

•  A  ces  deux  possibilités  il  convient  d’en  ajouter  une  troisième,  dont  la 
réalité  serait,  au  dire  de  Jaccoud,  établie  par  un  fait  de  Klebs  :  les  deux 
lésions  névritique  et  spinale  peuvent  être  contemporaines  et  se  développer 
simultanément.  On  comprend  combien  l’expression  symptomatique  devient 
complexe  en  pareil  cas  ;  cependant  la  judicieuse  analyse  des  phénomènes 
permet  au  clinicien  expérimenté  d’en  éclaircir  l’obscurité.  Quelques  faits 
tendraient  à  prouver  que  la  marche  redoutable  de  la  névrite  disséminée  a  pu 
être  heureusement  enrayée  sous  l’influence  d’un  traitement  fondé  sur  l’em¬ 
ploi  des  toniques,  des  bains  sulfureux  et  sur  l’électrisation  méthodique  des 
muscles  et  des  nerfs  ;  mais,  dans  plusieurs  de  ces  cas,  le  maladen’a  pas  été 
suivi  assez  longtemps  pour  qu’on  soit  pleinement  éclairé  sur  la  valeur 
réelle  de  cette  amélioration,  et,  jusqu’à  nouvel  ordre,  ces  observations  ne 
nous  paraissent  pas  modifier  sensiblement  le  pronostic  formulé  (Jaccoud). 

Le  diagnostic  de  la  névrite  localisée,  primitive  ou  secondaire,  en  partie 
tracé  (voy.  Pathologie  chirurgicale,  p.  654  et  suivantes),  sera  longuement 
exposé  à  l’occasion  des  névralgies  {voy.  ce  mot).  Quant  au  prowosffc  et  au 
traitement  les  règles  générales  qui  ont  été  déjà  indiquées  à  propos  de  la 


NERFS.  —  PATHOLOGIE  MÉDICALE.  —  BIBLIOGRAPHIE.  747 

névrite  traumatique  (p.  656),  peuvent  s’apppliquer  également  à  la  névrite 
spontanée,  quoique  la  multiplicité  des  cas  particuliers  et  des  espèces  dis¬ 
tinctes  échappe  à  une  synthèse  aussi  étendue. —  C’est  donc  à  propos  de  l’in¬ 
flammation  de  chaque  nerf  examinée  isolément  que  ces  considérations 
spéciales  trouveront  mieux  leur  place.  Une  seule  variété  étiologique  de  la 
névrite  échappe  à  cette  exclusion,  c’est  celle  qui  reconnaît  une  origine  sy¬ 
philitique.  Cette  dernière,  en  effet,  implique  un  pronostic  relativement  fa¬ 
vorable,  et  cède  assez  promptement  au  traitement  spécifique  qui,  tout  en 
révélant  la  nature  de  la  lésion,  en  atténue  les  fâcheux  effets. 

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(Brit.  med.  Journal,  24  nov.  1874,"  n»  17). 

Onimds,  Différence  que  présentent  les  paralysies  faciales  d’origine  traumatique  et  les  para¬ 
lysies  faciales  afrigore,au  point  de  vue  des  phénomènes  de  la  contractilité  électro-muscu¬ 
laire  (Soc.  de  biol.,  24  octobre  1874  et  Gaz.  méd.  de  Paris,  n“  45). 

Ren.aut,  Otite  suppurée,  abcès  propagé  au  cervelet  et  au  lobe  sphénoïdal  du  cerveau.  Déve¬ 
loppement  du  zana  symptomatique  le  long  des  branches  du  trijumeau.  (Bulletin  de  la 
Société  anatomique,  3* série,  t.  IX,  p.  642,  1874). —  De  l’intoxication  saturnine,  p.  70,  80, 
thèse  d’agrégation,  1875. 

Rendu,  Pachymeningite  spinale  antérieure  comprimant  le  renflement  lombaire  et  les  nerfs 
de  la  queue  de  cheval  (Bulletin  de  la  Soc.  anat.,  3°  série)  t.  IX,  p.  598-604,  juillet  1874). 
—  Des  anesthésies  spontanées,  thèse  d’agrégation,  1875. 

Westphal,  Uebcr  eine  Veranderung  des  Nervus  radialis  bei  Bleilahmung  (Arch.  fur  Psy¬ 
chiatrie  und  Nervenkrankheiten,  1874,  3“  Heft). 


750  NÉRIS. 

Blum  (A.),  Des  arthropathies  d’origine  nerveuse,  thèse  d’agrégation,  1875. 

Rüssell  Reynolds,  Leçons  cliniques  sur  l’électrothérapie,  traduites  par  F.  Labadie-Lagrave 
1875. 

Desplats  (H.),  Des  paralysies  périphériques,  thèse  d’agrégation,  1875. 

Diedlafoy  (G.),  Des  progrès  réalisés  par  la  physiologie  expérimentale  dans  la  connaissance 
des  maladies  du  système  nerveux,  thèse  d’agrégation.  Paris,  1875. 

Steaus  (Is.),  Des  contractures,  thèse  d’agrégation,  p.  59-61,  1875. 

Galezowski  (X.),  Névrite  optique  double  avec  cécité  absolue.  Accidents  généraux,  guérison 
complète  (Recueil  d’ophthalmologie,  janvier  1875,  p.  87). 

Pierret  et  Troisier,  Note  sur  deux  cas  d’atrophie  musculaire  progressive  (Arch.  de physioL, 
1875,  a»  série,  t.  Il,  n”  2,  p.  236-252). 

Gossy  (A.)  et  Dejerine  (J.),  Modifications  survenues  dans  le  bout  périphérique  d’un  nerf 
sectionné  (Arch.  de  physktl.,  1875,  n"  5,  11“  série,  t.  II,  p.  575,  579,  580). 

Bannister  ch.  M.),  On  chronic  sub-acute  Neuritis  (The  Chicago  Journal,  october  1875, 
p.  523-531). 

Bdlkley  (Arch.  of  Neurology  and  Electrology,  May  1875). 

CODRTEI  (A.),  Etude  sur  une  observation  nouvelle  d’atrophie  unilatérale  de  la  face,  thèse  de 
doctorat,  1875. 

Erb,  Krankheiten  der  Periph.  cérébro-spinal  Nerven  (Ziemssen’s  Handb.  f.  Spec.  Pathol,  u. 

Thérapie.  Leipzig,  1875,  t.  XII,  p.  1 ,  article  Nedriiis). 

Leyden,  üeber  Reflexiâhraungen  (Volkmann’s  Sammlung  Klin.  Vortraêge). 

Habershon,  Some  chnical  facts  connected  with  the  Pathology  of  the  Pneumo-gastric  Nerve 
(Guÿs  Hospital  Reports,  1875,  3“  sériés,  vol.  XX,  p  127  et  Revue  des  sciences  méd.  de 
Hayem,  1875,  t.  VI,  p.  491). 

Landodzy  (L.),  Delà  sciatique  et  de  l’atrophie  musculaire  qui  peut  la  compliquer  (Arch. 
gén.  de  médecine.  Paris,  avril,  mai  1875). 

CoLOMiATTl,  Sur  la  diffusion  du  cancer  le  long  des  nerfs.  Turin,  1876  (Analyse  in  Archives 
de  physiologie  normale  et  pathol.,  n“  5,  p.  663,  1876). 

Nothnagel  (H.),  Ueber  Neuritis  in  diagnottiches  und  pathologischér  Beziehung  (R.  Volk¬ 
mann’s  Sammlung  Klinischer  Vortrdge,  15  juin  1876). 

Voyez  en  outre  les  bibliographies  qui  terminent  l’anatomie,  la  physiologie,  la  pathologie 
chirurgicale  des  nerfs,  la  bibliographie  de  l’article  Muscles  et  celle  des  articles  consacrés 
à  la  pathologie  des  nerfs  en  particulier. 

F.  Labadie-Lagrave. 

IVÉRISi  (Allier)  appartient  à  la  région  hydrologique  de  l’Auvergne  ;  sa 
situation  centrale  le  rend  facilement  accessible  de  tous  les  points  de  la 
France  :  de  Paris  à  Montluçonpar  Bourges,  en  neuf  heures.  Au  46®  degré  de 
latitude,  sur  la  pente  nord  du  plateau  central,  à  350  mètres  d’altitude,  mesure 
de  l’ingénieur  de  Gouvenain  que  j’ai  vérifiée,  et  non  à  260  mètres,  comme 
on  le  dit  dans  toutes  les  brochures.  Climat  sain,  un  peu  chaud  l’été,  à  cause 
de  sa  position  dans  une  petite  vallée  ou  plutôt  dans  une  dépression  entre 
deux  coteaux.  Les  recherches  de  de  Laurès  établissent  qu’en  juillet  et  août 
les  jours  beaux  dominent  notablement.  —  Saison  du  15  mai  au  30  sep¬ 
tembre.  —  1200  à  1500  visiteurs  par  an.  —  Bel  établissement  avec  jardin; 
peu  de  promenades  aux  environs. 

Les  Romains,  qui  attachaient  tant  d’importance  aux  eaux  chaudes,  avaient 
distingué  Néris  aussi  bien  qu’Evaux,  et  y  avaient  construit  de  belles  piscines 
de  marbre  blanc  et  des  puits  de  captage.  Tout  cela  se  voit  encore  à  Évaux 
à  ciel  ouvert,  tandis  qu’à  Néris  les  constructions  modernes  reposent  sur  les 
anciennes  assises.  On  trouvera  les  renseignements  les  plus  complets,  à  cet 
égard,  dans  l’ouvrage  de  Boirot-Desserviers  accompagné  de  planches,  et 
dans  celui  de  de  Laurès.  Ce  dernier,  faisant  une  revue  complète  des 
vestiges  de  Néris  ancien  (thermes,  aqueducs,  théâtre),  établit  que  ce  bain 
florissait  sous  tes  Antonins.  On  voit,  sous  le  péristyle  de  l’établissement, 
plusieurs  chapiteaux  de  colonnes  et  des  tronçons  d’aqueduc. 


NÉRIS.  751 

Installation. — Aujourd’hui  Néris  est  une .  de  nos  stations  importantes 
régie,  par  l’État.  Rotureau  la  signale  comme  <c  la  plus  luxueusement  in¬ 
stallée  en  Europe.  » 

L’expression  est  exagérée  ;  toutefois  on  peut  dire  que  Néris,  par  ses  pis¬ 
cines,  rappelle  les  bains  d’Allemagne  et  d’Angleterre,  sans  atteindre  les 
mêmes  dimensions.  Mes  assertions  reposent  sur  des  mesures  prises  par 
moi-même. 

L’établissement  est  un  édifice  de  belles  proportions,  style  Renaissance  : 
un  rectangle  de  66  mètres  sur  42,  à  quatre  pavillons.  Il  a  coûté  un  million 
à  l’État.  Les  salons  de  réunion,  vastes  et  bien  décorés,  donnent  sur  le  jar¬ 
din;  l’autre  façade  regarde  la  place  des  Thermes,  où  se  trouvent  les  prin¬ 
cipaux  hôtels  ;  cette  partie  est  très-animée,  l’été. 

Nous  devons  étudier  l’installation,  avant  tout,  au  point  de  vue  médical. 
Les  cabinets  de  bains,  pour  hommes  et  femmes,  sont  placés  dans  deux 
grandes  galeries  latérales  ;  il  y  a  en  tout  74  baignoires  (y  compris  les  12 
cabinets  nouveaux  pour  les  dames),  où  l’on  peut  donner  500  bains  par 
jour.  Les  cabinets  sont  élevés,  mais  trop  petits  :  2  mètres  à  2”,  50  en  lon¬ 
gueur  et  en  largeur.  Certaines  baignoires  en  marbre  et  en  pierre  contien¬ 
nent  500  litres  d’eau;  les  nouvelles,  en  fonte  émaillée,  sont  trop  petites, 
incommodes  et  d’un  court  usage.  Beaucoup  de  douches  bien  organisées 
(c’est  la  partie  la  plus  brillante  de  Néris),  avec  une  pression  variant  de 
2-3  mètres  au  l’ez-de-chaussée  et  de  4-5  mètres  dans  le  sous-sol. 

Les  deux  piscines  tempérées  (33-34°),  où  l’eau  se  renouvelle  deux  fois 
par  jour,  ont  8  mètres  sur  6  et  une  profondeur  de  1  mètre  àl‘“,50,  permet¬ 
tant  la  natation.  Les  deux  piscines  chaudes,  36-40°,  ont  une  profondeur 
insuffisante,  0  ”,  75. 

Enfin,  les  étuves,  40  à  42°,  caisses  et  boîtes  ])our  bains  de  vapeur  géné¬ 
raux  ou  partiels,  les  cabinets  d’hydrothérapie. 

Le  petit  établissement,  en  face  du  précédent,  destiné  aux  malades  indi¬ 
gents  et  hospitalisés,  offre,  en  petit,  les  mêmes  ressources  balnéaires. 

Il  nous  reste  à  parler  des  bassins  de  réfrigération ,  de  construction  mo¬ 
derne,  qui  ont  remplacé  avec  avantage  les  serpentins  à  double  courant 
d’eau.  Ces  bassins  occupent  une  des  collines  voisines  de  l’établissement 
avec  un  développement  de  40  mètres.  L’eau  thermale  y  est  montée  par  une 
machine,  à  raison  de  1  mètre  cube  par  minute;  elle  s’y  refroidit  à  divers 
degrés,  mais  d’une  manière  insuffisante,  car,  le  5  juillet  1873,  je  constatai 
que  le  plus  refroidi  des  bassins  donnait  encore  30°.  Ils  sont  à  l’air  libre 
comme  ceux  de  Carlsbad  et  sans  protection  contre  les  rayons  du  soleil  et  les 
eaux  de  pluie. 

L’hôpital  renferme  une  centaine  de  lits,  ce  qui  permet  de  traiter,  par 
saison,  5  séries  de  100  malades. 

Propriétés  des  eaux. — ^Les  sources  naissent  du  sol  granitique.  Nous 
sommes  ici  à  l’extrémité  du  plateau  granitique  central,  tout  près  des 
houillères  et  du  grès  houiller  de  Commentry  et  des  dépôts  tertiaires  de  la 
vallée  du  Cher.  On  trouve  à  Néris,  sur  les  routes,  du  granit  gris,  rose,  por- 
phyroïde,  souvent  désagrégé.  On  trouve  aussi  des  roches  éruptives,  por- 


752  NÉRIS. 

phyre,  serpentine,  basalte  verdâtre,  etc.,  enfin  des  géodes  de  spath-fluor 
dans  le  voisinage  des  sources. 

Les  sources  sortent  du  sol  à  la  jonction  du  granit  et  de  la  pegma- 
tite,  dans  un  espace  limité  par  le  petit  établissement  lui-même.  Il  y  a  là 
si.v  puits  qui  ont  reçu  des  noms  ;  nous  indiquerons  seulement  le  puits  de 
la  Croix  qui  sert  de  buvette,  le  Grand-Puits  et  le  puits  de  César.  Autour  de 
ces  puits,  on  voit  plusieurs  bassins  à  l’air  libre.  C’est  toujours  la  même  eau 
sortant  d’un  réservoir  commun. 

Le  débit  de  l’eau  thermale  était  évalué  à  environ  1000  mètres  cubes  par 
jour;  de  Gouvenain  a  vu  que,  lorsque  le  niveau  baissait,  le  rendement 
pouvait  aller  jusqu’à  1700  mètres  cubes.  En  supposant  que  1000  mètres 
seulement  soient  utilisés  pour  les  bains,  on  pourrait  en  donner  au  moins 
quatre  fois  plus,  d’où  il  suit  que  Néris  pourrait  avoir  quatre  fois  plus  de 
baigneurs. 

L’eau  est  claire,  d’une  teinte  verdâtre  dans  les  bassins,  laissant  échapper 
de  grosses  bulles  d’azote,  sans  goût  prononcé,  sinon  une  légère  astringence, 
sans  réaction  marquée,  d’une  densité  de  10 01,  correspondant  àl,25  de  par¬ 
ties  fixes. 

Apart  quelques  divergences,  l’eau  des  principaux  puits  est  àpeu  près  à  52°; 
les  anciens  observateurs,  Michel  entre  autres,  avaient  trouvé  un  chiffre  très- 
supérieur.  Faut-il  y  voir  l’influence  du  tremblement  de  terre  de  1755,  qui 
troubla  si  notablement  Néris  en  même  temps  que  Tœplitz  et  d’autres  eaux 
profondes  ? 

Ces  questions  de  géologie,  quelque  intérêt  qu’elles  offrent  à  l’hydrologue, 
ne  sauraient  être  traitées  ici. 

Les  eaux  de  Néris,  comme  celles  d’Évaux,  de  Gastein  et  beaucoup  d’au¬ 
tres,  font  éclore  des  conferves  très-bien  étudiées  par  de  Laurès  et  Bec¬ 
querel.  Cet  excellent  travail  d’histoire  naturelle  devient  presque  un  hors- 
d’œuvre  aujourd’hui  que  les  conferves  sont  délaissées.  Qu’il  nous  suffise 
de  rappeler  que  ce  sont  des  algues,  famille  des  Confervacées,  qu’elles  se 
développent  surtout  dans  les  bassins  chauds  à  une  température  de  45°;  que, 
fraîches,  elles  renferment  98  pour  100  d’eau;  que,  sèches,  elles  contiennent 
beaucoup  de  sels  calcaires.  On  peut  encore  les  voir  dans  le  bassin  à  droite, 
en  entrant  à  l’établissement. 

L’analyse  chimique  a  été  faite  par  J.  Lefort  en  1857  ;  les  principaux  élé¬ 
ments  sont  :  bicai’bonate  de  soude,  0,42  ;  bicarbonate  de  chaux,  0,15  ;  sul¬ 
fate  de  soude,  0,39;  chlorure  de  sodium,  0,18;  silice,  0,11;  minéralisation 
totale,  1,25. 

.Ajoutons  une  petite  quantité  de  fer  et  des  traces  d’iode,  0,006  de  fluorure 
signalés  par  de  Gouvenain.  Le  gaz  qui  s’échappe  de  l’eau  contient 
88  pour  100  d’azote  et  12  d’acide  carbonique.  Cette  constitution,  que  l’on 
rencontre  dans  plusieurs  eaux  de  l’Auvergne  et  de  la  Bohême,  mais  avec 
des  proportions  plus  élevées,  explique  pourquoi  les  auteurs  du  Diction¬ 
naire  les  ont  rangées  parmi  les  bicarbonatées  mixtes.  Je  préfère  l’an¬ 
cienne  dénomination  d’alcalines-salines  de  Boirot-Desserviers.  Mais  si 
l’on  tient  compte  de  la  faible  proportion  des  sels  et  de  la  prédominance 


NÉRIS.  753 

de  la  température,  on  les  appellera,  à  plus  juste  titre,  eaux  thermales 
simples. 

Ces  eaux,  s’administrent  en  boissons,  bains,  douches,  bains  de  vapeur. 

On  boit  au  puits  de  la  Croix  et  aux  robinets  des  grandes  galeries,  soit  le 
matin,  soit  dans  le  bain,  comme  l’ordonnait  Boirot-Desserviers,  pour  faire 
transpirer;  dose,  1-6  verres;  coupages  avec  lait,  sirop,  tisanes,  etc. 

J’ai  vu  boire  à  table  l’eau  minérale  refroidie  et  servie  dans  des  carafes 
bleues  ;  on  boit  aussi  les  eaux  de  Saint-Pardoux,  de  Saint-Myon  et  de  Vichy. 
Il  faut  dire  que  l’eau  potable  est  mauvaise  et  rare  dans  le  pays.  Les  aque¬ 
ducs  romains  y  apportaient  en  abondance  les  eaux  excellentes  des  contrées 
voisines. 

Les  bains  se  donnent  de  32-38°,  par  exception  à  üO  et  au  delà.  Le  doc¬ 
teur  de  Laurès  a  introduit  à  Néris  une  pratique  hardie,  celle  des  bains  très- 
prolongés,  même  plusieursjours  de  suite.  Je  ne  sache  pas  qu’on  soit  allé 
aussi  loin  dans  cette  voie,  nouvelle  par  la  durée  sinon  par  le  principe. 
Trois  baignoires  du  sous-sol  sont  affectées  à  ces  sortes  de  bains,  qu’on  ne 
donne  plus  aussi  longs  actuellement. 

Nous  avons  signalé  la  variété  et  la  bonne  installation  des  douches  ;  de 
Laurès  a  encore  employé  des  douches  spéciales  dites  à  aquapuncture,  à 
cause  de  la  violence  de  leur  jet  très-lin  et  presque  perforant. 

Les  cabinets  d’hydrothérapie  manquent  d’eau  froide.  On  associe  quel¬ 
quefois  au  traitement  l’électricité  à  courant  continu,  méthode  que  j’ai  vu 
employer  à  Tœplitz,  à  Gastein,  à  Bath  en  Angleterre.  Les  conferves  ont  été 
appliquées  en  cataplasmes,  fomentations,  frictions. 

Action  physiologique. — Un  traitement  se  composant  toujours  de  plu¬ 
sieurs  éléments,  boisson,  bains,  douches,  il  devient  assez  difficile  d’analy¬ 
ser  les  effets  physiologiques.  Boire  peu  constipe,  boire  trop  purge,  disait 
Boirot-Desserviers  ;  de  Laurès  attribue  la  purgation  à  la  mauvaise  con¬ 
stitution  des  eaux.  Je  n’ai  point  qualité  pour  trancher  la  question  ;  je  ferai 
néanmoins  remarquer  qu’on  observe  aussi  des  diarrhées  à  Tœplitz,  qui  ne 
manque  pas  d’eau  potable. 

D’une  manière  générale,  la  boisson,  le  bain  et  les  douches  portent  à  la 
peau;  les  urines  diminuent  en  eau  et  en  principes  solides,  restent  acides., 
ce  qui  n’a  rien  d’étonnant  vu  la  faihle  proportion  des  sels  alcalins.  Les 
règles  sont  avancées  et  deviennent  plus  profuses  ;  aussi  de  Laurès  signale- 
t-il  le  danger  qu’il  y  aurait  à  continuer  pendant  la  période. 

L’action  la  plus  remarquable  sur  l’organisme  consiste  dans  la  vertu  à  la 
fois  sédative  et  reconstituante.  La  sédation  n’est  que  consécutive,  précédée 
par  la  stimulation.  Les  médecins  de  Néris  ont  signalé  la  poussée  thermale 
vive,  les  crises  survenant  du  sixièrpe  au  douzième  jour.  A  côté  de  cela,  ils 
s’accordent  à  dire  que  leurs  eaux  sont  toniques,  qu’elles  remontent  les 
vieillards  et  les  convalescents.  Les  auteurs  du  Dictionnaire  essaient  de  lever 
la  difficulté  en  représentant  l’eau  comme  sédative,  la  thermalité  comme 
excitante.  11  est  vrai  que  la  méthode  est  pour  beaucoup  dans  la  variété  des 
effets  produits.  A  l’occasion  de  notre  mémoire  sur  Tœplitz,  nous  avons 
déjà  touché  cette  question  et  nous  la  retrouvons  à  propos  de  presque  toutes 

NOUV.  DICT.  DE  MF.D.  ET  CHIB.  XXIII.  —  48 


754  NÉRIS. 

les  eaux  thermales  simples,  eaux  de  montagne.  Sans  vouloir  discuter  ici 
cette  grosse  question,  disons  seulement  que  les  eaux  thermales  sim¬ 
ples  ne  semblent  pas  devoir  leur  action  remontante  à  la  chaleur'  seule  des 
bains,  mais  aussi  à  elles-mêmes  ;  en  outre  qu’il  n’y  a  pas  contradiction  ab¬ 
solue  entre  la  stimulation  de  l’organisme  et  la  sédation  de  certains  symp¬ 
tômes  morbides.  Dans  la  thérapeutique,  il  n’est  pas  si  rare  d’apaiser  en 
tonifiant.  Le  rôle  qu’on  a  fait  jouer  à  l’azote  nous  paraît  fort  exagéré. 

Les  conferves  passaient  autrefois  pour  émollientes  ;  de  Laurès  a  com¬ 
battu  en  ce  point  l’opinion  émise  par  Richond  des  Brus  et  Forichon.  11  a 
montré  que  les  conferves  stimulaient  la  peau,  invoquant  l’influence  de  l’eau 
et  des  cristaux  de  carbonate  de  chaux.  Les  conferves  paraissent  concourir 
aux  propriétés  résolutives  de  l’eau  minérale. 

Indications. — Les  effets  thérapeutiques  ne  sont  pas  des  corollaires  des 
effets  physiologiques,  cependant  ils  en  dépendent  en  quelques  points.  La 
vertu  tonique  et  remontante  des  eaux  de  Néris  explique  leur  spécialité  dans 
les  maladies  nerveuses,  dans  l'état  nerveux  si  souvent  caractérisé  par  un 
mélange  singulier  d’irritabilité  et  de  faiblesse.  Les  femmes  y  sont  en  grande 
majorité.  On  y  traite  avec  succès  les  hystériques,  qui  supportent  bien  les 
bains  pi’olongés  à  une  température  modérée.  Ces  mêmes  bains  ont  amené 
des  guérisons  de  chorée  et  de  catalepsie.  Les  névralgies  de  la  tête  se  trou¬ 
vent  bien  de  l’atmosphère  des  piscines  chaudes.  Les  névralgies  sciatiques 
et  plantaires  rebelles  réclament  des  douches  énergiques.  Les  névralgies  vis¬ 
cérales,  la  gastro-entéralgie,  par  exemple,  y  sont  amendées  sans  rencon¬ 
trer  peut-être  une  médication  aussi  spéciale  qu’à  Plombières.  Bonnet  de 
Jlalherbe  rapporte  une  observation  curieuse  d’hyperesthésie  de  la  peau. 

Autre  spécialité  de  Néris,  assez  étroitementliée  à  la  précédente,  les  maladies 
des  femmes  :  troubles  divers  de  la  menstruation,  engorgements  utérins  et 
ovariques,  pourvu  que  ces  affections  ne  soient  pas  compliquées  d’accidents 
aigus  ou  de  congestion,  ce  qui  entraînerait  des  hémorrhagies  ou  des  phleg- 
masies.  Le  docteur  Faure  m’a  parlé  du  danger  des  douches  péri-utérines. 
Quant  aux  douches  vaginales  que  les  femmes  prennent  elles-mêmes  pen¬ 
dant  15  ou  20  minutes,  de  Laurès,  dans  sa  longue  pratique,  n’a  presque 
pas  vu  d’accidents. 

Les  rhumatismes  de  toute  espèce  rentrent  encore  dans  le  traitement  ha¬ 
bituel  de  Néris.  Ici  doit  être  invoquée  la  thermalité,  mais  en  même  temps  la 
vertu  sédative  quand  il  s’agit  de  rhumatisants  névralgiques,  et  ce  sont  les 
plus  nombreux.  Les  rhumatismes  noueux  bénéficient  de  l’action  résolutive  ; 
on  sait  combien  cette  forme  est  rebelle.  Les  bains  chauds,  les  douches 
chaudes  sont  applicables  dans  cet  étatdiathésique.  Boirot-Desserviers  donne 
plusieurs  observations  de  guérisons  av«c  crises  sudorales.  Le  même  prati¬ 
cien  a  vu  des  crises  semblables  chez  les  goutteux  avec  sueurs  profuses 
fétides.  Les  eaux  de  Néris,  sans  guérir  la  goutte,  en  éloignent  les  accès  et 
dissipent  les  nodus.  Ce  sont  encore  les  goutteux  nerveux  qui  l’essentent  les 
meilleurs  effets  (gouttes  vagues  atoniques,  transformées).  Il  ne  s’agit  donc 
plus  de  gouttes  franches  comme  à  Vichy. 

Viennent  après  les  indications  de  second  ordre  :  quelques  dermatoses. 


NERPRUN. 


755 


ec^ma,  lichen,  intertrigo,  prurit  vulvaire,  etc.;  des  paralysies  hystériques, 
rhumatismales  et  non  centrales  ;  des  engorgements  articulaires,  suite  de 
traumatisme.  Néris  est  peut-être  plus  efficace  qu’on  ne  le  croit  généralement 
dans  ce  dernier  genre  d’affections.  Daill  un  mémoire  lu  cette  année  à  la 
Société  d’hydrologie,  de  Ranse,  examinant  l’action  immédiate  des  eaux 
de  Néris,  prétend  avoir  obtenu  de  bons  résultats  chez  les  ataxiques.  Malheu¬ 
reusement,  il  est  reconnu  par  l’expérience  que  ces  malades  ne  guérissent 
pas  plus  aux  eaux  minérales  qu’ailleurs. 

11  y  aurait  un  grand  intérêt  à  comparer  Néris  à  d’autres  eaux  thermales 
simples  étrangères,  telles  que  Tœplitz  en  Bohême,  Bath  en  Angleterre.  Dans- 
un  travail  précédent,  j’ai  déjà  appelé  l’attention  sur  les  analogies  frappantes- 
de  la  clinique  thermale  dans  ces  stations  si  éloignées  les  unes  des  autres.. 

Boirot-Desserviers,  Recherches  historiques  et  observations  médicales  sur  les  eaux  de  Néris 
en  Bourbonnais,  1822. 

Richond  des  Brus,  Notice  sur  les  eaux  de  Néris,  1855. 

Lefort  (J.),  Etude  chimique  sur  les  eaux  minérales  et  thermales  de  Néris,  1858. 

Laurès  (C.  de).  Les  eaux  de  Néris,  1869.  —  Traitement  des  maladies  utérines  par  les  eaux 
de  Néris  {Annales  d'hydrologie,  t.  I). 

Laurès  (de)  et  Becquerel,  Mémoire  sur  les  conferves  des  eaux  de  Néris  {Annales  id.,  t.  I)- 
Bonnet  (de  Malherbe),  Guide  médical  aux  eaux  de  Néris,  1874. 

Ranse  (de).  Clinique  thermo-minérale  de  Néris,  1875. 

Labat. 


anERPKlJar.  Bourg-épine ,  Épine  de  cerf  (Rhamnus  catharticus,  L.)>. 
Famille  des  Rhamnée.s. 

Histoii’e  naturelle.  —  Arbrisseau  indigène  de  3  à  4  mètres,  àécorce- 
lisse,  dont  les  rameaux  serrés  sont  sou- 

Mvent  terminés  par  des  épines;  feuilles 
^  opposées,  glabres,  ovales  ou  elliptiques  ; 

polygames  ou  uni- 
sexuées,  petites,  verdâtres;  calice  à  4  ou 
divisions  étalées,  persistant  à  la  hase 
du  fruit;  corolle  à  4  ou  5  pétales  li¬ 
néaires  dressés  ;  4  à  5  étamines  opposées 
aux  pétales  ;  style  bi  ou  quadrifide  ;  fruit 
^  bacciforme,  globuleux,  noir,  succulent  et 
volume  d’un  pois  à  l’état  frais  (nerprun,. 
î70«rprMî7  ou  prune  noire),  verdâtre  à 
l’état  sec,  offrant  2,  3  ou  4  loges  mono- 
spermes;  semences  oléagineuses  rappe- 
j  lant  la  forme  de  celles  de  la  vigne 

^  ü  ^  ^  §  fig.  100). 

V  T  ™  Pharmacologie.  —  Les  baies  de  Ner- 
Fig  100.— Nerprun.  pntî7,usitéesenmédecine.  Sont  constituées,. 

à  l’état  frais,  par  une  pulpe  remplie  d’un 
suc  brun  verdâtre,  laquelle  enveloppe  2,  3  ou  4  nucules  extérieurement 
convexes,  intérieurement  anguleuses.  A  l’état  sec,  la  pulpe  se  réduit  à  une- 
pellicule  ridée  appliquée  sur  les  nucules  dont  la  forme,  qui  est  celle  des- 


756 


NÉVRALGIES.  —  définition. 
segments  de  sphère,  se  trahit  alors  à  la  surface  obscurément  marquée-de 
2,  3  ou  A  sillons  longitudinaux.  Les  baies  de  nerprun  sont  récoltées  en 
septembre  ou  en  octobre;  elles  doivent  être  lisses  et  succulentes.  Elles  ne 
sont  guère  usitées  à  l'état  sec. 

Les  préparations  de  baies  de  Nerprun  inscrites  au  Codex  sont  :  le  suc,  le 
sirop  et  V extrait  ou  rob. 

Le  suc  est  obtenu  par  le  procédé  suivant  : 

Ecrasez  avec  les  mains  les  baies  bien  mûres  ;  laissez-les  fermenter  pen¬ 
dant  trois  ou  quatre  jours  ;  exprimez  ;  filtrez  à  travers  une  étoffe  de  laine. 

Ce  suc,  verdâtre  lorsqu’il  est  récemment  préparé,  et  plus  tard  d’un  rouge 
violet,  offre  une  réaction  légèrement  acide,  une  saveur  douce  et  un  arrière- 
goût  amer  et  désagréable.  Les  acides  le  font  virer  au  rouge  et  les  alcalis  le 
rendent  vert  jaunâtre. 

Il  contient  du  sucre,  de  la  pectine,  de  la  gomme,  des  acides  organiques, 
diverses  matières  colorantes.  Hepp,  de  Strasbourg,  attribue  l’action  purga¬ 
tive  du  suc  de  Nerprun  à  la  cathartine,  principe  amer  jaunâtre,  cristallin, 
nullement  irritant  ;  mais  Strohl  fait  observer,  avec  raison,  que  cette  cathar¬ 
tine  inoffensive  doit  être  accompagnée  de  quelqu’autre  principe  âcre  et 
irritant  auquel  doivent  être  attribués  les  vomissements,  les  coliques  et  les 
effets  drastiques  des  préparations  de  Nerprun. 

L'Extrait  de  baies  de  Nerprun  ou  Rob  de  Nerprun  est  obtenu,  selon  le 
Codex,  par  l’évaporation  au  bain-marie  du  suc  dont  nous  avons  indiqué  ci- 
dessus  la  préparation.  Il  purge  à  la  dose  de  2  à  6  grammes,  qu’on  admi¬ 
nistre  en  bols  ou  en  potion  ;  mais  il  est  généralement  abandonné  par  les 
praticiens,  qui  préfèrent  le  sirop  de  Nerprun.  Ce  sirop  doit  être  préparé, 
d’après  le  Codex,  en  faisant  cuire  jusqu’à  la  densité  1,27  (31®  Baumé)  bouil¬ 
lant,  un  mélange  à  parties  égales  de  suc  de  nerprun  et  de  sucre;  il  est  rare¬ 
ment  prescrit  isolément,  mais  il  entre  à  la  dose  de  15  à  30  grammes  dans 
des  potions  purgatives  complexes  qui  contiennent  du  séné,  du  sulfate  de 
soude,  de  la  rhubarbe,  etc.,  et  dont  l’usage  est  assez  fréquent  comme  éva¬ 
cuant  ou  comme  dérivatif  énergique. 

Dans  quelques  pays,  et  notamment  dans  les  Vosges,  les  baies  de  Nerprun 
sont  consommées  sans  aucune  préparation  pour  déterminer  des  éva¬ 
cuations  alvines.  Un  gramme  de  baies  récentes  suffit  pour  purger  un 
adulte  ;  les  baies  desséchées  doivent  être  pi'ises  à  une  dose  quatre  fois  plus 
forte. 

L’éçorce  moyenne  de  Nerprun  est  réputée  vomitive.  —  La  Bourdaine  ou 
Bourgène  {Rhamnus  frangula)  et  l’Alalerne  {Rhamnus  alaternus)  passent 
pour  être  purgatifs  dans  toutes  leurs  parties  au  même  titre  que  le  Nerprun  ; 
ils  sont  inusités. 

Le  vert  de  vessie  ou  vert  végétal,  qui  est  employé  comme  couleœ’,  est  un 
mélange  de  suc  de  baies  Nerprun  avec  la  chaux  et  l’alumine. 

J.  Jeannel. 

]VÉVK£,l,«iES.  —  Définition,  —  La  dénomination  de  névralgie 
s’applique,  dans  le  langage  médical  actuel,  1°  à  un  syndrôme  constitué 


NÉVRALGIES;  —  hestoriqüe.  757 

surtout  par  des  douleurs  paroxystiques,  intermittentes  ou  rémittentes,  et 
siégeant  sur  le  trajet  des  nerfs  ;  2°  à  un  certain  nombre  d’états  morbides' 
qui  ont  pour  caractères  communs  de  donner  lieu  à  ces  mêmes  troubles  fonc¬ 
tionnels,  d’être  localisés  dans  l’appareil  nerveux  sensitif,  et  de  ne  s’accom¬ 
pagner  d’aucune  modification  importante  dans  l’aspect  des  parties  ni  de 
troubles  graves  dans  la  santé  générale,  mais  qui  présentent  à  côté  de  ces 
analogies,  des  différences  essentielles  dans  leur  pathogénie,  dans  leur  évo¬ 
lution  et  souvent  dans  l’ensemble  de  leurs  symptômes  et  ne  devraient  pas, 
en  conséquence,  être  réunis  sous  une  même  étiquette.  Il  importerait  de 
faire  cesser  la  confusion  qu’entraîne  cette  double  faute  de  nomenclature  en 
réservant  le  nom  de  névralgie  au  syndrôme  que  nous  venons  de  définir, 
et  en  assignant,  conformément  aux  règles  de  notre  nosographie,  des  déno¬ 
minations  tirées  de  l’anatomie  et  de  la  physiologie  pathologiques  aux  affec¬ 
tions  diverses  dont  il  est  l’expression  clinique.  On  peut  prévoir  que  le  mo¬ 
ment  où  ce  progrès  sera  accompli  n’est  pas  très-éloigné,  nous  croyons 
pouvoir  admettre  dès  à  présent,  d’accord  avec  le  professeur  Sée  (communi¬ 
cation  orale),  que  les  faits  groupés  sous  le  nom  de  névralgies  répondent 
non-seulement  à  la  névrose,  mais  aussi  aux  inflammations  subaiguës  et 
chroniques  (Fernet  et  Landouzy),  à  la  congestion  (Gubler),  à  l’anémie,  à  la 
compression  et  à  l’excitation  à  distance  des  nerfs  sensitifs.  Si  donc  nous 
maintenons  provisoirement  la  classe  des  névralgies  telle  qu'elle  a  été  consti¬ 
tuée  par  les  auteurs,  nous  n’oublierons  pas  un  instant  qu’elle  comprend  des 
états  morbides  de  nature  diverse  et  nous  nous  attacherons  à  faire  ressortir 
les  différences  qui  les  séparent. 

Nous  ne  croyons  pas  devoir  comprendre  dans  cette  étude  les  névroses 
douloureuses  des  nerfs  de  la  vie  organique.  Ces  nerfs  ne  font  pas,  en 
réalité,  partie  de  l’appareil  sensitif  ;  il  suffit  pour  s’en  convaincre  de  consi¬ 
dérer  que  leur  excitation  ne  détermine  aucune  sensation  à  l’état  physiolo¬ 
gique  et  qu’elle  ne  provoque  de  la  douleur  qu’exceptionnellernent  et  dans 
des  conditions  anormales  ;  on  conçoit  donc  que,  dans  les  cas  où  ils  sont 
le  siège  d’une  irritation,  ils  ne  réagissent  pas  suivant  le  même  mode  que 
les  véritables  nerfs  sensitifs ,  et,  en  fait,  les  douleurs  viscéralgiques  diffè¬ 
rent  notablement  des  névralgies  périphériques  :  tantôt  vagues  et  obtuses, 
tantôt  violentes,  elles  sont  plutôt  constrictives  que  lancinantes  ;  elles  ne  se 
limitent  pas  au  trajet  de  telle  ou  telle  branche  nerveuse  :  la  pression  les 
soulage  généralement,  au  lieu  de  les  exagérer  ;  elles  ont  un  retentissement 
considérable  sur  tout  l’organisme  et  elles  produisent  une  prostration  et  un 
état  syncopal  que  l’on  n’observe  jamais  au  même  degré  dans  les  névral¬ 
gies  périphériques;  ajoutons  enfin  que  leur  siège  réel  n’est  même  pas  déter¬ 
miné,  que  beaucoup  d’entre  elles  sont  liées  très-probablement  à  des  spas¬ 
mes,  que  d’autres  sont  d’origine  centrale,  et  que  c’est  par  pure  hypothèse 
qu’on  les  a  localisées  dans  les  plexus  de  la  vie  organique. 

Historique. —  La  connaissance  des  névralgies  est  de  date  relativement 
récente.  La  prosopalgie  seule  fait  exception,  car  ses  principaux  caractères 
se  trouvent  déjà  indiqués  dans  les  ouvrages  d’Arétée  et  des  auteurs  arabes  ; 
c’est  elle  également  qui,  dans  les  temps  modernes,  a  été  la  première  bien 


758  NÉVRALGIES.  —  historiüue. 

décrite,  d’abord  par  André  (1752)  dans  un  travail  sur  les  maladies  de 
il’urèthre,  et  un  peu  plus  tard  par  Fothergill.  Les  autres  névralgies  parais¬ 
sent  avoir  été  généralement  confondues  avec  les  diverses  affections  doiit 
la  douleur  est  le  symptôme  dominant  jusque  vers  la  moitié  du  xviii'  siècle  : 
c’est  seulement  en  1764  que  Cotugno,  dans  un  mémoire  qui  a  fait 
-époque,  a  séparé  la  sciatique  et  la  névralgie  crurale  des  autres  maladies 
de  la  hanche,  et  fait  connaître  les  symptômes  de  la  névralgie  cubitale  ; 
•en  1803,  Chaussier  réunissait  les  affections  douloureuses  des  nerfs  dans 
^on  célèbre  tableau  synoptique,  il  leur  donnait  le  nom  de  névralgies  et  les 
faisait  entrer  définitivement  dans  le  cadre  nosologique. 

Les  névralgies  ont  été  depuis  cette  époque  l’objet  de  nombreux  travaux 
en  France  et  à  l’étranger  ;  leurs  symptômes  ont  été  décrits  avec  un  soin 
minutieux,  particulièrement  dans  l’article  de  Monfalcon,  dans  celui  de 
notre  vénéré  maître  Jolly,  dans  le  traité  aujourd’hui  classique  de  Yalleix 
et  dans  le  livre  de  Romberg.  Dans  ces  derniers  temps,  on  s’est  particulière¬ 
ment  occupé  d’analyser  au  point  de  vue  physiologique  les  troubles  fonction¬ 
nels  qui  caractérisent  les  affections,  et  d’en  déterminer  le  mode  de  production; 
il  faut  lire  les  pages  que  notre  regretté  maître  Axenfeld  a  consacrées  à  leur 
•étude  dans  son  remarquable  Traité  des  névroses  ;  nous  aurons  occasion  de 
citer  ultérieurement,  au  même  point  de  vue,  les  recherches  intéressantes 
-d’Hubert-Valleroux  et  de  Nothnagel  sur  les  altérations  de  la  sensibilité 
cutanée  dans  les  névralgies,  les  observations  de  Fernet  et  de  Landouzy  sur 
,  les  troubles  trophiques  que  ces  affections  peuvent  entraîner  à  leur  suite,  la 
thèse  de  Cartaz  dans  laquelle  la  doctrine  de  la  sensibilité  récurrente  est 
appliquée  ingénieusement  à  l’interprétation  des  symptômes  névralgiques, 
la  belle  préface  que  Vulpian  a  mise  en  tête  de  l’ouvrage  de  Weir  Mitchell 
sur  les  lésions  traumatiques  des  nerfs  (traduction  de  Dastre),  les  mémoires 
de  Van  Lair  et  d’Anstie,  la  thèse  de  Rigal,  et  enfin  les  articles  de  Hardy  et 
Béhier,  de  Jaccoud,  et  de  Erb. 

On  a  longtemps  discuté  pour  savoir  si  la  névralgie  était  une  névrose 
ou  une  névrite  :  tandis  que  les  adeptes  de  Broussais,  et  particulièrement 
Monfalcon,  dans  son  excellent  article  du  Dictionnaire  des  sciences  médicales, 
ne  mettaient  pas  en  doute  la  nature  inflammatoire  de  ces  affections,  plu¬ 
sieurs  de  nos  classiques,  parmi  lesquels  nous  citerons  surtout  Valleix  et 
Grisolle,  en  excluaient  par  définition  toutes  les  douleurs  provoquées  par 
des  lésions  matérielles  des  nerfs;  cette  dernière  opinion  a  longtemps 
prévalu,  et  elle  compte  encore  des  adhérents;  mais  elle  repose  sur  une  illu¬ 
sion,  car  si  l’on  se  reporte  aux  descriptions  mêmes  de  ces  auteurs,  on  voit 
qu’elles  s’appliquent  à  des  formes  diverses  dont  la  plupart  peuvent  être 
.rattachées  avec  vraisemblance  à  une  lésion  matérielle  du  nerf  ou  de  son 
noyau.  «  La  douleur,  dans  la  névrite,  n’est  qu’un  symptôme,  dit  Jaccoud; 
mais  il  en  est  de  même  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  pour  ne  pas  dire 
dans  tous,  et  du  moment  que  ce  symptôme  présente  les  caractères  de  la 
douleur  dite  névralgique,  il  n’y  a  pas  de  raison  plausible  pour  rejeter  la 
névrite  de  l’étiologie  des  névralgies.  »  Nous  croyons  que  toutes  les  discus- 
;sions  sur  ce  sujet  cesseront  le  jour  où  l’on  se  rendra  bien  compte  que  l’on 


NÉVRALGIES.  —  causes  et  pathogbnie.  759 

a  confondu  sous  le  nom  de  névralgies  un  symptôme  et  tout  un  groupe 
d’affections  diverses.  Le  travail  de  Lasègue  sur  la  sciatique  (1864)  présente 
à  ce  point  de  vue  une  importance  capitale  ;  il  y  est  démontré,  en  effet,  que 
l’on  commet  une  erreur  en  rapportant  avec  Vallei.x.  toutes  les  névralgies 
à  un  type  uniforme  ;  celles  qui  se  rattachent  à  une  «  évolution  morbide  » 
y  sont  séparées  de  celles  qui  ne  consistent  qu’en  une  «  succession  de 
douleurs  hasardeuses  »  et  les  différences  radicales  qui  séparent  la  sciatiqu 
grave  de  la  sciatique  bénigne  et  des  autres  névralgies  y  sont  nettement 
accusées.  Tout  récemment  Landouzy,  reprenant  la  même  idée,  a  montré, 
dans  un  mémoire  intéressant,  que,  selon  toute  probabilité,  la  sciati¬ 
que  grave  de  Lasègue  n’était  qu’une  forme  de  névrite  chronique.  Nous 
montrerons  que  l’on  peut  porter  plus  loin  l’analyse  et  dissocier  en  un 
certain  nombre  de  types  bien  tranchés  le  groupe  trop  complexe  des  né¬ 
vralgies. 

Causes  et  pathogénie. —  On  divise  généralement  les  causes  des  né¬ 
vralgies  en  causes  prédisposantes  et  caasQs  occasionnelles;  nous  adopterons 
cette  classification,  commode  pour  la  clarté  de  l’exposition,  tout  en  faisant 
remarquer  que  les  causes  prédisposantes,  élevées  à  un  certain  degré  de 
puissance,  peuvent  suffire  par  elles-mêmes  à  produire  les  névralgies,  tandis 
que  les  causes  occasionnelles  restent  souvent  inefficaces  si  la  prédisposition 
n’existe  pas. 

Causes  prédisposantes.  —  L’observation  clinique  montre  qu’il  existe 
chez  certains  sujets  une  sorte  de  prédisposition  héréditaire  ou  acquise  à 
contracter  des  névroses  de  diverse  nature  :  c’est  ainsi  que  les  névralgies 
sont  fréquentes,  non-seulement  chez  les  sujets  dont  les  parents  ont  été 
atteints  de  ces  affections,  mais  aussi  chez  les  enfants  d’épileptiques,  d’hys¬ 
tériques  et  d’aliénés  ;  elles  le  sont  également  chez  ceux  qui  ont  été  atteints 
dans  leur  enfance  de  convulsions  ou  de  chorée  :  il  existe  entre  ces  diverses 
affections  une  sorte  d’affinité  ;  elles  semblent  se  suppléer  et  s’engendrer 
réciproquement.  En  quoi  consiste  cette  prédisposition,  que  l’on  peut  appe 
1er  diathèse  nerveuse  ,  si  l’on  admet  avec  Maurice  Raynaud  l’existence 
de  diathèses  partielles? On  l’ignore;  mais  on  peut  cependant  supposer  avec 
vraisemblance  que,  chez  les  individus  qui  en  sont  affectés,  le  mode  de  déve¬ 
loppement  et  de  nutrition  du  système  nerveux  n’est  pas  conforme  au  type 
physiologique.  Anstie  a  émis  l’opinion  qu’il  devait  exister,  dans  les  cas  de 
névralgies,  une  sorte  de  faiblesse  native  de  la  substance  grise  postérieure 
de  la  moelle  ;  nous  aurons  à  discuter  plus  loin  les  vues  théoriques  qui  l’ont 
amené  à  formuler  cette  hypothèse,  mais  nous  pouvons  dire  tout  de  suite 
que  l’on  ne  peut  citer  en  sa  faveur  aucun  fait  positif. 

Anstie  a  dit  également  que  la  prédisposition  aux  névralgiés  s’obser¬ 
vait  souvent  chez  les  sujets  nés  de  parents  phthisiques  ;  les  chiffres  statis¬ 
tiques  qu’il  invoque  à  l’appui  de  cette  proposition  ne  nous  paraissent 
nullement  démonstratifs  :  il  a  trouvé  en  effet  que,  sur  quatre-vingt-trois 
cas  de  névralgies,  dix-huit  s’étaient  produits  chez  des  individus  ayant 
dans  leur  famille  des  antécédents  de  tuberculose  ;  il  nous  semble  que  cette 
proportion  n’a  rien  d’anormal  et  qu’elle  ne  dépasse  pas  celle  que  l’on 


760  NÉVRALGIES.  — -  causes  et  pathogénie. 

obtiendrait  en  examinant  au  même  point  de  vue  une  série  de  sujets  exempts 

de  névralgies. 

Les  névralgies  ne  se  développent  pas  indifféremment  à  tous  les  âges. 
On  ne  les  observe  qu’exceptionnellement  chez  les  enfants.  Cette  immunité 
devrait  s’expliquer,  d’après  Van  Lair,  par  le  développement  imparfait  du 
système  nerveux  cérébro-spinal  pendant  la  première  période  de  la  vie  ; 
mais,  s’il  en  était  ainsi,  comment  comprendre  la  grande  fréquence  des 
convulsions  chez  les  mêmes  sujets  ?  C’est  chez  les  adultes  que  les  névral¬ 
gies  atteignent  leur  maximum  de  fréquence  ;  elles  ne  sont  pas  rares  chez 
les  vieillards  ;  la  sénilité  précoce  devrait  même,  d’après  Erh  être  consi¬ 
dérée  comme  une  prédisposition  à  ces  affections;  fréquemment,  elles  se 
développeraient  en  même  temps  que  l’athérome  artériel,  la  dégénérescence 
graisseuse  des  viscères,  l’arc  sénile  de  la  cornée,  la  chute  ou  la  décolora¬ 
tion  des  cheveux  et  l’affaissement  de  la  colonne  vertébrale,  chez  les  sujets 
usés  par  les  privations  ou  les  excès  de  toute  nature  et  surtout  par  l’ahus 
des  boissons  alcooliques. 

L’influence  du  sexe  paraît  réelle,  mais  elle  a  été  différemment  ap¬ 
préciée  par  les  divers  auteurs,  les  uns  considérant  le  sexe  masculin  comme 
une  prédisposition,  les  autres,  le  sexe  féminin.  Cette  contradiction  n’est 
qu’apparente  ;  si  l’on  entre  dans  le  détail  des  statistiques  qui  ont  été  pro¬ 
duites  dans  le  but  d’élucider  cette  question,  on  voit  que  certaines  formes  de 
névi’algies  sont  plus  fréquentes  chez  l’homme,  d’autres  chez  la  femme.  On 
observe  plutôt  chez  l’homme  celles  qui,  d’après  leur  évolution,  semblent 
pouvoir  être  rattachées  au  développement  de  lésions  phlegmasiques,  telles 
par  exemple  que  les  sciatiques  à  marche  cyclique,  tandis  que  les  névralgies 
que  leurs  allures  capricieuses  et  leur  coïncidence  avec  d’autres  troubles 
nerveux  permettent  de  considérer  comme  de  pures  névroses  sont  plus 
fréquentes  chez  la  femme. 

Toutes  les  causes  qui  augmentent,  d’une  manière  passagère  ou  perma¬ 
nente,  l’excitabilité  du  système  nerveux  prédisposent  par  cela  même  aux 
névralgies.  Parmi  elles,  Anstie  signale  à  juste  titre  l’influence  d’une  édu¬ 
cation  mal  dirigée,  les  lectures  capables  d’exalter  l’imagination,  l’abus  de  la 
musique,  les  excès  de  travail  intellectuel,  les  veilles  prolongées,  les  émo¬ 
tions  trop  vives  et  trop  fréquemment  renouvelées.  Il  faut  citer  encore,  dans 
un  autre  ordre  d’idées,  l’usage  immodéré  des  boissons  excitantes,  particu¬ 
lièrement  de  l’alcool,  et  les  excès  vénériens.  Les  femmes  sont  plus  spéciale¬ 
ment  prédisposées  aux  névralgies  pendant  toute  la  durée  de  leur  vie 
sexuelle,  surtout  à  l’époque  de  la  puberté,  à  celle  de  la  ménopause,  dans 
les  premiers  temps  de  la  grossesse  et  pendant  la  menstruation. 

A  côté  de  ces  causes,  il  faut  ranger  toutes  celles  qui  abaissent  les  forces 
et  produisent  l’anémie;  la  réciproque  de  l’axiôme  sanguis  moderator 
nervorum  peut  être  considérée  comme  vraie  ;  l’expérimentation  et  l’ob¬ 
servation  clinique  en  fournissent  de  nombreux  témoignages.  Il  a  été 
positivement  démontré  que  le  sang  trop  riche  en  acide  carbonique  et  trop 
pauvre  en  oxygène  constituait  un  excitant  pour  le  système  nerveux;  c’est 
une  des  raisons  qui  peuvent  expliquer  la  fréquence  des  névralgies  dans 


NÉVRALGIES.  —  causes  et  pathogénie. 


761 


l’anémie,  dans  la  chlorose,  dans  les  cachexies  et  chez  les  convales¬ 
cents  de  maladies  pyrétiques.  Nous  aurons  à  revenir  sur  plusieurs  de  ces 
causes. 

Causes  occasionnelles.  —  On  peut  en  distinguer  trois  catégories  suivant 
qu’elles  sont  constituées  :  1“  par  des  lésions  directes  des  nerfs  ou  de 
leurs  racines  ;  2“  par  des  lésions  plus  ou  moins  éloignées  qui  provoquent  à 
distance  une  modification  dans  l’excitabilité  des  noyaux  sensitifs  ;  3°  par 
des  maladies  générales. 

1°  Les  lésions  directes  peuvent  être  elles-mêmes  groupées  sous  les  chefs 
suivants  :  congestions,  anémies,  phlegmasies  subaigües  ou  chroniques,  trau¬ 
matismes  et  néoplasies  intrinsèques  ou  extrinsèques. 

L’importance  du  rôle  que  jouent  les  troubles  de  vascularisation  dans  la 
pathogénie  des  névralgies,  a  été  surtout  mise  en  relief  par  le  professeur  Gu- 
bler  :  il  a  créé  la  classe  des  névralgies  congestives;  il  y  fait  rentrer  celles  des 
névralgies  à  frigore  qui  débutent  instantanément  et  disparaissent  de  même, 
celles  que  peut  provoquer  l’exposition  de  certaines  parties  à  un  foyer  de 
chaleur  (on  les  observe  particulièrement  chez  les  chauffeurs  et  les  cuisiniers) 
et  celles  qui  apparaissent  immédiatement  après  une  suppression  de  règles  ou 
d’hémorrhoides.  Il  est  probable  qne  les  névralgies  palustres  appartiennent 
également  à  cette  catégorie  :  elles  s’accompagnent  en  effet  de  phénomènes 
congestifs  d’une  intensité  exceptionnelle;  on  voyait  dans  une  observation 
d’Audouard,  toute  la  jambe  devenir  rouge  pendant  les  accès  d’une  sciatique 
intermittente.  Les  divers  troubles  fonctionnels  par  lesquels  se  traduisent  les 
fièvres  larvées  sont  d’ailleurs  manifestement  de  nature  congestive  ;  certains 
accès  ne  se  révèlent  que  par  la  rougeur  et  l’injection  de  la  conjonctive,  de 
la  pituitaire  ou  de  la  muqueuse  pharyngée,  d’autres  par  une  éruption  éry¬ 
thémateuse  ou  une  congestion  viscérale  ;  les  dépôts  de  pigments  que  l’on 
trouve  dans  les  viscères  chez  les  individus  qui  succombent  à  l’ impaludisme 
doivent  être  considérés  comme  les  vestiges  de.  congestions  réitérées  {voy. 
art.  Mélanémie).  Ces  diverses  considérations  nous  paraissent  établir  que  les 
névralgies  palustres  reconnaissent  pour  cause  prochaine  une  congestion  du 
nerf  :  on  peutadmettre  que,  dans  ces  diverses  conditions,  il  se  produit  une 
dilatation  active  ou  paralytique  des  vaisseaux  qui  se  distribuent  aux  cordons 
nerveux  et  que  les  fibres  élémentaires,  comprimées  par  lescapillaires  ou  par 
le  névrilème  tuméfié,  deviennent  le  point  de  départ  des  sensations  doulou¬ 
reuses  que  ressentent  les  malades.  Une  modification  inverse  dans  l’état  de 
ces  vaisseaux  semble  pouvoir  donner  lieu  aux  mêmes  troubles  fonction¬ 
nels;  il  est  bien  probable  que,  chez  les  individus  sujets  aux  angio-névroses, 
tels  que  le  sont  beaucoup  d’hystériques  et  de  névropathes,  i!  survient  des 
névralgies  dont  la  cause  prochaine  peut  être  cherchée  dans  un  spasme  des 
petits  vaisseaux  nerveux.  La  congestion  et  l'anémie  des  nerfs  doivent  donc 
concurremment  trouver  place  dans  l’étiologie  des  névralgies,  ou  plutôt  elles 
constituent  des  états  morbides  distincts  qui  ont  pour  symptômes  communs 
les  douleurs  névralgiques.  L’hypoglobulie  n’agit  pas  seulement  en  aug¬ 
mentant  d’une  manière  générale  l’excitabilité  du  système  nerveux,  mais 
aussi  en  troublant  directement  la  nutrition  des  cordons  sensitifs. 


/62  ^'ÉVRALGIES.  —  causes  et  pathogénie. 

Nous  avons  vu  déjà  que  plusieurs  auteurs,  ail  commencement  du  siècle, 
avaient  considéré  les  névralgies  comme  des  inflammations  des  nerfs  et  que 
plus  tard,  au  contraire,  on  avait  éliminé  systématiquement  du  cadre  des 
névralgies  toutes  les  douleurs  provoquées  par  les  phlegmasies  aussi  bien 
que  par  les  autres  lésions  nerveuses .  Une  réaction  s’est  produite  dans  ces 
dernières  années  contre  ces  idées  trop  absolues,  et  il  ne  paraît  pas  douteux 
aujourd’hui  que  certaines  formes  de  névralgies  ne  soient  liées  à  une  névrite 
subaigüe  ou  chronique.  Nous  voulons  parler  surtout  de  celles  qui,  survenues 
à  la  suite  d’un  refroidissement  ou  d’un  traumatisme,  suivent  une  marche 
régulièrement  cyclique,  se  traduisent  par  une  douleur  continue  sur  le  trajet 
du  nerf  et  s’accompagnent  souvent  de  troubles  trophiques. 

Toutes  les  plaies  des  nerfs,  quelle  qu’en  soit  la  nature,  la  contusion  et 
la  compression  de  ces  organes,  la  pénétration  et  surtout  le  séjour  dans  leur 
tissu  de  corps  étrangers,  sont  des  causes  de  névralgies  ;  il  n’est  pas  certain 
qu’elles  agissent  toujours  en  amenant  le  développement  d’une  névrite, 
mais  il  est  probable  qu’il  en  est  ainsi  dans  la  plupart  des  cas  {voy.  art. 
Nerfs). 

Le  froid  est  de  même  signalé  par  la  plupart  des  auteurs  comme  une  cause 
fréquente  de  névralgie.  Si  quelques-uns  ont  émis  une  opinion  contraire, 
cela  tient,  d’après  Rigal,  à  ce  qu’ils  n’ont  pas  établi  de  distinction  entre  le 
refroidissement  brusque  d’une  partie  limitée  du  corps  et  l’action  lente  et 
prolongée  du  froid  sur  tout  l’organisme  :  tandis,  en  eflét,  que  cette  der¬ 
nière  cause  ne  paraît  jouer  qu’un  faible  rôle  dans  la  production  des  né¬ 
vralgies,  le  refroidissement  brusque  et  soudain  constitue,  au  contraire, 
d’après  Rigal,  un  véritable  agent  traumatique,  il  mérite  la  dénomination  de 
coup  de  froid  sous  laquelle  il  est  fréquemment  désigné  par  le  vulgaire  et 
peut  facilement  provoquer  l’apparition  de  névralgies.  Cette  affection  est  par 
cela  même  fréquente  chez  les  sujets  que  leur  profession  expose  à  des  refroi¬ 
dissements  brusques  et  fréquemment  renouvelés;  ou  la  voit  également 
survenir  chez  des  individus  qui  ont  couché  sur  la  terre  humide  et  gardé  sur 
eux  des  vêtements  mouillés.  Or,  si  nous  recherchons  quelle  est  la  nature 
des  altérations  que  l’action  du  froid  produit  dans  les  autres  organes,  qu’il 
s’agisse  des  muqueuses,  des  séreuses  ou  des  parenchymes,  nous  trouvons 
que  ce  sont  le  plus  souvent  des  phlegmasies,  et  nous  voyons  que  ces 
phlegmasies  suivent  une  marche  cyclique  comme  les  névralgies  dont  nous 
parlons,  c’est-à-dire  qu’après  une  période  d’augment,  elles  restent  station¬ 
naires  pendant  un  certain  temps  pour  disparaître  ensuite  graduellement. 
Nous  ne  connaissons  que  les  phlegmasies  qui  présentent  cette  évolution  : 
les  congestions  apparaissent  plus  rapidement  et  durent  moins  longtemps  ; 
les  névroses  affectent  des  allures  plus  capricieuses  ;  il  ne  saurait  être  ques¬ 
tion  d’une  dégénérescence  ;  enfin,  l’hypothèse  d’après  laquelle  la  substance 
nerveuse  subirait  sous  l’influence  de  certaines  causes  une  modification 
sui  generis,  telle  que  par  exemple  une  coagulation  de  la  myéline,  est  bien 
peu  vraisemblable. 

La  douleur  continue  sur  le  trajet  du  nerf,  l’atrophie  musculaire  et 
l’éruption  de  zona,  qui  accompagnent  souvent  ces  névralgies,  ne  fournis- 


NÉVRALGIES.  —  cadses  et  pathogénie.  763 

sent  pas,  quand  elles  se  produisent,  des  arguments  d’une  moindre  valeur 
en  faveur  de  leur  nature  phlegmasique.  La  douleur  continue,  sous  la  forme 
où  elle  se  présente,  suppose  presque  nécessairement  une  altération  perma¬ 
nente  du  nerf  ou  de  ses  noyaux,  altération  qui  ne  peut  guère  être  autre 
en  pareil  cas,  qu’une  inflammation.  L’atrophie  musculaire  a  la  même  signi¬ 
fication;  nous  verrons  plus  loin  qu’il  est  difficile  de  l'expliquer  autrement 
que  par  une  lésion  du  nerf,  et  si  l’on  peut  éliminer,  comme  dans  les  cas 
dont  nous  parlons,  l’atrophie  simple  et  la  compression,  il  n’est  pas  dou¬ 
teux,  comme  l’a  si  bien  établi  Landouzy,  qu’il  ne  s’agisse  d’une  névrite. 
Le  zona  doit  être  interprété  dans  le  même  sens,  car  dans  toutes  les  autop¬ 
sies  qui  récemment  ont  été  pratiquées  complètement  et  en  temps  utile, 
on  a  trouvé  des  lésions  du  nerf  ou  de  son  ganglion.  Ajoutons  enfin  que 
l’on  a  pu,  dans  certains  cas,  constater  directement  l’existence  de  la  névrite. 
Schuh  (de  Vienne)  décrit  dans  les  termes  suivants  les  altérations  qu’il  a 
trouvées  en  examinant  un  fragment  de  nerf  réséqué  dans  le  but  d’obtenir 
la  guérison  d’une  névralgie  intense  et  très-ancienne  :  (Nous  empruntons  à 
Rigal  la  traduction  de  ce  passage.)  «  Les  tubes  nerveux  n’ont  pas  la 
transparence  normale  ;  l’opacité  est  surtout  remarquable  dans  un  endroit 
où  ils  sont  plus  condensés  ;  ils  contiennent  de  petites  granulations  ovoïdes 
et  brillantes  ;  ces  granulations  sont  assez  abondantes  pour  troubler  visi¬ 
blement  l’eau  dans  laquelle  on  déchire  le  nerf;  les  cylindres-axes  con¬ 
tiennent  des  granulations  de  même  nature,  assemblées  par  groupes  ;  on 
distingue,  dans  quelques  tubes  nerveux,  des  corpuscules  plus  grands, 
ronds,  réfractant  fortement  la  lumière,  rangés  symétriquement  en  ligne 
longitudinale  sur  les  limites  du  tube  nerveux  ;  des  corpuscules  semblables 
sont  dispersés  dans  le  tissu  interstitiel  ;  ils  sont  constitués  par  des  sels 
calcaires  et  se  dissolvent  dans  l’acide  chlorhydrique.  En  somme,  c’est  une 
dégénérescence  graisseuse  et  calcaire  avancée  des  fibres  nerveuses  primi¬ 
tives,  sous  l’influence  d’une  inflammation  antérieure.  » 

Toutes  les  causes  qui  peuvent  amener  directement  l’irritation  des  fibres 
nerveuses  sont  susceptibles  de  provoquer,  comme  les  traumatismes,  le 
développement  de  névralgies;  nous  citons  particulièrement  les  tumeurs 
qui  se  développent  dans  l’épaisseur  des  troncs  nerveux  ou  à  leur  péri¬ 
phérie.  Parmi  les  premières,  les  cancers  et  les  névromes  sont  celles  qne 
l’on  rencontre  le  plus  fréquemment;  les  fibrômes  et  les  kystes  hyda¬ 
tiques  des  nerfs  sont  des  raretés  pathologiques  ;  parmi  les  secondes,  les 
exsudais  méningés,  les  hyperostoses,  les  anévrysmes,  les  dilatations  vei¬ 
neuses,  les  cancers  elles  néoplasies  syphilitiques  méritent  particulièrement 
d’être  mentionnés.  Certaines  causes  paraissent  agir  en  irritant  les  extrémi¬ 
tés  nerveuses  :  telle  est,  par  exemple,  la  carie  dentaire. 

La  plupart  des  auteurs  cirent  parmi  les  causes  de  névralgies  les  lésions 
de  la  moelle  épiniére,  de  l’isthme  de  l’encéphale,  et  même  du  cerveau. 
Nous  pouvons  poser  en  fait  que,  dans  la  grande  majorité  des  cas  au  moins, 
les  douleurs  provoquées  par  ces  lésions  diffèrent  des  véritables  douleurs 
névralgiques,  à  tel  point  que  leurs  caractères  seuls  permettent  d’affirmer 
qu’elles  sont  d’origine  centrale.  Si  l’on  étudie,  en  effet,  les  douleurs  fulgu- 


764  NÉVRALGIES.  —  causes  et  pathogénie. 

rantes  des  myélites  postérieures,  on  reconnaît  qu’elles  ne  suivent  pas  le 
trajet  des  troncs  nerveux,  qu’elles  ne  présentent  pas  de  foyers  d’irradiation 
et  qu’elles  sont  habituellement  intermittentes,  même  au  moment  de  leurs 
paroxysmes.  Le  plus  souvent  elles  consistent  en  des  élancements  qui  se 
font  sentir  en  un  même  point,  à  de  courts  intervalles,  pendant  un  laps  de 
temps  qui  varie  de  quelques  minutes  à  quelques  heures. 

Ces  particularités  peuvent  s’expliquer,  dans  une  certaine  mesure  par  la 
dissociation  que  subissent,  à  leur  entrée  dans  la  moelle,  les  tubes  nerveux 
qui  composent  les  racines.  Dans  la  plupart  dès  phlegmasies  spinales,  tout 
au  moins  l’irritation  dans  celles  qui  évoluent  lentement,  ne  porte  d’habi¬ 
tude  simultanément  que  sur  un  petit  nombre  de  tubes  appartenant  à  un 
même  tronc  nerveux  ;  les  sensations  douloureuses  qui  en  résultent  doivent 
être  rapportées  aux  parties  superficielles  ou  profondes  dans  lesquelles  ces 
tubes  vont  s’épuiser  ;  or  il  doit  arriver  rarement  que  ces  tubes  soient  précisé¬ 
ment  des  nervi  mrvorum;  le  plus  souvent  c’est  dans  des  points  limités  des 
téguments,  des  os  ou  des  articulations  que  les  malades  souffrent  ;  ils  ont 
des  douleurs  fulgurantes  et  non  des  névralgies.  Il  n’en  est  pas  de  même 
quand  les  racines  sont  intéressées;  ce  sont  alors  souvent  de  véritables 
douleurs  névralgiques  que  l’on  observe  ;  on  peut  s’en  expliquer  la  produc¬ 
tion  en  supposant  que  les  parties  auxquelles  se  distribuent  les  tubes  con¬ 
tenus  dans  un  groupe  de  racines  correspondent  au  trajet  d’un  nerf,  mais  on 
peut  se  demander  aussi,  et,  suivant  nous  avec  plus  de  vraisemblance,  si  la 
lésion  du  névrilème  qui  se  prolonge  sur  les  racines  n’est  pas  en  pareil  cas 
la  cause  réelle  des  névralgies;  nous  verrons  plus  loin,  en  effet,  que  les  dou¬ 
leurs  dont  les  cordons  nerveux  sont  le  siège  reconnaissent  très-vraisembla¬ 
blement  pour  cause  l’excitation  des  nervi  nervorum  ;  or  il  est  très-probable 
que  ces  éléments,  contenus  dans  le  névrilème,  se  continuent  avec  cette  mem¬ 
brane  sur  les  racines  ;  ce  qui  nous  confirme  dans  cette  opinion,  c’est  que 
ces  névralgies  ne  se  font  pas  sentir  sur  tout  le  trajet  des  corps  nerveux, 
mais  qu’elles  correspondent  le  plus  souvent  à  leur  portion  initiale,  c’est-à- 
dire  à  celle  dont  les  nervi  nervorum  peuvent  se  prolonger  sur  les  racines. 

Nous  devons  rechercher  dans  quelle  mesure  l’absence  de  névralgies 
vi’aies  dans  les  affections  de  la  moelle  épinière  peut  se  concilier  avec 
la  doctrine  qui  attribue  à  une  modification  des  noyaux  sensitifs  le  rôle 
principal  dans  la  production  des  phénomènes  névralgiques.  Cette  doc¬ 
trine  a  trouvé  dans  l’ouvrage  d’Anstie  son  expression  la  plus  absolue; 
elle  peut  être  ainsi  résumée  :  il  existe  dans  toute  névralgie  une  atrophie 
des  racines  du  nerf  affecté  et  de  leur  noyau  d’origine  ;  cette  atrophie  peut 
être  consécutive  à  une  névrite  ascendante  ;  plus  souvent  elle  reconnaît  pour 
cause  une  sorte  de  faiblesse  héréditaire,  un  défaut  de  résistance  de  ces  par¬ 
ties;  dans  ces  conditions,  il  suffit  qu’un  nerf  soit  le  siège  d’excitations  pro¬ 
longées  ou  fréquemment  réitérées  pour  que  son  noyau  s’altère  et  au  bout 
d’un  certain  temps  s’atrophie  ;  alors  seulement  la  névralgie  est  constituée. 
Ces  lésions  peuvent  guérir  ou  persister. 

Benedikt  cite  à  l’appui  de  cette  théorie  un  cas  de  Hubbenet  dans  lequel  on 
a  constaté  une  altération  du  noyau  sensitif  du  trijumeau  ;  on  peut  en  con- 


NEVRALGIES.  —  ôauses  et  pathogénie. 


765 


tester  la  valeur,  car  il  est  probable  que  cette  altération  avait  été  provoquée 
par  une  névrite  consécutive  aux  opérations  réitérées  de  névrotomie  qui 
avaient  été  pratiquées.  En  réalité,  personne  n’a  jamais  vu  les  altérations 
soupçonnées  par  Anstie;  elles  sont  purement  hypothétiques. 

Ce  n’est  pas  à  dire  pour  cela  qu’il  ne  se  produise  pas  dans  les  névralgies 
une  modification  centrale;  Vulpian,  dans  la  préface  que  nous  avons  déjà 
citée,  a  exposé  avec  beaucoup  de  force  les  arguments  que  l’on  peut  in¬ 
voquer  en  faveur  de  cette  supposition  :  «  Je  crois,  dit-il,  que  très-fré¬ 
quemment,  l’altération  qui  cause  ces  affections  (les  névralgies),  siège 

vers  les  extrémités  centrales  des  nerfs .  et  même  dans  les  cas  où  la 

névralgie  a  décidément  pour  cause  première  une  lésion  de  la  péri¬ 
phérie  des  nerfs,  dans  ceux,  par  exemple,  ou  une  carie  dentaire,  une 
altération  soit  du  périoste  alvéolo-denlaire,  soit  des  os  maxillaires  eux- 
mêmes,  ont  donné  naissance  à  raffection  douloureuse,  on  doit  admettre, 
je  pense,  que  souvent,  peu  de  temps  après  le  début  de  cette  affection, 
il  se  produit  dans  le  centre  nerveux,  ou  plus  strictement  pour  les  cas 
supposés,  dans  le  noyau  d’origine  du  nerf  trijumeau,  une  modification 
morbide  qui  exalte  à  un  haut  degré  l’excitabilité  des  éléments  anatomiques 
de  la  substance  grise.  Cette  exagération  d’excitabilité  peut  s’étendre  aux 
éléments  de  la  substance  grise  les  plus  proches  de  ceux  qui  sont  directe¬ 
ment  en  rapport  avec  les  fibres  nerveuses  dont  les  extrémités  périphériques 
sont  lésées.  L’excitation  transmise  par  ces  fibres  à  leur  noyau  d’origine  se 
propage  aux  foyers  d’origine  circonvoisins  ;  et,  à  cause  de  l’éréthisme  mor¬ 
bide  de  ces  foyers,  la  modification  qu’elle  y  détermine  se  traduit  par  une 
douleur  reportée  par  le  sensorium  à  la  périphérie  des  fibres  qui  naissent 
dans  ces  amas  de  substance  grise  ;  et  c’est  ainsi  qu’on  peut  s’expliquer 
l’irradiation  de  la  névralgie  dentaire,  par  exemple,  à  toute  la  moitié  corres¬ 
pondante  de  la  face.  » 

Il  résulte  de  cette  argumentation  que  l’existence  d’une  modification  cen¬ 
trale  dans  la  plupart  des  névralgies,  si  ce  n’est  dans  toutes,  ne  peut  guère 
être  révoquée  en  doute,  mais  il  ne  s’ensuit  pas  que  cette  modification  doive 
être  considérée  comme  la  cause  de  ces  affections  ;  elle  en  est  un  des  élé¬ 
ments  essentiels,  mais  non  le  point  de  départ  ;  nous  croyons  même  pouvoir 
affirmer  que  jamais  elle  n’est  primitive  et  que  son  origine  périphérique, 
admise  par  Vulpian  pour  un  certain  nombre  de  cas,  doit  l’être  pour  tous. 
Nous  avons  déjà  vu,  en  effet,  que  l’absence  de  névralgies  vraies  dans  les 
myélites,  et  en  particulier  dans  le  tabès  dorsuahs,  prouvait  que  les  lésions 
banales  de  la  substance  grise  postérieure  étaient  impuissantes  à  leur  donner 
naissance  ;  l’absence  de  symptômes  myélitiques  dans  les  névralgies  ne  four¬ 
nit  pas  un  argument  d’une  moindre  valeur  contre  leur  origine  centrale  : 
au  point  de  vue  de  l’anatomie  topographique,  en  effet,  les  groupes  cellu¬ 
laires  qui  constituent  les  noyaux  des  nerfs,  celui  du  sciatique,  par  exemple, 
ne  forment  pas  des  organes  distincts  ;  ils  sont  échelonnés  dans  la  moelle 
sur  nne  hauteur  considérable  et  en  connexions  intimes,  par  leurs  vaisseaux 
et  leur  tissu  connectif,  a  /ec  les  autres  parties  de  l’axe,  particulièrement 
avec  les  cornes  antérieures  et  postérieures  et  avec  les  cordons  latéraux;  on 


763  NÉVRALGIES.  —  causes  et  pathogénie. 

ne  comprendrait  donc  pas  comment  un  travail  phlegmasique  ou  congestif, 
provoqué  par  une  cause  accidentelle,  irait  les  atteindre  isolément  sans  inté¬ 
resser  en  même  temps  les  éléments’ voisins  ;  ü  n’y  a  de  même  aucune  raison 
pouï-^que,  dans  les  maladies  générales  (diathèses,  intoxications,  fièvres)  ils 
soient  affectés  plutôt  que  les  autres  éléments  similaires  des  centres  ner¬ 
veux  ;  les  seules  causes  morbifiques  qui  semblent  pouvoir  agir  isolément 
sur  eux  sont  celles  qui  portent  sur  les  fibres  sensitives  avec  lesquelles  ils 
sont  en  connexions  directes  ou  indirectes.  On  voit  par  là  que,  si  la  substance 
grise  prend  une  part  active  à  la  production  des  symptômes  qui  caractérisent 
les  névralgies,  c’est  vraisemblablement  sous  l’influence  d’excitations  par¬ 
ties  de  la  périphérie,  et  que,  dans  aucun  cas,  elle  ne  paraît  être  le  point  de 
départ  de  ces  aflèctions. 

L’intervention  spinale  est  surtout  nécessaire  pour  expliquer  le  dévelop¬ 
pement  des  névralgies  qui  reconnaissent  manifestement  pour  cause  une 
lésion  plus  ou  moins  distante  du  nerf  affecté,  telles  que,  par  exemple,  les 
névralgies  du  trijumeau  provoquées  par  la  blessure  d’un  nerf  périphérique 
(Swan,  Denmark,  Anstie),  par  une  cicatrice  ou  par  une  carie  dentaire, 
les  névralgies  sciatiques,  lombaires  et  intercostales  symptomatiques  d'affec¬ 
tions  utérines  ou  consécutives  à  l’orchi-épididymite  (Mauriac),  les  sciatiques 
blennorrhagiques  (Fournier),  ou  enfin  les  névralgies  intercostales  liées 
à  la  congestion  pulmonaire  et  aux  traumatismes  des  parois  thoraciques 
(A.  Ollivier).  On  explique  généralement  ces  faits  de  la  manière  suivante  : 
les  excitations  centripètes  parties  de  l’organe  malade  sont  transmises  d’a¬ 
bord  aux  noyaux  des  nerfs  qui  en  émanent,  puis  à  d’autres  noyaux  plus 
ou  moins  éloignés,  et  elles  provoquent  dans  ces  derniers  une  modifi¬ 
cation  qui  se  traduit  symptomatiquement  par  des  douleurs  sur  le  trajet 
des  nerfs  qui  y  aboutissent;  c’est  ainsi,  par  exemple,  qu’une  excitation 
partie  de  l’utérus,  et  d’abord  transmise  dans  la  moelle  lombaire  aux  noyaux 
d’origine  des  nerfs  de  cet  organe,  se  propage,  probablement  par  voie  anas¬ 
tomotique,  aux  noyaux  des  autres  nerfs  lombaires  ou  dorsaux  et  donne  lieu 
aux  symptômes  d’une  névralgie  lombaire  ou  intercostale  ;  l’excitation 
initiale  peut  n’être  pas  sentie  (A.  Tripier).  Cette  interprétation  est  certai¬ 
nement  la  plus  vraisemblable  pour  un  certain  nombre  de  cas,  mais  il  faut 
se  garder  de  la  trop  généraliser.  Parmi  les  faits  mêmes  que  nous  venons 
d’indiquer,  il  en  est  plusieurs  pour  lesquels  on  peut  invoquer  une  autre 
explication.  II  est  fort  possible,  par  exemple,-  qu’une  partie  des  névralgies 
lombaires  et  sciatiques  provoquées  par  les  affections  de  l’utérus  et  des  testi¬ 
cules  soient  dues  à  la  compression  des  nerfs  correspondants  par  les  gan¬ 
glions  lombaires  ou  pelviens  tuméfiés,  et  de  même,  les  névralgies  du  triju¬ 
meau  liées  à  la  menstruation  peuvent  être  attribuées  avec  vraisemblance  à 
une  congestion  du  nerf  et  à  l’éréthisme  nerveux  que  provoquent  les  affec¬ 
tions  utérines. 

Le  professeur  Gubler,  dans  un  mémoire  communiqué  à  la  Société  de  bio¬ 
logie  en  1864,  a  expliqué  par  un  mécanisme  très-différent  l’apparition  d’une 
névralgie  de  la  cinquième  paire  pendant  le  cours  d’une  névrite  du  facial.  Il 
avait  proposé,  dans  un  mémoire  publié  antérieurement,  une  interprétation 


NEVRALGIES.  —  causes  et  pathogénie. 


v6- 

nouvelle  du  phénomène  désigné  sous  le  titre  de  sensibilité  récurrente  : 
dans  son  opinion,  la  douleur  excitée  par  l’irritation  du  bout  périphérique 
d’une  racine  antérieure  spinale  était  due  à  la  transformation  du  courant 
nerveux  propagé  jusqu’à  la  périphérie  par  le  nerf  exodique  et  revenant 
au  centre  par  les  filets  de  sentiment.  Il  a  pu  se  rendre  compte  par  la 
même  théorie  du  fait  dont  nous  venons  de  parler,  en  admettant  que  les 
excitations  centrifuges  provoquées  parla  névrite  du  facial  s’étaient  réfléchies 
à  la  périphérie  sur  les  filets  du  trijumeau  et  avaient  ainsi  déterminé  les  sen¬ 
sations  douloureuses.  Cette  névralgie  méritait  plus  que  toute  autre  l’épi¬ 
thète  de  réflexe. 

Parmi  les  causes  constitutionnelles,  nous  citerons  en  premier  lieu  l’ané¬ 
mie,  qui  peut  provoquer  directement  les  névralgies  en  troublant  la  nutri¬ 
tion  des  nerfs,  en  même  temps  qu’elle  y  prédispose  en  augmentant  l’exci¬ 
tabilité  du  système  nerveux.  C’est  à  son  influence  qu’il  faut  rapporter  sans 
doute  les  névralgies  qui  se  développent  chez  les  chlorotiques,  chez  les  sujets 
épuisés  par  des  pertes  de  sang  considérables,  des  excès,  des  fatigues 
exagérées  ou  des  privations,  chez  les  cachectiques  et  chez  les  convales¬ 
cents.  Pourtant  il  faut  toujours  penser,  dans  les  cas  de  cancer,  à  la  possibi¬ 
lité  de  la  compression  ou  de  l’envahissement  des  nerfs  par  les  néoplasies; 
et,  d’autre  part,  lorsque  la  névralgie  apparaît  à  la  suite  d’une  fièvre  grave  ou 
d’une  phlegmasie  adynamique,  on  peut  se  demander  si  les  éléments  ner¬ 
veux  n’ont  pas  souffert  dans  leur  nutrition  et  subi  des  altérations  compa¬ 
rables  à  celles  dont  les  parenchymes  et  les  muscles  sont  le  siège  en  pareil 
cas  :  l’apparition  fréquente  dans  ces  conditions  de  paralysies  et  de  troubles 
variés  de  l’innervation  vient  à  l’appui  de  cette  supposition,  qui  semble 
justifiée  d’ailleurs  par  des  observations  récentes  de  Bernhardt  etdeNolhna- 
gel  {voy.  Nerfs,  Pathologie  médicale,  p.  716). 

Fritz  et  plus  tard  Nothnagel,  ont  observé  au  début  de  la  fièvre  typhoïde, 
de  véritables  névralgies  sus-orbitaires  et  occipitales.  Il  s’agissait  alors  sans 
doute  de  névralgies  congestives. 

Nous  avons  vu  déjà  que  l’intoxication  paludéenne  était  une  cause  fré¬ 
quente  de  névralgies  ;  ces  affections  constituent  souvent  l’unique  mani¬ 
festation  des  fièvres  larvées  bénignes;  d’autres,  fois,  elles  accompagnent 
un  accès  de  fièvre  incomplet.  Elles  occupent  le  plus  ordinairement  la 
branche  sus-orbitaire  du  trijumeau,  le  nerf  sous-occipital  ou  l’un  des  nerfs 
intercostaux.  Leur  fréquence  est  plus  grande  chez  les  sujets  âgés  et  dans 
les  formes  chroniques  de  la  malafiie.  En  raison  de  la  nature  congestive  des 
diverses  manifestations  de  cette  intoxication,  on  peut,  comme  nous  l’avons 
indiqué  déjà,  admettre  avec  vraisemblance  que  ces  névralgies  se  rattachent 
à  une  lésion  de  même  ordre. 

Les  névralgies  comptent  parmi  les  manifestations  fréquentes  de  la  sy¬ 
philis  ;  leur  apparition  peut-être  précoce  ou  tardive;  on  les  observe  souvent,, 
chez  la  femme,  au  début  de  la  période  secondaire,  alors  qu’il  se  développe, 
comme  l’a  si  bien  démontré  A.  Fournier  dans  ses  belles  leçons  sur  la  sy¬ 
philis  un  trouble  profond  dans  les  fonctions  d’innervation,  une  immense 
opportunité  morbide  pour  les  affections  du  système  nerveux,  une  sorte  de 


NÉVRALGIES.  —  causes  et  pathogénie. 


diathèse  nerveuse  ;  ces  névralgies  occupent  surtout  les  rameaux  de  la  cin¬ 
quième  paire,  le  sciatique  et  les  nerfs  intercostaux.  Nous  nous  demandons 
si  l’on  ne  pourrait  pas  encore  invoquer  ici,  en  dehors  de  la  diathèse,  la 
compression  des  nerfs  en  un  point  quelconque  de  leur  trajet  par  des  intu¬ 
mescences  ganglionnaires.  Pour  ce  qui  est  des  névralgies  tardives,  on  s’ac¬ 
corde  à  les  rattacher  au  développement  de  néoplasies  spécifiques  sur  le 
trajet  des  nerfs. 

Toutes  les  affections  générales  qui  provoquent  la  formation  de  tumeurs 
multiples  peuvent  donner  lieu  de  même  à  l’apparition  des  névralgies  ;  il  en 
est  ainsi  de  la  scrofule,  de  la  leucémie  et  du  cancer. 

La  plupart  des  auteurs  admettent  également,  et  à  juste  titre  suivant  nous, 
qu’il  faut  compter  les  névralgies  au  nombre  des  manifestations  de  la  diathèse 
dite  arthritique.  Si  l’on  étudie,  en  effet,  les  antécédents  des  malades  atteints 
de  ces  affections ,  on  reconnaît  que  beaucoup  d’entre  eux  ont  été  ou  sont 
encore  atteints  d’asthme  ou  de  catarrhe  sec  des  bronches  avec  emphysème 
pulmonaire,  d’hémorrhoïdes,  de  dyspepsie,  de  pityriasis,  d’eczéma,  de  goutte 
ou  de  rhumatisme,  que  souvent  ces  mêmes  manifestations  pathologiques 
ont  existé  isolément  ou  concurremment  chez  leurs  ascendants  et  leurs  colla¬ 
téraux  et  qu’elles  semblent,  d’autres  fois,  se  suppléer  réciproquement;  l’exis¬ 
tence  d’un  état  particulier  de  l’organisme,  d’une  déviation  de  son  type 
physiologique,  d’une  diathèse,  en  un  mot,  qui  sert  de  lien  entre  elles  et 
provoque  leur  apparition  successive  chez  le  même  sujet  ou  chez  les  mem¬ 
bres  d’une  même  famille,  ne  nous  paraît  guère  douteuse,  et  c’est  à  tort 
que  de  divers  côtés,  en  Allemagne,  on  en  a  récemment  contesté  l’existence. 
Besnier,  dans  son  article  remarquable,  étudie  avec  soin  les  névralgies  rhu¬ 
matismales,  qu’il  considère  comme  fréquentes  ;  il  admet  qu’elles  peuvent 
être  de  nature  congestive  ou  inflammatoire  ;  nous  ne  pouvons  que  confirmer 
sa  manière  de  voir.  GaiTod  et  Guéneau  de  Mussy  admettent  également  que 
la  goutte  se  manifeste  souvent  par  des  névralgies. 

Parmi  les  maladies  générales  qui  peuvent  donner  lieu  à  ces  affections,  il 
faut  encore  citer  l’hystérie;  elle  se  confond  dans  une  certaine  mesure  chez 
la  femme  avec  cette  prédisposition  générale  aux  maladies  nerveuses  dont 
nous  avons  parlé  précédemment;  elle  ne  peut  cependant  lui  être  complète¬ 
ment  assimilée,  car  cette  prédisposition  peut  exister  et  se  transmettre 
héréditairement' en  dehors  d’elle.  Les  névralgies  de  l’hystérie  peuvent  être 
considérées  comme  de  véritables  névroses  ;  cependantil  est  probable  qu’elles 
se  rattachent  à  des  modifications  matérielles  dans  la  constitution  de  l’appareil 
nerveux  sensitif,  mais  oh  peut  affirmer  que  ces  modifications  sont  fugaces 
et  peu  profondes. 

L’intoxication  saturnine  ne  provoque  que  rarement  le  développement  de 
véritables  névralgies  périphériques;  Tanquerel  des  Planches  et  Rosenthal 
en  ont  seuls  cité  des  exemples  ;  le  plomb  exerce  cependant  son  action 
nocive  sur  les  nerfs  périphériques  comme  sur  tout  le  système  nerveux 
dans  son  ensemble,  mais  il  en  paralyse  plutôt  qu’il  n’en  exalte  les 
fonctions;  il  y  a  un  contraste  à  cet  égard  entre  ces  nerfs  et  ceux  de  la  vie 
organique. 


iNÉVRALGIES.  —  SYMPTOMATOLOGIE.  769 

Hermann  rapporte  que  les  névralgies  sont  assez  fréquentes  dans  les 
intoxications  mercurielles  que  l’on  observe  aux  mines  d’Idria  ;  il  n’en  est 
pas  de  même  chez  les  sujets  mercurialisés  dans  un  but  thérapeutique  :  les 
assertions  contraires  que  l’on  trouve  dans  les  livres  allemands  nous  parais¬ 
sent  être  un  écho  de  la  singulière  doctrine  qui  attribue  systématiquement 
au  mercure  la  plupart  des  accidents  de  la  syphilis. 

D’après  Van  Lair,  l’intoxication  par  le  tabac  amènerait,  dans  certains  cas, 
le  développement  de  névralgies  qui  occuperaient  tantôt  les  plexus  abdomi¬ 
naux,  tantôt  les  nerfs  périphériques. 

Syniptomatolosic. —  Nous  étudierons  d’abord  d’une  manière  géné¬ 
rale  les  troubles  fonctionnels  par  lesquels  se  manifestent  les  névralgies; 
nous  chercherons  à  reconnaître  quel  en  est  le  mécanisme  physiologique  ; 
puis  nous  verrons  quelles  particularités  ils  présentent,  et  comment  ils 
évoluent  dans  les  différentes  variétés  que  l’on  peut  distinguer. 

La  douleur  est  le  symptôme  dominant  de  la  névralgie  ;  c’est  elle  qui  la 
caractérise  essentiellement;  elle  en  est  l’expression  constante  et  néces¬ 
saire  ;  les  autres  troubles  fonctionnels  ne  viennent  qu’au  deuxième  plan. 
Nous  avons  vu  que,  par  définition,  cette  douleur  siège  sur  le  trajet  des 
nerfs  et  se  présente  sous  forme  d’accès  séparés  par  des  rémissions  généra¬ 
lement  incomplètes.  Elle  occupe  rarement  toute  la  sphère  de  distribution 
d’un  nerf  ;  on  la  trouve  habituellement  limitée  à  une  ou  à  plusieurs  de  ses 
branches.  Une  observation  attentive  permet  de  reconnaître  qu’elle  est  le 
plus  souvent  constituée  par  deux  éléments  :  une  douleur  intermittente  et  une 
douleur  continue  ;  celle-ci  peut  être  fort  peu  accentuée,  mais  elle  fait  rare¬ 
ment  défaut. 

La  douleur  intermittente  se  produit  sous  foi’me  d’accès  dont  la  durée 
varie  de  quelques  minutes  à  quelques  heures.  Elle  éclate  brusquement  en  un 
ou  plusieurs  points,  généralement  profonds,  d’où  elle  irradie  en  différentes 
directions  ;  assez  souvent  elle  remonte  ou  descend  rapidement  en  suivant 
le  trajet dunerf.  Elle  peut  atteindre  un  haut  degré  de  violence,  surtout  dans 
tes  névralgies  faciales  et  sciatiques  ;  les  malades  la  comparent  à  celles  que 
causeraient  des  coups  d’aiguille  ou  de  couteau,  une  brûlure,  une  morsure, 
un  déchirement  ou  une  secousse  électrique  ;  son  intensité  varie  d’un  moment 
à  l’autre  ;  par  instant  elle  s’apaise  pour  reprendre  un  moment  après  toute  sa 
force  ;  elle  atteint  parfois  un  tel  degré  d’acuité,  qu’elle  arrache  des  cris 
aux  malades  les  plus  courageux  ;  d’autres  fois  au  contraire  les  élancements 
n’ont  qu’une  intensité  modérée  et  sont  facilement  supportés.  Les  irradia¬ 
tions  sont  habituellement  limitées  aux  branches  voisines  du  rameau  pri¬ 
mitivement  affecté  ;  elles  peuvent  s’étendre  cependant,  dans  les  moments 
où  les  paroxysmes  atteignent  leur  maximum  de  violence,  à  des  nerfs  plus 
éloignés  ;  c’est  ainsi  que  l’on  voit  les  douleurs  de  la  névralgie  faciale  se 
propager  aux  rameaux  du  plexus  cervical,  et  inversement.  Le  retour  des 
accès  survient  souvent  sans  cause  apparente,  surtout  la  nuit  ;  d’autres  fois 
il  est  manifestement  provoqué  par  une  cause  accidentelle ,  telle  qu’un 
mouvement,  une  mauvaise  position  du  membre,  une  impression  de  froid, 
une  émotion,  la  .pression,  quelquefois  le  simple  frôlement  de  la  peau; 


770  INÉVRALGIES.  —  symptomatologie. 

dans  la  névralgie  de  la  cinquième  paire  surtout,  il  n’est  pas  rare  que  les 
moindres  contractions  des  muscles  de  la  face  amènent  l’explosion  de  la 
douleur,  de  telle  sorte  que  les  malades  ne  peuvent  rire,  manger,  boire, 
parler  même  qu’au  prix  des  plus  vives  souffrances.  Il  est  cependant  des 
cas  où  les  mouvements  paraissent  sans  influence  sur  le  retour  des  accès  ; 
c’est  ainsi  que  l’on  voit,  dans  certaines  sciatiques,  les  malades  mouvoir 
impunément  le  membre  affecté  et  préférer  même  la  marche  au  repos  ;  mais 
ce  sont  là  des  faits  exceptionnels. 

La  pression  méthodiquement  pratiquée  sur  le  trajet  du  nerf  affecté  y 
fait  reconnaître  un  certain  nombre  de  foyers  au  niveau  desquels  la  douleur 
est  beaucoup  plus  vive;  ce  sont  les  points  douloureux  auxquels  Valleix 
attachait  une  si  gi’ande  importance,  et  dont  la  signification  est  encore 
controversée,  malgré  toutes  les  discussions  dont  ils  ont  été  l’objet. 
Bassereau  les  a  signalés  le  premier  dans  sa  thèse  inaugurale;  Valleix 
les  décrit  comme  de  petits  cercles  de  un  à  deux  centimètres  de  dia¬ 
mètre,  échelonnés  sur  le  trajet  du  nerf  :  ils  sont,  d’après  lui,  le  siège 
exclusif  de  la  douleur  continue  ;  c’est  seulement  à  leur  niveau  que  la 
pression  est  douloureuse;  pendant  les  paroxysmes,  ils  sont  le  point  de 
départ  des  irradiations.  Leur  localisation  est  soumise  à  des  lois  fixes 
qui  sont  les  mêmes  pour  toutes  les  névralgies;  on  les  trouve  :  1°  au  point 
d’émergence  des  troncs  nerveux;  2°  dans  les  points  où  un  filet  nerveux  tra¬ 
verse  les  muscles  pour  se  rapprocher  de  la  peau  ;  3°  dans  les  points  où  les 
branches  terminales  viennent  s’épuiser  dans  les  téguments;  dans  les 
points  où  le  tronc  nerveux,  par  suite  du  trajet  qu’il  parcourt,  devient 
très -superficiel.  Trousseau,  et  depuis  Armaingaud,  ont  soutenu  que  fré¬ 
quemment  il  y  avait,  en  outre,  un  point  douloureux  fixe  au  niveau 
d’une  ou  de  plusieurs  apophyses  épineuses. 

La  doctrine  de  Valleix  a  soulevé  de  nombreuses  objections,  et  personne 
ne  l’admet  plus  aujourd’hui  dans  les  termes  absolus  où  cet  auteur  l’avait 
formulée  ;  il  est  d’abord  inexact  que  la  douleur  continue  siège  exclusive¬ 
ment  au  niveau  des  points  douloureux,  car  Lasègue  a  reconnu  que,  dans  les 
cas  de  sciatique  grave,  on  la  retrouve  également  dans  leurs  intervalles, 
consistant  dans  une  sorte  d’engourdissement  indescriptible  qui  s’exaspère 
par  moments.  Il  est  également  inexact  que  ces  points  douloureux  existent 
dans  toutes  les  névralgies  ;  la  plupart  des  auteurs  qui  ont  étudié  cette  ques¬ 
tion,  depuis  Trousseau  jusqu’à  Erb,  ont  constaté  que  chez  beaucoup  de 
sujets  on  ne  pouvait  rien  trouver  de  semblable.  L’on  risquerait  donc  de 
se  tromper  singulièrement  si,  prenant  à  la  lettre  les  propositions  de  Valleix, 
on  croyait  qu’il  suffit  de  connaître  exactement  le  trajet  d’un  nerf  pour  tracer 
d’avance  la  description  de  sa  névralgie,  d’après  les  lois  posées  plus  haut. 
D’autres  auteurs,  tombant  dans  une  erreur  inverse  de  celle  de  Valleix, 
ont  contesté  l’existence  même  des  points  douloureux  ;  tel  est  Romberg  ; 
«  On  ne  peut  admettre,  dit-il,  que  la  pression  exagère  les  douleurs' névral¬ 
giques,  car  on  voit  les  malades  porter  leurs  doigts,  pendant  les  paroxysmes, 
sur  les  points  d’émergence  des  nerfs,  y  exercer  une  forte  pression  et  en 
éprouver  du  soulagement».  Or  ce  fait  ne  prouve  rien  contre  la  théorie  de 


NP^VRALGIES.  —  symptomatologie.  771 

Valleix,  car  les  effets  de  la  pression  varient  du  tout  au  tout,  suivant  la  ma¬ 
nière  dont  elle  est  pratiquée  ;  quand  elle  est  brusque,  elle  augmente  la 
-douleur  ;  graduelle  et  régulièrement  croissante,  elle  peut  la  calmer.  Il 
suffit,  dans  certains  cas,  d’une  excitation  superficielle  des  téguments  pour 
provoquer  des  irradiations  extrêmement  pénibles,  alors  qu’une  forte  pres¬ 
sion  dans  le  même  point  amène  du  soulagement. 

Après  avoir  étudié  d’une  manière  générale  les  caractères  de  la  douleur 
névralgique,  nous  devons  rechercher  quel  en  est  le  mécanisme  physiolo¬ 
gique  et  comment  on  peut  s’expliquer  les  caractères  tout  particuliers 
qu’elle  présente. 

La  douleur  spontanée  peut  être  produite  par  une  lésion  du  nerf,  de  ses 
racines  ou  de  son  noyau  d’origine.  La  douleur  provoquée  par  la  pression 
sur  le  trajet  du  nerf  nous  paraît  supposer  nécessairement  une  lésion  de  cet 
organe  ou  de  ses  enveloppes:  si,  en  effet,  la  loi  physiologique  d’après  laquelle 
les  sensations  provoquées  par  l’excitation  des  fibres  sensitives  sont  toujours 
rapportées  à  leurs  extrémités  périphériques  est  vraie,  l’existence  d’une 
douleur  fixe  sur  le  trajet  du  nerf  ne  peut  être  rapportée  qu’à  l’excitation 
de  fibres  s’épuisant  dans  le  tronc  nerveux  lui-même,  ou  tout  au  moins 
dans  son  enveloppe  conjonctive  ;  or,  ces  filets  existent,  ils  ont  été  décrits 
pour  la  première  fois  sous  le  nom  de  nervi  nervorum  par  Sappey,  dont 
plusieurs  histologistes  ont  confirmé  la  découverte  ;  ils  fournissent  l’expli¬ 
cation  la  plus  satisfaisante  que  l’on  puisse  donner  des  points  de  Val¬ 
leix  ;  c’est  à  leur  niveau,  en  effet,  que  le  nerf  est  le  plus  accessible  à  la 
compression  et  où  par  conséquent  la  sensibilité  propre  de  ses  enveloppes, 
exaltée  par  une  cause  pathologique,  peut  être  le  plus  facilement  mise  en  jeu^ 
Cette  interprétation  nous  paraît  plus  vraisemblable  que  celle  de  Bénédikt, 
-qui  rapporte  hypothétiquement  ces  points  douloureux  à  des  troubles  vaso¬ 
moteurs,  et  que  celle  de  Lender,  d’après  laquelle  ils  représenteraient  réelle¬ 
ment  les  seules  parties  malades  du  nerf  ;  on  ne  comprendrait  pas,  en  effet, 
comment  ce  serait  toujours  dans  le  même  nerf  les  mêmes  points  qui  se 
trouveraient  lésés.  Dans  son  excellente  monographie,  Cartaz  soutient,  avec 
Ârloing  et  L.  Tripier,  que  la  douleur  locale  produite  par  la  pression  au  niveau 
■des  points  de  Valleix  est  due  à  l’excitation  des  fibres  récurrentes  qui  aban¬ 
donnent  le  tronc  nerveux  pour  s’épuiser  dans  le  névrilème,  le  périoste  et 
les  parties  molles  des  parties  voisines.  Ces  autenrs  invoquent  surtout  à 
l’appui  de  leur  opinion  ce  fait  que  les  fibres  récurrentes,  très-nom¬ 
breuses  un  peu  au-dessous  des  points  douloureux,  cessent  tout  d’un 
coup  au-dessus  et  doivent  par  conséquent  se  terminer  à  leur  niveau. 

Dans  les  névralgies  d’origine  périphérique,  la  lésion  semble  ne  jamais 
porter  que  sur  une  partie  des  fibres  qui  entrent  dans  la  constitution  du 
tronc  nerveux,  car  les  douleurs  ne  s’étendent  jamais  à  toute  sa  sphère  de  , 
distribution. 

Le  professeur  Jaccoud  a  montré  que  les  intermittences  s’expliquaient  tout 
naturellement  par  la  loi  de  l’épuisement  des  actions  nerveuses  ;  il  est 
d’observation,  en  effet,  que,  d’une  manière  générale,  ces  actions  sont  inter¬ 
rompues  «  par  des  phases  de  repos  qui  surviennent  fatalement  par  épuise- 


772  NÉVRALGIES.  —  symptomatologie. 

ment  de  l’excitabilité,  alors  même  que  l’excitation  est  continue  ».  11  est 
cependant  des  circonstances  où  l’on  doit  plutôt  rapporter  l’intermittence 
des  symptômes  à  des  modifications  périodiques  dans  la  vascularisation  du 
nerf  ou  de  son  noyau;  nous  citerons,  par  exemple,  les  névralgies  palustres, 
qui  doivent  être  vraisemblablement  rattachées  à  des  congestions  périodiques, 
du  névrilèrae;  on  peut  supposer  que  dans  d’autres  circonstances,  en  par¬ 
ticulier  dans  les  autres  variétés  de  névralgies  congestives  et  dans  les- 
névrites,  la  réplétion  des  petits  vaisseaux  peut  de  même  augmenter  sous 
l’influence  de  causes  diverses,  et  provoquer  ainsi  l’exaspération  de  la 
douleur;  l’ischémie  produite  par  la  contraction  momentanée  des  artérioles 
qui  se  distribuent  au  nerf  doit  agir  dans  le  même  sens. 

Nous  savons  déjà  quelle  est,  selon  toute  probabilité,  la  cause  pi'ochaine 
des  irradiations  douloureuses  :  les  excitations  parties  de  la  périphérie  ga¬ 
gnent  d’ahord  les  cellules  en  rapport  avec  les  fihres  sur  lesquelles  elles  ont 
porté  primitivement,  puis  elles  se  propagent  aux  cellules  voisines  et  il  en 
résulte  l’extension  des  douleurs  aux  rameaux  qui  viennent  y  aboutir  ;  elles 
parviennent  enfin  aux  noyaux  d’autres  nerfs,  plus  ou  moins  éloignés, 
qui  sont  à  leur  tour  le  siège  de  douleurs.  Des  recherches  récentes  de 
Pierret  permettent  de  mieux  comprendre  ce  mécanisme  :  jusqu’à  ce 
moment,  en  effet,  c’était  par  hypothèse  que  l’on  admettait  l’existence  dans 
la  moelle  de  noyaux  sensitifs  analogues  aux  noyaux  moteurs;  il  était  diffi¬ 
cile  de  les  localiser  dans  les  cornes  postérieures,  car  on  savait  que  ces 
parties  ne  renferment  que  fort  peu  de  cellules  nerveuses;  Pierret  paraît 
avoir  démontré  qu’ils  sont  représentés  par  les  amas  de  cellules  nerveuses 
connus  sous  le  nom  de  colonnes  de  Clarke;  on  ne  saurait  guère  douter,  en 
effet,  que  ces  colonnes  ne  soient  en  relation  avec  les  fibres  sensitives  si, 
comme  l’affirme  Pierret,  elles  se  continuent  manifestement  dans  le  bulbe 
avec  le  noyau  du  trijumeau  et  si  elles  présentent,  en  commun  avec  lui,  des 
particularités  de  structure  qui  les  distinguent  des  autres  groupes  cellu¬ 
laires  ;  ces  noA-aux  paraissent  d’ailleurs  présenter  les  uns  avec  les  autres 
des  communications  anastomotiques  qui  permettent  de  concevoir  com¬ 
ment  les  excitations  centripètes  se  propagent  de  l’un  à  l’autre  et  pro¬ 
voquent  ainsi  des  irradiations  douloureuses.  11  va  sans  dire  que,  dans  la 
grande  majorité  des  cas,  la  modification  dont  ces  douleurs  irradiées  sont 
l’expression  est  purement  fonctionnelle  et  qu’elle  disparaît  avec  le  pa¬ 
roxysme  pendant  lequel  elle  s’est  produite.  11  semble  cependant  que,  dans 
certains  cas,  le  processus  irritatif  auquel  est  liée  la  névralgie  puisse  se 
propager  d’un  noyau  à  un  autre  et  poursuivre  son  évolution  ;  il  ne  s’agit 
plus  alors  de  simples  irradiations,  mais  d’une  extension  de  la  maladie  elle- 
même  à  d’autres  parties;  c’est  ainsi  que  l’on  voit  les  symptômes  d’une 
névralgie  occipitale  venir  s’ajouter  d’une  manière  persistante  à  ceux  d’une 
névralgie  faciale. 

Nous  devons  dire  que,  dans  le  travail  précédemment  cité,  Cartaz  a  donné 
une  tout  autre  interprétation  des  irradiations  douloureuses  ;  comme  les 
points  douloureux,  elles  seraient  dues  à  la  présence  dans  les  nerfs  malades 
de  filets  récurrents;  pour  prendrez  un  exemple,  les  douleurs  qui  se  font 


NÉVRALGIES.  —  SYMPTOMATOLOGIE. 


773 


parfois  sentir  dans  les  rameaux  de  la  branche  ophthalmique,  chez  les 
sujets  atteints  de  névralgie  occipitale,  devraient  s’expliquer  par  l’existence 
dans  le  nerf  occipital  de  fibres  qui  s’en  iraient  par  un  trajet  rétrograde 
s’unir  aux  divisions  de  l’ophthalmique;  il  cite  à  l’appui  de  sa  théorie  des 
•observations  dans  lesquelles  des  douleurs  névralgiques  limitées  au  trajet 
d’un  nerf  ont  été  calmées  par  la  compression  d’un  autre  nerf  (faits  de  Tri¬ 
pier).  Nous  ne  contestons  pas  la  valeur  de  ces  observations  et  nous  recon¬ 
naissons  que,  pour  ces  cas  particuliers,  la  théorie  de  Cartaz  peut  être  sou¬ 
tenue;  mais  ils  sont  bien  peu  nombreux  et,  pour  l’immense  majorité  des 
faits,  la  théorie  exposée  plus  haut  est  la  plus  vraisemblable.  Comment 
comprendre,  en  effet,  dans  l’hypothèse  de  Cartaz,  que  souvent  ces  irradia¬ 
tions  ne  se  produisent  que  passagèrement,  au  moment  où  les  paroxysmes 
atteignent  leur  summum  d’intensité?  Si  elles  étaient  provoquées  par  des 
lésions  permanentes,  elles  devraient  être  permanentes  elles-mêmes,  ou 
du  moins  se  reproduire  constamment  à  chaque  accès  et  faire,  pour  ainsi 
■dire,  partie  intégrante  de  la  névralgie,  au  lieu  de  venir  seulement  en  com¬ 
pliquer  par  instants  le  tableau.  C’est  à  tort  d’ailleurs  que  Cartaz  objecte  à 
la  théorie  centrale  la  difficulté  de  comprendre  la  propagation  des  excita¬ 
tions  d’un  noyau  à  l’autre;  les  recherches  récentes  de  Pierret  ont  montré, 
au  contraire,  que  cette  propagation  s’expliquait  tout  naturellenient  par  les 
communications  qui  existent  entre  les  différents  noyaux  (Lange). 

Les  phénomènes  douloureux  peuvent  être  l’unique  manifestation  de  la 
névralgie  ;  dans  la  plupart  des  cas,  cependant,  on  observe  simultanément 
des  désordres  variés  de  l’innervation  et  assez  fréquemment  des  troubles  tro¬ 
phiques.  La  sensibilité  cutanée  est  rarement  intacte,  au  moins  dans  les  parties 
innervées  par  le  nerf  affecté.  Nothnagel  assure  que  dans  les  névralgies 
récentes,  et  il  entend  par  là  celles  qui  remontent  à  moins  de  deux  mois,  il 
y  a  de  l’hyperesthésie,  tandis  que  dans  les  névralgies  anciennes  on  trouve  de 
l’anesthésie.  Nous  avons  examiné  à  ce  point  de  vue  les  observations  rap¬ 
portés  par  Hubert-Valleroux  dans  sa  remarquable  étude  sur  les  altérations 
de  la  sensibilité  cutanée  dans  la  sciatique,  et  nous  avons  constaté  en  effet 
que  dans  la  plupart  des  cas  où  la  névralgie  n’avait  pas  deux  mois  de  date 
il  y  avait  de  l’hyperesthésie;  cependant  il  ne  faudrait  pas  prendre  à  la  ■ 
lettre  la  proposition  de  Nothnagel,  car  nous  avons  trouvé  l’anesthésie  notée 
dans  deux  cas  qui  remontaient  à  un  mois  seulement,  et  Erb  l’a  observée 
dès  la  première  semaine.  Dans  les  points  où  la  sensibilité  cutanée. est, 
augmentée,  le  chaud,  le  froid,  les  simples  contacts  et  les  piqûres  provo¬ 
quent  des  sensations  plus  vives  que  dans  les  autres  ;  parties,  les  frôlements 
légers  suffisent  parfois  à  occasionner  de  vives  douleurs  ;  il  y  a  donc  à  la 
fois  hyperesthésie  et  hyperalgésie.  Ces  altérations  ne  sont  jamais,  en 
•dehors  de  l’hystérie,  étendues  à  de  vastes  surfaces  ;  on  les  trouve,  au  con¬ 
traire,  limitées  à  de  petites  zones  dont  une  observalion  attentive  peut  déter¬ 
miner  les  limites  (Hubert-Valleroux).  Notta  paraît  être  le  premier  qui  ail 
:signalé  ce  trouble  fonctionnel.  L’anesthésie  avait  déjà  été  mentionnée  par 
Roussel,  mais  pendant  longtemps  elle  avait  été  considérée  comme  très-rare  ; 
Notta,  à  l’époque  où  il  a  rédigé  son  niémoire,  ne  l’avait  observée  que  trois 


774 


NÉVRALGIES.  —  symptomatologie. 
fois;  depuis. lors  Beau,  Trousseau  et  Laboulbène  ont  appelé  l’attention  sur 
ce  symptôme;  Hubert- Valleroux  Ta  bien  étudié  dans  sa  thèse  inaugu¬ 
rale.  Il  est  plus  ou  moins  prononcé  ;  dans  certains  cas,  ni  les  contacts, 
ni  les  piqûres,  ni  les  températures  extrêmes  ne  sont  perçus;  d’autres- 
fois  la  perte  des  sensations  tactiles  existe  seule,  sans  analgésie  ;  souvent 
toutes  les  impressions  sont  perçues,  mais  plus  faiblement  que  dans  les^ 
parties  saines.  Comme  l’hyperesthésie,  l’anesthésie  est  localisée  en  un  cer¬ 
tain  nombre  de  petites  zones  ou  plutôt  de  petits  cercles  dont  le  diamètre 
ne  dépasse  pas  habituellement  un  centimètre.  Hubert-Valleroux,  qui  a 
signalé  cette  disposition,  a  remarqué  que  ces  points  occupaient  générale¬ 
ment  les  mêmes  régions  dans  chaque  espèce  de  névralgie.  Notta  a  fait  con- 
naître-une  particularité  très-remarquable  de  cette  anesthésie;  c’est  qu’elle 
disparaît  presque  complètement  par  l’excitation  des  parties  voisines  encore 
sensibles.  Il  serait  intéressant  de  rechercher  si  elle  pourrait  être  modi¬ 
fiée,  comme  celle  des  hystériques,  par  les  courants  galvaniques  très- 
faibles,  et  en  particulier  par  ceux  que  développe  l’application  sur  les 
téguments  de  plaques  métalliques.  Ces  troubles  de  la  sensibilité  cutanée 
s’observent  également  entre  les  accès  et  pendant  leur  durée  ;  dans  des 
cas  exceptionnels,  ils  dépassent  les  limites  de  la  région  animée  par  le- 
nerf  malade  et  s’étendent  à  toute  la  moitié  correspondante  du  corps,  et 
cela,  chez  des  sujets  non  hystériques.  Ces  symptômes  peuvent  être  diverse¬ 
ment  interprétés  :  dans  les  cas  où  le  nerf  est  le  siège  d’une  inflammation 
ou  comprimé  par  une  tumeur,  on  peut  supposer  que  Tanesthésie  est  duo 
à  la  destruction  ou  à  la  paralysie  des  fibres  centripètes  qui  conduisent  au 
centre  spinal  les  impressions  reçues  par  les  extrémités  nerveuses,  l’hy¬ 
peresthésie,  à  leur  excitation;  on  peut,  dans  d’autres  cas,  rapporter,  avec 
Erb,  la  première  à  la  contraction  tétanique  des  petits  vaisseaux,  la  seconde 
à  leur  dilatation  active  ou  paralytique  ;  mais  ces  explications  ne  peuvent 
s’appliquer  à  la  généralité  des  faits,  et  en  particulier  à  ceux  dans  lesquels- 
le  trouble  de  la  sensibilité  est  étendu  à  toute  la  moitié  correspondante  du- 
corps.  On  observe  en  physiologie  expérimentale  un  phénomène  qui  peut 
jeter  un  certain  jour  sur  les  faits  que  nous  venons  d’énoncer  :  si  l’on  pique 
l’un  des  cordons  postérieurs  de  la  moelle,  il  se  produit  une  hyperesthésie 
dans  toute  la  moitié  correspondante  du  corps  ;  il  semble  donc  que  l’excita¬ 
tion  d’un  point  très-limité  de  cet  organe  suffise  à  provoquer  dans  toute  sa 
hauteur  une  excitabilité  anormale  de  la  substance  grise  postérieure  du  côté 
lésé  et  à  en  exalter  l’activité  fonctionnelle.  Il  est  probable  que,  dans  les. 
névralgies,  les  excitations  centripètes  parties  du  nerf  irrité  déterminent 
dans  la  substance  grise  postérieure  une  modification  analogue,  qui  le- 
plus  souvent  reste  circonscrite  au  noyau  du  nerf  affecté  et  donne  lieu  à 
une  hyperesthésie  limitée  aux  parties  qu’il  innerve,  mais  qui  peut,  dans 
certains  cas,  s’étendre  à  toute  la  hauteur  de  l’organe  et  produire  une  hémi¬ 
hyperesthésie.  Quant  à  l’anesthésie,  on  peut  l’attribuer  à  une  modification  in¬ 
verse,  à  une  sorte  d’inertie  fonctionnelle  de  la  substance  grise  postérieure, 
inertie  qui  peut  également  rester  circonscrite  au  noyau  du  nerf  affecté  ou 
s’étendre  à  toute  la  moitié  correspondante  de  Toi’gane.  On  peut  s’en  rendre- 


NÉVRALGIES.  —  symptomatologie.  775' 

compte  en  admettant  que  les  excitations  centripètes  qui  partent  du  nerf 
malade  exercent  une  sorte  d’action  paralysante  sur  les  noyaux  sensi¬ 
tifs  ;  on  peut  encore  supposer  que  l’activité  de  ces  organes  est  tout 
entière  employée  à  la  réception  et  à  la  transmission  des  impressions 
douloureuses,  et  qu’ils  se  trouvent  par  cela  même  insensibles  à  toute 
autre  excitation.  Cette  interprétation  nous  paraît  plus  vraisemblable  que 
celle  de  Nothnagel,  qui  attribue  l’anesthésie  à  une  fatigue  de  fa  substance 
grise  centrale,  et  l’hyperesthésie  à  une  diminution  de  la  résistance  que 
cette  même  substance  oppose  normalement  à  la  transmission  des  impres¬ 
sions  sensitives.  En  résumé,  il  est  probable  que  la  cause  prochaine  de 
ces  symptômes  varie  suivant  les  cas  :  ils  sont  dus  vraisemblablement  à 
un  trouble  dans  les  fonctions  de  la  substance  grise  centrale  quand  ils 
se  produisent  passagèrement  pendant  le  cours  des  accès,  à  une  lésion  des 
tubes  nerveux  quand  ils  sont  persistants  et  coïncident  avec  des  désordres 
nutritifs. 

Comme  les  troubles  de  la  sensibilité,  ceux  de  la  motilité  peuvent  con¬ 
sister  en  des  phénomènes  d’excitation  ou  de  paralysie.  Les  premiers 
s’observent  plus  fréquemment  :  on  voit  souvent  survenir,  pendant  les 
accès  douloureux,  de  petits  mouvements  convulsifs  dans  les  muscles 
de  la  région  affectée  ;  ils  constituent  même  parfois  le  caractère  le  plus 
saillant  de  la  maladie,  témoin  le  nom  de  tic  douloureux  sous  lequel  la 
névralgie  faciale  a  été  souvent  désignée  ;  d’autres  fois  il  se  produit  des  con¬ 
tractions  tétaniques,  sous  forme  de  contractures  persistantes  ou  de  crampes 
douloureuses.  Ces  convulsions  sont  plus  fréquentes  dans  la  névralgie  du 
trijumeau  que  dans  toute  autre  ;  elles  affectent  surtout  les  muscles  cutanés 
de  la  face;  ces  muscles,  n’étant  pas  animés  par  le  trijumeau,  il  n’est  pas 
douteux  qu’il  ne  s’agisse  là  de  contractions  réflexes.  Le  problème  est  plus 
compliqué  quand  ces  mouvements  se  produisent  dans  les  névralgies  des 
nerfs  mixtes  ;  on  peut  se  demander  s’ils  ne  sont  pas  directement  produits 
par  l’excitation  directe  des  filets  moteurs,  et  il  est  bien  probable  qu’il  en 
est  parfois  ainsi.  Il  n’est  pas  rare  de  voir  les  mouvements  involontaires 
persister  longtemps  après  la  disparition  de  la  névralgie,  ou  même  indéfini¬ 
ment  :  on  est  en  droit  d’admettre  que,  dans  ces  cas,  les  excitations  centri¬ 
pètes  parties  du  nerf  malade  ont  déterminé  dans  la  substance  grise  ex- 
cito-motrice  avec  laquelle  il  est  en  relation  une  modification  permanente 
qui  a  pour  effet  d’en  exagérer  l’activité  fonctionnelle.  Brown-Séquard  a  dé¬ 
montré,  par  de  nombreuses  expériences,  que  l’irritation  d’un  nerf  suffisait 
à  provoquer  chez  le  cobaye  le  développement  de  l’épilepsi.e;  rien  ne 
prouve  jusqu’ici  qu’il  en  puisse  être  de  même  chez  l’homme  et  personne, 
à  notre  connaissance,  n’a  vu  cette  névrose  se  maniiester  à  la  suite  de  né¬ 
vralgies;  il  y  aurait  néanmoins,  croyons  nous,  des  recherches  à  faire  dans 
cette  direction. 

A  côté  des  phénomènes  d’excitation  motrice,  nous  devons  signaler  les 
phénomènes  paralytiques;  ils  appartiennent  surtout  aux  formes  chroniques 
et  paraissent  devoir  être  rattachés  à  une  lésion  directe  des  filets  moteurs. 
On  a  bien  signalé  des  paralysies  localisées  dans  des  cas  où  la  névralgie 


776  NÉVRALGIES.  —  symptomatologie. 

occupait  un  nerf  purement  sensitif  ;  on  a  publié  en  particulier  des  faits  de 
névralgies  du  trijumeau  dans  le  cours  desquelles  il  s’était  produit  du  ptosis 
et  du  strabisme  externe  (Notta)  ;  mais  en  l’absence  d’autopsie,  il  n’est  pas 
permis  d’affirmer  que  ces  phénomènes  fussent  réellement  sous  la  dépen¬ 
dance  de  la  névralgie,  et  l’hypothèse  qui  rattacherait,  dans  leur  ensemble, 
les  désordres  sensitifs  et  locomoteurs  à  une  lésion  qui  intéresserait  à  la  fois 
le  trijumeau  et  les  nerfs  oculo-moteurs,  serait  certainement  plus  vraisem¬ 
blable.  Si  cependant  les  faits  analogues  à  celui  de  Notta  se  multipliaient 
-et  si  l’on  venait  à  constater  que  les  névralgies  s’accompagnent  de  paraly¬ 
sies  dans  des  cas  où  l’on  ne  peut  supposer  une  lésion  directe  des  nerfs 
moteurs,  il  faudrait  sans  doute  considérer  ces  symptômes  comme  des  phé¬ 
nomènes  d’arrêt  produits  par  l’action  paralysante  des  excitations  centri¬ 
pètes  sur  les  noyaux  moteurs.  On  peut  s’expliquer  par  un  mécanisme 
analogue,  ou  par  l’excitation  réflexe  des  nerfs  vagues,  le  ralentissement 
des  battements  cai’diaques  signalé  par  Turck  pendant  les  accès. 

La  coloration  et  la  température  des  parties  où  siègent  les  névralgies  pré¬ 
sentent  souvent  des  modifications  qui  sont  dues  manifestement  à  des  troubles 
directs  ou  réflexes  de  l’innervation  vaso-motrice.  C’est  surtout  dans  la  né¬ 
vralgie  faciale  que  ces  phénomènes  sont  faciles  à  observer ,  mais  on  les  a 
notés  également  dans  les  névralgies  périphériques.  Au  début  des  paroxys¬ 
mes,  il  est  d’observation  que  souvent  la  région  douloureuse  pâlit  en  môme 
temps  qu’elle  devient  le  siège  d’une  sensation  de  froid;  ces  symptômes 
sont  dus  évidemment  à  une  crampe  vasculaire  qui  est  vraisemblablement 
d’origine  réflexe;  ils  font  place  au  bout  de  peu  de  temps  à  des  phénomènes 
opposés  :  les  téguments  rougissent,  s’injectent  et  se  tuméfient  légèrement; 
les  malades  y  éprouvent  une  sensation  de  chaleur  plus  ou  moins  vive; 
ces  troubles  sont  accusés  surtout  dans  les  muqueuses.  Il  est  difficile 
de  déterminer  avec  précision  quel  en  est  le  mode  de  production;  on  peut 
admettre,  cependant,  qu’ils  sont  de  nature  réflexe  plutôt  que  liés  à  une 
lésion  directe  des  vaso-moteurs,  car  ils  sont  intermittents  et  se  produisent 
seulement  pendant  les  paroxysmes  ;  mais  sont-ils  dus  à  une  excitation  des 
vaso-dilatateurs  ou  à  une  paralysie  des  vaso-constricteurs?  Les  deux  hypo¬ 
thèses  peuvent  être  soutenues  avec  une  égale  vraisemblance  :  dans  la  pre¬ 
mière,  les  excitations  centripètes  iraient  mettre  en  jeu  l’activité  des  centres 
vaso-dilatateurs  ;  dans  la  seconde,  elles  suspendraient,  par  une  action  para¬ 
lysante,  l’activité  tonique  des  centres  vaso-moteurs  (Vulpian). 

En  même  temps  que  ces  signes  de  congestion  locale,  il  se  produit 
souvent  des  troubles  de  sécrétion  :  c’est  ainsi  que  dans  la  névralgie  faciale 
on  observe  communément  du  ptyalisme,  du  larmoiement  et  de  l’hypersé¬ 
crétion  pituitaire  ;  on  éimoté  des  sueurs  locales  dans  certains  cas  de  névral¬ 
gies  périphériques.  Vulpian,  dans  ses  Leçons  sur  l’appareil  vaso-moteur, 
a  démontré  que  ces  hypercrinies  ne  devaient  pas  être  attribuées  à  la 
dilatation  vasculaire  et  aux  congestions  qui  en  résultent.  Il  est  avéré, 
en  effet,  que  la  congestion  peut  exister  sans  troubles  sécrétoires  ;  elle 
ne  suffit  donc  pas  à  les  produire;  il  faut  quelque  chose  de  plus,  «  il  faut 
que  les  fibres  sensitives  ou  centripètes,  dont  l’excitation  provoque  d’ordi- 


NÉVRALGIES.  —  sympto.matologie. 


777 


naire  la  sécrétion  de  ces  glandes,  participent  à  l’irritation  dont  sont  affectées 
certaines  branches  du  nerf.  Dans  ces  conditions,  une  action  réflexe  secré¬ 
toire  se  produit,  tout  à  fait  semblable  à  celle  qu’aurait  déterminée  une  exci¬ 
tation  de  la  muqueuse  buccale,  de  la  conjonctive,  de  la  membrane  de 
Schneider,  de  la  peau,  et  il  y  a  ptyalisme,  ou  larmoiement,  ou  sécrétion 
considérable  du  mucus  nasal,  ou  sueur  abondante.  C’est  probablement  par 
la  médiation  de  libres  nerveuses  excito-sécrétoires  que  l’incitation  réflexe  est 
transmise  à  ces  glandes.  »  (Vulpian.)  On  peut  attribuer  à  la  même  cause 
l’abondante  sécrétion  d’urine  que  provoquent  parfois  les  accès  névralgiques. 

Les  symptômes  qu’il  nous  reste  à  étudier  s’observent  moins  fréquemment 
que  les  précédents  ;  ils  n’appartiennent  qu’à  certaines  formes  de  névralgies, 
et  impliquent  pour  la  plupart  l’idée  d’une  lésion  matérielle  du  nerf  ou  de 
son  ganglion. 

Parmi  eux,  nous  mentionnerons  d’abord  l’œdème  :  on  peut  le  plus  sou¬ 
vent  le  considérer  comme  une  conséquence  de  la  paralysie  vaso-motrice  ; 
l’affaiblissement  de  la  vis  a  tergo  amène  la  stase  dans  les  capillaires,  et  par 
suite  une  exsudation  de  sérosité  dans  le  tissu  cellulaire;  il  est  des  cas  tou¬ 
tefois  où,  d’après  Vulpian,  cette  explication  est  insuffisante  et  où  il  semble 
que  la  stase  du  sang  dans  les  capillaires  et  l’œdème  qui  en  résulte  recon¬ 
naissent  pour  cause  les  troubles  provoqués  dans  la  nutrition  des  tissus  par 
l’irritation  des  fibres  nerveuses  ;  il  se  produit  sous  son  influence  «  dans  le 
centre  trophique  du  nerf  aflecté,  une  modification  fonctionnelle  qui  retentit 
par  l’intermédiaire  de  ces  fibres  ou  d’autres  fibres  du  même  nerf  sur  les 
tissus  avec  lesquels  leurs  extrémités  périphériques  sont  en  rapport.  » 

C’est  par  le  même  mécanisme  que  l’on  peut  comprendre  comment  les 
névralgies  donnent  lieu  parfois  à  de  véritables  phlegmasies.  On  en  cite  des 
•exemples  qui  paraissent  authentiques  (Vulpian,  toc.  cit.)  ;  tels  sont  les  cas 
où  l’on  a  vu  la  névralgie  de  la  cinquième  paire  amener  la  conjonctivite  ou 
l’érysipèle  de  la  face  (Anstie),  et  la  névralgie  iléo-scrotale  provoquer  l’or- 
•ohite  (Barras  et  Marrotte). 

Ces  faits  sont  néanmoins  exceptionnels  :  il  est  fréquent,  au  contraire,  de 
voir  survenir  dans  les  parties  où  siègent  les  névralgies  des  affections 
■cutanées  de  nature  diverse  et  des  atrophies  musculaires.  Les  affections 
cutanées  semblent  se  rattacher,  dans  la  plupart  des  cas,  à  un  processus 
irritatif.  Celle  que  l’on  observe  le  plus  souvent  est  le  zona;  elle  est 
caractérisée,  comme  on  le  sait,  par  des  vésicules  généralement  volumi¬ 
neuses,  persistantes,  disposées  en  petits  groupes  sur  le  trajet  d’un  nerl  et 
reposant  sur  des  plaques  érythémateuses.  Nous  n’avons  pas  à  en  donner  ici 
la  description  détaillée,  car  un  article  spécial  lui  sera  consacré  [voy.  Zona)  ; 
nous  devons  seulement  indiquer  quels  sont  les  rapports  de  cette  éruption 
avec  la  névralgie. 

Les  douleurs  précèdent  généralement  le  début  de  l’éruption  et  persistent 
plus  ou  moins  longtemps  après  sa  disparition  ;  assez,  souvent  elles  cessent 
au  bout  de  peu  de  jours;  dans  des  cas  très-exceptionnels  seulement  elles  font 
complètement  défaut.  La  coïncidence  presque  constante  du  zona  avec  une 
névralgie,  sa  circonscription  exacte  au  trajet  d’un  nerf  permettaient  déjà 


778 


NÉVRALGIES.  —  symptomatologie. 
de  le  rattacher  avec  vraisemblance  à  un  trouble  de  l’innervation  péri¬ 
phérique  ;  un  certain  nombre  de  faits  anatomo-pathologiques  sont  venus 
confirmer  cette  manière  de  voir  :  dès  1863,  von  Bærensprung  trouvait  dans 
un  cas  de  zona  une  lésion  manifeste  (gonflement  et  hyperhémie)  des  gan¬ 
glions  intervertébraux  ;  deux  ans  plus  tard,  Charcot  et  Cotard  notaient  chez; 
un  sujet  atteint  de  zona  du  cou  une  altération  des  nerfs  du  plexus  cervical  et 
des  ganglions  correspondants  des  racines  spinales.  Depuis  lors,  les  observa¬ 
tions  analogues  se  sont  multipliées  ;  nous  -mentionnerons  particulièrement 
celle  de  Charcot  qui  a  trouvé  le  rameau  spinal  d’une  artère  sacrée  latérale 
oblitéré  chez  un  sujet  qui  avait  été  atteint  d’un  zona  de  la  cuisse ,  et  celle 
d’Ollivier  qui,  dans  un  cas  de  zona  du  thorax,  a  trouvé  les  nerfs  intercos¬ 
taux  correspondants  englobés  dans  une  masse  cancéreuse  ;  ces  faits  per¬ 
mettent  de  rattacher  aujourd’hui  en  toute  certitude  ces  éruptions  à  une 
lésion  des  nerfs  ou  de  leurs  ganglions.  Est-il  possible  d’aller  plus  loin? 
peut-on  déterminer  quel  en  est  le  mode  de  production?  la  question  a  été 
discutée  à  fond  par  Vulpian,  dans  ses  Leçons  sur  l’appareil  vaso-moteur, 
et  nous  ne  saurions  mieux  faire  que  résumer  ici  son  argumentation.  Il 
rejette  d’abord  les  hypothèses  qui  attribuent  ces  affections  cutanées  à  une 
lésion  des  nerfs  trophiques  ou  des  vaso-moteurs;  il  ne  croit  pas  à  l’exis¬ 
tence  des  nerfs  trophiques;  quant  aux  vaso-moteurs,  ni  leur  paralysie,  ni 
leur  excitation  ne  semblent  jouer  un  rôle  important  dans  la  production 
du  zona;  on  ne  voit  jamais  en  effet  la  section  du  grand  sympathique 
provoquer  d’éruption  ;  il  est  d’ailleurs  d’observation  que,  dans  le  zona,  la 
congestion  cutanée  peut  être  consécutive  à  l’apparition  des  vésicules,  elle 
n’en  est  donc  pas  la  cause;  on  ne  voit  pas  non  plus  survenir  dans  les 
régions  où  l’éruption  va  se  produire  cette  pâleur  des  téguments,  ces  pla¬ 
ques  d’anémie  qui  indiquent  le  resserrement  des  petits  vaisseaux  cutanés. 
Si  les  fibres  trophiques  n’existent  pas,  si  l’on  ne  peut  attribuer  aux  lésions 
des  fibres  vaso-motrices  le  développement  du -zona,  il  ne  reste  plus  que 
les  fibres  sensitives  proprement  dites  qui  puissent  être  mises  en  cause  ;  on 
peut  concevoir  que  leur  altération  provoque  dans  les  téguments  des  trou¬ 
bles  nutritifs  par  des  mécanismes  divers  :  on  peut  supposer  qu’elles  subis¬ 
sent  une  irritation  sous  l’influence  du  processus  morbide  dont  le  nerf  est 
le  siège,  que  cette  irritation  se  propage  à  leurs  extrémités  périphériques, 
qu’elle  s’étend  aux  éléments  voisins  et  y  détermine  ainsi  un  travail  inflam¬ 
matoire  localisé,  d’où  résulte  la  production  de  l’herpès;  on  peut  encore 
admettre  que  les  excitations  centripètés  ont  «  pour  résultat  d’affaiblir  l’in¬ 
fluence  trophique  que  les  ganglions  exercent  sur  les  fibres  sensitives,  et 
probablement  par  leur  médiation  sur  certains  éléments  de  la  peau  ;  l’affai¬ 
blissement  de  cette  influence  trophique  créerait  un  état  de  moindre 
résistance  ou  de  vulnérabilité  plus  grande  dans  les  points  de  la  peau  en 
rapport  avec  les  extrémités  des  fibres  sensitives.  »  Vulpian  ne  rejette  pas 
absolument  ces  deux  hypothèses,  mais  il  en  formule  une  troisième  qui  lui 
paraît  de  beaucoup  plus  vraisemblable  :  l’irritation  centripète  des  fibres  sen¬ 
sitives  va  déterminer  dans  leur  centre  trophique,  c’est-à-dire  dans  le  gan¬ 
glion  intervertébral,  un  trouble  fonctionnel  qui  pourra  retentir  par  l’inter- 


NÉVRALGIES.  —  symptomatologie. 


779 


médiaire  des  fibres  restées  intactes  sur  les  éléments  anatomiques  de  la 
peau  avec  lesquels  les  extrémités  périphériques  de  ces  hbres  se  mettent 
en  rapport  ;  «  en  d’auti’es  termes,  l’influence  excitatrice  ou  régulatrice  que 
les  céntres  nerveux  trophiques  exercent  sur  la  nutrition  intime  des 
éléments  anatomiques  de  la  peau  sera  modifiée,  exaltée  ou  pervertie,  et 
le  résultat  de  cette  modification  sera  le  développement  de  vésicules 
d’herpès.  » 

Plus  rarement  que  l’herpès,  on  voit  survenir  dans  les  parties  où  siègent 
les  névralgies  les  éruptions  pemphigoïdes  ou  ecthymateuses  et  les  ulcéra¬ 
tions  de  mauvaise  nature  dont  les  névrites  traumatiques  provoquent 
souvent  le  développement  ;  elles  supposent  nécessairement  une  lésion  grave 
du  nerf.  Il  en  est  de  même  de  cette  altération  de  la  peau  que  les  Améri¬ 
cains  ont  décrite  sous  le  nom  de  glossy  skin,  et  qui  est  caractérisée  par 
son  amincissement,  sa  teinte  rosée  et  son  aspect  luisant.  Dans  cer¬ 
tains  cas,  on  trouve  la  peau  épaissie  et  plus  fortement  pigmentée  que 
dans  les  autres  parties  du  corps  ;  d’autres  fois,  les  cheveux  se  déco¬ 
lorent  :  on  a  cité  des  faits  (Anstie)  dans  lesquels  la  décoloration  s’est 
produite  à  plusieurs  reprises  en  même  temps  qu’une  névralgie,  pour  dispa¬ 
raître  ensuite.  Le  tissu  cellulaire  peut  être  atrophié  ou  hypertrophié; 
l’épaississement  du  périoste  et  des  os  a  également  été  signalé  ainsi  que 
l’augmentation  du  volume  des  muscles  (Grogan,  cité  par  Erb)  ;  on  peut  se- 
demander  s’il  s’agissait  bien  alors  d’une  véritable  hypertrophie  musculaire  : 
on  peut  supposer  avec  plus  de  vraisemblance  qu’il  s’était  produit,  comme 
dans  la  paralysie  myo-sclérosique  de  Duchenne  et  dans  certaines  paralysies 
infantiles,  une  fausse  hypertrophie  par  suite  de  la  prolifération  du  tissu 
interstitiel  et  de  son  envahissement  par  la  graisse.  L’atrophie  musculaire 
est  une  conséquence  relativement  fréquente  des  névralgies ,  et  c’est 
là,  comme  l’ont  montré  récemment  Fernet  et  Landouzy,  un  argument 
puissant  en  faveur  de  l’opinion  qui  rattache  ces  affections,  dans  un 
bon  nombre  de  cas,  à  une  lésion  matérielle  du  nerf.  Bonnefin  a  trouvé 
les  muscles  atrophiés  dans  la  moitié  des  sciatiques  anciennes  ;  Landouzy, 
dans  son  mémoire,  a  réuni  seize  observations  de  sciatique  dans  les¬ 
quelles  la  même  altération  a  été  constatée  ;  on  ne  l’observe  pas  seulement 
dans  les  cas  anciens,  car  Fernet  en  a  constaté  l’existence  quatorze  jours 
seulement  après  le  début  de  la  maladie  ;  ce  fait  suffit  à  montrer  qu’elle 
n’est  par  la  conséquence  de  l’immobilité  du  membre,  mais  qu’elle 
est  due  au  trouble  apporté  dans  la  nutrition  des  muscles  par  la  lésion 
nerveuse.  Sa  pathogénie  est  alors  vraisemblablement  la  même  que  dans 
les  cas  de  névrite  (voy.  Nerfs,  p.  738)  ;  on  peut  la  rapporter  soit  à  l’im¬ 
puissance  fonctionnelle  des  fibres  motrices  qui  ne  peuvent  plus  transmettre 
comme  à  l’état  normal  l’influence  trophique  de  la  moelle,  soit  au  dévelop¬ 
pement  dans  les  mêines  éléments  d’un  processus  irritatif  qui  se  propage  aux 
fibres  musculaires  et  en  amène  l’atrophie;  on  peut  se  demander  enfin  si 
l’amyotrophie  ne  serait  pas  liée  à  un  trouble  apporté  dans  les  fonctions  de 
la  substance  grise  antérieure  par  les  excitations  centripètes  parties  du  nerf 
affecté  ou  de  son  noyau  ;  cette  dernière  hypothèse  nous' paraît  difficile  à 


780 


NÉVRALGIES.  —  sy.mptomatologie. 
soutenii’,  si  l'on  considère  que  ces  troubles  trophiques  s’observent  exclusi¬ 
vement  dans  les  névralgies  des  nerfs  mixtes,  tandis  qu’ils  semblent  faire 
constamment  défaut  dans  les  névralgies  des  nerfs  purement  sensitifs.  Le 
mode  de  réaction  des  muscles  atrophiés  sous  l’influence  de  l’électricité  n’a 
pas  encore  été  suffisamment  étudié. 

Les  névralgies  intenses  et  de  longue  durée  peuvent  amener,  par  le  fait 
même-des  douleurs  qui  les  accompagnent,  des  troubles  généraux  de  l’in¬ 
nervation,  qui  consistent  en  une  irritabilité  anormale,  une  sorte  d’éréthisme 
morbide  du  système  nerveux  central,  et  quelquefois  des  désordres  intellec¬ 
tuels  ;  des  malades  ont  été  jusqu’au  suicide  pour  échapper  à  leurs  dou¬ 
leurs  ;  dans  des  cas  moins  exceptionnels,  la  persistance  et  l’intensité  des 
douleurs  ont  provoqué  des  troubles  dans  la  santé  générale  ;  on  a  vu  des 
sujets  atteints  de  névralgies  graves  perdre  l’appétit,  s’affaiblir,  pâlir,  mai¬ 
grir,  devenir  anémiques  et  tomber  dans  un  état  inquiétant  de  prostration, 
analogue  à  celui  que  Mantegazza  a  vu  se  produire  chez  les  animaux  sou¬ 
mis  à  l’influence  de  douleurs  violentes  et  prolongées. 

Si  l’on  jette  un  coup  d’œil  en  arrière  sur  les  divers  symptômes  que  nous 
venons  d'étudier,  l’on  peut  voir  que  les  uns  sont  passagers  et  se  produisent 
uniquement  pendant  les  paroxysmes,  tandis  que  les  autres  sont  permanents 
et  s’accentuent  pour  la  plupart  de  plus  en  plus  à  mesure  que  la  névralgie 
devient  plus  ancienne.  Nous  trouvons,  parmi  les  premiers,  les  irradiations 
douloureuses,  les  convulsions  réflexes,  les  troubles  de  l’innervation  vaso¬ 
motrice  et  ceux  des  sécrétions;  pai’mi  les  seconds,  la  douleur  continue,  les 
altérations  de  la  sensibilité  cutanée  et  les  troubles  trophiques. 

Nous  venons  d’étudier  d’une  manière  générale  les  divers  troubles  fonc¬ 
tionnels  que  l’on  observe  dans  les  névralgies;  nous  devons  rechercher 
maintenant  comment  ils  se  groupent  et  se  succèdent  dans  les  différentes 
formes  qu’elles  peuvent  revêtir,  ou  plutôt  dans  les  différentes  affections 
qu’elles  représentent.  Celles  que  l’on  peut  distinguer,  dans  l’état  actuel  de 
la  science,  sont  les  suivantes  : 

1“  Névralgies  par  congestion  du  nerf  ou  de  ses  racines; 

2“  Névralgies  par  anémie  du  nerf  ou  de  ses  racines  ; 

3°  Névralgies  à  évolution  cyclique  se  rattachant  vraisemblablement  à  une 
■névrite  subaiguë; 

4“  Névralgies  par  névrite  chronique: 

5“  Névralgies  par  tumeur  ou  compression  du  nerf; 

6°  Névralgies  dites  réflexes  (ou  par  excitation  à  distance)  ; 

7°  Névralgies  essentielles  (névroses  douloureuses  des  nerfs  sensitifs). 

Ces  maladies  n’ont  en  réalité  de  commun  que  le  caractère  des  douleurs 
par  lesquelles  elles  se  traduisent;  à  tout  autre  égard,  elles  diffèrent  pro¬ 
fondément  et,  lorsqu’on  les  confond  sous  une  même  dénomination,  on 
commet  la  même  faute  que  si  l’on  décrivait  l’apoplexie  ou  la  paralysie 
■comme  des  espèces  distinctes,  sans  tenir  compte  des  conditions  pathogé¬ 
niques  diverses  qui  peuvent  leur  donner  naissance. 

Leurs  dissemblances  n’ont  pas  échappé  aux  auteurs,  mais  on  ne  leur  a 
:généralement  pas  attribué  l’importance  qu’elles  méritent.  Il  est  dit  partout 


NÉVRALGIES.  —  symptomatologie.  781 

que  la  durée  des  névralgies  varie  de  quelques  jours  à  un  grand  nombre 
d’années,  que  les  unes  débutent  et  disparaissent  brusquement,  les  autres 
lentement  ;  que  celles-ci  sont  intermittentes  et  celles-là  rémittentes  ;  que  la 
plupart  ne  s’accompagnent  d’aucun  changement  dans  l’aspect  des  parties, 
tandis  que  certaines  se  compliquent  d’éruptions  ou  d’atrophie  musculaire; 
mais  un  petit  nombre  de  pathologistes  seulement  ont  cherché  dans  ces 
différences  d’évolution  et  de  symptomatologie,  rapprochées  des  diffé¬ 
rences  d’étiologie,  les  éléments  d’une  divisjon,  et  leurs  tentatives  ont  été 
considérées  comme  prématurées,  jusqu’au  jour  où  Lasègue,  dans  un  mé¬ 
moire  qui  fait  époque,  a  démontré  que  toutes  les  névralgies  ne  doivent 
pas  être  ramenées,  comme  le  voulait  Valleix,  à  un  type  uniforme,  et  par¬ 
ticulièrement  que  la  sciatique  grave  diffère  non-seulement  par  sa  durée 
et  ses  conséquences,  mais  aussi  par  sa  nature,  des  névralgies  banales. 
Depuis  lors,  Fernet  et  L.  Landouzy  ont  établi  que  la  sciatique  grave  de  Lasè¬ 
gue  est  liée,  selon  toute  vraisemblance,  à  une  névrite;  le  professeur  Gu- 
bler  a  indiqué  les  caractères  distinctifs  des  névralgies  congestives;  il  n’est 
donc  plus  possible  de  considérer  la  névralgie  comme  une  unité  patholo¬ 
gique  ;  il  est  manifeste  que  l’on  a  confondu  sous  ce  même  nom  des  espèces 
distinctes,  et  nous  nous  croyons  autorisé  par  l’étude  comparative  des 
observations  qu’ont  rapportées  les  auteurs  et  des  faits  qui  nous  ont  passé 
sous  les  yeux,  à  admettre  que  ces  espèces  sont  plus  nombreuses  qu’on 
ne  l’avait  pensé  jusqu’alors  et  à  adopter  la  division  que  nous  venons  d’indi¬ 
quer.  Sans  doute  il  est  plusieurs  de  ces  formes  sur  lesquelles  nous  ne  pos¬ 
sédons  que  des  renseignements  insuffisants  et  dont  la  description  pourra 
seulement  être  esquissée;  mais  nous  ne  doutons  pas  que  l’on  n’ait  bien¬ 
tôt  les  éléments  nécessaires  pour  la  compléter,  si  l’on  veut  bien  étudier 
les  faits  à  ce  point  de  vue. 

1°  Névralgies  par  congestion  du  nerf  ou  de  son  noyau. — Nous  avons  vu, 
précédemment,  que  l’on  peut  ranger  dans  cette  catégorie  les  névralgies 
palustres,  celles  que  produit  parfois  l’exposition,  à  une  chaleur  trop  ar¬ 
dente,  une  partie  des  névralgies  a  frigore  et  rhumatismales,  et  enfin  celles 
que  provoque  soudain  l’arrêt  brusque  des  règles  ou  d’un  flux  hémorrhoï- 
daire. 

Leur  début  est  brusque,  presque  instantané;  elles  s’accompagnent  de  rou¬ 
geur  des  téguments,  avec  sensation  de  chaleur  et  battements  isochrones  à 
ceux  du  pouls  ;  la  chaleur  augmente  l’intensité  des  souffrances,  le  froid 
la  diminue  ;  les  points  douloureux  peuvent  faire  défaut.  Dans  les  cas  où 
la  névralgie  occupe  la  face,  les  malades  accusent  quelquefois  de  la  céphal¬ 
algie,  des  troubles  de  la  vue  et  une  sensation  d’étourdissement.  Les  né¬ 
vralgies  palustres  peuvent  se  produire  au  milieu  d’une  apyrexie  complète, 
ou  s’accompagner  d’une  réaction  fébrile  peu  intense  qui  se  traduit  par  un 
léger  frisson  suivi  de  chaleur  et  de  sueurs  ;  dans  le  premier  cas,  l’accès 
est  entièrement  larvé;  dans  le  second,  la  névralgie  constitue  simplement 
le  symptôme  le  plus  accusé  d’un  paroxysme  fébrile  (Griesinger).  Les  dou¬ 
leurs  occupent  le  plus  souvent  le  nerf  de  la  cinquième  paire  et  surtout  sa 
branche  sus-orbitaire  ou  la  sous-orbitaire;  d’autres  fois  ce  sont  les 


>’ÉVRÂLGIES.  -  SYMPTOMATOLOGIE. 


nerfs  intercostaux,  l’occipital  ou  le  sciatique  qui  en  sont  le  siège.  Ces 
accès  reviennent  presque  toujours  le  matin  (Bellingeri)  et  ils  affectent  le 
plus  habituellement  le  type  quotidien  ;  on  cite  cependant  des  cas  dans  les¬ 
quels  ils  se  reproduisaient  suivant  les  types  tierce  ou  double  tierce,  quarte 
et  même  double  et  triple  quarte  (Trousseau). 

T  Névralgies  liées  à  l’anémie  du  nerf  ou  de  sonnoyau. — S’il  est  vrai, comme 
l’admettent  la  plupart  des  auteurs,  que  l’anémie  peut  être  la  cause  de  névral¬ 
gies,  il  est  bien  vraisemblable .  que  son  action  s’exerce  directement  sur  les 
nerfs  sensitifs  ou  sur  leurs  noyaux  d’origine.  Ces  névralgies  sont  mal  con¬ 
nues;  elles  semblent  affecter  le  plus  souvent  des  allures  irrégulières  et 
capricieuses  comme  celles  qui  se  produisent  chez  les  névropathes  ;  c’est 
d’ailleurs  surtout  chez  les  chlorotiques  qu’on  les  observe,  et  beaucoup  de 
ces  malades  sont  en  même  temps  des  hystériques.  Il  est  probable  qu’à 
l’inverse  des  névralgies  congestives  on  peut  les  calmer  en  plaçant  les 
parties  malades  dans  une  position  déclive  et  en  les  soumettant  à  l’action 
de  la  chaleur.  Leur  durée  n’a  rien  de  fixe;  elle  paraît  subordonnée  à 
celle  de  l’altération  humorale  dont  elles  sont  l’expression. 

3°  Névralgies  à  évolution  cyclique  se  rattachant  vraisemblablement  à  une 
névrite  subaigüe.  —  Nous  avons  vu  qu’elles  sont  causées  le  plus  souvent 
par  l’action  du  froid  ou  par  un  traumatisme  ;  les  diathèses  herpétique  et 
arthritique  semblent  en  favoriser  le  développement.  Besnier,  qui  a  écrit 
sur  les  névralgies  rhumatismales  une  page  remarquable  dont  notre  colla¬ 
borateur  Labadie  Lagrave  a  cité  précédemment  les  traits  les  plus  saillants 
{voy.  Nehfs,  p.  719),  admet  qu’elles  sont  souvent  de  nature  inflamma¬ 
toire. 

Le  début  de  ces  névralgies  est  généralement  graduel  et  rapide.  Les 
douleurs,  d’abord  tolérables,  augmentent  bientôt  d’intensité  et  atteignent 
au  bout  de  quelques  jours,  parfois  de  quelques  heures,  un  haut  degré  d’in¬ 
tensité  ;  elles  envahissent  successivement  différents  rameaux  du  nerf.  Un 
distingue  nettement,  en  déhors  des  douleurs  intermittentes,  revenant  sous 
forme  d’accès,  des  douleurs  continues  qu’exaspère  la  pression  dans  les 
points  indiqués  par  Valleix  et  aussi,  avec  moins  d’intensité,  sur  tout 
le  trajet  du  nerf  ;  Landouzy  se  refuse  même  à  considérer  comme  des  scia- 
tiques-névrites  toutes  celles  dans  lesquelles  le  nerf  n’est  pas  douloureux 
à  la  pression  dans  une  certaine  partie  de  son  étendue;  cette  exclusion 
ne  nous  paraît  pas  justifiée,  car  l’on  observe  des  névralgies  qui  offrent  exac¬ 
tement  la  même  évolution  et  dans  lesquelles  cette  douleur  fait  défaut  ; 
qu’indique  d’ailleurs  vraisemblablement  cette  douleur  à  la  pression  sur 
tout  le  trajet  du  nerf?  une  lésion  de  cet  organe  lui-même,  ou  de  ses  enve¬ 
loppes  ;  or,  on  peut  concevoir  que  cette  même  lésion  soit  limitée  à  une 
petite  partie  du  nerf  ou  à  ses  racines,  ou  même  aux  méninges  qui  les 
avoisinent;  dans  ces  conditions,  la  maladie  pourra  encore  offrir  la  marche 
cyclique  des  névralgies-névrites,  sans  qu’il  y  ait  de  douleur  continue  à  la 
pression  sur  le  trajet  du  nerf.  Néanmoins,  cette  douleur  existe  dans  la 
plupart  des  cas  ;  elle  est  sourde  et  obtuse  ;  les  mouvements  et  le  décubitus 
sur  le  côté  malade  s’exaspèrent. 


NÉVRALGIES.  —  symptomatologie.  783 

Si  la  névralgie  occupe  un  nerf  mixte,  il  se  produit  rapidement  de  l’atrophie 
musculaire  ;  Fernet,  dans  un  cas  de  sciatique  cité  par  Landouzy,  a  constaté 
■dès  le  quatorzième  jour  l’existence  de  ce  symptôme.  D’autres  fois,  on  voit 
apparaître  une  éruption  de  zona  ;  ce  trouble  trophique  est  plus  précoce 
que  le  précédent,  et  c’est  généralement  deux  ou  trois  jours  après  le  début 
des  douleurs  qü’on  le  voit  survenir  ;  l’œdème  est  encore  un  symptôme 
que  l’on  observe  en  pareil  cas.  Mais  aucun  de  ces  désordres  ne  doit  être 
considéré  comme  constant;  aucun  d’eux  n’est  lié  nécessairement  à  la  né¬ 
vrite,  et  l’on  ne  peut  aucunement  conclure  de  leur  absence  à  l’intégrité 
du  nerf.  Il  est  évident  par  exemple  que  l’atrophie  musculaire  doit  man¬ 
quer  dans  les  cas  où  la  névralgie  occupe  un  nerf  purement  sensitif,  tel  que 
l’ophthalmique  ou  le  maxillaire  supérieur;  l’observation  montre  qu’elle 
peut  également  faire  défaut  dans  des  cas  où  les  névralgies  présentent  tous 
les  autres  caractères  que  nous  venons  d’indiquer,  et  où  par  conséquent 
l’existence  d’une  phlegmasie  du  nerf  est  encore  vraisemblable;  il  en 
est  de  même  des  éruptions  et  des  troubles  vaso-moteurs. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  douleurs,  après  avoir  persisté  pendant  quelques 
jours  ou  quelques  semaines  avec  une  grande  intensité,  finissent  par  s’atté¬ 
nuer  peu  à  peu  et  par  faire  place  à  une  sensation  de  gêne  et  d’engourdis¬ 
sement  qui  disparaît  elle-même  au  bout  d’un  laps  de  temps  variable.  Il 
semble  que  ces  névralgies  aient  tendance  à  récidiY'er  ;  elles  s’étaient  du 
moins  reproduites  à  différentes  reprises  chez  plusieurs  des  malades  dont 
Landouzy  a  rapporté  les  observations. 

Les  névralgies-névrites  occupent  le  plus  souvent  le  sciatique  ;  il  n’est 
pas  rare  cependant  qu’elles  affectent  d’autres  nerfs  et  en  particulier  les  inter¬ 
costaux,  le  cubital  et  le  trijumeau.  Elles  ne  doivent  pas  toujours  être 
considérées  comme  graves,  car  elles  peuvent  ne  durer  qu’un  mois  (Fernet, 
cité  par  Landouzy).  Les  atrophies  musculaires  persistent  ordinairement  un 
certain  temps  après  les  douleurs  ;  on  peut  les  voir  cependant  dispa¬ 
raître  rapidement,  de  même  que  l’œdème  local.  Dans  les  cas  de  zona,  les 
troubles  trophiques  durent  d’habitude  beaucoup  moins  longtemps  que  les 
douleurs. 

En  terminant  cette  étude,  nous  ferons  remarquer  que  ces  névralgies 
présentent,  au  point  de  vue  de  la  marche,  une  analogie  frappante  avec,  les 
paralysies  nerveuses  a  frigore  et  en  particulier  avec  la  paralysie  faciale;  la 
cause  étant  la  même,  les  organes  affectés  ayant  la  même  structure,  on  doit 
penser  que  les  lésions  sont  également  de  même  nature  et  que  les  diffé¬ 
rences  dans  l’expression  symptômatique  tiennent  exclusivement  aux 
connexions  différentes  qu’affectent  à  leurs  extrémités  les  fibres  sensitives  et 
les  fibres  motrices.  Le  professeur  Jaccoud  a  déjà  relevé  cette  analogie.  «Je 
suis  convaincu,  dit-il,  que  bon  nombre  de  paralysies  et  de  névralgies 
circonscrites  qui  passent  pour  essentielles  ou  rhumatismales  sont  l’effet 
d’une  inflammation  dans  les  nerfs  correspondants.  » 

li°  Névralgies  par  névrite  chronique.  —  Elles  débutent  le  plus  souvent 
comme  les  précédentes,  dont  elles  constituent  un  mode  de  terminaison  ; 
dans  certains  cas  cependant,  on  remarque  dès  les  premiers  temps  des 


784 


NÉVRALGIES.  —  symptom.4.tologie. 


signes  de  chronicité  ;  la  maladie  est  lentement  progressive  ;  la  douleur 
constante  sur  le  trajet  du  nerf  en  est  le  phénomène  dominant.  On  constate- 
toujours,  au  bout  d’un  certain  temps,  de  l’atrophie  musculaire,  si  toutefois- 
le  nerf  intéressé  renferme  des  fibres  motrices;  il  se  produit  souvent  aussi 
de  l’œdème  du  membre  ;  les  téguments  présentent  parfois  les  modifica¬ 
tions  que  nous  avons  signalées  dans  notre  description  générale;  la  durée 
varie  de  plusieurs  mois  à  plusieurs  années.  Cette  névralgie  s’observe  surtout 
chez  les  vieillards,  chez  les  sujets  affaiblis  avant  l’âge.  C’est  elle  que  Lasègue 
a  décrite  sous  la  dénomination  de  sciatique  grave,  c’est  elle  également  que 
Landouzy  a  eue  particulièrement  en  vue  dans  son  travail,  bien  que  plusieurs 
de  ses  observations  se  rapportent  à  des  cas  de  névTite  subaiguë ^qui  n’ont 
pas  été  graves. 

5°  Les  névralgies  par  compression  du  nerf,  dans  lesquelles  nous  croyons 
devoir  faire  rentrer  celles  qui  ont  pour  cause  le  développement  de  néo¬ 
plasmes  dans  le  tronc  nerveux  lui-même,  car  dans  les  deux  cas  les  fibres, 
nerveuses  subissent  la  même  altération,  se  rapprochent  des  précédentes, 
par  leur  marche  essentiellement  chronique,  par  les  troubles  trophiques 
dont  elles  peuvent  s’accompagner,  par  la  continuité  des  douleurs  et  par 
leur  durée  qui  est  parfois  indéfinie.  Elles  n’ont  ordinairement  aucune 
tendance  à  s’améliorer,  car  la  plupart  des  causes  de  compression  sont  per¬ 
manentes.  Il  y  a  cependant  des  exceptions  :  la  tumeur  peut  être  de  nature 
inflammatoire  et  donner  lieu  à  une  névralgie  qui  présente  la  même  marche 
que  si  elle  était  liée  à  une  inflammation  aiguë  ou  subaiguë  du  nerf  ;  d’autres 
fois  son  volume  et,  avec  lui,  l’intensité  des  douleurs  varient  soit  spontané¬ 
ment,  soit  sous  l’influence  d’un  traitement  approprié  ;  il  en  est  souvent  ainsi, 
par  e.xemple,  pour  les  névralgies  syphilitiques  ;  enfin,  les  symptômes  névral¬ 
giques  peuvent  cesser  brusquement  quand  il  s’agit  d’une  tumeur  liquide, 
tel  qu’un  abcès,  qui  tout  d’un  coup  se  vide  dans  une  cavité.  Nous  aurons  à 
revenir  sur  le  diagnostic  de  ces  névralgies  par  compression.  Les  douleurs 
provoquées  par  la  compression  des  troncs  nerveux  n’ont  pas  toujours  le 
caractère  névralgique-;  c’est  ainsi  que,  dans  les  cas  de  névromes,  elles  con¬ 
sistent  le  plus  souvent  en  des  élancements  qui  partent  des  nodosités  dou¬ 
loureuses  et  parcourent  rapidement  le  membre  dans  toute  son  étendue 
comme  une  série  de  décharges  électriques  [voy.  art.  Nerfs,  Pathologie 
chirurgicale,  p.  689). 

6“  Névralgies  réflexes.  —  Nous  avons  vu  plus  haut  qu’elles  étaient  moins 
fréquentes  qu’on  ne  l’avait  dit  et  que  beaucoup  des  exemples  qu’en  rappor¬ 
tent  les  auteurs  étaient  susceptibles  d’une  autre  interprétation.  L’histoire 
clinique  de  ces  affections  ne  pourra  être  faite  que  le  jour  où  l’on  en  aura 
réuni  un  certain  nombre  d’observations  authentiques;  nous  pouvons 
cependant  conclure  des  faits  connus  qu’elles  ont  tendance  à  dui’er  aussi 
longtemps  que  la  lésion  qui  en  est  le  point  de  départ  et  que,  réciproque¬ 
ment,  on  peut  parfois  en  amener  la  guérison  soudaine  en  faisant  disparaître 
cette  lésion.  A.  Tripier  a  publié  des  observations  démonstratives  à  ce  point 
de  vue  ;  l’avulsion  d’une  ou  de  plusieurs  dents  a  suffi  plusieurs  fois  pour 
faire  disparaître  presque  instantanément  une  névralgie  qui  durait  depuis 


NÉVRALGIES.  —  SYMPTO.MATOLOGIE.  785 

îongtemps  ;  Bassereau  a  vu  des  névralgies  intercostales  se  modifier  parallèle¬ 
ment  aux  affections  utérines  qui  en  étaient  l’origine  ;  Masson  rapporte  enfin 
que  Lisfranc  a  guéri  une  sciatique  par  l’extirpation  d’vn  petit  polype  in¬ 
dolent  du  vagin. 

7°  Névralgies  dites  essentielles  (névroses  douloureuses  des  nerfs  sensitifs)  . 
—  Nous  rangeons  dans  cette  catégorie  les  névralgies  qui,  sans  cause  appa¬ 
rente  ou  sous  l’influence  d’une  excitation  sensorielle,  d’une  émotion  mo¬ 
rale  ou  d’une  fatigue,  se  manifestent  soudainement  chez  les  sujets  névro¬ 
pathes,  se  modifient  d’un  moment  à  l’autre  et  disparaissent  avec  une  égale 
rapidité.  On  ignore  quelles  en  sont  les  conditions  prochaines  ;  on  sait  seu¬ 
lement  que  les  altérations  auxquelles  elles  se  rattachent  sont  fugaces  et 
peu  profondes.  On  peut  se  demander  s’il  ne  s’agit  pas  simplement  de  trou¬ 
bles  vaso-moteurs  et  s’il  n’y  aurait  pas  lieu  de  rattacher  ces  névralgies  à 
celles  que  produisent  la  congestion  ou  l’anémie  des  nerfs. 

Dans  la  plupart  des  cas,  elles  débutent  brusquement,  sans  prodromes  ; 
la  douleur  continue  y  fait  défaut  ou  existe  à  peine;  la  maladie  est  constituée, 
suivant  l’expression  de  Lasègue,  par  une  succession  de  douleurs  hasar¬ 
deuses  qui  atteignent  tout  d’un  coup  un  degré  d’acuité  extrême  pour 
disparaître  un  instant  après;  il  n’y  a  pas  d’évolution  morbide.  Ni  les 
mouvements  ni  la  pression  n’augmentent  la  douleur  ;  rien  n’indique  que 
le  nerf  soit  le  siège  d’une  lésion.  Lorsque  ces  névralgies  ont  été  provoquées 
par  une  excitation  sensorielle  trop  longtemps  prolongée,  elles  disparaissent 
d’habitude  rapidement  sous  l’influence  du  repos  ;  celles  qui  sont  sous  la 
dépendance  de  l’hystérie  peuvent  se  substituer  à  d’autres  manifestations  de 
cette  maladie,  de  même  qu’elles  peuvent  s’effacer  subitement  pour  faire, 
place  à  d’autres  accidents. 

Pour  terminer  cette  étude,  il  serait  important  d’indiquer  les  modifica¬ 
tions  que  peuvent  présenter  les  différentes  formes  de  névralgies,  sui¬ 
vant  qu’elles  sont  purement  accidentelles  ou  qu’elles  se  développent 
sous  l’influence  de  telle  diathèse,  de  telle  maladie  générale  ou  de  telle  in¬ 
toxication;  nous  n’avons  malheureusement  sur  ce  sujet  que  fort  peu  de 
données  précises.  E.  Besnier,  qui  a  étudié  à  ce  point  de  vue  les  névralgies 
rhumatismales,  admet  qu’elles  se  rattachent  tantôt  à  la  congestion,  tantôt 
à  l’inflammation  des  nerfs  ou  de  leur  enveloppe  ;  que,  dans  le  premier  cas, 
elles  sont  éphémères,  atteignent  rapidement  un  paroxysme  suivi  lui- 
même  à  très-courte  échéance  de  la  cessation  complète  des  accidents  ;  que, 
dans  le  second,  elles  sont  rémittentes,  prolongées,  subaiguës  souvent, mais 
extraordinairement  rebelles  et  fréquemment  accompagnées  de  troubles 
ti'ophiques  ;  mais  il  ne  dit  pas  à  quels  caractères  on  peut  reconnaître  qu’une 
névralgie  congestive  ou  inflammatoire  est  de  nature  rhumatismale  ;  l’exis¬ 
tence  de  manifestations  antécédentes  et  concomitantes  de  la  diathèse  peut 
seule  permettre  de  se  prononcer  sur  ce  point.  Si  nous  nous  en  rapportons  à 
notre  propre  observation,  les  névralgies  sont  plus  fréquentes  chez  les  sujets 
qui  présentent  tes  attributs  généraux  de  l’arthritis  (eczéma,  dyspepsies, 
migi’aines,  asthme,  hémorrhoïdes),  que  chez  les  rhumatisants  proprement 
dits  ;  elles  présentent,  dans  ces  conditions,  les  symptômes  et  l’évolution 

NOIIV.  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII  —  50 


786  .  NÉVRALGIES.  —  diagnostic. 

que  nous  avons  vus  appartenir  aux  névralgies  inflammatoires  bénignes,  à 
marche  cyclique,  Les  névralgies  goutteuses  ont  plutôt  les  caractères  de- 
névralgies  congestives,  car,  suivant  Garrod,  elles  apparaissent  brusque¬ 
ment,  s'évanouissent  de  même  et  alternent  avec  les  manifestations  articu¬ 
laires. 

Les  névralgies  des  cancéreux,  des  tuberculeux,  des  scrofuleux  et  des¬ 
leucémiques,  et  celles  que  l’on  observe  à  la  période  tertiaire  de  la  syphilis 
sont  le  plus  souvent  produites  mécaniquement  par  des  compressions  ner¬ 
veuses  et  n’empruntent  à  la  maladie  dont  elles  sont  un  effet  secondaire 
aucun  caractère  spécial  ;  les  névralgies  syphilitiques  ont  pourtant  une 
tendance  marquée  à  s’exagérer  le  soir  et  pendant  la  nuit.  Quant  aux  né¬ 
vralgies  toxiques,  les  auteurs  n’ont  guère  fait  que  les  mentionner,  sans  en. 
indiquer  les  caractères  spéciaux. 

Diagnostic.  —  Nous  devons  indiquer  successivement  à  quels  signes 
on  peut  reconnaître  l’existence  des  névralgies,  les  distinguer  des  autres 
affections  douloureuses,  en  déterminer  la  nature  et  la  cause  et  franchir 
ainsi  les  trois  étapes  du  diagnostic  du  diagnostic  pafftog'é- 

nique  et  du  diagnostic  nosologique. 

Diagnostic  symptomatique.  —  Nous  avons  vu  que  les  douleurs  névral¬ 
giques  ont  pour  caractères  de  correspondre  au  ti’ajet  des  nerfs,  d’être- 
rémittentes  et  intermittentes,  de  présenter  le  plus  souvent  des  irradiations 
et  d’augmenter  par  la  pression  méthodiquement  exercée  sur  certains  points- 
du  trajet  du  nerf. 

Les  myosalgies  ne  peuvent  être  confondues  avec  elles,  car  elles  ne 
répondent  pas  au  trajet  des  nerfs;  elles  sont  strictement  limitées  aux 
régions  circonscrites  par  les  insertions  des  muscles  affectés  ;  tout  mouve¬ 
ment  qui  entraîne  la  contraction  ou  la  distension  de  ces  organes  les  exas¬ 
père  au  plus  haut  point;  elles  ne  présentent  enfin  ni  irradiations,  ni 
paroxysmes.  Les  douleurs  ostéocopes  et  rhumatoïdes  de  la  syphilis  pré¬ 
sentent  cette  particularité  qu’elles  sont  habituellement  symétriques  et 
s’exaspèrent  pendant  la  nuit  d’une  manière  frappante. 

Les  douleurs  que  l’on  observe  dans  les  myélites  chroniques,  dans 
l’irritation  spinale  et  dans  la  névrite,  sont  dues,  comme  les  névralgies,  à 
une  altération  de  l’appareil  nerveux  sensitif;  mais  elles  doivent  néanmoins- 
en  être  distinguées. 

Certains  auteurs  considèrent  les  douleurs  excentriques  des  myélites  pos¬ 
térieures  comme  des  névralgies.  Cette  manière  de  voir  serait  légitime  si 
l’on  prenait  cette  expression  dans  son  sens  littéral  ;  mais  nous  avons  vu 
qu’on  lui  Attribuait  une  signification  plus  restreinte,  qu’on  ne  l’appliquait 
pas  indifféremment  à  toutes  les  douleurs  nerveuses,  et  qu’on  la  réservait 
pour  désigner  certaines  formes  de  douleurs  dont  nous  avons  fait  connaître 
les  caractères  ;  une  étude  un  peu  attentive  des  douleurs  d’origine  centrale 
montre  qu'elles  en  diffèrent  essentiellement  ;  on  peut  remarquer  d’abord 
qu’elles  ne  se  font  généralement  pas  sentir  sur  le  trajet  des  troncs  ni  des- 
gros  rameaux  nerveux;  jamais  un  ataxique  ne  pourra  indiquer,  comme 
le,  fait  un  malade  atteint  de  sciatique  ou  de  névralgie  crurale,  quelle  est  la  , 


NÉVRALGIES.  -  DLA.GNOSTIC.  787 

direction  du  nerf  intéressé  (nous  avons  dit  pourquoi);  d’un  autre  côté,  ces 
douleurs  ne  s’exagèrent  pas  par  la  pression  ;  elles  consistent  ordinaireme'nt 
en  une  série  d’élancements  qui  se  produisent  dans  une  région  circon¬ 
scrite  et  se  renouvellent  régulièrement,  à  des  intervalles  très-rapprochés, 
pendant  un  laps  de  temps  dont  la  durée  varie  de  quelques  minutes  à  plu¬ 
sieurs  heures  ;  d’autres  fois  elles  parcourent  de  haut  en  bas  toute  l’étendue 
du  membre;  dans  ces  diverses  circonstances,  elles  sont  instantanées,  com¬ 
parables  à  la  sensation  que  produit  l’étincelle  électrique;  d’autres  fois,  au 
contraire,  elles  se  produisent  d’une  manière  continue  dans  les  parties  pro¬ 
fondes  et  donnent  la  sensation  d’une  vrille  que  l’on  enfoncerait  dans  les 
os  ou  les  articulations  ;  sous  ces  différentes  formes,  elles  doivent  être  dis¬ 
tinguées  des  douleurs  névralgiques  qui  se  font  sentir  d’une  manière  per¬ 
sistante,  pendant  les  paroxysmes,  en  un  certain  nombre  de  foyers  d’où 
elles  irradient  suivant  la  direction  des  branches  du  nerf  affecté. 

Nous  avons  insisté  sur  ce  diagnostic  différentiel  en  raison  de  son  impor¬ 
tance  pratique,  car  il  ai'rive  trop  souvent  que  l’on  considère  un  malade 
comme  atteint  d’une  simple  névralgie  alors'  qu’il  éprouve  en  réalité  les 
premiers  symptômes  d’une  affection  plus  grave  ;  l’étude  attentive  des 
douleurs  considérées  en  elles-mêmes  doit  permettre,  en  l’absence  de  tout 
autre  symptôme,  d’éviter  une  pareille  erreur.  Il  va  de  soi  que  ces  con¬ 
sidérations  s’appliquent  exclusivement  aux  douleurs  provoquées  par  les 
lésions  de  la  moelle  elle-même  ;  nous  avons  vu  plus  haut  que  les  lésions 
des  racines  donnaient  lieu  au  contraire  à  de  véritables  névralgies. 

L’irritation  spinale  a  été  souvent  confondue  avec  les  névralgies  ;  elle  s’en 
distingue  habituellement  par  les  troubles  céphaliques  qui  lui  appartien¬ 
nent;  dans  les  cas  où  ces  symptômes  font  défaut,  «  les  douleurs  provoquées 
par  la  pression  sur  les  apophyses  épineuses,  leurs  irradiations  sur  certains 
nerfs  soit  de  la  vie  de  relation,  soit  de  la  vie  de  nutrition,  les  symptômes 
vai'iés  qui  les  accompagnent  et  en  partieulier  les  congestions  dans  les  dif¬ 
férentes  parties  du  corps,  les  palpitations,  les  désordi-es  parétiques  dans 
les  membres  inférieurs,  la  perte  des  forces  et  l’amaigrissement  »  (Jaccoud) 
montrent  qu’il  ne  s’agit  pas  de  simples  névralgies. 

Dans  la  névrite  aiguë,  il  y  a  de  la  fièvre  ;  la  douleur  continue  est  plus 
intense  que  dans  les  névralgies  et  elle  devient  intolérable  par  la  pression  ; 
parfois  une  traînée  rougeâtre  apparaît  sur  le  trajet  du  nerf  malade  et  l’on 
peut  constater  par  la  palpation  que  cet  organe  est  augmenté  de  volume. 

Pour  ce  qui  est  des  névrites  subaiguës  et  chroniques,  nous  avons  vu 
qu’elles  constituaient  très-vraisemblablement  les  lésions  anatomiques  de 
certaines  formes  de  névralgies.  Il  est  des  cas,  cependant,  où  la  névrite  chro¬ 
nique  se  traduit  par  des  symptômes  un  peu  différents  ;  nous  voulons  parler 
surtout  de  celle  qui  se  produit  dans  les  membres  paralysés  chez  les  vieux 
hémiplégiques  ;  elle  donne  lieu  à  des  douleurs  sourdes  et  continues,  qui 
n’offrent  pas  le  caractère  névralgique. 

Diagnostic  pathogénique.  —  Lorsque  l’on  a  reconnu  l’existence  d’une  ' 
névralgie,  on  doit  se  demander  quelle  en  est  la  cause  prochaine.  S’agit-il 
d’une  phlegmasie,  d’un  trouble  de  vascularisation,  d’une  compression  du 


7«8  NÉVRALGIES.  —  diagnostic. 

nerf,  d’une  excitation  à  distance  ou  d’unenévrose?  Les  détails  dans  lesquels 
nous  sommes  entrés  précédemment  nous  dispenseront  d’insister  longuement 
sur  ce  point. 

L’apparition  des  accidents  à  la  suite  d’un  refroidissement  ou  d’un  trau¬ 
matisme,  leur  début  graduel,  leur  marche  cyclique,  l’existence  d’une  dou¬ 
leur  continue  sur  le  trajet  du  nerf,  son  exagération  par  la  pression  et  par 
les  mouvements,  enfin  les  troubles  trophiques  sont  en  faveur  d’une  névrite. 

Plusieurs  de  ces  symptômes  et  en  particulier  les  troubles  trophiques 
existent  également  dans  les  névralgies  par  compression  qu’il  est  souvent 
fort  difficile  de  distinguer  des  névrites  chroniques,  l’absence  dans  les  pre¬ 
mières  des  circonstances  étiologiques  que  nous  venons  d’indiquer  et  de 
la  douleur  à  la  pression  sur  le  trajet  du  nerf,  la  persistance  et  la  violence, 
des  douleurs,  l’étendue  de  l’anesthésie,  peuvent  aider  au  diagnostic,  mais 
on  ne  peut  cependant  se  prononcer  en  toute  cei’titude  que  dans  le  cas  où  le 
néoplasme  est  accessible  à  l’exploration  directe  et  dans  ceux  où  il  se  traduit 
par  d’autres  symptômes  plus  caractéristiques. 

L’apparition  soudaine  des  accidents  à  la  suite  d’un  refroidissement,  de 
l’-exposition  à  un  foyer  de  chaleur,  d’une  suppression  des  règles,  au  début 
d’une  fièvre  ou  dans  le  cours  d’une  intoxication  palustre  et  l’existence  de 
phénomènes  congestifs  plus  marqués  que  d’habitude  permettent  de  sup¬ 
poser  qu’il  s’agit  d’une  névralgie  congestive. 

On  peut  penser  plutôt  à  une  névralgie  réflexe  s’il  existe  une  lésion  que 
l’on  puisse  considérer  comme  le  point  de  départ  de  l’irritation;  il  faut 
explorer  avec  un  soin  tout  particulier  l’appareil  génital  dans  les  cas  de 
névralgies  lombo-abdominales  et  intercostales,  ainsi  que  les  dents  loi’sque 
la  névralgie  occupe  la  face;  dans  certains  cas,  la  disparition  brusque  de  la 
névralgie  au  moment  môme  où  la  cause  d’irritation  périphérique  se  trouve 
supprimée  vient  confirmer  le  diagnostic. 

Lorsqu’enfin  la  névralgie  éclate  tout  d’un  coup,  sans  cause  apparente  et 
sous  l’influence  d’une  émotion,  chez  un  sujet  névropathe;  qu’elle  n’est 
influencée  ni  par  la  pression,  ni  par  les  mouvements,  et  qu’elle  affecte  des 
allures  irrégulières  et  capricieuses,  on  peut  avec  vraisemblance  la  consi¬ 
dérer  comme  une  simple  névrose. 

Diagnostic  nosologique. —  C’est  surtout  en  considérant  les  antécédents 
des  malades,  les  circonstances  dans  lesquelles  apparaît  la  névralgie  et 
les  phénomènes  qui  l’accompagnent,  que  l’on  peut  arriver  à  poser  ce 
diagnostic. 

Si  l’affection  paraît  liée  à  une  inflammation  du  nerf,  on  doit  rechercher 
si  cette  phlegmasie  est  purement  accidentelle,  ou  si  le  développement  n’en 
a  pas  été  favorisé  par  l’existence  de  la  diathèse  herpétique  ou  du  rhuma¬ 
tisme;  l’étude  attentive  des  antécédents  et  des  symptômes  concomitants 
est  nécessaire  pour  juger  la  question. 

Dans  les  cas  de  névralgies  congestives,  il  faut  avant  tout  déterminer  si 
l’affection  est  ou  non  sous  la  dépendance  d’une  intoxication  par  la  malaria. 

On  doit  tenir  grand  compte  à  ce  point  de  vue  de  l’intermittence  des  accès  : 
une  névralgie  qui  revient  tous  les  jours  à  la  même  heure  dans  la  matinée 


NÉVRALGIES.  pronostic.  TSO 

'est  très-probablement  une  névralgie  palustre;  ce  diagnostic  peut  être  porCg', 
avec  une  certitude  presque  entière  si  les  accès  se  renouvellent  suivant  le  • 
type  tierce  ou  le  type  quarte,  surtout  s’ils  sont  précédés  d’un  léger  frisson  i 
et  s’ils  s’accompagnent  d’une  élévation  de  la  température.  Les  accès  ves>- 
péraux  et  apyrétiques  n’ont  pas  la  même  signification,  car  on  les  observe-  ■ 
dans  d’autres  formes.  Il  faut,  en  tout  cas,  rechercher  avec  soin  si  le  ma^- 
lade  a  été  soumis  à  une  influence  paludéenne,  explorer  la  rate,  et  donner 
le  sulfate  de  quinine  ;  la  disparition  des  accidents  sous  l’influence  d©  æ 
médicament  sera  une  nouvelle  présomption  en  faveur  d’une  affection -pa¬ 
lustre,  mais  non  une  preuve  décisive  ;  car  il  est  bién  reconnu  qu’il  exerce- 
une  action  favorable  dans  la  plupart  des  cas  où  l’intermittence  est  nette- 
-ment  accusée,  et  en  particulier  dans  les  formes  congestives. 

Il  faut  dans  tous  les  cas  étudier  avec  soin  les  antécédents  du  malade-, 
rechercher  dans  son  histoire  et  dans  celle  de  ses  ascendants  les  manifesta¬ 
tions  de  cette  diathèse  nerveuse  dont  nous  avons  signalé  l’importance  en 
étudiant  l’étiologie,  et  examiner  attentivement  tous  les  appareils  ;  souvent 
ces  investigations  feront  reconnaître  les  signes  d’une  chloro-anémi^. 
d’une  syphilis,  d’une  leucémie  ou  d’une  aflèction  cancéreuse,  et  donneroiïE 
■ainsi  la  clef  du  diagnostic  ;  inutile  de  rappeler  que  dans  les  cas  où  l’on:a; 
des  doutes  relativement  à  l’influence  de  la  syphilis,  l’action  du  traitement; 
sert  de  pierre  de  touche. 

Pronostic.  —  Il  est  très-différent  pour  les  diverses  variétés  de- névral¬ 
gies  :  les  unes  constituent  des  affections  bénignes  qui  guérissent  eirqueb- 
■ques  jours  ou  en  quelques  semaines  ;  d’autres  persistent  pendant  plusieurs; 
-mois  en  causant  d’atroces  souffrances;  d’autres  enfin  sont  absolument 
incurables  ;  leur  gravité  est  alors  extrême,  «  ce  fléau,  dit  Montfalcon,  dé¬ 
sespère  les  malades  ;  c’est  un  ennemi  cruel  qu’ils  ne  peuvent  vaincre  o-u 
éloigner,  et  dont  ils  appréhendent  extrêmement  les  coups.  Les  souffrances- 
sont  si  vives  qu’ils  se  soumettent  sans  frémir  aux  opérations  les  plus  dou¬ 
loureuses  ;  on  en  a  vu,  mis  au  désespoir  par  une  névralgie  maxillaire,  ne- 
pas  hésiter  à  se  faire  arracher  successivement  toutes  les  dents,  à  subir  le- 
contact  répété  du  cautère  rougi  à  blanc,  braver  les  plus  vives  douleurs  et 
mépriser  les  cicatrices  les  plus  hideuses;  d’autres,  après  avoir  tenté  sans- 
succès  une  multitude  de  traitements  divers,  n’espérant  plus  dans  la_ 
puissance  de  l’art  ni  dans  celle  de  la  nature,  ont  mis  fin  volontairement  à; 
une  existence  qui  était  devenue  pour  eux  le  plus  horrible  des  supplices. 

Le  mal  n’atteint  cette  gravité  que  dans  les  cas  où  il  existe  une  lésion  persis¬ 
tante  du  nerfou  de  son  noyau.  C’est  en  permettant  de  reconnaître  ou  de  soup¬ 
çonner  une  pareille  lésion,  que  le  mode  de  début  de  l’affection,  les  caractères, 
de  la  douleur,  les  symptômes  qui  l’accompagnent  peuvent  fournir  des  indica^- 
tions  utiles  pour  le  pronostic. —  Nous  avons  vu,  en  effet,  que  la  marche  lentfe 
et  progressive  des  accidents,  la  continuité  de  la  douleur,  son  exacerhatiom 
parles  mouvements  des  membres  et  par  la  pression  sur  le  trajet  du  nerf,  eî 
enfin  l’apparition  de  troubles  trophiques  étaient  en  faveur  d’une  lésion  oi^ 
ganique  et  plus  spécialement  d’une  névrite  chronique.  Au  contraire^Ife 
■  début  soudain  ou  rapide  et  l’intermittence  nettement  accentuée  despïé- 


790 


NÉVRALGIES.  —  traitement. 
nomènes  douloureux  appartiennent  plutôt  aux  névralgies  congestives  et 
à  celles  qui  constituent  de  pures  névroses,  et  comportent  ainsi  un  pronostic 
relativement  favorable.  Il  faut  enfin  tenir  grand  compte,  à  ce  point  de  vue, 
de  l’état  de  santé  des  sujets  chez  lesquels  se  développent  les  névralgies, 
car  il  est  d’observation  que  ces  affections  ont  une  tendance  marquée  à 
la  chronicité  chez  les  individus  âgés  ou  atteints  d’une  sénilité  précoce, 
affaiblis  par  les  excès  ou  parle  travail,  ou  prédisposés  par  leurs  antécédents 
aux  maladies  nerveuses,  alors  même  que  leur  apparition  a  été  déterminée 
par  une  cause  accidentelle  :  Bellingeri  cite  l’exemple  d’un  homme  âgé  chez 
lequel  une  névralgie  manifestement  provoquée  par  un  refroidissement  dura 
vingt  ans.  L’existence  chez  le  malade  de  la  syphilis  ou  d’une  intoxication 
paludéenne  sont  des  circonstances  favorables  au  point  de  vue  de  la  né¬ 
vralgie,  car  on  a  les  plus  grandes  chances  d’obtenir  un  prompt  succès  par 
le  traitement  spécifique. 

Traitement.  —  Nous  avons  vu  qu’il  faut  considérer  dans  les  névral¬ 
gies  :1“  le  syndrôme,  2°  l’altération  nerveuse  qui  en  est  la  condition  prochaine, 
3“  la  cause  générale  ou  locale  qui  produit  elle-même  cette  altération  :  la  logique 
conduit  donc  a  partager  les  nombreux  agents  dont  on  a  conseillé  l’emploi 
dans  le  traitement  desnévralgies  entrois  grandes  classes,  suivant  qu’ils  répon¬ 
dent  àV  indication  symptomatique,  kVindicalionpathogéniqiie  ou  kV indication 
causale.  Pour  établir  cette  classification  sur  des  bases  solides,  il  faudrait  con¬ 
naître  exactement  le  mode  d’action  de  ces  divers  agents  ;  or  nous  ne  possédons 
sur  ce  point  que  des  notions  insuffisantes,  et,  ici  encore,  nous  serons  obligés 
de  faire  une  part  à  l’hypothèse,  en  plaçant  certains  d’entre  eux  dans  telle  caté¬ 
gorie  plutôt  que  dans  telle  autre,  et  notre  embarras  sera  quelquefois  d’au¬ 
tant  plus  grand  que  plusieurs  de  ces  médicaments  semblent  l’épondre  à  des 
indications  multiples  ;  mais  nous  n’hésitons  pas,  malgré  ces  réels  inconvé¬ 
nients,  à  adopter  ce  mode  d’exposition  de  préférence’ à  une  énumération 
pure  et  simple  des  différents  moyens  employés  contre  les  névralgies. 

h’ indication  symptomatique  s’impose  tout  d’abord  à  l’attention  du  médecin  : 
le  malade  souffre,  il  faut  le  soulager.  Disons  tout  de  suite  que  l’on  est  aujour¬ 
d’hui  en  possession  de  moyens  qui  permettent  d’y  réussir  dans  la  grande 
majorité  des  cas;  ils  consistent  surtout  dans  l’emploi  intus  eteætra  des  narco¬ 
tiques,  des  stupéfiants,  en  un  mot  de  tous  les  agents  qui  peuvent  diminuer 
momentanément  l’excitabilité  des  nerfs  ou  des  centres  sensitifs.  Parmi  ces 
agents,  celui  dont  on  obtient  les  meilleurs  résultats  est  sans  contredit  la  mor¬ 
phine  administrée  en  injections  sous-cutanées,  àl’aidede  la  seringue  de  Pra- 
vaz;  la  dose  doit  être  au  moins  de  0,005  milligrammes  pour  une  injection  ; 
on  est  obligé  ordinairement  de  l’élever  rapidement,  car  les  malades  s’accou¬ 
tument  à  ce  médicament.  On  fait  de  préférence  la  piqûre  dans  les  points  où 
la  douleur  présente  son  maximum  d’intensité;  nous  n’avons  pas  à  décrire 
ici  la  manière  de  pratiquer  cette  petite  opération  ;  nous  recommandons  seu¬ 
lement  de  percer  complètement  la  peau,  d’enfoncer  l’aiguille  dans  le  tissu 
cellulaire  parallèlement  à  la  surface  tégumentaire,  et  de  lui  imprimer  un 
léger  mouvement  de  recul  avant  de  pousser  le  piston,  pour  éviter  à  coup  sûr 
■d’introduire  le  liquide  dans  une  veine  ;  nous  insistons  également  sur  la  né- 


NÉVRALGIES.  —  traitement.  791 

•cessité  pour  le  praticien  de  savoir  exactement  quelle  est  la  contenance  de 
d’instrument  dont  il  se  sert,  et  le  nombre  de  gouttes  qu’il  doit  injecter  pour 
introduire  un  centigramme  de  morphine;  il  rie  faut  pas  se  fier  à  la  gradua¬ 
tion  du  fabricant.  Le  soulagement  est  généralement  obtenu  au  bout  de  peu  de 
minutes  ;  s’il  ne  se  produit  pas,  c’est  que  la  dose  a  été  trop  faible,  et  on  peut  sans 
inconvénient  en  introduire  une  nouvelle,  après  avoir  attendu  quelque  temps. 
“Cette  médication  est  d’un  grand  secours,  car  on  peut  dire  qu’elle  sup¬ 
prime  momentanément  la  douleur  ;  malheureusement,  son  action  est  de 
■courte  durée  ;  au  bout  de  six  heures  environ,  la  douleur  reparaît  et  reprend 
bientôt  toute  son  intensité  ;  pour  procurer  un  repos  complet,  il  faut  donc  prati¬ 
quer  au  moinstrois  injections  par  jour.  Ce  n’est  pas  tout  :  les  malades,  comme 
nous  l’avons  dit,  s’accoutument  au  médicament;  il  faut  accroître  les  doses; 
•tandis  qu’au  début  on  a  obtenu  du  soulagement  avec  0,005 milligrammes 
d’alcaloïde,  on  est  bientôt  obligé  d’en  injecter  chaque  fois  un  centigramme, 
et  cette  dose  devenant  elle-même  insuffisante ,  on  peut  arriver,  en  l’augmen¬ 
tant  progressivement,  à  introduire  chaque  fois  tout  le  contenu  d’une  se- 
iringue  de  Pravaz,  ce  qui  représente,  si  la  solution  est  à  1/25%  et  si  l’on  fait 
trois  injections  par  jour,  environ  42  centigrammes  de  sel  de  morphine  ; 
certains  malades  vont  bien  au  delà,  et  ce  déplorable  abus  d’une  médication, 
d’ailleurs  très-utile,  produit  une  véritable  intoxication  que  l’on  a  appelée 
morphinisme  chronique.  Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  d’en  étudier  les  caractères  ; 
nous  rappellerons  seulement  que  Laborde,  dans  un  mémoire  intéressant,  a 
montré  récemment  que  l’organisme  subit  dans  ces  conditions  une  dé¬ 
chéance  comparable  à  celle  que  l’on  observe  dans  l’alcoolisme  chronique  ; 
les  malades  maigrissent,  perdent  l’appétit  et  tombent  dans  le  même  état  de 
cachexie  qui  se  produit  à  la  longue  chez  les  fumeurs  d’opium.  D’un  autre 
-côté,  les  piqûres  provoquent  parfois  la  formation  de  petits  abcès  qui  par 
leur  multiplicité  deviennent  une  cause  de  dépérissement.  Les  services  que 
peuvent  rendre  les  injections  de  morphine  ne  sont  donc  pas  illimités,  et  il 
arrive  un  moment,  lorsque  l’on  veut  trop  demander  à  cette  médication, 
où  elle  devient  d’autant  plus  dangereuse  que  les  malades  n’y  veulent  plus 
renoncer. 

Dans  les  cas  où  il  est  matériellement  impossible  de  pratiquer  chaque  jour 
plusieurs  injections,  et  surtout  dans  ceux  où  l’on  ne  voit  le  malade  qu’à 
plusieurs  jours  d’intervalle,  on  peut  introduire  la  morphine  par  la  méthode 
■endermique  ;  on  applique  un  petit  vésicatoire  sur  la  région  douloureuse,  on 
■enlève  l’épiderme  et  deux  ou  trois  fois  par  jour  on  fait  saupoudrer  la  surface 
dénudée  avec  un  centigramme  de  poudre  de  morphine  que  l’on  a  soin  de 
laisser  fondre  et  s’absorber  avant  de  faire  le  pansement.  Ce  mode  d’intro¬ 
duction  du  médicament,  bien  que  très-inférieur  aux  injections  sous-cutanées, 
peut  cependant  rendre  des  services  dans  les  cas  que  nous  avons  indiqués. 

A  côté  de  la  morphine,  nous  devons  mentionner  le  sulfate  d'atropine 
•qui,  employé  en  injections  sous-cutanées  à  la  dose  de  0,001  à  0,002  milli¬ 
grammes,  procure  également  un  soulagement  presque  immédiat.  Il  est  beau- 
•coup  plus  dangereux  que  les  sels  de  morphine  ;  les  doses  faibles  que  nous 
venons  d’indiquer  ne  sont  même  pas  toujours  tolérées  ;  nous  avonsvu,  dans 


792 


NÉVRALGIES.  —  TRAITEMENT. 


un  cas,  l’injection  de  0,0005  milligrammes  de  sulfate  d’atropine  donner 
lieu  à  des  accidents  d’into.xication  d’un  caractère  sinon  grave,  du  moins 
fâcheux.  Le  mieux  est  donc  de  renoncer  à  l'usage  de  ce  médicament, 
puisque  l’on  en  a  un  autre  à  sa  disposition,  qui  donne  les  mêmes  résultats 
sans  présenter  les  mêmes  inconvénients. 

On  peut  avantageusement  prescrire  à  l’intérieur  le  chlorhydrate  de  mor¬ 
phine  ou  d’autres  préparations  opiacées  telles  que  l’extrait  thébaïque,  ou 
entin  d’autres  agents  stupéfiants,  parmi  lesquels  l’aconitine  doit  être  placée 
au  premier  rang  :  «  L’action  sédative  de  cette  substance,  dit  le  professeur 
Gubler,  s’exerce  sur  les  nerfs  de  sentiment  dont  elle  réduit  ou  supprime  les 
fonctions  par  un  mécanisme  encore  insaisissable.  »  Oulmont  en  a  obtenu 
de  bons  résultats  dans  le  traitement  de  la  prosopalgie.  Le  pouvoir  toxique 
de  cet  agent  est  tel  qu'il  faut  le  prescrire  d’abord  à  des  doses  extrêmement 
faibles  ;  un  granule  d’un  demi-milligramme,  si  l’on  emploie  l’aconitine  de 
Hottot,  un  granule  d’un  quart  de  milligramme,  si  l’on  préfère  l’aconitine 
cristallisée  de  ûuquesnel;  on  augmente  progressivement  cette  dose  en 
donnant  successivement  deux,  trois,  quatre  et  jusqu’à  cinq  granules  par 
jour.  Gubler  recommande  de  n’ingérer  ce  médicament  que  dans  les  mo¬ 
ments  où  l’estomac  est  entièrement  libre  ;  s’il  existe  de  l’embarras  gastri¬ 
que,  on  aura  recours  d’abord  à  un  purgatif.  Les  malades  soumis  à  l’usage 
de  l’aconitine  éprouvent  bientôt  de  singuliers  troubles  de  la  sensibilité  qui 
consistent  en  une  sensation  de  picotement  à  la  peau,  comparable,  d’après 
Ilirtz,  à  un  scintillement  électrique  ;  le  ralentissement  du  pouls  et  l’appari¬ 
tion  d’éblouissements  et  de  bourdonnements  d’oreilles  indiquent  que  l’on 
approche  de  la  dose  toxique  et  qu’il  ne  faut  pas  aller  plus  loin.  D’après 
Gubler,  l’aconitine  ne  produit  pas  seulement  l’anesthésie  :  elle  calme  la 
circulation,  diminue  le  calibre  des  capillaires  et  abaisse  la  température;  à 
ce  titre,  elle  peut  agir  non-seulement  sur  la  douleur,  mais  aussi  sur  les 
congestions  nerveuses  qui  peuvent  la  produire  ;  elle  répond  ainsi,  comme 
nous  le  verrons  bientôt,  à  l’indication  pathogénique  en  même  temps  qu’à 
l’indication  symptomatique  ;  son  action  est  réellement  curative,  en  même 
temps  que  palliative.  Les  propriétés  irritantes  de  l’aconitine  ne  permettent 
guère  de  l’employer  en  injections  sous-cutanées.  Dans  les  cas  où  les  dou¬ 
leurs,  par  leur  violence  et  leur  persistance,  privent  complètement  les  ma¬ 
lades  de  sommeil,  on  peut  recourir,  avec  avantage,  à  l’action  hypnotique 
du  chloral.  On  a  recommandé  plus  spécialement  contre  la  névralgie  faciale 
le  croton  chloral,  qui  paraît  avoir  la  propriété  d’anesthésier  la  face.  Le  bro¬ 
mure  de  potassium  peut  être  utile  comme  sédatif,  mais  il  ne  donne  géné¬ 
ralement  pas  les  résultats  que  l’on  pouvait  en  espérer.  L’emploi,  à  l’inté¬ 
rieur,  des  préparations  belladonées  présente  le  même  inconvénient  que 
celui  des  injections  de  sulfate  d’atropine;  il  faut  arriver,  pour  obtenir  un 
effet  utile,  à  des  doses  qui,  chez  certains  sujets,  provoquent  des  phéno¬ 
mènes  d’intoxication. 

On  a  conseillé  souvent  l’emploi,  à  l’extérieur,  des  médicaments  que  nous 
venons  d’énumérer  ou  de  diverses  substances  dont  l’action  est  analogue  ; 
c’est  ainsi  que  l’on  prescrit  souvent,  dans  le  but  de  calmer  la  douleur,  des 


NÉVRALGIES.  —  traitement.  793 

onctions  et  des  frictions  avec  un  mélange  de  baume  tranquille  ou  d’huile 
de  jusquiame  et  de  laudanum,  ou  encore  avec  une  pommade  contenant  de 
l’extrait  de  belladone,  de  l’atropine  oudel’aconitine;  ces  moyens  ne  sont  pas 
dépourvus  d’action,  mais  leur  efficacité  est  loin  d’égaler  celle  des  injections 
sous-cutanées;  ils  ne  sont  utiles  que  comme  adjuvants.  L’usage  à  l’extérieur 
des  anesthésiques  donne  de  meilleurs  résultats  ;  Jaccoud  a  obtenu  plusieurs 
fois  de  bons  effets  en  prescrivant  des  frictions  avec  une  pommade  dont 
l’éther  chlorhydrique  chloré  formait  le  principe  actif;  plusieurs  fois  nous 
avons  vu  l’application  sur  la  région  douloureuse  d’une  compresse  imbibée 
de  chloroforme  pur  amener  un  soulagement  immédiat,  bien  que  passager. 

A  peu  d’exceptions  près,  les  moyens  que  nous  venons  d’énumérer  sem¬ 
blent  s’adresser  exclusivement  à  l’élément  douleur  ;  ce  sont  de  simples 
palliatifs.  On  attribue,  au  contraire,  à  ceux  que  nous  allons  maintenant 
passer  en  revue  des  propriétés  réellement  curatives  ;  ils  en  sont  vraisem¬ 
blablement  redevables  à  une  action  sur  les  altérations  qui  constituent  les 
conditions  déterminantes  du  syndrome  névralgie;  ils  répondent  ainsi  à 
l’indication  pathogénique.  Nous  les  étudierons  d’abord  d’une  manière  gé¬ 
nérale;  nous  verrons  ensuite  quels  sont  ceux  qui  conviennent  plus  particu¬ 
lièrement  lorsque  la  cause  prochaine  de  la  névralgie  peut  être  reconnue. 

Les  émissions  sanguines  sont  indiquées  dans  toutes  les  névralgies 
congestives  ou  inflammatoires  ;  elles  doivent  être  pratiquées  loco  dolenti;  on 
aura  plutôt  recours  aux  ventouses  scarifiées,  dont  l’action  n’est  pas  seule¬ 
ment  déplétive,  mais  aussi  révulsive.  Les  révulsifs  sont  utiles  dans  toutes 
les  formes  de  névralgies,  si  ce  n’est  peut-être  dans  celles  qui  sont  dues  à 
une  lésion  incurable  ;  l’on  emploie  le  plus  souvent  les  vésicatoires  de  pré¬ 
férence  aux  sinapismes  et  au  chloroforme  dont  l’action  est  trop  passagère. 
Dans  les  cas  de  névralgie  rebelle,  on  a  recours  parfois  à  la  cautérisation 
par  le  fer  rouge  ou  par  l’acide  sulfurique;  nous  avons  vu  plus  d’une  fois, 
dans  la  sciatique,  appliquer  ce  dernier  caustique  en  larges  traînées  sur  tout 
le  trajet  du  nerf  affecté  ;  malgi’é  le  succès  que  compte  cette  médication 
énergique,  il  n’est  réellement  permis  de  l’employer  que  dans  les  cas  où  il 
est  bien  certain  que  la  guérison  ne  peut  être  obtenue  par  d’autres  moyens, 
car  ce  n’est  pas  une  pratique  inoffensive,  celle  qui  a  pour  résultat  la  for¬ 
mation,  dans  toute  la  longueur  d’un  membre,  d’une  cicatrice  large  de  plu¬ 
sieurs  centimètres  ;  nous  avons  vu  une  lésion  analogue  être  manifestement 
le  point  de  départ  d’accidents  épileptiformes.  La  cautérisation  transcur- 
renle  ou  ponctuée  avec  le  fer  rouge  a  l’avantage  de  donner  les  mêmes  résul¬ 
tats  en  intéressant  une  surface  moins  étendue  et  de  laisser  des  cicatrices 
moins  profondes  ;  elle  doit  être  employée  de  préférence. 

La  nouvelle  méthode  de  traitement  proposée  récemment  sous  le  nom 
d’ aquapuncture  paraît  avoir,  d’après  les  faits  qu’a  fait  connaître  Sire- 
dey,  une  réelle  efficacité.  L’appareil  dont  on  se  sert  pour  l’appliquer 
se  compose  «  d’un  corps  de  pompe  dans  lequel  se  meut  verticalement  un 
piston  an  moyen  d’un  levier  très-puissant  ;  l’extrémité  inférieure  plonge 
dans-unréserTOir  creusé  dans  le  pied  de  l’appareil,  rempli  d’eau  distillée. 
A  rextrmhité  supérieure  est  vissé  un  tube  en  étain  de  0,50  à  0,60  cenli- 


794,  NÉVRALGIES.  —  traitement. 

mètres  de  longueur  environ  terminé  par  un  ajutage  en  cuivre  creusé  au 
centre  d’un  canal  filiforme.  C’est  par  cette  extrémité  que  s’échappe  l’eau 
en  un  jet  filiforme,  dont  la  force  de  projection  est  telle  qu’il  peut,  à  1  cen¬ 
timètre  de  distance,  perforer  un  morceau  de  cuir  d’une  épaisseur  de  plu¬ 
sieurs  millimètres.»  (Journal d’Hayem.) 

On  approche  l’ajutage  à  1  centimètre  du  point  dans  lequel  on  veut  prati¬ 
quer  l’aquapuncture  et  l’on  fait  fonctionner  l’appareil  jusqu’à  ce  qu’il  se 
soit  formé  une  ampoule  blanchâtre  ;  on  fait  généralement  de  quatre  à  huit, 
et  même  à  douze  piqûres;  les  ampoules  s’entourent  après  l’opération  d’une 
rougeur  érythémateuse  ;  elles  sont  percées  au  centre  d’un  orifice  par  lequel 
s’écoule  un  liquide  habituellement  incolore  ;  elles  s’affaissent  bientôt  et  le 
lendemain  elles  ne  sont  plus  représentées  que  par  une  petite  croûte  noi¬ 
râtre.  Cette  méthode  est  extrêmement  douloureuse  ;  elle  peut  amener  des 
accidents  ;  un  des  malades  chez  lesquels  Siredey  l’a  appliquée  a  été  atteint 
consécutivement  d’une  lymphangite;  mais,  malgré  ces  inconvénients, 
elle  mérite  d’être  recommandée  dans  les  cas  graves,  car  Siredey  a  vu 
constamment  les  névralgies  disparaître  ou  s’améliorer  considérablement 
après  son  application. 

Cette  médication  agit  vraisemblablement  en  produisant  une  révulsion 
profonde.  Elle  peut  être  rapprochée  de  la  méthode  de  Luton,  qui  consiste 
à  injecter  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  des  liquides  irritants.  Ceux 
que  l’on  emploie  le  plus  souvent  sont  la  solution  de  nitrate  d’argent  au 
dixième  ou  au  cinquième,  et  la  solution  de  sel  marin.  L’opération  pro¬ 
voquant  une  vive  douleur,  il  est  bon  de  ne  la  pratiquer  qu’après  avoir 
préalablement  produit  l’anesthésie  locale  par  une  pulvérisation  d’éther. 
Elle  détermine  d’abord  une  sorte  de  fluxion,  qui  se  traduit  par  une 
tuméfaction  molle  et  pâteuse  des  téguments  ;  plus  tard  il  survient  souvent 
de  la  suppuration  ;  tantôt  le  pus  est  collecté  et  ressemble  tout  à  fait  au 
pus  phlegmoneux;  tantôt  il  se  montre  autour  d’une  eschare  profonde  occa¬ 
sionnée  par  le  contact  du  caustique  avec  le  tissu  cellulaire  ;  l’abcès  s’ouvre 
d’ordinaire  spontanément  par  l’orifice  de  la  piqûre.  La  formation  du  pus  rie 
doit  pas  être,  en  pareil  cas,  considérée  comme  un  accident  ;  elle  paraît  être 
une  condition  utile,  sinon  nécessaire  au  succès  de  l’opération.  Luton,  à  qui 
nous  empruntons  ces  détails  (Traité  des  injections  sous-cutanées  à  effet 
local,  1875),  a  employé  ce  moyen  de  traitement  dans  environ  soixante  cas 
de  névralgie,  presque  toujours  avec  succès.  Les  faits  dans  lesquels  des  né¬ 
vralgies  datant  de  plusieurs  mois  ont  disparu  à  la  suite  d’une  seule  injec¬ 
tion  sont  réellement  remarquables.  Cet  auteur  recommande,  quand  on  pra¬ 
tique  l’injection  de  nitrate  d’argent  dans  des  parties  peu  charnues ,  de 
n’employer  que  la  solution  au  dixième. 

R.  Bartholow  a  préconisé  récemment  les  injections  profondes  de  chloro¬ 
forme.  On  introduit  l’aiguille  de  la  seringue  de  Pravaz  dans  les  tissus  jus¬ 
qu’au  voisinage  du  tronc  nerveux  sur  le  trajet  duquel  les  douleurs  se 
font  sentir,  et  l’on  injecte  une  petite  quantité  de  chloroforrne  pur  ;  le  ma¬ 
lade  ressent  d’abord  une  douleur  extrêmement  vive,  à  laquelle  succèdent 
un  sentiment  d’engourdissement  et  l’anesthésie  des  parties’  voisines  ;  il  se 


795 


NÉVRALGIES.  —  tbaitement. 
forme  dans  le  point  où  l’injection  a  été  pratiquée  une  petite  induration  ;  le 
malade  reste  pendant  quelque  temps  dans  un  état  de  somnolence  qui  n’a 
rien  d’alarmant  ;  l’anesthésie  locale  et  la  sensation  d’engourdissement  peu¬ 
vent  se  prolonger  pendant  plusieurs  semaines.  Bartholow  cite  plusieurs  cas 
de  tic  douloureux  dans  lesquels  tous  les  moyens  avaient  été  employés  inu¬ 
tilement  et  où  deux  ou  trois  de  ces  injections  suffirent  pour  amener  défini¬ 
tivement  la  cessation  de  la  douleur  {Journal  d’Hayem).  Il  est  bien  probable 
que  le  chloroforme  agit  alors  non-seulement  comme  anesthésique,  mais 
aussi  comme  révulsif;  la  méthode  de  Bartholow  n’est  qu’une  application  de 
celle  de  Luton. 

L’électricité  est  considérée  actuellement  comme  un  des  moyens  les  plus 
puissants  qui  puissent  être  opposés  aux  névralgies  ;  son  mode  d’action, 
probablement  complexe,  est  encore  peu  connu  ;  elle  peut,  d’après  Erb,  dimi¬ 
nuer  l’excitabilité  des  nerfs  sensitifs,  modifier  leur  nutrition,  combattre 
l’hyperhémie,  favoriser  par  son  action  catalytique  la  résorption  des  pro¬ 
duits  phlegmasiques  et  enfin  produire  une  puissante  révulsion. 

On  peut  recourir,  suivant  les  cas,  aux  courants  induits  ou  aux  courants 
continus  ;  les  deux  méthodes  ont  eu  leurs  partisans  exclusifs  ;  on  tend  gé¬ 
néralement  à  admettre  aujourd’hui  qu’elles  sont  toutes  deux  utiles,  mais 
qu’elles  ne  présentent  pas  les  mêmes  indications. 

La  faradisation  provoque  une  vive  excitation  des  extrémités  nerveuses  ; 
son  action  peut  être  rapprochée  de  celle  des  révulsifs  ;  elle  donne  surtout  de 
bons  résultats  dans  les  névralgies  qui  ne  paraissent  liées  à  aucune  modifica¬ 
tion  matérielle  dans  l’état  du  nerf.  On  peut  l’appliquer  suivant  deux  modes 
■différents  :  dans  l’un,  on  excite  énergiquement  la  peau  à  l’aide  du  pinceau 
sur  le  trajet  du  nerf,  et  particulièrement  au  niveau  des  points  douloureux  ; 
dans  l’autre,  on  applique  les  électrodes  le  plus  près  possible  de  l’origine  du 
nerf  et  l’on  fait  passer  pendant  plusieurs  minutes  un  courant  énergique. 

Le  courant  galvanique,  d’après  Erb,  exerce  une  action  aussi  favorable  que 
le  courant  faradique  sur  les  névralgies  sine  materiâ;  il  doit  lui  être  préféré 
dans  tous  les  cas  où  l’on  est  en  droit  de  soupçonner  que  le  nerf  est  le  siège 
d’une  altération,  et  dans  ceux  oùle  mal  estd’origine  centrale.  Chez  certains 
malades,  cette  médication  produit  presque  immédiatement  une  amélio¬ 
ration  considérable  ou  même  la  guérison  ;  chez  d’autres,  au  contraire,  elle 
ne  donne  des  résultats  appréciables  qu’après  un  traitement  de  longue  durée. 
Comme  la  faradisation,  elle  peut  être  pratiquée  suivant  des  modes  diffé¬ 
rents  :  les  uns,  guidés  par  des  considérations  théoriques  dans  lesquelles 
nous  ne  pouvons  entrer  ici,  s’attachent  à  appliquer  le  pôle  positif  le  plus 
près  possible  du  siège  présumé  du  mal  et  au  niveau  des  points  douloui’eux, 
et  ils  augmentent  et  diminuent  alternativement  la  force  du  courant  ;  les 
autres  appliquent  l’électrode  positif  au  niveau  des  plexus  ou  des  racines,  et 
le  négatif  sur  le  trajet  du  nerf,  particulièrement  au  niveau  des  points  dou¬ 
loureux,  de  manière  à  obtenir  un  courant  descendant.  Beard  recommande 
de  n’employer  que  des  courants  faibles  ;  les  séances  doivent  être  courtes 
(de  6  à  8  minutes)  et  renouvelées  tous  les  jours  ou  tous  les  deux  jours 
(Erb).  On  obtient  souvent  un  soulagement  presque  immédiat,  mais  mo- 


796  NÉVRALGIES.  —  traitement. 

mentané  (sa  durée  varie  de  deux  à  vingt-quatre  heures)  ;  il  ne  devient 

généralement  durable  qu’après  plusieurs  séances. 

Il  y  aurait  lieu  d’essayer  de  nouveau  l’emploi  des  plaques  métalliques 
dans  le  traitement  des  névralgies.  On  sait  que  tout  récemment  Charcot, 
dans  une  série  de  recherches  entreprises  pour  contrôler  les  assertions  de 
Burq,  a  reconnu  que  l’application  de  ces  plaques  pouvait  ramener  mo¬ 
mentanément  la  sensibilité  dans  des  parties  où  elle  était  éteinte  depuis 
longtemps,  non-seulement  chez  les  hystériques,  mais  aussi  chez  des  ma¬ 
lades  atteints  de  lésions  centrales  ;  Regnard  a  démontré  que  cette  pratique 
devait  son  efficacité  au  développement  de  courants  électriques  très-faibles; 
il  a  trouvé  d’autre  part  que  l’on  pouvait  obtenir  le  même  résultat  en  faisant 
passer  dans  les  parties  anesthésiées  des  courants  galvaniques  de  même 
intensité,  tandis  que  des  courants  plus  forts  restaient  sans  effet  :  les  pla¬ 
ques  métalliques  fournissent  donc  un  moyen  commode  d’obtenir  des  cou¬ 
rants  continus  réellement  actifs,  et  à  ce  titre  leur  emploi  dans  le  traite¬ 
ment  des  névralgies  mérite  d’être  expérimenté. 

Parmi  les  traitements  qui  sont  appliqués  loco  dolenti,  nous  devons  men¬ 
tionner  enfin  l’hydrothérapie.  C’est  aux  bains  de  vapeur  et  aux  douches 
chaudes  ou  écossaises  que  l’on  a  recours  le  plus  souvent.  Cette  médication 
ne  doit  pas  être  appliquée  au  début  de  la  maladie,  alors  que  l’on  peut 
soupçonner  l’existence  d’un  processus  irritatif,  mais  à  la  période  de  déclin.. 
On  paraît  s’être  trouvé  bien  quelquefois  d’associer  à  l’action  de  la  vapeur 
celle  de  certains  principes  aromatiques  ou  résineux. 

On  attribue  à  divers  médicaments  une  action  en  quelque  sorte  spécifique 
sur  les  névralgies  ;  ils  réussissent  chez  certains  malades,  échouent  chez 
d’autres  ;  il  en  sera  ainsi  tant  que  leur  mode  d’action  ne  sera  pas  mieux 
connu  et  que  l’on  n’aura  pas  déterminé  dans  quelle  forme  de  névralgie 
chacun  d’eux  doit  être  employé.  Celui  dont  les  indications  sont  les  plus 
précises  est  peut-être  le  sulfate  de  quinine  :  il  répond  à  l’indication  causale 
quand  il  s’agit  d’une  névralgie  palustre  ;  il  répond  à  l’indication  pathogé¬ 
nique  dans  toutes  les  névralgies  congestives,  car  il  «  exerce  une  action 
tonique  sur  l’ensemble  du  système  capillaire  qu’il  tend  à  resserrer  et  dont 
il  amoindrit  par  conséquent  les  actes  organo-chimiques  »  (Gubler);  il  répond 
enfin  à  l’indication  symptomatique,  car,  d’après  le  professeur  que  nous 
venons  de  citer,  «  il  rend  les  centres  et  les  conducteurs  nerveux  plus  aptes 

à  recueillir  et  à  garder  la  force  créée  par  la  combustion  respiratoire . Il 

augmente  la  réceptivité  dynamique  du  système  nerveux,  à  peu  près  comme 

un  enduit  mauvais  conducteur  isole  un  appareil  électrique . Si  l’affection 

pour  laquelle  on  administre  le  sulfate  de  quinine  se  caractérise  par  de  la 
surexcitation  sensitive  ou  motrice,  par  de  la  douleur  ou  du  spasme,  ces 
phénomènes,  comparables  à  l’aigrette  lumineuse  qui  s’échappe  d’un  con¬ 
ducteur  pointu,  venant  à  cesser  par  le  fait  d’une  plus  grande  capacité  de 
tension  acquise  par  le  système  nerveux  au  contact  de  l’alcaloïde,  il  en 
résulte  ce  que  l’on  peut  appeler  une  sédation.  »  Gubler  prescrit  la  quinine 
de  préférence  à  tout  autre  agent  contre  les  névralgies  qu’il  considère 
comme  congestives.  Il  donne  ce  médicament,  quatre  heures  au  moins 


797 


NÉVRALGIES.  —  TR.A.iïË!aENT. 
avant  le  retour  probable  de  l’accès,  à  la  dose  de  ü,ZiO  ou  0,50  centigrammes. 
H  n’y  a  pas  d’avantage  réel  à  l’introduire  dans  l’organisme  par  la  méthode 
hypodermique  ;  on  l’emploie  quelquefois  en  pommade,  mais  son  efficacité 
est  alors  bien  douteuse. 

Comme  la  quinine,  l’arsenic  semble  souvent  répondre  tout  ensemble  à 
l’indication  causale  et  à  l’indication  pathogénique  ;  il  combat  l’influence 
palustre  ou  la  diathèse  arthritique  en  même  temps  qu’il  s’attaque  à  l’élé¬ 
ment  congestif  qui  paraît  jouer  le  rôle  essentiel  dans  la  production  de  beau¬ 
coup  de  névralgies  ;  il  semble  également  avoir  une  action  favorable  sur 
celles  de  ces  affections  qui  sont  sous  la  dépendance  d’un  état  de  débilité 
générale  ou  d’une  sorte  de  diathèse  nerveuse  (Erb).  Pour  en  obtenir  un 
effet  utile,  il  faut  le  donner  aux  doses  relativement  élevées  de  0,012,  0,015, 
0,020  milligrammes  et  même  davantage  en  plusieurs  prises.  Comme  la 
quinine,  «  l’arsenic  agit  principalement  en  diminuant  les  phénomènes 
d’oxydation  et  les  actes  organiques  liés  à  la  calorification.  »  (Gubler.) 

On  a  récemment  préconisé  l’emploi  du  phosphore  à  la  dose  de  0,001  à 
0,006  milligrammes.  Dans  les  cas  où  les  autres  médications  ont  échoué, 
on  peut  encore  essayer  le  nitrate  d’argent,  la  strychnine,  les  préparations 
mercurielles,  l’iodure  de  potassium,  et,  chez  les  sujets  nerveux,  l’oxyde  de 
zinc  à  haute  dose,  la  valériane  et  l’asa  fœtida.  L’essence  de  térébenthine  a 
été  souvent  employée  avec  succès  (Trousseau,  Pidoux  et  C.  Paul). 

Après  cette  étude  générale  des  moyens -qui  paraissent  agir  sur  la  cause 
prochaine  du  mal,  nous  devons  indiquer  ceux  qui  conviennent  plus  par¬ 
ticulièrement  dans  les  différentes  formes  de  névralgies  que  la  pathogénie 
nous  a  permis  de  distinguer. 

Aux  névralgies  de  nature  inflammatoire  ou  congestive,  il  faut  opposer 
tout  d’abord  le  traitement  antiphlogistique  :  on  applique  d’ahord  sur  le 
trajet  du  nerf  des  sangsues  ou  des  ventouses  scarifiées,  puis  on  a  recours  aux 
révulsifs  et  particulièrement  aux  vésicatoires,  en  même  temps  que  l’on  agit 
sur  l’intestin  ;  on  donne  ensuite  à  l’intérieur  le  sulfate  de  quinine  ou  l’aconi- 
tine.  Quand  on  peut  supposer  que  la  maladie  a  perdu  de  son  acuité,  le  moyen 
le  plus  puissant  que  l’on  ait  à  sa  disposition  pour  combattre  la  phlegmasie 
et  favoriser  la  résorption  des  exsudais  paraît  être  la  galvanisation  ;  on  peut 
encore  y  avoir  recours  quand  la  maladie  passe  à  l’état  chronique.  Si  néan¬ 
moins  les  accidents  persistent,  on  peut  essayer  l’usage  à  l’intérieur  des 
divers  altérants  que  nous  avons  énumérés  précédemment  et  en  particulier 
de  l’essence  de  térébenthine,  de  l’iodure  de  potassium,  de  l’arsenic  et  du 
phosphore,  et  recourir  en  même  temps  aux  bains  de  vapeur  et  aux  fumiga¬ 
tions  aromatiques.  Mais  la  médication  dont  on  doit  attendre  les  effets  les 
plus  puissants  est  la  révulsion  profonde  produite  par  l’injection  de  liquides 
irritants,  suivant  la  méthode  de  Luton,  par  l’aquapuncture  ou  enfin  par 
la  cautérisation  avec  le  fer  rouge  ou  l’acide  sulfurique.  Il  ne  faut  en  venir 
aux  sections  nerveuses  que  dans  les  cas  tout  à  fait  désespérés  ;  encore  ne 
faut-il  pas  se  dissimuler  que  le  succès  est  improbable,  car  dans  la  plupart 
des  cas  la  névrite  chronique  suit  une  marche  ascendante  et  atteint  des 
parties  inaccessibles  à  l’intervention  chirurgicale. 


798  NÉVRALGIES.  —  traitement. 

Quand  la  névralgie  paraît  liée  à  l’anémie  du  nerf,  il  faut  d’abord  satisfaire 
à  l’indication  causale  par  les  moyens  que  nous  indiquerons  plus  bas.  Les 
agents  qui  provoquent  les  contractions  des  petits  vaisseaux  et  réduisent  les 
circulations  locales  doivent  être  évités  ;  on  ne  donnera  ni  le  sulfate  de 
quinine,  ni  l’aconitine,  ni  la  belladone  ;  on  insistera  au  contraire  sur  l’usage 
des  préparations  opiacées  intus  et  extra  ;  dans  les  cas  de  névralgie  faciale, 
on  paraît  avoir  employé  avec  avantage  le  nitrite  d’amyle,  en  inhalations  ; 
la  dose  initiale  est  de  deux  ou  trois  gouttes  ;  Manzi,  en  l’augmentant  pro¬ 
gressivement,  a  pu  aller  jusqu’à  dix  gouttes  ;  ce  médicament,  qui  paraît  agir 
directement  sur  les  vaso-moteurs,  provoque  la  congestion  de  la  face,  une 
sensation  vive  de  chaleur,  des  battements  artériels  et  l’accélération  du 
pouls  ;  il  ne  doit  être  employé  qu'avec  les  plus  grandes  précautions,  car  il 
est  extrêmement  toxique  et  il  produit  à  faible  dose  des  vertiges  et  une 
sensation  d’angoisse  extrêmement  pénible  {Journal  de  Gubler). 

En  résumé,  le  traitement  des  névralgies  qui  semblent  liées  à  l’anémie 
du  nerf  doit  être,  comme  l’a  montré  Gubler,  précisément  inverse  de  celui 
qui  convient  dans  les  névralgies  congestives.. 

Dans  les  névralgies  réflexes,  il  y  a  lieu  de  diriger  exclusivement  le  traite¬ 
ment  curatif  contre  l’affection  qui  est  le  point  de  départ  de  l’irritation  ner¬ 
veuse.  Nous  avons  vu  que  la  névralgie  faciale  pouvait  être  guérie  par 
l’extraction  d’une  dent,  et  la  névralgie  sciatique  par  l’ablation  d’un  polype 
vaginal  ;  c’est  de  même  l’utérus  qu’il  faut  traiter  dans  bien  des  cas  de 
névralgies  intercostales. 

Dans  les  névralgies  par  compression,  l’indication  principale  est  encore 
évidemment  de  faire  disparaître  la  tumeur  ou  l’exsudât  qui  irrite  le  nerf;  ce 
but  ne  peut  guère  être  atteint  que  dans  les  cas  où  la  tumeur  est  accessible 
à  l’intervention  chirurgicale  et  dans  ceux  où  elle  est  de  nature  spécifique. 

Nous  venons  d’indiquer  par  quels  moyens  on  peut  satisfaire  aux  indi¬ 
cations  fournies  ;  1“  par  la  douleur  considérée  en  elle-même  (indication 
symptomatique)  ;  —  2°  par  les  altérations  ou  affections  locales  qui  en 
sont  les  conditions  prochaines  (indication  pathogénique)  ;  mais  dans 
beaucoup  de  cas,  ces  affections  sont  elles-mêmes  l’expression  d’une  ma¬ 
ladie  générale  ou  d’une  diathèse  ;  c’est  alors  contre  cette  maladie  géné¬ 
rale  ou  cette  diathèse  que  doit  être  dirigé  le  traitement  pour  satisfaire  à 
l’indication  causale  qui  souvent  est  de  beaucoup  la  plus  importante.  Dans 
les  névralgies  palustres,  par  exemple,  les  narcotiques  et  les  anesthésiques 
peuvent  procurer  un  soulagement  momentané  ;  mais  le  sulfate  de  quinine 
seul  a  des  propriétés  réellement  curatives,  qu’il  doit  principalement,  suivant 
nous,  à  son  action  sur  l’élément  toxique.  On  pourrait  peut-être  lui  substi¬ 
tuer  avec  avantage  le  bromhydrate  de  quinine  qui  a  les  mêmes  propriétés  et 
peut  en  outre  agir  comme  sédatif.  Dans  les  cas  rebelles,  on  donne  l’arsenic 
aux  doses  relativement  élevées  que  nous  avons  précédemment  indiquées. 

Les  névralgies  d’origine  syphilitique  ne  seront  également,  combattues 
avec  une  efficacité  réelle  que  par  le  traitement  spécifique.  S’agit-il  d’une 
de  ces  névralgies  précoces  qui  se  développent  au  début  de  la  période  secon¬ 
daire,  on  donnera  le  mercure;  s’agit-il,  au  contraire,  d’une  manifestation 


NÉVRALGIES.  —  traitement.  799 

tardive  de  la  vérole,  provoquée  vraisemblablement  par  la  formation  d’une 
néoplasie  sur  le  trajet  d’un  nerf  ou  de  ses  racines,  on  prescrira,  suivant  les 
cas,  le  traitement  mixte  ou  seulement  l’iodure  de  potassium. 

L’examen  du  sujet  fait-il  soupçonner  une  compression  par  une  adéno¬ 
pathie  de  nature  scrofuleuse,  les  préparations  iodées  et  les  toniques  recon¬ 
stituants  sont  indiqués.  Lorsqu’on  reconnaît  qu’une  névralgie  est  provoquée 
par  un  cancer,  on  ne  peut  tirer  de  cette  notion  aucune  indication  utile 
pour  le  traitement;  mais  l’on  sait  du  moins  que  la  maladie  est  incurable 
et  qu’il  faut  par  conséquent  se  borner  à  calmer  les  douleurs  et  s’abstenir 
de  la  médication  révulsive  qui  provoque  d’inutiles  souffrances,  aussi  bien 
que  de  la  médication  altérante  qui  ne  peut  donner  aucun  résultat.  Les 
névralgies  des  herpétiques  doivent  être  combattues  surtout  par- les  prépa¬ 
rations  arsenicales  ;  celles  des  rhumatisants,  par  les  agents  qui  excitent  les 
fonctions  de  la  peau,  et  particulièrement  par  les  bains  de  vapeur,  quand 
toutefois  leur  période  aiguë  est  passée. 

Si  l’affection  paraît  avoir  été  provoquée  par  la  suppression  des  règles  ou 
d’un  flux  hémorrhoïdaire,  il  faut  s’efforcer  de  ramener  l’hémorrhagie  dis¬ 
parue  par  les  moyens  appropriés. 

Dans  les  névralgies  symptomatiques  de  la  chloro-anémie,  tous  les 
moyens  capables  de  stimuler  les  fonctions  hématopoiétiques  et  de  relever 
les  forces  sont  indiqués  ;  on  donnera  donc  à  l’intérieur  le  fer  ou  l’arsenic 
concurremment  avec  le  quinquina  ;  on  prescrira  le  séjour  à  la  campagne, 
l’exercice  au  grand  air,  une  alimentation  substantielle  et  enfin  l’hydrothé¬ 
rapie. 

Les  névralgies  toxiques  doivent  être  combattues  par  les  moyens  capables 
de  provoquer  l’élimination  du  poison. 

Lorsque  la  névralgie  paraît  être  sous  la  dépendance  de  l’hystérie  ou  de 
cette  prédisposition  particulière  que  l’on  désigne  sous  le  nom  de  diathèse 
nerveuse,  c’est  le  cas  de  recourir  aux  antispasmodiques  et  aux  nervins  ;  les 
pilules  de  Méglin,  dont  l’oxyde  de  zinc  et  la  jusquiame  forment  les  parties 
actives,  paraissent  donner  quelquefois  de  bons  résultats;  on  peut  pres¬ 
crire  également  la  valériane ,  l’asa  fœtida  et  le  castoreum  ;  enfin,  il  ne  faut 
pas  craindre  de  conseiller  également,  en  pareil  cas,  l’hydrothérapie  qui 
souvent  paraît  avoir  plus  d’efficacité  que  la  médication  interne.  C’est  sur¬ 
tout  dans  cette  forme  que  l’électrisation  à  l’aide  du  pinceau  faradique 
donne  quelquefois  des  résultats  remarquables.  Ces  névralgies  ont  une  ten¬ 
dance  toute  particulière  à  récidiver  ;  on  doit  s’efforcer  d’en  empêcher  le 
retour  en  prescrivant  aux  malades  un  régime  fortifiant  et  en  les  engageant 
à  éviter  toutes  les  influences  qui  pourraient  augmenter  chez  eux  l’excita¬ 
bilité  anormale  du  système  nerveux  ;  Anstie  leur  recommande  tout  parti¬ 
culièrement  de  dormir  longtemps,  de  s’abstenir  d’excitants  et  d’éviter  les 
excès  vénériens  et  alcooliques  ainsi  que  les  fatigues  cérébrales  et  les  émo¬ 
tions. 

11  est  des  néwalgies  qui  résistent  à  tous  les  moyens  de  traitement,  et  nous 
avons  vu  combien  était  lamentable  dans  certains  cas  la  situation  des  ma¬ 
lades  qui  en  sont  atteints.  Il  n’y  a  plus  alors  d’autre  ressource  que 


800  NÉVRALGIES.  —  traite.ment. 

l’intervention  chirurgicale  ;  on  a  réussi  quelquefois  à  atténuer  et  même  à 
faire  disparaître  les  douleurs  en  empêchant  par  une  ligature  l’afflux  du  sang 
artériel  dans  les  parties  affectées  ;  mais  cette  opération  ne  doit  être,  en 
règle  générale,  pratiquée  que  sur  de  petites  artères,  telles  que  la  temporale 
et  l’occipitale,  car  elle  devient  dangereuse  lorsqu’elle  porte  sur  de  plus 
grands  vaisseaux.  Nous  devons  dire  pourtant  que  dans  ces  derniers  temps 
Nussbaum  et  Patruban  ont  réussi  à  guérir  des  névralgies  faciales  en  liant 
la  carotide  du  côté  correspondant. 

On  a  été  plus  loin,  on  a  amputé  et  même  désarticulé  les  membres  où 
siégeait  la  névralgie.  On  ne  doit  jamais  en  venir  à  ces  extrémités  qu’après 
avoir  épuisé  tous  les  moyens  de  traitement  et  après  avoir  agi  sur  le  nerf 
lui-même  par  une  section  ou  une  résection  partielle. 

Cette  opération  donne,  suivant  les  cas,  des  résultats  très-divers  :  elle 
est  quelquefois  couronnée  d’un  éclatant  succès,  mais  il  n’est  pas  rare  non 
plus  qu’elle  échoue  complètement  ;  d’autres  fois  elle  ne  produit  qu’un 
soulagement  momentané  et  la  névralgie  reparaît  au  bout  de  quel¬ 
ques  semaines  ou  de  quelques  mois  avec  la  même  violence  que  par  fe 
passé. 

L’interprétation  de  ces  faits  présente  de  sérieuses  difficultés.  Il  sem¬ 
blerait  que  la  névrotomie  dût  constamment  produire  la  guérison  quand 
la  cause  du  mal  est  périphérique  et  au  contraire  échouer  constamment 
quand  elle  est  centrale  ;  l’observation  montre  qu’il  n’en  est  pas  toujours 
ainsi.  Il  est  incontestable  d’abord  qu’une  section  nerveuse  peut  guérir 
une  névralgie  d’origine  centrale  ;  les  faits  de  Nussbaum,  de  Schmith,  de 
Patruban,  de  Wagner,  de  Nélaton  (cités  par  Erb),  ne  permettent  pas  d’en 
douter;  il  faut  admettre  en  pai’eil  cas  que  l’excitation  provoquée  par  l’opé¬ 
ration  produit  dans  l’état  de  la  substance  grise  centrale  une  modification 
favorable.  Dans  des  cas,  au  contraire,  où  la  névralgie  est  manifestement 
causée  par  une  lésion  périphérique,  la  section  peut  ne  produire  qu’un  sou¬ 
lagement  incomplet,  soit  que  le  bout  périphérique  contienne  des  fibres  ré¬ 
currentes  qui  continuent  à  transmettre  aux  centres  nerveux  les  excitations 
parties  du  point  lésé,  soit  que  le  travail  inflammatoire  qui  était  la  cause 
prochaine  de  la  névralgie  se  soit  propagé  au  bout  central,  soit  enfin  que  la 
lésion  périphérique  ait  provoqué  de  longue  date  dans  la  substance  grise  de 
la  moelle  ou  dans  le  ganglion  du  nerf  une  modification  qui  suffise  à  pro¬ 
duire  les  symptômes  névralgiques  et  persiste  après  l’éloignement  de  la  cause 
qui  lui  avait  donné  naissance. 

Les  conditions  qui  font  échouer  l’opération  sont  donc  variables,  et  l’on 
peut  s’expliquer  ainsi  comment  on  obtient  en  certains  cas  la  guérison  en 
pratiquant  de  nouvelles  sections  nerveuses,  tandis  que  d’autres  fois  la 
névralgie  persiste  après  une  série  d’opérations  avec  la  même  intensité  que 
précédemment. 

Lorsque  la  lésion  semble  porter  sur  la  périphérie  d’un  nerf,  Arloing 
et  Tripier  conseillent  de  ne  pratiquer  l’opération  qu’après  avoir  cherché  à 
faire  disparaître  la  douleur  par  la  compression  des  différents  nerfs  du 
membre.  On  peut  reconnaître  de  la  sorte  quel  trajet  suivent  les  fibres  par 


NÉVRALGIES.  —  bibliographie.  801 

lesquelles  sont  transmises  les  e.xcitations  douloureuses,  et  sur  quelles  bran¬ 
ches  nerveuses  doivent  porter  les  sections. 

Ces  opérations  sont  loin  d’être  inoffensives,  et  plus  d’une  fois  elles  ont 
amené  la  mort  ;  elles  ne  doivent  être  pratiquées  que  comme  ressource  der¬ 
nière  et  seulement,  autant  que  possible,  sur  les  nerfs  sensitifs  ;  car  la  section 
des  nerfs  mixtes  produit  de  la  paralysie;  mais  la  gravité  de  la  maladie  est 
telle  en  certains  cas  et  la  nécessité  d’une  action  énergique  devient  tellement 
évidente,  qu’il  faut  opérer  quand  même. 

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H.  Hallopeau. 


NÉVROSES.  —  DÉFINITION.  SOS 

MEVROSEîS.  —  Définition.  —  Les  névroses,  d’après  l’étymologie 
{■jApov,  nerf),  sont  essentiellement  des  affections  nerveuses,  et  c’est  en  effet 
ce  qui  est  admis  par  tout  le  monde.  Mais  si  la  chose  est  ancienne,  comme 
on  n’en  saurait  douter,  le  nom  est  relativement  nouveau.  Il  a  été  écrit 
pour  la  première  fois  par  Cullen,  dans  ses  Éléments  de  médecme  pratique 
(1787),  et  il  a  remplacé  peu  à  peu  les  expressions  de  vapeurs,  d’affections 
vaporeuses  qui  tendaient  à  s’introduire  dans  la  science,  à  la  suite  de  Pomme 
(1759)  et  de  R.  Whytt  (1767) ,  sans  faire  oublier  toutefois  la  désignation 
plus  simple  de  maladies  nerveuses,  qui  avait  jusque-là  suffi  à  qualifier  une 
classe  d’affections  connues  depuis  un  temps  immémorial. 

Cullen  a  eu  le  mérite  plus  sérieux  d’indiquer  en  quelques  mots  le  sens- 
qu’on  doit  accorder  à  ce.terme  de  névrose,  et  de  le  définir  par  conséquent  : 

«  Sensus  et  motus  lœsi,  sine  pyrexia,  sine  morbo  locali.  »  Telle  est,  en  effet, 
une  névrose,  en  général.  Quant  au  domaine  des  névroses,  il  est  des  plus 
étendus;  ainsi  qu’on  peut  en  juger  par  cette  citation  de  Cheyne  que  nous 
empruntons  à  Tissot  :  «  Depuis  le  bâillement  ou  fa  pandiculation,  qui  est 
le  plus  léger  de  tous  les  maux  de  nerfs,  jusqu’à  l’apoplexie  qui  en  est  le 
plus  fâcheux,  tous  ne  paraissent  que  les  différents  degrés  d’une  seule  et 
même  maladie,  qui  est  la  faiblesse,  le  relâchement  et  le  manque  d’élasticité 
des  parties  solides.  «  Cette  idée  générale  des  névroses,  à  l’explication  près, 
qui  la  termine,  est  très-juste  et  très-légitime.  Elle  implique  la  participation 
du  système  nerveux  à  un  grand  nombre  d’actes  morbides,  auxquels  il  im¬ 
prime  une  physionomie  pai’ticulière,  et  avec  lesquels  il  reste  en  sonune 
confondu.  Dans  la  succession  des  désordres  pathologiques,  il  englobe  le- 
phénomène  vasculaire  et  le  trouble  nutritif;  et  son  rôle  ne  finit  que  là  où; 
commence  l’inflammation  proprement  dite,  qui,  elle,  est  la  négation  de- 
toute  direction  nerveuse  et  apparaît  comme  l’imminence  de  la  désorgani¬ 
sation.  Mais  il  est  prématuré  de  traiter  de  pareilles  questions  pour  le  mo¬ 
ment,  et  nous  ne  pourrons  le  faire  avec  avantage  qu’après  avoir  abordé  et 
épuisé  l’étude  des  névroses  au  double  point  de  vue  de  leur  pathogénie  et 
de  leurs  manifestations  :  c’est  alors  seulement  que  nous  chercherons  à 
déterminer  le  vrai  sens  des  affections  névrosiques,  qui  prêtent  à  tant  d’in¬ 
certitudes  et  d’équivoques. 

Voici  le  plan  que  nous  nous  proposons  d’adopter  ; 

1“  Nous  commencerons  par  une  revue  historique  du  sujet  qui,  examiné 
sous  ce  rapport,  offre  cet  intérêt  capital  d’une  idée  au  développement  de 
laquelle  on  assiste. 

2°  Nous  étudierons  ensuite,  et  avec  le  plus  grand  soin,  les  conditions 
pathogéniques  des  névroses,  pour  les  reconnaître  à  leur  origine  même. 

3°  Nous  exposerons  après  cela  les  nombreuses  manifestations  sympto¬ 
matiques  de  ces  maladies  si  mobiles  et  si  variées,  en  utilisant  les  puissants, 
moyens  d’analyse  de  la  science  moderne. 

4°  Nous  poserons,  à  la  suite  de  cette  double  étude  étiologique  et  cli¬ 
nique,  les  conclusions  qui  établiront  la  véritable  nature  des  névroses. 

5°  Enfin,  nous  aurons  à  envisager  la  question  sous  l’aspect  thérapeu¬ 
tique,  ce  qui  sera  la  consécration  pratique  de  ce  travail. 


80i  -  NÉVROSES.  —  historique. 

I.  Historique.  —  Les  affections  dites  nerveuses  ont  toujours  été  plus 
ou  moins  connues  des  médecins,  surtout  dans  leurs  manifestations  les  plus 
importantes.  Envisagées  principalement  comme  des  maladies  sans  matière, 
les  progrès  de  la  science  anatomique  n’ont  pu  avoir  sur  elles  d’autre  effet 
que  d’en  réduire  le  nombre  peu  à  peu  ;  tandis  que  la  marche  des  doctrines 
médicales  les  faisait  tantôt  envisager  pour  ce  qu’elles  sont  en  effet,  et  tantôt 
les  subordonnait  à  quelque  autre  système,  au  sang  ou  aux  humeurs,  par 
exemple,  les  mettant  ainsi  successivement  sur  le  premier  plan,  ou  les 
laissant  dans  l’ombre,  d’après  l’idée  régnant  alors.  Il  ne  saurait  être  ici 
question  que  des  névroses  considérées  comme  classe  distincte  de  maladies  ; 
et  nous  devons  par  conséquent  négliger  toute  cette  longue  période,  que 
nous  pouvons  qualifier  d’ancienne,  pour  arriver  immédiatement  à  l’époque 
où  ces  affections  n’ont  plus  cessé,  sous  l’empire  de  la  méthode  nosogra¬ 
phique,  de  former  un  corps  spécial  et  qualifié.  On  cite  habituellement 
Thomas  Willis  (1667),  comme  ayant  d’abord  distingué  et  mis  en  relief  le 
groupe  des  maladies  convulsives  ;  mais  il  faut  arriver  à  Gregory  Cheyne 
(1733)  pour  trouver  un  premier  traité  méthodique  des  maladies  nerveuses, 
et  à  ce  propos  une  vue  d’ensemble  que  nous  avons  reproduite  tout  en  com¬ 
mençant.  Laissant  ensuite  de  côté,  et  pour  un  moment  seulement,  des 
auteurs  célèbres  tels  que  Stahl,  Fr.  Hoffmann  et  Boerhaave,  etc.,  qui  ont 
envisagé  le  sujet  à  leur  point  de  vue  trop  particulier,  nous  rencontrons 
l’important  ouvrage  de  Pomme  (1760),  qui  traite  des  affections  vaporeuses 
dans  les  deux  sexes,  l’hypochondrie  chez  l’homme,  Thystéi’ie  chez  la 
femme,  et  qui  appelle  ainsi  «  une  affection  du  genre  nerveux,  qui  en  pro¬ 
duit  l’irritabilité  et  le  racornissement.  »  Puis  vient  Robert  Whytt  (1767), 
qui,  abordant  le  même  sujet,  lui  accorde  un  semblable  caractère  de  géné¬ 
ralité  bisexuelle;  et  nous  voyons  enfin  paraître  le  livre  de  Tissot  (1782), 
avec  qui  se  termine  la  période  empirique  des  névroses. 

Mais  la  doctrine  physiologique  avait  déjà  pris  naissance  :  la  sensibilité  et 
l’irritabilité,  distinguées  par  Haller,  alTaient  désormais  offrir  une  base  solide 
à  l’étude  des  affections  nerveuses.  Bordeu  et  Bichat  contribuent  chacun 
pour  leur  part  à  maintenir  la  question  sur  son  véritable  terrain.  Malheu¬ 
reusement,  une  application  prématurée  de  la  nouvelle  donnée  à  la  patho¬ 
logie,  produisant  successivement  deux  systèmes  antagonistes,  celui  de 
Brown  (1780)  et  celui  de  Broussais  (1816),  aussi  exclusifs  l’un  que  l’autre, 
vint  pour  un  temps  retarder  les  progrès  de  la  science  névrologique  par  la 
voie  de  la  clinique.  Mais  l’œuvre  se  poursuivait  en  silence,  dans  le  labora¬ 
toire  des  physiologistes,  par  la  découverte  du  galvanisme  (1791),  qui  con¬ 
duisit  à  l’exploration  électrique  des  nerfs  et  des  muscles,  et  finit  par  s’ap¬ 
pliquer  à  la  thérapeutique  des  névroses  ;  par  la  distinction  des  nerfs  en 
sensitifs  et  en  moteurs,  due  à  Ch.  Bell  (1825),  et  bientôt  confirmée  par 
Magendie,  par  Flourens,  etc.  ;  par  l’étude  approfondie  des  actions  réflexes 
qui,  révélées  par  Prochaska  (1800),  n’ont  pas  cessé  d’exercer  la  sagacité 
des  modernes  physiologistes  ;  et  encore  par  les  recherches  de  Legallois  (1830), 
qui  reconnaissait  à  son  tour  le  pouvoir  excito-moteur  de  la  moelle.  Mais 
cela  ne  suffisait  pas  :  d’autres  centres  d’actions  nerveuses  étaient  trouvés  ; 


805 


NÉVROSES.  —  HISTORIQUE, 
les  cordons  du  grand  sympathique  et  ses  ganglions  montrèrent  leur  in¬ 
fluence  sur  les  circulations  partielles,  sur  la  nutrition  organique,  sur  les 
sécrétions,  sur  les  mouvements  de  l’iris,  et  un  nouveau  système  nerveux 
était  décélé,  le  système  des  vaso-moteurs  ;  entrevu  dans  une  expérience 
célèbre  de  Pourfour-Dupetit  (1727),  dénommé  par  Stilling  (1840),  il  a  été 
surtout  fécondé  par  les  recherches  de  Cl.  Bernard  (1851),  pour  recevoir  son 
couronnement,  de  nos  jours  même,  sous  les  efforts  de  Vulpian  (1875).  Les 
observateurs,  non  contents  de  démontrer  l’existence  de  ce  genre  de  nerfs 
au  point  de  vue  anatomique  et  physiologique,  ont  également  abordé  l’étude 
de  leurs  maladies;  et  nous  avons  en  conséquence  les -névroses  du  système 
vaso-moteur.  Nous  reviendrons  sur  ce  sujet. 

Durant  ce  temps,  l’histoire  clinique  des  névroses  en  général  se  poursui¬ 
vait  parallèlement  et  non  sans  fruit.  D’abord  mentionnées  par  Pinel  (1807), 
pour  les  besoins  de  l’ordre  nosographique,  elles  furent  bientôt  défendues 
dans  leur  existence  par  opposition  à  Broussais;  et  avec  l’idée  de  prouver, 
grâce  à  elles,  qu’il  y  a  des  maladies  qui  ne  dérivent  pas  forcément  de  l’in- 
flamniation.  C’est  alors  que  fut  en  honneur  le  traité  de  la  gastralgie  et  de 
l’entéralgie  de  Barras  (1829,  3®  édit.)  pour  ce  qui  est  des  névroses  viscé¬ 
rales,  et  comme  précurseur  de  notre  grande  dyspepsie  moderne  (Beau,  1853). 
Mais  déjà  était  paru  le  livre  de  Louyer-Villermay  (1816)  sur  les  maladies 
nerveuses  dans  leur  ensemble,  et  sous  deux  de  leurs  formes  dominantes, 
l’hystérie  et  l’hypochondrie.  Plus  tard  se  montra  le  traité  de  Sandras  (1851) 
sur  le  même  sujet,  pour  en  venir  à  l’époque  contemporaine,  qui  nous  a 
valu  la  publication  trop  tôt  interrompue  de  0.  Landry  (1859);  puis  l’ar¬ 
ticle  Névrose  d’Axenfeld  (1860),  dans  les  Éléments  de  pathologie  médicale 
de  Requin  ;  et  enfin  les  leçons  toutes  récentes  de  Charcot  (1873-75),  sur  les 
maladies  du  système  nerveux,  faites  à  la  Salpêtrière. 

Tandis  que  ces  recherches  s’accomplissaient  en  France,  et  l’on  peut  dire 
que  nulle  part  ailleurs  elles  ne  furent  aussi  nombreuses  et  plus  savantes,  on 
voyait,  à  l’étranger,  paraître,  pour  l’Angleterre,  les  travaux  remarquables 
de  Marshall-Hall  (1836-39)  sur  la  pathologie  du  système  nerveux,  et  une 
analyse  très-remarquable  des  phénomènes  propres  à  l’épilepsie  ;  et,  de  nos 
jours,  la  grande  publication  de  John  Russell  Reynolds  (1868),  qui  consacre 
la  majeure  partie  du  second  volume  de  son  Système  de  médecine  aux  ma- 
ladiés  nerveuses,  dont  il  poursuit  la  localisation  autant  qu’il  est  pos¬ 
sible.  L’Allemagne  de  son  côté,  entre  autres  ouvrages  importants,  nous 
faisait  connaître,  par  l’intermédiaire  d’Axenfeld,  le  livre  de  Romberg(1854 
3'  édit.),  qui  paraît  faire  école  en  tant  que  pathologie  nerveuse. 

Cet  historique  ne  peut  guère  s’appliquer  qu’aux  névroses  prises  dans  leur 
généralité.  Chacune  des  formes  de  ce  genre  d’affections  comporte  une 
étude  à  part  faite  au  même  point  de  vue;  et  l’on  devra,  pour  s’instruire  à 
cet  égard,  se  reporter  aux  articles  où  il  est  question  de  ces  maladies  en 
particulier;  telles  sont  :  la  Chorée  et  les  Contr.xctures  qui  ont  été  traitées 
par  notre  collaborateur  J.  Simon  (1867);  rÉcL.4MPSiE,  due  à  Émile  Bailly 
(1870)  ;  I’Épilepsie,  par  Aug.  Voisin  (1870)  ;  FHypochondrie,  par  Achille 
Foville  (1874)  ;  l’HVsrÉRiE,  par  G.  Bernutz  (1874).  De  plus,  et  afin  de  n’être 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE. 


injuste  envers  personne,  nous  n’oublierons  pas  de  mentionner  les  œuvres 
de  Brachet  (1847),  de  H.  Landouzy  (1846),  de  Briquet  (1859),  à  propos  de 
l’hystérie,  cette  grande  névrose  qui  en  comprend  tant  d’autres  en  détail, 
non  plus  que  les  belles  leçons  cliniques  de  Trousseau  (1862)  sur  l’épilepsie, 
■et  celles  de  S.  Jaccoud  (1867)  sur  la  chorée  des  femmes  grosses.  De  nom¬ 
breux  oublis,  inévitables  ou  consentis,  seront  d’ailleurs  réparés  au  cours 
de  ce  travail  et  à  mesure  que  nous  entrerons  dans  le  fond  du  sujet. 

Mais  il  est  un  dernier  point  sur  lequel  nous  avons  à  nous  expliquer  ; 
■c’est  à  propos  des  névroses  de  l’intelligence  qui  ne  sont,  en  somme,  rien 
autre  chose  que  la  folie  ou  l’aliénation  mentale.  Or,  il  est  d’usage,  bien  que 
ce  soit  là  de  véritables  névroses  cérébrales,  par  opposition  aux  névroses 
de  la  moelle,  des  nerfs  ordinaires  et  des  nerfs  sympathiques,  de  réserver  la 
question  pour  une  étude  à  part.  Elle  cornporte,  en  elfet,  des  connaissances 
tellement  spéciales,  que  nous  devrons  à  notre  tour  nous  abstenir  de  la 
traiter.  Cependant  il  nous  sera  bien  difficile  de  ne  pas  au  moins  la  côtoyer  ; 
car  dans  mainte  circonstance  le  trouble  mental  complique  les  ti’oubles 
moteurs  et  sensoriels,  ainsi  que  cela  arrivera  inévitablement  pour  ces 
grandes  névroses  si  complexes,  telles  que  l’épilepsie,  la  chorée  et  l’hystérie. 
Du  reste,  l’article  Folie,  traité  dans  ce  Dictionnaire  (t.  XV,  1872),  par 
Achille  Foville,  répondra  aux  besoins  delà  cause  et  remplira  dignement  les 
lacunes  de  notre  propre  entreprise. 

II.  Pathogenie.  —  Une  histoire  des  névroses,  basée  sur  la  con¬ 
naissance  de  leurs  causes,  en  l’absence  d’un  caractère  anatomique 
constant,  peut  seule  satisfaire  l’esprit  ;  seule  elle  est  possible  sous  le  rap¬ 
port  nosographique,  et  peut  enfin  conduire  seule  à  une  conclusion  théra¬ 
peutique.  L’expression  symptomatique  est  ici  si  variée,  si  mobile,  si 
inconstante,  que  l’on  se  perd  à  la  vouloir  saisir,  pour  la  traduire  sous  une 
forme  méthodique.  Il  suffit  de  se  pénétrer  de  cette  vérité,  qu’étant  donnée 
une  cause  morbigène,  dans  l’ordre  névrosique,  toute  manifestation  de 
même  nature  est  possible,  qu’elle  ait  été  observée  ou  non  ;  ou,  en  d’autres 
termes,  toutes  les  névroses  sont  en  germe  dans  une  cause  déterminée,  si 
celle-ci  est  d’essence  à  mettre  en  jeu  le  système  nerveux.  Dans  ces  condi¬ 
tions,  on  doit  jusqu’à  un  certain  point  se  désintéresser  de  la  forme  symp¬ 
tomatique,  qui  échappe  à  toute  prévision  et  à  toute  direction,  pour  s’attacher 
surtout  au  côté  pathogénique  de  la  question.  Il  est  d’une  telle  impor¬ 
tance  que,  si  notre  pouvoir  allait  jusqu’à  atteindre  cette  cause  avant  qu’elle 
ait  produit  la  plupart  de  ses  effets,  nous  supprimerions  par  là  même  toute 
la  symptomatologie  des  névroses  ;  car  celle-ci  n’a  sa  raison  d’être  que  dans 
l’inefficacité  de  nos  moyens  de  traitement;  elle  est  par-dessus  tout  contin¬ 
gente,  et  à  coup  sûr  elle  est  fort  peu  nécessaire. 

Nous  allons  parcourir  le  tableau  de  ces  causes  :  on  verra  combien  il  est 
•chargé.  Nous  reproduisons  ici  tous  les  cas  dont  nous  avons  pu  prendi’e 
connaissance,  en  nous  affranchissant  du  même  coup  de  cette  étiologie 
banale,  qu’il  nous  eût  été  facile  de  trouver  chez  nos  prédécesseurs.  L’ordre 
■que  nous  suivons  est  tout  arbitraire.  Nous  ne  parlons  même  des  causes 
•dites  prédisposantes  que  lorsqu’elles  acquièrent  assez  d’intensité  pour 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE. 


807 


constituer  déjà  par  elles-mêmes  l’état  névropathique.  Nous  procédons  dans 
notre  énumération  en  allant  du  général  au  particulier,  commençant  par 
3es  influences  communes,  pour  finir  par  l’examen  des  lésions  locales  des 
centres  nerveux  dans  leurs  rapports  avec  les  manifestations  névrosiques , 
ce  qui  constitue,  en  somme,  le  groupe  des  névroses  symptomatiques.  Nous 
résumerons  enfin  ces  causes,  en  les  classant  suivant  un  ordre  simple  et 
rationnel. 

1“  Hérédité.  Consanguinité.  Atavisme.  —  Prenant  d’abord  l’enfant  avant 
qu’il  soit  né,  nous  le  voyons  apporter  avec  lui  dans  la  vie  le  germe  d’un 
certain  nombre  d’affections  névrosiques.  Ce  germe  consiste  soit  dans  un 
principe  morbigène  qui  rendra  la  maladie  nécessaire  à  un  moment  donné , 
soit  dans  l’aplitude  du  nouvel  être  à  contracter  des  névroses  plus  ou  moins 
semblables  à  celles  dont  les  parents  ont  été  affectés.  Dans  le  premier  cas, 
et  suivant  Axenfeld  (1863),  l’hérédité  est  directe,  et  indirecte  dans  l’autre. 
Elle  sera  presque  fatale  et  obligatoire  dans  la  première  circonstance  ; 
tandis  que,  pour  la  seconde,  ses  effets  ne  pourront  pas  se  produire  si 
l’occasion  vient  à  manquer.  Il  est  à  peine  utile  de  faire  remarquer  que 
l’hérédité,  surtout  indirecte,  n’implique  pas  la  reproduction  exacte  chez  le 
descendant  de  la  névrose  de  l’ascendant,  mais  bien  seulement  une  singu¬ 
lière  prédisposition  à  être  affecté  de  maladies  nerveuses.  C’est  ainsi  qu’un 
père  épileptique  donnera  naissance  à  une  fille  hystérique  ;  ou  bien  un 
enfant  choréique  procédera  de  parents  sujets  à  des  accès  nerveux  (?),  et 
aura  une  sœur  disposée  aux  convulsions  sous  la  seule  influence  men¬ 
struelle  (L.  Concato,  1873).  D’autre  part,  la  névrose  révélera  sa  nature 
diathésique,  en  se  traduisant  par  voie  d’hérédité  sous  forme  de  rhuma¬ 
tisme,  de  goutte,  de  cancer,  etc.  et  inversement  (P.  Berthier,  1874). 

D’ailleurs  tous  les  auteurs  s’accordent  pour  reconnaître  le  caractère  héré¬ 
ditaire  dans  mainte  névrose  ou  vésanie.  Willis  (1667)  l’avait  déjà  constaté 
pour  les  convulsions  ;  après  lui,  Tissot  (1770)  l’a  également  proclamé  dans 
ses  ouvrages.  Mais  personne  n’a  abordé  ce  sujet  avec  plus  d’autorité  et 
d’ampleur  que  Prosper  Lucas  (1850),  à  qui  l’on  doit  sur  cette  question  un 
livre  d’une  haute  portée  médico-philosophique,  et  en  même  temps  pra¬ 
tique,  car  l’auteur  poursuit  la  démonstration  du  fait  pour  chacune  des 
grandes  névroses  en  particulier,  la  chorée,  l’hystérie,  le  tétanos,  l’épilepsie, 
la  folie,  etc,  et  même  pour  les  névroses  viscérales,  parmi  lesquelles  il 
range  avec  raison  l’hypochondrie.  Enfin,  de  nos  jours,  Trélat  père  (1861), 
s’occupant  d’un  sujet  qui  est  en  quelque  sorte  une  transition  entre  la  vraie 
névrose  et  la  folie  proprement  dite,  nous  voulons  parler  de  la  folie  lucide, 
a  reconnu  l’empreinte  de  la  transmission  héréditaire,  avec  toutes  les 
variétés  d’hérédité  que  nous  avons  admises,  dans  quarante-trois  cas  sur 
soixante-dix-sept. 

La  production  des  névroses  par  voie  de  génération  se  manifeste  aussi 
Aai.ns\cL  consanguinité  (voy .  ce  mot.  t.  IX).  Les  inconvénients  attribués 
aux  unions  consanguines  se  traduisent  tout  d’aboi’d  dans  l’ordre  névro¬ 
sique  et  paraissent  de  préférence  frapper  les  fonctions  cérébrales.  On  a 
principalement  invoqué,  chez  les  produits  consanguins,  la  dégradation 


808  NÉVROSES.  —  pathogénie. 

intellectuelle  et  morale,  allant  jusqu’à  l’imbécillité  et  l’idiotisme.  Sans  nous 
faire  le  défenseur  de  cette  opinion,  qu’il  nous  suffit  de  signaler,  nous  ren¬ 
voyons  à  un  travail  publié  sur  le  sujet  dans  les  Annales  médico-psycholo¬ 
giques  (M.  Binet,  1874). 

A  la  suite  des  influences  précédentes,  on  voit  se  placer  tout  naturelle¬ 
ment  certains  faits  qu’on  a  donnés  comme  des  phénomènes  d’atavisme. 
Un  auteur  anglais,  J.  Browne  (1875),  à  l’occasion  d’un  cas  de  nécrophilisme, 
ou  de  cannibalisme,  qu’il  rapporte,  ne  craint  pas  de  considérer  le  fait  comme 
un  trouble  psychique  témoignant  d’un  retour  aux  instincts  des  races  pri¬ 
mitives.  L’interprétation  pourrait  être  vraie,  si  ce  n’était  pas  donner  à 
l’anthropophagie  une  signification  qu’elle  n’a  jamais  eue  :  elle  a  pu  être 
une  nécessité  alimentaire,  mais  non  pas  un  besoin  instinctif,  les  loups 
eux-mêmes  ne  dévorant  leurs  semblables  que  morts  ou  blessés. 
Le  cas  du  médecin  anglais  rentre  plûtôt  dans  ces  exemples  de  boulimie,  de 
pica,  de  malacia,  qui  sont  de  véritables  névroses  de  la  fonction  digestive. 

2“  Contagion.  Imitation.  —  Le  mot  contagion,  employé  à  propos  de 
l’étiologie  des  névroses,  paraîtra  quelque  peu  forcé.  Cependant  certains 
observateurs,  voyant  des  faits  où  le  mal  semblait  se  communiquer  d’un 
individu  affecté  à  un  autre  qui  ne  l’était  pas  encore,  se  sont  crus  autorisés 
à  donner  à  ces  phénomènes  le  sens  d’une  contagion  proprement  dite. 
C’est  à  ce  titre  que  Fodéré  (1862)  a  attribué  la  transmission  de  l’épilepsie 
du  chien  à  l’enfant,  dans  un  cas  qu’il  rapporte.  De  son  côté,  Bouchut  (1862) 
conclut  également  à  la  contagion,  à  propos  d’un  certain  nombre  d’obser¬ 
vations  qu’il  groupe,  et  qu’il  a  recueillies  lui-même  ou  qu’il  a  emprun¬ 
tées  à  différents  auteurs.  Ces  faits  se  rapportent  surtout  à  certaines 
névroses  indéterminées  :  ce  sont  des  syncopes  avec  mouvements  convul-- 
sifs  et  avec  une  perte  d’intelligence  plus  ou  moins  avancée.  C’est  certes 
abuser  du  mot  contagion  que  de  l’appliquer  ici,  alors  que  le  terme  d’imita¬ 
tion,  introduit  dans  le  titre  du  travail,  rend  bien  mieux  la  réalité  des 
choses;  et  l’imitation  dans  ces  cas,  c’est  cette  communication  instinctive 
du  rire,  du  bâillement,  des  larmes,  du  prurit,  etc.  L’imitation  est  consciente 
ou  inconsciente,  suivant  que  la  chose  imitée  éveille  en  nous  des  souvenirs 
agréables  ou  pénibles,  ou  suivant  qu’elle  procède  par  voie  réflexe  ;  et  rien 
dans  tout  cela  ne  ressemble  à  cette  matière  morbigène  qui  constitue  l’es¬ 
sence  même  de  la  contagion.  Du  reste,  les  traités  de  maladies  nerveuses, 
les  recueils  d’observations  curieuses,  renferment  de  nombreux  exemples 
de  propagation  névrosique.  Tantôt  ce  sont  toutes  les  femmes  d’une  salle 
d’hôpital  qui  tombent  en  convulsion,  à  la  vue  d’une  malade  en  proie  à  une 
attaque  d’hystérie  ;  tantôt  ce  sont  des  mouvements  choréiques  qui  se  pro¬ 
pagent  sur  tout  un  groupe  d’enfants  ;  tantôt,  enfin,  un  individu,  qui  n’avait 
jamais  présenté  le  moindre  symptôme  d’épilepsie,  devient  tout  à  coup 
épileptique  par  l’émotion  violente  qu’il  éprouve  en  présence  d’un  malade 
atteint  de  cette  horrible  affection.  Mais  c’est  dans  Tordre  des  épidémies 
morales  que  se  rencontre  la  preuve  la  plus  frappante  du  mode  de  trans¬ 
mission  des  névroses  par  imitation.  11  suffit  de  rappeler  ici  les  possédées 
de  Loudun,  les  convulsionnaires  de  Saint-Médard .  On  peut  en  rapprocher 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE.  8ü9 

les  actes  des  adeptes  du  spiritisme,  qui  doivent  éveiller  tant  de  défiance, 
et  les  tristes  hallucinations  des  populations  annexées  à  la  suite  de  la  der¬ 
nière  guerre,  et  dont  il  a  été  question  il  y  a  quelques  années.  Invoquez,  à 
propos  de  ces  curieuses  épidémies  morales,  l’imitation  ou  la  mauvaise 
foi,  comme  vous  voudrez  ;  mais  cessez  d’employer  l’expression  de  conta¬ 
gion,  qui  se  verrait  ainsi  un  peu  trop  détournée  de  sa  signification  première. 

3°  Épidémicité.  —  La  question  pour  les  névroses,  à  ce  point  de  vue,  se 
complique  d’un  grand  nombre  d’influences  secondaires  qui  lui  font  perdre 
sa  signification  véritable.  Il  y  a  déjà  à  éliminer  ces  faits  d’imitation,  et  non 
de  contagion,  dont  nous  venons  de  parler  ;  mais  il  y  a  aussi  d’autres  con¬ 
sidérations  plus  importantes,  relatives  à  la  pression  barométrique,  au  degré 
hygi’ométrique,  à  la  température,  à  l’électricité,  à  la  saison,  etc.  On  sait 
combien  influent  les  vicissitudes  atmosphériques  sur  les  névropathes.  Le 
rhumatisant,  dont  le  mal  provient  primitivement  d’un  refroidissement, 
devient  bientôt  l’être  le  plus  impressionnable  du  monde  pour  la  moindre 
excitation  venue  du  dehors.  Combien  a-t-on  vu  de  cas  de  tétanos  se  déclarer 
à  la  suite  d’une  bataille,  et  par  le  seul  fait  d’un  abaissement  subit  du  ther¬ 
momètre?  Il  y  a  encore  l’asthme  d’été  et  le  prurit  d’hiver.  Mais  il  y  a  sur¬ 
tout  à  tenir  compte  des  cas  d’intoxication  collective  méconnus  :  ergotisme 
convulsif,  raphanie,  botulisme,  pellagre,  coliques  sèches,  accidents  de 
tellurisme  et  d’impaludisme,  qui  donnent  lieu  aux  phénomènes  névrosiques 
les  plus  variés  et  les  plus  inattendus,  s’étendant  à  tout  un  groupe  d’indi¬ 
vidus  à  la  fois.  Nous  nous  bornons  pour  le  moment  à  ces  indications  som¬ 
maires,  renvoyant  chaque  cas  particulier  à  la  place  qu’il  doit  occuper;  et 
nous  concluons  que  les  névroses  ne  sauraient  être  épidémiques  dans  l’accep¬ 
tion  du  mot,  qui  s’applique  mieux  à  des  cas  collectifs  d'infection  propre¬ 
ment  dite,  par  un  miasme,  un  effluve,  s’attaquant  à  plusieurs  personnes 
d’une  même  contrée,  et  donnant  lieu  à  des  maladies  parfaitement  déter¬ 
minées. 

k°  Constitution.  Tempérament.  Diathèse.  —  C’est  également  par  une  exten¬ 
sion  un  peu  forcée  qu’on  a  considéré  une  constitution  frêle  comme  vouée 
aux  maladies  nerveuses,  et  qu’on  a  distingué,  parmi  les  divers  tempéraments, 
le  nerveux.  Enfin  on  a  été  jusqu’à  admettre  l’existence  d’une  diathèse  ner¬ 
veuse.  Relativement  à  ce  dernier  point,  la  question  a  été  poussée  très-loin. 
Déjà  Baumès  (1853),  dans  un  précis  théorique  et  pratique  «  sur  les  dia¬ 
thèses  »,  a  reconnu  une  diathèse  névrosique  ou  nervique,  aussi  constatée 
par  Piorry.  De  son  côté,  un  auteur  allemand,  Arndt  (1875),  proclame  que 
le  nervosisme  exagéi-é  est  une  diathèse  congénitale  ou  acquise.  La  diathèse 
névropathique  acquise,  qui  est  la  moins  fréquente,  appartient  aux  mala¬ 
dies  d’épuisement.  La  diathèse  congénitale  s’explique  par  une  persistance 
de  l’état  embryonnaire  des  masses  ganglionnaires  et  des  tubes  nerveux. 
Enfin,  P.  Berthier  (1875),  étudiant  les  névroses  diathésiques,  loin  de  les  iso¬ 
ler,  les  montre  dans  leurs  rapports  avec  le  rhumatisme,  la  goutte,  les  dar¬ 
tres,  la  syphilis,  le  cancer,  la  scrofule,  etc.  Comme  exemples,  il  suffit  de 
mentionner  la  chorée  rhumatismale  et  l’asthme  arthritique.  Mais  ces  vues, 
tout  ingénieuses  qu’elles  sont,  ne  permettent  pas  de  conclure  à  la  véri- 


810 


.  NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE, 
table  diathèse  qui,  pas  plus  que  la  contagion  et  l’épidémicité,  ne  saurait 
se  séparer  d’un  principe  pathogénique,  parfaitement  substantiel.  Certes, 
à  ce  point  de  vue,  nous  sommes  loin  de  refuser  au  rhumatisme  la  faculté 
de  se  manifester  sous  la  forme  d’une  maladie  névrosique  :  mais  combien 
alors  nous  éloignons-nous  de  l’idée  que  l’on  se  fait  d’une,  névrose  !  Et  à 
quel  point  le  mot  diathèse  est- il  ici  mal  approprié  ! 

5”  Age.  —  L’enfance  est  un  âge  fertile  en  névroses.  Il  en  est  au  début  de 
la  vie  comme  au  commencement  des  maladies,  l’élément  névropathique 
l’emporte  d’abord,  pour  laisser  place  ensuite  aux  affections  inflammatoires 
et  organiques.  Vers  la  puberté,  les  maladies  nerveuses  reprennent  une 
nouvelle  intensité  ;  mais  plus  tard,  surtout  chez  l’homme,  à  mesure  que  les 
années  s’accumulent,  la  prédominance  névrosique  des  premières  années 
s’affaiblit  peu  à  peu,  pour  laisser  le  vieillard  à  peu  près  indemne  à  ce  point 
de  vue ,  si  l’on  veut  bien  ne  pas  tenir  compte  des  lésions  cérébrales  défi¬ 
nies,  l’apoplexie  et  le  ramollissement,  si  communes  à  cette  extrémité  de 
la  vie. 

Reprenant  le  sujet  au  point  de  vue  de  l’enfance,  nous  trouvons  les  condi¬ 
tions  les  plus  favorables  pour  l’explosion  des  névroses.  Déjà,  durant  la  vie 
intra-utérine,  il  se  passe  des  phénomènes  dont  les  traces  ultérieures  plai¬ 
dent  en  faveur  de  névroses  convulsives  éprouvées  par  le  fœtus.  C’est  ainsi 
que  l’on  s’explique  certaines  luxations  congénitales  et  quelques  malfor¬ 
mations  attribuables  à  la  contracture  musculaire,  le  pied  bot,  par  exemple, 
en  en  faisant  remonter  le  principe  jusque  dans  les  centres  nerveux  soumis 
à  une  irritation  morbide. 

Au  moment  même  de  sa  naissance,  l’enfant  est  exposé  à  une  variété  de 
tétanos  mise  sur  le  compte  de  la  plaie  ombilicale  :  J.  Bierbaum  (1873)  et 
Ribemont  (1875)  ont  rapporté  des  faits  de  ce  genre  qui  démontrent  l’exis¬ 
tence  d’un  tétanos  des  noumaù-nés. 

Plus  tard  arrive  la  première  dentition  si  féconde  en  accidents  convulsifs 
ou  comateux,  et  dont  il  serait  superflu  de  prouver  l’influence,  tant  les  pra¬ 
ticiens  et  le  public  lui-même  sont  édifiés  à  cet  égard. 

D’une  manière  générale,  les  affections  convulsives,  le  délire  aigu,  de  pré¬ 
férence  aux  névroses  paralytiques  ou  comateuses,  sont  communes  durant 
la  première  enfance  :  un  simple  accès  de  fièvre,  une  indigestion,  la  pré¬ 
sence  des  vers  intestinaux,  une  pyrexie  éruptive,  la  coqueluche,  etc.,  pro¬ 
voquent  des  convulsions  et  du  délire  avec  une  extrême  facilité,  mais  aussi 
se  dissipent  de  même.  Ces  sortes  d’accidents  forment  un  groupe  assez  na¬ 
turel,  pour  avoir  été  l’objet  de  travaux  spéciaux,  parmi  lesquels  nous  ne 
manquerons  pas  de  citer  le  Traité  pratique  des  convulsions  de  l’enfance,  de 
J.-L.  Brachet  (1837),  sans  compter  tous  les  ouvrages  relatifs  à  la  patho¬ 
logie  des  enfants. 

Indépendamment  de  cette  disposition  commune  aux  manifestations  ner¬ 
veuses  dans  le  jeune  âge,  on  voit  souvent  les  névroses  prendre,  à  cette 
époque  de  la  vie,  une  forme  plus  déterminée,  et  pouvoir  être  alors  quali¬ 
fiées  d’essentielles.  Nous  citerons  parmi  les  faits  que  nous  avons  collection¬ 
nés  ;  le  spasme  de  la  glotte,  si  fréquent  durant  la  pi-emière  année  de  la  vie. 


811 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE, 
et  lié  quelquefois  à  l’albuminurie  ;  la  chorée,  qui  se  montre  plus  commune 
à  mesure  qu’on  s’approche  davantage  de  la  puberté  ;  les  terreurs  nocturnes, 
sous  l’influence  des  troubles  digestifs  ;  et  surtout  l’incontinence  d’urine,  qui 
appartient  souvent  à  l’ordre  convulsif  ;  Y épilepsie,  qui  débute  ordinairement 
vers  cet  âge,  et  qui  affecte  volontiers  la  forme  larvée  (Cb.  West,  1875). 
En  outre,  J.  Simon  a  signalé  chez  les  enfants  certaines  paralysies  éphé¬ 
mères  (1874),  et  assez  exceptionnelles  à  cette  époque  de  l’existence.  L’hys¬ 
térie  et  le  somnambulisme  sont  mentionnés  dans  un  mémoire  sur  les  mala¬ 
dies  nerveuses  des  enfants,  du  professeur  Bohn  (1874).  Enfin  il  n’est  pas 
jusqu’à  l’aphasie  qui  n’ait  été  observée  sur  des  enfants.  A.  Clarus,  de  Leipzig 
(1874),  admet  cinq  cas  de  cette  affection  :  l’aphasie  congénitale,  l’aphasie 
consécutive  aux  maladies  aiguës,  l’aphasie  consécutive  aux  affections  céré¬ 
brales  aiguës,  l’aphasie  consécutive  aux  maladies  chroniques  du  cei’veau, 
et  enfin  l’aphasie  dans  les  névroses  (convulsions,  chorée).  De  son 
côté,  James  Finlayson  rapporte  deux  faits  d’aphasie  et  un  fait  de  mutité 
hystérique  chez  des.  enfants  (1876).  On  pourra  remarquer  combien  les 
névralgies  sont  rares  dans  l’enfance  ;  mais  peut-être  y  sont-elles 
méconnues  ?  Il  n’est  donc  pas  inutile  de  citer  John  Ghapmann  (1873), 
qui  mentionne  cette  affection  précisément  dans  les  circonstances  dont  nous 
parlons. 

Il  ne  saurait  être  ici  question  des  accidents  nerveux  symptomatiques  des 
maladies  cérébrales  aiguës  chez  les  enfants,  telles  que  l’hémorrhagie  mé¬ 
ningée,  la  méningite  tuberculeuse,  les  tubercules  du  cerveau,  etc.  ;  autre¬ 
ment,  le  tableau  des  affections  névrosiques  durant  le  premier  âge  serait 
encore  plus  chargé. 

Nous  passerons  rapidement  sur  les  névroses  qui  accompagnent  l’éta¬ 
blissement  de  la  puberté,  et  sur  celles  qui  se  montrent  aux  diverses  autres 
époques  de  la  vie;  car  ici  la  question  se  complique  de  considérations  de 
sexe,  de  condition  sociale,  de  profession,  d’habitudes,  d’hygiène,  etc.  Il  nous 
suffira  de  faire  ressortir  la  rareté  des  névroses  proprement  dites  chez  le 
vieillard,  qui,  au  contraire,  se  montre  si  exposé  aux  affections  organiques 
de  l’encéphale,  à  l’apoplexie,  etc. 

6°  Sexe.  —  Le  sexe  apporte  son  contingent  aux  chances  plus  ou  moins 
grandes  de  névroses.  De  même  que  nous  avons  vu  la  constitution  faible,  le 
tempérament  nerveux,  l’enfance,  prédisposer  aux  convulsions,  au  délire,  etc. , 
de  même  pouvons-nous  affirmer  a  priori  que  la  femme  sera  plus  sujette 
que  l’homme  aux  accidents  névropathiques  :  débilité  et  exaltation  nerveuse 
sont  corrélatives  ;  c’est  une  question  d’équilibre  rompu  entre  l’action  et  le 
principe  de  cette  action  c’est  la  première  manifestation  de  l’ataxie.  Les  faits 
répondent  à  ces  présomptions  :les  femmes  l’emportent  de  beaucoup  sur  les 
hommes  par  la  fréquence  et  la  variété  des  affections  névrosiques.  Il  suffit 
de  citer  dès  l’abord  l’hystérie  avec  ses  mille  formes,  qui,  à  différents 
degrés,  domine  le  sexe  féminin  durant  toute  la  vie  sexuelle.  G’est  à  peine 
si  l’on  peut  opposer  à  cette  grande  névrose  chez  la  femme  l’hypochondrie 
pour  l’homme.  Cependant  plusieurs  auteurs  ont  tenté  de  mettre  en  paral¬ 
lèle  ces  deux  affections  ne  différant  entre  elles  que  par  le  terrain  où  elles 


812 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNJE. 


se  développent  :  c’est  ainsi  qu’ont  procédé  Pomme,  Louyer-Villermay,  etc. 
Cette  vue  n’a  pas  été  acceptée  par  les  observateurs  modernes,  qui  font  de 
rhypochondrie  une  névrose  à  part,  et  qui  poursuivent  même  la  démonstra¬ 
tion  de  l’hystérie  chez  l’homme.  De  nombreux  faits  ont  été  publiés  en 
faveur  de  cette  manière  de  voir;  et  l’on  peut  se  faire  une  opinion  à  cet 
égard  en  consultant  l’article  Hystérie  de  ce  Dictionnaire. 

7"  Menstruation.  Grossesse.  Allaitement.  Ménopause.  —  Nous  main¬ 
tenant  dans  le  domaine  de  la  pathologie  féminine,  nous  trouvons  d’abord 
à  mentionner  les  diverses  névroses  particulières  à  l’âge  où  la  menstruation 
s’établit.  A  ce  propos  nous  pouvons  citer  un  travail  intéressant  de  Berthier 
(1874).  Cet  auteur,  divisant  son  sujet  en  deux  parties,  suivant  qu’il  s’agit 
des  névroses  proprement  dites  ou  de  manifestations  de  la  folie,  rapporte 
115  observations  du  premier  cas  et  127  du  second.  Laissant  de  côté  ce  der¬ 
nier  point  de  vue,  qui  comprend  tout  le  cadre  nosologique  de  la  folie,  nous 
restons  en  présence  des  désordres  névrosiques  les  plus  divers  :  névralgies 
ou  névroses  simples  ;  troubles  de  la  vue,  de  l’ouïe,  de  la  parole,  et  halluci¬ 
nations  ;  dyspnées  ;  troubles  gastriques  ;  convulsions  ;  accidents  choréiques  ; 
hystérie;  léthargie;  catalepsie;  épilepsie;  affections  cérébrales  diverses. 
Comme  complément,  nous  signalerons  les  recherches  de  Schrœter  sur  la 
menstruation  dans  ses  rapports  avec  les  psychoses.  (1874). 

Lorsque  la  femme  a  conçu  et  qu’elle  enfante,  elle  se  trouve  encore 
exposée  à  de  nouvelles  névroses.  Parlerons-nous  de  l’éclampsie  qui  sous 
diverses  formes  atteint  la  femme  durant  sa  grossesse,  pendant  l’accouche¬ 
ment  même  et  après  la  délivrance?  Ici  la  question  se  complique  de  considé¬ 
rations  relatives  à  l’albuminurie,  à  l’urémie  ;  et  nous  ne  l’analyserons  qu’à 
propos  des  accidents  nerveux  liés  à  une  certaine  lésion  rénale. 

D’autres  faits  plus  rares  ont  été  signalés  :  S.  Jaccoud  (1867)  a  rapporté 
dans  ses  leçons  cliniques  des  cas  de  chorée  chez  des  femmes  grosses, 
constituant  ainsi  une  variété  de  cette  maladie  qui  est  qualifiée  de  chorea 
gravidarum,  et  appartenant  à  l’ordre  des  chorées  anomales.  De  son  côté,  un 
auteur  anglais,  Edw.  Malins  (1873),  a  cité  un  fait  de  folie  chez  une  femme 
enceinte,  qui  s’est  terminée  par  le  suicide  de  la  malade.  A  ce  sujet  l’obser¬ 
vateur  lait  remarquer  que  la  mélancolie  avec  tendance  au  suicide  domine 
de  beaucoup  parmi  les  tendances  délirantes  de  la  puerpéralité. 

Durant  la  période  de  Vallaitement,  et  surtout  vers  la  fin  d’une  lactation 
prolongée  qui  a  épuisé  la  nourrice,  on  voit  souvent  se  produire  des  crampes 
dans  les  membres  et  une  contracture  des  extrémités,  qui  sont  de  même 
nature  que  les  arthropathies  des  cachectiques  ou  que  les  crampes  des  conva¬ 
lescents. 

L’époque  delà  ménopause  estmoins  favoi-able aux  troubles  névrosiques. 
On  voit  plutôt  apparaître  alors  des  désordres  circulatoires,  des  congestions, 
des  hémorrhagies,  etc. 

8“  Causes  morales.  —  L’influence  du  moral  sur  le  physique  a  suscité  des 
recherches  importantes  de  la  part  des  philosophes  aussi  bien  que  des 
médecins.  Il  est  à  peine  nécessaire  de  citer  ici  Cabanis,  tant  ses  écrits  sont 
connus,  et  tant  le  sujet  en  lui-même  est  hors  de  toute  contestation.  Mais 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE.  813 

ce  qui  est  plus  utile  à  montrer,  c’est  que  cette  action  de  l’esprit  sur  le  corps 
se  traduit  préalablement,  et  d’une  façon  en  quelque  sorte  nécessaire,  par 
une  première  phase  morbide  tout  entière  de  nature  névrosique.  Ce  n’est 
qu’à  la  longue  que  le  trouble  trophique,  par  la  répétition  fréquente  dés 
mêmes  actes,  commence  à  se  manifester.  Parmi  les  observateurs  contem¬ 
porains  qui  ont  écrit  sur  la  matière,  et  ils  sont  peu  nombreux,  tant  on  est 
occupé  ailleurs,  nous  citerons  :  Henri  Védie  (1874)  qui,  dans  les  Annales 
médico-psychologiques,  a  traité  de  l’influence  des  causes  morales  sur  l’éco¬ 
nomie,  et  en  particulier  sur  le  système  nerveux;  puisHackeTukeetBrierre 
de  Boismont  (1874),  qui  intitulent  leur  travail  ;  De  l’influence  de  l’esprit 
sur  le  corps  dans  l’état  de  santé  et  de  maladie.  Enfin,  comme  chose  curieuse, 
mentionnons  les  observations  d’O.  Koths  (1873)  relatives  à  l’origine  d’un 
certain  nombre  de  maladies  causées  par  le  sentiment  de  la  terreur  pendant 
le  bombardement  de  Strasbourg.  C’est  toujours  la  même  application  de  la 
psychologie  à  Part  de  prendre  les  villes ,  dont  les  Allemands  ont  usé  si 
largement  durant  la  fatale  guerre  de  1870. 

L’action  de  certaines  idées  sur  des  esprits  faibles  ou  mal  éclairés  se 
traduit  par  des  névroses  qui,  restant  dans  l’ordre  des  actes  de  l’entende¬ 
ment,  n’appartiennent  pas  encore  précisément  pour  cela  à  l’aliénation 
mentale.  Nous  avons  déjà  parlé  de  ces  épidémies  morales  développées  par 
le  fait  de  préoccupations  communes,  ou  par  voie  d’imitation.  Lorsque  les 
choses  vont  jusqu’aux  convulsions,  l’influence  du  moral  sur  le  physique 
n’est  plus  douteuse  :  il  y  a  névrose.  De  même,  disons-nous,  ce  sont  des 
névroses  que  ces  perversions  intellectuelles  qui  se  sont  appelées  le  mysti¬ 
cisme  religieux,  l’entraînement  politique,  le  mesmérisme,  le  spiritisme, 
etc.  Tantôt  ces  phénomènes  n’atteignent  qu’un  sujet  par-ci  par-là,  et 
comme  sporadiquement;  tel  est  le  cas  de  la  stigmatisée  d’Anvers  (1874)  ; 
tels  sont  certains  faits  soi-disant  miraculeux.  Tantôt,  et  cela  devient  plus 
gi-ave,  c’est  toute  une  collection  d’individus,  tout  un  parti  politique,  toute 
une  secte  religieuse  qui  se  mettent  à  délirer  à  qui  mieux  mieux.  Qui 
oserait  dire  que  les  faits  atroces  qui  ont  signalé  la  Commune  de  1871  ne 
relèvent  pas  de  l’ordre  pathologique  ?  Lorsqu’on  songe  que  ces  désordres 
ont  succédé  à  un  long  siège,  à  des  privations  de  toute  sorte  et  aux  inquié¬ 
tudes  morales  les  plus  comiplètes  qu’une  grande  ville  ait  jamais  subies,  on 
ne  peut  s’empêcher  d’expliquer  par  les  principes  que  nous  exposons  ici  tous 
ces  troubles,  sans  vouloir  les  justifier  un  seul  instant. 

La  nostalgie  est  une  forme  de  névrose  dérivant  également  d’un  désordre 
de  l’esprit,  bien  que  d'un  genre  tout  particulier.  Un  article  dû  à  Henri  Rev, 
médecin  de  la  marine,  lui  est  consacré  dans  ce  Dictionnaire  {voy.  nostalgie). 

9»  Influences  professionnelles.  —  L’habitude  de  certains  mouvements 
commandés  par  une  profession  ou  par  tout  autre  motif,  indépendamment 
de  l’intervention  d’un  agent  toxique,  amène  parfois  un  désordre  de  ces 
mêmes  mouvements,  consistant  soit  dans  la  persistance  tonique  de  la 
contraction  musculaire,  soit  dans  une  convulsion  clonique  des  muscles 
en  cause.  Ces  faits  ont  pour  expression  principale  la  crampe  des  écrivains, 
sur  laquelle  ont  écrit  récemment  G.  V.  Poore  (1873)  et  R.  Wilde  (1875). 


814 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE. 

Ils  ont  comme  analogues  :  la  crampe  des  danseuses  (Schultz,  1874),  et  celle 
des  employés  au  télégraphe  (Onimus,  1874).  On  peut  encore  en  rapprocher 
le  nystagmus  des  mineurs,  que  Charles  Bell  Taylor  (1875)  assimile,  en  effet, 
à  la- crampe  des  écrivains,  des  pianistes,  etc.,  et  dont  Bramwell  (1875) 
a  rapporté  une  observation,  avec  complication  de  palpitations  de  cœur 
et  de  sueurs  profuses.  Il  s’agit  ici  du  nystagmus  par  oscillation  des  globes 
oculaires,  et  non  pas  seulement  du  clignement  convulsif  des  yeux.  Enfin, 
H.  Follet  (1873)  a  cru  pouvoir  étendre  jusqu’au  bégayement,  à  titre  de  con¬ 
vulsions  fonctionnelles,  [les  vues  que  nous  exposons  en  ce  moment.  Il 
existerait  également,  en  opposition  aux  faits  précédents,  des  paralysies 
dites  fonctionnelles,  et  celle  qui,  par  exemple,  correspondrait  au  bégaye¬ 
ment,  pour  ce  qui  est  de  la  phonation,  serait  la  paralysie  labio-glosso- 
laryngée. 

La  profession  agit  à  divers  titres  sur  l’homme  qui  l’exerce.  Gomme 
nouvelle  application  de  ce  principe,  nous  voyons  Thurn  (1875)  assigner  une 
physionomie  toute  particulière  aux  affections  de  l’homme  de  troupe,  et  il 
considère  comme  susceptible  d’être  généralisé  chez  les  soldats  le  syndrome 
suivant  :  syncope,  épilepsie  aiguë  et  angine  de  poitrine  à  forme  vaso-mo¬ 
trice.  On  ne  saurait,  en  effet,  nier  qu’il  s’exerce  ici  une  communauté  d’in¬ 
fluences,  par  l’hygiène,  l’alimentation,  l’unifonne,  les  exercices,  etc.,  qui 
arrive  à  modifier  la  constitution  du  soldat,  en  passant  par  une  phase  prépa¬ 
ratoire  d’ordre  névrosique. 

10“  Circumfusa: — Parmi  les  actions  pathogéniques  de  la  part  du  milieu 
dans  lequel  nous  sommes  plongés,  en  tant  que  susceptible  de  produire  des 
névroses,  nous  n’examinerons  que  Y influence  de  la  température  et  des  éma- 
nations  paludéennes  ou  telluriques. 

Les  vicissitudes  atmosphériques  se  font  surtout  sentir  ici  par  le  passage 
subit  du  chaud  au  froid  ;  en  un  mot,  ce  sont  les  névroses  a  frigore  ou  rhu¬ 
matismales  dont  il  doit  être  question  dans  cette  revue.  Le  cas  le  plus  ordi¬ 
naire,  c’est  la  production  d’une  névralgie,  qualifiée  dès  lors  de  catarrhale 
ou  de  rhumatismale.  Nous  n’insisterons  pas  sur  ce  fait,  tant  il  est  banal  en 
quelque  sorte.  Disons  seulement  que  l’expression  la  plus  complète  d’un 
pareil  mal  se  voit  dans  la  névralgie  rhumatismale  du  trijumeau  et  dans 
toutes  ses  curieuses  déterminations  physiologiques.  Inversement,  appa¬ 
raissent  les  paralysies  a  frigore  :  paralysie  du  facial,  paralysie  du  radial 
(Vicenti,  1875),  et  même  paralysie  des  quatre  membres  (D'  Capozzi,  1873). 
Puis  dans  l’ordre  des  convulsions,  nous  trouvons  une  grande  névrose, 
parfaitement  définie,  la  chorée,  dont  la  nature  rhumatismale,  pour  beaucoup 
de  cas,  n’est  guère  contestable,  et  sur  laquelle  un  des  derniers  travaux 
parus  est  la  thèse  inaugurale  de  H.  Douast  (1876).  Enfin  les  désordres 
névrosiques  causés  par  le  froid  s’étendent  jusque  dans  le  domaine  de 
l’entendement,  ainsi  qu’on  en  peut  juger  par  cette  observation  de  Raymond 
sur  un  cas  de  lypémanie,  avec  aphasie  et  amnésie  temporaires,  chez  un 
rhumatisant.  Il  y  aurait  peut-être  de  plus  longs  développements  à  fournir 
sur  la  disposition  morale  du  rhumatisant  ;  mais  ce  n’est  pas  le  moment 
d’y  insister. 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE.  815 

L’atmosphère  agit  encore  sur  nous  autrement  que  par  la  température,  et 
notamment  par  sa  composition.  Nous  ne  parlerons  ici  que  de  l’altération 
de  l’air  par  les  effluves  marenimatiques  et  telluriques.  En  dehors  des  mani¬ 
festations  redoutables  et  variées  de  la  fièvre  pernicieuse  paludéenne,  il  se 
•présente  des  cas  de  cette  maladie  à  forme  larvée  et  névrosique  dont  nous 
devons  dire  quelques  mots.  Voici  d’abord  un  délire  mélancolique,  consé¬ 
cutif  à  une  fièvre  intermittente  ortiée,  et  qui  s’est  terminé  par  la  guérison 
(E.  Calmette,  1872).  Ensuite  nous  trouvons  signalés  des  faits  d’hémiplégie 
intermittente,  par  Lemoine  (ISTli)  et  par  J.  Granet  (1876).  Ce  dernier, 
étudiant  la  maladie  dans  son  ensemble,  rapporte  d’autres  exemples  d’une 
pareille  complication  empruntés  à  divers  observateurs.  Il  peut  aussi  se 
produire  une  paraplégie  paludéenne  (Grainger  Ste-w^art,  1876),  quele  sulfate 
de  quinine  améliore  notablement.  Enfin  nous  terminerons  par  la  mention 
d’une  névrose  cardiaque  de  forme  pernicieuse,  reproduite  par  la  Gazette 
hebdomadaire  de  1875. 

11°  Traumatisme.  —  A  mesure  que  les  causes  nevroso-pathogéniques  se 
rapprochent  davantage  de  nous,  leur  rôle  s’explique  mieux  ;  car  il  ne  s’agit 
plus  alors  que  de  la  mise  en  jeu  des  phénomènes  réflexes  les  plus  élémen- 
taii’es.  Le  traumatisme  ne  laisse,  à  cet  égard,  aucune  équivoque.  Il  suffît 
de  nommer  le  tétanos,  pour  rappeler  immédiatement  l’idée  d’une  origine 
traumatique,  du  moins  pour  la  variété  la  plus  commune  de  cette  grande 
névrose.  Ajoutez-y  l’élément  rhumatismal  pour  beaucoup  de  cas,  et  vous 
aurez  une  double  influence  dont  l’énergie  fâcheuse  n’est  pas  à  discuter.  Il 
n’est  pas  Jusqu’à  la  petite  piqûre  de  l’injection  hypodermique  qui  n’ait  pro¬ 
duit  ce  mal  :  il  est  vrai  qu’il  y  avait  en  outre  l’action  irritante  du  liquide 
(sulfate  de  quinine)  injecté,  et  que  les  choses  se  sont  passées  dans  un 
climat  chaud  (Roberts,  1876).  En  regard  du  tétanos  se  placent  certaines 
névroses  plus  rares  :  W.  Jelly  cite  un  cas  de  paraplégie  traumatique,  avec 
un  remarquable  développement  des  poils  sur  les  parties  paralysées  (1873). 
E.  Rahm,  de  Schaffhouse  (187à),  mentionne  une  névrose  particulière  de  la 
motilité  du  membre  supérieur,  à  la  suite  d’une  morsure  légère  d’enfant. 
Enfin  il  n’est  pas  jusqu’à  V épilepsie  qui  n’ait  été  observée  dans  ces  circon¬ 
stances  :  du  moins,  Ostermann  (1873)  cite-t-il  un  véritable  cas  d’épilepsie 
traumatique. 

12“  Brûlure. — La  brûlure,  qui  est  une  forme  de  traumatisme,  est  si¬ 
gnalée  par  maints  observateurs  comme  déterminant  par  voie  sympathique 
de  très-graves  désordres  intérieurs,  dans  certaines  conditions  d’étendue  et 
de  profondeur.  Indépendamment  des  lésions  organiques  qui  peuvent  se 
produire,  on  peut  constater,  surtout  au  premier  abord,  des  ti'oubles  nerveux 
plus  ou  moins  variés  et  bizarres.  H.  Duret  (1876)  a  observé  des  accidents 
de  cette  nature  à  la  suite  d’une  vaste  brûlure  au  bras  et  à  l’épaule  gauches. 
Entre  autres  faits,  il  se  manifesta  une  hémiplégie  et  une  hémi-anesthésie  de 
la  sensibilité  commune  et  de  la  sensibilité  des  organes  des  sens.  Il  est  vrai 
qu’il  s’agissait  ici  d’un  alcoolique,  et  que  plusieurs  de  ces  symptômes  peu¬ 
vent  être  mis  sur  le  compte  d’une  lésion  cérébrale.  Toutefois  celle-ci  n’a  pas 
dû  dépasser  le  degré  de  l’anémie  ou  de  l’hyperhémie;  car  le  malade  a  guéri. 


816  NÉVROSES.  —  pathogénie. 

1S°  Ingesta.  Troubles  digestifs.  —  Nous  n’aurons  égard,  sous  ce  titre,' 
qu’aux  ingesta  alimentaires  et  qu’à  l’influence  qu’ils  exercent  par  l’inter¬ 
médiaire  des  troubles  digestifs  sur  la  production  des  névroses.  Or  les  dé¬ 
sordres  de  la  digestion  peuvent  se  manifester  de  cette  façon  dans  deux 
conditions  différentes  :  Y indigestion  et  la  dyspepsie. 

L’indigestion,  cette  indisposition  si  fréquente  et  en  apparence  si  peu 
grave,  semble  a  priori  bien  éloignée  de  produire  des  complications  f⬠
cheuses;  cependant  il  ne  faudrait  pas,  à  cet  égard,  conserver  une  quiétude 
trop  grande.  Dans  quelques  circonstances  malheureuses,  il  se  manifeste, 
surtout  dans  l’ordre  névrosique,  des  accidents  notables  et  souvent  mécon¬ 
nus  quant  à  leur  origine.  Ce  sont  ;  des  vertiges  (vertigo  a  stomacho  læso), 
de  la  céphalalgie  et  jusqu’à  du  délire,  des  convulsions,  du  coma  (apoplexie 
gastrique).  Ne  voulant  pas  entrer  dans  le  détail  de  ces  faits,  nous  renvoyons 
à  l’article  Indigestion  (t.  XVIII,  p.  531),  où  il  est  précisément  question  de 
ces  symptômes  exceptionnels.  On  y  lira  également  le  récit  de  cas  particu¬ 
liers  rapportés  à  cette  occasion. 

Entre  l’indigestion  et  la  dyspepsie  proprement  dite  se  placent  certains 
troubles  digestifs  habituels,  liés  à  une  sorte  d’état  semi-paralytique  des 
fonctions  gastro-intestinales,  et  constituant  ce  qu’on  appelle  l’anorexie, 
l’embarras  gastrique  et  le  groupe  des  accidents  que  nous  avons  qualifiés 
de  dyspepsie  anesthésique  ou  muqueuse.  Ces  désordres  sont  on  ne  peut  plus 
communs  ;  on  les  voit  au  début  de  la  plupart  des  maladies  aiguës  et  même 
en  dehors  de  tout  état  pathologique  déterminé.  Dans  ces  conditions  l’éco¬ 
nomie  se  montre  exposée  à  des  troubles  névrosiques  multipliés  parmi  les¬ 
quels  figure  en  tête,  et  avec  juste  raison,  la  migraine  {voy.  t.  XXII).  Cette 
affection,  qui  présente  bien  les  caractères  nécessaires  d’une  névrose,  a  été 
l’objet  de  nombreuses  interprétations  quant  à  sa  nature  intime.  Considérée 
par  les  uns  comme  une  simple  névralgie  du  trijumeau,  elle  est  mise  par  le 
plus  grand  nombre  sur  le  compte  de  troubles  abdominaux.  S.  Clifford- 
Allbutt  (1873),  condamnant  l’hypothèse  trigéminale  de  la  migraine,  fait 
jouer  le  plus  grand  rôle  .aux  fonctions  digestives  entravées  :  l’influence  des 
écarts  de  régime,  les  vomissements,  les  désordres  observés  du  côté  du  foie, 
de  l’estomac,  et  l’efficacité  de  tout  traitement  qui  s’adresse  aux  symptômes 
gastro-intestinaux,  ne  laissent  guère  de  doute  à  cet  égard.  Anstie  (1873) 
confirme  hautement  cette  manière  de  voir,  ainsi  queW.  Dale  (1873), 
qui  donne  son  observation  personnelle  comme  preuve  de  cette  doc¬ 
trine. 

Arrive  la  véritable  dyspepsie.  Ici  il  y  a  plutôt  lieu  de  restreindre  les  con¬ 
séquences  névrosiques  de  cette  maladie  que  de  perdre  son  temps  à  démon¬ 
trer  ses  propres  attributs  de  névrose.  Faut-il  à  ce  sujet  citer  Beau  (1866), 
qui  a  donné  la  plus  grande  extension  à  la  question,  et  qui,  pour  mieux 
dire,  l’a  en  quelque  sorte  créée  de  toutes  pièces?  Nous  nous  contenterons 
de  reproduire  le  passage  de  notre  article  Dyspepsie,  paru  dans  le  tome  XII 
(1870)  de  ce  Dictionnaire.  «  S’il  fallait  en  croire  certains  auteurs,  l’état 
dyspeptique  tiendrait  sous  sa  domination  les  désordres  nerveux  les  plus 
nombreux  et  les  plus  graves.  Il  faut  lire  dans  Tissot  les  curieux  exemples 


NÉVROSES.  —  PATHOGÊNIE.  817 

qu’il  rapporte  de  ces  troubles  sympathiques  qui  sont  sous  la  dépendance 
du  ventricule.  Toute  l’économie,  dit-on,  digère  par  l’estomac,  et  les  souf¬ 
frances  de  cet  organe  doivent,  par  contre,  troubler  les  diverses  autres 
fonctions.  Sur  ces  données,  et  en  tenant  compte  de  l’étendue  des  sympa¬ 
thies  de  l’estomac,  on  a  tenté  de  faire  de  la  dyspepsie  une  névrose,  ayant  un 
rôle  au  moins  aussi  universel  que  l’hystérie.  Vau  Helmont  d’abord,  puis 
Broussais,  et  enfin  Beau,  ont  contribué,  chacun  à  leur  point  de  vue,  à 
étendre  l’empire  de  l’estomac  et  de  ses  affections....  ».  Les  troubles  névro¬ 
pathiques  de  la  dyspepsie  comprennent  des  modifications  de  la  sensibilité  : 
anesthésies  ou  hyperesthésies;  et  aussi  des  altérations  de  la  motilité  de 
deux  ordres,  par  excès  ou  par  défaut:  agitation  ataxique,  mouvements 
convulsifs  partiels,  hoquet,  chorée,  épilepsie  :  ou  bien  :  aphonie,  brisement 
des  membres,  paraplégie.  Du  côté  des  fonctions  sensorielles,  on  a  noté 
l’amaurose,  les  tintouins  d’oreilles,  etc.:  et  quant  à  l’entendement,  il  peut 
être  troublé  depuis  la  simple  paresse  d’esprit  et  la  perversion  du  caractère, 
jusqu’aux  manifestations  les  plus  complètes  de  la  folie.  Est-il  nécessaire  de 
mentionner  à  ce  propos  Yhypochondrie  qui  offre  tant  de  relations  avec  les 
fonctions  digestives  affectées  dans  le  sens  dyspeptique?  Du  reste,  pour  ap¬ 
profondir  cette  étude,  on  devra  se  reporter  au  travail  dont  nous  avons  parlé. 

13“  Ingesta  liquides.  Boissons.  Alcoolisme.  —  Entre  les  désordres  névro¬ 
siques  causés  par  les  aliments  troublant  les  fonctions  digestives  et  les  in¬ 
toxications  proprement  dites,  se  place  le  groupe  nombreux  des  accidents 
dus  à  l’abus  des  boissons  alcooliques.  C’est  par  une  explosion  névrosique 
des  plus  apparentes  que  se  manifeste  la  première  intolérance  pour  l’alcool  : 
nous  voulons  parler  de  Yivresse,  qui  annonce  si  bruyamment  la  présence 
surabondante  de  l’alcool  dans  l’organisme,  et  qui,  dans  l’ordre  physique  et 
intellectuel,  montre  à  quel  point  le  jeu  des  fonctions  peut  être  perverti. 
L’ivresse  est  à  l’alcoolisme  chronique,  ce  que  l’indigestion  est  à  la  dyspep¬ 
sie.  Du  reste  l’alcoolisme  est  toujours  chronique;  car  bien  qu’il  se  produise 
souvent  sous  forme  d’accidents  très-aigus,  delirium  tremens,  gastro-enté¬ 
rite,  pneumonie,  etc. ,  il  faut  bien  savoir  que  ces  affections  ne  sont  que  des 
épisodes  dans  le  cours  d’un  empoisonnement  établi  de  longue  date  peut- 
être.  Cependant,  laissant  de  côté  ces  manifestations  alcooliques,  qui  for¬ 
ment  à  la  rigueur  une  catégorie  distincte,  celle  des  états  aigus  entés  sur  un 
alcoolisme  chronique,  occupons-nous  des  faits  particuliers  à  cette  dernière 
maladie,  en  tant  que  revêtant  l’aspect  névrosique.  Mentionnons  d’abord 
rapidement  Vépilepsie  dans  ses  rapports  avec  l’alcoolisme  (L.  Richard, 
1876);  puis  des  cas  d’hémianesthésie  de  la  sensibilité  générale  et  des  sens 
dans  le  eours  de  la  même  affection,  rapportés  par  Magnan  (187.3);  et  du 
même  auteur  (1874)  un  mémoire  sur  les  diverses  formes  du  délire  al¬ 
coolique;  enfin  des  faits  d’alcoolisme  chronique  terminé  par  \a.  paralysie 
générale  (Gambier,  1873).  Mais  le  véritable  domaine  de  l’alcoolisme,  c’est 
V aliénation  mentale.  Tous  les  observateurs,  les  philanthropes,  sont  frappés 
de  l’extension  immense  qu’ont  pris  les  troubles  cérébraux  sous  l’empire 
des  abus  alcooliques.  Pour  ne  citer  que  les  publications  les  plus  récentes, 
mentionnons  :  1“  le  travail  de  L.  Lunier  (1872)  sur  le  rôle  que  jouent  les 

KOUV.  DICT.  DE  MED.  ET  CHIR.  XXIII.  —  52 


818  NÉVROSES.  —  pathogénib. 

boissons  alcooliques  dans  l’augmentation  du  nombre  des  cas  de  folie  et  de 
suicide;  2"  sur  l’alcoolisme  au  point  de  vue  de  l’aliénation  mentale,  un 
mémoire  de  Dagonet  (1873),  paru  dans  les  Annales  médico-psychologiques; 
3^  enfin  la  lecture  faite  par  Leudet  au  Congrès  international  médical  de 
Bruxelles,  en  1875,  sur  l'état  mental  des  alcoolisés.  Parmi  les  formes 
.exceptionnelles  que  peut  revêtir  le  trouble  cérébral,  nous  voyons  signalée 
la  férocité  ébrieuse,  qui  met  le  moraliste  sur  la  voie  des  crimes  nombreux 
suscités,  mais  non  justifiés,  par  l’abus  des  alcooliques.  N’insistons  pas,  du 
reste,  sur  un  sujet  qui  est  traité  partout  et  que  nous  rencontrerons  encore 
plus  d’une  fois  sous  nos  pas. 

14°  Intoxications  proprement  dites.  —  Une  foule  de  substances  toxiques 
introduites  dans  l’économie  par  accident,  par  habitude,  ou  à  titre  de  mé¬ 
dicaments,  provoquent  des  troubles  dans  les  fonctions  du  système  nerveux. 
Nous  trouvons  tout  d’abord  le  tabac,  qui  n’offre  guère  moins  d’inconvé¬ 
nients  par  son  usage  excessif,  que  l’alcool  lui-même.  Beau  a  accusé  l’ha¬ 
bitude  du  tabac  de  produire  des  maladies  du  cœur,  d’abord  d’ordre  fonc¬ 
tionnel  et  névropathique,  telles  que  V angine  de  poitrine  et  ï’asystolie:  et 
plus  tard  des  affections  vraiment  organiques.  Mais  on  a  été  plus  loin,  et 
W.  Dickinson  (1875),  considérant  le  tabac  comme  une  cause  de  névrose 
en  général,  l’a  montré  conduisant  à  la  folie  même. 

A  la  suite  du  tabac,  il  faut  mentionner  des  habitudes  du  même  genre,- 
chacune  spéciale  à  certains  pays  :  V opium  pour  la  Chine,  \&  haschich  chez 
les  Orientaux,  etc.  S’il  n’est  pas  facile  de  préciser  quelle  est  l’espèce  de 
névrose  qu’amènent  à  la  longue  ces  divers  narcotiques,  on  ne  saurait  néan¬ 
moins  méconnaître  les  inconvénients  graves  d’une  intoxication  en  quelque 
sorte  incessante  et,  comme  aboutissant  de  tous  ces  troubles  partiels,  la 
folie  qui  les  résume  tous.  De  nos  jours,  on  a  vu  l’abus  des  injections  hypo¬ 
dermiques  de  morphine  donner  naissance  à  une  nouvelle  affection  déli¬ 
rante  qualifiée  de  morphinisme  et  caractérisée  surtout  par  le  besoin  ma¬ 
niaque  de  recourir  à  l’injection,  sans  compter  la  série  des  accidents 
propres  à  l’empoisonnement  chronique  par  l’opium.  A  propos  de  ces  faits 
de  morphinisme,  nous  trouvons  une  curieuse  observation  de  Samuel 
C.  Busey  (1876),  de  convulsions  épileptiformes  survenues  à  la  suite  de 
la  suppression  brusque  de  l’administration  habituelle  de  l’opium  :  ce 
qui  prouve  que,  s’il  y  a  danger  à  s’habituer  aux  injections  de  moi’phine,  il  y 
peut  y  avoir  aussi  inconvénient  à  supprimer  tout  à  coup  une  habitude 
qu’on  n’avait  pas  sans  doute  contractée  sans  motif. 

D’autres  empoisonnements,  mais  ceux-là  tout  accidentels,  se  révèlent 
par  diverses  névroses  de  la  sensibilité,  de  la  motilité  ou  de  l’entendement. 
Sans  parler  ici  des  agents  convulsivants  (strychnine),  ou  susceptibles  de 
provoquer  du  délire  (belladone),  nous  rapporterons,  comme  fait  rare,  une 
névrose  périodique,  consécutive  à  une  intoxication  par  l’oxyde  de  carbone 
(D'' Itizgsohn,  1858).  Mais,  ce  qui  se  montre  sous  une  forme  particulière¬ 
ment  redoutable,  ce  sont  des  empoisonnements  collectifs,  étendus  à  toute 
une  classe  d’individus  soumis  à  un  même  régime,  comme  celui  de  l’ergot 
de  seigle,  durant  certaines  années  pluvieuses.  A  côté  de  l’ergotisme  gan- 


NÉVROSES.  —  P.4THOGÉNIE. 


819 


gréneux,  il  y  a  Vergotisme  convulsif,  qui  appartient  bien  à  notre  sujet.  Ces 
épidémies  sont  devenues  rares  de  nos  jours,  et  leurs  manifestations  névro¬ 
siques  n’ont  rien  de  constant.  Des  discussions  même  se  sont  élevées  sur  la 
vraie  signification  à  donner  à  certaines  maladies  collectives,  telles  que 
i’erg'otisme  d’abord,  puis  la  raphanie,  V acrodynie,  etc.  ;  et  même,  à  une 
époque  contemporaine,  on  a  voulu  mettre  sur  le  compte  de  l’ergotisme  le 
tétanos  intermittent  de  Dance  et  la  tétanie  de  Trousseau  (D''  Bauer,  1872). 

Il  est  d’autres  affections,  celles-la  de  nature  endémique,  et  constantes 
même  dans  leur  existence,  comme  la.  qui  ont  aussi  leur  groupe 

de  symptômes  névrosiques.  .Les  troubles  cérébraux  propres  à  cette  affection 
sont  bien  connus,  et  assez  définis  même  pour  avoir  autorisé  certains  obser¬ 
vateurs  à  conclure  de  leur  constatation  à  la  réalité  de  la  pellagre  (H.  Lan- 
douzy,  1860).  Cependant  la  nécessité  scientifique,  qui  nous  porte  aujour 
d’hui  à  ne  jamais  négliger  la  notion  de  la  cause,  nous  engage  aussi  à  ne 
voir  dans  la  pellagre  de  Landbuzy  qu’un  syndrome  en  tout  comparable  à  la 
pellagre  du  maïs  altéré,  mais  non  identique  à  celle-ci. 

Il  est  une  autre  intoxication,  d’origine  professionnelle,  et  trop  bien 
connue,  nous  voulons  parler  de  \ intoxication  saturnine,  qui  s’accompagne 
de  désordres  de  toutes  sortes  des  diverses  dépendances  du  système  ner¬ 
veux.  A  l’état  aigu,  nous  voyons  dans  la  colique  de  plomb,  et  avec  Briquet, 
une  névrose  hyperesthésique  des  muscles  pariétaux  de  l’abdomen  et  des 
muscles  viscéraux  des  organes  contenus  dans  cette  cavité.  Cette  même  dis¬ 
position  myodynique  s’étend  aux  membres,  et  enfin  à  la  plupart  des 
groupes  musculaires.  Les  articulations  souffrent  aussi  pour  leur  part,  san^ 
qu’on  puisse  dire  quel  est  l’élément  anatomique  qui  est  atteint  :  ce  sont  là 
sans  doute  des  douleurs  d’ordre  réflexe.  Mais  il  existe  encore  une  manifes¬ 
tation  plus  complexe  et  plus  grave  de  l’empoisonnement  par  le  plomb, 
c’est  celle  qui  a  pour  théâtre  les  centres  nerveux  et  surtout  l’encéphale. 
V encéphalopathie  saturnine,  calquée  sur  l’éclampsie  puerpérale  pour  l’ex¬ 
pression  symptomatique,  paraît  liée  comme  elle  aux  conséquences  d’une 
lésion  rénale,  d’une  albuminurie,  etc.,  à  Vurémie,  en  un  mot.  Il  est  de  fait 
que  cet  enchaînement  de  symptômes  a  été  constaté  dans  le  cours  de  l’in¬ 
toxication  saturnine,  et  confirmé  notamment  par  Lancereaux  (1863),  par 
Aug.  Ollivier  et  par  Danjoy  (1864).  Réservons  donc  ce  cas  pour  le  rattacher 
à  l’éclampsie  albuminurique.  Mais  on  a  signalé  des  faits  où  les  rapports 
entre  l’action  du  plomb  et  une  manifestation  névrosique  paraissent  plus 
directs  :  ainsi  dans  ces  cas  A' hémianesthésie  saturnine,  qui  sont  l’objet  de  la 
dissertation  inaugurale  de  A.  de  Cours  (1875),  et  que  l’auteur  compare  à 
l’hémianesthésie  hystérique,  dont  ils  partagent  la  bénignité  relative.  De  son 
côté,  Brochin  (1874)  a  noté  un  fait  A'épilepsie  saturnine,  avec  hémiplégie 
gauche,  qui  s’est  terminé  par  la  mort  :  il  existait  une  anémie  des  centres 
cérébraux  et  bulbaires.  L’épilepsie  saturnine  peut  également  s’associer  à 
quelque  psychose,  comme  dans  le  cas  de  Leidersdorf  (1873).  Enfin,  il  peut 
se  produire  des  états  bien  autrement  complexes,  ainsi  que  cela  se  lit  dans 
ce  titre  qui  est,  à  lui  seul  toute  une  observation  ;  Coliques  ;  paralysie  des 
membres  inférieurs,  des  avant-bras;  troubles  respiratoires;  troubles  et 


820  NÉVROSES.  —  pathogénie. 

lésions  oculaires;  encéphalopathie;  paralysie  faciale;  paralysie  du  larynx 
et  du  pharynx  (Maheut,  1875).  En  analysant  les  lésions  trouvées  dans 
diverses  autopsies  d’individus  saturnins,  on  constate  assez  fréquemment 
un  état  de  la  circulation  capillaire  qui  n’est  autre  qu’un  anémie  des 
parties  malades.  Cela  implique  une  névrose  vaso-motrice  d’ordre  convul¬ 
sif,  et  met  sur  la  voie  de  ces  stéatoses  musculaires  et  viscérales  si  particu¬ 
lières  à  l’empoisonnement  par  le  plomb.  On  se  rend  compte  ainsi  des  para¬ 
lysies  multiples,  de  la  constipation,  des  convulsions  même  par  ataxie 
ischémique,  de  l’albuminurie  (avec  ses  suites),  et  enfin  des  atrophies  des 
masses  musculaires,  des  membres  supérieurs  principalement  (Frank, 
1875). 

Nous  n’aurions  pas  épuisé  notre  sujet,  si  nous  ne  rappelions  pas  à  l’at¬ 
tention  que  l’intoxication  saturnine  nous  ménage  de  nombreuses  surpi’ises, 
en  se  montrant  là  où  on  est  loin  d’en  soupçonner  l’existence  ;  tel  est  en  dernier 
lieu  cet  exemple  d’empoisonnement  par  le  plomb,  occasionné  par  la  fabrica¬ 
tion  des  mèches  à  briquet  rouges  (chromate  de  plomb)  (Lancereaux,  1875). 
Cet  imprévu  est  bien  compensé,  en  revanche,  par  la  netteté  des  signes  pro¬ 
pres  à  cette  intoxication,  qui  porte  en  elle  sa  caractéristique,  par  ce  liséré 
ardoisé  des  gencives  vraiment  pathognomonique.  Cette  réflexion  nous  est 
inspirée  par  la  discussion  relative  aux  névroses  essentielles,  dont  le  nombre 
se  réduit  à  mesure  que  se  font  des  découvertes  du  genre  de  celle  dont  nous 
venons  de  parler. 

15°  Influences  se  rapportant  à  la  quantité  du  sang.  —  Sanguis  moderator 
nervorum  :  cet  adage  hippocratique,  si  souvent  cité,  nous  apprend  d’abord 
que  nous  ne  trouverons  pas  de  névroses  de  pléthore.  Cependant,  il  y  aurait 
peut-être  beaucoup  à  dire  à  cet  égard,  si  l’on  voulait  bien  songer  que  cer¬ 
taines  affections  comateuses  semblent  liées  à  des  pléthores  locales  du  cer¬ 
veau  parfaitement  admises.  Du  reste,  ces  troubles,  tantôt  par  défaut,  et 
tantôt  par  excès,  ne  peuvent  guère  exister  que  corrélativement  à  un  état 
alternatif  d’anémie  et  d’hyperhémie  des  foyers  d’innervation.  D’une  façon 
contradictoire,  on  voit  parfois  la  congestion  provoquer  la  paralysie,  et  l’ané¬ 
mie  les  convulsions  ;  c’est  que,  dans  les  conditions  morbides,  les  lois  phy¬ 
siologiques  sont  entièrement  méconnues.  L’excès  du  sang  dans  une  partie 
en  entrave  le  jeu  régulier  :  il  y  a  étouffement,  oppression  des  éléments  ana¬ 
tomiques.  Le  cas  contraire  livre  l’organe  à  des  actions  sans  équilibre,  à 
Vataxie,  en  un  mot.  En  somme,  c’est  le  cas  de  l’anémie  qui  l’emporte  de 
beaucoup  dans  la  production  des  névroses  ;  et  c’est  celui  qui  va  nous  occu¬ 
per  de  préférence. 

L’anémie  s’entend  de  plusieurs  manières.  Il  faut  bien  distinguer  les 
anémies  générales  des  anémies  partielles.  Ces  dernières  sont  toujours,  et 
à  tout  moment,  possibles,  sous  l’influence  rectrice  du  système  des  nerfs 
vaso-moteurs.  Les  premières  sont  absolues,  mais  produites  dans  deux 
conditions  différentes  :  rapidement,  par  hémorrhagie  ;  et  progressivement, 
par  une  foule  de  circonstances  physiologiques  ou  pathologiques  trop  lon¬ 
gues  à  énunérer  ici. 

Les  anémies  organiques  ou  trophiques,  entre  autres  origines,  peuvent 


821 


NÉVROSES.  —  P.iTHOGÉNIE. 
être  le  fait  de  l’action  nerveuse  elle-même.  Dans  son  livre  sur  les  anémies, 
G.  Sée  (1867)  reconnaît  le  groupe  de  celles  qui  succèdent  à  l’épuisement 
nerveux,  et  qui  dépendent  :  des  affections  de  l’âme,  des  chagrins,  des 
préoccupations,  d’un  excès  de  travail  intellectuel,  etc.  L’hystérie  et  l’hypo- 
chondrie  amènent  un  véritable  dépérissement,  en  troublant  les  fonctions 
digestives,  par  l’intermédiaire  de  l’encéphale  et  des  nerfs  vagues  et  sympa¬ 
thiques.  L’anémie,  une  fois  formée,  est  à  son  tour  la  cause  d’une  foule  de 
désordres  névropathiques,  et  devient  ainsi  le  point  de  rencontre  de  deux 
groupes  d’accidents  névrosiques  :  ceux  qui  l’ont  précédée  et  engendrée,  et 
ceux  qui  la  suivent  et  dont  elle  provoque  l’explosion.  Comme  produit  né¬ 
vrosique  elle-même,  nous  la  verrons  parfois  se  manifester  sous  une  appa¬ 
rence  grave  et  par  de  simples  impressions  morales  ou  affectives.  Il  a  été 
beaucoup  question  de  cette  anémie  pernicieuse  dans  ces  derniers  temps;  et 
nous  la  retrouvons  parmi  les  expressions  symptomatiques  des  névroses. 
Dans  le  même  ordre  d’idées,  nous  voyons  la  chlorose,  considérée  par  bon 
nombre  d’auteurs  comme  étant  elle-même  une  névrose.  Mais,  suivant 
nous,  ayant  tous  les  attributs  d’une  anémie  par  hémorrhagie,  elle  est  bien 
plutôt  une  cause  de  phénomènes  névrotiques  qu’une  affection  vrai¬ 
ment  nerveuse  ;  et,  dès  lors,  elle  n’est  plus  que  l’équivalent  des  diverses 
autres  anémies  pour  les  déterminations  ultérieures  qu’on  peut  en  at¬ 
tendre. 

A  côté  des  impressions  de  toutes  sortes  qui  provoquent  l’anémie  d’une 
façon  aiguë,  en  dehors  d’abondantes  pertes  de  sang,  nous  voyons  signaler 
l’influence  du  froid  (Dyce  Duckworth,  1873).  N’est-ce  pas  là  un  exemple 
de  phénomènes  réflexes  dans  l’ordre  vaso-moteur  ou  trophique  des  plus 
évidents  ? 

Mais  ce  sont  les  anémies  par  hémorrhagie  qui  doivent  nous  servir  de 
type  comme  causes  bien  évidentes  de  manifestations  névrosiques.  Il  est 
clair  que  l’intermédiaire  obligé  réside  dans  l’anémie  ou  l’ischémie  des  cen¬ 
tres  nerveux.  Sans  parler  des  convulsions  observées  chez  les  animaux  qui 
périssent  d’hémorrhagie,  nous  insisterons  sur  les  formes  les  plus  intéres¬ 
santes  de  névroses  anémiques.  On  trouvera  une  énumération  assez  com¬ 
plète  de  ces  phénomènes  choisis  parmi  les  plus  ordinaires  dans  l’ouvrage 
de  Sée  (1867).  Ajoutons-y  les  indications  suivantes  :  Troubles  de  l’intelli¬ 
gence  dus  à  \’ anémie-,  douze  observations  (D'  Scholz,  de  Brême,  1872).  — 
Amaurose  àla  suite  à’hématémèses  ou  autres  hémorrhagies  (J.  Haertl,  1875). 
—  Quelques  cas  de  tétanie,  consécutifs  à  la  diarrhée  et  à  la  ménorrhagie. 
(John  Haddon,  1875).  —  Tétanos  consécutif  kxmemétrorrhagie,  avec  pur¬ 
pura  hemorrhagica  et  diphthérite  vaginale  (Ribell,  1875),  etc.  En  faut- 
il  davantage  pour  démontrer  la  nécessité  d’une  irrigation  sanguine 
suffisamment  abondante  pour  l’exercice  régulier  de  l’action  nerveuse  ?  Et 
si,  à  côté  d’une  influence  universelle,  vous  mettez  tous  ces  cas  particuliers 
d’anémie  partielle  produite  par  les  foyers  distincts  d’innervation  vaso-mo¬ 
trice,  vous  vous  trouverez  en  présence  d’une  foule  d’affections  locales  qui, 
de  nature  névrosique  à  leur  début,  finissent  par  présenter  à  la  longue  des 
r  égressions  athéromateuses  dont  l’origine  est  ordinairement  méconnue. 


822  NÉVROSES.  —  pathogénie. 

C’est  la  mort  partielle  par  suite  de  l’insuffisance  de  Éénergie  tropho- 
nerveuse. 

16“  Dyscrasie  veineuse.  —  A  la  suite  des  névroses  dues  aux  variations  de 
la  quantité  du  sang  dans  le  système  circulatoire  général,  nous  devons 
placer  un  groupe  névrosique  qui  paraît  lié  à  la  surabondance  d’une  cer¬ 
taine  qualité  de  sang  dans  le  système  veineux  abdominal.  Cette  pléthore 
veineuse,  cettevénosité,  a  beaucoup  occupéles  observateursd’un  autre  temps; 
et,  parmi  eux,  Stahl  a  fait  jouer  un  rôle  excessif  à  cette  disposition  qui 
pour  lui  est  la  clé  d’une  foule  dAccidents  propres  à  Vhypochondrie.  Il  faut 
voir  dans  le  titre  même  d’un  traité  sur  ce  sujet  le  sens  étendu  que  le  chef 
des  animistes  donne  à  cette  dyscrasie  veineuse  :  «  De  vend  portœ,  porta 
malorum,  hypochondriaco,  splenetico,  suffocativo,  hysterico,  colico-hemor- 
rhdidariorum.  »  Ainsi  deux  grandes  névroses  au  moins,  Vhypochondrie  et 
l’hystérie,  seraient  sous  la  dépendance  de  la  pléthore  veineuse  abdominale, 
sans  compter  des  manifestations  nerveuses  moins  importantes.  Du  reste, 
cette  plénitude  a  deux  voies  de  décharge,  par  en  haut,  l’hématémèse,  et 
par  en  has  les  hémorrhoïdes.  Ces  idées  n’ont  pas  été  entièrement  oubliées,, 
et  elles  ont  laissé  leurs  traces  de  nos  jours  dans  les  rapports  admis  entre 
certaines  dispositions  mentales  et  l’état  hémorrhoïdaire.  On  admet  encore 
le  tempérament  hémorrhoïdaire  ou  bilieux,  et  l’hypochondrie  fait  toujours 
partie  de  nos  traités  sur  les  névroses  et  sur  les  vésanies.  Une  thèse  contem¬ 
poraine,  due  à  J.  Brongniart  (1860),  a  voulu  rappeler  l’attention  sur  ce 
sujet,  et  la  traduction  des  œuvres  de  Stahl,  par  Blondin  (1863-1864), 
a  tenté  sans  succès  de  faire  revivre  des  doctrines  parfaitement  délais¬ 
sées. 

17“  Influences  morbides  actuelles  ou  antérieures.  —  L’état  morbide  préa¬ 
lablement  constitué,  quel  qu’il  soit,  est  une  prédisposition  très-marquée 
aux  névroses.  L’affaiblissement  organique,  qui  en  est  la  suite  nécessaire, 
réduit  l’individu  le  plus  vigoureux  aux  conditions  inférieures  du  tempéra¬ 
ment  débile,  de  l’enfance  et  du  sexe  féminin.  Toutefois,  il  y  a  à  distinguer 
entre  les  névroses  symptomatiques  de  maladies  diverses  et  les  névroses  de 
la  convalescence.  Suivons  cet  ordre  dans  nos  recherches. 

A.  Névroses  symptomatiques.  —  a.  Syphilis.  Il  ne  peut  être  ici  question 
que  des  manifestations  vraiment  névrosiques  de  la  syphilis,  et  nullement 
de  ces  cas  dans  lesquels  il  y  a  lésion  cérébrale  :  encéphalite,  tumeurs  gom¬ 
meuses  ,  exostoses  intra-crâniennes ,  etc.  Or,  ces  formes  névropathiques 
sont  encore  assez  multipliées.  Parmi  les  auteurs,  les  uns  se  sont  occupés 
des  accidents  de  cette  nature  dans  leur  généralité  ;  tels  sont  :  Ch.  Lasègue 
(1861),  Gros  et  Lancereaux  (1859),  G.  Lagneau  fils  (1860)  et  Gjôr  (1859)1 
D’autres  ont  abordé  le  sujet  sous  quelque  point  de  vue  particulier  ;  et  voici 
le  tableau  des  formes  que  la  syphilis  nerveuse  peut  revêtir  :  la  céphalée, 
l’insomnie,  les  vertiges,  l’aphasie,  les  paralysies,  les  convulsions,  les  né¬ 
vralgies,  l’épilepsie,  l’ataxie,  la  dépression  mentale  et  enfin  toute  la  série 
des  psychoses. 

b.  Albuminurie.  Maladie  de  Bright. —  Quelle  que  soit  l’opinion  que  l’on 
se  fasse  au  sujet  des  accidents  dits  éclamptiques,  il  est  à  peu  près  hors  de 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉ.\IÉ. 


8”2a 

doute  qu’ils  coïncident  forcément  avec  la  présence  de  l’albumine  du  sérum 
dans  l’urine,  et  plus  tard  avec  les  lésions  propres  à  la  maladie  de  Bright. 
Cette  coïncidence  n'explique  pas  absolument  la  production  de  l’éclampsie,^ 
mais  elle  met  sur  la  voie  de  sa  véritable  théorie.  En  elle-même  cette  né¬ 
vrose  n’a  pas  de  forme  constante  ;  on  lui  en  reconnaît  trois  principales  :  la 
délirante,  la  convulsive  et  la  comateuse.  De  plus,  elle  s’annonce  ordinaire¬ 
ment  par  quelques  signes  qui  en  sont  comme  les  diminutifs,  la  céphalalgie, 
l’amaurose,  les  vomissements  opiniâtres,  etc.  Quant  aux  circonstances 
morbides  précises  où  on  rencontre  cette  grave  complication,  ce  sont  :  l’état 
puerpéral  et  gravidique,  la  maladie  de  Bright  de  toute  origine,  a  frigore, 
scarlatineuse,  alcoolique,  satm-nine,  diverses  affections  des  voies  urinaires. 
Nous  nous  sommes  expliqué  au  sujet  des  rapports  de  l’intoxication  satur¬ 
nine  avec  une  certaine  forme  d’éclampsie,  et  nous  avons  admis  que  ces 
accidents  rentraient  dans  la  série  des  complications  albuminuriques.  En  un 
mot,  l’encéphalopathie  saturnine  ne  serait  qu’une  encéphalopathie  albumi¬ 
neuse.  Cette  doctrine  aurait  contre  elle  la  rareté  de  l’albuminurie  dans  1® 
colique  de  plomb  (Albert  Robin,  cité  par  S.  Jaccoud,  1877).  Mais  aussi 
l’éclampsie  saturnine  n’est  pas  non  plus  très-commune;  de  sorte  que  la 
question  a  besoin  d’être  approfondie.  Quant  à  l’influence  que  peut  avoir 
cette  albuminurie  et  cette  lésion  rénale  sur  la  production  des  accidents 
éclamptiques,  elle  est  diversement  comprise  par  les  auteurs.  Il  serait  inutile 
de  reproduire  ici  une  pareille  discussion  ;  voy.  l’article  Eclampsie  dû  à 
Emile  Bailly  (t.  XII,  1870).  Toutefois  nous  pouvons  dire  que  l’idée  d’une 
intoxication  urineuse  totale,  Vurinémie  (Schottin,  cité  par  Bailly)  paraît 
prévaloir  de  nos  jours. 

Mais  il  est  d’autres  formes  névrosiques  qui  peuvent  se  montrer  dans  le 
cours  d’une  albuminurie  :  des  troubles  intellectuels  (Fréd.  Jolly,  1873),  la 
manie,  le  tétanos  (puerpéral)  (Angus  Macdonald,  1875),  la  chorée  (des- 
femmes  grosses)  (S.  Jaccoud,  1867),  et  l’épilepsie  proprement  dite  (Fréd. 
Karrer,  1875)  ont  été  mentionnés,  sans  que  la  loi  de  coïncidence  admise 
plus  haut  ait  été  spécialement  reconnue  dans  ces  cas. 

L’enchaînement,  qui  nous  conduit  d’une  certaine  lésion  rénale  aux  plus 
formidables  désordres  nerveux,  peut  se  rattacher  à  d’autres  séries  que  celles 
que  nous  avons  indiquées.  La  plupart  des  maladies  aiguës,  des  pyrexies 
même,  se  compliquent  quelquefois  d’albuminurie  et  partant  d’accidents 
encéphalopathiques  possibles.  Entre  autres  exemples,  nous  citerons  Véry- 
sipèle  de  la  face  qui  dans  un  cas,  rapporté  par  G.  Dubrueil  (1874),  s’est 
accompagné  d’une  forme  mixte  d’urémie  (délirante  et  comateuse)  et  a  été. 
bientôt  suivi  de  mort,  etc.,  etc. 

B.  Névroses  de  convalescence.  —  Conformément  à  la  loi  que  nous  avons 
cherché  à  formuler  au  début  de  celte  étude,  les  névroses  des  convalescents 
ont  particulièrement  le  caractère  des  névropathies  de  faiblesse,  et  le  plus 
grand  nombre  apparaissent  sous  la  forme  de  la  paralysie.  C’est  particuliè¬ 
rement  à  la  suite  de  la  diphthérite  pharyngée  que  ces  faits  ont  été  soumis 
à  l’attention  des  observateurs.  Ils  ont  été  généralisés  plus  tard  par  A.  Gu_ 
bler  (186ü),  dans  un  mémoire  important  qui  a  définitivement  fixé  les  idées 


82i 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE, 
à  cet  égard;  et  des  observations  nombreuses  ont  été  publiées  depuis  lors 
sur  ce  sujet.  Lés  affections,  à  la  suite  desquelles  une  manifestation  para¬ 
lytique  quelconque  a  été  constatée,  sont,  d’après  Bouchut  {Nervosisme, 
1857-1877)  :  la  pneumonie,  la  rougeole,  le  choléra,  la  dysentérie,  la  fièvre 
typhoïde,  la  scarlatine,  la  variole,  l’érysipèle,  la  fièvre  intermittente,  etc. 
Quant  au  siège  de  la  paralysie,  il  a  varié  depuis  la  paralysie  la  plus  locale 
jusqu’à  la  paralysie  générale.  On  sait  qu’à  la  suite  de  l’angine  diphthéri- 
tique,  c’est  par  les  muscles  de  l’isthme  du  gosier  que  le  mal  commence 
pour  de  là  s’étendre  quelquefois  jusqu’à  la  totalité  du  corps.  Mais  aussi 
d’autres  formes  névrosiques  sont  possibles  :  Bouchut  (1862)  signale  le  fait 
d’un  nervosisme  chronique,  à  la  suite  de  la  variole  ;  le  docteur  Panthel, 
d’Ers  (1873),  étudie  les  troubles  psychiques  dans  le  cours  des  nialadies 
aiguës;  et  enfin,  pour  terminer,  nous  citerons  Louis  Stromeyer  (1875)  qui 
a  publié  un  travail  sur  les  névroses  consécutives  à  ces  mêmes  maladies 
aiguës,  et  Burkart  (I87à),  qui  ne  s’est  occupé  que  des  désordres  cérébraux 
observés  à  la  fin  de  la  phthisie  pulmonaire.  Pour  notre  part,  nous  avons  à 
signaler  les  crampes  ou  contractures  des  membres  inférieurs,  plus  rarement 
des  membres  supérieurs,  qui  se  rencontrent  chez  un  grand  nombre  de 
convalescents,  surtout  à  la  suite  de  la  fièvre  typhoïde.  Nous  avons  vu  ces 
contractures  aller  jusqu’aux  déformations  les  plus  bizarres,  et  disparaître 
ensuite  bien  péniblement. 

18°  Irritations  périphériques.  Névroses  sympathiques  ou  réflexes.  — 
Peut-être  trouvera-t-on  parmi  les  influences  énumérées  jusqu’ici  plus  d’un 
cas  de  névrose  de  la  présente  catégorie  :  ainsi,  par  exemple,  dans  les 
actions  traumatiques,  les  brûlures,  les  troubles  digestifs,  la  grossesse,  la 
dentition,  etc.  ;  mais  ces  faits  étiologiques  ayant  leur  signification  à  part 
bien  déterminée,  nous  avons  réservé,  pour  former  le  groupe  de  causes 
actuel,  des  principes  d’irritation  périphérique  procédant  vraiment  et  exclu¬ 
sivement  par  voie  sympathique  ou  réflexe.  L’énumération  suivante  ne  lais¬ 
sera  aucun  doute  à  cet  égard. 

a.  Vers  intestinaux.  —  Ce  sont  les  vers  intestinaux  qui  offrent  les  preuves 
les  plus  décisives  de  certaines  sympathies  morbides.  Beaucoup  d’auteurs 
ont  écrit  à  ce  sujet;  des  exagérations  ont  été  commises,  mais  le  point  de 
départ  est  exact  et  la  donnée  est  réelle.  Nous  ne  rappellerons  pas  l’immense 
accumulation  de  faits  qui  s’est  produite  sur  la  matière  :  nous  contentant 
de  renvoyer  au  bel  ouvrage  de  G.  Davaine  (1860),  et  à  notre  article  Ento- 
zo AIRES  (Pathologie)  du  Dictionnaire  (t.  XIII,  1870),  à  propos  duquel  nous 
avons  indiqué  les  troubles  névropathiques  occasionnés  par  les  vers  intesti¬ 
naux,  et  connus  jusqu’à  cette  date.  Ici  nous  nous  bornerons  à  signaler  les 
travaux  parus  depuis  la  publication  de  notre  propre  travail.  C’est  ainsi  que 
J.  Lockart  Clarke  (187à)  a  rapporté  le  cas  suivant  :  «  Troubles  nerveux 
graves,  hémiopie,  photophobie,  spasme  de  la  paupière  supérieure,  sous  la 
dépendance  des  vers  intestinaux  (Ascarides).  Une  autre  observation  due  à 
M.  Fitzmaurice  (1875)  est  intitulée  :  «  Mouvements  choréiques,  simulant 
une  chorée  vraie,  survenus  chez  un  enfant  de  six  ans,  probablement  sous 
l’influence  de  vers  intestinaux.  »  Enfin  nous  terminerons  cette  revue  par 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE. 


8“25 


l’indication  de  ce  fait  :  «  Vertiges  épileptiques  et  attaques  épileptiformes 
chez  un  individu  qui  rendait  des  fragments  de  tænia  depuis  plusieurs  an¬ 
nées.  »  (Féréol,  1876). 

.  b.  Déviations  utérines.  —  C’est  en  quelque  sorte  l’histoire  tout  entière 
de  l’hystérie  qu’il  y  aurait  à  faire  ici  ;  et  même  sans  être  le  partisan  exclusif 
de  la  théorie  utérine  de  cette  névrose,  on  ne  pourrait  nier  que  les  sympa¬ 
thies  de  l’utérus  ne  soient  au  moins  aussi  étendues  que  celles  de  l’estomac, 
et  ne  donnent  lieu  en  conséquence  à  une  foule  de  troubles  névrosiques  qui 
entrent  pour  une  si  grande  part  dans  la  pathologie  féminine.  Il  serait  donc 
superflu  d’insister  sur  ces  détails  ;  nous  nous  contenterons  de  relater  un 
fait  de  «  toux  nerveuse  comme  phénomène  réflexe  provoqué  par  une 
antéversion  utérine  »  (Malachia  de  Christoforis,  1875);  et  un  travail  de 
J.-S.  Jewell  (1875)  sur  les  rapports  que  le  système  nerveux  affecte  avec 
l’utérus;  renvoyant  pour  le  surplus  de  cette  étude  à  l’article  Hystérie  lui- 
même. 

c.  Nœud  ovarien.  —  Charcot ,  dans  ses  Leçons  sur  les  maladies  du  sys¬ 
tème  nerveux  (1873),  montre,  comme  étant  le  point  de  départ  de  l’attaque 
hystérique,  une  hyperesthésie  ovarienne,  qui  constitue  en  quelque  sorte  le 
premier  nœud  de  l’enchaînement  symptomatique,  le  second  point  d’arrêt 
ou  nœud  étant  le  globe  hystérique,  et  le  troisième  étant  céphalique.  Ce 
sont  comme  autant  de  foyers,  d’où  partent  successivement  les  incitations 
qui  vont  se  réfléchir  sur  les  nerfs  centrifuges. 

d.  Rein  flottant.  —  Le  fait  d’un  rein  flottant  n’est  pas  seulement  un  cas 
difficile  pour  le  diagnostic  ;  c’est  également  l’occasion  d’accidents  névropa¬ 
thiques  assez  compliqués  et  peu  constants.  Nous  mentionnerons  à  ce 
propos  le  travail  le  plus  récent,  celui  de  Fourrier  (1875). 

e.  Cas  divers.  —  Les  faits  que  nous  venons  de  rapporter  se  présentent 
très-fréquemment,  et  sous  les  formes  les  plus  variées,  dans  l’économie. 
Citons-en  un  certain  nombre.  La  fissure  d  l’anus,  comme  cause  du  spasme 
du  sphincter  anal  et  de  désordres  névropathiques  assez  nombreux,  trouve 
son  analogue,  suivant  Demarquay  et  Saint-Vel  (187i),  dans  le  vaginisme, 
qui,  d’après  ces  auteurs,  serait  déterminé  par  une  éraillure  douloureuse 
perdue  dans  les  plis  du  vagin  ou  dans  les  débris  de  l’hymen. 

Dans  l’ordre  des  psychoses,  on  trouve  le  fait  curieux  d’une  folie,  pro¬ 
voquée  par  l’existence  d’un  phimosis,  et  guérie  par  la  circoncision  (H.  Su¬ 
therland,  1875). 

Parlerons-nous,  à  ce  propos,  des  troubles  hypochondriaquesou  vésaniques 
déterminés  par  l’existence  d’un  varicocèle,  d’une  maladie  des  voies  uri¬ 
naires,  de  lapferre?  On  sait  à  quelle  étude  psychologique  rétrospective  a 
été  soumis  le  cas  de  Jean-Jacques  Rousseau,  et  tout  récemment  encore 
par  J.  Hawkes  (1873),  et  comment  la  question  reste  toujours  douteuse. 

L’épilepsie  est  une  de  ces  maladies  névrosiques  qu’on  a  cherché  à  loca¬ 
liser  par-dessus  tout,  aussi  bien  dans  son  point  de  départ  que  dans  ses 
manifestations.  Sous  le  rapport  palhogénique,  qui  est  lé  seul  à  nous  occu¬ 
per  maintenant,  il  reste  toute  une  catégorie  de  cas  que  l’on  qualifie  de 
sympathiques,  et  dont  le  nombre  devra  sans  cesse  s’accroître  aux  dépens 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE. 


du  groupe  idiopathique,  à  mesure  que  l’on  s'attachera  davantage  à  cette 
étude.  Voici  l’énumération  de  quelques  circonstances  dans  lesquelles  s’est 
produite  l’épilepsie  sympathique,  et  empruntée  à  notre  Dictionnaire  (Aug. 
Voisin,  1870)  :  morceau  de  verre  sous  le  cuir  chevelu  de  la  région  tempo¬ 
rale  droite  ;  insectes  dans  les  sinus  du  nez  ;  vers  dans  les  sinus  frontaux  ; 
dentition;  névralgie  intermittente  et  faciale  droite;  oxyures;  tænia; calcul 
vésical  enchatonné,  etc. 

En  dehors  de  ces  causes,  tout  extérieures  d’origine,  il  existe,  dans 
l’épilepsie,  au  point  de  vue  palhogénique,  un  fait  d’une  grande  importance; 
c’est  ce  qu’on  appelle  \'aura,  qui  constitue  l’incitation  immédiate  de  l’at¬ 
taque  épileptique.  Nous  n’avons  pas  à  insister  ici  sur  ce  point.  Mais  nous 
devons  au  moins  le  mentionner,  de  même  que  ce  que  Brown-Séquard  (1872) 
a  désigné  sous  le  nom  zone  épüeptogène.  La  chose  se  définit  d’elle-même  : 
c’est  la  partie  du  tégument  dont  le  simple  attouchement  provoque  la  crise 
épileptique.  Cette  zone  épüeptogène  a  été  reconnue  par  l’auteur  que  nous 
citons  sur  les  animaux  rendus  épileptiques  par  des  lésions  traumatiques 
de  la  moelle  épinière  ou  du  grand  nerf  sciatique.  Mais,  de  plus,  .Brown- 
Séquard  a  réuni  (en  1869)  quarante  et  une  observations  d’épilepsie  chez 
l’homme  à  la  suite  de  lésions  traumatiques  ou  d’irritations  de  cause  interne, 
soit  des  nerfs  lombaires,  soit  du  nerf  sciatique  ou  des  ramifications  de  ce 
nerf.  On  ne  saurait  nier  que  ces  faits  n’avancent  de  beaucoup  l’histoire  patho¬ 
génique  de  l’épilepsie  et  ne  mettent  sur  la  voie  de  son  traitement. 

Il  est  une  manifestation  névrosique,  en  apparence  assez  restreinte,  mais 
bien  définie,  c’est  le  vertige.  Or  ce  symptôme  est  volontiers  attaché  à  des 
causes  précises.  Nous  avons  eu  déjà  le  vertige  a  stomacho  læso;  il  y  a 
certainement  le  vertige  de  l’œil  ;  enfin,  en  ce  moment,  nous  voulons  parler 
du  vertige  auriculaire,  ab  aure  lœsâ.  On  l’appelle  encore  vertige  labyrinthique 
ou  maladie  de  Ménière,  du  nom  de  l’auteur  à  qui  on  en  attribue  la  décou¬ 
verte.  En  lui-même  le  vertige  est  simple  (A.  Léo,  1876)  ou  symptomatique. 
Dans  ce  derniercas,  il  est  mental  (Lasègue,  1875)  ou  de  nature  épileptique. 
Sans  insister  sur  ce  dernier  point  qui  est  bien  connu,  nous  mentionnerons 
le  travail  de  Gellé  (1875),  qui  rapporte  plusieurs  observations  de  vertige 
auriculaire,  avec  épilepsie;  c’estTépilepsie  ab  aure  lœsâ.  Le  diagnostic  des 
diverses  sortes  de  vertige  a  été  lui-même  l’objet  de  la  thèse  de  Las- 
bats  (1875). 

Pour  clore  cette  revue,  qui  pourrait  être  poursuivie  indéfiniment,  nous 
qualifierons  d’un  terme  adopté  de  nos  jours,  celui  de  périphériques,  toutes 
ces  manifestations  névrosiques  quelles  qu’elles  soient  :  troubles  mentaux, 
paralysies,  convulsions,  vertiges,  etc.  Cette  appellation  n’a-t-elle  pas  été 
consacrée,  du  reste,  par  le  sujet  de  thèse  imposé  à  H.  Desplats,  lors  du  con¬ 
cours  pour  l’agrégation  de  médecine,  en  1874?  Et  ce  titre  :  Bes  paralysies 
périphériques,  n’exprime-t-il  pas  l’origine  souvent  bien  éloignée  et  d’ordre 
réflexe  de  beaucoup  d’affections  nerveuses,  qu’on  tient  trop  à  localiser  dans 
les  centres,  méconnaissant  ainsi  le  véritable  enchaînement  des  phénomènes? 

19°  Influences  directes.  Névroses  symptomatiques.  — En  fait,  il  y  a  néan¬ 
moins  des  accidents  névrosiques,  qui  procèdent  directement,  et  par  action 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE.  827 

centrifuge  immédiate,  de  ces  foyers  d’innervation  auxquels  toutes  les 
impressions,  aboutissent  et  d’où  partent  les  courants  moteurs ,  qu’il  y  ait 
eu  ou  non  perception  consciente  et  motif  d’action  consenti.  Nous  nous 
trouvons  dès  lors  en  présence  des  névroses  dites  symptomatiques,  car  elles 
sont  bien  l’expression  de  la  lésion  centrale  ;  et  par  leur  forme,  leur  détermi¬ 
nation  précise,  on  peut  remonter  dans  mainte  circonstance  jusqu’à  la  con¬ 
naissance  du  siège  et  de  la  nature  de  la  lésion.  La  doctrine  des  localisations 
cérébrales  est  établie  principalement  sur  l’interprétation  physiologique  plus  ■ 
ou  moins  exacte  de  ces  manifestations. 

On  peut  distinguer  deux  cas  bien  séparés  dans  les  influences  de  l’ordre 
qui  nous  occupe  :  suivant  que  la  lésion  porte  sur  les  vaisseaux  qui  nour¬ 
rissent  les  divers  territoires  cérébraux  ou  médullaires;  et  suivant  que 
l’altération  affecte  la  substance  nerveuse  elle-même. 

Avec  le  premier  cas,  on  rentre  dans  la  catégorie  des  névroses  par  isché¬ 
mie  des  centres,  lorsqu’il  s’agit  de  l’oblitération  d’une  artère  qui  anime  telle- 
ou  telle  circonscription  cérébrale  ou  médullaire.  Si  c’est  le  tronc  de  l’aorte 
qui  se  trouve  obstrué  par  un  caillot,  il  y  a  de  la  paraplégie  (A.  Jean.  1875). 
Une  amaurose  soudaine  peut  être  le  résultat  d’une  embolie  de  l’artère  cen¬ 
trale  de  la  rétine  (Fitz-Gérald,  1876).  Cependant  la  thrombose  des  sinus 
de  la  dure-mère  entraîne  à  des  désordres  d’une  autre  nature,  et  moins 
bien  définis  (Marty,  1873).  Ce  sont  des  convulsions,  du  coma,  par  conges¬ 
tion  passive  ou  mécanique. 

Les  lésions  propres  circonscrites  du  système  cérébro-spinal  ont  un  mode 
d’action  qui  s’explique  de  lui-même,  et  nous  n’eu  parlons  ici  que  parce 
qu’elles  peuvent  donner  une  idée  exacte  de  la  plupart  des  phénomènes 
névrosiques.  Une  tumeur  de  la  base  du  crâne  amènera  la  paralysie  du  tri¬ 
jumeau  et  jusqu’à  ses  conséquences  trophiques  (Barwinkel,  1873).  Une 
tumeur  extra  ou  intra-bulbaire  sera  la  cause  immédiate  d’une  paralysie 
labip-glosso-laryngée  (A.  Joffroy).  Une  lésion  du  corps  strié  et  de  la  couche 
optique  donnera  lieu  à  une  chorée  unilatérale.  (W.  Foot,  1873).  L'aphasie 
n’est-elle  pas  produite  par  une  lésion  de  la  troisième  circonvolution  frontale 
gauche  (Tamhurini,  1872;  P.  Lucas-Champonnière,  1875)?  Enfin,  nous 
voyons  un  cas  à’hydrophobie  apparente  due  à  la  présence  d’un  cysticerque- 
dans  le  cerveau.  (Maschka,  1875). 

20“  Causes  diverses  et  exceplionnélles  de  névroses.  —  Il  nous  reste  à  énu¬ 
mérer  un  certain  nombre  de  circonstances  peu  communes  ou  non  classées, 
au  milieu  desquelles  peuvent  apparaître  des  troubles  névrosiques.  Indi¬ 
quons,  d’abord,  la  masturbation,  comme  susceptible  de  produire,  entre 
autres  accidents,  de  l’hystérie  chez  les  jeunes  enfants  (A.  Jacobi,  1874). 
Puis  te  mal  de  mer,  qui  dérive  d’un  vertige  de  l’œil  bien  évident,  et  qui  se 
manifeste  par  une  perturbation  des  diverses  fonctions  des  pneumogastriques 
et  du  grand  sympathique.  Ensuite  vient  la  maladie  du  foin,  ou  catarrhe 
d’été,  qualifiée  encore  de  rhino-bronchite  spasmodique  :  sorte  de  névrose 
détérminéechez  certaines  personnes,  et  par  idiosyncrasie,  par  l’inspiration  de 
matières  pulvérulentes,  entre  autres  les  émanations  du  foin  au  moment 
de  la  fenaison  (DuHerbert,  Willemsens,  1872).  Nous  avons  encore  signalé 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE. 


prurit  d’hiver  (Winter  prurigo:  Duhring,  1874),  forme  de  prurit  non 
décrite,  et  qui  se  rattache  à  la  classe  des  névroses  cutanées  (Jonathan 
Hutchinson,  1875).  Enfin  nous  terminons  par  la  mention  du  coup  de  chaleur 
(Francis  E.  Anstie,  1872),  dont  l'origine  s’explique  assez,  et  qui  comprend 
deux  formes  :  l’une  cardiaque  ou  syncopale,  et  l’autre  cérébro-spinale  qui 
est  plus  commune. 

Il  est  une  dernière  névrose,  bien  spéciale  et  qui  constitue  à  elle  seule  une 
catégorie  à  part:  c’est  V hydrophobie  rabique  ou  la  rage.  Se  rattachant  par 
son  origine  au  groupe  des  maladies  virulentes,  elle  s’en  sépare  immédia¬ 
tement  par  ses  manifestations,  qui  sont  toutes  d’ordre  névrosique.  Un 
virus  aboutissant  à  une  névrose,  voilà  qui  est  très-exceptionnel.  Cependant, 
l’expression  symptomatique  en  elle- même  n’a  rien  d’exclusif;  car,  soit 
dans  l’hystérie,  soit  sous  une  préoccupation  hypochondriaque,  peuvent 
être  observés,  les  phénomènes  propres  à  Yhydrophobie,  mais  avec  une 
signification  pronostique  bien  différente. 

Que  pourrions-nous  dire  de  plus,  au  sujet  de  la  pathogénie  des  né¬ 
vroses,  si  ce  n’est  qu’il  en  est  que  l’on  simule,  et  d’autre.i  que  l’on  dissi- 
mule‘î  On  simule  certains  troubles  névrosiques  pour  s’exempter  du  service 
militaire,  tels  que  la  surdité  nerveuse,  l’épilepsiè,  l’idiotisme  et  l’imbécil¬ 
lité,  etc.  On  dissimule  l’épilepsie,  par  contre,  dans  l’intention  d’un  mariage, 
et  d’autres  affections  encore  qui  empêcheraient  d’obtenir  un  avantage,  pour 
lequel  il  faut  être  indemne  d’infirmités.  Mais  nous  n’avons  pas  à  entrer 
dans  ces  détails  ;  une  simple  mention  suffit. 

Il  peut  maintenant  être  utile  de  jeter  un  coup  d’œil  d’ensemble  sur  l’étio¬ 
logie  si  complexe  des  névroses,  pour  en  résumer  les  éléments  épars  et  pour 
les  classer. 

Les  causes  névroso-génésiques  agissent  à  une  distance  plus  ou  moins  grande 
des  parties  irritables  de  l’organisme.  Les  unes,  tout  extérieures  à  leur  ori¬ 
gine,  sont  par  cela  même  très-éventuelles  ;  elles  sont  essentiellement  déter¬ 
minantes.  Les  autres,  liées  à  l’exercice  même  de  nos  fonctions,  et  subor¬ 
données  à  telle  ou  telle  circonstance  de  l’évolution  physiologique,  peuvent 
être  qualifiées  de  prédisposantes.  Enfin,  un  dernier  groupe  exige  un  état 
morbide  préalablement  établi,  qui  est  à  la  fois  prédisposant  et  déterminant. 
D’après  cela  nous  obtenons  le  tableau  suivant  : 

Premier  groupe.  Causes  extérieures  ou  accidentelles.  —  Elles  compren¬ 
nent  :  le  traumatisme,  la  brûlure,  l’action  du  chaud  (coup  de  soleil),  l’ac¬ 
tion  du  froid  (névroses  a  frigore)  ;  l’influence  des  saisons  (asthme  d’été, 
prurigo  d’hiver)  ;  les  impressions  morales  ;  les  intoxications  aiguës  (ivresse, 
narcotisme)  ;  toutes  les  irritations  périphériques  susceptibles  de  provoquer 
une  réaction  névrosique  (névroses  réflexes)  :  vers  intestinaux,  point  ova¬ 
rien,  déviation  utérine,  rein  flottant,  calcul  vésical,  fissure  à  l’anus,  vari¬ 
cocèle,  aliments  indigestes  dans  l’estomac;  vertiges  de  l’œil,  de  l’oreille, 
migraine  abdominale,  etc.,  etc.,  etc. 

DEUXIÈME  GROUPE.  Causcs  intimes  ou  fonctionnelles.  —  Ce  sont  toutes  les 
conditions  :  d’hérédité,  de  consanguinité,  d’atavisme,  d’âge,  de  sexe,  de 
tempérament,  de  diathèse,  etc.  ;  c’est  la  mise  en  jeu  de  certaines  évolu- 


NÉVROSES.  —  PATHOGÉNIE.  829 

lions  organiques,  ou  fonctionnelles  ;  la  dentition,  la  menstruation,  la  gros¬ 
sesse,  la  parturilion,  l’allaitement,  la  ménopause,  etc.  ;  c’est  la  digestion 
troublée  habituellement  (dyspepsie)  ;  c’est  l’anémie,  la  dyscrasie  veineuse  ; 
c’est  l’abus  du  coït,  de  la  masturbation  ;  c’est  la  contagion,  l’imitation,  etc. 

Troisième  groupe.  Causes  intimes  d'ordre  morbide.  —  Ce  sont  toutes  les 
névroses  qui  dépendent  d’un  état  pathologique  existant  antérieurement; 
elles  en  deviennent  le  symptôme  plus  ou  moins  nécessaire  ;  elles  ne  sont 
que  secondaires.  Elles  se  subdivisent  à  leur  tour  en  trois  catégories,  suivant 
qu’elles  se  montrent  à  la  suite  de  maladies  aiguës,  dans  le  cours  de  la  con¬ 
valescence,  ou  enfin  suivant  qu’elles  dérivent  directement  d’une  lésion  ma¬ 
térielle  des  centres  nerveux. 

La  première  catégorie  comprend  les  causes  des  maladies  que  voici  :  la 
rage,  les  formes  névrosiques  de  la  fièvre  paludéenne,  l’ergotisme  convulsif, 
la  pellagre,  la  syphilis,  le  rhumatisme  diathésique,  l’alcoolisme  chronique, 
le  saturnisme,  l’albuminurie,  etc. 

La  deuxième  catégorie,  coi’respondant  aux  névroses  des  convalescents, 
ne  réclame  rien  autre  chose  que  l’énumération  des  maladies  à  la  suite  des¬ 
quelles  des  troubles  névrosiques  peuvent  être  observés. 

A  la  troisième  catégorie  répondent  les  états  organiques  des  centres  ner¬ 
veux  qui  se  révèlent  symptomatiquement  par  telle  ou  telle  forme  névropa¬ 
thique  ;  troubles  des  circulations  partielles,  anémie,  hyperhémie,  hémor¬ 
rhagie,  inflammation  circonscrite  ou  diffuse,  ramollissement  sénile, 
tumeurs,  etc. 

Sous  un  rapport  moins  pratique,  mais  plus  général,  on  a  classé  les 
névroses,  quant  à  leur  origine,  en  trois  groupes  :  les  idiopathiques  ou 
essentielles,  les  sympathiques  et  les  symptomatiques.  Les  premières  sont  le 
produit  immédiat  d’une  cause  qui  a  mis  en  jeu  la  sensibilité  périphérique. 
Beaucoup  semblent  être  dans  ce  cas  ;  ainsi  l’épilepsie  (essentielle),  l’hystérie, 
le  tétanos,  etc.  Mais  aussi  ces  mêmes  névroses  peuvent  correspondre  à 
d’autres  causes,  et  se  trouver  symptomatiques  ou  sympathiques  ;  de  sorte 
que  ce  classement  n’offre  rien  d’absolu,  puisqu’il  n’établit  aucun  rapport 
nécessaire  entre  la  forme  morbide  et  sa  cause.  Il  n’y  aurait  réellement 
qu’une  seule  névrose  essentielle,  ce  serait  l’hydrophobie  rabique,  et  encore 
a-t-elle  son  correspondant  dans  Tordre  symptomatique  et  sympathique. 

Les  névroses  sympathiques,  ou  réflexes,  résultent  d’une  irritation  péri¬ 
phérique,  sur  un  terrain  parfaitement  disposé  au  nervosisme.  Mais  cet  état 
ne  constitue  pas  à  proprement  parler  la  névrose  ;  il  ne  fait  que  provoquer 
l’expression  symptomatique  de  la  névrose  possible.  Toutes  ces  aflèctions 
sont  dans  ce  cas,  et  se  produisent  toutes  d’après  le  même  mécanisme.  C’est 
toute  la  théorie  des  phénomènes  réflexes  que  nous  aurions  à  agiter  ici  ;  c’est 
le  schéma  de  Marshall-Hall,  qui  la  résumerait  le  mieux  en  ce  moment,  s’il 
y  avait  intérêt  à  le  faire. 

Enfin,  le  troisième  groupe,  celui  des  névroses  symptomatiques,  n’est 
formé,  pour  les  auteurs,  que  des  manifestations  nerveuses  annonçant  une 
lésion  cérébrale,  bulbaire,  médullaire,  ganglionnaire,  etc.  La  même  affec¬ 
tion,  en  cas  de  mort,  n’ayant  laissé  aucune  trace  de  son  passage,  redevien- 


••830  NÉVROSES.  —  m.\nifestations  névrosiques. 

(Irait  essentielle.  Ainsi  une  attaque  d’épilepsie,  par  tumeur  cérébrale,  est 
symptomatique;  elle  est  sympathique,  si  elle  se  rencontre  avec  des  vers 
intestinaux  ;  et  essentielle,  si  elle  se  montre  en  dehors  de  toute  disposition 
organique  apparente.  On  a  vu,  au  contraire,  que  pour  nous  la  répartition 
■des  névroses  se  fait  bien  exactement  d’après  leur  cause  :  c’est  celle-ci  qui 
décide  si  l’épilepsie  est  essentielle,  sympathique  ou  symptomatique,  sui¬ 
vant  son  origine  première.  Cette  manière  de  voir  est  plus  conforme  à  la 
réalité  des  faits  ;  en  même  temps  elle  est  plus  pratique,  la  notion  de  la 
cause  devant  dominer  dans  tout  problème  thérapeutique  bien  posé. 

III.  Manifestations  névrosiques. — Les  paroles  de  Sydenham  à  pro¬ 
pos  de  l’hystérie  sont  parfaitement  applicables  à  l’ensemble  des  manifesta¬ 
tions  névrosiques  ;  d’autant  que  l’hystérie  est  le  résumé  le  plus  complet  qui 
■existede  l’état  névropathique  :  «  Les  formes  de Protée, dit-il,  etles couleurs 
du  caméléon  ne  sont  pas  plus  nombreuses  que  ne  le  sont  les  aspects  divers 
sous  lesquels  l’hystérie  (lisez  :  le  nervosisme  féminin)  se  présente.  »  «  Mor- 
bus  ille,  dit  encore  Fr.  Hoffmann,  aut  potius  morborum  cohors.  »  Devant 
une  pareille  multiplicité  d’expressions,  le  premier  soin  doit  être  d’établir 
un  classement  qui  permette  de  se  reconnaître  dans  ce  labyrinthe  patho¬ 
logique.  Nous  établirons  tout  d’abord  une  première  division  entre  lès 
groupes  névrosiques  déterminés  et  les  manifestations  névrosiques  par¬ 
tielles.  Les  groupes  à  forme  déterminée  correspondent  à  ces  grandes  unités 
nosographiques  appelées  :  (xitalepsie,  chorée,  éclampsie,  épilepsie,  hypo- 
chondrie,  hystérie,  migraine,  tétanos,  folie,  etc.  —  Les  troubles  névro¬ 
siques  partiels  correspondent  aux  altérations  de  la  sensibilité,  du  mouve¬ 
ment,  de  l’intelligence,  du  système  sympathique,  envisagées  soit  isolément, 
soit  collectivement,  et  seulement  dans  leurs  rapports  avec  certaines  affec¬ 
tions  de  quelque  nature  qu’elles  soient.  Souvent  ces  désordres  névropa¬ 
thiques  se  groupent,  forment  des  syndromes  assez  bien  définis,  mais  ne 
deviennent  pas  pour  cela  des  entités,  parce  que  leur  signification  n’est 
que  secondaire  ou  symptomatique.  Nommons  ce  qu’on  a  ({ualifié  d’ataxie 
locomotrice  progressive,  de  goitre  exophthalmique,  d’irritation  spinale, 
de  paralysie  agitante,  de  tics,  de  vertiges  divers,  de  nervosisme,  de 
névrose  cérébro-cardiaque,  d’angine  de  poitrine,  d’asthme  nerveux,  de 
spasme  de  la  glotte,  d’athétosis,  de  convulsions,  de  crampes,  de  délire 
aigu,  d’apoplexie  nerveuse,  de  névroses  vaso-motrices,  etc.,  etc.  Pour  être 
juste,  nous  devons  même  faire  observer  que  nos  propres  entités  névro¬ 
siques  peuvent  en  quelque  sorte  pi’êter  leur  forme  à  certaines  séi’ies  mor¬ 
bides,  et  passer  de  la  qualité  d’essentielles  à  la  signification  de  symptoma¬ 
tiques  ;  c’est  ainsi,  pour  nous  faire  comprendre,  que  le  syndrome  épilepsie, 
qui  appartient  aüx  névroses  définies  et  essentielles,  se  rencontre  exacte¬ 
ment  avec  les  mêmes  apparences  dans  le  cours  de  l’albuminurie,  du  satur¬ 
nisme,  et  aussi  comme  dénonçant  l’existence  d’une  tumeur  cérébrale.  On 
voit  donc  combien  il  est  difficile  de  constituer  des  groupes  d’accidents 
névropathiques  qui  aient  réellement  la  signification  de  maladies  essen¬ 
tielles.  Gela  est  même  impossible  dans  le  sens  absolu  ;  et  la  connaissance 
de  la  cause  pathogénique  étant  mise  sur  le  premier  plan,  nous  nous  trou- 


NÉVROSES.  —  MANIFESTATIONS  NÉVROSIQÜES.  831 

vons  en  présence  de  phénomènes  réactionnels  d’ordre  nerveux,  et  de  toutes 
sortes,  les  uns  isolables,  les  autres  groupés,  tous  possibles,  aucun  néces¬ 
saire  et  indispensable.  Néanmoins,  pour  simplifier  notre  tâche,  qui  autre¬ 
ment  serait  trop  lourde,  nous  considérerons  comme  acquises  les  maladies 
nerveuses  qui  ont  reçu  un  nom  particulier  que  l’usage  a  consacré.  On 
trouvera  la  description  de  ces  cas,  sous  le  titre  qui  leur  est  propre,  dans 
les  différents  articles  de  ce  Dictionnaire.  Pour  nous  notre  rôle  est  surtout 
analytique  ;  nous  devons  nous  occuper  des  divers  éléments  en  lesquels  est 
réductible  la  pathologie  nerveuse.  Mais  ensuite  nous  serons  à  même  de 
reconstituer,  avec  connaissance  de  cause,  les  groupes  morbides  que  l’ob¬ 
servation  réalise  de  tant  de  manières  diÉférentes  ;  et  accomplissant  une 
opération  opposée,  nous  tenterons  la  synthèse  des  affections  dites  névro¬ 
siques. 

D’après  cela,  nous  étudierons  séparément,  et  comme  manifestations 
symptomatiques  propres  au  système  nerveux  :  1"  les  troubles  de  la  sensi¬ 
bilité  générale  et  sensorielle  ;  2“  ceux  de  la  motilité  dans  la  vie  de  relation  ; 
3°  ceux  de  l’intelligence  et  des  fonctions  cérébrales  ;  4°  les  phénomènes  qui 
sont  sous  la  dépendance  du  système  nerveux  grand  symipathique  (désordres 
viscéraux,  névroses  vaso-motrices)  ;  5°  c’est  alors,  enfin,  que  nous  montre¬ 
rons  ces  symptômes  associés,  pour  constituer  les  entités  névrosiques  ad¬ 
mises,  et  les  groupes  de  manifestations  névrosiques  qui  ne  dépassent  pas 
le  degré  du  syndrome. 

1°  Troubles  be  la  sensibilité. —  Nous  entendons  parler  ici  de  la  sensibi¬ 
lité  générale,  de  la  sensibilité  sensorielle  ou  spéciale,  et  de  tous  les  modes 
de  sensibilité  qui  sont  du  domaine  de  la  vie  de  relation.  Deux  genres  d’al¬ 
tération  sont  possibles,  par  excès  ou  par  défaut  :  le  premier  cas  donne  les 
hyperesthésies;  et  le  second,  les  anesthésies.  Voilà  deux  termes  considérables 
dont  l’importance  s’affirme  de  plus  en  plus  en  pathologie  néiTosique. 
Voyons  comment  chacune  de  ces  deux  formes  antagonistes  s’adaptent  à 
l’état  morbide. 

a.  Hyperesthésies.  —  L’hyperesthésie  {wïp,  au-dessus,  oâGBrirrt:,  faculté 
de  sentir),  ou  l’excès  de  la  sensibilité,  se  montre  d’abord  sous  l’une  des 
expressions  les  plus  communes  de  la  pathologie,  celle  de  la  douleur.  C’est 
ainsi  que  l’on  désigne  toute  sensation  excessive,  perçue  par  la  conscience. 
Mais  cette  sensation  prend  des  aspects  bien  différents.  Relativement  à  son 
siège,  elle  donne  :  la  céphalalgie,  la  migraine,  l’odontalgie,  la  scapulalgie, 
la  pleurodynie,  la  cardialgie,  la  névralgie,  le  lumbago,  etc.  Quant  à  sa  na¬ 
ture,  elle  ne  varie  guère  moins.  Entre  la  douleur  de  dent  et  la  nausée,  il  y 
a  comme  on  le  voit  une  grande  opposition  ;  de  même  se  distinguent  :  le 
prurit  ou  fa  démangeaison,  la  colique,  le  ténesme,  Vépreinte,  la  crampe,  les 
diverses  aura,  etc.  Enfin  quelques  cas  particuliers,  importants  en  sympto¬ 
matologie  névrosique,  demandent  à  être  distingués  ;  tels  sont  :  les  points 
apophysaires,  les  arthralgies,  et  toutes  les  douleurs  dites  synesthésiques  ou 
associées,  remarquables  en  ce  que  la  sensation  éprouvée  trompe  sur  le 
siège  vrai  du  mal,  et  se  fait  sentir  à  une  certaine  distance  de  la  lésion; 
ainsi  :  la  douleur  de  l’épaule  droite  dans  les  maladies  du  foie,  l’arthralgie 


832  NÉVROSES.  —  manifestations  névrosiques. 

du  genou  dans  la  coxalgie,  le  prurit  des  narines  en  cas  de  vers  intestinaux, 
et  surtout  ces  points  apophysaires  qui  dominent  de  si  haut  les  diverses 
affections  de  la  poitrine,  de  l’abdomen  et  du  bas-ventre. 

Les  hyperesthésies  sensorielles  donnent  :  pour  l’œil,  la  photophobie;  pour 
l’oreille,  Vhyperacusie,  etc.  Mais  elles  se  traduisent  surtout  par  des  illu¬ 
sions  ou  des  hallucinations,  qui  sont  autant  d’ordre  psychique  que  maté¬ 
riel.  C’est  ainsi  que  doivent  se  comprendre  ;  le  vertige,  la  berlue,  les 
phosphènes  lumineux;  le  bourdonnement  d’oreille,  le  tintouin,  les  fausses 
sensations  olfactives  et  gustatives,  etc.,  qui  annoncent  souvent  de  si  loin 
l’aliénation  mentale. 

b.  Anesthésies.  —  L’anesthésie,  par  son  étymologie  («,  privatif, 
sentiment),  exprime  la  situation  opposée  à  la  précédente,  c’est-à-dire  la 
diminution  ou  l’abolition  de  la  sensibilité  générale  ou  spéciale.  La  perte  de 
la  sensibilité  générale  n’a  guère  qu’une  forme,  à  des  degrés  près  d’atté¬ 
nuation.  Elle  peut  être  partielle  ou  universelle.  Dans  le  premier  cas,  le 
phénomène  s’isole  suivant  la  distribution  des  cordons  nerveux ,  et  il  ne 
peut  guère  dépendre  que  de  causes  locales.  Dans  le  second,  il  se  rattache  à 
l’action  cérébrale  même,  qui  se  trouve  empêchée  d’une  manière  ou  de 
l’autre,  et  principalement  par  l’influence  des  agents  dits  anesthésiques.  Il 
est  rare  que  l’anesthésie  générale  soit  spontanée,  en  dehors  de  l’abolition 
de  la  conscience  ;  cependant  nous  en  trouvons  un  cas,  cité  par  Schüppel 
(1874).  On  voit  aussi,  par  exception,  et  sous  l’action  des  centres  empêchée 
partiellement,  de  grandes  sections  du  corps  anesthésiées  ;  ainsi  dans  la 
paraplégie  traumatique  et  hystérique,  dans  l’hémianesthésie  hystérique 
(Charcot,  187.5). 

L’anesthésie  des  sens  spéciaux  prend  des  formes  variées,  surtout  pour 
la  vue  ;  ce  qui  donne  :  ï’amhlyopie,  l’amaurose,  Vachromatopsie,  Vhéméra- 
lopie,  la  nyctalopie,  etc.  Avec  l’ouïe,  on  a  ;  la  dysécée,  la  paracousie,  la 
surdité  nerveuse,  etc.  —  Les  autres  sens  sont  simplement  diminués  à  des 
degrés  divers.  Seul  le  sens  du  toucher  est  susceptible  d’être  mesuré  à  l’aide 
de  procédés  particuliers  (le  compas  de  E.  H.  Weber).  Indépendamment  des 
sensations  tactiles,  ce  sens  donne  aussi  l’appréciation  des  températures,  des 
pressions,  etc.  Toutes  ces  variations  dans  l'acuité  sensitive  et  sensorielle 
ont  une  grande  valeur  en  fait  de  diagnostic  névrosique;  mais  il  faudrait 
nous  mettre  en  face  de  cas  trop  particuliers,  pour  nous  faire  comprendre , 
et  nous  devons  nous  borner  à  ces  indications  générales. 

Quant  aux  troubles  de  la  sensibilité  viscérale,  ils  appartiennent  à  l’étude 
des  névroses  du  grand  sympathique,  qui  sera  faite  à  part  ultérieurement. 
Nous  devons  cependant  faire  observer  que  dans  l’état  pathologique,  on 
voit  parfois,  surtout  chez  les  névropathiques,  les  sensations  organiques 
s’élever  jusqu’au  type  de  la  vie  de  relation.  C’est  ainsi  que  certains  névTO- 
siques  hypochondriaques  racontent  si  abondamment  les  impressions  bi¬ 
zarres  qu’ils  éprouvent  :  ils  sentent  leur  cœur  battre,  leur  estomac  digérer; 
les  mouvements  péristaltiques  sont  sentis  sous  forme  d’une  reptation 
intérieure  ;  les  gaz  emprisonnés  donnent  lieu  aux  troubles  les  plus  étranges  ; 
leurs  déplacements  sont  accusés  en  éveillant  des  impressions  en  apparence 


NÉVROSES.  —  TROUBLES  de  la  motilité.  833 

subjectives,  et  au  fond  parfaitement  objectives.  C’est  l’interprétation  que 
nous  avons  cru  devoir  donner  du  vertige  dyspeptique  (voy.  Dyspepsie, 
p.  66).  Mais  ces  faits  touchent  déjà  au  délire  des  sens,  aux  vésanies  hypo- 
chondriaques,  à  l’aliénation  mentale  même,  et  nous  devons  nous  maintenir 
sur  notre  terrain. 

2“  Troubles  de  la  motilité.  —  La  faculté  motrice  du  système  nerveux  de 
la  vie  de  relation  peut,  comme  la  faculté  sensitive,  être  atteinte  de  deux 
manières  opposées,  en  plus  ou  en  moins;  donnant  lieu  à  V hyperkinésie  et 
à  Vàkinésie  (Romberg),  qui  vont  nous  occuper  successivement. 

a.  Hyperkinésie.  —  L’hyperkinésie  (turèp,  en  excès;  et  xtvEtii,  mouvoir), 
mot  moins  usité  que  celui  d’hyperesthésie  qui  lui  correspond  dans  l’ordre 
de  la  sensibilité,  mérite  cependant  d’être  adopté,  car  il  n’est  pas  moins 
nécessaire.  Il  en  serait  de  même  pour  Vàkinésie,  en  parallèle  avec  l’anes¬ 
thésie.  L’excès  des  propriétés  motrices  des  centres  et  des  cordons  nerveux 
se  traduit  par  des  troubles  qui  ont  pour  théâtre  le  système  musculaire,  soit 
partiellement,  soit  par  groupes  synergiques,  soit  en  totalité,  et  cela  sous 
les  formes  les  plus  variées,  que  nous  allons  passer  en  revue.  Mais  il  faut 
savoir  avant  d’entrer  dans  ce  sujet  que,  indépendamment  de  la  sensibilité 
générale  qui  préside  par  voie  réflexe  à  la  contraction  musculaire  pour  lui 
faire  atteindre  son  but,  il  existe  un  autre  mode  de  sensibilité  propre  aux 
muscles,  et  qui  constitue  le  sens  musculaire.  C’est  par  lui  que  nous  avons 
conscience  de  l’effort  accompli  et  que  nous  réglons  le  degré  de  cet  effort. 
Lorsque  ce  sens  est  aboli,  il  en  résulte  le  phénomène  de  V ataxie,  qui  serait 
mieux  rangé  parmi  les  paralysies  que  parmi  les  hyperkinésies,  s’il  n’y  avait 
pas  d’autre  part  avantage  à  le  rapprocher  des  autres  formes  de  l’action 
musculaire  en  excès.  Qu’il  nous  suffise  pour  le  moment  de  faire  remarquer 
que  les  divers  désordres  de  la  motricité  sont  dirigés  par  un  certain  mode 
de  sensibilité,  qui  fait  sentir  son  effet  depuis  zéro  jusqu’au  maximum  pos¬ 
sible,  et  dans  une  direction  variant  suivant  la  nature  de  cette  sensibilité. 
Nous  ajouterons  encore  que  ce  qu'on  a  appelé  pendant  si  longtemps  Virri- 
tàbilité  musculaire  n’est  autre  chose  que  ce  rapport  établi  entre  la  propriété 
contractile  du  muscle  et  un  certain  degré  d’innervation  ;  elle  n’est  donc 
point  indépendante,  comme  le  voulait  la  théorie  hallérienne. 

L’hyperkinésie  se  présente  d’abord  sous  deux  formes  ;  l’état  clonique  et 
l’état  tonique.  Le  premier  consiste  dans  une  succession  de  contractions, 
comme  dans  le  tremblement,  par  exemple  ;  le  second  est  un  état  permanent 
de  la  contraction  musculaire,  ainsi  que  cela  existe  dans  la  crampe.  Mais 
aussi  on  voit  souvent  ces  deux  états  se  succéder  l’un  à  l’autre  :  le  clonisme 
au  tonisme,  qui  ne  peut  ordinairement  durer  bien  longtemps  sans  inter- 
l’uption.  L’épilepsie  nous  présente  cette  succession  des  deux  phénomènes  ; 
après  une  période  de  contraction  permanente,  alors  que  l’asphyxie  a  été 
portée  à  son  comble,  quelques  secousses  violentes  et  interrompues  se  ma¬ 
nifestent  et  annoncent  la  fin  de  l’attaque.  L’hystérie,  que  l’on  représente 
ordinairement,  mais  à  tort,  comme  une  névrose  clonique  par  excellence, 
nous  montre  dans  le  cours  du  même  accès,  et  sans  ordre,  toutes  les  va¬ 
riétés  de  convulsions  possibles. 


834  NÉVROSES.  —  troubles  de  l’intelligence  et  des  FONctiONS  cérébr. 

D’autres  formes  de  Faction  musculaire  pervertie  ont  reçu  des  noms  qui 
suffiront  à  les  caractériser;  tels  sont  ;  les  spasmes,  les  contractures,  la 
crampe,  les  convulsions,  le  trismus,  la  trépidation,  le  tremblement,  les  tics, 
la  tétanie,  la  rigidité,  V ataxie,  la  chorée,  etc.  Quelques  hyperkinésies  tirent 
leur  nom  de  leur  siège  ou  de  la  fonction  troublée,  comme  le  torticolis,  le 
hoquet,  la  toux  convulsive,  le  vomissement  nerveux,  le  bégayement,  le  bal¬ 
butiement,  Véternument,  etc.  Enfin  ne  quittons  pas  ce  sujet,  sans  montrer’ 
les  rapports  existant  entre  certains  spasmes  des  sphincters  et  une  irrita¬ 
tion  toute  locale  ;  c’est  ainsi  que  se  comprend  le  spasme  lié  à  la  fissure  à 
‘l’anus;  elle  vaginisme  lui-même,  d’après  ce  que  nous  a  révélé  la  patho¬ 
génie  iiévrosique.  D’autres  convulsions  toniques  d’orifices  ou  de  conduits 
pourvus  de  muscles  striés  sont  souvent  aussi  d’ordre  réflexe  ;  le  laryn¬ 
gisme  (Marshall- Hall),  Vœsophagisme,  le  pylorisme  (Luton)  sont  souvent 
dans  ce  cas  ;  tel  est  aussi  le  blépharospasme  dans  la  photophobie  ;  et  enfin 
tout  le  groupe  synergique  propre  à  V hydrophobie,  etc.  Mais  cette  question 
sera  traitée  avec  plus  d’avantages  à  l’occasiOn  des  symptômes  névrosiques 
associés. 

b.  AMnésie.  —  Le  mot  paralysie,  sans  qualification  s’applique  plus  par¬ 
ticulièrement  au  mouvement;  cependant,  pour  éviter  toute  confusion,  le 
terme  akinésie  («  privatif,  xiycîv,  mouvoir)  doit  prévaloir.  Ce  phénomène  en 
lui-même  est  plus  simple  et  moins  équivoque  que  son  antagoniste.  Cepen¬ 
dant  il  présente  plusieurs  variétés,  désignées  surtout  par  le  siège  de  l’affec¬ 
tion.  On  connaît  assez  le  sens  des  expressions  suivantes  :  hémiplégie, 
paraplégie,  glosso-plégie,  diplégie,  etc.  La  notion  causale  donne  quelquefois 
un  sens  particulier  à  l’akinésie.  Le  sentiment  de  l’effroi  anéantit  momen¬ 
tanément  la  puissance  musculaire;  il  vous  casse  bras  et  jambes.  Cette 
paralysie  incomplète  s’appelle  plus  spécialement  parésie.  De  même  par 
Fintei’médiaire  de  la  sensibilité  générale,  et  surtout  du  sens  musculaire,  on 
voit  se  produire  la  paralysie  motrice  à  différents  degrés.  C’est  d’abord  une 
certaine  incohérence  de  mouvements,  de  l’ataxie,  qui  sé  manifeste;  et  nous 
avons  vu  que  celle-ci  était  plutôt  d’ordre  paralytique  que  convulsif.  C’est  à 
cette  catégorie  de  faits  que  se  rattachent  les  phénomènes  suivants  :  l’aîAé- 
tosis  (Hammond,  1871),  qui  consiste  dans  l’impossihilité  d’arrêter  un 
mouvement  continuel  des  doigts  et  des  orteils,  même  pendant  le  sommeil  ; 
l’agoraphobie  (Westphal,  E.  Cordes,  1872),  sorte  de  vertige  ou  d’hésitation 
parésique,  en  présence  d’une  grande  étendue,  telle  qu’une  place  publique, 
et  qu’on  pourrait  considérer  comme  une  espèce  de  vertige  horizontal. 
Enfin,  à  titre  de  paralysie  fonctionnelle  définie,  mentionnons  l’aphonie 
nerveuse,  la  paralysie  diphthérüique  localisée  à  l’isthme  du  gosier,  etc.  Mais 
surtout  qu’on  n’aille  pas  confondre  avec  ces  paralysies  vraiment  nerveuses 
l’abolition  du  mouvement  de  la  part  d’un  muscle,  ou  d’un  groupe  de 
muscles  qui  auraient  subi  l’atrophie  graisseuse  progressive,  ou  toute  autre 
altération  de  structure.  Ici  le  phénomène  n’est  plus  que  d’ordre  trophique, 
et  rentre  par  conséquent  dans  la  catégorie  des  névroses  de  la  vie  orga¬ 
nique. 

3°  Troubles  de  l’intelligence  et  des  fonctions  cérébrales. — Sans  entrer 


NÉVROSES.  —  MANIFESTATIONS  NÉVROSIQUES.  835 

■dans  le  domaine  de  l’aliénation  mentale,  nous  voyons  les  fonctions  de  l’en¬ 
céphale  se  rapportant  à  l’entendement  présenter  un  grand  nombre  de 
troubles  notables  dans  le  cours  des  diverses  névroses.  On  peut  même  dire 
que  le  caractère  essentiellement  névrosique  de  bon  nombre  d’affections 
dites  nerveuses  dépend  précisément  d’une  grande  prédominance  des  centres 
encéphaliques.  Le  mode  d’expression  du  mal,  l’appréciation  du  patient,  et 
même  du  médecin,  sont  particulièrement  liés  à  l’intervention  de  l’inner¬ 
vation  centrale  qui  n’est  plus  pondérée  ni  par  un  sang  riche,  ni  par  une 
dépense  musculaire  suffisamment  réglée,  ni  par  des  fonctions  s’exerçant 
dans  leur  plénitude.  Il  y  a  surabondance  nerveuse,  pléthore  nerveuse; 
Telle  est  en  substance  la  vraie  signification  du  nervosisme,  dont  on  parle 
tant  de  nos  jours;  et  qui,  en  raison  de  cette  prépondérance  céphalique  unie 
à  quelques  symptômes  secondaires,  a  pris  le  nom  de  névrose  cérébro-car¬ 
diaque  (A.  Krishaber,  1872).  C’est  encore  l’hystérie  et  Thypochondrie  des 
auteurs  du  xviii®  siècle,  qui  ne  voyaient  là  que  des  expressions  collectives, 
pour  chacun  des  deux  sexes,  de  tous  les  troubles  névropathiques  qui  peu¬ 
vent  se  présenter  sur  un  même  individu.  Mais  il  ne  faudrait  pas  exagérer 
les  choses,  et  ne  voir  dans  le  nervosisme  qu’un  produit  spontané  du  système 
nerveux,  sans  provocation  extérieure,  et  Briquet  a  vraiment  trop  réagi 
contre  la  théorie  génitale  de  l’hystérie  pour  n’en  plus  faire  qu’une  névrose 
cérébrale.  Encore  faut-il  un  point  de  départ,  un  échappement,  au  méca¬ 
nisme  de  l’attaque  hystérique?  Eh  bien!  il  existe,  cet  échappement,  chez  la 
.  femme  dans  le  système  utéro-ovarien,  qui  la  résume  tout  entière  du  reste, 
suivant  l’aphorisme  :  «  Mulier  id  est  quod  estpropter  solum  uterum.  »  Quant 
à  l’homme,  n’a-t-il  pas  également  un  appareil  génital  très-influent?  bien 
que  chez  lui  on  observe  plutôt  la  prépondérance  du  système  veineux  abdo¬ 
minal  et  les  troubles  hypochondriaco-hémorrhoïdaires  (Stahl),  qui  ont  un 
retentissement  non  moins  grand  sur  l’encéphale. 

Après  cela,  il  est  certain  que  les  organes  encéphaliques  interviennent  ici 
autrement  que  par  des  troubles  sensitifs  et  moteurs.  Entre  ces  deux  modes 
de  Faction  nerveuse,  il  y  a  tous  les  phénomènes  intermédiaires  de  l’ordre 
psychique,  qui  comprennent  :  la  perception  sensorielle,  la  conscience,  la 
mémoire,  l’intelligence,  la  volonté,  etc. ,  choses  bien  fragiles  et  plus  mo¬ 
biles  mille  fois  que  la  sensibilité  et  le  mouvement.  Les  erreurs  de  jugement, 
les  illusions  ouvrent  la  porte  aux  manifestations  psychiques  des  nëvToses. 
Les  hallucinations  montrent  un  ébranlement  presque  spontané  du  cerveau. 
Nous  sommes  sur  la  voie  de  l’aliénation  mentale;  mais  nous  n’aurons 
égard  qu’aux  phénomènes  aigus  et  transitoires  de  cet  ordre.  Dès  lors  nous 
avons  deux  groupes  d’accidents  en  opposition,  comme  ceux  qui  se  rap¬ 
portent  à  la  sensibilité  et  aux  mouvements,  le  délire  et  le  coma.  C’est  au¬ 
tour  de  ces  deux  grands  symptômes  que  viennent  se  ranger  tous  les  autres 
du  même  genre. 

a.  Délire.  —  Le  délire  nous  représente  toutes  les  exaltations  de  l’intelli¬ 
gence,  au  point  de  vue  morbide.  C’est  un  phénomène  très-commun  à  l’état 
aigu,  au  début  des  maladies  inflammatoires,  surtout  chez  les  femmes  et  les 
enfants.  Il  se  produit  encore  sous  certaines  impressions  excessives,  mo- 


836  NÉVROSES.  —  manifestations  névrosioues. 

raies  ou  physiques  :  c’est  alors  le  délire  nerveux,  le  délire  traumatique.  Il 
s’associe  ordinairement  à  l’insomnie,  aux  hallucinations,  aux  rêves,  à  cer¬ 
tains  mouvements  impulsifs  (homicides,  suicides),  aux  convulsions,  aux 
cris,  à  la  jactitation.  Il  est  idiopathique  (délire  nerveux),  sympathique 
(traumatisme),  symptomatique  (lièvres,  pyrexies,  méningite).  Les  idées 
délirantes  sont  ordinairement  décousues,  mobiles,  comme  dans  la  manie 
aiguë;  rarement  elles  prennent  une  direction  fixe,  et  encore  moins  peuvent- 
elles  aboutir  à  quelque  chose  de  sensé.  Cependant  il  s’est  produit  des  faits 
remarquables  à  cet  égard,  principalement  sous  le  rapport  de  l’inspiration 
poétique  :  c’est  sans  doute  ce  qui  a  fait  soutenir  ce  paradoxe  que  le  génie 
est  une  névrose.  Nous  ne  quitterons  pas  ce  sujet  sans  mentionner  les 
troubles  intellectuels  longtemps  méconnus  dans  certaines  névroses,  telles 
que  l’hystérie  et  la  chorée,  par  exemple.  Il  suffit,  pour  la  première  de  ces 
maladies,  de  rappeler  les  phénomènes  d’extase,  les  idées  de  possession,  le 
mysticisme  religieux,  etc.;  et  pour  la  seconde,  de  renvoyer  au  travail  de 
Marcé  (1860). 

Il  existe  certains  délires  tellement  partiels,  quoique  chroniques,  qu’on  a 
cru  devoir  les  séparer  de  la  véritable  aliénation  mentale,  parce  que  pour 
tout  le  reste  les  malades  sont  parfaitement  raisonnables  et  lucides.  Com¬ 
ment  qualifier  la  terreur  de  Biaise  Pascal  qui  voyait  toujours  un  abîme 
ouvert  sous  ses  pas?  Pascal  était-il  donc  un  aliéné?  D’autres  sont  pris  d’un 
sentiment  de  doute  qiii  paralyse  leurs  elî'orts  ;  un  autre  regrette  de  n’être 
pas  d’un  sexe  différent  du  sien  (c’était  un  homme),  afin  de  pouvoir  goûter 
les  joies  de  la  maternité.  Ce  sont  en  un  mot  toutes  les  appréhensions,  les 
chimères  de  l’hypochondriaque,  etc.  On  doit  àTrélat  (1861)  un  intéressant 
ouvrage  sur  ce  qu’il  appelle  la  folie  lucide,  qui  correspond  à  ces  cas  de 
délire  partiel.  Il  est  seulement  malheureux  qu’on  ne  puisse  pas  employer 
ici  une  expression  moins  sévère  que  celle  de  folie.  Mais  il  nous  est  interdit 
de  nous  appesantir  sur  ces  questions. 

b.  Coma.  —  Le  coma  comprend  tous  les  phénomènes  cérébraux  opposés 
aux  précédents.  Il  présente  lui-même  plusieurs  variétés,  désignées  par  les 
termes  presque  synonymes  de  sopor,  de  carus,  de  léthargie.  A  un  degré 
haoindre,  c’est  le  coma  vigil.  11  y  a  encore  la  stupeur  et  la  somnolence,  qui 
ont  leurs  applications  spéciales.  Certains  phénomènes  psychiques  peuvent 
être  isolément  abolis  ou  simplement  diminués.  L’anéantissement  de  la 
volonté,  la  perte  de  la  mémoire  {amnésie),  de  la  faculté  de  la  parole  (aphasie) 
sont  observés  dans  maintes  circonstances.  On  sait  particulièrement 
la  signification  précise  de  l’aphasie,  et  sa  coïncidence  habituelle  avec  une 
lésion  de  la  troisième  circonvolution  frontale  gauche  est  une  des  données 
qui  plaident  le  plus  en  faveur  des  localisations  cérébrales.  C’est  un  phé¬ 
nomène  bien  distinct  du  mutisme,  qui,  dans  sa  forme  névrosique  pure, 
appartient  plutôt  à  l’hystérie  (Debove  et  Liouville,  1876).  Enfin  l’abolition 
complète  des  facultés  cérébrales  se  voit  dans  la  catalepsie  (voy.  Catalepsie, 
t.  VI,  p.  Û53),  et,  sous  un  aspect  bien  différent,  chez  l'imbécile  et  l’idiot,  et 
chez  le  dément  paralytique,  dernière  expression  de  la  dégradation  morale  et 
intellectuelle  de  l’homme. 


>iÉVROSES.  —  MANIFESTATIONS  NÉVROSIftUES.  837 

U°  Névroses  de  la  vie  organiqüe. —  Le  domaine  de  la  vie  organique,  com¬ 
prenant  toutes  les  fonctions  qui  tendent  à  la  nutrition  et  à  la  reproduction 
de  l’être,  est  animé  par  un  système  nerveux  qui  lui  est  propre,  celui  du 
grand  sympathique.  Mais,  en  somme,  c’est  encore  par  l’intermédiaire  de 
muscles  spéciaux,  à  fibres  lisses,  que  se  manifeste  cette  action  nerveuse  ; 
et  elle-même  est  dirigée  par  une  sensibilité  inconsciente,  qui  se  réfléchit 
sans  intermédiaire  connu  sur  l’élément  moteur  ou  centrifuge.  Comme  il 
s’agit  ordinairement  ici  de  conduits  musculo-membraneux  (conduits  sécré¬ 
teurs  et  excréteurs  des  glandes;  voies  digestives,  respiratoires  et  génito- 
urinaires;  et  surtout  l’ensemble  du  système  circulatoire),  tout  produit  de 
l’innervation  organique  se  résume  dans  un  mouvement  alternatif  de  con¬ 
traction  et  d’expansion,  vaso-constricteur  et  vaso-dilatateur.  Mais  il  faut 
l’appeler  ce  fait  important  que  ces  deux  mouvements  sont  actifs  :  le  pre¬ 
mier,  par  le  resserrement  de  fibres  circulaires,  en  forme  de  sphincter  cylin¬ 
drique  indéfiniment  allongé  ;  le  second,  par  un  mécanisme  variable,  dont 
l’expression  la  plus  ordinaire  consiste  dans  la  pression  excentrique  exercée 
sur  les  parois  par  le  fluide  en  circulation.  L’action  nerveuse  se  fait  encore 
sentir  dans  ce  cas  d’une  façon  active,  par  l’entremise  des  nerfs  d'arrêt,  qui 
interrompent  le  rôle  des  fibres  circulaires,  pour  une  accommodation  quel¬ 
conque,  et  notamment  pour  l’entrée  en  fonction  d’un  organe  sécréteur  ou 
d’une  nutrition  locale.  Nous  avons,  d’autre  part,  développé  ces  considéra¬ 
tions,  et  notamment  à  propos  de  l’innervation  du  cœur  (t.  VIII,  1868),  et 
des  articles  ;  Circulation  (t.  Vil,  1867),  Congestion  (t.  IX,  1868);  nous  ne 
devons  donc  pas  nous  y  arrêter  plus  longtemps.  Nous  n’en  avons  même 
parlé  que  pour  poser  convenablement  la  question  des  névroses  organiques 
qui,  on  le  remarquera,  deviennent  ainsi  presque  exclusivement  des  né¬ 
vroses  vaso-motrices,  en  assimilant,  ce  qui  est  très-légitime,  les  canaux 
tapissés  d’une  muqueuse  aux  vaisseaux  sanguins,  et  les  cavités  viscérales 
au  cœur  lui-même.  Il  y  aura  donc  deux  sortes  de  névroses  vaso-motrices  ou 
organiques  :  les  unes  vaso-constrictives,  et  les  autres  vaso-dilatatrices.  Étu- 
dions-les  séparément. 

A.  Phénomènes  vaso-constricteurs.  —  Les  actions  de  cet  ordre,  consistant 
dans  un  resserrement  plus  ou  moins  complet  du  conduit  vecteur,  et 
aboutissant  à  l’effacement  de  sa  cavité,  ont  pour  effet  ordinaire  d’y  inter¬ 
rompre  la  circulation  et  d’empêcher  le  fluide  en  mouvement  de  se  porter 
au  delà.  .Ajoutons  encore  que  cpnstriction  est  ici  synonyme  de  spasme, 
d’état  convulsif,  et  nous  serons  sur  la  voie  des  accidents  dont  nous  devons 
parler  à  ce  propos. 

•  a.  Système  circulatoire.  —  C’est  de  ce  coté  que  les  faits  sont  le  plus 
dignes  de  remarque.  Tout  d’abord  le  spasme  d’une  artère,  qui  commande 
tout  un  territoire  vasculaire,  a  pour  résultat  d’anémier  cette  région ,  et 
par  conséquent  ses  fonctions  sont  empêchées,  sa  nutrition  languit,  elle  se 
refroidit  virtuellement,  et  même  elle  peut  cesser  de  vivre  :  elle  se  nécrose, 
se  gangrène,  ou  subit  la  dégénérescence  graisseuse,  suivant  le  cas.  Du  coté 
de  l’encéphale,  l’anémie  temporaire  et  totale  provoque  la  syncope, 
l’anémie  persistante  et  plus  ou  moins  circonscrite  produit  le  ramollissement 


838  NÉVROSES.  —  manifestations  névrosiques. 

sénile  de  telle  ou  telle  partie  définie.  Ce  dernier  fait  est  surtout  produit 
par  l’embolie  ou  la  thrombose  de  telle  ou  telle  artère ,  le  premier  dépen¬ 
dant  d’une  impression  morale,  ou  d’une  influence  réflexe,  le  cas  de 
l’hémorrhagie  mis  à  part. 

A  la  partie  opposée  du  corps  on  observe  ce  qu’on  a  appelé  la  syncope' 
locale,  ou  l’asphyxie  des  extrémités  (M.  Raynaud,  1862).  Cet  état  peut 
aller  jusqu’à  la  gangrène,  comme  cela  arrive  dans  l’ergotisme,  dit  pour 
cela  gangréneux.  Les  faits  de  M.  Raynaud  sont  plutôt  de  nature  réflexe, 
ainsi  qu’il  le  reconnaît  lui-même  {Voy.  Gangrène,  t.  XV,  1872,  p.  650). 

Dans  d’autres  circonstances,  l’intervention  du  spasme  vasculaire  dans  les 
anémies  locales  est  moins  évidente;  mais  par  les  produits  on  peut  juger 
de  la  cause  :  ainsi,  beaucoup  de  stéatoses  viscérales  ou  musculaires  doivent 
être  mises  sur  le  compte  d’une  irrigation  sanguine  insuffisante;  comme 
cela  arrive  dans  certaines  intoxications,  la  saturnine  par  exemple.  L’atro¬ 
phie  musculaire  des  avant-bras,  l’albuminurie,  etc.,  annoncent  une 
nutrition  incomplète  des  muscles,  du  rein,  qui  bientôt  entrent  en  dégéné¬ 
rescence.  Il  faut  encore  interpréter  de  cette  manière  les  faits  suivants  ;  la 
trophonévrose  de  la  face  (Romberg),  ou  aplasie  lamineuse  (Lande),  les 
eschares  en  rapport  avec  des  paralysies  d’origine  cérébrale  (Charcot),  1& 
mal  perforant  du  pied  qu’on  a  vu  se  montrer  à  la  suite  d’une  blessure  du 
sciatique  (Morat,  1876).  Enfin  n’est-ce  pas  l’exploitation  d’une  pareille 
action  constrictive  qui  èst  la  véritable  base  du  traitement  antiphlogistique? 
et  l’emploi  de  certains  médicaments  doués  d’une  propriété  de  cette  nature 
n’est-il  pas  ici  tout  indiqué  ?  ainsi  ;  l’ergot  de  seigle,  la  nicotine,  la  quinine, 
la  caféine,  le  bromure  de  potassium,  la  belladone  (d’après  Vulpian,  1875). 

b.  Conduits  viscéraux.  — Du  côté  des  conduits  viscéraux,  voici  ce  que 
nous  trouvons  : 

D’abord,  pour  les  voies  digestives,  le  spasme  de  l’oesophage,  ou  l’œso- 
phagisme,  qui  se  montre  chez  certains  névropathes,  et  dont  les  caractères 
seront  indiqués  à  l’article  de  ce'nom  ;  puis  le  pytorisme,  dont  l’existence  a 
été  signalée  par  nous  (voy.  Dyspepsie,  p.  52)  ;  et  enfin  la  constriction  de 
l’anus,  liée  à  une  érosion  ou  fissure  de  la  région.  Sans  compter  les  resser¬ 
rements  locaux,  qui  peuvent  se  montrer  sur  toute  la  hauteur  de  l’intestin, 
et  jouer  leur  rôle  dans  l’iléus  nerveux,  et  chez  les  hypochondriaques 
flatulents. 

Les  voies  respiratoires  ont  pour  leur  part  :  le  laryngisme  (Marshall-Hall), 
qui  complique  si  souvent  les  autres  affections  du  larynx  et  en  augmente  le 
danger;  ensuite  V asthme  nerveux,  qui  peut  tenir  au  spasme  des  muscles  de 
Reissessen.  D’autres  phénomènes  appartiennent  encore  à  ce  groupe,  comme 
la  toux  nerveuse  ou  convulsive,  la  respiration  de  Chéyne’s  Stokes ,  le 
sanglot,  l’aboiement  hystérique,  etc. 

Les  voies  génito-urinaires  nous  fournissent  :  le  vaginisme,  le  spasme  du 
col  de  la  vessie,  et  la  contraction  nerveuse  de  la  portion  membraneuse  de 
l’urèthre,  ainsique  celle  des  uretères  resserrés  sur  un  gravier  dan  s  lacolique 
néphrétique.  Le  même  fait  concerne  également  les  voies  biliaires  et  leurs 
calculs. 


NÉVROSES.  —  MANIFESTATIONS  NÉVROSIÜCES.  839 

Un  dernier  sphincter  doit  être  mentionné,  c’est  l’ms  ;  mais  précisément, 
dans  ce  cas,  son  resserrement  dépend  de  l’action  dominante  de  la  troisième 
paire  ;  à  moins  qu’il  ne  soit  mis  sur  le  compte  de  la  pai’alysie  du  rameau 
sympathique,  son  antagoniste. 

Ce  que  nous  venons  de  dire,  au  sujet  des  névroses  constrictives,  ne  serait 
pas  complet,  si  nous  ne  faisions  pas  remarquer  que  relTacement  des  vais¬ 
seaux  d’une  partie  a  non-seulement  pour  résultat  un  allanguissement 
fonctionnel,  mais  encore  l’abaissement  de  la  température  locale,  pouvant 
influer  secondairement  sur  la  température  générale  du  corps.  Est-ce  dans 
ce  sens  qu’il  faut  interpréter  le  phénomène  du  frisson,  cette  sueur  froide, 
cette  algidité  qui  précèdent  les  actes  opposés  dits  de  réaction  ?  Les  deux 
états  se  complètent  l’un  par  l’autre,  et  ils  s’expliquent  de  même.  Mais  de 
toute  façon,  avec  Vulpian,  il  faut  rejeter  l’existence  de  prétendus  nerfs 
frigorifiques. 

B.  Phénomènes  vaso-dilatateurs.  —  Les  faits  névrosiques  de  cet  ordre 
sont  plus  fréquents  et  plus  variés  que  leurs  antagonistes.  Bien  que  parais¬ 
sant  de  nature  paralytique,  par  rapport  à  l’influence  qui  commande  la  con- 
striction,  l’action  vaso-dilatatrice  n’en  règle  pas  moins  les  mouvements 
intimes  de  la  nutrition,  du  système  capillaire  et  des  canaux  à  fibres  lisses. 
Son  intervention  est  réellement  active,  en  arrêtant  à  la  limite  voulue  le 
calibre  du  conduit  vecteur,  en  l’adaptant  au  besoin  du  moment.  Elle  paraît 
procéder  en  annihilant  par  un  moyen  ou  par  l’autre,  par  une  sorte  d’in¬ 
terférence  si  l’on  veut  (Luton,  1868,  art.  Congestion,  p.  25),  soit  le  tonus 
vascularis  (Goltz,  1864),  soit  le  muscle  constricteur,  ou  le  sphincter,  de 
quelque  nature  qu’il  soit.  Dans  le  cas  où  nous  nous  trouvons,  ce  phénomène 
vaso-dilatateur  est  poussé  à  l’extrême  ;  et  voici  dès  lors  ce  qui  se  passe  du 
côté  du  système  circulatoire  et  du  côté  des  divers  conduits  viscéraux  et 
orifices  pourvus  de  fibres  circulaires  contractiles. 

a.  Système  circulatoire.  —  La  puissance  vaso-dilatatrice  est  mise  en 
jeu  dans  divers  états  pathologiques,  qui  nous  montrent  dans  leur  exagéra¬ 
tion  les  phénomènes  auxquels  elle  préside  dans  les  conditions  physiologi¬ 
ques.  Nous  distinguerons  ce  qui  a  trait  au  cœur,  .et  ce  qui  se  rapporte  aux 
vaisseaux. 

C’est  par  le  fait  de  la  circulation  périphérique  que  les  mouvements  du 
cœur  sont  précipités  dans  mainte  circonstance  morale  ou  morbide,  et  c’est 
par  le  nerf  dépresseur  de  Cyon  et  Ludwig  que  le  centre  circulatoire  se 
trouve  pour  ainsi  dire  prévenu  du  travail  qu’il  doit  opérer  pour  s’adapter 
au  besoin  du  moment.  Les  palpitations  na?veuses  se  produisent  effective¬ 
ment  par  l’annihilation  de  l’action  modératrice  du  pneumogastrique, 
comme  l’accroissement  de  la  circulation  capillaire  par  l’arrêt  de  la  puis¬ 
sance  contractive  des  fibres  circulaires  artérielles.  C’est  donc  toujours 
l’excès  de  l’innervation  sympathique  qui  intervient  ici.  C’est  à  ce  titre 
qu’il  y  a  névrose.  Sans  nous  appesantir  sur  ce  sujet,  qui  a  été  traité 
ailleurs  {voy.  CœuR,  t.  VIII,  p.  314),  mentionnons  la  possibilité  de  palpita¬ 
tions  épileptoïdes  cardiaques,  rapportée  par  W.  L.  Lane  (1875),  puis  la 
part  que  prennent  les  troubles  du  cœur  dans  la  névrose  cérébro-cai’diaque 


840  NÉVROSES.  —  manifestations  névrosiques. 

(M.  Ki'isliaber,  1872),  et  dans  diverses  autres  affections  nerveuses  :  tel  est 
cet  aliéné  dont  le  pouls  battait  de  20li  à  220  fois  par  minute  (Max. 
Huppert,  187i),  sans  bruits  anormaux. 

Un  cas  intermédiaire  au  cœur  et  aux  vaisseaux,  c’est  celui  des  battements 
nerveux  de  l’aorte.  Nous  avons  eu  l’occasion  de  discuter  la  nature  de 
ce  phénomène,  qui  est  bien  d’ordre  névrosique  [voy.  Aorte,  t.  II,  p.  792). 

Mais  c’est  du  côté  des  vaisseaux  capillaires  que  se  produisent  les  faits 
les  plus  remarquables  de  l’action  vaso-dilatatrice.  L’afflux  énergique  du 
sang  dans  le  réseau  capillaire  élargi  entraîne  avec  lui  les  divers  éléments 
de  la  congestion,  comprenant  :  la  rougeur,  la  chaleur,  la  tuméfaction,  l’ac¬ 
tivité  sécrétoire,  nutritive,  et  jusqu’à  des  faits  pathologiques  matériels, 
comme  l’hémorrhagie,  l’apoplexie  et  diverses  éruptions  ou  productions 
morbides. 

Mais  avant  d’entrer  dans  le  détail  de  ces  phénomènes,  il  est  bon  de  savoir 
■sous  quelles  influences  immédiates  ils  apparaissent.  Le  fait  éloigné  est 
pour  nous  en  ce  moment  l’état  névrosique  lié  à  toutes  ses  causes  ;  mais 
encore  n’arrive -t-il  à  troubler  la  circulation  capillaire  qu’en  empruntant 
quelque  intermédiaire.  Cet  intermédiaire  est  le  plus  souvent  une  sensation 
excessive  de  douleur,  comme  dans  la  névralgie,  qui  commande  ordinaire- 
,  ment  l’acte  vaso-dilatateur  avec  toutes  ses  conséquences.  On  peut,  à  cet 
égard,  présenter  comme  type  la  névralgie  du  trijumeau,  sous  l’action  de 
laquelle  on  voit  parfois  se  reproduire  tous  les  détails  de  la  section  du 
cordon  cervical  du  grand  sympathique.  Au-dessous  de  ce  degré,  les  mêmes 
mouvements  peuvent  également  se  manifester,  sans  impression  aussi  vio¬ 
lente,  et  quelquefois  en  dehors  de  toute  excitation  directe.  Dans  ce  cas,  le 
désordre  vaso-moteur  est  réfléchi,  et  a  puisé  son  principe  dans  quelque 
foyer  morbide  éloigné,  ainsi  que  nous  en  verrons  des  exemples  par  la  suite. 

Reprenant  l’étude  des  manifestations  vaso-dilatatrices,  nous  trouvons 
d’abord  le  fait  de  la  rougeur  de  la  partie  dont  les  vaisseaux  sont  en  état  de 
dilatation  active.  Il  se  montre  isolé  dans  V émotion  qui  colore  les  joues  d’un 
individu  impressionnable,  et  dans  cette  rougeur  des  pommettes  liée  à  la 
pneumonie  (A.  Gubler,  1857).  Il  apparaît  encore  dans  la  tache  méningi- 
tique ,  et  c’est  aussi  lui  qui  est  en  cause  dans  ces  stigmates  propres  à 
certaines  mystiques. 

L’accroissement  de  la  température  est  une  conséquence  forcée  de  l’afflux 
plus  énergique  du  sang  dans  le  territoire  vasculaire  en  cause.  Mais,  comme 
il  s’agit  ordinairement  d’une  partie  extérieure  et  découverte,  c’est  plutôt  un 
équilibre  de  température  qui  s’établit  avec  les  régions  profondes  qu’une 
élévation  du  chiffre  normal  du  thermomètre.  Dans  les  névroses  proprement 
dites  ilneparaît  pas  qu’il  y  ait  jamais  excès  calorifique,  et  nous  voyons  Vul- 
pian  rejeter  formellement  l’existencedes  nerfs  thermiques.  C’est  donc  con¬ 
formément  à  notre  explication  ci-dessus  que  se  manifeste  l’élévation  de  la 
température  du  côté  paralysé  dans  l’hémiplégie  cérébrale.  Ces  faits,  établis 
d’abord  par  A.  Gubler,  et  durant  notre  internat  sous  ce  maître  (1856),  ont 
été  confirmés  par  les  recherches  de  Bourneville  (1872). 

La  tuméfaction  indique  un  degré  plus  avancé  et  une  persistance  plus 


NÉVROSES.  —  MANIFESTA.TIONS  NÉVROSIQUES.  841 

grande  de  l’acte  vaso-dilatateur.  C’est  à  vraiment  parler  le  phénomène  de 
l’érection  qui  se  montre  ici.  Nous  le  voyons  en  réduction  dans  l’apparition 
du  bouton  de  l’urticaire.  Le  gonflement  mammaire  chez  la  femme,  au  mo¬ 
ment  des  règles  et  surtout  à  la  montée  du  lait  après  la  parturition,  est  une 
véritable  érection  d’ordre  réflexe,  dont  le  point  de  départ  est  à  l’utérus.  La 
mise  en  action  des  glandes  et  de  certaines  fonctions  transitoires  procède  de  la 
même  manière.  Graves  a  mis  sur  le  compte  d’un  mouvement  d’érection  la 
sensation  de  la  boule  hystérique;  et  les  différents  symptômes’  du  goitre 
exophthalmique  {voy.  ce  mot,  t.  XVI,  p.  499)  ont  reçu  de  cet  auteur  une 
interprétation  de  ce  genre,  et  non  sans  apparence  de  raison.  Enfin,  nous 
voyons  dans  le  priapisme  l’exagération  de  l’acte  de  l’érection  dans  les  con¬ 
ditions  morbides  névropathiques. 

Des  troubles  sécrétoires,  dans  le  sens  d’un  surcroît  d’activité  fonction¬ 
nelle,  accompagnent  la  mise  en  jeu  des  nerfs  vaso-dilatateurs  des  diverses 
glandes  sur  lesquelles  les  physiologistes  ont  pu  expérimenter  ;  et  pour  les 
autres,  l’application  légitime  de  l’analogie  démontre  qu’il  en  doit  être  de 
même.  C’est  ainsi  que  l’on  doit  comprendre  :  le  temoimewf  de  la  névralgie 
de  la  cinquième  paire  ;  le  ptyalisme  sous  l’influence  d’une  excitation  de  la 
corde  du  tympan;  la  sécrétion  lactée  pour  les  besoins  de  l’allaitement; 
l’abondance  de  l’urine,  phénomène  si  commun  dans  l’état  névrosique,  à 
ce  point  que  cette  abondance,  unie  à  la  limpidité  et  à  la  décoloration,  ca¬ 
ractérise  l’urine  nerveuse.  Et  néanmoins,  comme  tout  est  possible  dans 
l’affection  protéique  qui  nous  occupe,  ne  voit-on  pas  également  la  sup¬ 
pression  de  cette  sécrétion  urinaire,  chez  certaines  hystériques,  aller  jus¬ 
qu’à  provoquer  une  infection  urémique  et  des  vomissements  de  compensa¬ 
tion  (Charcot,  1873)?  La  sueur  elle-même  peut  devenir  une  manifesta¬ 
tion  névrosique  ;  elle  a  été  signalée  comme  forme  d’épilepsie  larvée,  par 
Emminghaus  (1874).  Enfin  il  n’est  pas  jusqu’aux  fonctions  du  foie  qui 
ne  tombent  sous  le  coup  des  assimilations  que  nous  poursuivons  ;  et  le  fait 
si  considérable  de  la  glycogénie  hépatique,  conduisant  au  diabète  par  son 
excès  même,  a  été  expliqué  par  son  auteur  même  (Cl.  Bernard)  dans  le 
sens  de  l’action  vaso-dilatatrice.  Quant  à  celle-ci,  elle  se  trouve  subordonnée 
soit  à  certaines  lésions  cérébrales,  soit  à  certains  troubles  viscéraux  inter¬ 
venant  par  effet  réflexe. 

L’influence  nerveuse,  se  faisant  sentir  par  les  vaso-dilatateurs,  peut-elle 
aller,  tout  en  demeurant  dans  les  limites  de  l’état  névrosique,  jusqu’à  pro¬ 
duire  des  effets  trophiques  ?  Les  faits  principaux  de  cette  nature  se  rappor¬ 
tent  à  l’accroissement  exagéré  des  poils,  à  l’hypertrophie  musculaire  dans 
une  forme  de  paralysie,  dite  de  Duchenne,  de  Boulogne  (William  Miller- 
ford,  1873).  Mais  en  somme  le  fait  contraire  de  la  dénutrition  est  bien  plus 
commun.  Ne  pourrait-on  pas  cependant  admettre  dans  cette  catégorie 
l’hypertrophie  du  cœur  liée  à  un  excès  d’action,  à  la  suite  de  palpitations 
nerveuses  durant  depuis  assez  longtemps,  ainsi  que  les  diverses  hypertro¬ 
phies  dites  de  compensation? 

Le  sujet  est  plus  riche  en  produits  vraiment  pathologiques  ;  il  est  plus 
naturel  en  effet  qu’un  trouble  morbide,  fût-il  d’essence  névrosique,  abou- 


8i2  NÉVROSES.  —  manifestations  névrosiques. 

tisse  à  une  déviation  ou  à  une  perversion  nutritive.  Les  différents  signes  que 
nous  avons  énumérés  plus  haut  :  rougeur,  chaleur  et  tumeur,  peuvent 
atteindre  au  degré  de  la  congestion  proprement  dite.  Si  beaucoup  de  ces 
congestions  ne  dépassent  pas  les  limites  du  mouvement  fonctionnel  phy¬ 
siologique,  il  en  est  un  plus  grand  nombre  qui  prennent  les  proportions  de 
l’état  maladif;  et,  allant  au  delà  du  but,  nous  conduisent  jusqu’à  l’hémor¬ 
rhagie,  jusqu’à  l’inflammation,  et  jusqu’aux  lésions  les  plus  avancées. 
Nous  avons  eu  préciséhaent  l’occasion  de  discuter  ces  faits  à  propos  de 
l’article  Congestion  (t.  IX,  1868),  et  nous  pouvons  par  conséquent  passer . 
vite  sur  une  pareille  question. 

h’ hyperhémie  simple  active  se  voit  dans  toutes  ces  fluxions  éphémères  qui 
accompagnent  les  névralgies,  les  déterminations  larvées  de  la  fièvre  palu¬ 
déenne  et  les  différentes  localisations  infectieuses  ou  métastatiques  qui 
doivent  aboutir  à  un  prompt  avortement  ;  exemple  :  les  congestions  subites 
de  l’urémie  à  une  période  avancée  de  la  maladie  de  Bright.  C’est  ençore  à 
ce  groupe  qu’il  faut  rattacher  les  fluxions  en  quelque  sorte  érectives  de  la 
maladie  de  Graves  :  goitre  vasculaire,  exophthalmie  et  autres  phénomènes 
analogues  du  côté  de  l’abdomen  (voy.  Goitre  .exophthalmiqde,  t.  XVI,. 
p.  500).  La  poussée  hémorrhoïdaire  et  les  congestions  cataméniales  ou  de 
la  ménopause  sont  des  faits  du  même  genre.  Comment  comprendre  autre¬ 
ment  la  production  des  arthropathies  qui  se  montrent  dans  le  cours  de 
certaines  névroses  (Charcot,  1868),  et  jusqu’à  cette  arthropathie  si  spéciale 
du  genou  dans  ses  rapports  avec  la  coxalgie  et  avec  le  mal  de  Pott 
(Esmarch,  1874)?  Mais  ici  les  lésions  peuvent  dépasser  le  degré  de  l’hyper- 
rhémie  et  atteindre  la  phase  des  déviations  nutritives.  C’est  enfin  par  voie 
réflexe,  et  par  le  procédé  de  la  dilatation  active  des  vaisseaux  capillaires, 
qu’un  traumatisme  grave  de  l’un  des  deux  yeux  peut  entraîner  la  perte  de 
l’œil  qui  n’a  pas  été  atteint  (J.  Rosander,  1876),  etc. 

Comme  première  conséquence  de  l’hyperhémie  portée  à  l’extrême  se 
montre  l’hémorrhagie.  L’hémorrhagie  nerveuse,  ou  sympathique,  est  une 
expression  qui  n’offre  rien  d’incompatible.  Des  exemples  nombreux  de  cette 
manifestation  névrosique,  portant  sur  des  sièges  différents,  sont  men¬ 
tionnés  par  les  auteurs.  Les  hémorrhagies  supplémentaires  des  règles 
peuvent  tout  d’abord  recevoir  une  pareille  interprétation,  puisqu’elles  se 
montrent  comme  une  déviation  de  la  fonction  cataméniale  et  en  suivant  la 
voie  réflexe.  Les  sueurs  de  sang,  dont  l’existence  est  réelle,  ont  été  l’objet 
d’une  étude  spéciale  de  Parrot  (1859);  et  une  véritable  transsudation 
sanguine  s’est  manifestée,  en  dehors  de  toute  supercherie  possible,  chez 
diverses  stigmatisées,  entre  autres  chez  Louise  Lateau,  la  stigmatisée  d’An¬ 
vers,  dont  le  cas  a  été  l’objet  d’une  enquête  sévère  et  éclairée.  Enfin  un 
travail  tout  récent  sur  l’hémoptysie  nerveuse,  dû  à  Marius  Carré,  d’Avignon  . 
(1877),  est  venu  donner  à  la  question  une  précision  toute  scientifique.  Cette 
hémorrhagie  s’est  montrée  dans  l’hystérie,  dans  la  chorée,  dans  l’épi¬ 
lepsie,  dans  l’hypochondrie  et  l’irritation  spinale,  et  enfin  dans  les  affections 
du  cerveau  et  de  la  moelle  épinière,  etc. 

L’hématurie  appartient  encore  à  notre  sujet;  mais  ici  le  phénomène 


NÉVROSES.  —  MANIFESTATIONS  NÉVROSIQUES.  84a 

acquiert  bientôt  un  sens  tout  différent.  Ayant  sa  source  dans  le  parenchyme 
rénal,  l’hémorrhagie  ne  tarde  pas  à  être  remplacée  par  un  simple  suinte¬ 
ment  séreux,  et  à  se  transformer  en  albuminurie.  La  présence  des  globules 
rouges  en  petit  nombre  et  des  cylindres  fibrineux  révèle  pendant  quelque 
temps  encore  l’origine  du  mal  ;  mais  il  tend  à  se  perpétuer,  et  il  finit  par¬ 
fois  par  atteindre  aux  derniers  degrés  de  la  maladie  de  Bright  et  à  toutes 
ses  conséquences. 

L’inflammation  viendrait  ensuite  comme  produit  possible  de  l’hyperhémie 
névrosique;  mais  il  nous  suffira  d’avoir  marqué  la  place  de  ce  phénomène 
si  considérable  en  pathologie.  On  peut  voir  que,  malgré  son  importance,  il 
n’est  le  plus  souvent  qu’un  des  termes  de  la  série  sympathique  et  que  le 
point  d’arrivée  d’une  évolution  réflexe.  Si  le  caractère  névrosique  de  la 
lésion  est  ordinairement  douteux,  il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  le  proces¬ 
sus  de  ce  travail  morbide  est  celui  que  nous  avons  indiqué.  En  fait,  la 
tendance  phlegmasique  est  peu  marquée  au  milieu  des  troubles  névropa¬ 
thiques,  et  quand  une  semblable  détermination  critique  vient  à  se  pro¬ 
duire,  il  semble  désoi’mais  que  le  mal  soit  fixé  :  il  perd  sa  mobilité  ner¬ 
veuse  ,  et  l’inflammation,  comme  la  pléthore  sanguine,  est  l’antagoniste 
de  la  névrose  :  Febris  spasmos  solvit.  Aussi  la  thérapeutique  pourrait-elle 
utiliser  cette  remarque,  en  employant  plus  souvent  la  médication  révulsive 
ou  substitutive  dans  le  coui’S  des  névropathies. 

Arrive  le  groupe  des  troubles  nutritifs  accompagnés  ou  non  d’inflamma¬ 
tion.  C’est  ici  le  moment  de  signaler  cette  éruption  i’herpès  phlycténoîde, 
en  rapport  avec  diverses  névralgies  :  ce  qui  constitue  le  zona;  herpès  et 
névralgie,  il  n’y  a  pas  de  meilleure  définition  de  cette  maladie  éruptive, 
qui  a  été  si  bien  étudiée  dans  ces  derniers  temps,  et  entre  autres  par 
Charcot  (1859).  Citons  encore  le  fait  de  Bourrienne,  d’un  herpès  suivant 
le  trajet  du  sciatique  (1875)  ;  puis  l’herpès  névralgique  des  organes  génitaux, 
par  Mauriac  (1876);  enfin  le  zona  ophthalmique,  ca.s  plus  rare  et  plus  cu¬ 
rieux,  observé  par  Albert  Hybord  (1872)  et  Gustave  Jorisenne(1875)  ;  et  les 
lésions  cutanées  consécutives  à  des  sections  de  nerfs  (G.  Hayem,  1873). 

Ce  n’est  pas  toujours  sous  l’apparence  d’un  herpès  phlycténoîde  que  se 
montre  le  trouble  nutritif  d’ordre  sympathique  du  côté  du  tégument.  Les 
accidents  trophiques  de  cette  nature,  étudiés  dans  leur  ensemble  par 
G.  Weber,  de  Boston  (1874),  peuvent  consister  dans  l’apparition  de  bulles 
de  pemphigus  (J.  Déjerine,  1876),  ou  dans  une  véritable  dermatite  exfolia- 
trice,  suivant  E.  Lancereaux  (1874).  Les  choses  peuvent  encore  varier  bien 
davantage  ;  et  il  nous  suffira,  à  ce  propos,  de  renvoyer  au  mémoire  de 
A.  Fèvre  (1876)  sur  les  altérations  du  système  cutané  dans  la  folie,  publié 
dans  les  Annales  médico-psychologiques,  et  qui  embi’asse  le  sujet  dans  sa 
totalité. 

A  cette  même  catégorie  de  faits,  il  faut  rattacher  une  sorte  de  sécrétion 
bleuâtre  de  la  peau,  désignée  sous  le  nom  de  chromidrose,  et  consistant 
dans  une  sorte  de  traussudation  pulvérulente  et  de  couleur  bleue,  qui  se- 
montre  ordinairement  autour  des. paupières  chez  des  femmes  hystériques. 
Parmi  les  exemples  de  ce  genre  que  nous  pourrions  signaler,  nous  distin- 


su  NÉVROSES.  —  MANIFESTATIONS  NÉVROSIOUES. 

guerons  paTticulièrement  l’observation  si  complète  de  névrose  vaso-mo¬ 
trice  rapportée  par  Armaingaud,  de  Bordeaux  (1876).  Cette  sécrétion  se 
détache  facilement  de  la  peau;  on  peut  l’essuyer,  la  recueillir  sur  un  linge 
qu’elle  colore  de  même,  et  l’analyser  ensuite.  Elle  ne  tarde  pas  à  se  repro¬ 
duire  dans  les  mêmes  conditions. 

Au  milieu  des  considérations  précédentes,  nous  n’avons  tenu  compte 
que  du  produit  matériel  et  tombant  sous  les  sens ,  de  l’acte  névrosique 
immédiat  ou  réfléchi,  négligeant  de  parler  des  sensations  qui  peuvent 
accompagner  ces  évolutions  toutes  locales.  C’est  qu’en  effet  la  plupart  de 
ces  troubles  vasculaires  et  trophiques  ne  s’annoncent  par  aucune  sensation 
excessive,  de  la  nature  de  la  douleur,  par  exemple,  qui  attirerait  l’attention 
du  médecin  et  du  malade.  Cependant  il  faut  savoir  que  bon  nombre  de  dé¬ 
terminations  vaso-motrices  éveillent  de  la  souffrance  :  les  congestions 
localisées,  les  foyers  inflammatoires,  les  fluxions  pré-hémorrhagiques,  et 
surtout  l’éruption  herpétique  du  zona,  etc.,  sont  particulièrement  dans  ce 
cas.  Nous  savons  encore  quelles  peuvent  être  les  conséquences  d’une  né¬ 
vralgie  des  nerfs  cérébro-spinaux.  Mais  ce  qu’il  ne  faudrait  pas  laisser 
dans  l’oubli,  ce  sont  ces  sensations  si  douloureuses  qui  appartiennent  à 
certaines  névroses  viscérales,  en  dehors  de  tout  désordre  nutritif.  Les  né¬ 
vralgies  viscérales  existent  (A.  Laboulbène,  1860).  Est-il  nécessaire  de 
nommer  la  gastralgie,  l’entéralgie,  la  douleur  de  l’iléus  nerveux?  Et  sur¬ 
tout  ne  connaît-on  pas  ces  affections  désignées  sous  les  noms  de  testicule 
irritable,  d’ovaire  irritable,  de  matnelle  irritable,  etc.?  Ces  différents  cas, 
remarquables  avant  tout  par  l’intensité  et  le  caractère  particulièrement 
atroce  de  la  douleur  qui  en  fait  le  symptôme  principal,  sont  longtemps 
sans  aboutir  à  un  trouble  trophique;  mais  à  la  longue  rien  ne  dit  qu’ils  ne 
peuvent  pas  participer  à  la  dégénérescence  de  l’organe  qui  en  est  affecté."  Il 
faut  savoir  aussi  que  ces  douleurs  si  fixes,  si  violentes,  pourraient  bien 
être  de  nature  réflexe;  et  l’on  s’expliquerait  ainsi  pourquoi  on  a  si  peu  de 
prise  contre  elles,  en  les  attaquant  loco  dolenti,  tandis  que  l’on  méconnaît 
le  foyer  véritable  d’où  émanent  ces  irradiations  sensitives  si  exquises.  Nous 
avons  rencontré  des  troubles  cardiaques  graves  et  poussés  à  l’extrême, 
accompagnés  même  d’accès  d’angine  de  poitrine,  qui  nous  ont  paru  avoir 
leur  point  d’origine  dans  la  présence  de  calculs  biliaires,  silencieux  par  eux- 
mêmes,  et  paraissant  très-bien  tolérés. 

Nous  voyons  encore  des  exemples  de  ces  sensations  douloureuses  exces¬ 
sives,  envoyées  au  loin  par  des  lésions  plus  ou  moins  avancées  des  centres 
nerveux,  dans  ces  faits  de  crises  néphrétiques  et  de  troubles  viscéraux 
divers,  qui  viennent  compliquer  Vataxie  locomotrice  progressive.  Maurice 
Raynaud,  le  premier,  a  appelé  l’attention  sur  ces  faits  qui,  entre  autres 
inconvénients,  exposent  à  tant  d’erreurs  de  diagnostic;  et  Ch,  Bouchard  en 
a  fait  l’objet  de  sa  dissertation  inaugurale  (1875). 

Eli  résumé,  et  quoi  qu’il  en  soit  de  l’origine  de  ces  souffrances  réfléchies, 
et  sans  objet  actuel,  elles  peuvent  à  leur  tour  annoncer  longtemps  à 
l’avance  des  dégénérescences  organiques  qui  procèdent  en  vertu  du  même 
enchaînement  et  qui  sont,  par  conséquent,  d’essence  névrosique.  «  D’une 


NÉVROSES.  —  NÉVROSES  de  la.  vie  organique.  845 

façon  générale,  dit  A.  Gubler,  beaucoup  de  naaladies  qui,  à  la  longue,  pré¬ 
sentent  une  altération  organique,  débutent  par  peu  de  chose.  La  névrose 
engendre  la  lésion...  (Société  de  thérapeutique,  21  janvier  1877).  »  A  quoi 
répond  Moutard-Martin  (même  séance)  ;  «  On  peut  aussi  enrayer  la 
marche  des  lésions  en  agissant  sur  la  douleur  »  ;  c’est-à-dire  en  combattant 
ce  qui  les  commande  et  les  révèle. 

c.  Conduits  viscéraux.  —  Les  actions  vaso-dilatatrices  se  rapportant  aux 
conduits  viscéraux  et  à  certains  orifices  pourvus  de  sphincters  annulaires 
ne  comportent  pas  de  longs  développements ,  la  question  n’ayant  pas 
encore  été  beaucoup  approfondie. 

Du  côté  des  voies  respiratoires,  nous  ne  trouvons  guère,  en  dehors  de 
ces  actes  intimes  qui  préludent  à  l’hémorrhagie,  à  l’apoplexie,  à  l’inflam¬ 
mation  et  aux  dégénérescences  du  parenchyme  pulmonaire,  qu’à  mention¬ 
ner  les  faits  peu  connus  cliniquement  se  rapportant  à  l'action  suspensive 
prédominante  des  pneumogastriques,  ou  à  la  paralysie  équivalente  de  son 
antagoniste,  le  grand  sympathique.  Ces  influences  sont-elles  pour  quelque 
chose  dans  la  dilatation  des  bronches  et  dans  celle  des  vésicules  pulmo¬ 
naires,  qui  constitue  l'emphysème,  alors  que  le  malade,  gonflé  comme  un 
ballon,  ne  peut  plus  pour  ainsi  dire  vider  sa  poitrine? 

Les  voies  digestives  pourraient  donner  lieu  à  des  considérations  plus  im¬ 
portantes.  La  démonstration  de  l’action  suspensive  du  nerf  grand 
splanchnique,  faite  par  Pflüger  (1856),  rattache  à  elle  divers  phénomènes 
morbides,  connus  sous  les  noms  de  météorisme,  de  tympanisme,  de  flatu¬ 
lence.  Cet  état  quasi  paralytique  entrave  singulièrement  le  cours  des  ma¬ 
tières  dans  le  conduit  intestinal;  il  amène  inévitablement  la  constipation. 
Or,  cette  flatulence  et  cette  constipation  d’ordre  nerveux  ne  sont-elles  pas 
des  attributs  de  l’hypochondriaque  et  de  l’hystérique  ? 

Pour  les  voies  génito-urinaires,  il  y  a  peu  de  faits  précis  à  rapporter. 
L'ovulation  et  la  gestation  sont  subordonnées  à  une  hyperhémie  active  que 
commandent  à  leur  tour  les  nerfs  vaso-dilatateurs.  L’inertie  de  la  matrice 
après  l’accouchement  indique  un  état  paralytique  des  nerfs  ganglionnaires, 
et  cette  disposition,  étendue  aux  trompes  et  à  tout  le  domaine  du  système 
nerveux  abdominal,  met  sur,  la  voie  de  la  péritonite  ;  ajoutez-y  l’irritant,  si 
faible  qu’il  soit,  et  ce  sera  la  péritonite  elle-même  ;  auparavant  ce  n’était 
encore  que  le  péritonisme  de  A.  Gubler. 

Parmi  les  orifices  pourvus  de  sphincters  et  susceptibles  d’être  influencés 
par  l’action  vaso-dilatatrice,  l’iris  surtout  mérite  notre  attention.  La 
mydriase,  comme  phénomène  actif,  •  est  sous  la  dépendance  du  rameau 
sympathique  du  ganglion  ophthalmique  qui  commande  les  fibres  radiées 
de  l’organe  :  et  lui-même  tire  son  origine,  par  le  cordon  cervical  du  nerf 
grand  sympathique,  de  la  région  cilio-spinale  de  Budge.  Le  même  symp¬ 
tôme,  au  point  de  vue  paralytique,  suppose  la  suppression  de  l’action  de 
la  troisième  paire  sur  les  fibres  circulaires  de  l’iris.  De  toute  façon,  la 
mydriase  est  en  contradiction  avec  les  mouvements  qui  s’opèrent  dans 
le  réseau  capillaire  de  la  région.  L’appareil  de  l’accommodation  irido- 
choroïdien  subit  les  mêmes  alternatives  du  plus  ou  du  moins,  et  ex- 


846  A'ÉVROSES.  —  phénomènes  névrosiques  associés. 

plique  ainsi  les  trouilles  de  la  vision  dans-  leurs  rapports  avec  les  diverses 

névroses. 

Du  côté  de  l’oreille,  un  certain  degré  i’ hypéracousie  se  rattacherait  à  des 
faits  de  même  nature,  et  se  trouve  lié  quelquefois  à  la  paralysie  du  nerf 
facial  (H.  Landouzy),  laissant  sans  contre-poids  l’influence  antagoniste  ou 
constrictive. 

5“  Phénomènes  névrosiques  étudiés  en  eux-mêmes,  et  dans  les  rapports 
qu’ils  affectent  les  uns  avec  les  autres.  — D’après  notre  plan,  nous  allons 
chercher  à  grouper,  suivant  leurs  affinités  naturelles,  les  divers  symp¬ 
tômes  que  l’analyse  physiologique  nous  a  révélés  chez  les  névropathiques. 
Or,  il  arrive  que  tantôt  un  symptôme  isolé  prend  par  lui-même  une  signi¬ 
fication  assez  précise  pour  constituer  un  état  névrosique  à  lui  seul  ;  tantôt 
les  manifestations  nerveuses  s’associent  deux  à  deux,  ou  à  plusieurs,  for¬ 
mant  ainsi  des  syndromes  déterminés,  désignés  par  des  noms  spéciaux; 
tantôt  enfin,  on  voit  apparaître  de  véritables  entités  morbides,  représen¬ 
tées  par  des  groupes  de  symptômes  nerveux  très-complexes,  ordinairement 
décrits  à  part  dans  les  traités  de  pathologie  et  dans  les  dictionnaires.  Tan¬ 
dis  que  les  deux  premières  catégories  de  troubles  névrosiques  n’ont  guère 
de  valeur  qu’au  point  de  vue  séméiotique,  la  troisième  est  le  plus  souvent 
formée  de  maladies  distinctes,  occupant  un  rang  défini  dans  les  cadres 
nosologiques.  Un  coup  d’œil  jeté  sur  ces  trois  aspects  de  la  question  com¬ 
plétera  l’étude  générale  que  nous  avons  entreprise. 

a.  Certains  symptômes  d’ordre  nerveux  acquièrent  isolément  une  valeur 
clinique  suffisante  pour  fixer  l'attention,  et  pour  permettre  de  les  indivi¬ 
dualiser  par  la  pensée.  Procédons  par  des  exemples  bien  choisis. 

Parmi  les  troubles  de  la  sensibilité,  nous  voyons  certains  points  névral¬ 
giques  constituer  à  eux  seuls  tout  le  mal,  exister  longtemps  et  ne  pas  en¬ 
traîner  d'autres  désordres,  ni  moteurs,  ni  trophiques.  Une  certaine  hyper- 
esthésiecutanée,  qualifiée  dunom  ieprurit  d’/w't’er  (Duhring,  187i),  est  toute 
une  maladie,  sans  tenants  ni  aboutissants  autres.  Dans  l’ordre  des  anesthé¬ 
sies  sensorielles,  on  trouverait  des  cas  aussi  bien  déterminés  :  l’amblyopie 
hystérique,  V amaurose  albuminurique  ou  satonine,  V héméralopie,  la  nyc- 
talopie,  Vachromatopsie,  V astigmatisme,  etc.,  sont  autant  de  cas  distincts 
qu’on  isole  volontiers  en  méconnaissant  leur  véritable  nature. 

Dans  la  catégorie  des  troubles  de  la  motilité,  deux  faits  opposés  se  pré¬ 
sentent.  Par  excès,  on  a  :  la  crampe,  qui  prend  une  signification  très-pré¬ 
cise  au  point  de  vue  professionnel,  lorsqu’elle  atteint  un  écrivain,  un  pia¬ 
niste,  un  danseur,  etc.;  le  tremblement,  qui  apparaît  isolé  chez  le  vieillard, 
chez  l’alcoolique  en  dehors  de  ses  crises,  et  dans  certaines  intoxications  mé¬ 
talliques  ;  les  tics,  dont  l’interprétation  est  si  variable  ;  la  contracture  essen¬ 
tielle  des  extrémités  ou  tétanie,  manifestation  de  nature  rhumatismale  ;  le 
trismus,  expression  isolable  du  tétanos  ;  le  bégaiement,  le  hoquet,  le  stra¬ 
bisme,  toutes  les  chorées  partielles;  le  spasme  de  la  glotte;  Vœsopha- 
gisme,  etc.,  qui  établissent  la  transition  entre  les  hyperkinésies  de  la  vie 
de  relation  et  celles  de  la  vie  organique  ;  les  palpitations  nerveuses  du  cœur, 
qui  sont  tout  à  fait  d’ordre  sympathique. 


NÉVROSES.  —  PHÉNOMÈNES  NÉVROSIQUES  ASSOCIÉS.  847 

Par  défaut,  nous  trouvons  toutes  les  paralysies  musculaires  localisées  et 
indépendantes  ;  hémiplégie  faciale  a  frigore  ;  paralysie  radiale  de  même  na¬ 
ture  ;  glossoplégie ;  paraplégies  directes;  aphasie  ou  paralysie  de  la  faculté 
du  langage  et  des  divers  modes  d’expression  de  la  pensée  ;  aphonie  ner¬ 
veuse,  par  paralysie  des  muscles  laryngiens  ;  paralysies  par  sections  ner¬ 
veuses  et  par  atrophie  graisseuse  des  muscles,  etc. 

Des  troubles  intellectuels  se  montrent  parfois  séparés  :  certaines  manies 
partielles,  qui  annoncent  longtemps  à  l’avance  les  complications  plus 
graves  de  l’aliénation  mentale  ;  le  vertige,  qui  est  plutôt  un  fait  psychique 
que  sensoriel,  et  qui  se  montre  comme  manifestation  épileptique,  à  moins 
qu’il  ne  soit  rattaché  à  l’estomac  malade,  à  une  alFection  de  l’oreille,  etc.: 
le  cauchemar,  le  somnambulisme,  qui  sont  des  perturbations  de  l’intelli¬ 
gence  pendant  le  sommeil  ;  le  délire  essentiel,  qui  appartient  au  trauma¬ 
tisme,  ou  qui  succède  aux  grandes  commotions  de  l’âme,  etc. 

Quant  aux  désordres  organiques  d’origine  névrosique,  on  les  observe 
souvent  comme  faits  distincts,  parce  qu’on  méconnaît  l’impression  d’où  ils 
procèdent  ;  la  chlorose  n’a-t-elle  pas  été  considérée  comme  un  produit  de 
cette  nature,  alors  que  l’on  a  mis  sur  le  premier  plan  les  accidents  névro¬ 
siques  et  que  l’on  a  relégué  l’anémie  au  second  rang?  11  est  vrai  que,  sui¬ 
vant  nous,  les  termes  du  problème  doivent  être  renversés.  Les  hémorrha¬ 
gies,  dites  nerveuses,  l'hémoptysie  de  ce  nom  et  ïhématidrose  appartiennent 
à  cette  catégoi’ie  de  faits.  D’autres  phénomènes,  classés  parmi  les  névro¬ 
pathies,  comme  le  cas  de  sueur  épileptoïde,  comme  le  ptyalisme  sympa¬ 
thique,  le  priapisme,  la  gangrène  symétrique  des  extrémités,  la  trophoné- 
vrosede  la  face,  etc.,  rentrent  bien  dans  notre  cas.  Enfin,  à  un  point  de 
vue  plus  général,  beaucoup  .de  dégénérescences  organiques,  dont  l’origine 
est  si  obscure,  ont  dû  passer  par  la  phase  né vro -morbide,  préparant  à  la 
longue  le  trouble  nutritif,  et  prenant  pour  intermédiaire  le  phénomène 
vaso-dilatateur.  La  seule  difficulté  à  ce  sujet  est  venue  de  ce  que  pendant 
longtemps  on  a  contesté  que  le  fait  de  l’accommodation  vasculaire  pût 
avoir  quelque  influence  sur  une  production  matérielle;  mais  aujourd’hui 
tous  les  doutes  sont  dissipés  à  cet  égard. 

b.  Les  accidents  névrosiques  s’associent  le  plus  ordinairement  pour  for¬ 
mer  des  groupes  naturels,  qui  conservent  néanmoins  le  caractère  symp¬ 
tomatique,  sans  s’élever  à  la  hauteur  de  l’entité.  Ce  sont  ces  associations 
encore  simples  qui  vont  nous  occuper  dans  une  seconde  catégorie  d’états 
névrosiques. 

Le  cas  le  plus  ordinaire  est  celui-ci  :  douleur  et  spasme.  Ces  deux  symp¬ 
tômes  sont  unis  par  un  étroit  rapport  :  le  second  naît  presque  forcément 
du  premier,  comme  l’effet  de  sa  cause.  Cette  dualité  se  trouve  fréquem¬ 
ment  réalisée  en  pratique  ;  photophobie  et  blépharospasme  ;  fissures  à 
l’anus  et  contracture  du  sphincter  ;  même  combinaison  dans  le  vaginisme. 
Mais  ce  groupement  ne  se  montre  nulle  part  sous  une  forme  aussi  remar¬ 
quable  que  dans  les  contractures  arthropathiques,;  il  se  produit  là  des  atti¬ 
tudes  contracturées  des  membres,  en  rapport  avec  telle  ou  telle  articula¬ 
tion  malade.  C’est  la  coxalgie  hystérique  qui  réalise  le  mieux  le  cas  qui  nous 


848  NÉVROSES.  —  phénomènes  NÉVROSiaüES  associés. 

occupe,  bien  que  la  même  loi  soit  applicable  aux  arthropathies  d’ordre 
organique.  Partout,  en  un  mot,  où  il  y  a  douleur  ou  sensation  excessive,  les 
muscles  de  la  région  douloureuse  (quelquèfois  par  sympathie)  entrent  en 
convulsion.  Il  n’est  pas  jusqu’à  la  sensation  de  corps  étranger  dans  le  la¬ 
rynx,  qui  ne  paraisse  provoquer  la  quinte  de  la  coqueluche  ou  le  spasme 
de  la  glotte. 

Dans  l’ordre  psychique,  on  voit  les  impressions  pénibles  produire  le 
délire;  les  douleurs  du  rhumatisme  déterminer  la  manie  ;  les  sensations  vis¬ 
cérales  entretenir  les  illusions  de  l’hypochondriaque  ;  et  réciproquement 
une  émotion  de  l’âme  fait  rougir  le  visage,  battre  le  cœur,  arrête  la  diges¬ 
tion,  détermine  le  vomissement  ou  la  diarrhée  :  la  sensation  de  vertige 
trouble  les  mouvements  et  entraîne  la  chute,  etc.  Le  coma,  la  léthargie,  la 
syncope,  sontaussi  sous  ladépendance  de  désordres  splanchniques  variables. 

Enfin,  dans  le  domaine  de  la  vie  organique,  et  par  l’action  vaso-motrice 
comme  médiateur  nécessaire,  nous  trouvons  des  phénomènes  de  l’ordre 
nutritif  également  accouplés  ou  conjugués,  à  la  façon  de  ce  qui  se  passe 
dans  la  vie  de  relation.  Le  type  de  ces  faits  sera  Vherpès  névralgique  ou 
zona,  qui  nous  montre  une  douleur  intense  entraînant  une  éruption  loca¬ 
lisée  sur  le  trajet  même  du  nerf  malade.  Ensuite  viennent  les  troubles  tro¬ 
phiques  de  la  sciatique,  névralgie  dont  la  longue  durée  entraîne  l’amai¬ 
grissement  des  muscles,  les  dégénérescences  et  la  perte  plus  ou  moins 
complète  des  mouvements  correspondants.  Certaines  impressions  morales 
provoquent  un  grand  flux  d’urine  nerveuse  ;  à  l’inverse  on  voit,  chez  l’hys¬ 
térique,  l’anurie  et  les  vomissements  urémiques  supplémentaires.  Le  dia¬ 
bète  sucré  paraît,  dans  certaines  circonstances,  naître  sous  des  influences 
analogues.  Enfin,  et  pour  abréger,  laissons  entrevoir  que  certaines  névral¬ 
gies  viscérales  longtemps  entretenues  ne  sont  pas  étrangères  à  l’altération 
organique  qui  finit  par  s’emparer  de  l’organe  habituellement  soufl'rant. 
Tels  sont  les  rapports  qui  paraissent  unir  le  cancer  de  l’estomac  à  la  dys¬ 
pepsie  chronique,  le  sarcocèle  à  Virritabilis  testis,  le  cancer  de  l’utérus 
aux  manifestations  hystériques  anciennes,  le  cancroïde  à  certaines  irrita¬ 
tions  locales,  etc. 

c.  En  troisième  lieu,  nous  nous  trouvons  en  présence  des  névroses  com¬ 
plexes,  dans  lesquelles  tous  les  troubles  névrosiques  sont  mis  à  contri¬ 
bution  :  sensibilité  générale  et  spéciale,  motilité,  phénomènes  cérébraux, 
accidents  sous  Faction  du  grand  sympathique,  toutes  ces  manifestations  de 
l’ordre  névropathique  peuvent  tour  à  tour  ou  simultanément  entrer  enjeu.  Il 
sei’ait  bien  inutile  d’entreprendre  une  pareille  démonstration  pour  la  plu¬ 
part  de  ces  grandes  entités  névro-pathologiques  qu’il  suffit  de  nommer 
pour  être  édifié  à  cet  égard.  L’histoire  de  ces  affections  est  faite  ou  sera 
faite  dans  ce  Dictionnaire,  et  nous  n’avons  rien  à  y  modifier.  Si,  pour 
quelques-unes  d’entre  elles,  il  semble  exister  des  lacunes,  une  étude  plus 
approfondie  ne  tarde  pas  à  les  faire  disparaître.  Nous  voyons,  par  exemple, 
l’ataxie  locomotrice  progressive,  dans  laquelle  on  n’avait  reconnu  jusqu’à 
ces  derniers  temps  que  des  troubles  moteurs  et  sensitifs,  voire  même  sen¬ 
soriels  et  psychiques,  se  manifester,  en' outre,  par  des  crises  douloureuses 


NÉVROSES.  —  VALEUR  NOSOLOGIQUE  DES  NÉVROSES.  849 

simulant  la  colique  néphrétique  et  d’autres  névralgies  viscérales  (M.  Ray¬ 
naud,  1875.);  qui  plus  est,  des  altérations  nutritives  portent  sur  le  système 
osseux  (Charcot,  Raymond,  1875)  et  sur  les  articulations  (Bourceret 
1875). 

Poursuivant  ces  recherches  pour  quelques-unes  de  nos  grandes  névroses, 
nous  reconnaissons  d’abord  que  dans  l’hystérie  les  troubles  trophiques  n’y 
font  point  défaut.  La  chlorose  n’est  qu’une  hystérie,  a  dit  Sydenham  ; 
Charcot  (1873),  de  nos  jours,  insiste  sur  ces  faits;  et  les  hémorrhagies 
nerveuses  se  monti’ent  surtout  comme  manifestations  hystériques  (Marius 
Carre,  1877). 

L’épilepsie,  principalement  par  ses  formes  larvées,  porte  aussi  ses 
troubles  jusque  dans  le  domaine  de  la  vie  organique  :  sueur  épileptoïde, 
hémoptysie  de  même  nature,  état  syncopal,  etc.,  sont  des  exemples  de  ce 
que  nous  avançons  ici. 

Les  désordres  psychiques  de  la  chorée  ont  été  révélés  et  mis  hors  de 
doute  par  Marcé  (1860).  Comme  accidents  viscéraux,  nous  trouvons  la 
chorée  cardiaque  (H.  Roger),  l’épuisement  des  muscles  et  leur  régression 
possible  par  excès  d’action. 

Nous  pourrions  continuer  cette  démonstration  à  propos  de  l’hypochon- 
drie,  du  nei’vosisme,  de  l’éclampsie,  du  tétanos,  de  la  migraine,  de  l’hydro- 
phobie  rabique,  etc.  ;  mais  un  tel  soin  serait  superflu  :  nous  renvoyons  le 
lecteur  aux  articles  du  Dictionnaire  où  ces  affections  se  trouvent  décrites. 
Pour  clore  notre  revue,  nous  nous  bornerons  à.  mentionner  une  maladie 
assez  exceptionnelle,  Iticachexie  exophthalmique, qui  est  bien  une  névrose, 
mais  une  névrose  d’origine  organique,  réagissant  à  l’inverse  des  précé¬ 
dentes  sur  les  autres  dépendances  du  système  nerveux  :  sur  la  sensibilité 
et  la  motilité,  qui  sont  simultanément  affaiblies  ou  perdues,  par  suite  des 
congestions  vaso-motrices  de  l’encéphale  et  de  la  moelle  épinière,  sur  les 
sens  spéciaux,  par  le  fait  de  l’exophthalmie  en  ce  qui  concerne  la  vision, 
par  l’afflux  sanguin  au  voisinage  de  l’oreille  qui  amène  des  bourdonne¬ 
ments,  des  tintouins,  et  sur  le  moral,  qui  est  affecté  depuis  la  simple  perver¬ 
sion  du  caractère  jusqu’au  coma  apoplectique.  Ces  désordres  du  système  vaso¬ 
dilatateur  ainsi  surexcités,  cet  état  de  quasi-érection  de  la  part  des  organes 
qui  sont  sous  le.  coup  du  grand  sympathique  activement  paralysé,  cette 
irrigation  sanguine  trop  copieuse,  aboutissent  à  des  altérations  trophiques 
de  la  nature  de  l’athérome  ou  de  la  stéatose,  en  préludant  par  l’infarctus. 

Ces  idées  ne  sont  pas  en  contradiction  avec  la  conclusion  que  nous 
avons  adoptée  dans  notre  article  Goître  exophthalmique  ,  à  savoir  que 
cette  affection  n’est  pas  une  entité.  Elle  est  bien  un  syndrome  névrosique 
d’une  étendue  considérable,  et  d’une  signification  pathologique  extrême¬ 
ment  curieuse,  ainsi  que  nous  l’avons  reconnu  ;  mais  elle  n’est  que  cela 
{voy.  t.  XVI,  1872). 

IV.  Valeur  nosologique  des  névroses. — La  définition  des  névroses 
repose  sur  un  certain  nombre  de  caractères  négatifs,  bien  plutôt  que  sur 
des  affirmations.  Ce  sont  des  affections  sans  matière,  sans  fièvre,  sans 
lésions.  Comme  faits  positifs,  on  déclare  que  c’est  le  système  nerveux  qui 

NOUV  DICT.  DE  MÉD.  ET  CHIR.  XXIII.  —  54 


850  NÉVROSES.  —  étiologie. 

est  en  cause,  et  que  ce  sont  ses  fonctions  qui  sont  augmentées,  diminuées 
ou  perverties.  II  faut  encore  ajouter  qu’ici  il  n’y  a  ni  cause  substantielle, 
ni  évolution,  ni  crise,  ni  issue.  Tout  cela  est  logique,  et  nécessaire  pour 
constituer  la  maladie  vraiment  nerveuse. 

-  Cependant  étant  donné  le  plan  d’une  maladie  complète  et  régulière,  on 
peut  voir  que  la  névrose  n’en  représente  que  le  premier  stade  :  celui 
d’impression  sensitive  et  de  dispersion  au  travers  du  système  nerveux.  Et 
puis  tout  s’arrête  là  :  ce  premier  stade  est  perpétuellement  recommencé 
et  toujours  avorté.  Les  névroses  ne  sont  donc  en  réalité  que  des  parties 
de  maladie  :  elles  sont  toute  cette  phase  des  états  morbides  durant  laquelle 
les  nerfs  sont  mis  à  contribution,  positivement  ou  négativement.  Néan¬ 
moins,  l’usage  et  les  besoins  de  la  pratique  ont  assimilé  ces  affections. aux 
diverses  autres  expressions  maladives  composées  de  tous  leurs  éléments, 
et  pourvues  de  leurs  trois  stades  essentiels.  Elles  comportent  aussi  les 
mêmes  procédés  de  description,  relativement  à  leurs  causes,  leurs  symp¬ 
tômes,  leur  diagnostic,  leur  pronostic  et  leur  traitement;  et  ce  sont  les  seuls 
points  sur  lesquels  il  nous  reste  à  donner  quelques  explications. 

A.  Étiologie.  —  L’étiologie  des  névroses  repose  sur  deux  faits  également 
importants  :  le  terrain  ou  le  support  et  V impression  morbide.  La  prédispo¬ 
sition  joue  ici  un  rôle  vraiment  prédominant,  que  nous  avons  suffisamment 
apprécié  dans  la  partie  pathogénique  de  cet  article.  Nous  avons  même  re¬ 
connu  que  ce  qu’on  a  appelé  l’état  nerveux,  le  nervosisme,  Thystéricisme, 
était  beaucoup  moins  une  maladie,  que  les  auteurs  groupent  chacun  à  leur 
manière,  qu’une  imminence  maladive  poussée  à  l’extrême.  C’est  en  vertu 
de  cette  aptitude  toute  particulière,  de  cette  tension  idiosyncrasique  de 
l’appareil  nerveux,  que  le  moindre  ébranlement  venu  du  dehors  provoque 
la  décharge  du  système,  c’est-à-dire  la  manifestation  névrosique.  D’après 
la  même  disposition,  tout,  chez  l’individu  ainsi  monté,  revêt  la  même 
tendance.  Tout  est  nerveux  en  lui  :  son  caractère,  ses  mouvements 
fonctionnels,  ses  maladies.  En  raison  de  cela,  il  jouit  d’une  certaine 
immunité  vis-à-vis  des  autres  états  morbides,  inflammations,  infections, 
dégénérescences.  On  s’accorde  à  admettre  la  résistance  vitale  des  névro¬ 
pathiques  ;  et  dès  qu’on  a  pu  mettre  ce  cachet  de  la  névrose  sur  un  seul 
mal,  il  semble,  par  cela  même,  qu’il  perde  de  sa  gravité.  Ces  considérations 
suffisent  pour  faire  comprendre  notre  pensée,  et  nous  avons  hâte  de  passer 
outre. 

Quant  à  l’impression  qui  met  en  jeu  ce  mécanisme  d’un  ordre  si  parti¬ 
culier,  elle  est  forcément  de  nature  sensitive  ;  le  point  de  départ  de  la 
série  nerveuse  sera  toujours  une  seMsatfom;  sensation  extrême  ou  pervertie, 
perçue  ou  lion  par  la  conscience.  Elle  provient  de  l’extérieur,  ou  bien  elle 
a  sa  raison  d’être  au  sein  des  viscères  ;  c’est  le  procédé  même  de  l’acte 
physiologique  :  contact,  vibration  centripète,  acte  réflexe,  mouvement 
centrifuge.  Les  résultats  de  cette  impression  seront  d’autant  plus  variés  et 
plus  imprévus,  qu’elle  aura  évoqué  de  plus  près  les  divers  modes  de  la 
sensibilité  physiologique  :  le  plus  faihle  écart  suffisant  bien  pour  pervertir 
cette  sensibilité  et  dénaturer  ses  conséquences.  Qui  dira  sous  quelle 


NÉVROSES.  —  SYMPTOMES. 


851 


influence  sensitive  l’hypochondriaque  manifeste  ses  conceptions  erro¬ 
nées?  Le  traumatisme,  la  violence,  au  contraire,  n’ont  qu’un  même 
procédé  de  réaction,  commandé  par  la  douleur.  Lorsque  la  névrose  paraît 
exister  par  suite  d’une  certaine  altération  du  sang,  chlorose,  typhus 
cérébro-spinal,  hydrophobie,  saturnisme,  etc.,  il  faut  bien  savoir  que 
l’ensemble  des  accidents  névrosiques  est  toujours  dirigé  par  des  localisa¬ 
tions  organiques,  où  se  produit  le  conflit  entre  la  cause  morbide  et  les 
éléments  sensitifs  de  la  partie.  Le  déterminisme  n’est  pas  moins  rigoureux 
ici  que  dans  les  autres  cas  qui  tombent  plus  grossièrement  sous  les 
sens. 

B.  Symptômes.  —  Nous  sommes  maintenant  assez  édifiés  sur  le  compte 
des  symptômes,  comme  manifestations  névrosiques.  Nous  savons  qu’ils 
conservent  toujours  cette  empreinte  nerveuse  qui  les  fait  reconnaître  à  l’ob¬ 
servateur  attentif,  et  même  à  la  généralité  des  hommes.  La  toux  est  ner¬ 
veuse,  le  vomissement  est  nerveux,  l’urine  est  nerveuse;  les  troubles 
trophiques  eux-mêmes  portent  une  livrée  spéciale  qui  en  dévoile  la  nature 
intime.  Quelle  différence  entre  ces  stéatoses  développées  sourdement,  sans 
réaction  apparente,  sous  l’influence  d’une  sensation  éloignée  et  méconnue, 
et  ces  désorganisations  actives  et  immédiates,  propres  au  travail  phlegma- 
sique  ! 

Il  serait  inutile  d’insister  sur  les  signes  des  névroses  étrangers  à  leur 
essence  même  ;  car  on  se  fonde  précisément  sur  l’absence  de  tels  signes 
pour  définir  cette  classe  de  maladies  ;  et  nous  avons  vu  qu’ici  les  manifes¬ 
tations  accessoires  revêtaient  elles-mêmes  la  forme  nerveuse.  Un  coup 
d’œil  rapide  jeté  sur  ces  faits  va  nous  édifier  à  cet  égard. 

La  fièvre  manque,  il  est  vrai  ;  mais  certaines  névropathies  se  traduisent 
par  une  accélération  extraordinaire  du  pouls,  qui  lui-même, 'dans  d’autres 
cas,  est  dit  nerveux.  On  a  aussi  constaté  une  élévation  de  la  température, 
mais  plus  souvent  encore  celle-ci  est  abaissée.  Les  digestions  sont  troublées 
d’une  certaine  façon  :  il  y  a  dépravation  de  l’appétit  {anorexia  hysterica), 
gastralgie,  vomissements  spasmodiques  :  la  constipation  estla  règle,  h’urine 
est  tantôt  augmentée  en  quantité,  avec  les  caractères  de  l’urine  nerveuse, 
et  tantôt  supprimée  {anurie  hystérique,  urémie,  vomissements  de  compen¬ 
sation).  Les  fonctions  sexuelles,  et  surtout  la  menstruation,  sont  profondé¬ 
ment  troublées  :  du  moins  chez  les  hystériques,  au  point  que,  par  inverse, 
on  voit  là  l’origine  de  tous  les  désordres  propres  à  l’hystérie.  Enfin  la 
nutrition  dans  son  ensemble  souffre  d’une  certaine  manière,  par  suite  de 
l’anarchie  de  tous  les  mouvements  organiques  :  il  y  a  un  véritable  ma¬ 
rasme  névrosique,  h’ anémie  est  commune  chez  les  névropathiques,  soit 
comme  cause,  soit  comme  produit.  Et  si  l’on  s’en  rapportait  à  cei’tains 
auteurs,  tels  que  Beau,  on  verrait  la  dyspepsie,  comme  il  la  conçoit,  et 
qu’est-ce  autre  chose  qu’une  grande  névrose  indéterminée?  tenir  sous  sa 
dépendance,  et  par  son  troisième  stade,  la  plupart  des  dégénérescences 
organiques.  A  part  l’exagération  d’une  pareille  doctrine,  on  ne  peut  nier 
que  le  système  nerveux  ne  soit  le  véritable  recteur  de  tous  les  mouvements 
intimes  de  la  nutrition,  et  que  les  désordres  de  celle-ci  ne  témoignent  delà 
perturbation  du  premier. 


852  NÉVROSES.  —  traitement. 

G.  Marche.  —  La  marche  des  névroses  est  variable.  Ordinairement  ces 
affections  procèdent  d’une  façon  aiguë,  et  par  accès  intermittents  plus  ou 
moins  réguliers  dans  leur  retour.  Voyez  les  attaques  de  l’épilepsie  et  les 
poussées  à  heure  fiice  des  névralgies  paludéennes.  Et  cependant  le  fond  de 
ces  états  morbides  est  chronique,  car  c’est  précisément  en  vertu  d’une  dis¬ 
position  constitutionnelle,  accidentelle  ou  acquise,  que  ces  manifesta¬ 
tions  éclatent.  Du  reste,  dans  les  névroses  à  périodes,  on  distingue  V attaque 
et  V accès  :  la  première  constituant  tout  l’ensemble  de  la  manifestation 
actuelle,  et  le  second  étant  caractérisé  par  les  explosions  successives  et 
immédiates  de  la  névrose.  Exemple  :  l’éclampsie  épileptiforme. 

La  durée  des  névroses  est  indéfinie  ;  car  les  conditions  mêmes  dans 
lesquelles  ces  affections  se  produisent  étant  données,  rien  ne  peut  faire 
prévoir  leur  cessation  et  ne  garantit  contre  leur  retour  :  telle  est  la  mi¬ 
graine. 

Nous  savons  déjà  que  les  névroses  ne  se  terminent  pas,  à  la  façon  des 
maladies  à  évolution  régulière  et  forcée.  Ce  qu’on  a  appelé  crises  dans  les 
étals  névropathiques,  comme  une  abondante  émission  d’urine,  une  sueur 
excessive,  une  explosion  de  larmes,  ne  juge  pas  la  maladie,  ainsi  que 
l’éruption  d’un  herpès  aux  lèvres  dans  le  cas  d’une  fièvre  herpétique.  Au 
point  de  vue  de  l’issue  totale  de  la  névrose,  il  n’y  a  que  deux  cas  possibles  : 
la  guérison  ou  la  mort  ;  celle-ci  étant,  d’après  le  pronostic  dont  nous  allons 
parler,  l’une  des  chances  les  moins  fréquentes. 

On  s’accorde  à  ne  pas  considérer  le  pronostic  des  névroses  comme  grave, 
sauf  l’hydrophobie,  l’épilepsie,  l’éclampsie  puerpérale,  etc.  Cependant,  c’est 
plutôt  l’état  névropathique  et  les  immunités  qu’il  accorde,  qui  doit  être 
apprécié  dans  ce  sens,  car  les  perturbations  nerveuses  offrent  tous  les 
degrés  possibles  de  danger.  Tel  individu,  qui  a  survécu  à  cent  attaques 
d’épilepsie,  pourra  succomber  à  la  suivante,  si  un  vaisseau  vient  à  se 
rompre  dans  l’encéphale.  En  revanche,  l’hystérique  éveille  peu  de  sollici¬ 
tude,  même  et  surtout  au  milieu  de  ses  extravagances  les  plus  grandes. 

D.  Diagnostic. —  Il  n’y  a  point  à  poser  de  diagnostic  général  des  névroses 
en  dehors  des  attributs  névrosiques  que  nous  connaissons  et  sur  lesquels 
nous  avons  assez  insisté.  Quant  au  diagnostic  individuel  de  ces  affections, 
il  est  trop  variable  pour  pouvoir  être  discuté  dans  un  travail  d’ensemble. 
C’est  à  l’occasion  de  chaque  manifestation  névrosique  en  particulier  que  ce 
sujet  devra  être  traité. 

Il  nous  reste  enfin  à  parler  du  traitement  des  névroses  dans  sa  totalité  r 
et  c’est  par  un  examen  rapide  de  nos  ressources  thérapeutiques  dans  leurs- 
rapports  avec  ces  maladies  que  nous  compléterons  notre  travail. 

V.  Tpaitement.  —  Nous  n’avons  ici  qu’à  fournir  les  indications  géné¬ 
rales  du  traitement  qui  convient  aux  névroses.  Ces  maladies  très-mobiles- 
de  leur  nature  et  sans  attaches  profondes,  du  moins  dans  la  majorité  des 
cas,  se  prêtent  facilement  à  l’action  thérapeutique,  et  particulièrement  aux 
moyens  dits  physiologiques,  qui,  par  leur  genre  d’action,  imitent  précisé¬ 
ment  les  procédés  des  névroses.  Du  reste,  il  y  a  lieu  de  distinguer  deux 
modes  de  médication  qu’on  peut  diriger  contre  ces  affections  :  l’un,  com- 


NÉVROSES.  —  TRAITEMENT.  853 

prenant  l’ensemble  des  agents  qui  s’attaquent  à  la  cause  du  mal  ;  et  l’autre, 
formé  de  tout  ce  qui  a  pour  but  d’en  combattre  les  effets,  c’est-à-dire  les 
symptômes.  11  n’est  pas  nécessaire  de  beaucoup  insister  pour  savoir  lequel 
de  ces  deux  genres  de  traitement  mérite  la  préférence  ;  mais  on  n’a  pas  tou¬ 
jours  le  choix  des  moyens  ;  et  lorsqu’on  ne  peut  pas  s’en  prendre  à  l’essence 
même  de  l’affection,  on  est  encore  trop  heureux  de  se  rejeter  sur  les 
médicaments  palliatifs,  dont  la  liste  est  fort  longue,  du  reste.  Étudions  donc 
la  question  sous  ses  deux  aspects. 

a.  La  médication  causale  exige  beaucoup  de  précision  dans  le  diagnostic, 
non  pas  dans  le  diagnostic^de  la  forme  morbide,  mais  dans  l’appréciation 
de  la  nature  du  mal.  Il  est  vrai  qu’en  échange  de  cette  peine  on  agit 
presque  à  coup  sûr,  et  qu’on  guérit  son  malade.  Nous  nous  souvenons 
toujours  d’un  dyspeptique  névropathique  arrivé  au  dernier  degré  du  ma¬ 
rasme,  et  qui  fut  sauvé  parce  qu’on  reconnut  chez  lui,  et  bien  à  propos,  les 
traces  d’une  syphilis  tertiaire.  Nous  avons  mentionné  ce  fait  dans  notre 
article  Dyspepsie,  et  il  nous  a  servi  à  prouver  combien  la  forme  d’une 
affection  importait  moins  que  sa  cause  à  déterminer.  Nous  ferons  rapide- 
dement  l’application  de  ce  principe  aux  cas  les  mieux  connus  de  la  névro¬ 
pathologie. 

Nous  avons  déjà  parlé  de  la  syphilis  et  de  ses  expressions  névrosiques, 
dont  la  nomenclature  est  donnée  (p.  822).  Ici,  c’est  tantôt  le  mercure,  et 
tantôt  ïiodure  de  potassium,  qùi  se  trouvent  indiqués,  et  qui  deviennent 
ainsi  des  nervins. 

La  fièvre  intermittente,  par  ses  formes  larvées  d’ordre  nerveux,  réclame 
le  sulfate  de  quinine,  qui  dans  mainte  circonstance  a  servi  à  combattre  des 
manifestations  redoutables  dont  la  nature  avait  d’abord  été  méconnue.  Ce 
dernier  médicament  n’est-il  pas  un  anti-névralgique  puissant  ?  à  ce  point 
que  son  usage  a  été  étendu,  avec  plus  ou  moins  de  raison,  des  formes  palu¬ 
déennes  aux  rhumatismales  et  aux  indéterminées.  Enfin,  et  d’une  façon  gé¬ 
nérale,  le  quinquina  ne  représente-t-il  pas  le  type  des  névrosthéniques? 

Le  saturnisme  a  aussi  ses  expressions  névrosiques,  qu’il  n’est  pas  néces¬ 
saire  de  rappeler  ici  ;  et,  pour  ne  pas  comporter  une  médication  d’une  effi¬ 
cacité  bien  certaine,  il  apporte  dans  ses  formes  morbides  une  indication 
spéciale  qu’on  ne  saurait  impunément  négliger. 

Le  rhumatisme,  et  sa  forme  névrosique  par  excellence,  la  chorée,  récla  - 
meraient  par-dessus  tout  l’emploi  des  moyens  anti-rhumatismaux  ;  et  sur  ces 
données,  les  médicaments  cyaniques,  que-  nous  avons  recommandés  à  ce 
point  de  vue,  seraient  tout  particulièrement  indiqués.  En  dehors  de  cela, 
existe- t-il  un  traitement  rationnel  de  la  chorée,  des  névralgies  rhumatis¬ 
males,  de  la  mctwie  rhumatismale,  voire  même  du  rhumatisme  cérébral  pro¬ 
prement  dit  ?  On  peut  affirmer  qu’il  y  a  tout  autant  de  différence  entre  une 
névralgie  paludéenne  et  une  névralgie  rhumatismale,  qu’entre  le  sulfate  de 
quinine  et  le  cyanure  de  zinc,  en  tant  qu’il  s’agit  d’une  action  dynamique 
médicamenteuse  de  la  part  de  ces  substances. 

Quant  à  V alcoolisme,  et  en  ne  tenant  compte  ici  que  des  explosions  d’ac¬ 
cidents  aigus  dans  le  cours  de  cette  intoxication  à  l’état  chronique,  il  sera 


85i 


NÉVROSES.  —  TRAITEMENT, 
presque  à  coup  sûr  combattu  efficacement  par  les  préparations  de  noix 
vomique.  Nous  avons  en  effet  démontré  que,  non-seulement  le  delirium  tre- 
mens,  mais  aussi  les  déterminations  phlegmasiques  qui  le  provoquent  ou 
l’accompagnent,  cédaient  très-facilement  à  l’action  de  la  noix  vomique 
employée  à  doses  suffisamment  élevées.  Ce  moyen  est  tellement  sûr,  il 
réussit  encore  si  bien  contre  certaines  manifestations  chroniques  du  mal 
alcoolique,  telles  que  le  tremblement,  les  vertiges,  la  dyspepsie,  et  les  pre¬ 
miers  troubles  psychiques,  qu’on  peut  élever  à  la  hauteur  d’une  importance 
sociale  les  espérances  inspirées  par  ce  remède. 

D’autres  états  constitutionnels,  comme  V anémie,  \a.  chlorose,  Y urémie,  la 
septicémie,  etc.,  ne  se  prêtent  peut-être  pas  aussi  facilement  à  une  action 
directe;  et  cependant,  c’est  encore  en  passant  par  cet  intermédiaire  qu’on 
atteint  les  névroses  engendrées  sous  leur  influence  :  le  fer,  les  évacuants  de 
compensation,  les  antiseptiques,  conservent  ici  leurs  droits  ;  de  même  que 
s’il  était  question  des  expressions  les  plus  matérielles  de  ces  états  dyscrasi- 
ques. 

Les  névroses,  nées  sous  la  domination  d’une  évolution  fonctionnelle, 
réclament  le  secours  de  l’art  en  faveur  de  ces  fonctions.  C’est  ainsi  que 
seront  traversées  les  phases  de  la  première  dentition,  de  la  puberté,  des 
périodes  menstruelles,  de  la  gestation  et  de  la  parturition.  On  aidera  la 
sortie  d’une  dent  par  l’incision  de  la  gencive,  et  par  cela  même  on  fera 
cesser  les  convulsions  de  l’enfant  dans  certaines  circonstances.  On  com¬ 
battra  l’amémorrhée  par  des  moyens  appropriés.  On  arrêtera  les  attaques 
de  l’éclamptique  en  précipitant  le  travail  de  l’accouchement,  etc. 

Un  grand  nombre  de  névroses  à' ordre  réflexe  seront  heureusement  maî¬ 
trisées,  en  agissant  sur  le  foyer  même  d’où  part  l’incitation  première  de 
l’attaque  névropathique.  C’est  ainsi  que  dans  certains  cas  on  provoquera 
l’expulsion  des  vers  intestinaux;  d’autres  fois,  c’est  à  la  pierre  dans  la 
vessie,  à  l’existence  d’une  fissure  à  l’anus,  d’un  phimosis,  d’une  déviation 
utérine,  d’un  varicocèle,  d’un  rein  flottant,  qu’on  devra  s’adresser,  pour 
arrêter,  d’une  façon  efficace,  diverses  manifestations  névrosiques.  Dans 
cette  catégorie  de  faits  se.  range  la  possibilité  d’enrayer  une  attaque 
d’épilepsie  en  interceptant  Yaura  qui  la  précède  et  la  commande.  C’est 
ainsi  qu’on  établira  parfois  une  compression  entre  une  extrémité  périphé¬ 
rique,  siège  de  l’aura,  et  les  centres  nerveux.  On  arrive  aussi  au  même  but, 
suivant  Brovvn-Séquard  (1868),  en  irritant  certains  nerfs  périphériques, 
ou  en  galvanisant  le  grand  sympathique  au  cou  (Wilheim,  1873).  Ici  le 
remède  est  précaire,  et  n’a  d’action  que  pour  l’attaque  actuelle,  sans 
préjudice  des  manifestations  ultérieures. 

Lorsqu’une  disposition  névrosique  est  sous  la  dépendance  d’un  embarras 
des  voies  digestives,  et  la  migraine  est  plus  pai’ticulièrement  dans  ce  cas, 
c’est  cet  état  qu’il  faut  combattre,  par  des  moyens  spéciaux  et  bien 
connus. 

Les  névroses  de  causes  professionnelles,  ou  produites  par  des  habitudes 
pernicieuses  (tabac,  narcotiques),  ne  peuvent  guère  se  modifier  qu’en 
renonçant  aux  actes  et  aux  usages  qui  ont  engendré  le  mal  et  l’entre- 


855 


NÉVROSES.  —  TRAITEMENT, 
tiennent.  A  ce  groupe  appartiennent  les  crampes  des  écrivains,  des  pia¬ 
nistes,  eic,. ,  Y  angine  de  ^o/trme  des  fumeurs,  le  catarrhe  convulsif  des 
personnes  qui  manient  des  substances  pulvérulentes;  les  convulsions  de 
l’ergotisme,  les  troubles  cérébraux  des  pellagreux,  etc. 

Les  névroses  symptomatiques  d’une  lésion  matérielle  des  nerfs,  ou  des 
centres  nerveux,  échappent  à  une  médication  directe  ;  à  moins  que  la  lésion 
elle-même  ne  soit  sous  la  dépendance  d’une  affection  qui  possède  un 
spécifique.  On  ne  saurait  empêcher  à  coup  sûr  une  hémiplégie  par  embolie, 
ou  par  hémorrhagie  cérébrale,  une  paraplégie  par  section  de  la  moelle, 
une  ataxie  par  sclérose  des  cordons  postérieurs  ;  mais  si  une  névralgie  ou 
une  attaque  épileptiforme  est  occasionnée  par  la  présence  d’une  gomme 
syphilitique  de  l’encéphale,  le  traitement  de  la  cause  reprend  sa  supré¬ 
matie.  A  la  rigueur,  une  section  nerveuse,  pour  détruire  à  jamais  une 
névralgie  incoercible,  rentrerait  dans  le  cas  d’une  intervention  immédiate. 

Sans  avoir  épuisé  la  revue  des  moyens  de  la  médication  causale,  nous 
pensons  que  ce  qui  précède  suffit  pour  faire  apprécier  le  mérite  et  la  valeur 
d’un  pareil  mode  d’action,  et  pour  démontrer  sa  prééminence.  On  pourra 
d’après  cela  en  faire  l’application  aux  cas  que  nous  n’aurions  pas  men¬ 
tionnés. 

b.  Le  traitement  des  symptômes  constitue  la  médication  palliative.  Nous 
savons  déjà  que  celle-ci  consiste  dans  la  mise  en  jeu  d’actions  précisément 
opposées  aux  phénomènes  morbides  existants.  Les  moyens  dont-  nous 
disposons  ici  sont  essentiellement  physiologiijues,  et  en  antagonisme  avec 
les  états  névropathiques  qu’il  s’agit  de  combattre.  Aux  hyperesthésies,  il 
faut  des  agents  anesthésiques  ;  et  inversement,  aux  hyperkinésies,  on 
opposera  les  akinésiques.  Dans  l’ordre  nervo-sympathique,  il  y  aura  des 
vaso-dilatateurs  et  des  vaso-constricteurs,  en  opposition  avec  les  états 
vaso-moteurs  constitués  sous  l’influence  morbide.  De  ce  côté,  le  fait 
sensitif  et  le  fait  moteur  sont  toujours  associés;  nous  supposerons  qu’il 
en  est  de  même  dans  les  résultats  thérapeutiques  des  moyens  appartenant 
au  système  nerveux  cérébro-spinal.  Poursuivons  notre  démonstration  en 
quelques  mots. 

Les  agents  qui  doivent  combattre  les  phénomènes  d’hyperesthésie  et 
d’hyperkinésie  associés  constituent  deux  classes  de  médicaments  connus 
sous  les  noms  d'antispasmodiques  et  de  calmants.  Les  effets  de  ces  moyens 
médicamenteux  sont  d’un  ordre  très-vague  et  très-indéterminé  ;  ou  du 
moins  leur  action  ne  s’explique  que  par  la  mise  en  jeu  des  mouvements 
intimes  delà  substance  nerveuse  :  c’est-à-dire  qu’elle  parait  se  réduire  dans 
certains  cas  à  un  acte  vaso-moteur,  en  vertu  duquel  la  nutrition  ou  l’acte 
nerveux  dépendent  de  la  quantité  du  sang  en  circulation.  Pour  le  cas  actuel, 
c’est  à  un  état  d'oligaimie  ou  d’anémie  locales  qu’il  faudrait  aboutir; 
l’énergie  de  la  fonction  étant  nécessairement  en  proportion  du  fluide  nutritif 
qui  doit  l’entretenir. 

Cependant  si  l’on  voulait  entrer  dans  le  détail  des  effets  de  beaucoup  de 
médicaments  sédatifs  du  système  nerveux,  on  pourrait  trouver  la  règle 
que  nous  venons  de  poser  bien  des  fois  en  contradiction.  Ainsi  :  Y  opium 


S56  NÉVROSES.  —  traitement.. 

et  le  bromure  de  potassium  modèrent  dans  bien  des  cas  Faction  nerveuse 
dans  ses  diverses  manifestations  sensitives,  motrices,  psychiques,  trophi¬ 
ques,  etc.  ;  et  néanmoins  leurs  effets  physiologiques  passent  pour  être  en 
opposition.  Mais  ce  n’est  pas  ici  le  lieu  d’agiter  ces  questions,  il  nous  suffit 
de  les  avoir  posées. 

Les  états  inverses  d’anesthésie  et  d’akinésie  constituant  le  grand  groupe 
des  imralysies,  appellent  l’emploi  des  excitants  du  système  nerveux  :  la 
noix  vomique,  la  strychnine,  le  phosphore,  Vélectricité  ;  tels  sont  les  agents 
de  la  médication  hypernervique.  Elle  est  moins  certaine  dans  son  efficacité 
que  la  médication  calmante  :  on  combat  moins  sûrement  une  paralysie 
qu’une  douleur  ou  qu’une  convulsion  ;  peut-être  pai’ce  que  la  première  est 
plus  souvent  de  nature  organique. 

La  thérapeutique  vaso-motrice  est  en  quelque  sorte  mieux  définie  que 
celle  qui  s’adresse  au  système  nerveux  cérébro-spinal,  dont  elle  est,  à  la 
vérité,  la  clé  probable.  Les  agents  vaso-moteurs  se  divisent  en  deux  caté¬ 
gories  :  les  vaso-dilatateurs  et  les  vaso-constricteurs,  en  rapport  avec  les 
états  pathologiques  auxquels  ils  doivent  se  présenter  en  antagonistes. 

Les  vaso-dilatateurs  sont  spécialement  :  V opium  ei  son  principe  vraiment 
actif,  la  morphine,  V éther  sulfurique,  le  chloroforme ,  Y hydrate  de  chloral, 
Yoxyde  de  carbone,  le  nitrite  d’amyle,  la  fève  de  calabar  et  Vesérine,  etc. 
(d’après  Vulpian). 

Les  'vaso-constricteurs  comprennent  notamment  :  la  quinine,  la  caféine , 
la  belladone  et  Y  atropine;  le  bromure  de  potassium,  Y  ergot  de  seigle,  etc. 
(Vulpian).  Nous  y  ajouterons,  avec  connaissance  de  cause,  le  cyanure  de 

Ces  mêmes  agents  sont  respectivement  applicables  aux  états  morbides  qui 
concernent  les  conduits  viscéraux  et  les  orifices  de  ces  conduits. 

Nous  terminerons  par  l’énumération  de  certains  moyens  non  classés,  qui 
peuvent  avoir  leur  emploi,  à  un  moment  donné,  d’après  des  effets  précé¬ 
demment  constatés  contre  quelque  accident  névrosique.  De  ce  nombre  sont  : 
la  valériane,  vantée  contre  le  diabète  insipide;  le  nitrate  d'argent,  usité 
contre  Y  ataxie  locomotrice  progressive;  Yhyoscyamine,  employée  par  Oulmont 
(1875)  contre  la  chorée;  la  grande  ciguë,  pour  abattre  les  contractures  mus- 
culaires  locales  ou  générales  ;  le  guarana  contre  la  migraine;  le  lupulin, 
dans  certains  cas  de  delirium  tremens  ;  la  picrotoxine  donnée  contre  la 
paralysie  labio-glosso-laryngée  (Gubler,  1875).  Citons  encore  certaines 
grandes  méthodes  dirigées  surtout  contre  l’état  nerveux  dans  sa  totalité  ; 
Y  hydrothérapie  qui  se  trouve  ici  sur  son  vrai  terrain  ;  Y  électrothérapie  avec 
ses  deux  procédés  des  courants  interrompus  et  des  courants  continus  ;  ta 
métallothérapie  qui,  créée  par  Burq,  en  1851,  commence  à  recevoir  ses 
applications  régulières  en  thérapeutique  névrosique  (Gellé,  1877). 

Enfin,  viennent,  pour  clore  cette  liste  déjà  si  longue,  mais  comme  com¬ 
plément  indispensable,  les  modificateurs  hygiéniques:  le  grand  air,  les 
bains  de  mer,  les  exercices  du  corps  qui,  sollicitant  la  nutrition,  réparant  le 
sang  et  développant  les  muscles,  tendent  à  rétablir  l’équilibre  des  fonctions, 
dont  la  ruine  est  l’occasion  de  tant  de  manifestations  névropathiques  ;  puis 


NÉVROSES.  —  BIBLIOGRAPHIE.  857 

encore  les  diversions  morales  :  distractions,  voyages,  bons  conseils,  pratique- 
des  devoirs  sociaux,  qui  détournent  sur  des  œuvres  utiles  cette  mobilité 
d’esprit,  cet  excès  de  sensibilité,  cette  agitation  sans  but,  principes  du 
nervosisme,  et  porte  tout  ouverte  à  la  cohorte  des  maux  de  nerfs  :  Morbus 
ille,  aut  potius  morborum  cohors  (Fr.  Hoffman). 


Outre  les  principaux  travaux  sur  les  névroses  en  général,  nous  énumérons  quelques  travaux 

tout  récents  sur  telle  ou  telle  névrose  en  particulier,  renvoyant,  pour  de  plus  complètes  indi¬ 
cations,  aux  articles  Chobée,  Convulsions,  Épilepsie,  Folie,  Hypochondrie,  Nerfs  {Pathol. 

médic.),  Névralgies,  TéT-Anos,  Vertiges,  etc. 

Ouvrages  généraux  :  Cullen,  Pinel,  Monneret  et  Fleury,  Hardy  et  Béhier,  Valleix. 

Pomme,  Traité  des  affections  vaporeuses  des  deux  sexes,  où  l’on  a  tâché  de  joindre  à  une 
théoi'ie  solide  une  pratique  sûre  fondée  sur  des  observations.  4'  édition.  Lyon,  1759. 
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les  maladies  aiguës,  et  spécialement  des  paralysies  asthéniques,  diffuses,  des  convales¬ 
cents  {Mémoires  de  la  Société  médicale  des  hôpitaux,  1859,  et  Archives  gén.  de  médecine, 
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tème  nerveux  (Gaz.  méd  de  Paris,  1872.  —  Leçons  sur  les  maladies  du  système  nerveux. 
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Carre  (D"  Marins),  De  l’hémoptysie  nerveuse  (Arch.  gén.  de  méd.,  janvier,  février,  mars 
1877). 

ROSENTHAL,  Clinique  des  maladies  du  système  nerveux.  Leçons  professées  à  l’üniversité  de 
Vienne.  Stuttgart,  1875. 

Ldys  (J.),  Études  de  physiologie  et  de  pathologie  cérébrales  (Des  actions  réflexes  du  cerveau 
dans  les  conditions  normales  et  morbides  de  leurs  manifestations).  Paris,  1875. 

Hammond,  Traité  des  maladies  du  système  nerveux.  Philadelphie,  1875.  Traduit  par  Labadie- 
'  Lagraye.  Paris,  1878. 

Alfred  Lüton. 


FIN  Dü  TOME  VINGT-TROISIÈME 


TABLE  DES  AUTEURS 

AVEC  INDICATION  DES  ARTICLES  CONTENUS  DANS  LE  TOME  VINGT-TROISIÈME 


BARRALLIER.  SITRTACÉES  (Thérapeutique),  380. 

DIEULAFOY  (G.).  MORT  (Physiologie),  45. 

DUVAL  (Math.).  Moscle  [Anatomie  et  physiologie,  209;  des  muscles  striés  (anatomie,  209  ; 
physiologie,  222);  des  muscles  lisses  (anatomie,  253,  physiologie,  257)].' —  Nerfs  (ana¬ 
tomie  et  physiologie  du  système  n.,  considérations  générales,  &6;  anatomie  du  système 
n.  cérébro-spinal  :  parties  centrales,  I,  enveloppes,  408;  II,  des  éléments  anatomiques, 
histologie,  417;  III,  centres  n.,  425  :  1“  moelle  épinière,  425  ;  2°  encéphale,  429; 
3°  conformation  intérieure  de  l’encéphale,  435;  4”  des  ventricules  cérébraux,  du  canal 
central  de  la  moelle,  441  ;  IV,  circonvolutions  cérébrales,  447  ;  V,  distribution  de  la 
substance  grise  et  de  la  substance  blanche  dans  les  centres  nerveux,  460  ;  VI,  distribu¬ 
tion  des  éléments  n.  dans  les  parties  blanches  et  grises  des  centres  n.  :  névroglie,  476; 
VII,  du  système  n.  périphérique,  484  ;  physiologie  du  système  nerveux  encéphalo-rachi- 
dien,  considérations  générales,  510;  I,  physiologie  générale  des  conducteurs  nerveux, 
512;  II,  physiologie  générale  des  centres  neiTeux,  531;  III,  physiologie  spéciale  du 
système  nerveux  :  parties  périphériques,  554;  parties  centrales;  a,  moelle  épinière, 570; 
bulbe,  protubérance  et  pédoncules  cérébraux,  582  ;  cervelet,  590  ;  tubercules  quadriju¬ 
meaux,  592  ;  couches  optiques,  593  ;  corps  striés ,  596  ;  hémisphères  cérébraux,  596  ; 
des  localisations  cérébrales,  608). 

GAUCHET  (A.).  MOXA,  162. 

HALLOPEAU.  NÉVRALGIES  (historique,  757;  cause  et  pathogénie,  759;  symptomatologie,  769; 
diagnostic,  786;  traitement,  790). 

HANOT  (V.)  NÉOPLASME,  405. 

HARDY  (A.).  MollusCUM,  2. 

HÉRAUD  (A.).  MONÉSIA  (écorce  de),  6.  —Mucilages,  166.  —  Myrrhe,  377.  —  Myrtacées 
(hist.  nat.),  378. 

HIRTZ.  Narcotiques,  narcotisme  (classifie,  physiol.,  392;  thérap.,  398;  pharmacologie,  401). 

JEANNEL  (J.).  Morelle  noire.  Moutarde,  153.  —  Nerprun,  755. 

LABADIE-LAGRAVE.  Nerfs  (pathologie  médicale:  congestion  des  n.,  698;  névrite,  701  ; 
étiologie,  704;  n.  primitive,  704;  n.  secondaire,  706;  anatomie  pathologique,  725;  symp¬ 
tômes,  731;  marche,  durée,  terminaisons,  formes  et  variétés  cliniques,  742). 

LABAT  (A.).  MOLITG,  1.  —  MONT-DORE,  36.  —  MONTE-C.ATINI ,  42.  —  N.AUHEIM,  402; 
Néris,  750. 

LAUGIER  (M.).  Naevus,, 


cysticerques,  373;  ne 

LUTON  (A.).  NÉVROSES,  ___  , _ , _ ^ _ , 

ques,  830;  valeur  nosologique.  849;  traitement,  852). 

POINSOT  (G  ).  Nerfs  (pathologie  chirurgicale,  624  :  lésions  physiques  ou  blessures,  624; 
physiologie  pathologique,  631;  congestion,  631;  névrite,  632;  dégénérescence  et 
régénération,  632;  variétés  des  lésions  physiques,  661  :  1°  contusions  et  plaies  contuses, 
661;  2“  compression,  663  ;  3°  distention  et  arrachement,  666;  4“  piqûres,  667;  5°  plaies 
par  instrument  tranchant,  669;  lésions  diverses  avec  séjour  de  corps  étrangers,  670; 
lésions  organiques  ou  tumeurs,  672;  névrome,  673). 

SIMON  (J.).  Muguet  (historique,  168;  anatomie  pathologique;  169  .symptomatologie,  174; 
diagnostic,  176;  pronostic,  178;  étiologie,  179;  nature,  182;  traitement,  184). 

STRAUS  (I.).  Muqueuses  (membranes),  embryologie  et  classification,  185;  anatomie  descrip¬ 
tive,  histologie,  physiologie  et  pathologie  générales,  185.  —  Muscle  (pathologie  médi¬ 
cale  :  historique  et  généralités .  263  ;  anatomie  et  physiologie  pathologique  générales 
du  système  m.,  271;  hypertrophie,  271;  atrophie,  275;  dégénérescences,  277 ;  régénéra¬ 
tion,  290;  hémorrhagies,  294;  inflammation  franche,  myosite  aiguë,  abcès,  296; 
myosite  chronique,  rétraction,  297  ;ossifieation,  298)  ;  séméiologie  générale,  299  (lassi¬ 
tude,  fatigue  m.,  300;  douleurs  m.,  myalgies,  myodynies,  douleurs  de  contraction,  ciné- 
sialgies,  301;  convulsions,  spasmes,  304;  convulsions  et  impotence  fonctionnelles,  dys¬ 
kinésie  professionnelle,  306;  contracture  m.,  307;  rigidité,  314;  état  cataleptique  des 
m.,  314;  état  des  m.  dans  les  paralysies,  315;  considérations  thérapeutiques,  331; 
paralysie  pseudo-hypertrophique,  paralysie  myosclérosique,  335  ;  syphilis  m.,  myopathies 
syphilitiques,  347.) 

TARDIEU  (A.)  et  LAUGIER.  MORT  (médecine  légale),  51. 

TARDIEU  (A.)  et  MARTINEAU.  MORVE  et  Farcin  chez  les  solipèdes,  74;  chez  Thomme,  110. 

VAILLANT  (Léon).  Musc  (histoire  naturelle,  204;  action  physiologique,  207;  thérapeutique,  207). 

VERNEAU  (R.).  MONSTRUOSITÉS,  8.